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Enseignes Professionnelles à travers les âges

Posté par francesca7 le 4 juin 2016

 

 
 
De pittoresques enseignes décoraient jadis les boutiques parisiennes et donnaient aux rues de la ville la physionomie la plus originale. Quel spectacle amusant ce devait être que celui de ces rues étroites et tortueuses d’autrefois, avec toutes ces grandes enseignes qui se balançaient au bout de longues tringles de fer. Et si une ordonnance de 1766 exige qu’elles ne prennent plus la forme, dangereuse pour les passants, d’une potence, elles n’en connaissent pas moins un fabuleux essor, devenant même le support de messages politiques facétieux au XIXe siècle.

Le Moyen Age fut, dans nos vieilles villes, l’époque où les enseignes se multiplièrent. En ce temps-là, les rues ne portaient pas de nom, les maisons n’avaient pas de numéros. C’est par quelque enseigne connue qu’on désignait les unes et les autres. La place Saint-Michel dut son nom à une maison qui portait pour enseigne la figure de l’archange terrassant le démon ; de même la rue de l’Homme Armé, qui ne disparut qu’au XIXe siècle ; et aussi la rue de l’Arbre-Sec et celle du Chat-qui-pêche, qui existent encore aujourd’hui.

A Paris alors, les marchands des divers métiers avaient la coutume de mettre, à leurs fenêtres et sur leurs portes des bannières en forme d’enseignes, où se trouvaient figurés le nom et le portrait du saint ou de la sainte qu’ils avaient choisi pour patron ; cependant, on rencontrait aussi, parfois, au lieu d’une figure de moine ou de vierge martyre, divers emblèmes ou rébus qui exerçaient l’esprit sagace des curieux, dont le plaisir était grand de chercher le sens caché de l’enseigne.

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Il existait autrefois à Paris, une rue qui portait le nom de rue du Bout-du-Monde, parce qu’il y avait, dans cette rue, une enseigne sur laquelle on avait représenté un bouc, un duc (oiseau) et un monde. Autres exemples : A l’Assurance (Un A sur une anse) ; Au puissant vin(Au puits sans vin) ; A la vieille science (Une vieille femme qui sciait une anse). Ces compositions naïves suffisaient à amuser nos aïeux. Le goût s’en perpétua presque jusqu’à nos jours. Vers le milieu du XIXesiècle, on voyait encore sur le boulevard du Temple, près du cirque Olympique, un limonadier dont l’enseigne représentait un paysan qui coupait un épi, avec, au-dessous, cette légende : A l’Epi scié.

Les plus savants personnages ne dédaignaient pas d’user de ces jeux de mots dans leurs enseignes. C’est ainsi que le médecin Coitier, qui soigna Louis XI, et que le roi voulut faire pendre en un jour de mauvaise humeur, s’était fait bâtir une maison, sur laquelle il avait mis cet à peu près : A l’Abri-Coitier.

Mais nos aïeux ne se contentaient pas toujours de l’enseigne représentée par un bas-relief sculpté dans la muraille ou par un tableau se balançant au-dessus de l’entrée de la boutique. Ils employaient aussi l’enseigne vivante. Ainsi, la Truie qui filele Coq-Héronle Singe-Vert, étaient des animaux en cage dont l’adresse émerveillait les passants, et dont l’éducation prouvait la patience de l’industriel du XVe ou du XVle siècle.

A cette époque, l’enseigne était obligatoire. Une ordonnance de 1567 prescrit à ceux qui veulent obtenir la permission de tenir auberge, de faire connaître au greffe de la justice « leurs noms, prénoms, demeurances affectes et enseignes ». Un édit de Henri III de mars 1577 ordonne aux aubergistes de placer une enseigne à l’endroit le plus apparent de leurs maisons « à cette fin que personne n’en prétende cause d’ignorance même les illettrés ». Mais sous Louis XIV l’enseigne n’est plus que facultative. La pratique n’en diminue pas pour cela. Il n’est point à Paris, une boutique sans enseigne.

Même, la fureur des grandes enseignes parlantes prend à cette époque un développement considérable. Chacun veut avoir une enseigne plus volumineuse que celle de son voisin. Et tous ces attributs gigantesques qui se balancent en avant des maisons, au bout de longues potences, ne vont pas sans quelques inconvénients. Si bien qu’au XVIIIe siècle, le lieutenant de police Antoine de Sartine (1759-1774) se résolut à mettre ordre à cet abus. Par ordonnance de 1766, il prescrivit la suppression de ces potences menaçantes et ordonna que les enseignes seraient dorénavant appliquées en tableaux sur les murs, scellées de plâtre et cramponnées en haut et en bas. Le pittoresque y perdit, mais la sécurité des passants y gagna.

 

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Jacques Coitier (ou Coictier, Coytier, Coittier) (1430-1506)

 

Mercier, dans son Tableau de Paris, a applaudi à cette réforme. « Les enseignes, écrit-il, sont maintenant (1780) appliquées contre le mur des maisons et des boutiques ; au lieu qu’autrefois elles pendaient à de longues potences de fer ; de sorte que l’enseigne et la potence, par les grands vents, menaçaient d’écraser les passants dans les rues. Quand le vent soufflait, toutes ces enseignes, devenues gémissantes, se heurtaient et se choquaient entre elles ; ce qui composait un carillon plaintif et discordant… De plus, elles jetaient, la nuit, des ombres larges qui rendaient nulle la faible lueur des lanternes.

« Ces enseignes avaient pour la plupart un volume colossal, et en relief. Elles donnaient l’image d’un peuple gigantesque, aux yeux du peuple le plus rabougri de l’Europe. On voyait une garde d’épée de six pieds de haut, une botte grosse comme un muid, un éperon large comme une roue de carrosse, un gant qui aurait logé un enfant de trois ans dans chaque doigt, des têtes monstrueuses, des bras armés de fleurets qui occupaient toute la largeur de la rue. La ville, qui n’est plus hérissée de ces appendices grossiers, offre pour ainsi dire, un visage poli, net et rasé ».

Et Mercier termine son article par un brillant éloge d’Antoine de Sartine, qui supprima impitoyablement le pittoresque des enseignes à potence. D’ailleurs, dès cette époque, les rues portaient des noms inscrits sur des plaques de tôle à toutes les encoignures ; de ce fait, les enseignes étaient moins indispensables qu’auparavant. Mais les maisons n’étaient pas encore numérotées. Une ordonnance de 1768 avait bien prescrit ce numérotage, mais les habitants n’en avaient guère tenu compte ; et ce n’est qu’à la fin du XVIIIe siècle que, dans les voies les plus importantes de la capitale, les maisons portèrent régulièrement des numéros.

Les meilleurs artistes du temps passé n’ont pas dédaigné de peindre ou de sculpter des enseignes. Dans la plupart de nos vieilles villes, à Rouen, à Reims, à Amiens, à Beauvais, on en trouve qui sont, à coup sûr, l’œuvre de « tailleurs d’images », d’un indiscutable talent. On note également nombre d’enseignes peintes par les artistes les plus célèbres du XVIIIe et même du XIXe siècle. Tout le monde connaît, au moins par la gravure, la fameuse enseigne que Watteau peignit pour son ami Gersaint, le marchand de tableaux du pont Notre-Dame.

Chardin, le peintre exquis des intérieurs bourgeois, peignit dans sa jeunesse une enseigne pour un chirurgien parisien. Le panneau, qui n’avait pas moins de neuf à dix pieds de long, représentait un homme blessé d’un coup d’épée, qu’on apportait dans l’officine du chirurgien. Le commissaire, le guet, des femmes et toutes sortes de curieux remplissaient la scène et, détail intéressant, Chardin avait pris pour modèles des personnages de son tableau, les principaux membres de sa famille. La boutique pour laquelle l’enseigne fut faite était située en bas du pont Saint-Michel.

Le peintre Pierre Prudon (1758-1823) dit Prud’hon fit une enseigne pour un chapelier. Elle représentait deux ouvriers travaillant le feutre au milieu d’un amoncellement de chapeaux. En 1833, le peintre et dessinateur Auguste Raffet (1804-1860), en pleine célébrité, peignait une enseigne pour un fabricant de papier qui faisait l’angle de la rue Saint-Marc et de la place des Italiens, aujourd’hui place Boieldieu. Ce tableau représentait une accorte cantinière portant, au lieu du traditionnel tonnelet, une boîte à papier. François Boucher (1703-1770) fit une enseigne pour une sage-femme ; Philibert-Louis Debucourt (1755-1832) en peignit plusieurs : une pour un négociant de la place des Trois-Mariées, aujourd’hui place de l’École, à côté de la mère Moreaux ; et une autre pour Corcelet, le marchand de primeurs à l’enseigne du Gourmand. Le peintre Narcisse Diaz (1807-1876) décora de superbes panneaux une boutique de fruitier du marché Saint-Honoré.

Jean-François Millet (1814-1875), qui réalisa le célèbre Angélus (1859), dut peindre des enseignes pour vivre. Au coin de la rue Notre-Dame-de-Lorette et de la rue Saint-Lazare, il composa pour un magasin une enseigne représentant Notre-Dame-de-Lorette écrasant le serpent. Vers 1862, il exécuta peur un marchand de vins deux stores allégoriques : laVendange et la Moisson. A Cherbourg, il travailla pour un laitier et pour une sage-femme. Il fit même, pour la façade d’une baraque foraine, un tableau représentant le Maréchal Bugeaud à la bataille d’Isly ; et plus tard, le pauvre artiste disait mélancoliquement que c’était là, peut-être, une de ses meilleures toiles.

Sait-on qu’une enseigne, un jour, alarma le pouvoir ? Un restaurant de Paris fondé en 1792 — fermé en 1936 —, Le Bœuf à la mode, portait au début du XIXe siècle sur son enseigne un bœuf orné d’un châle, d’un chapeau à brides, en un mot habillé à la mode du Directoire (1795-1799), celle qui avait vu éclore les Incroyables et les Merveilleuses. C’est cette enseigne qui eut l’étonnante fortune d’inquiéter le gouvernement de Louis XVIII. L’Intermédiaire des chercheurs et curieux retrouva aux Archives un rapport de police ainsi conçu :

« Paris, 13 juin 1816.

« Un restaurateur nouvellement établi rue du Lycée, n°8, en face le corps de garde attenant au Palais-Royal, vient de faire apposer une enseigne au-dessus de son local qui a pour titre :Le Bœuf à la mode. Cet animal, symbole de la force, fait déjà parler beaucoup par la nature de son harnachement et de sa coiffure, qui se compose d’un cachemire rouge, d’un chapeau de paille surmonté de plumes blanches et orné d’un ruban bleu ; un autre ruban de même couleur est autour de son col et portant une espèce de toison d’or, comme la portent les souverains. Le chapeau qui représente la couronne est rejeté en arrière et prêt à tomber »,

« Cette raison, et particulièrement la réunion des trois couleurs réprouvées, ne paraissent être placées qu’avec une mauvaise intention, enfin il n’y a pas jusqu’à la classe vulgaire qui ne voie dans cette allégorie, une caricature des plus sales contre Sa Majesté.

« Signé : LE FURET ».

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Enseigne du restaurant Le Bœuf à la mode en 1816

 

Ces indications du Furet émurent suffisamment le comte Élie Decazes, préfet de police de Paris depuis le 7 juillet 1815, pour qu’il prescrivît un supplément d’enquête, d’autant qu’un autre rapport affirmait que les garçons du restaurant tenaient de mauvais propos :

« Je vous invite, écrivait Decazes, à faire vérifier sur le champ, ce qu’il pourrait y avoir de fondé dans ces remarques et à vous assurer des opinions politiques des propriétaires de l’établissement. Je n’ai pas besoin de vous engager à faire mettre dans cette espèce d’enquête, beaucoup de discrétion, et s’il paraissait convenable de faire disparaître cette enseigne, d’avoir soin que l’opération ait lieu sans éclat ».

Il faut croire que l’enquête définitive ne fut pas trop défavorable ou que l’esprit politique l’emporta sur un zèle maladroit ; l’enseigne resta et Louis XVIII n’en fut pas renversé.

Au surplus, il arriva parfois à l’enseigne de faire de la politique. Vers 1830, il y avait à Paris un pâtissier nommé Leroy qui avait écrit sur sa boutique : Leroy fait des brioches. La police s’émut de cette inscription qui semblait censurer irrespectueusement les actes de Louis-Philippe. Le commissaire appela le pâtissier et lui ordonna de changer son enseigne. Ce que fit le facétieux commerçant en remplaçant l’inscription par celle-ci : Leroy continue à faire des brioches. Il est à ce sujet assez amusant de noter qu’à Reims, déjà 40 ans auparavant selon Prosper Tarbé (Reims. Essais historiques sur ses rues et ses monuments, paru en 1844), « en 1790 demeurait sous les Loges un estimable pâtissier nommé Leroy. Déjà dans ce temps on avait trouvé le secret des réclames, et la science des enseignes était en progrès. Notre pâtissier donc écrivit au-dessus de sa porte : Leroy fait ses brioches. La monarchie était alors sur son déclin et l’on aimait à rire à ses dépens. »

C’est dans les mêmes années 1830 qu’un fruitier de la rue Saint-Denis fit peindre sur sa boutique le portrait de Louis-Philippe, avec cette inscription : « Spécialité de poires » — on sait que le célèbre Daumier fit paraître en 1831 dans le journal qu’il dirigeait, un portrait caricatural de Louis-Philippe intitulé La Métamorphose du roi Louis-Philippe en poire.

La République de 1848 ne fut pas mieux traitée par l’enseigne. Sur sa devanture, un marchand de tabacs avait fait peindre trois blagues au-dessous de la devise : Liberté, Egalité, Fraternité. Et comme enseigne, il avait écrit : « Aux trois blagues ». Un numéro du Phare de la Loire de 1930, donc un siècle plus tard, nous apprend qu’il existe alors un bureau de tabac d’une bourgade située non loin de Périgueux, arborant cette même enseigne.

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Enseigne À l’ours au 95 rue du Faubourg Saint-Antoine, en 1894

 

Que de choses il y aurait à dire sur l’humour de l’enseigne. L’esprit goguenard de nos pères se donna là libre carrière. Il y avait jadis, à Troyes, une enseigne avec ce titre : Au trio de malice. Elle représentait un singe, un chat et une femme. Et quelle variété de fantaisie dans les enseignes poétiques. On mentionnera le fameux quatrain inscrit sur la boutique d’un coiffeur de la rue Basse-Porte-Saint-Denis :

Passants, contemplez la douleur
D’Absalon pendu par la nuque.
Il eut évité ce malheur
S’il eût porté perruque.

Les coiffeurs se sont d’ailleurs signalés de tout temps par l’originalité poétique de leurs enseignes. On signalait, au début du XXe siècle, l’enseigne d’un perruquier de Brie-Comte-Robert, M. Toulemonde :

Sans parcourir le monde entier,
Sans voyager sur l’onde
Entrez chez ce perruquier
Vous verrez tout le monde.

Car l’esprit que prodiguaient nos pères dans leurs enseignes n’a pas complètement disparu. Mais ce sont les enseignes elles-mêmes qui n’existent plus guère. Dans son Voyage aux bords du Rhin, Victor Hugo disait : « Où il n’y a pas d’églises, je regarde les enseignes ; pour qui sait visiter une ville les enseignes ont un grand sens ». Hélas ! l’illustre poète n’aurait plus grand chose à regarder aujourd’hui.

 

(D’après « Le Petit Journal. Supplément du dimanche », paru en 1914)

Publié dans ARTISANAT FRANCAIS, AUX SIECLES DERNIERS, FONDATEURS - PATRIMOINE | Pas de Commentaires »

L’aubépine ou Valériane du coeur

Posté par francesca7 le 26 mai 2016

 

Un branchage dense, enchevêtré et épineux caractérise l’aubépine. Si ses nombreuses épines abritent de petits animaux, il y a, autour de l’épine blanche, comme un halo de mystère. Pourtant, on ne peut dire qu’elle soit rarissime, bien au contraire. Même si on ne connaît pas son nom, lorsqu’on la rencontre, il est impossible de rater son immaculée floraison printanière, encore moins ses fruits automnaux dont la couleur rouge bordeaux n’échappe pas aux oiseaux. 

Par quel mystérieux prodige l’aubépine jouit-elle d’une popularité qui oscille entre l’indifférence et la reconnaissance tardive des bienfaits qu’elle est capable de prodiguer ? 

aubépine

Bon, c’est un arbuste, c’est sûr qu’elle peut paraître moins fastueuse que bien des arbres, mais quand même ! Certains spécimens exceptionnels atteignent la taille d’un arbre moyen et n’ont pas à rougir face à un olivier ou à un laurier, cela, comme si, en quelque sorte, l’aubépine cherchait à se faire bien voir, du moins à attirer le regard… Si sa stature habituelle ne dépasse pas deux à cinq mètres, il existe réellement des formes monstrueuses, des êtres animés d’une force et d’un âge peu communs. Par exemple, l’aubépine du presbytère de Bouquetot, dans l’Eure. Âgée d’un demi-millénaire, son tronc mesure plus de 70 cm de diamètre ! Une autre aubépine, située dans le petit village audois de Lacombe, beaucoup plus jeune puisqu’elle n’a que deux siècles, présente un tronc dont le diamètre est encore bien supérieur : pas loin d’un mètre ! 

On a bien approché l’aubépine, certes de façon sporadique, pour des raisons médicinales. Au XIIIème siècle, Petrus de Crescences en fait un remède contre la goutte ; trois siècles plus tard, Jérôme Bock (Tragus) l’emploie contre la pleurésie. C’est bien peu. C’est faible, même. Que nous dit l’Antiquité hormis le fait que Théophraste et Dioscoride connaissaient tous deux un oxyacantha, mais dont les descriptions faites renvoient au buisson-ardent (Pyracantha coccinea) et à l’églantier (Rosa canina). 

L’Antiquité ne nous dit donc rien. Reprenons là où nous nous sommes arrêtés, c’est-à-dire au XVIème siècle. Joseph Duchesne de la Violette (1544-1609), médecin du roi Henri IV et Louise Bourgeois (1563- 1636), sage-femme attachée à la cour de la reine Catherine de Médicis indiquent tous deux l’aubépine bonne contre les lithiases urinaires. Au siècle suivant, on la rencontre dans les travaux de Nicolas Lémery comme antihémorragique, puis dans ceux de Gilibert comme traitement de la leucorrhée. C’est péniblement que nous parvenons à la fin du XIXème siècle. Dans un premier temps, un médecin de campagne, Bonnefoy, homme de la providence, indiquera avoir pris connaissance d’un texte rédigé par un auteur anonyme et qu’il daterait de 1695. L’auteur du document en question conseille la pervenche, l’alchémille et l’aubépine pour réguler la tension artérielle. 

C’est sans doute la première fois que l’on mentionne le fait que l’aubépine a du coeur ! Avant 1897, le docteur Leclerc savait « déjà, par une habitante d’Épinal, qu’en Lorraine, l’infusion de ce simple était d’un usage courant pour calmer les palpitations et pour combattre l’insomnie ». Après prise de connaissance de ce texte de la fin du XVIIème siècle, Leclerc procède à l’expérimentation de  l’aubépine comme modérateur de l’éréthisme cardiovasculaire. Et c’est véritablement à cette époque que démarre la véritable carrière thérapeutique de l’aubépine (1896 : désordres du coeur ; 1898 : angor ; 1903 : propriété cardiotonique ; 1904 : arythmie cardiaque, etc). Celle que le professeur Léon Binet appela « la valériane du coeur » allait connaître un très grand succès. L’aubépine a, en effet, un coeur gros comme ça : elle est cardiotonique, régulatrice du rythme cardiaque, sédative et antispasmodique cardiaque. Avec une telle pléthore de moyens, il n’est donc guère étonnant que l’aubépine prenne grand soin de ceux qui souffrent du muscle cardiaque. Dans ce domaine, sa polyvalence n’a d’égal que son absence de toxicité et d’effets secondaires. 

Aussi intervient-elle dans les cas suivants : palpitations, douleurs et spasmes cardiaques, tachycardie, diminution des rythmes trop rapides ou trop lents, diminution de la perception exagérée des battements cardiaques… Là où l’aubépine fait très forte, c’est qu’elle est hypotensive et hypertensive. Mais elle ne se concentre pas qu’au coeur du myocarde.  L’aubépine étend aussi son action sur le reste du système circulatoire, les artères en particulier. Ainsi, troubles circulatoires, artériosclérose, angor, spasmes artériels sont justiciables de l’emploi des fleurs d’aubépine.

 Aubépine2

Son deuxième grand domaine de prédilection concerne la régulation émotionnelle.

Les fleurs d’aubépine étant sédatives et hypnotiques, elles interviennent dans les cas suivants : troubles du sommeil (dont insomnie), nervosité, anxiété, angoisse, colère, émotivité excessive, palpitations, bouffées de chaleur, irritabilité et insomnie dues à la ménopause, chagrin amoureux (quand je vous dis que l’aubépine a un grand coeur ! Dans ce dernier cas, on se tournera efficacement vers l’élixir floral d’aubépine que l’on utilisera lorsque les relations deviennent conflictuelles, ainsi qu’en cas de séparations acceptées avec difficulté : deuil, divorce, etc.). 

L’aubépine étant une plante à l’action douce, il est préférable de l’utiliser de façon régulière en cure longue (quatre à huit semaines) pour que les effets puissent pleinement se manifester. L’avantage est doublé en cela que l’action bénéfique de l’aubépine se propage bien longtemps après l’arrêt des prises. 

 De plus, pour les problèmes de régulation émotionnelle, on peut efficacement l’associer à des plantes détenant des propriétés analogues telles que la passiflore, la valériane, la fleur d’oranger et le  coquelicot. Voilà donc tout ce que peut faire pour nous la blanche fleur de l’aubépine. Quant aux baies et à  l’écorce des rameaux, elles limitent leurs actions à des domaines périphériques et mineurs. Les baies astringentes sont parfois utilisées en cas de diarrhée et de dysenterie, alors que l’écorce fébrifuge des rameaux intervient en cas de fièvres intermittentes. 

Si l’on a tardivement reconnu à l’aubépine ses bienfaits médicinaux, en revanche, la faim aura souvent poussé l’homme à s’en remettre à elle, non pour ses fleurs, mais pour ses fruits de la forme d’une petite pomme – rosacée oblige – qu’on appelle cenelles. Rouges et globuleuses, elles contiennent deux à trois graines. Consommées depuis les temps préhistoriques, elles représentent un apport nutritif non négligeable. Comestibles mais farineuses, on peut les apprêter de différentes manières. Quoi qu’il en soit, en cas de coups durs, l’homme n’aura pas toujours fait la fine gueule avec ces cenelles assez insipides il est vrai. Elles étaient largement employées dans l’ancien empire germanique, usage dont il reste un nom, celui donné à ces fruits en allemand : mehlbeere, qui signifie littéralement « baie à farine », terme qui révèle les usages alimentaires dont on a pu alors en faire : du pain, des galettes, des gâteaux, etc. 

Durant la Première Guerre Mondiale, on broyait les graines contenues dans les cenelles et on leur faisait jouer le rôle de café. Un ersatz, hein !? (Ils devaient avoir un moulin à l’huile de coude, c’est dur comme du bois, ces machins). On alla même jusqu’à ramasser les jeunes feuilles, elles aussi  comestibles. A l’état bourgeonnant, elles ont comme un goût de noisette. On en fit du thé, elles remplacèrent même le tabac quand le rationnement se faisait sentir. 

Aujourd’hui, on utilise encore les cenelles en compotes et purées, bien qu’il faille les agrémenter avec d’autres fruits, mais elles sont intéressantes du fait de l’amidon et des sucres qu’elles contiennent. Très étranges les rapports entretenus par l’homme avec l’aubépine. Bonne à manger quand il n’y a plus rien à se mettre sous la dent, c’est donc tout « naturellement » vers elle qu’on se tourne et dont on brave les épines. Pas si ingrate que ça, l’aubépine que l’on nomme parfois, à tort, « épine de mal » (sans doute une déformation de « mai », mois durant lequel les fleurs d’aubépine s’épanouissent). 

Médicinale, alimentaire, telles ne sont pas les uniques vertus de l’aubépine, elle occupe aussi un vaste pan de l’histoire spirituelle des hommes. Dans les Fastes du poète romain Ovide, on trouve déjà une allusion aux pouvoirs magiques de l’aubépine, puisque c’est d’elle que le dieu Janus tire une verge écartant les enchantements dont pourraient être victimes les enfants en bas âge, une croyance qui se perpétuera longtemps. Épineuse, l’aubépine est protectrice lorsqu’on en garnit les ouvertures des maisons. 

 aubepine-dabElle éloignerait alors tant les mauvais esprits que les serpents si on la porte sur soi en amulette (Jean-Baptiste  Porta en donnait même l’infusion capable de guérir les morsures de ces animaux). Elle entretient aussi une relation avec le mariage. Par exemple, chez les Romains, le mari agitait un rameau d’aubépine en conduisant son épouse vers la chambre nuptiale,  tandis que les Grecs en ornaient la porte de la chambre durant la nuit de noces. Cependant, elle implique aussi l’idée de chasteté. L’on sait que durant l’Antiquité gréco-romaine, les mariages se faisaient rares au mois de mai, puisque c’était à cette période de l’année que l’on se préparait au solstice d’été, en nettoyant et purifiant les temples. Fleurissant au mois de mai, l’aubépine est très tôt devenue une fleur de la pureté et de la virginité (elle serait même anaphrodisiaque selon certains auteurs). L’association de l’aubépine à ce mois printanier se retrouve aussi chez les Celtes qui en décoraient les mâts de mai lors de Beltane. 

Si l’aubépine célèbre la vie, elle a, chez d’autres peuples, une dimension funéraire assez marquée : les Germains utilisaient du bois d’aubépine pour embraser les bûchers funéraires. « On suppose que, par la vertu du feu sacré qui s’élève des épines, les âmes des trépassés sont reçues au ciel, et il est clair que ce feu sacré est l’image du feu céleste, l’incendie du cadavre un symbole de l’orage, puisque d’abord on consacrait le bûcher avec le marteau, attribut du dieu Thor », d’où la relation de l’aubépine avec l’éclair. Protectrice, l’aubépine détient de multiples pouvoirs contre la foudre et les orages. Pour cela, il faut accrocher des rameaux d’aubépine fleurie à la porte des maisons ou bien dans les combles et greniers. 

Paul-Victor Fournier se hasarde même à dire qu’ « il se pourrait que l’arbuste écoule par ses épines l’électricité comme les paratonnerres par leurs pointes » . L’aubépine pousse souvent en bosquet serré. D’ailleurs, sa présence en grand nombre sur une colline est l’indice que des fées ne sont pas loin. Des couronnes d’aubépine offertes aux fées permettent de s’en attirer les bonnes grâces, mais à certaines dates clés (Beltane, Samhain, Solstice d’été), l’on dit qu’il ne fait pas bon s’asseoir près d’une aubépine, au risque d’être enchanté par les fées, ce qui rappelle l’épisode durant lequel Merlin fut ensorcelé par Viviane sous une aubépine de la forêt de Brocéliande. 

Porte vers l’autre monde (le Sidh de la mythologie celtique), l’aubépine figure aussi en bonne place au sein de l’alphabet oghamique, dans lequel elle porte le nom de Huathe, un ogham qui rend compte de la nécessité de s’isoler dans le silence et dans le jeûne, à l’image d’une retraite spirituelle, toute faite de simplicité, de prière et de méditation, ou bien d’épreuves solitaires nécessaires imposées par le destin ou le sort. Huathe implique la suppression du superflu, ce qui entrave l’être humain dans sa volonté de détachement, tout en nous faisant bien prendre conscience de la difficulté que l’on peut parfois rencontrer à l’idée de modifier ses habitudes. Cette réticence peut s’expliquer par la crainte (d’ailleurs, Huathe provient de uath, qui veut dire « peur », « frayeur », en vieil irlandais). C’est pourquoi « l’ogham Huathe […] présente une facette obscure et inquiétante, permettant paradoxalement de renforcer la lumière en soi ». 

Le légendaire chrétien, une fois de plus, fit ses choux gras de l’aubépine. Il est dit que l’un de ceux qui auraient procédé à l’ensevelissement du Christ parvint en Angleterre en 63 après J.-C., dans le Somerset (à Glastonbury pour être exact). Cet homme, c’est Joseph d’Arimathie. Plantant son bâton en terre, il en jaillit une aubépine superbe et notre homme prit la décision de construire la première église d’Angleterre à proximité. Connue sous le nom d’aubépine miraculeuse de Wear-all Hill, elle a comme pouvoir de fleurir chaque année, la veille du jour de naissance du Christ. Pendant des siècles, une tradition consistait à offrir au roi d’Angleterre un rameau de cette aubépine. Elle subit un coup d’arrêt à la mort de Charles Ier. Au XVIIème siècle (1649), alors même qu’on tranche la tête de ce roi, l’aubépine est abattue sous les coups de Cromwell.

 Plantes_medicinales_sechees Aubepine

Aujourd’hui, ce lieu est marqué d’une pierre ; des rejets de l’aubépine originelle subsisteraient, ce qui ferait d’elle un arbre presque bi-millénaire… La légende s’arrête là. Cette aubépine est, en réalité, une variété dite biflora connue que depuis 1562 et présentant deux floraisons dans l’année : la première au mois de mai, comme toutes les aubépines, la seconde en hiver (si seulement l’hiver est doux, or l’Angleterre subira le Petit âge glaciaire du XIVème au XIXème siècle : autant dire que cette aubépine « miraculeuse » n’a pas dû fleurir souvent en hiver…). 

Quoi qu’il en soit, bien avant la soi-disant arrivée de Joseph d’Arimathie en Angleterre, les Celtes rendaient déjà un culte à cet arbuste sacré. 

Mais l’implantation progressive du christianisme a fait que l’aubépine fut rapidement consacrée à saint Patrick en Irlande (Vème siècle après J.-C.) et à saint Maudez, un missionnaire qui fonda un monastère sur l’île de Bréhat (VIème siècle après J.-C). 

Dans les Côtes-d’Armor, dans la commune de Lanmodez, se trouve une aubépine qui « saigne », près d’un rocher connu sous le nom de Kador sant Vode (chaise de saint Maudez). Aubépine « miraculeuse » elle aussi, elle rappelle que d’aucuns ont vu dans la couronne d’épines du Christ des rameaux  l’aubépine, sans oublier la blancheur virginale de ses fleurs associées à la Vierge Marie. 

Hôte des campagnes, l’aubépine affectionne l’orée des forêts, les sous-bois et les haies dont elle est une composante majeure à l’instar du prunellier (Prunus spinosa). Épine noire et épine blanche font donc bon ménage. Les feuilles de l’aubépine sont lobées (trois à sept lobes) et fortement échancrées. Ses fleurs à cinq pétales paraissent parfois rosâtres du fait de la présence de nombreuses étamines rouges au coeur de la fleur. 

Retrouvez les articles de Dante sur son blog :https://booksofdante.wordpress.com

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Les chansons de Nino Ferrer

Posté par francesca7 le 1 avril 2016

 

Nino Agostino Arturo Maria Ferrari dit Nino Ferrer était génois. Français aussi depuis 1989 !
« Comme il le dit Et j’ai vite compris que je ne pouvais rien faire de bon si je n’étais poussé par une passion, d’amour, d’amitié, de révolte ou d’ailleurs. Finalement il en est sorti une vingtaine d’Albums d’à peu près 40 minutes chacun soit approximativement deux centaines de pièces sonores ». Ceci fait une vie, ceci fait une œuvre.
 
Fumeur de pipe, fin lettré, le temps s’enroulait autour de lui. Toujours aussi entier et tranchant, il se souciait comme d’une guigne des malentendus, voire des pas-entendus du tout, qui auront jalonné sa route. Exigeant il était, exigeant il restera, quitte à envoyer paître tout un plan de tournées mitonné dans les bureaux de la capitale, si la convivialité n’est pas au rendez-vous : « on n’a pas donné trente ans d’amour aux gens pour être promotionné comme une savonnette ou un saucisson ».

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Nino Ferrer a su échapper aux tubes à répétition, aux grandes maisons de disque, à l’univers glauque du show-biz pour rester intègre et prendre le maquis dans le Causse. Dans sa ferme « la Taillade », au milieu de sa tribu, il était le bon patriarche revenu de tout sauf de l’amour.
L’homme de « La Maison près de la fontaine » avait su transporter la sienne loin des caniveaux. Et face à la vérité du Lot, les épiphénomènes de la capitale sont ramenés à leur juste proportion : anecdotique et microscopique.

 

Imprégné de poèmes italiens et français il savait ce qu’écrire voulait dire, et il s’avançait dans des chansons-poèmes. Il peignait, il gravait ; mais surtout il était jardinier du cœur : il faisait pousser les amis comme bonne laitue. Nino Ferrer avait la patience de la colère, et lentement il a bâti avec sa tendresse d’écorché son cheminement non pas avec des chansons isolées, mais avec des albums globaux. Plus question de se laisser enfermer dans une seule chanson car pour lui les bons tubes peuvent faire les meilleurs barreaux. Couché Mirza, raccroché le téléphone qui sonne ! Nino Ferrer ne se laissera plus ferrer par le futile et se battra pour son indépendance.

Et les albums se suivent de « la Vie des Automobiles » (1944) à « la Désabusion » (1993) en passant par Blanat (1979) et Métronomie (1972) en tout plus de vingt albums.

Amour et tendresse, romantisme et dérision, notre artisan sourcilleux fut autant plus une grande gueule qu’une voix.
Il aura été du côté de la passion et de l’énergie. Du côté des animaux aussi.
 
« Et l’araignée s’interroge sur la raison de la disparition totale et définitive de la chaleur et du vent, de la musique et de la nourriture, des vibrations et du mouvement, du ronflement et de la lueur verte qui illuminait parfois ses toiles et en irisait les théorèmes. »
 
« Il n’y a que la passion qui fait vivre. », elle fait aussi mourir.

Mélancolique, il aura laissé ses voitures sous la poussière, ses souvenirs de star sous les feuilles mortes, et son angoisse au soleil éclatant, au milieu des blés. Son fusil de chasse aura été son dernier mot le 13 août 1998. En plein cœur comme toujours.

Sans titre1

La maison près de la fontaine (1965)
Paroles : N.Ferrer – Musique : N.Ferrer
 
 
La maison près de la fontaine,
couverte de vigne vierge et de toiles d’araignées,
sentait la confiture et le désordre et l’obscurité,
l’automne
l’enfance
l’éternité. . .
 
Autour il y avait le silence,
les guêpes et les nids des oiseaux,
on allait à la pêche aux écrevisses
avec Monsieur le curé,
on se baignait tout nus, tout noirs,
avec les petites filles et les canards . . .
 
La maison près des H.L.M
a fait place à l’usine et au supermarché,
les arbres ont disparu, mais ça sent l’hydrogène sulfuré,
l’essence,
la guerre,
la société . . .
 
Ce n’est pas si mal,
et c’est normal,
C’est le progrès. 

 

 

 

le site www.nino-ferrer.com est exhaustif
et doit être consulté en priorité.

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Quand les cristaux font des amateurs en France

Posté par francesca7 le 24 janvier 2016

 

L’intérêt du public pour la minéralogie ne se dément pas. La profusion des expositions et bourses aux minéraux en témoigne. Des bourses de village à celles de dimension internationale comme Ste Marie-aux-Mines, plus de 250 bourses de ce type se sont déroulées en France en 2005. C’est, avec les prêts aux musés, une bonne occasion d’observer les spécimens des collections privées. Alors que de grosses pièces de plusieurs milliers d’euros enflamment la presse et l’imaginaire populaire, les prix dans les bourses tournent très souvent autour de quelques dizaines d’euros. » Il n’y a pas de tradition d’élitisme dans les collections naturalistes en France. Ce sont plus des collections d’instituteurs, explique en amateur érudit F. Delporte. En terme monétaires, les minéraux sont bien moins important que les champignons ou les myrtilles ! Un quartz des Alpes c’est entre 3 et 30 € ! » On peut distinguer deux types de collectionneurs que ces pièces intéressent. Le collectionneur « global » est intéressé avant tout par l’espèce minérale, ou le cristal en lui-même. Peu soucieux de l’origine, il n’hésitera pas à acquérir des pièces de l’étranger. Mais de plus en plus de collectionneurs s’intéressent à la provenance des minéraux. « Certains se rendent compte du manque de sens de disposer de pièces du Brésil, du Mexique, etc. Alors qu’avec une collection de cristaux de tel massif, ils connaissent la montagne, les endroits, ils savent par qui ça a été trouvé… ça leur parle plus » témoigne un cristallier.

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Collecte de minéraux : vide ou trop plein réglementaire ?

Si les cristaux exposés font consensus et sont admirés de tous, l’activité de collecte prête elle à polémique. Ces dernières années l’incompréhension va croissante entre le monde judiciaire et celui de la minéralogie. Frédéric Delporte est l’un des experts les plus au point sur les aspects juridiques et sociaux de la minéralogie. Pour lui, « les textes ont été conçus pour des exploitations industrielles [de minerais]. C’est tellement évident à l’époque qu’aucun tonnage minimum n’est prévu. Il n’y a rien d’adapté à la collecte de minéraux ! » . En effet, « Le volume exploité, et la valeur des découvertes restent minimes par rapport aux exploitations industrielles que sont les carrières et les mines, qui nécessitent des autorisations officielles très difficiles et coûteuses à obtenir ». Ce « trop plein juridique », comme l’appel M. Delporte, ne laisse aucune place ni au « glanage des amateurs », ni à « l’artisanat des « pros » pour qui un régime de « micro-concession » paraît indispensable. Et les paradoxes se multiplient. Alors que les habitants de l’Oisans prospectaient les cristaux en vertu d’un « droit ancestral […] confirmé formellement au XVIème siècle », les cristalliers d’aujourd’hui sont assimilés par la presse locale à des trafiquants.

Extrait de l’article à lire ICI : http://www.geopolis.fr/joomla/index.php/dernieres-actualites/103-cueilleurs-de-cristaux.html

La France est extrêmement riche en gisements sources de spécimens de minéraux. Certains de ces gisements ont produit des spécimens remarquables, parfois même les meilleurs connus pour une espèce minérale donnée. Un « tour de France » par quelques gîtes célèbres est ici proposé, mais ils ne sont qu’une illustration limitée des nombreux gisements français.

 

A Paris même, bien que la géologie du sous-sol soit très peu propice à la formation de minéraux intéressants, des spécimens de calcite ont été trouvés. Ces spécimens ont surtout un caractère anecdotique eu égard au lieu de découverte. On peut citer comme site le Trou des Halles où des découvertes ont eu lieu à la fin des années 1970. La calcite jaune miel de quelques millimètres couvrait des surfaces de plusieurs dizaines de centimètres carrés. Elle était associée à de petits cristaux de célestite bleue, de quartz et de fluorite. On peut citer d’autres sites comme le chantier Opéra Bastille, les abattoirs de Vaugirard, les travaux « Eole » du quartier Saint-Lazare, les travaux du RER de la rive gauche de la Seine, etc. Des découvertes similaires ont été faites dans des carrières souterraines dans les environs de Paris, plus particulièrement en Val-d’Oise. A la fin du XVIIIème siècle/début XIXème siècle, les cristaux de gypse des carrières de Montmartre étaient réputés dans le monde entier.

 

Dans les Ardennes, un petit gisement de fluorite a été exploité artisanalement de manière épisodique du début du XXème siècle aux années 1960/1970. Les spécimens de fluorite sont ici avant tout intéressants dans une optique de systématique régionale ou de l’espèce, ils présentent des faciès variés et inhabituels, avec des couleurs telles que le violet/mauve profond ou le vert.

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Dans le nord de la France, entre Boulogne-sur-Mer et Calais, le cap Blanc-Nez produit sporadiquement des cristaux de marcasite. Ceux-ci ont cristallisé dans le calcaire, généralement cénomanien et turonien, en adoptant une forme particulière. En effet, la plupart des cristaux sont groupés en macle de la « sperkise », ce qui rend ces spécimens si curieux. Ce gisement a produit de remarquables spécimens qui peuvent être classés dans les meilleurs qu’a donné l’espèce, un des spécimens les plus remarquables se trouve dans la collection de la faculté de Jussieu (Université Pierre et Marie Curie). Il a d’ailleurs servi à illustrer un des quatre timbres édités en 1987 sur les minéraux.

 

La côte du pays de Caux est riche en nodules de silex, certains présentent en leur sein de superbes concrétions de calcédoine. Dans le Calvados, à Soumont-Saint-Quentin, un gisement de fer a été exploité. De bons spécimens de calcite ont été extraits, associés à la pyrite mais aussi et surtout de remarquables spécimens de barite bleu, parfois gemme, et des spécimens de galène, totalement inattendus étant donné le cadre géologique de la région, surtout sédimentaire.

Vers Laval, en Mayenne, la Mine de la Lucette a produit au début du siècle de bons spécimens de stibine, et surtout des spécimens d’or, associés au quartz ou à la stibine.

 

Au sud de Rennes, les mines de Pontpéan ont produit entre autres des spécimens de galène.

A La Villeder, au nord de Vannes, un important gisement a été exploité pour l’étain dès sa découverte en 1834. Des indices laissent à penser que des exploitations plus anciennes aient pu avoir lieu. Cent quarante tonnes d’étain métal ont été extraites. Le gisement a fourni de beaux et nombreux spécimens de cassitérite, très appréciés et réputés dès la fin du XIXème siècle. La cassitérite est en plus associée au quartz, parfois « fumé » voire « morion », mais aussi et surtout à l’apatite et au béryl.

 

En Bretagne, dans le Finistère, les mines de Huelgoat-[Poullaouen]] ont produit des spécimens à la fin du dix-huitième siècle faisant dès lors leur réputation. De bons spécimens de galène y ont été découverts, de même que des spécimens de pyromorphite verte ou brune, parfois pseudomorphosés en galène. Ces pseudomorphoses sont appelées « sexangulite ». Ce type de cristallisation est des plus remarquables. Il est décrit dans la « Minéralogie » d’Haüy publiée en 1801. L’anglésite et la cérusite y ont été trouvées, mais aussi et surtout la bromargyrite, la chlorargyrite et la plumbogummite, dont ce gisement est la localité type, suite à sa découverte par Romé de l’Isle en 1779 (« Lettre Minéralogique ») et sa réétude par Gillet de Laumont en 1786 (Journal de Physique). Damour, en 1840, démontre que la plumbogummite est un phosphate, en l’occurrence de plomb et d’aluminium.

 MINERAUX

En Indre, deux gisements sur la même commune, celle de Chaillac, produisent d’excellents spécimens. Le gisement du Rossignol est exploité en galerie souterraine, le filon est identifié sur près de 1 000 mètres de longueur, et 250 mètres de profondeur. Il a produit de bonnes fluorites, jaunes, violacées, parfois rosées, plus ou moins saupoudrées de pyrite. La mine a surtout produit de très agréables spécimens de pyromorphite « vert-herbe » sur barite, et de très bonnes cérusites, souvent maclées. Le Muséum à Paris a acheté dernièrement un très gros cristal maclé de cérusite de Chaillac de près de 7cm de diamètre.

Non loin, la mine à ciel ouvert des Redoutières produit des spécimens de barite bleuâtre, recouverts d’oxyde de fer d’une sympathique nuance de marron-rouge. La mine produit aussi de bons spécimens de goethite, avec des cristaux très allongés, groupés en « touffes », généralement gemmes.

 

Dans les monts d’Ambazac, une petite centaine d’exploitations dans des pegmatites ont permis d’extraire des feldspaths au XIXème siècle, et ce parfois jusqu’à la seconde guerre mondiale, afin d’approvisionner les fabriques de porcelaine de Limoges. Ces exploitations étaient généralement artisanales et individuelles. De rares et esthétiques minéraux y ont été découverts. Il est possible de citer notamment le béryl, avec des cristaux jusqu’à 30 cm. Un cristal de 65 kg est même découvert à Vedrenne où, lors de la reprise de 1934 par M. Merguillier, 1 800 kg de béryl ont été extraits. Certains cristaux de béryl, dans les monts d’Ambazac, sont de la variété héliodore (jaune), comme à Venachat. Il a été également trouvé de l’apatite, de la triplite, de la vivianite, de la dufrénite, de la columbite (notamment à La Vilate, près de Chanteloube), du grenat, etc.

Ces petites exploitations, d’ampleur limitée, ont quasiment disparu, certaines ne sont malheureusement plus localisables. Il aurait été intéressant pour la connaissance de la minéralogie de la France qu’un inventaire exhaustif de ces gisements et de leur minéralisation soit réalisé, par la reprise artisanale des exploitations dans une perspective de production de spécimens minéralogiques. Les beaux spécimens de scorodite vert-bleu de Vaulry, trouvés vers 1840 sont à rappeler. D’autres gisements moins intéressants de ce minéral sont à Puy-les-Vignes et à Cieux.

 

Dans les Hautes-Pyrénées, plus particulièrement dans le massif du Néouvielle, de bons spécimens d’axinite ont été trouvés, associés à la préhnite, au quartz, à l’épidote, à la calcite, et même, exceptionnellement, à des cristaux de galène. L’axinite dans les Pyrénées est signalée par le minéralogiste Lacroix dans sa « Minéralogie de la France » dès 1893. Il témoigne de découvertes faites en 1793 par Picot de Lapeyrouse et Dolomieu au pic d’Eres lids. Ces découvertes entraînent l’exploitation des gisements, et déjà la commercialisation de spécimens, ce qui en permet la diffusion, l’étude et la préservation dans diverses collections.

La vallée d’Aure, également dans les Hautes Pyrénées, a été le siège d’exploitation pour le manganèse, plus particulièrement aux mines de Vielle-Aure (Coustou), du Louron et d’Azet. L’exploitation de ces gisements a démarré dès le milieu du XIXème siècle, pour se poursuivre jusqu’aux années 1930. Une espèce a été découverte pour le première fois au Pla de Labasse, près des granges de Nabias par une équipe Suisse dans les années 1990, poursuivant les travaux d’Alain Ragu. Elle fut appelée nabiasite, c’est un vanadate de baryum et de manganèse. A la mine de Coustou, sur la commune de Vielle-Aure, de magnifiques spécimens de rhodocrosite ont été découverts. Les cristaux sont petits (2/3 cm maximum) eu égard aux cristaux de gisements étrangers mais c’est le seul gisement en France à produire des spécimens agréables de ce minéral.

 

Un gisement français majeur est celui de la mine d’Irazein, en Ariège, qui a produit des « monstres » mondiaux. La mine fut en activité de 1865/1870 à 1922. Une seule découverte de spécimens est à noter, en 1906, celle d’énormes cristaux de tétraédrite. Les circonstances de la découverte sont mal connues. Seuls quelques rares cristaux sont là pour témoigner : cristal de 25 cm d’arête, gravé de la date 1906 et du nom de son premier propriétaire et/ou découvreur, cristal de 15 cm dans la collection de l’université Pierre et Marie Curie (Jussieu), cristal de 13 cm au Muséum à Paris. Ces spécimens sont recouverts d’un voile d’altération, constitué entre autres d’azurite et de malachite. Les spécimens connus du gisement se comptent sur les doigts de la main, mais ils permettent au site d’être mondialement connu car nulle part ailleurs des cristaux aussi grands n’ont été découverts.

Également en Ariège, la mine de Trimouns est l’une des plus importantes exploitations de talc au monde. Sa production est d’environ 400 000 tonnes. Cette mine produit de rares minéraux, tels que la bastnäsite (cristal jusqu’à plus de 2 cm), la parisite (un peu plus d’un cm), la synchisite, la monazite, l’allanite, la dissakisite, le xénotime, l’hingganite (cristaux jusqu’à 8 mm), l’iimoriite et la trimounsite (jusqu’à 3 cm), découverte à Trimouns pour la première fois. Un nouveau minéral a été découvert à Trimouns récemment, la gatélite. Ce minéral a été nommé en l’honneur de P. Gatel, président-fondateur de l’Association Française de Microminéralogie (A.F.M.). Cette association a grandement contribué à la connaissance de la minéralogie de la France, notamment par ses nombreuses études et publications. Plusieurs espèces nouvelles ont, en effet, été découvertes grâce à la passion et au dynamisme des membres de l’A.F.M.

Le Tarn se distingue par ses nombreux gisements de fluorite, certains sont la source de spécimens exceptionnels de ce minéral. A noter les mines de Montroc, du Burc, de Peyrebrune, du Moulinal. D’autres minéraux très intéressants accompagnent la fluorite dans ces gisements, comme le quartz, la sidérite, la sphalérite, la bournonite ou la galène. Vers Castres, la mine de Saint-Salvy a produit de remarquables spécimens de pyromorphite verte, en « touffes » de très fines aiguilles « vert-herbe ».

La France a eu de nombreuses exploitations pour l’uranium à partir des années 1950. De très nombreuses découvertes minéralogiques ont pu être faites. Notons plus particulièrement en Aveyron, l’indice de Margabal, exploré de 1957 à 1960, qui a produit à l’époque, mais surtout ces dernières années lors de travaux faits par des collectionneurs, d’incroyables spécimens. Un des meilleurs spécimens a été acheté par le Muséum à Paris, c’est une stalactite de torbernite de près de 50 cm !!! Toujours en Aveyron, d’excellents gisements de fluorite sont à signaler, tels que Valzerge et Le Kaymar (réputé, aussi, pour ses quartz babéliens).

 

En Lozère, la Mine de Sainte_Lucie, exploitée depuis la fin du XIXème jusqu’aux années 1940, pour le plomb, fut retravaillée vers la fin des années 1980 pour les spécimens minéralogiques. Le gisement était connu pour un minéral peu commun, la stolzite, un tungstate de plomb. Il fut découvert alors les meilleurs spécimens connus de l’espèce, aussi bien en taille, jusqu’à 7 cm, qu’en esthétique. Les cristaux de stolzite sont parfois associés à des cristaux de cérusite, plus rarement à la pyromorphite ou à la galène. Diverses équipes de prospecteurs courageux ont prospecté cette mine. Elles ont pu ainsi enrichir la connaissance de la minéralogie de la France et contribuer à la protection du patrimoine minéralogique. Suite à ces découvertes, de nombreuses publications ont pu être faites.

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Dans le Gard, la mine des Malines, à Saint-Laurent-le-Minier couvre une surface de 3 km par 2,5 km, et les travaux représentent environ 300 km de galerie. La mine ferma en 1994, après avoir produit presque un million de tonnes de métaux, dont du zinc, du plomb, et 250 tonnes d’argent. Le gisement est réputé pour ses spécimens de barite blanche sur lit de sphalérite brune ou rouge, associées à la bournonite grise. La bournonite de Saint-Laurent peut atteindre d’importantes dimensions, les cristaux de plus ou moins 5 cm sont un classique apprécié pour le site, certains cristaux allant jusqu’à 10 cm, ce qui pour l’espèce est proche du record. Les Malines ont produit aussi de curieux spécimens de galène réticulaire.

En Corrèze, près d’Ussel, la Mine des Farges fut exploitée de 1972 à 1984. Dès le début de l’exploitation, mais surtout dans les années 1976-1979, de fantastiques spécimens de pyromorphite ont été découverts, notamment dans de variées et vives nuances de vert, très appréciées. Une véritable ruée à la pyromorphite se déclencha, et les spécimens des Farges furent diffusés dans le monde entier. Tous les collectionneurs connaissent le nom de ce lieu dit plus que perdu, et tous les musées de minéralogie se doivent d’en avoir des spécimens, tant leur qualité est exceptionnelle. De récentes découvertes en Chine et aux USA remettent en cause la suprématie des Farges en tant que meilleure source de pyromorphite. Les Farges ont donné également de sympathiques spécimens de wulfénite orange vif sur pyromorphite verte.

 

Dans le massif du Forez, Puy-de-Dôme, les pegmatites de Beauchaud sont un des hauts lieux de la minéralogie de la France. Les béryls (bleutés, jusqu’à 7 cm), tourmalines (jusqu’à 12,5 cm !) et grenats (maximum 1,7 cm de diamètre) qui ont été découverts sont des plus remarquables. Certains spécimens de grenat sur tourmaline sont époustouflants ! Le gisement n’a été que très superficiellement exploré, la possibilité de fouille de plus grande dimension apporterait beaucoup à la connaissance de la minéralogie de la France.

Toujours dans le Puy-de-Dôme, les mines de Pontgibaud et plus particulièrement la mine du Pranal, ont produit de bons spécimens de galène, de bournonite et surtout de remarquables spécimens de tétraédrite riche en argent, variété freibergite.

 

En Saône-et-Loire encore, le gisement de manganèse de Romanèche est célèbre pour deux minéraux qui y ont été découverts, la romanèchite et l’arsénosidérite. Les meilleurs spécimens de ces espèces y ont été trouvés vers le milieu du XIXème siècle. L’arsénosidérite le fut en 1841 par Tony Lacroix, grand-père d’Alfred Lacroix, le célèbre professeur de minéralogie du Muséum de Paris. L’espèce fut décrite et nommée par Dufrenoy.

 

En haute-vallée du Var (Alpes-Maritimes), dans les gorges de Daluis, les anciennes mines du dôme de Barrot ont produit une exceptionnelle minéralogie. En effet, pas moins de six espèces nouvelles depuis moins de 10 ans ont été identifiées. De plus, de très beaux spécimens de cuivre natif y ont été découverts, notamment lors de l’activité minière de la fin du XIXème siècle, plus particulièrement aux indices de Roua.

 

Dans les Alpes-de-Haute-Provence, à Saint Pons, d’importantes lentilles de sidérite contenues dans des marnes callovo-oxfordiennes contiennent une minéralisation sulfurée. Vers la fin des années 1980, de fabuleuses découvertes de rares sulfosels de plomb et de cuivre ont été faites. Les meilleurs spécimens connus de chalcostibite sont découverts, de même que de très bons spécimens de zinkénite et dadsonite, Gîte de Saint-Pons étant la cinquième référence mondiale pour l’espèce. Plus classique, la paragénèse comprend également de la bournonite, de la boulangérite et de la tétraédrite.

 

L’Oisans, en Isère, est depuis la fin du XVIIIème siècle un paradis pour les minéralogistes. De nombreux gisements s’y trouvent et produisent des spécimens remarquables. Citons la mine d’or de La Gardette, exploitée dès 1781, qui n’a jamais produit beaucoup d’or mais qui, par contre, a produit de fantastiques spécimens de quartz, parmi les meilleurs au monde. Les cristaux de quartz sont parfois maclés à 84°33, en macle dite de La Gardette. Cette macle a été décrite pour la première fois à partir de spécimens de cette mine par Weiss en 1829, puis réétudiée par Des Cloizeaux vers la fin du XIXème siècle. Cette mine a produit également de gros cristaux de chalcopyrite, de la brannérite, de l’aïkinite, de la sidérite, des spécimens d’or, etc.

Le quartz est recherché depuis des siècles dans le massif du Mont-Blanc, des documents l’attestent dès le dix-septième siècle. A cette époque les cristaux sont recherchés pour être vendus aux tailleries, notamment de Paris, Genève et Milan. Les hommes exploitant les cristaux de quartz pour en faire le commerce sont appelés « cristalliers ». L’intérêt pour les spécimens de collection n’apparaîtra qu’à la fin du dix-huitième siècle. De nos jours encore, d’intrépides cristalliers parcourent le massif du Mont-Blanc à la recherche de spécimens. La pratique de l’alpinisme est de rigueur. Cette collecte permet de sauver de très nombreux spécimens, qui sinon seraient détruits par l’érosion, notamment le gel, la glace et les éboulements. Le massif produit de fantastiques cristaux de quartz fumé et incolore, parfois avec une cristallisation particulière appelée gwindel, et d’inouïs cristaux de fluorite rose, les meilleurs connus. De très nombreuses autres espèces ont été découvertes. Diverses publications existent à ce sujet, dont un remarquable hors-série de la revue « Le Règne Minéral ».

 

En Alsace, les mines de Sainte-Marie-aux-Mines sont depuis longtemps réputées pour les nombreuses espèces de minéraux qui s’y trouvent. Le célèbre Monnet écrivait, suite à sa visite de la vallée Ste-Marie, en 1757 : « au nom des mines de Ste Marie, ceux qui ont quelques connaissances dans l’histoire de l’exploitation des mines, reconnaîtront une des plus renommées, des plus anciennes et des plus considérables du monde et qui les surpasse peut-être toutes par la variété et la quantité prodigieuse de mines et minéraux qu’elle a fournie. Si quelqu’un en doutait, il n’a qu’à consulter les catalogues des cabinets minéralogiques des princes. Il se convaincra que presque les plus beaux morceaux de toutes les espèces qui composent les collections sortent de cette exploitation. En effet, si l’on excepte l’or et l’étain, il n’y a point d’espèces de métal, mines et minéraux que les filons de Sainte-Marie n’aient fournis…».

Monnet nous dit également : « en 1770, on trouva une grande quantité de terre molle, ou ce que les mineurs appellent gur d’argile ou letten, dans laquelle on découvre environ 60 marcs d’argent vierge, sous forme de filets entortillés les uns autour des autres et formant des paquets, ou de petites branches fort fines. On n’eut que la peine d’emporter par le lavage cette terre et d’en séparer l’argent, qu’on vendit presque entièrement aux amateurs d’histoire naturelle…».
Mühlenbeck rapporte que l’on découvrit dans la mine « Glückauf » en 1772 « de l’argent natif arborescent d’une telle beauté qu’on ne le fondit point, mais qu’on le vendit tel quel ».

 

De nombreuses espèces ont été découvertes pour la première fois au monde en vallée de Sainte-Marie-aux-Mines, dont une bonne partie ces dernières décennies, notamment à la mine Gabe-Gottes, niveau -40 (www.gabe-gottes.com). Notons la dervillite, la ferrarisite, la fluckite, la mcnearite, la phaunouxite, la rauenthalite, la sainfeldite, la villyallenite et la weilite. Le filon Saint-Jacques dans la vallée de Sainte-Marie est réputé pour la lautite, dont il constitue l’un des meilleurs gisements connus au monde. Différentes mines de la vallée sont célèbres pour les minéraux de néoformation, notamment des arséniates calciques et calcomagnésiens tels que la pharmacolite et la picropharmacolite, ou encore la monohydrocalcite.

 D’autres sites seraient à développer pour les Vosges, comme la mine Saint-Nicolas à Steinbach, près de Mulhouse, où l’association « Potasse » réalise un colossal travail de mise en valeur du site (www.kalitroc.com), ou encore Framont-Grandfontaine pour ses scheelites et phénacites, Maxomchamps pour ses fluorites, etc.

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En conclusion, un état de l’étude de la minéralogie de la France peut être donné par Henri-Jean Schubnel, Professeur au muséum à Paris, et Pierre-jacques Chiappero, maître de conférence au muséum à Paris : « A partir des années 1980, l’activité de minéralogie descriptive a diminué jusqu’à disparition quasi complète en France. Depuis lors, très peu de scientifiques ou universitaires en France s’intéressent à la minéralogie descriptive, de sorte que les nombreux amateurs existants se tournent de plus en plus vers l’étranger. Les résultats sont particulièrement impressionnants. De 1985 à 1995, environ 1/4 des 84 espèces nouvelles découvertes pour la première fois en France ont été décrites par des chercheurs étrangers consécutivement à des envois faits par des amateurs. Ce chiffre peut être expliqué en partie par l’existence d’une technologie permettant de décrire des minéraux de plus en plus petits. Mais il est aussi lié à la maturité intellectuelle de la communauté des minéralogistes amateurs qui avec le développement des bourses et la facilité des échanges internationaux a acquis une grande expérience visuelle, apte à reconnaître bien souvent le caractère si ce n’est nouveau tout au moins intéressant des minéraux qu’elle recueille. Par leur grand nombre, ces amateurs multiplient les observations et donc les chances de rencontrer de nouvelles espèces, ce que les résultats prouvent depuis de nombreuses années ».

 

Ces vingt dernières années, le nombre de publications sur la minéralogie de la France écrites par des non professionnels, seuls ou en collaboration avec des professionnels, est particulièrement important : articles dans des revues spécialisées, édition d’ouvrages particuliers, etc. La minéralogie de la France et en France a ainsi bénéficié d’un phénoménal renouveau, et d’un dynamisme extrêmement soutenu.

Passage Extrait d’un forum…

Livres pour aller plus loin :

Roger Canac, « L’or des cristalliers », éditions Denöel – 1980, « Des cristaux et de hommes », édition Glénat – 1997
Pascal Entremont, « Chasseur de pierres », éditions Robert Laffont – 1992
Walter Schumann, « Collectionner minéraux, roches et fossiles » – éditions Bordas 1993
Revues spécialisées : « Le Règne Minéral », « Le Cristallier Suisse », « Minéraux et Fossiles »
Site web : www.geopolis-fr.com  et www.geologie-info.com

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Analyse des sentiments humains au travers des contes de Fées

Posté par francesca7 le 30 décembre 2015

 
Les Fées !

Lorsqu’on prononce ces mots merveilleux devant les petits enfants, ils évoquent les belles dames des contes. La marraine de Cendrillon à la baguette magique, celle de Peau d’âne, celles qui se penchèrent sur le berceau de la Belle-au-bois-dormant, d’autres encore, belles et bonnes, parfois laides et méchantes. Tour d’horizon de celles, nombreuses et insaisissables, qui hantèrent l’Angoumois et la Saintonge…

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Les contes dont les fées sont l’objet constituent une concrétisation vraie dans l’analyse des éternels sentiments humains. En un mot, c’est en soi l’expression imagée de l’action du Bien et du Mal. Le célèbre folkloriste Paul-Yves Sébillot écrit : « Les théologiens du Moyen Age admettaient l’existence des fées, et beaucoup de gens, jusqu’à la fin du XIXe siècle, affirmaient en avoir vues. » Il prétend qu’elles étaient la survivance des druidesses. L’écrivain Jacques Collin de Plancy mort en 1881, est plus catégorique dans son Dictionnaire infernal : « Nos fées ou fades (fatidicae) sont assurément les druidesses de nos pères ».

Quelle que soit leur origine ces créations légendaires semblent liées au folklore préhistorique et mégalithique. Chez nous, comme en d’autres lieux, elles gardent des trésors enfouis dans des cavernes ou sous des mégalithes. « Les fées sont au nombre de trois comme les mères, les parques, etc. ; on les dépeint souvent comme ces dernières, tenant le fuseau et la quenouille, d’où leur est venu le nom de filandières, parmi le peuple de Saintonge ; elles sont vieilles comme elles, et jettent aussi des sorts ; on leur donne le nom de bonnes, mais on le donnait également aux Euménides ; ne serait-ce pas dans le même sens, et, peut-être pour les désarmer et se les rendre favorables, ainsi que l’on flatte les tyrans et les mauvais princes », écrit l’archéologue Jean Chaudruc de Crazannes (1782-1862) dans ses Antiquités de la ville de Saintes et du département de la Charente-Inférieure.

Elles sortent surtout la nuit et s’évanouissent, souvent, aux premières lueurs de l’aube. Parfois elles recherchent, telle la Mélusine, l’amour des hommes. Des fonts qu’elles hantèrent portent les noms de Dames, de Demoiselles, de Vierges ou de Saintes. Leurs eaux ont des pouvoirs bénéfiques. Elles continuent à être l’objet d’un culte. Mais elles, les « Bonnes-Dames », ne quittent plus leurs demeures souterraines. L’âme paysanne garde innés le respect et la crainte des premiers âges de l’humanité envers ses divinités, mais l’influence du christianisme qui condamne comme sataniques toutes les manifestations des anciens cultes les fait considérer, parfois, comme maléfiques d’où la confusion des fées avec les sorcières, ou même, avec de simples revenants et les noms méprisants donnés à quelques-unes d’entre elles.

Au sein du Bulletin de la Société de mythologie française, Aurore Lamontellerie écrit en 1957 : « Après la christianisation les divinités païennes ont côtoyé dans l’âme populaire la Vierge-mère et les Saintes. On les a appelées Dames, Fées ou Fades, ce dernier terme en usage en Saintonge qui fut pays de langue d’oc. Nos fées et nos saintes, filles ennemies d’une même mère, selon le mot de Jullian, sont comme elle créatrices, protectrices des vivants et des morts, liées aux pierres, aux astres, à l’eau, aux éminences, à la végétation. Tous caractères reçus des religions anciennes ». Rappelons que l’épigraphiste et historien Camille Jullian, créateur de la chaire des Antiquités nationales au Collège de France, écrivait aussi, dans son Histoire de la Gaule : « Les Gaulois confiaient plus volontiers leur vie de chaque jour à des déesses qu’à des dieux, à des fées qu’à des lutins ». Rien d’étonnant que leur croyance se soit maintenue dans l’imagination populaire.

En Saintonge, nous apprend encore Chaudruc de Crazannes, « les bonnes gens de village les ont vues souvent filant leur quenouille et vêtues de robes d’une éclatante blancheur, particulièrement sur les bords de la Charente, près des grottes de La Roche-Courbon, de Saint-Savinien, des Arciveaux, etc. » Et, nous ajouterons : à Bagnolet, au pays de Cognac, où une méchante fée mécontente des bateliers qui refusaient de lui payer tribut détacha de la falaise située au confluent du Solençon et de la Charente le « Gros Roc » qu’elle se proposait de jeter à la rivière en un endroit où il aurait bloqué la navigation ; mais une bonne fée sauva les bateliers de la ruine. Avec ses ciseaux d’or elle trancha les galons du tablier dans lequel allait être transporté le rocher qui tomba sur le sol là où on le voit aujourd’hui. Furieuse la méchante fée se précipita dans la rivière où elle se noya.

A Saint-Simeux dans l’île d’Alliège où les femmes allaient demander leur délivrance aux fées, avant de la demander à Notre-Dame d’Alliège. A Chebrac où dans les coteaux boisés on trouve la « grotte des Fées ». Dans les prés de Villognon au « creux des Fades ». A Fontenille où non loin des lieux dits « La croix de la Dame » et « Les croix des Dames » l’on trouve « Le roc des Fades » et « Les Perrottes », deux beaux dolmens celtiques au sujet desquels on contait de curieuses légendes dans lesquelles les fées jouaient un grand rôle. Dans les prairies d’Aunac et de Bayers à la « grotte du Cluzeau » dite aussi « Trou des fadets » où se réfugiaient les fées malignes qui venaient rendre visite aux lavandières attardées l’hiver aux nombreuses fontaines qui coulent des coteaux, rapporte Favraud lors du Congrès préhistorique de France en 1912.

Ces habitants surnaturels ne sont que d’anciens génies topiques dépossédés du culte qu’on leur rendait naguère, affirme Auguste-François Lièvre dans Restes du culte des divinités topiques dans la Charente en 1882. On les retrouve plus en amont à Ambernac, dans la vallée de la Tardoire, à Montbron, à Vilhonneur à la « grotte des fadets », dans la vallée du Né, au « gouffre de la combe des Demoiselles » dans celle du Bandiat. Les fées erraient à Saint-Cybardeaux près des ruines romaines du bois des Bouchauds surnommées « Le château des Fées ».

Elles hantaient la forêt de Braconne où elles habitaient le « Trou Dufaix » (Dus Fées), véritable caverne souterraine comprenant plusieurs chambres et d’où, le matin, on voyait fumer un petit orifice ; c’étaient les fées qui faisaient du feu. Elles, les Dames mystérieuses, on les apercevait rarement. Pourtant elles sortaient par les nuits claires, se répandaient sous les grands chênes, dans leur robe de rayons de lune. Elles dansaient des rondes, des farandoles, mais n’aimaient pas être vues. Elles étaient belles, avaient de longs cheveux, portaient des diadèmes de perles. Mais si elles se fussent aperçues que vous les eussiez vues elles vous auraient entraînés avec elles et plus jamais vous n’auriez revu la lumière.

Elles fréquentaient les bois de Quatre-Vaux, de Bel-Air, les forêts de Ruffec, d’Horte, celle de la Boixe où les dolmens les « Pierres des Fades » les abritaient. Non loin de Pougné, près de Nanteuil-en-Vallée, les fées des environs se réunissaient à « La grotte des Fades » pour préparer leurs poisons. Leur supérieure avait une longue baguette d’ivoire, avec laquelle elle commandait à l’Argent-Or (un ruisseau local), ou de se répandre sur les prés, ou de tarir immédiatement. À 500 mètres de Pougné, sur la route de Nanteuil-en-Vallée, se trouve une autre « Grotte des Fades », où les Fées donnaient leurs festins, rapporte encore Favraud.

À Saint-Gourson, près du village de Puyrifaud, sur le flanc d’un petit coteau appelé l’Essart, incliné du Nord au Sud, se trouvent quelques blocs calcaires, qui laissent entre eux d’étroites ouvertures, connues sous le nom de « Trou des Fades ». Suivant les légendes locales, les Fades en gardent l’entrée et retiennent à de merveilleuses profondeurs un peuple de sauvages, condamnés à forger sans relâche des métaux éternellement résistants, et à ne quitter des ateliers ténébreux qu’une seule fois chaque année, par une nuit sombre de l’hiver, au bruit des mugissements du vent et de la pluie.

Si certains dolmens, menhirs et tumulus étaient demeures de fées, il ne faut pas oublier les fontaines. Il faudrait, écrit le Dr Bachelier en 1959 dans le Bulletin de la Société de mythologie française, citer les légendes qui entourent les fontaines pour en comprendre la signification profonde : « Vierges trouvées, Vierges fécondes ou Vierges de la délivrance, très souvent confondues, Vierges récalcitrantes. Tous les thèmes qui nous rappellent l’antique sacralisation des sources s’y retrouvent. Bien avant le christianisme la Vierge-mère immaculée était vénérée près des fontaines où se miraient les fées et ce sont encore les fées que l’on vénère souvent sous le nom de la Vierge-mère. »

Fées des fontaines ou Vierges, c’est tout un. A quelques kilomètres de Sers, à deux mètres de la chapelle de l’ancien ermitage connu sous le vocable de Notre-Dame, une fontaine sourd. Elle a la propriété de procurer du lait aux nourrices stériles et de guérir les enfants malades. On s’y rend pour obtenir de la pluie, affirme Favraud en 1898 dans Fontaines religieuses. A Birac, au pied de l’église consacrée à Notre-Dame des Combes, naît aussi une fontaine « La font des Putes » dont l’eau guérissait les plaies. Celle de la « Fontaine de la Vierge » à Laplaud, Aubeterre, guérissait des crampes et celle de « La font des Demoiselles » à Montigné, conjurait le mauvais oeil. Celle de « la Font des Dames » à Roussines guérissait de la migraine et celle de la font du même nom, à Touzac, l’épilepsie. Celle de « la Fontaine des Fées » à Saint-Yrieix guérissait le mal caduc et celle de « la Font des Demoiselles » d’Aussac, le goître, rapporte L. Bertrand dans le Bulletin de la Charente en 1947.

Lièvre avait déjà signalé quelques-unes de ces fontaines avec « la Font de la Dame » dans Rouzède, « la Font des Dames » dans Torsac, « la Font Put » dans Loubert, « la Font Putée » dans Brie de Chalais et « la Font des Putes » dans Voulgézac, lesquelles, dit-il, sont vraisemblablement autant de sources vénérées que leurs génies féminins, maudits, ont continué à hanter au Moyen Age.

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De nombreux lieux-dits de la contrée semblent attester l’apparition de ces êtres mythologiques. Considérons-les cependant avec circonspection car le « moulin des Dames » et le « bois des Dames » à Angoulême auraient appartenu à des personnes bien vivantes quoique retirées du monde, les religieuses de Saint-Ausone. Cependant, un autre « bois des Dames », à Ronsenac, où existe un dolmen, semble propre à être retenu. Peut-être aussi ceux de Combiers, de Lamérac, de Cognac. Les « champs des Dames » à Aussac. Le « champ des Dames » à Sireuil.

Que faut-il penser du « jardin des Dames » de Cognac, de la « Rivière des Dames » à Sainte-Sévère, de la « combe des Dames » à Asnières, de celles situées à Chateaubernard, à Couture ? Des « coteaux des Dames » à Torsac, de « l’île des Dames » à Cognac ? Du « plantier des Dames » à Champniers, du « buisson des Dames » à Saint-Séverin, de « l’enclos des Dames » à Villebois-la-Valette, des « Prés des Dames » à Saint-Mary, de la « pointe des Dames » à Jurignac et de la « pointe des Demoiselles » à Condéon, du « champ des Demoiselles » à La Chèvrerie, à Réparsac, à Saint-Angeau, à Saint-Ciers ?

Le « champ de la vieille » à Saint-Amand-de-Bonnieure pourrait être, écrit Aurore Lamontellerie, celui où l’on vit apparaître une vieille méchante fée analogue à celle des puits dont on menaçait les enfants. On relève plus sûrement : « le creux des Fadets » à Moutonneau, la « croix des Fadets » à Mainxe, les « Pierres Fades » à Lessac, « La Faderie » au Bouchage. Des lieux-dits : bois Marie, rivière de Marie, chemin de Sainte-Marie, à Saint-Aulaye-la-Chapelle-Conzac, Longré, Souvigné, on ne sait que trop penser. Il y a aussi celui appelé « Les Vierges de la font » à Dirac.

Il est difficile de classer les Fées par ordre d’importance. Tant de choses échappent à notre esprit d’hommes et de femmes du XXe siècle qui se veulent et se croient affranchis de ces croyances. On ne connaît plus leurs noms. Si l’on connaît la puissante Mélusine, la fée Braconne citée par Henry Pannéel dans ses Contes et légendes des Charentes (1946) qui dut connaître une certaine notoriété : « C’était une très belle dame vêtue comme une reine ». Elle se présente en ces termes à un brave paysan des Bassats : « Je suis la fée Braconne, qui règne sur cette forêt ». Elle était bonne et désireuse de réparer le mal causé par les mauvais génies, hélas nombreux. La fée du coteau de Magnerit, sur le territoire d’Aunac, qui apparut vers 1641 par un jour de Noël froid mais sec et ensoleillé, aux deux enfants de Jean-François de Volluyres, seigneur de Mortagne, au « creux des Fades », sa demeure, qu’elle partageait avec de nombreuses autres fées, à l’intérieur orné de rideaux de nuages bleu argent et de mosaïques roses. Avec sa robe rouge pailletée d’or, à la main une baguette magique, plus belle que le jour et dont la vie se passait à réparer le mal que faisaient les méchants et à avertir les hommes des dangers qui les menaçaient.

Une autre bonne fée c’était celle que l’on surnomma « la fée aux monghettes » et dont l’histoire fut contée par Marcelle Nadaud. Toutes les autres sont restées anonymes. On nous dit que les unes étaient belles, majestueuses. Que d’autres, les Fadettes, n’étaient que de petits êtres légers. Ce pouvaient être aussi les épouses des Fadets. Toutes les fées ne furent pas belles. Certaines étaient même très laides si l’on en croit le récit intitulé « Les Fadets » que rapporte dans Vieilles choses d’Angoumois Mathilde Mir en 1947, professeur de lettres. Les fées avaient souvent des occupations d’humbles mortelles. Elles faisaient le ménage de leur demeure et leur cuisine.

Cependant tout ce que contient de poésie le coeur humain a embelli leur domaine. Il y eut les filandières et les tisseuses qui tissaient gaze et dentelles fines, les lavandières qui lavaient si blanc, celles qui guérissaient aux fontaines, celles qui bâtissaient. On retrouve ces dernières dans les légendes se rapportant à la construction des dolmens. Mais, comme aux berges des fontaines, elles sont devenues Vierges ou Saintes.

Le dolmen de « La Pierre Blanche » entre le bourg de Bessé, Tusson et Charmé, au delà des grands bois de Bessé, aurait, disaient les grands-mères, été édifié, il y a bien longtemps, par la bonne Vierge qui descendit du ciel cette grosse pierre sur la tête, les plus petites dans son tablier de mousseline et qui la déposa en ce lieu. Autrefois une chandelle y brûlait toute la nuit. Un veau d’or est caché dessous rapportait Jacques Duquerroy, cultivateur, qui le tenait de sa grand-mère, née en 1810. C’est encore la Sainte-Vierge qui apporta l’énorme table du dolmen de Saint-Fort-sur-le-Né, sur sa tête, portant en même temps les quatre piliers dans son tablier, mais elle en laissa tomber un dans la mare de Saint-Fort en traversant le Né. En conséquence il n’en reste plus que trois. C’est encore elle qui aurait élevé le dolmen qui se trouve près du Pont des Bons Enfants au point où le ruisseau de la Font-du-Pouzon se jette dans le Né. Apportant la table sur sa tête et les piliers dans son tablier, elle en laissa tomber un au bord du Né en traversant cette rivière. C’est sur cette table que la Vierge vient repasser sa coiffe.

Parmi les fées on trouve encore celles qui exauçaient les souhaits, celles qui gardaient les trésors, celles aussi qui donnaient les maux et jetaient de mauvais sorts, celles qui les conjuraient. Au domaine de chez Vinaigre, en Ronsenac, on pouvait recueillir au XIXe siècle cette jolie légende :

A la venue du Christ, les Fées, dont le règne était fini, demandèrent une grâce au Seigneur avant de mourir. Dieu leur promit que leur dernier souhait serait accompli. « Nous désirons, dirent-elles, que nos dépouilles reposent sous des tombes de diamant ». Ainsi fut fait. Mais, comme la cupidité humaine alléchée par cette précieuse matière venait profaner ces sépultures, Dieu changea les tombes de diamant en pierre. Ce sont les menhirs et les dolmens.

Le temps a passé, les lourdes tables des dolmens sont grises et gris leurs piliers. Légende chrétienne, légende païenne on ne sait plus laquelle est la plus belle. Les fées ont toutes disparu. Partout on les cherche en vain. On ne les voit plus, seul leur souvenir persiste, tenace, aux abords de leurs demeures. Les pierres et les bois demeurent, les eaux reflètent toujours le ciel, mais les légendes, hélas, ne fleurissent plus. Qui rendra la vie à ces étranges apparitions, à ces créatures de rêve qui peuplaient nos clairières et nos combes profondes, qui dispensaient beauté, fortune, charme, magie, bien et mal, vie et mort ?

(D’après « Bulletin de la Société d’études folkloriques
du Centre-Ouest », paru en 1965)

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La vie Monastique en France

Posté par francesca7 le 3 décembre 2015

 

Benedictines--officeCelui qui, se posant la question d’une vocation monastique, se présente au monastère, est tout d’abord accueilli à l’hôtellerie pour un ou plusieurs séjours à proximité de la communauté. Il est alors appelé « regardant ».
Après ces quelques séjours, s’il ressent toujours un appel, il entrera au noviciat (lieu du monastère où vivent les novices) sous la direction du Père Maître : il devient « postulant ». Le maître des novices est choisi en fonction de son aptitude à gagner les âmes ; il doit être prudent, bien imprégné de la discipline monastique, sachant communiquer aux jeunes la sagesse des Pères et capable de leur servir de guide.

Au bout d’un an, si la communauté l’accepte, il prendra l’habit monastique et deviendra novice. Chez les cisterciens, l’habit de novice se compose d’une robe, d’un scapulaire et d’une chape blanche, en plus d’une ceinture. Le maître des novices aide les débutants à s’intégrer dans la famille monastique. Il les initie aux pratiques monastiques, particulièrement à l’œuvre de Dieu, à la lectio divina, à la prière et au travail manuel. Par leur prière et leur exemple, tous les frères les soutiennent et les entraînent à persévérer.

Au cours du noviciat on examine soigneusement si le novice tire un profit spirituel de sa participation à la vie monastique. Si vraiment il cherche Dieu, s’il est empressé à l’œuvre de Dieu, à l’obéissance, et, s’il est apte à vivre correctement, dans la solitude et le silence, les relations communautaires qui tissent la vie cistercienne dans l’Ordre, la communauté pourra l’admettre à la profession temporaire s’il le demande librement et une fois le noviciat accompli.

La profession temporaire est habituellement d’une durée de trois ans. Le scapulaire du jeune profès est noir et sa ceinture en cuir. Les vœux du moine sont au nombre de trois : vœu de stabilité, vœu de conversion de vie (chasteté et pauvreté) et vœu d’obéissance.
Après un ou deux ans, ou parfois quelque temps seulement avant sa profession solennelle, le jeune profès quittera le noviciat pour prendre sa place parmi les frères de la communauté. Il ne sera plus sous la direction du Père Maître, mais directement sous celle du Père Abbé.
La formation monastique se poursuit pendant le temps des vœux temporaires. Celle-ci est élaborée de telle sorte que, de plus en plus, les nouveaux profès entrent dans la connaissance du mystère du Christ et de l’Église ainsi que dans celle du patrimoine cistercien qu’ils s’efforcent de les faire passer dans leur vie.

Au terme de la période des vœux temporaires, après avoir mûrement réfléchi et pris conscience de la gravité de l’acte qu’il s’apprête à poser, le frère, en toute liberté, présente à l’abbé sa demande en vue de la profession solennelle. Si celui-ci le juge apte, il l’y admet. Le profès pourra alors prononcer ses vœux solennels et être définitivement membre de la communauté monastique. Il revêtira alors la « coule » (une aube à longues manches), véritable habit du moine. Certains enfin, selon les besoins de la communauté et selon leurs désirs propres, seront appelés au sacerdoce.

Tout au long de leur vie, les frères exerceront différentes charges au service de la communauté dans une inlassable recherche de Dieu. Animés du souffle de son Esprit, dans la charité fraternelle et la fidélité à l’égard de l’Église, ils s’acheminent joyeusement vers la plénitude de l’amour, sous la protection de la bienheureuse Vierge Marie, Reine de Cîteaux, à la rencontre du Père.

La vie monastique est facilement associée au Moyen Age, une époque où elle avait un rôle important dans la société. Mais ce rôle a disparu et les moines existent toujours. 

Ce simple fait indique que l’importance de la vie monastique se situe sur un autre plan que celui de l’action extérieure. Le monachisme se dédie à l’humilité plus qu’au prestige, au silence habité plus qu’à la prédication, au retrait plus qu’à la visibilité. 

La vraie aventure de ces hommes et de ces femmes est avant tout intérieure : par la prière, par le renoncement, dans la foi, l’espérance et l’amour, surtout avec l’aide de Dieu lui-même, moines et moniales cherchent à ouvrir leur coeur de plus en plus à l’amour de Dieu et des hommes.

TOUTE UNE HISTOIRE

Dès la fin du IIIe siècle de notre ère, c’est-à-dire à une époque où le christianisme est encore interdit et réprimé dans l’Empire romain, des groupes de chrétiens vivent une existence ascétique dans les déserts d’Egypte et de Palestine, dans la chasteté, la mise en commun des biens et le renoncement au superflu, et surtout la recherche de Dieu

moines-repasAu IVe siècle, les moines Antoine (pour les ermites) et Pacôme (pour les moines qui vivent à plusieurs) sont les pionniers de l’institution monastique, qui se diffuse très vite dans tout l’Empire où les chrétiens ne sont plus persécutés. On trouve déjà des moines en Gaule, notamment sur les îles de Lérins, et près de Tours, où saint Martin a créé un monastère. 

Au Ve siècle, les invasions germaniques et la chute de l’Empire romain d’Occident n’arrêtent pas la diffusion du monachisme. Il est très actif notamment en Irlande, dont les monastères rayonnent sur l’Europe, grâce à des moines comme saint Patrick et saint Colomban

Au VIe sièclesaint Benoît de Nursie écrit sa Règle, qui influencera profondément le monachisme d’Occident. 

Au VIIIe siècle, les monastères sont déjà nombreux en Gaule. 

Au IXe siècle, les invasions des Vikings détruisent de nombreuses abbayes. Mais les moines ne renoncent pas.
Par décision de l’empereur Louis le Pieux, la Règle de Saint Benoît est étendue à tous les monastères d’Occident. 

Au Xe siècle, fondation de l’abbaye de Cluny et installation des premiers moines au Mont Athos, la sainte Montagne. 

Au XIe siècle, fondation de la Chartreuse, de Cîteaux et de Grandmont, qui donnent naissance aux Ordres monastiques correspondants. 

Au XIIe siècle, l’Ordre de Cîteaux crée plusieurs centaines d’abbayes en Europe. 

Au XIIIe siècle, tandis que l’apparition des Ordres mendiants (Dominicains, franciscains) donne un nouveau visage à la vie religieuse, sainte Claire d’Assise renouvelle la place de la pauvreté dans la vie monastique féminine, en fondant l’Ordre des Clarisses

Au XVIe siècle, sous l’impulsion de la moniale carmélite sainte Thérèse d’Avila, l’Ordre du Carmel connaît une nouvelle vitalité: de nombreux monastères de Carmélites sont fondés. 

Au XVIIe siècle, les bénédictins et les cisterciens connaissent eux aussi des mouvements de réforme et de revitalisation. 

Au XVIIIe siècle, la Révolution française entraîne la fermeture de tous les monastères de France et des pays atteints par les troupes françaises. Mais certaines communautés s’enfuient en Europe centrale (les Trappistes), pendant que des communautés féminines se cachent pour continuer la vie monastique en secret. La Révolution permet d’autre part de redistribuer les richesses amassées en excès par certains monastères, et de supprimer certains abus, ce qui finalement aura rendu un service évident à l’institution monastique. 

Au XIXe siècle, les monastères renaissent en France, dans la pauvreté qui convient à des moines mais avec une grande vitalité. 

Au XXe siècle, les Ordres et congrégations contemplatives (notamment ceux réapparus en France au XIXe siècle, l’Ordre cistercien de la Stricte Observance, Congrégation de Solesmes, filiation de la Pierre-qui-Vire…) essaiment sur tous les continents

Aujourd’hui, la vie monastique catholique recrute moins dans les pays de « vieille chrétienté » (Europe, Amérique du Nord), et davantage là où le christianisme est plus jeune. 

Mais l’essentiel se trouve au-delà des statistiques: dans le coeur de chaque moine ou moniale, 
où brûle l’appel du Seigneur à Le chercher sans partage. 

site à visiter : http://www.abbaye-aiguebelle.cef.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=26:nous-rendre-visite&catid=27:nous-rendre-visite&Itemid=485

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Le rituel du bain à Lourdes

Posté par francesca7 le 13 novembre 2015

 

L’eau est symbole de Lourdes par excellence. Le rituel du bain à Lourdes est donc indiscutablement lié à ce qui se vit quotidiennement au sanctuaire. Le pèlerin est invité, croyant, non croyant, ou encore d’autres confessions, à boire, se laver (s’asperger le visage) ou encore se baigner dans les piscines (bains).

rituel du bain

L’eau est évoquée à travers quelques-unes des 16 apparitions (d’après le sanctuaire de Lourdes) :

Jeudi 11 février 1858 : la première rencontre.

« Première apparition. Accompagnée de sa sœur et d’une amie, Bernadette se rend à Massabielle, le long du Gave, pour ramasser des os et du bois mort. Enlevant ses bas pour traverser le ruisseau et aller dans la Grotte, elle entend un bruit qui ressemblait à un coup de vent, elle lève la tête vers la Grotte : « J’aperçus une dame vêtue de blanc : elle portait une robe blanche, un voile blanc également, une ceinture bleue et une rose jaune sur chaque pied ». Bernadette fait le signe de la croix et récite le chapelet avec la Dame. La prière terminée, la Dame disparaît brusquement. »

Dimanche 14 février 1858 : l’eau bénite

Deuxième apparition. Bernadette ressent une force intérieure qui la pousse à retourner à la Grotte malgré l’interdiction de ses parents. Sur son insistance, sa mère l’y autorise ; après la première dizaine du chapelet, elle voit apparaître la même Dame. Elle lui jette de l’eau bénite. La Dame sourit et incline la tête. La prière du chapelet terminée, elle disparaît.

Jeudi 18 février 1858 : la Dame parle

Troisième apparition. Pour la première fois, la Dame parle. Bernadette lui présente une écritoire et lui demande d’écrire son nom. Elle lui dit : « Ce n’est pas nécessaire. », et elle ajoute : « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde mais dans l’autre. Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours? ».

Vendredi 19 février 1858 : le premier cierge

Quatrième apparition. Bernadette vient à la Grotte avec un cierge bénit et allumé. C’est de ce geste qu’est née la coutume de porter des cierges et de les allumer devant la Grotte.

Mardi 23 février 1858 : le secret

Septième apparition. Entourée de cent cinquante personnes, Bernadette se rend à la Grotte. L’Apparition lui révèle un secret « rien que pour elle ».

Jeudi 25 février 1858 : la source

Neuvième apparition. Trois cents personnes sont présentes. Bernadette raconte : « Elle me dit d’aller boire à la source (…). Je ne trouvai qu’un peu d’eau vaseuse. Au quatrième essai je pus boire. Elle me fit également manger une herbe qui se trouvait près de la fontaine puis la vision disparut et je m’en allai. » Devant la foule qui lui demande: « Sais-tu qu’on te croit folle de faire des choses pareilles ? », elle répond : « C’est pour les pécheurs. »

Samedi 27 février 1858 : silence

Dixième apparition. Huit cents personnes sont présentes. L’Apparition est silencieuse. Bernadette boit l’eau de la source et accomplit les gestes habituels de pénitence.

Lundi 1er mars 1858 : la première miraculée de Lourdes

Douzième apparition. Plus de mille cinq cents personnes sont rassemblées et parmi elles, pour la première fois, un prêtre. Dans la nuit, Catherine Latapie, une amie lourdaise, se rend à la Grotte, elle trempe son bras déboîté dans l’eau de la source : son bras et sa main retrouvent leur souplesse.

Mercredi 3 mars 1858 : le sourire de la dame

Quatorzième apparition. Dès 7 heures le matin, en présence de trois mille personnes, Bernadette se rend à la Grotte, mais la vision n’apparaît pas ! Après l’école, elle entend l’invitation intérieure de la Dame. Elle se rend à la Grotte et lui redemande son nom. La réponse est un sourire. Le curé Peyramale lui redit : « Si la Dame désire vraiment une chapelle, qu’elle dise son nom et qu’elle fasse fleurir le rosier de la Grotte ».

Jeudi 16 juillet 1858 : la toute dernière apparition

Dix-huitième apparition. Bernadette ressent le mystérieux appel de la Grotte, mais l’accès à Massabielle est interdit et fermé par une palissade. Elle se rend donc en face, de l’autre côté du Gave… et voit la Vierge Marie, une ultime fois : « Il me semblait que j’étais devant la grotte, à la même distance que les autres fois, je voyais seulement la Vierge, jamais je ne l’ai vue aussi belle ! ».

Chef-lieu de canton des Hautes-Pyrénées, Lourdes se situe sur le gave de Pau, en bordure des Pyrénées.

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En 1858, l’évêque de Tarbes s’était imposé une entière réserve au sujet des apparitions de Lourdes, attendant les conclusions de la commission d’enquête qu’il avait formée en 1858. Le 18 janvier 1862, l’évêque promulgue un mandement par lequel il s’appuie sur les conclusions positives de la commission et déclare que l’Immaculée Mère de Dieu est réellement apparue à Bernadette Soubirous dans la Grottes de Massabielle.

La première cérémonie officielle a lieu deux ans après, le 4 avril 1864 : c’est la bénédiction de la statue de la Grotte. A cette occasion, la paroisse de Lourdes y vient en procession. Le premier pèlerinage est celui de Loubajac, organisé, le 21 juillet 1864.

En mars 1866, la ligne de chemin de fer Bordeaux-Tarbes est prolongée jusqu’à Lourdes et, en juin 1867 est inauguré le tronçon Pau-Lourdes : ainsi est terminée la ligne Bayonne-Toulouse, qui va faciliter l’arrivée de pèlerinages de la région. Le premier train spécial est celui de Bayonne, avec 700 pèlerins, le 16 juillet 1867. En 1872, le nombre de pèlerins passe de 28000 à 119 000.

Le journal Le Pèlerin écrit en 1880 « le miracle c’est que tous ces 917 malades pauvres dont plusieurs, au dire des médecins, ne devaient point, en demeurant paisiblement dans leur lit, passer la semaine sur terre, pas un seul n’est mort ni en route, ni à Lourdes ni au retour, malgré les fatigues de tout genre et une installation, incomplète et insuffisante. Quel est l’hôpital de mille personnes qui ait une aussi bonne semaine ? » C’est cette même année que naquit l’Hospitalité de Lourdes où spontanément des bénévoles se sont proposés d’aider des malades.

Les services essentiels sont alors mis en place : transport de la gare vers les lieux d’hébergement des malades ; acheminement des mêmes malades, chaque jour, des « hospices » vers la Grotte et les piscines et inversement ; infirmières au service des malades, service d’ordre à la Grotte et aux piscines ; bains aux piscines assurés pour les hommes par les « Hospitaliers » et pour les femmes par des infirmières.

Article 1 de la chartre de l’Hospitalité de Lourdes :

« L’hospitalité Notre Dame de Lourdes est une association de personnes bénévoles qui travaillent en commun à Lourdes, pour le service des pèlerins et spécialement des pèlerins malades. En droit canonique, depuis 1928, c’est une archiconfrérie. Son origine se trouve dans une rencontre toute fortuite, à Lourdes en 1880. Des pèlerins et des malades, venus répondre à l’appel de Notre-Dame, transmis par Sainte-Bernadette, de venir en procession, boire et se laver à la Fontaine de la Grotte, rencontrèrent des passants qui voulurent les aider et les servir ».

Site officiel des Sanctuaires Notre-Dame de Lourdes : http://fr.lourdes-france.org

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L’histoire des fêtes françaises

Posté par francesca7 le 30 octobre 2015

 

Durant l’Ancien Régime, il existe dans l’année des dizaines de fêtes religieuses qui sont obligatoirement chômées, elles servaient alors souvent d’éléments chronologiques pour dater du jour.

La notion de fête légale se développe en France au cours du xixe siècle (la loi du 48 germinal an X – 2 avril 1802 – statue qu’aucune fête, à l’exception du dimanche, ne peut être fixée sans la permission du gouvernement) pour déterminer si elle inclut les fêtes civiles aux fêtes religieuses et pour savoir si elle doit être instaurée par un texte réglementaire ou par une loi. Dans le sillage du Concordat, le nombre de fêtes religieuses est ramené à quatre (fêtes conservées : Noël, Toussaint, Assomption, Ascension) suivant l’indult ducardinal Battista Caprara du 9 avril 1802. Parallèlement les jours de fêtes légales augmentent par l’adjonction de fêtes civiles, le pouvoir cherchant à en limiter le nombre et à les fixer sur un: jour férié déjà existant ou le dimanche pour des raisons économiques.

La fête légale devient dès lors un jour non obligatoirement chômé (sauf en Alsace-Moselle et sauf le 1er mai dans toute la France), donnant lieu, lorsque le jour férié est travaillé, à compensation financière si les conventions de branche ou d’entreprise le prévoient et à laquelle s’attachent un certain nombre d’obligations listées dans le code du commerce (exemple : dépôt de protêt impossible si la date d’échéance tombe sur un jour férié), le code de procédure pénale, le code électoral (exemple : délai de contestation prenant en compte le jour férié).

Le_petit_Parisien 

Fêtes civiles

  • 1er janvier, Jour de l’an, nommé également « Nouvel an » : ce jour devient férié sous le 1er Empire par avis du Conseil d’État du 23 mars 1810.
  • 1er mai, fête du Travail : ce jour est, en premier, déclaré jour chômé le 23 avril 1919 en même temps qu’est ratifiée la journée de 8 heures. Pétain la travestit en « fête du Travail et de la Concorde sociale » en en faisant un jour férié, chômé et payé. L’instauration de ce jour commémorant les luttes de travailleurs n’aboutit qu’avec la loi du 30 avril 1947 (jour chômé et payé), modifiée par celle du 29 avril 1948 (« Fête du Travail »).
  • 8 mai, fête de la Victoire, commémoration de la « capitulation sans condition » (à ne pas confondre avec un armistice) de l’Allemagne nazie mettant fin à la Seconde Guerre mondiale en Europe. Déclaré jour férié de commémoration, en France, le 20 mars 1953, le caractère férié est supprimé par le président Charles de Gaulle en 1959. Par la suite, le président Giscard d’Estaing supprime également la commémoration en 1975. Ce n’est qu’en 1981 que la loi rétablit le jour férié commémoratif sous la présidence deFrançois Mitterrand.
  • 14 juillet, fête nationale française, commémoration de la fête de la Fédération, le 14 juillet 1790 qui célébrait la prise de la Bastille l’année précédente. C’est sous la 3erépublique que ce jour devient la fête nationale par la loi du 6 juillet 1880.
  • 11 novembre : armistice, jour anniversaire de l’armistice mettant fin à la Première Guerre mondiale et de commémoration annuelle de la victoire et de la paix, journée d’hommage à tous les morts pour la France.

L’histoire des fêtes françaises dans AUX SIECLES DERNIERS Proclamation_esclavage

  • 14 février : fête des amoureux, le jour de la Saint-Valentin
  • Premier dimanche de mars : fête des grands-mères
  • 8 mars : journée internationale des droits des femmes
  • Dernier dimanche d’avril : Jour du Souvenir des Déportés
  • 9 mai : Journée de l’Europe ; anniversaire de la Déclaration Schuman (9 mai 1950)
  • 10 mai : Journée annuelle de la mémoire de l’esclavage, commémoration de la reconnaissance par le Parlement français de l’esclavage comme crime contre l’humanité ; elle s’ajoute à celles de l’abolition de l’esclavage dans les régions ultramarines
  • Deuxième dimanche de mai : seconde fête nationale française ; la loi du 24 juin 1920 promulguée par le président Paul Deschanel dispose que La République française célèbre annuellement la fête de Jeanne d’Arc, fête du patriotisme, le jour anniversaire de la délivrance d’Orléans. Il sera élevé en l’honneur de Jeanne d’Arc, sur la place deRouen où elle a été brûlée vive, un monument avec cette inscription : « le peuple français reconnaissant ».
  • 5 jours en mai du mercredi au dimanche : fête de la Nature (date variable en mai, initialement le week-end le plus proche du 22 mai, Journée internationale de la biodiversité)Ibn_Badis_2 dans FONDATEURS - PATRIMOINE
  • Dernier vendredi du mois de mai : fête des voisins également nommée « Immeubles en fête » (Initialement le dernier mardi du mois de mai)
  • Dernier dimanche de mai : fête des mères. Si cette date coïncide avec celle de la Pentecôte, la fête des mères a lieu le premier dimanche de juin
  • 8 juin : journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Indochine
  • Troisième dimanche de juin : fête des pères
  • 21 juin : fête de la musique
  • 24 juin : fête de la Saint Jean
  • 23 septembre : fête de la Gastronomie
  • 25 septembre : journée nationale d’hommage aux Harkis et autres membres des formations supplétives (texte officiel)
  • Dernier week-end de septembre : Rendez-vous « Sport, Santé Bien-être »
  • Premier dimanche d’octobre : fête des familles, créée par l’ancien député UDF Yves-Claude Heno.
  • 31 octobre : Halloween, fête d’origine irlandaise, fêtée depuis peu en France. Cette fête était le réveillon du jour de l’an qui était le 1er novembre, ce soir-là les gens se déguisaient en monstres, fantômes. Halloween était devenue la 3e fête commerciale en France à partir de 2000, mais ce fut passager. Malgré tout Halloween reste assez fêtée, notamment par les enfants. Cette fête n’est pas fériée en France.
  • 20 novembre : journée internationale des droits de l’enfant (depuis 1995). Le 20 novembre 1989, l’Assemblée Générale des Nations Unies a adopté la Convention Internationale des Droits de l’enfant.
  • 5 décembre : Journée nationale d’hommage aux « morts pour la France » pendant la guerre d’Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie

 

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Fêtes religieuses

Le jeudi de l’Ascension, la fête de l’Assomption, la Toussaint et Noël sont fériés à la suite de l’arrêté du 29 germinal, an X (19 avril 1802) découlant du Concordat et loi du 9 décembre 1905 (séparation de l’église et de l’état), article 42.

La loi du 8 mars 1886 ajoute le lundi de Pâques et le lundi de Pentecôte (ces lundis ne sont pas des fêtes liturgiques mais des jours de repos qui datent du gouvernement républicain de Freycinet; la fête religieuse a quant à elle lieu le dimanche correspondant).

  • Lundi de Pâques (1 jour après Pâques) : date variable (le 6 avril en 2015 et le 28 mars en 2016)
  • Jeudi de l’Ascension (39 jours après Pâques) : date variable (le 14 mai en 2015 et le 5 mai en 2016)
  • Lundi de Pentecôte (50 jours après Pâques) : date variable (le 25 mai en 2015 et le 16 mai en 2016).
  • 15 août : Assomption (fête religieuse célébrant Marie, sainte patronne de la France dès l’Ancien Régime mais institué jour chômé par Napoléon pour fêter son anniversaire)
  • 1er novembre : la Toussaint.
  • 25 décembre : Noël.

Fêtes catholiques

Certaines fêtes sont indiquées ici comme non fériées du fait qu’elles tombent toujours un dimanche, et sont donc en pratique comme fériées.Présentation de Jésus au temple, Andrea Mantegna, 1465

  • 1er janvier : Sainte Marie, Mère de Dieu
  • 6 janvier : l’Épiphanie. Célébrée en France le premier dimanche après le 1er janvier du fait d’un indult papal.
  • Date variable : Le Baptême du Christ (ou Baptême du Seigneur), célébré en principe en France le deuxième dimanche après le 1er janvier si l’Épiphanie du Seigneur n’est pas le dimanche 7 ou 8 janvier ; dans ce cas, le Baptême du Seigneur est célébré le lendemain de l’Épiphanie le lundi 8 ou 9 janvier.
  • 2 février : Présentation du Christ au Temple (fête de tous les consacrés), ou encore Chandeleur.
  • Mardi gras (soit 47 jours avant Pâques) : veille du Carême (le 17 février en 2015, le 9 février en 2016)
  • Mercredi des Cendres (46 jours avant Pâques) : début du Carême
  • Jeudi de la Mi-Carême (à mi-chemin entre les Cendres et Pâques)
  • 19 mars : Saint Joseph patron de l’Église (mémoire décalée au samedi 18 mars quand le 19 tombe un dimanche)
  • 25 mars : Annonciation. Si le 25 mars est un dimanche, la fête est décalée au lundi 26. Et si le 25 mars tombe pendant la Semaine Sainte ou la semaine de Pâques, elle est décalée au deuxième lundi après Pâques.
  • 7 jours avant Pâques : Le Dimanche des Rameaux, le 5 avril 2009 et le 28 mars 2010
  • 2 jours avant Pâques : Le Vendredi saint, le 10 avril 2009 et le 2 avril 2010 (férié en Alsace et en Moselle)
  • Date variable : Le dimanche de Pâques (calcul expliqué dans l’article Calcul de la date de Pâques), le 12 avril 2009 et le 4 avril 2010
  • 50 jours après Pâques : Le dimanche de PentecôteKorean ancestor veneration-Jesa-01.jpg
  • Date variable : La Sainte Trinité, le 7 juin 2009 et le 30 mai 2010
  • 1er mai : Saint Joseph Artisan, patron des travailleurs
  • 24 juin: Saint Jean Baptiste
  • 29 juin: Saints Pierre et Paul
  • 2 novembre : Fête des morts
  • 10 ou 11 novembre : Saint-Martin. Fête célébrée dans le nord de la France.
  • 22 novembre : Sainte Cécile, patronne des musiciens
  • 6 décembre : Saint Nicolas
  • 8 décembre : Immaculée Conception de la Sainte Vierge
  • 26 décembre : Saint Étienne premier martyr, (férié en Alsace et en Moselle)
  • Date variable : La Sainte Famille, le dernier dimanche de décembre (ou le vendredi 30 décembre si Noël est un dimanche), le 27 décembre 2009

 

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Un fabuleux parcours sur nos terres de Légendes

Posté par francesca7 le 18 octobre 2015

 

 TERRES DE LEGENDES

 
Du vœu de Philippe-Auguste lui permettant de braver la mort, à la fontaine du Réveillon dont l’eau assure à qui la boit de revenir au toit natal sans périrsur des terres étrangères, en passant par l’invocation d’un saint Paterne ouvrant miraculeusement une chapelle murée aux fidèles qui se voient guéris de la peste, ou bien la tour de la Reine-Blanche juchée sur un souterrain recelant un trésor jamais découvert, le pays de Gisors est fertile en touchantes légendes

Dans ses Souvenirs et impressions de voyage, le vicomte Walsh décrit sa découverte de Gisors, explique s’être rendu, guidé par son ami Théodore de Ronaud, sur un pont, jeté au travers de l’Epte, qui coupe la ville en deux : sur un des parapets, consigne-t-il, s’élève une statue de la sainte Vierge.

Elle est là pour apprendre qu’un de nos plus vaillants rois, Philippe-Auguste, a failli périr dans cette petite rivière, dans une rencontre qu’il eut avec Richard Cœur de lion. Après avoir été privé de l’aide des chevaliers les plus renommés de son armée, accablé par le nombre, il avait été forcé de chercher un refuge dans Gisors ; mais, si pour charger l’ennemi, Philippe était toujours un des premiers, quand il s’agissait d’abandonner du terrain aux Anglais, il était loin d’être en tête…

 

Beaucoup de fuyards avaient donc passé avant le roi, sur le pont qui donnait alors entrée dans la ville… Et tout ce monde et tous ces chevaux l’avaient tellement ébranlé, que lorsque Philippe-Auguste fut au milieu, la voûte s’écroula , et le roi vêtu de son armure, et son cheval recouvert de son caparaçon de bataille, et les chevaliers bardés de fer qui se pressaient auprès du monarque, tombèrent pêle-mêle dans la rivière, dont les pluies d’automne avaient beaucoup grossi les eaux. Au moment d’être noyé, Philippe fit vœu à la sainte Vierge que, s’il échappait à ce péril, il lui élèverait une statue ; le vœu a été tenu.

Une croyance du pays, superstitieuse et touchante, a trait à la fontaine du Réveillon. Quand, après avoir visité le cachot du prisonnier, je me rendis à la tour de la Reine-Blanche sur le coteau de Neaufle-Saint-Martin, explique Walsh. Il faisait une extrême chaleur et, dans cette exploration, mon vieil ami me montra une source dont il vanta la fraîcheur des eaux, et m’invita à m’y désaltérer. Je suivis son conseil, et bus à longs traits à cette jolie fontaine, qui n’a pas d’autre nom dans le pays, que celui de Réveillon. Et quand je relevai la tête comme le soldat de Gédéon qui vient de boire au torrent, Théodore de Ronaud me dit :

– Je suis bien aise que tu aies bu de cette eau.

– Pourquoi ?

Un fabuleux parcours sur nos terres de Légendes dans FONDATEURS - PATRIMOINE 220px-Capitulation_de_Rouen_du_1er_juin_1204– Parce que cette eau est merveilleuse en ce point qu’il faut, quand on en boit, forcément revenir à Gisors, quelque part que l’on aille : du temps des croisades, raconte la tradition populaire, les pèlerins du canton qui avaient fait vœu de visiter la Palestine ne manquaient jamais d’aller boire au Réveillon, pour revenir au toit natal et ne pas mourir aux terres étrangères.

Du temps de l’Empire, alors que les jeunes Français étaient mis en coupe réglée, et que la gloire les emportait au loin, sur les pas du grand empereur, les mères des conscrits menaient leurs fils à la source qui rappelle, et leur faisaient boire de ses eaux. Touchante superstition que celle-là ! et si par hasard je m’étais trouvé sur le chemin d’une de ces femmes naïves et crédules, je n’aurais pas voulu, pour tout au monde, démontrer à la pauvre mère que les eaux du Réveillon n’avaient point de vertu particulière, point de puissance surnaturelle pour faire revenir au pays natal celui qui s’en est éloigné.

Quittant Gisors et Théodore, Walsh nous rend ainsi compte de la suite de son périple : je passai devant le beau château de Saint-Paër, qui appartenait naguère au vicomte d’Arlincourt, et qui va être démoli par la bande noire. Cette bande noire, mes jeunes amis, vous ne la connaissez peut-être pas, et si elle n’a rien détruit de vos souvenirs, rien abattu de vos manoirs de famille, je vous en félicite. Il y a en France, et un peu partout aujourd’hui, toute une classe d’hommes qui placent l’argent avant tout, et qui n’adorent qu’un Dieu : l’or !

Ces hommes ne tiennent aucun compte de ce qui ne rapporte pas, et n’estiment que ce qui augmente leur revenu ; vous leur diriez : N’ensemencez pas ce morceau de terre, n’y mettez pas à paître vos bestiaux, c’est de la terre sainte, c’est sous cette herbe que sont les cercueils de votre père et de votre mère ; ils la laboureraient !.. Cette église, que le temps et les prières des fidèles ont consacrée depuis six siècles ; cette antique et noble demeure, que la chevalerie a illustrée ; ne leur dites pas qu’elles doivent être conservées au pays, à cause de leurs vieux souvenirs, car ils se mettraient à éclater d’un stupide rire, et vous demanderaient ce que rapportent les souvenirs.

La bande noire se compose de ces hommes, et depuis quarante ans ce qui est tombé sous ses pics de fer est immense !… Ces impitoyables travailleurs ont couvert la France de la poussière qu’ils faisaient en abattant, en démolissant palais, églises, tombeaux, arcs de triomphe, oratoires des chemins, et hôpitaux des pauvres ! Ces hommes vont se mettre à l’ouvrage à Saint-Paër, et n’y laisseront pas pierre sur pierre. Alors le cœur du noble écrivain qui a vécu là saignera cruellement, et les pauvres seront tout déroutés dans leur misère, parce qu’ils n’y trouveront plus la Providence qui les y avait longtemps secourus !…

Voici ce que la tradition raconte de la chapelle de Saint-Paër, qui, ainsi que le château, va être démolie. Le saint sous l’invocation duquel était placé cet oratoire, était saint Paterne, fameux dans la contrée par les miracles qu’il y a faits, toujours en faveur des pauvres, des malades et des affligés.

Or, il arriva une année, que le pays de Normandie fut ravagé par de cruelles maladies ; il y avait tant de morts, que les cimetières devenaient trop petits, et que dans bien des paroisses il n’y avait plus de prêtres pour administrer les mourants, plus de fossoyeurs pour enterrer les morts. Ceux que le mal n’avait pas encore atteints, ceux qui souffraient déjà, mais qui pouvaient encore marcher, les femmes, les enfants, les vieillards, les riches chevauchant, les pauvres à pieds, venaient en pèlerinage à la chapelle de Saint-Paër.

Au commencement du fléau, le seigneur châtelain avait ouvert les barrières de son avenue et le porche de sa cour à cette pieuse affluence… Mais, au bout de quelques semaines, l’enceinte de son château devint semblable à celle d’un hôpital. Couchés sur de la paille, abrités par des draps tendus sur des perches coupées dans les bois, on voyait les moribonds luttant contre le mal, et les trépassés attendant la charrette des morts ; puis l’on entendait les cris et les gémissements de toute cette multitude affligée et souffrante. Ce spectacle était si attristant, et la contagion était tellement à craindre, qu’un jour le châtelain prit le parti de faire fermer aux pèlerins les cours, les grilles et la chapelle.

Alors, la foule s’irrite et maudit l’homme riche et sans entrailles qui la repousse, et qui ne veut pas qu’elle puisse prier saint Paterne, à l’endroit même où il a été enterré, et là où se sont opérés le plus de miracles. Une affreuse sédition allait éclater et ces hommes qui ressemblaient déjà à des spectres, s’étaient levés de leur paille, hideux et menaçants, quand un vieillard leur cria :

 

« Pour que Dieu nous guérisse, souvenons-nous de ses commandements ; il a dit : Tu ne tueras pas… Et si l’un de nous portait la main sur le riche qui nous ferme sa demeure, son sang versé nous serait non seulement une cause de mort, mais encore de damnation. Soyons donc résignés, pour ne pas mourir… et allons demander à nos prêtres de venir intercéder pour nous. » Les paroles du vieillard produisirent leur effet ; la colère des moribonds s’apaisa, et bientôt le châtelain n’entendit plus les cris de menace retentir sous ses fenêtres ; tous les pèlerins avaient quitté Saint-Paër… et le silence était venu s’établir là où s’étaient élevés des gémissements, des plaintes et des malédictions.

Mais le lendemain, dès l’aube du jour, le seigneur suzerain aperçut du haut de son donjon une longue procession qui s’avançait au milieu des champs que la maladie du pays avait fait laisser sans culture depuis plus de six mois. Les croix brillaient au soleil levant, et les bannières flottaient au vent du matin ; plus de dix paroisses s’étaient réunies pour venir implorer saint Paterne. Elles cheminaient en chantant les litanies, et quand la multitude chrétienne répondait, au nom de chaque saint, priez pour nous ! toutes les croix réunies n’en semblaient plus qu’une seule… Puis, par moments, des silences succédaient aux chants, et puis des chants aux silences !

Le doyen des prêtres, le curé de Bézu, marchait en tête de la procession… Il savait un sentier pour arriver à la chapelle sans passer par les cours du château, et c’était par ce côté qu’il avait dirigé la marche de gens qui, pour la plupart, semblaient être sortis du sépulcre, tant la maladie les avait rendus pâles, faibles et amaigris… O surprise ! ô douleur ! la grande porte de la chapelle est murée… et les petites portes latérales clouées, verrouillées et fermées par des barres de fer… Le curé ne perd pas courage, car il a mis sa confiance en Dieu. Il s’agenouille donc devant les grandes portes que les maçons ont bouchées pendant la nuit ; la procession entière l’imite ; et les voilà prosternés, priant ce même Seigneur qui fit jadis tomber les murs de Jéricho.

téléchargementSaint Paterne, priez pour nous ! crie le curé. Saint Paterne, guérissez-nous, répète la foule. Aussitôt la porte murée s’écroule, les petites portes s’ouvrent d’elles-mêmes, les mourants se précipitent dans la chapelle, y prient devant la sainte image du patron de la contrée, et en ressortent guéris… Mais, voyez la justice de Dieu !… La noble épouse du châtelain avait deux enfants jumeaux, entrant dans leur septième année. Jusqu’à ce moment , elle les avait préservés du mal contagieux qui désolait la province.

Ce matin-là même, elle était allée toute tremblante dire à son seigneur et maître : « Messire, vous empêchez ceux qui souffrent de venir prier dans notre chapelle, prenez garde que Dieu ne nous fasse souffrir… Hier au soir, une pauvre femme que vous avez, avec tant d’autres, renvoyée de la cour et de la porte de l’oratoire, où elle avait porté sa fille… s’est levée du seuil sacré, avec le désespoir dans l’âme, et, m’apercevant avec nos enfants à travers les vitraux, elle a haussé sa fille dans ses bras, toute raide et toute violâtre, et m’a crié : Dame châtelaine, ma fille ne serait pas morte, si ton mari ne nous avait pas chassés ; prends garde à tes enfants, car Dieu est juste ! – Laissez-moi, avait répondu rudement le seigneur de Saint-Paër, nos enfants se portent bien, cette femme n’est point prophétesse, et ces paroles ne leur porteront point malheur. »

Le châtelain se trompait quand il parlait ainsi, car soudain la femme qui avait soin du petit garçon et de la petite fille, entra dans la galerie, en s’écriant :

– Miséricorde ! miséricorde ! voilà le mal qui vient de prendre aux enfants de Messire et de Madame !…

– Je cours les porter à l’autel de saint Paterne, dit la mère effrayée…

– J’ai fait murer la porte, répondit le père.

– Vous avez voulu empêcher le saint de guérir les autres… Maintenant voudra-t-il guérir nos enfants ?

– Allez, vous qui êtes pure et pieuse comme un ange… allez ; moi, pendant ce temps, je vais prier ici, en me frappant la poitrine.

– Venez avec moi, Messire.

– Non, voyez tout ce peuple, il m’en veut de l’avoir renvoyé de notre enceinte, il me maudira et peut-être que ses malédictions retomberont sur ma fille et mon fils !

– Pour que Dieu et saint Paterne vous soient en aide, mettez, mettez l’orgueil de côté, et venez à l’oratoire.

– Allez chercher les enfants ; je vais vous suivre, dit le seigneur suzerain ;

Et, enveloppé de son manteau, le chapeau rabattu sur les yeux, il descendit les degrés de pierres de l’escalier tournant. Arrivé dans la cour, un de ses gens lui apprit comment les portes de la chapelle s’étaient miraculeusement ouvertes. « Dieu est pour eux, murmura le baron, sera-t-il pour moi ? » et il avança. Oh ! il fallait que l’amour paternel fût bien fort, bien avant dans son cœur, car alors son orgueil le faisait horriblement souffrir…

Un homme de la campagne lui barra le passage :

– Tu m’as renvoyé avant-hier de la chapelle, dit-il au châtelain, tu m’as empêché de prier, maintenant moi et tout ce peuple t’empêcherons d’aller porter tes enfants au saint qui guérit.

Hier j’ai péché, mon frère, repartit le seigneur de Saint-Paër… Laissez passer mes enfants avec leur mère… Et moi, qui ai fait murer la porte de la chapelle, je me punirai moi-même, je n’y entrerai pas, je me prosternerai en dehors, je m’humilierai pour que Dieu me pardonne et guérisse mon fils et ma fille.

Alors l’esprit de la multitude changea, la haine et l’exaspération s’en allèrent de toutes les âmes, et la foule, redevenant tout à coup respectueuse, se fendit pour laisser un passage au baron et à sa famille. Et, comme il venait de le dire, il n’entra point dans l’oratoire ; sa femme ses enfants, et les gens du château y pénétrèrent seuls, lui se prosterna au milieu des pierres éboulées du mur qu’il avait fait élever la veille, s’humiliant le front jusque dans la poussière, se frappant la poitrine, et priant avec ardeur.

Or, ce baron de Saint-Paër avait été jusqu’à ce jour le plus superbe, le plus orgueilleux de tous les châtelains du pays normand ; mais voyez-vous, dans le cœur d’un homme qui a des enfants, il y a quelque chose de plus fort que l’orgueil, c’est l’amour paternel… L’histoire que je viens de vous raconter vous le prouve, conclut Walsh.

Quittant le château de Saint-Paër, notre vicomte poursuit son récit. Entre Saint-Paër et Neaufles-Saint-Martin, il y a, de l’autre côté de la grande route de Paris à Rouen, une riche et belle vallée. On dit que Neaufles, en 856, était une ville considérable ; aujourd’hui, il n’en reste plus que la moitié d’une tour, mais cette moitié est encore de toute son ancienne hauteur ; on dirait que, depuis sa plate-forme jusqu’au sol, elle a été fendue en deux ; j’ai vu peu de ruines de cet effet, précise Walsh

Cette tour passe dans le pays pour avoir été habitée par la Reine Blanche, non la mère de Louis IX, mais Blanche d’Évreux, la princesse la plus accomplie de son temps, que Philippe de Valois, âgé de cinquante-six ans, épousa, alors qu’elle n’en avait que dix-sept ; cette union ne dura pas deux années, Blanche demeura veuve cinquante ans, et vécut loin des intrigues de la cour dans le château de Naufles-Saint-Martin, dont il ne reste que le débris dont je vous ai parlé, et qui s’aperçoit de bien loin au-dessus des bois qui recouvrent le coteau.

 

On prétend qu’entre la tour de Neaufles et le château de Gisors, il existait une communication souterraine. Pendant mon séjour chez mon ami Théodore de Ronaud, voici ce que j’ai lu dans le Mémorial des sciences et des arts : « La reine Blanche, assiégée dans Gisors par une armée formidable, fit une vigoureuse sortie contre les assaillants ; mais cernée par eux, et ne pouvant rentrer dans la ville, elle se réfugia au coucher du soleil, avec les chevaliers qui la suivaient, sur la montagne et dans le fort démantelé de Neaufles, à une lieue de la place. Les ennemis, campés dans la plaine, environnaient de toutes parts la tour, où ils étaient certains, au point du jour, de faire la reine prisonnière.

« L’aurore paraît, ils s’élancent impatients vers la citadelle ruinée, où Blanche ne peut s’échapper. Oh ! surprise ! Ils montent sans obstacle ; les murs sont déserts ! L’écho répond seul à leurs cris de guerre ; pas un soldat, pas une arme, pas un drapeau : les guerriers de Blanche et Blanche elle-même se sont évanouis avec l’aurore, comme les vapeurs de la vallée.

« Qui peindrait l’étonnement des soldats désespérés ? Les uns se persuadent que Blanche, protégée par les enfers, a été invisiblement enlevée avec ses troupes par les esprits du noir abîme ; les autres s’imaginent que la veille, à la chute du jour, en la poursuivant dans la vallée, ils ont été abusés parles brouillards de la rivière, qui, sans doute, à leurs yeux avaient pris la forme fantastique d’un bataillon fuyant. Tandis que sous les remparts solitaires de Neaufles, leur imagination se nourrit de fantômes et se perd en conjectures, Blanche soudain s’élance hors des murs de Gisors, fond comme la foudre sur l’ennemi épouvanté de ces sortilèges, et remporte une victoire complète.

« Comment expliquer le miracle ? Rien de plus facile ; la tour de Neaufles-Saint-Martin et la citadelle de Gisors, quoiqu’à plus d’une lieue l’une de l’autre, se communiquaient sous la vallée et la rivière qui les sépare, au moyen d’un long souterrain, et ce souterrain était inconnu à l’ennemi. »

Le long souterrain de Naufles existe encore, écrit le vicomte Walsh en 1842 : on y entrait il y a peu d’années. Dans une note d’un de ses ouvrages, le vicomte d’Arlincourt a écrit qu’un ouvrier qui a travaillé dans ces souterrains l’a assuré avoir vu et touché de belles grilles de fer ; dans le pays, parmi les gens de la campagne et parmi bien des habitants des petites villes, on prétend que d’immenses trésors sont cachés derrière ces portes de fer.

Louis Antoine François de Marchangy.pngMarchangy en avait entendu parler, et dans son Tristan le Voyageur, on lit : « Il est à savoir, mes beaux seigneurs, que de la citadelle de Gisors au château de Neaufles est un souterrain immense. On voit de loin la belle tour de la Reine-Blanche, au-dessus des bois de Saint-Eloi et de Bézu-le-Long. Aujourd’hui, ces lieux dévastés par les guerres que se firent sans cesse les rois de France et d’Angleterre sur ces frontières de leurs États, sont rendus à une nature sauvage, qui de toutes parts revient sur les plateaux agrestes, dont elle était expulsée. Les créneaux s’écroulent dans les fossés et se cachent sous la mousse et les fleurs ; l’érable perce les fortes murailles que n’avaient pu renverser les béliers ennemis ; le souterrain, fermé de vingt portes à barreaux de fer, recèle des trésors qui feraient la fortune de bien des rois.

« Il est un jour, une heure, un moment dans l’année où il est possible de pénétrer dans cette caverne profonde ; c’est tandis que le prêtre lit la généalogie de Jésus-Christ, à la messe de minuit… J’entendis des femmes qui, ne sachant ce qu’étaient devenus leurs maris, pensaient qu’ils étaient engouffrés dans cet abîme, et les appelaient à l’entrée avec des cris épouvantables. On nous raconta des aventures sinistres, qui nous firent perdre l’envie de descendre dans ce souterrain. »

(D’après « Souvenirs et impressions de voyage », paru en 1842)               

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LE COQUELICOT QUI HANTE NOS CAMPAGNES

Posté par francesca7 le 17 août 2015

 

 

fleur-coquelicotRouge écarlate et pétales de soie… par sa présence au bord des chemins de nos vacances, le coquelicot évoque l’éclat éphémère de l’été ! Il impose sa légèreté et ses couleurs vives sur tous les terrains, des grands champs de blé de Monet jusqu’à l’orée des villes. Fleur sauvage aux nombreuses vertus, le coquelicot cache bien des secrets…

Le coquelicot est connu depuis toujours pour procurer un sommeil serein. Les égyptiens disposaient des pétales dans les tombeaux pour assurer au défunt un « doux sommeil ». A ne pas confondre avec son cousin, le pavot somnifère, dont on extrait la morphine ! Le coquelicot contient lui de la rhoeadine, aux propriétés sédatives et sans accoutumance. Il était très utilisé jadis pour procurer aux enfants et aux adultes un sommeil réparateur, au point d’être appelé « l’opium inoffensif du peuple ». Il soigne avec cela la nervosité, l’hyperémotivité, les affections de la gorge et de l’appareil respiratoire.
 
Depuis 1848, la ville de Nemours utilise cette plante pour confectionner sa spécialité, une confiserie appelée… le coquelicot ! Enfin, ses graines sont utilisées en boulangerie pour parfumer les pains.

 

Le coquelicot symbolise « l’ardeur fragile » et signifie « Aimons-nous au plus tôt .

Le coquelicot se développe très vite et attire peu de prédateurs. Si vous souhaitez mettre de la couleur dans votre jardin estival, rien de plus simple : beaucoup de soleil, un sol calcaire, léger et perméable, et un arrosage classique. Pour une floraison dès le mois de mai, pensez à faire vos semis sur place en septembre. Sinon, les semis effectués au printemps verront leur floraison en juin-juillet. Pensez également à éclaircir les plants s’ils sont trop denses.
 
Pas besoin ensuite de replanter ! Grâce aux graines qui s’échappent du fruit, le coquelicot se ressème seul d’année en année, et même où bon lui semble ! Au point que sa culture peut parfois devenir difficile à maîtriser.

coquelicot3Le coquelicot dans le langage des fleurs

Dans le langage des fleurs, le coquelicot symbolise « l’ardeur fragile » et signifie « Aimons-nous au plus tôt ».

Les utilisations possibles

Les pétales s’utilisent frais ou séchés. Récoltez-les bien entendu dans un endroit vierge de toute pollution. Vous pouvez ensuite les faire sécher dans un endroit sec et aéré, sur du papier absorbant voire même les placer au micro-ondes pendant 2 ou 3 minutes ! Sachez que certaines personnes ne supportent pas le coquelicot, restez donc vigilant quant à son utilisation.
 
En salade : Vous pouvez tout d’abord rehausser vos salades avec quelques jeunes pétales de coquelicot.
 
En sirop : les pétales peuvent servir à fabriquer un sirop, aux propriétés expectorantes et antitussives.
 
En infusion : les pétales en infusion aideront à passer une nuit calme et réparatrice. Plus concentrée et appliquée tiède sur la peau, cette infusion permettra également de lutter contre les rides et d’apaiser les paupières gonflées.

Le coquelicot ou papaver rhoeas (appelé également pavot des champs, pavot sauvage ou pavot rouge) appartient à la famille des Papavéracées ou « pavots ». Compagnon des moissons, il serait arrivé depuis le Moyen-Orient jusqu’en Europe par le commerce des céréales.
 
Le coquelicot est une plante annuelle velue, à suc laiteux, dont l’apparence frêle emplit les champs (peu traités) et les bords des chemins de mai à septembre. Quatre grands pétales veloutés ornent des étamines noir bleuté. En son centre trône la capsule (le fruit), d’où s’échappent de nombreuses graines, prêtes à coloniser de nouvelles contrées !

source : http://blog.interflora.fr

 

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