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La légende du Puits de Paris qui parle

Posté par francesca7 le 13 janvier 2016

 
 
rue du puits qui parleParmi les puits miraculeux que possédait Paris, et notamment la plupart des anciennes églises de la capitale, l’histoire retient le Puits-qui-parle de la rue éponyme renommée au XIXe siècle rue Amyot. Si l’une des quatre versions a été popularisée par Victor Hugo pour expliquer la propriété singulière de ce puits dont le nom est plus qu’explicite, une autre est moins connue, s’appuyant sur des faits remontant au IXe siècle et mettant en scène deux soeurs dont l’une était promise à un chevalier de renom cependant que l’autre connut un sort funeste…

Dans l’église de l’abbaye de Saint-Germain des Prés, on voyait jadis un puits situé au fond du sanctuaire et nommé puits de saint Germain, parce qu’il était placé auprès du tombeau de ce saint. Ses eaux avaient la réputation de guérir miraculeusement plusieurs maladies. Abbon, dans son poème sur le siège de Paris par les Normands, rapporte plusieurs traits qui attestent la vertu merveilleuse de l’eau de ce puits.

Dans l’église de Saint-Marcel, il y avait aussi un puits près duquel était la pierre du tombeau de ce vénérable évêque. Suivant un antique usage dont parle saint Grégoire de Tours (VIesiècle), on raclait cette pierre, et la poudre ainsi obtenue, infusée dans un verre d’eau du puits, dévotement avalée après avoir entendu une messe, passait pour un puissant spécifique contre plusieurs maladies. On cite l’exemple d’un chanoine de Beauvais qui, se croyant empoisonné, trouva dans la raclure de cette pierre un antidote souverain.

Il y avait aussi des puits particuliers réputés pour la bonté de leurs eaux. Le Puits Censier, le Puits de l’Ermite, le Bon Puits, le Puits du Diable que l’on croit ainsi nommé à cause d’une tête de diable gravée sur sa margelle ; le Puits d’Amour, aux environs des Halles, où les servantes et les ménagères allaient puiser de l’eau et se laissaient conter fleurette par les varlets. Il y avait aux Halles, appartenant à un nommé Lori, un puits acheté par la municipalité ; on y bâtit un gibet qui tira son nom du puits de Lori, d’où l’on a fait Pilori, nom qui fut adopté ensuite par toute la France pour désigner les lieux patibulaires ou les poteaux auxquels la justice attachait les condamnés.

On voyait au haut de la montagne Sainte-Geneviève une rue nommée la rue du Puits-qui-parle, et dont l’origine a tourmenté la cervelle de plus d’un chroniqueur tant il était difficile de faire sortir la vérité de ce puits-là. On cite à ce sujet quatre légendes différentes.

Selon les uns, c’était tout simplement un écho bien réussi, qui redisait parfaitement les paroles ; et, comme tout paraissait mystérieux au populaire peu éclairé et que la science n’était pas encore capable de l’expliquer, on en fit un événement qui attira la foule et passa à l’état de tradition. Tout le monde disait : « Allons voir le puits qui parle » ; d’où le nom.

Selon d’autres, et notamment Victor Hugo, il y avait sur la montagne Sainte-Geneviève une espèce de Job qui chanta pendant trente ans les sept psaumes de la pénitence, sur un fumier, au fond d’une citerne, recommençant quand il avait fini, psalmodiant plus haut la nuit,magna voce per umbras.

Une troisième légende nous raconte qu’un mari trop peu débonnaire, fatigué des criailleries de sa femme, la jeta dans ce puits et s’en retourna tranquillement au logis, la croyant morte, et lui, débarrassé. La peur le fit revenir le lendemain, pour s’assurer si le cadavre était au fond et ne trahirait pas son crime. Mais à peine penché sur la margelle, il entendit une voix terrible arrivant du fond du puits et triplée par l’écho, qui lui cria trois fois : « Assassin ! assassin ! assassin ! » Réfugiée dans une des cavités latérales, la victime attendait patiemment que la providence vînt à son secours. Foudroyé par cette voix vengeresse qui sort du gouffre pour le dénoncer, le coupable tombe à la renverse, les voisins accourent, les archers paraissent, on délivre la femme qui le dénonce ; bref, il est pendu. Ce fait rendit le puits célèbre, et tout le monde raconta l’histoire du Puits-qui-Parle.

Enfin une quatrième version plus ancienne et qui paraît la véritable, raconte longuement un événement encore plus tragique. C’était vers la fin du IXe siècle. La gloire de Charlemagne, après avoir jeté l’éclat du soleil, allait en déclinant comme un beau jour qui finit. La prédiction du grand empereur s’était accomplie. Un jour qu’il était sur le bord de la mer et qu’il voyait les grandes barques des Normands approcher des côtes, il s’était mis à pleurer en disant à son fidèle Alcuin : « S’ils osent déjà, moi vivant, venir jusqu’ici, que sera-ce quand je ne serai plus ! »

En effet, ces redoutables pirates, montés sur leurs drakkars, avaient, en remontant le cours de la Seine, longé la grande île qui renfermait Paris. Après un siège mémorable dans lequel les Parisiens se conduisirent en héros tandis que leur roi se conduisait en lâche — Charles le Gros, en 888 —, une paix honteuse, par lui conclue, les éloigna gorgés d’or et de butin, et laissant les campagnes dévastées ; mais la menace de ces terribles brigands pesait toujours sur la ville, Sur les hauteurs de la montagne Sainte-Geneviève, alors presque sauvage, s’élevait un vieux couvent de Bénédictines, aux murs duquel était adossé le modeste castel du comte d’Argile. Un puits, entouré de grands chênes, derniers vestiges d’une vaste forêt, était mitoyen, et fournissait aux deux maisons l’eau nécessaire aux usages journaliers.

Le vieux comte, couvert de blessures glorieuses faites par l’épée des Normands, habitait cette résidence avec ses deux filles, Irmensule et Odette. On chassait la monotonie de cette solitude en recevant belle et noble compagnie. Parmi les hôtes accoutumés du manoir se trouvait un jeune gentilhomme aux belles manières, grand ami du comte, qu’il avait sauvé de la mort sur le champ de bataille ; c’était le chevalier Raoul de Flavy. Le comte nourrissait l’espoir de payer sa dette de reconnaissance en lui donnant la main de sa fille aînée, Irmensule.

Mais les pères proposent et l’amour dispose. Le cœur du chevalier, froid auprès d’Irmensule, battait à tout rompre sous le doux sourire de la gente Odette. Déjà des gages d’affection s’étaient échangés mutuellement, déjà l’on s’était juré un amour éternel, déjà même on avait échangé en secret l’anneau des fiançailles, quand le comte s’aperçut qu’Irmensule était délaissée, et que, du train qu’y allait le trop galant gentilhomme, il faudrait, un jour ou l’autre, rompre avec lui ; car jamais, au grand jamais, il n’aurait consenti à violer les lois de la véritable hiérarchie en mariant la cadette avant l’aînée. C’eût été bouleverser toutes les prérogatives des familles seigneuriales, et le vieux comte était trop entiché de ces nobles préjugés pour les oublier un seul instant, même en faveur de celui qui lui avait sauvé la vie.

Un matin, le chevalier ne trouva plus la gente Odette : la colombe avait quitté le castel ; le comte lui apprit qu’une de ses tantes de Bretagne, d’un grand âge et de beaucoup d’infirmités avait réclamé la compagnie de sa nièce, qui devait rester quelque temps auprès d’elle. Les mois se succédèrent. Raoul soupirait et Odette ne revenait pas. Mais, comme dit le bon La Fontaine : « Sur les ailes du temps la tristesse s’envole » ; et le chevalier félon oublia la dame de ses pensées.

Or, il advint qu’un jour d’été, par une chaleur suffocante, le comte, sa fille, le chevalier et les commensaux habituels du manoir s’étaient retirés sous les épais massifs des chênes, qui, avec la fraîcheur qu’exhalait la bouche du puits, rendaient le poids du jour plus supportable. Raoul de Flavy, vaincu par les raisons de son ami et les œillades enivrantes d’Irmensule restée sans rivale, était assis avec la future châtelaine sur un banc de gazon adossé au mur du couvent et proche du puits.

La nuit était venue, et de larges gouttes d’eau, précurseurs infaillibles d’un terrible orage, mouchetaient les allées du jardin. C’est alors que, cherchant un refuge, le chevalier prit la main d’Irmensule effrayée, qu’il pressa plus amoureusement que de coutume, et la conduisit vers la margelle du puits, afin que le petit clocheton construit au-dessus de l’orifice pût abriter sa tête. Mais à peine y étaient-ils arrivés, qu’un affreux éclat de la foudre, accompagné de grêle et d’éclairs, ébranla la montagne Sainte-Geneviève, et qu’une voix sortie du puits, triste et lamentable, prononça cet affreux anathème : « Hommes pervers, soyez maudits ! maudits ! maudits ! »

A ces mots, qui semblaient s’adresser à lui, Raoul pâlit, et, emportant dans ses bras la jeune fille à moitié morte d’effroi, il quitta ce lieu lugubre et arriva ruisselant au château, où il raconta la terrible malédiction sortie du puits. La sinistre nouvelle circula par la ville, et le lendemain matin on entoura le puits. Le plus courageux y descendit, et n’y vit qu’une eau calme et limpide, dormant du sommeil de l’innocence, et de vieilles pierres enveloppées de mousse. On en conclut que c’était le diable qui était venu s’y loger pour tourmenter les nonnes et le châtelain. C’était alors l’affaire des chanoines, et le clergé de Sainte-Geneviève vint, bannières déployées, suivi de nobles et vilains, exorciser cette nouvelle retraite de Satan.

On psalmodia des psaumes, on jeta des seaux d’eau bénite dans le puits, et pour compléter la cérémonie, le chanoine s’avança vers l’orifice. Mais à peine eut-il étendu la main pour faire le signe de la croix, qu’une voix s’en échappa, vibrante et terrible, et répéta : « Hommes pervers, nobles et moines, soyez tous maudits ! maudits ! maudits ! » La panique fut générale. Chacun s’enfuit en poussant des cris ; on jeta les bannières pour se sauver plus vite, les chapes furent déchirées ; en un clin d’oeil le jardin du manoir fut désert.

Les échevins firent entourer d’un mur ce lieu sinistre, et le soir les passants entendirent encore pendant quelque temps des cris et des lamentations. Ils pressaient le pas et se signaient en recommandant leur âme à Dieu. Puis, un jour, on n’entendit plus rien. Le comte quitta cette résidence et rentra dans Paris avec sa fille ; le chevalier resta plongé dans une noire mélancolie.

Au bout d’un an, le calme revint dans les esprits, et les noces du chevalier Raoul de Flavy et de noble demoiselle Irmensule d’Argile se célébrèrent à Saint-Germain-l’Auxerrois, nouvelle paroisse du comte. Le fait, passé à l’état de légende, fut transmis de bouche en bouche ; tout le monde y vit l’œuvre du diable. L’abbesse et le comte seuls connurent le secret de cette voix sinistre.

Odette n’était pas en Bretagne ; son père, pour sauver les lois de la hiérarchie seigneuriale, avait confié sa fille à la mère abbesse des bénédictines, dans l’espoir que le calme glacial du cloître éteindrait le feu qui la dévorait, et qu’il aurait le temps de marier Irmensule. Mais il arriva que la réclusion avait exaspéré la jeune fille ; ses imprécations furent telles que l’abbesse, dans la crainte d’être compromise, la mit dans un cachot, affreuse oubliette qui touchait aux parois du puits. La pauvre Odette, qui ne vivait que d’amour, de fleurs et de soleil, n’y souffrit pas longtemps. Ses soupirs, ses cris, ses malédictions, s’échappant par une fissure du puits cachée par une touffe de lierre, avaient produit tout le remue-ménage que nous venons de raconter.

Quand, plus tard, on fit des réparations au couvent, on trouva la crevasse, mais les coupables se gardèrent bien de raconter le drame qui s’était passé dans cette froide cellule, et tout le monde crut que c’était le diable qui avait parlé. Les guerres et les révolutions rasèrent la montagne Sainte-Geneviève ; le couvent et le château disparurent, mais le puits resta. Le bon populaire de Paris allait le voir, en contant des récits diaboliques ; puis, peu à peu, des maisons se construisirent à droite et à gauche avec les pierres mêmes du couvent détruit, et ainsi se forma la rue du Puits-qui-Parle, devenue rue Amyot par arrêté préfectoral, le 27 février 1867.

(D’après « Légendes du vieux Paris », paru en 1867).france-pittoresque.com

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L’ardoise en Ardennes

Posté par francesca7 le 10 novembre 2015

 

Ardoise en ArdennesCe savoir-faire du travail de l’ardoise s’offre ici à la vue de tous et a modelé le paysage local. Fontaines, marches d’escaliers, dalles de pavage, perrons, façades, pignons, toitures, cheminées, lucarnes, mais aussi dalles funéraires ou plaques décoratives, ici tout témoigne de la richesse du sol et du savoir-faire ancestral. Châteaux, églises, maisons, ou places, partout où le regard se porte se révèle l’histoire de la région à travers les ardoises.

Le massif ardennais est composé de roches schisteuses qui, lors de plissements de l’ère primaire, ont subi des transformations qui lui ont conféré ses qualités et particularités : dureté, imperméabilité, compacité et plans de clivage parallèles. Affleurant le sol, la roche s’est ainsi offerte à l’homme, qui l’a utilisée dès la Préhistoire et a su profiter des richesses de son sol en développant son savoir-faire au point de l’exporter à l’étranger dès le Moyen Âge, par voie fluviale.

Les ardoises ardennaises, loin du noir de celle de l’écolier, sont grises ou argentées et avec des nuances de vert, de bleuté ou de violet. Lorsqu’elles se parent de teintes gris-violet, elles sont alors appelées « violines ».

Autrefois, l’ardoise était posée au clou en cuivre sur les planches jointives d’une charpente, mais à partir du XIXe siècle, le crochet sur liteaux se répand. Cependant, le clou reste actuel pour des ouvrages complexes demandant une souplesse d’utilisation ou une finesse des détails, comme les dômes, tourelles ou lucarnes ainsi que pour le patrimoine ancien, parfois protégé au titre de monument historique tel que les châteaux, les églises ou les fermes fortifiées.

L’extraction se faisait dans des mines par une galerie principale équipée d’une voie ferrée et creusée en pente suivant l’inclinaison de la veine rocheuse. Des galeries secondaires menaient aux chambres d’exploitations où étaient extraites les roches. Les mineurs, à l’aide d’explosifs de machines à couper, de détonateurs et de perforateurs, détachaient les blocs du toit, qui étaient débités par les mineurs débiteurs à l’aide de poudre, de pics, de scies à mains, burins, masses ou tenailles, de façon à ce qu’ils puissent être transportés par wagonnets. Appelée bourlotte, la distribution des blocs aux ouvriers de surface se faisait par tirage au sort.

Une fois dans les ateliers de fendage, suivaient les opérations de sciage, quernage et fendage par les scieurs et fendeurs qui à l’aide de scies circulaires ou de scies à main, de burins appelés poignées, de maillets et de ciseaux, fendaient les blocs de schiste appelés spartons, pour les transformer en ardoise de couvertures épaisses de quelques millimètres. Les fendeurs et apprentis prenaient en charge le découpage, qui se faisait à l’aide de moules et donnait à l’ardoise, sa forme définitive.

 

L’ardoise ardennaise n’est plus exploitée aujourd’hui, mais le savoir-faire est toujours vivant. Importée d’Angers, d’Espagne, du Pays de Galles ou du Canada, l’ardoise est toujours utilisée et les couvreurs de la région travaillent encore ce matériau aux reflets lumineux, afin de préserver un patrimoine architectural d’une grande richesse ou simplement lors de constructions neuves, par envie esthétique, ou par souci de conserver une homogénéité dans le paysage.

Description de cette image, également commentée ci-aprèsSitué à 12 km de Charleville-Mézières, Elan est un petit village de Champagne-Ardenne de 77 habitants en 2012, qui détient un riche patrimoine : Notre-Dame d’Elan, le témoin de l’ancienne abbaye cistercienne. En effet, l’abbaye d’Elan a été fondée en 1148 par le moine Roger, d’origine anglaise qui lui donna le nom d’Estland, « terre de l’est ». Entourés de forêt de hêtres et de sources, les Cisterciens défrichent, bâtissent et créent moulin à grains, forges et canaux. Aux alentours, ils exploitent des carrières, plantent des vignes, creusent des étangs. Mais au XVIe siècle, les abbés sont désignés par les rois et prélèvent alors la moitié des revenus des abbayes. La situation devient donc critique. En 1710, la majeure partie de l’abbaye est délaissée à une riche famille. La chapelle Saint-Roger est alors édifiée. En 1791, les derniers moines quittent le site et les bâtiments sont mis en vente et divisés entre plusieurs familles.

En 1840, l’église abbatiale est préservée afin d’en faire l’église paroissiale qu’on connait aujourd’hui. En juin 2012, après de nombreux mois de restauration, dont celle de la toiture complète en ardoise, un nouveau coq, est installé tout en haut du clocher.

Histoire et exploitation de l’Ardoise en Ardennes

 

Dès les époques magdaléniennes et néolithiques dans la région, les hommes ont su extraire l’ardoise qui affleurait à la surface du sol, pour l’utiliser comme support de leurs productions matérielles puis pour les constructions. Les Romains l’extractent et l’utilisent également comme pavage. Puis l’exploitation est abandonnée et doit attendre l’expansion monastique qui lui redonne un essor décisif.

À partir du XIIe siècle, les moines obtiennent des seigneurs l’autorisation d’extraire l’ardoise. L’activité économique s’organise. Puis les moines sont remplacés par des entreprises privées qui développent une véritable industrie permettant aux habitants de la région d’avoir du travail là où l’agriculture et les exploitations forestières devenaient insuffisantes. Les couches souterraines exploitées sont plus profondes et la roche extraite de meilleure qualité.

Au XVIIIe siècle les Encyclopédistes s’intéressent de près à l’étude des ardoisières de Rimogne et en font des relevés précis. Les exploitants se regroupent en sociétés. Le XIXe et le début du XXe sont marqués par une intense activité, mais celle-ci décline à partir des années 1930. Les charges s’alourdissent, les problèmes de la main d’œuvre, la concurrence étrangère, les nouveaux matériaux lui assènent son coup de grâce, et la dernière fosse ferme en 1971.

 L'ardoise en Ardennes dans ARTISANAT FRANCAIS 220px-LochesToitArdoise

Le paysage est aujourd’hui toujours empreint de cette époque industrielle et de ce savoir-faire, et même si beaucoup de sites liés à l’exploitation de l’ardoise ont été détruits, il reste tout de même certains témoins de l’implantation industrielle, des ensembles architecturaux, les couvertures et bardages des maisons, ainsi que les verdoux et bien entendu les nombreuses ouvertures des galeries des exploitations en sous-sol qui elles, bien qu’invisible, resteront à jamais marquées par le passage de l’homme.

Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales. Portail Lexical [en ligne].
Disponible sur : <http://www.cnrtl.fr/portail/

Publié dans ARTISANAT FRANCAIS, Autre région | Pas de Commentaires »

Le plombier et son histoire dans les temps anciens

Posté par francesca7 le 24 octobre 2015

 

1890.Une étude sur l’histoire du plombier est un exercice difficile, à la fois dans la recherche de la vérité avec la méthode historique la plus rigoureuse, ceci pour des périodes dont les métiers sont peu développés, souvent mal connus et pour lesquelles les écrits ne sont pas toujours venus jusqu’à nous. Cependant, si l’on n’a pas toujours de preuves concrètes de l’existence d’un plombier à une époque donnée, par les recherches archéologiques, les preuves des matériaux qu’il a pu utiliser sont souvent disponibles. La période du ve au xie siècle est la plus obscure et la plus mal connue de notre histoire. Avec les guerres et les invasions, les structures corporatives de la Gaule romaine ont disparu, ou du moins se seraient mises en sommeil, avant de renaître, peut-être, au xiie et xiiie siècle comme le suggèrent certains historiens.

Lorsque l’on considère la contribution que la plomberie et les sanitaires et donc les plombiers, ont apportés dans la santé et la qualité de la vie de nombreuses populations, alors beaucoup d’autres choses paraissent beaucoup moins importantes, car entre la perception d’un progrès et son effet réel, il y a souvent une différence qui n’est pas toujours visible.

Le mot plombier a évolué au cours des âges, avec des incohérences suivant les documents consultés : chez les Romains on les appelait,Plumbarius, dans la France au xiie siècle ils étaient Plunmiers, mais pas encore reconnus comme corporation ; ils étaient déjà Plommiers au xive et Plombeurs au xve siècle. Dans leurs statuts de 1549 promulgués par Henri II, ils sont des Plombmiers, alors que dans les statuts de 1648, le Maistre est nommé comme Maistre Plombier.

D’après le registre de la taille de Paris, il y avait en 1292 un Mestre Ploumier, du nom de Mestre Raoul, seul artisan de son état à porter le nom de plombier. L’histoire ne le dit pas quel était son travail.

Dans d’autres pays le mot pour définir le métier de plombier se rapporte à sa racine latine issue du plomb, plumbum, tel le plumber anglo saxon. En langue bretonne le plombier se dit plomer de plom, le plomb.

Aujourd’hui, en France, le plombier se fait également appeler installateur sanitaire.

Lorsque l’on remonte dans les temps anciens, dont les techniques sont venues directement jusqu’à nous, les vestiges mis au jour par les archéologues permettent d’avoir des preuves concrètes de l’existence, à la fois de réseaux d’eau, des matériaux transportant cette eau et des hommes qui assuraient la fabrication et la mise en place de ces réseaux. Ces réseaux de tuyauteries trouvés dans plusieurs parties du monde, sont directement liés aux installations d’eau actuelles, ceci par l’apport de techniques et de compétences des nouvelles générations de plombiers au cours des millénaires.

Aujourd’hui disparues, plusieurs grandes civilisations autour de la Méditerranée, ont depuis des millénaires contribué à la lente progression des techniques de captation, de traitement et de distribution de l’eau et donc au métier de plombier.

Le travail du plombier ne se limite pas à travailler sous un évier, à boucher les fuites, ou à refaire les salles de bains.

Bien qu’il s’agisse d’une partie importante du métier de plombier de réparer les fuites et d’apporter l’hygiène et le confort dans les logements, les usines ou les centres de loisirs, son travail est également de participer à d’autres réalisations beaucoup plus complexes et qui demandent un grand nombre de connaissances dans de nombreux domaines de la technique et des années d’expérience dans le métier.

Les entreprises de plomberie dans lesquelles travaillent les plombiers, peuvent réaliser de nombreux ouvrages de plomberie, chacune d’entre elles pouvant avoir sa spécificité et sa spécialité dans un ou plusieurs domaines de la profession

Le plombier et son histoire dans les temps anciens dans ARTISANAT FRANCAIS 150px-Robinet_au_Mont_St_Michel_FranceLe travail du plombier est à la fois varié et complexe, de par les différents matériaux susceptibles d’être utilisés ainsi que par le nombre de travaux amenés à être exécutés : installations pour l’eau, pour le gaz, la protection incendie, les gaz médicaux et bien d’autres fluides. Les lieux dans lesquels s’exerce le métier de plombier sont également variés : tous les lieux d’habitation, de soins et de loisirs, les immeubles de bureaux, les installations dans les usines et dans nos campagnes, etc.

Au ive siècle av. J.-C., sur les pas d’Alexandre le Grand, lequel avait chassé les Perses d’Égypte, commence la dynastie gréco-égyptienne des Ptolémées et l’occupation de l’Égypte par les Grecs, puis au ier siècle, l’arrivée des Romains qui occupèrent le pays. Lors de cette présence romaine, les plombiers-soldats romains ont appris des plombiers égyptiens la fabrication et l’utilisation du cuivre pour les réseaux d’adduction d’eau, comme le faisaient les plombiers, esclaves ou hommes libres de l’Égypte ancienne, depuis des millénaires. Plus de deux millénaires plus tard, les plombiers de Rome, travailleront le plomb et réaliseront les fistulae, les tuyaux de plomb, de la même manière que les plombiers de l’Égypte ancienne travaillaient la feuille de cuivre, afin de réaliser des tuyaux pour les besoins des installations de plomberie de l’Empire romain.

Les différentes fouilles entreprises sur les les sites d’Égypte depuis les découvertes de Ludwig Borchardt, n’ont pas apporté, à ce jour, d’autres preuves concrètes de l’utilisation de tuyauteries en cuivre pour les réseaux d’eau, autres que celles du palais d’Abou Sir. Les pillages et la réutilisation des matériaux, ne permettent que difficilement la restitution de certaines techniques du passé, que ce soit pour la fabrication ou la pose de tuyauteries métalliques.

L’exploitation du cuivre dans les régions du pourtour de la Méditerranée date de 2300 ans av. J.-C. sur l’île de Chypre, d’où son nom latin : cyprium.

Avant l’arrivée des Celtes, dans le pays qui deviendra la Gaule après la conquête de César, vivaient des hommes, un peuple dont on sait peu de chose, quelques preuves bien visibles ou découvertes par les archéologues nous en apportent la preuve. Les dolmens et cromlechs indiquent la présence d’un peuple au Néolithique. Au premier millénaire avant notre ère sont arrivés les Celtes, venus de l’Europe centrale, ils sont «…les acteurs principaux de la protohistoire de toute l’Europe occidentale et centrale » . Si nous ne connaissons pas la langue parlée avant l’arrivée des Celtes, ceux-ci nous ont laissés leurs langues, lesquelles possèdent une certaine parenté linguistique, elles se sont perpétuées avec plus ou moins de rigueur au fil des générations : le breton, le gallois, l’irlandais, etc.

Les Celtes étaient un peuple de l’âge des métaux, mais ils ne bâtirent pas, comme les grecs et les romains des ensembles urbains, leur habitat était la hutte de torchis avec une couverture dechaume ; la maison du chef pouvait être en bois ; ces « bourgades » étaient parfois fortifiées. Il existe cependant quelques « villes » celtes, qui font encore l’objet de fouilles, telles Bibracte etAvaricum (actuellement Bourges). Les besoins en eau étaient directement pris dans la rivière proche, dans les ruisseaux et les sources qui pouvaient alimenter des fontaines. Un réseau d’égout a été trouvé à Bibracte, mais pas de technique ou de matériaux particuliers d’amenée d’eau et donc pas d’artisan pouvant s’apparenter à des plombiers.

De cette époque de notre histoire, les archéologues n’ont retrouvé qu’un matériel anépigraphe, c’est-à-dire sans la moindre inscription. Les Celtes n’ont pas utilisé l’écriture pour la transmission d’un savoir technique ou littéraire, du moins pouvant donner quelques informations sur les métiers de la construction, sauf pour l’ogham ou écriture oghamique de l’irlandais primitif . Les Celtes ont privilégié l’utilisation d’idéogrammes pour l’identification de l’identité celte, empruntés parfois à d’autres civilisations : le cheval, le triskèle, les dauphins, l’arbre, etc.  

Le métier de plombier a suivi une évolution dans le temps et dans l’espace ; il y a une continuité dans le métier au fil des civilisations et des générations. Continuité dans l’évolution des matériaux et des techniques de fabrication et de pose et donc dans les hommes qui ont servi le métier de plombier.

L’Égypte ancienne, comme d’autres civilisations à cette même époque, connaissait le travail du cuivre, la fabrication de tuyaux et leur utilisation dans le cadre d’adduction et de distribution d’eau aux palais et autres maisons des nobles.

Au cours de ces mêmes époques sont mis en place les réseaux d’eau dans la Vallée de l’Indus, le Pakistan actuel et sur les plateaux de la Perse, aujourd’hui l’Iran. Si des matériaux tels que le plomb ou le cuivre ne sont pas toujours découverts par les archéologues, les adductions d’eau dans les bâtiments ne peuvent pas être seulement en pierre ou en poterie, le plomb et le cuivre furent utilisés à un moment ou à un autre de la construction, un jour les archéologues en trouveront la preuve.

Les Grecs eux-mêmes, ne sont pas très bavards sur les matériaux utilisés pour l’alimentation de leurs thermes, mot qui vient du grec thermo, chaud et de leurs fontaines. À l’origine, les bains étaient froids. Les bains chauds avaient mauvaise réputation, suspectés d’amollir le corps tandis que l’eau froide, «…aguerrit le corps et le caractère».Cependant, les Grecs en vinrent vite à des bains tièdes, puis chauds dans les thermes, avec notamment les hypocaustes très utilisés par les Romains. L’Égypte, après être passée de dynasties en provenance de Haute et Basse Egypte, libyenne, puis perse avec Alexandre le Grand, connue le règne du fascinant Toutânkhamon et de la belle Néfertiti, voit arriver les Grecs avec les Ptolémées, puis les Romains et le couple célèbre César et Cléopâtre.  

Avec l’arrivée des armées d’Alexandre le Grand en Égypte, remplacées par les armées romaines et avec elles les artisans-soldats de Rome, va se mettre en place toute une formation, des échanges et une retransmission des techniques de construction des Égyptiens vers les artisans des armées conquérantes. Ces échanges porterons notamment dans la construction des thermes et des réseaux d’alimentation en eaux ainsi que la fabrication et l’utilisation de tuyaux en plomb. Ces matériaux et techniques seront reprises et utilisées par les collèges d’artisans de Rome, puis de l’Empire romain. Voici qu’arrivent les Plumbarius.    

1024px-Corolle_d%27eau. dans ARTISANAT FRANCAISLe plomb qui a donné dans plusieurs langues son nom au métier de plombier, était connu depuis l’antiquité dans de nombreuses civilisations. Un autre matériau qui va de pair avec le plomb, c’est l’étain. Si on mélange ces deux matériaux on a de la soudure, très utile pour le soudage des tuyaux et des tables de plomb et de cuivre et plus tard du zinc, ainsi que pour bien d’autres travaux anciens et modernes. L’étain, appelé aussi plomb blanc, sert à la protection et la soudure du cuivre ; l’étain était également utilisé en couverture pour étamer le plomb et donner aux couvertures une blancheur que ne peut lui donner le plomb de couleur noire légèrement bleuté lorsqu’il est neuf et gris terne après quelques années aux intempéries.

Le point de fusion du plomb est de 327 °C et celui de l’étain de 232 °C, avec la baguette de soudure à 28 % d’étain on atteint des températures de fusion autour de 300 °C. La soudure dite à l’étain est cependant assez délicate, de par la faible différence des températures de fusion.

Mais un autre type de plomb existe sur certains monuments historiques : c’est le plomb doré. On peut en voir sur l’aile sud du château de Versailles. Au temps de Louis XIV tous les éléments d’ornementation en plomb de ta toiture étaient dorés à l’or fin. Certaines statues en plomb coulé sont également dorées à l’or fin, comme la statue de la déesse du bassin de Flore réalisée en plomb doré et qui appartient à l’ensemble des bassins des Saisons à Versailles. Ce travail de plomberie décorative, poinçons, épis, a longtemps été exécuté par le principe du repoussage du métal ; celui-ci permet plus de légèreté dans les ouvrages que le principe par coulage du plomb. C’est jusqu’au xvie siècle que ce principe du repoussage va perdurer pour être remplacé par la fonte du plomb sur moule, laquelle permet la multiplication plus rapide d’éléments identiques. 

Les anciens avaient également trouvé que le mélange de cuivre et de plomb donnait un matériau bien utile et qui a donné son nom à une ère de l’histoire du monde : l’âge de bronze. Les besoins en plomb étaient très important, celui-ci venait de nombreuses régions de l’Empire romain, alors que l’étain venait principalement des mythiques îles Cassitérides, ou îles de l’étain au nord ouest de l’Espagne et plus tard en Cornouailles, au sud ouest de ce que l’on appelait alors l’île de Bretagne. 

En ces temps, un autre travail échoit aux plombiers et cela depuis longtemps et pour encore plusieurs siècles : c’est le doublage intérieur des cercueils, notamment pour recevoir le corps des rois et de la haute noblesse. Le tombeau de Childéric Ier, roi des Francs saliens, mort en 481 ou 482 et père de Clovis Ier, avait un cercueil composé de deux enveloppes de plomb. Le bon roi Dagobert, mort en l’an 639, avait lui aussi un cercueil doublé de plomb. « Ils fondent ( les plombiers) encore ces lames épaisses des cercueils destinés à garder, durant un si grand nombre de siècles, les cendres de ceux dont les pas sur la terre ont fait quelque bruit, laissé quelques traces ».

 L’empereur Napoléon Ier fut également à sa mort, inhumé dans un cercueil de plomb, puis exhumé en 1840 et transporté dans ce même cercueil vers la France.

Les guerres étant toujours plus coûteuses, une nouvelle taxe frappa les corporations en 1696 ; un décret du Conseil d’État du roi Louis XIV, en même temps qu’il taxait la corporation des plombiers de 7 000 livres, taxait les Maîtres (les artisans) par ce décret du 17 juillet 1696 , preuve de l’implication des plombiers dans la fabrication des doublures en plomb des cercueils :

« Le Roi en son Conseil a ordonné et ordonne qu’en payant par la communauté des Maitres Plombiers Fontainiers…veut et entend sa Majesté, que chaque Maitre qui livrera un cercueil, paye la somme de 6 livres au profit de la communauté…».

Voici le xie et xiie siècle, la foi chrétienne est très forte en cette fin du Moyen Âge, la civilisation urbaine connaît un nouvel essor, la ville redevient le lieu du pouvoir et les capitales se développent. Paris devient vers l’an 1200 la plus grande ville de l’Occident, avec une population estimée de 80 000 à 100 000 habitants et 200 000 habitants au xive siècle; ceci avant que ne s’abattent sur la France la Grande Peste et la guerre de Cent Ans. Comme pour le reste de la population, ces deux fléaux touchèrent un grand nombre d’ouvriers, faisant fortement augmenter les salaires par manque de personnel qualifié. Puis une nouvelle couche sociale se développa : la bourgeoisie marchande. Le clergé est très puissant, chacun dans sa paroisse veut faire plus beau que dans celle de son voisin, les riches bourgeois donnent pour le salut de leur âme, le commerce des indulgences se développe. C’est alors que les cathédrales fleurissent dans une partie de l’Europe et plus particulièrement en France : Saint Denis, Amiens, Beauvais, Orléans, Paris, etc. Une nouvelle catégorie de Maître d’Ouvrage voit le jour sur les chantiers : les abbés bâtisseurs de cathédrales, comme l’abbé Suger pour l’abbatiale de Saint-Denis.

La cathédrale de Chartres, partiellement ravagé en 1194, le clocher nord fut repris et surélevé au xiiie siècle, avec une flèche à la charpente en bois et une couverture en plomb. Lors de sa construction, la cathédrale Notre-Dame de Paris a nécessité 1320 plaques de plomb ; l’importance et le chef d’œuvre de sa charpente que l’on nome – la forêt – supporte une couverture en plomb d’un poids de210 tonnes.

La cathédrale Saint-André de Bordeaux, consacrée par le Pape Urbain II le 1er mai 1096, avait une couverture en plomb. Le samedi 25 août 1787, l’imprudence d’un couvreur travaillant sur la voûte principale, déclencha un incendie qui consuma en moins de deux heures la charpente du chœur. Elle fut recouverte en 1812 avec des matériaux moins fragiles en cas d’incendie.

C’est alors que pour le bonheur des plombiers, qui ne le savent pas encore, afin de glorifier Dieu et d’atteindre la Jérusalem céleste, les bâtisseurs sont passés de la grotte à la chapelle, puis à l’église et enfin à la cathédrale.

Les plombiers allaient montrer leur art dans les maisons de Dieu. Pas de pierre évier ou de salles de bains en ces lieux, mais ces constructions ont un toit et ce toit est souvent en plomb et le plomb en ces temps c’est l’affaire du plombier, même si à cette époque il s’appelle encore couvreur. Couvreur il l’est et son travail est la recouverture des mésons, mais le métier est encore régi par la corporation des charpentiers et placé sous l’autorité du Premier Charpentier du Roi. Dans le  Livre des Métiers, d’Étienne Boileau, Prévôt de Paris, rédigé en 1270 sur les corporations de Paris, aucun ouvrier ne porte le nom de plombier, il ne  recense même pas encore les couvreurs et ne parle que des charpentiers au sein de la même organisation juridique.

Le privilège du Premier Charpentier du Roi fut aboli sous Philippe le Bel par un arrêté du Parlement en 1314.

« La création d’un Maître Charpentier du Roi, placé au-dessus des jurés de chaque communauté, fut un réseau jeté sur elles par le despotisme ombrageux du monarque. Le peuple devenait fort, il inquiétait le pouvoir. On voulut s’immiscer dans ses affaires intimes, connaitre ses secrets, les ressources de la grande famille industrielle, et sous la pompe d’un mot, sous le vernis de l’honneur prétendu que la cour voulait faire à la classe industrielle, disparurent beaucoup de libertés qui devaient lui êtres chères…».

1024px-Int%C3%A9rieur_de_bains_publics_%C3%A0_Kashan_en_Perse_vers_-_Lithographie_de_Pascal_Coste.Au xiiie siècle, les statuts des charpentiers sont particuliers et le couvreur y figure au même titre que les charrons, les tonneliers ou les huissiers (menuisiers). Le Livre des Métiers d’Etienne Boileau, dénombre un total de 130 associations corporatives mais seulement six du bâtiment, aucune corporation de la couverture, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y avait pas de couvreurs, mais pas encore organisés et indépendants, ils dépendaient des charpentiers et les recouvreurs de mésons avec eux. « Le Livre des Métiers , ne s’occupe aucunement des plombiers…Quant il s’agissait de couvrir quelque édifice avec des lames de plomb, ce qui était rare, ce travail était confié aux couvreurs qui s’adjoignaient des ouvriers spéciaux…» Les plombiers, couvreurs d’édifices se confondaient avec les couvreurs jusqu’au xvie siècle. « …quand l’on fera espiez (épis) pignons, lucarnes, enfaistements et aultres couvertures appartenant au dict mestier de plombmier, il conviendra …

La Taille de 1292 porte 7 ouvriers couvreurs et 21 sous le nom de recouvreurs de mésons. Les couvreurs, bien que faisant partie à cette date de la corporation des charpentiers, étaient comptés à part.

Si en France, en ce début du xive siècle, les plombiers, spécialistes de la pose du plomb sur les édifices, sont encore appelés recouvreurs de mésons et font partie de la corporation des charpentiers, il n’en est pas de même en Angleterre où ils sont déjà appelés  plumbers, ou du moins par le mot latin plombarius.

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RECIT « pompé » sur la TOILE…. il paraît que cet article appartient à Jean Pierre – qui m’a envoyé ce message : 
jeanpierre.pelon@gmail.com  ET JE L’EN REMERCIE    —-> (Cela ne me gène pas que l’on utilise certains passages de mon article,mais j’ai moi, la délicatesse (sinon l’obligation) d’en donner l’origine et les références. Il est vrai que le « copiez-coller » demande ni recherche ni amour propre, ce dont vous n’en connaissez sûrement pas la définition. Je ne vous salue pas, ce serai vous faire trop d’honneur. )

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Viriville, petit coin de paradis

Posté par francesca7 le 16 mai 2015

 

PRÉSENTATION
Petit bourg du Dauphiné de plus de 1300 habitants, situé au Nord-Ouest de l’Isère, au coeur du pays de Chambaran, Viriville est bâti sur les rives de la Pérouse.

Situé à 70 km de Lyon, 50 km de Grenoble – soit à une heure de la première station de ski et à trois heures de Marseille -Viriville rassemble ses maisons au pied des ruines du château de Grolée. D’une superficie de 3046 ha, il y a un centre bourg important et 11 hameaux. La Pérouse est le principal ruisseau qui traverse le village.

A VISITER AU VILLAGE
Plusieurs curiosités locales sont à découvrir à Viriville :

  • une chapelle magnifiquement conservée d’origine romane
  • la madone dans le bois de Saint-Baudille (statue)
  • le clocher d’une ancienne église
  • les ruines du château de Grolée.

La_ferme_des_Bonnettes

La ferme des Bonnettes se situe au niveau du hameau des Bonnettes sur la commune de Viriville à quelques kilomètres de la ville de Roybon. Il s’agit en fait d’un ensemble de trois bâtiments comprenant une maison d’habitation et deux granges inscrites monuments historiques depuis le 12 février 2003. Cet ensemble niché au milieu des bois et des champs domine la plaine de la Bièvre grâce à sa position au sommet d’une colline.

Cet ensemble agricole se décompose en deux parties.

La partie « ferme nord » date du xviie siècle et se compose de la maison d’habitation et d’une des deux granges.

Une datation par dendrochronologie a été effectuée et a permis de dater l’habitation et la grange. Celles-ci auraient été construites en 1626 et 1643. Ces bâtiments font partie des rares constructions témoignant encore d’une architecture typique des constructions rurales dans les Chambaran. Ces deux constructions sont de plan carré. L’étage est constitué d’une ossature en bois de châtaignier et de chêne avec un remplissage en torchis composé de terre argileuse, de paille et d’eau appliqué directement sur un support fait de petits bois souples (noisetier, châtaignier…). Les murs du rez-de-chaussée quant à eux furent construits grâce à un empilement de galets roulés. Le toit est composé deux pans couvert de tuiles creuses de terre cuite de type « tuile canal ».

La « ferme sud » comprenait initialement plusieurs bâtiments comme le prouve le cadastre de 1825. Ces derniers ont été remplacés au milieu du xixe siècle par une grange en pisé. Cette grange est caractéristique des constructions en pisé de la région et l’on trouve encore beaucoup d’autres bâtiments de ce genre en Isère.

Ainsi la rareté des bâtiments en pan de bois et les caractéristiques de cet ensemble sont représentatifs des constructions rurales en pan de bois du xviie siècle dans ce secteur du Dauphiné : le hameau dans son ensemble fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 12 février 2003.

De nos jours la ferme appartient à une famille d’agriculteur de Viriville. Ces derniers utilisent encore les granges à des fins professionnelles, mais n’utilise plus l’habitation principale, cependant cette famille virivilloise a décidé de la sauver et d’en faire un lieu à vocation patrimoniale. Il est d’ailleurs possible de visiter la ferme lors des journées du patrimoine, de plus quelques animations sont organisées au sein de la ferme, spectacle en tous genres, cuisson dans le four à pain.

 

LE VILLAGE ET SES PROJETS

  • un musée de landaus (unique en France : une exposition a lieu chaque année en été !)
  • un musée Playmobil.

Thodure, village rural, est implanté au sud de la plaine de la Bièvre, au pied du plateau de Chambaran.

Au centre du village de Thodure, vous pourrez admirer une église aux murs de galets roulés typiques des constructions de la région.

La petite place, ornée d’une très jolie fontaine construite à la fin du 19e siècle, est un lieu de rencontre privilégié pour les villageois et une halte rafraichissante pour les randonneurs cyclistes et pédestres.

Elle accueille également un petit marché le samedi matin, et un concert de la société de musique du village au mois de juin.

Lapeyrouse-Mornay (26210) est un village dromois enclavé dans le département de l’Isère, à proximité de Beaurepaire.
Lapeyrouse-Mornay – points d’intérêt

Le musée « Les outils de nos ancêtres » vous fait découvrir 10 métiers anciens travers une multitude d’objets et d’outils.

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LES FÊTES AU VILLAGE
1. la foire au boudin
Tous les ans, le dernier samedi de Janvier, sur la place du village, un immense chapiteau recouvre d’ énormes chaudrons fumants où sont cuits plusieurs kilomètres d’un boudin parfumé que l’on peut déguster sur place accompagné d’un vin chaud.

2. les feux de la Saint-Jean
En juin, jour de la St. Jean, un feu majestueux réuni une foule impressionnante venue danser et admirer l’illumination fantastique du clocher et son embrasement de feux d’artifice.

3. le pucier
Le 22 juillet, les villageois, pour la plupart devenus exposants, viennent de bon matin étaler leurs trésors dans les ruelles du vieux village pour le plus grand plaisir des chineurs.

Paysage_rural_en_hiver4. la fête de la Jeanne Sappey
Depuis plus de 150 ans, chaque année en août, se déroule dans les rues du village, la grande Vogue dite la Jeanne Sappey, organisée par les conscrits du village et le comité des fêtes. Les festivités comportent : une retraite aux flambeaux pour l’ouverture, un important corso fleuri le dimanche après-midi et repris le mardi soir, une foire aux célibataires et divers jeux (tir à l’oie, concours de boules…). Elles attirent de nombreux manèges et attractions foraines (plus de 10 000 visiteurs).

Viriville (Isère 38) village de 1300 habitants, en plein essor, au nord-ouest de l’Isère en lisière de la forêt de Chambaran.

Très vivant, le petit bourg de Viriville est le théâtre de nombreuses manifestations dont la plus importante est sans doute la fête de la Jeanne Sappey au mois d’août. Il s’agit d’une grande vogue organisée par les conscrits du village. Au programme : retraite aux flambeaux, corso fleuri, foire aux célibataires, jeux divers et attractions foraines. 

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Libres humeurs de Vincent Van Gogh

Posté par francesca7 le 26 avril 2015

 

Vincent_van_Gogh_1866Peintre néerlandais (Groot Zundert, Brabant, 1853-Auvers-sur-Oise 1890).

Incarnant jusqu’à l’outrance le mythe du génie incompris de son vivant, tant ses œuvres furent ignorées en son temps et sont aujourd’hui parmi les plus recherchées au monde, Vincent Van Gogh tenta d’exorciser par la peinture le tumulte intérieur qui le minait. Ses recherches sur la forme et la couleur marquèrent durablement les avant-gardes à venir.

Fils de pasteur, Vincent Van Gogh porte le prénom d’un frère mort-né l’année précédant sa naissance. Quatre ans après sa naissance vient au monde un autre frère, Theodorus (1857-1891), qu’il appellera Théo – et qui, toute sa vie, le soutiendra moralement et financièrement.

Enfant instable mais doué pour le dessin, Vincent a parmi ses oncles le fondateur, à Paris, de la galerie d’art Goupil, qui compte de nombreuses succursales en Europe. Il est envoyé successivement dans la succursale de La Haye (1869), puis dans celles de Bruxelles et de Londres (1873-1876), pour faire son apprentissage du commerce de l’art. Par suite de déboires amoureux, il se réfugie dans le mysticisme et dans l’écriture de lettres à Théo qui seront un exutoire aux troubles de son âme.

Après un bref séjour à Paris, Van Gogh retourne à Londres et devient instituteur dans le quartier ouvrier d’Isleworth. Il sent naître en lui une vraie vocation religieuse, qui le conduit à vouloir évangéliser les mineurs du Borinage, en Belgique. Le zèle qu’il déploie alors heurte les autorités ecclésiastiques, qui y mettent un terme au bout d’un an (1879). Après plusieurs années d’errance solitaire, la peinture va prendre le pas sur la prédication.

 

Au contact de Gauguin, mais aussi sous l’influence des estampes japonaises, Van Gogh affine ses recherches sur la couleur ; sa palette s’éclaircit et se diversifie, sa facture s’assouplit, donnant lieu à des expérimentations sur des natures mortes, des paysages et des portraits (le Père Tanguy, 1887). Pour parfaire son travail, il lui faut trouver des ciels autres que ceux de Paris. C’est alors qu’il part s’installer à Arles, en février 1888.

L’Église d’Auvers-sur-Oise, vue du chevet

Peinture de Vincent Van Gogh (juin 1890). Huile sur toile, 94 x 74,5 cm. Musée d’Orsay, Paris.

Pour peindre cette église gothique, Van Gogh installe son chevalet en contrebas de la place afin d’englober dans sa composition le clocher et le chevet, vision en contre-plongée qui accentue la forme pyramidale de l’édifice. Sans se soucier de rendre son sujet de façon réaliste, le peintre insiste sur l’équilibre des masses architecturales, sur leurs articulations et leur élévation. Son dessin, volontairement déformé, crée une dramatisation des formes. Le bâtiment est traversé par la couleur bleue des nuées qui apparaît aux vitraux avec une nuance outremer foncé. La lumière s’accroche aux arêtes saillantes de l’église, coule le long des toits en longues traînées blanchâtres cernant les formes. À propos du tableau qu’il est en train de réaliser, Van Gogh, dans une lettre à sa sœur de juin 1890, écrit : « […] un effet où le bâtiment paraît violacé contre un ciel d’un bleu profond et simple, de cobalt pur, les fenêtres à vitraux paraissent comme des taches bleu outremer, le toit est violet et en partie orangé. Sur l’avant-plan un peu de verdure fleurie et du sable ensoleillé rose. » Le premier plan du tableau forme un triangle pointe en bas dont la forme est l’image inversée de l’église. La paysanne qui gravit le chemin à gauche donne Libres humeurs de Vincent Van Gogh dans FONDATEURS - PATRIMOINE 220px-Vincent_Willem_van_Gogh_020l’échelle de la composition. Réalisé un mois avant la mort de l’artiste, ce chef-d’œuvre fut offert par celui-ci à son ami le Dr Gachet, qui s’efforçait de le soigner et de l’apaiser.

 

Ébloui par la lumière du Midi, Van Gogh va faire de la couleur l’objet même de son œuvre, et non plus une composante de celle-ci. Il recherche la plus grande intensité possible à la fois des tons (tels les jaunes de la série des Tournesols) et des rapports chromatiques (jaune/bleu, jaune/vert, bleu/vert, rouge/vert) : fleurs (Pêcher en fleur, « souvenir de Mauve », 1888), paysages (la Plaine de la Crau avec la ruine de Montmajour, id.), intérieurs (le Café de nuit, id.), portraits (la Mousmée dans le fauteuil, id.) sont chargés d’une grande expressivité.

Vivant seul parmi des Arlésiens qui se méfient de cet étranger original, Van Gogh s’abîme dans la dépression. Pourtant, il n’a pas abandonné son rêve de constituer une communauté de peintres. Il finit par décider Gauguin à venir le rejoindre. Le maître de Pont-Aven arrive à Arles en novembre 1888 et s’installe dans la « Maison jaune » – l’atelier de son hôte.

170px-Gogh4 dans OiseMais il ne supporte pas le caractère cyclothymique de celui-ci et, le soir du 23 décembre 1888, après une dispute plus violente que les précédentes, il part à l’hôtel. C’est peu après que Van Gogh se saisit d’un couteau et se tranche une partie de l’oreille gauche, qu’il va ensuite porter à une prostituée. Deux autoportraits témoigneront de ce geste.

Admis à l’asile de Saint-Rémy-de-Provence, où il demeure un an (mai 1889-mai 1890), Van Gogh s’adonne à une peinture où l’allongement de la touche et la torsion des formes traduisent la force de ses tourments (Nuit étoilée [Cyprès et village] 1889). Dès sa sortie, il devra quitter Arles sous la pression des habitants, qu’il effraie.

Citations de Vincent Van Gogh, 

« On dit, et je le crois volontiers, qu’il est difficile de se connaître soi-même. Mais il n’est pas non plus aisé de se peindre soi-même. »

Vincent Van Gogh (Lettres à son frère Théo) ; malgré cette assertion, le peintre exécuta, à partir de 1886, pas moins de trente-cinq autoportraits, espérant sans doute par là trouver sa propre identité.

« Il avait absorbé la nature en lui ; il l’avait forcée à s’assouplir, à se mouler aux formes de sa pensée, à le suivre dans ses envolées, à subir même ses déformations si caractéristiques. Van Gogh a eu, à un degré rare, ce par quoi un homme se différencie d’un autre : le style. »

Octave Mirbeau, dans un article de l’Écho de Paris publié huit mois après la mort de Van Gogh (31 mars 1891).

« Il avait raison, Van Gogh, on peut vivre pour l’infini, ne se satisfaire que d’infini, il y a assez d’infini sur la terre et dans les sphères pour rassasier mille grands génies. »

Antonin Artaud (Van Gogh, le suicidé de la société)

 

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Histoire de cloches pour les Moines

Posté par francesca7 le 11 février 2015

 

La fonderie Charles Obertino - Labergement Sainte Marie est la plus vieille fonderie de cloche de vache en activité de France.

Elle est basée à Labergement Sainte Marie dans le Haut-Doubs depuis 1834 environ. Cette entreprise artisanale, de six employés, produit des cloches de vaches (personnalisées ou non), des cloches souvenirs (personnalisables), des cloches d’appel (de quelques centaines de grammes à la cloche de chapelle pesant 17 kilos).

La technique de production de moulage au sable et le savoir-faire sont traditionnels mais le résultat est de toute première qualité.

La fonderie expose chaque année au Salon de l’Agriculture à Paris et à la Foire Exposition à Besançon.

CLOCHES+CHAPELLES

Plus de renseignements sur la fonderie et la production des cloches :http://monjura.actifforum.com/de-l-artisanat-jurassien-la-petite-industrie-f14/la-fonderie-de-cloches-obertino-labergement-ste-marie-25-t64.htm

Je vous propose quelques photos prises à la fonderie. D’autres sont visibles en cliquant ici.

Les moînes cisterciens de Citeaux ont créer une nouvelle abbaye à Munkeby en Norvège.

Cela fait 500 ans que cet ordre n’avait pas créé de nouvelle fondation. Quatre moines sont partis en Norvége fonder la nouvelle abbaye, début septembre 2009. Ils ont emporté avec eux cette cloche qui rythmera la vie de la nouvelle communauté.

Historique de la cloche :

Cette cloche vient de l’Abbaye de la Grâce Dieu dans le Doubs. C’est une abbaye cistercienne créée en 1139. Des moines ont occupé les lieux sans interruption jusqu’à la Révolution Française. Les bâtiments et l’église furent tranformés en fonderie et forge après l’expulsion des moines.

Ces dernier réoccupèrent l’abbaye dès la fin des années 1830 environ.

En 1929, des religieuses cisterciennes achetent le monastère et font vivre l’abbaye jusqu’en 2009. Elles quittent ce couvent suite à une réorganisation de leur ordre monastique.

Une nouvelle communauté, les Travailleuses Missionnaires, occupent déjà les lieux. Ainsi la vocation religieuse du lieu perdure encore.

Comme partout, chaque déménagement est l’occasion de faire le tri. Trois cloches se trouvaient dans les greniers de l’abbaye sans aucune utilité. Elles ont été mises en vente et j en ai été l’acquéreur. 

La cloche destinée à l’abbaye de Munkeby est la première sur la photo (celle du bas). Les deux autres font partie désormais de ma collection. Ce patrimoine Franc-Comtois reste donc dans la région.

La cloche destinée à la nouvelle fondation a un diamètre de 33 cm. Elle pèse 27 kilos, a été fondue à Besançon par le maître fondeur BEAU.

Elle est en bronze et date probablement des années 1820 ou 1830. De part sa taille et le type de fixation, cette cloche devait servir de cloche d’appel dans le monastère. On imagine aisément qu’elle pouvait se trouver au dessus de la porte d’entrée, ou à un endroit stratégique du monastère pour rythmer la vie des religieux. A noter que l’abbaye possède un clocher avec deux cloches monumentales servant encore actuellement pour les sonneries des heures et des offices.

La cloche avait été suspendue dans le clocher il y a plus de vingt ans dans l’espoir de créer un carillon, mais cela n’a pas abouti. De plus elle ne possèdait pas de battant.

La cloche a été nettoyée car certaines taches disgracieuses se trouvaient dessus. Le bronze se patinera avec le temps. Un battant neuf provenant de la fonderie de cloche OBERTINO à Labergement Sainte Marie dans le Doubs a été installé (Pour la petite histoire, une abbaye cistercienne se trouvait dans cette commune jusqu’à la Révolution)   

La cloche chez les moines :

Dans mon projet, j’ai souhaité que les moines disposent d’un support adapté à la cloche et surtout simple à fixer.

Diverses solutions ont été envisagées. J’ai proposé mon projet à Mr Claude GUINOT, ferronier d’art à MONTEPLAIN dans le Jura (pour la petite histoire, sa maison est une ancienne grange dépendant de l’abbaye cistercienne d’Acey).

Il a conçu un support moderne en forme d’ailes d’ange. C’est une très belle réalisation qui s’adaptera à merveille dans le cadre tout aussi moderne de la nouvelle abbaye.   

La curiosité est à son comble pour les quatres moines qui découvre avec joie, la cloche qui rythmera leur vie en Norvège. C’est une joie également pour eux que cette cloche issue d’une abbaye cistercienne multi-séculaires fasse le lien cistercien avec leur nouvelle fondation. Fin août, la cloche est partie en Norvège en camion avec les bagages des moìnes, ainsi que tout le materiel necessaire au bon fonctionnement de l’abbaye.

Le 12 septembre, les moines sont arrivés à Munkeby.  Un premier bâtiment est déjà construit. Il comporte les logements, la chapelle, une fromagerie. Plus tard d’autres batiments et une église seront construits.

Dès le premier jour, une messe et les vêpres ont été célébrés à Munkeby en présence des représentants des communautés religieuses voisines (il y a des soeurs cisterciennes entre autre), des représentants des autres religions et des autorités locales. La cloche, même si elle n’est pas encore fixée, semble déjà avoir trouvé sa vocation.   

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Quelques liens intéressants :

La nouvelle abbaye possède un site internet très intéressant expliquant le projet de création d’une nouvelle abbaye en Norvège.

Je vous invite à le visiter et à divulguer ce lien autour de vous : http://munkeby.net/francais/index.html

Le site de l’abbaye de Citeaux : cliquez ici

http://www.cloches.org/28.html

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Le Paris Sacré

Posté par francesca7 le 14 janvier 2015

 

Depuis la nuit des temps, Montmartre a été un lieu de culte : les Druides gaulois, les Romains avec les temples dédiés à Mars et Mercure, l’Église Saint-Pierre, la plus ancienne de Paris, reconstruite près de l’Abbaye Royale de Montmartre au XIIè siècle par le roi Louis VI et sa femme Adélaïde de Savoie… Enfin, le Sacré-Cœur, érigé à la fin du XIXè siècle. Aujourd’hui, ce haut-lieu de prière demeure fidèle à sa tradition : Dieu y est bien présent !

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Origine de la construction La basilique du Sacré-Cœur, dite du « Vœu principal », située au sommet de la butte Montmartre, surplombant la ville de Paris, est une basilique dont la construction fut décrétée par une loi votée par l’Assemblée nationale le 23 juillet 1873 après la défaite de 1871 pour « expier les crimes des communards », ainsi que pour rendre hommage à la mémoire des nombreux citoyens français qui ont perdu la vie durant la guerre franco-prussienne. C’est l’architecte Paul Abadie (mort en 1884) qui gagne le concours pour sa construction. La première pierre a été posée le 16 juin 1875, et l’église a été construite avec la participation directe du gouvernement de la Troisième République pour célébrer le départ d’un nouveau régime, dont les lois constitutionnelles ont été votées la même année. Toutefois elle n’a été achevée qu’en 1914 et consacrée qu’en 1919, après la fin de la Première Guerre mondiale, qui ironiquement a été vue par beaucoup de Français comme une vengeance contre l’Allemagne victorieuse lors de la guerre franco-prussienne. La basilique : un monument architectural Très controversé, ce monument est pourtant l’un des plus visités de Paris. La basilique est en forme de croix grecque, ornée de quatre coupoles ; son dôme central, haut de 80 m, est surmonté d’un lanterneau, formée d’une colonnade. Le style éclectique architectural de la basilique, s’inspirant de l’architecture romane et de l’architecture byzantine a influencé plusieurs autres édifices religieux du XXe (basilique Sainte-Thérèse de Lisieux par exemple). À l’intérieur, le plafond de l’abside est décoré de la plus grand mosaïque du monde, couvrant une surface de 475 m². Elle représente le Sacré-Cœur de Jésus glorifié par l’église catholique et la France. À sa base on peut lire une phrase en latin signifiant: « Au Cœur très saint de Jésus, la France fervente, pénitente et reconnaissante ». Une immense tour carrée servant de clocher renferme, entre autres cloches, la plus grosse cloche de France. Baptisée la Savoyarde, elle a été fondue à Annecy en 1895 par les frères Paccard. Elle mesure 3 mètres de diamètre et pèse 18 835 kg, quant à son support il pèse 7 380 kg. Elle fut offerte à la basilique par les quatre diocèses de la Savoie, et arriva sur la butte le 16 octobre 1895, ce qui fut un événement parisien. La crypte qui a la même disposition que l’église, est une des curiosités de la basilique. On peut accéder à la basilique Le Paris Sacré dans Paris 220px-Sacre_Coeur_cor_Jesu-DSC_1455wen empruntant le funiculaire de Montmartre. La basilique : un sanctuaire catholique Depuis plus d’un siècle, les fidèles y assurent jour et nuit le relais ininterrompu de l’adoration perpétuelle. Depuis 1995, la congrégation des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre assure, à la demande du cardinal Lustiger, archevêque de Paris, l’animation spirituelle et matérielle de la basilique. La basilique : un orgue majestueux Les grandes orgues de la Basilique du Sacré-Cœur ont été construites, par le célèbre facteur d’orgue Aristide Cavaillé-Coll en 1898 pour le château du baron de L’Espée, grand amateur d’orgue. Cet orgue était alors l’un des fleurons de Cavaillé-Coll, puisque doté des meilleurs technologies de l’époque (4 claviers manuels et pédalier, 78 jeux, traction mécanique des claviers et des jeux). À la mort du baron, à la vente de sa demeure et après avoir passé plus de dix années dans les entrepôts Coll-Mutin, l’orgue fut transféré à la basilique où il fut inauguré le 16 octobre 1919 par Charles-Marie Widor, Marcel Dupré et Decaux.

 

MONTMARTRE, LE « MONT DES MARTYRS »

Par sainte Geneviève, qui vivait au Ve siècle, nous connaissons l’existence de saint Denis. C’est par elle que ce premier évêque de Paris entre dans l’histoire ; car il est raconté dans la vie de cette sainte écrite par un de ses contemporains que, vers 475, elle décida le peuple parisien à élever une chapelle sur le lieu où il fut martyrisé. Saint Denis, premier évêque et martyr de Paris, ainsi que sa légende, illustrent cette période où les disciples du Christ triomphèrent « non en combattant, mais en mourant ».
La chapelle primitive construite sur la Butte en l’honneur de saint Denis tombait en ruine au IXe siècle. Elle fut reconstruite à cette époque, la colline de Montmartre étant un lieu de pèlerinage extrêmement fréquenté. Outre saint Denis, on y vénérait les ossements d’un grand nombre de chrétiens anonymes martyrisés au cours des persécutions et qui ont contribué à faire appeler la colline : « mont des Martyrs » (Montmartre).

En 1559, un incendie détruisit une grande partie de l’abbaye des Bénédictines de Montmartre qui se trouvait au sommet de la Butte et, depuis lors, le mal alla s’aggravant jusqu’en 1611, époque où Marie de Beauvilliers qui, pendant près de soixante ans, gouverna l’abbaye, entreprit la restauration du Martyrium qui se trouvait au flanc de la colline. Autour de cette chapelle fut construit une nouvelle abbaye dite « d’en bas » reliée à celle d’en haut par une galerie longue et voûtée.
Au cours des travaux, le 11 juillet 1611, on mit à jour un escalier conduisant à l’ancienne crypte, sanctifiée, disait-on par saint Denis. Cette découverte fit grand bruit. Marie de Médicis et plus de soixante mille personnes se rendirent sur les lieux, créant un nouveau courant de dévotion.

A la fin du XIVe siècle, le roi de France Charles VI, après la guérison momentanée d’un premier accès de folie et après avoir échappé par miracle aux flammes d’un incendie, accomplit un pèlerinage d’action de grâces au Martyrium de Montmartre.
Au début du XVe siècle, dans Paris en proie à la lutte des Armagnacs et des Bourguignons, les scènes d’égorgements et de pillage furent telles que les paroisses parisiennes se rendirent en procession sur la colline de Montmartre pour demander à saint Denis de sauver la capitale.

En 1525, quand François Ier eut été fait prisonnier à la bataille de Pavie, le peuple de Paris en foule vint à Montmartre prier le patron du royaume pour que cesse la grande désolation.
Le 15 août 1534, c’est à Montmartre que saint Ignace, saint François-Xavier et leurs compagnons fondèrent, en quelque sorte, la Compagnie de Jésus.

271px-Basilique_Sacre_Coeur_-_Vue_de_la_Tour_Eiffel dans ParisL’Abbaye de Montmartre, durant des siècles, est un foyer intense de vie religieuse et un lieu fréquenté de pèlerinages. En 1792, les Bénédictines sont dispersées par la Révolution française et le monastère détruit de fond en comble. La dernière abbesse, Marie-Louise de Montmorency-Laval, monte sur l’échafaud le 24 juillet 1794 et son sang permet la miraculeuse résurrection de vie religieuse qui s’opérera quatre-vingts ans plus tard sur la Butte sacrée.
Il ne subsiste à l’heure actuelle de l’abbaye des Dames de Montmartre que l’église Saint-Pierre, dont le chœur servait de chapelle aux religieuses.

Pour la visite : 
Crypte du Martyrium (Ouverture le vendredi après-midi)
11, rue Yvonne le Tac 75018 Paris
Tel : 01 42 23 48 94

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Art religieux et enclos paroissiaux de la Bretagne

Posté par francesca7 le 16 août 2014

 

Non loin des plages et des sites géographiques les plus prisés, les villes et les campagnes protègent pieusement les témoignages artistiques de l’histoire bretonne. Profondément religieux, l’art a ici laissé des traces matérielles à la fois monumentales et originales, presque toujours taillées dans ce granit qui fait à la fois l’orgueil et la particularité de la Bretagne. Prendre le temps de s’intéresser à ces vestiges, c’est se donner toutes les chances de mieux comprendre cette « péninsule du bout du monde ».

Une architecture mystique

Neuf cathédrales, une vingtaine de sanctuaires importants, des milliers d’églises et de chapelles rurales forment un imposant ensemble de monuments religieux. La richesse et le réalisme de leurs détails traduisent encore toute la force de la foi qui animait le peuple breton.

téléchargement (14)Les cathédrales

Elles sont inspirées des grands édifices de Normandie ou d’Île-de-France, mais ne peuvent rivaliser, ni par les dimensions ni par l’ornementation, avec leurs modèles. Les ressources des bâtisseurs étaient limitées, et le granit local est une pierre dense et difficile à travailler. En outre, les difficultés de trésorerie ont prolongé les travaux de trois à cinq siècles, ce qui nous permet de repérer toutes les étapes du gothique, depuis l’arc dépouillé des débuts jusqu’à la folle exubérance du flamboyant. Enfin, la Renaissance est venue placer sa dernière touche au cœur de ces édifices dont les plus intéressants sont ceux de St-Pol-de-Léon, Tréguier, Quimper, Nantes et Dol.

Églises et chapelles rurales

À l’époque romane (11e et 12 e s.), la Bretagne n’était pas florissante. Les sanctuaires furent donc rares, et même transformés aux siècles suivants. Sous les ducs, et après la réunion à la France, le territoire se couvrit d’églises et de chapelles gothiques et Renaissance.

Jusqu’au 16 e s., le plan général est un rectangle, parfois un plan en « T ». La nef est souvent sans bas-côtés et sans fenêtres, et aboutit à un chœur flanqué de chapelles, dont il est séparé par un arc de pierre. Le chevet est plat et percé d’ouvertures. La voûte de pierre est très rare : on lui préfère une charpente lambrissée, souvent peinte et dont les entraits, les sablières et les têtes de blochets sont fréquemment sculptés. Or, voici qu’à partir du 16 e s., est adopté le plan en forme de croix latine, avec un transept dont la présence efface l’arc central. Le chevet devient à trois pans et des fenêtres percent les bas-côtés.

On est surpris aujourd’hui de découvrir, dans des solitudes désolées, des chapelles qui feraient l’orgueil de localités importantes. Des édifices comme ceux de N.-D.-du-Folgoët ou de Kernascléden illustrent bien la foi des petits pays bretons de l’époque. Cependant, il est malheureusement assez courant de voir des chapelles modestes plus ou moins à l’abandon.

Les clochers

On serait tenté de dire que la Bretagne a l’esprit de clocher… mais ce mauvais jeu de mots masquerait toute la réalité de ces bâtiments qui symbolisaient à la fois la vie religieuse et la vie municipale. Les populations y plaçaient toute leur fierté, et c’était un châtiment terrible de voir un souverain mécontent les abattre. Le type le plus fréquent est le clocher-pignon, plus léger et moins coûteux que le clocher classique. On y accède par des marches extérieures ou par des escaliers logés dans les tourelles qui le flanquent.

Les porches

Dans les églises bretonnes, un porche important s’ouvre sur le côté sud. Il a fréquemment servi de lieu de réunion pour les notables de la paroisse qui prenaient place sur les bancs de pierre garnissant les murs. Souvent, une double rangée d’apôtres le décore. On les reconnaît à leurs attributs : saint Pierre tient la clef du paradis ; saint Paul, un livre ou une épée ; saint Jean, un calice ; saint Thomas, une équerre ; saint Jacques le Majeur, un bâton de pèlerin ; saint Matthieu, une hachette ; saint Simon, une scie ; saint André, une croix ; saint Barthélemy, un couteau.

Le mobilier religieux

Du 15 e au 18 e s., une armée de sculpteurs bretons a fourni aux églises divers éléments : chaires, stalles, buffets d’orgues, baptistères, clôtures de chœur, jubés, poutres de gloire, retables, niches à volets, confessionnaux, saints sépulcres et statues… images (18)On ne s’étonnera pas de constater au cours des visites que ces œuvres présentent un caractère plus abouti que les figures des calvaires. Il est en effet beaucoup plus aisé de travailler le chêne, le châtaignier ou l’albâtre que le granit.

Jubés et poutres de gloire

Nombreux dans les églises bretonnes, les jubés sont souvent d’une richesse inouïe, qui surprendra plus d’un amateur. Quelques-uns sont sculptés dans le granit, mais la plupart, et c’est une des originalités de la Bretagne, sont en bois. Variée, la décoration diffère sur leurs deux faces, car le jubé sépare le chœur de la partie de l’église réservée aux fidèles et complète les clôtures latérales du chœur. Par ailleurs, il sert à la prédication et à la lecture des prières, qui sont faites du haut de sa galerie supérieure. En général, il est surmonté d’un crucifix, entouré des statues de la Vierge et de saint Jean, qui font face à la foule. La poutre de gloire, ou tref, est à l’origine du jubé. Afin de l’empêcher de fléchir, on fut amené à la soutenir par des supports qui firent place à une clôture plus ou moins ouvragée. Décorée habituellement de scènes de la Passion (elle porte toujours le groupe du Christ entouré de la Vierge et de saint Jean), on la trouve surtout dans les petites églises et les chapelles.

Les retables

Nombreuses, surchargées, les œuvres Renaissance se retrouvent dans les fonts baptismaux et les chaires à prêcher, transformés en vrais petits monuments. Mais le cas le plus intéressant est celui des retables. À l’origine, l’autel primitif n’est qu’une table. Petit à petit, il va perdre en simplicité et atteindre des dimensions étonnantes. Du 12e au 14 e s., les autels s’ornent d’un gradin peu élevé, le retable est de même longueur que l’autel, puis, la sculpture s’en empare et on voit apparaître des scènes extraites de la Passion. À partir du 15 e s., l’autel est envahi de colonnes torses, de frontons et de niches ornées de statues et de panneaux sculptés, qui trouvent leur plein épanouissement au 17 e s. Le retable, dont le sujet principal s’est perdu parmi les angelots et les guirlandes, en arrive à occuper la totalité de la chapelle réservée à l’autel. Le paroxysme ornemental est même atteint lorsque, ne faisant qu’un avec les retables des autels voisins, il orne toute la muraille du chevet, comme c’est le cas à Ste-Marie-du-Ménez-Hom .

La dévotion au Rosaire, que l’on doit au dominicain breton Alain de La Roche (15 e s.), donna lieu, à partir de 1640, à l’érection de maints retables dans lesquels la Vierge est représentée remettant le chapelet à saint Dominique et à sainte Catherine de Sienne.

Arbre de Jessé et Mise au tombeau

Un grand nombre de niches à volets renferment un Arbre de Jessé. Jessé, qui appartenait à la tribu de Juda, eut un fils, David, de qui descend la Vierge Marie. Il est généralement représenté couché. Dans son cœur, ses entrailles ou ses reins plongent les racines de l’arbre dont les rameaux portent, dans l’ordre chronologique, les rois et les prophètes, ancêtres du Christ. La Vierge, au centre, figure la tige qui porte la fleur : Jésus. Voyez l’arbre de La Trinité-Porhoët, non loin de Ploërmel.

La Mise au tombeau, ou Saint-Sépulcre, groupe généralement sept personnages autour du Christ mort. Si elle est souvent traitée sur les calvaires, elle est rarement présente dans les églises, sauf à Lampaul-Guimiliau et à St-Thégonnec, où elles sont remarquables.

Toutefois, les chefs-d’œuvre de la sculpture funéraire sont visibles à Nantes, avec le tombeau de François II, et à Josselin, avec le mausolée d’Olivier de Clisson.

Vitraux

Si les peintures et les fresques sont rares (Kernascléden reste une exception), les verrières sont en revanche assez nombreuses. Souvent inspirées par l’art italien ou flamand, elles se caractérisent toujours par une facture bretonne.

La cathédrale de Dol en possède une très belle du 13 e s. Les plus beaux exemples datent des 14 e , 15 e et 16e s. et sortent des ateliers de Rennes, Tréguier et Quimper ; on peut en voir à N.-D.-du-Crann et à St-Fiacre du Faouët.

Au 20 e s., la restauration ou la création de nombreuses églises et chapelles a permis de parer ces édifices de nouveaux vitraux éclatants, souvent non figuratifs.

Une myriade de fontaines

Les fontaines liées au culte de l’eau sont innombrables en basse Bretagne. La plupart d’entre elles sont desfontaines guérisseuses . Presque tous les lieux de pardons possèdent une fontaine où vont boire les fidèles. Elle est placée sous la protection d’un saint ou de la Vierge, dont les statues s’abritent dans de petits sanctuaires, tantôt frustes, tantôt ornés. Dans les lieux de pèlerinage importants, comme Ste-Anne-d’Auray , la fontaine a été aménagée de façon moderne, avec vasques, bassins et escaliers.

Les enclos paroissiaux

Une particularité bretonne : l’enclos paroissial est l’ensemble monumental le plus typique que l’on rencontre dans les bourgs. Il s’ouvre habituellement par une porte triomphale donnant accès à l’église, au calvaire et à l’ossuaire, et permettait à la vie paroissiale de rester étroitement attachée à la communauté des morts, puisque l’enclos avait le cimetière pour centre. L’émulation qui existait entre villages voisins explique la richesse des enclos qui ont surgi en basse Bretagne à la Renaissance et au 17 e s.

Portes triomphales et ossuaires

La porte monumentale ou porte des Morts, généralement très décorée, est traitée en arc de triomphe pour symboliser l’entrée du Juste dans l’immortalité. Les portes latérales voient leur passage barré par une pierre haute, l’échalier ; cette clôture est symbolique car elle n’en empêche pas le franchissement.

Dans les minuscules cimetières bretons d’autrefois, les corps devaient être exhumés pour laisser la place aux nouveaux défunts. On entassait les ossements dans des réduits que l’on élevait contre l’église ou le mur du cimetière. Ces ossuaires sont ensuite devenus des bâtiments isolés, et leur exécution devint plus soignée. Ils ont pris la forme de reliquaires et ont servi de chapelles funéraires.

téléchargement (13)Les calvaires

Foncièrement bretons, ces petits monuments de granit groupent autour du Christ en croix des épisodes de la Passion. Bon nombre d’entre eux furent érigés pour conjurer la peste de 1598 ou, après sa disparition, en tant qu’action de grâces. Ils servaient à l’instruction religieuse : tout en prêchant, le prêtre désignait les scènes qu’il racontait. Le plus ancien des calvaires existants est celui de Tronoën (fin 15 e s.) ; les plus célèbres sont ceux de Guimiliau (200 personnages), Plougastel-Daoulas et Pleyben.

Si la sculpture est généralement fruste et naïve, c’est qu’il s’agit essentiellement d’un art de tailleurs de pierre villageois. Mais quel sens admirable de l’observation avaient ces artistes anonymes ! L’expression de la vie y est souvent saisissante. Ils choisissaient les scènes au gré de leur inspiration, sans les grouper de façon chronologique. Certaines se reconnaissent au premier coup d’œil, d’autres, plus ou moins abîmées, sont traitées plus sommairement.

Les calvaires ont eu pour prédécesseurs immédiats les croix de chemin. Il y en eut des dizaines de mille, mais beaucoup ont été détruites.

 

 

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l’Apocalypse du Pauvre à Saint-Léger-Vauban

Posté par francesca7 le 7 juillet 2014

 

images (26)On voit, d’après ce défilé de pierres animées, que l’on peut à sa suite parcourir une bonne partie de notre département.

Ce n’est cependant qu’à son extrême sud, dans les granites du Morvan, que l’on trouvera une tradition de mégalithe animé parée d’un éventail complet de symboles fantasmagoriques: la légende de la Pierre-qui-Vire de Saint-Léger-Vauban.

La Pierre-qui-Vire, que l’on a considéré quelque temps comme un dolmen, est surmontée depuis 1853 d’une grande statue de la Vierge Marie, érigée par les moines bénédictins du monastère de Sainte-Marie-de-la-Pierre-qui-Vire, en exécution d’un vœu de son fondateur, le Père Muard, décédé peu après en 1854.

Une première version de la légende nous est fournie par l’abbé Louis Brullée dans son Histoire du Père Muard parue en 1864 (39). II s’agit d’un extrait du discours prononcé par le R.P. Saudreau, du monastère de Flavigny, lors de l’érection de la statue.

«Il y a dix-huit siècles, lorsque la main divine de Jésus-Christ n’avait pas encore fixé au ciel du monde le soleil de l’Evangile, qui devait dissiper la nuit du paganisme, et détruire les horreurs de son culte, ce lieu était consacré à l’idolâtrie. Autour de ce dolmen se rassemblaient les peuplades nombreuses des Gaulois; ils venaient offrir leurs hommages, adresser leurs prières à leurs divinités, et assister aux sacrifices qui se faisaient en leur honneur. Là, sur cette pierre, coulait le sang des animaux et quelquefois un sang plus noble, le sang royal de la création, le sang de l’homme. Là, au sein de cette forêt, habitaient les prêtres païens, c’étaient les Druides».

Dans le chapitre V de son ouvrage consacré aux monuments, Paul Sébillot a montré que l’association entre dolmens, gaulois et sacrifices humains avait toutes les caractéristiques d’une légende moderne, forgée par quelques érudits vers 1780 et largement répandue par ceux que l’on a appelés par la suite les «celtomanes». Malgré les nettes réfutations apportées par Cambry et Legrand d’Haussy dès 1800, puis par Prosper Mérimée en 1840, on pouvait lire en 1876 dans le Dictionnaire Breton-Français de Troude, V° Dolmen: «Ils [Les Gaulois] y faisaient des sacrifi­ces humains ou autres, ainsi que semblent l’attester les petites haches et les coins trouvés sous ces monuments, ainsi que les rigoles tracées sur les pierres pour l’écoulement du sang … ».  

Le R.P. Saudreau, en 1853, était manifestement encore sous l’influence celtomane. On peut difficilement lui jeter la pierre quand on pense à quel point cette légende des sacrifices humains sur les dolmens est encore vivace chez certains de nos contemporains de la fin du XXe siècle…

En 1870, Victor Petit, à qui on ne la faisait pas, ouvre une première brèche dans le mur de désinformation qui entoure la Pierre-qui-Vire. D’abord, il relève deux éléments-clefs de l’authentique légende morvandelle: «L’une des légendes relatives à la Pierre-qui-Vire est celle-ci: la pierre virait (tournait) toutes les fois que minuit sonnait au clocher de Vaumarin. Or, à Vaumarin, hameau d’une vingtaine d’habitants, il n’y eut jamais ni église ni chapelle. Ces sortes de jeux de mots sont très nombreux en Morvan et on doit s’en défier sans cesse. Les villageois du Mor­van n’ont pas de plus grand plaisir que de se «gausser des messieurs de la ville». Il ne nous semble pas possible que ce bloc ait jamais pu être tourné ou ébranlé par la main des hommes.» Quant à l’explication celtomane, elle ne convainc pas plus Victor Petit qui rejette en bloc les trous creusés «pour recevoir le sang des victi­mes», les rassemblements de Gaulois, les sacrifices, et ajoute même que la Pierre­qui-Vire «n’offre rien de plus remarquable que d’autres pierres agglomérées sur le sommet d’une petite butte qui domine le petit hameau des Barraques, près de la lisière de la forêt de Saint-Léger … » .

Même traitement pour la «Roche des Fées» de Quarré-les-Tombes, «massif rocheux de granit à gros grain, fort curieux à étudier pour la juxtaposition et la superposition des différents blocs qui le composent. On peut facilement parvenir sur le sommet de ce groupe dans lequel l’imagination populaire locale voit ou croit voir une foule de choses, notamment la table où on égorgeait les victimes, le fau­teuil du juge et surtout les rigoles par lesquelles coulait le sang des victimes. Des villageois raconteront sérieusement tous les détails des sacrifices humains prati­qués par «les prêtres de l’ancien temps». Tous ces récits fantastiques se répètent avec une ténacité singulière. Nulle réfutation n’a chance d’être écoutée et encore moins d’être accueillie comme vraie» 

images (27)La «ténacité singulière» remarquée par Victor Petit n’aurait-elle pas été nourrie des explications distillées par le curé-doyen de Quarré-les-Tombes, l’abbé Henry, qui était présent en 1850 lors de l’installation du Père Muard et écrivait en 1875 : «La Pierre-qui-Vire: roche aplatie et à peu près ronde, qui a plus de 12 m de circonférence… Elle a évidemment servi à faire des sacrifices, car en déblayant le terrain qui l’entoure, on trouva, en 1853, un fragment de coquille marine» (43). L’abbé Henry ne rapporte pas ici une légende, mais contribue à en asseoir une autre. Pourtant le curé-doyen est au courant du fait que «cette pierre tourne toutes les fois que midi sonne à Vaumarin, hameau de six feux, le plus rapproché de la Pierre-qui-Vire, et qui n’a jamais eu d’horloge…»

La thèse de la rotation resurgit, mieux étayée, dans la petite brochure intitu­lée «Une excursion dans le Morvand en 1872», par A L. Morlon (44). «Voici la Pierre­qui-Vire; et tout d’abord, vire-t-elle ? Non. A-t-elle jamais viré ? Je ne le crois pas, puisqu’elle est en équilibre sur deux points. Cependant, cette légende se raconte: quand, à midi, le soleil dardait ses rayons sur le dolmen et que l’Angélus sonnait à Vaumarin, la pierre virait trois fois. Le Père Isidore nous donne une explication aussi simple que juste; si la pierre, dit-il, ne tournait pas sur elle-même, elle oscillait facilement de bas en haut, et il se souvient de lui avoir imprimé avec une seule main un mouvement vertical d’une dizaine de centimètres. Nous regrettons de ne pou­voir en faire autant; la partie jadis branlante a été maçonnée en dessous. Le monu­ment se compose d’une grosse pierre posée sur un rocher; elle a trois mètres de long, deux de large et un mètre d’épaisseur environ. Au dessus les religieux ont placé depuis le 27 septembre 1853 une sainte Vierge de grande dimension.»

A.L. Morlon réfute ensuite l’origine artificielle du mégalithe, qui pour lui n’est que le résultat d’un phénomène classique d’érosion. Mais il ne peut renoncer à évoquer nos glorieux ancêtres: «Ici, nous le croyons, se tint une assemblée de Gaulois; on évoqua Hésus ou Teutatès, et les druides, par leur éloquence, enflam­mèrent le courage des guerriers éduens et leur inspirèrent le goût des combats…»

L’abbé Poulaine, dans son Guide du touriste dans l’Avallonnais , a sim­plement passé sous silence l’aspect légendaire du site, se contentant d’affirmer son origine naturelle.

Retour en scène des druides en 1933, dans le Guide du Morvan, publié par le Comité de Propagande Touristique du Morvan, sous le titre «La Pierre-qui-Vire»: «Remarquable chemin de croix taillé dans le roc : autel celtique supportant une statue de la Vierge»… et à propos des rochers légendaires d’Uchon: «…qui furent utilisés soit comme tombeaux, soit comme autels, par les Druides»…

Les versions de la légende notées par ces auteurs font pâle figure en regard de celles qu’ont rapportées, chacun de son côté, Jean Puissant, G. Bidault de l’Isle  et A. Guillaume.

Les deux premiers textes diffèrent par quelques points, mais l’essentiel est préservé. D’une part, plus question de druides, de gaulois ou de sacrifices san­glants. Le Morvan semble avoir chassé ces fantômes tardifs du Siècle des Lumières et «récupéré ses chaussures». Bidault de l’Isle écrit avoir entendu personnellement cette légende d’un vieux paysan morvandiau, au cours d’une veillée, à St Germain des Champs, à la fin du XIXe Siècle. Or donc, en ce temps-là, chaque nuit de Noël, les fées venaient «…danser en rondes infernales autour de la pierre au-dessus de laquelle trônait le démon lui-même.» Dans l’intervalle des douze coups de minuit sonnant à la chapelle de Vau-Marin, la roche tournait sur elle-même, découvrant une crypte regorgeant de fabuleux trésors. On disait qu’il était possible, durant ce bref laps de temps, d’y puiser à pleines mains.

Une jeune paysanne, Jeannette, décide, malgré la défense maintes fois proférée, de profiter de l’aubaine. Trouvant un prétexte pour ne pas assister à la messe de minuit, elle se rend, portant son bébé avec elle, jusqu’à la roche maudite. Au premier coup de minuit, la crypte s’ouvre, elle descend, pose l’enfant sur le tas – et se sert copieusement, insoucieuse du temps qui s’écoule. Au douzième coup, alors que la roche commence à se remettre en place, elle reprend conscience et s’échappe de justesse, oubliant le bébé au fond du trou. Réalisant trop tard que la cavité est à nouveau scellée, Jeannette tente, mais en vain, de repousser le lourd couvercle.

De retour de la messe de minuit, le mari, furieux contre la jeune mère, jette « l’or du diable» au fumier. Puis, aidé de voisins et amis, il essaie à son tour d’ébran­ler la dalle, sans succès. Quand à l’or maudit, le matin venu, il n’en reste que petits fragments de charbon…

Un an après, une année passée en remords et ferventes prières, la malheu­reuse épouse revient à la pierre, qui s’ouvre à nouveau, découvrant le bébé en train de se réveiller. Alors qu’elle va s’en saisir, un ange apparaît et lui fait un petit sermon dont la conclusion est: «Sache désormais te défendre des tentations que le Diable sème sur la route des âmes pour les mieux entraîner à leur perte!» Puis l’être de lumière interdit, d’un geste de son épée, à la pierre de virer désormais, dérobant à jamais ses trésors aux yeux des hommes. Il trace une croix sur le bloc et disparaît. : la terre tremble alors, secouant les chaumières, faisant déborder le Trinquelin, et le plus étonnant de l’histoire, la chapelle de Vaumarin disparaît sans laisser de trace !

«C’est depuis ce temps là, conclut le conteur, qu’il n’y a plus jamais eu de sabbat dans le voisinage de la Pierre-qui-Vire» . Et de préciser que ce n’est que « bien plus tard» que les moines construisirent là une abbaye et installèrent la grande statue de la vierge à l’enfant sur le «dolmen».

Le texte de Jean Puissant, publié deux ans avant celui de Bidault de l’Isle, comporte quelques éléments supplémentaires. Tout d’abord, le fait que la pierre, avant d’être cimentée, «bougeait au moindre choc». C’est bien ce que racontait le Père Isidore à ses visiteurs de 1872. De plus, elle faisait peur: passer dans ses para­ges exposait à des accidents de toutes sortes. Enfin, contrairement à l’autre version essentiellement moralisatrice, l’auteur insiste fortement sur les distorsions de la perception dont étaient victimes les personnes qui s’attardaient auprès de la Pierre-qui-vire.

La_Pierre_qui_Vire,_à_Saint-Léger-Vauban«Ils sentaient leurs cheveux se dresser sur leur tête, une sueur froide leur le dos, le sang battre leurs tempes, et leurs jambes flageolantes étaient pri­vées de mouvement. Alors ils voyaient d’étranges spectacles. Lesquels ? A leur retour, ils ne se confiaient pas volontiers, mais leurs regards se tournaient en dedans d’eux-mêmes, et ils frissonnaient. Malgré leur discrétion, on avait pu, au cours des ans, recueillir des bribes de renseignements, contradictoires, d’ailleurs. Les uns avaient vu des ombres imprécises environner la pierre; les autres avaient pu distin­guer des faces hideuses de monstres aux yeux luisants et aux becs avides; certains avaient du tourner autour du rocher dans la ronde des fées, et s’y étaient affaissés, évanouis de fatigue; quelques uns parlaient d’un gigantesque vieillard aux traits effrayants qui leur barrait le chemin, ou encore d’une belle jeune femme à la robe blanche et aux bras nus, qui restait assise sur le bloc de granit, les fixant d’un regard étrange qui les faisait défaillir. Mais tous étaient d’accord sur un point. Tous avaient vu la pierre tourner d’elle-même. Une force invisible les clouait au sol et les obligeait à regarder» (50). Et c’est là que se rejoignent Puissant et Bidault de l’Isle: c’est pendant les douze coups de minuit de la nuit de Noël que s’ouvre la crypte, découvrant « des diamants, des rubis, des topazes et des pièces d’or qu’un enchanteur avait entassés là en un trésor fabuleux.» Quelques instants pendant lesquels on perdait ses repères «car à ce moment-là les minutes paraissaient des siècles».

La mise en garde est ici des plus nettes: ceux qui ont essayé de toucher au trésor de l’enchanteur ont disparu à jamais. Un vieillard, «Simon-Bras-de-fer», avoue avoir perdu courage au dernier moment.

Dans le texte de Jean Puissant, la jeune femme, nommée tantôt «Marie de la Roche» tantôt «Marie des Roches», est veuve. Elle méprise tous ces couards d’hommes et croit pouvoir mettre la main sur le trésor. Mais comme la Jeannette, son tablier plein de richesses, elle sort de la crypte en oubliant son enfant. Ce n’est que rentrée dans sa cabane qu’elle s’en rend compte.

Il lui faudra attendre la Noël suivante. Elle passe l’année dans la douleur et la misère, sans profiter de son trésor, et, le moment venu, jette or et pierreries dans l’excavation où l’attendait son fils qui «lui tendait les bras, ses grands yeux bleus ouverts, souriant, tel qu’il était un an auparavant, le jour où elle l’avait perdu.»

Marie saisit son fils et… remercie la «Pierre-qui-Vire» !

La version de Jean Puissant s’arrête ici: point d’ange, point de tremble­ment de terre, point de chapelle évanouie. La pierre garde tous ses pouvoirs.

Une troisième version de la légende, antérieure aux précédentes, présente l’intérêt d’être entièrement écrite en parler morvandiau. Elle fait partie d’un ouvrage intitulé L’Ame du Morvan, édité en 1923 par Mme Gervais, à Saulieu. L’auteur, le docteur A. Guillaume, exerça la profession de vétérinaire à Saulieu de 1901 à 1943.L *Ame du Morvan a été rééditée en 1971 par les «Amis du Vieux Saulieu». Sous le titre «Lai Pierre-que-Vire», l’auteur énonce, dans une version développée, la légende dont Puissant et Bidault de l’Isle ont recueilli, chacun de son côté, des élé­ments différents. En sus, Guillaume pimente son texte d’une série de notations pro­pre à réjouir les folkloristes. Deux éléments retiendront particulièrement notre at­tention.

D’abord, une série d’indices typiquement «sabbatiques». Au milieu des divers cris d’animaux dont retentissaient les bois «jor et neut, mas seurtout de neut», « on entendot étou des autes breuts que venint de por d’ ilai et de lai rivière, qu’on ne saivot pas pair quoué qu’al étint faits! peu, quéque fois des mouénées lumières qu’ ment des luyottes qu’ ai’llint que venint por lâvent dans les fonds. On viot don et on entendot! Les mondes de tot por d’ ilai és ailentours dünt que tot ce qu’on croyot été des bêtes, étint des sorciers et des sorciéres que se chouingint qu’ment çai pou v’ ni an sabbait…» – traduction littérale: «jour et nuit, mais surtout de nuit, on enten­dait aussi d’autres bruits qui venaient de par-là et de la rivière, qu’on ne savait pas par quoi ils étaient faits! Puis, quelquefois des petites lumières comme des vers luisants qui allaient et venaient par là-bas dans les fonds. On «voyait» donc et on «entendait» ! Les gens de la région disaient que tout ce qu’on croyait être des bêtes étaient des sorciers et des sorcières qui se transformaient comme çà pour venir au sabbat.»

On trouve ici, avec les mystérieux bruits nocturnes et les lueurs qui vont et viennent, le thème des animaux qui seraient en fait des sorciers déguisés en route pour le sabbat. Sébillot  a noté parmi ces nocturnes le lièvre, qui nous renvoie quelques instants en Sénonais. Sur les confins de Gron et Collemiers, non loin du sommet boisé du «Bois Gorgon», un climat s’appelle «Les Demoiselles», évoquant les fées; un autre, le «Marchais au Pesme» (du latin «pessimus», le très mauvais, le pire: un des noms du Diable) et un autre enfin la «Côte aux Lièvres». Le «Bois Gorgon» serait-il un nouveau repaire de «sabbatins»?

L’autre élément à retenir concerne un rite particulier de la veillée de Noël, consistant à secouer avec un tison la bûche de Noël dans l’âtre pour la faire «éveyer», c’est-à-dire jeter des étincelles:
«Evêye, évêye, évêyons
Autant de gerbes que de gerbeillons !…»

«Paisse que vous saivez que pus lai cheuche de Noé en breulant, fait d’évêyies vou d’étincelles qu’ment qu’on dit en ville, chi vous eumez mieux, pus a y airé de gerbes tant grousses que p’tiotes ai lai mouéchon.» Autrement dit: «parce que vous savez que plus la souche (ou bûche) de Noël en brûlant fait d’ «évêyies» ou d’étincelles comme on dit en ville, si vous aimez mieux, plus il y aura de gerbes tant grosses que petites à la moisson.»

Ceci pour rappeler que cette nuit, à nulle autre pareille, impose des rites: la veillée, avec les «éveyies» de la «chuche» en prélude â la Messe de Minuit, rite capital auquel il ne faut pas se soustraire. De plus, à cause de la loi sur le jeûne – le prêtre ne pouvait célébrer et les fidèles communier qu’en étant à jeûn depuis mi­nuit -, on n’entrait dans l’église que les douze coups sonnés… laps de temps où s’ouvrait également le monde interdit !

Le Morvandiau – il n’en a pas le monopole – est un chrétien formaliste. A part Noël, il y a d’autres dates sacralisées à l’extrême, et notamment l’une d’entre elles qui, encore de nos jours, semble surpasser la Nativité dans la ferveur popu­laire: les Rameaux.

A ce sujet, la version du docteur Guillaume, la plus ancienne et la plus complète concernant la Pierre-qui-Vire, a un antécédent: curieusement, l’ouvrage de l’abbé Baudiau cité plus haut présente, sous une forme dépouillée bien que paradoxalement noyée dans le mélodrame, les éléments essentiels que l’on retrouve, près d’un siècle plus tard, dans les trois versions du XXème siècle. Il s’agit d’un texte, également rédigé en patois, avec traduction en regard, et intitulé «La veuve et le trésor du dimanche des Rameaux» .

Baudiau ne donne d’abord qu’une localisation vague: «sur le flanc d’une des montagnes du Morvan», sans plus de précision. Ensuite, comme chez Puissant, la pierre est le siège de phénomènes paranormaux: «.., ain groos carté d’raice, lai qu’ot dieient qu’in viot, aine piarre lai voù qu’las fées v’neient las autefois s’aichéte. Ol y fiot toot d’moinme quéequ’fois aine peute çarue !». Baudiau donne en regard une traduction adaptée, dépatoisée pourrait-on dire: «…un bloc de rocher où il se faisait diverses apparitions: une grosse pierre sur laquelle les druidesses du pays venaient s’asseoir autrefois. On y entendait, en effet, de temps en temps, un bruit effrayant.»

En voici une deuxième traduction, plus littérale: «…un gros quartier de roche ­où il se disait qu’on «voyait», une pierre où les fées venaient autrefois s’as­seoir. Il s’y faisait même quelquefois un vilain chahut !»…

Au passage, notons deux termes importants:

- on «voyait»: allusion aux apparitions. Guillaume, rappelons le, en rajoute : « on viot don et on entendot !» et le même mot a été employé (voir supra) à Villlemanoche, sous la plume de Tavoillot à propos d’une série de pierres «où l’on voit encore».

- la «peute çarue»: l’adjectif «peut», au féminin «peute», désigne en Mor­van le diable, dont il ne faut pas prononcer le nom. «Peut» signifie «laid», et «peute çarue» n’est autre qu’un «chahut d’enfer». On retrouve en Sénonais l’adjectif «put»: à Thorigny-sur-Oreuse existe la «Mardelle au Put». A Collemiers, il y a également un Marchais au Pesme». Le Dictionnaire de Jossier ne cite pas «pesme», que l’on trouvera dans le Larousse del’Ancien Français (53) avec le sens de «très mauvais, très méchant», cependant que «put» (id. p. 483) signifie en premier «puant, sale, infect» et en second: «mauvais, méchant». Ces deux climats feraient donc référence au diable et par voie de conséquence, au sabbat !

Ceci pour rappeler que, malgré la distance, le Sénonais est bien le fils du Morvan. L’Yonne ne charrie-t-elle d’ailleurs pas, sous forme de sable, les débris des granites qu’elle caresse dans son cours supérieur ?

Chez Baudiau comme chez Puissant, la jeune femme est veuve, avec un bébé. Le moment est différent: il s’agit de l’«Attolite portas», lorsque, après la procession des Rameaux, le prêtre frappe trois coups à la porte de l’église à l’aide de la croix (pendant quelques minutes a lieu un dialogue, à travers la porte, entre le prêtre et le chantre). La suite est analogue: ouverture de la roche, apparition du trésor… la femme se sert, oublie l’enfant sur le tas d’or et ne peut le récupérer qu’une année après. Enfin, apparition de l’ange qui tire la morale de l’histoire: «Soovins-toi qu’lai plus groosse ricesse d’aine mère, iot son p’tiot» .

L’abbé Baudiau, à l’instar de ses contemporains et confrères les abbés Henry et Brullée et le R.P. Saudreau, déjà cités, y était pourtant allé de son couplet celtomane à propos de la Pierre-qui-Vire: «… cet autel solitaire, où le sacrificateur gaulois immolait, dans les dangers de la patrie, d’aveugles et ignorantes victimes …».

Malgré cette tendance à évoquer le «passé druidique» du Morvan dès qu’il s’agissait de mégalithes, de folklore ou de superstitions, le curé de Dun-les-Places, qui comprenait parfaitement le patois, fut le premier à consigner fidèlement – à une druidesse près -, avec cette tendresse particulière qu’il portait à ses ouailles, la légende du trésor maudit. Qu’il ne l’ait pas localisée montre que peut-être à l’épo­que elle ne l’était pas: l’essentiel du message ne visait pas une pierre particulière. Il s’agissait plutôt d’une mise en garde générale, d’un défaut de la cuirasse humaine contre lequel on devait être prévenu, en Morvan comme ailleurs.

La riche ornementation de ces quatre récits contraste avec le caractère el­liptique des traditions du nord de l’ Yonne, mais peut-être certains éléments recueillis au bord du Trinquelin peuvent-ils servir de clef pour décrypter les «fragments sénonais.», d’autant que la Pierre-qui-Vire n’est pas unique en France: celle de Bussière-Dunoise (Creuse) se soulève également pendant la messe de minuit et laisse voir d’immenses trésors.

D’abord, le thème du sabbat, que l’on retrouve à Villemanoche comme à Theil-sur-Vanne et Vaumort, autour du «Petit doigt de Gargantua» près d’Avallon et du «Marchais Chabot» de Champigny-sur-Yonne, ainsi qu’à Chéu «au Sauvoy, lieu­dit Chaumecey»; la toponymie sabbatique du nord de l’ Yonne pourrait d’ailleurs faire l’objet d’une recherche particulière.

Passons encore quelques instants en compagnie de l’abbé Baudiau. Pour le curé de Dun-les-Places, le sabbat fait partie de l’histoire, et les traditions qui s’y réfèrent reposent sur le souvenir d’événements très réels et relativement récents.

«La croyance aux sabbats, où l’on dansait en rond autour du diable, qui y apparaissait sous la forme d’un bouc et se faisait adorer, était naguère très répandue dans le Haut-Morvan. Son origine remontait au druidisme, qui y conserva, jusque dans ces derniers siècles, d’aveugles sectateurs. Ceux-ci, faisant un odieux mé­lange des pratiques chrétiennes et des superstitions païennes, se rendaient, de nuit et en secret, au fond des forêts les plus sombres, les plus désertes, où quelque vieux druide, déguisé, pendant le jour, en pâtre ou en marchand, leur prêchait l’antique croyance de la caste et les initiait à ses rites.

images (28)«Ces réunions impies furent désignées sous le nom de sabbat, et les sectateurs sacrilèges sous celui de sorciers. L’imagination populaire, qui exagère et défigure tout, tenait pour certain qu’ils s’y transportaient par les airs, au moyen d’ une graisse diabolique, dont ils se frottaient les membres». Les «sabbatins» auraient donc constitué une véritable internationale de la «vieille religion». Cette idée est encore partagée de nos jours par différents auteurs. Ainsi, le celtisant Gwench’lan Le Scouëzec la défend-il avec insistance dans un ouvrage réédité en 1996 .

De même, suivant les auteurs du Guide de la France mystérieuse, qui rap­pellent que les sabbats et autres pratiques de sorcellerie furent sévèrement réprimés jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, «il est vraisemblable que les sorciers et les sorcières ont été groupés, dans toute l’Europe, en sectes ou en sociétés secrètes qui ont op­posé au catholicisme des initiations fondées sur des rites païens archaïques. L’am­pleur des poursuites judiciaires et policières entreprises dans tous les pays de la chrétienté pour exterminer des milliers d’«adorateurs du diable», l’unanimité de la jurisprudence, l’uniformité des aveux et des confessions des accusés sont autant de faits qui démontrent l’existence d’un vaste mouvement de croyances et de prati­ques hérétiques, principalement répandues durant les siècles qui précédèrent et qui suivirent la Réforme» .

Mais la théorie selon laquelle l’«ancienne religion» aurait été organisée par-delà les frontières et ce jusqu’à la fin du XVIIIè siècle, n’est-elle pas, à son tour, une construction d’intellectuels sans rapport avec la réalité?

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De l’art gothique à l’art brut de Bourgogne

Posté par francesca7 le 19 juin 2014

 

Le gothique

220px-Marmashen_14.04.2007Dès le milieu du 12 e s., la croisée d’ogives apparaît en Bourgogne, prélude à une orientation nouvelle de l’architecture : allégement des voûtes, élargissement des baies, suppression des chapiteaux. À l’extérieur, les arcs-boutants dispensent les murs de porter, lesquels en profitent pour s’orner d’immenses verrières.

Une architecture allégée

En 1140, la tribune du narthex de Vézelay est voûtée d’ogives. Les cisterciens sont parmi les premiers à adopter cette formule des arcs diagonaux brisés et l’utilisent vers 1150 à Pontigny. À Sens, la première grande cathédrale gothique (1135-1176), dédiée à saint Étienne, est érigée selon les directives de l’archevêque Sanglier.

Un style bourguignon se précise à Notre-Dame de Dijon, construite de 1230 à 1251 : au-delà du transept, le chœur, assez profond, est flanqué d’absidioles et terminé par une haute abside ; un triforium court au-dessus des grandes arcades, tandis qu’au niveau des fenêtres hautes, le mur de clôture de la nef, un peu en retrait, permet d’aménager une seconde galerie de circulation. Dans l’ornementation extérieure, la présence d’une corniche – dont la forme varie d’un monument à l’autre – se développant autour du chœur, de la nef, de l’abside ou du clocher, est un mode de décoration typiquement bourguignon.

Parmi les édifices élevés selon ces principes, on peut citer la cathédrale d’Auxerre, la collégiale St-Martin de Clamecy, l’église Notre-Dame de Semur-en-Auxois. Dans cette dernière, l’absence de triforium accentue encore l’impression de hauteur vertigineuse qui se dégage d’une nef étroite. L’église de St-Père, près de Vézelay, présente certaines ressemblances avec Notre-Dame de Dijon. Toutefois, elle en diffère par son élévation, qui est de deux étages, avec une galerie devant les fenêtres.

L’architecture devient, à la fin du 13 e s., de plus en plus légère et défie les lois de l’équilibre. En témoigne le chœur, aérien, de l’église de St-Thibault , dont la voûte s’élève à 27 m sur une largeur de 9,26 m.

L’architecture civile

Dijon et un certain nombre de villes comme Flavigny-sur-Ozerain, Noyers-sur-Serein ou encoreChâteauneuf-en-Auxois ont conservé des maisons à colombages et hôtels particuliers édifiés au 15 e s. par de riches bourgeois. C’est également de cette époque du gothique tardif que datent une partie du palais des ducs de Bourgogne à Dijon (tour de la Terrasse, cuisines ducales), le palais synodal à Sens et l’hôtel-Dieu de Beaune , triomphe de l’architecture de bois. Parmi les châteaux, dont beaucoup ont gardé l’allure des forteresses du 13 e s., signalonsChâteauneuf , construit par Philippe Pot, sénéchal de Bourgogne, Posanges et le palais ducal de Nevers .

La sculpture au 13 e s.

Les œuvres de pierre héritent de l’influence de l’Île-de-France et de la Champagne en ce qui concerne la composition et l’ordonnance des sujets traités. Les statues-colonnes, d’un grand raffinement, présentent un hanchement plus marqué afin de souligner les mouvements ascendants du corps. Le tempérament bourguignon apparaît dans l’interprétation même de certaines scènes, où les artistes locaux ont donné libre cours à leur fantaisie.

Parmi la statuaire de cette époque épargnée par la Révolution, il reste de beaux exemples. À Notre-Dame de Dijon , les masques et figures sont traités avec un réalisme très poussé, certains avec une grande vérité dans l’expression. Le portail de St-Thibault , en Auxois, présente des scènes consacrées à la Vierge, mais surtout cinq grandes statues figurant le duc Robert II et sa famille.

images (14)À St-Père , le décor sculpté du pignon se double d’une fraîche décoration florale sur les chapiteaux. Le tympan de la porte des Bleds à Semur-en-Auxois rapporte la légende de saint Thomas. Ce style progresse avec le siècle : les bas-reliefs au soubassement des portails de la façade occidentale de la cathédrale d’Auxerre, sculptés avec délicatesse, ouvrent même la voie au maniérisme.

Les œuvres du 14 e s.

L’avènement des grands-ducs Valois correspond, pour la Bourgogne, à une époque de rayonnement artistique. Pour décorer la chartreuse de Champmol , Philippe le Hardi dépense sans compter, attirant à Dijon nombre d’artistes pour la plupart originaires des Flandres. Des sculpteurs ayant successivement travaillé à la réalisation de son tombeau, Claus Sluter (v. 1350-1406) est le plus grand. Il a su mettre du tempérament dans ses personnages. Claus de Werve , son neveu et élève, poursuit l’œuvre du maître avec une plus grande douceur. Du portail de la chapelle, il a aussi exécuté les statues du mécène et de son épouse, Marguerite de Flandre, qui seraient d’authentiques portraits : les draperies et les vêtements sont traités avec un art consommé, les expressions des personnages sont d’un réalisme saisissant. La sculpture s’oriente là vers une manière toute nouvelle : les statues cessent désormais de faire corps avec l’architecture, et la physionomie est traitée de façon naturaliste, n’hésitant pas à accuser les aspects de la laideur ou de la souffrance.

La peinture gothique

Autour du chantier de la chartreuse de Philippe le Hardi, peintres et enlumineurs venus de Paris ou des Flandres s’activent. Les œuvres de Jean Malouel , du Brabançon Henri Bellechose et de Melchior Broederlam se distinguent par la fluidité des formes humaines, l’élégance générale. Dus à ce dernier, les revers du retable de la Crucifixion (bois sculpté par Jacques de Baerze) font preuve d’un sens du détail, d’une maîtrise de la palette et d’un travail de l’espace qui sont la marque du style gothique international .

Sous Philippe le Bon, un style spécifiquement bourguignon apparaît, aux proportions plus harmonieuses et aux draperies plus sobres. Les œuvres les plus connues de cette période sont le polyptyque de l’hôtel-Dieu de Beaune, dû à Rogier Van der Weyden , et la Nativité au cardinal Rolin. Cette magnifique icône de Jan Van Eycks(désormais au Louvre) décora dès 1435 la chapelle du commanditaire dans la cathédrale d’Autun. Commandées elles aussi par Nicolas Rolin , les tapisseries de l’hôtel-Dieu de Beaune comptent parmi les plus belles de l’époque.

N’oublions pas, toujours au 15 e s., le nom de Pierre Spicre , peintre dijonnais, auteur des fresques de l’église Notre-Dame de Beaune.

De la Renaissance au romantisme

Retour à l’antique

Sous l’influence de l’Italie, l’art bourguignon suit au 16 e s. une orientation nouvelle, marquée par un retour aux canons antiques.

En architecture, la transition s’effectue en douceur. L’ église St-Michel de Dijon est composite : tandis que la nef, commencée au début du 16 e s., est de style gothique, la façade, dont la construction s’échelonne entre 1537 et 1570, est un parfait exemple du style Renaissance. C’est le triomphe des lignes horizontales, de l’emploi des ordres antiques et des voûtes à caissons. On intègre dans les façades des médaillons à l’antique, des bustes en haut relief, et les sujets religieux font place à des sujets profanes. C’est dans les années 1520 que sont sculptées les stalles de l’ église de Montréal , œuvre d’inspiration locale où pétille l’esprit bourguignon.

Le peintre Jean Cousin réalise les cartons de vitraux pour la cathédrale St-Étienne de Sens jusqu’en 1540, date à laquelle il part à Paris. Dans la seconde moitié du 16 e s. se répand à Dijon la décoration ornementale telle que la conçoit Hugues images (15)Sambin , auteur de la porte du palais de justice et, semble-t-il, d’un grand nombre d’hôtels particuliers.

La Bourgogne n’a certes pas connu une floraison de châteaux de plaisance comme le Val de Loire, mais elle compte toutefois de grandioses demeures telles Sully, Tanlay ou Ancy-le-Franc. Les fresques couvrant les murs d’ Ancy-le-Franc , dues aux élèves du Primatice et de Nicolo dell’Abate, évoquent nettement l’art de Fontainebleau.

Baroque et classique

Le style baroque, enclin à la fantaisie, fait son apparition en Bourgogne sous le règne de Louis XIII dans les ors et la décoration polychrome du château de Cormatin. Le sculpteur Jean Dubois , né à Dijon en 1625, réalise dans cet esprit la statuaire et le mobilier de nombreux édifices.

Influencé par le château de Versailles, l’art classique est marqué par la recherche de l’équilibre rationnel. à Dijon, on aménage la place Royale , et l’on construit le palais des États de Bourgogne sur les plans de Jules Hardouin-Mansart . Les familles de parlementaires se font édifier des hôtels particuliers : bien qu’ayant gardé les caractères de la Renaissance, l’ hôtel de Vogüé (1607-1614) présente la disposition nouvelle d’un corps de logis retiré au fond d’une cour, l’accès à la rue se faisant par une porte cochère, l’autre façade ouvrant sur des jardins.

L’ordonnance des châteaux classiques, édifiés ou agrandis aux 17e et 18 e s., se signale par la rigueur et la symétrie, des ailes en retour ou esquissées par des avant-corps, une façade à fronton triangulaire ou un portique qui rappellent les temples antiques. Bussy-Rabutin, Commarin, Talmay, Beaumont-sur-Vingeanne, Pierre-de-Bresse, Drée ou St-Fargeau en sont de beaux exemples.

En peinture, au 18 e s., la bourgeoisie trouve son chantre en la personne du Tournusien Greuze , fort apprécié de Diderot, qui s’illustre en traitant la peinture de genre avec les ressources de la peinture d’histoire. Ce sont l’élève favori de David, Girodet (né à Montargis), et un enfant de Cluny, Prud’hon , élève lui de Devosge à l’académie de Dijon, qui reprennent le flambeau et deviennent peintres de l’Empire. Les figures rêveuses et sensuelles de l’un, les images traitées avec ardeur par l’autre, annoncent déjà l’art romantique.

L’art moderne et l’art contemporain

Les œuvres créées au cours du 19 e s. ont leur source scientifique dans la « Vallée de l’Image » : la photographie d’abord, avec Niépce , qui l’invente, puis le cinéma, grâce au précurseur Étienne-Jules Marey , qui transmettra ses découvertes aux frères Lumière.

Dans le domaine de l’architecture, l’ingénieur dijonnais Gustave Eiffel (1832-1923) se spécialise dans la construction métallique : ponts, viaducs… et la tour qu’il élève à Paris pour l’Exposition universelle de 1889. Le visionnaire Claude Parent , concepteur des centrales nucléaires, dessine l’église Ste-Bernadette de Nevers en se référant pour partie à l’art cistercien.

Peinture et sculpture

La sculpture est représentée par les académiques Jouffroy (La Seine , statue ornant le bassin des Sources à St-Seine-l’Abbaye) et Eugène Guillaume ( Le Mariage romain , au musée de Dijon), ainsi que par François Pompon (1855-1933), créateur de formes animalières avec un parti pris pour la simplification expressive des formes, proche de l’esthétique japonisante.

Parmi les peintres, on retient le Beaunois Félix Ziem (1821-1911), proche de Corot, qui a peint la campagne de Lormes, et le Dijonnais Alphonse Legros (1837-1911), ami de Rodin, dont le style réaliste et les thèmes ruraux évoquent son aîné Gustave Courbet. La veine de Legros pour les scènes d’intérieur s’est en quelque sorte perpétuée au travers du penchant intimiste de Vuillard – né à Cuiseaux en 1868. Plus proches de nous, le Dijonnais Jean Bertholle (1909-1996) a travaillé avec Jean Le Moal et Manessier avant de prendre sa place dans l’abstraction dans les années 1950. Tombé amoureux de la région de Clamecy, le grand affichiste Charles Loupot (1892-1962) s’établit à Chevroches. Il introduit dans « la réclame » le cubisme et le constructivisme, tandis que l’Avallonnais Gaston Chaissac , « peintre rustique moderne » ou « Pablo morvandiau », selon ses propres termes, fut l’explorateur infatigable des supports et techniques inédits, vite étiquetés « art brut ».

Créateurs des 20e et 21e s.

Plusieurs centres d’art contemporain sont implantés en Bourgogne, au château de Ratilly, au château du Tremblay , ou à Dijon – le Frac et l’association Le Consortium y font découvrir les créations les plus récentes. Par ailleurs, le palais synodal de Sens, l’abbaye St-Germain à Auxerre, le musée des Ursulines à Mâcon, la galerie des Ducs à Nevers et le musée René-Davoine à Charolles présentent de belles expositions.

À Vézelay, le musée Zervos présente le legs du fondateur des Cahiers d’Art . L’art brut a trouvé un lieu privilégié à Dicy, près de Joigny, l’acier Inox brille dans des œuvres monumentales à Gueugnon, en Saône-et-Loire, et les sculptures dues à Arman , Gottfried Honegger ou Karel Appel ont transformé le campus universitaire de Dijon en véritable musée de plein air. Ajoutons que l’artiste shanghaien Yan Pei-Ming (né en 1960), l’un des grands représentants de cet art chinois contemporain qui domine le marché actuel, travaille et vit à Dijon depuis une vingtaine d’années.

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