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Avant d’en arriver aux lunettes d’aujourd’hui

Posté par francesca7 le 30 janvier 2016

 

binocleLe Moyen Âge voit se développer, dans les monastères en particulier, l’usage de la pierre de lecture, loupe grossissante posée sur le texte écrit, destinée à combattre les effets de la presbytie. Leur invention est parfois attribuée à Abbas Ibn Firnas, berbère andalou du IXe siècle, connu pour avoir mis au point la technique de taille du cristal de roche. Les travaux d’Alhazen, fondateur de l’optique physiologique, autour de l’an mille, donnent un fondement scientifique à cette technologie. Son traité a été traduit en latin au XIIe siècle, peu avant l’invention des lunettes de correction de la vue en Italie, sans que le lien entre les deux évènements soit cependant clairement attesté. Avant d’être en verre, les « pierres de lecture » étaient réalisées en pierre semi-précieuse (lentille surfacée de béryl) ou en cristal de roche, la technique de fabrication du verre produisant encore trop de bulles et d’impuretés.

Le moine franciscain Roger Bacon s’appuie sur les travaux d’Alhazen pour expérimenter des « pierres de lecture » en verre : dans son Opus Majus de 1268, il apporte la preuve scientifique que le surfaçage particulier de verres lenticulaires permet d’agrandir les petites lettres. Son invention aurait été vulgarisée par les moines dominicains Spina et Giordano rencontrés lors de son séjour à Pise. C’est au XIIIe siècle à Florence que le physicien Salvino degli Armati met au point une paire de verres enchassée dans un cercle de bois, dont l’épaisseur et la courbure permettent de grossir les objets et les textes. La lunetterie et l’ophtalmologie se développent dès lors en Italie. Les premières besicles, lunettes sans branches et qui se fixent sur le nez, apparaissent à Venise à la fin du XIIIe siècle. Elles consistent en deux lentilles convexes rondes, en verre de Murano aux qualités optiques supérieures, enchâssées dans des cercles en bois, en corne ou en cuir, et attachées individuellement à des manchons rivetés par un clou : ces lourdes « besicles clouantes », principalement utilisées par les moines copistes, permettent ainsi la vision binoculaire mais n’améliorent que la presbytie. Les besicles clouantes symbolisent progressivement l’érudition, de nombreuses œuvres d’art représentant philosophes, moines ou médecins portant ces « clouants ». L’invention de l’imprimerie accroît la demande en lunettes. Au XVe siècle, les besicles évoluent avec le remplacement du clou par un pont qui peut être en bois, en métal, en corne, en cuir, en écaille de tortue ou en fanon de baleine : ce sont les « besicles à pont arrondi ». Elles seront munies, dans les siècles suivants, d’un ruban noué derrière le crâne ou d’une ficelle autour de l’oreille pour assurer un meilleur maintien.

Les bourgeois quant à eux utilisent plutôt le binocle au XVIIe siècle puis le face à main au XVIIIe siècle, ce dernier étant concurrencé par le monocle et le pince-nez au XIXe siècle. En France, sieur Thomin, miroitier lunetier parisien, fabrique en 1746 ces « lunettes à tempes » appelées « lunettes à tempes permettant de respirer à l’aise » car elles remplacent les pince-nez. Toutefois, leur pression provoque des maux de tête. En 1752, l’opticien anglais James Ayscough  crée les premières lunettes à verres teintés. Ce sont pour lui des lunettes correctrices et non des lunettes de soleil car il pensait que les teintes bleues ou vertes corrigeaient la vision. Elles sont munies de branches articulées par une charnière, ce qui diminue l’inconfort de la pression des branches sur le nez et les tempes. Ces lunettes dont les branches passent par-dessus les oreilles sont appelées « lunettes à oreilles ».

Les verres étaient ronds jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, qui voit alors se développer la mode des verres ovales venue d’Angleterre : plus petits et de meilleure qualité optique, ces verres allègent considérablement la monture. Les lunettes à double foyer sont créées en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle. En 1796, Pierre-Hyacinthe Caseaux maître-cloutier à Morez s’inspire des Anglais qui produisent déjà des montures en métal et adapte des techniques propres à l’art du métal pour réaliser une fine monture : du fil de fer encercle les verres et des tenons (faisant également office de charnière) soudés de chaque côté des cercles de la monture sont traversés par une vis qui permet de serrer les cercles autour du verre. Ces lunettes « fils » ont un grand succès et Morez est depuis devenue la capitale de la lunetterie française, représentant à elle seule 55 % de son chiffre d’affaires. Ensemble, les villes de Morez et Oyonnax, cette dernière étant spécialisée dans les montures plastiques, représentent 80 % de la lunetterie française.

lunettesAu XIXe siècle, les lunettes se démocratisent mais sont encore jugées inesthétiques. Leur production en masse grâce à la mécanisation supplante désormais la fabrication artisanale jusqu’alors effectuée par des orfèvres et forgerons qui créaient des lunettes sur mesure ou en série et qui étaient vendues par des colporteurs. En 1825, le physicien George Airy invente les verres correcteurs corrigeant l’astigmatisme. Cinq cents ans après l’apparition des besicles fixées sur le nez, on voit apparaître aux alentours de 1840 des pince-nez plus légers. Portés par les femmes comme par les hommes, ces objets statutaires appelés aussi « lunettes en fil de fer de Nuremberg » sont populaires et portés jusque vers 1935. Les « lunettes à oreilles » sont vendues jusqu’en 1857, année au cours de laquelle l’opticien parisien Poulot invente le support nasal.

En 1959, Bernard Maitenaz crée Varilux, le premier verre progressif pour corriger la presbytie.

Au milieu des années 1950, le design fait son apparition dans le domaine de la lunetterie, qui fait alors appel aux plastiques dont le moulage et les propriétés se prêtent à l’inventivité des créateurs : la lunette n’est désormais plus simplement une prothèse médicale. Ce mouvement s’accentue dans les années 1980-1990, de nombreux designers lançant leur collection, et les lunettes deviennent un accessoire de mode, mêlant ergonomie et esthétique. Chaque année, les nouvelles collections de montures sont présentées lors de salons internationaux de l’optique, tels le SILMO à Paris ou le MIDO à Milan.

Avec le développement du dépistage, de la fatigue oculaire et le remboursement des lunettes par les mutuelles, leur marché est devenu important dans les pays développés. Ainsi selon l’UFC-Que Choisir, en France, 13 millions de paires de lunettes sont vendues en 2012, représentant un marché de 4,7 milliards d’euros (1,38 milliard pour les montures et 3,29 pour les verres) avec une fréquence de renouvellement moyenne de 3,5 ans et des marges importantes puisque la vente des équipements correspond à 3,3 fois leur prix d’achat par les magasins d’opticiens. Des niches à valeur ajoutés (options tels que verres durcis, amincis, traitement des verres antirelflet, antisalissure, antibué) ou le développement de nouvelles niches (lunettes pour enfants) font que le marché de l’optique pèse dix fois plus que les dépenses de santé ophtalmologique[

Plus d’un milliard de personnes ont besoin de lunettes dans les pays en voie de développement. Mais, en Afrique subsaharienne, les opticiens sont rares : parfois un seul professionnel pour un million d’habitants. Joshua Silver, professeur de physique à l’université d’Oxford, a trouvé une solution : des lunettes adaptables à la vue et d’un coût de 13,7 euros. De l’huile de silicone est injectée ou retirée entre deux feuilles de plastique, jusqu’à ce que la vision soit nette. La correction peut même s’avérer meilleure qu’avec les lunettes préfabriquées du commerce. Joshua Silver prévoit de fournir ainsi un milliard de paires de lunettes d’ici 2020. Pour le moment, 30 000 sont utilisées en Afrique et en Europe de l’Est, les deux tiers d’entre elles étant distribuées par des programmes humanitaires.

 

Publié dans ARTISANAT FRANCAIS, AUX SIECLES DERNIERS, FONDATEURS - PATRIMOINE | Pas de Commentaires »

A l’EPOQUE DES PREMIERES BIBLIOTHEQUES

Posté par francesca7 le 25 août 2015

 

220px-Bibliothequa_Smithiana_002Pendant toute la première moitié du Moyen Age, les livres furent écrits dans les couvents. Il y avait dans les monastères une salle qu’on appelait le scriptorium, c’est-à-dire l’endroit où l’on écrit, et là pendant de longues heures, silencieusement, des moines recopiaient les ouvrages des auteurs anciens, et les livres de piété qui formaient le fonds des maigres bibliothèques de ce temps.

C’était une des occupations les plus en honneur dans les couvents, et ce qui prouve bien le cas qu’on en faisait, c’est qu’on croyait qu’un travail de ce genre pouvait sauver de l’enfer l’âme de celui qui s’y livrait. On trouve dans un chroniqueur du XIe siècle, Orderic Vital, une plaisante histoire à ce sujet. Il y avait dans un couvent, raconte-t-il, un moine qui avait trop souvent manqué à la règle dans la maison ; l’abbé lui pardonnait cependant beaucoup d’erreurs dans sa conduite, car il savait écrire, il était assidu au travail, et il copia une grande partie de l’Écriture Sainte.

Bien lui en prit, comme on va voir. Il mourut ; aussitôt les démons réclamèrent son âme ; mais alors les anges prirent sa défense ; ils montrèrent à Dieu l’énorme livre que leur client avait copié, et, à chaque fois que les démons énuméraient un péché de l’âme qu’ils convoitaient, vite les anges mettaient en regard une des lettres du livre. A la fin le nombre des lettres se trouva de beaucoup supérieur à celui des péchés commis par le pauvre moine, et Dieu consentit à recevoir son âme au paradis.

Mais, à partir du XIIIe siècle, le besoin d’un nombre plus grand de livres se fit sentir, car il s’était fondé en plusieurs villes, notamment à Paris, de grandes écoles où affluaient les étudiants qui réclamaient les livres nécessaires à leur travail. Des copistes, le plus souvent de pauvres prêtres, se mirent, eux aussi, à copier des manuscrits, et alors apparut la profession de libraire. Il y avait alors deux sortes de libraires ; les premiers, qu’on appelait simplement libraires, recevaient en dépôt des manuscrits et les vendaient au public ; les autres, qu’on nommait stationnaires, d’un mot latin qui signifie étalage, commandaient eux-mêmes aux copistes les ouvrages dont ils voulaient avoir plusieurs exemplaires : ils correspondaient donc à nos éditeurs actuels. Il faut croire que la profession ne rapportait pas beaucoup, car, au XIIIe siècle, la plupart des libraires étaient en même temps cabaretiers.

Les libraires faisaient partie de cette grande institution qu’on appelait l’Université ; ils devaient prêter, au moins tous les deux ans, à celui qui était à la tête de ce corps, le recteur, un serment dont voici quelques passages. « Vous jurez que fidèlement vous recevrez, garderez, exposerez en vente et vendrez les livres qui vous seront confiés. Vous jurez que vous ne les supprimerez ni ne les cacherez, mais que vous les exposerez en temps et en lieu opportuns pour les vendre. Vous jurez que si vous êtes consulté sur le prix, vous l’estimerez de bonne foi, au prix où vous voudriez le payer vous-même. Vous jurez enfin que le nom et le prix du propriétaire seront placés en évidence sur tout volume. »

On remarquera cette dernière clause ; elle nous apprend que, dans ce cas, le libraire était un intermédiaire entre celui qui avait écrit le livre, et qui en gardait la propriété, et l’acheteur ; ceux qui avaient copié des livres les mettaient donc en dépôt chez le libraire comme aujourd’hui quelques artistes confient à des marchands de tableaux leurs oeuvres, laissant à ceux-ci le soin de les vendre. On disait alors que les libraires étaient des clients ou des suppôts de l’Université ; à ce titre, ils jouissaient des mêmes droits que les professeurs et les étudiants, et ils figuraient dans les processions religieuses, placés, il est vrai, tout à la queue du cortège, avec les écrivains, les enlumineurs, les parcheminiers et les relieurs, qui faisaient partie avec eux de la même corporation.

A l’EPOQUE DES PREMIERES BIBLIOTHEQUES dans ARTISANAT FRANCAIS 800px-Chinguetti-Manuscrit_%283%29

C’étaient là les avantages de cette situation ; mais elle avait aussi ses inconvénients. D’abord, les libraires étaient tenus de résider dans le quartier de l’Université : quelques-uns étaient groupés auprès de la rue Saint-André-des-Arts, où se trouvait l’église dans laquelle leur confrérie avait sa chapelle. Beaucoup d’autres avaient leurs boutiques dans la rue Saint-Jacques. On remarquera d’ailleurs qu’encore aujourd’hui la plupart de nos grands éditeurs sont demeurés sur la rive gauche. On ne faisait d’exceptions que pour ceux qui ne vendaient que des livres de messe, de prière et de piété ; ceux-là étaient autorisés à s’installer autour de l’église Notre-Dame.

Enfin l’Université reconnut à plusieurs d’entre eux, à partir du XVIIe siècle, le droit de tenir boutique dans la galerie du Palais, et c’est à leurs étalages que se munirent de projectiles les fougueux combattants dont Boileau nous a retracé les prodiges de valeur dans son amusant Lutrin. Il y avait d’autres prescriptions, les unes raisonnables, comme celle de savoir le latin, les autres plus bizarres, comme l’obligation où ils étaient d’allumer tous les soirs les chandelles dans les lanternes publiques ; ils ne furent déchargés de cette obligation qu’à la fin du règne de Louis XIII.

Mais la plus redoutable des prescriptions auxquelles ils étaient soumis, c’est qu’ils ne pouvaient publier aucun livre qui n’eût été approuvé par l’Université. A partir du XVIe siècle, ce furent les rois qui se chargèrent d’exercer cette surveillance ; un livre ne pouvait être imprimé qu’avec un visa des censeurs royaux, et il ne fallait point négliger cette précaution, car ceux qui l’omettaient risquaient, suivant la nature des livres dont ils avaient accepté le dépôt, de sévères châtiments et parfois même la mort.

Pendant la cruelle répression qui fut faite de l’hérésie huguenote à Paris, sous le règne de François Ier et de Henri II, il y eut plusieurs libraires qui furent brûlés de ce chef. Ce fut le cas du malheureux Étienne Dolet, qui, comme beaucoup de libraires de ce temps, était à la fois auteur, imprimeur et éditeur.

Les libraires avaient déjà comme concurrents les bouquinistes. Un écrivain du début du XVIIIe siècle nous apprend que c’étaient de pauvres libraires qui, n’ayant pas le moyen de tenir boutique ni de vendre du neuf, étalaient de vieux livres sur le Pont-Neuf, le long des quais et en quelques autres endroits de la ville. Ils n’étaient pas plus riches alors qu’au XVIIe siècle, si l’on en juge par la plaisante description que l’on trouve de ces pauvres gens dans un de ces pamphlets du temps de Mazarin, qu’on appelle à cause de cela des Mazarinades. L’auteur les plaint d’avoir été chassés de ce Pont-Neuf dont, suivant lui, ils étaient un des ornements.

Ces pauvres gens chaque matin
Sur l’espoir d’un petit butin
Avecque toute leur famille,
Garçons, apprentifs, femme et fille,
Chargé leur col et pleins leur bras
D’un scientifique fatras,
Venaient dresser un étalage
Qui rendait plus beau le passage.

Mais les libraires étaient impitoyables ; à maintes reprises, ils exigèrent des édits du roi pour chasser du Pont-Neuf et des quais ces misérables concurrents, qui ne tardaient pas d’ailleurs à venir reprendre possession de l’étalage dont ils avaient été chassés par la cupide jalousie de leurs puissants adversaires.

Publié dans ARTISANAT FRANCAIS, FONDATEURS - PATRIMOINE | Pas de Commentaires »

Abbaye Saint-Germain-des-Prés

Posté par francesca7 le 6 novembre 2014

 

Abbaye_de_Saint-Germain-des-Prés_140131_1Le clocher-porche de l’abbaye, bâti vers l’an mil, est probablement l’une des plus anciennes constructions de Paris. Sa lecture en est aujourd’hui particulièrement troublée par les fenestrages géométriques apposés par Baltard, qui obturent les baies des deux premiers étages. La disparition des deux tours de transept en a aussi beaucoup réduit la monumentalité. Mais c’est encore plus sa nouvelle disposition dans la ville qui doit ici nous intéresser.

En effet, l’accès à l’abbaye se faisait autrefois de trois façons : soit par la Porterie, située rue de l’Abbaye, soit par la porte Furstemberg, soit par un vaste parvis sur lequel se dressait latéralement l’abbatiale. Le porche donnait accès à la nef, de laquelle on pouvait assister aux cérémonies. Le démantèlement de  la cité monastique – l’une des plus vastes  au monde – à partir de 1792 entraîne la recomposition de tout le quartier.

L’ouverture en 1804 de la rue de la Cour des religieux, actuelle rue Bonaparte, acheva de transformer cette puissante abbatiale en église paroissiale de quartier, ce qu’elle est restée.

Avant l’abbatiale de Saint-Denis et jusqu’au roi Dagobert, l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés était la nécropole royale des rois mérovingiens (VIe et VIIe siècles). De nombreux rois de la première dynastie et leurs épouses y furent inhumés. Il y avait là une basilique et un monastère qui furent dédiés à saint Germain vers 754, en mémoire de l’évêque de Paris.

L’abbaye est détruite par les Normands à la fin du IXe siècle, réédifiée à la fin du Xe. Les bâtiments monastiques sont reconstruits au début du XIIIe siècle. Jusqu’au XVIIIe siècle, l’abbaye est un centre spirituel, intellectuel et artistique, célèbre pour ses moines copistes. À la Révolution, l’abbaye est dissoute. Les bâtiments servent de raffinerie de salpêtre, ce qui cause des dégâts considérables. Elle est rendue au culte en 1803. Au XIXe siècle, des restaurations sont entreprises par les architectes Godde et Baltard. C’est avec Baltard que l’église s’orne de nombreuses fresques et de tableaux.

 

Malgré les transformations au fil du temps, Saint-Germain-des-Prés a gardé les éléments d’origine qui lui confèrent un aspect roman indéniable. C’est l’une des rares églises de Paris à pouvoir se rattacher au style roman.

Il subsiste aujourd’hui principalement l’église et le palais abbatial. La construction de l’abbatiale, tour et nef, remonte à l’époque romane (XIe   XIIe siècles) ; elle est considérée comme l’un des plus anciens édifices religieux de Paris qui subsistent à ce jour, avec les églises Saint-Julien-le-Pauvre, Saint-Pierre-de-Montmartre et Saint-Germain-de-Charonne. C’est en même temps le monument religieux le plus remanié de Paris. À l’instar de nombreuses autres églises parisiennes, l’église est en partie cachée par des constructions mitoyennes, notamment au nord, où seule la troisième travée du chœur reste libre. Orientée un peu irrégulièrement avec une légère dérivation de l’axe vers le nord-ouest du côté de la façade, l’église répond à un plan cruciforme. Elle se compose principalement d’un clocher-porche ; d’une nef de cinq travées accompagnée de bas-côtés ; d’un transept largement débordant ; d’un chœur comportant quatre travées droites et une abside en hémicycle ; de deux collatéraux du chœur dont la troisième et la quatrième travée sont bordées de chapelles carrées ; et d’un déambulatoire bordée de cinq chapelles rayonnantes, dont la chapelle d’axe d’origine a été remplacée par la chapelle de la Vierge, de dimensions plus importantes. Il est à noter que la nef n’est pas alignée sur l’axe du clocher-porche, et le chœur n’est pas aligné sur l’axe de la nef et de lacroisée du transept31. Nef et chœur ont la même longueur : 35 m. La largeur de l’édifice atteint 30 m au niveau du chœur, et la hauteur sous les sommets des voûtes du vaisseau central du chœur est 20 m. Toute l’église est voûtée d’ogives, mais seulement le chœur et ses collatéraux et chapelles le sont d’origine.

Les travées de la nef sont barlongues, environ un tiers plus larges que profondes, et les travées des bas-côtés représentent un Paris_(75),_abbaye_Saint-Germain-des-Prés,_bas-côté_nord,_vue_vers_l'ouestpeu plus que la moitié des travées des bas-côtés. Les trois travées du transept sont tout au contraire carrées. Dans le chœur, il faut considérer à part la première travée, qui a à peu près les mêmes dimensions que les travées de la nef, tout en étant plus profonde que les travées suivantes du chœur. Cette travée est flanquée par les anciennes tours du chœur, qui se dressent au-dessus des premières travées des collatéraux, et il n’y a pas de grandes arcades. La quatrième travée et l’abside sont voûtées ensemble par une voûte à sept branches d’ogives rayonnant autour d’une clé de voûte centrale. Les arcades du rond-point de l’abside, la limite extérieure du déambulatoire, et la limite extérieure des chapelles rayonnantes sont des hémicycles concentriques tracés à partir de cette clé de voûte. Les quatre chapelles rayonnantes d’origine sont définies par des cercles de 5 m de diamètre, dont un tiers du périmètre se trouve à l’intérieur du déambulatoire. Les quatre chapelles carrées ont une largeur de 5 m. Quelques particularités sont à mentionner. Le clocher-porche est précédé par un porche moderne qui cache l’ancien portail, et des porches modernes sont également disposés devant la porte de la quatrième travée du bas-côté sud (porte Sainte-Marguerite) et la porte de la seconde travée du collatéral nord du chœur. Ce dernier porche fait partie d’un bâtiment annexe qui contient les salles paroissiales. Une grande chapelle au chevet plat, dédiée à Saint-Symphorien, est située au sud du clocher-porche ; elle est d’orientation sud-nord. La chapelle baptismale se situe à l’ouest de la première travée du bas-côté nord, et prolonge celui-ci vers l’ouest. Une troisième chapelle, dédiée à Sainte-Marguerite, se situe à l’angle entre bas-côté sud et croisillon sud. Elle est éclairée par le plafond et communique avec les deux travées adjacentes.

La principale sacristie se trouve au sud des deux premières travées du collatéral sud du chœur

 

Publié dans EGLISES DE FRANCE, Paris | Pas de Commentaires »

Les Libraires du 17è siècle

Posté par francesca7 le 11 octobre 2014

 

 
 
libraires_fin_XVIPendant toute la première moitié du Moyen Age, les livres furent écrits dans les couvents. Il y avait dans les monastères une salle qu’on appelait le scriptorium, c’est-à-dire l’endroit où l’on écrit, et là pendant de longues heures, silencieusement, des moines recopiaient les ouvrages des auteurs anciens, et les livres de piété qui formaient le fonds des maigres bibliothèques de ce temps.

C’était une des occupations les plus en honneur dans les couvents, et ce qui prouve bien le cas qu’on en faisait, c’est qu’on croyait qu’un travail de ce genre pouvait sauver de l’enfer l’âme de celui qui s’y livrait. On trouve dans un chroniqueur du XIe siècle, Orderic Vital, une plaisante histoire à ce sujet. Il y avait dans un couvent, raconte-t-il, un moine qui avait trop souvent manqué à la règle dans la maison ; l’abbé lui pardonnait cependant beaucoup d’erreurs dans sa conduite, car il savait écrire, il était assidu au travail, et il copia une grande partie de l’Écriture Sainte.

Bien lui en prit, comme on va voir. Il mourut ; aussitôt les démons réclamèrent son âme ; mais alors les anges prirent sa défense ; ils montrèrent à Dieu l’énorme livre que leur client avait copié, et, à chaque fois que les démons énuméraient un péché de l’âme qu’ils convoitaient, vite les anges mettaient en regard une des lettres du livre. A la fin le nombre des lettres se trouva de beaucoup supérieur à celui des péchés commis par le pauvre moine, et Dieu consentit à recevoir son âme au paradis.

Mais, à partir du XIIIe siècle, le besoin d’un nombre plus grand de livres se fit sentir, car il s’était fondé en plusieurs villes, notamment à Paris, de grandes écoles où affluaient les étudiants qui réclamaient les livres nécessaires à leur travail. Des copistes, le plus souvent de pauvres prêtres, se mirent, eux aussi, à copier des manuscrits, et alors apparut la profession de libraire. Il y avait alors deux sortes de libraires ; les premiers, qu’on appelait simplement libraires, recevaient en dépôt des manuscrits et les vendaient au public ; les autres, qu’on nommait stationnaires, d’un mot latin qui signifie étalage, commandaient eux-mêmes aux copistes les ouvrages dont ils voulaient avoir plusieurs exemplaires : ils correspondaient donc à nos éditeurs actuels. Il faut croire que la profession ne rapportait pas beaucoup, car, au XIIIe siècle, la plupart des libraires étaient en même temps cabaretiers.

Les libraires faisaient partie de cette grande institution qu’on appelait l’Université ; ils devaient prêter, au moins tous les deux ans, à celui qui était à la tête de ce corps, le recteur, un serment dont voici quelques passages. « Vous jurez que fidèlement vous recevrez, garderez, exposerez en vente et vendrez les livres qui vous seront confiés. Vous jurez que vous ne les supprimerez ni ne les cacherez, mais que vous les exposerez en temps et en lieu opportuns pour les vendre. Vous jurez que si vous êtes consulté sur le prix, vous l’estimerez de bonne foi, au prix où vous voudriez le payer vous-même. Vous jurez enfin que le nom et le prix du propriétaire seront placés en évidence sur tout volume. »

On remarquera cette dernière clause ; elle nous apprend que, dans ce cas, le libraire était un intermédiaire entre celui qui avait écrit le livre, et qui en gardait la propriété, et l’acheteur ; ceux qui avaient copié des livres les mettaient donc en dépôt chez le libraire comme aujourd’hui quelques artistes confient à des marchands de tableaux leurs oeuvres, laissant à ceux-ci le soin de les vendre. On disait alors que les libraires étaient des clients ou des suppôts de l’Université ; à ce titre, ils jouissaient des mêmes droits que les professeurs et les étudiants, et ils figuraient dans les processions religieuses, placés, il est vrai, tout à la queue du cortège, avec les écrivains, les enlumineurs, les parcheminiers et les relieurs, qui faisaient partie avec eux de la même corporation.

C’étaient là les avantages de cette situation ; mais elle avait aussi ses inconvénients. D’abord, les libraires étaient tenus de résider dans le quartier de l’Université : quelques-uns étaient groupés auprès de la rue Saint-André-des-Arts, où se trouvait l’église dans laquelle leur confrérie avait sa chapelle. Beaucoup d’autres avaient leurs boutiques dans la rue Saint-Jacques. On remarquera d’ailleurs qu’encore aujourd’hui la plupart de nos grands éditeurs sont demeurés sur la rive gauche. On ne faisait d’exceptions que pour ceux qui ne vendaient que des livres de messe, de prière et de piété ; ceux-là étaient autorisés à s’installer autour de l’église Notre-Dame.

Enfin l’Université reconnut à plusieurs d’entre eux, à partir du XVIIe siècle, le droit de tenir boutique dans la galerie du Palais, et c’est à leurs étalages que se munirent de projectiles les fougueux combattants dont Boileau nous a retracé les prodiges de valeur dans son amusant Lutrin. Il y avait d’autres prescriptions, les unes raisonnables, comme celle de savoir le latin, les autres plus bizarres, comme l’obligation où ils étaient d’allumer tous les soirs les chandelles dans les lanternes publiques ; ils ne furent déchargés de cette obligation qu’à la fin du règne de Louis XIII.

Mais la plus redoutable des prescriptions auxquelles ils étaient soumis, c’est qu’ils ne pouvaient publier aucun livre qui n’eût été approuvé par l’Université. A partir du XVIe siècle, ce furent les rois qui se chargèrent d’exercer cette surveillance ; un livre ne pouvait être imprimé qu’avec un visa des censeurs royaux, et il ne fallait point négliger cette précaution, car ceux qui l’omettaient risquaient, suivant la nature des livres dont ils avaient accepté le dépôt, de sévères châtiments et parfois même la mort.

Pendant la cruelle répression qui fut faite de l’hérésie huguenote à Paris, sous le règne de François Ier et de Henri II, il y eut plusieurs libraires qui furent brûlés de ce chef. Ce fut le cas du malheureux Étienne Dolet, qui, comme beaucoup de libraires de ce temps, était à la fois auteur, imprimeur et éditeur.

Les libraires avaient déjà comme concurrents les bouquinistes. Un écrivain du début du XVIIIe siècle nous apprend que c’étaient de pauvres libraires qui, n’ayant pas le moyen de tenir boutique ni de vendre du neuf, étalaient de vieux livres sur le Pont-Neuf, le long des quais et en quelques autres endroits de la ville. Ils n’étaient pas plus riches alors qu’au XVIIe siècle, si l’on en juge par la plaisante description que l’on trouve de ces pauvres gens dans un de ces pamphlets du temps de Mazarin, qu’on appelle à cause de cela des Mazarinades. L’auteur les plaint d’avoir été chassés de ce Pont-Neuf dont, suivant lui, ils étaient un des ornements.

Ces pauvres gens chaque matin
Sur l’espoir d’un petit butin
Avecque toute leur famille,
Garçons, apprentifs, femme et fille,
Chargé leur col et pleins leur bras
D’un scientifique fatras,
Venaient dresser un étalage
Qui rendait plus beau le passage.

Mais les libraires étaient impitoyables ; à maintes reprises, ils exigèrent des édits du roi pour chasser du Pont-Neuf et des quais ces misérables concurrents, qui ne tardaient pas d’ailleurs à venir reprendre possession de l’étalage dont ils avaient été chassés par la cupide jalousie de leurs puissants adversaires.

 (Extrait de Les métiers et leur histoire, paru en 1908)

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Le livre : une passion du Moyen Âge

Posté par francesca7 le 17 juin 2014

 

 

téléchargement (14)Depuis le Moyen Âge, l’histoire du livre est liée à notre civilisation occidentale, l’écrit étant indispensable à la transmission de la culture. Les bibliothèques Européennes renferment une grande part de notre patrimoine culturel et artistique, auquel l’avènement du christianisme a largement contribué en donnant au livre une aura sacrée. Grâce au travail lent et laborieux des scribes et au talent des enlumineurs, la passion du livre, objet rare et précieux, est donc bien un legs du Moyen Âge. Les lieux de cette création, leur déplacement des monastères aux villes a fait évoluer le rapport livre-lecteur vers de nouvelles utilisations. 

Le rôle du livre au Moyen Âge

Il ne faut pas oublier, cependant que la grande majorité des hommes et des femmes de cette époque ne savaient pas lire et n’avaient pas les moyens matériels d’accéder à la culture, apanage des riches seigneurs et des ecclésiastiques. Le livre est alors support à la méditation sacrée du moine sur les écritures, divertissement des princes sous forme de romans ou de traités de chasse, et plus tard, outil de l’écolier studieux qui peine sur un manuel de grammaire latine. 

Le livre n’est pas seulement un texte qui prend des formes de plus en plus variées, mais aussi un fabuleux répertoire d’images. L’illustration des livres de dévotion ou des œuvres profanes acquiert à cette époque une importance particulière : l’image accompagne et nourrit le texte, les plus grands artistes participent aux décors des manuscrits. La peinture est dans les livres ! 

L’histoire du livre

L’histoire du livre a beaucoup évolué avant d’atteindre sa forme définitive au Moyen Âge. Cette histoire s’insère entre deux grandes évolutions techniques : l’apparition du codex au premier siècle avant Jésus-Christ et l’invention de l’imprimerie vers 1460. 

Dans l’antiquité, les supports de l’écriture étaient aussi variés qu’ingénieux : planchettes de bois enduites de cire, tablettes de terre, écorces d’arbres, bandes de tissu de soie en chine, rouleaux de papyrus en Egypte, en Grèce ou à Rome. Ces supports demeurèrent utilisés pour l’écriture de documents éphémères, comme les « beresty » brouillons griffonnés sur des écorces de bouleau par les marchands de Russie.. 

Les supports de l’écriture

Quels étaient les trois principaux supports pour l’écriture au Moyen Âge? Le papyrus, le parchemin et le papier. Le papyrus associé à l’Egypte ancienne, dont il provient, demeure longtemps utilisé dans le monde méditerranéen notamment par la chancellerie pontificale. Vers 1051, il est supplanté par le parchemin (qui tire son nom de la ville de Pergame en Asie mineure). Il se répand au IIIe et IVe siècle à la faveur d’améliorations techniques. Toutes sortes d’animaux peuvent fournir des peaux à sa fabrication : la chèvre et le mouton donnent une qualité ordinaire appelée « basane. » Du veau est tiré le « velin », qualité fine et prisée, mais aussi la plus chère. 

Les parcheminiers s’installent dans les villes, ou à proximité des monastères. La fabrication du parchemin est longue et minutieuse. Les peaux sont vendues par bottes, pliées en deux ou en quatre (la pliure détermine les formats). Ils peuvent être teintés en rouge ou en noir, avec des lettres d’or ou d’argent pour les manuscrits de luxe. La peau est plus solide et plus résistante aux incendies, elle peut être utilisée pour les reliures, ou grattée et réécrite. 

Le papier, apparu à la fin du Moyen Age, fut inventé en Chine vers 105 après Jésus Christ, sa diffusion suivit la route de la soie. Fabriqué à partir de chiffons plongés dans un bain de chaux, il est constitué de fibres croisées et tendu sur des cadres. L’utilisation du moulin à papier et de la presse en fit progresser la technique. Le papier finit par s’imposer en raison de son prix très compétitif (treize fois moins cher que le parchemin au XV e siècle). 

Les écrits destinés à durer étaient transcris sur des rouleaux de papyrus ou de parchemin. L’apparition du codex (livre de forme parallélépipédique mentionné vers 84-86 après Jésus-Christ) connaît rapidement un réel succès. 

Plus pratique que le rouleau, il permet d’écrire sur une table ou un pupitre. Des bibles sous la forme de codex sont mentionnées dès le II e siècle. 

Le scribe et ses outils

Le scribe est le grand spécialiste de l’écriture, tâche lente et fastidieuse. Il s’entraine sur des tablettes de cire qu’il grave à l’aide d’une pointe de métal, d’os ou d’ivoire. Pour tracer ses lettres sur le parchemin ou le papier, il dispose de trois outils essentiels : la pointe, une mine de plomb, d’argent ou d’étain qui sert pour les brouillons et le tracé des réglures afin de présenter des pages homogènes, le « catalame » (roseau taillé) et enfin la plume d’oiseau. 

images (10)Plumes de canard, de corbeau, de cygne, de vautour ou de pélican servent à l’écriture, la meilleure étant la plume d’oie! Le scribe taille la plume à l’aide d’un canif. Rythmes forts, verticales accentuées et horizontales plus fines, alternances de pleins et de déliés sont déterminés par la taille.

 L’encre noire est obtenue par la décoction de substances végétales comme la noix de galle et l’ajout de sulfates de plomb ou de fer. L’encre rouge est réservée aux titres des ouvrages et des chapitres (cette coutume a donné son nom aux  »rubriques », terme dérivé du latin  »ruber » qui veut dire rouge). En l’absence d’une table des matières, elles permettent au lecteur de se repérer plus vite dans le manuscrit. Celui-ci peut être divisé en cahiers distribués à plusieurs scribes qui se partagent le travail, afin d’en accélérer la copie. 

Enluminures et miniatures

Les ouvrages dotés d’illustrations sont minoritaires en raison de leurs coûts élevés L’enluminure a une double fonction : décorative, elle embellit l’ouvrage, pédagogique elle éclaire le texte. L’enlumineur reçoit une feuille de parchemin déjà écrite sur laquelle des espaces ont été délimités par le scribe afin qu’il puisse y réaliser ses peintures. Plusieurs mains interviennent pour le décor d’un manuscrit : l ‘enlumineur des lettres, celui des bordures et « l’historieur » ou peintre d’histoire qui compose les scènes historiées.

A l’époque romane (XI e et XII e siècles) les majuscules peuvent aussi servir de cadre à une véritable composition, les jambages de l’initiale permettant au décor de s’y développer. Au XIV e siècle, les marges se peuplent de motifs végétaux, acanthes ou bouquets de fleurs , animaux réels ou fantastiques, personnages, armoiries, et parfois de petites scènes dans des médaillons.

 Des monastères aux ateliers urbains

Concentrés dans les monastères au cours des premiers siècles, les manuscrits (produits dans un atelier appelé scriptorium) s’implantent en ville, donnant naissance à un véritable marché du livre.

La ponctuation et la séparation des mots font leur apparition en France du Nord dans le milieu du XI e siècle, ainsi que la pratique de la lecture silencieuse. Les écoles épiscopales souhaitées par Charlemagne se développent au cours du XII e siècle en même temps que les villes. Les libraires font leur apparition au début du XIII e siècle, ils passent commande de manuscrits aux copistes et les vendent aux maîtres des écoles et à l’université. 

Les libraires ou stationnaires dominent les quatre corps de métier liés à la production du livre : les copistes, les parcheminiers, les enlumineurs et les relieurs. Si les premières bibliothèques apparaissent dans les monastères, elles deviennent par la suite publiques ou privées. Même s’il n’est pas enluminé, le livre coûte cher. Après l’achat du parchemin, il faut ensuite payer la copie, tâche lente et fastidieuse, puis la reliure. 

Quelques améliorations apportées à sa fabrication vers la fin du Moyen Âge permettent de faire baisser le prix du livre: réduction des formats, emploi de papier, appauvrissement du décor, reliures plus modestes. Les libraires proposent également des livres d’occasion. 

Les ouvrages universitaires s’intéressent à la théologie, au droit ou à la médecine, tandis que les rois, les princes et seigneurs collectionnent les volumes consacrés à l’édification religieuse et morale, au savoir politique et au divertissement (romans, poésies). 

Les livres de l’université

L’essor des écoles urbaines au XIIe siècle, puis la création des universités au siècle suivant suscitèrent un nouveau public de lecteurs. Maîtres et et écoliers considérèrent les livres comme les principaux outils du savoir. Guère fortunés, les intellectuels du Moyen Âge s’arrangent pour posséder les ouvrages fondamentaux, certains parviennent à réunir une petite bibliothèque privée, mais la plupart se rabattent sur des exemplaires d’occasion, ou recopient des manuscrits empruntés. 

La collection de livres universitaires la plus connue est celle fondée par Robert de Sorbon, (confesseur de Louis IX en 1250) pour les étudiants pauvres se destinant aux études de théologie à l’université de Paris (un millier de volumes). La diversité des images, la richesse et la fantaisie des décors, le monde de couleurs inaltérables que le temps et l’usure n’ont pu ternir, sont autant d’éléments qui permettent d’expliquer la fascination qu’exercent sur nous les livres du Moyen Âge. 

La distance qui nous sépare de leur création, leur conservation miraculeuse en font des objets presque sacrés, que les bibliothèques ou les collectionneurs privés conservent jalousement. Quelques expositions dévoilent parfois à un public ébloui la richesse de ce patrimoine. Ces ouvrages ont marqué de manière indélébile notre vision de cette période. 

De l’élégance et de la fantaisie des « très riches heures du duc de Berry » à l’imaginaire des « Apocalypses mozarabes » et des bibles romanes, tous les manuscrits du Moyen Âge nous introduisent dans un monde de rêve comme ils l’avaient fait voici des siècles auprès de leurs premiers lecteurs. 

Sources  : La passion du livre au Moyen Age de Sophie Cassagnes-Brouquet. Editions Ouest-France, 2010.

 

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Artistes et écrivains Normands

Posté par francesca7 le 30 mars 2014

 

220px-Coup_d'oeil_purin_1773La Normandie peut s’enorgueillir d’être une terre d’art et de lettres. Enluminures, tableaux et romans en témoignent : ses paysages et ses habitants ont maintes fois joué le rôle de muses. Ces œuvres permettent d’appréhender la région sous un autre angle.

L’enluminure

La Normandie recèle une exceptionnelle collection de manuscrits enluminés des 11e et 12e s., exhumés des nombreuses abbayes jalonnant la région. Inspirés par l’art carolingien, dotés d’un sens artistique remarquable, les Normands ont su déployer un savoir-faire original dans le décor de lettrines. Dans la plupart des manuscrits, une grande lettrine décore la première page et des lettrines secondaires couvrent la suite du texte. La lettrine ornée embellit le début d’un texte, parfois un chapitre ou un paragraphe. L’ornementation variant selon les lettres, les copistes ont joué avec trois types de formules : les initiales zoomorphiques, caractérisées par des corps d’animaux, franco-saxonnes, purement graphiques, et anglaises, marquées par un feuillage luxuriant. La singularité du travail normand réside dans l’invention des « rinceaux habités », arabesques végétales gagnant tout l’espace. Des êtres humains, des animaux ou des créatures fantastiques se meuvent subtilement dans l’enchevêtrement de rameaux arrondis. Le décor sophistiqué adoucit la rigueur d’une initiale, profite de son exubérance ou compose avec sa figure.

l’impressionnisme

Dans le domaine de la peinture, le 19e s. marque la victoire du paysage sur le tableau d’histoire ou la scène de genre, et la Normandie, terre bénie des Muses, va devenir le berceau de l’impressionnisme.

Lorsque les romantiques découvrent la Normandie, Eugène Isabey (1803-1886), paysagiste amoureux de la mer et de la lumière, travaille sur la côte encore déserte. Influençant directement Boudin, il est l’un des chaînons reliant l’école paysagiste de 1830 à l’impressionnisme. L’Anglais Richard Parkes Bonington (1802-1828), contemporain d’Isabey, traduit dans ses aquarelles la fraîcheur humide des plages.

Quelques années plus tard, dans les landes de La Hague, un jeune paysan méditatif, Jean-François Millet(1814-1875), néArtistes et écrivains Normands dans FONDATEURS - PATRIMOINE 276px-Charit%C3%A9%2C_Millet à Gruchy, près de Cherbourg, observe la vie campagnarde. Devenu peintre, il reste fidèle à cette vision réaliste ; aidé parfois d’un croquis hâtif, aux côtés de Mouchel et de Langlois, il dessine ou peint de mémoire des scènes célébrant avec un sentiment profond le travail de la terre : vanneurs, semeurs, moissonneurs.

Dans la seconde moitié du 19e s., l’activité artistique se concentre autour de la Côte de Grâce, près d’Honfleur. Les peintres sortent des ateliers pour travailler en plein air, en quête d’émotions, d’impressions. En Normandie, ils appréhendent la nature telle qu’elle se présente à l’œil, instable et nuancée, avec ses ciels en mouvement, la lumière de ses horizons marins. Mais au nord du Cotentin, Guillaume Fouace (1837-1895) préfère le portrait réaliste et les natures mortes.

Hommes de plume

Terre de bocages, d’abbayes et de manoirs, avec un littoral partagé entre les falaises, les plages de sable fin et les villas balnéaires, la Normandie a vu naître nombre d’écrivains et n’a jamais cessé d’inspirer les artistes et les hommes de lettres.

Au 12e s., Le Roman du Rou conte en vers l’histoire des ducs de Normandie une chanson de geste qui n’a pas été sans influencer Chrétien de Troyes. L’auteur, Robert Wace , né à Jersey vers 1110, fut clerc à Caen, puis chanoine à Bayeux.

Riche de nombreuses abbayes, la Normandie devient au 13e s. une terre d’élection pour la littérature. Auprès des moines et des clercs au fait de l’histoire et des traditions légendaires, les poètes trouvent inspiration et documentation pour des épopées baignées de merveilleux chrétien que sont les chansons de geste. Ainsi, sans doute, s’est élaborée La Chanson de Roland .

Au 15e s., Caen peut s’enorgueillir d’une université et compte au 16e s. nombre d’humoristes et de poètes, dont Jean Vauquelin de La Fresnaye, auteur de Satires et d’un Art poétique français . Mais le plus connu resteMalherbe (1555-1628), né à Caen.

Jules Barbey d’Aurevilly (1808-1889) – Grand seigneur du Cotentin, né à St-Sauveur-le-Vicomte, il est le fondateur du régionalisme normand. Aidé par un style brillant et chaleureux, redoutable par son intelligence acérée et son génie de la polémique, il s’efforce, comme les impressionnistes en peinture, de rendre l’atmosphère, la qualité, la rareté du pays. La ville de Valognes, où il passa une grande partie de son adolescence, tient une place importante dans son œuvre, notamment dans Ce qui ne meurt pas, Le ­Chevalier Des Touches, Les Diaboliques, etc .

Alexis de Tocqueville (1805-1859) – Issu de la vieille noblesse normande par son père, il ne découvre pourtant le manoir familial aux environs de Cherbourg qu’en 1828, et se passionne alors pour l’histoire du duché, puisant dans l’exemple de l’administration de Guillaume le Conquérant des théories politiques plus tard développées dans son œuvre. À son retour d’Amérique en 1836, il s’installe dans le Cotentin pour y mener une carrière politique au Conseil général de la Manche, qui prend fin en 1852 avec son refus de prêter serment au nouveau régime de Louis-Napoléon Bonaparte.

Jean de La Varende (1887-1959) – Né dans le château familial de Bonneville, dans l’Eure, il est cependant élevé en Bretagne, puis à Paris. Son œuvre romanesque, particulièrement riche en nouvelles, prend la plupart du temps pour cadre le terroir normand et les voyages maritimes. Empreinte d’une forme de passéisme romantique, elle exalte les valeurs traditionnelles de la terre, transmises par ses personnages, paysans ou hobereaux. La Varende publie notamment un recueil intitulé Pays d’Ouche (1934), ainsi que des essais sur la littérature qui dévoilent sa filiation littéraire : Flaubert et Barbey d’Aurevilly, normands comme lui.

Description de cette image, également commentée ci-après

Octave Mirbeau vers 1900.

Octave Mirbeau (1848-1917) – Né à Trévières près de Bayeux, journaliste et écrivain engagé, il prit part aux querelles littéraires et politiques de son époque jusqu’à défendre les idées anarchistes. Romancier au verbe truculent et imagé, il est le peintre féroce et ironique d’une société bourgeoise dans son Journal d’une femme de chambre , porté à l’écran par Luis Buñuel.

Victor Hugo (1802-1885) – Il a rédigé dans les îles Anglo-Normandes quelques-unes des plus belles pages de la littérature française. À la suite du coup d’État de Napoléon III, en 1851, Hugo quitte la capitale et choisit l’exil – qui durera 18 ans – à Jersey d’abord, où il compose les Châtiments et les Contemplations , puis à Guernesey d’où jailliront La Légende des siècles et Les Misérables .

Marie Ravenel (1811-1893) – Fille d’un meunier de Réthoville, à la pointe de Barfleur, elle commence à écrire des poèmes en 1833. Les recueils de la « meunière poète », qui chantent la beauté des paysages du Cotentin et des tempêtes sur la Manche, ont été publiés en 1852, 1860 et 1890.

Léopold Sédar Senghor (1906-2001) – Théoricien de la politique, critique littéraire, philosophe et surtout l’un des plus grands poètes noirs francophones, Léopold Sédar Senghor est né au Sénégal. Auteur d’une anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française, président du Sénégal et premier Africain à entrer à l’Académie française en 1983, il fait de la ­Normandie la terre de sa retraite, dans le village paisible de Verson, aux portes de Caen, où il s’éteint en 2001.

 

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La légende d’un Moine copiste

Posté par francesca7 le 26 octobre 2013

Frère Odilon, moine copiste passé
maître dans l’art de la satire glissée
au coeur de ses enluminures

(D’après « La Revue septentrionale », paru en 1911)

 La légende d'un Moine copiste dans LEGENDES-SUPERSTITIONS telechargement-51

 

 

 

La légende prétend que certains moines copistes prenaient quelques libertés avec leur art : ainsi de frère Odilon, de l’abbaye d’Ouche, s’adonnant très tôt et par effraction à cette activité et qui, une fois la technique maîtrisée, aurait pris un malin plaisir à représenter au sein de ses œuvres des personnages importants de la contrée, les poussant à sa guise vers le Paradis ou l’Enfer, audace dont son supérieur se formalisa bientôt…

« Le travail du copiste est une oeuvre méritoire qui profite à l’âme, tandis que la travail des champs ne profite qu’au ventre. » L’auteur de cette maxime est le vénérable Alcuin, qui fonda à Tours l’école de scribes d’où sortit, en son temps, la réforme de l’écriture. Il en résulta un grand progrès parmi les chancelleries à demi sauvages des chefs barbares qui s’étaient partagé les dépouilles de l’Empire, et s’efforçaient de se rattacher de leur mieux aux traditions romaines. Inconsciemment, ils en avaient brisé la chaîne de leurs propres mains : mais bientôt ils aperçurent clairement la nécessité d’en ressouder les anneaux.

L’Eglise seconda l’impulsion donnée par Alcuin : chargée de diriger les âmes, elle comprit vite de quelle utilité pourrait lui être l’art du copiste dans l’accomplissement de sa mission. Aussi, s’attacha-t-elle de bonne heure à entretenir dans les couvents des scribes bien dressés à copier les Saintes Ecritures, et à les enluminer. Nombre de prescriptions les concernaient : « S’il faut copier les Évangiles, le Psautier ou le Missel, on n’y emploiera que des hommes soigneux ou d’un âge mûr : les erreurs dans les mots peuvent en introduire dans la foi. On aura de bons textes catholiques dans les monastères, afin de ne pas faire de demandes à Dieu en mauvais langage. »

La profession de scribe fut donc très honorée au Moyen Age. Mais, bizarrerie du hasard ! il arriva que les scribes étaient, en général, d’assez mauvais garnements. Heureusement pour eux, leur travail était agréable à Dieu : sans quoi, bien peu eussent gagné le Paradis. On citait volontiers l’histoire du docteur Marianus, un copiste d’un couvent écossais : isolé des autres moines pour travailler mieux, et plus, il fonda à Regensbourg le monastère de Saint-Pierre des Bénédictins. Un soir, la lumière étant venue à lui manquer, comme il continuait d’écrire dans les ténèbres, les trois doigts de sa main que le travail de la plume ne tenait pas occupés se mirent aussitôt à resplendir comme trois chandelles, et toute la chambre en fut éclairée.

250px-Jean_Mi%C3%A9lot%2C_Brussels dans LEGENDES-SUPERSTITIONSEn ces temps reculés de la légende, il advint au prieur de l’abbaye d’Ouche d’éprouver des craintes terribles pour le salut de l’âme de frère Odilon, copiste de l’abbaye. Frère Odilon était certainement, parmi les gens de son espèce, un des plus habiles. Enfant trouvé recueilli par les moines, il avait d’abord servi au chœur de la chapelle. Là, ses grands yeux bleus furent frappés de l’éclat et de la beauté des missels où l’officiant lisait des choses incompréhensibles pour lui. Les miniatures représentant Dieu le Père, assis sur son trône céleste, environné des anges, des archanges, des séraphins, dans toute la splendeur de sa gloire, ravissaient d’aise l’âme du pieux enfant.

Lorsque sur la page de parchemin il voyait le Christ au front saignant sous la couronne d’épines, au flanc percé d’une large blessure d’où jaillissait un flot rouge, le chagrin gagnait sa petite âme, et l’eau du cœur lui montait aux yeux. Par exemple, quand le missel lui montrait l’image de la Vierge, il tombait en extase devant les atours de cette princesse du ciel, dont l’expression douce et tendre suffisait à le réconforter, lorsqu’il avait commis quelque peccadille qui lui avait valu un sermon ou des coups de férule.

Ceci décida de sa vocation ; il résolut dans sa petite tête d’enluminer des parchemins, de copier des livres saints. Mais au lieu d’en demander la permission au prieur, il s’avisa de profiter d’une absence du copiste pour s’introduire dans sa cellule. Là, il trouva en abondance du parchemin, des pinceaux, des plumes d’oie, et des encres de toutes les couleurs, objets de ses plus ardentes convoitises. Ce ne fut pas long : en un tour de main, il eut barbouillé de rouge et bleu une page commencée. Il était si absorbé dans sa besogne, qu’il n’entendit pas la porte s’ouvrir. Le copiste entra, vit l’abominable gâchis dont son travail était victime, et allongea au gamin surpris une de ces taloches qui font époque dans la vie d’un enfant de chœur. Il ajouta qu’il allait en référer au prieur, et que l’in pace suffirait à peine à la punition d’un pareil forfait.

Mais le petit Odilon pleura si fort, lui manifesta un si poignant repentir, et lui expliqua si bien avec quelle ardeur il désirait l’imiter, que touché de ses instances, un peu flatté aussi de l’admiration naïve que témoignait l’enfant pour les oeuvres sorties de ses mains, le copiste s’apaisa et finit par promettre de lui apprendre les règles de l’écriture.

Odilon travailla avec passion. II devint rapidement aussi fort que son maître, et, lorsque celui-ci mourut, il fut appelé à le remplacer. Vous eussiez été émerveillé à le voir dans sa cellule, assis à son écritoire, éclairé par une belle lumière que tamisaient les petits carreaux en losange de sa fenêtre. Autour de lui sont disposés des encriers, remplis d’encres noires, rouges, bleues, vertes, argent et or. Sous sa main, une feuille de délicat vélin, préparée avec amour et d’une blancheur éblouissante. Tantôt sa plume, tantôt son pinceau courent, volent sur son parchemin qu’ils ont l’air d’effleurer comme une aile. Et lorsque frère Odilon relève la tête et la penche de côté afin d’examiner son travail avec le recul voulu, vous ne pourriez vous empêcher de pousser des cris d’admiration devant le petit chef-d’œuvre qui vient de sortir de ses mains

Ce n’est pas lui qui se tromperait d’une lettre en recopiant un texte ! D’abord, il connaît l’importance de son rôle ; il sait qu’il travaille à perpétuer et à élargir la foi. Et puis, s’il manquait à sa tâche, la bonne Vierge, à laquelle il a voué une affection particulière et qui semble toujours lui sourire sur les belles images qu’il en fait, serait à coup sûr très fâchée contre lui : cela il ne le veut à aucun prix !

Le prieur du couvent d’Ouche était enchanté d’avoir un copiste aussi parfait, en tant que copiste. Mais en tant que moine, frère Odilon ne valait certainement pas la corde pour le pendre, et cela causait le tourment du prieur. Odilon avait la malencontreuse manie de glisser dans ses enluminures les portraits des moines de l’abbaye, des personnages importants de la contrée : la ressemblance était toujours frappante.

Il eût été le diable qu’il ne l’aurait pas plus adroitement attrapée. II représentait sous la figure d’anges ou de bienheureux voués au Paradis, les personnes qui lui plaisaient ; mais quand il en voulait à quelqu’un, il vous le plaçait bel et bien en Enfer, souffrant de supplices atroces qu’il inventait avec une luxuriante imagination, ou encore il en mettait la tête sur le corps crochu d’un démon.

Le prieur lui-même, qui l’avait molesté plusieurs fois pour son inconduite, avait bénéficié pour sa peine d’une place d’honneur à la droite de Satan ! C’était intolérable. Enfin, récemment, ne s’était-il pas avisé de donner à Marie-Madeleine les traits d’une tavernière bien connue dans le pays ? Il en était résulté un scandale affreux dans le couvent. Avec cela, frère Odilon buvait parfois plus que de raison. Il avait un faible pour certain petit vin blanc du pays qui montait à la tête, et quand on lui reprochait ses beuveries : « Ne dois-je pas, répondait-il, enluminer ma trogne aussi bien que mes missels ? »

Et un large rire épanouissait sa face de bon vivant. Car au fond, c’était le meilleur enfant du monde, et nul n’avait la force de lui en vouloir. Cependant, le Diable guettait son âme. Un beau jour, le Méchant crut l’occasion favorable, et frère Odilon trépassa. Tout effaré de cette aventure, le pauvre scribe arriva devant le tribunal suprême. Satan était tellement sûr de se le voir adjuger, qu’il lui avait déjà fait préparer une place sur un gril de faveur.

moine-copisteDevant ces terribles préparatifs, l’âme de frère Odilon pâlit autant que peut pâlir une âme. Pour toute défense, il se borna à regarder la bonne Vierge d’un air navré, en lui disant : « O Reine du Ciel pour qui je réservais mes encres les plus brillantes lorsque j’avais à retracer votre auguste visage, vous que j’aimais à contempler dans mes rêves, je ne vous verrai donc plus jamais ! »

Alors la Vierge sourit miséricordieusement, et sur son ordre, tandis que dans l’un des plateaux de la balance où devaient être pesées les bonnes et les mauvaises actions de frère Odilon, les diablotins entassaient frénétiquement péché sur péché ; dans l’autre, les anges déposèrent une à une les lettres qu’il avait tracées.

La pauvre âme suait d’angoisse en voyant que le tas des péchés grossissait autant que le tas des lettres ! Voilà que les diables ont fini : les anges ont cessé de leur côté. Il y a autant de péchés que de lettres, et l’âme va être condamnée…

Quand, en secouant sa robe, un ange laissa tomber une lettre restée par mégarde dans un pli de l’étoffe : il la plaça dans la balance qui pencha en faveur du moinillon. Frère Odilon avait écrit une lettre de plus qu’il n’avait commis de péchés, et l’œuvre du copiste est si agréable à Dieu, que cette lettre suffit pour lui mériter son pardon.

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La Légende de CONDOM

Posté par francesca7 le 19 octobre 2013

Condom, (en gascon Condòm) aussi appelée Condom-en-Armagnac ou Condom-sur-Baïse, est une commune française, sous-préfecture du département du Gers, dans la région Midi-Pyrénées. Les habitants de Condom sont appelés les Condomois. Condom se trouve sur la Via Podiensis, chemin de pèlerinage vers Compostelle, entre les étapes de La Romieu et de Larressingle.

Au XIV siècle furent bâtis à Condom deux hôpitaux destinés à accueillir les pèlerins se rendant à Compostelle, et consacre la ville comme étape incontournable très tôt.

Condom

Grâce à des fouilles effectuées sur le site de Condom, il est avéré qu’il était occupé avant l’invasion romaine, ce qui réfute la légende selon laquelle la fondation de la ville serait dûe à un noble de retour de Palestine avec des reliques de la croix .

Dès le IX ème siècle, Condom fut le siège d’une importante abbaye bénédictine qui fut incendiée par les Normands et reconstruite au siècle suivant. La ville fut ensuite envahie à deux reprises par les anglais. Le clergé participa activement au développement de la ville par la construction de nombreux couvents et abbayes.En 1317, Condom se détache du diocèse d’Agen en étant érigé en évêché par le Pape Jean XXII.L’église abbatiale devient alors une cathédrale.

En 1569, l’armée protestante de Montgomery saccagea la ville et sa cathédrale.

Bossuet fut titulaire du diocèse au XVIIème siècle, mais ne s’y rendit jamais.

Au XIXème siècle, Condom est un grand centre de commerce grâce à son port crée en 1839 pour permettre l’acheminement de l’armagnac vers Bordeaux.

Aujourd’hui, la ville s’est beaucoup dépeuplée, mais connaît un regain de fréquentation grâce notamment à l’intérêt de plus en plus important porté au tourisme rural.

La Légende de CONDOM dans LEGENDES-SUPERSTITIONS telechargement-11

La légende veut qu’un noble revenant de Palestine ait été envoyé par un pape, avec des reliques de la croix, dans une région boisée, pour y fonder une ville sur une colline. Des fouilles ont cependant démontré que des populations habitaient la ville bien avant l’invasion romaine.

L’origine de la ville est sujette à discussions. Certains la font remonter à la prise de pouvoir du duc d’Aquitaine, Eudes d’Aquitaine, sur la Gascogne, à la fin du viie siècle. Il aurait alors distribué des terres aux Gascons qui l’auraient aidé. Plus tard un duc d’Aquitaine, sa mère et sa femme, que la tradition nomme Egalsius ou Algasius, dont l’existence est parfaitement inconnue, Ysemburge et Agnès, auraient édifié une chapelle sur le site. Quelques religieux seraient venus s’y établir pour fonder un monastère. Ce monastère aurait ensuite été détruit par les Vikings.

C’est vers 930, que la femme du duc de Gascogne Garcia Sanche le Courbé ou le Tors, Honorette (ou Honorée), entreprit de reconstruire l’église de Condom et la dota de terres. Elle fit aussi bâtir des demeures pour les nouveaux habitants du village. Elle mourut en voulant voir une urne miraculeuse qui se trouvait dans l’église et donna naissance à Arnaud ou Nonné, premier comte d’Astarac.

170px-Sanctuaire.eglise.Saint.Leu.Esserent dans LEGENDES-SUPERSTITIONSHugues de Gascogne (mort vers 1013), petit-fils de Garcia Sanche le Courbé, évêque d’Agen, hérita des terres de Condom à la mort de son père, Gombaud (frère de Guillaume Sanche de Gascogne) qui porta le titre de duc et d’évêque de Gascogne. Hugues de Gascogne fit un voyage à Rome où il rencontra le pape Benoît VIII pour se faire absoudre de la faute qu’il avait commise de cumuler les titres d’évêques d’Agen et de Bazas. Le pape accepta de lui pardonner à condition qu’il fasse une donation à une abbaye. Il le fit à son retour au profit de l’abbaye de Condom. Il décida de reconstruire l’église d’Honorette détruite par un incendie. Il remplaça les prêtres qui y étaient par des moines de l’ordre bénédictin et nomma son filleul Pierre de Saint-Puelles, prieur claustral de l’abbaye. Il en fut le premier abbé. Le jour de la consécration de la nouvelle église Saint-Pierre, il réunit le duc de Gascogne, Sanche-Guillaume, l’évêque de Bazas, Arsius Raca (Arnaud), et les vicomtes de Lomagne, d’autres seigneurs et leurs épouses, tous ses parents et héritiers possibles, pour accepter devant l’autel la donation qu’il faisait à l’abbaye des terres qu’il possédait à Condom et autour, dontLarressingle, plaçant l’abbaye sous l’autorité du Saint-Siège. L’acte porte la date du 4 des ides d’août de l’année 1011. Certains ont mis en doute cette donation car Benoît VIII est devenu pape en mai 1012, mais cette erreur est probablement due au copiste. Pierre de Saint-Puelles lui a succédé mais ne survécut pas longtemps à Hugues de Gascogne. Il est remplacé par un certain Verecundus de Lana. L’abbé suivant est Seguin de Casalda qui a augmenté considérablement les biens de l’abbaye, dont l’église et le lieu de Cassaigne donné par le comte de Fezensac, Guillaume-Astanove Ier. Il est remplacé avant 1068 par Raymond d’Olbion puisque ce dernier signe comme abbé de Condom au concile de Toulouse qui rétablit l’évêché de Lectoure.

Le 20 juin 1285, Auger d’Anduran, abbé de Condom entre 1285 et 1305, conclut un acte de paréage avec le roi d’Angleterre, Edouard Ier. Dans cet acte de paréage, l’abbé fait participer le roi d’Angleterre pour rendre la justice dans la ville de Condom, le château de Larressingle et leurs dépendances. Le roi fait de même avec l’abbé pour le château de Goalard et ses dépendances. Deux baillis, l’un nommé par le roi, l’autre par l’abbé, sont chargés de rendre la justice dans l’ensemble de ce bailliage. L’abbé partage avec le roi le droit de créer des consuls, jurats et notaires, et de recevoir de nouveaux habitants à Condom. Le roi s’engage à protéger l’abbé de toute rébellion des habitants de Condom. Cet acte de paréage n’a pas mis fin aux oppositions entre les abbés, puis les évêques qui leur succèdent, avec les consuls de la ville.

Par deux fois envahie par les Anglais, la ville s’est libérée seule.

Condom a de tout temps été développée par le clergé, qui y a fondé de nombreuses abbayes et couvents. C’est le 13 août 1317 que l’abbaye de Condom devient un évêché et se détache ainsi du diocèse d’Agen. Raymond de Gallard est nommé évêque, et l’église abbatiale devient aussitôt cathédrale.

Après son sacre, le roi Louis XI (1423-1461-1483) attacha la ville à la couronne et autorisa et confirma en novembre 1461 plusieurs droits de la ville, afin qu’elle accroisse.

Au carrefour de nombreuses routes, le commerce était source de richesse, mais aujourd’hui les grands axes routiers contournent la ville :

  • l’axe Toulouse-Bordeaux passe plus au nord par Agen, avec l’autoroute des Deux-Mers et la route nationale 113 ;
  • la route nationale 21 qui va d’Agen à Tarbes passe par Auch et Fleurance ;
  • l’Itinéraire à Grand Gabarit passe plus au sud ;
  • la route nationale 124 qui relie Agen à Mont-de-Marsan se trouve plus à l’ouest.

En 1839, la commune de Lialores fut rattachée à Condom.

Fichier: Nef de la cathédrale Saint Pierre de Condom.jpgLe patrimoine religieux de Condom est extrêment riche: la cathédrale Saint-Pierre et son cloître, l’église Saint-Jacques de la Bouquerie, l’église-musée du Pradau, les églises romanes de Saint-Antoine de Lialores, de Saint-Christophe de Scieurac, de Sainte-Germaine .Sans oublier toutes les églises des hameaux dépendant de Condom: Grasimis, Pomaro, Gensac, Goalard, Canes, Baradieu, Scieurac, Herret, Saint-Michel.

A DECOUVRIR :

Des vestiges des anciens remparts sont encore visibles.

La place Bossuet, ancienne place d’Armes, mérite un détour.

L’ancien évêché, inscrit aux Monuments Historiques, abrite la Sous-Préfecture.

On peut admirer de beaux hôtels particuliers des XVIIème et XVIIIème siècles.

De nombreux châteaux, les plus anciens datant du XIIIème siècle, sont encore présents.

la tour d’Andiran, du XIIIème siècle,  abrite aujourd’hui le syndicat d’initiative .

Le musée de l’Armagnac, se trouve dans les anciennes écuries de l’évêché.

Le musée du préservatif est une curiosité incontournable lors d’une visite à Condom!

 

 

 

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