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La Glace et le Roitelet

Posté par francesca7 le 5 décembre 2014

 

Conte traduit du breton par Kazh ar c’hoad

Dans l’ancien temps, il y a très, très longtemps, une dispute éclata entre la Glace et le Roitelet. Personne ne sait vraiment pourquoi ! 

3roitelet huppeDSC_6285- Je viendrai à bout de toi ! dit la Glace.

- On verra ! dit le Roitelet. 

Il gela tellement cette nuit-là que les pierres se fendaient. Le lendemain, la Glace, en voyant le Roitelet bien vivant et tout joyeux :

- Où étais-tu donc cette nuit ?

- Là où étaient les femmes à faire la lessive.

- Ah ! Oui ! Bien ! Ce soir, je t’aurai !

- On verra. 

Cette nuit-là, il gela tellement que l’eau gelait sur le feu. Le lendemain matin, le Roitelet se leva aussi joyeux et en bonne santé que jamais.

- Quoi ? dit la Glace, surprise, tu n’es pas mort encore ?

- Comme tu vois.

- Où étais-tu donc la nuit passée ?

- Entre la femme et le marié !

- Regardez donc où se fourre ce sale oiseau-ci ! Mais qu’importe, je viendrai à bout de toi, puisque je l’ai dit ! 

Cette nuit-là, il gela tellement que furent raidis la femme et le mari dans leur lit.

- Cette fois-ci, il doit en être fait de mon ami, le Roitelet, se dit la Glace en elle-même. 

Mais quand elle le vit le lendemain matin aussi joyeux et vigoureux que jamais, elle fut très surprise.

- Où donc, par la foudre, étais-tu cette nuit ?

- Entre la queue de la vache et le trou de son cul !

- Bien ! Bien ! Voyez donc ! Qu’importe, cette nuit-là on verra

; fais bien attention !

- Oui, oui, joue bien ! 

Le Roitelet se retira dans un trou, dans le mur de la cheminée, proche du four. Et il y trouva une souris, et dispute entre eux ! Comme ils ne pouvaient s’entendre, il fut convenu qu’il y aurait un grand combat le lendemain entre tous les animaux à plumes et les animaux à poils qu’il y avait dans le pays, sur le Menez Bré (ndt : une haute colline du pays du Trégor dans le 22, un vieux site sacré où se trouve maintenant une chapelle, dédiée à St Hervé. Sous ce lieu est sensé dormir le devin Gwenc’hlan en attendant son retour). 

Le jour assigné, dès le matin, aussitôt que descendent les poules des perchoirs, ils allèrent tous vers le Menez Bré ; les vaches, les boeufs, les cochons, les moutons vinrent au-dehors de leurs crèches, les chevaux, de leurs écuries, et ils prirent tous le même chemin, et personne ne put les en empêcher. Aucun oiseau ne fut aperçu dans la campagne ce jour-là, ni corbeaux, ni merles, ni moineaux, ni pies, ni pinsons, ni roitelets ; ils étaient tous allés à Menez Bré. Il y eu là un terrible combat ! Comme on n’en vit jamais. Partout, des poils, des plumes, des cris, des plaintes. Les animaux à poils étaient sur le point de vaincre, lorsqu’arriva aussi l’aigle. Alors il en fut tout autrement ! Celui-ci mettait en pièce et charcutait tous les animaux poilus, coup sur coup. 

Le fils du roi était en train de regarder par une des fenêtres du château, et lorsqu’il vit cela, il descendit et avec un coup de sabre, il cassa une des ailes de l’aigle. Ce fut alors la fin du combat. Les animaux à plume avaient gagnés, et on entendit le Roitelet chanter sur l’eau de la chapelle Saint Hervé, qui est au sommet de la colline. 

- Maintenant, dit l’aigle au fils du roi, il te faudra me nourrir pendant neuf mois, avec de la viande de lièvre et de la viande de perdrix. 

- Je le ferai, dit le fils du roi, viens avec moi au palais. 

Au bout de neuf mois, l’aigle était bien rétabli, et il dit au fils du roi :

- Viens avec moi maintenant, pour voir mon château.

- Moi, je ne demande pas mieux, dit-il, mais comment y aller ? 

Toi tu voles par les airs ; et je ne pourrai jamais te suivre.

- Viens sur ma nuque. 

Il alla donc sur le cou de l’aigle. L’aigle monta si haut dans le ciel, que le fils du roi en vint à avoir peur, et dit :

- Je ne désire pas aller plus loin ; descends-moi en bas !

- Non ! Non ! Tu dois aller jusque mon château ! Nous ne sommes plus loin !

 

Et celui-ci de continuer à voler, par-dessus les bois, les mers.  Ils arrivèrent enfin :

- Bonjour ma mère, dit l’aigle.

- Comment ? tu es revenu mon fils ? Tu as été bien longtemps à faire ton tour ; j’ai eu bien du souci de voir que tu ne revenais pas. 

- J’avais été bien empêché, ma pauvre mère : mais voici le fils du roi qui est venu avec moi ici.

- Le fils du roi ? Celui-ci est bien nourri, et nous ferions avec lui un bon repas !

- O ! Non, ma mère, nous ne lui ferons aucun mal ; j’ai été bien nourri pendant neuf mois dans son palais, et je l’ai invité à venir ici passer un moment dans notre château ; il faudra bien se conduire à son égard. 

L’aigle avait une soeur qui était très belle… aussi belle qu’une jeune fille puisse être. Le fils du roi la regarda, et la voulut pour épouse. Mais la vieille lui répondit que celle-ci n’était pas pour son bec. Et voici qu’il ne se fatiguait pas à être chez l’aigle, trois mois, quatre, cinq, six ! Il ne parlait pas de retourner chez lui. Tant et si bien que la vieille se fatigua de lui, et lui dit qu’il fallait qu’il parte, ou il serait mangé. Un jour, l’aigle lui dit : 

- Allons jouer aux boules, pour passer le temps.

- Oui donc, dit l’autre.

- Quelle sera la récompense ?

- Ta soeur si je gagne, et ma vie si je perds.

- C’est dit ; allons jouer. 

Ils allèrent dans une grande allée, où étaient les boules. Hélas ! Quand le fils du roi vit ces boules-là ! Elles étaient en fer, et chacune pesait cinq cent livres ! L’aigle prit sa boule, et jouait avec elle, la jetait en l’air comme si c’eût été une pomme. Le pauvre prince ne put même pas bouger la sienne. 

 - Ta vie est à moi, dit l’aigle.

- Je demande ma revanche.

- Et tu l’auras ; cependant ce n’était pas dit ! Demain, nous jouerons à nouveau. 

images (7)Le prince alla trouver la soeur de l’aigle en gémissant, pour lui raconter ses malheurs.

 - Ce n’est pas grave, répondit-elle, tu serais prêt à m’être fidèle ?

- Oui ! Jusqu’à la mort !

- Bien ! Laisse-moi faire. J’ai ici une vessie, je la peindrai en noir et je la mettrai à côté de la boule de mon frère. Quand tu la prendras, tu n’auras qu’à dire :« Chèvre, cours à ton pays ; Tu es ici depuis sept ans, Tu n’as pas eu de bout de fer à manger !» Aussitôt, tu la verras s’élever, et elle ira en Egypte. Mais fais bien attention de prendre ta boule en premier. 

Le lendemain, ils allèrent de nouveau dans l’allée de boules. Le fils du roi prit tout de suite la vessie, comme si ç’avait été une boule, et il se mit à jouer avec, à la lancer en l’air, comme une vessie qu’elle était. Et voilà très surpris l’aigle, et inquiet : 

- Comment cela se fait-il ? dit-il. 

L’aigle joua en premier, et jeta si fort sa boule, qu’elle fut bien un quart d’heure avant de retomber sur terre. 

- Beau jeu ! dit le fils du roi ; à mon tour maintenant. Et il dit doucement :

« Chèvre, cours à ton pays ; Tu es ici depuis sept ans, Tu n’as pas eu de bout de fer à manger !» Et aussitôt, la boule s’éleva dans les airs, si haut, si haut, que l’on ne la vit plus, et on avait beau attendre, elle ne retomba pas. Elle était partie en Egypte. 

- Nous avons joué chacun notre tour ! dit le fils du roi. 

Et l’aigle retourna chez lui en criant, et partit conter ce qui était arrivé à sa mère, pour se plaindre ; sa boule était perdue, qui était si belle ; il ne pourrait plus jouer quand il aurait envie ; une sorcière devait être avec lui…. 

- Il faut le tuer, dit la vieille, pourquoi attendre plus longtemps ?

- Mais, je n’ai pas encore vaincu sur lui, ma mère, et je dois le faire. Demain, nous jouerons un autre jeu, et nous verrons comment il s’en tirera cette fois-là ! 

- Va me chercher de l’eau, je n’en ai plus du tout à la maison.

- Très bien ! Demain matin nous irons ! 

Et l’aigle dit au fils du roi :

- Demain matin, nous devrons aller chercher de l’eau pour ma mère, il n’y en a plus au château.

- Bien, comme tu veux ! Mais montre-moi avant les pots.

- Les voici. 

Et l’aigle lui montra deux cuviers de cinq barriques chaque ; sur chaque paume de la main il en tenait un sans mal. Le prince alla trouver la sœur de l’aigle, très inquiet, vous pouvez croire ! 

- Tu me seras fidèle ? lui demanda-t-elle.

- Oui, jusqu’à la mort !

- Bien ! Demain matin, quand tu verras mon frère prendre son cuvier, dis-lui : «Ba ! Laisse ici ces cuviers, et donne-moi une pioche, une pelle et une brouette.» 

«Pour faire quoi ?» répondra-t-il. «Pour quoi ? Pour ramener ici la fontaine, afin que nous ne soyons pas obligés d’y aller trop souvent, nigaud !» Quand il entendra ça, il ira chercher l’eau lui-même, car il désirera pas voir détruite la fontaine, ni ma mère non plus. 

Le lendemain matin :

- Bien ! Allons chercher l’eau, dit l’aigle.

- Oui, oui, quand tu veux.

- Prend ton cuvier alors !

- Des cuviers comme ça ? A quoi ça sert des cuviers comme ça ? A perdre son temps.

- Comment veux-tu faire ?

- Donne-moi une brouette, une pioche et une pelle.

- Pour quoi faire ?

- Pour quoi faire, nigaud ? Pour ramener ici la fontaine et ne plus être obligé d’y aller trop souvent. 

- Hola ! Hola ! Cette fontaine ne sera pas détruite ! Une si belle fontaine.

- Bien ! Va donc chercher l’eau toi-même si tu veux ; moi, je n’irai pas ! 

Et l’aigle alla chercher l’eau lui-même, avec ses deux cuviers, et très en colère.

- Comment de défaire de lui ? dit-il le soir à sa mère.

- Le mettre à la broche et le manger ! répondit la vieille.

- Non ! Non ! Demain je l’enverrai abattre des arbres avec une hache de bois, et nous verrons. 

Il lui dit avant d’aller se coucher :

- Aujourd’hui, j’ai fait le travail moi-même, et demain, ce sera ton tour.

- Qu’y aura-il à faire demain ?

- Ma mère a besoin de bois pour faire du feu dans la cuisine, et tu devras aller abattre une allée de chênes qui sont là, et avant le coucher du soleil, ils devront être tous abattus. 

- S’il n’y a que ça ! dit le fils du roi ; mais il était en fait très inquiet, bien qu’il ne le montrât pas. 

Il alla alors trouver à nouveau la soeur de l’aigle.

-Tu me seras fidèle ? dit-elle.

- Oui ! jusqu’à la mort.

- Bien ! Quand tu seras arrivé dans le bois, avec ta hache de bois sur l’épaule – car il ne te donneras qu’une hache de bois – retire ta veste, metsla sur le tronc d’un vieux chêne que tu verras là, déterres ses racines, prends ta hache de bois et frappe sur l’arbre, et tu verras ce qui arrivera. Il alla le lendemain matin au bois, sa hache en bois sur ses épaules ; il retira sa veste, la jeta sur le tronc d’un vieux chêne, déterra ses racines ; il prit alors sa hache de bois : 

- Une hache de bois, pour abattre de si grands arbres ! Mais qu’importe, je verrai.

Il frappa un coup sur le tronc de l’arbre, et aussitôt, il tomba, avec un grand bruit.

- Très bien, dit-il.

 images (9)

Il alla vers un autre, et pareil ! Chaque coup, il tomba un arbre, et ainsi, en peu de temps, l’allée d’arbres fut abattue. Quand vint l’aigle, pour voir, vers le coucher du soleil, il fut très surpris. Il se mit à geindre, et alla trouver sa mère : 

- Hélas, chère maman, je suis vaincu ! Je ne puis plus jouer avec cet oiseau-là : un sorcier ou un magicien quelconque doit être avec lui ; voici abattu l’allée d’arbres jusqu’au dernier ; je suis très chagriné avec lui ! 

Pendant qu’il était ainsi à se plaindre, le fils du roi arriva :

- Je t’ai vaincu trois fois, dit-il, et ta soeur est à moi !

- Oui, hélas ! Envoie-la avec toi, et pars le plus tôt possible !

 Le prince retourna au château de son père, et avec lui, la soeur de l’aigle. Mais celle-ci ne demandait pas à être mariée tout de suite, ni même aller avec lui au palais du roi ; elle dit alors qu’elle irait servir dans une maison quelconque en ville pendant deux ans, sans dire qui elle est, pour voir s’il lui restera fidèle, comme il lui avait juré par trois fois. 

- Voici, dit-elle, avant de se quitter, la moitié de mon anneau et la moitié de mon mouchoir, afin que tu penses toujours à moi. » 

Elle fut prise comme femme de chambre chez un riche orfèvre, et le prince retourna au palais de son père. Il oublia rapidement la soeur de l’aigle, et il vint à tomber amoureux d’une princesse qui était à la cour. Voici qu’ils furent fiancés, le jour du mariage fut décidé, et les anneaux furent donnés à faire chez l’orfèvre chez lequel travaillait la soeur de l’aigle. Et il fut invité beaucoup, beaucoup de monde aux fêtes du mariage ; l’orfèvre et sa femme furent invités aussi, et même leur femme de chambre, étant donné qu’elle était une fille avait de très bonnes façons. 

Celle-ci demanda alors à son maître de lui faire un petit coq et une petite poulette d’or.

- Pour quoi faire donc ? dit sa maîtresse.

- Laissez-moi faire, ma petite maîtresse, vous verrez très bientôt pourquoi. 

Et il fut fait comme elle avait demandée. Lorsque le jour du mariage fut arrivé, l’orfèvre, sa femme et leur femme de chambre allèrent au palais, et comme le prince et sa future femme étaient très contents des anneaux et des bijoux qui avaient été fait pour eux, ils en furent très bien accueillis. La soeur de l’aigle avait emmené le coq et la poulette d’or, ainsi que les moitiés de l’anneau et du mouchoir dont le prince avait les autres moitiés. A la fin du repas, elle fut à côté de la nouvelle épouse ; et elle tira alors la moitié du mouchoir de sa poche.

- Tiens ! dit la future épouse, j’en ai un pareil au vôtre ! 

- Montrez un peu !

- Tenez ! Oui, ils sont identiques !

Et aussitôt que les deux moitiés furent rejointes, elles se recollèrent !

- Ceux-ci ont toujours été ensemble, dit la femme de chambre. 

En retirant le mouchoir de sa poche, le demi anneau tomba sur la table. La future épouse, quand elle le vit, le prit et l’approcha de l’autre moitié qui était avec elle ; et ils se recollèrent aussitôt, comme le mouchoir. Elle en fut très surprise :

 - Ne vous étonnez pas, Princesse, ceux-ci ont toujours été ensemble !

Elle sortit alors de sa poche le petit coq et la petite poulette d’or, et elle les mit sur un plateau d’étain.

- Quelles belles choses ! dirent-ils tous. 

Elle tira alors un petit pois d’or de sa poche et le mir sur le plat. Aussitôt, le petit coq l’attrapa et l’avala.

- Il est encore parti avec toi, dit la poulette.

- Chut ! la prochaine fois, il ira avec toi.

- Oui ! le fils du roi me disait aussi qu’il me serait fidèle, quand il était en train de jouer aux boules avec l’aigle. 

Le prince, quand il l’entendit, se retourna pour voir. La femme de chambre mit un deuxième pois d’or sur le plat. Le coq l’avala aussitôt : 

 - Il est encore parti avec toi, dit la poulette.

- Chut ! La prochaine fois, il ira avec toi.

- Oui ! le fils du roi m’a aussi dit qu’il me serait fidèle, quand il lui avait été dit par l’aigle qu’il devait aller chercher de l’eau.

 Tout le monde fut très surpris, et se demandèrent les uns aux autres :

- Qu’est-ce donc que ceci ? 

Le prince écoutait et était plus attentif que les autres. La femme de chambre retira un troisième pois de sa poche et le mit dans le plat, et, pour la troisième fois, le coq l’avala aussitôt.

- Il est encore parti avec toi ! dit la poulette.

- Chut ! la prochaine fois, tu l’auras.

- Oui ! le fils du roi me disait aussi qu’il me serait fidèle, lorsqu’il a été envoyé par l’aigle abattre une allée de chênes, avec une hache de bois !

 - Hola ! dit le fils du roi, en se levant, il en est assez !

Et de se tourner alors vers son beau-père et de dire :

- J’avais, mon beau-père, un trésor qui était tenu sous une petite clef parmi les plus belles ; je perdis ma clef et j’en fis faire une nouvelle ; peu de temps après, je trouvais mon ancienne clef ; me voici maintenant avec deux clefs, de laquelle dois-je me servir, de la neuve ou de l’ancienne ? 

- Respect et honneur sont toujours dus aux anciens.

 - Bien ! Mon beau-père, gardez votre fille, car j’en ai aimé une autre avant elle : elle était perdue, et je l’ai retrouvée, la voici ! 

Et alors ils se jetèrent dans les bras l’un l’autre, en pleurant de joie ! Ils furent fiancés et mariés, et pendant trois mois, il y eu des fêtes et des jeux, des danses et de la musique, et toujours du bruit !

Conte Breton paru au Magazine Lune Bleue 2007

Publié dans Bretagne, POESIE FRANCAISE | Pas de Commentaires »

La femme de province

Posté par francesca7 le 18 février 2014

 

par

Honoré de Balzac

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EN acceptant pour femmes celles-là seulement qui satisfont au programme arrêté dans la Physiologie du mariage, programme admis par les esprits les plus judicieux de ce temps, il existe à Paris plusieurs espèces de femmes, toutes dissemblables : il y a la duchesse et la femme du financier, l’ambassadrice et la femme du consul, la femme du ministre qui est ministre et la femme de celui qui ne l’est plus ; il y a la femme comme il faut de la rive droite et celle de la rive gauche de la Seine. Foi de physiologiste, aux Tuileries, un observateur doit parfaitement reconnaître les nuances qui distinguent ces jolis oiseaux de la grande volière. Ce n’est pas ici le lieu de vous amuser par la description de ces charmantes distinctions avec lesquelles un auteur habile ferait un livre, quelque subtile iconographie de plumes au vent et de regards perdus, de joie indiscrète et de promesses qui ne disent rien, de chapeaux plus ou moins ouverts et de petits pieds qui ne paraissent pas remuer, de dentelles anciennes sur de jeunes figures, de velours qui ne sont jamais miroités sur des corsages qui se miroitent, de grands châles et de mains effilées, de bijouteries précieuses destinées à cacher ou à faire voir d’autres oeuvres d’art.

Mais en province il n’y a qu’une femme, et cette pauvre femme est la femme de province ; je vous le jure, il n’y en a pas deux. Cette observation indique une des grandes plaies de notre société moderne. La jolie femme qui, vers avril ou mai, quitte son hôtel de Paris et s’abat sur son château pour habiter sa terre pendant sept mois, n’est pas une femme de province. Est-elle une femme de province, l’épouse de cet Omnibus appelé jadis un préfet, qui se montre à dix départements en sept ans, depuis que les ministères constitutionnels ont inventé le Longchamp des préfectures ? La femme administrative est une espèce à part. Qui nous la peindra ? La Bruyère devrait sortir de dessous son marbre pour tracer ce caractère.

Oh ! plaignez la femme de province ! Ici l’encre devrait devenir blême, ici le bec affilé des plumes ironiques devrait s’émousser. Pour parler de cet objet de pitié, l’auteur voudrait pouvoir se servir des barbes de sa plus belle plume, afin de caresser ces douleurs inconnues, de mettre au jour ces joies tristes et languissantes, de rafraîchir les vieux fonds de magasin que cette femme impose à sa tête, de cylindrer ces étoffes délustrées, de repasser ces rubans invalides, remonter ces rousses dentelles héréditaires, secouer ces vieilles fleurs aussi artificieuses qu’artificielles, étiquetées dans les cartons, ou serrées dans ces armoires dont les profondeurs rappelleraient aux Parisiens les magasins des Menus-Plaisirs et les décorations des opéras qu’on ne joue plus ? Quel style peut peindre les couleurs passées de la bordure qui entoure le portrait de cette pâle figure ? Comment expliquer que les robes sont flasques en province, que les yeux sont froids, que la plaisanterie y est, comme les semestres des rentes sous l’empire, presque toujours arriérée ; que les coeurs souffrent beaucoup, et que le laisser-aller général de la femme de province vient d’un défaut de culture de ce même coeur infiniment négligé, mal entretenu, peu compris. La femme de province a un coeur, et s’en sert très-peu ou mal, ce qui est pis. Or la vie de la femme est au coeur, et non ailleurs. Aussi la sagesse des enseignes a-t-elle précédé les lois de la science médicale, en disant la femme sans tête pour exprimer une bonne femme, la vraie femme. Une femme heureuse par le coeur a un air ouvert, une figure riante ; jamais vous ne verrez une femme de province réellement gaie ou ayant l’air délibéré. Presque toujours le masque est contracté. Elle pense à des choses qu’elle n’ose pas dire ; elle vit dans une sorte de contrainte, elle s’ennuie, elle a l’habitude de s’ennuyer, mais elle ne l’avouera jamais. J’en appelle à tous les observateurs sérieux de la nature sociale, et une femme de province a des rides dix ans avant le temps fixé par les ordonnances du Code Féminin, elle se couperose également plus promptement, et jaunit comme un coing quand elle doit jaunir ; il y en a qui verdissent. Les femmes de province ont des blessures à l’esprit et au coeur, blessures si bien couvertes par d’ingénieux appareils que les savants seuls savent les reconnaître, et si sensibles qu’il est difficile à un Parisien d’être une demi-journée avec une femme de province sans l’avoir touchée à l’une de ses plaies et lui avoir fait grand mal. Il a imité ces amis imprudents qui prennent leur ami par le bras gauche sans voir les bandelettes dont l’humérus est enveloppé et qui le grossissent. L’amour-propre impose silence à la douleur. L’ami ventousé par Hippocrate présente dès lors sa droite et refuse sa gauche à cette aveugle amitié. La femme de province, si elle rencontre un étourdi, ne sait bientôt plus quel côté présenter.

Sachons-le bien ! la France au dix-neuvième siècle est partagée en deux grandes zones : Paris et la province : la province jalouse de Paris, Paris ne pensant à la province que pour lui demander de l’argent. Autrefois Paris était la première ville de province, la Cour primait la Ville ; maintenant Paris est toute la Cour, la Province est toute la Ville. La femme de province est donc dans un état constant de flagrante infériorité. Aucune créature ne veut s’avouer un pareil fait, tout en en souffrant. Cette pensée rongeuse opprime la femme de province. Il en est une autre plus corrosive encore : elle est mariée à un homme excessivement ordinaire, vulgaire et commun. Les gens de talent, les artistes, les hommes supérieurs, tout coq à plumes éclatantes s’envole à Paris. Inférieure comme femme, elle est encore inférieure par son mari. Vivez donc heureuses avec ces deux pensées écrasantes ! Son mari n’est pas seulement ordinaire, vulgaire et commun, il est ennuyeux, et vous devez connaître ce fameux exploit signifié à je ne sais quel prince, requête de M. de Lauraguais, par lequel on lui faisait commandement de ne plus revenir chez Sophie Arnoult, attendu qu’il l’ennuyait, et que les effets de l’ennui, chez une femme, allaient jusqu’à lui changer le caractère, la figure, lui faire perdre sa beauté, etc. A l’exploit était joint une consultation signée de plusieurs médecins célèbres qui justifiaient les dires de la signification. La vie de province est l’ennui organisé, l’ennui déguisé sous mille formes ; enfin l’ennui est le fond de la langue.

Que faire ? Ah ! l’on se jette avec désespoir dans les confitures et dans les lessives, dans l’économie domestique, dans les plaisirs ruraux de la vendange, de la moisson, dans la conservation des fruits, dans la broderie des fichus, dans les soins de la maternité, dans les intrigues de petite ville. Chaque femme s’adonne à ce qui, selon son caractère, lui paraît un plaisir. On tracasse un piano inamovible qui sonne comme un chaudron au bout de la septième année et qui finit ses jours, asthmatique, à la campagne. On suit les offices, on est catholique en désespoir de cause, l’on s’entretient des différents crûs de la parole de Dieu ; l’on compare l’abbé Guinaud à l’abbé Ratond, l’abbé Friand à l’abbé Duret. On joue aux cartes le soir, après avoir dansé pendant douze années avec les mêmes personnes dans les mêmes salons. Cette belle vie est entremêlée de promenades solennelles sur le mail, sur le pont, sur le rempart, de visites d’étiquette entre voisins de campagne. La conversation est bornée au sud de l’intelligence par les observations sur les intrigues cachées au fond de l’eau dormante de la vie de province, au nord par les mariages sur le tapis, à l’ouest par les jalousies, à l’est par les petits mots piquants.

Un profond désespoir ou une stupide résignation, ou l’un ou l’autre, il n’y a pas de choix, tel est le tuf sur lequel repose cette vie féminine et où s’arrêtent mille pensées stagnantes qui, sans féconder le terrain, y nourrissent les fleurs étiolées de ces âmes désertes. Ne croyez pas à l’insouciance ! L’insouciance tient au désespoir ou à la résignation.

La femme de province dans AUX SIECLES DERNIERS 230px-Louis_Le_Nain_007Quelque grande, quelque belle, quelque forte que soit à son début une jeune fille, née dans un département quelconque, elle devient bientôt femme de province. Malgré ses projets arrêtés, les lieux communs, la médiocrité des idées, l’insouciance de la toilette, l’horticulture des vulgarités l’envahissent nécessairement. L’être sublime et passionné que cache toute femme s’attriste, et tout est dit, la belle plante dépérit. Dès leur bas âge, les jeunes filles de province ne voient que des gens de province autour d’elles, elles n’inventent pas mieux, elles n’ont à choisir qu’entre des médiocrités, car les pères de province marient leurs filles à des garçons de province, et l’esprit s’y abâtardit nécessairement. Personne n’a l’idée de croiser les races. Aussi, dans beaucoup de villes de province, l’intelligence y est-elle aussi rare que le sang y est laid. L’homme s’y rabougrit sous les deux espèces : la sinistre idée de la convenance des fortunes y domine toutes les conventions matrimoniales. J’y ai vu de belles jeunes filles, richement dotées, mariées par leur famille à quelque sot jeune homme du voisinage, enlaidies, après trois ans de mariage, au point de n’être pas non point reconnaissables, mais reconnues. Les hommes de génies éclos en province, les hommes supérieurs sont dus à des hasards de l’amour. Quand la femme de province est devenue ce que vous la voyez, elle veut alors justifier son état : elle attaque de ses dents acérées comme des dents de mulot, les nobles et terribles passions parisiennes ; elle déchire les dentelles de la coquetterie, elle ronge les beautés célèbres, elle entame le bonheur d’autrui, elle vante ses noix et son lard rances, elle exalte son trou de souris économe, les couleurs grises de sa vie et ses parfums monastiques. Toute femme de province a la fatuité de ses défauts. J’aime ce courage. Quand on a des vices, il faut avoir l’esprit d’en faire des vertus.

L’infériorité conjugale et l’infériorité radicale de la femme de province sont aggravées d’une troisième et terrible infériorité qui contribue à rendre cette figure sèche et sombre, à la rétrécir, à l’amoindrir, à la grimer fatalement. Toute femme est plus ou moins portée à chercher des compensations à ses mille douleurs légales dans mille félicités illégales. Ce livre d’or de l’amour est fermé pour la femme de province, ou du moins elle le lit toute seule, elle vit dans une lanterne, elle n’a point de secrets à elle, sa maison est ouverte et les murs sont de verre. Si, dans la province, chacun connaît le dîner de son voisin, on sait encore mieux le menu de sa vie, et qui vient, et qui ne vient pas, et qui passe sous les fenêtres, avant de passer par la fenêtre. La passion n’y connaît point le mystère. L’un des plus agréables flatteries que les femmes s’adressent à elles-mêmes est la certitude d’être pour quelque chose dans la vie d’un homme supérieur, choisi par elles en connaissance de cause, comme pour prendre leur revanche du mariage où elles ont été peu consultées. Mais, en province, s’il n’y a point de supériorité chez les maris, il en existe encore moins chez les célibataires. Aussi, quand la femme de province commet sa petite faute, s’est-elle toujours éprise d’un prétendu bel homme ou d’un dandy indigène, d’un garçon qui porte des gants, qui passe pour monter à cheval ; mais, au fond de son coeur, elle sait que ses voeux poursuivent un lieu commun plus ou moins bien vêtu.

Quand une femme de province conçoit une passion excentrique, quand elle a choisi quelque supériorité qui passe, un homme égaré par hasard en province, elle en fait quelque chose de plus qu’un sentiment, elle y trouve un travail, elle est occupée ! aussi étend-elle cette passion sur toute sa vie. Il n’y a rien de plus dangereux que l’attachement d’une femme de province. Elle compare, elle étudie, elle réfléchit, elle rêve, elle n’abandonne point son rêve, elle pense à celui qu’elle aime quand celui qu’elle aime ne pense plus à elle. Vous avez passé quelques mois en province, vous avez dit par désoeuvrement quelques mots d’amour à la femme la moins laide du département ; là, elle vous paraissait jolie, et vous avez été vous-même. Cette plaisanterie est devenue sérieuse à votre insu. Madame Coquelin, que vous avez nommée Amélie, votre Amélie vous arrive à six ans de date, veuve et toute prête à faire votre bonheur, quand votre bonheur s’est beaucoup mieux arrangé. Ceci n’est pas de l’innocence, mais de l’ignorance. Vous la dédaignez, elle vous aime ; vous arrivez à la maltraiter, elle vous aime ; elle ne comprend rien à ce que l’on a si ingénieusement nommé le français, l’art de faire comprendre ce qui ne doit pas se dire. On ne peut pas éclairer cette femme, il faut l’aveugler.

Toutes ces impuissances de la province prennent les noms orgueilleux de sagesse, de simplicité, de raison, de bonhomie. On ne saurait imaginer la masse imposante et compacte que forment toutes ces petites choses, quelle force d’inertie elles ont, et combien tout est d’accord : langage et figures, vêtement et moeurs inférieures. Dans la toilette d’une femme de province, l’utile a toujours le pas sur l’agréable. Chacun connaît la fortune du voisin, l’extérieur en signifie plus rien. Puis, comme le disent les sages, on s’est habitué les uns aux autres, et la toilette devient inutile. C’est à cette maxime que sont dues les monstruosités vestimentales de la province : ces châles exhumés de l’Empire, ces robes ou exagérées, ou mal portées, ou trop larges, ou trop étroites ! La mode s’y assied au lieu de passer. On tient à une chose qui a coûté trop cher, on ménage un chapeau. On garde pour la saison suivante une futilité qui ne doit durer qu’un jour.

Quand une femme de province vient à Paris, elle se distingue aussitôt à l’exiguïté des détails de sa personne et de sa toilette, à son étonnement secret et qui perce, ou ostensible et qu’elle veut cacher, excité par les choses et par les idées. Elle ne sait pas ! Ce mot l’explique. Elle s’observe elle-même, elle n’a pas le moindre laisser-aller. Si elle est jeune, elle peut s’acclimater ; mais passé je ne sais quel âge, elle souffre tant dans Paris, qu’elle retourne dans sa chère province. Ne croyez pas que la différence entre les femmes de province et les Parisiennes soit purement extérieure, il y a des différences d’esprit, de moeurs, de conduite. Ainsi la femme de province ne songe point à se dissimuler, elle est essentiellement naïve. Si une Parisienne n’a pas les hanches assez bien dessinées, son esprit inventif et l’envie de plaire lui font trouver quelque remède héroïque ; si elle a quelque vice, quelque grain de laideur, une tare quelconque, la Parisienne est capable d’en faire un agrément, cela se voit souvent ; mais la femme de province, jamais ! Si sa taille est trop courte, si son embonpoint se place mal, eh bien ! elle en prend son parti, et ses adorateurs, sous peine de ne pas l’aimer, doivent la prendre comme elle est, tandis que la Parisienne veut toujours être prise pour ce qu’elle n’est pas. De là ces tournures grotesques, ces maigreurs effrontées, ces ampleurs ridicules, ces lignes disgracieuses offertes avec ingénuité, auxquelles toute une ville s’est habituée et qui étonnent les Parisiens. Ces difformités orgueilleuses, ces vices de toilette existent dans l’esprit. A quelque sphère qu’elle appartienne, la femme de province montre de petites idées. C’est elle qui, à Paris, trouve de bon goût d’enlever à sa meilleure amie l’affection de son mari. Les femmes de province sont assez généralement enleveuses ; elles ressemblent à ces amateurs qui vont aux secondes représentations, sûr que la pièce ne tombera pas. Elles ne savent pas se venger avec grâce, elles se vengent mal ; elles n’ont pas dans le discours ni dans la pensée l’atticisme moderne, ce parisiénisme (ce mot nous manque), qui consiste à tout effleurer, à être profond sans en avoir l’air, à blesser mortellement sans paraître avoir touché, à dire ce que j’ai entendu souvent : – Qu’avez-vous, ma chère ? quand le poignard est enfoncé jusqu’à la garde. Les femmes de province vous font souffrir et vous manquent, elles tombent lourdement quand elles tombent ; elles sont moins femmes que les Parisiennes. Mais, ce qui dans tout pays est impardonnable, elles sont ennuyeuses, elles ont le bonheur aussi ennuyeux que le malheur, elles outrent tout. On en voit qui mettent quelquefois un talent infini à éviter la grâce.

La femme de province n’a que deux manières d’être : ou elle se résigne, ou elle se révolte. Sa révolte consiste à quitter la province et à s’établir à Paris. Elle s’y établit légitimement par un mariage et tâche de devenir Parisienne : elle y triomphe rarement de ses habitudes. Celle qui s’y établit en abandonnant tout ne compte plus parmi les femmes. Il est une troisième révolte qui consiste à dominer sa ville et à insulter Paris ; mais la femme assez forte pour jouer ce rôle est toujours une Parisienne manquée. Aussi la vraie femme de province est-elle toujours résignée.

Voici les choses curieuses, tristes ou bouffonnes qui résultent de la femme combinée avec la vie de province.

Une jeune fille s’est mariée ; elle était belle, elle reste encore pendant quelque temps belle malgré le mariage ; elle est proclamée une belle femme. La ville est fière de cette belle femme ; mais chacun la voit tous les jours, et quand on se voit tous les jours, l’observation se blase. Si cette belle femme perd un peu de son éclat, la ville s’en aperçoit à peine. Il y a mieux, une petite rougeur, on la comprend, on s’y intéresse ; une petite négligence est adorée, une toilette qui ne se renouvelle pas est une concession à la philosophie du pays. D’ailleurs la physionomie est si bien étudiée, si bien comprise, que les légères altérations sont à peine remarquées, et peut-être finit-on par les regarder comme des grains de beauté. Un Parisien passe par la ville, un de ses amis lui vante la belle madame une telle, il le présente à ce phénix, et le Parisien aperçoit un laidron parfaitement conditionné. Il arrive alors des aventures comme celle-ci. Un jeune homme a quelques jours d’exil à passer dans une petite ville de province, il y retrouve l’éternel ami de collége, cet ami de collége le présente à la femme la plus comme il faut de la ville, une femme éminemment spirituelle, une âme aimante et une belle femme. Le Parisien voit un grand corps sec étendu sur un prétendu divan, qui minaude, qui n’a pas les yeux ensemble, qui a passé quarante ans, couperosé, des dents suspectes, les cheveux teints, habillé prétentieusement, et le langage en harmonie avec le vêtement. Le Parisien fait contre bonne fortune mauvais coeur, et se garde bien de revenir à ce squelette ambitieux. Le Parisien moqueur félicite son ami de son bonheur, il le mystifie en prenant cet art convaincu que prennent les Parisiens pour se moquer. La veille de son départ, le Parisien, questionné par son ami sur l’opinion qu’il emporte de la petite ville, répond quelque chose comme : « Je me suis royalement ennuyé, mais j’ai toujours eu la plus belle femme de la ville ! » Le lendemain matin, l’ami le réveille ; armé d’une paire de pistolets, il vient lui proposer de se brûler la cervelle, en lui posant ce théorème : « Si vous avez eu la plus belle femme de la ville, ce ne peut être que ma maîtresse, allons nous battre, vous n’êtes qu’un infâme. »

On vous présente à la femme la plus spirituelle, et vous trouvez une créature qui tourne dans le même genre d’esprit depuis vingt ans, qui vous lance des lieux communs accompagnés de sourires désagréables, et vous découvrez que la femme la plus spirituelle de la ville en est simplement la plus bavarde.

Deux femmes également supérieures et toutes deux en province, où l’auteur de ces observations a eu la douleur de les trouver, expliquent admirablement le sort des femmes de province.

La première avait su résister à cette vie tiède et relâchante qui dissout la plus forte volonté, détrempe le caractère, abolit toute ambition, qui enfin éteint le sens du beau. Elle passait pour une femme originale, elle était haïe, calomniée, elle n’allait nulle part, on ne voulait plus la recevoir, elle était l’ennemi public. Voici ses crimes. Pour entretenir son intelligence au niveau du mouvement parisien, elle lisait tous les ouvrages qui paraissaient et les journaux ; et, pour ne jamais se laisser gagner par l’incurie et par le mauvais goût, elle avait une amie intime à Paris qui la mettait au fait des modes et des petites révolutions du luxe. Elle demeurait donc toujours élégante, et son intérieur était un intérieur presque parisien. Hommes et femmes, en venant chez elle, s’y trouvaient constamment blessés de cette constante nouveauté, de ce bon goût persistant. La priorité des modes et leur perpétuelle coïncidence avec leur apparition à Paris, choquaient les femmes qui se trouvaient toujours en arrière d’une mode, et, comme disent les amateurs de courses, distancées. Une haine profonde s’émut, causée par ces choses. Mais la conversation et l’esprit de cette femme engendrèrent une bien plus cruelle aversion. Cette femme se refusait au clabaudage de petites nouvelles, à cette médisance de bas étage qui fait le fond de la vie en province. Elle ne souffrait chez aucun homme ni propos vides, ni galanterie arriérée, ni les idées sans valeur ; elle parlait des découvertes dans la science, dans les arts, des poésies nouvelles, des oeuvres fraîches écloses au théâtre, en littérature ; elle remuait des pensées au lieu de remuer des mots. Elle fut atteinte et convaincue de pédantisme, chacun finit par se moquer effrontément de ses nobles et grandes qualités, d’une supériorité qui blessait toutes les prétentions, qui relevait les ignorances et ne leur pardonnait pas. Quand tout le monde est bossu, la belle taille devient la monstruosité. Cette femme fut donc regardée comme monstrueuse et dangereuse, et le désert se fit autour d’elle. Pas une de ses démarches, même la plus indifférente, ne passait sans être critiquée, dénaturée. Il résultait de ceci qu’elle était impie, immorale, dévergondée, dangereuse, d’une conduite légère et répréhensible. – Madame une telle, oh ! elle est folle : tel fut l’arrêt suprême porté par toute la province.

La seconde avait deviné l’ostracisme que sa résistance lui vaudrait, elle était restée grande en elle-même, elle livrait son extérieur seulement à ces minuties. Ce fut à elle que je demandai le secret de l’amour en province, je ne voyais pas dans la journée une seule occasion de lui parler, dans toute la ville un seul lieu où l’on pût la voir sans qu’elle fût observée. « Nous souffrons beaucoup l’hiver, me dit-elle ; mais nous avons la campagne ! » Je me souvins alors qu’au mois d’avril ou de mai, les jolies femmes d’une ville de province sont les premières à décamper. En province, la maison de campagne est le fiacre à l’heure de Paris. Quoique l’homme le plus spirituel de la ville, un homme d’avenir, disait-on, et qui fit un épouvantable fiasco à la Chambre, lui rendît des soins, cette femme mourut jeune et dévorée comme par un ver : la supériorité comporte une action invincible qui, au besoin, réagit sur celui que la nature a doué de ce don fatal.

Une des fatalités qui pèsent sur la femme de province est cette décision brusque et obligée dans les passions, qui se remarque souvent en Angleterre. En province, la vie est définie, observée, à jour. Cet état d’observation indienne force une femme à marcher droit dans son rail ou à en sortir vivement comme une machine à vapeur qui rencontre un obstacle. Les combats stratégiques de la passion, les coquetteries qui sont la moitié de la Parisienne, rien de tout cela n’existe en province. Il y a dans le coeur de la femme de province des surprises comme dans certains joujoux. Elle vous a parlé trois fois pendant un hiver, elle vous a serré dans son coeur à son insu ; vient une partie de campagne, une promenade, tout est dit ; ou si vous voulez, tout est fait. Cette conduite, bizarre pour ceux qui n’observent pas, a quelque chose de très-naturel. Au lieu de calomnier la femme de province en la croyant dépravée, un poëte, un philosophe, un observateur, comme l’a été Stendhal dans Rouge et Noir, devinerait les merveilleuses poésies inédites, savourées à elle seule, toutes les pages de ce beau roman dont le dénoûment seul est connu de l’heureux sous-lieutenant ou du roué capitaine, qui en profitent.

Paris est le monstre qui fait toutes ces victimes, le mal a sept lieues de tour et afflige le pays entier. La province n’existe pas par elle-même. Là seulement où la nation est divisée en cinquante petits états, là chacun peu avoir une physionomie, et une femme y reflète alors l’éclat de la sphère où elle règne. Ce phénomène social existe encore en Italie, en Suisse et en Allemagne ; mais en France, comme dans tous les pays à capitale unique, l’aplatissement des moeurs sera la conséquence forcée de la centralisation ; aussi les moeurs ne prendront-elles du ressort et de l’originalité que par une fédération d’états français formant un même empire, ce qui peut-être n’est pas à désirer. L’Angleterre ne jouit pas de ce malheur, elle a quelque chose de plus horrible dans son atroce hypocrisie, qui est un bien autre mal. Londres n’y exerce pas la tyrannie que Paris fait peser sur la France, et à laquelle le génie français finira par remédier. L’aristocratie anglaise (méditez bien ceci), qui comprend toutes les supériorités, qui les produit ou se les assimile, l’aristocratie couvre le sol ; elle vit dans ses magnifiques parcs, elle ne vient à Londres que pendant deux mois, ni plus ni moins ; elle est toute en province, elle y fleurit et la fleurit. Londres est la capitale des boutiques et des spéculations, on y fait le gouvernement. L’aristocratie s’y recorde seulement pendant soixante jours, elle y prend ses mots d’ordre, elle donne son coup d’oeil à sa cuisine gouvernementale, elle passe la revue de ses filles à marier et des équipages à vendre, elle se dit bonjour et s’en va promptement : elle ne se supporte pas elle-même plus que les quelques jours nommés la saison. Aussi, dans la perfide Albion du Constitutionnel, y a-t-il chance de rencontrer de charmantes femmes tous les points du royaume, mais de charmantes femmes Anglaises !

DE BALZAC


 Honoré de Balzac (1842).jpgsource : BALZAC, Honoré de (1799-1850) : La femme de province (1841).

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Le Bourg des Moustiers en Bretagne

Posté par francesca7 le 11 février 2014

 

280px-Juigné-des-Moutiers_-_rue_du_bourgLe bourg des Moustiers, mieux que Bourgneuf pourtant plus avancé dans le sud, donne l’avant-goût de ces villages vendéens blancs et roses, aux toits serrés autour d’un petit clocher ancien à flèche d’ardoise. La place, devant l’église, agrandie exagérément aux dépens de la cure, à seule fin d’assurer le triomphe des principes républicains, conserve encore – pour combien de temps ? – un caractère puéril et noble grâce à ses arbres et aux façades endimanchées. Un beau retable du XVIIe siècle, animé, bistourné, colorié, dans la manière de ceux que l’on voit si fréquemment en Bretagne, – Lampaul, Guimiliau, Saint-Thégonec, – illustre richement l’abside de l’église sous une voûte bleue semée d’étoiles.

Mais le chef-d’oeuvre des bourgs maraîchins est Bouin, disposé en oasis sur le marais, avec ses clochetons qui montrent les cornes par-dessus un bouquet de charmes.

Pour mettre de l’ordre dans le circuit, prenons la route où nous l’avons laissée à la sortie de Bourgneuf, dans son banc d’huîtres fossiles. Elle court vers Bouin, puis vers Beauvoir-sur-Mer d’un trait à peu près droit, soulignant le littoral à deux ou trois kilomètres d’intervalle, sans d’ailleurs qu’on puisse le soupçonner. La mer, dans ce polder saumâtre, à peine arraché aux entrailles de l’Océan et encore tout engluée de ses vases, est toujours imprévue. On marche à son niveau, plus bas les jours d’équinoxe, derrière des digues qui contiennent malaisément son humeur. On la sent, on la respire, on la voit dans le sel, le nuage, la mouette, l’anguille, dans ces crabes avides qui hantent les étiers gras, et on ne peut la saisir, vrai jeu de colin-maillard. Puis un écart vous la découvre soudain, immense, d’un bloc, telle qu’elle vit au fond de la baie, livide, souillée, hachée de vagues courtes, ce clapotis sombre en accent circonflexe que les Hollandais ont peint, autour de leurs barques à livarde, avec tant d’exactitude.

A Beauvoir deux chemins, l’un tournant vers l’île de Noirmoutier, que l’on peut atteindre, à mer basse, par le passage du Gois, l’autre poursuivant du côté de Fromentine où commencent les sables du pays de Monts, maintenus par la pinède jusqu’aux approches de Croix-de-Vie. Une marge de verdure borde désormais la côte, simple trait coloré, tracé par la baguette des forestiers pour assigner sa limite à l’Océan qui, libéré de l’enclave de la baie, est redevenu l’Atlantique glauque, chassé de l’ouest sans répit, houle après houle. La route passe sur le front des pins avec tant d’autorité que pas un seul ne songe à sortir du rang. Ils demeurent chez eux, à droite, dans les dunes. Le marais s’étend à gauche, mais moins dépouillé depuis la Barre-de-Monts où vibrent les premiers peupliers blancs. L’écran des bois propage un calme bienfaisant. Favorisé par l’eau du sol, la végétation repart en couche épaisse, d’un vert suintant. Des petits ponts en dos d’âne franchissent les douves et, du haut de leur échine, l’oeil saisit au vol le scintillement clair des innombrables canaux. Discrète, à demi enfuie, la maison, qui porte le nom de bourrine, est peu visible. Les maçons la bâtissent avec cette terre du marais, pâteuse comme la glaise, grise comme la cendre, féconde comme l’engrais, qui ne cède qu’à la fré, pelle étroite et longue, semblable à une curette. On passe les murs au lait de chaux. On ouvre une porte, une lucarne. On coiffe le tout d’un chaume compact qui tombe à moins de deux mètres du sol et on plante un rosier près du seuil.

Il faut descendre par Notre-Dame-de-Monts, Saint-Jean-de-Monts, jusqu’au Pissot pour remonter vers Bouin par la belle route du Perrier, amorcée entre deux haies de peupliers splendides qui rafraîchissent l’atmosphère, brisent le soleil et concentrent en même temps, à cette croisée de chemins chargée de foins engrangés, une odeur chaude comme à l’aisselle d’une blonde. Les rouliers boivent au tournebride, la paille jonche le sol, des régiments de poules barrent la route. Même l’été les roseaux et les aulnes éclatent de verdure. Au second pas dans la prairie l’eau poisse aux semelles, vous happe. Il semble, à s’enfoncer dans les champs, que la terre flotte et va sombrer. Elle sombre. Voici l’hiver. Le marais n’est plus qu’une nappe froide anéantie sous la foulée sans fin des escadrons du suroit.

Jusqu’à Saint-Gervais, seul point de la contrée où l’écorce terrestre fait le gros dos le temps d’offrir une vue cavalière du polder, le charme mélancolique n’est point rompu. En traversant le Perrier, Sallertaine, Saint-Urbain, on retrouve, sur les clochers, le chaperon d’ardoises pointu, la maison à croupeton sommée d’une cheminée imposante comme un grenadier de son bonnet à poil, les villages en choux-crème qu’on mangerait, les barges de paille carapaçonnées de tresses, les mulons de sel et les tas de bousas séchés qui remplacent le bois sous le trépied. La propreté vendéenne est merveille ! Chaque jour est fête pour la bourrine. Modeste mais non pas misérable, très près de la vie primitive, simple, rude, elle a toujours l’air de revenir de la lessive. C’est une tradition de blanchir au moins une fois l’an ou de passer des enduits légers, roses, gris ou jaunes, sur le crépi. Les volets sont nets, les briques peintes et les tuiles d’un ton unique, tendre, languide, un ton de géranium amenuisé jusqu’à l’insaisissable par le soleil et les brouillards.

La rue des Salorges, à la sortie de Bouin, avec ses maisonnettes toutes semblables, toutes coloriées, toutes appétissantes est le modèle du genre. Le coeur pâme dans cette imagerie et vous éprouvez soudain une grosse envie de vous arrêter, d’entrer dans une de ces demeures, de vous asseoir entre la huche et le vaisselier et de ne plus jamais repartir. La terre battue est molle aux pieds, les solives fumées consolantes, le lit profond. Ah ! que vous allez bien dormir ! Vous écoutez ? Le silence… Vous regardez ! Un rayon meurt, une fleur penche, l’âtre soupire… Comme la vie est loin, comme votre âme s’évase, comme vos bras pèsent ! Les ruelles sont blanches alentour comme des communiantes, l’hôpital, précédé d’une demi-douzaine d’ormeaux, a des façons de béguinage sous sa coiffe à l’ancienne mode, les moulins tournent sur le champ de foire, quatre moulins minces, hauts comme des phares, pareils à de grands vieillards secs qui parlent à l’aide de signes un langage inconnu. Irez-vous boire ? Les cabarets portent l’enseigne de La Providence ou de La Grâce de Dieu et vous n’avez plus soif que du ciel. Près de l’église une bonne femme vend des chaussons aux pommes, dodus, lourds de compote, dont la pâte sent le beurre, le froment, et, à l’entrée du bourg, il  y a une treille miraculeuse qui produira des raisins jusqu’au coeur d’octobre.

Une jeune fille chante en tirant l’aiguille, dans la boutique du boulanger : profil arrondi, cheveux noirs lissés, prunelle en velours. Elle patoise un peu, mais je démêle, en prêtant l’oreille, un couplet surpris jadis aux lèvres de ma mère :

    Dans le jardin de ma tante il y a quatre coins.
Dans le premier coin il y a un jasmin,
Je vous aime d’un amour sans fin.
Dans le second coin il y a une rose,
Je voudrais vous embrasser mais je n’ose.
Dans le troisième il y a un oeillet,
Dites-moi tout bas votre secret.
Dans le quatrième est un pavot,
Ce que vous dites bas, dites-le haut

Dans une auberge de Bois-de-Céné également, devant une pauvre limonade, j’ai éprouvé cette douce fascination du silence, de la blancheur et de ces vieilles choses ignorantes qui ont gardé leur premier sourire. Le chêne des tables luisait profondément autour du billard couvert d’une housse en cretonne. Des lampes de cuivre étincelaient au plafond et les verres dans les placards d’angle. Entre les rideaux frais on distinguait, d’un côté, l’église courtaude derrière ses ifs, de l’autre une cuisine dorée où travaillait la patronne. Un parfum de pomme, de fumée, d’encaustique, auquel se mêlait l’odeur terreuse de carreaux trop souvent lavés et qui ne sèchent point, collait aux murs de la maison. Seul l’horloge du clocher bougeait, tous les quarts d’heure, mais on finissait par ne plus l’entendre. Deux paysans s’attablèrent et révèrent longtemps sans mot dire, en trinquant. Ils m’avaient salué avec courtoisie, comme le font encore les anciens – écho qui expire ! – le long des routes vendéennes.

Je vous jure qu’il faut un effort pour reprendre le bâton quand cette présence du vide vous a frôlé ! Ne m’avez-vous pas dit, mon cher Sageret, que Bouin est l’unique lieu du monde où vous avez dormi, parfaitement dormi, de ce grand sommeil qui est l’image de la mort ?

Compensation : la route est vivante. Bétail, volaille, dindons, canards, goélands, moulins, nuages et vent, tout s’agite à l’entour de son ruban étroit qui sinue au travers des pacages et des bossis ensemencés de fèves. Le vent surtout, ce vent du marais, prompt et jamais las, trempé, sauri, gâté par le relent des vases en dépit des bouffées toniques de l’étable et du foin, rampe ou galope jour et nuit au ras des herbes. Cette terre basse n’est pour lui que le prolongement de la mer. Nul obstacle, nul repli, pas même l’ondulation des houles. Il arrive en pleine force, en pleine lancée : il fauche. Dès novembre, aux premiers crachins, il commence de battre la bourrine-champignon, où l’homme se clapit près d’un feu de bouses, tandis que l’eau sournoise monte inexorablement, les deux complices se rejoignent sous la nue bouchée qui couvre de ses brumes leur tyrannie sans pitié. Je me souviens que la femme du peintre Milcendeau, exilée sous son chaume de Soullans, disait les larmes que le hurlement incessant de l’hiver arrachait à ses nerfs brisés.

Le Bourg des Moustiers en Bretagne dans Bretagne 220px-Juign%C3%A9-des-Moutiers_-_prieur%C3%A9_de_la_Primaudi%C3%A8reAu soleil de juin, c’est une fête de voir les troupeaux bien nourris, grands boeufs pâles, vaches au mufle huileux, disposer, sur les fonds verts, la masse décorative de leurs formes graves. L’heure du lait, le soir, les groupe aux échaliers près des bidons qui attendent. Les filles portent les sceaux crémeux, bras nus et la crinière coulée sur la nuque dans une résille. Les moutons font tache de-ci, de-là ; les poules s’affairent, bien campées, l’oeil vif ; les canards bâfrent, culs-de-plomb qui tranchent de l’aventurier en jouant de la corne. Mais ils ne feront jamais qu’un voyage au marché de Saint-Jean-de-Monts, de Challans ou de Machecoul, les pattes liées au fond d’un cageot, et l’âne en rit qui les conduira.

Lui, du moins, il engraisse. Bête de misère dans les régions tondues, l’âne tient au Pays de Retz sa prébende. Le poil frais, l’oreille vive, agile et bonhomme, il hante les fermes, les grèves, les foires, les chemins. On le voit paître les fossés en frétillant de la queue, traîner des charges de bousas, des montagnes de paille de fèves et porter le sel gris, tantôt poussé par un paysan en chapeau maraîchin, tantôt conduit par une femme abritée sous la coiffe en anse de panier qu’on nomme quinchenotte. Il est à l’échelle des maisons et sa fine couleur s’accorde naturellement aux pastels du paysage. Si j’avais à doter le marais d’armoiries parlantes, je choisirais, pour le représenter, l’eau, le nuage et l’âne. C’est un malin, en dépit de sa réputation, et un sage. J’ai eu naguère une bourrique qui n’avait rien de plus pressé que de se rouler dans la poussière chaque fois qu’on lui passait l’étrille. Elle m’apprit ainsi à mépriser les vanités mondaines dont le cheval et ceux qui le montent sont tout farcis.

Petit à petit, d’ailleurs, l’âne cède le pas à l’automobile et c’est dommage. M. Guilloux, l’historien du marais breton-vendéen, nous apprend que jadis, du XVe au XVIIIe siècle, la baie de Bourgneuf fournissait de sel une bonne moitié du monde civilisé. Des flottes de la Hanse le venaient charger en l’île de Bouin, tandis qu’huguenots et papistes argumentaient à coups de rapières, aux entours de Beauvoir, sur la façon correcte de gagner le ciel. On disait, en Allemagne, le sel de la Baye, sans plus, et il faisait prime. Mais la vase envahissait les côtes, les salines. Des siècles de lutte n’empêchèrent pas la défaite. On dut planter où la mer cristallisait. Le marais salant devint le marais gât, en culture, et la fève, le blé, le foin éliminèrent lentement le sel. Il n’est plus aujourd’hui qu’une ressource médiocre en comparaison des céréales, de l’élevage. Les nourrisseurs de Paris écument les marchés : volailles grasses, prés-salés, veaux laiteux. Et la mécanique, qui vous aplatit proprement un poulet sur le macadam, chasse à son tour notre lambin de bourricot.

J’ai remarqué pourtant que cette richesse d’après guerre avait moins atteint le pittoresque qu’on ne l’a dit, en Bretagne comme en Vendée. Bien des paysans de la vieille Armorique ont profité de l’argent pour remonter leur garde-robe en veste de velours, en gilets brodés, en tabliers de soie. Au marais on bâtit toujours la bourrine en regard des murs de pierre. Et, ma foi, j’ai beau y regarder de près, je retrouve encore intacte la nature et les hommes qu’ont peints Lepère et Milcendeau.

Le premier avait choisi le marais par élection, pour s’y recueillir quelques mois chaque année, le second tenait au sol par ses ancêtres, et il y a entre eux la différence du sang comme entre demi-frères. Il faudrait ignorer la maîtrise de Lepère, sûr de ses moyens jusqu’à éblouir, son intelligence, sa sensibilité, pour douter de la façon admirable dont il a pu interpréter les massifs d’arbres au bord des routes, – oh ! le beau souvenir des frondaisons de Watteau ! – la plaine submergée où le maraîchin pousse la yole sous les tétards, le hameau transi, la nue convulsive, le marché grouillant. Le drame de la terre et de l’eau où se débat l’homme, ce monde mouvant, dilué, sans fond, sur quoi se dressent des troncs cornus, des baliveaux instables et une volonté de vivre, il en a pénétré et rendu la grandeur tragique. Et il a été touché par la lumière aussi, cette lumière moelleuse, à facettes, qui réserve à ce lopin de boue une richesse incomparable.

Mais dans sa Bièvre, dans ses Quais de la Seine, dans sa Normandie, dans toute son oeuvre, je sens la même acuité, les mêmes raffinements de métier, le même oeil. Milcendeau possédait deux regards. En Vendée, un nouveau génie l’habite. Il n’est plus uniquement l’artiste qui met son savoir et ses dons au service d’un sujet qui l’émeut. Il est visionnaire. Ses morts, des paysans à bourrine, parlent en lui. Le marais, sous ses crayons ou son pinceau, devient religieux. Aucun effet, aucune déformation de style, mais une vérité grave jusqu’au recueillement, profonde jusqu’à l’angoisse.

Lui seul a crayonné, avec la naïveté savante d’un Clouet qui va d’emblée aux traits essentiels, le maraîchin rasé, plissé, tanné, coiffé d’un chapeau rond, vêtu d’un frac en forme de boléro et d’un pantalon collant à pleines fesses. Lui seul a fixé dans des gouaches, des dessins parfaits et sans détours, l’âme chaude, contenue, des filles à cheveux plats, brunes sanguines aux lèvres estompées, aux beaux yeux sombres, au menton court. S’il aimait la mutilation des vieux visages, le printemps craintif des adolescentes rustiques n’a pas manqué de l’attirer. Il y a dans ses horizons gris une fatalité qui fait mal. Ses toits de chaume ne posent pas, ils souffrent. Ses intérieurs fascinent. Milcendeau prend le marais et nous ouvre son coeur. Passant ailleurs, il est ici de la famille. Et s’il a rapporté d’Espagne une oeuvre lucide, c’est que le maraîchin rappelle dans ses traits, sa vêture, les paysans du Léon dont il serait, dit-on, un descendant émigré.

Chacun va où son démon le pousse et il n’est pas vrai de prétendre que l’artiste fait ce qu’il veut. Ces quelques lieues carrées où le Pays de Retz s’ajuste au Pays de Monts, ont inspiré des peintres diversement. Peské a pris l’arbre en bûcheron, en poète. Antral a pris l’eau et les signes primitifs d’une nature élémentaire.

chapelle5_200x600 dans VILLAGES de FRANCEJ’ai découvert Antral au bourg des Moustiers, dans la maison de la mère Pinson, un beau matin qu’une brise vinaigrée enfilait la ruelle. Il venait de Nantes : escale au port, aux rues chaudes, tordues, fades, lumineuses, musicales. La Loire et le lac de Grand-Lieu l’avaient préparé à ces horizons déserts que hachurent, au premier plan, un jonc maigre, des osiers, et il tenait de la mer la révélation des cieux dramatiques. Il ne fut pas longtemps à prêter l’oreille pour entendre la langue du Pays de Retz, les sables pâles comme un champ d’avoine, les vasières opalines, la baie lourde, bilieuse, arrondie dans un beau mouvement circulaire, les étiers taillés dans une terre pourrie – le Collet, les Brochets, l’Époids, – où christe-marine, algue, pourpier sucent leur vie côte à côte et qu’un balisage de perches rustiques prolonge dans le large, les douves des salines, croûtées comme un visage malade, les poteaux du télégraphe si hauts sur la plaine, les coiffes blanches, les maisons blanches, le vent…

Un soir de septembre, ces soirs si grands chez nous où les nuages s’arrêtent, échafaudent leurs masses et s’ouvrent tout à coup dans un éclatement pourpre, j’ai quitté Antral. Il emportait dans ses cartons ce pays où nous avions roulé ensemble, où il ne reviendra peut-être jamais. Je me suis retrouvé seul sur la route, avec la chaleur mélancolique d’une forte poignée de main et cette pesanteur de l’âme qui suit les évasions exaltées. Le crépuscule couvait encore des braises rouges dans ses cendres soufrées. Un phare s’alluma : le Pilier qui me fait signe du côté de l’aventure depuis tantôt quarante ans. Je vis la mer, molle et passionnée comme une phrase de Chopin, musique fanée qui vous brise… Ah ! que cette terre que je traîne aux semelles me parut pesante, en rentrant !

 

Extrait de ELDER, Marcel Tendron pseud. Marc (1884-1934) : Pays de Retz.- Paris : Emile-Paul, 1928.- 99 p.-1 f. de pl. en front. : couv. ill. ; 20 cm. - (Portrait de la France ; 21).

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Les réjouissances de Noël de nos ancêtres

Posté par francesca7 le 25 décembre 2013

 

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Une notice sur Beaufort, commune de l’Anjou, mentionne une très ancienne coutume dont il ne reste pas trace dans les traditions du pays. C’était, à Beaufort, un usage que tous les jeunes gens mariés dans l’année se réunissent la veille de Noël, pour offrir au public un grand divertissement. A l’heure indiquée, ils se rendaient, escortés de toute la foule, sur un pont situé sur une petite rivière, à l’extrémité de la ville.

Là, au signal donné par les premiers magistrats de la cité, et en présence du seigneur du lieu qui présidait la cérémonie, ils se précipitaient dans l’eau pour y saisir, en nageant, une pelote que l’on avait jetée dans le courant. Les nageurs avaient la liberté d’arracher la pelote des mains de ceux qui l’avaient saisie les premiers ; c’était, on peut le penser, une lutte fort longue et fort distrayante. Celui qui, le plus fort ou le plus adroit, parvenait à se rendre maître de la pelote était proclamé le vainqueur. Il recevait cinquante livres pour « monter son ménage » et était reconduit chez lui au son de la trompe, au bruit des tambours, des fifres et des hautbois. Ceux des jeunes gens qui, n’étant pas malades, « ne voulaient pas grelotter en nageant après la pelote », payaient une amende au profit du vainqueur.

Une coutume à peu près semblable avait lieu en Normandie, au Mesnil-sous-Jumièges et à Yville. La dernière mariée de l’année – et c’était à qui se marierait la dernière pour avoir cet honneur -, en présence de toute la paroisse assemblée, jetait par-dessus l’église une boule ou une pelote où était enfermée une somme d’argent. Chacun faisait ses efforts pour s’en emparer. Or, pour en demeurer maître, il fallait rentrer chez soi et faire baiser la pelote à la bûche de Noël, dans la cheminée. Quiconque touchait le porteur, lui criait : « Lâche la pelote », et de nouveau la pelote était lancée. Souvent cette partie de balle lancée durait fort longtemps, et parfois l’heureux possesseur de la balle demeurait éloigné du village deux eu trois jours avant de rentrer chez lui, attendant que ses adversaires, lassés, aient abandonné la partie. Une sorte de superstition s’en mêlait, la pelote portant bonheur au hameau qui la possédait. C’était un talisman qui assurait de belles récoltes à celui qui pouvait la garder. Le supplément du 25 décembre 1898 du Journal de Rouen rapporte que tout cela était très inoffensif, mais les bousculades, les batteries qui s’ensuivaient, l’étaient moins, et, en 1866, on a supprimé définitivement cette originale coutume normande.

Voici, d’après Carnandet, bibliothécaire de la ville de Chaumont, ce qui se passait, la veille de Noël, dans les villages de Champagne. C’est à la nuit tombante que commencent les réjouissances de la fête de Noël. Dès que la dernière lueur du jour s’est fondue dans l’ombre, tous les habitants du pays ont grand soin d’éteindre leurs foyers, puis ils vont en foule allumer des brandons à la lampe de l’église. Lorsque ces brandons ont été bénits par le clergé, ils les promènent par les champs : c’est ce qu’on appelle la fête des flambarts. Ces flambarts sont le seul feu qui brûle dans le village : ce feu bénit et régénéré jettera de jeunes étincelles sur l’âtre ranimé dans quelques instants, image symbolique de la renaissance spirituelle apportée au monde par le Christ.

images (8)Puis on allume la bûche de Noël. Pendant la veillée, les paysans, sur l’esplanade et dans les cours, se livrent à mille passe-temps agréables et se divertissent au jeu des folles entreprises. Les uns feignent de vouloir prendre la lune avec les dents, les autres de rompre une anguille avec les genoux, les autres d’étouper les quatre-vents, d’autres, enfin, de faire taire les femmes qui coulent la buie (la lessive). Mais tous les jeux cessent à minuit, alors que les cloches tintent dans les airs obscurcis. De tous côtés, s’en viennent à l’église de longues files de paroissiens portant des brandons goudronnés, des torches de paix ardente qui répandent de larges clartés sur les campagnes éblouissantes et font scintiller le givre aux baissons des clôtures.

Voici la description d’une veillée de Noël dans le Rouergue. Dans les vastes plaines arides du Causse, comme sur les montagnes du Levézou et les mamelons boisés du Ségala, il fait grand froid vers la fin de décembre ; aussi on ne ménage pas le bois dans la vaste cheminée autour de laquelle se groupe toute la famille pour la veillée. Autrefois, les voisins arrivaient, eux aussi ; on se réunissait, ainsi, nombreux, tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre, on devisait joyeusement, sans contrainte ni gêne aucune, grignotant de savoureuses châtaignes grillées et les arrosant de cidre ou du petit vin blanc qu’on récolte dans les vallons.

Groupée autour d’un grand feu, la famille cause doucement : tout à coup, les cloches se font entendre. « Les carillons ! » dit l’un des anciens, et là-dessus, pour satisfaire l’avide curiosité des jeunes, on rappelle toutes les antiques légendes de la fête de Noël, que tout le monde sait déjà, mais qui plaisent toujours. On raconte que les cloches de telle ancienne paroisse détruite, jetées dans quelque gouffre profond par les protestants ou les révolutionnaires, se mettent à sonner d’elles-mêmes pour répondre aux joyeux carillons de leurs sœurs qui chantent si gaiement dans le clocher du village.

Viennent ensuite les récits les plus variés sur la naissance du Sauveur… Presque toujours ces récits se terminent par un cantique de Noël – en patois, bien entendu :

Au miezo mièch,
Lous pastrès quitou lou lièch,
Per ona audoura la noissenço,
Moun Dious !
D’un Dious plé de puissenço
Benez esse Dious !

A minuit,
Les bergers quittent le lit,
Pour aller adorer la naissance, Mon Dieu !
D’un Dieu plein de puissance,
Venez être Dieu !

Avant de partir pour la Messe de minuit, on plaçait la bûche de Noël (souquo naudolenquo). D’après la tradition, la bûche de Noël, dans toute maison qui se respecte, doit durer jusqu’au 1er janvier, et même, pour s’assurer une heureuse et prospère année, il faut qu’elle brûle sans s’éteindre jusqu’à l’Epiphanie, afin que, si les Rois Mages viennent à passer par là, ils aient de quoi réchauffer leurs membres fatigués et glacés par l’âpre bise de nos montagnes. Aussi ce sont des arbres entiers ou d’immenses souches de chêne qu’on fait porter par trois ou quatre valets de ferme dans la gigantesque cheminée de la cuisine.

La plume très exercée de Marie de Lacertelle a su mettre en scène l’antique veillée de Noël au pays lorrain, qu’on retrouve dans le numéro du 7 janvier 1905 des Annales d’Orléans.

« C’était la veillée de Noël en pays lorrain. Dans la grande salle du château, maîtres et serviteurs sont rassemblés, le souper vient de finir ; les pages apportent les galettes dorées et les aiguières de vin vermeil qui doivent égayer la soirée. Au haut de la table, le comte Raoul de Briamont a présidé le repas sur le grand fauteuil seigneurial sculpté aux armoiries de sa maison ; il a crié Noël ! en élevant gaiement la coupe d’argent, et sa voix sonore a éveillé, en même temps que les échos de la grande salle, la joie dans tous les cœurs des convives. Car tous les serviteurs de Briamont présents au festin de Noël aiment leur jeune maître de quinze ans et respectent sa tête blonde, comme ils respectaient jadis les cheveux blancs de son aïeul.

« A la droite du comte Raoul se trouvent : le chapelain, messire Didier, qui, tout à l’heure, célébrera dans la chapelle la Messe de minuit ; puis Alain, le vieil écuyer du défunt seigneur ; dame Pernette, qui a nourri et élevé l’enfant ; les servantes, les hommes d’armes de la petite garnison qui défend le château pendant ces jours troublés ; les varlets, les pages et, enfin, une famille de pauvres laboureurs qui est venue le jour même chercher derrière les murs de Briamont un abri contre la fureur des bandes pillardes qui dévastent la campagne. Et tous ont répété : Noël ! Vive notre jeune seigneur !. Merci à vous, mes bons serviteurs et amis, reprend le comte Raoul ; merci de votre affection et des soins dont vous m’avez entouré pendant toute cette année, la dernière que je passe parmi vous et sous le toit de mes pères. Bientôt sonnera l’heure du départ ; bientôt, sous la conduite de mon suzerain, j’irai trouver notre sire le roi Charles ; bientôt je serai chevalier, je pourrai courir sus à l’Anglais et aider, s’il plaît à Dieu, à le chasser hors du royaume de France. Criez donc : Noël ! mais aussi : Vive notre gentil dauphin Charles VII ! »

A Paris, comme dans toutes les grandes capitales, le mouvement et l’animation redoublent la veille de Noël et se prolongent non seulement fort avant dans la soirée, mais encore une partie de la nuit. La Noël, l’une de nos plus grandes fêtes religieuses, l’une des plus touchantes fêtes de famille, est en même temps la plus franchement joyeuse des fêtes populaires. Dès la nuit tombée, les rues sont envahies par la foule : sur les boulevards, auxquels les petites boutiques provisoires prêtent la physionomie d’une tête enfantine, c’est un flot toujours croissant, toujours renouvelé de promeneurs.

Les terrasses des cafés s’encombrent à vue d’œil ; à tous ces gens attablés, des camelots, viennent proposer le jouet du jour, Les réjouissances de Noël de nos ancêtres dans HUMEUR DES ANCETRES 220px-Julaftonen_av_Carl_Larsson_1904en accompagnant leur boniment des facéties les plus originales. Des mendiants cherchent à exploiter la pitié des passants et des industriels sans ressources s’improvisent artistes pour la circonstance. Ces sortes de ménestrels pullulent depuis quelques années. Certains exercent leur talent sans collaboration, mais la plupart sont groupés en duo ou trio pour donner leur concert. Ils débitent leur répertoire, généralement insignifiant, devant un public peu exigeant, car c’est d’une façon bien distraite qu’on les écoute. Ces virtuoses du pavé, pauvres « cigales » de l’art, auxquelles la lumière électrique tient lieu de « soleil », accompagnent souvent leurs chants de « danses » qui ne leur assurent pas toujours ce qu’il faut pour « subsister ».

Un usage des plus édifiants et des plus touchants existe encore au village de Montsecret, dans l’Orne. La veille et le matin du jour de Noël, une jeune fille pieuse et estimée de tous va par les maisons porter l’Enfant-Jésus de la Crèche et le fait baiser aux petits enfants. Les parents remettent alors une offrande pour l’entretien de la lampe qui, pendant tout le mois de janvier, brûle à l’église devant la Crèche. Cette visite est regardée comme un honneur et une bénédiction par les familles : les enfants l’attendent avec impatience et l’accueillent avec joie.

(D’après « La nuit de Noël dans tous les pays » paru en 1912)

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La grande lessive d’autrefois

Posté par francesca7 le 30 août 2013

La grande lessive d'autrefois  dans LAVOIRS DE FRANCE telechargement-42

  Le terme « lessive », caractérise à la fois l’action de laver le linge, l’eau de lavage et le linge lui-même (du latin lineus, lin ; le linge désignant au départ la toile de lin) : on fait la lessive au lavoir, dans une buanderie, une laverie, à la main, dans une lessiveuse ou une machine à laver, encore appelée lave-linge. 

De tout temps la lessive fut l’apanage des femmes : laveuses, lavandières, blanchisseuses et repasseuses. Corvée autrefois longue et pénible, malsaine, le lavage du linge s’est transformé en une tâche quotidienne simple, rapide et relativement bon marché, et moins polluante qu’elle ne le fut autrefois, suite aux nombreux progrès technologiques qui se sont opérés au cours du siècle dernier. La lessive est devenue, de nos jours, une opération banale, pratiquée quotidiennement. 
Chaque jour, en France, on estime à 20 millions le nombre de lessives effectuées. 

  La plus ancienne description de lavage est faite par Homère (Odyssée chant V) : Nausicaa et ses compagnes apportent le linge du palais sur le fleuve. 

 A l’origine, la lessive se faisait avec les pieds : on foulait le linge. Le verbe “laver », en hiéroglyphes égyptiens, est représenté par deux pieds dans l’eau. C’est également avec les pieds que les foulons romains détergeaient le suint (matière grasse animale attachée à la laine des moutons).

   Mais la grande affaire de nos proches ancêtres, était la lessive à la cendre que l’on pratiquait dans tous les villages et les petites villes, deux fois l’an, au printemps avant les Rameaux, et à l’automne vers la Toussaint, selon les régions. 
C’était un événement important de la vie communautaire, un acte social qui rassemblait les femmes et donnait lieu à une vraie fête, avec repas, chants et danses qui faisaient oublier la fatigue.      

 Faire la buée [bue, bues, buées, bui(e)s), bugée ou bughée en Poitou-Charente], avec de l’eau portée à ébullition donc, désignait l’ensemble de l’opération, qui, à l’extérieur ou dans une pièce spécialement préparée (chambre à four, fournil, atelier, appentis ou coin de grange), se déroulait sur trois ou quatre jours, voire une semaine, suivant le volume de linge à laver  : une grande buée comptait en moyenne 70 draps, autant de chemises, et des dizaines de torchons et de mouchoirs. 

Les 3 grandes opérations de la buée

 Le tri se pratiquait dans les foyers : d’un côté le linge blanc, et de l’autre, les lainages et le linge fin. Le blanc lui-même étaittrié, car sa place dans le cuvier était conditionnée par sa finesse et son degré de saleté. 

  1) le trempage [échangeage, essangeage, essoinguage ou échange], correspondait au prélavage.
  Dans un baquet, à la maison, ou au lavoir (à la fontaine, au bord de la rivière, du ru, de l’étang ou de la mare), l’opérationconsistait à décrasser à l’eau, sommairement, pour en faire tomber les matières peu adhérentes et solubles (poussières, boues), le linge que l’on avait amassé, voituré en ballots ou brouetté. Ainsi, la crasse était-elle dissoute dans l’eau froide alors que les matières qui la constituaient auraient coagulé dans l’eau bouillante. 
Les saletés ou « sanies » les plus tenaces étaient frottées à la brosse sur une planche à laver striée. 

  2) Le lessivage
 Il s’opérait en 2 temps :


- L’encuvage
 

 Le grand cuvier (cuveau, bugadier ou bougadou dans le Sud-Ouest, biré ou biri en Bourgogne du sud) en bois cerclé de douelles comme un tonneau (il est parfois en terre cuite et s’appelle la ponne – en tôle zinguée au début du xxème siècle), pouvant atteindre 1,20 m à 2 m de diamètre sur un peu plus d’un demi-mètre de hauteur et contenir jusqu’à 400 litres d’eau, était sorti (ou loué) chez le tonnelier (après avoir été rempli d’eau un mois avant pour faire gonfler le bois) et posé sur un trépied (en bois ou en métal).  
   Si le cuvier disposait d’un trou de vidange, au fond, (vide-lessive, pissette, pisserotte, pissoir), on le bouchait avec une poignée de glui (paille de seigle longue et non brisée) ou de paille de blé, qu’on tordait avant de l’introduire en force ; dépassait alors un faisceau d’une dizaine de centimètres qui servait de bouchon filtrant ; le jus de lessive (le lissieu, le lessi) recueilli goutte à goutte tombait sous le trépied dans un bac de récupération, la jalle, (ou jarle) ou tinotte où on le puisait pour le réchauffer en permanence, dans la marmite, jadis accrochée à la crémaillère de la chemnée, ou, plus récemment, sur le fourneau situé à proximité, lequel servait aussi à cuire la nourriture des animaux. Dans bien des maisons, la place étant comptée, la cuisine pouvait avoir été débarrassée de ses meubles et transformée en buanderie.

  On mettait des branchages au fond du cuvier pour maintenir un écart entre le linge et la goulotte et faciliter l’écoulement futur de l’eau. Puis on disposait dans le cuvier, un grand vieux drap (généralement une grosse toile de chanvre), appelé charrier (cendrier ou, encore, flairé), pour envelopper la lessive : il servirait de filtre pour retenir les cendres et ne laisserait passer que le produit lessiviel bouillant, lors du coulage à chaud.  On déposait, après les draps (les linceux), généralement brodés aux initiales de la mariée, le linge de corps et les vêtements (chemises,  bonnets de nuit), puis les vêtements de travail, les blouses (bliauts, biauds ou biaudes), le linge de maison, les nappes et les serviettes, les torchons, jusqu’à ce que le cuvier soit plein ; des lamelles de savon et des racines d’iris (du fenouil ou de la lavande), étaient disposées entre chaque couche pour parfumer le linge. Pour ne pas laisser la lessive s’écouler sans traverser les tissus, les petites pièces étaient placées au fond, avant les plus grosses et tout le linge qu’on avait amassé était tassé au maximum.

Lorsque le linge recouvrait entièrement le charrier, on disposait, sur toute la surface, la charrée, soit dix à quinze centimètres de cendres qu’on avait retirées de la cheminée ou de la cuisinière et tamisées soigneusement, pour en éliminer les morceaux noirs de charbon de bois ; longtemps préparée à l’avance, elles provenaient d’arbres fruitiers, de châtaigniers, de frênes, de charmes, d’ormes, de peupliers ou de sapins : étaient proscrites les cendres de chêne, qui tachent, comme celles de tout bois dur*. Puis on ramenait les coins du charrier sur les cendres. 

« Châtaignier… : (ce) mot évoque une des deux maximes pratiques qui ont régi mon enfance : « ne mange pas la bouche ouverte, et ne jette jamais dans la cendre les épluchures de châtaigne ! » C’est que la cendre, fine mouture, était promise à la lessive. Où vous-a-t-on élevés pour que vous ignoriez qu’une pelure de châtaigne, un brandon de chêne mal carbonisé, peuvent tacher toute une lessive ? » (Colette,Prisons et paradis, p. 110) 

   Si le cuvier avait une bonde, on y enfonçait soit une cannelle reliée à une gouttière (ou coulotte), soit un drain en bois de sureau ou un tuyau, qu’on inclinait vers la casse de la chaudière (ou cassin – en fonte à la fin du XIXème siècle), contenant l’eau en train de chauffer à laquelle le jus de lessive, ainsi canalisé, se mêlerait directement. 

 - Le coulage ( ou échaudage ou ”bugade”) 
Pour que la bue fût bonne, la première coulée se faisait avec de l’eau chaude (surtout pas bouillante pour ne pas cuire la saleté) ; puis on faisait, lentement, couler l’eau (une soixantaine de litres environ), de plus en plus chaude, puis bouillante sur la charrée. La solution alcaline qui résultait de la macération des cendres végétales dans l’eau agissait comme lessive. 
Parfois, on y ajoutait des orties en décoction qui forçaient plus encore le blanchissage. 

  Le charrier finissait par être complètement recouvert et l’eau nettoyait lentement le linge qu’elle traversait ; puis, par la goulotte, elle retournait à la casse où elle chauffait de nouveau ; on la puisait (ou la « puchait »)  à l’aide du coule-lessive, (puisard ou puisette, sorte de godet ou de louche, en cuivre parfois, pourvu d’un long manche), puis on la réchauffait jusqu’à ébullition et reversait, toujours avec la puisette, au sommet du cuvier sur le charrier. 

On recommençait l’opération de transvasement pendant des heures, jusqu’à ce que la maîtresse de maison estimât que le linge devait être propre. Il était alors retiré brûlant du cuvier avec une pince en bois à longues branches ou un bâton fourchu et mis à égoutter sur des tréteaux.  

  On ne prétendait pas, en procédant ainsi, avoir éliminé la saleté ; mais, répandue sur l’ensemble du linge elle était rendue soluble par les cendres, et plus vite éliminée dans l’eau de la rivière. 

  Si l’ouvrage n’était pas achevé quand tombait le soir, la laveuse, pour conserver la chaleur et retenir dans le linge la vapeur active, couvrait le cuvier avec des sacs à grains, ou avec un couvercle fabriqué en paille de seigle et en noisetier, appelé le fleuriot, ou une grosse couverture. Après avoir macéré toute la nuit, le linge était dépoté le lendemain. 

Les cendres lessivées étaient récupérées au jardin (mélange de carbonate de potassium et de chlorure de potassium, la potasse est utilisée comme engrais et le bicarbonate de potassium est aussi un fongicide ["le terme potasse provient du néerlandais « potas » ou de l'anglais "pot ash" littéralement «cendre de pot»] wikipedia.

  3) Le rinçage et le battage du linge sur les bords de la rivière ou au lavoir 

L’opération du « retirage » (le troisième jour de la bue en général) était le fruit d’un effort harassant qui durait toute une journée : les lavandières transportaient le  » butin  » mouillé soit sur une brouette, dans des sacs de grosse toile ou des paniers d’osier, soit dans une hotte portée à dos. 

Les laveuses procédaient alors au dégorgeage à l’eau courante, à l’aide d’un battoir en charme ou en châtaignier, ou mieux, à l’aide d’une brosse de chiendent, le “chient”, au rinçage, agenouillées dans leur boîte à laver (ou carrosse ou cabasson – un coffre en bois de sapin) garnie de chiffons ou de coussins de paille, qui servaient de protection, munie d’une planche ou non.. Elles tendaient le linge à bout de bras, le laissaient flotter dans l’eau froide, le frottaient et le pressaient sur la selle avec la brosse, le rinçaient en le tordant et en le frappant avec le battoir pour le débarrasser de l’eau de lessive. 
 Elles pouvaient aussi travailler debout, la selle posée sur des tréteaux. [cf les accessoires des laveuses]

 L’azurage : on plongeait dans l’eau de chaque baquet de rinçage un sac de bleu contenant une poudre bleue provenant de l’indigotier ou de l’outremer, pour rendre le linge encore plus blanc. 

images-61 dans LAVOIRS DE FRANCE Le blanchissage : tout aussi éreintant que la précédente, l’opération consistait à étendre le linge au soleil, en plein champ, et à lui faire subir une série de manipulations pouvant durer  2 à 3 jours. Conformément aux préceptes de Diderot et d’Alembert, le linge était étendu à plat sur un pré, arrosé à plusieurs reprises avec un arrosoir de jardinier et retourné deux ou trois fois sens dessus dessous. Pendant trois jours, le soleil et l’eau achevaient « de lui donner un lustre et un blanc très parfait ».

 Le séchage  
– couvert : le linge était mis à sécher au grenier, aéré par des lucarnes, en mauvaise saison. 
– à air chaud, devant le poêle ou la cheminée. 
– en plein air, directement étendu sur l’herbe (ce qui présente l’avantage du blanchiment) pour les grandes pièces telles que les draps ou étendu sur des cordes, en plein vent, fixé par des pinces à linge qui n’étaient, avant les pinces à ressort, que de simples fourches de bois taillé ; et si la corde fléchissait, on la relevait à l’aide de perches en bois fourchues.  

L’expression « pendre le linge », utilisée autrefois, a été supplantée par celle, plus logique, « d’étendre le linge » et le terme « étendoir », remplacé par « séchoir », bien que ce dernier désigne plus souvent un système mécanisé de séchage (par une source artificielle de chaleur et/ou d’aération). 

Cette méthode de lavage, plus ou moins perfectionnée au cours du temps, fut pratiquée jusqu’après la première guerre mondiale : le linge sale passant ainsi, en plusieurs jours, de l’enfer (passage dans le cuvier) au purgatoire (séance de battoir au lavoir ou à la rivière), puis au paradis (rinçage, séchage, repassage et blanchiment). 

 Documents source : 

- Pour une histoire de la lessive en Nivernais au XIXe siècle Guy Thuillier. Annales. Économies, Sociétés, Civilisations.1969 Vol. 24 N°2 pp.377-390 
- Le savoir faire de nos grands parents : la bue ou la grande lessive - Mémoires vivantes /bulletin18   
- Un siècle de lavage du linge 
- Jours de lessive…Les techniques de lavage 
- Histoire de la machine à laver française, musée du lave linge
- La bugée, bughée, buée ou lessive à la cendre 

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Après le lavoir, Le repassage

Posté par francesca7 le 26 juin 2013

         

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  Après le lavoir, Le repassage      dans LAVOIRS DE FRANCE 258px-The_new_woman--wash_day

Le repassage consiste à lisser une pièce de tissu, généralement les vêtements et le linge de maison venant d’être lavés, afin d’en retirer les plis. L’outil utilisé est appelé fer à repasser, bien que de nos jours, celui-ci ne soit plus constitué de fer. 

Techniquement, le repassage défait les liens entre les longues molécules de polymère des fibres du tissu. Les molécules chauffées sont redressées par le poids du fer puis prennent leur nouvelle forme en refroidissant. Certains tissus, tel le coton, exigent un apport d’eau afin que les liens intermoléculaires se défassent. Beaucoup de tissus modernes (à partir de la deuxième moitié du XXème siècle) sont censés ne nécessiter qu’un simple coup de fer ou pas de repassage du tout. 

À partir du XVIIème siècle, en Europe, on commence à employer des outils en fonte de forme triangulaire et munis d’une poignée que l’on chauffe dans un feu. Par la suite, on utilisa une boîte en fer remplie de charbons chauds périodiquement aérés à l’aide d’un soufflet attaché. Ce type de fer était en vente aux États-Unis au moins jusqu’en 1902. 
  
Lingère-repasseuse
 

La condition de lingère-repasseuse n’a rien à voir avec celle de buandière. Souvent fine et jeune, la repasseuse fait un travail propre et délicat qui la rend proche de la cousette. Pourtant, le maniement du fer à repasser est un labeur pénible et peu rémunéré. Mais, déjà, se profile son remplacement par la machine à repasser. Fabriquée en France, une machine d’origine américaine permet de repasser, au besoin de glacer et d’apprêter les devants de chemises. On peut lire dans la revue la Nature du 27 juin 1903 que cet appareil est à même de répondre non seulement aux besoins du blanchisseur ordinaire, mais aussi à ceux du blanchisseur de luxe qui doit satisfaire aux exigences d’une clientèle mondaine

Le Musée de la lessive à Spa en Belgique                                         

 

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Le Musée de la lessive, un musée belge consacré au travail des blanchisseuses.      

            Jour de lessive

 Dans la province de Liège, en région wallonne, beaucoup de femmes spadoises gagnaient autrefois leur vie en faisant la lessive pour les hôtels et les curistes en villégiature à Spa. C’est à toutes ces lavandières, blanchisseuses et repasseuses que le Musée de la lessive rend hommage. Anciennes machines à lessiver, reconstitution d’un lavoir, méthode de repassage, histoire du savon, animation pour les enfants… Tout au long des 25 petites salles de ce musée, les visiteurs sont invités à découvrir la grande histoire de la lessive, depuis la grande buée du moyen-âge aux premières machines à lessiver.

Adresse : Rue Hanster 10 4900 Spa

Ouverture : Dès le mois de mars 2013, les dimanches de 14 à 18h, les samedis de mars à octobre de 14 à 18. Tous les jours des vacances de Pâques et durant les mois de juillet et août de 14 à 18h

Prix : Adultes : 3€ – Enfant de moins de 12 ans : 1€

En savoir plus :museedelalessive

 

 

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La lessive en Nivernais

Posté par francesca7 le 15 avril 2013

 

La lessive en Nivernais dans LAVOIRS DE FRANCE lessivetrempé pendant un ou deux jours, puis on le dépose par couches successives dans un cuveau (le ťnot) installé sur un trépied de 80 cm ; on sort les cendres du cendrier г, situé au-dessous de la plaque du four, et on les étend en une couche de 10 à 15 cm d’épaisseur sur le charrier (ou charrouée), drap étendu sur le cuveau. Pour couler la buée, l’eau bouillante est versée sur les cendres, traverse le linge et s’écoule du cuveau « goutte à goutte », par la pisserotte (en paille tressée) 2, dans la tinotte, petite cuve placée sous le ťnot ; on fait chauffer à nouveau l’eau de lessive et l’on recommence l’opération pendant trois ou quatre heures, parfois pendant toute la journée. Le lendemain, le linge est porté à la fontaine ou au ruisseau, savonné puis frotté à coup de brosse, tapé et rincé dans l’eau.

La méthode était assez primitive. La pièce où l’on lavait — la cuisine — « était envahie à la fois par la fumée venant de l’âtre et par la buée : c’était une atmosphère un peu étouffante et il se dégageait l’odeur fade du linge qui a longuement bouilli » 3, et cette humidité lourde détériorait les murs 4. D’autre part, le travail des femmes — rapporter continuellement la lessive refroidie à la chaudière pour la réchauffer et la reverser au cuveau — était pénible et même dangereux, les brûlures étant très fréquentes ; la perte de chaleur était considérable — la moitié selon certains — , surtout la saponification était incomplète avec des lessives insuffisamment chauffées ; il fallait savonner le linge à nouveau pour enlever les taches et les traces jaunes, ce qui accroissait la dépense ; inversement, le linge était parfois abîmé par des lessives trop fortes (quand on se trompait sur la quantité de cendres), ou trop bouillantes 5.

Certes, le coût de l’opération est difficile à dresser. On utilisait généralement du savon blanc ou bleu marbré de Marseille, en table ou en

1. Cavité en pierre de taille mépagée sous la cheminée, que l’on retrouve dans presque toutes les maisons anciennes.

2. A Baleine, « on met dans le fond du cuveau trois ou quatre torchons dont on fait sortir les cornes par les goulottes ; en dessous de ces torchons et sur l’ouverture du goulot, on place l’os d’une mâchoire inférieure de brebis : elle sert à empêcher les torchons de s’affaisser et facilite le passage de l’eau qui doit filtrer doucement pendant douze à seize heures… » (Aglaé Adanson, ouv. cité, p. 177.)

3. R. Baron.

4. « II arrive souvent, note le sous-préfet de Clamecy, que les familles malheureuses occupent en commun de petites salles basses dans lesquelles tous les effets du ménage sont lavés, séchés, repassés, ce qui produit des exhalaisons délétères, entretient l’humidité dans le logement et devient une cause de maladie et de mort » (Mar- lière, Statistique de l’arrondissement de Clamecy, 1859, p. 120).

5. Sur les inconvénients de la méthode traditionnelle, on se reportera aux plaintes de Rouget de lisle (Notice historique, théorique et pratique sur le blanchissage du linge, op. cit., p. 60-63) : la méthode est « longue, coûteuse, empirique, embarrassante et le plus souvent inapplicable pour les pauvres ménages, qui ne possèdent qu’une ou deux chambres » ; le linge prend une couleur jaune-brunâtre et « l’emploi répété de la lessive colore et salit de plus en plus le linge à mesure qu’on multiplie les arrosages ».

 

Annales {2A » année, mars-avril 1969, n° 2) 10

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Le Moulin des Lavoirs

Posté par francesca7 le 26 mars 2013

 …. à Saint-Florent sur Cher

Saint-Florent-sur-Cher (18-Le Cher) est une ville qui existe depuis la période gallo-romaine (« vicus aureus », le village doré, puis Bourg-Doré). Le premier monument construit fut l’église paroissiale au 11e siècle. Au 13e siècle s’est installée une seigneurie connue, dépendant directement de la grosse tour de Bourges. Le château servait de centre de contrôle du travail des mariniers et des flotteurs de la Marine Royale pour lesquels deux ports furent construits de chaque côté du pont. Des liens avec les villages voisins se créent grâce à la création d’une route entre Bourges et Saint-Florent en 1803, d’un nouveau pont en 1832, d’un viaduc en 1892 et l’arrivée du chemin de fer en 1893.

Avant 1790, il y avait à Saint-Florent des moulins banaux.

Le moulin de La Chaise, dont il est fait mention dans des actes administratifs de 1713 et 1775, appartenait au Seigneur du Coudray, et était situé sur le bras gauche du Cher. Il a été détruit en 1800.

Le moulin des lavoirs appartenait à la paroisse de Saint-Caprais. C’était une grande minoterie, dont les appareils étaient mis en mouvement par une  turbine hydraulique d’une puissance de 35 à 40 chevaux-vapeur. Ils se composaient de cinq paires de cylindres cannelés pour le broyage du froment, de huit paires pour le convertissage de semoule et gruau, enfin, de huit bluteries (sorte de tamis servant à séparer la farine du son) et d’un sasseur (filtre).

L’usine fabriquait en 24 heures entre 70 et 80 quintaux de farines fines.

Georges Vrinat fut le dernier minotier propriétaire de ce  moulin à froment. En avril 1936, Mr Baudin y installa la Société Centrale d’Oxygène (soudure, puis protection de surface par cadmiage et polissage).

Le moulin brûla en juillet 1960.

Le Moulin des Lavoirs dans LAVOIRS DE FRANCE le-moulin-300x196

LE HAUT FOURNEAU DES LAVOIRS : Témoin de la métallurgie en Berry

Construit en 1842, le haut fourneau des Lavoirs s’inscrit dans la longue tradition de la métallurgie berrichonne, qui remonte à l’Antiquité. Le Berry fut, en effet, une grande région productrice de fonte et d’un fer réputé.

Dans la période 1830-1850, pour répondre à une demande croissante (notamment pour les chemins de fer), des industriels installent des fourneaux, forges et fonderies afin de produire rapidement : fonte, fer et divers objets, et machines. C’est ainsi qu’en 1942, Le Marquis de Travan et demande l’autorisation d’établir un haut fourneau sur sa propriété des lavoirs à Saint-Florent. La force motrice sera l’eau, prise grâce à une dérivation du Cher dans la retenue du moulin des lavoirs. Il est prévu de produire annuellement de 2000 à 2500 tonnes de fonte. Le minerai provient des minières des bords du Cher à raison de 3000 à 4000 m3 par an. Le combustible utilisé sera le coke de Commentry à raison de 8000 m3 par an.

Œuvre du célèbre ingénieur Walter de Saint Ange, le haut fourneau des lavoirs constitue le type achevé d’une nouvelle génération de fourneaux lentement élaboré entre le milieu du XVIIe siècle et la décennie 1820. Au milieu du 19ème siècle, la crise économique va sonner le glas des usines métallurgiques de Rosières et des Lavoirs. Le site des Lavoirs cesse son activité en 1862.

Il nous reste aujourd’hui un bel ensemble bien conservé, qui a été inscrit aux monuments historiques le 31 août 1992. Outre le haut fourneau complet, le site comprend,  le canal de dérivation du Cher amenant l’eau, qui actionnait la roue de la soufflerie, les vestiges de l’ancienne chambre de la machine à vapeur, les chambres des soufflets et la halle de coulée, la maison du régisseur et les logements ouvriers. Enfin, il faut imaginer, sur la hauteur dominant la route départementale,  une halle à charbon (détruite aujourd’hui) ainsi qu’une  rampe d’accès au fourneau.

 

LAVANDIERE de St Florentin sur Cher   : Depuis les temps les plus reculés, le lavage domestique du linge fut une activité dévolue à la femme. Dès le 13ème siècle, la lessive du gros linge est en usage une fois, voire deux ou trois fois l’an. A côté de ces temps forts, il y a, pour le petit linge, le fameux jour de lessive.

Très tôt le matin, les lavandières se rendaient sur les bords du Cher, au lavoir du château, avec leur brouette lourdement chargée : baquet, battoir, brosse, savon et corbeille de linge sale. Une fois agenouillées dans  leur cabasson garni de paille, le travail pouvait commencer.

On lavait le linge au savon de Marseille, aux cristaux de soude ou à l’eau de javel, on le frappait énergiquement avec un battoir pour en extraire la lessive, on le frottait avec une brosse en chiendent, on le rinçait dans l’eau claire, puis on l’égouttait avant de l’essorer. Les lavandières étaient généralement des matrones aux épaules voûtées, aux reins brisés par la génuflexion prolongée, aux bras broyés par le brossage et la manipulation des grosses pièces, des draps lourds et humides, aux mains et aux genoux gelés, crevassés par les hivers rigoureux et l’eau glacée, les doigts déformés par l’arthrite. 

lavendieres dans LAVOIRS DE FRANCE

Le lavoir était cependant le lieu privilégié des rencontres féminines, un peu comme le café pour les hommes. Les nouvelles du village circulaient vite et les langues allaient bon train et souvent les chants résonnaient pour se donner de l’ardeur à l’ouvrage. S’il est vrai que le travail était harassant et les techniques utilisées fastidieuses, il  faut convenir aussi que c’était un monde où l’on s’entraidait et où la solidarité avait vraiment un sens.

Les lavoirs évoquent, de nos jours, une activité révolue. A partir des années 1950, l’arrivée de l’eau sur les éviers, puis l’apparition de la machine à laver le linge, sonneront la fin de cette dure besogne.

Les lavandières n’existent plus, mais leur histoire demeure.

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