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La France occulte

Posté par francesca7 le 8 décembre 2015

 

On les croyait disparus, remplacés par les augures des réseaux sociaux et les grand-prêtres de l’informatique. Pourtant, l’ombre des sorciers, des druides, des rebouteux et des médiums plane toujours.

À l’heure des nouvelles technologies et d’internet, dans un monde où la science pèse chaque jour davantage sur notre quotidien, l’univers de l’étrange et de l’occulte semble appartenir à un lointain passé. Pourtant, le recours à l’irrationnel et à l’ésotérique est loin d’avoir disparu en France. Bienvenue chez les guérisseurs, les rebouteux, les magnétiseurs, les médiums, les sorciers et les druides. Des femmes et des hommes qui, tout en suivant des chemins différents, témoignent de croyances en un autre monde, où les champs du possible seraient quasiment infinis. Où la nature et les choses ne sont pas inanimées, mais possèdent des capacités particulières et accessibles à ceux qui peuvent ou veulent les sentir.

 France occulte

Bien sûr, certains ne sont que des charlatans. Des marchands de fausses potions et d’espoirs déçus, qui profitent sans vergogne de l’angoisse et de la crédulité des gogos. Tout ou presque, chez eux, est payant et le résultat, toujours garanti. La connaissance est un chemin ponctué de diplômes sans autre valeur que le montant acquitté par les malheureux candidats à l’illumination. Ceux-là sont au mieux des escrocs, au pire des rabatteurs de mouvements sectaires. Paradoxalement, ces faux mages et ces guérisseurs d’opérette sont souvent sur le devant de la scène. Dans les tribunaux comme dans les médias, où leurs numéros d’illusionnistes amusent, effraient et fascinent à la fois.

«Pourtant, le monde des guérisseurs, par exemple, est à l’opposé des paillettes et de l’argent, assure Déborah Kessler-Bilthauer, ethnologue, auteur du livre Guérisseurs contre sorciers dans la Lorraine du XXIe siècle. La plupart d’entre eux ne demandent qu’une participation symbolique en fonction des moyens de chacun. Ils ne font pas commerce de leurs dons et, le plus souvent, ne se font connaître que par le bouche à oreille. Certains, comme les “barreurs de feu”, ceux qui “soignent” la douleur des brûlures, peuvent même travailler occasionnellement en milieu hospitalier. Mais, en général, ces personnes préfèrent l’ombre à la lumière.»

Les témoignages de guérison sont légion et demeurent souvent mystérieux. Tout le monde ou presque connaît quelqu’un qui en connaît un, lequel a soigné un mal de dos que la médecine traditionnelle ne parvenait pas à soulager ou a fait disparaître un problème dermatologique tel que l’eczéma ou des verrues. Mais d’où vient un tel don? Comment l’expliquer? Où commence l’irrationnel? Et comment faire le tri entre les «bons», les «vrais» et les «bonimenteurs» parmi les quelque 10.000 guérisseurs qui vivraient actuellement en France? Réalité ou autosuggestion? Ces questions demeurent sans réponse. En l’absence d’études scientifiques, il est difficile d’aller plus loin. D’autant que certaines guérisons tiennent tout simplement du miracle.

 guérison

L’irrationnel a toujours fasciné les hommes

Seule certitude dans cet univers particulier: tout repose sur les notions subjectives de confiance et de croyance. Ainsi, celui qui fait appel aux pouvoirs supposés d’un sorcier ou d’un rebouteux assume-t-il implicitement sa «foi» en ses capacités d’agir sur le monde et la souffrance qu’il ressent. Mieux, il assure la plupart du temps que ses problèmes sont résolus. Cette lecture «magique» des choses est loin d’être un phénomène marginal.

«À l’époque où les sciences et la technologie triomphent, on pourrait penser que la sorcellerie appartient définitivement au passé, explique Dominique Camus, docteur ès sciences de l’Ecole des hautes études en sciences sociales et l’un des meilleurs spécialistes actuels de sorcellerie en France. C’est faux. Car beaucoup de gens pensent encore aujourd’hui que certaines personnes possèdent des pouvoirs hors du commun. Un savoir ésotérique et mystérieux qui leur permettrait d’agir sur autrui par l’emploi d’étranges rituels. Que l’on y croie ou pas, le phénomène est infiniment plus profond que ce que l’on pense généralement. Et, dans ce contexte, le “pouvoir sorcier” doit être considéré sérieusement.»

Pour Dominique ­Camus, de tout temps, l’homme a essayé de découvrir ce qui était caché, à l’image des sourciers et des radiesthésistes, par exemple, ces personnes capables de ressentir les vibrations ou les radiations émises par les nappes ­phréatiques ou les veines de minerais souterraines. Dans le même esprit, la divination n’a jamais cessé d’influencer les sociétés humaines, depuis les oracles de la pythie de Delphes jusqu’aux prédictions de la diseuse de bonne aventure ou de la tireuse de cartes. «Mais attention à ne pas tout mélanger, prévient Dominique Camus. Le monde des sorciers, par exemple, repose sur une transmission du savoir et un investissement personnel qui va bien au-delà de la notion de don, de connaissances empiriques ou de savoir traditionnel et local. L’irrationnel aussi à sa hiérarchie. Il ne faut jamais perdre de vue que ces notions s’appuient sur une croyance bien réelle: la sorcellerie est jugée efficiente par ceux qui y ont recours et la tentation de recourir à l’occulte repose sur le même principe. 

 

Selon Radio Astro, une Française sur cinq et un Français sur dix consulteraient aujourd’hui un voyant ou un médium. Et plus de 15 millions de nos concitoyens avouent croire aux prédictions des voyants. Des hommes illustres, et non des moindres, se sont passionnés pour les phénomènes paranormaux et l’irrationnel. Le célèbre astronome Camille Flammarion, dans la seconde moitié du XIXe siècle, s’est enflammé pour l’étude des manifestations spectrales et les maisons hantées.

À la même époque, le spiritisme fascine la bonne société du second Empire et ébouriffe les crinolines. Le spirite Allan Kardec bouscule la science de son temps. Victor Hugo lui-même adoucit ses tristes soirées d’exil à Jersey par d’interminables séances de spiritisme. L’écrivain reçoit ainsi la visite de sa fille défunte, Léopoldine, noyée en 1843 près du Havre. Puis viennent tournoyer autour de sa table: Platon, Jésus-Christ, Racine, Dante ou Molière… Plus tard, au cours des années 20, sir Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes, tente d’entrer en communication avec les ­esprits grâce à un appareil radio.

Dernièrement, l’écrivain Didier van Cauwelaert a publié Dictionnaire de l’impossible, un ­livre consacré aux phénomènes inexplicables. Un effet de mode? Pas seulement. Cette démarche intellectuelle autant qu’artistique est un avatar de notre ­penchant pour le mystère et l’inexplicable. Passé 22 heures, le paranormal fait les choux gras des chaînes de télévisions et le web regorge de fantômes filmés en direct par des experts en canulars et en expériences surnaturelles. «Mais, dans toute caricature, il y a un fond de vérité, ­rappelle Dominique Camus. L’adhésion au magique et à l’inexplicable se transmet par le vécu de celui qui croit en son existence. Et sa conviction, réelle ou symbolique, suffit à l’inscrire dans une forme de réalité qui n’est pas près de disparaître de nos sociétés modernes. Ni demain, ni même après-demain.» ­Difficile, dans ces conditions, de penser comme Voltaire, qui ­déclarait en 1756: «Il n’y a plus de sorciers depuis qu’on ne les brûle plus…»

article FIGARO MAGAZINE

Publié dans FONDATEURS - PATRIMOINE, HUMEUR DES ANCETRES | Pas de Commentaires »

Histoire d’Autel

Posté par francesca7 le 24 décembre 2014

 

Traduction Cerrida-F

images (2)Les autels existent depuis l’aube de la civilisation humaine, remontant jusqu’au paléolithique. Bien des gens encore de nos jours ne comprennent pas son utilité en dehors d’une structure religieuse et ne croient pas dresser le leur chez eux. Néanmoins, inconsciemment, nous dressons quantité d’autels sans leur donner une finalité en soi. 

Il est courant de voir des photos de famille disposées sur des étagères, tables ou pianos. Beaucoup de personnes posent des tas d’objets sentimentaux ou des collections d’objets variés sur des vitrines ou des étagères dans diverses pièces de leur maison. Il n’est pas rare de voir des étalages de collections de canettes de bière, dés à coudre, modèles réduits de voitures ou d’autres objets. Tout cela est réalisé sans que nous en ayons une intention consciente ou à dessein, excepté que «nous le VOULONS». Mais pourquoi sommes-nous amenés à agir de la sorte ? 

Carl G. Jung appelait cela la partie la plus profonde de notre Inconscient : «l’Inconscient collectif» et disait que cela relie chacun d’entre nous à chaque ancêtre et permet d’accéder à chaque événement connu du passé. Il semblerait que l’Inconscient collectif soit présent en chacun d’entre nous, nous persuadant de construire un autel personnel, juste comme nos ancêtres le faisaient. Le problème qui se pose est que nous interrompons rarement le brouhaha de nos pensées parasitant l’Inconscient Collectif et l’enseignement à en retirer. Le mur de cannettes de bière est une sorte d’autel informel dédié aux dieux Dionysos et Bacchus, tour à tour dieu de la vigne, du vin et de l’épicurisme. Les petites voitures en modèle réduit pourraient bien être un hommage inconscient à Mercure «aux pieds légers» ou à Hélios et à son chariot auréolé du Soleil. Les dés à coudre seraient les symboles des déesses tisseuses telle que la Femme Araignée, Ixchel, les trois tisseuses de la Destinée et Athéna. Les collections de dragons et de sorciers, tout ce qui y ressemble sont des tentatives inconscientes puisant dans l’ancienne magie et la connaissance mystique. Un regroupement de photos de famille peut être des réminiscences de la mort dans l’espoir de nous aider, ou bien une forme de magie sympathique pour relier la mort à la vie. Une collection de figurines de grenouilles peut être un appel de l’inconscient aux anciennes déesses de la fertilité.

 

Ce penchant pour les autels informels transcende les liens sociaux et culturels. En fait, dresser un autel est une expérience multiculturelle. Inconsciemment, les humains sont constamment en train de dresser des autels autour d’eux. Peut-être devrions-nous plus réfléchir à ce besoin, et ainsi à la manière d’améliorer nos vies quotidiennes et notre élévation spirituelle. Les archéologues ont découvert les plus anciens autels consacrés permanents sculptés au plus profond des grottes, avec des parois étroites et des chemins d’accès trompeurs pour les atteindre. La difficulté d’accès mesurait la détermination et le goût de l’effort pour arriver jusqu’à la fin du périple. Les grottes étaient des lieux hautement spirituels ne devant pas être traversés par la lumière, parce qu’ils symbolisaient l’éternelle fécondité de la Grande Déesse et l’énergie primordiale du chaudron. A l’intérieur des grottes, les sorciers pratiquaient la magie pour la chasse et des rituels de passage tels que l’Initiation.  

Les peuples et les chamans des tribus fréquentaient ces grottes secrètes lorsque leurs migrations claniques les ramenaient à ces endroits. Cependant, il est probable que les populations nomades des cultures paléolithiques emportaient aussi avec elles des figurines de la Grande Déesse lorsqu’elles migraient d’un endroit à un autre, à la recherche de nouveaux terrains de chasse et de nourriture. Ces peuples auraient construit un autel temporaire dans chaque nouveau foyer construit à l’intérieur de grottes ou sur des blocs de pierres qu’ils auraient rentrés. Ils représentaient la Déesse par d’étranges figurines de femmes aux formes généreuses, qui étaient façonnées avec un ventre, des seins et des fesses généreuses pour symboliser la Grande Mère donnant la vie à toutes choses dans ce monde. Les détails de leurs visages étaient vagues. Quelques figurines avaient leurs jambes qui se terminaient en pointe pour être plantées dans le sol ; d’autres possédaient des socles qui leur permettaient ainsi d’être posées sur une surface assez élevée. Toutes étaient assez petites, possédant une taille appropriée pour le transport. Plus tard, les statues devinrent plus sophistiquées, mais la plupart conservèrent encore une ébauche de traits faciaux, comme leurs homologues plus anciennes. 

Alors que la Déesse de Willendorf et celle de Grimaldi, Lespugue et Sireuil furent très stylisées et exagérées dans les formes corporelles, les déesses aux serpents Minoennes apparaissent mieux proportionnées. En plus d’être décorées de spirales ou de volutes (lignes ondulées), les statuettes Minoennes tenaient aussi deux serpents identifiables. Cette évolution des formes continua jusqu’à ce que nous trouvions belles et très humaines les statues d’Egypte, de Chine, du Moyen- Orient, de Grèce et de Rome. Les grottes les plus anciennes étaient décorées de peintures vives et très ressemblantes, d’animaux, d’empreintes de mains ou autres symboles tous représentant des idées abstraites spirituelles et magiques en honneur de la vie accordée et du réconfort apportés dans la mort. Plus tard lorsque les villages se sont établis et que les clans ne se déplacèrent plus de place en place, les lieux de culte construits par l’homme devinrent plus élaborés. Bien que ceux-ci soient eux-mêmes une grotte symbolique, les sols de certains d’entre eux, dans la culture minoenne sont pavés de coquillages et   sculptés grossièrement, avec des pierres très colorées, des murs peints dans des tons aussi vifs que ceux retrouvés dans les grottes mystiques et secrètes.

 

images (3)La représentation du symbolisme devient plus directe. Des décorations gravées sur les statuettes des déités retrouvées, les fabuleuses peintures sur les murs des grottes et les vestiges des lieux de culte plus récents ont renseigné les archéologues sur certains symboles et la signification que nos ancêtres leur accordaient. Les volutes représentent l’eau et le serpent sacré de la vie. Les losanges signifient la fertilité alors que le triangle, la féminité et la régénération, exactement comme la grotte elle-même. Le croissant représente le cycle lunaire et l’énergie. Le signe de la coupe gravée sur une pierre contenant de l’eau symbolisait l’eau sacrée qui s’écoulait de la Déesse de la vie. 

Des empreintes de pieds peintes sur les murs de grottes font référence à la force de guérison et la guidance de la Déesse pendant que les mains sont les symboles de Ses pouvoirs divins contre le Malin. Les yeux, les spirales et les serpents enroulés représentent la force cosmique qui est la source sans fin de l’énergie. Un X symbolise la mort et la résurrection comme le papillon et le sablier. Les archéologues ont mis en évidence deux types de lieux de culte à travers chaque âge : le permanent et le mobile. Ces derniers ressortirent de l’étude des pratiques religieuses des anciennes cultures. Le premier lieu était un site naturel, tel qu’une grotte spéciale, un bosquet d’arbres, le sommet d’une colline ou un endroit de pouvoir. Ce que nous appellerions un autel était normalement un rocher possédant une forme adéquate naturelle qui indiquait qu’on se trouvait sur un site sacré. Hormis les gravures sur les rochers ou les peintures rupestres sur les murs des grottes, le site sacré n’était en aucun cas transformé.

 

Le second type de lieu de culte indique que les civilisations plus récentes comprirent que chaque endroit pouvait devenir sacré par le seul fait d’y ériger un autel temporaire. L’autel portatif simple, consistant simplement en la présence de la statue de la Grande Déesse, était d’une grande importance depuis que les clans paléolithiques demeuraient à un emplacement pour très longtemps. Ils avaient besoin d’un endroit pour vénérer et célébrer leur magie sympathique alors qu’ils suivaient les traces des troupeaux migrateurs pour leur partie de chasse ludique.

Ces deux sortes de lieux de culte persistent après que les populations commencent leur installation permanente dans les villages. Bien que les peuples se rassemblent dans un seul endroit pour célébrer des cérémonies particulières, ces peuples aiment l’idée de posséder leur propre autel chez eux.  

Les éléments de la Terre, de l’Eau et du Feu étaient très importants pour les premières populations nomades.  Leurs vies dépendaient du feu pour la protection, la chaleur, et la lumière ; ils considéraient que la Terre  fournissait leur source de nourriture, et ils avaient conscience que leur existence dépendait d’une ressource d’eau. Beaucoup plus tard, nos ancêtres ajoutèrent l’élément Air à la liste quand ils réalisèrent que cette  substance invisible était indispensable pour respirer et que le vent apportait tempêtes et pluie. L’Esprit, le traditionnel cinquième élément, a toujours été très important, l’insaisissable pouvoir de l’Esprit liait ce qui est vivant à la mort et tenait la promesse de la résurrection. 

Aujourd’hui, nous rencontrons les mêmes symbolismes dans des lieux de vénération. Quelques religions  possèdent des autels définitifs, alors que d’autres sont devenus des plateformes érigées pour leur ministère et leur choeur. Les religions non-catholiques possèdent toujours des armoires spéciales pour leurs livres saints. Les espaces sacrés sont décorés de fleurs, de bougies, d’images et de statues de déités, de saints ou de gourous. Quelquefois l’eau bénite est conservée à la porte d’entrée et le jus de raisin ou le vin est offert aux participants. Chanter, psalmodier et prier font partie du service habituel. 

Mais que faisons-nous à la maison ou bien dans nos endroits secrets ? Les statues et les saints sont communs dans les ménages catholiques. Une croix est un symbole familier dans d’autres foyers chrétiens. Les maisons non chrétiennes possèdent des statues et des symboles de leurs déités souvent entourées par des fleurs, des  bougies et autres offrandes symboliques. Tous ces croyants créent consciemment des autels, des lieux que nous consacrons pour notre évolution et notre confort spirituels. Ceux qui ne suivent aucune église ou temple organisé ou encore prétendent ne croire en aucun dieu sont encore influencés par l’esprit de l’inconscient collectif pour dresser des autels. Inconsciemment, ils sont sujets à construction de petits et informels autels rassemblant des collections d’objets qui les attirent. Avec quelques idées et un peu d’attention, ces autels peuvent apporter de l’énergie positive dans nos vies. 

images (4)Il est nécessaire que nous comprenions combien l’intention consciente de dresser un autel crée une atmosphère positive et spirituelle qui améliore nos vies quotidiennes. La création d’un autel est un point commun à toutes les cultures et n’a pas nécessairement de relation avec la religion. Agir de la sorte signifie simplement que vous souhaitez vous relier avec la Mère primordiale de l’énergie cosmique qui soutient l’univers entier. Cette connexion peut permettre de manifester certains désirs de notre vie ou simplement pour dire «merci» à la puissance supérieure pour tout ce que vous avez déjà. Un autel peut être permanent, changeant ou temporaire en accord avec vos besoins. La base de votre démarche sera la mise en place de vos autels avec une intention consciente et la compréhension de votre action. Dresser intentionnellement un autel vous aide à vous dépasser quelque soient les tracasseries quotidiennes. Avoir votre autel vous aide à prendre de la hauteur afin de voir votre environnement et ses conditions plus clairement. Il vous aidera à clarifier ce que vous voulez et pourquoi. Bien que vous puissiez choisir les objets de votre autel inconsciemment, sans vraiment comprendre pourquoi vous avez fait ce choix, l’acte de dresser l’autel en conscience vous renseignera sur la manière de vous mettre à l’écoute de votre inconscient et de ses messages. Lorsque vous serez recentrée, l’énergie positive et la joie se déverseront dans votre vie. N’est-ce pas ce que vous désirez réellement ?

 

D.J Conway, A little book of Altar Magic

 

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Ronsard Contre Denise Sorcière

Posté par francesca7 le 15 août 2014

téléchargement (4)

L’inimitié que je te porte,
Passe celle, tant elle est forte,
Des aigneaux et des loups,
Vieille sorcîere deshontée,
Que les bourreaux ont fouëttée
Te honnissant de coups. 

Tirant apres toy une presse
D’hommes et de femmes espesse,
Tu monstrois nud le flanc,
Et monstrois nud parmy la rue
L’estomac, et l’espaule nue
Rougissante de sang.

Mais la peine fut bien petite,
Si Ion balance ton merite :
Le Ciel ne devoit pas
Pardonner à si lasche teste,
Ains il devoit de sa tempeste
L’acravanter à bas.

La Terre mere encor pleurante
Des Geans la mort violante
Bruslez du feu des cieux,
(Te laschant de son ventre à peine)
T’engendra, vieille, pour la haine
Qu’elle portait aux Dieux.

Tu sçais que vaut mixtionnée
La drogue qui nous est donnée
Des pays chaleureux,
Et en quel mois, en quelles heures
Les fleurs des femmes sont meilleures
Au breuvage amoureux.

Nulle herbe, soit elle aux montagnes,
Ou soit venimeuse aux campagnes,
Tes yeux sorciers ne fuit,
Que tu as mille fois coupée
D’une serpe d’airain courbée,
Beant contre la nuit.

Le soir, quand la Lune fouëtte
Ses chevaux par la nuict muette,
Pleine de rage, alors
Voilant ta furieuse teste
De la peau d’une estrange beste
Tu t’eslances dehors.

Au seul soufler de son haleine
Les chiens effroyez par la plaine
Aguisent leurs abois :
Les fleuves contremont reculent,
Les loups effroyablement hurlent
Apres toy par les bois.

Adonc par les lieux solitaires,
Et par l’horreur des cimetaires
Où tu hantes le plus,
Au son des vers que tu murmures
Les corps des morts tu des-emmures
De leurs tombeaux reclus.

Vestant de l’un l’image vaine
Tu viens effroyer d’une peine
(Rebarbotant un sort)
Quelque veufve qui se tourmente,
Ou quelque mere qui lamente
Son seul heritier mort.

Tu fais que la Lune enchantée
Marche par l’air toute argentée,
Luy dardant d’icy bas
Telle couleur aux jouës palles,
Que le son de mille cymbales
Ne divertirait pas.

Tu es la frayeur du village :
Chacun craignant ton sorcelage
Te ferme sa maison,
Tremblant de peur que tu ne taches
Ses boeufs, ses moutons et ses vaches
Du just de ta poison.

J’ay veu souvent ton oeil senestre,
Trois fois regardant de loin paistre
La guide du troupeau,
L’ensorceler de telle sorte,
Que tost apres je la vy morte
Et les vers sur la peau.

Comme toy, Medée exécrable
Fut bien quelquefois profitable :
Ses venins ont servy,
Reverdissant d’Eson l’escorce :
Au contraire, tu m’as par force
Mon beau printemps ravy.

Dieux ! si là haut pitié demeure,
Pour récompense qu’elle meure,
Et ses os diffamez
Privez d’honneur de sépulture,
Soient des oiseaux goulus pasture,
Et des chiens affamez.

 

Pierre de RONSARD   (1524-1585)

220px-Pierre_de_RonsardPierre de Ronsard (né en septembre 1524 au Château de la Possonnière, près du village de Couture-sur-Loir enVendômois et mort le 27 décembre 1585 au Prieuré de Saint-Cosme en Touraine), est un des poètes français les plus importants du xvie siècle.

« Prince des poètes et poète des princes », Pierre de Ronsard est une figure majeure de la littérature poétique de la Renaissance. Auteur d’une œuvre vaste qui, en plus de trente ans, a touché aussi bien la poésie engagée et « officielle » dans le contexte des guerres de religions avec Les Hymnes et les Discours (1555-1564), que l’épopée avec La Franciade(1572) ou la poésie lyrique avec les recueils Les Odes (1550-1552) et des Amours (Les Amours de Cassandre, 1552 ; Les Amours de Marie, 1555 ; Sonnets pour Hélène, 1578).

Imitant les auteurs antiques, Ronsard emploie d’abord les formes de l’ode (Mignonne, allons voir si la rose) et de l’hymne, considérées comme des formes majeures, mais il utilisera de plus en plus le sonnet transplanté en France par Clément Marot en 1536 en employant le décasyllabe (Mon dieu, mon dieu, que ma maistresse est belle! , Les Amours, ou Je vous envoye un bouquet…Continuation des Amours) comme le mètre « moderne » de l’alexandrin (Comme on voit sur la branche… Second livre des Amours, ou Quand vous serez bien vieille…Sonnets pour Hélène).

Ronsard a tout au long de sa vie goûté à tous les genres, de Pindare à Pétrarque en passant par Anacréon et Horace avec quelques touche d’épicurisme. Il a abordé de nombreux thèmes : champêtres, amoureux, philosophiques, politiques. Ses poèmes lyriques qui développent les thèmes de la nature et de l’amour, associés aux références de l’Antiquité gréco-latine et à la forme du sonnet, constituent la partie vivante de l’œuvre de l’animateur du renouveau poétique que fut Pierre de Ronsard avec ses compagnons de la Pléiade et son ami Joachim Du Bellay. Il a contribué à étendre largement le domaine de la poésie, lui offrant une langue plus riche par la création de néologismes et l’introduction du langage populaire dans le français littéraire, et mettant en place des règles de versification qui ont perduré plusieurs siècles. Jusqu’au début de xviie siècle, il est reconnu par ses pairs comme celui qui « a coupé le filet que le France avait sous la langue ». Cependant, son œuvre parfois inégale, non dépourvue de maniérisme et de pédantisme est dépréciée par François de Malherbe et boudée pendant toute la période classique : aucune édition de ses œuvres n’est publiée de 1630 à 1828, date de la publication de Sainte Beuve. Il faut attendre l’époque des romantiques, des parnassiens et des symbolistes pour que sa poésie soit de nouveau appréciée.

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Contes et Légendes en sorcellerie

Posté par francesca7 le 10 janvier 2014

Sorcellerie en Basse-Semois

: Tchalette et compagnie

Légendes de Gaumes et Semois – Frédéric KIESEL

250px-The_Lancashire_Witches_10Avec ses villages pauvres, à l’écart des modestes voies de communications de l’époque, nichés dans les méandres rocheux de la rivière, égrenés le long de la frontière, la Basse-Semois a gardé longtemps des traditions et croyances venues d’un lointain passé. Cette région n’est pas la seule dans une situation comparable. Mais, pour les curieux de vieille psychologie rurale, elle eut le privilège d’être prospectée, à la période précédant la guerre de 1914-1918 par le docteur Th. Delogne (cité plusieurs fois dans les chapitres précédents). Enfant du pays, né à Oisy, gradué es lettres en plus de son diplôme de médecine, il correspondait avec des sociétés d’archéologie. Ayant exercé longtemps à Allé, ce médecin de campagne, familier des villages, en confiance avec une population dont il était issu, alliait la rigueur scientifique à une solide culture littéraire polyglotte, germanique notamment. Il pouvait ainsi recouper avec la Bible, le folklore flamand ou les recherches allemandes, de Grimm et autres, les témoignages de paysans âgés, informateurs particulièrement précieux, se souvenant d’événements ruraux autour de 1850.

Il ne faut donc pas, à la lecture, souvent terrifiante, de L’Ardenne méridionale belge, une page de son histoire et son folklore, suivis du Procès des sorcières de Sugny , prendre le secteur ardennais de la Semois pour une région tellement plus maléfique et infernale que d’autres. Fertile en croyances magiques, elle fut observée à cet égard avec une minutie et une intelligence qui ont fixé plus complètement qu’ailleurs la mémoire populaire.

La moisson du docteur Delogne – qui a aussi étudié la vie sociale et agricole ancienne – est particulièrement somptueuse en fait de sorcellerie. Dans les campagnes, cette croyance fut longtemps tenace. L’écrivain Marie Gevers m’a dit que, vers 1930, elle passait exprès des heures à cirer inutilement le plancher, à genoux, avec une jeune servante campinoise illettrée, pour mettre celle-ci en confiance et obtenir d’elle, mine de rien, des renseignements sur les sorciers et sorcières de Campine. Leur hiérarchie, me dit-elle, régnait jusqu’au cœur de la ville d’Anvers, ou siégeait le chef, l’évêque en quelque sorte, des sorciers de la province.

Il officiait encore dans les années 1950. À pareille époque, et durant tout l’entre-deux-guerres, le diocèse de Tournai, avec les zones minières et industrielles du Hainaut, était réputé comme donnant beaucoup de travail au prêtre exorciste de l’évêché. On parlait d’hommes giflés, blessés, seuls en rue, par un compère frappant ou piquant au couteau un pilier, dans la mine.

À Arlon autour de 1930, les bons petits écoliers de mon âge, au temps de la radio (TSF), des automobiles et du cinéma «parlant et sonore», étaient loin de jurer que, dans ses guenilles, avec son cerveau dérangé et ses cris agressifs, la «folle Louise» n’était pas une sorcière. Ne nous étonnons donc pas si, en 1850, à Rochehaut, Sugny ou Mogimont…

À Mogimont, justement, les récits abondaient sur deux sorcières redoutées, la Tchalette (femme de Charles) et sa fille, la Cisse (femme d’Alexis). Une de ses sœurs faisait aussi partie de la confrérie. Les pouvoirs de sorcellerie étaient souvent familiaux et héréditaires.

C’est pourtant la Tchalette qui est restée dans les locutions populaires. À un enfant rebelle ou grognon il suffisait de crier: «Tais-toi, Tchalette de Mogimont!», devant l’injure ou la menace. «Si tu continues, elle va venir»; le petit chenapan se tenait tranquille. Cette diablesse était d’ailleurs dangereuse pour les enfants. À ceux de Clément, de Mogimont, elle envoya des fourmis en masse dans leur lit. Les insectes ne piquaient pas, mais ils faisaient peur et empêchaient de dormir. Sans compter qu’ils dévoraient les tartes de la «fiett» (fête) et jusqu’au miel, pourtant suspendu à la maîtresse poutre.

Parfois un enfant dépérissait, rien que pour avoir eu son vêtement touché par la Tchalette. Certains en seraient morts, comme le gamin de Did., de Mogimont, dont elle avait palpé les bas. Il était pourtant possible de se défendre. Rencontrant la gentille fillette du Félix, de Rochehaut, la Tchalette – dont les éloges étaient dangereux - avait dit, mettant la main sur l’épaule de l’enfant:

Oh! comme elle est belle.

Cela suffit pour que la petite tombât malade. Elle serait sans doute morte si ses parents n’avaient eu recours aux exorcismes du curé de Louette-Saint-Pierre, prêtre connu comme expert en la matière.

Plus expéditif, L. de Hour, en pareille circonstance, sauva la vie de son enfant en allant menacer la Tchalette chez elle, en brandissant sa fourche.
Si tu ne lèves pas le sort, je t’embroche! Elle comprit qu’il en était capable, et lui dit: - Ne te fâche pas. Ton enfant est guéri. C’était vrai.

Les attouchements de la sorcière n’étaient pas seulement périlleux pour les enfants. Personne d’ailleurs n’osait mettre des vêtements qu’elle avait touchés. Pour les animaux aussi elle était une menace. Le père d’Alexis A. de Rochehaut revenait un samedi de Mogimont avec un agneau qu’il y avait acheté. Il rencontre la Tchalette qui lui dit: - Laisse voir s’il a des dents.

Le lendemain, revenant de la grand-messe, il trouve la bête périe sur la paille de l’étable où il l’avait mise. À l’instant, il comprend de qui venait le maléfice.

Une supercherie de la Tchalette est restée longtemps fameuse. Le meunier de Sugny avait eu la naïveté de lui acheter son cheval. Or chaque fois qu’elle en avait besoin pour les travaux de sa petite ferme, elle faisait revenir l’animal, qui ne rentrait à Sugny que fourbu, plus une quarantaine de kilomètres de trajet par Allé et Rochehaut. On l’y reconnaissait à sa robe blanche. Quand les villageois le voyaient passer, ils riaient, disant: «Tiens, voilà encore le cheval de la Tchalette!»

Il traversa ainsi, le lundi de la fête, Rochehaut plein de monde. Le meunier était devenu la fable de toute la région, même en dehors du trajet, comme à Oisy. Il finit par en avoir assez. Pre¬nant sa hache, il alla, très fâché, à Mogimont.
Si mon cheval revient encore chez toi, je viendrai aussi, avec ceci.

Et il fit luire le tranchant dans le soleil. La Tchalette comprit que ce n’était pas une menace «en l’air» et fit cesser le sortilège. Du jour au lendemain, on n’a plus vu galoper le cheval blanc sur la route de Mogimont.

Il était d’ailleurs utile de se défendre avec brutalité contre les sorts lancés par la Tchalette. Un de ses concitoyens gardait, une nuit, des bestiaux dans un pré quand sept chats vinrent danser une ronde autour de lui. Furieux, il lança des coups de fouets à ces méchantes bêtes aux yeux phosphorescents, mais elles évitaient la lanière avec une incroyable vivacité. Finalement, de colère, il prit son sabot et le lança à la tête de la plus enragée, semblant mener la sarabande. Les chats se dispersèrent comme une volée de moineaux. Le lendemain, la Tchalette avait la tête pansée, serrée dans un linge.

Elle aimait d’ailleurs les chats. Pour eux, elle était capable de faire le bien. Son vieux matou, étant devenu aveugle, elle lui passa plusieurs fois la main sur le dos en disant: «Mon pauvre Minou!»
Il a recouvré la vue.

Quant aux exorcismes, lorsqu’ils sont prononcés par un prêtre sage, bien au courant des mystères, et irréprochable, ils sont efficaces, mais pas toujours sans risques.

Ainsi, à Mogimont, le grand-père de B. était menacé par la misère: ses bœufs dépérissaient l’un après l’autre. Il n’était pas possible de voir de quoi ils étaient malades. Mais un chat noir ne quittait presque jamais leur mangeoire, et le grand-père ne parvenait pas à s’en emparer.

Il fit venir le curé, qui s’enferma dans l’écurie avec B. (qui raconta l’histoire) et le chat soupçonné d’être sorcier. Le rite de l’exorcisme eut un plein succès: le chat quitta la mangeoire et disparut par une étroite lézarde de la muraille. À ce moment, une main invisible asséna au curé deux formidables gifles. C’était le prix de la victoire. L’écurie ne connut plus jamais de maléfice.

Comme beaucoup de sorcières, la Tchalette aimait jouer des tours aux chasseurs. Elle voit le grand-père W. partant «au lièvre» et lui dit, d’une petite voix douce et tranquille:

Tu n’en tueras probablement pas beaucoup aujourd’hui. «Comme de fait», il voit passer sept lièvres, sans parvenir à tirer une seule balle. Il a beau changer sa pierre, renouveler la poudre dans le bassinet, le coup ne part jamais. Le septième lièvre s’arrête et demande bien poliment, sans inquiétude:
Y a-t-il longtemps que les autres sont passés ?
Alors, il comprend que la Tchalette a jeté un sort sur son fusil pour se moquer de lui. Détail classique dans un cas pareil: rentré chez lui, le chasseur constate que son arme n’est pas du tout enrayée, et fonctionne parfaitement.

Aux dépens du même grand-père, la Tchalette s’est livrée à une plaisanterie des sorcières avec les charretiers: «marrer» (bloquer par enchantement) leurs véhicules. Il allait aux «Spèches» avec une charrette tirée par ses six bœufs. Il rencontre la Tchalette, mais la regarde sans desserrer les dents car il est brouillé avec elle. Après un quart d’heure, un des bœufs reste cloué sur place. Les autres doivent le traîner comme s’il était en bois. Après une heure de coups de pieds, de coups de fouet, de jurons de toutes sortes, W. doit se résoudre à dételer le bœuf «marré» par la sorcière.

Contes et Légendes en sorcellerie dans LEGENDES-SUPERSTITIONSLa Tchalette était aussi en dispute avec Jean W. de Rochehaut. Elle n’eut même pas besoin de le «marrer» pour se rire de lui. Pour faire plus facilement rouler les troncs sur son véhicule, il avait enlevé la roue avant, laissant ainsi l’essieu sur le sol. Pour ne pas perdre la «hujette» (la cheville de fer) de la roue, il l’avait posée, bien en vue sur une pierre. Lorsqu’il veut remonter la roue, il ne trouve plus la «hujette» où il l’avait mise, cherche, s’énerve et sent que quelqu’un le regarde. C’est, à bonne distance, sur la côte d’en face, la Tchalette, avec un vilain sourire.
Je parie que c’est encore toi, sale garce, qui a fait le coup, lui crie-t-il.
Regarde sous la roue gauche arrière, répond-elle. La «hujette» y est. La cheville s’y trouvait, bien loin de la pierre. Jamais il ne l’aurait mise à un aussi mauvais endroit. Ce ne pouvait être qu’une passe, faite à distance, par la Tchalette.

Il n’était pas bon de plaisanter la Tchalette, si on menait un attelage. Pour la construction de la nouvelle école de Rochehaut, en 1840, le père D. charriait du gravier. Au bois de Menuchenet, il voit la Tchalette faisant une «rafouraye» (arrachant de l’herbe pour le fourrage de ses vaches).
Vous cueillez de la salade, ma tante ? dit-il pour se moquer d’elle. - Oui mon neveu, tu viendras en manger en repassant, lui répondit-elle.

Quand il revint par là avec son chargement de gravier, ses chevaux restèrent sur place comme si les clous de leurs fers s’étaient enfoncés dans le sol. Il eut beau leur lancer des coups de fouet, ils étaient bel et bien «marrés» par la Tchalette. Le père D. fut obligé de rentrer seul chez lui, laissant sa charrette sur place. Quand il vint la chercher le lendemain, tout était redevenu normal et les chevaux avançaient comme si de rien n’était. Depuis ce jour, le père D. s’est bien gardé d’encore plaisanter sa «tante», et de l’appeler.

Sur la Cisse, fille de la Tchalette, la chronique est moins fournie mais ne manque pas de saveur. Elle pratiquait volontiers, vieux tour des sorcières, la mendicité avec chantage larvé aux maléfices. On lui faisait l’aumône par peur. À Vivy, une fermière battait le beurre lorsque son mari refusa de donner quoi que ce soit à cette fainéante de Cisse.

Celle-ci, réaction toujours lourde de menaces, était partie en grommelant. Lorsque la fermière voulut laver le beurre, il était bleu. Pourtant la femme était soigneuse et l’écuelle bien propre. Plus elle le lavait, plus il devenait bleu. Une voisine, attirée par les cris de surprise de la fermière, conseilla de jeter le beurre au feu: -Si vous faites cela, la sorcière brûlera avec.

Comme la fermière, selon cet avis astucieux, prenait l’écuelle et se dirigeait vers l’âtre, le beurre devint, à l’instant, d’un beau jaune pâle immaculé.
La Tchalette de Mogimont n’était pas, loin de là, la seule sorcière à tourmenter les charretiers: la Marie M. d’Orchimont, y était aussi experte. Chacune avait son style. Ainsi la Marie d’Orchimont aimait jouer, pour lever son maléfice, la comédie de la voisine serviable. Ayant marré, en terrain plat l’attelage de bœufs de Rob., elle riait derrière une haie. Elle en sortit en disant:
Tu n’y connais rien, donne-moi ton fouet.

Elle tourna autour du véhicule pour faire durer le plaisir, chipotant à une pièce puis à une autre, sans rien y faire. Finalement, elle donna un coup de fouet aux bœufs. À l’instant, ils s’ébranlèrent.

Pour marrer un charroi, certaines sorcières passaient leur main sur le cheval, le bœuf ou la roue – comme elles caressaient un enfant, avec une fausse bienveillance, pour le rendre malade.

Parfois l’équipage était ainsi bloqué sans qu’on ne sache qui avait jeté le mauvais sort. Si le charretier était colérique, cela pouvait être dangereux. Ainsi, X., dont l’attelage avait été marré à Vresse au milieu du bal de la «fiett», essuyait les quolibets de tout le village. Devinant un mauvais sort, vert de rage, il donne un grand coup de couteau dans le collier d’un de ses chevaux. À l’instant, un danseur tombe, le cœur perforé, crachant des flots de sang. Il était mort.

Il ne fallait pas toujours en venir à de telles extrémités. L. de Laviot ayant été marré avec son chariot en plein champ, avait heureusement près de lui sa femme, qui était pieuse. Elle courut à la maison prendre son chapelet. Elle leva ainsi l’enchantement.

Les équipages n’étaient pas seuls objets de ce maléfice. Des hommes étaient parfois immobilisés, par magie, huit à dix jours dans leur lit. Il est même arrivé à un paysan de Chairière, revenant du marché de Sedan où il avait acheté des articles alors de contrebande: du savon et du sel, d’être marré en chemin, par un homme qu’il connaissait bien. Celui-ci le dépouilla de tout ce qu’il avait sur lui.

Mais dans plusieurs traditions populaires, en Allemagne comme chez nous, le « marrage » des animaux de trait est beaucoup plus fréquent.

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les fées et sorciers (Franche-Comté)

Posté par francesca7 le 9 décembre 2013

 

(D’après « Souvenirs de voyages et traditions populaires », paru en 1841)

 

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La Franche-Comté a ses légendes féeriques venues d’Orient par les pèlerins, par les croisades ; celles qui sont venues du Nord par les guerres et les voyages ; et celles dont l’origine est si incertaine, dont la forme est si bien appropriée au caractère franc-comtois, que la région les revendique comme lui appartenant réellement

Ainsi dans ses forêts, ses rivières, au fond de ses vertes vallées, au sein de ses lacs bleus, habitent les fées et les génies, les sylphes et les kobolds. Sur le plateau de Haute-Pierre, on a vu quelquefois passer une autre Mélusine, un être moitié femme et moitié serpent. C’est la Vouivre. Elle n’a point d’yeux, mais elle porte au front une escarboucle qui la guide comme un rayon lumineux le jour et la nuit.

Lorsqu’elle va se baigner dans les rivières, elle est obligée de déposer cette escarboucle à terre, et, si l’on pouvait s’en emparer, on commanderait à tous les génies, on pourrait se faire apporter tous les trésors enfouis dans les flancs des montagnes. Mais il n’est pas prudent de tenter l’aventure, car au moindre bruit la Vouivre s’élance au dehors de la rivière, et malheur à celui qu’elle rencontre.

Un pauvre homme de Moustier, qui l’avait suivie un jour de très loin, et qui l’avait vue déposer son escarboucle au bord de la Loue, et plonger ses écailles de serpent dans la rivière, s’approcha avec précaution du bienheureux talisman ; mais, à l’instant où il étendait déjà la main pour le saisir, la Vouivre, qui l’avait entendu, s’élance sur lui, le jette par terre, lui déchire le sein avec ses ongles, lui serre la gorge pour l’étouffer ; et n’était que le malheureux eût reçu le matin même la communion à l’église de Lods, il serait infailliblement mort sous les coups de cette méchante Vouivre. Mais il rentra chez lui le visage et le corps tout meurtris, se promettant de ne plus courir après l’escarboucle.

Dans la grange de Mont-Nans, il y a, depuis trois ou quatre générations, un esprit servantcomme les kobolds de l’Allemagne et les trolls du Danemark, qui fait la bénédiction de la maison. C’est lui qui prend soin de l’étable, conduit les bestiaux au pâturage, protège la grange, prépare la litière des chevaux, et remplit chaque matin l’abreuvoir d’une eau pure et limpide. On ne le voit pas, mais sans cesse on reconnaît ses bons offices ; on s’aperçoit qu’il a veillé sur les récoltes et sur les moissonneurs. Pour le conserver, il ne faut que lui abandonner une légère part des produits de la ferme, lui garder à la grange ou au foyer une place très propre, et ne pas médire de lui, car il entend tout ce qu’on dit, et se venge cruellement de ceux qui l’injurient.

Au pied d'un arbre, un lutin observe une fée qui marche près de lui.Quant à la Dame verte, c’est la sylphide, la déesse, la fée des prairies de Franche-Comté : elle est belle et gracieuse ; elle a la taille mince et légère, comme une tige de bouleau, les épaules blanches comme la neige des montagnes, et les yeux bleus comme la source des rochers. Les marguerites des champs lui sourient quand elle passe ; les rameaux d’arbres l’effleurent avec un frémissement de joie, car elle est la déesse bien-aimée des arbres et des fleurs, des collines et des vallées. Son regard ranime la nature comme un doux soleil, et son sourire est comme le sourire du printemps.

Le jour, elle s’assoit entre les frais taillis, tressant des couronnes de fleurs, ou peignant ses blonds cheveux avec un peigne d’or, ou rêvant sur son lit de mousse au beau jeune homme qu’elle a rencontré. La nuit, elle assemble ses compagnes ; et toutes s’en vont, folâtres et légères, danser aux rayons de la lune, et chanter. Le voyageur qui s’est trouvé égaré le soir au milieu des montagnes de France-Comté a souvent été surpris d’entendre tout à coup des voix aériennes, une musique harmonieuse, qui ne ressemblait à rien de ce qu’on entend habituellement dans le monde : c’étaient les chants de la Dame verte et de ses compagnes.

Quelquefois aussi les malines sylphides égarent à dessein le jeune paysan qu’elles aiment, afin de l’attirer dans leur cercle, et de danser avec lui. Que si alors il pouvait s’emparer du petit soulier de verre d’une de ces jolies Cendrillon, il serait assez riche ; car, pour pouvoir continuer de danser avec ses compagnes, il faudrait qu’elle rachetât son soulier, et elle l’achèterait à tout prix.

L’hiver, la Dame verte habite dans ces grottes de rochers, où les géologues, avec leur malheureuse science, ne voient que des pierres et des stalactites, qui sont pourtant toutes pleines de rubis et de diamants dont la fée dérobe l’éclat à nos regards profanes. C’est là que, la nuit, les fêtes recommencent à la lueur de mille flambeaux, au milieu des parois de cristal et des colonnes d’agate. C’est là que la Dame verte emmène, comme une autre Armide, le chevalier qu’elle s’est choisi. Heureux l’homme qu’elle aime ! C’est pour cet être privilégié qu’elle a de douces paroles, et des regards ardents, et des secrets magiques ; c’est pour lui qu’elle use de toute sa beauté de femme, de tout son pouvoir de fée, de tout ce qui lui appartient sur la terre.

Une autre fée franc-comtoise mérite que nous parlions d’elle, la fée Arie. Celle-ci n’a ni l’humeur aussi folâtre, ni la vie aussi joyeuse que la Dame verte ; mais c’est la bonne fée de nos chaumières ; elle aime l’ordre, le travail ; partout où elle reconnaît de telles vertus, elle répand ses bienfaits ; elle soutient dans ses devoirs la pauvre mère de famille et les jeunes gens laborieux. Presque jamais on ne la voit, mais elle assiste à tout ce qui se fait dans les champs ou sous le toit du chalet ; et si le blé que le paysan moissonne est mieux fauché, si la quenouille de la jeune fille se file plus vite et donne un fil plus beau, c’est que la fée Arie était là, et qu’elle a aidé le paysan et la jeune fille. C’est elle aussi qui récompense les enfants obéissants et studieux ; c’est elle qui fait tomber sur leur chemin les prunes des arbres voisins, et leur distribue, à Noël, les noix sèches et les gâteaux ; ce qui fait que tous les enfants connaissent la fée Arie, et parlent d’elle avec espoir.

Une petite ville des montagnes de Franche-Comté a été plusieurs fois témoin d’une apparition merveilleuse. A un quart de lieue du Maiche, au-dessus d’une colline, on aperçoit les restes d’un château entouré de broussailles et de sapins. Là vivait jadis un seigneur avare, dont le coeur était fermé à tout sentiment d’équité, et qui, pour assouvir sa passion sordide, soumettait sans cesse ses vassaux à de nouvelles exactions, et volait le bien de ses voisins. Il est enterré au milieu de ses trésors, mais il ne peut y trouver le repos. Il voudrait pouvoir échanger son sépulcre splendide contre la tombe de terre fraîche où dort si bien le paysan ; mais il est condamné à rester là où il a vécu, et il passe la nuit à se rouler sur son or et à gémir.

Dieu, touché de ses souffrances et des prières que ses descendants ont fait faire pour lui, a cependant ramené l’espoir dans son coeur, et lui a permis de venir dans ce monde chercher quelqu’un qui le délivre. Tous les cent ans, à jour fixe, quand l’obscurité commence à envelopper les campagnes, le vieux seigneur sort de son manoir, tenant une clef rouge et brûlante entre les dents. Il rôde dans les champs, entre dans les enclos, et s’approche de la ville, offrant à tout le monde son visage cadavéreux et sa clef enflammée. Celui qui aurait le courage de prendre cette clef et de le suivre deviendrait à l’instant même possesseur d’immenses trésors, et délivrerait cette pauvre âme des tourments qu’elle endure. Jusqu’à présent, personne n’a encore osé se rendre à son appel…

En Franche-Comté, lorsqu’une femme veut devenir sorcière, le diable, pour ne pas l’effrayer, lui apparaît sous la figure humaine et quitte son vilain nom de Belzébuth ou de Satan pour en prendre un qui caresse mieux l’oreille, tel que Vert-Joli, Joli-Bois, Verdelet, Joli, etc. Les sorcierssont tenus d’aller au sabbat. Ceux de la contrée de Saint-Claude avaient rendez-vous dans un champ écarté de toute habitation, et près d’une mare d’eau. Ils s’y rendaient habituellement le jeudi et les veilles de grandes fêtes, les uns en se mettant à cheval, les autres en montant sur un mouton noir.

Sur la peinture, trois êtres se trouvent dans ce qui semble un château : un garde à la gauche, un noble au milieu et une femme prenant son bain dans une pièce fermée. La femme possède des ailes et une queue de serpent.Là se trouvait Satan, le monarque des enfers ; Satan, sous la forme d’un bouc, tenant une chandelle allumée entre ses cornes. Chaque sorcier était obligé de lui offrir une chandelle verte, et de lui faire une autre politesse fort peu récréative. Puis, toute la gente ensorcelée chantait, buvait, mangeait, parodiait les prières de l’église et la messe, et l’orgie durait jusqu’au jour, jusqu’à l’heure où le coq chantait ; car on sait que le chant du coq a un grand pouvoir sur les mauvais esprits. Quelquefois l’âme seule s’en allait au sabbat. Le corps restait immobile et comme endormi ; l’âme s’échappait à la dérobée et passait la nuit dans son infernale réunion.

Un jour, un paysan s’aperçut que sa femme couchée à côté de lui ne bougeait, ni ne soufflait. En vain, il l’appelle à haute voix ; en vain, il la tire par les bras. Impossible de l’éveiller. Mais, aux premiers rayons du matin, elle se leva en poussant un grand cri. Le paysan, tout troublé, s’en alla raconter cet événement : la femme fut interrogée, et déclara qu’il ne fallait attribuer son profond sommeil qu’à la fatigue qu’elle avait éprouvée la veille en travaillant tout le jour dans les champs. On ne la crut pas, et elle fut brûlée.

Dans ces nuits passées au sabbat, on ne s’occupait pas seulement de boire et de manger. Il y avait quelquefois de graves conciliabules, où Satan donnait à ses adeptes des leçons de science cabalistique. Les vieilles sorcières racontaient avec orgueil leurs méfaits, et les jeunes s’instruisaient à cette édifiante école. A la fin de la séance, Satan avait coutume de demander aux jeunes femmes nouvellement enrôlées sous sa bannière une mèche de cheveux, ce qui fit dire que la façon de faire que les amoureux observent parfois d’avoir quelques bracelets de cheveux de leurs maîtresses procède du démon, les boucles de cheveux étant peut-être des chaînes magiques liant la conscience…

 

 

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superstitions liées aux rongeurs

Posté par francesca7 le 16 novembre 2013

 

Lutte contre les campagnols  

(D’après « Par ci, par là. Etudes normandes de mœurs et d’Histoire », paru en 1927)

 
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Chaque année, au début du XXe siècle, il se préparait un grand mouvement offensif pour le printemps. De nombreuses réunions régionales avaient lieu à Paris et une grande assemblée générale décide de l’ouverture des hostilités ; déjà des dépôts d’armes et de gaz asphyxiants étaient préparés, comme s’il s’agissait de révolutionner la Catalogne !…

Rassurez-vous, il s’agit simplement de déclarer la guerre… aux campagnols, ces rats des champs qui causent, tous les ans, des milliers de francs de dégâts, non seulement en France, mais dans le monde entier, dont ils ravagent toutes les richesses agricoles.

Il s’agit d’organiser contre ces dévastateurs, un front unique et il est bon de prendre ses précautions. C’est pourquoi les directeurs des Services agricoles de vingt-six départements étaient réunis un jour en un congrès général à Paris, où a été proclamée la « guerre sainte »… contre le petit rat des champs, grand destructeur de blés et de céréales.

Dans les départements qu’il hante, si l’on totalise les estimations des directeurs agricoles présents à la conférence, les ravages s’étendent au moins sur 600 000 ha. Dans ce trop vaste domaine, les années où les campagnols pullulent, soit parce que l’hiver fut doux ou la terre sèche, soit par suite d’une sorte de cycle qui les multiplie particulièrement tous les trois ans, des récoltes peuvent être anéanties.

Il n’est pas exagéré de dire, comme le répétait un parlementaire à la Chambre, « que ces ravageurs nous obligent à acheter du blé à l’étranger ». Il y a quelques années, en Normandie, en certains coins, les campagnols s’étaient multipliés au point de devenir un véritable fléau. Toute une partie du pays de Bray, depuis Buchy, Bellebcombre, jusqu’à Saint-Saëns et Clères, fut ravagée par les bandes de ces animaux nuisibles. Dans le Calvados, dans le canton de Douvres et dans toute la plaine de Caen, les terribles rongeurs, sur 3 400 hectares, ont causé plus de 2 millions de pertes en quelques jours.

Ces campagnols, un peu semblables aux souris, mais plus forts, plus trapus, un peu roux ou d’un blanc sale, avec des molaires terribles en dents de scie, coupant et détruisant tout, sont répartis en plusieurs espèces différentes et on les rencontre dans le monde entier. Il en est de montagnards, qui habitent les Alpes et les Pyrénées, jusqu’à 4 000 mètres au-dessus de la mer, à la limite des neiges perpétuelles. Dans les auberges des sommets, dans les chalets abandonnés, dans les abris ou dans certaines grottes habitée, ils détruisent les provisions de bouche qu’on ne peut mettre à l’abri de leur voracité. Il en est d’autres espèces qui se sont propagées en Asie, en Chine et jusque sur les pentes de l’Himalaya, où pullulent ces « bolcheviks » du monde animal. Il en est, dans l’Amérique du Nord, qui rongent intérieurement d’énormes arbres, quand ils ne dévorent pas l’écorce extérieure. Ils parviennent ainsi à les abattre. Mais parmi les campagnols de tous poils, le plus dangereux et le plus nuisible, est bien le campagnol des champs, celui que chantèrent Ésope, Horace et La Fontaine :

Ce n’est pas que je me pique
De tous vos festins de roi.
Mais rien ne vient m’interrompre
Je mange tout à loisir.
Adieu donc ! Fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre !

un petit rongeur roux à l'entrée d'un terrierEt, en effet, le campagnol des champs mange tout à loisir, pullulant et se reproduisant avec une effrayante rapidité. Un seul couple, affirme-t-on, produit trois cents petits, et ces tout petits commencent à ronger dès l’âge de deux mois. Par les galeries souterraines et tortueuse où ils gîtent, ils gagnent les champs cultivés où ils dévorent tout, déracinent les plantes, coupent les tiges des céréales, dépouillent les épis de leurs grains et s’attaquent même aux semailles.

Dans leur terrier compliqué, par leurs galeries, s’étendant souvent très loin, ils transportent tout ce qu’ils ont dévasté, dans une place intérieure, véritable magasin de vivres et vont grignoter ces vivres de conserve dans une sorte de cagna de repos. Si les labours, à certaines époques, les forcent à s’exiler ou a s’éloigner, ils abandonnent la partie momentanément. Ils s’en vont plus loin, dans les terres en friche abandonnées, dans les vieilles prairies, d’où ils repartent pour de nouvelles conquêtes et de nouveaux ravages ! Leur plus belle campagne fut en 1801, où les campagnols envahirent la France du Nord, de l’Est à l’Ouest. Ils firent, dans quinze communes de Vendée, des dégâts qui s’élevèrent à 3 millions en quelques jours.

Que n’a-t-on pas essayé, du reste, contre les campagnols envahisseurs ? On a tout d’abord compté sur l’hiver, le général Hiver, quand il congèle leurs terriers, ou sur la neige, qui inonde leurs galeries et les noie ; on a compté pur les oiseaux de proie, sur les renards, les belettes, mais tout cela est inefficace. Il a fallu, de tout temps, avoir recours à des moyens de destruction artificiels. Pour des combattre, on a, en effet, des armes modernes ; M. de Buffon, intendant du Jardin du roi, chassait ainsi le campagnol : il prenait une lourde pierre plate et la posait inclinée sur une buchette verticale. Sous la pierre, il mettait une noix attachée à la buchette. Le campagnol venant grignoter la noix, faisait choir sur soi la pierre plate. Qu’on ne sourie pas de ce moyen ! Buffon affirme qu’il assommait ainsi 100 campagnols par jour sur 40 arpents de terre. Le procédé est encore en usage.

Mais on a trouvé mieux. L’empoisonnement par le blé arseniqué, par les pâtes phosphorées, par le pain baryté trempé dans du lait ou dissous dans du carbonate de baryte. On emploie la noix vomique et même des gaz asphyxiants, tantôt à l’acide sulfureux et tantôt la chloropicrine et l’aquinite très lourds, très toniques, mais coûtant très cher. Lors de la dernière invasion campagnolesque en Normandie, on usa surtout du virus de Danyz, fourni par les services de l’Institut Pasteur. Il communique une maladie contagieuse qui se répand vivement, les campagnols, gent vorace, dévorant leurs congénères. Le virus est contenu dans un bouillon de culture qui, mélangé avec de l’eau, imprègne des graines d’avoine aplatie, dont les campagnols sont très friands. Un des avantages de ce virus est qu’il n’affecte pas les animaux domestiques.

Actuellement, un autre savant de l’Institut Pasteur, Salimbeni, cultive dans son laboratoire un virus qui donne également aux rats des champs une épizootie contagieuse et mortelle. Elle les tue en trois jours. Un chroniqueur du Temps nous apprend que notre concitoyen, le savant Regnier, directeur de la Station entomologique de Rouen et du Museum de Rouen, s’est appliqué à la tâche délicate de préparer le virus en quantités industrielles. « Malgré la complexité de ce problème, dit-il, il semble qu’il soit parvenu à obtenir dans des bidons de deux litres une culture en liquide, à base d’eau et de son, suffisamment efficace. Notre station de Rouen a adopté pour ses essais, en grand, des caisses de 16 bidons, contenant chacun deux litres de virus et permettant de traiter 240 ha, chaque bidon valant pour 15 à 18 ha.

Ainsi préparé par un laboratoire officiel, qui ne recherche aucun bénéfice, son prix est dérisoire : 25 sous par hectare. Les agriculteurs prennent livraison de ce virus et le diluent dans de l’eau (17 litres d’eau pour 2 de virus. Ils ont, au préalable, aplati de l’avoine sur l’aire de leurs granges (150 kilos pour 2 litres de virus). Ils mélangent le tout à la pelle. Au bout d’une heure et, de préférence l’après-midi, ils s’en vont répandre cela dans les champs. Ils ont soin, chemin faisant, d’écarter les poules : non que l’avoine contaminée soit dangereuse pour elles, mais parce qu’elles en font leurs délices et qu’il faut qu’il en reste pour les campagnols. Ceux-ci viennent manger l’avoine au crépuscule et communiquent à leurs proches un mal qui répand la terreur ! »

 superstitions liées aux rongeurs dans FAUNE FRANCAISE 220px-Campagnol_roussatreCes invasions de rats campagnols et rongeurs, qui surgissaient tout à coup, au Moyen Age, soit dans les campagnes d’Italie ou encore dans les plaines de Sibérie, où ils ravageaient tout sur leur passage, étaient considérées, dans l’antiquité et dans le Moyen Age, comme de véritables calamités publiques. Les anciennes chroniques des abbayes les citent, en effet, souvent, comme des fléaux de Dieu ou des punitions célestes souvent immérités… Mille superstitions, populaires, traditionnelles ou religieuses, s’attachaient donc à ces apparitions soudaines de campagnols dévastateurs. On était tout d’abord persuadé - et Thiers en parle dans son Traité des superstitions - que certaines gens, mendiants et malandrins, avaient le pouvoir d’envoyer chez leurs ennemis des bandes de rongeurs dont on ne pouvait se défaire. Aussi se gardait-on de refuser l’aumône aux passants mal vêtus et aux quémandeurs courant la campagne, de peur qu’ils ne fassent arriver des rats. Dans le Bessin, dans le Cotentin, en Sologne, les sorciers envoyaient ces rongeurs en troupe. En Ille-et-Vilaine, comme dans la Mayenne, les sorciers pouvaient ou les attirer ou les éloigner comme ils voulaient, suivant leur pouvoir magique. Quand les rats étaient accourus ainsi dans les terres de la campagne par sorcellerie, les chats n’y touchaient plus et il était alors impossible de s’en débarrasser, tant que le sort n’avait pas été levé. N’allez pas contredire ces émigrations de rats !

Nombre de gens témoignent avoir assisté à ces randonnées de bêtes malfaisantes. Une paysanne de Basse-Normandie, écrit Lecœur dans ses Esquisses du Bocage, dit avoir vu un vieux mendiant marcher lentement par un chemin creux, suivi de tout un cortège de rats dont les premiers avaient le nez sur les talons de ses sabots. Dans le Bocage normand, le « meneur de rats », car il y avait des « meneurs de rats », comme des « meneurs de loups », recommandait à celui qu’il rencontrait de ne pas faire de mal à ces animaux, surtout aux derniers qui étaient souvent des rats boiteux, se transformant en horribles dragons ! Toujours dans le Bocage normand, pour expliquer la présence des campagnols envahisseurs, on racontait que les sorciers malfaisants pétrissaient l’argile en forme de rats ou de souris. Quand ils avaient soufflé dessus, en prononçant quelques paroles, l’argile s’animait et il en naissait des milliers de rongeurs, qui allaient où leur commandait le sorcier. Dans les Veilleryes argentinois, un manuscrit de Chrétien de Joué-du-Plein, toute cette histoire est racontée et l’auteur ajoute que les rats étant allés piller une ferme, il fut impossible de les détruire. On dut avoir recours à un autre sorcier pour s’en débarrasser.

Afin de se préserver contre l’invasion des rats, il n’y avait pas seulement l’influence magique des sorciers, « meneurs de rats », comme celle des meneurs de loups, il y avait aussi la protection de certains saints et saintes. Tout d’abord, au premier rang, dès le XVIe siècle, sainte Gertrude qui avait le privilège de chasser les souris et les rats et dont le nom est invoqué dans les conjurations ardennaises. On disait même que les rats avaient mangé son cœur. En Ardennes, en Champagne et même en Normandie, on invoquait saint Nicaise, patron d’une église de Rouen, primitivement située dans les prairies du faubourg Martainville. On inscrivait son nom sacré sur les fermes et les maisons, avec cette prière : S. Nicasi oui pro nobis. Fugite mures et glires. « Fuyez rats et mulots ».

En Bretagne, on croyait que saint Isidore faisait mourir les taupes. Grâce à ces interventions sacrées, on estimait, en ces temps de crédulité, que certains territoires étaient pour toujours préservés des incursions des animaux funestes aux biens de la terre. Il est, par exemple, raconté dans la vie de saint Grat, évêque d’Aoste, qu’il possédait une formule pour écarter les rats de toute la vallée et à trois mille pas à l’entour. Mais les deux saints protecteurs contre les invasions des campagnols étaient avant tout, comme nous l’avons dit, sainte Gertrude, de l’abbaye de Nivelles, qui est souvent représentée, avec sa crosse sur laquelle grimpent rats et mulots. Molanus raconte qu’il suffisait de puiser de l’eau dans le puits du monastère de Nivelles et d’en arroser les champs pour que les bandes de rongeurs disparaissent instantanément. L’autre saint ratophobe est un dominicain américain du couvent du Saint-Rosaire de Lima, qui recueillait les rats dans une corbeille, et ensuite les renvoyait loin de son église et de son couvent.

En dehors de ces interventions sacrées, il y avait aussi certaines coutumes, certains actes pour se préserver des ravages des rats. Il fallait, par exemple, le mardi de Noël bêcher son jardin, tête nue, entre le soleil levant et le soleil couchant. Avant de rentrer la première gerbe dans la grange, après avoir dit des prières, il fallait ajouter cette invocation : « Rats, rates et souriates, je vous conjure par le Dieu vivant de ne toucher grain et pailles que je mettrai pendant plus d’un an, non plus qu’aux étoiles du firmament ». Ailleurs, on plantait des piquets dans les champs et on frappait dessus pour effrayer les campagnols dans leurs galeries. Ailleurs, on jetait des conjurations écrites, au nom de saint Nicaise, enfermées dans des boulettes et semées dans les champs.

Aussi bien, il y a tout un folklore des campagnols et comme aussi toute une symbolique du rat du Moyen Age. Ce qu’on appelle le « Globe aux rats », c’est le globe du monde, couronné de la croix, sur lequel jouent des rats noirs et des rats blancs. On a cru longtemps qu’ils symbolisaient les jours et le temps qui ronge tout, le tempus edax. Il n’en est rien et, d’après la Légende dorée, ils représenteraient les Vices, qui détruisent le monde. Toujours est-il qu’on trouve des représentations figurées de ces rats dévastateurs, sur un contrefort du XVe siècle de la cathédrale du Mans ; à Saint-Germain-des-Prés, à Paris ; dans l’église de Champeaux ; dans l’église Saint-Siffren, de Carpentras ; sur les stalles de l’église de Gassicourt, près de Mantes. Sur une stalle de l’abbaye de la Sainte-Trinité de Vendôme est également figuré un homme, portant une hotte d’où s’échappent des rats, bas-relief qu’on peut dater du commencement de la Renaissance.

Qui ne connaît aussi les légendes se rattachant à ces invasions des rats et des campagnols ? Qui ne se rappelle cet archevêque de Mayence, Hatton, refusant de secourir son peuple contre une invasion de rongeurs, se réfugiant dans la tour escarpée de Bingen, sur le Rhin ? Les rats le poursuivent, rongent la porte et enfin le dévorent lui-même… Et la légende de Hans, le joueur de flûte ! Qui ne se souvient qu’en jouant de la flûte, il avait délivré toute la ville d’une troupe de rats, qui le suivait à la piste ? Mais les échevins n’ayant pas voulu lui donner le prix convenu, Hans, pour se venger, emmena tous les petits enfants de la ville – c’était, croyons-nous, Nuremberg – qu’on n’a jamais revus… Toujours est-il que le fait est constaté dans certaines chartes, qui portent la mention : Anno illos post diem quo amisimus infantulos nostros « Un an après que nous perdîmes nos petits enfants ». Savez-vous que l’on a porté cette légende bien connue au cinéma ?

Mais terminons cette longue causerie sur les faits et gestes des campagnols en Normandie. Il s’y déroulait, le premier dimanche de Carême, une sorte de procession nocturne, appelée les bourquelées, promenade à travers les champs. Maîtres, valets, servantes, enfants, agitaient sous les arbres des collines, ou torches et brandons de paille allumée, en chantant :

Taupes et mulots,
Sortez de mon clos,
Ou je vous casse les os !

C’est ce que Pluquet, dans ses Contes de Bayeux, appelle la « Conjuration du Bessin ». Dans le Berry. la complainte est plus sarcastique : « Saluez d’ici, saillez mulots, / Ou j’allons vous brûler les crocs. / Laissez pousser nos blés. / Courez cheux les curés. / Dans leurs caves, vous aurez / A boire autant qu’à manger ». Enfin, rapprochons-nous encore. Dans l’église paroissiale de Jumièges, on voyait un vieux tableau représentant le « Miracle des rats », par saint Valentin. Ne pouvant combattre une invasion de campagnols, les moines de Jumièges s’avisèrent de porter en procession les reliques de saint Valentin. Aussitôt, les terribles rongeurs se réunirent et se rendirent en foule vers un endroit dit « le Trou des Iles », au bord de la Seine, où tous se noyèrent.

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Histoire de Mâlain en Côte d’Or (21)

Posté par francesca7 le 3 septembre 2013

 

Histoire Mâlain – Mediolanum – a été fondée en 70 avant J.C. Au cours des Ier siècle et IIe siècle après J.C, la ville s’étend sur plus de 200 hectares et les échanges commerciaux y sont prospères. Elle appartenait au territoire Lingon. 
Son nom d’origine gauloise, signifie selon les interprétations centre d’une plaine ou plaine du centre

L’Ouche toute proche était alors navigable et permettait de relier le couloir de la Saône puis du Rhône où étaient importés divers produits dont les vins. La datation des amphores et fragments retrouvés sur les site a permis aussi de repérer l’importation de vins grecs ou italiens (Étrurie) et des échanges de produits alimentaires avec la région de Lyon.

 

Au XIe siècle, les Mâlain-Sombernon construisent une forteresse sur l’éperon rocheux qui domine le village. Le château sera partagé en 1422 entre Jeanne et Catherine, pour n’être réunifié qu’en 1654 par Nicolas Brulart, qui l’abandonnera peu après au profit de Sombernon

 

Lieux et monuments 

 Histoire de  Mâlain en Côte d’Or (21) dans Côte d'Or telechargement

Le château de Mâlain      

 

 

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Le site de la Boussière     

 

 

  • Château fort de Mâlain, édifice médiéval activement restauré depuis 1985 par des bénévoles. Le château du XIIe siècle a été partagé au XVe siècle entre deux héritiers. Il appartient maintenant à la mairie de Mâlain et au Groupe Archéologique du Mesmontois. (Coordonnées : 47°19′38″N 4°47′18″E / 47.32722, 4.78833

 

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Les 25 ans de travaux de restauration du Château... Cliquez                                                                                                                                                                                                          

· 

Le conseil municipal de Mâlain et le Groupe Archéologique du Mesmontois (GAM) fêtent les 25 ans de travaux de restauration du Château. La manifestation réunira à la fois les bénévoles, les artisans, les partenaires financiers, les collectivités et tous les acteurs qui ont contribué à la réussite de cette entreprise. 

 

  • Site gallo-romain de Mediolanum (site de La Boussière). 

  • Grotte dite « le trou du diable«  où des céramiques néolithiques et des vases du bronze ancien ont été retrouvés. 

  • Musée : Plusieurs salles abordent l’archéologie, l’histoire, la géologie … 

  • Les lavoirs (3) 

  • L’église : 19 ème siècle, peintures des 17ème et 18ème siècles 

  • La croix 16 ème siècle (sur la place de l’église) 

  • Maisons et fermes, nombreuses, des 18ème et 19ème siècles 

  • Ancienne usine à chaux et les mines 

  • Tombe du libre penseur, route de Paradis : essayez de déchiffrer les inscriptions philosophiques….

Le patrimoine non bâtis :

 Parc Sophie Moniotte (face à la Mairie). 

  • Forêts du mont Chauvinde la Chassagnede la roche Aîgue (606 mètres) : nombreux chemins de randonnées, belvédères. 

  • Réservoir dit du trou d’eau (propriété privée – baignade interdite ): route de Baulme la Roche 

  • Vallée de la Douix : promenade ombragée 

 

Légendes 

 

·         La Crevasse du Diable 

girouette-sorciereMâlain porte bien son nom, il fut considéré comme un ancien lieu de la pratique de sorcellerie noire en France. En effet, l’on raconte l’histoire d’une jeune femme qui, un soir, aurait été emmenée par un homme en rouge, jusqu’à une crevasse, réputée pour avoir été appelée « La Crevasse du Diable » qui mènerait jusqu’aux enfers. Aussi, le château de Mâlain, aujourd’hui en ruine, est lui-même considéré comme maudit car construit au-dessus de cette « Crevasse du Diable » 

 WWW 6éme Foire Médiévale au pays des Sorcières : 

Les Sorcières de Mâlain vous souhaitent de Joyeuses Fêtes de YULE.  
Mangez, buvez, danser, riez, chantez l’année consumée…Pour renaitre  dans la roue de l’être avec le nouveau soleil. Que l’abondance, l’amour, la générosité, la vigueur et  la transmission de savoirs ancestraux vous accompagnent en l’an 2010 

Frissons de sorcières 

 Par curiosité allez voir ce que colporte Maître CRoâ dans ses potins malsains…. Le chaudro blog magique des Sorcières de Mâlain.

CLIQUEZ ICI  / Rendez-vous sur le nouveau site des sorcières de Mâlain
Fête et foire Moyen Ageuse à Mâlain en Côte d’Or 

On peut se demander pourquoi des sorcières à Mâlain : 

Loin des fables ancestrales, si Mâlain fête de nos jours ses sorcières, c’est qu’en 1644 le procès que firent les villageois à quelques femmes et hommes, est de triste mémoire. 

A Mâlain, tout commence déjà par une légende qu’on évoque depuis la nuit des temps. Cérès, déesse antique de la fertilité, cherchait désespérément sa fille disparue depuis des lunes et des lunes. Au hasard de ses pérégrinations, son chemin croisa celui d’Aloîs, un enfant du pays àla grâce et au charme troublant. Celui-ci, connaissant la région comme personne, entraîna Cérès jusqu’à l’entrée d’une cavité située sous la colline de Mâlain. 

« Voici l’entrée de l’enfer, où Pluton a enfermé ta fille » avoua-t-il à Cérès. 

Voilà ce que la mémoire populaire retint de cette légende païenne: L’antre du démon était situé sous la colline de Mâlain, là ou se trouve le château à présent. 

De nos jours encore on nomme cette cavité » le trou de diable  »  . 

 Mais au Moyen-Âge, curieusement, cette légende ne semble pas effrayer les bergers qui font de cette cavité une bergerie aménagée. L’année 1640 est particulièrement ardue pour les habitants de Mâlain. Pluies, gelées, et grêles viennent à bout des potagers, vergers et donc des fruits et légumes des paysans. La disette menace et en ces temps obscurs, il est facile d’attribuer cette malchance météorologique à des preuves d’existence du diable et de ses condisciples. On cherche alors des coupables et on s’en prend à quelques femmes et hommes sous des prétextes fallacieux. 

  Comme souvent à cette époque, les villageois décident de faire justice eux-mêmes. En fait de justice , il s’agirait plutôt d’une pantomime parodiant celle-ci. On garrotte les supposés sorcières et sorciers, on les emmène au bord de l’ouche à hauteur de Pont-de-Pany. Les pouces attachés aux gros doigts de pieds, ils sont jetés à l’eau. Ceux qui s’enfoncèrent dans l’eau furent reconnus innocents mais décédèrent dans d’atroces souffrances. Ceux qui surnagèrent, malgré les coups de fourche, furent jugés coupables. 

Ultime ignorance, une femme qui plaignit chrétiennement le supplice de ces pauvres gens fut lapidée par la foule et, dit-on, enterrée sous une pierre. La justice des lieux jugea une dizaine de ces pauvres gens. Et ceux qui réussirent à surnager furent condamnés a être pendus puis leurs corps brûlés. Peine heureusement levée par le Tribunal de Dijon qui gracia ces pauvres hères. Mais le mal était fait et la suspicion demeura envers ces personnes pendant de longues décennies, et leurs descendants eurent toutes les peines du monde à s’intégrer. 

 Voilà pourquoi de nos jours on peut assister une fois tous les deux ans à la fête des sorcières à Mâlain. Les villageois expient ainsi leurs fautes en fêtant celles qui furent jugées coupables il y a fort longtemps.

 

 

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Plantes et pierres magiques de nos ancêtres

Posté par francesca7 le 6 août 2013

                                                                                         

 Plantes et pierres magiques de nos ancêtres dans FLORE FRANCAISE images-31

Passant pour être excessivement rares, les plantes magiques du Bocage vendéen exigent pour être débusquées de longues et patientes recherches, la récompense valant amplement la peine : Fortune, Santé et Amour, affirme la légende. Sur cette terre pétrie de superstitions, gare aux bêtes à queue blanche, aux pierres qui se déplacent et qui croissent tels des êtres humains, aux sources dont il faut boire l’eau dans le creux de la main et non en s’étendant sous peine d’être happé…

Le nombre des plantes magiques du Bocage vendéen n’est pas considérable : ce ne sont pas des plantes aux couleurs magnifiques, à la tige majestueuse. Ce sont des herbes toutes petites et sans fleurs. Leur habitat est partout et nulle part. Elles déroutent le chercheur, par leur extrême rareté et leurs habitudes changeantes.

Elles sont un peu fées et ne se montrent à l’homme que suivant leur désir et à certaines heures de la nuit. Toutes les nuits ne sont pas favorables à leur recherche : certaines époques sont plus propices que d’autres, mais personne n’est d’accord, pour déterminer ces particularités. Pour les trouver, il n’est pas mauvais de prononcer certaines paroles, que seuls les sorciers connaissent. En définitive, pour s’emparer d’une de ces plantes, il faut être un peu sorcier. Les plus importantes sont : l’herbe de l’égaille, l’herbe de la détourne, l’herbe du pic vert, l’herbe du sorcier, le gui du chêne.

L’herbe de l’égaille
C’est la plus fameuse. Son nom vient, probablement, du mot « égaille », terme qui, en patois vendéen, signifie « rosée du matin ». Même pendant les grandes chaleurs de l’été, cette plante est toujours humide, et ses feuilles recouvertes de gouttelettes d’eau. Elle est excessivement rare et croît, dans certaines régions du pays, surtout dans les contrées humides.

Les vertus de cette plante sont nombreuses ; elle guérit presque toutes les maladies des hommes et des bestiaux, prise en infusion, ou mise en cataplasmes, sur la peau. Elle a également une vertu particulière, sans prix, pour son heureux possesseur. La personne qui en est munie — et il suffit d’en avoir une petite feuille — exerce, vis-à-vis du sexe contraire, une irrésistible attraction.

L’herbe de la détourne
Elle pousse partout, mais surtout dans les bois. Elle est naturellement rare et difficile à discerner des autres plantes. Du reste, elle ne se recherche pas, étant données ses extraordinaires vertus. Au cours d’une promenade dans les bois, si, par malheur, on marche sur cette herbe, il est impossible de retrouver son chemin, pendant de longues heures.

L’homme le plus habitué aux sentiers d’une forêt, qui saurait les parcourir, les yeux fermés, devient comme un insensé, si son pied touche la plante de la détourne. Il va et vient, sous les arbres, passant et repassant aux mêmes endroits, sans les reconnaître, inquiet de ne pouvoir trouver un point de repère, vite oublié. Après des heures de courses éperdues, la raison lui vient, il semble sortir d’un rêve et localise sa situation.

Trois ouvriers bûcherons, très habitués aux routes d’une forêt du Bocage, marchèrent, une fois, sur l’herbe néfaste. Une partie de la journée et toute la nuit, ils errèrent, inconscients, dans les bois. Ce ne fut qu’au matin, à l’aurore, qu’ils reconnurent les sentiers et purent regagner leur maison, les habits en lambeaux. L’herbe de la détourne se trouve, également, sur les chemins et les routes, mais elle y pousse très rarement.

L’herbe du pic-vert
Le pic-vert (picus viridis) est un oiseau d’élégant plumage, diversement coloré, très commun dans le Bocage vendéen. Il est gros comme une tourterelle, vert en dessus, la calotte rouge, le croupion jaune d’or. Vivant exclusivement d’insectes qui rongent le bois des arbres, il est armé en conséquence, pour cette chasse spéciale. Il possède, en effet, un bec droit, anguleux, propre à attaquer l’écorce, et une langue grêle, enduite d’une liqueur visqueuse.

De son bec, il explore, sonde, percute un arbre, de façon à déceler une caverne. Souvent, après avoir frappé un point du tronc d’un arbre, il va brusquement du côté opposé, comme pour juger de la profondeur de son travail. Le trou ainsi pratiqué est circulaire, comme taillé à l’emporte-pièce. Les habitudes de cet oiseau ont, de tout temps, préoccupé l’esprit des paysans. Comment un oiseau de taille si réduite pouvait-il faire, pour creuser, dans des arbres parfois très durs, des cavités si régulières ? Il lui fallait un instrument merveilleux, d’une dureté sans égale.

L’observation attentive des mœurs de l’oiseau montrait que ce dernier, au cours de son travail, descendait souvent dans les prairies. Prompt à formuler une conclusion, le paysan pensa que le pic-vert allait ainsi aiguiser son bec, à une plante spéciale. Dès lors, la légende de l’herbe du pic-vert suivit son cours.

Cette plante serait extrêmement petite et rare. Elle se trouve dans les prairies humides et dans les troncs des vieux arbres. Celui qui la trouve peut s’en servir pour aiguiser n’importe quel métal, elle défie la meilleure meule. Une faucille « afutée » (aiguisée) par elle coupe comme un rasoir. Celte plante, qui possédait des vertus si magnifiques, devait avoir d’autres propriétés. On découvrit que, prise en infusion, elle quintuplait la force d’un homme. Quand un gars possède un peu d’herbe de pic-vert dans sa poche, il ne fait pas bon se frotter à lui.

L’herbe du sorcier
C’est une plante, paraît-il, très commune, en certaines régions. Par elle-même, elle n’a pas beaucoup de vertu ; elle sert à la préparation de remèdes et potions préparés mystérieusement, en prononçant des mots consacrés par les livres de magie. Elle ne présente aucun intérêt.

Le gui de chêne
De tout temps, le gui de chêne fut considéré comme une plante aux vertus thérapeutiques puissantes. Cette croyance est peut-être le dernier vestige de la religion des Celtes et des Gaulois, qui le considéraient comme un arbuste sacré.

Le gui de chêne est très rare, certains même ont mis en doute son existence. Au début, le gui de chêne devait guérir, sans doute, un bon nombre de maladies ; de nos jours, il est assez dédaigné. Est-ce sa rareté qui en est cause, ou bien sa faible puissance thérapeutique ?

Le gui de chêne paraît avoir été employé, autrefois, contre l’épilepsie. Mais au début du XXesiècle les empiriques, à défaut de gui de chêne, employaient celui des autres arbres, dans la composition de leurs remèdes. Son usage paraît presque abandonné, en médecine humaine.

images-32 dans LEGENDES-SUPERSTITIONS

Citons encore, parmi les plantes et arbustes merveilleux, le coudrier, nommé aussi noisetier, corylus, en botanique, et qui ne présente, par lui-même, rien de particulier. Le fait le plus important qui se rattache à lui est la baguette magique, en coudrier, dont l’usage est encore très répandu, pour découvrir la nappe d’eau souterraine, les mines, les trésors cachés.

Ces faits, de coutume courante, ont été depuis longtemps signalés. Il faut retenir que la baguette ne tourne pas dans toutes les mains ; qu’elle tourne également mieux dans les mains de certaines personnes, qu’elle tourne plus ou moins vite, selon la profondeur de la source et son débit. On creuse rarement un puits sans avoir recours, au préalable, à la baguette de coudrier. Les personnes qui la font tourner ont, par une expérience prolongée, acquis un véritable talent ; c’est un métier.

Au nombre des superstitions du Bocage, signalons les abeilles qui piquent plus volontiers les hommes qui jurent, ou les femmes qui se conduisent mal. Les ânes portent une croix sur leur échine depuis le jour où Jésus-Christ est entré à Jérusalem, monté sur un âne.

Les araignées portent bonheur dans les étables et purifient l’air.

Araignée du matin,
Signe de chagrin ;
Araignée du tantôt,
Signe d’eau ;
Araignée de midi,
Signe de pluie ;
Araignée du soir,
Signe de bon espoir.

L’odeur du bouc est saine, comme celle du fumier. Méfiez-vous des petits œufs que l’on trouve parfois dans les nids des poules. Ils renferment des crapauds et des vipères, animaux qui peuvent, vis-à-vis des poules, se conduire comme un vulgaire coq ! Les vaches peuvent se faire téter par des crapauds ou des serpents. Les bœufs, les chevaux, les gros mammifères nous voient plus grand que nature, c’est pourquoi ils nous craignent, affirme-t-on également. Le chat se passe la patte de devant sur les oreilles : signe d’eau prochaine. Il faut toujours couper la queue des chats, soit parce qu’elle renferme un ver, soit parce que ces félins sentent mieux les souris, après cette opération.

Autrefois on barbouillait la face et la poitrine d’un nouveau-né avec le sang du cordon ombilical ; dans le but de lui blanchir la peau, certains ayant même lavé un enfant nouveau-né avec de l’eau mélangée de vin. L’usage prolongé de l’huile peut donner des hernies. L’odeur des menstrues fait cailler le lait, corrompt les viandes et fait avorter les melons. La rage des chiens peut provenir du gel de leur cervelle. Les enfants qui naissent coiffés, c’est-à-dire avec la tête recouverte d’une partie u délivre, sont prédestinés au bonheur. Les boiteux sont paillards et les bossus intelligents. Renverser une salière, mettre un couvert en croix est signe de malheur. Satisfaire toujours les envies de femmes enceintes.

Bêtes à queue blanche, loups-garous, lutins, fadets, feux follets, pierres qui se déplacent, morts qui reviennent, fontaines mystérieuses, arbres étranges, bêtes possédées, chasse Gallery, Juif errant, dames blanches, âmes en peine, chandelles qui se promènent, fées, sabbats, rondes infernales, cris horribles, tout cet effrayant cortège peuplait l’imagination inquiète des paysans du Bocage vendéen.

Les bêtes à queue blanche sont des galipotes qui courent la nuit. On conte l’histoire du père C… qui, revenant de la foire et passant un « échallier » entendit, derrière lui, un bruit de trot et vit une grosse bête qui le suivait. Quand elle passa l’échalier, à son tour, il lui asséna un grand coup sur la tête. La bête ne dit rien, ne poussa pas un cri, lui sauta sur le dos et l’obligea à la porter, jusqu’à ce qu’il fût arrivé à la maison.

Les loups-garous sont des mauvais chrétiens que le diable oblige à se promener la nuit, de minuit au chant du coq. Le jour, les loups-garous sont des hommes ordinaires : ce sont des gens bien malheureux. Chaque nuit, ils se réunissent, à une croisée de chemins ; en règle générale, tous les sabbats ont lieu à une croisée de routes, à un carrefour, près d’un calvaire en ruines ou d’un dolmen, menhir, pierre levée.

Les lutins sont de mauvais esprits, sortis de l’enfer, pour causer des ennuis aux paysans ; ce sont eux qui mêlent le poil et le crin des chevaux, ou qui font prendre des vices aux bêtes.

Les fadets, ou farfadets, sont des petits gnomes ; ils ne sont pas méchants, si on ne les attaque pas. Ils habitent des trous, des souterrains creusés dans le sol. Les soirs d’hiver, quand il faisait bien froid, ils venaient parfois se chauffer au foyer. Ils étaient muets, riaient souvent sous cape. Ils sortaient spontanément de terre et y rentraient de même. Ils étaient de la taille d’un enfant de 6 ans, mais leur physionomie était celle d’un vieillard. Ils étaient habillés.

Les feux follets, les chandelles qui marchent sont des manifestations du diable, ou des âmes qui reviennent. Un feu follet peut nous poursuivre. Ils se rencontrent près des cimetières.

Il y a des bêtes possédées. On raconte que le père B…, brave homme et très sensé, a vu une vache se tenir debout sur la tête et les pattes de devant, pendant un quart d’heure ; elle faisait le « chègne dret » (le chêne droit). Les lièvres, les chats sont possédés également. Ces derniers sont parfois obligés de se faire ferrer les pattes.

Les pierres se déplacent : il en est qui sont un peu fées, comme Mélusine, et y vont de leur petit voyage, une ou deux fois l’an. Les cloches de l’Eglise ne partent-elles pas pour Rome, le Jeudi Saint ? Seulement, quand elles se déplacent, il ne fait pas bon se trouver devant elles : on serait infailliblement écrasé ! Elles abondent, dans le Bocage vendéen, ces grosses pierres de granit, blocs erratiques abandonnés, amas de rochers énormes, dolmens celtiques, pierres branlantes, tournantes, levées, menhirs, etc., et toutes inspirent au paysan des idées superstitieuses, quelque-unes de ces pierres passant pour avoir servi jadis à faire des sacrifices humains.

Au Chiron, commune de Saint-André-sur-Sèvre, il existe une pierre bizarrement taillée. On y a sculpté l’emplacement d’un corps humain, c’est ainsi qu’on y distingue parfaitement la place de la tête, des épaules, du dos et des cuisses. On dirait une table d’opération, mise dans la position de Trendelembourg, le rocher étant incliné à 45 degrés au moins. On rencontre également, dans les fermes du Bocage, de gros blocs de rochers, arrondis à la main, et dont la partie supérieure est taillée en excavation circulaire, en forme de calotte.

Ces pierres, de formes bizarres, sont fréquentées, la nuit, par les sorciers. La pierre, du reste, n’est pas inanimée, elle vit, puisqu’elle pousse. Tous les paysans, tous les tailleurs de pierre de la contrée soutiendront cet axiome : « les rochers poussent. » Il y en a de plus âgés que d’autres, de plus durs, au grain plus compact, plus serré. C’est au son qu’ils rendent, en les percutant, qu’on peut apprécier leur vitalité. Quoi d’étonnant, puisque les pierres vivent, qu’elles puissent se mouvoir ? Mélusine n’avait qu’à commander aux rochers, ils venaient, tout seuls, s’entasser, les uns sur les autres, pour construire ces châteaux enchantés dont les ruines persistent, de nos jours, et défient encore la tempête.

Au débbut du XXe siècle, un habitant du Bocage, racontait l’histoire suivante : entre Châtillon et Cerizay, se trouve, dans un champ, une pierre, de dimension raisonnable, qui repose sur une autre pierre, beaucoup plus petite ; elle y tient par un prodige d’équilibre, mais elle ne remue point. Une bergère gardait, par là, ses moutons, autrefois ; en jouant, elle mit deux gros cailloux, l’un sur l’autre. Ces pierres, depuis, ont poussé d’une façon inégale d’ailleurs, la supérieure se développant plus vite que l’autre. Ces pierres sont fées.

Les pierres vivent, les fontaines aussi. Les sources sont fées : leur onde, claire et pure, est parfois mortelle. Il y a des fontaines auxquelles, ayant bien chaud, on peut boire sans inconvénient ; il en est d’autres dont l’eau est pernicieuse et vous « glace les sangs ». Quelques-unes émettent, l’hiver, des vapeurs étranges : il ne faut pas s’attarder trop près d’elles, le brouillard se convertit peu à peu en dame blanche qui vous prédit de mauvaises choses. II ne faut pas s’étendre à plat ventre, pour s’abreuver aux sources : il faut boire dans le creux de la main, ou avec une paille, en s’agenouillant. En s’étendant complètement, on risque d’être fasciné par les esprits, et entraîné, la tête la première, dans la fontaine.

Quelques sources ont des vertus curatives. La plupart des lieux de pèlerinages possèdent des sources, souvent bien pittoresques. Quelques-unes auraient jailli spontanément, à l’occasion d’un miracle.

Les arbres ont parfois des vertus bizarres. A Maison-Pré, une vache tournait toujours avec insistance, près d’un vieux chêne : elle ne mangeait pas, et pourtant elle ne maigrissait pas et se portait bien. Ce manège durait depuis longtemps, lorsqu’un jour des paysans, intrigués, se décidèrent à visiter l’arbre. Dans une anfractuosité du tronc, ils découvrirent une statue de la Sainte Vierge, fort ancienne. En grande pompe, on la transporta, dans une chapelle, bâtie tout exprès, à quelques pas, près d’une fontaine. Dans la suite, il y eut de nombreux miracles.

La lune n’est pas dépourvue d’un certain pouvoir. Elle mange les pierres, hâte ou détruit, à son gré, les bourgeons des arbres ; elle loge, dans son sein, l’apôtre illustre de Jésus, saint Jean, comme dit la chanson : « Lune, Lune, Belle brune, Saint Jean, Qui est dedans, Baptisant Les p’tits enfants, Quatre à quatre, Sur un banc… »

Le ciel est, du reste, habité par de nombreux personnages légendaires. Lorsque le vent souffle en tempête, brise les arbres, arrache les tuiles des toits, c’est Gallery, seigneur sans religion, qui poursuit son cerf, avec sa suite de démons et de sorciers. Parfois, le tonnerre gronde, l’éclair zèbre la nue. Les enfants se cachent, craintifs, dans la chambre : la mère de famille les rassure, se signe à chaque éclair et murmure cette prière :

Sainte Barbe et Sainte Fleur ( ?),
Implorez notre Seigneur !
Partout où cette prière se dira,
Jamais tounère ne tombera !

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superstitions et croyances autour du Lait

Posté par francesca7 le 30 juillet 2013


Le lait joue un rôle trop considérable dans l’alimentation des hommes et des bêtes, et aussi dans le bien-être des fermiers, pour n’être pas l’objet d’attentions particulières, superstitions et croyances relatives à sa qualité, et chaque région possédait ses recettes spécifiques pour préserver les bêtes des mauvais sorts jetés par des voisins cupides

Des siècles durant, on estima que la production du lait pouvait être influencée en bien, et surtout en mal, par des actes accomplis en dehors de l’étable. On prétendait en Brie que les vaches donnaient plus abondamment le lait quand, le premier jour de mai, on en avait laissé manger à discrétion aux gens de la maison. Dans le Loiret, pour qu’une vache qui vient de faire son premier veau soit bonne laitière, il faut exposer sur l’autel de la Vierge, sans l’avoir pesé, environ une livre de beurre fait avec son lait.

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Au XVe siècle, des herbes, même sans être mangées, influaient sur la production du lait : « femme qui désire que ses vaches donnent chascune autant de lait comme celles de ses voisines, elle doit par chasque jour son vaissel à moudre froter de bonnes herbes cueillies sur la nuit de sainct Jehan tandis qu’on sonne nonne… Qui metteroit ces herbes deseure l’uys de l’estable où tes vaches couchent en disant : Que Dieu les sauve et saincte Bride, elles donneront lait tousjours de bien en mieulx. »

Deux cents ans plus tard, on frottait les pieds (sic) des vaches, des truies, des cavales, etc. avec un certain simple qui devait avoir été cueilli ce même jour avant le soleil levé. Dans le Loiret, c’est avec de la rosée de mai qu’on frotte le pis des laitières le matin du premier mai. En Poitou, pour que la vache se laisse traire sans difficulté, on doit lui faire boire le premier lait que l’on tire après qu’elle a vêlé.

Certaines circonstances peuvent amener le tarissement des vaches : il se produit en Poitou si on les trait sur la litière ; en Haute-Bretagne si elles ont été mises dans une maison bénite ; dans le Tarn, si on laisse tomber le lait à terre et qu’on mette le pied dessus, ou si on le renverse dans le feu. Suivant la croyance la plus répandue, lorsqu’elles cessent sans cause apparente de donner du lait, ou qu’il se présente sous un aspect anormal, elles ont été l’objet d’un maléfice. Il y a longtemps que l’on accuse les sorcières de s’adonner à ces pratiques coupables ; c’était au XVIIe siècle une de leurs malfaisances habituelles, Richer écrivant en 1651 dans L’Ovide bouffon :

Elle sçavoit par artifice
Nouer l’aiguillette et bien pis
Elle faisoit tarir le pis
Tant des asnesses que des vaches.

Quelques-uns de ces actes s’accomplissent à l’intérieur des maisons ou dans l’étable même ; au XVIIe siècle, une herbe séchée à la cheminée amenait le tarissement des vaches. On attribuait autrefois, dans les environs de Sarrebourg, à certaines gens la puissance de soustraire le lait d’un village à un autre ; on les avait vus le recevoir dans un seau en trayant le cramait de la cheminée. En Auvergne, des personnes peuvent, rien qu’en entrant dans l’écurie et en regardant la vache, faire passer son lait chez elles ; lorsque celle qu’on soupçonne est partie, il faut prendre une touffe de poil de la bête et la cacher dans un trou du mur.

Plusieurs de ces pratiques sont en relation avec les eaux ; mais des femmes ont recours à d’autres sortilèges pour détourner la crème d’autrui en Anjou, elles doivent opérer le 1er mai, avant le lever du soleil ; elles traînent avec une ficelle leur couloir (filtre à lait) en disant à mi-voix : « Lait et beurre, viens tout chez moi, et rien chez mes voisines. » Aux environs de Quintin (Côtes d’Armor) elles courent toutes nues, la nuit, emplissant leur baratte de la rosée prise dans les champs.

Des fermières de la Mayenne font la même promenade nocturne : celle qui l’accomplit marche toute nue, traînant après elle par terre les chiffons qui servent au nettoyage du four, et elle fait le tour des maisons et des étables des fermes voisines ; elle enlève au lait des vaches comprises dans ce circuit les principes qui forment le beurre, et elle le fait passer dans son étable ; n’eût-elle qu’une seule vache, elle fera du beurre en abondance, et il n’y aura qu’elle à pouvoir en faire, jusqu’à ce qu’une autre ménagère, plus puissante dans l’art des sorciers, ne délivre les villages et les femmes du sort qui pèse sur eux.

On peut aussi détruire ce maléfice en allant dans un champ à trois cornières où l’on jette du sel derrière soi en disant : « Crème pour moi, et lait pour ma voisine ! » Le sel est un préservatif contre le tarissement : en Franche-Comte, la femme à laquelle une voisine vient demander du lait pour ses besoins en jette une pincée dans le vase qu’elle va remplir, de peur que sans cette précaution sa vache ne devienne tout à coup stérile. En Normandie, pour empêcher qu’une vache que l’on vient d’acheter n’ait reçu un mauvais sort qui tarisse son lait, on lui met du sel fondu au pis et à la naissance de la queue, ainsi que dans le vase où elle doit être traite la première fois. Pour obtenir du lait de la vache tarie les paysans du Coiron (Ardèche) mettent entre ses cornes deux branches de genêt en croix et placent deux branches de buis sur la queue en disant :

Crous de saint André
Duono dé lé,
Crous de Baraba
N’en douno pas.

puis ils tirent un crin de sa queue qu’ils conservent pour le brûler dès que la vache mettra bas. La recette, employée dans le pays de Liège, est plus compliquée : il faut entrer à reculons dans l’écurie après s’être signé, et dire : « Bonjour, ma vache. » Ensuite on se met à la traire. Le lait qui sort le premier jour doit passer par la fenêtre avec précaution ; on le dépose sur le four du coté de l’orient, puis on dit : « Sois bonne, ma vache ! » et on la trait de nouveau. On revient une troisième fois à l’étable en marchant obliquement, on pose la main gauche sur la corne droite en disant : « Merci, ma vache. » Alors on peut traire ; après ces prescriptions, le lait sort en abondance.

En Haute-Bretagne, on fait faire le tour d’un champ à trois cornières, c’est-à-dire en triangle, à vache dont le lait a disparu par ensorcellement. En Bourbonnais, le défaiseur de sort donne le conseil de se rendre avant minuit au carrefour de la place de l’église, et d’y poser un petit pot neuf de six sous plein de la mauvaise crème ; quand sonnent les douze coups de minuit, on tourne douze fois autour de ce pot en traînant, au bout d’une corde de six pieds de long, les chaînes d’attache des vaches ; au douzième coup on s’arrête net, on fait quatre fois le signe de la croix dans quatre directions opposées, et l’on part au grand galop, abandonnant le pot et rapportant les chaînes.

Un autre remède consiste à couper à chaque bête un bouquet de poils de la tête, un du garrot, un de la queue, à les tremper dans l’abreuvoir tous les jours de la semaine sainte avant le lever du soleil, et à les porter à la messe le jour de Pâques ; au retour on les fait briller sans être vu. Dans les Vosges, si en se disposant à traire une vache on a soin de former une croix avec ses trayons en les prenant deux par deux, au cas où quelque sorcier en aurait empoisonné le lait, on voit le poison monter en bouillonnant à la surface du liquide et prendre l’apparence d’une couche d’huile.

En Normandie, lorsqu’une vache cesse de donner du lait ou qu’il ne produit plus de crème, elle a été ensorcelée par un homme qui a le cordeau, et qui, par cette possession, fait passer tout le lait et tout le beurre de la bête maléficiée. Pour dissiper cet enchantement et en punir l’auteur, le maître de la vache achète un cœur de bœuf dans lequel il enfonce un paquet d’aiguilles ; puis il chauffe le tout à grand feu dans sa marmite : l’ensorceleur est obligé de venir à merci. En Ille-et-Vilaine on fait bouillir des épingles dans le lait de la bête ; elles piquent celui qui a jeté le sort, et il se hâte de l’enlever. Dans le Montalbanais, où l’on croit que certains individus peuvent faire perdre le lait aux vaches rien qu’en les regardant d’une certaine façon, on va les chercher, et d’un simple regard, ils font cesser cette stérilité.

 images-23-300x136 dans Les Fromages

Des consultations et des présages sont en rapport avec le lait. En Lorraine, une jeune fille qui en mange peut apprendre par le nombre des gouttes qu’elle laisse involontairement tomber à terre, quel sera celui des enfants qu’elle aura quand elle sera mariée. Il arrivera infailliblement malheur à la personne qui laisse choir un vase rempli de lait. Quand le lait qu’on a mis sur le feu n’entre pas promptement en ébullition, c’est d’un mauvais augure pour ta maison.

Le lait, outre ses vertus thérapeutiques, possède certains privilèges : en Lorraine celui des vaches noires peut seul éteindre le feu allumé par la foudre, en Haute-Bretagne, il est efficace contre tous les incendies. Il influe aussi sur les aptitudes physiques des nourrissons ou même des adultes. On prétend en Ille-et-Vilaine que les enfants élevés avec du lait de chèvres sont lestes et sautent comme l’animal qui les a nourris.

Cette croyance était courante autrefois : le médecin Joubert qui la rapporte, parle d’une fille qui, pour cette raison, voulait toujours grimper et sauteler ; il ajoute qu’on disait que ceux qui, adultes, en usent longuement, deviennent si remuants qu’ils ne font que sauter, danser, monter et courir, et Vigneul-Marville raconte qu’un enfant repris par son père de quelques légèretés, lui répondit en avouant sa faute : « Souvenez-vous s’il vous plaît, que j’ai été nourri par du lait de chèvre. » C’est en raison de cette prétendue vertu que, dans un conte littéraire du XVIIIe siècle, on voit donner du lait de chèvres à trois princesses pour les corriger de leur lenteur. Dans Renard le Nouvel, II, br. 31, un enfant nourri avec du lait de truie a pris le caractère d’un cochon.

Le beurre est l’objet de maléfices assez nombreux : on croyait au XVIIe siècle que des gens pouvaient l’empêcher de se faire en frappant trois fois avec un bâton, sur la baratte, et en disant un verset du psaume 31 ou en récitant à rebours Nolite fieri. Bodin raconte qu’a Chelles en Valois une chambrière dont le beurre ne prenait pas à cause d’un charme jeté par un petit laquais, l’ayant menacé de le faire fouetter s’il ne l’était, il dit à rebours !e verset du psaume, et le beurre se fit aussitôt.

Dans plusieurs pays, le mendiant qui se présente quand la ménagère baratte est assuré de recevoir quelque chose, dans la crainte que si on le repoussait, il ne jette un sort sur ce beurre. Dans le Finistère la femme qui s’aperçoit que le sien est lent à se faire, ne tarde pas à comprendre qu’elle est le jouet de quelque sorcier ; pour couper court au sortilège, elle n’a qu’à changer son ribot de bout. Dans le Maine on croit qu’une femme qui a ses règles ne peut faire de beurre.

Au XIIIe siècle certains prétendaient que le fromage qui avait été fabriqué par une personne venant de commettre un adultère ne se conservait pas et était à bref délai envahi par les vers. Suivant l’époque à laquelle il a été fait, le beurre jouit de plusieurs privilèges ; dans le Finistère le beurre fait pendant les Rogations ne se corrompt jamais, et constitue le baume par excellence pour panser les plaies ou pour rendre au corps fatigué son élasticité et sa vigueur. En Auvergne et en Berry celui de mai guérit certaines blessures, et il est aussi employé pour panser les bêtes à cornes qui ont les pieds blessés. En Berry, il sert aux coquettes de village qui veulent donner du brillant à leur teint. Au XVIe siècle, les dames employaient dans le même but « de la graisse de loup et du beurre de may », et d’après Brossette, le commentateur de Régnier, on en préparait encore pour le visage à l’époque de la Régence.

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L’île aux sorcières

Posté par francesca7 le 27 juin 2013

Légendes de Corse

 attention aux mazzeri ou la squadra !

 

 L'île aux sorcières dans LEGENDES-SUPERSTITIONS corse

Depuis sa naissance jusqu’à sa mort, tout est mystère, fatalité, incantation et sortilège pour le campagnard de la Corse d’autrefois. Aussitôt qu’il vient de naître, on commence par pronostiquer sur son avenir. Est-il né dans l’un des premiers jours de la semaine, pendant que la huche est pleine de pain ? Il vivra dans l’abondance ; est-il né au contraire un vendredi, alors qu’elle est vide, a meda biota, il sera toujours dans la pauvreté et la misère. Bien d’autres préjugés menacent ce pauvre petit être beaucoup plus que les maux inhérents à sa nature et à sa faiblesse. Voyez plutôt…

Sa mère le soigne, l’allaite et veille à ce qu’il ne lui arrive aucun mal ; mais quelles précautions prend-elle ! Elle commence par lui attacher sur l’épaule une petite branche de corail ou par cacher dans ses langes un morceau de chandelle — de celle que sa famille a reçue à la Chandeleur — ; cela suffit pour éloigner une foule de maladies et chasser la strega, la sorcière qui se tient toujours en embuscade, profitant de la moindre distraction de la mère pour tuer le malheureux bébé en lui suçant le petit doigt.

Si, malgré ces précautions, l’enfant tombe malade, la première pensée de la mère est de le croire innocchiato. Pour chasser ce mauvais sort, elle fait brûler, dévotement, mêlés ensemble : un rameau d’olivier, une croix de feuilles de palmier bénits le jour des Rameaux, un peu d’encens et un morceau du cierge qui se trouvait en tête du triangle pendant les offices de la Semaine sainte. Sur la fumée qui se dégage de ce bûcher d’un nouveaux genre, elle promène le corps du petit malade en faisant force signes de croix et en disant : « Je t’enfume et que Dieu te guérisse ! » Ou bien encore : « Que ton mal se dissipe comme cette fumée ! »

Si malgré cela l’enfant continue à dépérir, si le sort, ou plutôt le mal, ne s’en va pas, c’est à l’incantatrice que l’on a recours. Trois fois de suite, pendant trois jours consécutifs, la vieille procède à ses incantations : sur un peu d’eau qu’elle verse au fond d’une assiette, elle laisse tomber deux ou trois gouttes d’huile ; généralement une partie seule surnage ; l’incantatrice renouvelle l’opération, en changeant chaque fois l’eau de l’assiette. Par la disposition des gouttes, elle juge de la maladie ; si toute l’huile surnage, le mal est léger et l’enfant va guérir, sans quoi il a été frappé par les morts et nulle puissance humaine ne peut le sauver. Si, plus puissante que l’incantatrice, la nature guérit le bébé, c’est la première qui en a l’honneur ; s’il meurt, les morts seuls sont coupables.

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Mais, dira-t-on, pourquoi, au lieu de l’incantatrice, ne pas plutôt appeler le médecin ? A cause de la fâcheuse croyance répandue dans les campagnes que, pour les petits enfants, le médecin peut moins que celle qui conjure le sort ; et, il faut l’avouer avec regret, beaucoup de ceux qui se disent médecins ne justifient que trop ce préjugé.

Or, tandis qu’on se refuse énergiquement à croire à l’efficacité des prescriptions du médicastre, on admet le pouvoir de l’enchanteur ou de l’incantatrice, ces magiciens qui avec quelques paroles opèrent des prodiges et font pâlir devant eux la science la plus profonde.

Outre le mal occhio dont on a déjà parlé, les enchanteurs tuent les vers dans les intestins des enfants ; arrêtent les hémorragies ; guérissent les brûlures les plus profondes ; conjurent les effets du poison provenant de la piqûre d’un insecte venimeux ; et font disparaître le virus rabique communiqué par les morsures d’un chien enragé.

Est-ce que les plus éminents professeurs de la Faculté de médecine pourraient en faire autant, surtout avec tant de facilité et à si peu de frais ? Et cependant, il meurt peu d’enfants à la mamelle ; l’air pur, le soleil, ainsi que d’autres conditions favorables, entretiennent leur santé ; mais quelles sont les premières idées que l’on grave dans l’esprit de ces jeunes enfants dès que leur curiosité s’éveille ? Pas d’autres que les contes superstitieux de leurs vieilles grands-mères. A peine le petit a-t-il des dents pour mordiller dans la viande, qu’on lui défend de manger d’une queue de porc ou de mouton, sous peine de rester un nain. Et de peur de rester un nain, l’enfant n’en mangera pas.

Aux conversations de la veillée, il n’entend parler que de sorciers et de revenants : ces récits fantastiques, faits gravement par des personnes sérieuses, finiront par prendre possession de son imagination et il croira aux revenants comme à son existence ; il faudra môme que son esprit et sa raison soient bien solides si, avec l’âge, il parvient à renvoyer ces contes au pays des chimères. Le fait est si vrai, que l’on pourrait nommer des hommes ayant fait de fortes études et occupant dans l’Etat des positions très importantes qui prêtent foi à ces folles visions.

Si le jeune homme est appelé à la vie rurale, on lui recommande de ne tailler sa vigne, de ne greffer ses arbres, de ne faire ses semis que pendant que la lune est à son décours : alors il aura de bonnes vendanges, beaucoup de fruits, ainsi que les légumes désirables. Surtout, lui dira-t-on, malheur à toi si tu finissais tes semailles un vendredi ; ta femme mourrait dans l’année.

S’il a occasion de vendre du gros ou du menu bétail, il devra se souvenir de ne jamais livrer un bœuf, ou un mouton, sans avoir adroitement enlevé une touffe de poils de la queue du premier, ou un flocon de laine pris sur le dos du second, poils ou laine devant être jetés au milieu des bêtes qui lui restent : oublier ces prescriptions, c’est s’exposer à voir s’en aller ailleurs la fortune de l’étable ou du troupeau. Surtout, défense expresse de faire une vente un lundi : commencer à diminuer le troupeau le premier jour de la semaine, c’est le vouer à une diminution quotidienne, et finalement à une destruction totale.

Enfin, on lui fera connaître comment on peut détruire son ennemi quand on n’a pas la force de le faire par les armes, ou qu’on ne veut pas se compromettre : c’est de mettre une poignée de sel dans le bénitier du fond de l’église, en prononçant des paroles conformes au désir qui inspire cette action : c’est une variante de l’envoûtement du Moyen Age. Il faut ajouter que ce moyen d’atteindre son ennemi, n’est jamais pratiqué par un homme ; seules les veuves et filles orphelines y ont recours.

De son côté la mère recommande à sa fille — pour le temps où, à son tour, elle dirigera un ménage — de ne mettre des œufs à couver que lorsque la lune, dans sa splendeur, est bien visible au-dessus de l’horizon ; de ne faire une salaison de viande à conserver que si la lune ne s’est pas encore levée ; de garder soigneusement les branches d’olivier, les feuilles de palmier bénites, l’encens, et la chandelle nécessaires pour chasser le mal occhio ; et de conserver la coquille du premier œuf que ses poules pondront le jour de l’Ascension : cette coquille a le pouvoir d’éteindre les flammes en cas d’incendie.

Elle lui recommande de veiller à ce que son mariage n’ait pas lieu le même jour où une autre se marie. Si cela se produisait, il faudrait éviter à tout prix de suivre le même chemin ou de se rencontrer, soit en allant, soit en revenant de la mairie ou de l’église ; car si les pas de l’une devaient passer sur ceux de l’autre, celle qui aurait marché devant mourrait dans l’année.

Elle lui apprend ce qu’il faut faire pour prévenir les envies qu’éprouvent les femmes enceintes ; car, par exemple, le compère-loriot provient de la salive que l’une d’elles crache en se tournant vers une personne qui porte des fruits dont elle désire et qu’elle n’ose pas demander : cette envie apparaît sous la forme d’un bouton sur l’œil qui n’a pas su la voir ; de même que le fruit désiré naît sur la peau de l’enfant qu’elle porte dans son sein ; il faut donc être attentive, offrir généreusement et ne pas rougir de demander. Enfin, pendant le mois de mai, alors que la nature respire la joie et invite à l’amour, les bergers ne se marient jamais. Pourquoi ? On ne sait.

En Corse, les diseurs de bonne aventure prennent le nom de devins ; ils prétendent lire l’avenir sur un œuf ou une épaule de mouton : il va sans dire que l’œuf doit être frais et l’épaule livrée avec toute sa chair. C’est le devin qui doit la faire cuire et la dépouiller lui-même, afin de pouvoir lire sur l’omoplate. Les présages ont une grande influence sur l’imagination populaire. Au nombre des mauvais présages sont : le chant de la poule ; le cri de la Malucella, l’oiseau de mauvais augure ; et les hurlements des chiens.

Lorsque une poule se met à chanter, c’est un mauvais signe pour la la maison ; seulement elle ne chantera qu’une fois, par la raison que la première personne de la famille qui la voit se hâte de lui tordre le cou. Lorsque, pendant le silence et l’obscurité de la nuit, la Malucella fait entendre son cri sinistre, le trouble est dans la maison la plus voisine du lieu où elle a chanté. « Plutôt que de faire du mal à quelqu’un de ma famille, dit le père, je te voue mon cheval, ou tel autre animal qui te plaira. » « Emporte la plus belle de mes poules, dit la mère. »

Le chien n’étant pas au nombre des animaux que l’on offrait en sacrifice, n’est jamais désigné comme victime expiatoire. S’il arrive que, la nuit venue, le chien, in pippuli, regarde la maison de son maître et pousse des cris plaintifs, on dit qu’il pleure celui qu’il aime et l’avertit que le malheur est suspendu sur sa tête ; et si tous les chiens de la localité se rassemblent et aboient sur un ton lamentable, la panique devient générale.

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Jaquette du DVD de L’île aux Sorciers,
film fantastique réalisé en 2007

 

Dans le nord et la partie orientale de la Corse, on croit aux sorciers, streghe, qui vont pendant la nuit faire leur sabbat, et exécuter des danses funèbres dans les lieux sombres et les cimetières. Ces méchants esprits font tout le mal qu’ils peuvent aux voyageurs attardés, et aussi ils font pleurer les mères en tuant leurs petits enfants. Le chef des sorciers ou le grand sorcier, s’appelle lo stregone : c’est peut-être parce que lo stregone y exerçait plus particulièrement ses maléfices, que le nom en reste à la piève et au torrent d’Ostrigoni.

Dans le midi de l’île, on croit à l’existence des âmes en peine, lesquelles s’en vont errant dans les ténèbres et les lieux déserts, en poussant des gémissements désolés sans pouvoir trouver de repos nulle part. Ces âmes, dit-on, sont au nombre de celles qui furent chassées du Paradis au temps de la révolte de Lucifer, mais qui, s’arrêtant en route, n’entrèrent pas avec lui dans les enfers : ce sont elles qui prennent toutes les formes pour épouvanter les vivants.

I MazzeriAcciaccadori, ou Acciaccamorti, assommeurs, sont les esprits de personnes encore vivantes affiliées à la confrérie des morts. Pendant que le corps est endormi, l’esprit qui l’anime est forcé de répondre à l’appel toutes les fois qu’il est requis ; il prend la forme d’un fantôme et chasse pendant la nuit les personnes attardées auxquelles il donne le coup mortel. Pour mieux atteindre leur proie, les Mazzeri se partagent les rôles : les uns se tiennent en embuscade au fond des ravins, à l’entrée des chemins creux et obscurs, aux passages des cours d’eau ; les autres battent la campagne, et si, fuyant devant eux, ce gibier d’une nouvelle espèce tombe dans l’embuscade, le mazzeri l’acciacca, l’assomme.

C’est pour conjurer ce péril que les Corses font le signe de la croix dans les lieux sombres, franchissent les ruisseaux d’un saut s’ils le peuvent, ou passent vite. Ces chasses fantastiques sont annoncées par les aboiements d’une chienne et quelques cris que l’on entend de loin en loin et de distance en distance dans le silence et l’obscurité de la nuit, car souvent la poursuite est longue à travers les vallées, les monts et les bois. Citons le vas d’un vieillard portant le deuil de son fils unique qu’il affirmait avoir lui-même assommé dans l’une de ces étranges embuscades.

« Malheureux ! et vous avez pu frapper votre fils ? » lui disait-on ; il baissait la tête et répondait tristement : « Nous — i Mazzeri dont il croyait faire partie — nous ne connaissons ceux qui tombent sous nos coups que lorsqu’il n’y a plus de remède. Mon fils se présenta sous la forme d’un marcassin blanc ; au saut du ruisseau, je l’atteignis sur les reins ; il poussa un cri, je reconnus la voix de mon enfant, mais le coup était mortel : il tomba et se renversa sur le dos ; hélas ! il était mort. » Cependant ceux qui passent à travers une embuscade ne reçoivent pas tous le coup du Mazzeri, quelques-uns parmi les morts veillent sur ceux qu’ils ont aimés, et se manifestent à eux de différentes manières et sous des formes diverses, surtout sous celle d’un chien de garde.

Lorsque, surprise par la nuit, une personne gardée par un esprit est sur le point de s’engager dans la voie qui la mènerait dans une embuscade, un chien de forte taille au pelage d’un noir fauve, paraît tout à coup à ses côtés, puis la précède de quelques pas et marche en avant-garde. Au lieu périlleux, il s’arrête et regarde fixement du côté du Mazzeri, visible pour lui seul ; le coup ne tombe pas et la personne est sauvée, au moins pour cette nuit. Le chien continue sa marche jusqu’à ce que tout danger ait disparu, après quoi il s’en va comme une vapeur.

Mais la plus imposante et la plus terrible de toutes les apparitions est celle de la Squadra d’Arrozza, ou confrérie des morts. La squadra ne se montre que dans les occasions solennelles, pour des gens qui valent la peine qu’elle se dérange, pour des pères et des mères dont la mort est un malheur irréparable pour ceux qui restent. A l’heure de minuit, le tambour bat le rappel dans le cimetière et les morts se rassemblent : ils sont en nombre infini. Vêtus de longues chapes noires, les capuchons rabattus sur la figure, ils se mettent en marche lentement, gravement, en observant les distances comme dans une procession. Sur le devant du capuchon sont deux trous à travers lesquels on voit leurs yeux éteints.

Un tambour précède la squadra et joue des marches funèbres. A son apparition, les chiens, s’enfuient et se cachent sans oser aboyer. Arrivée sur la place de celui qui va bientôt quitter la vie, l’horrible confrérie se range en cercle, place au centre une forme de cercueil et fait les mêmes cérémonies que les vivants accomplissent pendant le jour. Et quand les funérailles sont finies, elle remporte la bière en chantant comme cela se pratique pour celui que l’on va mettre en terre : celui ou celle à qui la squadra a rendu ces honneurs, ne vivra pas au-delà de vingt-quatre heures.

Rencontrer la squadra est un présage funeste ; celui qui a cette mauvaise chance a beau être armé ; s’il fait feu la poudre ne s’allume pas ; s’il fuit ou s’il se laisse envelopper il est perdu. S’il accepte ce que les morts ne manquent pas de lui offrir avec insistance, malheur ! Car les fantômes disparaissent aussitôt, ne lui laissant que des ossements ou un cadavre dont il ne pourra se débarrasser.

Certains estiment qu’il faut avoir perdu tout bon sens pour accorder une foi quelconque à ces étranges et fantastiques visions, et l’on peut rester confondu en les entendant raconter par des hommes sérieux et graves, voire même par des prêtres qui vous disent hardiment : Je l’ai vu.

Imaginez-vous un jeudi soir, par une nuit obscure de la fin d’automne. Un laboureur attardé se hâtait de rentrer chez lui. S’il était encore dans la campagne à cette heure indue, c’est qu’il avait tenu à finir ses semailles ce jour-là, car finir le lendemain, vendredi, c’était condamner à mourir dans l’année sa femme qu’il aimait. Il marche donc en pressant le pas, mais la nuit est noire, le chemin mauvais, le ciel orageux. Les feuilles sèches, emportées par le vent qui siffle, forment dans les airs des bruits sinistres qu’il prend pour les gémissements plaintifs d’esprits errant à travers l’espace.

Afin de conjurer leurs maléfices, il fait force signes de croix et se recommande aux saints qui protègent les vivants contre les fantômes. Le voilà sur la colline d’où il peut voir son village, mais il faut passer à côté du cimetière et il a peur. Néanmoins, il se fortifie par de nouveaux signes de croix, marmotte une prière pour le repos de ceux qui dorment en ce lieu, et passe. Mais à quelques pas plus loin, il s’arrête, frappé de stupeur, en voyant venir à sa rencontre une longue file de lumière. « Malheur à moi, se dit-il, voilà la squadra ! » et ses cheveux se dressent sur sa tête. Que faire ? Fuir ? Ce serait tomber dans une embuscade et y être assommé par l’acciaccadore.

Le désespoir lui donne du courage : il s’adosse à un pan de mur, met entre ses dents le manche de son couteau en tournant la pointe de la lame vers la squadra et attend. Cependant la procession avance toujours, bientôt un murmure confus frappe ses oreilles, enfin il entend prononcer son nom. Plus mort que vif, les yeux égarés, la figure baignée d’une sueur froide, il ne s’aperçoit pas qu’à côté de lui le mur écroulé offre une brèche par laquelle une partie de la squadra se glisse et l’entoure. Aussitôt qu’il est cerné, le chef de la squadra s’avance vers le malheureux qui ne sait plus ce qu’il fait, lui présente un objet soigneusement enveloppé, et d’un geste impérieux lui commande d’accepter ; l’autre accepte…. Au même instant la squadra s’évanouit comme une ombre vaine, et il se retrouve plongé dans l’obscurité… Des ricanements qui se perdent au loin dans les ténèbres, achèvent de le convaincre que la rencontre qu’il vient de faire lui sera fatale.

Après avoir repris un peu de courage, il ferme son couteau et se met en devoir de regagner son logis, mais il est tout engourdi ; toutefois il se remet en marche, se traînant lentement, péniblement, et avec effort affecté par une odeur cadavérique qui le suffoque, plus encore que par l’abattement de ses membres : c’est de l’objet qu’il a eu le malheur d’accepter et dont il ne peut se débarrasser que cette odeur se dégage. Arrivé près de sa porte, il veut voir, avant d’entrer, le don fatal qui lui a été fait : il tire la toile qui le couvre ; elle se déchire comme du carton pourri et laisse voir un corps blanc comme du marbre, froid comme de la glace… Horreur !… mon enfant !… Et ses yeux se voilent, la tête lui tourne, il chancelle et tombe pour ne plus se relever…

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