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Les chauves-souris vivent dans les forêts

Posté par francesca7 le 29 septembre 2015

 

Les animaux présents dans le milieu naturel occupent tous les étages de la maison nature. On pense forcément aux grands mammifères, mais il ne faut pas oublier les oiseaux, chauves-souris, amphibiens, reptiles ou encore les insectes.

 téléchargement (3)

Les chauves-souris par exemple, elles sont présentes partout dans le monde. Les scientifiques estiment le nombre d’espèces à un millier, de tailles très variées (de plusieurs kilogrammes à seulement deux grammes). Après les rongeurs, elles représentent l’ordre le plus important chez les mammifères. Il existe deux sous-ordres, les mégachiroptères, très différents des microchiroptères.

 

Les mégachiroptères

Ils sont aussi appelés « renards volants », en raison de leur museau pointu qui ressemble à celui des renards. 

Ils ont une vue en couleur et vivent la journée suspendus aux branches des arbres, caractéristique qui leur a permis d’être connus du grand public. 

Originaires de l’Ancien monde, ils sont tous frugivores et participent à la dissémination des graines, favorisant la colonisation forestière.

Leur taille est très variable : avec une envergure de 1,7 m, Pteropus vampyrus est la plus grande chauve-souris au monde. La plus petite espèce ressemble plutôt à un microchiroptère de taille moyenne.

Les microchiroptères

Ils rassemblent le plus grand nombre d’espèces (759 connues à ce jour) pour 16 familles. En Europe, seules trois familles occupent l’espace aérien avec les vespertilionidés, les rhinolophidés et les molossidés.

  •  Les vespertilionidés

Sur les 320 espèces dans le monde (40 genres), 25 vivent en Europe.

Le museau est lisse et ne possède pas d’appendices nasaux. Les oreilles ont un tragus, les ailes au repos sont repliées le long du corps.

  • Les rhinolophidés

Sur les 70 espèces mondiales, 5 vivent en Europe.

Elles émettent des ultrasons au travers d’appendices foliacés appelés « feuilles nasales ». Les oreilles sont larges à la base, pointues à l’extrémité, et ne possèdent pas de tragus (ils ont un anti-tragus). Au repos, les ailes enveloppent l’animal.

  • Les molossidés

Sur les 52 espèces dans le monde, une seule vit en Europe.

Avec une lèvre supérieure comprenant 5 plis, ses narines s’ouvrent vers l’avant. L’uropatagium est court et la queue libre dépasse largement.

roussetteD’autres familles ont des aires de distribution plus locales, principalement sur les îles (les mystacinidés ne vivent qu’en Nouvelle-Zélande, les myzopodidés à Madagascar).

Toutes familles réunies, leurs régimes alimentaires sont très diversifiés : certaines sont insectivores, d’autres carnivores, piscivores, frugivores, végétariennes ou nectarivores. Ces dernières participent d’ailleurs à la pollinisation de nombreuses espèces forestières : c’est par exemple une chauve-souris qui assure la survie des Baobabs en Afrique.

Trois espèces, toutes sud-américaines, sont hématophages : Diphylla ecaudata et Diaenus youngi se nourrissent du sang des oiseaux, Desmodus rotondus de celui de plus gros animaux comme le bétail. Nous n’avons donc rien à craindre des Vampires en Europe.

Les chauves-souris à travers les âges

Les chauves-souris ont survécu à des climats changeants, d’abord tropicaux, puis tempérés et glaciaires.

Cette histoire commence il y a 55 millions d’années, soit 10 millions d’années seulement après la disparition des dinosaures. Icaronyteris sp. est alors certainement un animal qui saute de branches en branches, qui plane peut-être, pour capturer des insectes. 

23 millions d’années après (il n’existe pas de fossiles pouvant nous renseigner entre-temps), les continents ont leurs formes actuelles pour la plupart. Les chauves-souris profitent alors de leur capacité à voler pour aller d’île en île et coloniser toutes les terres émergées.

Il y a 20 millions d’années, les modifications climatiques laissent apparaître des forêts tropicales nombreuses, particulièrement en Europe. Les chiroptères en profitent pour se diversifier.

Face aux quatre grandes glaciations de ces deux derniers millions d’années, les espèces doivent quitter l’Europe vers le sud. Elles constituent des îlots de population qui recolonisent les territoires abandonnés après le retour du climat tempéré actuel.

L’apparition de l’homme, et sa faculté à coloniser l’espace, vont aider les chauves-souris à profiter de nombreux gîtes. Après avoir vécu dans les grottes avec l’homme préhistorique pendant longtemps, elles l’accompagnent maintenant dans ses habitations, aussi modernes soient-elles.

 

Source : ONF.com

 

Publié dans FAUNE FRANCAISE | Pas de Commentaires »

Saint-Hippolyte et son histoire

Posté par francesca7 le 14 mai 2015

(Doubs)

 

Saint-HippolyteMalgré une population légèrement supérieure à 1000 habitants (1045 en 1999 contre 1179 en 1982), Saint-Hippolyte peut revendiquer fièrement le statut de ville. Elle l’est en effet depuis que la charte de 1298 lui en a conféré le titre et les droits en découlant.

C’est la première marque d’indépendance de la commune, et la première date importante d’un passé historique riche qui lui vaut son appartenance aux Petites Cités Comtoises de Caractère (PCCC) : une église collégiale du XIVème siècle avec pavement intérieur de pierres tombales ; passage du vénéré Saint Suaire de 1418 à 1452 ; le couvent des ursulines ; des maisons à l’architecture particulière avec encorbellement et fenêtres à meneaux ; le souvenir de la révolution française où la ville fut chef-lieu de district puis sous-préfecture…Ce passé est en effet très lourd.

Mais, Saint-Hippolyte est aussi tournée vers l’avenir grâce à ses inégalables atouts naturels. A mi-chemin entre le Haut -Doubs et le Pays de Montbéliard, la petite cité n’appartient à aucune de ces entités. Elle est unique. Indépendante. Tous les chemins y passent et y mènent. Au confluent, cœur de la ville que les eaux de deux rivières se rencontrent, se confondent, s’unissent, pour être plus fortes sans doute.

Ce paradis vert et bleu est bel et bien celui du pêcheur et du randonneur. Celui des artistes aussi : peintres, poètes, musiciens… nombre d’entre eux sont nés dans la localité ou sont venus chercher dans sa quiétude leur inspiration.

Au milieu de cet écrin de verdure coulent deux rivières : le Doubs, cours d’eau tranquille réputé pour la diversité et l’importance de sa population piscicole ; et le Dessoubre, rivière fougueuse de première catégorie, connue au-delà des frontières pour la qualité de ses eaux et de ses salmonidés.

La nature est le cœur de Saint-Hippolyte. Ses possibilités de randonnées y sont multiples. Tout marcheur, amateur ou confirmé peut y trouver son bonheur sur des sentiers balisés, soigneusement entretenus, pour des balades qui peuvent durer de trois à dix heures. Toutes permettent de profiter de la verdure, de la faune, de la flore, puis en récompense des efforts fournis, de contempler la ville et ses deux vallées d’un des nombreux points de vue qui l’entourent.

Les événements du passé ont inscrit Saint-Hippolyte dans l’histoire. Ses dons de la nature en font aujourd’hui une ville qui a un avenir à construire sur le plan touristique : un camping deux étoiles géré par l’Association locale des Commerçants , les huttes de France placées sous la responsabilité de la municipalité , nombreux gîtes et meublés proposés par des particuliers et des chambres hôtelières dans le domaine commercial, permettent d’accueillir les vacanciers ; tous les commerces indispensables sont présents ; les structures sportives élémentaires existent ou ont existé… Tout est réuni pour que le vieux bourg médiéval, ancienne capitale des Franches Montagnes, devienne une jeune cité du XXIème siècle, capitale du tourisme vert et bleu. Il faut pour cela que tous y travaillent, en toute quiétude, en convergence, comme la nature en donne ici l’exemple.

Chapelle Notre Dame du Mont

Sur les hauteurs de la ville, la chapelle Notre Dame du Mont semble veiller sur les habitats de Saint-Hippolyte. Et cette croyance explique sans doute pourquoi tant de paroissiens lui rendent hommage à l’occasion de la fête de l’Assomption le 15 août. 

Cette chapelle qui surplombe la ville est en effet un lieu de vénération à la Vierge depuis plus de cinq siècles. Le nombre de pèlerins ne fit qu’augmenter au fil des siècles et des événements difficiles. Les habitants de Saint-Hippolyte, en accord avec les chanoines, construisirent d’abord un oratoire à l’emplacement dela Chapelle actuelle. 

Une vénération décuplée quand, en 1595, des mercenaires dévastant la Franche-Comté furent noyés dans un épais brouillard en essayant d’attaquer la ville. Entendant beaucoup de bruit en contrebas, ils la crurent bien défendue. Les habitants de Saint-Hippolyte attribuèrent leur sauvegarde à Notre Dame du Mont, ce qui accrut leur reconnaissance. On comptait même plus de dix mille fidèles au lendemain de la guerre de 1870.

Image illustrative de l'article Saint-Hippolyte (Doubs)Puis pendant les guerres du vingtième siècle, les soldats et leurs familles invoquèrent souvent Notre Dame du Mont. Et, le 19 juin 1940, lors de l’attaque des troupes allemandes contre Saint-Hippolyte, la Chapelle reçue un obus incendiaire : la nef et le clocher furent la proie des flammes. Celles-ci s’arrêtèrent à la grille du chœur. La statue et ce qui l’entourait furent miraculeusement protégés.  Le pèlerinage reprit le 22 avril 1946. Le livre paroissial note la présence de 1500 pèlerins venus de toutes les paroisses du Canton. 

Ces faits historiques font que les habitants de Saint-Hippolyte et de la région attribuent à l’intercession de notre Dame du Mont de nombreuses grâces dont ils ont bénéficié et leur foi en elle est toujours vive. En témoigne leur forte présence à chaque fête de l’assomption à l’occasion du pèlerinage et de la messe en plein air, et leur attachement à ce site qui domine et protège la ville. 

De plus, cette chapelle est lieu de culte certes mais aussi de promenade, cher au cœur des habitants qui en ont fait depuis longtemps déjà un lieu de sortie en famille. Il faut dire que, du banc installé à quelques pas de l’édifice cultuel, on domine la ville en découvrant d’en haut les vallées du Doubs et du Dessoubre, les deux rivières qui se rejoignent au confluent, au pied de l’église. Autant de lieux sur lesquels on peut avoir une vue panoramique depuis la chapelle qui a donné son nom à la nouvelle paroisse.

Pour se rendre à cette chapelle, prendre à Saint-Hippolyte la direction de Montécheroux et face au cimetière, prendre la petite route à gauche de la route.

 

HISTOIRE ET MYSTERES… Grotte de la Roche

Eglise Saint-Hippolyte Doubs 003.jpgDepuis le centre ville, en levant les yeux vers la vallée du Doubs qui mène vers la Suisse, on ne voit qu’elle : la grotte de la roche, là d’où autrefois, les seigneurs locaux veillaient sur la cité. Aujourd’hui, l’itinéraire favori des randonneurs.

Débutée à Villeneuve au lieu-dit le gros chêne, La promenade se poursuit à travers forêts et champs jusqu’à la tuffière, exploitée jusqu’au début du XXème siècle. Le tuf, roche sédimentaire obtenue par ruissellement des eaux était apprécié pour sa légèreté. Excellents isolants phoniques et thermiques, les blocs de tuf étaient utilisés pour la construction des cloisons, des voûtes, des cheminées…Un peu plus loin sur le parcours, une bâtisse se dresse une ferme qui appartenait aux Ursulines, ces religieuses qui s’étaient donné pour mission d’apporter l’enseignement aux jeunes filles, dans le couvent au centre du bourg.

On devine le bruit de l’eau qui sort de la roche et jaillit en cascade au pied d’un pan de mur, dernier vestige de l’ancien moulin, une eau qui va poursuivre sa route en direction du Doubs. Bientôt, on aperçoit l’imposant rocher avec son ouverture immense. Au moyen âge, le château des Comtes de la Roche  s’est appuyé sur cette entrée et une niche dans le rocher servait de poste de guet aux soldats qui surveillaient les alentours. De cette époque, il ne reste ici que quelques pierres, le château ayant été détruit après la conquête française, à la fin du XVIIème, sur ordre du roi de France Louis XIV. 

Plus de château, plus de moulin, plus de petit bistrot non plus comme par le passé aux abords de la ferme, mais une faune et une flore particulière que les promeneurs se plaisent à venir observer. Parmi les plus observées, il y a bien sûr les chauves souris. Et les cavités où se cachent parfois le gibier n’ont pas encore fini d’être explorées par les amateurs de spéléologie.

Aujourd’hui, cette roche est avant tout un lieu riche de souvenirs, d’anecdotes historiques et aussi d’une légende bien connue, celle du serpent blanc. Un mystérieux reptile qui aurait été vu dans la rivière souterraine de la grotte et que l’on rendait responsable de la maladie du prince. Le garde du château qui crut bon affirmer avoir tué la bestiole alors qu’il n’avait capturé qu’une vulgaire couleuvre décolorée en fut puni. Il mourut en effet étouffé par un mystérieux serpent venimeux venu des entrailles de la grotte.  

Liens

http://www.tourisme-saint-hippolyte-doubs.fr

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LE PASSE DES COSMETIQUES

Posté par francesca7 le 28 mars 2015

 

220px-Indian_dyes_(2009)aPar le passé, la cosmétique a toujours fait appel à des ingrédients d’origine animale. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Bien sûr, le miel est cicatrisant et adoucissant, le yaourt est un excellent exfoliant, et le mucus d’escargot un hydratant hors pair. Mais leur usage dans les soins de beauté peut heurter les véganes. Pire encore, d’autres ingrédients animaux, n’ayant pas toujours une origine bien clean, se cachent sous des appellations ésotériques dans de nombreux cosmétiques.

La cosmétique ancienne : un drôle de bestiaire

L’histoire des cosmétiques ne joue pas dans le camp des véganes, car l’usage des ingrédients animaux remonte à l’Antiquité, ainsi que l’attestent des formules égyptiennes datant de plus de 3500 ans. Voici un petit inventaire des pires abominations employées « pour la beauté », dont certaines l’ont été jusqu’au XVIIIe siècle : urine, sang et foie d’animaux divers, cornes et bois pilés, limaces broyées, pigeons bouillis, lézard vert frit, fientes d’oiseaux et de chauve-souris, fiel de bœuf (bile), souris calcinées… Beurk !

Cet arsenal de sorcière a été épure au fil des siècles, mais au début du XXe, les produits animaux avaient encore le vent en poupe, notamment le blanc de baleine et l’ambre gris provenant du cachalot. Aujourd’hui, quelques décennies et scandales plus tard, la tendance semble s’être inversée à la faveur du végétal. Est-ce à dire que les ingrédients animaux ont disparu des cosmétiques ? Que nenni !

Connaissez-vous l’histoire du shampooing ? Soigner ses cheveux est un geste qui nous semble naturel, mais ce n’a pas toujours été le cas.

Le lavage des cheveux semble remonter à l’Antiquité. Toutefois, jusqu’au XXème siècle, cette hygiène a été plus ou moins négligée. Les perruques du XVIIIème siècle, notamment, cachaient des chevelures déplorables, minées par les poux et les maladies, et qu’il fallait souvent couper au plus court, faute de mieux.

De l’Antiquité au XVIIe siècle : recours aux produits naturels
Dès l’Antiquité, les Anciens ont employé pour l’hygiène des cheveux des produits absorbants tels qu’argiles et farines, des plantes contenant des saponines aux propriétés légèrement moussantes (saponaire, yucca, noix de savon…), des produits acides qui dissolvent les graisses et des produits divers aux propriétés nettoyantes (argile, savon…). Voici un petit florilège des ressources traditionnellement employées au fil des siècles :

  • Egypte antique : vinaigre ou jus de citron mélangés à de l’eau.
  • Afrique du Nord,  Yémen : rhassoul (argile savonneuse), sidr (jujube séchée et broyée)
  • Gaule : eau de chaux, sapô (ancêtre du savon), résultant du mélange de cendres de bois et de graisses animales, employé pour nettoyer et éclaircir les cheveux.
  • Europe (Moyen-Age et siècles suivants) : vinaigre, savon, lotions alcoolisées, œuf, décoctions de plantes (dont la saponaire, autochtone, et le bois de panama, importé d’Amérique), poudres pour lavage à sec (argile, farines, plantes en poudre : ortie, sauge, lycopode).
  • Amériques : yucca (suc des racines), bois de panama (écorce)
  • Inde : noix de savon, shikakai et autres plantes ayurvédiques, farine de pois chiche

XVIII-XIXème siècles : ébauche du shampoo et maintien des traditions
Le terme « shampooing » fut introduit en Europe par les Anglais à la fin du XVIIIème. Il s’agit du principe du lavage des cheveux avec un « shampoo », c’est-à-dire un produit liquide à base de copeaux de savon fondus ou de savon noir, délayés dans des décoctions de plantes. Le terme, d’origine hindi, dérivait du nom d’une fleur parfumée, le champaca. Mais le résultat n’était pas très satisfaisant : cheveux poisseux, puis desséchés à la longue. Raison pour laquelle, jusqu’au début du XXème siècle, la plupart des intéressés continuaient à employer, pour se laver les cheveux, les traditionnels préparations au bois de panama ou à l’œuf (généralement battu avec du rhum). Par exemple, l’impératrice Sissi portait une chevelure exceptionnellement longue, dont le lavage, demandant une trentaine de jaunes d’œufs battus dans du cognac, prenait une journée entière.

XXème siècle : passage à la mousse
Le XXème siècle se caractérise par l’industrialisation du shampooing qui fait des bulles ! Mais quelques dates valent mieux qu’un long texte pour résumer la marche du progrès :

  • 1927 : en Allemagne, Hans Schwarzkopf lance le premier shampooing liquide distribué principalement auprès des coiffeurs. Mais il est plus proche du shampoo du XIXème que des shampooings modernes.
  • 1931 : en France, Eugène Shueller, fondateur de L’Oréal, crée le premier shampooing à base de détergeant synthétique (syndet).
  • 1934 : L’Oréal commercialise à grande échelle ce fameux premier shampooing moderne de grande consommation, à savoir le berlingot DOP.

A partir de l’après-guerre, la publicité intensive ne fait qu’amplifier l’usage du shampooing moussant, qui se généralise et finit par évincer les méthodes traditionnelles. Les industriels poussent à la consommation en préconisant un usage quotidien et en proposant des formules adaptées à cet usage. Ils conseillent également 2 lavages successifs à chaque shampooing. Les cheveux étant généralement abîmés par ce programme de décapage intensif, le marché des après-shampooing « réparateurs » (généralement à base de silicones) se développe en parallèle.

Début du XXIème siècle : remise en question
Les shampooings et produits dérivés inondent les linéaires des magasins. Mais suite à certaines inquiétudes liés à la cosmétique chimique (parabens, sodium lauryl(eth)sulfate…) et à la publication du livre La vérité sur les cosmétiques de Rita Stiens, une part croissante des consommateurs recherche des soins plus naturels, moins agressifs. Les shampooings bio à base de tensioactifs végétaux doux (dérivés notamment des huiles d’olive, de coco…) ont un succès croissant, les recettes « maison » connaissent un véritable regain d’intérêt. Le rituel du shampooing quotidien est remis en cause et la blogosphère relate de nombreuses expériences de personnes disant « ne plus se laver » les cheveux, à l’image d’Antigone XXI. En fait, la plupart remplacent les shampooings moussants industriels, par les produits non moussants des anciens. Avec la mode du « no poo », la boucle est bouclée, et les cheveux redécouvrent un nouveau bien-être…

Les produits animaux qui s’affichent aujourd’hui sur nos cosmétiques

De grands classiques sont toujours présents et leur utilité est reconnue. Il s’agit des produits de la ruche, surtout cire d’abeille et miel, du lait et de ses dérivés, et plus rarement des œufs. Pour bon nombre de consommateurs vigilants, la présence de ces produits non issus d’animaux morts est acceptable, bien qu’elle soulève les mêmes problèmes éthiques que dans la filière alimentaire (sauf si les cosmétiques arborent un label spécifique : voir encadré).

Parmi ces ingrédients revendiquant leur nature animale, on en trouve de plus anecdotiques, mais souvent surprenants : perles, nacre (coquille d’huitre), caviar, soie, graisse d’autruche ou d’émeu, huile de vison ou de marmotte, bave d’escargot, extrait de sangsue, venin de serpent, colostrum (premier lait après la mise bas)… Certes, ces produits, principalement issus de l’élevage, ne menacent pas la survie d’espèces en danger (comme ce fut jadis le cas du cachalot, du chevrotin ou de la tortue marine) ; par contre leur origine animale évidente rebute de nombreux consommateurs.

Certains ingrédients animaux se cachent  dans nos cosmétiques sous des appellations anonymes et semblant bien proprettes. En voici une liste aussi exhaustive que possible. Vous noterez parmi eux des substances qui sont employées «  à la louche » dans les cosmétiques standards (collagène, glycérine animale). Les dénominations officielles (figurant dans la liste INCI 2006) vous aideront à les repérer sur les étiquettes.

- La glycérine : il s’agit en fait du glycérol, un constituant essentiel des graisses naturelles (animales et végétales). Elle est très employée en raison de ses propriétés hydratantes puissantes. Lorsque sa provenance n’est pas spécifiée, dans la plupart des cas il s’agit de glycérine animale, moins chère à produire que son homologue végétale. Les cosmétiques bio, en revanche, n’emploient que cette dernière. INCI :glycerin.

-800px-Maskenbildnertisch Le collagène : cette protéine est extraite des carcasses d’animaux d’abattoir (porcs principalement) ou des peaux de poissons lorsqu’il s’agit de « collagène marin ». Employé comme agent filmogène (protecteur et anti-déshydratant), il en existe de nombreux substituts, dont le « collagène végétal », constitué de protéines de levures. INCI : collagen, hydrolyzed collagen, connective tissue extract, sus (skin) extract, scillii pellis extract.

- L’élastine : elle a un usage et des propriétés proches de ceux du collagène. Elle est surtout obtenue à partir des tendons du cou des bovins d’abattoir. Il existe aussi une « élastine marine » extraites de carcasses de poissons. INCI : elastin, elastinate, hydrolyzed elastin.

- Le chitosan : il s’agit d’un agent filmogène et épaississant qui provient des carapaces de crustacés destinés à l’industrie alimentaire. INCI : chitosan.

- La lanoline : ce corps gras est obtenu à partir du suint des moutons (sébum qui protège la laine). INCI : lanolin, -lanolate, lanolinamide.

- L’allantoïne : cette substance proche de l’urée est un actif hydratant et protecteur. Elle peut être d’origine animale, végétale ou synthétique, mais il semblerait qu’elle soit encore largement produite à partir de mucus de gastéropodes (bave d’escargot…). INCI : allantoin.

- Le squalane (squalène) : cet agent émollient et hydratant a largement été montré du doigt par les médias. Issu principalement du foie de requins, il contribue à la surpêche qui menace ces espèces. De plus en plus, mais sans doute pas encore assez, il est remplacé par un analogue d’origine végétale, généralement issu de l’huile d’olive. INCI : squalane, squalene, pentahydroxysqualene, squali lecur oil.

- La chondroïtine : il s’agit d’un ingrédient des soins capillaires (agent fixateur, antistatique). Elle est soit extraite de cartilages de poissons, soit d’origine synthétique. INCI : chondroitin.

- La kératine : cet agent lissant principalement employé dans les soins capillaires provient de l’hydrolyse de plumes de volailles d’élevage ou de rebuts de laine de mouton. Il existe un substitut végétal appelé phytokératine ou kératine végétale (complexe de protéines de blé). INCI : keratin, -hydrolyzed keratin.

- L’acide lactique : employé comme hydratant, exfoliant et correcteur de pH, il peut provenir de laits animaux ou être d’origine végétale ou synthétique. INCI : lactic acid.

- Les graisses de bœuf et de porc : il est souvent écrit que les graisses de bœuf (INCI adeps bovis, tallow) et de porc (INCI : adeps suillis, lard), sont employées dans les savons. En réalité, cet usage a largement disparu au profit des huiles ou beurres végétaux. Par contre, ces graisses sont très présentes dans les cosmétiques, sous forme de dérivés transformés, plus ou moins détectables. INCI : tallow, -tallowate- dirallowate, tallowamide, lard, -lardate. 

- Les autres graisses animales : ces graisses là ont une image beaucoup plus luxueuse, qu’on apprécie ou pas. INCI : struthio oil (huile d’autruche), dromiceus oil (h. d’émeu), marmota oil (h. de marmotte). L’huile de tortue marine n’est heureusement plus employée grâce aux règlements sur la pèche, protégeant les espèces menacées.

- Les huiles et extraits de poisson : sources d’acides gras insaturés, ces huiles disparaissent souvent sous des appellations anonymes. On peut néanmoins en « détecter » certaines, ou leurs extraits : fish oil, fish glycerides, piscum lecur oil (foie de poissons), gadi iecur oil et morrhuate (h. de foie de morue), brevoortia oil (h. de menhaden), hoplosthetus (h. de poisson empereur), thunnus extract (extrait de thon), pisces extract, piscum (extraits de les poissons « en vrac »).

- L’encre de seiche : c’est un colorant puissant et un actif protecteur de la peau. INCI : sepia extract.

- Les extraits d’organes ou de glandes : tout est bon pour les nécrophages de la cosmétique (thymus, mamelle, cœur, rate, estomac, testicules,  sérum sanguin, cordon ombilical, cerveau, foie, embryon, moelle osseuse, muscle). En réalité, ces extraits ne sont pratiquement plus employés en raison de leur mauvaise image et de contraintes techniques qui en élèvent le coût (présence d’impuretés, problèmes de sécurité microbienne). INCI : thymus extract (à ne pas confondre avec l’extrait de thym ou de serpolet, thymus vulgaris, thymus zygis ou thymus serpillum extract), mammarian hydrolysate, mammarian extract, udder extract, heart extract, spleen extract, stomach extract, testicular extract, serum exract, umbilical extract, brain extract, neural extract, liver extract, embryo extract, marrow extract, muscle extract. 

- Les extraits placentaires : l’utilisation industrielle du placenta humain est interdite en France depuis 2006, mais la présence d’extraits de placenta de mammifères est autorisée. Toutefois, en pratique, ils semblent avoir été abandonnés par les fabricants. INCI : (hydrolyzed) placental proteins, enzymes, lipids.

- Le rouge carmin : ce colorant est obtenu à partir de broyats de cochenilles de l’espèce Dactylopius coccus, de petits insectes que l’on élève dans ce but sur des cactus. Le rouge carmin est très employé (y compris comme colorant alimentaire) et peut être présent dans les rouges à lèvre labellisés bio. Code (colour index) : CI 75470

- Le noir animal : provenant d’ossements animaux carbonisés, ce colorant cosmétique semble très peu usité. Code : CI 77267.

- Les parfums animaux : les extraits odorants d’origine animale (musc, civette, castoréum, ambre gris) ne sont pas interdits, contrairement aux idées reçues. Cependant, le chevrotin porte-musc fait l’objet d’une mesure de protection et la chasse au cachalot* est interdite depuis 1982. Au final, les parfums animaux sont de moins en moins employés en raison d’un coup élevé et d’une mauvaise image de marque. Ils sont principalement remplacés par des substituts de synthèse (dont l’innocuité est remise en cause) et, dans les meilleurs cas, par des extraits végétaux comme l’ambrette, le bourgeon de cassis et la sauge sclarée

Les « accusés à tord »

L’acide hyaluronique est souvent classé parmi les ingrédients d’origine animale. Il est vrai qu’il s’agit d’un constituant naturel du derme, qui a longtemps été extrait de crêtes de coqs. Heureusement, la version cosmétique est désormais produite in vitro, par fermentation bactérienne, ce qui a amélioré son rendement, sa qualité et sa sécurité d’emploi. Il ne s’agit donc plus d’un ingrédient animal, mais d’un produit issu de biotechnologie. INCI : hyaluronic acid, […]-hyaluronate.

SuifDans le même ordre d’idées :

• l’urée, jadis issue d’urines animales ou humaines, est désormais produite par synthèse (INCI : urea).

• la lécithine, un corps gras complexe (phospholipide) aux propriétés émulsifiantes est bien présente dans le jaune d’œuf. Toutefois, en cosmétique, on emploie de la lécithine végétale, principalement issue du soja (INCI : lecithin).

• l’acide caprylique et ses dérivés ne proviennent plus de la chèvre, mais de la noix de coco (INCI : caprylic, caprylate). 

• l’huile de castor, est en fait de l’huile de graines de ricin. Tout le monde le sait, mais qui n’a pas été troublé au moins une fois ? INCI : castor oil

 

Voir la liste des produits animaux communément intégrés à nos cosmétiques. sur le site d’origine.

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PEINE DE MORT POUR LES CHAUVE SOURIS

Posté par francesca7 le 22 février 2015

 

  
PSM_V07_D667_Long_eared_english_batDésignée dans le Bas Languedoc par le nom de rate-pennade, la chauve-souris, sur laquelle les enfants, inconscients de son singulier mode de vie, s’amusent à capturer, fait l’objet de plusieurs superstitions, dont celle de se prendre dans les cheveux sans qu’on puisse l’y déloger…

C’était un soir du mois d’août. Le soleil disparaissait à l’horizon ; la vesprée s’annonçait délicieuse. Le seul des portes et le devant des maisons s’étaient rapidement garnis de jeunes et vieilles villageoises à qui il tardait de faire la causette, et surtout de prendre le frais après ure journée dont la chaleur avait été accablante.

On s’interpellait d’un bout de la rue à l’autre. Traînant leurs chaises de paille derrière elles, telle jeune fille rejoignait un groupe voisin où devaient être son amoureux ou ses amies, tette femme allait se joindre à d’autres femmes parmi lesquelles se trouvait celle qui savait le plus de nouvelles du jour et savait le mieux les raconter.

Les enfants, dont j’étais, explique Paul Redonnel — qui nous livre ce récit se déroulant dans le Bas-Languedoc —, plus séduits par le jeu et plus désireux de courir que d’ couter, s’amusaient aux « olivettes », à « l’enfer », au « loup », passant avec une rapidité excessive d’un jeu à un autre, par quoi s’explique ce besoin ardent de vivre.

Soudain l’un de nous se mit à crier : « Une rate-pennade ! une rate-pennade ! », nom occitan francisé de la chauve-souris.

Nous nous mîmes à crier comme lui : « Une rate-pennade ! une rate-pennade ! ».

Des jeunes gens nous entendant piailler étaient vite entrés chez eux et en sortaient avec de grandes perches au haut desquelles ils avaient noué un chiffon quelconque. Postés à chaque extrémité de la rue comme s’ils échangeaient des signaux télégraphiques, ils se mirent à agiter dans le sens de la largeur, la perche perfide contre laquelle vint bientôt se heurter le pauvre animal nocturne.

Il paraît que la chauve-souris prend pour un oiseau le morceau de drap qu’on agite et qu’elle se précipite sur cette proie inespérée et meurtrière. A la vérité, maladroite dans son vol, elle vient s empêtrer dans le chiffon, dont une secousse de la perche la fait choir sur le sol. « Ça y est ! ça y est ! » crièrent tous les enfants en se précipitant sur la pauvre bête palpitante mais pour la regarder seulement, car aucun de nous n’aurait osé la saisir.

Un des jeunes gens, pour faire une farce, l’ayant prise, alla la déposer sur le cou d’une jeune fille que la peur fit s’évanouir, ce qui troubla un instant la joie de tout le monde. Heureusement, la syncope dura peu et la fin de la soirée se passa en plaisanteries de toutes sortes.

Ma grand-mère qui était une excellente conteuse et qui, malgré ses quatre-vingt huit ans sonnés, avait conservé son intelligence supérieure, sa lucidité d’esprit et un timbre de voix qui eût fait envie et bien des jeunes filles, m’avait appelé au milieu de tout ce brouhaha, poursuit notre narrateur.

On connaissait toutes les qualités de mon aïeule. En m’entendant appeler de la sorte, mes petits camarades, enfançons et enfançonnes, m’avaient suivi ; et en outre, sentant qu’elles allaient apprendre une belle histoire, des femmes et des jeunes filles avaient fait comme les enfants. En une minute, ma grand-mère fut entourée d’un cercle d’auditeurs respectueux, sympathiques et silencieux.

— Vous venez de tuer une chauve-souris, dit ma grand-mère, et vous avez, mes enfants, battu des mains quand cette pauvre bote est tombée par terre. Savez-vous que c’est une vilaine action et que vous êtes de mauvais cœurs ?

Nous ouvrions tout grands nos yeux et nous ne pouvions en croire nos oreilles.

— Comment, une rate-pennade n’était pas un animal qu’il fallait exterminer, comme la vipère, comme le serpent, comme le ver de terre ?

— Elle sort le soir, voilà son grand crime, continua mon aïeule ; or si elle sort le soir. c’est qu’elle nourrit ses petits et qu’elle ne trouve pas dans te réduit qui lui sort d’abri, une proie suffisante. On la hait parce qu’elle habite d’ordinaire les ruines. Qu’est-ce que vous voulez qu’elle vienne faire dans les maisons proprement tenues ?

Elle n’aurait pas de quoi manger, ni ses petits ! On la craint parce qu’on la croit coupable de boire le sang. Cela a peut-être lieu dans d’autres pays que le notre et où ces sortes de mammifères sont appelés des vampires : car, en notre France, les chauves-souris sont exclusivement insectivores ; elles ne mandent que des insectes dont nous sommes heureux d’être débarrassés et qui sont nuisibles aux récoltes. A ce titre, la chauve-souris a droit à notre reconnaissance : il ne faut pas lui prouver notre gratitude en la tuant.

D’ailleurs ce n’est pas le seul grief qu’on lui fasse. On l’accuse aussi de trahir. La Fontaine dont vous avez appris par cœur les fables, en a écrit une sur elle : elle y tient un rôle blâmable, malgré la comparaison que vous puissiez établir entre elle et le sage, mais ta Fontaine calomnie souvent les bêtes qu’il a entendues parler.

— Pauvre chauve-souris ! poursuivit ma grand-mère en jetant un coup d’œil sur ses auditeurs étonnés et attentifs.

— Mais, madame. fit une petite fille moins timide que ses compagnes, on m’a dit que si la rate-pennade s’accrochait à ma tête, on ne pourrait lui faire lâcher prise qu’en coupant mes cheveux.

— Il faudrait, répondit mon aïeule, que ta mère fût bien maladroite pour ne pas dégager la chauve-souris plus ennuyée que toi de sa mésaventure. Ce serait pourtant plus facile que de débrouiller un écheveau de fil.

— Alors, si cela m’arrivait ?

— Eh bien ! si cela t’arrivait, tu n’aurais pas peur ; tu ne perdrais pas ta belle chevelure et on rendrait la liberté à la chauve-souris. La tuer, comme vous avez fait ce soir, en outre d’un meurtre inutile et lâche, ajouta la conteuse en s’adressant particulièrement aux mères de famille, c’est agir contre vos intérêts ; c’est, de plus, condamner à mort d’autres chauves-souris qui attendront inutilement leur mère dont l’aile les berçait tout à l’heure.

— Que dites-vous là ! fit remarquer respectueusement une auditrice cependant que notre jeune imagination voyait toute l’horreur du meurtre commis, et assistait au désespoir des petits abandonnés, demandant plaintivement leur mère aux échos des ruines.

— Il est vrai que vous ne savez pas que la chauve-souris agit, toute proportion gardée, envers sa progéniture, comme la meilleure des mamans envers ses enfants.

Oui, mes amis, reprit mon aïeule. La chauve-souris berce ses petits. Si vous me portiez la pauvre bête que tous avez tuée, je vous montrerais de quelle façon.

— Tenez, madame, la voilà, dit l’un de nous, que l’histoire de grand-mère avait guéri de sa répulsion pour la pauvre bête, et qui la lui tendit.

Alors grand-mère nous expliqua que, de ta petite griffe située à l’extrémité de la membrane qui lui sert d’aile, la rate-pennade s’accroche à l’interstice d’une corniche ou à la fente d’une poutre ; dans l’autre membrane repliée, elle a mis ses petits, et elle se balance rythmiquement, en leur chantant dans la langue que les petits comprennent, une chanson pour les endormir.

PEINE DE MORT POUR LES CHAUVE SOURIS dans FAUNE FRANCAISE 220px-Vespertilion_bechsteinQuelquefois, elle s’élance vers un autre point, lorsqu’elle pense que la place choisie n’est pas propice, et elle reprend sa chanson et son bercement jusqu’à ce que le sommeil les ait gagnés : alors, elle les dépose tout doucement dans leur trou, et elle va chasser les insectes crépuscules dont elle se nourrit. C’est le seul instant qu’elle ait de libre, car elle ne remue point de la journée qui est pour elle la nuit.

— Nous ne tuerons plus de chauve-souris, dit un des jeunes gens qui s’étaient approchés.

— Il ne faut plus en tuer, dit ma grand-mère ; je ne vous demande pas de les aimer, si vous avez quelque répugnance pour elles ; mais respectez leur existence.

Nous les rendons coupables d’un préjugé qui nous regarde ; ne commettons plus l’infamie de les châtier d’une renommée qu’elles n’ont rien fait pour obtenir et guérissons-nous de nos superstitions, de toutes nos superstitions, conclut Paul Redonnel.

(D’après « Revue du traditionnisme français et étranger », paru en 1906)

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La Glace et le Roitelet

Posté par francesca7 le 5 décembre 2014

 

Conte traduit du breton par Kazh ar c’hoad

Dans l’ancien temps, il y a très, très longtemps, une dispute éclata entre la Glace et le Roitelet. Personne ne sait vraiment pourquoi ! 

3roitelet huppeDSC_6285- Je viendrai à bout de toi ! dit la Glace.

- On verra ! dit le Roitelet. 

Il gela tellement cette nuit-là que les pierres se fendaient. Le lendemain, la Glace, en voyant le Roitelet bien vivant et tout joyeux :

- Où étais-tu donc cette nuit ?

- Là où étaient les femmes à faire la lessive.

- Ah ! Oui ! Bien ! Ce soir, je t’aurai !

- On verra. 

Cette nuit-là, il gela tellement que l’eau gelait sur le feu. Le lendemain matin, le Roitelet se leva aussi joyeux et en bonne santé que jamais.

- Quoi ? dit la Glace, surprise, tu n’es pas mort encore ?

- Comme tu vois.

- Où étais-tu donc la nuit passée ?

- Entre la femme et le marié !

- Regardez donc où se fourre ce sale oiseau-ci ! Mais qu’importe, je viendrai à bout de toi, puisque je l’ai dit ! 

Cette nuit-là, il gela tellement que furent raidis la femme et le mari dans leur lit.

- Cette fois-ci, il doit en être fait de mon ami, le Roitelet, se dit la Glace en elle-même. 

Mais quand elle le vit le lendemain matin aussi joyeux et vigoureux que jamais, elle fut très surprise.

- Où donc, par la foudre, étais-tu cette nuit ?

- Entre la queue de la vache et le trou de son cul !

- Bien ! Bien ! Voyez donc ! Qu’importe, cette nuit-là on verra

; fais bien attention !

- Oui, oui, joue bien ! 

Le Roitelet se retira dans un trou, dans le mur de la cheminée, proche du four. Et il y trouva une souris, et dispute entre eux ! Comme ils ne pouvaient s’entendre, il fut convenu qu’il y aurait un grand combat le lendemain entre tous les animaux à plumes et les animaux à poils qu’il y avait dans le pays, sur le Menez Bré (ndt : une haute colline du pays du Trégor dans le 22, un vieux site sacré où se trouve maintenant une chapelle, dédiée à St Hervé. Sous ce lieu est sensé dormir le devin Gwenc’hlan en attendant son retour). 

Le jour assigné, dès le matin, aussitôt que descendent les poules des perchoirs, ils allèrent tous vers le Menez Bré ; les vaches, les boeufs, les cochons, les moutons vinrent au-dehors de leurs crèches, les chevaux, de leurs écuries, et ils prirent tous le même chemin, et personne ne put les en empêcher. Aucun oiseau ne fut aperçu dans la campagne ce jour-là, ni corbeaux, ni merles, ni moineaux, ni pies, ni pinsons, ni roitelets ; ils étaient tous allés à Menez Bré. Il y eu là un terrible combat ! Comme on n’en vit jamais. Partout, des poils, des plumes, des cris, des plaintes. Les animaux à poils étaient sur le point de vaincre, lorsqu’arriva aussi l’aigle. Alors il en fut tout autrement ! Celui-ci mettait en pièce et charcutait tous les animaux poilus, coup sur coup. 

Le fils du roi était en train de regarder par une des fenêtres du château, et lorsqu’il vit cela, il descendit et avec un coup de sabre, il cassa une des ailes de l’aigle. Ce fut alors la fin du combat. Les animaux à plume avaient gagnés, et on entendit le Roitelet chanter sur l’eau de la chapelle Saint Hervé, qui est au sommet de la colline. 

- Maintenant, dit l’aigle au fils du roi, il te faudra me nourrir pendant neuf mois, avec de la viande de lièvre et de la viande de perdrix. 

- Je le ferai, dit le fils du roi, viens avec moi au palais. 

Au bout de neuf mois, l’aigle était bien rétabli, et il dit au fils du roi :

- Viens avec moi maintenant, pour voir mon château.

- Moi, je ne demande pas mieux, dit-il, mais comment y aller ? 

Toi tu voles par les airs ; et je ne pourrai jamais te suivre.

- Viens sur ma nuque. 

Il alla donc sur le cou de l’aigle. L’aigle monta si haut dans le ciel, que le fils du roi en vint à avoir peur, et dit :

- Je ne désire pas aller plus loin ; descends-moi en bas !

- Non ! Non ! Tu dois aller jusque mon château ! Nous ne sommes plus loin !

 

Et celui-ci de continuer à voler, par-dessus les bois, les mers.  Ils arrivèrent enfin :

- Bonjour ma mère, dit l’aigle.

- Comment ? tu es revenu mon fils ? Tu as été bien longtemps à faire ton tour ; j’ai eu bien du souci de voir que tu ne revenais pas. 

- J’avais été bien empêché, ma pauvre mère : mais voici le fils du roi qui est venu avec moi ici.

- Le fils du roi ? Celui-ci est bien nourri, et nous ferions avec lui un bon repas !

- O ! Non, ma mère, nous ne lui ferons aucun mal ; j’ai été bien nourri pendant neuf mois dans son palais, et je l’ai invité à venir ici passer un moment dans notre château ; il faudra bien se conduire à son égard. 

L’aigle avait une soeur qui était très belle… aussi belle qu’une jeune fille puisse être. Le fils du roi la regarda, et la voulut pour épouse. Mais la vieille lui répondit que celle-ci n’était pas pour son bec. Et voici qu’il ne se fatiguait pas à être chez l’aigle, trois mois, quatre, cinq, six ! Il ne parlait pas de retourner chez lui. Tant et si bien que la vieille se fatigua de lui, et lui dit qu’il fallait qu’il parte, ou il serait mangé. Un jour, l’aigle lui dit : 

- Allons jouer aux boules, pour passer le temps.

- Oui donc, dit l’autre.

- Quelle sera la récompense ?

- Ta soeur si je gagne, et ma vie si je perds.

- C’est dit ; allons jouer. 

Ils allèrent dans une grande allée, où étaient les boules. Hélas ! Quand le fils du roi vit ces boules-là ! Elles étaient en fer, et chacune pesait cinq cent livres ! L’aigle prit sa boule, et jouait avec elle, la jetait en l’air comme si c’eût été une pomme. Le pauvre prince ne put même pas bouger la sienne. 

 - Ta vie est à moi, dit l’aigle.

- Je demande ma revanche.

- Et tu l’auras ; cependant ce n’était pas dit ! Demain, nous jouerons à nouveau. 

images (7)Le prince alla trouver la soeur de l’aigle en gémissant, pour lui raconter ses malheurs.

 - Ce n’est pas grave, répondit-elle, tu serais prêt à m’être fidèle ?

- Oui ! Jusqu’à la mort !

- Bien ! Laisse-moi faire. J’ai ici une vessie, je la peindrai en noir et je la mettrai à côté de la boule de mon frère. Quand tu la prendras, tu n’auras qu’à dire :« Chèvre, cours à ton pays ; Tu es ici depuis sept ans, Tu n’as pas eu de bout de fer à manger !» Aussitôt, tu la verras s’élever, et elle ira en Egypte. Mais fais bien attention de prendre ta boule en premier. 

Le lendemain, ils allèrent de nouveau dans l’allée de boules. Le fils du roi prit tout de suite la vessie, comme si ç’avait été une boule, et il se mit à jouer avec, à la lancer en l’air, comme une vessie qu’elle était. Et voilà très surpris l’aigle, et inquiet : 

- Comment cela se fait-il ? dit-il. 

L’aigle joua en premier, et jeta si fort sa boule, qu’elle fut bien un quart d’heure avant de retomber sur terre. 

- Beau jeu ! dit le fils du roi ; à mon tour maintenant. Et il dit doucement :

« Chèvre, cours à ton pays ; Tu es ici depuis sept ans, Tu n’as pas eu de bout de fer à manger !» Et aussitôt, la boule s’éleva dans les airs, si haut, si haut, que l’on ne la vit plus, et on avait beau attendre, elle ne retomba pas. Elle était partie en Egypte. 

- Nous avons joué chacun notre tour ! dit le fils du roi. 

Et l’aigle retourna chez lui en criant, et partit conter ce qui était arrivé à sa mère, pour se plaindre ; sa boule était perdue, qui était si belle ; il ne pourrait plus jouer quand il aurait envie ; une sorcière devait être avec lui…. 

- Il faut le tuer, dit la vieille, pourquoi attendre plus longtemps ?

- Mais, je n’ai pas encore vaincu sur lui, ma mère, et je dois le faire. Demain, nous jouerons un autre jeu, et nous verrons comment il s’en tirera cette fois-là ! 

- Va me chercher de l’eau, je n’en ai plus du tout à la maison.

- Très bien ! Demain matin nous irons ! 

Et l’aigle dit au fils du roi :

- Demain matin, nous devrons aller chercher de l’eau pour ma mère, il n’y en a plus au château.

- Bien, comme tu veux ! Mais montre-moi avant les pots.

- Les voici. 

Et l’aigle lui montra deux cuviers de cinq barriques chaque ; sur chaque paume de la main il en tenait un sans mal. Le prince alla trouver la sœur de l’aigle, très inquiet, vous pouvez croire ! 

- Tu me seras fidèle ? lui demanda-t-elle.

- Oui, jusqu’à la mort !

- Bien ! Demain matin, quand tu verras mon frère prendre son cuvier, dis-lui : «Ba ! Laisse ici ces cuviers, et donne-moi une pioche, une pelle et une brouette.» 

«Pour faire quoi ?» répondra-t-il. «Pour quoi ? Pour ramener ici la fontaine, afin que nous ne soyons pas obligés d’y aller trop souvent, nigaud !» Quand il entendra ça, il ira chercher l’eau lui-même, car il désirera pas voir détruite la fontaine, ni ma mère non plus. 

Le lendemain matin :

- Bien ! Allons chercher l’eau, dit l’aigle.

- Oui, oui, quand tu veux.

- Prend ton cuvier alors !

- Des cuviers comme ça ? A quoi ça sert des cuviers comme ça ? A perdre son temps.

- Comment veux-tu faire ?

- Donne-moi une brouette, une pioche et une pelle.

- Pour quoi faire ?

- Pour quoi faire, nigaud ? Pour ramener ici la fontaine et ne plus être obligé d’y aller trop souvent. 

- Hola ! Hola ! Cette fontaine ne sera pas détruite ! Une si belle fontaine.

- Bien ! Va donc chercher l’eau toi-même si tu veux ; moi, je n’irai pas ! 

Et l’aigle alla chercher l’eau lui-même, avec ses deux cuviers, et très en colère.

- Comment de défaire de lui ? dit-il le soir à sa mère.

- Le mettre à la broche et le manger ! répondit la vieille.

- Non ! Non ! Demain je l’enverrai abattre des arbres avec une hache de bois, et nous verrons. 

Il lui dit avant d’aller se coucher :

- Aujourd’hui, j’ai fait le travail moi-même, et demain, ce sera ton tour.

- Qu’y aura-il à faire demain ?

- Ma mère a besoin de bois pour faire du feu dans la cuisine, et tu devras aller abattre une allée de chênes qui sont là, et avant le coucher du soleil, ils devront être tous abattus. 

- S’il n’y a que ça ! dit le fils du roi ; mais il était en fait très inquiet, bien qu’il ne le montrât pas. 

Il alla alors trouver à nouveau la soeur de l’aigle.

-Tu me seras fidèle ? dit-elle.

- Oui ! jusqu’à la mort.

- Bien ! Quand tu seras arrivé dans le bois, avec ta hache de bois sur l’épaule – car il ne te donneras qu’une hache de bois – retire ta veste, metsla sur le tronc d’un vieux chêne que tu verras là, déterres ses racines, prends ta hache de bois et frappe sur l’arbre, et tu verras ce qui arrivera. Il alla le lendemain matin au bois, sa hache en bois sur ses épaules ; il retira sa veste, la jeta sur le tronc d’un vieux chêne, déterra ses racines ; il prit alors sa hache de bois : 

- Une hache de bois, pour abattre de si grands arbres ! Mais qu’importe, je verrai.

Il frappa un coup sur le tronc de l’arbre, et aussitôt, il tomba, avec un grand bruit.

- Très bien, dit-il.

 images (9)

Il alla vers un autre, et pareil ! Chaque coup, il tomba un arbre, et ainsi, en peu de temps, l’allée d’arbres fut abattue. Quand vint l’aigle, pour voir, vers le coucher du soleil, il fut très surpris. Il se mit à geindre, et alla trouver sa mère : 

- Hélas, chère maman, je suis vaincu ! Je ne puis plus jouer avec cet oiseau-là : un sorcier ou un magicien quelconque doit être avec lui ; voici abattu l’allée d’arbres jusqu’au dernier ; je suis très chagriné avec lui ! 

Pendant qu’il était ainsi à se plaindre, le fils du roi arriva :

- Je t’ai vaincu trois fois, dit-il, et ta soeur est à moi !

- Oui, hélas ! Envoie-la avec toi, et pars le plus tôt possible !

 Le prince retourna au château de son père, et avec lui, la soeur de l’aigle. Mais celle-ci ne demandait pas à être mariée tout de suite, ni même aller avec lui au palais du roi ; elle dit alors qu’elle irait servir dans une maison quelconque en ville pendant deux ans, sans dire qui elle est, pour voir s’il lui restera fidèle, comme il lui avait juré par trois fois. 

- Voici, dit-elle, avant de se quitter, la moitié de mon anneau et la moitié de mon mouchoir, afin que tu penses toujours à moi. » 

Elle fut prise comme femme de chambre chez un riche orfèvre, et le prince retourna au palais de son père. Il oublia rapidement la soeur de l’aigle, et il vint à tomber amoureux d’une princesse qui était à la cour. Voici qu’ils furent fiancés, le jour du mariage fut décidé, et les anneaux furent donnés à faire chez l’orfèvre chez lequel travaillait la soeur de l’aigle. Et il fut invité beaucoup, beaucoup de monde aux fêtes du mariage ; l’orfèvre et sa femme furent invités aussi, et même leur femme de chambre, étant donné qu’elle était une fille avait de très bonnes façons. 

Celle-ci demanda alors à son maître de lui faire un petit coq et une petite poulette d’or.

- Pour quoi faire donc ? dit sa maîtresse.

- Laissez-moi faire, ma petite maîtresse, vous verrez très bientôt pourquoi. 

Et il fut fait comme elle avait demandée. Lorsque le jour du mariage fut arrivé, l’orfèvre, sa femme et leur femme de chambre allèrent au palais, et comme le prince et sa future femme étaient très contents des anneaux et des bijoux qui avaient été fait pour eux, ils en furent très bien accueillis. La soeur de l’aigle avait emmené le coq et la poulette d’or, ainsi que les moitiés de l’anneau et du mouchoir dont le prince avait les autres moitiés. A la fin du repas, elle fut à côté de la nouvelle épouse ; et elle tira alors la moitié du mouchoir de sa poche.

- Tiens ! dit la future épouse, j’en ai un pareil au vôtre ! 

- Montrez un peu !

- Tenez ! Oui, ils sont identiques !

Et aussitôt que les deux moitiés furent rejointes, elles se recollèrent !

- Ceux-ci ont toujours été ensemble, dit la femme de chambre. 

En retirant le mouchoir de sa poche, le demi anneau tomba sur la table. La future épouse, quand elle le vit, le prit et l’approcha de l’autre moitié qui était avec elle ; et ils se recollèrent aussitôt, comme le mouchoir. Elle en fut très surprise :

 - Ne vous étonnez pas, Princesse, ceux-ci ont toujours été ensemble !

Elle sortit alors de sa poche le petit coq et la petite poulette d’or, et elle les mit sur un plateau d’étain.

- Quelles belles choses ! dirent-ils tous. 

Elle tira alors un petit pois d’or de sa poche et le mir sur le plat. Aussitôt, le petit coq l’attrapa et l’avala.

- Il est encore parti avec toi, dit la poulette.

- Chut ! la prochaine fois, il ira avec toi.

- Oui ! le fils du roi me disait aussi qu’il me serait fidèle, quand il était en train de jouer aux boules avec l’aigle. 

Le prince, quand il l’entendit, se retourna pour voir. La femme de chambre mit un deuxième pois d’or sur le plat. Le coq l’avala aussitôt : 

 - Il est encore parti avec toi, dit la poulette.

- Chut ! La prochaine fois, il ira avec toi.

- Oui ! le fils du roi m’a aussi dit qu’il me serait fidèle, quand il lui avait été dit par l’aigle qu’il devait aller chercher de l’eau.

 Tout le monde fut très surpris, et se demandèrent les uns aux autres :

- Qu’est-ce donc que ceci ? 

Le prince écoutait et était plus attentif que les autres. La femme de chambre retira un troisième pois de sa poche et le mit dans le plat, et, pour la troisième fois, le coq l’avala aussitôt.

- Il est encore parti avec toi ! dit la poulette.

- Chut ! la prochaine fois, tu l’auras.

- Oui ! le fils du roi me disait aussi qu’il me serait fidèle, lorsqu’il a été envoyé par l’aigle abattre une allée de chênes, avec une hache de bois !

 - Hola ! dit le fils du roi, en se levant, il en est assez !

Et de se tourner alors vers son beau-père et de dire :

- J’avais, mon beau-père, un trésor qui était tenu sous une petite clef parmi les plus belles ; je perdis ma clef et j’en fis faire une nouvelle ; peu de temps après, je trouvais mon ancienne clef ; me voici maintenant avec deux clefs, de laquelle dois-je me servir, de la neuve ou de l’ancienne ? 

- Respect et honneur sont toujours dus aux anciens.

 - Bien ! Mon beau-père, gardez votre fille, car j’en ai aimé une autre avant elle : elle était perdue, et je l’ai retrouvée, la voici ! 

Et alors ils se jetèrent dans les bras l’un l’autre, en pleurant de joie ! Ils furent fiancés et mariés, et pendant trois mois, il y eu des fêtes et des jeux, des danses et de la musique, et toujours du bruit !

Conte Breton paru au Magazine Lune Bleue 2007

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Coq dans la culture

Posté par francesca7 le 7 novembre 2014

 

images (6)Le coq, animal familier qui sait se faire entendre, a trouvé une place importante dans de nombreuses religions et traditions. Symbole universel, les vertus qu’on prête à ces animaux, qualifiés de solaire, sont en effet innombrables. Porte-bonheur, prophète guérisseur, le coq incarne souvent le courage, l’intelligence, et on l’associe volontiers à la résurrection.

On attribue au coq de nombreuses qualités en rapport avec ses caractéristiques physiques ou son comportement.

Un symbole de virilité

Sa démarche, le buste en avant, le fait passer pour fier. Parce qu’il a pour lui seul de nombreuses poules, on en a fait un symbole de virilité : il est d’usage de dire d’un homme qui cherche à séduire les femmes qu’il fait le coq.

Un symbole de bravoure : les combats de coq

Parce qu’il porte à ses pattes de dangereux ergots et qu’il ne rechigne pas à se battre dans des combats à mort, on a fait du coq un symbole de bravoure. Dans l’Antiquité grecque, le coq représentait le courage militaire. Les Romaines sacrifiaient un coq à Mars, le dieu de la guerre, chaque premier jour du mois qui porte son nom. La plume de coq noir était, en Chine, l’emblème du guerrier courageux et intrépide.

Un symbole identitaire

•             le coq gaulois : symbole national de la France.

•             le coq de Barcelos : symbole de la ville de Barcelos et, par extension, emblème touristique du Portugal.

•             le coq hardi (patte droite levée et bec clos) : emblème de la région wallonne et de la communauté française de Belgique. Ces couleurs rouge sur fond jaune prennent leur origine de la ville de Liège. Il est également utilisé par le mouvement wallon.

Mythologie grecque

Un symbole religieux en tant qu’animal solaire : Le coq est universellement un symbole solaire parce que son chant annonce le lever du soleil, l’arrivée du jour si bien qu’on a pu croire que c’était lui qui le faisait naître. Cette tradition est explicite dans le Chantecler de Edmond Rostand.

On le croyait aussi capable d’écarter les fantômes au lever du soleil. En effet, le poète Serge Venturini a écrit le « Coq coloré du transvisible », bête solaire surgie des « nuits glaciales de l’enfance. Un joyeux clairon ».

220px-Katedrala_sv_Vit_cock_Praha_3926Symbolique chrétienne

Pour les chrétiens, le coq est l’emblème du Christ (« oiseau de lumière » que l’on retrouve dans la forme donnée aux lampes des potiers chrétiens de Grèce et de Rome2 et oiseau de résurrection3) et symbole de l’intelligence venue de Dieu. On lui prête le pouvoir de chasser les démons.

Au Moyen Âge, le coq symbolise le prédicateur qui doit réveiller ceux qui sont endormis.

Le coq est aussi le symbole du reniement de saint Pierre (il est un attribut récurrent du saint) qui, selon l’Évangile, aurait renié Jésus trois fois avant que le coq chante deux fois. Par la suite, chaque chant du coq rappelle au saint sa trahison3. Le coq, témoin de la trahison de Pierre, serait placé sur les clochers pour rappeler aux hommes leur faiblesse4. Comme le Christ, il annonce l’arrivée du jour après la nuit, c’est-à-dire, symboliquement, celle du bien après le mal. Le coq-girouette du clocher, toujours face au vent, symboliserait ainsi le Christ rédempteur qui protège le chrétien des péchés et dangers. Toujours est-il que la tradition du coq de clocher est attestée au IXe siècle, puisque le plus ancien coq de clocher connu, qui se trouve à Brescia, en Italie, date de 820, et qu’une bulle pontificale du Xe siècle aurait imposé le coq sur les clochers en souvenir de saint Pierre.

Il est comparé au muezzin, le religieux chargé d’appeler aux cinq prières quotidiennes de l’islam : comme lui, il réveille les croyants et les invite à la prière. Le muezzin remplit son devoir depuis une tour de la mosquée appelée minaret.

Un animal sacrifié dans les rites païens

Symbole solaire adoré par de nombreuses civilisations, le coq est aussi l’objet de rituels sanglants.

Rituels protecteurs

Les sacrifices d’animaux, en particulier de volailles, sont fort nombreux dans l’histoire de l’humanité. Ils ont pour but de s’attirer la faveur des dieux. Les Romains sacrifiaient des coqs aux dieux pour obtenir la protection de leur maison. Au XVIIe siècle, les marins de l’île de Ceylan, au sud de l’Inde, offraient des coqs au roi des vents pour s’assurer une navigation sans encombre. En Algérie, avaient lieu des sacrifices rituels de milliers coqs, le mercredi, dans le lieu-dit des Sept-Sources ou Sept-Fontaines, Seba-Aïoun, aux sept Djinns 

Symbole de vie dans les rites vaudou

Au Bénin où l’on pratique un culte appelé Vodoun, le coq est un symbole de vie. Selon la tradition, pour faire revenir à la vie quelqu’un qui est mort violemment, il convient de faire tournoyer un coq vivant par les pattes au-dessus de la dépouille. L’animal est ensuite sacrifié, et son foie est mangé cru. Ces rites ont traversé l’Atlantique avec les esclaves africains et survivent, en Haïti notamment, sous le nom de Vaudou.

Messager des dieux

En Guinée-Bissau, au sud du Sénégal, le peuple des Bijogos se sert de poulets pour savoir si les étrangers sont les bienvenus. Leur roi ne peut décider seul d’accueillir un visiteur : il doit demander à l’esprit protecteur du village sa bienveillance. Pour cela, il saisit un poulet et lui tranche le cou d’un geste sûr. Quand le poulet s’immobilise, le roi verse les dernières gouttes de son sang sur une statuette représentant l’esprit protecteur. Une prêtresse l’aide à interpréter la réaction de l’esprit.

Un animal fabuleux et de légende

Le coq a donné naissance à des chimères, monstres à l’aspect composite.

Le basilic est un animal fabuleux qui a l’apparence d’un coq à queue de dragon ou d’un serpent aux ailes de coq. Pour le voir naître, il faut qu’un coq âgé de sept ans ponde un œuf, le dépose dans du fumier et le fasse couver par un crapaud ou une grenouille. La bête qui en sort, mi-coq, mi-reptile est redoutable : son regard ou son souffle suffit à tuer quiconque l’approche.

Un cocatrix est un animal fabuleux qui possèderait une tête de coq, des ailes de chauve-souris et un corps de serpent.

L’hippalectryon est un animal fabuleux de l’antiquité grecque, qui possède l’avant d’un cheval et l’arrière d’un coq.

Chantecler est un coq dans le Roman de Renart.

Vidofnir est, dans la mythologie nordique, un coq perché au sommet de l’arbre Yggdrasil.

La légende de St Tropez, en France

Caïus Silvius Torpetius, né à Pise, grand officier de la cour de Néron, fut séduit par les idéaux pacifistes. Converti par Saint Paul en l’an 68, il engendra la colère de l’empereur par son refus d’abjurer sa foi chrétienne. Il fut torturé, martyrisé et décapité à Pise et son corps jeté dans une barque sur l’Arno en compagnie d’un coq et d’un chien censés se nourrir du cadavre. Le courant Ligure ramena la barque jusqu’au rivage de l’actuel Saint-Tropez, autrefois appelé Héraclès. Les moines de l’Abbaye de Saint-Victor de Marseille, propriétaires au XIe siècle de la presqu’île, et de toutes les terres adjacentes, trouvèrent la barque, cachèrent le corps du saint martyr et élevèrent une chapelle qu’ils baptisèrent « Ecclesia Sancti Torpetis ». Torpes devint finalement Tropez. On raconte que le coq s’arrêta dans un champ de lin à quelques kilomètres de là. Le coq au lin donna le village Cogolin. Et le chien : Grimaud (chien en vieux français). La tête de Torpetius est encore conservée et vénérée à Pise.

80px-Blason_ville_fr_Gaillac-Toulza_(Haute-Garonne).svgLE COQ – Un symbole héraldique

Le coq est un meuble d’armoiries que l’on rencontre fréquemment.

Représentations : On dit du Coq, armé de ses griffes, barbé de sa barbe, becqué de son bec, crêté de sa crête, membré de ses jambes, lorsqu’ils sont d’un autre émail que son corps. On nomme aussi Coq chantant, celui qui a le bec ouvert et semble chanter ; hardi, celui qui a la patte dextre levée.

Le coq est représenté de profil, la tête levée, la queue retroussée, dont les plumes retombent en portions spirales et circulaires.

Un dragon à tête de coq est appelé basilic. Les ailes du basilic sont préférentiellement formées de plumes, et non membraneuses comme celles du dragon.

D’argent au basilic de sable, couronné, becqué et armé d’or, lampassé, ailé et dardé de gueules, qui est de Kazan.

 D’argent au coq hardi au naturel, soutenu de la date 1693 de sable, au chef d’azur semé de fleurs de lys d’or. Un coq :

•             crêté d’or symboliserait la garde et la vigilance.

•             sur une branche d’amandier ou de mûrier, symboliserait la diligence.

•             d’or sur champ d’azur symboliserait l’empressement à jouir de la faveur du prince.

•             échiqueté, sur une terrasse de pourpre, symboliserait la générosité après la bataille.

Des coqs symboliseraient la bravoure et la hardiesse. Des coqs combattants symboliseraient une guerre obstinée.

 

 

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Histoire de Rats allaités par une chatte

Posté par francesca7 le 16 juillet 2014

 

 

images (20)Quand on voit un chat prolonger, comme par plaisir, les souffrances de la souris qu’il vient de prendre et que, le plus souvent, il ne mange pas après l’avoir tuée, on serait tenté de le croire animé par le seul sentiment de la haine, et par une haine trop violente pour n’être pas insurmontable. On se tromperait cependant à double titre, d’abord en assimilant ainsi aux passions humaines les instincts aveugles de la brute, puis en les supposant indomptables.

Dans ces jeux qui nous semblent si cruels, nous ne devons, en réalité, voir autre chose que des exercices destinés à donner à l’animal l’adresse dont il a besoin dans l’état de nature pour se rendre maître de sa proie. Sans doute, quand, devenu notre commensal, il en est arrivé à aimer la nourriture que nous lui fournissons plus que celle qu’il obtiendrait par ses propres efforts, il pourrait sans inconvénients (pour lui, non pour nous) s’abstenir de poursuivre les souris ; mais il est dans le cas de bien des hommes qui n’aiment pas le gibier et sont cependant passionnés par la chasse. Ajoutons que ce goût qui lui reste des habitudes sauvages de ses pères, on peut avec des soins le lui faire perdre complètement.

J’ai vu dans Paris, il y a une vingtaine d’années, certain vieillard qui était parvenu à faire vivre en assez bonne harmonie, dans une même cage, un gros chat et une douzaine de rats et de souris. Le chat, sans doute fort ennuyé de son étroite prison, paraissait en général assez endormi ; mais dans les moments mêmes où il était le mieux éveillé, il n’inspirait aucune inquiétude aux rats qui allaient et venaient comme à leur ordinaire, fourraient leur museau pointu à travers les barreaux de la cage pour saisir le morceau de noix que leur présentait quelque enfant, ou, faute de mieux, grignotaient les grains de maïs épars sur le plancher. Les souris n’étaient pas moins imprudentes : je les ai vues maintes fois grimper sur le dos du chat, et, si le temps était pluvieux, chercher un abri sous les longs poils de ses flancs.

L’éducation au moyen de laquelle on obtient de pareils résultats, n’est ni longue ni difficile ; elle réussit presqu’à coup sûr, et je n’aurais pas songé à ajouter ce nouvel exemple à tous ceux qu’on a déjà, s’il ne m’était venu à l’esprit, à l’occasion d’une histoire dans laquelle figurent les mêmes animaux ; histoire qui elle-même m’a été rappelée par une autre que je trouve dans un livre intitulé Olla podrida :

Dans une ferme d’Angleterre, une chatte avait mis bas pendant la nuit, et dès le matin elle avait perdu ses petits : on avait profiter de sa première absence pour aller les noyer au loin. La pauvre mère s’était fatiguée à courir dans la maison, cherchant, appelant, et donnant tous les signes d’une douleur bien naturelle en pareil cas, mais qui, chez les animaux abâtardis par la domesticité, est souvent beaucoup moins vive. Elle était encore en quête lorsqu’un enfant qui la voulait régaler déposa dans le panier d’où l’on avait enlevé les chatons une nichée de jeunes rats qu’il venait de découvrir. La chatte, revenant au bout de quelques instants, trouva ces petits êtres demi-nus et gémissants, auxquels d’abord elle prit à peine garde. Elle se coucha dans son panier sans prendre aucune précaution, mais aussi sans faire aucun mal aux nouveaux occupants.

Ceux-ci furent-ils, dans le premier moment, effrayés en sentant de si près d’eux l’ennemi constant de leur race ? Je serais très porté à le croire. Quoi qu’il en soit, ils se remirent promptement, et le besoin leur aidant à surmonter une antipathie naturelle, ils saisirent les mamelons de la chatte et commencèrent à téter de bon appétit. La nourrice les laissa faire d’abord sans colère ; puis, éprouvant peut-être quelque soulagement par suite de cette succion, elle commença à y prendre plaisir. Bientôt elle s’intéressa aux petits rats, et avant la fin de la journée elle s’était déjà occupée de faire leur toilette. Dès ce moment elle les avait adoptés.

Tous les habitants de la ferme étaient venus voir cette singulière famille ; les voisins accoururent à leur tour ; enfin les visites se multiplièrent au point de devenir une véritable incommodité, et pour y mettre un terme on prit le parti de détruire les petits rats. Je regrette que l’expérience n’ait pas été poussée jusqu’au bout : il eût été curieux de voir si, une fois capables de vivre par eux-mêmes, nos jeunes animaux n’eussent pas été empressés de fuir leur nourrice ; de voir si elle-même, du moment où elle ne leur aurait plus été nécessaire, n’eût pas perdu pour eux toute affection. Qui peut dire si, l’ancien instinct reprenant le dessus, elle n’eût pas un beau jour fait curée de ces êtres dont elle avait pris d’abord tant de soin ?

 (D’après un article paru en 1845)

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L’épicier par Honoré de Balzac

Posté par francesca7 le 2 mars 2014

 ~ * ~

téléchargementD’AUTRES, des ingrats passent insouciamment devant la sacro-sainte boutique d’un épicier. Dieu vous en garde ! Quelque rebutant, crasseux, mal en casquette que soit le garçon, quelque frais et réjoui que soit le maître, je les regarde avec sollicitude et leur parle avec la déférence qu’a pour eux le Constitutionnel. Je laisse aller un mort, un évêque, un roi, sans y faire attention ; mais je ne vois jamais avec indifférence un épicier. A mes yeux, l’épicier, dont l’omnipotence ne date que d’un siècle, est une des plus belles expressions de la société moderne. N’est-il donc pas un être aussi sublime de résignation que remarquable par son utilité ; une source constante de douceur, de lumière, de denrées bienfaisantes ? Enfin n’est-il plus le ministre de l’Afrique, le chargé d’affaires des Indes et de l’Amérique ? Certes, l’épicier est tout cela ; mais ce qui met le comble à ses perfections, il est tout cela sans s’en douter. L’obélisque sait-il qu’il est un monument ?

Ricaneurs infâmes, chez quel épicier êtes-vous entrés qui ne vous ait gracieusement souri, sa casquette à la main, tandis que vous gardiez votre chapeau sur la tête ? Le boucher est rude, le boulanger est pâle et grognon ; mais l’épicier, toujours prêt à obliger, montre dans tous les quartiers de Paris un visage aimable. Aussi, à quelque classe qu’appartienne le piéton dans l’embarras, ne s’adresse-t-il ni à la science rébarbative de l’horloger, ni au comptoir bastionné de viandes saignantes où trône la fraîche bouchère, ni à la grille défiante du boulanger : entre toutes les boutiques ouvertes, il attend, il choisit celle de l’épicier pour changer une pièce de cent sous ou pour demander son chemin ; il est sûr que cet homme, le plus chrétien de tous les commerçants, est à tous, bien que le plus occupé ; car le temps qu’il donne aux passants, il se le vole à lui-même. Mais quoique vous entriez pour le déranger, pour le mettre à contribution, il est certain qu’il vous saluera ; il vous marquera même de l’intérêt, si l’entretien dépasse une simple interrogation et tourne à la confidence. Vous trouveriez plus facilement une femme mal faite qu’un épicier sans politesse. Retenez cet axiome, répétez-le pour contre-balancer d’étranges calomnies.

Du haut de leur fausse grandeur, de leur implacable intelligence ou de leurs barbes artistement taillées, quelques gens ont osé dire Raca ! à l’épicier. Ils ont fait de son nom un mot, une opinion, une chose, un système, une figure européenne et encyclopédique comme sa boutique. On crie : Vous êtes des épiciers ! pour dire une infinité d’injures. Il est temps d’en finir avec des Dioclétiens de l’épicerie. Que blâme-t-on chez l’épicier ? Est-ce son pantalon plus ou moins brun rouge, verdâtre ou chocolat ? ses bas bleus dans des chaussons, sa casquette de fausse loutre garnie d’un lagon d’argent verdi ou d’or noirci, son tablier à pointe triangulaire arrivant au diaphragme ? Mais pouvez-vous punir en lui, vile société sans aristocratie et qui travaillez comme des fourmis, l’estimable symbole du travail ? Serait-ce qu’un épicier est censé ne pas penser le moins du monde, ignorer les arts, la littérature et la politique ? et qui donc a engouffré les éditions de Voltaire et de Rousseau ? qui donc achète Souvenirs et Regrets de Dubufe ? qui a usé la planche du Soldat laboureur, du Convoi du pauvre, celle de l’Attaque de la barrière de Clichy ? qui pleure aux mélodrames, qui prend au sérieux la Légion-d’Honneur ! qui devient actionnaire des entreprises impossibles ? qui voyez-vous aux premières galeries de l’Opéra-Comique quand on joue Adolphe et Clara ou les Rendez-vous bourgeois ? qui hésite à se moucher au Théâtre-Français quand on chante Chatterton ? qui lit Paul de Kock ? qui court voir et admirer le Musée de Versailles ? qui a fait le succès du Postillon de Longjumeau ? qui achète les pendules à mameluks pleurant leur coursier ? qui nomme les plus dangereux députés de l’opposition, et qui appuie les mesures énergiques du pouvoir contre les perturbateurs ? L’épicier, l’épicier, toujours l’épicier ! Vous le trouvez l’arme au bras sur le seuil de toutes les nécessités, même les plus contraires, comme il est sur le pas de sa porte, ne comprenant pas toujours ce qui se passe, mais appuyant tout par son silence, par son travail, par son immobilité, par son argent ! Si nous ne sommes pas devenus sauvages, espagnols ou saint-simoniens, rendez-en grâce à la grande armée des épiciers. Elle a tout maintenu. Peut-être maintiendra-t-elle l’un comme l’autre, la république comme l’empire, la légitimité comme la nouvelle dynastie ; mais certes elle maintiendra. Maintenir est sa devise. Si elle ne maintenait pas un ordre social quelconque, à qui vendrait-elle ? L’épicier est la chose jugée qui s’avance ou se retire, parle ou se tait aux jours des grandes crises. Ne l’admirez-vous pas dans sa foi pour les niaiseries consacrées ! Empêchez-le de se porter en foule au tableau de Jeanne Gray, de doter les enfants du général Foy, de souscrire pour le Champ-d’Asile, de se ruer sur l’asphalte, de demander la translation des cendres de Napoléon, d’habiller son enfant en lancier polonais, ou en artilleur de la garde nationale, selon la circonstance. Tu l’essaierais en vain, fanfaron Journalisme, toi qui, le premier, inclines plume et presse à son aspect, lui souris et lui tends incessamment la chatière de ton abonnement !

Image illustrative de l'article ÉpicierMais a-t-on bien examiné l’importance de ce viscère indispensable à la vie sociale, et que les anciens eussent déifié peut-être ? Spéculateur, vous bâtissez un quartier, ou même un village ; vous avez construit plus ou moins de maisons, vous avez été assez osé pour élever une église ; vous trouvez des espèces d’habitants, vous ramassez un pédagogue, vous espérez des enfants ; vous avez fabriqué quelque chose qui a l’air d’une civilisation, comme on fait une tourte : il y a des champignons, des pattes de poulets, des écrevisses et des boulettes ; un presbytère, des adjoints, un garde champêtre et des administrés : rien ne tiendra, tout va se dissoudre, tant que vous n’aurez pas lié ce microcosme par le plus fort des liens sociaux, par un épicier. Si vous tardiez à planter au coin de la rue principale un épicier, comme vous avez planté une croix au-dessus du clocher, tout déserterait. Le pain, la viande, les tailleurs, les prêtres, les souliers, le gouvernement, la solive, tout vient par la poste, par le roulage ou le coche ; mais l’épicier doit être là, rester là, se lever le premier, se coucher le dernier ; ouvrir sa boutique à toute heure aux chalands, aux cancans, aux marchands. Sans lui, aucun de ses excès qui distinguent la société moderne des sociétés anciennes auxquelles l’eau-de-vie, le tabac, le thé, le sucre étaient inconnus. De sa boutique procède une triple production pour chaque besoin : thé, café, chocolat, la conclusion de tous les déjeuners réels ; la chandelle, l’huile et la bougie, source de toute lumière ; le sel, le poivre et la muscade, qui composent la rhétorique de la cuisine ; le riz, le haricot et le macaroni, nécessaires à toute alimentation raisonnée ; le sucre, les sirops et la confiture, sans quoi la vie serait bien amère ; les fromages, les pruneaux et les mendiants, qui, selon Brillat-Savarin, donnent au dessert sa physionomie. Mais ne serait-ce pas dépeindre tous nos besoins que détailler les unités à trois angles qu’embrasse l’épicerie ? L’épicier lui-même forme une trilogie : il est électeur, garde national et juré. Je ne sais si les moqueurs ont une pierre sous la mamelle gauche ; mais il m’est impossible de railler cet homme quand, à l’aspect des billes d’agate contenues dans ses jattes de bois, je me rappelle le rôle qu’il jouait dans mon enfance. Ah ! quelle place il occupe dans le coeur des marmots auxquels il vend le papier des cocottes, la corde des cerfs-volants, les soleils et les dragées ! Cet homme, qui tient dans sa montre des cierges pour notre enterrement et dans son oeil une larme pour notre mémoire, côtoie incessamment notre existence : il vend la plume et l’encre au poëte, les couleurs au peintre, la colle à tous. Un joueur a tout perdu, veut se tuer : l’épicier lui vendra les balles, la poudre ou l’arsenic ; le vicieux personnage espère tout regagner, l’épicier lui vendra des cartes. Votre maîtresse vient, vous ne lui offrirez pas à déjeuner sans l’intervention de l’épicier ; elle ne fera pas une tache à sa robe qu’il ne reparaisse avec l’empois, le savon, la potasse. Si, dans une nuit douloureuse, vous appelez la lumière à grands cris, l’épicier vous tend le rouleau rouge du miraculeux, de l’illustre Fumade, que ne détrônent ni les briquets allemands, ni les luxueuses machines à soupape. Vous n’allez point au bal sans son vernis. Enfin, il vend l’hostie au prêtre, le cent-sept-ans au soldat, le masque au carnaval, l’eau de Cologne à la plus belle moitié du genre humain. Invalide, il te vendra le tabac éternel que tu fais passer de ta tabatière à ton nez, de ton nez à ton mouchoir, de ton mouchoir à ta tabatière : le nez, le tabac et le mouchoir d’un invalide ne sont-ils pas une image de l’infini aussi bien que le serpent qui se mord la queue ? Il vend des drogues qui donnent la mort, et des substances qui donnent la vie ; il s’est vendu lui-même au public comme une âme à Satan. Il est l’alpha et l’oméga de notre état social. Vous ne pouvez faire un pas ou une lieue, un crime ou une bonne action, une oeuvre d’art ou de débauche, une maîtresse ou un ami, sans recourir à la toute-puissance de l’épicier. Cet homme est la civilisation en boutique, la société en cornet, la nécessité armée de pied en cap, l’encyclopédie en action, la vie distribuée en tiroirs, en bouteilles, en sachets. Nous avons entendu préférer la protection d’un épicier à celle d’un roi : celle du roi vous tue, celle de l’épicier fait vivre. Soyez abandonné de tout, même du diable ou de votre mère, s’il vous reste un épicier pour ami, vous vivrez chez lui, comme le rat dans son fromage. Nous tenons tout, vous disent les épiciers avec un juste orgueil. Ajoutez : Nous tenons à tout.

Par quelle fatalité ce pivot social, cette tranquille créature, ce philosophe pratique, cette industrie incessamment occupée, a-t-elle donc été prise pour type de la bêtise ? Quelles vertus lui manquent ? Aucune. La nature éminemment généreuse de l’épicier entre pour beaucoup dans la physionomie de Paris. D’un jour à l’autre, ému par quelque catastrophe ou par une fête, ne reparaît-il pas dans le luxe de son uniforme, après avoir fait de l’opposition en bizet ? Ses mouvantes lignes bleues à bonnets ondoyants accompagnent en pompe les illustres morts ou les vivants qui triomphent, et se mettent galamment en espaliers fleuris à l’entrée d’une royale mariée. Quant à sa constance, elle est fabuleuse. Lui seul a le courage de se guillotiner lui-même tous les jours avec un col de chemise empesé. Quelle intarissable fécondité dans le retour de ses plaisanteries avec ses pratiques ! avec quelles paternelles consolations il ramasse les deux sous du pauvre, de la veuve et de l’orphelin ! avec quel sentiment de modestie il pénètre chez ses clients d’un rang élevé ! Direz-vous que l’épicier ne peut rien créer ? QUINQUET était un épicier ; après son invention, il est devenu un mot de la langue, il a engendré l’industrie du lampiste.

Ah ! si l’épicerie ne voulait fournir ni pairs de France ni députés, si elle refusait des lampions à nos réjouissances, si elle cessait de piloter les piétons égarés, de donner de la monnaie aux passants, et un verre de vin à la femme qui se trouve mal au coin de la borne, sans vérifier son état ; si le quinquet de l’épicier ne protestait plus contre le gaz son ennemi, qui s’éteint à onze heures ; s’il se désabonnait au Constitutionnel, s’il devenait progressif, s’il déblatérait contre le prix Monthyon, s’il refusait d’être capitaine de sa compagnie, s’il dédaignait la croix de la Légion-d’Honneur, s’il s’avisait de lire les livres qu’il vend en feuilles dépareillées, s’il allait entendre les symphonies de Berlioz au Conservatoire, s’il admirait Géricault en temps utile, s’il feuilletait Cousin, s’il comprenait Ballanche, ce serait un dépravé qui mériterait d’être la poupée éternellement abattue, éternellement relevée, éternellement ajustée par la saillie de l’artiste affamé, de l’ingrat écrivain, du saint-simonien au désespoir. Mais examinez-le, ô mes concitoyens ! Que voyez-vous en lui ? Un homme généralement court, joufflu, à ventre bombé, bon père, bon époux, bon maître. A ce mot, arrêtons-nous.

Qui s’est figuré le Bonheur, autrement que sous la forme d’un petit garçon épicier, rougeaud, à tablier bleu, le pas sur la marche d’un magasin, regardant les femmes d’un air égrillard, admirant sa bourgeoise, n’ayant rien, rieur avec les chalands, content d’un billet de spectacle, considérant le patron comme un homme fort, enviant le jour où il se fera comme lui la barbe dans un miroir rond, pendant que sa femme lui apprêtera sa chemise, sa cravate et son pantalon ? Voilà la véritable Arcadie ? Être berger comme le veut Poussin n’est plus dans nos moeurs. Être épicier, quand votre femme ne s’amourache pas d’un Grec qui vous empoisonne avec votre propre arsenic, est une des plus heureuses conditions humaines.

téléchargement (1)Artistes et feuilletonistes, cruels moqueurs qui insultez au génie aussi bien qu’à l’épicier, admettons que ce petit ventre rondelet doive inspirer la malice de vos crayons, oui, malheureusement quelques épiciers, en présentant arme, présentent une panse rabelaisienne qui dérange l’alignement inespéré des rangs de la garde nationale à une revue, et nous avons entendu des colonels poussifs s‘en plaindre amèrement. Mais qui peut concevoir un épicier maigre et pâle ? il serait déshonoré, il irait sur les brisées des gens passionnés. Voilà qui est dit, il a du ventre. Napoléon et Louis XVIII ont eu le leur, et la Chambre n’irait pas sans le sien. Deux illustres exemples ! Mais si vous songez qu’il est plus confiant avec ses avances que nos amis avec leur bourse, vous admirerez cet homme et lui pardonnerez bien des choses. S’il n’était pas sujet à faire faillite, il serait le prototype du bien, du beau, de l’utile. Il n’a d’autres vices, aux gens des yeux délicats, que d’avoir en amour, à quatre lieues de Paris, une campagne dont le jardin a trente perches ; de draper son lit et sa chambre en rideaux de calicot jaune imprimé de rosaces rouges ; de s’y asseoir sur le velours d’Utrecht à brosses fleuries ; il est l’éternel complice de ces infâmes étoffes. On se moque généralement du diamant qu’il porte à sa chemise et de l’anneau de mariage qui orne sa main ; mais l’un signifie l’homme établi, comme l’autre annonce le mariage, et personne n’imaginerait un épicier sans femme. La femme de l’épicier en a partagé le sort jusque dans l’enfer de la moquerie française. Et pourquoi l’a-t-on immolée en la rendant ainsi doublement victime ? Elle a voulu, dit-on, aller à la cour. Quelle femme assise dans un comptoir n’éprouve le besoin d’en sortir, et où la vertu ira-t-elle, si ce n’est aux environs du trône ? car elle est vertueuse : rarement l’infidélité plane sur la tête de l’épicier, non que sa femme manque aux grâces de son sexe, mais elle manque d’occasion. La femme d’un épicier, l’exemple l’a prouvé, ne peut dénouer sa passion que par le crime, tant elle est bien gardée. L’exiguité du local, l’envahissement de la marchandise, qui monte de marche en marche et pose ses chandelles, ses pains de sucre jusque sur le seuil de la chambre conjugale, sont les gardiens de sa vertu, toujours exposée aux regards publics. Aussi, forcée d’être vertueuse, s’attache-t-elle tant à son mari que la plupart des femmes d’épiciers en maigrissent. Prenez un cabriolet à l’heure, parcourez Paris, regardez les femmes d’épiciers : toutes sont maigres, pâles, jaunes, étirées. L’hygiène, interrogée, a parlé de miasmes exhalés par les denrées coloniales ; la pathologie, consultée, a dit quelque chose sur l’assiduité sédentaire au comptoir, sur le mouvement continuel des bras, de la voix, sur l’attention sans cesse éveillée, sur le froid qui entrait par une porte toujours ouverte et rougissait le nez. Peut-être, en jetant ces raisons au nez des curieux, la science n’a-t-elle pas osé dire que la fidélité avait quelque chose de fatal pour les épicières, peut-être a-t-elle craint d’affliger les épiciers en leur démontrant les inconvénients de la vertu. Quoi qu’il en soit, dans ces ménages que vous voyez mangeant et buvant enfermés sous la verrière de ce grand bocal, autrement nommé par eux arrière-boutique, revivent et fleurissent les coutumes sacramentales qui mettent l’hymen en honneur. Jamais un épicier, en quelque quartier que vous en fassiez l’épreuve, ne dira ce mot leste : ma femme ; il dira : mon épouse. Ma femme emporte des idées saugrenues, étranges, subalternes, et change une divine créature en une chose. Les Sauvages ont des femmes ; les êtres civilisés ont des épouses ; jeunes filles venues entre onze heures et midi à la mairie, accompagnées d’une infinité de parents et de connaissances, parées d’une couronne de fleurs d’oranger toujours déposée sous la pendule, en sorte que le mameluk ne pleure pas exclusivement sur le cheval. Aussi, toujours fier de sa victoire, l’épicier conduisant sa femme par la ville, a-t-il je ne sais quoi de fastueux qui le signale au caricaturiste. Il sent si bien le bonheur de quitter sa boutique, son épouse fait si rarement des toilettes, ses robes sont si bouffantes, qu’un épicier orné de son épouse tient plus de place sur la voie publique que tout autre couple. Débarrassé de sa casquette de loutre et de son gilet rond, il ressemblerait assez à tout autre citoyen, n’étaient ces mots, ma bonne amie, qu’il emploie fréquemment en expliquant les changements de Paris à son épouse, qui, confinée dans son comptoir, ignore les nouveautés. Si parfois, le dimanche, il se hasarde à faire une promenade champêtre, il s’assied à l’endroit le plus poudreux des bois de Romainville, de Vincennes ou d’Auteuil, et s’extasie sur la pureté de l’air. Là, comme partout, vous le reconnaîtrez, sous tous ses déguisements, à sa phraséologie, à ses opinions. Vous allez par une voiture publique à Meaux, Melun, Orléans, vous trouvez en face de vous un homme bien couvert qui jette sur vous un regard défiant : vous vous épuisez en conjectures sur ce particulier d’abord taciturne. Est-ce un avoué ? est-ce un nouveau pair de France ? est-ce un bureaucrate ? Une femme souffrante dit qu’elle n’est pas encore remise du choléra. La conversation s’engage. L’inconnu prend la parole.

Môsieu… Tout est dit, l’épicier se déclare. Un épicier ne prononce ni monsieur, ce qui est affecté, ni msieu, ce qui semble infiniment méprisant ; il a trouvé son triomphant môsieu, qui est entre le respect et la protection, exprime sa considération et donne à sa personne une saveur merveilleuse. – Môsieu, vous dira-t-il, pendant le choléra, les trois plus grands médecins, Dupuytren, Broussais et môsieu Magendie, ont traité leurs malades par des remèdes différents ; tous sont morts, ou à peu près. Ils n’ont pas su ce qu’est le choléra ; mais le choléra, c’est une maladie dont on meurt. Ceux que j’ai vus se portaient déjà mal. Ce moment-là, môsieu, a fait bien du mal au commerce.

Vous le sondez alors sur la politique. Sa politique se réduit à ceci : « Môsieu, il paraît que les ministres ne savent ce qu’ils font ! On a beau les changer, c’est toujours la même chose. Il n’y avait que sous l’empereur où ils allaient bien. Mais aussi, quel homme ! En le perdant, la France a bien perdu. Et dire qu’on ne l’a pas soutenu ! » Vous découvrez alors chez l’épicier des opinions religieuses extrêmement répréhensibles. Les chansons de Béranger sont son Évangile. Oui, ces détestables refrains frelatés de politique ont fait un mal dont l’épicerie se ressentira longtemps. Il se passera peut-être une centaine d’années avant qu’un épicier de Paris, ceux de la province sont un peu moins atteints de la chanson, entre dans le Paradis. Peut-être son envie d’être Français l’entraîne-t-elle trop loin. Dieu le jugera.

Si le voyage était court, si l’épicier ne parlait pas, cas rare, vous le reconnaîtriez à sa manière de se moucher. Il met un coin de son mouchoir entre ses lèvres, le relève au centre par un mouvement de balançoire, s’empoigne magistralement le nez et sonne une fanfare à rendre jaloux un cornet à piston.

Quelques-uns de ces gens qui ont la manie de tout creuser signalent un grand inconvénient à l’épicier : il se retire, disent-ils. Une fois retiré, personne ne lui voit aucune utilité. Que fait-il ? que devient-il ? il est sans intérêt, sans physionomie. Les défenseurs de cette classe de citoyens estimables ont répondu que généralement le fils de l’épicier devient notaire ou avoué, jamais ni peintre ni journaliste, ce qui l’autorise à dire avec orgueil : J’ai payé ma dette au pays. Quand un épicier n’a pas de fils, il a un successeur auquel il s’intéresse ; il l’encourage, il vient voir le montant des ventes journalières et les compare avec celles de son temps ; il lui prête de l’argent : il tient encore à l’épicerie par le fil de l’escompte. Qui ne connaît la touchante anecdote sur la nostalgie du comptoir à laquelle il est sujet ?

Un épicier de la vieille roche, lequel, trente ans durant, avait respiré les mille odeurs de son plancher, descendu le fleuve de la vie en compagnie de myriades de harengs et voyagé côte à côte avec une infinité de morues, balayé la boue périodique de cent pratiques matinales et manié de bons gros sous bien gras ; il vent son fonds, cet homme riche au-delà de ses désirs, ayant enterré son épouse dans un bon petit terrain à perpétuité, tout bien en règle, quittance de la ville au carton des papiers de famille ; il se promène les premiers jours dans Paris en bourgeois ; il regarde jouer aux dominos, il va même au spectacle. Mais il avait, dit-il, des inquiétudes. Il s’arrêtait devant les boutiques d’épiceries, il les flairait, il écoutait le bruit du pilon dans le mortier. Malgré lui cette pensée : Tu as été pourtant tout cela ! lui résonnait dans l’oreille, à l’aspect d’un épicier amené sur le pas de sa porte par l’état du ciel. Soumis au magnétisme des épices, il venait visiter son successeur. L’épicerie allait. Notre homme revenait le coeur gros. Il était tout chose, dit-il à Broussais en le consultant sur sa maladie. Broussais ordonna les voyages, sans indiquer positivement la Suisse ou l’Italie. Après quelques excursions lointaines tentées sans succès à Saint-Germain, Montmorency, Vincennes, le pauvre épicier dépérissant toujours, n’y tint plus ; il rentra dans sa boutique comme le pigeon de La Fontaine à son nid, en disant son grand proverbe : Je suis comme le lièvre, je meurs où je m’attache ! Il obtint de son successeur la grâce de faire des cornets dans un coin, la faveur de le remplacer au comptoir. Son oeil, déjà devenu semblable à celui d’un poisson cuit, s’alluma des lueurs du plaisir. Le soir, au café du coin, il blâme la tendance de l’épicerie au charlatanisme de l’Annonce, et demande à quoi sert d’exposer les brillantes machines qui broient le cacao.

Plusieurs épiciers, des têtes fortes, deviennent maires de quelque commune, et jettent sur les campagnes un reflet de la civilisation parisienne. Ceux-là commencent alors à ouvrir le Voltaire ou le Rousseau qu’ils ont acheté, mais ils meurent à la page 17 de la notice. Toujours utiles à leur pays, ils ont fait réparer un abreuvoir, ils ont, en réduisant les appointements du curé, contenu les envahissements du clergé. Quelques-uns s’élèvent jusqu’à écrire leurs vues au Constitutionnel, dont ils attendent vainement la réponse ; d’autres provoquent des pétitions contre l’esclavage des nègres et contre la peine de mort.

Je ne fais qu’un reproche à l’épicier : il se trouve en trop grande quantité. Certes il en conviendra lui-même, il est commun. Quelques moralistes, qui l’ont observé sous la latitude de Paris, prétendent que les qualités qui le distinguent se tournent en vices dès qu’il devient propriétaire. Il contracte alors, dit-on, une légère teinte de férocité, cultive le commandement, l’assignation, la mise en demeure, et perd de son agrément. Je ne contredirai pas ces accusations, fondées, peut-être, sur le temps critique de l’épicier. Mais consultez les diverses espèces d’hommes, étudiez leurs bizarreries, et demandez-vous ce qu’il y a de complet dans cette vallée de misères. Soyons indulgents envers les épiciers ! D’ailleurs où en serions-nous s’ils étaient parfaits ? il faudrait les adorer, leur confier les rênes de l’état, au char duquel ils se sont courageusement attelés. De grâce, ricaneurs auxquels ce mémoire est adressé, laissez-les-y, ne tourmentez pas trop ces intéressants bipèdes : n’avez-vous pas assez du gouvernement, des livres nouveaux et des vaudevilles ?Portrait photographique en noir et blanc d'un homme moustachu portant chemise blanche ouverte, main droite sur le cœur.

                                   DE BALZAC.

Source : BALZAC,  Honoré de (1799-1850) : L’épicier, (1840).

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La femme de province

Posté par francesca7 le 18 février 2014

 

par

Honoré de Balzac

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EN acceptant pour femmes celles-là seulement qui satisfont au programme arrêté dans la Physiologie du mariage, programme admis par les esprits les plus judicieux de ce temps, il existe à Paris plusieurs espèces de femmes, toutes dissemblables : il y a la duchesse et la femme du financier, l’ambassadrice et la femme du consul, la femme du ministre qui est ministre et la femme de celui qui ne l’est plus ; il y a la femme comme il faut de la rive droite et celle de la rive gauche de la Seine. Foi de physiologiste, aux Tuileries, un observateur doit parfaitement reconnaître les nuances qui distinguent ces jolis oiseaux de la grande volière. Ce n’est pas ici le lieu de vous amuser par la description de ces charmantes distinctions avec lesquelles un auteur habile ferait un livre, quelque subtile iconographie de plumes au vent et de regards perdus, de joie indiscrète et de promesses qui ne disent rien, de chapeaux plus ou moins ouverts et de petits pieds qui ne paraissent pas remuer, de dentelles anciennes sur de jeunes figures, de velours qui ne sont jamais miroités sur des corsages qui se miroitent, de grands châles et de mains effilées, de bijouteries précieuses destinées à cacher ou à faire voir d’autres oeuvres d’art.

Mais en province il n’y a qu’une femme, et cette pauvre femme est la femme de province ; je vous le jure, il n’y en a pas deux. Cette observation indique une des grandes plaies de notre société moderne. La jolie femme qui, vers avril ou mai, quitte son hôtel de Paris et s’abat sur son château pour habiter sa terre pendant sept mois, n’est pas une femme de province. Est-elle une femme de province, l’épouse de cet Omnibus appelé jadis un préfet, qui se montre à dix départements en sept ans, depuis que les ministères constitutionnels ont inventé le Longchamp des préfectures ? La femme administrative est une espèce à part. Qui nous la peindra ? La Bruyère devrait sortir de dessous son marbre pour tracer ce caractère.

Oh ! plaignez la femme de province ! Ici l’encre devrait devenir blême, ici le bec affilé des plumes ironiques devrait s’émousser. Pour parler de cet objet de pitié, l’auteur voudrait pouvoir se servir des barbes de sa plus belle plume, afin de caresser ces douleurs inconnues, de mettre au jour ces joies tristes et languissantes, de rafraîchir les vieux fonds de magasin que cette femme impose à sa tête, de cylindrer ces étoffes délustrées, de repasser ces rubans invalides, remonter ces rousses dentelles héréditaires, secouer ces vieilles fleurs aussi artificieuses qu’artificielles, étiquetées dans les cartons, ou serrées dans ces armoires dont les profondeurs rappelleraient aux Parisiens les magasins des Menus-Plaisirs et les décorations des opéras qu’on ne joue plus ? Quel style peut peindre les couleurs passées de la bordure qui entoure le portrait de cette pâle figure ? Comment expliquer que les robes sont flasques en province, que les yeux sont froids, que la plaisanterie y est, comme les semestres des rentes sous l’empire, presque toujours arriérée ; que les coeurs souffrent beaucoup, et que le laisser-aller général de la femme de province vient d’un défaut de culture de ce même coeur infiniment négligé, mal entretenu, peu compris. La femme de province a un coeur, et s’en sert très-peu ou mal, ce qui est pis. Or la vie de la femme est au coeur, et non ailleurs. Aussi la sagesse des enseignes a-t-elle précédé les lois de la science médicale, en disant la femme sans tête pour exprimer une bonne femme, la vraie femme. Une femme heureuse par le coeur a un air ouvert, une figure riante ; jamais vous ne verrez une femme de province réellement gaie ou ayant l’air délibéré. Presque toujours le masque est contracté. Elle pense à des choses qu’elle n’ose pas dire ; elle vit dans une sorte de contrainte, elle s’ennuie, elle a l’habitude de s’ennuyer, mais elle ne l’avouera jamais. J’en appelle à tous les observateurs sérieux de la nature sociale, et une femme de province a des rides dix ans avant le temps fixé par les ordonnances du Code Féminin, elle se couperose également plus promptement, et jaunit comme un coing quand elle doit jaunir ; il y en a qui verdissent. Les femmes de province ont des blessures à l’esprit et au coeur, blessures si bien couvertes par d’ingénieux appareils que les savants seuls savent les reconnaître, et si sensibles qu’il est difficile à un Parisien d’être une demi-journée avec une femme de province sans l’avoir touchée à l’une de ses plaies et lui avoir fait grand mal. Il a imité ces amis imprudents qui prennent leur ami par le bras gauche sans voir les bandelettes dont l’humérus est enveloppé et qui le grossissent. L’amour-propre impose silence à la douleur. L’ami ventousé par Hippocrate présente dès lors sa droite et refuse sa gauche à cette aveugle amitié. La femme de province, si elle rencontre un étourdi, ne sait bientôt plus quel côté présenter.

Sachons-le bien ! la France au dix-neuvième siècle est partagée en deux grandes zones : Paris et la province : la province jalouse de Paris, Paris ne pensant à la province que pour lui demander de l’argent. Autrefois Paris était la première ville de province, la Cour primait la Ville ; maintenant Paris est toute la Cour, la Province est toute la Ville. La femme de province est donc dans un état constant de flagrante infériorité. Aucune créature ne veut s’avouer un pareil fait, tout en en souffrant. Cette pensée rongeuse opprime la femme de province. Il en est une autre plus corrosive encore : elle est mariée à un homme excessivement ordinaire, vulgaire et commun. Les gens de talent, les artistes, les hommes supérieurs, tout coq à plumes éclatantes s’envole à Paris. Inférieure comme femme, elle est encore inférieure par son mari. Vivez donc heureuses avec ces deux pensées écrasantes ! Son mari n’est pas seulement ordinaire, vulgaire et commun, il est ennuyeux, et vous devez connaître ce fameux exploit signifié à je ne sais quel prince, requête de M. de Lauraguais, par lequel on lui faisait commandement de ne plus revenir chez Sophie Arnoult, attendu qu’il l’ennuyait, et que les effets de l’ennui, chez une femme, allaient jusqu’à lui changer le caractère, la figure, lui faire perdre sa beauté, etc. A l’exploit était joint une consultation signée de plusieurs médecins célèbres qui justifiaient les dires de la signification. La vie de province est l’ennui organisé, l’ennui déguisé sous mille formes ; enfin l’ennui est le fond de la langue.

Que faire ? Ah ! l’on se jette avec désespoir dans les confitures et dans les lessives, dans l’économie domestique, dans les plaisirs ruraux de la vendange, de la moisson, dans la conservation des fruits, dans la broderie des fichus, dans les soins de la maternité, dans les intrigues de petite ville. Chaque femme s’adonne à ce qui, selon son caractère, lui paraît un plaisir. On tracasse un piano inamovible qui sonne comme un chaudron au bout de la septième année et qui finit ses jours, asthmatique, à la campagne. On suit les offices, on est catholique en désespoir de cause, l’on s’entretient des différents crûs de la parole de Dieu ; l’on compare l’abbé Guinaud à l’abbé Ratond, l’abbé Friand à l’abbé Duret. On joue aux cartes le soir, après avoir dansé pendant douze années avec les mêmes personnes dans les mêmes salons. Cette belle vie est entremêlée de promenades solennelles sur le mail, sur le pont, sur le rempart, de visites d’étiquette entre voisins de campagne. La conversation est bornée au sud de l’intelligence par les observations sur les intrigues cachées au fond de l’eau dormante de la vie de province, au nord par les mariages sur le tapis, à l’ouest par les jalousies, à l’est par les petits mots piquants.

Un profond désespoir ou une stupide résignation, ou l’un ou l’autre, il n’y a pas de choix, tel est le tuf sur lequel repose cette vie féminine et où s’arrêtent mille pensées stagnantes qui, sans féconder le terrain, y nourrissent les fleurs étiolées de ces âmes désertes. Ne croyez pas à l’insouciance ! L’insouciance tient au désespoir ou à la résignation.

La femme de province dans AUX SIECLES DERNIERS 230px-Louis_Le_Nain_007Quelque grande, quelque belle, quelque forte que soit à son début une jeune fille, née dans un département quelconque, elle devient bientôt femme de province. Malgré ses projets arrêtés, les lieux communs, la médiocrité des idées, l’insouciance de la toilette, l’horticulture des vulgarités l’envahissent nécessairement. L’être sublime et passionné que cache toute femme s’attriste, et tout est dit, la belle plante dépérit. Dès leur bas âge, les jeunes filles de province ne voient que des gens de province autour d’elles, elles n’inventent pas mieux, elles n’ont à choisir qu’entre des médiocrités, car les pères de province marient leurs filles à des garçons de province, et l’esprit s’y abâtardit nécessairement. Personne n’a l’idée de croiser les races. Aussi, dans beaucoup de villes de province, l’intelligence y est-elle aussi rare que le sang y est laid. L’homme s’y rabougrit sous les deux espèces : la sinistre idée de la convenance des fortunes y domine toutes les conventions matrimoniales. J’y ai vu de belles jeunes filles, richement dotées, mariées par leur famille à quelque sot jeune homme du voisinage, enlaidies, après trois ans de mariage, au point de n’être pas non point reconnaissables, mais reconnues. Les hommes de génies éclos en province, les hommes supérieurs sont dus à des hasards de l’amour. Quand la femme de province est devenue ce que vous la voyez, elle veut alors justifier son état : elle attaque de ses dents acérées comme des dents de mulot, les nobles et terribles passions parisiennes ; elle déchire les dentelles de la coquetterie, elle ronge les beautés célèbres, elle entame le bonheur d’autrui, elle vante ses noix et son lard rances, elle exalte son trou de souris économe, les couleurs grises de sa vie et ses parfums monastiques. Toute femme de province a la fatuité de ses défauts. J’aime ce courage. Quand on a des vices, il faut avoir l’esprit d’en faire des vertus.

L’infériorité conjugale et l’infériorité radicale de la femme de province sont aggravées d’une troisième et terrible infériorité qui contribue à rendre cette figure sèche et sombre, à la rétrécir, à l’amoindrir, à la grimer fatalement. Toute femme est plus ou moins portée à chercher des compensations à ses mille douleurs légales dans mille félicités illégales. Ce livre d’or de l’amour est fermé pour la femme de province, ou du moins elle le lit toute seule, elle vit dans une lanterne, elle n’a point de secrets à elle, sa maison est ouverte et les murs sont de verre. Si, dans la province, chacun connaît le dîner de son voisin, on sait encore mieux le menu de sa vie, et qui vient, et qui ne vient pas, et qui passe sous les fenêtres, avant de passer par la fenêtre. La passion n’y connaît point le mystère. L’un des plus agréables flatteries que les femmes s’adressent à elles-mêmes est la certitude d’être pour quelque chose dans la vie d’un homme supérieur, choisi par elles en connaissance de cause, comme pour prendre leur revanche du mariage où elles ont été peu consultées. Mais, en province, s’il n’y a point de supériorité chez les maris, il en existe encore moins chez les célibataires. Aussi, quand la femme de province commet sa petite faute, s’est-elle toujours éprise d’un prétendu bel homme ou d’un dandy indigène, d’un garçon qui porte des gants, qui passe pour monter à cheval ; mais, au fond de son coeur, elle sait que ses voeux poursuivent un lieu commun plus ou moins bien vêtu.

Quand une femme de province conçoit une passion excentrique, quand elle a choisi quelque supériorité qui passe, un homme égaré par hasard en province, elle en fait quelque chose de plus qu’un sentiment, elle y trouve un travail, elle est occupée ! aussi étend-elle cette passion sur toute sa vie. Il n’y a rien de plus dangereux que l’attachement d’une femme de province. Elle compare, elle étudie, elle réfléchit, elle rêve, elle n’abandonne point son rêve, elle pense à celui qu’elle aime quand celui qu’elle aime ne pense plus à elle. Vous avez passé quelques mois en province, vous avez dit par désoeuvrement quelques mots d’amour à la femme la moins laide du département ; là, elle vous paraissait jolie, et vous avez été vous-même. Cette plaisanterie est devenue sérieuse à votre insu. Madame Coquelin, que vous avez nommée Amélie, votre Amélie vous arrive à six ans de date, veuve et toute prête à faire votre bonheur, quand votre bonheur s’est beaucoup mieux arrangé. Ceci n’est pas de l’innocence, mais de l’ignorance. Vous la dédaignez, elle vous aime ; vous arrivez à la maltraiter, elle vous aime ; elle ne comprend rien à ce que l’on a si ingénieusement nommé le français, l’art de faire comprendre ce qui ne doit pas se dire. On ne peut pas éclairer cette femme, il faut l’aveugler.

Toutes ces impuissances de la province prennent les noms orgueilleux de sagesse, de simplicité, de raison, de bonhomie. On ne saurait imaginer la masse imposante et compacte que forment toutes ces petites choses, quelle force d’inertie elles ont, et combien tout est d’accord : langage et figures, vêtement et moeurs inférieures. Dans la toilette d’une femme de province, l’utile a toujours le pas sur l’agréable. Chacun connaît la fortune du voisin, l’extérieur en signifie plus rien. Puis, comme le disent les sages, on s’est habitué les uns aux autres, et la toilette devient inutile. C’est à cette maxime que sont dues les monstruosités vestimentales de la province : ces châles exhumés de l’Empire, ces robes ou exagérées, ou mal portées, ou trop larges, ou trop étroites ! La mode s’y assied au lieu de passer. On tient à une chose qui a coûté trop cher, on ménage un chapeau. On garde pour la saison suivante une futilité qui ne doit durer qu’un jour.

Quand une femme de province vient à Paris, elle se distingue aussitôt à l’exiguïté des détails de sa personne et de sa toilette, à son étonnement secret et qui perce, ou ostensible et qu’elle veut cacher, excité par les choses et par les idées. Elle ne sait pas ! Ce mot l’explique. Elle s’observe elle-même, elle n’a pas le moindre laisser-aller. Si elle est jeune, elle peut s’acclimater ; mais passé je ne sais quel âge, elle souffre tant dans Paris, qu’elle retourne dans sa chère province. Ne croyez pas que la différence entre les femmes de province et les Parisiennes soit purement extérieure, il y a des différences d’esprit, de moeurs, de conduite. Ainsi la femme de province ne songe point à se dissimuler, elle est essentiellement naïve. Si une Parisienne n’a pas les hanches assez bien dessinées, son esprit inventif et l’envie de plaire lui font trouver quelque remède héroïque ; si elle a quelque vice, quelque grain de laideur, une tare quelconque, la Parisienne est capable d’en faire un agrément, cela se voit souvent ; mais la femme de province, jamais ! Si sa taille est trop courte, si son embonpoint se place mal, eh bien ! elle en prend son parti, et ses adorateurs, sous peine de ne pas l’aimer, doivent la prendre comme elle est, tandis que la Parisienne veut toujours être prise pour ce qu’elle n’est pas. De là ces tournures grotesques, ces maigreurs effrontées, ces ampleurs ridicules, ces lignes disgracieuses offertes avec ingénuité, auxquelles toute une ville s’est habituée et qui étonnent les Parisiens. Ces difformités orgueilleuses, ces vices de toilette existent dans l’esprit. A quelque sphère qu’elle appartienne, la femme de province montre de petites idées. C’est elle qui, à Paris, trouve de bon goût d’enlever à sa meilleure amie l’affection de son mari. Les femmes de province sont assez généralement enleveuses ; elles ressemblent à ces amateurs qui vont aux secondes représentations, sûr que la pièce ne tombera pas. Elles ne savent pas se venger avec grâce, elles se vengent mal ; elles n’ont pas dans le discours ni dans la pensée l’atticisme moderne, ce parisiénisme (ce mot nous manque), qui consiste à tout effleurer, à être profond sans en avoir l’air, à blesser mortellement sans paraître avoir touché, à dire ce que j’ai entendu souvent : – Qu’avez-vous, ma chère ? quand le poignard est enfoncé jusqu’à la garde. Les femmes de province vous font souffrir et vous manquent, elles tombent lourdement quand elles tombent ; elles sont moins femmes que les Parisiennes. Mais, ce qui dans tout pays est impardonnable, elles sont ennuyeuses, elles ont le bonheur aussi ennuyeux que le malheur, elles outrent tout. On en voit qui mettent quelquefois un talent infini à éviter la grâce.

La femme de province n’a que deux manières d’être : ou elle se résigne, ou elle se révolte. Sa révolte consiste à quitter la province et à s’établir à Paris. Elle s’y établit légitimement par un mariage et tâche de devenir Parisienne : elle y triomphe rarement de ses habitudes. Celle qui s’y établit en abandonnant tout ne compte plus parmi les femmes. Il est une troisième révolte qui consiste à dominer sa ville et à insulter Paris ; mais la femme assez forte pour jouer ce rôle est toujours une Parisienne manquée. Aussi la vraie femme de province est-elle toujours résignée.

Voici les choses curieuses, tristes ou bouffonnes qui résultent de la femme combinée avec la vie de province.

Une jeune fille s’est mariée ; elle était belle, elle reste encore pendant quelque temps belle malgré le mariage ; elle est proclamée une belle femme. La ville est fière de cette belle femme ; mais chacun la voit tous les jours, et quand on se voit tous les jours, l’observation se blase. Si cette belle femme perd un peu de son éclat, la ville s’en aperçoit à peine. Il y a mieux, une petite rougeur, on la comprend, on s’y intéresse ; une petite négligence est adorée, une toilette qui ne se renouvelle pas est une concession à la philosophie du pays. D’ailleurs la physionomie est si bien étudiée, si bien comprise, que les légères altérations sont à peine remarquées, et peut-être finit-on par les regarder comme des grains de beauté. Un Parisien passe par la ville, un de ses amis lui vante la belle madame une telle, il le présente à ce phénix, et le Parisien aperçoit un laidron parfaitement conditionné. Il arrive alors des aventures comme celle-ci. Un jeune homme a quelques jours d’exil à passer dans une petite ville de province, il y retrouve l’éternel ami de collége, cet ami de collége le présente à la femme la plus comme il faut de la ville, une femme éminemment spirituelle, une âme aimante et une belle femme. Le Parisien voit un grand corps sec étendu sur un prétendu divan, qui minaude, qui n’a pas les yeux ensemble, qui a passé quarante ans, couperosé, des dents suspectes, les cheveux teints, habillé prétentieusement, et le langage en harmonie avec le vêtement. Le Parisien fait contre bonne fortune mauvais coeur, et se garde bien de revenir à ce squelette ambitieux. Le Parisien moqueur félicite son ami de son bonheur, il le mystifie en prenant cet art convaincu que prennent les Parisiens pour se moquer. La veille de son départ, le Parisien, questionné par son ami sur l’opinion qu’il emporte de la petite ville, répond quelque chose comme : « Je me suis royalement ennuyé, mais j’ai toujours eu la plus belle femme de la ville ! » Le lendemain matin, l’ami le réveille ; armé d’une paire de pistolets, il vient lui proposer de se brûler la cervelle, en lui posant ce théorème : « Si vous avez eu la plus belle femme de la ville, ce ne peut être que ma maîtresse, allons nous battre, vous n’êtes qu’un infâme. »

On vous présente à la femme la plus spirituelle, et vous trouvez une créature qui tourne dans le même genre d’esprit depuis vingt ans, qui vous lance des lieux communs accompagnés de sourires désagréables, et vous découvrez que la femme la plus spirituelle de la ville en est simplement la plus bavarde.

Deux femmes également supérieures et toutes deux en province, où l’auteur de ces observations a eu la douleur de les trouver, expliquent admirablement le sort des femmes de province.

La première avait su résister à cette vie tiède et relâchante qui dissout la plus forte volonté, détrempe le caractère, abolit toute ambition, qui enfin éteint le sens du beau. Elle passait pour une femme originale, elle était haïe, calomniée, elle n’allait nulle part, on ne voulait plus la recevoir, elle était l’ennemi public. Voici ses crimes. Pour entretenir son intelligence au niveau du mouvement parisien, elle lisait tous les ouvrages qui paraissaient et les journaux ; et, pour ne jamais se laisser gagner par l’incurie et par le mauvais goût, elle avait une amie intime à Paris qui la mettait au fait des modes et des petites révolutions du luxe. Elle demeurait donc toujours élégante, et son intérieur était un intérieur presque parisien. Hommes et femmes, en venant chez elle, s’y trouvaient constamment blessés de cette constante nouveauté, de ce bon goût persistant. La priorité des modes et leur perpétuelle coïncidence avec leur apparition à Paris, choquaient les femmes qui se trouvaient toujours en arrière d’une mode, et, comme disent les amateurs de courses, distancées. Une haine profonde s’émut, causée par ces choses. Mais la conversation et l’esprit de cette femme engendrèrent une bien plus cruelle aversion. Cette femme se refusait au clabaudage de petites nouvelles, à cette médisance de bas étage qui fait le fond de la vie en province. Elle ne souffrait chez aucun homme ni propos vides, ni galanterie arriérée, ni les idées sans valeur ; elle parlait des découvertes dans la science, dans les arts, des poésies nouvelles, des oeuvres fraîches écloses au théâtre, en littérature ; elle remuait des pensées au lieu de remuer des mots. Elle fut atteinte et convaincue de pédantisme, chacun finit par se moquer effrontément de ses nobles et grandes qualités, d’une supériorité qui blessait toutes les prétentions, qui relevait les ignorances et ne leur pardonnait pas. Quand tout le monde est bossu, la belle taille devient la monstruosité. Cette femme fut donc regardée comme monstrueuse et dangereuse, et le désert se fit autour d’elle. Pas une de ses démarches, même la plus indifférente, ne passait sans être critiquée, dénaturée. Il résultait de ceci qu’elle était impie, immorale, dévergondée, dangereuse, d’une conduite légère et répréhensible. – Madame une telle, oh ! elle est folle : tel fut l’arrêt suprême porté par toute la province.

La seconde avait deviné l’ostracisme que sa résistance lui vaudrait, elle était restée grande en elle-même, elle livrait son extérieur seulement à ces minuties. Ce fut à elle que je demandai le secret de l’amour en province, je ne voyais pas dans la journée une seule occasion de lui parler, dans toute la ville un seul lieu où l’on pût la voir sans qu’elle fût observée. « Nous souffrons beaucoup l’hiver, me dit-elle ; mais nous avons la campagne ! » Je me souvins alors qu’au mois d’avril ou de mai, les jolies femmes d’une ville de province sont les premières à décamper. En province, la maison de campagne est le fiacre à l’heure de Paris. Quoique l’homme le plus spirituel de la ville, un homme d’avenir, disait-on, et qui fit un épouvantable fiasco à la Chambre, lui rendît des soins, cette femme mourut jeune et dévorée comme par un ver : la supériorité comporte une action invincible qui, au besoin, réagit sur celui que la nature a doué de ce don fatal.

Une des fatalités qui pèsent sur la femme de province est cette décision brusque et obligée dans les passions, qui se remarque souvent en Angleterre. En province, la vie est définie, observée, à jour. Cet état d’observation indienne force une femme à marcher droit dans son rail ou à en sortir vivement comme une machine à vapeur qui rencontre un obstacle. Les combats stratégiques de la passion, les coquetteries qui sont la moitié de la Parisienne, rien de tout cela n’existe en province. Il y a dans le coeur de la femme de province des surprises comme dans certains joujoux. Elle vous a parlé trois fois pendant un hiver, elle vous a serré dans son coeur à son insu ; vient une partie de campagne, une promenade, tout est dit ; ou si vous voulez, tout est fait. Cette conduite, bizarre pour ceux qui n’observent pas, a quelque chose de très-naturel. Au lieu de calomnier la femme de province en la croyant dépravée, un poëte, un philosophe, un observateur, comme l’a été Stendhal dans Rouge et Noir, devinerait les merveilleuses poésies inédites, savourées à elle seule, toutes les pages de ce beau roman dont le dénoûment seul est connu de l’heureux sous-lieutenant ou du roué capitaine, qui en profitent.

Paris est le monstre qui fait toutes ces victimes, le mal a sept lieues de tour et afflige le pays entier. La province n’existe pas par elle-même. Là seulement où la nation est divisée en cinquante petits états, là chacun peu avoir une physionomie, et une femme y reflète alors l’éclat de la sphère où elle règne. Ce phénomène social existe encore en Italie, en Suisse et en Allemagne ; mais en France, comme dans tous les pays à capitale unique, l’aplatissement des moeurs sera la conséquence forcée de la centralisation ; aussi les moeurs ne prendront-elles du ressort et de l’originalité que par une fédération d’états français formant un même empire, ce qui peut-être n’est pas à désirer. L’Angleterre ne jouit pas de ce malheur, elle a quelque chose de plus horrible dans son atroce hypocrisie, qui est un bien autre mal. Londres n’y exerce pas la tyrannie que Paris fait peser sur la France, et à laquelle le génie français finira par remédier. L’aristocratie anglaise (méditez bien ceci), qui comprend toutes les supériorités, qui les produit ou se les assimile, l’aristocratie couvre le sol ; elle vit dans ses magnifiques parcs, elle ne vient à Londres que pendant deux mois, ni plus ni moins ; elle est toute en province, elle y fleurit et la fleurit. Londres est la capitale des boutiques et des spéculations, on y fait le gouvernement. L’aristocratie s’y recorde seulement pendant soixante jours, elle y prend ses mots d’ordre, elle donne son coup d’oeil à sa cuisine gouvernementale, elle passe la revue de ses filles à marier et des équipages à vendre, elle se dit bonjour et s’en va promptement : elle ne se supporte pas elle-même plus que les quelques jours nommés la saison. Aussi, dans la perfide Albion du Constitutionnel, y a-t-il chance de rencontrer de charmantes femmes tous les points du royaume, mais de charmantes femmes Anglaises !

DE BALZAC


 Honoré de Balzac (1842).jpgsource : BALZAC, Honoré de (1799-1850) : La femme de province (1841).

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AU TEMPS DES BERCEUSES

Posté par francesca7 le 24 décembre 2013

 

 
170px-William-Adolphe_Bouguereau_(1825-1905)_-_Lullaby_(1875)  

Quelle est la condition essentielle que doit remplir avant tout la berceuse, premier poème de l’enfant, premier chant au travers duquel, peut-être, l’imagination naissante a pu foire entrevoir à quelque prédestiné le prestige d’un art que la suite lui aura montré si complexe ? Cette condition première, c’est la régularité du rythme, la monotonie du dessin mélodique, dont le retour périodique et incessant, agissant chaque fois plus vivement sur les sens, calme les nerfs et provoque le repos.

Si déjà l’enfant parle, il faut en outre que les vers, par leur peu de signification, ne tiennent pas son attention en éveil : une série de syllabes formant des semblants de mots, comme les tra la la et les autres onomatopées déjà rencontrées, mais avec des sonorités plus voilées ; quelques paroles sans suite, des images très simples surtout, avec force diminutifs, et cela répété indéfiniment, comme un refrain auquel on revient sans cesse, refrain sans chanson, en quelque sorte, voilà ce qui convient à la berceuse.

 

La monotonie est donc la première condition requise pour la berceuse ; elle se complaît dans des formules musicales rudimentaires et incessamment répétées, des paroles sans lien ni sens, comme dans l’exemple suivant :

Tête à tête,
Tête-bêche,
Au berceau,
Dodo mon poulot.
Où es-tu né ?
Dans un fossé.
Qui t’y plaça ?
Un vieux chevâ.
Qui t’en sortit ?
Une brebis qui crie :
Ma mère, béée !
Apportez-moi du lolo
Pour la soupe à mon poulot,
Là-bas dans un petit pot, etc.

Rimes et jeux de l’enfance, E. Rolland

La mélodie, devant être chantée à mi-voix, doucement, mystérieusement, en quelque sorte, se meut habituellement sur un très petit nombre de notes, de façon à ne pas dépasser des intervalles que la voix ne puisse franchir sans changer de timbre ou d’intensité. C’est le triomphe de la formule mélodique de trois ou quatre notes marchant par degrés conjoints et tournant pour ainsi dire sur elles-mêmes.

Avec cela, la berceuse populaire trouve encore parfois le moyen d’avoir de l’intérêt et du charme, et de conserver dans la mélodie quelque chose de la nature et du tempérament du pays dans lequel elle est en usage. Voici, par exemple, une berceuse basque donnée par Vinson dans Pays basque, et dont la traduction est : « Pauvre enfant, dodo et dodo ! Il y a une bonne envie de dormir : vous d’abord et moi ensuite, tous deux nous ferons dodo ! dodo, dodo, dodo ! Le méchant père est à l’auberge, le coquin de joueur ! Il reviendra vite à la maison, ivre de vin de Navarre. »

images (7)Il y a aussi des berceuses en Bretagne, avec des paroles en bas breton ; tel est par exemple le Son al Laouënanic (Chant du roitelet), dont la musique est peut-être moins caractéristique, mais dont les paroles sont curieuses : les versiculets de la berceuse bretonne font apparaître à l’enfant qui s’endort un roitelet imaginaire, dont le plumage pèse cent livres et qu’on a mené à l’abattoir pour le faire égorger par le boucher ; c’est ainsi que la chanson mène tout d’abord l’enfant au pays des rêves. Les animaux, les oiseaux surtout, sont les personnages de prédilection de la berceuse. Bujeaud, dans Ouest, cite comme telles le Chat à Jeannette, la P’tit’ poul’ grise, le Bal des souris et les Noces du papillon.

Le recueil languedocien de Montel et Lambert, dont le premier volume (le seul paru) est une véritable encyclopédie des berceuses et chansons enfantines populaires dans les pays de langue d’oc, consacre toute une série aux pièces de cette nature : il s’y trouve onze versions différentes de la chanson des mariages d’oiseaux ; d’autres sont intitulées l’Hirondelle, la Chèvre, les Bêtes, le Chant de l’oiseau, etc. Citons, à ce sujet, une chanson de même forme et de même caractère que plusieurs des chansons citées dans Montel et Lambert, et appropriée au même usage :

Dedans le bois
Savez-vous ce qu’il y a ?
Il y a un arbre,
Le plus beau des arbres,
L’arbre est dans le bois,

Refrain.
Oh ! oh ! oh ! le bois,
Le plus joli de tous les bois.

Dessus cet arbre
Savez-vous ce qu’il y a ?
Il y a un’ branche,
La plus bell’ des branches,
La branche est sur l’arbre,
L’arbre est dans le bois.

Oh ! oh ! etc.

A chaque couplet, on ajoute un nouveau vers désignant un nouvel objet, en répétant une fois de plus la portion de la formule mélodique suivante : « Il y a un arbre, / Le plus beau des arbres / L’arbre est dans le bois ». De sorte qu’après avoir énuméré successivement la branche qui est sur l’arbre, le nid sur la branche, l’œuf dans le nid, l’oiseau dans l’œuf et la plume sur l’oiseau, on arrive au dernier couplet suivant :

Sur cette plume
Savez-yous ce qu’il y a ?
Il y a un’ fille,
La plus bell’ des filles,
La fill’ sur la plume,
La plum’ sur l’oiseau,
L’oiseau dedans l’œuf,
L’œuf dedans le nid,
Le nid sur la branche,
La branche sur l’arbre,
L’arbre dans le bois.
Oh ! oh ! oh ! le bois, etc.

Cette forme de chanson est connue sous le nom de randonnée, ou chanson énumérative, forme non spéciale à la berceuse, mais qui lui convient parfaitement, à cause de la monotonie résultant de la répétition continuelle des mêmes paroles et de la même formule mélodique. On assure que le type réputé pour le plus ancien du genre, la chanson des Séries (Ar Rannou), où de Villemarqué croit pouvoir retrouver des vestiges des pratiques des druides de l’antique Bretagne, n’est restée dans le souvenir des habitants de la presqu’île armoricaine qu’à titre de berceuse : la mélodie, composée de deux courtes formules et d’une conclusion qui, dans les derniers couplets surtout, ne revient qu’à des intervalles très éloignés, a rendu cette appropriation toute naturelle.

Personne n’a songé encore à recueillir les berceuses populaires des provinces qui sont les véritables pépinières des interprètes naturelles de ces sortes de chansons (nous voulons parler des nourrices), Bourgogne et Nivernais notamment. Un exemple semblant des mieux appropriés à la nature du genre, et en même temps des plus généralement répandus, est la berceuse suivante, de provenance dauphinoise :

Néné petite
Sainte Marguerite
Endormez-moi mon enfant
Jusqu’à l’âge de quinze ans.
Quand quinze ans seront passés,
Il faudra la marier,
Avec un garçon sage,
Qu’ils fassent bon ménage,
Dans une chambrette,
Pleine de noisettes :
Un marteau pour les casser,
Du pain blanc pour les manger.

Le mot néné, par lequel commence cette berceuse, ou, sous d’autres formes, nono,nenna, correspondant au non moins populaire dodo, est en usage dans toute la région méridionale de la France. Montel et Lambert désignent sous le nom de nennastoute la première série des berceuses de leur recueil languedocien ; une autre série est, pour la même raison, intitulée : Som-som ; les pièces qui composent cette dernière sont, dit le collectionneur, de simples invocations au sommeil, avec un caractère païen assez prononcé. On les chante d’ailleurs bien loin du Languedoc proprement dit.

Voici un Som-som de l’Auvergne dont la mélodie représente assez bien la caractéristique du genre :

Som-som, beni, beni, beni,
Som-som, beni, beni, donc.
Lou som-som pas beni,
L’éfon tou bou pas durmi.
Som-som, beni, beni, beni,
Som-som, beni o l’éfont.

Dans un recueil comprenant une série consacrée aux berceuses alsaciennes, Weckerlin constate la fréquence d’un dessin de deux notes représentant presque à lui seul le thème, le sujet de la mélodie. Voici la traduction d’un exemple : « Tombez, tombez, gouttes de pluie. Il faut fouetter les garçons ; les filles, on les met dans le lit céleste ; les garçons, on les met dans des sacs remplis de crapauds. »

Mais le type par excellence du genre, la véritable berceuse populaire, celle qui nous a endormis tous, tant que nous sommes (qui ne s’en souvient ?), c’est le Dodo, l’enfant do, l’enfant dormira tantôt. Ici, la même succession de deux notes placées à intervalles de seconde se présente encore : il semble qu’il y ait dans ce minuscule parcours de la voix quelque chose de calme, de reposant. Il n’est pas moins curieux d’observer que, dans les nombreux airs du sommeilcomposés pour des opéras ou autres productions d’un ordre tout artistique, le procédé que nous venons de constater pour les berceuses populaires se retrouve, employé par des maîtres, et cela, à coup sûr, spontanément, sans la moindre arrière-pensée d’imitation.

images (8)Nous le trouvons pour la première fois, à notre connaissance, dans un air d’opéra italien du dix-septième siècle, l’Orontea de Cesti : « Dormi, dormi ben mio ». Dans le trio des songes deDardanus de Rameau, le chœur répond de même à l’incantation des solistes par le refrain :Dormez, dormez, murmuré sur deux notes à distance de seconde mineure. C’est également par seconde mineure que procède la mélodie du premier vers de la berceuse du Pardon de Ploërmel : Dors, petite, dors tranquille, l’ut dièze qui succède au  (en sol majeur) donnant à la tonalité quelque chose de doux et de vague qui ajoute à l’expression de la cantilène.

Au second acte de l’Armide de Gluck, même procédé, mais, cette fois, à l’orchestre : dans la dernière ritournelle de l’air de Renaud : Plus j’observe ces lieux, pendant laquelle le sommeil gagne le héros, les seconds violons répètent six fois de suite la succession sol fa dièze, enlacée dans les contrepoints de la flûte et des premiers violons qui vont s’éteignant peu à peu jusqu’à la fin ; de même, dans une scène de l’Éclair pendant laquelle un des personnages s’endort sur le théâtre, le même dessin de deux notes, le leitmotiv du sommeil, se fait entendre, et cette fois-ci, non moins de trente-trois fois de suite, passant des flûtes aux hautbois, puis à la clarinette, au cor, et allant se perdre enfin dans les bassons et les violoncelles.

Dans le domaine purement instrumental, Couperin, sous le titre du Dodo, a composé une fort délicate pièce de clavecin en se servant du même procédé ; une berceuse pour violon et piano, de Reber, commence par les notes si sol, si sol, se succédant en temps égaux et auxquelles répond, dans la reprise suivante, le dessin ré mi bémol, ré mi bémol, plus conforme encore au caractère du morceau.

Ainsi la simple intuition, le sentiment juste de l’expression a conduit des musiciens d’expérience à employer, et, nous le répétons, sans parti pris d’imitation, instinctivement, un procédé que l’on retrouve, exactement pareil, dans la chanson populaire. En faut-il davantage, et peut-on trouver des exemples plus frappants pour caractériser un genre que l’instinct populaire et le génie des maîtres de l’art ont formé de traits absolument semblables ?

 (D’après « Histoire de la chanson populaire de France », paru en 1889)

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