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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

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Plus grands mythes et légendes de France

Posté par francesca7 le 11 octobre 2015

 

legendes françaisesNombreuses sont les légendes, les contes et les mythes qui ont traversé l’Histoire de France et façonné le pays tel que nous le connaissons aujourd’hui. Occultes, effrayantes ou étonnantes, ces histoires sont autant d’énigmes mystiques et obscures à décrypter. Après vous avoir fait découvrir les mystères de Paris, Gentside vous propose sa sélection des mythes et légendes de France. 

 - Les 3000 menhirs de Carnac :

Si vous vous promenez dans la région de Carnac, en Bretagne, vous tomberez forcément sur les alignements mégalithiques, ces rangées de menhirs au nombre de 3000 qui ornent le paysage local. Erigés il y a plus de 6 millénaires, on ne sait toujours pas exactement par qui ni comment ces rochers ont été placés ici. On prétend que leur emplacement est lié à des rites funéraires sacrés ou bien destiné à l’observation des étoiles mais le mystère reste entier.

 - L’énigme des cavernes de Dénezé-sous-Doué :

 Situées dans le Maine-et-Loire, les cavernes sculptées de Dénezé-sous-Doué demeurent un grand secret. Composées de 400 statues taillées dans la pierre veillant autour d’un puits, on ne sait toujours pas qui est à l’origine de cette chambre souterraine. De simples tailleurs de pierre, des artistes contestataires, des guérisseurs invoquant de puissantes forces telluriques ? Les hypothèses sont nombreuses et les cavernes restent toujours une source d’interrogations.

 - Le mythe du château de Montségur :

Érigé en 1206 sur le point culminant de la montagne « Pog » par les cathares, le château de Montségur est un lieu entouré de légendes. Il a été en effet pendant longtemps considéré comme étant le château du Graal, une des pièces du trésor de l’église cathare enfoui dans la forteresse. On raconte également que chaque année, lors du solstice d’été, les rayons du soleil traversent le château et les quatre archères du donjon se voient alors alignées avec une précision millimétrique. Ce phénomène a laissé penser à l’existence d’un culte solaire voué par les cathares au sein du château.

- La bête du Gévaudan :

Tout le monde ou presque connaît la célèbre histoire de la bête du Gévaudan, ce monstre sanguinaire qui avait fait une centaine de victimes dans la région de la Lozère au XVIIIe siècle. Le mythe naît de plusieurs meurtres commis dans la province du Dauphiné. Dès lors, la panique saisit les habitants, l’imaginaire dépasse les faits et la légende voit le jour. Loup, monstre sauvage ou tueur en série, nombreuses sont les hypothèses avancées qui participeront à construire le mythe de la bête.

- L’énigmatique château du Plessis-Bourré :

 Si le château est célèbre, c’est avant tout pour les somptueuses fresques qui ornent le plafond de la salle des gardes. Véritables énigmes réalisées par un artiste inconnu, certains y voient un ciel alchimique qui abriterait en codes cryptés le secret de la pierre philosophale et de l’élixir de longue vie. 

 - Le comte immortel de Saint-Germain :

Très apprécié du roi Louis XV, le comte de Saint-Germain est un personnage énigmatique de l’histoire de France. Baroudeur polyglotte et très fortuné, on ne sait toujours pas comment il a pu amasser tant de richesses. Il aurait été une sorte de chimiste, fabriquant des cosmétiques et des pierres précieuses, mais personne n’a jamais su quelle était sa véritable activité. L’un des mystères qui entourent également son existence est son âge, qu’il dit lui même ne pas connaître. Des témoignages de l’époque racontent l’avoir rencontré à 50 ans d’intervalle le physique inchangé. A propos d’une histoire qu’il raconte, un domestique lui aurait répondu un jour : « Je n’en ai pas connaissance, Monsieur le Comte oublie qu’il n’y a que 500 ans que j’ai l’honneur de vous servir ».

- La légende de Carrouges :

Le château de Carrouges est une belle et grande demeure, dans l’Orne. La légende veut que le seigneur du château, Ralph, ait été surpris par sa femme dans les bras d’une autre, une fée d’une beauté sans pareil et aux pouvoirs envoûtants. Furieuse, la comtesse poignarda la jeune femme. La fée entreprit alors de se venger et de maudire la famille de Carrouges. Le lendemain du meurtre, Ralph fut découvert assassiné et une tâche rouge apparut sur le front de la comtesse. Par la suite, elle accoucha d’un fils marqué de la même tâche au front, et l’histoire se répéta pendant 7 générations.

- L’abbaye hantée de Mortemer :

 Depuis plusieurs siècles, on raconte qu’une femme hante les ruines de l’abbaye. Il s’agirait de Mathilde l’Emperesse, plus connue sous le nom de « Dame Blanche ». Fille d’Henri Ier d’Angleterre, elle aurait passé une partie de son enfance à l’abbaye mais, traumatisée de vivre à l’étranger, serait revenue hanter les lieux après sa mort. Plusieurs clichés de la Dame Blanche auraient été pris dans les années 90 et certains personnes affirment avoir senti une présence autour de l’abbaye.

images- Le mystère de Rennes-le-Château :

Le secret qui entoure Rennes-le-Château est certainement l’un des plus grands mystères historiques de France. En 1885, l’abbé Saunière investit le village et entreprend des grands travaux de rénovation dans son église. Il y aurait découvert un trésor et de mystérieux parchemins, qui expliqueraient son brutal changement de train de vie. L’abbé se met en effet à dépenser sans compter dans l’achat de terrains et de constructions dans son église. L’origine et l’existence du trésor sont à ce jour toujours inconnues. Il pourrait provenir du trésor des Templiers, ou encore du pillage d’anciennes tombes du cimetière. Ce curieux site attire en tout cas encore de nombreux visiteurs convaincus que le trésor y est toujours enfoui.

 - L’effroyable Barbe Bleue :

Gilles de Rais, aussi connu sous le nom de Barbe Bleue (en référence au conte de Charles Perrault) était un seigneur de Bretagne qui résidait au château de Tiffauges. Personnage énigmatique doté d’une fortune colossale qui s’adonnait selon la légende à l’alchimie et à des invocations diaboliques, il est condamné en 1440 pour avoir violé et assassiné plus de 140 enfants. C’est l’amalgame qu’on fit par la suite avec le monstre du conte de Perrault qui participera à construire le mythe de Barbe Bleue. 

En savoir plus : http://www.gentside.com/france/

Publié dans HISTOIRE DES REGIONS, LEGENDES-SUPERSTITIONS, VILLAGES de FRANCE | Pas de Commentaires »

Sur le Pont-Neuf de Paris

Posté par francesca7 le 26 juillet 2015

(Paris)

 

800px-Boutique_pontneufLe samedi 31 mai de l’année 1578, après avoir vu passer le magnifique convoi de Quélus et de Maugiron (ses favoris, tués en duel), Henri III, accompagné des deux reines Catherine de Médicis et Louise de Vaudemont, de plusieurs princes, et des plus notables magistrats de la ville, vint solennellement poser la première pierre du pont Neuf, appelé d’abord pont du Louvre.

L’architecte qui en avait donné le plan et qui en commença l’exécution, fut payé 50 écus. Henri IV le fit continuer, et on l’acheva en 1606. Il était en pierre, et de la longueur où nous le voyons aujourd’hui : seulement les boutiques qui s’y trouvent n’existaient pas alors, et ne furent élevées qu’en 1775. A son extrémité méridionale, sur le quai Conti, à l’endroit même où est la voûte sous laquelle on passe pour descendre à la rivière, était une maison appelée le château Gaillard, démoli sous Louis XIV ; c’est là que Brioché attirait une foule si nombreuse à son spectacle de marionnettes.

Le pont Neuf, qui servait de communication directe entre la cité et les deux autres quartiers de la ville, était dès son origine la promenade publique la plus fréquentée et la plus variée de Paris. Toutes les classes de la population semblaient s’y être donné rendez-vous : à toute heure du jour, une foule active, remuante, sans cesse renouvelée, et toujours avide de curiosité, encombrait les trottoirs, se pressait à l’entour de la statue de Henri IV, et refluait jusque vers la place Dauphine, où se voyait la même variété et le même mouvement.

A côté des petits marchands de toutes sortes qui se tenaient sur le pont, s’élevait le théâtre de Mondor et de Tabarin. Des charlatans moins connus, des bateleurs moins plaisants, trouvaient aussi moyen de glaner après ces deux grands maîtres. Enfin, comme l’écrivait Berthod, poète du temps, le pont Neuf était un…

…Rendez-vous de charlatans,
De filous, de passe volans,
Pont Neuf, ordinaire théâtre
De vendeurs d’onguens et d’emplâtre ;
Séjour des arracheurs de dents,
Des fripiers, libraires, pédans,
Des chanteurs de chansons nouvelles.

De coupe-bourses, d’argotiers,
De maîtres de sales métiers,
D’opérateurs et de chimiques,
Et de médecins purgitiques,
De fins joueurs de gobelets.

A toute heure du jour toute cette foule faisait entendre des cris de diverses sortes, et chacun cherchait à faire son métier et à vendre sa marchandise ; c’était un tumulte confus. C’est là aussi que venaient de grand matin les pauvres gens, semblables à ce malheureux poète dont parle Saint-Amant dans sa Gazette du pont Neuf, qui chaque matin, de sept heures à onze, venait faire sa cour au roi de bronze, c’est-à-dire se chauffer, au soleil, devant la statue de Henri IV, après avoir été quêter quelques aumônes à l’église des Grands-Augustins, située près de là, sur l’emplacement occupé aujourd’hui par la halle à la volaille.

Il fallait bien que cette promenade fût de préférence le rendez-vous ordinaire des auteurs peu fortunés, puisque Saint-Amant, qui dans ces sortes d’affaires parlait avec expérience, fait dire à son poète crotté, forcé de quitter Paris :

Adieu, pont Neuf, sous l’eau qui l’eau passe
Si ce n’est quand l’hiver la glace.

Adieu, belle place Dauphine,
Où l’éloquence se raffine,
Par ces bateleurs, ces marmots,
De qui j’ai pris tant de beaux mots
Pour fabriquer mes épigrammes.

Adieu, vous, que tout au contraire
J’ai souvent fourni de quoi braire,
Chantres, l’honneur des carrefours
Et des ponts, ou d’une voix d’ours.
Et d’une boufonne grimace,
Vous charmez le sot populace ;
Tandis qu’un matois, non en vain,
Essaie à faire un coup de main.

Dans aucune des descriptions du pont Neuf et de son histoire ce dernier trait n’est oublié ; les tire-laine, les voleurs, les filous et les gueux ceimants et mendiants exploitaient audacieusement, en plein jour, les bourses et les poches des passants. Les spectateurs pour la plupart riaient de ces vols, ou même applaudissaient si le tour était fait avec adresse, et si, pris en flagrant délit, le voleur cherchant à fuir et luttant contre son adversaire avec grand bruit, arrivait le guet, la hallebarde ou l’arquebuse au poing, qui mettait d’accord les deux parties, en arrêtant le volé aussi bien que le voleur.

Sur le Pont-Neuf de Paris dans COURS d'EAU-RIVIERES de France 800px-Pierre-Auguste_Renoir_090

Les arracheurs de dents avaient déjà, comme de nos jours, des compères mêlés aux spectateurs ; c’est ce que nous apprend l’abbé Le Vayer, dans une histoire comique, publiée vers 1560, et intitulée le Parasite Mormon. Il nous raconte la chétive existence et le triste destin d’un pauvre poète, qui, mourant de faim et sans ressource, allait sur le pont Neuf proposer à un charlatan de se laisser arracher deux dents moyennant 10 sols, avec promesse de déclarer hautement aux assistants qu’il n’en ressentait aucun mal.

Plus loin encore, il nous montre ce malheureux que la nécessité contraint, pour gagner un peu de pain, d’aller chanter des chansons qu’il avait faites, répondre froidement à ceux de sa connaissance qui le surprennent en cette posture de bateleur : « Pardieu ! cinquante pistoles sont bonnes à gagner ! » voulant ainsi faire croire qu’une gageure seule le poussait à ce déguisement, et parant sa gueuserie d’un vernis d’amour-propre.

Maintenant que nous connaissons les diverses espèces de gens qui à toute heure de nuit et de jour hantaient cet endroit, voici quelles places distinctes leur assigne sur le pont, sur les trottoirs, à l’entour de la statue et dans la place Dauphine, une gravure de 1646, par Della Bella. Sur les trottoirs du côté de la rue Dauphine, des duellistes se battent à outrance, les arracheurs de dents font leurs parades ; une nuée de mendiants, armés de leurs infirmités d’emprunt, et venus de la Cour des Miracles, s’abat aux portières des carrosses que l’on voit se diriger rapidement vers le Louvre ; plus loin, et devant la statue, on voit un charlatan ; à l’entrée du quai des Orfèvres, on voit une femme et un enfant dont les mains se glissent dans les poches par dessous les manteaux : sur le trottoir opposé, les marchands de vin et de comestibles attirent les spectateurs par leurs cris et leurs annonces fastueuses ; tout auprès se tiennent les tireurs de laine ; enfin, à l’entrée de la place Dauphine, sont les marchands de filets et des chiens de chasse ; et au milieu, ça et là, une foule nombreuse et oisive s’empresse auprès de chaque boutique, et grossit à chaque instant les groupes. Tous les spectateurs portent des cannes et des épées.

Cet usage de porter des armes, alors général dans toutes les classes de la société, nous était venu d’Espagne, et indiquait le nivellement qui se préparait. Un auteur satirique de l’époque le tourne en ridicule, et dit avec un grand air de mépris : « Quand le savetier a gagné par son travail du matin de quoi se donner un ognon pour le reste du jour, il prend sa longue épée, sa petite cotille (collet à l’espagnol) et son grand manteau noir, et s’en va sur la place décider des intérêts de l’Etat. »

Si le pont Neuf était de jour une arène commodément ouverte à toutes les entreprises de l’audace ou de la ruse, de nuit son passage, malgré les escouades du guet à cheval et à pied qui parcouraient la ville, devait être encore plus dangereux pour les bourgeois attardés ; pour s’y hasarder, il fallait un coeur bien résolu, ou une bourse bien vide ; il fallait pouvoir dire, comme le poète crotté de Saint-Amant :

Adieu, blonde Samaritaine,
Que sans peur des tireurs de laine,
Pour n’avoir n’argent ni manteau,
En revenant du royal chasteau,
J’ay veu cent fois aux heures sombres…

Saint-Amant écrivait au commencement du XVIIe siècle, vers 1620 environ ; trente ans plus tard la ville n’était pas plus sûre ; et ces vers connus de Boileau nous donnent une idée peu flatteuse de Paris pendant la nuit :

Sitôt que du soir les ombres pacifiques
D’un double cadenas font fermer les boutiques,
Que retiré chez lui, le paisible marchand
Va revoir ses billets et compter son argent ;
Que dans le Marché-Neuf tout est calme et tranquille,
Les voleurs aussitôt s’emparent de la ville.

Des filous effrontés d’un coup de pistolet,
Ebranlent ma fenêtre et percent mon volet.
J’entends crier partout : Au meurtre, on m’assassine !…

(D’après un article paru en 1835)

Publié dans COURS d'EAU-RIVIERES de France, Paris | Pas de Commentaires »

Riche, mais pas chiche : Mazarin

Posté par francesca7 le 21 juin 2015

 Cardinal_Jules_MazarinJules Mazarin ! Peut-être l’homme le plus riche que la France ait jamais connu et connaîtra jamais – encore que Richelieu ait, lui aussi, amassé une fortune astronomique, sans compter bien d’autres avant eux, et après…

La fortune de Mazarin équivalait, diton, à plus de la moitié du budget du pays ! Il détient les revenus de l’évêché de Metz et de vingt-neuf abbayes. Les gouvernements d’Alsace, d’Aunis, de Provence, d’Auvergne, les duchés de Rethel et de Nevers sont entre ses mains. Il est actionnaire dans de multiples compagnies de navigation. Mais, prodigue, Mazarin distribue des pensions aux artistes, fait construire le palais Mazarin, le collège des Quatre-Nations – aujourd’hui Institut de France qui abrite notamment l’Académie française. Il collectionne les tableaux, les statues. Sa bibliothèque est à l’origine de la bibliothèque Mazarine.

Le 26 octobre 1660, au Louvre, un comédien de trente-huit ans joue devant lui deux pièces de sa composition : L’Étourdi et Les Précieuses ridicules.

À la fin de la représentation, le cardinal se penche vers Colbert et lui dit : « Il faudra continuer à marquer de l’estime à Molière, l’État peut tirer parti de son génie comique… » Il avait recommandé au même Colbert, Jean-Baptiste Lully, Ménage, et de nombreux autres artistes ou écrivains. C’est lui, Mazarin, qui introduit en France l’opéra. La cour va pouvoir commencer à se donner, avec Louis XIV, de grands airs…

Jules Raymond Mazarin (Giulio Raimondo Mazzarino, MazarinoMazarini, ou Mazzarini, nom dont il francisa peu à peu lui-même l’écriture en Mazarin, mais dont il signe encore Mazarini, à l’italienne, à la fin de sa vie au bas du Traité des Pyrénées), né à Pescina, dans les Abruzzes (aujourd’hui en Italie), le 14 juillet 1602 et mort à Vincennes le 9 mars 1661, mieux connu sous le nom de cardinal Mazarin, fut un diplomate et homme politique, d’abord au service de la Papauté, puis des rois de France Louis XIII et Louis XIV. Il succéda à Richelieu en tant que principal ministre de 1643 à 1661.

Bien qu’elle demeure peu documentée, l’enfance de Mazarin laisse déjà deviner un garçon doué, remarqué dès son plus jeune âge pour son habileté à séduire et son aisance intellectuelle. C’est là ce qui fera tout au long de sa jeunesse la force du futur cardinal : une étonnante capacité à plaire et à savoir se rendre indispensable.

À sept ans, le petit prodige entra au Collège romain tenu par les Jésuites. Élève brillant, il eut à soutenir sa thèse de fin d’études sur la comète qui provoqua tant de polémiques en 1618 sur l’incorruptibilité des cieux et conduisit Galilée à publier le célèbreSaggiatoreL’Essayeur. Mazarin sut manifestement éviter les nombreux pièges que le sujet comportait et obtint l’approbation unanime du jury.

Mazarin grandit avec les enfants de la Famille Colonna, ce qui lui permit, sans qu’il en fît partie, de fréquenter le grand monde et ses palais. Il semble que, dès son adolescence, Giulio ait développé une passion pour le jeu et les femmes qui ne l’ont jamais quitté. Sans doute le vice du jeu lui offrit d’abord un moyen de gagner ce que l’on appellerait aujourd’hui de l’« argent de poche ». Pour « l’enlever à ses mauvaises habitudes » dans la capitale romaine, son père décida de l’envoyer à l’étranger.

Il est établi que le futur cardinal passa trois ans en Espagne (1619-1621 ?) pour accompagner Jérôme-Girolamo Colonna (créé cardinal le 30 août 1627 par Urbain VIII) et qu’il y termina ses études de droit civil et canon à l’université d’Alcalá de Henares. De cette expérience, Mazarin tira une maîtrise parfaite de l’espagnol qui devait s’avérer très utile tout au long de sa carrière. Les légendes sont nombreuses quant à la vie du jeune homme en Espagne. Une chose est certaine, il dut rentrer en Italie car son père, accusé de meurtre, avait été contraint de se tenir à l’écart de Rome pendant quelque temps. Cet épisode fit basculer Mazarin dans le monde des adultes : il était à présent tenu de soutenir sa famille. Il s’engagea alors dans des études de droit canon, qu’il termina en avril1628, renonçant à une carrière artistique pour laquelle il présentait pourtant des dispositions. Comme la plupart des jeunes Romains, il s’engagea ensuite au service du pape et devint secrétaire du nonce apostolique à Milan, voie qui lui offrait les meilleures perspectives.

 Richelieu l’accueillit avec de grandes démonstrations d’affection, l’engagea par les plus belles promesses, et lui fit donner une chaîne d’or avec le portrait de Louis XIII, des bijoux et une épée d’une valeur considérable.

Au long de sa carrière de Premier Ministre, Mazarin s’enrichit. À sa mort, il dispose d’un actif d’environ trente-cinq millions de livres (dont 8,7 millions de livres en argent liquide et 4,4 millions en bijoux et objets précieux). Il s’agit de la plus grosse fortune du xviie siècle, correspondant à vingt-deux tonnes d’or et qui provient des largesses du roi, de ses nombreuses fonctions au gouvernement mais surtout des revenus et prébendes issus de 21 abbayes qu’il dirige (en premier lieu, l’abbaye Saint-Denis) et lui rapportent annuellement 572 000 livres à la fin de sa vie. Cela lui procura une grande souplesse financière, qui se révéla vite indispensable pour remplir ses objectifs politiques. Progressivement, Mazarin abandonne la gestion de sa fortune personnelle à Nicolas Fouquet et Jean-Baptiste Colbert, issu de la clientèle de Michel Le Tellier et qui venait d’épouser une Charron (cent mille livres de dot). Ils sont les véritables artisans de la démesure de sa fortune après la Fronde.

Bien que les sommes en question, en raison de la virtuosité du concerné et de ses aides (Fouquet et Colbert), dépassent de loin tout ce qui pouvait se voir à cette époque, il est nécessaire de relativiser le caractère exceptionnel de telles pratiques financières. Mazarin, aussi peu populaire chez les nobles dont il sapait l’autorité que dans le peuple dont il prolongeait les souffrances issues de la guerre, souffrit d’une large hypocrisie sur ce point. Postérieurement à la Fronde, période où il put mesurer toute la fragilité de sa position, Mazarin n’eut de cesse de consolider sa position. N’ayant aucun quartier de noblesse, son pouvoir était assujetti au bon vouloir d’une régente disposant elle-même d’un pouvoir contesté. Seule sa dignité de cardinal (d’ailleurs révocable) lui permettait de prétendre aux fonctions qu’il occupait. Sans une situation financière solide, une disgrâce aurait tôt fait de le faire descendre au bas de l’échelle sociale. Ce point explique en partie l’acharnement de Mazarin à s’enrichir de manière exponentielle.

Tourmenté par la goutte, les jambes décharnées, couvertes d’ulcères que les médecins soignent en lui appliquant des cataplasmes de fiente de cheval, Mazarin affronte la vieillesse et la maladie dans l’hôtel de Beauvais, le palais du Louvre, son hôtel particulier et enfin le château de Vincennes. La décoration des appartements prévus pour lui dans le pavillon de la Reine du château n’est pas terminée lorsqu’il y meurt le 9 mars 1661 dans un petit appartement aménagé provisoirement au rez-de-chaussée du pavillon du Roi. Diplomate madré, il laisse une Europe pacifiée après la fin de la guerre franco-espagnole et de la Première guerre du Nord ainsi qu’un royaume de France agrandi par les traités de Westphalie et des Pyrénées. Louis XIV ne protégera pas cet héritage de Mazarin, bien au contraire : soucieux d’affirmer sa grandeur par de vastes conquêtes, le roi trouvera dans les traités de paix, si difficilement obtenus par le Cardinal, les prétextes qui justifieront ses innombrables guerres.

Confronté à de nombreuses rumeurs sur l’acquisition illicite de sa fortune, Mazarin a fait venir un notaire près de son lit le 3 mars et lui a dicté un testament par lequel il reconnaissait que tous ses biens provenant de Louis XIV, il les lui restituait mais le roi, au bout de plusieurs jours de réflexion, a refusé cette donation testamentaire, ne pouvant accepter l’humiliation d’un tel cadeau de l’un de ses sujets. Mazarin a prévu ce refus et enregistré un nouveau testament le 6 mars 1661, par lequel il lègue la plus grande partie de sa fortune à sa nièce Hortense Mancini et son mari le duc de La Meilleraye, neveu de Richelieu, probablement pour rendre un dernier hommage au grand ministre qui avait été « son bienfaiteur ». En outre, Mazarin lègue au souverain des diamants (le Sancy et 18 diamants qui portent dès lors son nom, les Mazarins) et laisse des pensions à des gens de lettres, « ce qui était un excellent moyen de faire célébrer sa mémoire ».

Image illustrative de l'article Jules MazarinÀ sa mort, Mazarin souhaite être inhumé, comme son prédécesseur le cardinal de Richelieu l’avait fait à la Sorbonne, dans la chapelle du Collège des Quatre-Nations. Sa dépouille est déposée dans un caveau provisoire de la chapelle du château de Vincennes avant d’être transportée en grande pompe, le 6 septembre 1684, dans les caveaux qui s’étendent sous la chapelle du collège dont la construction n’est pas encore finie. Le tombeau de Mazarin, destiné à trôner sous la coupole du Collège des Quatre-Nations, est sculpté par Antoine Coysevox, aidé par Étienne Le Hongre et Jean-Baptiste Tuby, et n’est achevé qu’en 1693. Dans cette chapelle-mausolée, le sarcophage de marbre noir veiné, soutenu par des consoles, est surmonté d’une statue en marbre blanc représentant le cardinal agenouillé sur un coussin, dans un geste d’offrande de sa personne (la main gauche sur le cœur, la main droite en avant). Mazarin est dans sa chape prélatice largement drapée qui recouvre le sarcophage et enveloppe à demi son chapeau cardinalice à glands tandis qu’un angelot funèbre, à califourchon sur la traîne de la grande cape, tient dressé le faisceau de licteur du blason cardinalice, qui rappelle opportunément le bilan civique de l’action du ministre. Sur les marches en marbre du socle sont assises, accoudées, trois figures féminines de bronze qui sont des allégories de Vertus (la Prudence à gauche, la Paix au centre et la Fidélité à droite).

À la Révolution française en 1793, sa tombe est profanée, les cendres du cardinal sont jetées à la voirie et son mausolée détruit comme de nombreux emblèmes de la monarchie. Alexandre Lenoir, conservateur des monuments, récupère le tombeau, le dépose dans l’ancien couvent des Petits-Augustins où il le fait reconstituer. Par la suite, il rejoint le musée du Louvre jusqu’en 1964, date à laquelle il retrouve la chapelle du Collège des Quatre Nations. Ce mausolée n’est donc plus qu’un simple cénotaphe31

Au terme de sa vie, Mazarin avait rempli les principaux objectifs politiques qu’il s’était fixés pour la France :

  • Apporter une paix stable à l’Europe dont la France serait l’arbitre ;
  • Mettre un terme définitif aux révoltes nobiliaires, affirmer l’autorité royale au détriment des grands du royaume ;
  • Soumettre le clergé.

À ces différentes victoires, il est nécessaire d’ajouter la réussite de l’éducation du jeune Louis XIV, ce dont ce dernier, manifestement admiratif des talents du Cardinal, fut toujours reconnaissant. À la mort de Mazarin, le futur Roi Soleil trouvait entièrement dégagée la voie de l’absolutisme monarchique.

Outre l’héritage politique, le cardinal Mazarin a laissé une fortune estimée à 35 millions de livres, dont 8 millions en espèces (soit l’équivalent de l’encaisse de la banque d’Amsterdam, banque la plus importante du monde à l’époque ou l’équivalent de la moitié du budget annuel du royaume). Ayant tout perdu pendant la Fronde, il avait donc accumulé ces richesses entre 1652 et sa mort, soit en moins de dix années. Il s’était fait attribuer par la reine-régente des charges civiles et ecclésiastiques (voir la liste impressionnante p. 50-51 du La Fronde de Hubert Méthivier, PUF, 1984), avait spéculé sur les fonds d’État, joué sur la valeur des monnaies et leur retrait (ce qui causa par exemple en 1659 la révolte des « Sabotiers » de Sologne, paysans misérables soulevés contre le retrait des liards, lesquels constituaient leurs maigres réserves monétaires), s’était enrichi par l’entremise d’hommes de paille sur les fournitures aux armées… Sous l’Ancien Régime, aucun héritage n’atteignit ce niveau, les plus élevés étant ceux du cardinal de Richelieu (16 millions nets) et de Charles Gonzague (5,5 millions en 1637). Pour éviter que ne soit fait un inventaire de ses biens, et donc de ses agissements, il légua tout au roi, qui hésita trois jours avant d’accepter, puis, l’ayant fait, laissa ces biens à ses héritiers, manœuvre classique en ces temps pour éviter les recherches de justice. Sa rapacité était telle qu’il songea même, lui qui ne fut jamais ordonné prêtre, à devenir archevêque d’un des riches territoires nouvellement conquis, mais le pape s’opposa à un zèle si intéressé.

Par testament, Mazarin fit réaliser le Collège des Quatre-Nations (devenu l’Institut de France). L’acquisition, en août 1643, de la bibliothèque du chanoine Descordes constitue l’acte fondateur de celle-ci : la Bibliothèque Mazarine, issue de la bibliothèque personnelle du cardinal.

Riche, mais pas chiche : Mazarin dans FONDATEURS - PATRIMOINE 290px-Mazarin_buste_par_LerambertLa réussite de Mazarin constitua un véritable outrage à l’ordre social de son époque. La formidable réussite d’un homme sans naissance et de condition modeste ne pouvait que s’attirer les foudres d’une noblesse censée seule avoir été dotée par Dieu des vertus et qualités propres au commandement. Le souci de Mazarin de renforcer l’autorité royale attisa le ressentiment des nobles, et celui de poursuivre une guerre mal comprise celui du peuple. Les mazarinades diffusées pendant son ministère, ainsi que la qualité littéraire de nombre d’entre elles, contribuèrent à ruiner durablement sa réputation. Ses origines étrangères ne plaidèrent pas non plus en sa faveur. Ainsi, en dépit des indéniables réussites que compta sa politique, Mazarin ne laissa pas un bon souvenir dans la mémoire du peuple français, les mémorialistes préférant mettre en avant ses pratiques financières douteuses plutôt que ses victoires politiques.

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PEINE DE MORT POUR LES CHAUVE SOURIS

Posté par francesca7 le 22 février 2015

 

  
PSM_V07_D667_Long_eared_english_batDésignée dans le Bas Languedoc par le nom de rate-pennade, la chauve-souris, sur laquelle les enfants, inconscients de son singulier mode de vie, s’amusent à capturer, fait l’objet de plusieurs superstitions, dont celle de se prendre dans les cheveux sans qu’on puisse l’y déloger…

C’était un soir du mois d’août. Le soleil disparaissait à l’horizon ; la vesprée s’annonçait délicieuse. Le seul des portes et le devant des maisons s’étaient rapidement garnis de jeunes et vieilles villageoises à qui il tardait de faire la causette, et surtout de prendre le frais après ure journée dont la chaleur avait été accablante.

On s’interpellait d’un bout de la rue à l’autre. Traînant leurs chaises de paille derrière elles, telle jeune fille rejoignait un groupe voisin où devaient être son amoureux ou ses amies, tette femme allait se joindre à d’autres femmes parmi lesquelles se trouvait celle qui savait le plus de nouvelles du jour et savait le mieux les raconter.

Les enfants, dont j’étais, explique Paul Redonnel — qui nous livre ce récit se déroulant dans le Bas-Languedoc —, plus séduits par le jeu et plus désireux de courir que d’ couter, s’amusaient aux « olivettes », à « l’enfer », au « loup », passant avec une rapidité excessive d’un jeu à un autre, par quoi s’explique ce besoin ardent de vivre.

Soudain l’un de nous se mit à crier : « Une rate-pennade ! une rate-pennade ! », nom occitan francisé de la chauve-souris.

Nous nous mîmes à crier comme lui : « Une rate-pennade ! une rate-pennade ! ».

Des jeunes gens nous entendant piailler étaient vite entrés chez eux et en sortaient avec de grandes perches au haut desquelles ils avaient noué un chiffon quelconque. Postés à chaque extrémité de la rue comme s’ils échangeaient des signaux télégraphiques, ils se mirent à agiter dans le sens de la largeur, la perche perfide contre laquelle vint bientôt se heurter le pauvre animal nocturne.

Il paraît que la chauve-souris prend pour un oiseau le morceau de drap qu’on agite et qu’elle se précipite sur cette proie inespérée et meurtrière. A la vérité, maladroite dans son vol, elle vient s empêtrer dans le chiffon, dont une secousse de la perche la fait choir sur le sol. « Ça y est ! ça y est ! » crièrent tous les enfants en se précipitant sur la pauvre bête palpitante mais pour la regarder seulement, car aucun de nous n’aurait osé la saisir.

Un des jeunes gens, pour faire une farce, l’ayant prise, alla la déposer sur le cou d’une jeune fille que la peur fit s’évanouir, ce qui troubla un instant la joie de tout le monde. Heureusement, la syncope dura peu et la fin de la soirée se passa en plaisanteries de toutes sortes.

Ma grand-mère qui était une excellente conteuse et qui, malgré ses quatre-vingt huit ans sonnés, avait conservé son intelligence supérieure, sa lucidité d’esprit et un timbre de voix qui eût fait envie et bien des jeunes filles, m’avait appelé au milieu de tout ce brouhaha, poursuit notre narrateur.

On connaissait toutes les qualités de mon aïeule. En m’entendant appeler de la sorte, mes petits camarades, enfançons et enfançonnes, m’avaient suivi ; et en outre, sentant qu’elles allaient apprendre une belle histoire, des femmes et des jeunes filles avaient fait comme les enfants. En une minute, ma grand-mère fut entourée d’un cercle d’auditeurs respectueux, sympathiques et silencieux.

— Vous venez de tuer une chauve-souris, dit ma grand-mère, et vous avez, mes enfants, battu des mains quand cette pauvre bote est tombée par terre. Savez-vous que c’est une vilaine action et que vous êtes de mauvais cœurs ?

Nous ouvrions tout grands nos yeux et nous ne pouvions en croire nos oreilles.

— Comment, une rate-pennade n’était pas un animal qu’il fallait exterminer, comme la vipère, comme le serpent, comme le ver de terre ?

— Elle sort le soir, voilà son grand crime, continua mon aïeule ; or si elle sort le soir. c’est qu’elle nourrit ses petits et qu’elle ne trouve pas dans te réduit qui lui sort d’abri, une proie suffisante. On la hait parce qu’elle habite d’ordinaire les ruines. Qu’est-ce que vous voulez qu’elle vienne faire dans les maisons proprement tenues ?

Elle n’aurait pas de quoi manger, ni ses petits ! On la craint parce qu’on la croit coupable de boire le sang. Cela a peut-être lieu dans d’autres pays que le notre et où ces sortes de mammifères sont appelés des vampires : car, en notre France, les chauves-souris sont exclusivement insectivores ; elles ne mandent que des insectes dont nous sommes heureux d’être débarrassés et qui sont nuisibles aux récoltes. A ce titre, la chauve-souris a droit à notre reconnaissance : il ne faut pas lui prouver notre gratitude en la tuant.

D’ailleurs ce n’est pas le seul grief qu’on lui fasse. On l’accuse aussi de trahir. La Fontaine dont vous avez appris par cœur les fables, en a écrit une sur elle : elle y tient un rôle blâmable, malgré la comparaison que vous puissiez établir entre elle et le sage, mais ta Fontaine calomnie souvent les bêtes qu’il a entendues parler.

— Pauvre chauve-souris ! poursuivit ma grand-mère en jetant un coup d’œil sur ses auditeurs étonnés et attentifs.

— Mais, madame. fit une petite fille moins timide que ses compagnes, on m’a dit que si la rate-pennade s’accrochait à ma tête, on ne pourrait lui faire lâcher prise qu’en coupant mes cheveux.

— Il faudrait, répondit mon aïeule, que ta mère fût bien maladroite pour ne pas dégager la chauve-souris plus ennuyée que toi de sa mésaventure. Ce serait pourtant plus facile que de débrouiller un écheveau de fil.

— Alors, si cela m’arrivait ?

— Eh bien ! si cela t’arrivait, tu n’aurais pas peur ; tu ne perdrais pas ta belle chevelure et on rendrait la liberté à la chauve-souris. La tuer, comme vous avez fait ce soir, en outre d’un meurtre inutile et lâche, ajouta la conteuse en s’adressant particulièrement aux mères de famille, c’est agir contre vos intérêts ; c’est, de plus, condamner à mort d’autres chauves-souris qui attendront inutilement leur mère dont l’aile les berçait tout à l’heure.

— Que dites-vous là ! fit remarquer respectueusement une auditrice cependant que notre jeune imagination voyait toute l’horreur du meurtre commis, et assistait au désespoir des petits abandonnés, demandant plaintivement leur mère aux échos des ruines.

— Il est vrai que vous ne savez pas que la chauve-souris agit, toute proportion gardée, envers sa progéniture, comme la meilleure des mamans envers ses enfants.

Oui, mes amis, reprit mon aïeule. La chauve-souris berce ses petits. Si vous me portiez la pauvre bête que tous avez tuée, je vous montrerais de quelle façon.

— Tenez, madame, la voilà, dit l’un de nous, que l’histoire de grand-mère avait guéri de sa répulsion pour la pauvre bête, et qui la lui tendit.

Alors grand-mère nous expliqua que, de ta petite griffe située à l’extrémité de la membrane qui lui sert d’aile, la rate-pennade s’accroche à l’interstice d’une corniche ou à la fente d’une poutre ; dans l’autre membrane repliée, elle a mis ses petits, et elle se balance rythmiquement, en leur chantant dans la langue que les petits comprennent, une chanson pour les endormir.

PEINE DE MORT POUR LES CHAUVE SOURIS dans FAUNE FRANCAISE 220px-Vespertilion_bechsteinQuelquefois, elle s’élance vers un autre point, lorsqu’elle pense que la place choisie n’est pas propice, et elle reprend sa chanson et son bercement jusqu’à ce que le sommeil les ait gagnés : alors, elle les dépose tout doucement dans leur trou, et elle va chasser les insectes crépuscules dont elle se nourrit. C’est le seul instant qu’elle ait de libre, car elle ne remue point de la journée qui est pour elle la nuit.

— Nous ne tuerons plus de chauve-souris, dit un des jeunes gens qui s’étaient approchés.

— Il ne faut plus en tuer, dit ma grand-mère ; je ne vous demande pas de les aimer, si vous avez quelque répugnance pour elles ; mais respectez leur existence.

Nous les rendons coupables d’un préjugé qui nous regarde ; ne commettons plus l’infamie de les châtier d’une renommée qu’elles n’ont rien fait pour obtenir et guérissons-nous de nos superstitions, de toutes nos superstitions, conclut Paul Redonnel.

(D’après « Revue du traditionnisme français et étranger », paru en 1906)

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L’enfant corse de Bergerat

Posté par francesca7 le 22 décembre 2013

L’enfant corse. Conte corse

par

Émile Bergerat

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Aimez-vous les histoires corses, ou, pour mieux dire, de vendetta corse ? En voici une qui m’arrive de l’île de Colomba, et précisément de Sartène, dernier refuge de ce pauvre banditisme contre lequel on mène si rude guerre. J’ai laissé là quelques amis qui m’entretiennent encore des choses et des gens du pays. Ça n’a pas changé, m’écrivent-ils, depuis votre voyage, en 1887, et nous restons fidèles à nos moeurs comme à nos coutumes ethniques qui sont les bonnes. La Corse est l’île de l’honneur. Jugez-en, d’ailleurs, une fois encore.

Dans le triangle de maquis montagneux inscrit entre Sartène, Porto-Vecchio et Bonifacio, et qui forme la pointe méridionale de l’île, il y a, sous un contrefort du mont Scopeto, un hameau de deux cents âmes divisées par une vendetta séculaire, celle des Arboli et des Marata.

Le village est considéré par eux comme terrain neutre. Ils y vivent en face les uns des autres, et leurs maisons se regardent. Si les femmes de chaque famille se rencontrent à la fontaine ou à l’église, sur la place, et même y causent ensemble, les enfants restent séparés dans leurs jeux, et singent naïvement la haine de leurs pères. Ils en hériteront. Du reste, l’école est lointaine, quatorze kilomètres, et ils n’y vont pas. Quant au catéchisme, le recteur est un Corse lui-même et, sur la question de la vendetta, il ferme l’Évangile et corne son bréviaire. Amen.

C’est donc hors du village que la chasse commence et que les Arboli et les Marata se guettent, aux coins des monts, le fusil au dos et la poire à poudre à la ceinture, depuis un temps immémorial. Ils ne savent même plus exactement eux-mêmes la cause originelle de leur animosité héréditaire. Ils ne cherchent pas à l’établir, encore moins à l’élucider ; le virus est dans le sang, il s’y perpétue de père en fils et jusqu’aux confins du cousinage. Le meurtre d’un Arboli nécessite celui d’un Marata, et vice versa, par loi de conséquence. Ça n’empêche pas de se reproduire dans chaque clan par des mariages, consanguins, d’ailleurs, que le curé bénit à vol de cloches.

Le pays où le Code Napoléon est le moins obéi est celui où son auteur est né. Quant aux gendarmes, ses organes bottés, vous devez vous rappeler encore en quel mépris on les tient dans l’île. En abattre un dans les lentisques parfumés, c’est acquérir une gloire à la Guillaume Tell, où le bon tireur s’exalte de l’homme libre.

Antonio Arboli, fils aîné du dernier Arboli, meurtrier du dernier Marata, – car nous en étions là, à Sartène, de leur duel centenaire, – s’étant payé, l’automne dernière, la peau buffletée de l’une de ces autorités ambulantes, avait pris le mâquis et il s’y terrait comme un lapin dans les romarins. Une battue stratégique, menée par un Pandore habile, le plus habile même que nous ayons, avait débusqué le jeune bandit de sa retraite. Cerné de toutes parts, il s’était réfugié chez le curé même de la paroisse, qui est un Arboli, et son parent. L’asile était bon et d’un choix ingénieux, car le prêtre n’était pas homme à laisser violer son presbytère ni par des civils, ni par des militaires, et il avait décroché à tout événement un lourd crucifix de bois, de fer et de bronze, qui pendait comme une hache de panoplie sur sa couchette.

Mais, la nuit venue, Antonio avait eu honte de la situation funeste où il plaçait le pauvre révérend en temps de République, et, bondissant par la lucarne du grenier, il avait pris sa course dans le village. Comme il passait devant la maison des Marata, il en vit la porte ouverte. Sur le seuil, Cara Marata, dame du logis, tordait le linge du mois, dont son petit garçon lui passait les pièces. L’enfant s’appelait Jean. Il avait six ans.

Antonio regarda la mère, et, d’un geste, sans un mot, il lui indiqua le presbytère, d’où venait un bruit de bottes et de sabres.

- Entre ! fit la femme corse.

Et elle tira la porte sur l’hôte.

Or, ne l’oubliez pas, le bandit traqué n’était autre que le fils aîné de l’Arboli qui avait tué le beau-père et oncle de Cara, soit le vieux Paolo Marata, propre père du chef actuel de la famille, père à son tour du petit Jean. Ce chef s’appelait lui aussi Paolo, comme le trépassé, et c’était entre lui et Antonio qu’était « la chemise sanglante ».

Donc Paolo rentra chez lui pour la soupe. – Journée perdue, fit-il, en déposant fusil et cartouchière. Je l’ai cherché là-haut, dans le mâquis, jusqu’à la chute de la lumière. Pas d’Antonio Marata. – Il est ici, dit simplement la femme. – Ah ! chez nous ? – Le village est occupé par la gendarmerie. Écoute. – Tu as bien fait, déclara Marata, un peu pâle. Mais je ne veux pas le voir. Cache-le bien et prends soin de lui. Je vais à Sartène et j’y resterai jusqu’à son départ. – Va, et sois tranquille, ils ne l’auront pas.

Puis, comme la gendarmerie y perdait son temps et ses peines, elle évacua le village.

L’enfant corse de Bergerat dans Corse 220px-Signature_BergeratLe lendemain, pourtant, le brigadier y reparut. Il était seul. Tout en feignant d’avouer sa déconvenue et ses excuses faites au curé, il se renseignait auprès des commères qui, chez nous comme ailleurs, sont bavardes autour des fontaines. Tout ce qu’il en apprit, cependant, c’était que la Gara Marata était allée étendre son linge au soleil sur les arbustes odorants de la montagne. Comme les Marata étaient notoirement les ennemis nés des Arboli, la nouvelle était pour lui sans indices. Quoiqu’il fût assuré que le bandit n’était pas sorti de la commune, il ne pouvait s’arrêter raisonnablement à l’idée qu’un Arboli fût caché chez un Marata, et surtout, s’il l’était, que son hôtesse eût laissé la maison déserte à la garde d’un enfant de six ans. Mais outre que le gendarme abattu par Antonio dans la brousse était son propre frère et que l’atmosphère même du pays activait son besoin de vengeance, il se méfiait terriblement des Corses, «capables de tout, disait-il, et bons à rien». Il fit donc à tout hasard un nouveau tour dans les rues du hameau et, parvenu devant l’habitation des Marata, il y vit le petit Jean à califourchon sur la balustrade de l’avancée en terrasse où se signe l’architecture locale de nos bastidons.

- Te voilà sur un beau cheval de pierre ! lui cria-t-il. Mais l’enfant, saisi de peur à la vue du bicorne symbolique, s’était enfui en lui faisant les cornes. – Attends, polisson ! Et le brigadier grimpa les degrés du perron. – Es-tu donc seul, fit-il, en lui pinçant l’oreille ? – Maman va venir. – Et c’est toi qui gardes la maison. A ton âge ? Tu dois t’ennuyer sans frère, soeur, ni camarades ? As-tu des joujoux ? Veux-tu que je t’en apporte d’Ajaccio ? – Oh oui ! si maman veut. – Eh bien ! mais il faut que j’y aille d’abord,à Ajaccio. Quelle heure est-il ?

Et le brigadier tira sa montre. Les yeux de Jean s’allumèrent comme tisons de braise. – C’est joli, hein ? Et ça chante. Écoute : tic. tac ; – Et il la lui mit à l’oreille. – La veux-tu ? – Oh ! oui, monsieur le gendarme. – Alors entrons.

Un quart d’heure après, Antonio Arboli, fortement garrotté, les cheveux pleins de paille et tout suant d’une lutte désespérée, descendait dans la rue sous le poing victorieux du gendarme et s’y rencontrait avec Cara Marata, muette d’épouvante. – Tu n’es pas une Corse, lui jeta-t-il. Mort aux Marata. Honte aux lâches.

L’enfant, sur le perron, écoutait, épanoui, le tic tac de la montre, et la malheureuse comprit. Elle hurla toute la nuit, comme une bête égorgée.

Au petit jour, Paolo parut : – Je sais, fit-il, j’ai vu passer Antonio enchaîné sur la place, à Sartène. Que tous les Marata soient ici, à midi, dans la maison de famille. Toi, femme, prépare l’enfant. – A quoi ? – Tu es sa mère. – Ah ! mon Dieu, Paolo, je n’ose deviner ! Mais nous n’avons que lui ! – Prépare l’enfant, te dis-je.

L’arrêt des Marata fut unanime.

Alors la mère, car il y en a de telles dans l’île de l’honneur, prit son petit sur les genoux, et doucement lui expliqua son crime. Elle lui dit en quoi il consistait, ce qui le rendait impardonnable, et de quel châtiment il fallait l’expier. – Tous les parents seront là pour te voir mourir, bien mourir, mon cher enfant. – Et toi, maman, y seras-tu ? – J’y serai, je te le promets. – Et mon papa ? – Ton papa aussi, fut la réponse. Et elle l’assura qu’il ne lui ferait pas de mal, il était le premier tireur de Corse, infaillible.

L’heure venue, ils conduisirent l’enfant au fond du jardin, les yeux bandés. Il avait demandé qu’on lui accrochât sur le coeur la montre « du méchant gendarme ». – Ne la manque pas, mon papa…

Et mon correspondant de Sartène termine par ce trait à la Mérimée : – Il n’a manqué ni la montre ni le coeur.

Description de cette image, également commentée ci-aprèsJe ne me dissimule pas l’effet de révolte sentimentale que ce récit, dont j’ai adouci de mon mieux la « corserie », produira sur les âmes un peu moites de la plupart des lecteurs. Nous sommes ici dans l’île escarpée de l’honneur, vertu bête qui, comme l’amour, échappe aux lois de la moralité et du reste n’à plus guère de poètes. Peut-être vaut-il mieux laisser au compte de l’imagination vieux jeu de mon propre romantisme une histoire qui trouvera peu de crédules. N’en parlons plus, oubliez-la, et rentrons dans la République d’affaires.

Légende corse / source BERGERAT, Émile (1845-1923) : L’enfant corse : Conte corse (1919).

 

 

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Chauve-souris de nos ancêtres

Posté par francesca7 le 30 juillet 2013

Chauve-souris : animal entouré de
superstitions et croyances

(D’après « Revue du traditionnisme français et étranger », paru en 1906)

Désignée dans le Bas Languedoc par le nom de rate-pennade, la chauve-souris, sur laquelle les enfants, inconscients de son singulier mode de vie, s’amusent à capturer, fait l’objet de plusieurs superstitions, dont celle de se prendre dans les cheveux sans qu’on puisse l’y déloger…

Chauve-souris de nos ancêtres dans FAUNE FRANCAISE chauvesouris

C’était un soir du mois d’août. Le soleil disparaissait à l’horizon ; la vesprée s’annonçait délicieuse. Le seul des portes et le devant des maisons s’étaient rapidement garnis de jeunes et vieilles villageoises à qui il tardait de faire la causette, et surtout de prendre le frais après ure journée dont la chaleur avait été accablante.

On s’interpellait d’un bout de la rue à l’autre. Traînant leurs chaises de paille derrière elles, telle jeune fille rejoignait un groupe voisin où devaient être son amoureux ou ses amies, tette femme allait se joindre à d’autres femmes parmi lesquelles se trouvait celle qui savait le plus de nouvelles du jour et savait le mieux les raconter.

Les enfants, dont j’étais, explique Paul Redonnel — qui nous livre ce récit se déroulant dans le Bas-Languedoc —, plus séduits par le jeu et plus désireux de courir que d’ couter, s’amusaient aux « olivettes », à « l’enfer », au « loup », passant avec une rapidité excessive d’un jeu à un autre, par quoi s’explique ce besoin ardent de vivre.

Soudain l’un de nous se mit à crier : « Une rate-pennade ! une rate-pennade ! », nom occitan francisé de la chauve-souris.

Nous nous mîmes à crier comme lui : « Une rate-pennade ! une rate-pennade ! ».

Des jeunes gens nous entendant piailler étaient vite entrés chez eux et en sortaient avec de grandes perches au haut desquelles ils avaient noué un chiffon quelconque. Postés à chaque extrémité de la rue comme s’ils échangeaient des signaux télégraphiques, ils se mirent à agiter dans le sens de la largeur, la perche perfide contre laquelle vint bientôt se heurter le pauvre animal nocturne.

Il paraît que la chauve-souris prend pour un oiseau le morceau de drap qu’on agite et qu’elle se précipite sur cette proie inespérée et meurtrière. A la vérité, maladroite dans son vol, elle vient s empêtrer dans le chiffon, dont une secousse de la perche la fait choir sur le sol. « Ça y est ! ça y est ! » crièrent tous les enfants en se précipitant sur la pauvre bête palpitante mais pour la regarder seulement, car aucun de nous n’aurait osé la saisir.

Un des jeunes gens, pour faire une farce, l’ayant prise, alla la déposer sur le cou d’une jeune fille que la peur fit s’évanouir, ce qui troubla un instant la joie de tout le monde. Heureusement, la syncope dura peu et la fin de la soirée se passa en plaisanteries de toutes sortes.

Ma grand-mère qui était une excellente conteuse et qui, malgré ses quatre-vingt huit ans sonnés, avait conservé son intelligence supérieure, sa lucidité d’esprit et un timbre de voix qui eût fait envie et bien des jeunes filles, m’avait appelé au milieu de tout ce brouhaha, poursuit notre narrateur.

On connaissait toutes les qualités de mon aïeule. En m’entendant appeler de la sorte, mes petits camarades, enfançons et enfançonnes, m’avaient suivi ; et en outre, sentant qu’elles allaient apprendre une belle histoire, des femmes et des jeunes filles avaient fait comme les enfants. En une minute, ma grand-mère fut entourée d’un cercle d’auditeurs respectueux, sympathiques et silencieux.

— Vous venez de tuer une chauve-souris, dit ma grand-mère, et vous avez, mes enfants, battu des mains quand cette pauvre bote est tombée par terre. Savez-vous que c’est une vilaine action et que vous êtes de mauvais cœurs ?

Nous ouvrions tout grands nos yeux et nous ne pouvions en croire nos oreilles.

— Comment, une rate-pennade n’était pas un animal qu’il fallait exterminer, comme la vipère, comme le serpent, comme le ver de terre ?

— Elle sort le soir, voilà son grand crime, continua mon aïeule ; or si elle sort le soir. c’est qu’elle nourrit ses petits et qu’elle ne trouve pas dans te réduit qui lui sort d’abri, une proie suffisante. On la hait parce qu’elle habite d’ordinaire les ruines. Qu’est-ce que vous voulez qu’elle vienne faire dans les maisons proprement tenues ?

Elle n’aurait pas de quoi manger, ni ses petits ! On la craint parce qu’on la croit coupable de boire le sang. Cela a peut être lieu dans d’autres pays que le notre et où ces sortes de mammifères sont appelés des vampires : car, en notre France, les chauves-souris sont exclusivement insectivores ; elles ne mandent que des insectes dont nous sommes heureux d’être débarrassés et qui sont nuisibles aux récoltes. A ce titre, la chauve-souris a droit à notre reconnaissance : il ne faut pas lui prouver notre gratitude en la tuant.

D’ailleurs ce n’est pas le seul grief qu’on lui fasse. On l’accuse aussi de trahir. La Fontaine dont vous avez appris par cœur les fables, en a écrit une sur elle : elle y tient un rôle blâmable, malgré la comparaison que vous puissiez établir entre elle et le sage, mais ta Fontaine calomnie souvent les bêtes qu’il a entendues parler.

— Pauvre chauve-souris ! poursuivit ma grand-mère en jetant un coup d’œil sur ses auditeurs étonnés et attentifs.

— Mais, madame. fit une petite fille moins timide que ses compagnes, on m’a dit que si la rate-pennade s’accrochait à ma tête, on ne pourrait lui faire lâcher prise qu’en coupant mes cheveux.

— Il faudrait, répondit mon aïeule, que ta mère fût bien maladroite pour ne pas dégager la chauve-souris plus ennuyée que toi de sa mésaventure. Ce serait pourtant plus facile que de débrouiller un écheveau de fil.

— Alors, si cela m’arrivait ?

— Eh bien ! si cela t’arrivait, tu n’aurais pas peur ; tu ne perdrais pas ta belle chevelure et on rendrait la liberté à la chauve-souris. La tuer, comme vous avez fait ce soir, en outre d’un meurtre inutile et lâche, ajouta la conteuse en s’adressant particulièrement aux mères de famille, c’est agir contre vos intérêts ; c’est, de plus, condamner à mort d’autres chauves-souris qui attendront inutilement leur mère dont l’aile les berçait tout à l’heure.

— Que dites-vous là ! fit remarquer respectueusement une auditrice cependant que notre jeune imagination voyait toute l’horreur du meurtre commis, et assistait au désespoir des petits abandonnés, demandant plaintivement leur mère aux échos des ruines.

— Il est vrai que vous ne savez pas que la chauve-souris agit, toute proportion gardée, envers sa progéniture, comme la meilleure des mamans envers ses enfants.

Oui, mes amis, reprit mon aïeule. La chauve-souris berce ses petits. Si vous me portiez la pauvre bête que tous avez tuée, je vous montrerais de quelle façon.

— Tenez, madame, la voilà, dit l’un de nous, que l’histoire de grand-mère avait guéri de sa répulsion pour la pauvre bête, et qui la lui tendit.

Alors grand-mère nous expliqua que, de ta petite griffe située à l’extrémité de la membrane qui lui sert d’aile, la rate-pennade s’accroche à l’interstice d’une corniche ou à la fente d’une poutre ; dans l’autre membrane repliée, elle a mis ses petits, et elle se balance rythmiquement, en leur chantant dans la langue que les petits comprennent, une chanson pour les endormir.

Quelquefois, elle s’élance vers un autre point, lorsqu’elle pense que la place choisie n’est pas propice, et elle reprend sa chanson et son bercement jusqu’à ce que le sommeil les ait gagnés : alors, elle les dépose tout doucement dans leur trou, et elle va chasser les insectes crépuscules dont elle se nourrit. C’est le seul instant qu’elle ait de libre, car elle ne remue point de la journée qui est pour elle la nuit.

— Nous ne tuerons plus de chauve-souris, dit un des jeunes gens qui s’étaient approchés.

— Il ne faut plus en tuer, dit ma grand-mère ; je ne vous demande pas de les aimer, si vous avez quelque répugnance pour elles ; mais respectez leur existence.

Nous les rendons coupables d’un préjugé qui nous regarde ; ne commettons plus l’infamie de les châtier d’une renommée qu’elles n’ont rien fait pour obtenir et guérissons-nous de nos superstitions, de toutes nos superstitions, conclut Paul Redonnel.

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