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Les secrets du Savon de Marseille

Posté par francesca7 le 16 février 2016

 
 
À Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), le quartier des savonniers est ensoleillé, en plein mois de janvier. Producteurs d’huile d’olive, parfumeurs, maîtres savonniers, autrefois étaient les rois et faisaient battre le cœur de la ville. De ce passé faste, il reste encore de très belles demeures

Aujourd’hui, une usine fonctionne encore à plein temps. Chez Marius Fabre, on est savonnier depuis 115 ans. Ici on fabrique le véritable savon de Marseille. « Il est fabriqué uniquement à partir d’huiles végétales, sans aucun autre additif, sans colorant, sans conservateur, sans additif chimique donc c’est un produit naturel et qui est bon pour la peau », explique Julie Bousquet-Fabre, codirectrice de la savonnerie.

En 115 ans, la savonnerie n’a quasiment pas changé. Le processus de fabrication du savon est lui aussi très authentique. Chaque année, 1 000 tonnes de savon sortent des chaudrons Marius Fabre. Et l’aventure familiale n’est pas près de s’arrêter. Avec l’envolée du naturel et des produits bio, cette savonnerie 100% provençale a de beaux jours devant elle.

(Source : France Télévisions)

Site Internet : http://www.marius-fabre.com

Savons_de_Marseille

Le premier savonnier dans la région est recensé en 1370. La formule de ce savon a été réglementée au xviie siècle sous le roi Louis XIV. En 1688, Colbert passe un édit limitant l’utilisation du nom « savon de Marseille » aux savons fabriqués à l’huile d’olive dans la région de Marseille.

La région de Marseille compte 90 savonneries au xixe siècle et connaît son apogée en 1913 avec 180 000 tonnes produites. Après 1950, l’essor des détergents de synthèse précipite son déclin.

L’origine du savon de Marseille provient du savon originaire d’Alep en Syrie, existant depuis des milliers d’années. Le mode de fabrication de celui-ci, à base d’huile d’olive et de laurier s’est répandu à travers le bassin méditerranéen, à la suite des Croisades, en passant par l’Italie et l’Espagne, pour atteindre Marseille.

La cité phocéenne possède des manufactures de savon à partir du xiie siècle qui utilisent comme matière première l’huile d’olive extraite en Provence la plus proche. La soude, terme qui à l’époque désigne un carbonate de sodium plus ou moins pur, provient des cendres des plantes des milieux salins, en particulier la salicorne. Crescas Davin est au xive siècle le premier savonnier officiel de la ville. En 1593, Georges Prunemoyr, dépassant le stade artisanal, fonde la première fabrique marseillaise.

Au début du xviie siècle, la production des savonneries marseillaises peine à satisfaire la demande de la ville et son terroir. Le port de Marseille reçoit même des savons de Gênes et d’Alicante. Mais la guerre rompant l’approvisionnement d’Espagne, les savonniers marseillais doivent augmenter leur production de façon à pouvoir fournir l’Europe occidentale, d’abord le nord du Grand Royaume de France, les îles britanniques, la Hollande et surtout l’Allemagne, où les acheteurs pressent leurs commandes avant le grand collapsus de la Guerre de Trente Ans.

En 1660, on compte dans la ville sept fabriques dont la production annuelle s’élève à près de 20 000 tonnes. Sous Louis XIV, la qualité des productions marseillaises est telle que « le savon de Marseille » devient un nom commun. Il s’agit alors d’un savon de couleur verte qui se vend principalement en barre de 5 kg ou en pains de 20 kg.

Le 5 octobre 1688, un édit de Louis XIV, signé par Jean-Baptiste Colbert de Seignelay fils de Colbert, secrétaire de la Maison du Roi, réglemente la fabrication du savon. Selon l’article III de l’édit : « On ne pourra se servir dans la fabrique de savon, avec la barrille, soude ou cendre, d’aucune graisse, beurre ni autres matières ; mais seulement des huiles d’olives pures, et sans mélange de graisse, sous peine de confiscation des marchandises ». Les manufactures de savons doivent cesser leur activité l’été car la chaleur nuit à la qualité du savon. Le respect de cette réglementation assure la qualité du savon et fait la renommée des savonneries marseillaises.

Dans le même temps, des fabriques de savon s’installent dans la région, à Salon-de-Provence, Toulon ou Arles.

À partir de 1820, de nouvelles matières grasses sont importées et transitent par le port de Marseille. Les huiles de palme, d’arachide, de coco et de sésame en provenance d’Afrique ou du Moyen-Orient sont utilisées pour la fabrication du savon.

Les savonneries marseillaises subissent la concurrence des savonneries anglaises ou parisiennes, ces dernières emploient du suif qui donne un savon moins cher.

Au début du xxe siècle, la ville de Marseille possède quatre-vingt-dix savonneries. François Merklen fixe en 1906 la formule du savon de Marseille : 63 % d’huile de coprah ou de palme, 9 % de soude ou sel marin, 28 % d’eau. Cette industrie est florissante jusqu’à la Première Guerre mondiale où la difficulté des transports maritimes des graines porte gravement atteinte à l’activité des savonniers. En 1913, la production représente 180 000 tonnes et n’est plus que 52 817 tonnes en 1918.

Après la guerre, la savonnerie bénéficie des progrès de la mécanisation bien que la qualité du produit reste due à l’emploi des anciens procédés et la production remonte pour atteindre 120 000 tonnes en 1938. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Marseille assure encore la moitié de la production française mais les années qui suivent sont désastreuses. Le savon est supplanté par les détergents de synthèse et les savonneries marseillaises ferment les unes après les autres.

Dans la région marseillaise, seules quatre savonneries continuent à fabriquer du savon comme il se fabriquait il y a trois siècles et produisent encore le fameux cube de 600 grammes estampillé avec le nom de la savonnerie et la mention « 72 % d’huile » parmi lesquelles la Savonnerie du Midi et la savonnerie Marius Fabre.

Savonnerie

Marius Fabre est une entreprise fondée en 1900 et porte le nom de son fondateur : Marius Fabre. Aujourd’hui l’entreprise est toujours gérée par la famille Fabre, plus précisément les deux arrière-petites-filles de Marius Fabre. La savonnerie Marius Fabre emploie aujourd’hui 30 personnes mais a employé jusqu’à 70 personnes dans les années 1930.

La savonnerie Marius Fabre fait partie des quatre derniers fabricants de savons de Marseille installés dans le sud de la France à Salon de Provence (avec le Sérail, le fer à cheval et la savonnerie du midi à Marseille) et fait partie de l’Union des Professionnels du Savon de Marseille qui défend un savon de Marseille fait dans la région de Marseille, avec un process respectueux de la tradition du XVIeme siècle avec une saponification en chaudrons et uniquement avec deshuiles végétales.

En effet, l’Edit de Colbert depuis 1688 à posé les règles du vrai savon de Marseille. Les matières grasses utilisées dans le véritable savon de Marseille, sont uniquement à base d’huiles végétales, olives, coprah, palme…. et les 4 derniers fabricants du « véritable savon de Marseille » utilisent encore le procédé « marseillais » en 5 étapes et la saponification en chaudrons à ciel ouvert.

 

Le savon de Marseille est d’abord un produit de propreté dont l’usage corporel quotidien est avéré depuis plusieurs siècles, en particulier pour les mains et le visage. Il sert aussi comme nettoyant ménager et pour le lavage du linge. On trouve des paillettes de savon de Marseille pour la lessive. On l’emploie notamment pour laver le linge des personnesallergiques et des bébés parce qu’il ne contient pas d’ingrédients allergisants. Antimite et bactéricide, il a contribué à la baisse de la mortalité infantile au xixe siècle. Selon une croyance populaire, mis au fond d’un lit il éviterait d’avoir des crampes

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Les concours des villes et villages fleuris

Posté par francesca7 le 27 octobre 2015

Concours des villes fleuries

Avec 469 communes fleuries, la région Champagne-Ardenne se classe 1re. Elle est suivie par la région Rhône-Alpes avec ses 401 communes fleuries.

LES DEMARCHES

Les communes

♦ S’inscrivent au concours des Villes et Villages Fleuris auprès du Conseil Général de leur département.
♦ Organisent le cas échéant les concours communaux des maisons et jardins fleuris.  

 Les départements

♦ Recueillent les inscriptions des communes.
♦ Sélectionnent et accompagnent les communes susceptibles d’obtenir le label.
♦ Organisent le cas échéant le concours départemental des Maisons Fleuries.  

 Les régions
♦ Attribuent les trois premiers niveaux du label Villes et Villages Fleuris (1ère, 2ème, et 3ème Fleur).

♦ Sélectionnent les communes susceptibles d’être labellisées au niveau 4 Fleurs.  

 Le Cnvvf
♦ Attribue le 4ème et dernier niveau du label Villes et Villages Fleuris (4ème Fleur).
♦ Coordonne le processus de labellisation.

Le label Villes et Villages Fleuris a pour objectif de valoriser les communes qui œuvrent à la création d’un environnement favorable à l’accueil et au bien être des habitants et des touristes. 
Il récompense les actions menées par les collectivités locales en faveur d’un patrimoine végétal et naturel propice à l’amélioration de la qualité de vie.

La démarche consiste à attribuer une série de quatre fleurs qui correspondent à quatre niveaux identifiés par un référentiel d’évaluation. Ces fleurs sont apposées sur une signalétique spécifique représentée par un panneau à l’entrée de la commune.

Un circuit de « Routes Fleuries » est mis en place par le Touring Club au début des années 1950 en collaboration avec le journal horticole Rustica et l’Association des horticulteurs. Fort de ce succès et de l’engouement de l’Hexagone pour cette campagne de fleurissement, Robert Buron, ministre des Transports, des travaux Publics et du Tourisme met en oeuvre le concours national des Villes et Villages Fleuris qui voit le jour en 1959. Dès la première année, 600 communes s’inscrivent au concours. Pour satisfaire le nombre croissant de communes souhaitant participer, les inscriptions sont très rapidement confiées aux préfectures qui établissent un palmarès départemental. Une première présélection, affinée par le Délégué Régional au Tourisme sert de base pour l’attribution du label par le ministère. En 1988, dans le contexte de la décentralisation et presque trente ans après sa création, l’organisation locale du concours est confiée aux Conseil Généraux qui recueillent les inscriptions et aux Conseils Régionaux qui ont à partir de ce moment la charge d’attribuer les trois premiers niveaux du label. Le slogan « Fleurir, c’est accueillir » apparaît alors pour mobiliser ce réseau autour d’un objectif réaffirmé d’accueil
touristique. Alors que le concours est à l’origine piloté directement par les services de l’État, la coordination nationale est assurée depuis 1972 par le Comité National pour le fleurissement de la France, association loi 1901, rebaptisée Conseil National des Villes et Villages Fleuris lors d’une réforme statutaire en 2001.

La « culture de la Fleur » dans la sphère publique doit son succès au développement des sociétés d’horticulture au xixe siècle qui valorisent les qualités sanitaires et hygiéniques de la plante. Cette époque correspond aux premiers déplacements de touristes français et européens. Les visiteurs traversent le territoire pour se rendre sur leurs lieux de villégiature en utilisant le plus souvent les transports ferroviaires. Un réseau qui n’a pas été conçu à l’origine pour les déplacements touristiques et qui n’offre donc que très rarement les agréments attendus par une clientèle touristique naissante. C’est dans ce contexte que le Touring Club de France institue un concours pour encourager les chefs de gares et les hôteliers à fleurir leurs lieux d’accueil et à soigner la propreté de ces lieux. Fort du succès de cette opération, le Touring Club de France étend la démarche aux communes et organise dès les années 1920 le concours des « Villages Coquets» qui sera interrompu en 1939.

Les concours des villes et villages fleuris dans VILLAGES de FRANCE 220px-Parc_floral_des_Thermes_%28Aix_les-Bains%29_-_DSC05145Riche de plus de 50 ans d’histoire, le label des villes et villages fleuris mobilise près d’un tiers des communes françaises, plus de 4 000 d’entre elles sont labellisées. 

Evoluant avec les attentes des citoyens, le label s’engage aujourd’hui sur les enjeux tels que la qualité de l’accueil, le  respect de l’environnement et la préservation du lien social.


Certaines communes sont de grandes villes bien connues, d’autres de petits villages.


 
Vous serez de toutes façons séduits par leur charme et leurs atouts ! voir le site : http://www.villes-et-villages-fleuris.com/index.php

 

 

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Henri III, un homme à femmes

Posté par francesca7 le 17 juin 2015

 

Henry_III,_of_France_and_the_princess_Louise_of_LorraineCela peut étonner car, dans la mémoire collective, Henri III est demeuré celui qui entretenait des mignons, terme dont l’histoire oublie volontiers qu’il est dépourvu, à cette époque, de la connotation homosexuelle qu’on lui donne aujourd’hui.

Certes, les favoris d’Henri III se fardent et se poudrent (comme tous ceux qui aujourd’hui passent à la télévision…), mais ce sont, comme leur protecteur, de fameux coureurs de jupons et des soldats qui savent prouver leur valeur sur le champ de bataille. La mort du duc de Joyeuse, le premier mignon du roi, en est l’exemple.

Ils n’ont rien d’efféminé, ces mignons, malgré leurs anneaux aux oreilles, leurs dentelles et fanfreluches. La vérité, c’est qu’on tolère mal, dans une cour qui a toujours promu la virilité brute et considéré le raffinement comme de la faiblesse, le penchant d’Henri III et de son entourage pour la culture, pour l’élévation de l’esprit, pour l’insouciance inspirée d’une fête sans limite.

Henri III se dégage des reliefs de la féodalité musclée et machiste en cultivant une image différente, des apparences qu’une lecture myope et orientée s’empresse de faire basculer dans une famille de comportements qui a fait au long des siècles les frais d’un inexplicable instinct d’agression meurtrière. Le nazisme ne fut pas en reste dans ce domaine…

Concernant les femmes, le dernier des Valois n’a rien à envier à son successeur le premier des Bourbons, Henri IV, surnommé le Vert Galant. Les contemporains d’Henri III nous ont décrit le roi comme un homme aimant beaucoup les femmes. Peu connues, jamais aucune d’elle ne reçut le titre de maîtresse officielle. Mais leur fréquentation assidue porta préjudice tout autant à sa réputation qu’à sa santé – un ambassadeur italien allant jusqu’à écrire que « le roi eut quelques maladies pour avoir fréquenté dans sa jeunesse trop familièrement les femmes ». 

Le 21 février, le jeune prince de 23 ans est sacré roi, mais refuse d’épouser Anna Jagellon, sœur de Sigismond II Auguste, une femme quinquagénaire qu’il juge « laide ».

Il apprend par une lettre le 14 juin 1574 la mort de son frère Charles, et songe alors à quitter la Pologne. Un roi de Pologne n’a pas autant de pouvoir qu’un roi de France et Henri regrette la cour de France réputée dans toute l’Europe pour ses fêtes. Sans la permission de la diète polonaise, il s’échappe en catimini dans la nuit du 18 juin 1574 du palais royal du Wawel.

Après un interrègne de dix-huit mois, la diète élira un nouveau roi de Pologne en la personne du souverain de la Transylvanie Étienne Bathory (1575).

Henri arrive à Vienne en Autriche, le 23 juin où il rencontre l’empereur Maximilien II. La capitale autrichienne l’accueille avec faste et il y dépense près de 150 000 écus. Il atteint ensuite l’Italie et s’y arrête plus longuement.

La magnificence avec laquelle la République de Venise le reçoit à son tour émerveille le jeune souverain. Il a peut-être là une brève liaison avec la courtisane Veronica Franco. Il passe ensuite à Padoue, Ferrare et Mantoue. En août, il est à Monza où il rencontre Charles Borromée qui l’impressionne vivement. À Turin, Henri III retrouve sa tante Marguerite de France, puis le duc de Savoie vient le chercher pour l’emmener à Chambéry. Il traverse donc les Alpes à bord d’une litière vitrée. Il rapporte certaines modes, notamment selon la légende celle de lafourchette.

Il arrive à Chambéry le 2 septembre 1574 où il retrouve son frère François d’Alençon et son cousin Henri de Navarre. Le 6 septembre il est accueilli à Lyon par sa mère. Il souhaite l’annulation du mariage de Marie de Clèves afin de l’épouser, mais le 30 octobre, alors qu’il vient d’arriver à Avignon, il apprend la mort de celle-ci. Cette nouvelle l’anéantit et il refuse de s’alimenter pendant dix jours.

Le 13 février 1575, Henri troisième du nom, est sacré dans la cathédrale de Reims par le cardinal de Guise. Lors du sacre la couronne de sacre, à plusieurs reprises, manque de tomber de la tête du nouveau souverain, et les célébrants oublièrent de faire jouer le Te Deum. Le 15 février, il épouse Louise de Vaudémont-Nomény, princesse de Lorraine. Il n’aura pas d’enfant de ce mariage d’amour.

Installé à Saint-Cloud dans l’attente du siège de Paris, ce 1er août 1589, vers huit heures du matin, Henri III accueille sur sa chaise percée le procureur général accompagné d’un moine dominicain ligueur, Jacques Clément, qui se dit porteur de nouvelles en provenance du Louvre. Devant l’insistance du religieux à vouloir parler en privé avec le souverain, on les laisse tous les deux seuls. Le roi se lève pour s’entretenir dans l’embrasure d’une fenêtre. Jacques Clément en profite pour frapper le roi au bas ventre avec le couteau qu’il tenait dissimulé sous son habit. Henri III arrache le couteau de son intestin perforé et s’en sert pour frapper son assaillant en s’écriant : « Méchant moine, tu m’as tué ! ».

Henri III, un homme à femmes  dans FONDATEURS - PATRIMOINE 200px-Ball_Henri_III_detailAu bruit, les gardes du roi, les fameux Quarante-cinq, accourent, transpercent le moine de leurs épées et le jettent par la fenêtre. Dans un premier temps, les médecins minimisent la gravité de la blessure, remettent les intestins en place et recousent la plaie. Henri III parvient à dicter des lettres aux villes qui lui obéissaient afin de couper court aux rumeurs. À sa femme restée à Chenonceau, il affirme même que dans quelques jours, il monterait de nouveau à cheval. Cependant, le soir venu, la péritonite progresse et ses souffrances augmentent. Selon les règles de passation de pouvoir, il montre son cousin Henri de Navarre à l’assistance et dit « voilà votre roi ». Après une douloureuse agonie, il décède le 2 août 1589 vers 3 heures du matin. Henri de Navarre lui succède sous le nom d’Henri IV.

Henri III est le dernier souverain de la Maison capétienne de Valois, laquelle régna sur la France de 1328 à 1589.

Henri III est un homme de contrastes qui présente plusieurs facettes : celle d’un homme fier aux manières distinguées et solennelles, mais aussi celle d’un homme extravagant qui aime les divertissements et ses plaisirs. Sa personnalité est complexe. Son apparente douceur cache un esprit nerveux et inflexible.

Henri III est un homme élégant qui incarne la grâce et la majesté d’un roi. Il apprécie la mode et ses extravagances (boucles d’oreilles et fraise imposante). C’est aussi un homme d’une grande douceur qui abhorre la violence et évite toute confrontation belliqueuse. Il délaisse les activités physiques, bien qu’il soit une des plus fines lames du royaume. Son dégoût de la chasse et des activités guerrières, privilèges des nobles, comme son goût pour la propreté et l’hygiène, lui valent des critiques acerbes de la part de ses contemporains, dont beaucoup considèrent que c’est un comportement efféminé.

Éduqué dans un milieu humaniste, le roi encourage le monde des lettres en soutenant financièrement des écrivains (Desportes, Montaigne, Du Perron). Il s’adonne lui-même à la philosophie et malgré son hostilité aux protestants fait venir l’imprimeur Estienne à Paris.

Henri III est un roi plus apte à s’affairer dans son cabinet avec ses ministres qu’à guerroyer sur un champ de bataille. Ce qui ne l’empêcha point de faire plusieurs campagnes militaires et de rester ferme, donnant l’ordre d’exécuter à coups de pistolet le prince de Condé à Jarnac. C’est un homme très intelligent, qui fait généralement preuve de mansuétude vis-à-vis de ses adversaires et des villes rebelles qu’il reconquiert, recherchant des solutions diplomatiques, ce qui lui vaut parfois quelques revers.

120px-Louise_de_Lorraine dans HUMEUR DES ANCETRESSes maîtresses les plus célèbres sont Louise de La Béraudière (de plus de vingt ans son aînée), Mme d’Estrées (mère de Gabrielle d’Estrées) et Renée de Rieux, issues de la moyenne noblesse. Il fréquente également lors de son périple italien qui le ramène de Pologne en juin 1574, Veronica Franco, une courtisane vénitienne fort renommée à l’époque. À la même date, il entretient aussi une relation platonique avec la princesse de Condé, Marie de Clèves, pour qui il éprouva une passion démesurée. Sa mort survenue brutalement le 30 octobre 1574 amena le roi à prendre un deuil particulièrement ostensible qui étonna la cour.

Henri III est un homme pieux, profondément catholique. Avec l’âge, sa piété se développe. Les malheurs qui l’accablent à la fin de son règne lui donnent parfois un goût pour le macabre. Il s’adonne de manière ostentatoire aux processions des pénitents. De nature nerveuse, le roi est un grand malade. Henri III croit que ses malheurs (dont l’absence d’héritiers) et ceux de son royaume sont causés par ses péchés. Il passe donc son temps à se mortifier dans des monastères où, pendant quelques jours, il prend une retraite spirituelle.

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Une cloche pour ADANO

Posté par francesca7 le 9 mai 2015

 

 1 CLOCHE

Comment la ville se procurait-elle de l’argent en 1943 ? Eh bien voici l’affaire des balles de mousseline. Un vaisseau de la liberté était arrivé au port d’Adano et avait déchargé une cargaison de matériel de guerre : machines à cintrer, traverses de ponts, tentes et munitions. Au fond de la cale, les débardeurs avaient trouvé des ballots de mousseline blanche. Le capitaine du bateau voulait qu’on les déchargeât. Le quartier-maître du port en le voulait pas, car il n’y avait ni papiers ni lettres de consignation concernant ces ballots. Comme ils portaient l’estampille du Trésor des Etats Unis c’étaient évidemment des marchandises envoyées en lend-lease et égarées. Le commandant Joppolo, sachant que les gens de la ville s’en allaient en guenilles, dit qu’il les utiliserait. Il appela au téléphone le chef des Fournitures civiles et obtint la permission de vendre cette mousseline à un prix équitable. Il en avait mis deux ballots en vente et les quatre autres en réserve. Le manque d’étoffes dans la ville était si grand que les deux ballots avaient disparu en un rien de temps.

-          Voilà du bon travail Joppolo, dis Sa Seigneurie. Et puis ?

Venais ensuite la question des réfugiés. Le jour de l’invasion, il n’y avait que six ou sept mille habitants dans la fille, les autres s’étant réfugiés dan la montagne. Peu de jours après, on en comptait trente-deux mille environ. Cet afflux de population, très gênant pour Adano, s’expliquait par le fait qu’un grand nombre de ces réfugiés étaient des habitants de Vicinamare qui avaient fui leur ville lors des bombardements. A présent, la bataille se livrait au-delà de Vicinamare. Les réfugiés auraient voulu rentrer chez eux, mais il n’y avait pas de moyen de transport. Le commandant, rencontra un jour dans la rue un autocar allemand conduit par un soldat américain, avait eu l’idée de s’en servir. Renseignements pris l’autocar appartenait au génie ; L’officier en charge, consulté par téléphone, lui avait permis moyennant l’autorisation officielle du commandant de la base, de le mettre en circulation une fois par semaine. Quelques jours plus tard, l’autocar partait bondé d’Italiens ravis et exubérants. Mais ce rapatriement n’avait pas continué, parce que le colonel Sartorius, chef des Affaires civiles pour la province de Vicinamare, ayant appris cette initiative, s’en était montré très blessé.

-          je me demande, dit le commandant Joppolo, si le colonel Sartorius n’est pas une véritable dope !

-          Vous voulez dire qu’il prend de la drogue ? demanda lord Runcin, puisant dans sa tabatière.

-          Oh non lord. Je veux simplement dire qu’il est un abruti.

-          Dope c’est ça ? dit Sa Seigneurie qui inscrivit le mot dans son carnet. Très bon, et puis ?

-          Eh bien, lors, les habitants d’Adano étaient si contents de l’administration américaine qu’ls avaient offert, tout à fait spontanément, d’entretenir à leurs frais le petit cimetière américain aux portes de la ville ; Ils avaient construit une barrière tout autour et l’avaient peint en blanc et Russo, le vieux tailleur de pierres, faisait les dalles. Tous les dimanches, les gens de la ville portaient des fleurs sur les tombes des soldats américains morts en prenant la ville.

-          Mais dites, c’est diablement touchant, commenta Sa Seigneurie. Et puis ?

Le ravitaillement marchait bien. Un des premiers jours, le commandant avait trouvé cinq wagons de blé sur une voie de garage. Il avait fait moudre le blé et avait pu en garder un peu pour les villages voisins qui en manquaient. Il avait imposé une très lourde amende – trois mille lires – à un boulanger pour avoir fait du pain spongieux, refusé de vendre à crédit, refusé d’accepter les lires américaines et parce qu’il avait les mains sales. A partir de ce moment, le pain avait été tolérable chez tous les boulangers. Il prenait des mesures pour que les pêcheurs puissent retourner en mer. Grâce à lui, on recommençait à manger des pâtes dont on avait été privé pendant huit mois. La situation alimentaire était bonne.

-          Bravo dit Lors Runcin. Chaque fois que Sa Seigneurie prenait une prise, le commandant Joppolo la regardait avec des yeux ronds et oubliait de quoi il parlait.

-          Quoi d’autres ?

Mon Dieu, veiller à la propreté de la ville ressemblait pas mal au travail d’Hercule dans sa fameuse écurie. Heureusement, le commandant était au courant des questions sanitaires ; Lorsque les Américains étaient arrivés, le vieux balayeur chargé de l’entretien des rues avait juste assez de force pour balayer devant le palazzo et vider la boîte aux ordures du maire Nasta. Le commandant Joppolo avait à présent une équipe de quarante-cinq hommes, huit voitures pour le service de la voirie et un camion itialen qu’il avait fait transformer en voiture d’arrosage. On arrosait les rues tous les matins.

-          De l’eau ! dit Sa Seigneurie. Mais c’est absolument efféminé.

Le commandant ne compris pas l’expression, mais il la prit pour son compliment .

[…]

D’abord, on peut se rassembler dans la rue et parler comme on veut ; Il est permis d’écouter la radio. On sait que je suis juste et qu’on peut venir me trouver à toute heure à l’hôtel de ville. Le maire Nasta avait mis son heure de bureau de midi à lune heure et il fallait lui demander un rendez-vous des semaines à l’avance. Je vous ai parlé de l’entretien des rues. Oh il ya beaucoup d’améliorations et il y en aura bien d’autres, lord, si je continue à m’en occuper.

Joppolo commençait à ennuyer légèrement sa Seigneurie qui puisait de plus en plus souvent dans sa tabatière et regardait par la fenêtre :

-          Une seule chose, lord.

-          Je souhaiterais que toutes les villes n’en aient pas davantage, Joppolo.

-          Mon Dieu ce n’est pas d’une importance immédiate, lord, et je crains que cela ne vous paraisse un peu ridicule.

-          Ma mission, dit lord Runcin, en prenant majestueusement du tabac, est de donner un sens aux choses ridicules. qu’est-ce, Joppolo ?

-          La ville a besoin d’une cloque.

-          Une cloche ? Mais commandant, j’ai entendu de tels carillons ce matin que je me suis cru à Noël.

-          Celle-ci était du XIIIè siècle. A entendre parler des habitants, c’était ce que la ville possédait de plus beau. Mussolini à la prise…

Et le commandant raconta comment la cloche avait été mise en caisse et expédiée pour faire des canons, comment les habitants lui en avaient parlé, comment il avait fait une enquête et établi que la cloche avait été très probablement fondue, en tout cas se trouvaient en territoire occupé.

Le Colonel, en la personne de Sa Seigneurie, montra le bout de l’oreille .

-          Ces gens, du lord Runcin, doivent se suffire avec les cloches qu’ils ont. Nous ne pouvons nous permettre d’être sentimentaux, vous savez Joppolo. C’est une faute d’amollir la discipline en rendant les gens trop heureux.

 

Pour lire l’intégralité de ce livre de John Hersey, rejoindre le site : http://bibliothequecder.unblog.fr/2015/05/08/une-cloche-pour-adano/

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LES CONDITIONS DE TRAVAIL D’UN BUREAUCRATE EN 1880

Posté par francesca7 le 10 mars 2015

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REGLEMENT INTERIEUR D’UNE USINE vers 1880

Article 1

Piété, propreté et ponctualité font la force d’une bonne affaire.

Article 2

Notre firme ayant considérablement réduit les horaires de travail, les employés de bureau n’auront plus à être présents que de sept heures du matin à six heures du soir, et ce, les jours de semaine seulement.

Article 3

Des prières seront dites chaque matin dans le grand bureau. Les employés de bureau y seront obligatoirement présents.

Article 4

L’habillement doit être du type le plus sobre. Les employés de bureau ne se laisseront pas aller aux fantaisies des vêtements de couleurs vives ; ils ne porteront pas de bas non plus, à moins que ceux-ci ne soient convenablement raccommodés.

Article 5

Dans les bureaux, on ne portera ni manteau, ni par-dessus. Toutefois, lorsque le temps sera particulièrement rigoureux, les écharpes, cache-nez et calottes seront autorisées.

Article 6

Notre firme met un poêle à la disposition des employés de bureau. Le charbon et le bois devront être enfermés dans le coffre destiné à cet effet. Afin qu’ls puissent se chauffer, il est recommandé à chaque membre du personnel d’apporter chaque jour quatre livres de charbon durant la saison froide.

Article 7

Aucun employé de bureau ne sera autorisé à quitter la pièce sans la permission de M. le Directeur. Les appels de la nature sont cependant permis et, pour y céder, les membres du personnel pourront utiliser le jardin au-dessous de la seconde grille. Bien entendu, cet espace devra être tenu dans un ordre parfait.

Article 8

Il est strictement interdit de parler dans les heures de bureau.

Article 9

La soif de tabac, de vin ou d’alcool est une faiblesse humaine et, comme telle, est interdite à tous les membres du personnel.

Article 10

Maintenant que les heures de bureau ont été énergiquement réduites, la prise de nourriture est encore autorisée entre 11 h 30 et midi, mais en aucun cas, le travail ne devra cesser durant ce temps.

Article 11

Les employés de bureau fourniront leurs propres plumes. Un nouveau taille-plume est disponible sur demande chez M. le Directeur.

Article 12

Un sénior, désigné par M. le Directeur, sera responsable du nettoyage et de la propreté de la grande salle ainsi que du bureau directorial. Les juniors et les jeunes se présenteront à M. le Directeur quarante minutes avant les prières et resteront après l’heure de la fermeture pour procéder au nettoyage. Brosses, balais, serpillières et savon seront fournis par la Direction.

Article 13

Augmentés dernièrement, les nouveaux salaires hebdomadaires sont désormais les suivants :

Cadets (jusqu’à 11 ans)                               0,50 F

Juniors (jusqu’à 14 ans)               1,45 F

Jeunes                                                3,25 F

Employés                                          7,50 F

Séniors (après 15 ans de maison) 14,50 F

Les propriétaires reconnaissent et acceptent la générosité des nouvelles loi du Travail, mais attendent du personnel un accroissement considérable du rendement en compensation de ces conditions presque utopiques.

Extrait du règlement intérieur d’une usine de 1880

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Perruquiers sous Louis XV

Posté par francesca7 le 5 septembre 2014

 

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Le perruquier pouvait se croire, sous Louis XV, d’une importance considérable. C’était son art qui semblait assigner à chaque personnage son rang dans le monde ; on se distinguait les uns des autres par la perruque : noblesse, tiers état, clergé, autant de degrés hiérarchiques de la société, autant de perruques diverses.

Là ne se bornaient pas les attributions du perruquier : il était en rnême temps barbier, baigneur, étuviste. En un mot, il était le factotum de la toilette, le serviteur des grâces et de la beauté, par privilège du roi.

« La beauté que nous avons assignée à nos cheveux, dit un perruquier du dix-huitième siècle, est une beauté rare ; peu de personnes, surtout les hommes, se trouvent les avoir avec toutes les qualités nécessaires, dont voici les conditions, qui sont d’être raisonnablement épais et forts, d’une belle couleur châtain, plus ou moins foncée, ou d’un beau blond argenté, d’une longueur moyenne, descendant jusqu’à la moitié du dos. Il faut encore que, sans être crêpés, ils frisent naturellement, ou du moins qu’ils tiennent longtemps garnis. Les cheveux, en général, sont sujets à bien des accidents et des défauts qu’il fallait supporter ou du moins pallier avant que la perruque eût été imaginée.

« Plusieurs se trouvaient en avoir très peu ; il y a des maladies qui les font tomber ; ils se dégarnissent quelquefois sans aucune maladie apparente, de manière que non seulement les personnes âgées mais celles qui ne le sont pas encore, deviennent chauves avant le temps. Il fallait donc se résoudre à porter des calottes, coiffures tristes et plates, surtout quand aucuns cheveux ne l’accompagnent. Ce fut pour remédier à ce désagrément qu’on imagina au commencement du règne de Louis XIII d’attacher à la calotte des cheveux postiches qui parussent être les véritables.

« On parvint ensuite à lacer les cheveux dans un toilé étroit de tisserand, comme aussi dans un tissu de frangé qu’on nomme Le point de Milan. On cousait par rangées ces entrelacements sur la calotte même, rendue plus mince et plus légère ; pour cet effet, on se servait d’un canepin (l’épiderme de la peau de mouton), sur lequel on attachait une chevelure qui accompagnait le visage et tombait sur le cou : c’était alors ce qu’on appelle une perruque. » (Art du perruquier)

On faisait d’abord les perruques à tresses sur trois soies et cousues sur rubans ; puis on parvint à imiter complètement une chevelure naturelle. Cette découverte parut « si bonne et si secourable » qu’en 1656 le grand roi créa quarante-huit charges de barbiers perruquiers suivant la cour ; deux cents charges étaient établies en faveur du public. Un autre édit en ajouta deux cents autres en 1673.

La mode nouvelle fit sortir beaucoup d’argent de France ; il fallait se procurer des cheveux à l’étranger, la production indigène ne suffisant plus. Colbert s’émut de ces exportations de numéraire ; il voulut abolir l’effet dans sa cause et remplacer les perruques par des bonnets, dont on essaya même des modèles devant le roi. Les perruquiers se hâtèrent d’adresser au roi leurs doléances et représentations respectueuses : « L’argent sorti de France pour l’importation des matières premières y rentrait et au delà par l’exportation des produits manufacturés ; la ville de Paris fournissait de perruques l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre, l’Allemagne et autres États. »

Colbert abandonne le projet des bonnets, et les perruquiers grandirent en prospérité vers la fin du dix-huitième siècle, ils étaient au nombre de huit cent cinquante, avaient un prévôt, des gardes, des syndics, et charge héréditaire. « Ils ont droit et leur est attribué le commerce des cheveux en gros et en détail, comme aussi leur est permis de faire et vendre poudres, pommade, opiat pour les dents ; en un mot, tout ce qui peut servir à la propreté de la tête et du visage. »

Le rasoir étant instrument de chirurgie, le chirurgien avait aussi le droit de faire la barbe ; mais sa boutique devait être peinte en rouge ou en noir, couleur de sang ou de deuil, sur laquelle se détachaient les bassins de cuivre jaune qui servaient d’enseigne ; le perruquier avait à sa porte des bassins blancs, en étain ; la fantaisie seule choisissait la couleur de sa boutique. Et comme lui-même était moins grave, moins pesant que le barbier chirurgien !

Comme il nous paraît, dans les estampes, apprécier tous les privilèges de son art : faire les cheveux aux dames, les étager de manière à leur donner un aspect agréable, combler les lacunes et les cacher sous des nuages de poudre ; fabriquer tours, toupets, chevelures entières pour messieurs les gentilshommes, gens de cour, d’église, de justice ou d’épée ; bref, débarrasser chacun des soins journaliers du corps !

Entrez dans cette boutique où travaillent les tresseuses, où l’on monte les coiffures préférées par les merveilleux, où l’on frise en crêpe, où l’on frise en boucles, où l’on répète les nouvelles que l’on sait, où l’on invente celles qu’on ne sait pas ; faites-vous mettre suivant votre condition, votre âge et la mode du jour, les cheveux en bourse en cadenette, en catogan, à la téléchargement (5)grecque, perruque à la Fontange, à la brigadière, en bonnet, nouée à l’oreille, d’abbé, de palais, à marteaux, à simple nœud, à queue de rubans, etc.

Examinez cette collection d’outils : fers à friser (pince à longues branches à mâchoires plates en dedans), fers à toupet (à branche ronde entrant dans une creuse), cardes de toute sorte pour les cheveux, champignons à perruques, coquemard à faire chauffer l’eau, bouilloire, bouteille de fer-blanc pour porter l’eau chaude en ville, cornet à œil de verre et masque à poudrer, melons (étuis à perruque), zeste (bourse à tuyau pour poudrer), etc., etc.

Regardez, écoutez, n’oubliez pas que cet artiste en cheveux est en même temps votre barbier, votre baigneur, qu’il descend peut-être du grand Binette (celui qui disait : Je dépouille la tête des sujets pour en couvrir celle du souverain) ; que peut-être vous vous trouvez dans la boutique de maître André, fabricant de perruques et de vers tragiques à la manière de ceux-ci :

En tel état que j’aille, à pied comme en carrosse,
Il m’en souviendra du – premier jour de mes noces.

Quant aux perruquiers en vieux, ils ne rasaient point : ils n’étaient pas de barberie ; au lieu de bassins, ils avaient pour enseigne un marmot, espèce de vieille tête de bois avec une très vieille perruque. Ils pouvaient faire du neuf, mais à condition de mêler du crin aux vrais cheveux et de mettre au fond de la coiffe cette inscription : perruque mêlée. C’étaient les perruquiers des pauvres gens.

(D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1862)

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La propreté des Rois du 18ème siècle

Posté par francesca7 le 11 août 2014

Il faut nous résigner à cette déplaisante constatation : nos pères étaient sales. Montaigne qui, en sa qualité d’original, estimait le « baigner salubre », blâmait fort ses contemporains « de tenir leurs membres encroustés et leurs pores estoupés de crasse ».

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Cette acceptation de la « pouacrerie » avait encore progressé du XVIe au XVIIe siècle ; quand Louis XIV apparaissait dans la Galerie des Glaces, costumé en dieu et couvert de tant de diamants qu’il fléchissait sous leur poids… il ne s’était pas lavé le matin !

Au XVIIIe siècle, la propreté n’avait pas plus d’adeptes ; et l’on pense tout de suite à ce que devait être ce merveilleux Versailles où s’entassaient, tant bien que mal, dix mille personnes pour qui le savon et l’éponge étaient accessoires insolites.
Ainsi, ces boiseries si joliment fouillées se patinaient au contact de mains malpropres ; dans ces boudoirs qui semblent faits pour servir de temples aux amours, flottaient des odeurs suspectes ; les hôtes de ces pompeuses chambres, au sortir de leurs lits surmontés de dais à bouquets de plumes blanches, enfilaient tout droit leurs chausses et coiffaient leurs huileuses perruques.

En fait de matériel de toilette, rien : si ce n’est, sur quelque commode pansue, une de ces minuscules cuvettes, grande comme un bol, et un de ces pots à eau pour poupée, tels qu’en représentent certains tableaux de Boilly.

On trouve bien, çà et.là, dans cet inextricable dédale, quelques salles de bains ; Louis XV en possède une, charmante, encore aujourd’hui intacte, et sur laquelle les travaux de Pierre de Nolhac nous ont complètement renseignés ; la Dauphine, Mme du Barry, la comtesse de Provence jouissent du même avantage, évidemment réservé aux raffinés ou du moins aux très gros personnages. Mais les autres?

Et cela n’est encore qu’un des moindres inconvénients. Si les cabinets de bains ou de toilette sont objets de grand luxe, d’autres cabinets, non moins indispensables, sont tout à fait inconnus; et alors… on a de grands parapluies de cuir qu’on ouvre pour traverser les cours et sous lesquels on se met à l’abri de ce qui tombe des fenêtres.

La Morandière écrivait en 1764

Le tableau qu’il trace de Versailles est celui d’une sentine. C’est, note-t-il, « le réceptacle de toutes les horreurs de l’humanité… Le parc, les jardins, le château même font soulever le coeur par leurs mauvaises odeurs. Les passages de communications, les cours, les bâtiments en ailes, les corridors sont remplis d’urines et de matières fécales ; au pied même de l’aile des ministres, un charcutier saigne et grille ses porcs tous les matins ; l’avenue de Saint-Cloud est couverte d’eaux croupissantes et de chats morts ».

Il faut en passer et non des moins typiques. Jusqu’à la porte même de la chambre du roi montait l’infection ; là, derrière un paravent, un gros suisse vivait, cuisinait son déjeuner, mangeait, dormait et… digérait.
On défendait, il est vrai, de fumer dans la Grande Galerie, mais on y rencontrait des bestiaux ! Oui, les princes et princesses de la famille royale — « et quelques autres aussi, par grâce » — avaient le droit de faire venir jusqu’à leurs appartements des vaches, chèvres et ânesses, afin de boire du lait frais…

Vers 1830, Viollet-le-Duc, encore étudiant, visita un jour le ,château de Versailles en compagnie d’une vieille marquise qui avait connu la Cour en ses beaux jours d’avant 89.

La noble dame ne s’y retrouvait plus ; certes, elle reconnaissait bien les grands salons et les galeries d’apparat ; mais quand on pénétra dans les petits appartements, elle s’avoua perdue et désorientée. Ces enfilades de pièces démeublées et nettes ne lui rappelaient rien.

Enfin, l’on parvint à un endroit où un tuyau de décharge, crevé par la gelée, avait inondé le parquet d’immondices. L’infection était à faire reculer ; la vieille marquise poussa un cri dé joie :
— Ah ! je m’y revois, dit-elle ; voilà le Versailles de mon temps… C’était partout comme cela!

 

http://www.histoire-en-questions.fr

 

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L’élixir de bonne santé depuis le XVème siècle

Posté par francesca7 le 12 avril 2014

 

L’eau de Sainte Rita

Au printemps, on constate une montée de l’acidité et les troubles les plus fréquents sont :

● Conjonctivites (hyper-acidité du liquide lacrymal) aggravées par les pollens
● Allergies saisonnières (pollinoses)
● Encombrement des muqueuses ORL (rhino-pharyngite, sinusite, bronchite)
● Troubles musculaires ou tendineux
● Crises de colique hépatique ou calculs vésiculaires
● Fatigue saisonnière

Les toxines, les déchets et résidus font parties intégrantes de la vie de l’organisme. Ils sont produits par le métabolisme et tout ce qui rentre dans le corps eau, aliments, air, médicaments.

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Le drainage c’est la propreté intérieure.

La nature et ses plantes sont là pour nous aider. Le drainage c’est l’affaire de notre corps. Les facteurs émotionnels de  base peur, colère, ressassement, tristesse et excitation influent très fortement le comportement de nos organes au point de troubler, arrêter ou emballer une fonction. Le drainage est une action spécifique de la phytothérapie, agissant par stimulation d’un organe ou d’une fonction et est d’origine très ancienne (héritage de la médecine hippocratique).

Le drainage ici sera non pas considéré comme un traitement mais comme entretien et nettoyage d’un organisme sain. Le printemps est la saison spécifique pour effectuer un nettoyage de l’organisme. Le drainage peut se comparer aux entretiens réguliers que l’on doit effectuer sur un véhicule.

Point important : il y a des règles à respecter

● Le drainage doit être discontinu : en général par cure de 3 semaines que l’on pratique en période de lune décroissante.

● Le drainage peut entraîner la réactivation de certains symptômes (démangeaisons, éruptions cutanées) liés au « déblocage émonctoriel » : stopper la cure jusqu’à  normalisation, diminuer les doses.

● Contre-indications au drainage :
– Lorsque l’état de l’organe émonctoriel est faible ou présente un aspect lésionnel (ex : insuffisance rénale).
– Lorsqu’il existe un état hyperinflammatoire, agitation, fièvre, infections aiguës.
– La grossesse et l’allaitement.

  • L’Eau de Sainte Rita, qui agit en douceur sur tous les émonctoires, est particulièrement adaptée à la cure saisonnière.Elle est d’autant plus intéressante qu’en plus de « nettoyer » votre organisme, elle va permettre de rééquilibrer « tout » ce qui est en déséquilibre : fatigue, stress, dépression saisonnière, système hormonal, endocrinien et aider votre corps à trouver le tonus nécessaire pour entrer dans cette nouvelle saison où tout « explose » dans la nature.

Nous sommes toujours heureux et impatients de retrouver les beaux jours annoncés par l’arrivée du printemps mais en même temps notre corps doit avoir l’énergie nécessaire pour ce grand réveil après l’hibernation.

Chantal MENIAUD est docteur en pharmacie et enseignante à L’ELPM 
Le tarif d’une cure (1 mois soit 2 flacons de 250 ml) est de 41 euros. 
Le prix du flacon seul est de 22,50 euros.

Commandes : www.eaudesainterita.com ou magasins revendeurs (liste sur notre site dans la rubrique « points de vente »).
+ d’infos  : 
eaudesainterita@gmail.com

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L’amateur de livres

Posté par francesca7 le 7 avril 2014

 

par
Charles Nodier

~ * ~

QUICONQUE est loup agisse en loup,
C’est le plus certain de beaucoup.

220px-Latin_dictionaryCe que La Fontaine a dit du loup, je le dirai volontiers du pédant. Savez-vous rien de plus lourd qu’un pédant qui veut être léger, de plus maussade qu’un pédant qui veut être gracieux ? et s’il me prenait envie de faire de l’esprit en huit pages, moi qui ai juste ce qu’il faut d’esprit pour distinguer le prétérit de l’aoriste, ne me renverriez-vous pas à mes diphtongues ?

J’aime mieux vous prévenir tout d’abord que cet article sera piquant comme un colloque de Mathurin Cordier ou comme un chapitre de Despautère. Dieu, la nature et l’Académie ont renfermé mon imagination dans ces étroites limites qu’elle ne franchira plus. Plus heureux que moi, qui ne peux me dispenser d’écrire, puisque ainsi l’a décidé un libraire trop exigeant, vous pouvez vous dispenser de me lire. Son dessin était fait, sa planche était tirée, il ne manquait plus qu’une longue et inutile élucubration à sa livraison incomplète. Eh bien ! la voici : mais vous y chercheriez inutilement un de ces portraits ingénieux auxquels vos écrivains favoris vous ont accoutumé. Si vous êtes curieux de voir le bouquiniste représenté dans une esquisse fine et originale, n’allez pas plus loin, je vous prie, et tenez-vous-en au modeste conseil de Mathieu Laensbergh : « Voyez-en la représentation ci-contre. »

L’amateur de livres est un type qu’il est important de saisir, car tout présage qu’il va bientôt s’effacer. Le livre imprimé n’existe que depuis quatre cents ans tout au plus, et il s’accumule déjà dans certains pays de manière à mettre en péril le vieil équilibre du globe. La civilisation est arrivée à la plus inattendue de ses périodes, l’âge du papier. Depuis que tout le monde fait le livre, personne n’est fort empressé de l’acheter. Nos jeunes auteurs sont d’ailleurs en mesure de se fournir à eux seuls d’une bibliothèque complète. Il n’y a qu’à les laisser faire.

A considérer l’amateur de livres comme une espèce qui se subdivise en nombreuses variétés, le premier rang de cette ingénieuse et capricieuse famille est dû au bibliophile.

Le bibliophile est un homme doué de quelque esprit et de quelque goût, qui prend plaisir aux oeuvres du génie, de l’imagination et du sentiment. Il aime cette muette conversation des grands esprits qui n’exige pas de frais de réciprocité, que l’on commence où l’on veut, que l’on quitte sans impolitesse, qu’on renoue sans se rendre importun ; et, de l’amour de cet auteur absent dont l’artifice de l’écriture lui a rendu le langage, il est arrivé sans s’en apercevoir à l’amour du symbole matériel qui le représente. Il aime le livre comme un ami aime le portrait d’un ami, comme un amant aime le portrait de sa maîtresse ; et, comme l’amant, il aime à orner ce qu’il aime. Il se ferait scrupule de laisser le volume précieux, qui a comblé son coeur de jouissances si pures, sous les tristes livrées de la misère, quand il peut lui accorder le luxe du tapis et du maroquin. Sa bibliothèque resplendit de dentelles d’or comme la toilette d’une favorite ; et, par leur apparence extérieure elle-même, ses livres sont dignes des regards des consuls, ainsi que le souhaitait Virgile.

Alexandre était bibliophile. Quand la victoire eut placé dans ses mains les riches cassettes de Darius, il pouvait y renfermer les plus rares trésors de la Perse. Il y déposa les oeuvres d’Homère.

Les bibliophiles s’en vont comme les rois. Autrefois les rois étaient bibliophiles. C’est à leurs soins que nous devons tant de manuscrits inestimables dont une munificence éclairée multipliait les copies. Alcuin fut le Gruthuyse de Charlemagne, comme Gruthuyse l’Alcuin des ducs de Bourgogne. Les beaux livres de François Ier porteront aussi loin que ses monuments la renommée de ses salamandres. Henri II confiait le secret de son chiffre amoureux aux magnifiques reliures de sa librairie, comme aux somptueuses décorations de ses palais. Les volumes qui ont appartenu à Anne d’Autriche, font encore, par leur chaste et noble élégance, les délices des connaisseurs.

L’amateur de livres dans ARTISANAT FRANCAIS 220px-Honor%C3%A9_Daumier_007Les grands seigneurs et les gens notables de l’état se conformaient au goût du souverain. Il y avait alors autant d’opulentes bibliothèques que de familles à écussons et à pannonceaux. Les Guise, les d’Urfé, les de Thou, les Richelieu, les Mazarin, les Bignon, les Molé, les Pasquier, les Séguier, les Colbert, les Lamoignon, les d’Estrées, les d’Aumont, les la Vallière, ont rivalisé, presque jusqu’à nos jours, d’utiles et savantes richesses ; et je nomme au hasard quelques-uns de ces nobles bibliophiles pour m’épargner le soin fastidieux de nommer tout le monde. Nos successeurs ne seront pas si embarrassés.

Bien plus, la finance elle-même, la finance aima les livres ! elle a beaucoup changé depuis. Le trésorier Grollier influa plus à lui seul sur les progrès de la typographie et de la reliure que ne le feront jamais nos chétives médailles et nos budgets littéraires, si économes pour les lettres. Son exemple fut suivi de Zamet à Montauron, et de celui-ci à Samuel Bernard, Paris et Crevenna. Un simple marchand de bois, M. Girardot de Préfond, releva sa noblesse un peu équivoque par cet honorable emploi de l’argent, qui lui assure du moins l’immortalité des bibliographies et des catalogues. Nos banquiers n’en sont pas jaloux.

Il y a quelque temps qu’un de mes amis visitait un de ces capitalistes à millions, entre les mains desquels circulent incessamment tous les trésors de l’industrie et du commerce, pour y rentrer augmentés d’une large récolte d’or. Impatient d’échapper au faste qui l’éblouissait, il témoigna le désir de se réfugier dans la bibliothèque : « La bibliothèque ? dit le Crésus, n’allez pas plus loin, la voici. » Cette bibliothèque se réduisait en effet à un portefeuille énorme, enflé de billets de banque. « Pensez-vous, ajouta le financier avec la fatuité railleuse d’un sot qui a eu l’esprit de devenir riche, que les bibliothèques les plus célèbres du monde renferment un volume de cette valeur ? » Il n’y a rien à répondre à cette question, sinon que l’homme qui possède un pareil volume est bien malheureux de ne pas trouver du plaisir à en acheter d’autres.

Le bibliophile ne se trouve plus dans ces classes élevées de notre société progressantes (je vous demande pardon pour ce hideux participe, mais il passera, si vous voulez bien le permettre, avec le verbe progresser) ; le bibliophile de notre époque, c’est le savant, le littérateur, l’artiste, le petit propriétaire à modiques ressources ou à fortune congrue, qui se désennuie dans le commerce des livres de l’insipidité du commerce des hommes, et qu’un goût déplacé peut-être, mais innocent, console plus ou moins de la fausseté de nos autres affections. Mais ce n’est pas lui qui pourra former d’importantes collections, et trop heureux, hélas ! si ses yeux mourants s’arrêtent encore un moment sur la sienne ; trop heureux s’il laisse ce faible héritage à ses enfants ! J’en connais un, et je vous dirais son nom si je voulais, qui a passé cinquante ans de sa laborieuse existence à travailler pour se composer une bibliothèque, et à vendre sa bibliothèque pour vivre. Voilà le bibliophile, et je vous notifie que c’est un des derniers de l’espèce. Aujourd’hui l’amour de l’argent a prévalu : les livres ne portent point d’intérêt.

L’opposé du bibliophile, c’est le bibliophobe. Nos grands seigneurs de la politique, nos grands seigneurs de la banque, nos grands hommes d’état, nos grands hommes de lettres sont généralement bibliophobes. Pour cette aristocratie imposante que les heureux perfectionnements de la civilisation ont fait prévaloir, l’éducation et les lumières du genre humain datent tout au plus de Voltaire. Voltaire est à leurs yeux un mythe dans lequel se résument l’invention des lettres par Trismégiste, et l’invention de l’imprimerie par Guttemberg. Comme tout est dans Voltaire, le bibliophobe ne se ferait pas plus de scrupule qu’Omar de brûler la bibliothèque d’Alexandrie. Ce n’est pas que le bibliophobe lise Voltaire, il s’en garde bien ; mais il se félicite de trouver en Voltaire un prétexte spécieux à son dédain universel pour les livres. A l’avis du bibliophobe, tout ce qui n’est plus brochure est déjà bouquin ; le bibliophobe ne tolère sur les tablettes négligées de son cabinet que le papier qui sue et les pages qui maculent, sauf à se débarrasser de ce fatras de chiffons humides, tribut stérile de quelques muses affamées, entre les mains du colporteur qui les paie au-dessous du poids ; car le bibliophobe reçoit l’hommage d’un livre et le vend. Je n’ai pas besoin de dire qu’il ne le lit pas et qu’il ne le paie jamais.

Il y a quelque dizaine d’années qu’un étranger, homme de génie, se trouva surpris dans un café de Paris, à la suite de son déjeuner, par un de ces désappointements ridicules auxquels les esprits profondément préoccupés sont trop sujets. Il avait oublié sa bourse, et cherchait inutilement dans son portefeuille un misérable poundégaré, quand ses yeux tombèrent, parmi les adresses éparses dans son album, sur celle de je ne sais quel seigneur suzerain d’un million d’écus, dont la porte était voisine. Il écrit au noble Turcaret, lui demande 20 francs d’emprunt pour une heure, charge un garçon de sa lettre, attend, et reçoit pour toute réponse le noninflexible du cardinal à Maynard. Un ami providentiel survient heureusement, et le tire d’embarras. Cette anecdote est jusqu’ici  trop commune pour mériter qu’on la raconte, mais elle n’est pas finie. L’homme de génie devint célèbre, ce qui arrive quelquefois au génie, et puis il mourut, ce qui arrive toujours, tôt ou tard, à tout le monde. La renommée de ses ouvrages pénétra jusque dans les salons de la Banque, et le prix de ses autographes, qui ne fut pas coté à la Bourse, fit quelque sensation dans les ventes. Je l’ai vu, ce noble et utile appel à l’urbanité française, se payer 150 fr. dans un encan où le richard l’avait furtivement glissé, pour tenter le caprice des amateurs, et je serais bien étonné si ce petit capital n’était pas triplé aujourd’hui dans des mains si discrètes et si intelligentes. Ceci prouve qu’un bienfait refusé n’est pas plus perdu qu’un autre. On sait que j’ai toujours aimé à mêler quelque trait de morale dans mes moindres historiettes.

Il est une espèce de bibliophobe auquel je puis pardonner sa brutale antipathie contre les livres, la plus délicieuse de toutes les choses du monde après les femmes, les fleurs, les papillons et les marionnettes ; c’est l’homme sage, sensible et peu cultivé, qui a pris les livres en horreur pour l’abus qu’on en fait et pour le mal qu’ils font. Tel était mon noble et vieux compagnon d’infortune, le commandeur de Valois, quand il me disait, en détournant doucement de la main le seul volume qui me fût resté (c’était, hélas ! Platon) : « Arrière, arrière, au nom de Dieu ! ce sont ces drôles-là qui ont préparé la révolution ! Aussi, ajoutait-il fièrement après avoir relevé avec quelque coquetterie le poil de sa moustache grise, je puis prendre le ciel à témoin que je n’en ai jamais lu un seul. »

Ce qui distingue le bibliophile, c’est le goût, ce tact ingénieux et délicat qui s’applique à tout, et qui donne un charme inexprimable à la vie. On oserait garantir hardiment qu’un bibliophile est un homme à peu près heureux, ou qui sait ce qu’il faudrait faire pour l’être. L’honnête et savant Urbain Chevreau a décrit merveilleusement ce bonheur, en parlant de lui-même, et je lui en fais mon compliment. Vous serez de mon avis, si vous voulez l’écouter un moment à ma place, et vous savez déjà que vous n’y perdrez pas. « Je ne m’ennuie point, dit-il, dans ma solitude, où j’ai une bibliothèque assez nombreuse pour un ermite, et admirable pour le choix des livres. On y peut trouver généralement tous les Grecs et tous les Latins, de quelque profession qu’ils aient été, orateurs, poëtes, sophistes, rhéteurs, philosophes, historiens, géographes, chronologistes, les pères de l’Église, les théologiens et les conciles. On y voit les antiquaires, les relations les plus curieuses, beaucoup d’Italiens, peu d’Espagnols, les auteurs modernes d’une réputation établie ; et le tout dans une fort grande propreté. J’y ai des tableaux, des estampes ; un grand parterre tout rempli de fleurs, des arbres fruitiers, et dans un salon, des musiciens domestiques, qui, par leur ramage, ne manquent jamais de m’éveiller, ou de me divertir dans mes repas. La maison est neuve, et bien bâtie ; l’air en est sain, et pour m’acquitter de mon devoir, j’ai trois églises à côté de mes deux portes cochères. »

Si Urbain Chevreau avait vécu du temps de Sylla, je ne sais pas trop si le sénat aurait osé proclamer Sylla le plus heureux des hommes de la terre : mais je suis porté à le croire, car il est bien probable qu’un homme comme Urbain Chevreau n’aurait pas été connu du sénat. Remarquez, en effet, que ce digne Urbain Chevreau, l’objet et le modèle de mes plus chères études, l’enchantement de mes plus agréables lectures, præsidium et dulce decus meum, a oublié ou méconnu, dans ce charmant tableau d’une existence digne d’envie, ce que sa félicité avait de plus précieux et de plus rare. Il était plus savant que les savants de son temps, qui étaient si savants ; il était plus lettré que les lettrés ; il faisait des vers qui valaient les meilleurs vers, et de la prose si pleine, si abondante et si facile, qu’on croit l’entendre quand on le lit. Que de périls à éviter ! que d’obstacles à vaincre pour être heureux ! il fut heureux parce qu’il sut se contenter de sa fortune et se passer de la gloire. On l’oublia tellement de son temps, qu’il ne fut pas de l’Académie ; mais la haine l’avait laissé en paix comme la faveur, et il mourut paisible, entre ses fleurs et ses livres, à l’âge de quatre-vingt-huit ans.

Que la terre soit légère au plus aimable et au plus érudit des bibliophiles, comme dit la petite phrase épicédique aujourd’hui consacrée. Mais que sont devenus ses livres, les livres si choisis et si propres d’Urbain Chevreau, dont aucun catalogue récent n’a fait mention ? C’est là une question vive, pressante, incisive, et dont on s’occupera beaucoup dans le monde social, quand le monde social ne s’occupera plus des sots non-sens de philosophie humanitaire et de méchante politique dont il est infatué.

Le bibliophile sait choisir les livres ; le bibliomane les entasse. Le bibliophile joint le livre au livre, après l’avoir soumis à toutes les investigations de ses sens et de son intelligence ; le bibliomane entasse les livres les uns sur les autres sans les regarder. Le bibliophile apprécie le livre, le bibliomane le pèse ou mesure. Le bibliophile procède avec une loupe, et le bibliomane avec une toise. J’en connais certains qui supputent les enrichissements de leur bibliothèque par mètres carrés. 

L’innocente et délicieuse fièvre du bibliophile est, dans le bibliomane, une maladie aiguë poussée au délire. Parvenue à ce degré fatal de paroxysme, elle n’a plus rien d’intelligent, et se confond avec toutes les manies. Je ne sais si les phrénologistes qui ont découvert tant de sottises ont découvert jusqu’ici dans l’enveloppe osseuse de notre pauvre cervelle l’instinct de collectivité, si développé dans plusieurs pauvres diables de ma connaissance. J’en ai vu un, dans ma jeunesse, qui faisait collection de bouchons de liége, anecdotiques ou historiques, et qui les avait rangés par ordre, dans son immense galetas, sous des étiquettes instructives, avec indication de l’époque plus ou moins solennelle où ils avaient été extraits de la bouteille ; exemplum ut : « M. LE MAIRE, CHAMPAGNE MOUSSEUX DE PREMIÈRE QUALITÉ ; NAISSANCE DE SA MAJESTÉ LE ROI DE ROME. » Le bibliomane doit avoir à peu près la même protubérance.

Du sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas. Du bibliophile au bibliomane, il n’y a qu’une crise. Le bibliophile devient souvent bibliomane, quand son esprit décroît ou quand sa fortune s’augmente, deux graves inconvénients auxquels les plus honnêtes gens sont exposés ; mais le premier est bien plus commun que l’autre. Mon cher et honorable maître, M. Boulard, avait été un bibliophile délicat et difficile, avant d’amasser dans six maisons à six étages six cent mille volumes de tous les formats, empilés comme les pierres des murailles cyclopéennes, c’est-à-dire sans chaux et sans ciment, mais qu’on aurait pu aussi prendre de loin pour des tumuli gaulois. C’était, en effet, de véritables bibliotaphes. Je me souviens qu’en voyageant un jour avec lui parmi ces obélisques mal calés, et dont la prudente science de M. Lebas n’avait pas assuré l’aplomb, je m’informai curieusement d’un livre unique, dont ma respectueuse amitié s’était empressée de lui céder la possession dans une vente célèbre. M. Boulard me regarda fixement, avec cet air de bonhomie gracieuse et spirituelle qui lui était particulier ; et, frappant du bout de sa canne à pomme d’or une de ces masses énormes, rudis indigestaque moles, puis une seconde et une troisième : « Il est là, me dit-il, ou bien là, ou là. » Je frémis à l’idée que la malencontreuse plaquette avait disparu pour toujours, peut-être, sous dix-huit mille in-folio, mais ce calcul ne me dit pas négliger l’intérêt de mon salut. Les piles géantes, ébranlées dans leur équilibre incertain par le bout de la canne de M. Boulard, se balançaient sur leurs bases d’une manière menaçante, et leur sommet vibra longtemps comme la flèche légère d’une cathédrale gothique, à la volée des cloches ou aux assauts de la tempête ; j’entraînai M. Boulard, et je m’enfuis avant qu’Ossa ne fût tombé sur Pélion, ou Pélion sur Ossa. Aujourd’hui même, quand je pense que les Bollandistes ont failli s’écrouler tous à la fois, et de vingt pieds de haut, sur ma tête, je ne me rappelle pas ce péril sans une pieuse horreur. Ce serait abuser des mots que d’appeler bibliothèques ces épouvantables montagnes de livres qu’on ne peut attaquer qu’avec la sape, et soutenir qu’avec l’étançon.

Monstrum horrendum, informe, ingens, cui lumen ademptum.

 dans LITTERATURE FRANCAISELe bibliophile ne doit pas se confondre avec le bouquiniste, dont nous allons parler, et cependant le bibliophile ne dédaigne pas de bouquiner quelquefois. Il sait que plus d’une perle s’est trouvée dans le fumier, et plus d’un trésor littéraire sous une grossière enveloppe. Malheureusement ces bonnes fortunes sont fort rares. Quant au bibliomane, il ne bouquine jamais, parce que bouquiner, c’est encore choisir. Le bibliomane ne choisit point, il achète.

Le bouquiniste proprement dit est ordinairement un vieux rentier ou un professeur émérite, ou un homme de lettres passé de mode, qui a conservé le goût des livres, et qui n’a pas su conserver assez d’aisance pour en acheter. Celui-là est sans cesse à la recherche de ces bouquins précieux, raræ aves in terris, que le hasard capricieux peut avoir cachés d’aventure dans la poussière d’une échoppe, diamants sans monture que le vulgaire confond avec la verroterie, et qui ne s’en distinguent qu’au regard judicieux du lapidaire. Avez-vous entendu parler de cet exemplaire de l’Imitation de Jésus-Christ, que Rousseau demandait en 1763 à son ami M. Dupeyrou, qu’il annotait, qu’il ornait de sa signature, et dont un des feuillets se trouve marqué d’une pervenche sèche, la vraie pervenche, la pervenche originale que Rousseau avait recueillie la même année sous les buissons des Charmettes ? M. de Latour est possesseur de ce bijou de modeste apparence qui ne serait pas surpayé au poids de l’or, et qui lui a coûté 75 centimes. Voilà une délicieuse conquête ! Je ne sais toutefois si je n’aimerais pas autant le vieux volume de Théagène et Chariclée, que Racine abandonna en riant à son professeur : « Vous pouvez, lui dit-il, brûler celui-là ; maintenant je le sais par coeur. » Si ce joli petit livre n’est plus sur les quais, avec la signature élégante et les notes grecques en caractères mignons qui le feront distinguer entre mille, je vous réponds qu’il y a passé. Et que diriez-vous de l’édition originale du Pédant joué de Cyrano, avec les deux scènes que vous savez, enfermées dans une large accolade, et cette simple note de Molière, griffonnée sur la marge : « Ceci est à moi. » Ce sont là les douces joies, et le plus souvent, il faut en convenir, les merveilleuses illusions du bouquiniste. Le savant M. Barbier, qui a publié tant d’excellentes choses sur les anonymes, et qui en a tant laissé à dire, avait promis une bibliographie spéciale des livres précieux ramassés pendant quarante ans sur les quais de Paris. La perte de ce manuscrit serait fort à regretter pour les lettres, et surtout pour les bouquinistes, ces habiles et ingénieux alchimistes de la littérature, qui rêvent partout la pierre philosophale, et qui en trouvent de temps en temps quelques morceaux, sans prendre grand souci de les faire enchâsser richement dans des reliures fastueuses. Le bouquiniste croit toute sa vie posséder ce que personne ne possède, et ses épaules se soulèveraient de pitié devant l’écrin du grand Mogol ; mais le bouquiniste a de puissantes raisons pour ne pas relever ses richesses de la vaine apparence d’une richesse étrangère, et il déguise son motif secret sous un prétexte assez spécieux. « La livrée de l’âge, dit-il, sied aux vieilles productions de la typographie, comme la patine au bronze antique. Le bibliophile qui envoie ses livres à Bauzonnet ressemble à un numismate qui ferait dorer ses médailles. Laissez le vert-de-gris à l’airain, et le cuir éraillé aux bouquins. » Ce qu’il y de vrai au fond de tout cela, c’est que les reliures de Bauzonnet sont fort chères, et que le bouquiniste n’est pas riche. N’enluminez pas la beauté d’un fard presque sacrilége, et n’abandonnez pas les livres aux opérations dangereuses de la restauration, quand ils peuvent s’en passer, mais croyez fermement qu’aux livres comme aux belles, la parue ne nuit en rien.

Le nom du bouquiniste est un de ces substantifs à sens double qui abondent malheureusement dans toutes les langues. On appelle également bouquiniste l’amateur qui cherche des bouquins, et le pauvre libraire en plein air qui en vend. Autrefois, le métier de celui-ci n’était pas sans considération et sans avenir. On a vu le marchand de bouquins s’élever du modeste étalage de la rue, ou de la frileuse exposition d’une échoppe nomade, jusqu’aux honneurs d’une petit boutique de six pieds carrés. Tel fut naguère ce Passard dont la mémoire vit peut-être encore dans la rue du Coq. Et qui pourrait avoir oublié Passard, avec ses cheveux coupés de près, sa courte queue en trompette, son gros oeil fauve et saillant, et le petit oeil bleu enfoncé qu’un jeu bizarre de la nature avait opposé à l’autre, pour que le signalement de Passard n’eût rien à envier à son caractère en originalité excentrique ? Lorsque Passard, l’angle droit de sa bouche relevé par une légère convulsion sardonique, était en humeur de parler ; quand son petit oeil bleu commençait à pétiller d’un feu malin qui n’enflammait jamais son gros oeil éteint, vous pouviez vous attendre à voir se dérouler devant vous toute la chronique scandaleuse de la politique et de la littérature pendant quarante années historiques. Passard, qui avait colporté, sous le bras, sa boutique ambulante, du passage des Capucines au Louvre, et du Louvre à l’Institut, avait tout vu, tout connu, tout dédaigné du haut de son orgueil de bouquiniste. Et cependant Passard n’était pas l’homme d’Horace, dicendi bona mala locutus ; il n’en était que la moitié. La mémoire de Passard ne se rappelait que le mal ; mais, avec quelle verve ironique, et quelquefois éloquente, il stigmatisait de son mépris les noms les plus illustres, c’est ce qu’il faut avoir entendu pour le croire. » Mirabeau cependant ? lui dis-je timidement un jour. – Mirabeau, me répondit fièrement Passard en se campant sur le pied droit, était un stupide polisson. » Je me hâte de déclarer, pour l’acquit de ma conscience, que ceci ne prouve rien, si Passard ne connaissait pas mieux les hommes qu’il ne connaît les livres. Ce qu’il y a d’incontestable pour les bouquinistes amateurs qui l’ont visité si souvent, c’est que sa conversation était beaucoup plus curieuse que ses bouquins.

J’ai cité Passard, bouquiniste obscur dont le nom ne brillera jamais dans une biographie ; Passard, qui est, selon toute apparence, le Brutus, le Cassius, le dernier des bouquinistes. Le bouquiniste des ponts, des quais et des boulevards, pauvre créature équivoque, anomale, étiolée, qui ne vit plus qu’à demi de ses bouquins méconnus, est tout au plus l’ombre du bouquiniste : le bouquiniste est mort.

Cette grande catastrophe sociale, la mort du bouquiniste, était un des résultats infaillibles du progrès : douce et innocente superfétation de la bonne littérature, le bouquiniste devait finir avec elle. Dans cet âge d’ignorance auquel nous avons eu le bonheur d’échapper, le libraire était, en général, un homme capable d’apprécier ses publications, qui les faisait imprimer sur un bon papier solide, élastique et sonore, et qui les faisait recouvrir, quand elles en valaient la peine, d’un bon cuir imperméable, assujetti par une bonne colle et par une bonne couture. Si le livre tombait par hasard dans le domaine du bouquiniste, il n’était pas perdu pour cela. Basane, veau ou parchemin, sa reliure brûlée et racornie aux feux du soleil, imbibée, détendue et ramollie par les averses, revêtue par le vent d’une couche épaisse de poussière qui devient de la boue quand il pleut, protégeait longtemps encore, sous un abri fort disgracieux au regard, les visions du philosophe ou les rêveries du poëte. Aujourd’hui, ce n’est plus cela. Le libraire du progrès sait que la gloire viagère des livres qu’il publie n’a guère plus de durée probable que la vie des moucherons du fleuve Hypanis, et qu’à peine baptisée par la réclame, elle sera enterrée dans trois jours avec le feuilleton. Il couvre d’un papier jaune ou vert son papier blanc noirci d’encre, et il abandonne le spongieux chiffon à toutes les intempéries des éléments. Un mois après le honteux volume gît dans les caisses de l’étalagiste, à la merci d’une belle pluie matinale. Il s’humecte, s’abreuve, se tord, se marbre çà et là de larges zônes mordorées, retourne peu à peu à l’état de bouillie dont il est sorti, et n’a presque plus de préparation à subir pour tomber sous le pilon du cartonnier. L’histoire des livres du progrès est tout entière là-dedans.

Le bouquiniste aux vieux et nobles bouquins n’a rien de commun avec ce triste marchand de papier mouillé qui étale, en haillons moisissants, quelques lambeaux de livres nouveaux. Le bouquiniste est mort, vous dis-je, – et quant aux brochures qui ont remplacé ses bouquins, il n’en restera pas de souvenir dans vingt ans. On peut bien m’en croire, car j’y suis pour trente volumes.

Et puis faites-moi la grâce de me le dire, si vous le savez, que restera-t-il dans vingt ans ?                                   

CHARLES NODIER.

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L’amateur de livres par Charles Nodier

Posté par francesca7 le 18 mars 2014

~ * ~

QUICONQUE est loup agisse en loup,
C’est le plus certain de beaucoup.

Ce que La Fontaine a dit du loup, je le dirai volontiers du pédant. Savez-vous rien de plus lourd qu’un pédant qui veut être léger, de plus maussade qu’un pédant qui veut être gracieux ? et s’il me prenait envie de faire de l’esprit en huit pages, moi qui ai juste ce qu’il faut d’esprit pour distinguer le prétérit de l’aoriste, ne me renverriez-vous pas à mes diphtongues ?

J’aime mieux vous prévenir tout d’abord que cet article sera piquant comme un colloque de Mathurin Cordier ou comme un chapitre de Despautère. Dieu, la nature et l’Académie ont renfermé mon imagination dans ces étroites limites qu’elle ne franchira plus. Plus heureux que moi, qui ne peux me dispenser d’écrire, puisque ainsi l’a décidé un libraire trop exigeant, vous pouvez vous dispenser de me lire. Son dessin était fait, sa planche était tirée, il ne manquait plus qu’une longue et inutile élucubration à sa livraison incomplète. Eh bien ! la voici : mais vous y chercheriez inutilement un de ces portraits ingénieux auxquels vos écrivains favoris vous ont accoutumé. Si vous êtes curieux de voir le bouquiniste représenté dans une esquisse fine et originale, n’allez pas plus loin, je vous prie, et tenez-vous-en au modeste conseil de Mathieu Laensbergh : « Voyez-en la représentation ci-contre. »

L’amateur de livres est un type qu’il est important de saisir, car tout présage qu’il va bientôt s’effacer. Le livre imprimé n’existe que depuis quatre cents ans tout au plus, et il s’accumule déjà dans certains pays de manière à mettre en péril le vieil équilibre du globe. La civilisation est arrivée à la plus inattendue de ses périodes, l’âge du papier. Depuis que tout le monde fait le livre, personne n’est fort empressé de l’acheter. Nos jeunes auteurs sont d’ailleurs en mesure de se fournir à eux seuls d’une bibliothèque complète. Il n’y a qu’à les laisser faire.

A considérer l’amateur de livres comme une espèce qui se subdivise en nombreuses variétés, le premier rang de cette ingénieuse et capricieuse famille est dû au bibliophile.

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Le bibliophile est un homme doué de quelque esprit et de quelque goût, qui prend plaisir aux oeuvres du génie, de l’imagination et du sentiment. Il aime cette muette conversation des grands esprits qui n’exige pas de frais de réciprocité, que l’on commence où l’on veut, que l’on quitte sans impolitesse, qu’on renoue sans se rendre importun ; et, de l’amour de cet auteur absent dont l’artifice de l’écriture lui a rendu le langage, il est arrivé sans s’en apercevoir à l’amour du symbole matériel qui le représente. Il aime le livre comme un ami aime le portrait d’un ami, comme un amant aime le portrait de sa maîtresse ; et, comme l’amant, il aime à orner ce qu’il aime. Il se ferait scrupule de laisser le volume précieux, qui a comblé son coeur de jouissances si pures, sous les tristes livrées de la misère, quand il peut lui accorder le luxe du tapis et du maroquin. Sa bibliothèque resplendit de dentelles d’or comme la toilette d’une favorite ; et, par leur apparence extérieure elle-même, ses livres sont dignes des regards des consuls, ainsi que le souhaitait Virgile.Alexandre était bibliophile. Quand la victoire eut placé dans ses mains les riches cassettes de Darius, il pouvait y renfermer les plus rares trésors de la Perse. Il y déposa les oeuvres d’Homère.

Les bibliophiles s’en vont comme les rois. Autrefois les rois étaient bibliophiles. C’est à leurs soins que nous devons tant de manuscrits inestimables dont une munificence éclairée multipliait les copies. Alcuin fut le Gruthuyse de Charlemagne, comme Gruthuyse l’Alcuin des ducs de Bourgogne. Les beaux livres de François Ier porteront aussi loin que ses monuments la renommée de ses salamandres. Henri II confiait le secret de son chiffre amoureux aux magnifiques reliures de sa librairie, comme aux somptueuses décorations de ses palais. Les volumes qui ont appartenu à Anne d’Autriche, font encore, par leur chaste et noble élégance, les délices des connaisseurs.

Les grands seigneurs et les gens notables de l’état se conformaient au goût du souverain. Il y avait alors autant d’opulentes bibliothèques que de familles à écussons et à pannonceaux. Les Guise, les d’Urfé, les de Thou, les Richelieu, les Mazarin, les Bignon, les Molé, les Pasquier, les Séguier, les Colbert, les Lamoignon, les d’Estrées, les d’Aumont, les la Vallière, ont rivalisé, presque jusqu’à nos jours, d’utiles et savantes richesses ; et je nomme au hasard quelques-uns de ces nobles bibliophiles pour m’épargner le soin fastidieux de nommer tout le monde. Nos successeurs ne seront pas si embarrassés.

Bien plus, la finance elle-même, la finance aima les livres ! elle a beaucoup changé depuis. Le trésorier Grollier influa plus à lui seul sur les progrès de la typographie et de la reliure que ne le feront jamais nos chétives médailles et nos budgets littéraires, si économes pour les lettres. Son exemple fut suivi de Zamet à Montauron, et de celui-ci à Samuel Bernard, Paris et Crevenna. Un simple marchand de bois, M. Girardot de Préfond, releva sa noblesse un peu équivoque par cet honorable emploi de l’argent, qui lui assure du moins l’immortalité des bibliographies et des catalogues. Nos banquiers n’en sont pas jaloux.

Il y a quelque temps qu’un de mes amis visitait un de ces capitalistes à millions, entre les mains desquels circulent incessamment tous les trésors de l’industrie et du commerce, pour y rentrer augmentés d’une large récolte d’or. Impatient d’échapper au faste qui l’éblouissait, il témoigna le désir de se réfugier dans la bibliothèque : « La bibliothèque ? dit le Crésus, n’allez pas plus loin, la voici. » Cette bibliothèque se réduisait en effet à un portefeuille énorme, enflé de billets de banque. « Pensez-vous, ajouta le financier avec la fatuité railleuse d’un sot qui a eu l’esprit de devenir riche, que les bibliothèques les plus célèbres du monde renferment un volume de cette valeur ? » Il n’y a rien à répondre à cette question, sinon que l’homme qui possède un pareil volume est bien malheureux de ne pas trouver du plaisir à en acheter d’autres.

Old book bindings.jpgLe bibliophile ne se trouve plus dans ces classes élevées de notre société progressantes (je vous demande pardon pour ce hideux participe, mais il passera, si vous voulez bien le permettre, avec le verbe progresser) ; le bibliophile de notre époque, c’est le savant, le littérateur, l’artiste, le petit propriétaire à modiques ressources ou à fortune congrue, qui se désennuie dans le commerce des livres de l’insipidité du commerce des hommes, et qu’un goût déplacé peut-être, mais innocent, console plus ou moins de la fausseté de nos autres affections. Mais ce n’est pas lui qui pourra former d’importantes collections, et trop heureux, hélas ! si ses yeux mourants s’arrêtent encore un moment sur la sienne ; trop heureux s’il laisse ce faible héritage à ses enfants ! J’en connais un, et je vous dirais son nom si je voulais, qui a passé cinquante ans de sa laborieuse existence à travailler pour se composer une bibliothèque, et à vendre sa bibliothèque pour vivre. Voilà le bibliophile, et je vous notifie que c’est un des derniers de l’espèce. Aujourd’hui l’amour de l’argent a prévalu : les livres ne portent point d’intérêt.

L’opposé du bibliophile, c’est le bibliophobe. Nos grands seigneurs de la politique, nos grands seigneurs de la banque, nos grands hommes d’état, nos grands hommes de lettres sont généralement bibliophobes. Pour cette aristocratie imposante que les heureux perfectionnements de la civilisation ont fait prévaloir, l’éducation et les lumières du genre humain datent tout au plus de Voltaire. Voltaire est à leurs yeux un mythe dans lequel se résument l’invention des lettres par Trismégiste, et l’invention de l’imprimerie par Guttemberg. Comme tout est dans Voltaire, le bibliophobe ne se ferait pas plus de scrupule qu’Omar de brûler la bibliothèque d’Alexandrie. Ce n’est pas que le bibliophobe lise Voltaire, il s’en garde bien ; mais il se félicite de trouver en Voltaire un prétexte spécieux à son dédain universel pour les livres. A l’avis du bibliophobe, tout ce qui n’est plus brochure est déjà bouquin ; le bibliophobe ne tolère sur les tablettes négligées de son cabinet que le papier qui sue et les pages qui maculent, sauf à se débarrasser de ce fatras de chiffons humides, tribut stérile de quelques muses affamées, entre les mains du colporteur qui les paie au-dessous du poids ; car le bibliophobe reçoit l’hommage d’un livre et le vend. Je n’ai pas besoin de dire qu’il ne le lit pas et qu’il ne le paie jamais.

Il y a quelque dizaine d’années qu’un étranger, homme de génie, se trouva surpris dans un café de Paris, à la suite de son déjeuner, par un de ces désappointements ridicules auxquels les esprits profondément préoccupés sont trop sujets. Il avait oublié sa bourse, et cherchait inutilement dans son portefeuille un misérable poundégaré, quand ses yeux tombèrent, parmi les adresses éparses dans son album, sur celle de je ne sais quel seigneur suzerain d’un million d’écus, dont la porte était voisine. Il écrit au noble Turcaret, lui demande 20 francs d’emprunt pour une heure, charge un garçon de sa lettre, attend, et reçoit pour toute réponse le noninflexible du cardinal à Maynard. Un ami providentiel survient heureusement, et le tire d’embarras. Cette anecdote est jusqu’ici  trop commune pour mériter qu’on la raconte, mais elle n’est pas finie. L’homme de génie devint célèbre, ce qui arrive quelquefois au génie, et puis il mourut, ce qui arrive toujours, tôt ou tard, à tout le monde. La renommée de ses ouvrages pénétra jusque dans les salons de la Banque, et le prix de ses autographes, qui ne fut pas coté à la Bourse, fit quelque sensation dans les ventes. Je l’ai vu, ce noble et utile appel à l’urbanité française, se payer 150 fr. dans un encan où le richard l’avait furtivement glissé, pour tenter le caprice des amateurs, et je serais bien étonné si ce petit capital n’était pas triplé aujourd’hui dans des mains si discrètes et si intelligentes. Ceci prouve qu’un bienfait refusé n’est pas plus perdu qu’un autre. On sait que j’ai toujours aimé à mêler quelque trait de morale dans mes moindres historiettes.

Il est une espèce de bibliophobe auquel je puis pardonner sa brutale antipathie contre les livres, la plus délicieuse de toutes les choses du monde après les femmes, les fleurs, les papillons et les marionnettes ; c’est l’homme sage, sensible et peu cultivé, qui a pris les livres en horreur pour l’abus qu’on en fait et pour le mal qu’ils font. Tel était mon noble et vieux compagnon d’infortune, le commandeur de Valois, quand il me disait, en détournant doucement de la main le seul volume qui me fût resté (c’était, hélas ! Platon) : « Arrière, arrière, au nom de Dieu ! ce sont ces drôles-là qui ont préparé la révolution ! Aussi, ajoutait-il fièrement après avoir relevé avec quelque coquetterie le poil de sa moustache grise, je puis prendre le ciel à témoin que je n’en ai jamais lu un seul. »

Ce qui distingue le bibliophile, c’est le goût, ce tact ingénieux et délicat qui s’applique à tout, et qui donne un charme inexprimable à la vie. On oserait garantir hardiment qu’un bibliophile est un homme à peu près heureux, ou qui sait ce qu’il faudrait faire pour l’être. L’honnête et savant Urbain Chevreau a décrit merveilleusement ce bonheur, en parlant de lui-même, et je lui en fais mon compliment. Vous serez de mon avis, si vous voulez l’écouter un moment à ma place, et vous savez déjà que vous n’y perdrez pas. « Je ne m’ennuie point, dit-il, dans ma solitude, où j’ai une bibliothèque assez nombreuse pour un ermite, et admirable pour le choix des livres. On y peut trouver généralement tous les Grecs et tous les Latins, de quelque profession qu’ils aient été, orateurs, poëtes, sophistes, rhéteurs, philosophes, historiens, géographes, chronologistes, les pères de l’Église, les théologiens et les conciles. On y voit les antiquaires, les relations les plus curieuses, beaucoup d’Italiens, peu d’Espagnols, les auteurs modernes d’une réputation établie ; et le tout dans une fort grande propreté. J’y ai des tableaux, des estampes ; un grand parterre tout rempli de fleurs, des arbres fruitiers, et dans un salon, des musiciens domestiques, qui, par leur ramage, ne manquent jamais de m’éveiller, ou de me divertir dans mes repas. La maison est neuve, et bien bâtie ; l’air en est sain, et pour m’acquitter de mon devoir, j’ai trois églises à côté de mes deux portes cochères. »

L’amateur de livres par Charles Nodier dans HUMEUR DES ANCETRES 220px-Latin_dictionarySi Urbain Chevreau avait vécu du temps de Sylla, je ne sais pas trop si le sénat aurait osé proclamer Sylla le plus heureux des hommes de la terre : mais je suis porté à le croire, car il est bien probable qu’un homme comme Urbain Chevreau n’aurait pas été connu du sénat. Remarquez, en effet, que ce digne Urbain Chevreau, l’objet et le modèle de mes plus chères études, l’enchantement de mes plus agréables lectures, præsidium et dulce decus meum, a oublié ou méconnu, dans ce charmant tableau d’une existence digne d’envie, ce que sa félicité avait de plus précieux et de plus rare. Il était plus savant que les savants de son temps, qui étaient si savants ; il était plus lettré que les lettrés ; il faisait des vers qui valaient les meilleurs vers, et de la prose si pleine, si abondante et si facile, qu’on croit l’entendre quand on le lit. Que de périls à éviter ! que d’obstacles à vaincre pour être heureux ! il fut heureux parce qu’il sut se contenter de sa fortune et se passer de la gloire. On l’oublia tellement de son temps, qu’il ne fut pas de l’Académie ; mais la haine l’avait laissé en paix comme la faveur, et il mourut paisible, entre ses fleurs et ses livres, à l’âge de quatre-vingt-huit ans.

Que la terre soit légère au plus aimable et au plus érudit des bibliophiles, comme dit la petite phrase épicédique aujourd’hui consacrée. Mais que sont devenus ses livres, les livres si choisis et si propres d’Urbain Chevreau, dont aucun catalogue récent n’a fait mention ? C’est là une question vive, pressante, incisive, et dont on s’occupera beaucoup dans le monde social, quand le monde social ne s’occupera plus des sots non-sens de philosophie humanitaire et de méchante politique dont il est infatué.

Le bibliophile sait choisir les livres ; le bibliomane les entasse. Le bibliophile joint le livre au livre, après l’avoir soumis à toutes les investigations de ses sens et de son intelligence ; le bibliomane entasse les livres les uns sur les autres sans les regarder. Le bibliophile apprécie le livre, le bibliomane le pèse ou mesure. Le bibliophile procède avec une loupe, et le bibliomane avec une toise. J’en connais certains qui supputent les enrichissements de leur bibliothèque par mètres carrés. 

L’innocente et délicieuse fièvre du bibliophile est, dans le bibliomane, une maladie aiguë poussée au délire. Parvenue à ce degré fatal de paroxysme, elle n’a plus rien d’intelligent, et se confond avec toutes les manies. Je ne sais si les phrénologistes qui ont découvert tant de sottises ont découvert jusqu’ici dans l’enveloppe osseuse de notre pauvre cervelle l’instinct de collectivité, si développé dans plusieurs pauvres diables de ma connaissance. J’en ai vu un, dans ma jeunesse, qui faisait collection de bouchons de liége, anecdotiques ou historiques, et qui les avait rangés par ordre, dans son immense galetas, sous des étiquettes instructives, avec indication de l’époque plus ou moins solennelle où ils avaient été extraits de la bouteille ; exemplum ut : « M. LE MAIRE, CHAMPAGNE MOUSSEUX DE PREMIÈRE QUALITÉ ; NAISSANCE DE SA MAJESTÉ LE ROI DE ROME. » Le bibliomane doit avoir à peu près la même protubérance.

Du sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas. Du bibliophile au bibliomane, il n’y a qu’une crise. Le bibliophile devient souvent bibliomane, quand son esprit décroît ou quand sa fortune s’augmente, deux graves inconvénients auxquels les plus honnêtes gens sont exposés ; mais le premier est bien plus commun que l’autre. Mon cher et honorable maître, M. Boulard, avait été un bibliophile délicat et difficile, avant d’amasser dans six maisons à six étages six cent mille volumes de tous les formats, empilés comme les pierres des murailles cyclopéennes, c’est-à-dire sans chaux et sans ciment, mais qu’on aurait pu aussi prendre de loin pour des tumuli gaulois. C’était, en effet, de véritables bibliotaphes. Je me souviens qu’en voyageant un jour avec lui parmi ces obélisques mal calés, et dont la prudente science de M. Lebas n’avait pas assuré l’aplomb, je m’informai curieusement d’un livre unique, dont ma respectueuse amitié s’était empressée de lui céder la possession dans une vente célèbre. M. Boulard me regarda fixement, avec cet air de bonhomie gracieuse et spirituelle qui lui était particulier ; et, frappant du bout de sa canne à pomme d’or une de ces masses énormes, rudis indigestaque moles, puis une seconde et une troisième : « Il est là, me dit-il, ou bien là, ou là. » Je frémis à l’idée que la malencontreuse plaquette avait disparu pour toujours, peut-être, sous dix-huit mille in-folio, mais ce calcul ne me dit pas négliger l’intérêt de mon salut. Les piles géantes, ébranlées dans leur équilibre incertain par le bout de la canne de M. Boulard, se balançaient sur leurs bases d’une manière menaçante, et leur sommet vibra longtemps comme la flèche légère d’une cathédrale gothique, à la volée des cloches ou aux assauts de la tempête ; j’entraînai M. Boulard, et je m’enfuis avant qu’Ossa ne fût tombé sur Pélion, ou Pélion sur Ossa. Aujourd’hui même, quand je pense que les Bollandistes ont failli s’écrouler tous à la fois, et de vingt pieds de haut, sur ma tête, je ne me rappelle pas ce péril sans une pieuse horreur. Ce serait abuser des mots que d’appeler bibliothèques ces épouvantables montagnes de livres qu’on ne peut attaquer qu’avec la sape, et soutenir qu’avec l’étançon.

Monstrum horrendum, informe, ingens, cui lumen ademptum.

Le bibliophile ne doit pas se confondre avec le bouquiniste, dont nous allons parler, et cependant le bibliophile ne dédaigne pas de bouquiner quelquefois. Il sait que plus d’une perle s’est trouvée dans le fumier, et plus d’un trésor littéraire sous une grossière enveloppe. Malheureusement ces bonnes fortunes sont fort rares. Quant au bibliomane, il ne bouquine jamais, parce que bouquiner, c’est encore choisir. Le bibliomane ne choisit point, il achète.

220px-Honor%C3%A9_Daumier_007 dans LITTERATURE FRANCAISELe bouquiniste proprement dit est ordinairement un vieux rentier ou un professeur émérite, ou un homme de lettres passé de mode, qui a conservé le goût des livres, et qui n’a pas su conserver assez d’aisance pour en acheter. Celui-là est sans cesse à la recherche de ces bouquins précieux, raræ aves in terris, que le hasard capricieux peut avoir cachés d’aventure dans la poussière d’une échoppe, diamants sans monture que le vulgaire confond avec la verroterie, et qui ne s’en distinguent qu’au regard judicieux du lapidaire. Avez-vous entendu parler de cet exemplaire de l’Imitation de Jésus-Christ, que Rousseau demandait en 1763 à son ami M. Dupeyrou, qu’il annotait, qu’il ornait de sa signature, et dont un des feuillets se trouve marqué d’une pervenche sèche, la vraie pervenche, la pervenche originale que Rousseau avait recueillie la même année sous les buissons des Charmettes ? M. de Latour est possesseur de ce bijou de modeste apparence qui ne serait pas surpayé au poids de l’or, et qui lui a coûté 75 centimes. Voilà une délicieuse conquête ! Je ne sais toutefois si je n’aimerais pas autant le vieux volume de Théagène et Chariclée, que Racine abandonna en riant à son professeur : « Vous pouvez, lui dit-il, brûler celui-là ; maintenant je le sais par coeur. » Si ce joli petit livre n’est plus sur les quais, avec la signature élégante et les notes grecques en caractères mignons qui le feront distinguer entre mille, je vous réponds qu’il y a passé. Et que diriez-vous de l’édition originale du Pédant joué de Cyrano, avec les deux scènes que vous savez, enfermées dans une large accolade, et cette simple note de Molière, griffonnée sur la marge : « Ceci est à moi. » Ce sont là les douces joies, et le plus souvent, il faut en convenir, les merveilleuses illusions du bouquiniste. Le savant M. Barbier, qui a publié tant d’excellentes choses sur les anonymes, et qui en a tant laissé à dire, avait promis une bibliographie spéciale des livres précieux ramassés pendant quarante ans sur les quais de Paris. La perte de ce manuscrit serait fort à regretter pour les lettres, et surtout pour les bouquinistes, ces habiles et ingénieux alchimistes de la littérature, qui rêvent partout la pierre philosophale, et qui en trouvent de temps en temps quelques morceaux, sans prendre grand souci de les faire enchâsser richement dans des reliures fastueuses. Le bouquiniste croit toute sa vie posséder ce que personne ne possède, et ses épaules se soulèveraient de pitié devant l’écrin du grand Mogol ; mais le bouquiniste a de puissantes raisons pour ne pas relever ses richesses de la vaine apparence d’une richesse étrangère, et il déguise son motif secret sous un prétexte assez spécieux. « La livrée de l’âge, dit-il, sied aux vieilles productions de la typographie, comme la patine au bronze antique. Le bibliophile qui envoie ses livres à Bauzonnet ressemble à un numismate qui ferait dorer ses médailles. Laissez le vert-de-gris à l’airain, et le cuir éraillé aux bouquins. » Ce qu’il y de vrai au fond de tout cela, c’est que les reliures de Bauzonnet sont fort chères, et que le bouquiniste n’est pas riche. N’enluminez pas la beauté d’un fard presque sacrilége, et n’abandonnez pas les livres aux opérations dangereuses de la restauration, quand ils peuvent s’en passer, mais croyez fermement qu’aux livres comme aux belles, la parue ne nuit en rien.

Le nom du bouquiniste est un de ces substantifs à sens double qui abondent malheureusement dans toutes les langues. On appelle également bouquiniste l’amateur qui cherche des bouquins, et le pauvre libraire en plein air qui en vend. Autrefois, le métier de celui-ci n’était pas sans considération et sans avenir. On a vu le marchand de bouquins s’élever du modeste étalage de la rue, ou de la frileuse exposition d’une échoppe nomade, jusqu’aux honneurs d’une petit boutique de six pieds carrés. Tel fut naguère ce Passard dont la mémoire vit peut-être encore dans la rue du Coq. Et qui pourrait avoir oublié Passard, avec ses cheveux coupés de près, sa courte queue en trompette, son gros oeil fauve et saillant, et le petit oeil bleu enfoncé qu’un jeu bizarre de la nature avait opposé à l’autre, pour que le signalement de Passard n’eût rien à envier à son caractère en originalité excentrique ? Lorsque Passard, l’angle droit de sa bouche relevé par une légère convulsion sardonique, était en humeur de parler ; quand son petit oeil bleu commençait à pétiller d’un feu malin qui n’enflammait jamais son gros oeil éteint, vous pouviez vous attendre à voir se dérouler devant vous toute la chronique scandaleuse de la politique et de la littérature pendant quarante années historiques. Passard, qui avait colporté, sous le bras, sa boutique ambulante, du passage des Capucines au Louvre, et du Louvre à l’Institut, avait tout vu, tout connu, tout dédaigné du haut de son orgueil de bouquiniste. Et cependant Passard n’était pas l’homme d’Horace, dicendi bona mala locutus ; il n’en était que la moitié. La mémoire de Passard ne se rappelait que le mal ; mais, avec quelle verve ironique, et quelquefois éloquente, il stigmatisait de son mépris les noms les plus illustres, c’est ce qu’il faut avoir entendu pour le croire. » Mirabeau cependant ? lui dis-je timidement un jour. – Mirabeau, me répondit fièrement Passard en se campant sur le pied droit, était un stupide polisson. » Je me hâte de déclarer, pour l’acquit de ma conscience, que ceci ne prouve rien, si Passard ne connaissait pas mieux les hommes qu’il ne connaît les livres. Ce qu’il y a d’incontestable pour les bouquinistes amateurs qui l’ont visité si souvent, c’est que sa conversation était beaucoup plus curieuse que ses bouquins.

J’ai cité Passard, bouquiniste obscur dont le nom ne brillera jamais dans une biographie ; Passard, qui est, selon toute apparence, le Brutus, le Cassius, le dernier des bouquinistes. Le bouquiniste des ponts, des quais et des boulevards, pauvre créature équivoque, anomale, étiolée, qui ne vit plus qu’à demi de ses bouquins méconnus, est tout au plus l’ombre du bouquiniste : le bouquiniste est mort.

Cette grande catastrophe sociale, la mort du bouquiniste, était un des résultats infaillibles du progrès : douce et innocente superfétation de la bonne littérature, le bouquiniste devait finir avec elle. Dans cet âge d’ignorance auquel nous avons eu le bonheur d’échapper, le libraire était, en général, un homme capable d’apprécier ses publications, qui les faisait imprimer sur un bon papier solide, élastique et sonore, et qui les faisait recouvrir, quand elles en valaient la peine, d’un bon cuir imperméable, assujetti par une bonne colle et par une bonne couture. Si le livre tombait par hasard dans le domaine du bouquiniste, il n’était pas perdu pour cela. Basane, veau ou parchemin, sa reliure brûlée et racornie aux feux du soleil, imbibée, détendue et ramollie par les averses, revêtue par le vent d’une couche épaisse de poussière qui devient de la boue quand il pleut, protégeait longtemps encore, sous un abri fort disgracieux au regard, les visions du philosophe ou les rêveries du poëte. Aujourd’hui, ce n’est plus cela. Le libraire du progrès sait que la gloire viagère des livres qu’il publie n’a guère plus de durée probable que la vie des moucherons du fleuve Hypanis, et qu’à peine baptisée par la réclame, elle sera enterrée dans trois jours avec le feuilleton. Il couvre d’un papier jaune ou vert son papier blanc noirci d’encre, et il abandonne le spongieux chiffon à toutes les intempéries des éléments. Un mois après le honteux volume gît dans les caisses de l’étalagiste, à la merci d’une belle pluie matinale. Il s’humecte, s’abreuve, se tord, se marbre çà et là de larges zônes mordorées, retourne peu à peu à l’état de bouillie dont il est sorti, et n’a presque plus de préparation à subir pour tomber sous le pilon du cartonnier. L’histoire des livres du progrès est tout entière là-dedans.

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Charles NODIER

Et puis faites-moi la grâce de me le dire, si vous le savez, que restera-t-il dans vingt ans ? 

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