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Parler du bien-être animal

Posté par francesca7 le 7 avril 2015

 

330px-Animal_Abuse_Battery_Cage_01Harmonie physique et morale entre un animal et son environnement.

La prise en compte actuelle du bien-être animal provient d’une demande croissante de la société pour une meilleure connaissance des produits de l’élevage et de leurs modes de production. L’intérêt grandissant pour le bien-être des animaux d’élevage entraîne ainsi une remise en cause des conditions de vie de ces animaux. Aujourd’hui, 3 productions animales (poules pondeuses, veaux de boucherie et porcs) font l’objet de directives de l’Union européenne, établissant des normes relatives à la protection des animaux dans les élevages ; par ailleurs, de nombreuses productions font (ou feront prochainement) l’objet d’une recommandation du Conseil de l’Europe (ovins, bovins, canards, lapins, poissons…). La législation s’appuie en partie sur des résultats scientifiques pour répondre aux demandes de la société, tout en s’efforçant de maintenir les exigences économiques de rentabilité.

On considère que le bien-être animal est satisfait si l’animal peut s’adapter aux conditions d’élevage sans éprouver de difficultés. La notion dite « des 5 libertés », provenant d’une organisation anglaise (Farm Animal Welfare Council), explique que le bien-être animal est satisfait lorsque les points (« libertés ») suivants sont atteints : absence de faim, de soif et de malnutrition ; environnements climatique et physique non agressifs ; absence de maladies et de blessures ; possibilité d’exprimer les comportements normaux de l’espèce ; absence de peur et d’anxiété.

L’étude du bien-être des animaux d’élevage réside dans l’appréciation de différents critères (zootechniques, physiologiques, sanitaires, comportementaux, etc.), en vue de définir des conditions de vie acceptables..

La réglementation sur le bien-être animal concerne également le transport et l’abattage, ainsi que l’utilisation de l’animal à des fins expérimentales. (Duvaux-Ponter)

Malgré toute la théorie de Luc Ferry, le fait est que ni la chasse, ni la pêche, ni les abattoirs, ni la vivisection, ni la consommation de viande n’ont été abolies ou combattues en Allemagne nazie.

La publicité nazie concernant la protection de la nature et du gibier correspond d’ailleurs à l’image du « cochon heureux » sur les boucheries ou du chasseur « défenseur de la nature » que pourfendent les antispécistes comme de la propagande et de la manipulation (ces derniers considérant que les animaux ne font pas plus partie de la nature que les humains ne le sont, puisque le terme « Animal » est lui-même sans fondement philosophique, comme l’a démontré le philosophe Jacques Derrida dans L’Animal que donc je suis).

Les chasseurs, bouchers, vivisectionnistes n’ont jamais connu la moindre persécution nazie, ni étaient empêchés d’adhérer au parti nazi, ni dépréciés pour le service du Reich. Le kapo Heiden, qui décida de 1940 à 1942 de la vie et de la mort des détenus àDachau, était boucher de profession. D’abord éleveur de poules, Heinrich Himmler, ami de Hitler, était passionné pour l’eugénisme pratiqué sur les poules et leur abattage (qu’il gazait). L’extermination industrielle des Juifs et des Roms et des indésirables pour le Reich (homo-sexuels, Témoins de Jéhovah, apatrides, etc) est calquée sur les abattoirs de Chicago. Les associations végétariennes furent toutes interdites en Allemagne nazie et les Juifs qui pratiquaient le végétarisme furent exterminés comme les autres.

Parler du bien-être animal dans FAUNE FRANCAISE 220px-Hen_houseIsaac Bashevis Singer rappelle d’ailleurs que la chasse est strictement interdite pour un Juif ; la chasse est combattue par le judaïsme et le Talmud interdit à un Juif de s’associer avec un chasseur . Le végétarisme est une caractéristique de l’ère messianique pour les Juifs orthodoxes, où même les animaux carnivores sont végétariens (prophétie d’Isaïe). Hermann Stieve, par exemple, professeur en 1921 d’un poste d’anatomie, qui s’intéressa toute sa vie aux ovaires, pratiqua la vivisection sur les animaux, de même pendant le 3e Reich, mais avec la possibilité de compléter ses recherches sur des corps humains, comme ceux des patients de service de psychiatrie, dans la cadre de la « destruction de la vie indigne de vivre », affamés jusqu’à la mort et dont il avait fait enlever les corps, ou celles d’Allemandes condamnées à mort pour un crime de droit commun (au cours de la période nazie, même l’écoute de stations de radio étrangères étaie punie de mort et considérée comme un crime de droit commun)


Le 28 janvier 2015, l’Assemblée nationale a voté un projet de loi qui change le statut des animaux dans le Code civil et considère dorénavant que les animaux sont des «êtres vivants doués de sensibilité» dans l’article 515-14 du nouveau Code civil, contrairement à leur ancien statut, qui les considéraient comme un bien meuble à l’article 528, dans l’ancien Code civil. Ce changement fait suite à une pétition de l’association 30 millions d’amis, qui avait réunie 800 000 signatures, et fit naître les débats à l’Assemblée nationale et au Sénat. Le Sénat avait supprimé le 22 janvier 2015 la qualité «d’êtres vivants doués de sensibilité» accordée par l’Assemblée nationale aux animaux en octobre 2014, mais l’Assemblée nationale a fini par rétablir le 28 janvier 2015 cette définition.

« Le Code civil, (…) rien, dans aucun article de ce Code, ne distingue l’animal de l’objet. (…) Au regard de la loi, (…), l’animal n’est rien d’autre qu’une marchandise (…). Le Code pénal reconnaît bien que l’animal est un « être sensible » ; mais la loi apporte immédiatement une restriction, en précisant que son propriétaire doit lui assurer de bonnes conditions, comme si tous les animaux devaient avoir un propriétaire. Le même code ne légifère, en matière de protection contre les mauvais traitements et les actes de cruauté, qu’en faveur des animaux domestiques, ou apprivoisés, ou tenus en captivité, écartant donc tous les animaux sauvages à titre individuel, et autorisant sur eux toutes les cruautés imaginables. Et la loi continue de classer l’animal sauvage comme res nullius, la chose n’appartenant à personne, ce qui permet à quiconque de se l’approprier, mort ou vif ! »

— Jean-Claude Nouët, Protection ou respect de l’animal ?Si les lions pouvaient parler, essais sur la condition animale, sous la direction de Boris Cyrulnik.

Au xixe siècle, le débat sur le bien-être animal est bien présent en France, porté par des groupes tels que la « Ligue antivivisectionniste française » dont Victor Hugo fut président. Celui-ci fut d’ailleurs un des principaux promoteurs de la première loi de protection des animaux domestiques prévoyant des sanctions pénales :

220px-Chick dans FONDATEURS - PATRIMOINE« Seront punis d’une amende de 5 à 15 F et pourront l’être d’un à 5 jours de prison ceux qui auront exercé publiquement et abusivement de mauvais traitements envers les animaux domestiques. La peine de la prison sera toujours applicable en cas de récidive. L’article 483 du Code pénal sera toujours applicable. »

— Loi Grammont, 2 juillet 1850

Cependant cette législation est désormais obsolète les animaux « domestiques » pour le droit français, apprivoisés ou tenus en captivité disposent d’une protection juridique fournie par l’article 521-1 du Code Pénal (1) qui énonce :

« Le fait, publiquement ou non, d’exercer des sévices graves, ou de nature sexuelle, ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 eurosd’amende. En cas de condamnation du propriétaire de l’animal ou si le propriétaire est inconnu, le tribunal statue sur le sort de l’animal, qu’il ait été ou non placé au cours de la procédure judiciaire. Le tribunal peut prononcer la confiscation de l’animal et prévoir qu’il sera remis à une fondation ou à une association de protection animale reconnue d’utilité publique ou déclarée, qui pourra librement en disposer. Les personnes physiques coupables des infractions prévues au présent article encourent également les peines complémentaires d’interdiction, à titre définitif ou non, de détenir un animal et d’exercer, pour une durée de cinq ans au plus, une activité professionnelle ou sociale dès lors que les facilités que procure cette activité ont été sciemment utilisées pour préparer ou commettre l’infraction. Cette interdiction n’est toutefois pas applicable à l’exercice d’un mandat électif ou de responsabilités syndicales. Est également puni des mêmes peines l’abandon d’un animal domestique, apprivoisé ou tenu en captivité, à l’exception des animaux destinés au repeuplement. »

— Modifié par Ordonnance no 2006-1224 du 5 octobre 2006 – art. 6 JORF 6 octobre 2006

.

De plus, l’article R214-17 du Code rural et de la pêche maritime « interdit à toute personne qui, à quelque fin que ce soit, élève, garde ou détient des animaux domestiques ou des animaux sauvages apprivoisés ou tenus en captivité » une liste de maltraitances qui inclut les privations de nourriture, d’eau ou de soins, les blessures, et des dispositifs de contention inadaptés à l’espèce considérée ou de nature à provoquer des blessures ou des souffrances.

 

Publié dans FAUNE FRANCAISE, FONDATEURS - PATRIMOINE, GASTRONOMIE FRANCAISE | Pas de Commentaires »

La vie de nos ancêtres de Royan

Posté par francesca7 le 19 novembre 2014

(Charente-Maritime)

royanvuemer1__019653900_1530_09052011Le 5 avril 1829, la population de Royan était massée devant le port, sur la jetée, sur la crête des falaises, attendant l’arrivée du bateau à vapeur amenant, pour la première fois, des voyageurs de Bordeaux. C’était un jour de grande marée, choisi tout exprès pour prouver aux incrédules la supériorité, alors contestée par les vieux marins, de la navigation à vapeur sur celle à voile, plus exposée aux caprices de la houle et aux vents contraires.

Bientôt, à la pointe de Vallières, apparut, au-dessus des flots, une longue traînée noire, s’effilochant lentement sous le souffle de la brise marine. Un cri s’échappa de toutes les poitrines, cri d’enthousiasme et d’admiration :

« Le voilà ! » On entendait, se rapprochant insensiblement, le bruit régulier et monotone des plaques des roues, frappant l’eau, le ronflement de la machine animant le bateau, indifférent à l’assaut des lames. Quelques vieux loups de mer, qui avaient navigué à la voile pendant plus de trente ans, n’en croyant pas leurs yeux, se permettaient de dire : « Il n’accostera pas ! La mer monte et va le jeter à la côte ! »

Il n’accosta pas, en effet, car l’état du port ne le permettait pas. A deux cents mètres de la jetée, le « vapeur » stoppa, aux applaudissements frénétiques de la foule. Un dernier jet de vapeur, le clapotis des roues sur l’eau tourbillonnante, l’arrêt complet, le silence. Le moderne Léviathan avait atteint son but.

Cet événement sensationnel fit à Royan une profonde impression. Cinquante ans plus tard, les vieilles grands-mères aimaient à en faire le récit à leurs petits-enfants. Ce dimanche d’avril 1829 marquait une date mémorable pour la station balnéaire. Il fut consacré par des réjouissances populaires. Il y eut, sur la plage, un mât de cocagne chargé de lapins et de gigots ; des courses aux canards, en sac, à pied. Le soir, un important feu de joie embrasa la Grande Conche, les pins de la dune, les chênes de la Garenne. Les jeunes Royannais furent autorisés, exceptionnellement, à danser jusqu’à minuit.

Le service régulier, organisé la même année, d’un bateau à vapeur de Bordeaux à Royan, contribua à augmenter rapidement la clientèle estivale. En 1819, le nombre de baigneurs venant séjourner pendant les mois de juillet et d’août avait obligé la municipalité à réglementer la police des plages, en raison du sans-gêne de certains amateurs de natation qui étaient, sans doute, les précurseurs du nudisme.

Les habitants avaient la vieille habitude, les hommes du moins, de se baigner dans le plus simple des costumes : celui d’Adam avant son premier péché. Ils se déshabillaient et se rhabillaient chez eux, et la mer venant tout près des maisons, ils ne risquaient pas de s’enrhumer durant le court trajet qu’ils devaient faire. Ces exhibitions « d’anatomies » ne pouvaient pas être tolérées. L’arrêté municipal, pris en juillet 1819, déclare que c’est là « un outrage aux bonnes mœurs, une grossièreté à l’égard du sexe ». Il fut donc défendu à toutes personnes de se baigner et de nager nues dans la partie de la Grande Conche avoisinant le port et les maisons. La nudité restait libre, cependant, après le ruisseau de Pousseau ou dans la Conche du Chay. Dans la Conche de Foncillon, spécialement réservée aux « personnes du sexe », il était formellement interdit aux hommes et aux enfants mâles de se baigner. Aucun canot ne devait venir conduire des hommes devant cette plage pendant que des femmes y prenaient leur bain.

Les Royannais, habitués à se baigner nus, étaient incorrigibles, car, en 1824, un nouvel arrêté du maire constate, dans l’un des considérants : « que des hommes se sont permis de se baigner dans la conche de Foncillon, même au moment où des personnes du sexe s’y baignaient ». Une bonne vieille, dont la haute coiffe saintongeaise amusait les enfants, était préposée à la garde du gynécée balnéaire. Placée sur le haut de l’esplanade, auprès du poteau indicateur de la… réserve, elle s’écriait, épouvantée, à l’approche d’hommes trop curieux : « Messieurs, de grâce, éloignez-vous ! »

Il n’est pas douteux que Royan a reçu ses premiers baigneurs dès le début du XIXe siècle. La clientèle balnéaire devait avoir quelque importance dès 1814. C’est parce qu’elle avait considérablement augmenté, en 1919, que le maire dut prendre un arrêté de réglementation des plages. Il a tenu, à ce moment, à prévenir les plaintes formulées par des étrangers. Les dames de Bordeaux, de Cognac, d’Angoulême, composaient le noyau de la clientèle élégante. Avec le service du bateau à vapeur, celui de la diligence Ponty, de Rochefort, de Mirambeau par Pons, la petite ville voyait arriver, chaque année, de nombreux visiteurs. Sa physionomie ne changeait guère, encore, car les constructions de chalets, de gracieuses villas, ne devaient commencer qu’après 1830. Les rues, empierrées, étaient soigneusement entretenues, les promenades, en haut de Foncillon, plantées d’ormeaux, agrémentées de bancs.

Royan_aut_conche_bainsC’est en 1824 que furent installées les premières cabines de bains, montées sur chariots, ce qui permettait leur déplacement selon que la mer s’avançait plus ou moins sur la plage. Les fêtes foraines commencèrent vers la même époque et attiraient les promeneurs, le soir, en haut de Royan, où s’installaient, pendant les trois mois d’été, des baraques de bimbeloteries, de pistaches, de jeux, de saltimbanques. La ville s’animait par le va-et-vient des étrangers dans les rues, sur les promenades. Quand arrivait l’automne, baigneurs et forains s’éloignaient, et les habitants retrouvaient le calme.

Par suite de la venue régulière des visiteurs d’été, les Royannais comprirent qu’une réclame en faveur de la station devenait nécessaire. Le conseil municipal vota un modeste crédit de publicité, les hôteliers envoyèrent des affiches dans quelques villes de la région pour stimuler la clientèle. Les ressources augmentaient chaque année par le développement des magasins, leurs variétés, tous agencés avec autant d’élégance que de goût. Plusieurs appartenaient à des marchands de Bordeaux, ayant, l’été, une succursale à Royan. Le marché était abondamment approvisionné de poisson et de coquillages. Les agréments consistaient surtout en promenades dans les environs, à âne ou en breacks à rideaux, vers Vallières, Suzac, les dunes de Pontaillac et de Terre-Nègre. Les pique-niques dans les sables, sous les pins, les chênes verts, étaient fort à la mode en ce temps-là. C’était l’heureuse époque où on se contentait de plaisirs simples, où les cueillettes d’immortelles et d’œillets roses, aux replis sablonneux des grèves, mettaient un peu de poésie à l’âme des jeunes. Les citadins venaient à Royan pour jouir pleinement des beautés de la mer, des charmes pittoresques de la Côte, de la solitude des criques taillées par les flots dans les rochers. On lisait là, en toute tranquillité, Chateaubriand, Lamartine, Musset, Victor Hugo. Que tout cela paraît loin maintenant !

Royan eut son hôtel de ville, un commissaire de police, une brigade de gendarmerie, ses rues numérotées. Des distractions furent offertes à la colonie estivale par des soirées dansantes dans l’une des salles de la mairie. Quand arrivait l’été, les toilettes des vieilles maisons étaient faites avec soin, les rues nettoyées et, pour éviter tout accident aux piétons, les voitures publiques étaient tenues de circuler au pas. Ce qui manquait, c’était l’éclairage, mais les quinquets au pétrole allaient venir, en attendant les réverbères au gaz. Quant aux ampoules électriques elles ne devaient apparaître dans les rues que quatre-vingts ans plus tard.

Quoi qu’il en soit, le Royan de 1840 avait son charme. Ce n’était pas la ville mouvementée et bruyante que nous connaissons aujourd’hui, mais une station modeste et accueillante, où on venait chercher le repos et la tranquillité, dans un cadre merveilleux par ses beautés naturelles. Les étés voyaient revenir, presque toujours, les mêmes villégiaturants, heureux de se retrouver sur les plages où s’étaient formées tant de solides amitiés les années précédentes. Si le modeste chef-lieu de canton d’autrefois, devenu une ville de splendeur et d’attraits, a su répondre aux exigences modernes, s’il s’est efforcé de donner les satisfactions désirées par une clientèle nouvelle, son âme demeure avec sa bonté immarcescible de toujours.

(D’après « Histoire de Royan », paru en 1934)

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La vie rurale, au fil des jours

Posté par francesca7 le 25 août 2014

 

La guerre finie, la vie a repris peu à peu, comme avant, car il faut bien se dire que jusqu’en 1940, la vie rurale n’a pas changé. Ce ne sont pas les commodités apportées par l’emploi de la fau­cheuse ou de la batteuse qui ont modifié grand chose. Le travail restait dur et on a vécu presque dans les mêmes conditions que les grands-parents et même bien des générations avant eux.

images (22)En avant la musique

Promenons-nous dans cette campagne au pas du cheval qui tire notre carriole. Voici un village niché dans les collines au nord-ouest du chef-lieu. Figurez-vous qu’à la fin du siècle précédent, vers 1895, il y avait dans ce village un instituteur pas­sionné de musique, bon instrumentiste, et qui avait su faire par­tager sa passion à beaucoup de jeunes, et même de moins jeunes, du pays. Il avait réussi à créer une fanfare qui compre­nait une quarantaine d’exécutants. Cette fanfare cessa en 1914, mais reprit la guerre finie, jusqu’en 1928.

Ce groupe de musiciens animait le pays ; l’hiver, on montait des pièces de théâtre, l’été on donnait des concerts…

Voici, justement, un de ces anciens musiciens. Écoutons-le.

« J’avais quinze ans à la fin de la guerre de 14. Un de mes oncles qui, comme mon père, avait eu la chance d’en revenir, m’a appris la musique. Il jouait du cornet à piston et je l’ai fait, moi aussi.

« Je me souviens même que lorsqu’il fallait déplacer la bat­teuse, tenez, dans le hameau que vous apercevez là, et qui est fort pentu, on se mettait à vingt-deux bonshommes qui tiraient la corde… et l’oncle, pour les encourager, marchait devant en jouant du piston !

Dans ce hameau, poursuit-il, habitaient mes grands-parents du côté de ma mère. Ils avaient une petite bricole, avec un âne, deux vaches que la grand-mère menait aux champs le long des chemins tout en tricotant à quatre aiguilles, des chaussettes ou des mitaines. Le grand-père était tisserand. Il tissait de la toile de chanvre, surtout, parce que tout le monde cultivait un coin de chanvre pour cela.

Ils avaient eu une seule fille : ma mère. Avant son mariage, ma mère allait en journée, travailler chez les uns les autres, à la vigne, aux asperges, dans les champs…

Une épidémie terrible

Mes grands-parents sont morts tous les deux en 1911, de l’épi­démie de dysenterie qui a causé bien des morts dans la contrée. Figurez-vous qu’un gars du bourg qui faisait son service dans les dragons était tombé malade de cette dysenterie. Il s’en était tiré à grand peine, à ce qu’on disait. Il était venu en convales­cence à la fin de l’été, au pays. Il paraît qu’un cousin de ma mère avait bu dans le même verre que lui… toujours est-il que ce cousin, et bien d’autres, mes grands-parents, sont morts de cette dysenterie contre quoi les médecins ne pouvaient rien.

J’ai été pris, moi aussi, par cette épidémie. Je suis resté au lit trente-trois jours. Un jeune médecin qui était ouvert aux méthodes nouvelles avait trouvé un remède. Il était venu d’Auxerre à bicyclette. Ce remède, il fallait le boire mélangé à du blanc d’oeuf. En deux jours, c’était fini. Ce jeune médecin a malheureusement été tué à la guerre.

Pendant l’épidémie, le préfet avait pris des mesures pour limi­ter l’extension du mal. Il ne fallait absolument pas quitter le pays ; tout déplacement était formellement interdit. Les gen­darmes, à cheval, faisaient le contrôle – léger, quand même – sur les routes.

Ensuite, on a fait dans toutes les maisons une désinfection générale. Ça a duré près d’une semaine. »

Il s’agissait sans doute, en cette année 1911, d’une espèce de typhoïde, avant-coureur de cette maladie qui fit tant de morts quelques années plus tard avec l’épidémie généralisée connue sous le nom de « grippe espagnole ».

Le marché à Auxerre…

Chaque semaine, le lundi, on allait au marché d’Auxerre vendre nos produits. Chacun y retrouvait ses « pratiques ». On vendait beurre, fromages, fruits, légumes selon la saison, et aussi volailles et lapins.

« J’accompagnais ma mère, nous explique un vieux voisin. J’attelais le cheval avant jour. On chargeait la carriole, et en route ! Le cheval trottait à peu près les deux tiers du chemin ; le reste, on le faisait au pas car les côtes sont rudes. Une fois, c’était la semaine avant Noël, on avait amené deux petits sacs de châtaignes. Voilà, tout au début du marché, une dame, bien arrangée et fiérotte, qui se présente : je voudrais des châtaignes cueillies et non ramassées, qu’elle dit. Je fais un clin d’oeil à ma mère et je réponds : il y en a dans le sac d’à côté, c’est des cueillies, mais elles coûtent le double ! Et l’affaire a été faite. Après, ma mère m’a disputé. Mais je lui ai dit que s’il y avait des gens bêtes et riches, il fallait en profiter. »

images (23)A midi passé, le marché se terminait. On allait déjeuner rue d’Egleny, explique 1e rescapé de la typhoïde de 1911, à l’hôtel de la Renommée. On demandait soit une portion soit une demi­portion selon son appétit. On nous servait du ragoût avec des légumes, un morceau de fromage, un morceau de tarte, et une chopine. Le repas coûtait 2 ou 3 francs. »

Puis on faisait les commissions et on prenait le chemin du retour.

… et au village

Jusqu’à la guerre de 1914, dans bien des villages se tenait un marché le dimanche matin. Y venaient des marchands de volailles, beurre, oeufs ou légumes. Ils ramassaient ainsi la pro­duction de ceux qui n’avaient pas vendu en ville ou ne pou­vaient y aller. Ils étaient équipés de grandes carrioles montées sur ressorts. Ils dételaient sur la place, et les gens leur appor­taient, dans leur brouette bien souvent, ce qu’ils avaient à vendre. Certains de ces marchands vendaient un peu de mer­cerie. Le boulanger d’un village attelait son chien à une toute petite carriole que le charron lui avait faite tout exprès, et il venait sur la place vendre la pâtisserie.

Un ancien jeune gourmand se souvient : « avec une pièce de deux sous, en bronze, on avait deux allumettes », deux gâteaux longs et feuilletés : pour dix centimes, donc.

Les artisans

Dans tous les bourgs ou à peu près, on trouvait tous les corps de métier indispensables à la vie rurale : boulanger, boucher, épicier, voilà pour la nourriture. On n’allait que de temps en temps chez le boucher, quant à l’épicerie on s’y approvisionnait surtout en sucre, café, épices et allumettes. L’huile, on la faisait à l’huilerie avec les noix ou la navette. A l’huilerie, on avait un litre d’huile pour trois litres de noix.

On allait chez le bourrelier pour les harnais. Quand on avait un nouveau cheval, on lui amenait pour qu’il prenne les mesures afin d’ajuster le collier. Il y avait aussi les métiers du fer, de la pierre et du bois : forgeron, maréchal-ferrant, maçon, char­pentier-couvreur, menuisier, charron, tonnelier. Outre les ton­neaux, cuves et autres seilles en bois, le tonnelier fabriquait aussi les garde-genoux, ces espèces de caisses dans le fond des­quelles on mettait de la paille, et que les femmes utilisaient au lavoir.

Pour se vêtir et se chausser, le tisserand vous fabriquait des tissus d’une solidité éprouvée, et les cordonniers et sabotiers se chargeaient de vous mettre les pieds au sec et à l’aise.

La plupart du temps on était en sabots, les chaussures étaient réservées aux grandes occasions de la vie, c’est-à-dire les céré­monies religieuses et familiales.

Ajoutez à tout ce monde un ou deux rouliers, les spécialistes des transports, et vous aurez un aperçu assez complet de la vie artisanale rurale d’avant la guerre de 1914.

Pardon ! J’oubliais de mentionner l’auberge où passants et rouliers faisaient halte volontiers.

« Chez nous, mon grand-père qui était tisserand, a fabriqué aussi jusqu’à la fin de sa vie les guides et les cordeaux pour les attelées de chevaux »… après lui, on achetait les cordeaux et les longes à vaches, sur la foire au chef-lieu de canton.

La vie aux champs

images (24)Du matin à la nuit, on travaillait aux champs, à la vigne, au bois, selon l’urgence et les saisons. Certaines productions, plus délicates, plus fragiles, demandaient des soins particuliers. Ainsi en était-il pour les asperges. De bon matin, panier au bras et gouge à asperges en main, on allait prendre la pousse de la nuit. Il convenait de mettre la cueillette en bottes de 2 ou 3 kg, en les plaçant dans un moule en bois. Pour protéger les pointes des asperges qui sont si tendres, mais fragiles, on mettait une poignée d’herbe fraîche. On rassemblait toutes les bottes dans des paniers en osier et, tous les deux jours, on livrait à la gare de Chemilly où le marchand les embarquait en wagons pour Paris.

Dans cet arc de terre sablonneuse qui met comme un accent circonflexe sur la partie nord d’Auxerre, avant 1914, la produc­tion d’asperges était très importante.

On faisait ses griffes d’asperges soi-même, et on les exploitait de dix à douze ans avant de les renouveler.

Souvent, pour les gros travaux, les petits paysans qui n’avaient qu’un cheval s’entraidaient. On attelait à deux bêtes, sur la charrue, l’une à côté de l’autre ; pour les charrois l’une devant l’autre. Tombereaux, voitures gerbières étaient les élé­ments usuels des équipages de transport. Car, dans une exploi­tation agricole, on n’a jamais fini de transporter, de la ferme aux champs, des champs vers les bâtiments, des bâtiments au mar­ché… Non, ce n’est jamais fini.

Quand on avait réussi à économiser suffisamment, on se fai­sait faire une carriole légère ou un quatre-roues qu’on appelait aussi char-à-bancs.

En 1911, un charron spécialisé d’Auxerre vous faisait un quatre-roues avec sièges en cuir, auto-vireur pour le train avant, boîtes d’essieux en cuivre à votre nom, lanternes et capote de cuir, pour mille francs-or. Voilà qui aujourd’hui représenterait une belle somme. Je crois volontiers que l’on pourrait traduire cette équivalence par un de ces véhicules qu’on dit être « bas de gamme », disons une 2 chevaux camionnette.

On attelait un cheval léger, bon trotteur et c’était un vrai plai­sir d’aller au marché, ou tout simplement rendre visite à sa parenté en pareil équipage.

Et puis, pour le reste des outils ou instruments de travail, les artisans vous les fabriquaient sur place, au pays.

Le maréchal, en deux soirées, vous faisait une rouelleuse ou décavaillonneuse pour la vigne qui ne devait rien à personne en solidité, finesse des mancherons, équilibre du versoir. Le char­ron montait des roues qu’on cerclait au feu ; c’était une vraie cérémonie les jours de cerclage de roues… et chaque artisan dans son domaine propre vous réalisait des merveilles de savoir-faire et de goût des belles choses.

Je parle ici des gens de nos pays de petites cultures diversi­fiées qui, vers 1900, avaient tous des chevaux. Mais je sais bien qu’en d’autres contrées où les boeufs étaient encore liés pour les labours ou les charrois, il était plus d’un maître charron qui vous taillait un joug à la mesure de vos bêtes, avec un souci de per­fection sans pareil.

Oui, tous ces gens-là, nos vieux artisans, étaient des artistes. Artiste aussi était le cultivateur qui, au labour, arrêtait ses che­vaux lorsqu’il voyait un brin de chiendent, l’arrachait soigneuse­ment, le secouait pour enlever la terre, et le mettait dans la poche de son gilet de toile. Ne souriez pas. J’ai connu cela et je garantis que les quatre ou cinq arpents de l’exploitation étaient tenus «comme un jardin ».

Les mesures agraires

Puisque je parle de surfaces, permettez que je vous dise com­ment on évaluait alors les territoires cultivés par chacun, dans l’Auxerrois du moins, car il y avait des variantes selon les contrées.

La plus petite mesure agraire, le carreau, valait 50 centiares. Venait ensuite la denrée, qui valait 16 carreaux, c’est-à-dire 8 ares.

Passons au quartier avec 12,72 ares, puis au demi-arpent qui en est à peu près le double, avec 25 ares ; enfin, voici l’arpent qui vaut 50 ares.

Pour en finir avec les chiffres dont je ne saurais abuser, j’ajou­terai simplement que l’on comptait pour semer six mesures de grain à l’arpent. Quant à la vigne, une rangée se nommait géné­ralement une perchée (bien qu’en d’autres lieux la perchée se rapporte à la perche qui vaut un quart d’arpent). Laissons là ces mesures que le système métrique est venu unifier précisément à la fin du XlXe siècle.

Je ne peux cependant m’empêcher d’apporter une dernière précision qui n’échappera pas aux vignerons, en rappelant qu’on taillait les pessiaux à 1,40 m.

Puisque nous parlons de vigne, continuons notre promenade à travers les jeunes plantations qui ont succédé à cette terrible désertification viticole amenée par le phylloxera. Les vignerons des grandes zones viticoles du département, qu’ils soient de Saint-­Bris, Chitry, Irancy, Coulanges ou du Chablisien, savent perti­nemment de quels cépages sont faits leurs vignobles. Mais ce petit pays de l’Auxerrois dont les anciens m’ont rappelé les temps « du siècle » s’est replanté en Gamay ; c’est pratiquement le seul cépage qui fut mis en place à cette époque. Je ne vous parlerai pas des travaux de culture de la vigne, qui sont suffi­samment connus. Peu de choses ont changé, au fond. Les traite­ments, plus rares alors, se faisaient manuellement.

Et le vin se vendait bien, dans cette contrée où les ouvriers qui tiraient l’ocre à quelques heures de marche, avaient souvent la gorge desséchée par la poussière de la mine.

Ces mêmes mineurs, et les compagnons scieurs de long que nous avons déjà rencontré dans les coupes, étaient aussi consommateurs d’eau-de-vie. Ils disaient que rien au monde ne pouvait égaler la goutte pour vous récurer la gorge encrassée de sciure ou d’ocre et, ma foi, je leur fais toute confiance sur ce point.

Les coteaux bien exposés au sud étaient aussi garnis de ver­gers. On récoltait les fruits pour l’hiver, on séchait sur claie, au four à demi refroidi, des pruneaux si bons pour le ventre, et on faisait du cidre pour la boisson courante. Le vin était vendu « pour faire des sous », il ne s’en buvait que le dimanche ou pour une grande occasion. On buvait aussi couramment de la piquette, cette « eau rougie » obtenue par un repiquage très mouillé de la vendange au pressoir.

Les autres cultures

On cultivait du trèfle violet, du trèfle incarnat, du sainfoin, de la luzerne. La première coupe de trèfle violet était fanée et engrangée pour nourrir les chevaux, de même que le sainfoin. Les autres plantes avec le foin de pré quand c’était le cas, ser­vaient à nourrir les vaches.

Nous parlerons des bêtes un peu plus tard. Mais les céréales, direz-vous ! Nous y arrivons.

A tout seigneur, tout honneur, voici le blé, dans les variétés telles que « Bon fermier », « Inversable de Bordeaux », « Saumur », « Blé bleu » dont la paille en fin d’épiaison avait des reflets bleus avant de virer au blanc, et aussi « Alsace » ou « Hybride du tré­sor » très lourd de grain et à paille raide.

En bonne année on récoltait de 8 à 10 quintaux l’arpent, ce qui faisait en bonnes terres à peu près 20 quintaux l’hectare. L’avoine et l’orge faisaient un bon quart de moins. On ne labou­rait pas bien profond avec les chevaux et on ne mettait pas d’engrais. L’assolement comportait blé, avoine et orge, suivis de légumineuses ou pommes de terre et betteraves.

Revenons un instant à ces cultures de légumineuses, notam­ment de trèfle, pour signaler que la graine de trèfle (trèfle de 2e coupe pour le violet) était vendue pour faire de l’huile à des marchands qui la chargeaient à la ferme dans leurs grandes voi­tures à cheval.

On cultivait aux champs la plus grosse partie des légumes nécessaires à la famille, et aussi pour vendre au marché du chef-lieu. Les variétés de pommes de terre se nommaient « Chardon blanc », « Chardon rouge », « Richter », « Bleue de Pologne », « Arly rose » et « Wotman » cette dernière réservée à l’engraissement des cochons.

On rentrait les pommes de terre en partie à la cave et surtout dans un coin de la grange où l’on protégeait le tas contre la gelée avec de la paille.

Au printemps, on refaisait du plant en prélevant dans le tas. On ne connaissait pas le doryphore à cette époque.

Dans les jardins, on se contentait de protéger la levée des petits semis contre les fourmis, avec de la cendre de bois.

Des soins pour tous

images (25)Les gens se soignaient tout seuls. C’était rare quand on allait chercher le médecin.

Il venait avec son cheval attelé à une voiture légère, une sorte de tilbury. Dans le coffre de la voiture, sous le siège, le médecin avait sa trousse et des médicaments du genre onguents pour les douleurs musculaires.

Mais, je le répète, pour les arias de la vie courante, on se passait de lui. Les vertus du grog étaient aussi pratiquées que connues. Pour les maux de gorge, on prenait une infusion de feuilles de ronce sucrée avec du miel. Les queues de cerise remédiaient aux ennuis de vessie, les pruneaux relâchaient le ventre cependant que le cassis en infusion soit par la feuille soit par le bois, l’hiver, vous le raffermissait. Les plaies se soignaient avec application de vin très sucré suivie d’un pansement recouvrant une feuille de géranium placée directement sur l’épiderme coupé. Pour les fou­lures et entorses intervenait la racine de « l’herbe à la foulure », en quelque sorte le bouillon-blanc, bien connu pour ses vertus émol­lientes. On écrasait la racine et on mélangeait avec un soupçon de saindoux, on appliquait sur la partie malade.

Mais arrêtons là une énumération que je ne donne qu’à titre d’exemple et dont la poursuite serait vite fastidieuse.

L’on savait aussi soigner les bêtes à partir des principes recon­nus aux plantes de l’entourage régional et transmis d’une géné­ration à l’autre depuis des temps très anciens.

Mais on devait pourtant quelquefois faire appel au vétéri­naire. Il venait à cheval en 1900, les sacoches de sa selle d’armes contenant les médicaments essentiels, d’ailleurs assez peu nom­breux.

Les bêtes

Le cheval tenant dans la vie et dans ce propos la place que l’on sait, je n’évoque ici que les autres animaux de nos fermes.

Dans toutes les exploitations, on entretenait au moins deux ou trois vaches. Elles broutaient l’herbe au bord des chemins, allaient au pré là où il y en avait, passaient en pâture sous bonne garde sur les prés communaux ou sur les repousses des vieilles luzernes. En hiver, en plus de foin et de paille, elles recevaient des betteraves grattées, nettoyées, passées au coupe-racines, mélangées aux balles conservées après les battages.

Et puis, il y avait la basse-cour, avec le cochon acheté au mar­chand, engraissé à la farine et aux pommes de terre mélangées à l’eau de vaisselle et aux résidus de laiterie ; on ajoutait aussi du chou-rave dans la pâtée du cochon parce que cela donnait bon goût à la viande.

Poules, dindes, pintades, canards composaient l’effectif de la volaille. Tout ce monde était nourri au grain, aux pâtées de pommes de terre, son et orties hachées. Les poussins et les din­donneaux étaient démarrés à la trempée de pain au lait, les petits pintadeaux au petit grain cassé et les petits canards à la pâtée aux oeufs durs écrasés et orties hachées.

Les enfants avaient fort à faire pour chasser la buse vorace qui faisait régner la terreur sur les couvées fraîches écloses, décri­vant dans le ciel de grands cercles sans même s’aider d’un coup d’aile et ponctuant son parcours de cris stridents annonciateurs de raids meurtriers.

Les dindes nous donnaient un mal de chien pour les retrou­ver, loin de la ferme, égrenant leurs petits dans les hautes herbes des prés… Quant aux pintades qui d’un coup d’aile gagnaient le faîte du toit et vous narguaient en chantant « tout craque, tout craque… », il fallait être particulièrement rusé et attentif pour trouver au creux des haies l’endroit où elles cachaient leur nid.

Au milieu de la cour, accueillant avec les gens de connais­sance, hargneux contre tout ce qui portait l’uniforme : gen­darmes, facteur, garde-champêtre, voici le chien qui sait tout faire : avertir, mordre, repousser, ramener les bêtes qui s’écar­tent… et chasser tout gibier sans rien demander à personne.

Le village

Église, mairie, école, tels sont les trois points d’ancrage de la communauté villageoise.

images (26)Mais pour que les choses se déroulent avec ordre et mesure, il est nécessaire que certains soient investis d’un pouvoir qui les rend gardiens de cette harmonie communautaire. Errer est humain disaient les anciens romains qui s’y connaissaient en matière de discipline. Pour empêcher ces errances donc, venus du chef-lieu de canton sur leurs chevaux, les gendarmes pas­sent de temps en temps, font une petite visite au maire et s’en vont. Et il y a le représentant permanent de la loi – c’est écrit sur la plaque de cuivre qu’il porte sur la poitrine – dans la com­mune : le garde-champêtre.

Participant de la vie rurale au rythme des saisons, il adapte cette espèce de morale civique dont il est le garant, en fonction du temps et de la nature.

Parcourant le territoire communal à pied, il connaît le moindre recoin de chemin creux, les passages de sangliers, comme les coulées de garennes dans les épines. Ce faisant, il a, comme on dit, des kilomètres dans les jambes.

A la Saint Jean d’été – le 24 juin – il prenait son fusil et, s’il voyait une volaille dans les champs, gare à elle! On enfermait les volailles, en effet, depuis la Saint Jean jusqu’après les vendanges.

Ainsi donc, si le garde-champêtre tuait une poule, il la rap­portait à son propriétaire qui devait donner 5 centimes pour la cartouche, sinon il emportait la poule et la vendait à son profit.

Les enfants, dès lors, redoublaient de vigilance à la garde du troupeau de dindes que l’on emmenait aux champs après mois­son, mais à qui il fallait interdire de manger noix ou raisins.

La maison

Au terme de cette promenade à travers la commune, c’est la maison qui nous attire encore et c’est vers elle que nous reve­nons.

Entrons donc, puisqu’on nous y invite.

La patronne est en train d’écosser des petits pois. Elle se hâte car, cueillis le matin même, ils devront être mis dans les bou­teilles, bouchés, cachetés, étuvés, avant le soir ; sinon, une fer­mentation se développe et la conserve est fichue. La lessiveuse attend, avec des chiffons pour caler les bouteilles afin qu’elles ne cassent pas pendant l’ébullition.

A Noël, pour accompagner une grillade du cochon tué depuis quelques jours, ce sera un régal de pouvoir ouvrir une bouteille de petits pois !

Elle va, tout en travaillant, nous apprendre une nouvelle bizarre : voilà que, depuis ce matin, chez la voisine, la cheminée n’arrête pas de fumer dans la maison. Ça n’est jamais arrivé. Le grand père, questionné, l’a confirmé : cette cheminée n’a jamais manqué de tirage. Et pourtant, en se penchant sous le manteau de l’âtre, on voit le ciel, tout naturellement. Rien, apparemment, ne bouche la cheminée.

Que se passe-t-il donc ?

« Ce soir, j’enverrai le gamin demander au garde de venir voir », a dit la voisine. Cette décision, pleine de sagesse, a reçu l’assentiment général.

 

Source : de Guy MARQUET – Les harnais de l’oubli – Témoignage
(116 pages – Prix de vente 14€50) aux Éditions de l’Armançon – Rue de l’Hotel-de Ville – 21390 Précy-sous-Thil

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Les petits métiers

Posté par francesca7 le 10 août 2014

 

téléchargement (3)Il me revient en mémoire quelques petits métiers disparus. En voici quelques uns : le Caïfa, le rétameur, la marchande de harengs, le châtreux, le marchand de peaux de lapin.

Joseph venait de Saint-Sauveur avec son triporteur à pédales. Il vendait du café, marque Caïfa naturellement, des pâtes, des conserves… le tout en petite quantité. Quel métier de galère de parcourir quinze à vingt kilomètres avec un tel chargement sur les routes accidentées et non goudronnées des environs du chef‑lieu!

Il est vrai qu’il avait Rampan, un gros chien roux au poil ras qui lui tenait compagnie et l’aidait à monter les côtes avec son collier d’attelage!

Le rétameur, lui, passait deux fois par an. Petit retour en arrière: l’alu et l’inox étaient inconnus, seules étaient utilisées les casseroles en fer étamé, parfois un chaudron en cuivre. Les fourchettes étaient en fer et les cuillères en étain, inutile de dire qu’elles se tordaient facilement, il fallait donc les remplacer. Le rétameur installé sur la place de l’église récupérait les morceaux gardés précieusement et les faisait fondre. Liquéfié, l’étain était versé dans des moules et chacun récupérait des cuillères neuves. C’est également dans cet étain liquide qu’il trempait les casseroles qui ressortaient brillantes.

Fine était marchande de harengs. Chaque semaine elle recevait plusieurs caisses de harengs en gare de Saint-Sauveur et chaque jeudi, d’octobre à avril on la voyait arriver bien emmitouflée dans un grand capuchon noir, avec aux pieds de gros brodequins et sur la tête un bonnet noir qui lui cachait les oreilles. Elle poussait une sorte d’étal monté sur deux roues de bicyclette que son bricolier de mari lui avait fabriqué. Ainsi de hameau en hameau, de maison en maison elle offrait ses harengs frais et quelques saurs.

Le châtreux : en Poyaude souvent il fallait deux chevaux pour labourer et faire les charrois. Quand je dis deux chevaux c’était souvent une jument et un cheval hongre. Les jeunes poulains étaient alors castrés, non pas par le vétérinaire qui demandait un prix fou, mais par le châtreux de Leugny qui vous faisait çà en deux coups de cuillère à pot pour quelques pièces mais souvent assorties d’un gros lapin ou d’un poulet.

Le marchand de peaux de lapin : chaque famille élevait pour sa consommation de nombreux lapins; ces bêtes étaient tuées et dépouillées à la ferme. Les peaux étaient tendues sur des fourchines ou bourrées de paille, puis mises à sécher sous le hangar attendant le passage du marchand.

Tous les deux ou trois mois, Ladent, le marchand de peaux de lapin passait avec son vélo à deux porte‑bagages et muni d’un petit grelot. L’homme, d’une cinquantaine d’années, avait une belle moustache à la gauloise et un bagout de première catégorie. Il portait été comme hiver un vaste paletot de chasse, une casquette enfoncée jusqu’aux oreilles et une sorte de sacoche attachée à sa ceinture où se trouvaient pêle-mêle pièces et billets.

images (4)Avec lui arrivait une forte odeur de suint, de sauvagine et de vieille graisse dont l’individu était imprégné et que Mirette la chienne avait détectée bien avant son arrivée dans la cour !

Une peau de lapin représentait une valeur de 10 à 15 sous selon l’épaisseur, la grandeur, la couleur. Les blanches étaient les plus chères. Après une longue discussion les peaux étaient ficelées sur un des porte‑bagages et payées. Alors notre bonhomme buvait un coup de cidre ou de marc, racontait les derniers potins du village et reprenait sa route en criant: Peaux de lapins! Peaux!

 Vocabulaire : Bricolier : bricoleur
En deux coups de cuillères à pots : très rapidement
Fourchines : petites fourches

 

Source :  Gilbert PIMOULLE  PARFUMS D’ ENFANCE  En Puisaye, autour de 1920 – édité en 1999

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Une bonne brassée de souvenirs

Posté par francesca7 le 6 août 2014

 

images (5)De même que l’on se charge de multiples et divers morceaux lorsqu’on va au bûcher chercher une brassée de bois pour le feu, de même j’ai voulu ici rassembler une brassée de souvenirs.

Ces souvenirs viennent de conversations avec plusieurs anciens qui m’ont raconté les choses du passé. Cette brassée est forte de cet apport de la tradition orale qui a fait si longtemps la richesse de la vie rurale et en a façonné l’humanisme profond.

« En 1892, m’a raconté ce vieil ami aujourd’hui disparu, le 28 avril, la neige a tombé toute la journée et elle a tenu trois jours. Le seigle commençait à épier, le colza était fleuri, les luzernes étaient déjà hautes de 20 centimètres… Tout a été nettoyé.

Ce jour-là, mon père, qui était jeune homme, devait aller à la noce d’un cousin, à dix kilomètres de l’autre côté du chef-lieu. Il devait gagner Auxerre à pied et là, prendre la diligence à six chevaux, boulevard Vaulabelle. Levé à trois heures du matin, il ouvre la porte et voit tomber la neige, si épaisse qu’on n’y voit goutte. Il attend, au coin du feu. A cinq heures, elle tombe tou­jours. Finalement, il est resté à la maison, et la neige ne s’est arrêtée qu’à la nuit tombante. »

« L’année suivante, me dit un autre ami, 1893, ce fut une grande sécheresse. Ça a commencé par un printemps d’une précocité exceptionnelle. » Pensez donc, sa mère se souvient que le 5 mars, ses parents faisaient leur première livraison d’asperges à la gare de Chemilly, ainsi que je l’ai évoqué dans l’un des premiers chapitres. Déjà en plein mois de février, les premières fleurs étaient là et les abeilles étaient sorties. Puis la sécheresse a continué. On a « éralé » des feuilles de gevrine, de peuplier, d’orme, de frêne, pour donner aux bêtes. »

Il se souvient aussi qu’en 1911 on avait dû « éraler » égale­ment. Le vin fut excellent. Et puis dix ans après, 1921, fut encore une année sèche, et une année exceptionnelle pour le vin. On coupait aussi cette plante bizarre qui tient du chardon et des ombellifères qu’on appelle communément « le chardon cornu­siau ». On le fauchait à la faux, on laissait sécher une journée, et puis on le battait au fléau pour l’amollir et ôter les gros piquants, et on le donnait aux vaches.

« Voyez-vous ce manche de marteau à casser les noix ? dit mon vieux voisin, eh bien, il est plus vieux que moi! »

En effet, ce manche d’outil avait été fait par son père, dans un morceau de houx ramené d’un voyage en Morvan. Il faut vous dire qu’en sa jeunesse, dans les années 1890, il allait avec un marchand d’Auxerre aux foires de Clamecy et de Corbigny d’où il ramenait, à pied, les boeufs de travail que l’autre destinait à sa clientèle d’agriculteurs du plateau, de débardeurs de bois, bref, de galvachers.

C’est donc en allant vers Corbigny qu’il avait coupé une branche de houx dans le bois, aux confins des collines morvan­delles.

Permettez au passage que je rappelle ce dicton qui vous situe la frontière du Morvan : « Corbigny n’est pas en Morvan, mais ses poules y vont aux champs. » En effet, le sol granitique du Morvan commence à Cervon, six kilomètres plus loin.

A propos, pour faire des manches d’outil, il faut couper le bois en nouvelle lune, il dure bien plus longtemps ; sinon, il se pique. C’est comme pour faire un bon balai de bouleau, il faut le couper en lune croissante.

Je viens de parler du travail d’accompagnateur de boeufs qui était assez occasionnel et occupait relativement peu. Il faut savoir que pour les travaux de la terre, à longueur de saisons, les domestiques se louaient à l’année.

Ainsi, dans un village situé entre Auxerre et Joigny, la louée « avait coutume », car ce n’était pas partout que se tenaient de telles manifestations. Donc, dans ce village, la louée se tenait le jour de la Saint Jean. (A Toucy, c’était à la Trinité). Le boucher tuait, pour la circonstance, au moins trois veaux. Il y venait tant de monde qu’il fallait ainsi pourvoir au repas proposé à l’auberge : le veau Marengo, pour 25 sous.

Cela se passait juste avant le siècle.

A cette journée, outre les accords qui se concluaient entre domestiques et maîtres, on pouvait se divertir aux stands de jeux d’adresse : quilles, jeux de lancer, concours de grimper ; il y avait aussi des manèges de chevaux de bois.

Des marchands vous proposaient les objets traditionnels d’usage culinaire, de la vaisselle, de la mercerie, et diverses bri­coles.

Les mères, pour calmer les gamins excités, les menaçaient de les attacher à la queue des chevaux des gendarmes.

En d’autres occasions, à la maison, on faisait rentrer les enfants le soir pour éviter que « la poule noire de Champ Cornu» les vienne attraper. Pour les empêcher de se pencher à la margelle du puits, on leur assurait qu’au fond, au ras de l’eau, « la mère Lusine » (déformation phonétique de cette gaillarde fée Mélusine) les attendait pour les noyer.

De temps en temps passait un chiffonnier. Il allait de contrée en contrée, de bourg en hameau, juché sur sa grande carriole attelée de son cheval péchard, qui portait accrochée au faîte de son collier une série de grelots pour qu’on l’entende venir.

Le bonhomme avait mis au point une formule qui, proclamée aux populations visitées, mettait les rieurs de son côté et lui atti­rait les sympathies que fait souvent naître la curiosité. Ayant sonné un long coup de sa trompe de corne, telle un olifant, il annonçait à voix forte : « Chiffons, ferrailles, bonnes gens ! Je vends, j’achète. sans échange. Et si c’est moi qui fais l’argent, c’est bien ma femme qui la mange! »

On lui vendait aussi bien les peaux de lapin que les vieux chiffons. On lui achetait l’almanach Vermot ou « le Bourguignon salé » édité à Auxerre, qu’il transportait dans son coffre de voi­ture, sous le siège.

Grande barbe poivre et sel, casquette à oreilles sur la tête, enveloppé d’une grande peau de bique, prenant dans sa taba­tière des prises qui déclenchaient d’homériques éternue­ments, il incarnait aux yeux des enfants l’image d’une sorte de père fouettard. Aussi n’était-il pas rare de les entendre menacer, en cas de désobéissance, d’être donnés au chiffonnier.

Mais en dehors de ces moments difficiles de l’éducation où le vouloir des enfants est aux antipodes des volontés des parents, la vie se déroule, pleine de richesses que vous apporte le sens de l’observation. C’est ainsi que dès la prime jeunesse, les enfants apprennent à reconnaître les bêtes, les plantes, les signes du temps et des choses :

Si l’humidité remonte, c’est signe de pluie ; de même qu’un grand cerne (halo) autour du soleil « plus le cerne est près, plus la pluie est loin ; plus le cerne est loin, plus la pluie est près » est, entre mille autres, un dicton qui souligne l’observation. Si le soleil lève jaune, c’est la pluie dans la journée. S’il couche rouge, c’est le vent à suivre.

On observe le vent du jour des Rameaux, le temps des trois jours des Rogations – ces trois jours qui précèdent l’Ascension – images dit-on du temps que l’on aura pour la fauchaison, (1er jour), la moisson (2e jour) et les vendanges (3e jour).

On évite de semer les haricots le jour de l’Ascension, parce qu’ils ne lèveraient pas ; et on tue le cochon en vieille lune pour que la viande se garde mieux.

De même c’est en lune décroissante qu’on sème l’avoine car elle graine mieux. On met le vin en bouteille en lune descen­dante de mars.

C’est encore en vieille lune que l’on plante les pommes de terre.

On apprend aux gamins à observer le vol des oiseaux, la hau­teur des nids dans les haies, la pousse des arbres et de la vigne. « A la Pentecôte, on voit la vigne de côte en côte », voilà qui est facile à retenir.

On soutire le vin après la pleine lune, par vent de secteur nord, c’est préférable. On sait que la floraison de l’aubépine (à ne pas confondre avec l’épine noire) annonce la fin des gelées. On traduit cela également dans cet adage « à la Saint-Pèlerin (18 mai) il ne gèle plus ni pain ni vin ».

Je passe pour les saints de glace, je laisse saint Médard et saint Barnabé et autres saints météorologiques, pour rappeler qu’à la Chandeleur les perdrix sont accouplées et qu’à Pâques, tôt ou tard, mais toujours en lune de mars comme chacun sait, il y a déjà des petites draines dans les nids. Peut-être dois-je préciser que la draine est une sorte de grive de grande taille, qui res­semble un peu au merle, bien que de plumage moins sombre, et que c’est elle qui, aux premiers soirs de douceur où l’on sent que l’hiver s’en va, s’enlève d’un coup d’aile à la cime des peu­pliers pour saluer de son sifflement enjôleur, les prémices du printemps qui vient.

images (6)Venait le temps d’été à son heure, et avec lui, après moisson, celui de la « glane ». Les enfants, à partir de sept ans étaient jugés suffisamment avertis des choses de la terre pour qu’on leur confie la garde des dindes et des oies, dans les chaumes. On « menait » sa troupe de volatiles, avec, comme houlette, une perche légère de noisetier, au bout de laquelle était fixée une ficelle de cinquante centimètres environ, et liée de son autre bout à un chiffon. C’était pour ne point « taler » les bestioles lorsque leur jeune gardien devait intervenir plus énergiquement qu’à la voix, afin de les dissuader de s’écarter du champ où le pacage était de rigueur.

J’en viens à la glane. Chaque enfant, en plus de son travail de gardien attentif devait glaner, ramasser les épis échappés aux moissonneurs. Chaque pâtre devait donc rentrer le soir avec sa glane, le plus souvent fourrée dans la musette qui avait préala­blement contenu son casse-croûte. La glane était destinée à la nourriture du reste de la basse-cour.

Les jours d’école, au retour du soir, les enfants selon la saison, ramenaient du pré les vaches à traire, rentraient le bois, cas­saient le fagot, cherchaient les oeufs dans les paillers, donnaient le biberon aux agneaux le cas échéant. C’était l’habitude chez beaucoup d’acheter dans les fermes, où il y avait un troupeau de moutons, les agneaux qui naissaient en double, et qu’on éle­vait au biberon.

En récompense de tous ces travaux, on avait son morceau préféré du coq que l’on mangeait à Pâques, et de la dinde sacri­fiée à Noël…

… Et c’est ainsi qu’on se retrouve un beau jour, au coin du feu, prenant au fond de sa mémoire une brassée de souvenirs pour les dire à un ami.

… Et c’est ainsi que passe une vie à la lente cadence des sai­sons et des travaux des champs. On n’a même pas vu grandir la jeune génération que déjà les brumes du soir s’étendent sur la route.

 

Source : Guy MARQUET – Les harnais de l’oubli – Témoignage
(116 pages – Prix de vente 14€50) aux Éditions de l’Armançon
Rue de l’Hotel-de Ville 21390 Précy-sous-Thil

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Les Saisonniers d’autrefois

Posté par francesca7 le 2 août 2014

 

images (8)Le progrès a fini par chasser la poésie des campagnes. Mais de nombreux poyaudins se souviennent encore de ces cris pittoresques et de ces personnages hauts en couleur qui déambulaient, chaque année, dans les rues des villages. En diverses périodes les bourgs vivaient au son de ses voix saisonnières venues d’ailleurs. C’était le ramoneur, noir de suie, qui arrivait de Savoie à l’automne. Il se faisait entendre ainsi: « C’est le ramoneur qui va ramoner la cheminée, haut et bas! ». Sur les fêtes foraines, il y avait le marchand de guimauve qui s’égosillait: « A la gui-gui, à la guimauve !  Au chocolat pour les p’tits gars, à la vanille pour les p’tites filles; Au madère pour les belles-mères, Au citron pour les parents! ». Puis le rémouleur: « Y’a rien par là ? Couteaux, ciseaux, rasoirs ? Parapluies cassés, brisés, démanchés ? Allons les couturières, les lingères, les ménagères, les femmes d’état ! ». 

     Et puis il y avait le chiffonnier, le marchand de guenilles, qui s’écriait: « Avez-vous des vieilles ferrailles z’à vendre ? des vieux habits, des vieux chapeaux, des vieux galons ? avez-vous des vieilles bottes, des vieux souliers z’à vendre ? avez-vous de la mitraille z’à vendre ? arrr-chand de guenilles !». Au début du siècle, un certain Frispoulet de Saint-Sauveur, un sac de « cornuelles » (châtaignes d’eau) sur l’épaule, vantait ainsi sa marchandise sur les marchés de Puisaye: « Achetez-moi des cornuelles, les châtaignes qui percent la poche, qui piquent la fesse, qui grattent la cuisse!». Puis il y avait bien sûr le fameux marchand de peaux de lapin que beaucoup ont connu. Il s’exclamait, ainsi: « Peaux de lièvres, peaux de taupes, peaux d‘lapins ! Peaux d’lapins peaux-aux! ». 

    De temps à autre, passaient des bohémiens. On ne les appréciait guère dans les villages. Ils apparaissaient soudainement sur la place du village avec leurs roulottes aux couleurs vives et leurs chevaux éthiques. A tord ou à raison, chacun avait encore le souvenir d’une poule ou d’un canard qui avait mystérieusement disparu lors de leur dernier passage. Alors, c’est dire si l’on redoutait la venue de ces hommes portant anneaux aux oreilles et de ces femmes diseuses de « bonne aventure ». Ils avaient la réputation d’avoir la main leste mais ils fascinaient par leurs gestes agiles à faire naître les paniers et corbeilles d’osier.

   images (10) De nombreux travailleurs saisonniers passaient aussi dans les villages. Il y avait les marchands d’étoffes, les rempailleurs de chaises, les rétameurs et chaudronniers ambulants qui, faisaient fondre leur étain dans un grand chaudron. Les femmes leur apportaient leurs faitouts, leurs bassines ou leurs casseroles à rapiécer. On appréciait également les services du rémouleur pour son habilité à affûter les ciseaux, les outils ou les couteaux. Puis il y avait le montreur d’ours et les gens du cirque. Ils étaient surtout jongleurs ou trapézistes et ne possédaient que très peu d’animaux. Quelquefois un vieux dromadaire, un lama deux ou trois chevaux et quelques chèvres trompaient leur ennui en broutant l’herbe du champ de foire. Ils intriguaient beaucoup car ils représentaient les voyages et donc  » l’ailleurs ». C’était le cas avec le colporteur qui promenait dans une caisse en bois pendue à son cou un véritable inventaire à la Prévert. S’entremêlaient les objets les plus hétéroclites: almanachs, images pieuses, boutons, aiguilles, fil « au conscrit », peignes, épingles à cheveux, etc. Ce marchand ambulant était toujours très attendu car il faisait la liaison entre les hameaux. Il apportait ainsi les nouvelles des uns et des autres.

 

Jean-Claude TSAVDARIS – 1900 – 2000 – Cent ans de vie rurale en Puisaye – Paru en 2000

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Apprentissages des métiers du Moyen Âge

Posté par francesca7 le 24 juillet 2014

 

 

Triboulet_gravure_de_J._A._Beauce_et_Rouget_385x500La période du Moyen Âge ne cesse de nous étonner par l’incroyable variété de ses activités artisanales et commerciales régies par des codes et des statuts ( le mot artisan vient de l’italien « arte » qui suppose un tour de main). Les savoir-faire ancestraux des métiers, transmis par l’apprentissage, se perpétuent et s’affinent au fil des siècles dans tous les domaines de la vie des hommes et des femmes de cette époque.   

L’industrie textile

La production de la laine et autres tissus est la plus importante activité urbaine du Moyen Âge, toutes les  cités possèdent leurs draperies. Après la tonte, les femmes battent la laine sur des claies pour éliminer les impuretés, puis la plongent dans des bains successifs pour en ôter le suint, ensuite intervient le cardage (on place la laine entre deux petites planches de bois rectangulaires dotées de poignées et de dents) et le filage, activités souvent rurales, sources de revenus pour le foyer paysan. La toison ( prête à être filée à la   quenouille) est transformée en fil grâce à un délicat système de rotation suscité par le poids du fuseau. La bobine de fil constituée, le tissage peut commencer. IL débute par l’ourdissage, les fils de chaîne sont tendus sur un cadre de bois appelé battant.     

                      

Les métiers à tisser verticaux limitent la taille des pièces, ce n’est qu’au XI e siècle que se développent les métiers horizontaux qui permettent d’accroître la dimension des pièces tissées. Avec ce système, la création de motifs devient possible grâce à la navette que deux hommes se renvoient de chaque côté du métier. A ce stade le drap de laine est grisâtre, rêche et irrégulier ( il s’utilise pour les couvertures des chevaux ou à l’usage des pauvres et se nomme « couette ou queute »). Il doit subir encore différentes opérations : lavé plusieurs fois, gratté au chardon pour le faire feutrer et retirer les nœuds encore présents, c’est le travail des lisseurs ou pareurs, puis ils sont foulés aux pieds par les foulons dans des cuves ou l’eau est mélangée à du sable ou de la lie de vin afin d’en expurger l’huile restante ( Les foulons sont une corporation d’ouvriers mal payés aux conditions de travail exécrables). Les draps de laine peuvent ensuite être vendus au naturel ou colorés.

 

Les teinturiers, appelés « ongles bleus » piétinent les draps dans des bains de colorants, de mordants et d’alun. Le pastel appelé « guède ou waide » en Picardie donne un bleu très prisé faisant la fortune des villes qui le produisent ( Amiens Toulouse). Le bois du brésil donne la couleur rose, la guaude le jaune et le vert, le brou de noix le noir et le Kermès ou cochenille, le rouge. Une fois teint le tissu est à nouveau rasé pour obtenir un meilleur moelleux. Les drapiers Parisiens fabriquent la « biffe » une étoffe renommée. Les marchands entrepreneurs font ainsi travailler cinq métiers différents : les tisserands (tissant également le lin et le chanvre) les tondeurs, les foulons, les teinturiers et les tailleurs. En fin de Moyen Âge apparaissent les tissus mixtes : la futaine qui mêle coton et lin, la « saye » laine et lin, et le feutre laine et poils d’animaux (lapin ou castor). 

Le principal marché de l’habillement est celui des tailleurs de robes, des merciers et des chapeliers. Les brodeurs et brodeuses pratiquent la  »peinture » à l’aiguille tandis que les tapissiers créent les superbes tentures de laine des demeures seigneuriales du Moyen Âge. 

Les métiers intellectuels et artistiques au Moyen Âge

La plupart des enseignants sont des clercs, l’éducation étant contrôlée par l’église. En fin de Moyen Âge sont nommés des maîtres et maîtresses d’écoles laïques Dans les villes universitaires, la profession de libraires ou  »stationnaires » apparaît au XIII e siècle, qui fait travailler les parcheminiers, les scribes ou copistes produisant des ouvrages destinés aux professeurs et étudiants. Une clientèle constituée de riches aristocrates et de membres du haut clergé leur commande de beaux manuscrits enluminés. Les premiers imprimeurs voient le jour au XV e siècle dans les grandes villes de France.

 

Si les médecins du Moyen Âge (ayant suivi des cours à la faculté) se contentent d’observer les malades et de leur prescrire quelque potion commandée chez l’apothicaire, les barbiers-chirurgiens, formés par apprentissage, rasent leurs malades, pratiquent des saignées et des lavements, posent des ventouses. 

Quant aux arracheurs de dents, ils soulagent définitivement les patients à l’aide de grosses tenailles, sur la voie publique à la vue et aux oreilles de tout le monde (certains embauchent même des musiciens pour couvrir les cris des malheureux !) 

Apprentissages des métiers du Moyen Âge dans ARTISANAT FRANCAIS 250px-JuglarLes ménestrels ou « ménétriers » sont, sous Louis IX, regroupés en une corporation qui comprend toute une hiérarchie de maîtres et d’apprentis mais ces gens du spectacle que sont aussi les jongleurs conteurs et musiciens, sont mal payés et peu reconnus. Ils sont répertoriés dans la  »rue aux jongleurs » devenue au XV e siècle rue des Ménétriers à Paris (Beaubourg). 

Le métier le plus prestigieux et le plus lucratif du Moyen Âge est sans aucun doute celui de l’orfèvre acquis au terme d’un long apprentissage de huit ou dix ans. Les lapidaires, cristalliers ou pierriers taillent les pierres précieuses ( rubis émeraude, diamant, cristal de roche..) que les orfèvres montent sur les bijoux et sur la vaisselle d’or et d’argent. A cette activité de joaillerie s’ajoute la création des productions monétaires (atelier de frappe des monnaies royales). Puissants et honorés ils dominent toutes les autres professions artistiques. 

Au Moyen Âge les artisans qui œuvrent de leurs mains sont regroupés dans les arts « mécaniques » relégués à un rang inférieur aux arts « libéraux » comme le droit, la médecine ou la théologie car à l’époque, (sauf exceptions) les talents de l’esprit sont seuls reconnus comme dignes et valorisants.. 

Les peintres, les enlumineurs les sculpteurs les imagiers, les verriers, apprennent leur métier au cours d’un apprentissage mais ceux-ci, malgré leur habileté, sont rarement distingués. Pourtant les « tailleurs d’images »en os, buis ou ivoire jouissent de prestige car ils façonnent pour les rois et les riches des bas-reliefs, des tombes, des gisants des statues de pierre. Les effigies de bois sont laissées aux menuisiers ou aux « huchiers ». Les peintres-imagiers font les peintures murales, les panneaux de bois et les enluminures, ils dessinent également les patrons destinés aux vitraux. Les verriers appliquent ces dessins à la craie détrempée sur de grandes tables de la taille du vitrail prévu, précisent leur croquis à la « sinopia » et disposent dessus les plaques de verre de couleur, avant de les sertir de plomb. 

Apprentissage, valets et compagnons

Entre douze et seize ans les apprentis sont placés par leurs parents chez un maître par lequel ils sont logés, nourris et liés par un contrat devant notaire. Pour ces années de formation qui durent entre deux et douze ans suivant la discipline recherchée, le maître (qui exige parfois un droit d’entrée aux parents pour couvrir ses frais) engage sa conscience professionnelle. Durant ces années il prend valeur de père tandis que le jeune garçon promet de travailler sans rechigner, et de demeurer avec son maître jusqu’à la fin de son contrat, au terme duquel il doit fournir les preuves de sa compétence. Lorsque l’entente est bonne il n’est pas rare de voir un maître léguer ses biens ou ses outils à son apprenti. 

Peu de jeunes gens ont ensuite la possibilité de s’installer dans leur propre atelier et continuent de travailler comme salariés par celui qui les a formés: ce sont les valets et les servantes. Les salariés appelés valets compagnons ou garçons peuvent être embauchés à durée variable d’un jour, d’une semaine ou d’un an. 

Les compagnons se regroupent pour lutter contre les abus des maîtres, ils s’organisent en confréries dont la vocation est l’entraide en cas de maladies ou de décès. Les situations de conflits peuvent amener les valets à faire grève ou boycotter une ville en décidant un départ collectif (comme les compagnons pelletiers qui quittèrent Strasbourg en 1423 pour aller travailler à Haguenau). Parfois ces revendications entrainent des révoltes (les écarts de richesse entre patrons et salariés ne faisant que croître), mais celles-ci sont réprimés par la force et se terminent dans des bains de sang. 

Le monde des métiers du Moyen Âge n’est pas sans évoquer des échos contemporains : la hiérarchie au sein du travail, la répartition des tâches entre hommes et femmes, les inégalités des salaires et des horaires de travail, tous ces sujets sont très actuels. 

L’étonnante dispersion des qualifications, la spécialisation des talents multiples déclinés à l’infini, le goût du travail bien fait ne sont pas de simples mythes dus aux admirateurs des cathédrales car les bâtisseurs de ces fières églises, les maîtres verriers, les imagiers et tous ceux qui restèrent dans l’ombre, étaient véritablement passionnés par leur métier. Il y eut bien sûr toujours des exclus (ouvriers non qualifiés chômeurs mendiants, invalides) mais les documents médiévaux laissent transparaître une humanité omniprésente loin de l’anonymat de l’ère des machines.

Sources et illustrations : Les métiers du Moyen Âge, de Sophie Cassagnes-Brousquet, Editions Ouest-France, Avril 2010.

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Chapeliers de l’ancienne France

Posté par francesca7 le 12 juillet 2014

 

 

280px-Edgar_Germain_Hilaire_Degas_011Le métier de chapelier se divisait au Moyen Age en plusieurs branches. Il y avait les chapeliers « de fleurs », les chapeliers « de coton », les chapeliers « de paon », les « faiseuses de chapeaux d’orfrois », et enfin les chapeliers « de feutre », qui finirent par se substituer à tous les autres chapeliers.

Dans le haut moyen âge, le terme chapeau s’entendait aussi bien d’une couronne de métal ou de fleurs que du véritable couvre-chef, et l’usage du chapeau-couronne semble remonter fort loin : quelques auteurs en ont attribué l’invention aux gaulois. Sans rien affirmer à cet égard, disons seulement que la mode en persista très longtemps au moyen âge : comme on portait les cheveux très longs, il fallait les retenir et les empêcher de tomber sur les yeux. A chaque page de la littérature du moyen âge nous rencontrons le « chapel de fleurs » ; les dames des romans et des chansons de gestes passent leur temps à en tresser…

Je n’ay cure de nul esmay,
Je veuil cueillir la rose en may
Et porter chappeaux de flourettes.

Les Chapeaux de fleurs furent plus tard remplacés dans la classe riche par des cercles d’orfèvrerie ornés de perles précieuses. Toutefois le « chapel de fleurs » resta à titre de redevance féodale, et fut considéré comme une marque d’honneur et de respect. A la fin du quinzième siècle, les dames de Naples offrirent à Charles VIII, à son entrée dans leur ville, une couronne de violettes.

Les chapeaux de paon et d’orfrois ne furent portés que par les femmes. Sans doute les plumes de paon étaient alors plus coûteuses qu’elles ne le sont aujourd’hui, bien que le noble oiseau figurât souvent sur la table des grands seigneurs. Quoi qu’il en soit, c’était un ornement réservé aux grandes dames, qui s’en servaient pour décorer les coiffures compliquées dont elles s’affublèrent au quatorzième siècle et surtout au quinzième siècle.

Quant aux chapeliers de coton, ils ne vendaient pas à vrai dire de chapeaux, mais des bonnets et des gants de laine.

Les premiers statuts des chapeliers de feutre et ceux d’une corporation qui n’était pour ainsi dire qu’une dépendance de leur métier, celle des fourreurs de chapeaux, datent à Paris d’Etienne Boileau, c’est-à-dire de la fin du règne de Saint-Louis ; ils furent plusieurs fois modifiés ou confirmés, notamment en 1324, 1325, 1367 et 1381.

D’après les plus anciens statuts, le maître chapelier ne pouvait avoir qu’un seul apprenti. L’apprentissage durait sept ans pour ceux qui n’étaient ni fils ni parents de maître ; il était gratuit, si le maître y consentait ; mais dans tous les cas il fallait verser dix sous à la caisse de la confrérie.

Deux prud’hommes nommés par le prévôt de Paris étaient chargés de veiller à l’exécution des règlements, qui, du reste, n’étaient ni très nombreux, ni très compliqués. Défense de faire entrer dans la confection du feutre autre chose que du poil d’agneau ; défense de vendre de vieux chapeaux reteints, d’ouvrir boutique le dimanche, et de travailler avant le jour : telles étaient les principales dispositions des statuts.

Ceux des fourreurs de chapeaux étaient à peu près semblables. Cependant chaque maître pouvait avoir deux apprentis qui, au bout de cinq années, devenaient compagnons ; se qui s’explique facilement, si l’on songe que leur métier était beaucoup moins compliqué que celui des véritables chapeliers : ils n’avaient qu’à garnir les chapeaux qu’on leur apportait tout préparés. Ce qu’on leur recommande plus particulièrement dans les statuts , c’est que la fourrure des chapeaux soit aussi bonne en dedans qu’en dehors : « Ou tout viez ou tout nuef », ajoute la rédaction de 1325. Toutes les marchandises fabriquées contrairement aux règlements devaient être brûlées. Dans certaines villes, à Rouen, par exemple, les chapeliers réunissaient plusieurs industries : ils s’appelaient chapeliers-aumussiers-bonnetiers. Ils avaient fondé la confrérie de Saint-Sever dans l’église Notre-Dame de Rouen, comme ceux de Paris fondèrent celle de Saint-Jacques et de Saint-Philippe dans l’église des Jacobins de la rue Saint-Jacques ; mais, par une singulière disposition, tous les chapeliers n’étaient point forcés d’entrer dans la confrérie.

Chapeliers de l’ancienne France dans ARTISANAT FRANCAIS 220px-3916Chapeau_tenduAutre singularité : les apprentis ne passaient leur contrat d’apprentissage qu’après quinze jours d’essai, pendant lesquels ils jugeaient si le métier leur agréait ; le maître profitait aussi de ce délai pour apprécier si son nouvel apprenti pouvait lui convenir et s’il devait le conserver.

On a vu qu’il était défendu aux chapeliers de faire du feutre avec autre chose que du poil d’agneau. Plus tard, les choses changèrent beaucoup. Dès le quatorzième siècle on se servait de castor et quelquefois de laine. Avec le temps on usa de poil de lapin, et même, au dix-huitième siècle, de poil de chameau ; le poil de lièvre demeura seul proscrit comme impropre à la fabrication d’un feutre convenable ; mais on l’employa quand même, grâce au procédé de la « dorure », qui consistait à y ajouter une petite quantité de poil de castor qui donnait aux chapeaux une bonne apparence, des plus trompeuses, du reste.

Ces modifications dans la fabrication se produisirent à mesure que l’usage des chapeaux se répandit. Encore rares au onzième siècle (ce ne sont guère que des espèce de calottes), ils deviennent très fréquents au douzième siècle et au treizième siècle : à cette époque même, des chapeaux, presque toujours pointus et de couleur jaune, deviennent parfois le signe distinctif imposé aux juifs. Mais ce n’est qu’au quatorzième siècle, où le chaperon est à peu près complètement abandonné, que l’usage du chapeau devient général. Enumérer tous les couvre-chef qui ont été de mise depuis cette époque serait fort long : chapeaux ronds et bas de forme, pointus, à larges bords, à trois cornes, se sont succédé sans que la mode se soit fixée définitivement.

Certaines particularités sont à rappeler au sujet de la réception du compagnon. Les maîtres et les compagnons formaient une sorte de société dont ils s’engageaient par serment à ne jamais dévoiler les secrets ; en y entrant ils recevaient le titre de « compagnons du devoir. » Le tout était accompagné de cérémonies bizarres, sorte de parodie de la messe, d’une messe noire ou d’une messe du diable, comme on disait alors. Cette singulière coutume dura jusqu’en 1655 ; à cette époque la Sorbonne s’émut, et toutes les diableries des chapeliers, dévoilées sans doute par un faux compagnon, durent cesser à peine de punition exemplaire.

(D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1880)

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LE MARCHAND DE PEAUX DE LAPIN

Posté par francesca7 le 8 février 2014

 

 

31D’antan dans les campagnes, dans les bourgades, on voyait passer des « Marchands de peaux de lapin », qui achetaient les fameuses peaux de lapin aux campagnards, ces derniers les élevaient pour leur consommation personnelle et celle de leur famille. Les lapins, étaient tués et mangés, on gardait précieusement leur pelage que l’on faisait séché. 

Dans les années 1950-1955, il n’y avait pas de supermarchés pour acheter les volailles, on élevait soi-même, les animaux dans la basse-cour, tels les pigeons, les poules, les coqs, les canards, les oies, les cailles, les pintades, les dindons, les lapins. C’était souvent une volaille ou un lapin qui faisait, le repas du dimanche. Quand on tuait un lapin, il était dépeçait et on faisait sécher sa peau.  

Pour se faire la peau du lapin était retournée, poils au dedans, et on la suspendait à l’abri, dans une grange ou un atelier, afin que la peau, soit bien sèche, pour bien la détendre et pour qu’elle soit plus grande, elle était mise sur une fourche réalisée avec des branches de noisetier. Quand le marchand de peaux de lapin faisait sa tournée, on lui vendait les peaux, pour quelques francs de l’époque, le marchand de peaux de lapins, payait en fonction de la beauté du poil, et du nombre de peaux. C’est un souvenir d’enfance, mais je me rappelle que les peaux de lapins blancs étaient achetées plus chères, car elles étaient plus rares et plus belles.. Le marchand de peaux de lapins achetait aussi la peau d’autres animaux, telles les peaux de chèvres, de moutons, de taupes, etc…Ces marchands, annonçaient leur arrivée, en criant dans les rues, « Peaux d’lapins Peaux »… peau de lapins …cela d’ une voie forte et tonitruante. Ce dont, je me souviens aussi, c’est que ce marchand, avait une charrette tirée par un petitcheval, les peaux de lapins étaient suspendues, après achat, tout au long de cette carriole, à la vue de tous. Les marchands de peaux de lapins faisaient aussi le négoce de vieux papier, notamment les vieux journaux les vieux chiffons et la ferraille. Mais le marchand de peau de lapin, qui était un marchand ambulant, en faisait lui-même commerce, il allait ensuite revendre ces peaux ramassées à droite et à gauche, à des tanneurs, afin que ces derniers les travaillent et en fassent de belles vestes, de beaux manteaux ou des bonnets pour l’hiver. Dans ledépartement du Nord-Pas de Calais, c’était souvent les femmes qui ne travaillaient pas qui attendaient avec impatience, « el marchand d’piaux d’lapin », pour se faire quelques sous de plus. A cette époque, il y avait déjà le recyclage !!! quoique les jeunes puissent penser.

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Le Chat vu par Banville Théodore de

Posté par francesca7 le 20 décembre 2013

Le Chat

par

Théodore de Banville

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 CHAT NOR

Tout animal est supérieur à l’homme par ce qu’il y a en lui de divin, c’est-à-dire par l’instinct. Or, de tous les animaux, le Chat est celui chez lequel l’instinct est le plus persistant, le plus impossible à tuer. Sauvage ou domestique, il reste lui-même, obstinément, avec une sérénité absolue, et aussi rien ne peut lui faire perdre sa beauté et sa grâce suprême. Il n’y a pas de condition si humble et si vile qui arrive à le dégrader, parce qu’il n’y consent pas, et qu’il garde toujours la seule liberté qui puisse être accordée aux créatures, c’est-à-dire la volonté et la résolution arrêtée d’être libre. Il l’est en effet, parce qu’il ne se donne que dans la mesure où il le veut, accordant ou refusant à son gré son affection et ses caresses, et c’est pourquoi il reste beau, c’est-à-dire semblable à son type éternel. Prenez deux Chats, l’un vivant dans quelque logis de grande dame ou de poète, sur les moelleux tapis, sur les divans de soie et les coussins armoriés, l’autre étendu sur le carreau rougi, dans un logis de vieille fille pauvre, ou pelotonné dans une loge de portière, eh bien ! tous deux auront au même degré la noblesse, le respect de soi-même, l’élégance à laquelle le Chat ne peut renoncer sans mourir.

En lisant le morceau si épouvantablement injuste que Buffon a consacré au Chat, on reconstruirait, si la mémoire en était perdue, tout ce règne de Louis XIV où l’homme se crut devenu soleil et centre du monde, et ne put se figurer que des milliers d’astres et d’étoiles avaient été jetés dans l’éther pour autre chose que pour son usage personnel. Ainsi le savant à manchettes, reprochant au gracieux animal de voler ce qu’il lui faut pour sa nourriture, semble supposer chez les Chats une notion exacte de la propriété et une connaissance approfondie des codes, qui par bonheur n’ont pas été accordées aux animaux. « Ils n’ont, ajoute-t-il que l’apparence de l’attachement ; on le voit à leurs mouvements obliques, à leurs yeux équivoques ; ils ne regardent jamais en face la personne aimée ; soit défiance ou fausseté, ils prennent des détours pour en approcher, pour chercher des caresses auxquelles ils ne sont sensibles que pour le plaisir qu’elles leur font. » O injuste grand savant que vous êtes ! est-ce que nous cherchons, nous, les caresses pour le plaisir qu’elles ne nous font pas ? Vous dites que les yeux des Chats sont équivoques ! Relativement à quoi ? Si tout d’abord nous n’en pénétrons pas la subtile et profonde pensée, cela ne tient-il pas à notre manque d’intelligence et d’intuition ? Quant aux détours, eh ! mais le spirituel Alphonse Karr a adopté cette devise charmante : « Je ne crains que ceux que j’aime, » et, comme on le voit, le Chat, plein de prudence, l’avait adoptée avant lui.

Sans doute, il se laisse toucher, caresser, tirer les poils, porter la tête en bas par les enfants, instinctifs comme lui ; mais il se défie toujours de l’homme, et c’est en quoi il prouve son profond bon sens. N’a-t-il pas sous les yeux l’exemple de ce Chien que le même Buffon met si haut, et ne voit-il pas par là ce que l’homme fait des animaux qui consentent à être ses serviteurs et se donnent à lui sans restriction, une fois pour toutes ? L’homme fait du Chien un esclave attaché, mis à la chaîne ; il lui fait traîner des carrioles et des voitures, il l’envoie chez le boucher chercher de la viande à laquelle il ne devra pas toucher. Il le réduit même à la condition dérisoire de porter les journaux dans le quartier ; il avait fait du Chien Munito un joueur de dominos, et pour peu il l’aurait réduit à exercer le métier littéraire, à faire de la copie, ce qui, pour un animal né libre sous les cieux, me paraîtrait le dernier degré de l’abaissement. L’homme oblige le Chien à chasser pour lui, à ses gages et même sans gages ; le Chat préfère chasser pour son propre compte, et à ce sujet on l’appelle voleur, sous prétexte que les lapins et les oiseaux appartiennent à l’homme ; mais c’est ce qu’il faudrait démontrer. On veut lui imputer à crime ce qui fit la gloire de Nemrod et d’Hippolyte, et c’est ainsi que nous avons toujours deux poids inégaux, et deux mesures.

Le Chat vu par Banville Théodore de dans FAUNE FRANCAISE 220px-WhiteCatEn admettant même que l’univers ait été créé pour l’homme, plutôt que pour le Chat et les autres bêtes, ce qui me paraît fort contestable, nous devrions encore au Chat une grande reconnaissance, car tout ce qui fait la gloire, l’orgueil et le charme pénétrant de l’homme civilisé, il me paraît l’avoir servilement copié sur le Chat. Le type le plus élégant que nous ayons inventé, celui d’Arlequin, n’est pas autre chose qu’un Chat. S’il a pris au Carlin sa face vicieuse, sa tête noire, ses sourcils, sa bouche proéminente, tout ce qu’il y a de leste, de gai, de charmant, de séduisant, d’envolé, vient du Chat, et c’est à cet animal caressant et rapide qu’il a pris ses gestes enveloppants et ses poses énamourées. Mais le Chat n’est pas seulement Arlequin ; il est Chérubin, il est Léandre, il est Valère ; il est tous les amants et tous les amoureux de la comédie, à qui il a enseigné les regards en coulisse et les ondulations serpentines. Et ce n’est pas assez de le montrer comme le modèle des amours de théâtre ; mais le vrai amour, celui de la réalité, celui de la vie, l’homme sans lui en aurait-il eu l’idée ? C’est le Chat qui va sur les toits miauler, gémir, pleurer d’amour ; il est le premier et le plus incontestable des Roméos, sans lequel Shakespeare sans doute n’eût pas trouvé le sien ?

Le Chat aime le repos, la volupté, la tranquille joie ; il a ainsi démontré l’absurdité et le néant de l’agitation stérile. Il n’exerce aucune fonction et ne sort de son repos que pour se livrer au bel art de la chasse, montrant ainsi la noblesse de l’oisiveté raffinée et pensive, sans laquelle tous les hommes seraient des casseurs de cailloux. Il est ardemment, divinement, délicieusement propre, et cache soigneusement ses ordures ; n’est-ce pas déjà un immense avantage qu’il a sur beaucoup d’artistes, qui confondent la sincérité avec la platitude ? Mais bien plus, il veut que sa robe soit pure, lustrée, nette de toute souillure. Que cette robe soit de couleur cendrée, ou blanche comme la neige, ou de couleur fauve rayée de brun, ou bleue, car ô bonheur ! il y a des Chats bleus ! le Chat la frotte, la peigne, la nettoie, la pare avec sa langue râpeuse et rose, jusqu’à ce qu’il l’ait rendue séduisante et lisse, enseignant ainsi en même temps l’idée de propreté et l’idée de parure ; et qu’est-ce que la civilisation a trouvé de plus ? Sans ce double et précieux attrait, quel serait l’avantage de madame de Maufrigneuse sur une marchande de pommes de la Râpée, ou plutôt quel ne serait pas son désavantage vis-à-vis de la robuste fille mal lavée ? Sous ce rapport, le moindre Chat surpasse de beaucoup les belles, les reines, les Médicis de la cour de Valois et de tout le seizième siècle, qui se bornaient à se parfumer, sans s’inquiéter du reste.

 dans LITTERATURE FRANCAISEAussi a-t-il servi d’incontestable modèle à la femme moderne. Comme un Chat ou comme une Chatte, elle est, elle existe, elle se repose, elle se mêle immobile à la splendeur des étoffes, et joue avec sa proie comme le Chat avec la souris, bien plus empressée à égorger sa victime qu’à la manger. Tels les Chats qui, au bout du compte, préfèrent de beaucoup le lait sucré aux souris, et jouent avec la proie vaincue par pur dandysme, exactement comme une coquette, la laissant fuir, s’évader, espérer la vie et posant ensuite sur elle une griffe impitoyable. Et c’est d’autant plus une simple volupté, que leurs courtes dents ne leur servent qu’à déchirer, et non à manger. Mais tout en eux a été combiné pour le piège, la surprise, l’attaque nocturne ; leurs admirables yeux qui se contractent et se dilatent d’une façon prodigieuse, y voient plus clair la nuit que le jour, et la pupille qui le jour est comme une étroite ligne, dans la nuit devient ronde et large, poudrée de sable d’or et pleine d’étincelles. Escarboucle ou émeraude vivante, elle n’est pas seulement lumineuse, elle est lumière. On sait que le grand Camoëns, n’ayant pas de quoi acheter une chandelle, son Chat lui prêta la clarté de ses prunelles pour écrire un chant des Lusiades. Certes, voilà une façon vraie et positive d’encourager la littérature, et je ne crois pas qu’aucun ministre de l’instruction publique en ait jamais fait autant. Bien certainement, en même temps qu’il l’éclairait, le bon Chat lui apportait sa moelleuse et douce robe à toucher, et venait chercher des caresses pour le plaisir qu’elles lui causaient, sentiment qui, ainsi que nous l’avons vu, blessait Buffon, mais ne saurait étonner un poète lyrique, trop voluptueux lui-même pour croire que les caresses doivent être recherchées dans un but austère et exempt de tout agrément personnel.

Peut-être y a-t-il des côtés par lesquels le Chat ne nous est pas supérieur ; en tout cas, ce n’est pas par sa charmante, fine, subtile et sensitive moustache, qui orne si bien son joli visage et qui, munie d’un tact exquis, le protège, le gouverne, l’avertit des obstacles, l’empêche de tomber dans les pièges. Comparez cette parure de luxe, cet outil de sécurité, cet appendice qui semble fait de rayons de lumière, avec notre moustache à nous, rude, inflexible, grossière, qui écrase et tue le baiser, et met entre nous et la femme aimée une barrière matérielle. Contrairement à la délicate moustache du Chat qui jamais n’obstrue et ne cache son petit museau rose, la moustache de l’homme, plus elle est d’un chef, d’un conducteur d’hommes, plus elle est belle et guerrière, plus elle rend la vie impossible ; c’est ainsi qu’une des plus belles moustaches modernes, celle du roi Victor-Emmanuel, qui lui coupait si bien le visage en deux comme une héroïque balafre, ne lui permettait pas de manger en public ; et, quand il mangeait tout seul, les portes bien closes, il fallait qu’il les relevât avec un foulard, dont il attachait les bouts derrière sa tête. Combien alors ne devait-il pas envier la moustache du Chat, qui se relève d’elle-même et toute seule, et ne le gêne en aucune façon dans les plus pompeux festins d’apparat !

Le Scapin gravé à l’eau-forte dans le Théâtre Italien du comédien Riccoboni a une moustache de Chat, et c’est justice, car le Chat botté est, bien plus que Dave, le père de tous les Scapins et de tous les Mascarilles. A l’époque où se passa cette belle histoire, le Chat voulut prouver, une fois pour toutes, que s’il n’est pas intrigant, c’est, non pas par impuissance de l’être, mais par un noble mépris pour l’art des Mazarin et des Talleyrand. Mais la diplomatie n’a rien qui dépasse ses aptitudes, et pour une fois qu’il voulut s’en mêler, il maria, comme on le sait, son maître, ou plutôt son ami, avec la fille d’un roi. Bien plus, il exécuta toute cette mission sans autres accessoires qu’un petit sac fermé par une coulisse, et une paire de bottes, et nous ne savons guère de ministres de France à l’étranger qui, pour arriver souvent à de plus minces résultats, se contenteraient d’un bagage si peu compliqué. A la certitude avec laquelle le Chat combina, ourdit son plan et l’exécuta sans une faute de composition, on pourrait voir en lui un auteur dramatique de premier ordre, et il le serait sans doute s’il n’eût préféré à tout sa noble et chère paresse. Toutefois il adore le théâtre, et il se plaît infiniment dans les coulisses, où il retrouve quelques-uns de ses instincts chez les comédiennes, essentiellement Chattes de leur nature. Notamment à la Comédie-Française, où depuis Molière s’entassent, accumulés à toutes les époques, des mobiliers d’un prix inestimable, des dynasties de Chats, commencées en même temps que les premières collections, protègent ces meubles et les serges, les damas, les lampas antiques, les tapisseries, les verdures, qui sans eux seraient dévorés par d’innombrables légions de souris. Ces braves sociétaires de la Chatterie comique, héritiers légitimes et directs de ceux que caressaient les belles mains de mademoiselle de Brie et d’Armande Béjart, étranglent les souris, non pour les manger, car la Comédie-Française est trop riche pour nourrir ses Chats d’une manière si sauvage et si primitive, mais par amour pour les délicates sculptures et les somptueuses et amusantes étoffes.

308px-Gato_enervado_pola_presencia_dun_canCependant, à la comédie sensée et raisonnable du justicier Molière, le Chat qui, ayant été dieu, sait le fond des choses, préfère encore celle qui se joue dans la maison de Guignol, comme étant plus initiale et absolue. Tandis que le guerrier, le conquérant, le héros-monstre, le meurtrier difforme et couvert d’or éclatant, vêtu d’un pourpoint taillé dans l’azur du ciel et dans la pourpre des aurores, l’homme, Polichinelle en un mot, se sert, comme Thésée ou Hercule, d’un bâton qui est une massue, boit le vin de la joie, savoure son triomphe, et se plonge avec ravissement dans les voluptés et dans les crimes, battant le commissaire, pendant le bourreau à sa propre potence, et tirant la queue écarlate du diable ; lui, le Chat, il est là, tranquillement assis, apaisé, calme, superbe, regardant ces turbulences avec l’indifférence d’un sage, et estimant qu’elles résument la vie avec une impartialité sereine. Là, il est dans son élément, il approuve tout, tandis qu’à la Comédie-Française, il fait quelquefois de la critique, et de la meilleure. On se souvient que par amitié pour la grande Rachel, la plus spirituelle parmi les femmes et aussi parmi les hommes qui vécurent de l’esprit, la belle madame Delphine de Girardin aux cheveux d’or se laissa mordre par la muse tragique. Elle fit une tragédie, elle en fit deux, elle allait en faire d’autres ; nous allions perdre à la fois cette verve, cet esprit, ces vives historiettes, ces anecdotes sorties de la meilleure veine française, tout ce qui faisait la grâce, le charme, la séduction irrésistible de cette poétesse extra parisienne, et tout cela allait se noyer dans le vague océan des alexandrins récités par des acteurs affublés de barbes coupant la joue en deux, et tenues par des crochets qui reposent sur les oreilles. Comme personne ne songeait à sauver l’illustre femme menacée d’une tragédite chronique, le Chat y songea pour tout le monde, et se décida à faire un grand coup d’État. Au premier acte de Judith, tragédie, et précisément au moment où l’on parlait de tigres, un des Chats de la Comédie-Française (je le vois encore, maigre, efflanqué, noir, terrible, charmant !) s’élança sur la scène sans y avoir été provoqué par l’avertisseur, bondit, passa comme une flèche, sauta d’un rocher de toile peinte à un autre rocher de toile peinte, et, dans sa course vertigineuse, emporta la tragédie épouvantée, rendant ainsi à l’improvisation éblouissante, à la verve heureuse, à l’inspiration quotidienne, à l’historiette de Tallemant des Réaux merveilleusement ressuscitée, une femme qui, lorsqu’elle parlait avec Méry, avec Théophile Gautier, avec Balzac, les faisait paraître des causeurs pâles. Ce n’est aucun d’eux qui la sauva du songe, du récit de Théramène, de toute la friperie classique et qui la remit dans son vrai chemin ; non, c’est le Chat !

D’ailleurs, entre lui et les poètes, c’est une amitié profonde, sérieuse, éternelle, et qui ne peut finir. La Fontaine, qui mieux que personne a connu l’animal appelé : homme, mais qui, n’en déplaise à Lamartine, connaissait aussi les autres animaux, a peint le Chat sous la figure d’un conquérant, d’un Attila, d’un Alexandre, ou aussi d’un vieux malin ayant plus d’un tour dans son sac ; mais, pour la Chatte, il s’est contenté de ce beau titre, qui est toute une phrase significative et décisive : La Chatte métamorphosée en femme ! En effet, la Chatte est toute la femme ; elle est courtisane, si vous voulez, paresseusement étendue sur les coussins et écoutant les propos d’amour ; elle est aussi mère de famille, élevant, soignant, pomponnant ses petits, de la manière la plus touchante leur apprenant à grimper aux arbres, et les défendant contre leur père, qui pour un peu les mangerait, car en ménage, les mâles sont tous les mêmes, imbéciles et féroces. Lorsqu’à Saint-Pétersbourg, les femmes, avec leur petit museau rosé et rougi passent en calèches, emmitouflées des plus riches et soyeuses fourrures, elles sont alors l’idéal même de la femme, parce qu’elles ressemblent parfaitement à des Chattes ; elles font ron-ron, miaulent gentiment, parfois même égratignent, et, comme les Chattes, écoutent longuement les plaintes d’amour tandis que la brise glacée caresse cruellement leurs folles lèvres de rose.

180px-Chat_mi-longLe divin Théophile Gautier, qui en un livre impérissable nous a raconté l’histoire de ses Chats et de ses Chattes blanches et noires, avait une Chatte qui mangeait à table, et à qui l’on mettait son couvert. Ses Chats, très instruits comme lui, comprenaient le langage humain, et si l’on disait devant eux de mauvais vers, frémissaient comme un fer rouge plongé dans l’eau vive. C’étaient eux qui faisaient attendre les visiteurs, leur montraient les sièges de damas pourpre, et les invitaient à regarder les tableaux pour prendre patience. Ne sachant pas aimer à demi, et respectant religieusement la liberté, Gautier leur livrait ses salons, son jardin, toute sa maison, et jusqu’à cette belle pièce meublée en chêne artistement sculpté, qui lui servait à la fois de chambre à coucher et de cabinet de travail. Mais Baudelaire, après les avoir chantés dans le sonnet sublime où il dit que l’Erèbe les eût pris pour ses coursiers si leur fierté pouvait être assouplie à un joug, Baudelaire les loge plus magnifiquement encore que ne le fait son ami, comme on peut le voir dans son LIIe poème, intitulé : Le Chat.

Dans ma cervelle se promène,
Ainsi qu’en son appartement,
Un beau Chat, fort, doux et charmant.
Quant il miaule, on l’entend à peine,
 
Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais, que sa voix s’apaise ou gronde,
Elle est toujours nette et profonde.
C’est là son charme et son secret.
 
Cette voix qui perle et qui filtre
Dans mon fond le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

Loger dans la cervelle du poète de Spleen et idéal, certes ce n’est pas un honneur à dédaigner, et je me figure que le Chat devait avoir là une bien belle chambre, discrète, profonde, avec de moelleux divans, des ors brillants dans l’obscurité et de grandes fleurs étranges ; plus d’une femme sans doute y passa et voulut y demeurer ; mais elle était accaparée pour jamais par ces deux êtres familiers et divins : la Poésie et le chat, qui sont inséparables. Et le doux être pensif et mystérieux habite aussi dans la plus secrète solitude des cœurs féminins, jeunes et vieux. Dans l’École des Femmes de Molière, lorsqu’Arnolphe revient dans sa maison, s’informe de ce qui a pu se passer en son absence et demande anxieusement : « Quelle nouvelle ? » Agnès, la naïveté, l’innocence, l’âme en fleur, encore blanche comme un lys, ne trouve que ceci à lui répondre : « Le petit Chat est mort. » De tous les évènements qui se sont succédés autour d’elle, même lorsque le rusé Amour commence à tendre autour d’elle son filet aux invisibles mailles, elle n’a retenu que cette tragédie : la mort du petit Chat, auprès de laquelle tout le reste n’est rien. Et connaissez-vous un plus beau cri envolé que celui-ci : « C’est la mère Michel qui a perdu son Chat ! » Les autres vers de la chanson peuvent être absurdes, ils le sont et cela ne fait rien ; en ce premier vers sinistre et grandiose, le poète a tout dit, et il a montré la mère Michel désespérée, tordant ses bras, privée de celui qui dans sa vie absurde représentait la grâce, la caresse, la grandeur épique, l’idéal sans lequel ne peut vivre aucun être humain. Tout à l’heure elle était la compagne de la Rêverie, du Rythme visible, de la Pensée agile et mystique ; elle n’est plus à présent qu’une ruine en carton couleur d’amadou, cuisant sur un bleuissant feu de braise un miroton arrosé de ses larmes ridicules.

Le Chat peut être représenté dans son élégante réalité par un Oudry, ou de nos jours par un Lambert ; mais il partage avec l’homme seul le privilège d’affecter une forme qui peut être miraculeusement simplifiée et idéalisée par l’art, comme l’ont montré les antiques égyptiens et les ingénieux peintres japonais. Le Rendez-vous de Chats d’Edouard Manet, donné par Champfleury dans son livre, est un chef-d’œuvre qui fait rêver. Sur un toit éclairé par la lune, le Chat blanc aux oreilles dressées dessiné d’un trait initial, et le Chat noir rassemblé, attentif, aux moustaches hérissées, dont la queue relevée en S dessine dans l’air comme un audacieux paraphe, s’observent l’un l’autre, enveloppés dans la vaste solitude des cieux. A ce moment où dort l’homme fatigué et stupide, l’extase est à eux et l’espace infini ; ils ne peuvent plus être attristés par les innombrables lieux-communs que débite effrontément le roi de la création, ni par les pianos des amateurs pour lesquels ils éprouvent une horreur sacrée, puisqu’ils adorent la musique !

La couleur du poil, qui chez le Chat sauvage est toujours la même, varie à l’infini et offre toute sorte de nuances diverses chez le Chat domestique ; cela tient à ce que, comme nous, par l’éducation il devient coloriste et se fait alors l’artisan de sa propre beauté. Une autre différence plus grave, c’est que le Chat sauvage, ainsi que l’a observé Buffon, a les intestins d’un tiers moins larges que ceux du Chat civilisé ; cette simple remarque ne contient-elle pas en germe toute la Comédie de la Vie, et ne fait-elle pas deviner tout ce qu’il faut d’audace, d’obstination, de ruse à l’habitant des villes pour remplir ces terribles intestins qui lui ont été accordés avec une générosité si prodigue, sans les titres de rente qu’ils eussent rendus nécessaires ?

Source :  BANVILLE, Théodore de (1823-1891) : Le Chat (1882).

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