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Un fabuleux parcours sur nos terres de Légendes

Posté par francesca7 le 18 octobre 2015

 

 TERRES DE LEGENDES

 
Du vœu de Philippe-Auguste lui permettant de braver la mort, à la fontaine du Réveillon dont l’eau assure à qui la boit de revenir au toit natal sans périrsur des terres étrangères, en passant par l’invocation d’un saint Paterne ouvrant miraculeusement une chapelle murée aux fidèles qui se voient guéris de la peste, ou bien la tour de la Reine-Blanche juchée sur un souterrain recelant un trésor jamais découvert, le pays de Gisors est fertile en touchantes légendes

Dans ses Souvenirs et impressions de voyage, le vicomte Walsh décrit sa découverte de Gisors, explique s’être rendu, guidé par son ami Théodore de Ronaud, sur un pont, jeté au travers de l’Epte, qui coupe la ville en deux : sur un des parapets, consigne-t-il, s’élève une statue de la sainte Vierge.

Elle est là pour apprendre qu’un de nos plus vaillants rois, Philippe-Auguste, a failli périr dans cette petite rivière, dans une rencontre qu’il eut avec Richard Cœur de lion. Après avoir été privé de l’aide des chevaliers les plus renommés de son armée, accablé par le nombre, il avait été forcé de chercher un refuge dans Gisors ; mais, si pour charger l’ennemi, Philippe était toujours un des premiers, quand il s’agissait d’abandonner du terrain aux Anglais, il était loin d’être en tête…

 

Beaucoup de fuyards avaient donc passé avant le roi, sur le pont qui donnait alors entrée dans la ville… Et tout ce monde et tous ces chevaux l’avaient tellement ébranlé, que lorsque Philippe-Auguste fut au milieu, la voûte s’écroula , et le roi vêtu de son armure, et son cheval recouvert de son caparaçon de bataille, et les chevaliers bardés de fer qui se pressaient auprès du monarque, tombèrent pêle-mêle dans la rivière, dont les pluies d’automne avaient beaucoup grossi les eaux. Au moment d’être noyé, Philippe fit vœu à la sainte Vierge que, s’il échappait à ce péril, il lui élèverait une statue ; le vœu a été tenu.

Une croyance du pays, superstitieuse et touchante, a trait à la fontaine du Réveillon. Quand, après avoir visité le cachot du prisonnier, je me rendis à la tour de la Reine-Blanche sur le coteau de Neaufle-Saint-Martin, explique Walsh. Il faisait une extrême chaleur et, dans cette exploration, mon vieil ami me montra une source dont il vanta la fraîcheur des eaux, et m’invita à m’y désaltérer. Je suivis son conseil, et bus à longs traits à cette jolie fontaine, qui n’a pas d’autre nom dans le pays, que celui de Réveillon. Et quand je relevai la tête comme le soldat de Gédéon qui vient de boire au torrent, Théodore de Ronaud me dit :

– Je suis bien aise que tu aies bu de cette eau.

– Pourquoi ?

Un fabuleux parcours sur nos terres de Légendes dans FONDATEURS - PATRIMOINE 220px-Capitulation_de_Rouen_du_1er_juin_1204– Parce que cette eau est merveilleuse en ce point qu’il faut, quand on en boit, forcément revenir à Gisors, quelque part que l’on aille : du temps des croisades, raconte la tradition populaire, les pèlerins du canton qui avaient fait vœu de visiter la Palestine ne manquaient jamais d’aller boire au Réveillon, pour revenir au toit natal et ne pas mourir aux terres étrangères.

Du temps de l’Empire, alors que les jeunes Français étaient mis en coupe réglée, et que la gloire les emportait au loin, sur les pas du grand empereur, les mères des conscrits menaient leurs fils à la source qui rappelle, et leur faisaient boire de ses eaux. Touchante superstition que celle-là ! et si par hasard je m’étais trouvé sur le chemin d’une de ces femmes naïves et crédules, je n’aurais pas voulu, pour tout au monde, démontrer à la pauvre mère que les eaux du Réveillon n’avaient point de vertu particulière, point de puissance surnaturelle pour faire revenir au pays natal celui qui s’en est éloigné.

Quittant Gisors et Théodore, Walsh nous rend ainsi compte de la suite de son périple : je passai devant le beau château de Saint-Paër, qui appartenait naguère au vicomte d’Arlincourt, et qui va être démoli par la bande noire. Cette bande noire, mes jeunes amis, vous ne la connaissez peut-être pas, et si elle n’a rien détruit de vos souvenirs, rien abattu de vos manoirs de famille, je vous en félicite. Il y a en France, et un peu partout aujourd’hui, toute une classe d’hommes qui placent l’argent avant tout, et qui n’adorent qu’un Dieu : l’or !

Ces hommes ne tiennent aucun compte de ce qui ne rapporte pas, et n’estiment que ce qui augmente leur revenu ; vous leur diriez : N’ensemencez pas ce morceau de terre, n’y mettez pas à paître vos bestiaux, c’est de la terre sainte, c’est sous cette herbe que sont les cercueils de votre père et de votre mère ; ils la laboureraient !.. Cette église, que le temps et les prières des fidèles ont consacrée depuis six siècles ; cette antique et noble demeure, que la chevalerie a illustrée ; ne leur dites pas qu’elles doivent être conservées au pays, à cause de leurs vieux souvenirs, car ils se mettraient à éclater d’un stupide rire, et vous demanderaient ce que rapportent les souvenirs.

La bande noire se compose de ces hommes, et depuis quarante ans ce qui est tombé sous ses pics de fer est immense !… Ces impitoyables travailleurs ont couvert la France de la poussière qu’ils faisaient en abattant, en démolissant palais, églises, tombeaux, arcs de triomphe, oratoires des chemins, et hôpitaux des pauvres ! Ces hommes vont se mettre à l’ouvrage à Saint-Paër, et n’y laisseront pas pierre sur pierre. Alors le cœur du noble écrivain qui a vécu là saignera cruellement, et les pauvres seront tout déroutés dans leur misère, parce qu’ils n’y trouveront plus la Providence qui les y avait longtemps secourus !…

Voici ce que la tradition raconte de la chapelle de Saint-Paër, qui, ainsi que le château, va être démolie. Le saint sous l’invocation duquel était placé cet oratoire, était saint Paterne, fameux dans la contrée par les miracles qu’il y a faits, toujours en faveur des pauvres, des malades et des affligés.

Or, il arriva une année, que le pays de Normandie fut ravagé par de cruelles maladies ; il y avait tant de morts, que les cimetières devenaient trop petits, et que dans bien des paroisses il n’y avait plus de prêtres pour administrer les mourants, plus de fossoyeurs pour enterrer les morts. Ceux que le mal n’avait pas encore atteints, ceux qui souffraient déjà, mais qui pouvaient encore marcher, les femmes, les enfants, les vieillards, les riches chevauchant, les pauvres à pieds, venaient en pèlerinage à la chapelle de Saint-Paër.

Au commencement du fléau, le seigneur châtelain avait ouvert les barrières de son avenue et le porche de sa cour à cette pieuse affluence… Mais, au bout de quelques semaines, l’enceinte de son château devint semblable à celle d’un hôpital. Couchés sur de la paille, abrités par des draps tendus sur des perches coupées dans les bois, on voyait les moribonds luttant contre le mal, et les trépassés attendant la charrette des morts ; puis l’on entendait les cris et les gémissements de toute cette multitude affligée et souffrante. Ce spectacle était si attristant, et la contagion était tellement à craindre, qu’un jour le châtelain prit le parti de faire fermer aux pèlerins les cours, les grilles et la chapelle.

Alors, la foule s’irrite et maudit l’homme riche et sans entrailles qui la repousse, et qui ne veut pas qu’elle puisse prier saint Paterne, à l’endroit même où il a été enterré, et là où se sont opérés le plus de miracles. Une affreuse sédition allait éclater et ces hommes qui ressemblaient déjà à des spectres, s’étaient levés de leur paille, hideux et menaçants, quand un vieillard leur cria :

 

« Pour que Dieu nous guérisse, souvenons-nous de ses commandements ; il a dit : Tu ne tueras pas… Et si l’un de nous portait la main sur le riche qui nous ferme sa demeure, son sang versé nous serait non seulement une cause de mort, mais encore de damnation. Soyons donc résignés, pour ne pas mourir… et allons demander à nos prêtres de venir intercéder pour nous. » Les paroles du vieillard produisirent leur effet ; la colère des moribonds s’apaisa, et bientôt le châtelain n’entendit plus les cris de menace retentir sous ses fenêtres ; tous les pèlerins avaient quitté Saint-Paër… et le silence était venu s’établir là où s’étaient élevés des gémissements, des plaintes et des malédictions.

Mais le lendemain, dès l’aube du jour, le seigneur suzerain aperçut du haut de son donjon une longue procession qui s’avançait au milieu des champs que la maladie du pays avait fait laisser sans culture depuis plus de six mois. Les croix brillaient au soleil levant, et les bannières flottaient au vent du matin ; plus de dix paroisses s’étaient réunies pour venir implorer saint Paterne. Elles cheminaient en chantant les litanies, et quand la multitude chrétienne répondait, au nom de chaque saint, priez pour nous ! toutes les croix réunies n’en semblaient plus qu’une seule… Puis, par moments, des silences succédaient aux chants, et puis des chants aux silences !

Le doyen des prêtres, le curé de Bézu, marchait en tête de la procession… Il savait un sentier pour arriver à la chapelle sans passer par les cours du château, et c’était par ce côté qu’il avait dirigé la marche de gens qui, pour la plupart, semblaient être sortis du sépulcre, tant la maladie les avait rendus pâles, faibles et amaigris… O surprise ! ô douleur ! la grande porte de la chapelle est murée… et les petites portes latérales clouées, verrouillées et fermées par des barres de fer… Le curé ne perd pas courage, car il a mis sa confiance en Dieu. Il s’agenouille donc devant les grandes portes que les maçons ont bouchées pendant la nuit ; la procession entière l’imite ; et les voilà prosternés, priant ce même Seigneur qui fit jadis tomber les murs de Jéricho.

téléchargementSaint Paterne, priez pour nous ! crie le curé. Saint Paterne, guérissez-nous, répète la foule. Aussitôt la porte murée s’écroule, les petites portes s’ouvrent d’elles-mêmes, les mourants se précipitent dans la chapelle, y prient devant la sainte image du patron de la contrée, et en ressortent guéris… Mais, voyez la justice de Dieu !… La noble épouse du châtelain avait deux enfants jumeaux, entrant dans leur septième année. Jusqu’à ce moment , elle les avait préservés du mal contagieux qui désolait la province.

Ce matin-là même, elle était allée toute tremblante dire à son seigneur et maître : « Messire, vous empêchez ceux qui souffrent de venir prier dans notre chapelle, prenez garde que Dieu ne nous fasse souffrir… Hier au soir, une pauvre femme que vous avez, avec tant d’autres, renvoyée de la cour et de la porte de l’oratoire, où elle avait porté sa fille… s’est levée du seuil sacré, avec le désespoir dans l’âme, et, m’apercevant avec nos enfants à travers les vitraux, elle a haussé sa fille dans ses bras, toute raide et toute violâtre, et m’a crié : Dame châtelaine, ma fille ne serait pas morte, si ton mari ne nous avait pas chassés ; prends garde à tes enfants, car Dieu est juste ! – Laissez-moi, avait répondu rudement le seigneur de Saint-Paër, nos enfants se portent bien, cette femme n’est point prophétesse, et ces paroles ne leur porteront point malheur. »

Le châtelain se trompait quand il parlait ainsi, car soudain la femme qui avait soin du petit garçon et de la petite fille, entra dans la galerie, en s’écriant :

– Miséricorde ! miséricorde ! voilà le mal qui vient de prendre aux enfants de Messire et de Madame !…

– Je cours les porter à l’autel de saint Paterne, dit la mère effrayée…

– J’ai fait murer la porte, répondit le père.

– Vous avez voulu empêcher le saint de guérir les autres… Maintenant voudra-t-il guérir nos enfants ?

– Allez, vous qui êtes pure et pieuse comme un ange… allez ; moi, pendant ce temps, je vais prier ici, en me frappant la poitrine.

– Venez avec moi, Messire.

– Non, voyez tout ce peuple, il m’en veut de l’avoir renvoyé de notre enceinte, il me maudira et peut-être que ses malédictions retomberont sur ma fille et mon fils !

– Pour que Dieu et saint Paterne vous soient en aide, mettez, mettez l’orgueil de côté, et venez à l’oratoire.

– Allez chercher les enfants ; je vais vous suivre, dit le seigneur suzerain ;

Et, enveloppé de son manteau, le chapeau rabattu sur les yeux, il descendit les degrés de pierres de l’escalier tournant. Arrivé dans la cour, un de ses gens lui apprit comment les portes de la chapelle s’étaient miraculeusement ouvertes. « Dieu est pour eux, murmura le baron, sera-t-il pour moi ? » et il avança. Oh ! il fallait que l’amour paternel fût bien fort, bien avant dans son cœur, car alors son orgueil le faisait horriblement souffrir…

Un homme de la campagne lui barra le passage :

– Tu m’as renvoyé avant-hier de la chapelle, dit-il au châtelain, tu m’as empêché de prier, maintenant moi et tout ce peuple t’empêcherons d’aller porter tes enfants au saint qui guérit.

Hier j’ai péché, mon frère, repartit le seigneur de Saint-Paër… Laissez passer mes enfants avec leur mère… Et moi, qui ai fait murer la porte de la chapelle, je me punirai moi-même, je n’y entrerai pas, je me prosternerai en dehors, je m’humilierai pour que Dieu me pardonne et guérisse mon fils et ma fille.

Alors l’esprit de la multitude changea, la haine et l’exaspération s’en allèrent de toutes les âmes, et la foule, redevenant tout à coup respectueuse, se fendit pour laisser un passage au baron et à sa famille. Et, comme il venait de le dire, il n’entra point dans l’oratoire ; sa femme ses enfants, et les gens du château y pénétrèrent seuls, lui se prosterna au milieu des pierres éboulées du mur qu’il avait fait élever la veille, s’humiliant le front jusque dans la poussière, se frappant la poitrine, et priant avec ardeur.

Or, ce baron de Saint-Paër avait été jusqu’à ce jour le plus superbe, le plus orgueilleux de tous les châtelains du pays normand ; mais voyez-vous, dans le cœur d’un homme qui a des enfants, il y a quelque chose de plus fort que l’orgueil, c’est l’amour paternel… L’histoire que je viens de vous raconter vous le prouve, conclut Walsh.

Quittant le château de Saint-Paër, notre vicomte poursuit son récit. Entre Saint-Paër et Neaufles-Saint-Martin, il y a, de l’autre côté de la grande route de Paris à Rouen, une riche et belle vallée. On dit que Neaufles, en 856, était une ville considérable ; aujourd’hui, il n’en reste plus que la moitié d’une tour, mais cette moitié est encore de toute son ancienne hauteur ; on dirait que, depuis sa plate-forme jusqu’au sol, elle a été fendue en deux ; j’ai vu peu de ruines de cet effet, précise Walsh

Cette tour passe dans le pays pour avoir été habitée par la Reine Blanche, non la mère de Louis IX, mais Blanche d’Évreux, la princesse la plus accomplie de son temps, que Philippe de Valois, âgé de cinquante-six ans, épousa, alors qu’elle n’en avait que dix-sept ; cette union ne dura pas deux années, Blanche demeura veuve cinquante ans, et vécut loin des intrigues de la cour dans le château de Naufles-Saint-Martin, dont il ne reste que le débris dont je vous ai parlé, et qui s’aperçoit de bien loin au-dessus des bois qui recouvrent le coteau.

 

On prétend qu’entre la tour de Neaufles et le château de Gisors, il existait une communication souterraine. Pendant mon séjour chez mon ami Théodore de Ronaud, voici ce que j’ai lu dans le Mémorial des sciences et des arts : « La reine Blanche, assiégée dans Gisors par une armée formidable, fit une vigoureuse sortie contre les assaillants ; mais cernée par eux, et ne pouvant rentrer dans la ville, elle se réfugia au coucher du soleil, avec les chevaliers qui la suivaient, sur la montagne et dans le fort démantelé de Neaufles, à une lieue de la place. Les ennemis, campés dans la plaine, environnaient de toutes parts la tour, où ils étaient certains, au point du jour, de faire la reine prisonnière.

« L’aurore paraît, ils s’élancent impatients vers la citadelle ruinée, où Blanche ne peut s’échapper. Oh ! surprise ! Ils montent sans obstacle ; les murs sont déserts ! L’écho répond seul à leurs cris de guerre ; pas un soldat, pas une arme, pas un drapeau : les guerriers de Blanche et Blanche elle-même se sont évanouis avec l’aurore, comme les vapeurs de la vallée.

« Qui peindrait l’étonnement des soldats désespérés ? Les uns se persuadent que Blanche, protégée par les enfers, a été invisiblement enlevée avec ses troupes par les esprits du noir abîme ; les autres s’imaginent que la veille, à la chute du jour, en la poursuivant dans la vallée, ils ont été abusés parles brouillards de la rivière, qui, sans doute, à leurs yeux avaient pris la forme fantastique d’un bataillon fuyant. Tandis que sous les remparts solitaires de Neaufles, leur imagination se nourrit de fantômes et se perd en conjectures, Blanche soudain s’élance hors des murs de Gisors, fond comme la foudre sur l’ennemi épouvanté de ces sortilèges, et remporte une victoire complète.

« Comment expliquer le miracle ? Rien de plus facile ; la tour de Neaufles-Saint-Martin et la citadelle de Gisors, quoiqu’à plus d’une lieue l’une de l’autre, se communiquaient sous la vallée et la rivière qui les sépare, au moyen d’un long souterrain, et ce souterrain était inconnu à l’ennemi. »

Le long souterrain de Naufles existe encore, écrit le vicomte Walsh en 1842 : on y entrait il y a peu d’années. Dans une note d’un de ses ouvrages, le vicomte d’Arlincourt a écrit qu’un ouvrier qui a travaillé dans ces souterrains l’a assuré avoir vu et touché de belles grilles de fer ; dans le pays, parmi les gens de la campagne et parmi bien des habitants des petites villes, on prétend que d’immenses trésors sont cachés derrière ces portes de fer.

Louis Antoine François de Marchangy.pngMarchangy en avait entendu parler, et dans son Tristan le Voyageur, on lit : « Il est à savoir, mes beaux seigneurs, que de la citadelle de Gisors au château de Neaufles est un souterrain immense. On voit de loin la belle tour de la Reine-Blanche, au-dessus des bois de Saint-Eloi et de Bézu-le-Long. Aujourd’hui, ces lieux dévastés par les guerres que se firent sans cesse les rois de France et d’Angleterre sur ces frontières de leurs États, sont rendus à une nature sauvage, qui de toutes parts revient sur les plateaux agrestes, dont elle était expulsée. Les créneaux s’écroulent dans les fossés et se cachent sous la mousse et les fleurs ; l’érable perce les fortes murailles que n’avaient pu renverser les béliers ennemis ; le souterrain, fermé de vingt portes à barreaux de fer, recèle des trésors qui feraient la fortune de bien des rois.

« Il est un jour, une heure, un moment dans l’année où il est possible de pénétrer dans cette caverne profonde ; c’est tandis que le prêtre lit la généalogie de Jésus-Christ, à la messe de minuit… J’entendis des femmes qui, ne sachant ce qu’étaient devenus leurs maris, pensaient qu’ils étaient engouffrés dans cet abîme, et les appelaient à l’entrée avec des cris épouvantables. On nous raconta des aventures sinistres, qui nous firent perdre l’envie de descendre dans ce souterrain. »

(D’après « Souvenirs et impressions de voyage », paru en 1842)               

Publié dans FONDATEURS - PATRIMOINE, HISTOIRE DES REGIONS, VILLAGES de FRANCE | Pas de Commentaires »

Henri III, un homme à femmes

Posté par francesca7 le 17 juin 2015

 

Henry_III,_of_France_and_the_princess_Louise_of_LorraineCela peut étonner car, dans la mémoire collective, Henri III est demeuré celui qui entretenait des mignons, terme dont l’histoire oublie volontiers qu’il est dépourvu, à cette époque, de la connotation homosexuelle qu’on lui donne aujourd’hui.

Certes, les favoris d’Henri III se fardent et se poudrent (comme tous ceux qui aujourd’hui passent à la télévision…), mais ce sont, comme leur protecteur, de fameux coureurs de jupons et des soldats qui savent prouver leur valeur sur le champ de bataille. La mort du duc de Joyeuse, le premier mignon du roi, en est l’exemple.

Ils n’ont rien d’efféminé, ces mignons, malgré leurs anneaux aux oreilles, leurs dentelles et fanfreluches. La vérité, c’est qu’on tolère mal, dans une cour qui a toujours promu la virilité brute et considéré le raffinement comme de la faiblesse, le penchant d’Henri III et de son entourage pour la culture, pour l’élévation de l’esprit, pour l’insouciance inspirée d’une fête sans limite.

Henri III se dégage des reliefs de la féodalité musclée et machiste en cultivant une image différente, des apparences qu’une lecture myope et orientée s’empresse de faire basculer dans une famille de comportements qui a fait au long des siècles les frais d’un inexplicable instinct d’agression meurtrière. Le nazisme ne fut pas en reste dans ce domaine…

Concernant les femmes, le dernier des Valois n’a rien à envier à son successeur le premier des Bourbons, Henri IV, surnommé le Vert Galant. Les contemporains d’Henri III nous ont décrit le roi comme un homme aimant beaucoup les femmes. Peu connues, jamais aucune d’elle ne reçut le titre de maîtresse officielle. Mais leur fréquentation assidue porta préjudice tout autant à sa réputation qu’à sa santé – un ambassadeur italien allant jusqu’à écrire que « le roi eut quelques maladies pour avoir fréquenté dans sa jeunesse trop familièrement les femmes ». 

Le 21 février, le jeune prince de 23 ans est sacré roi, mais refuse d’épouser Anna Jagellon, sœur de Sigismond II Auguste, une femme quinquagénaire qu’il juge « laide ».

Il apprend par une lettre le 14 juin 1574 la mort de son frère Charles, et songe alors à quitter la Pologne. Un roi de Pologne n’a pas autant de pouvoir qu’un roi de France et Henri regrette la cour de France réputée dans toute l’Europe pour ses fêtes. Sans la permission de la diète polonaise, il s’échappe en catimini dans la nuit du 18 juin 1574 du palais royal du Wawel.

Après un interrègne de dix-huit mois, la diète élira un nouveau roi de Pologne en la personne du souverain de la Transylvanie Étienne Bathory (1575).

Henri arrive à Vienne en Autriche, le 23 juin où il rencontre l’empereur Maximilien II. La capitale autrichienne l’accueille avec faste et il y dépense près de 150 000 écus. Il atteint ensuite l’Italie et s’y arrête plus longuement.

La magnificence avec laquelle la République de Venise le reçoit à son tour émerveille le jeune souverain. Il a peut-être là une brève liaison avec la courtisane Veronica Franco. Il passe ensuite à Padoue, Ferrare et Mantoue. En août, il est à Monza où il rencontre Charles Borromée qui l’impressionne vivement. À Turin, Henri III retrouve sa tante Marguerite de France, puis le duc de Savoie vient le chercher pour l’emmener à Chambéry. Il traverse donc les Alpes à bord d’une litière vitrée. Il rapporte certaines modes, notamment selon la légende celle de lafourchette.

Il arrive à Chambéry le 2 septembre 1574 où il retrouve son frère François d’Alençon et son cousin Henri de Navarre. Le 6 septembre il est accueilli à Lyon par sa mère. Il souhaite l’annulation du mariage de Marie de Clèves afin de l’épouser, mais le 30 octobre, alors qu’il vient d’arriver à Avignon, il apprend la mort de celle-ci. Cette nouvelle l’anéantit et il refuse de s’alimenter pendant dix jours.

Le 13 février 1575, Henri troisième du nom, est sacré dans la cathédrale de Reims par le cardinal de Guise. Lors du sacre la couronne de sacre, à plusieurs reprises, manque de tomber de la tête du nouveau souverain, et les célébrants oublièrent de faire jouer le Te Deum. Le 15 février, il épouse Louise de Vaudémont-Nomény, princesse de Lorraine. Il n’aura pas d’enfant de ce mariage d’amour.

Installé à Saint-Cloud dans l’attente du siège de Paris, ce 1er août 1589, vers huit heures du matin, Henri III accueille sur sa chaise percée le procureur général accompagné d’un moine dominicain ligueur, Jacques Clément, qui se dit porteur de nouvelles en provenance du Louvre. Devant l’insistance du religieux à vouloir parler en privé avec le souverain, on les laisse tous les deux seuls. Le roi se lève pour s’entretenir dans l’embrasure d’une fenêtre. Jacques Clément en profite pour frapper le roi au bas ventre avec le couteau qu’il tenait dissimulé sous son habit. Henri III arrache le couteau de son intestin perforé et s’en sert pour frapper son assaillant en s’écriant : « Méchant moine, tu m’as tué ! ».

Henri III, un homme à femmes  dans FONDATEURS - PATRIMOINE 200px-Ball_Henri_III_detailAu bruit, les gardes du roi, les fameux Quarante-cinq, accourent, transpercent le moine de leurs épées et le jettent par la fenêtre. Dans un premier temps, les médecins minimisent la gravité de la blessure, remettent les intestins en place et recousent la plaie. Henri III parvient à dicter des lettres aux villes qui lui obéissaient afin de couper court aux rumeurs. À sa femme restée à Chenonceau, il affirme même que dans quelques jours, il monterait de nouveau à cheval. Cependant, le soir venu, la péritonite progresse et ses souffrances augmentent. Selon les règles de passation de pouvoir, il montre son cousin Henri de Navarre à l’assistance et dit « voilà votre roi ». Après une douloureuse agonie, il décède le 2 août 1589 vers 3 heures du matin. Henri de Navarre lui succède sous le nom d’Henri IV.

Henri III est le dernier souverain de la Maison capétienne de Valois, laquelle régna sur la France de 1328 à 1589.

Henri III est un homme de contrastes qui présente plusieurs facettes : celle d’un homme fier aux manières distinguées et solennelles, mais aussi celle d’un homme extravagant qui aime les divertissements et ses plaisirs. Sa personnalité est complexe. Son apparente douceur cache un esprit nerveux et inflexible.

Henri III est un homme élégant qui incarne la grâce et la majesté d’un roi. Il apprécie la mode et ses extravagances (boucles d’oreilles et fraise imposante). C’est aussi un homme d’une grande douceur qui abhorre la violence et évite toute confrontation belliqueuse. Il délaisse les activités physiques, bien qu’il soit une des plus fines lames du royaume. Son dégoût de la chasse et des activités guerrières, privilèges des nobles, comme son goût pour la propreté et l’hygiène, lui valent des critiques acerbes de la part de ses contemporains, dont beaucoup considèrent que c’est un comportement efféminé.

Éduqué dans un milieu humaniste, le roi encourage le monde des lettres en soutenant financièrement des écrivains (Desportes, Montaigne, Du Perron). Il s’adonne lui-même à la philosophie et malgré son hostilité aux protestants fait venir l’imprimeur Estienne à Paris.

Henri III est un roi plus apte à s’affairer dans son cabinet avec ses ministres qu’à guerroyer sur un champ de bataille. Ce qui ne l’empêcha point de faire plusieurs campagnes militaires et de rester ferme, donnant l’ordre d’exécuter à coups de pistolet le prince de Condé à Jarnac. C’est un homme très intelligent, qui fait généralement preuve de mansuétude vis-à-vis de ses adversaires et des villes rebelles qu’il reconquiert, recherchant des solutions diplomatiques, ce qui lui vaut parfois quelques revers.

120px-Louise_de_Lorraine dans HUMEUR DES ANCETRESSes maîtresses les plus célèbres sont Louise de La Béraudière (de plus de vingt ans son aînée), Mme d’Estrées (mère de Gabrielle d’Estrées) et Renée de Rieux, issues de la moyenne noblesse. Il fréquente également lors de son périple italien qui le ramène de Pologne en juin 1574, Veronica Franco, une courtisane vénitienne fort renommée à l’époque. À la même date, il entretient aussi une relation platonique avec la princesse de Condé, Marie de Clèves, pour qui il éprouva une passion démesurée. Sa mort survenue brutalement le 30 octobre 1574 amena le roi à prendre un deuil particulièrement ostensible qui étonna la cour.

Henri III est un homme pieux, profondément catholique. Avec l’âge, sa piété se développe. Les malheurs qui l’accablent à la fin de son règne lui donnent parfois un goût pour le macabre. Il s’adonne de manière ostentatoire aux processions des pénitents. De nature nerveuse, le roi est un grand malade. Henri III croit que ses malheurs (dont l’absence d’héritiers) et ceux de son royaume sont causés par ses péchés. Il passe donc son temps à se mortifier dans des monastères où, pendant quelques jours, il prend une retraite spirituelle.

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De l’art gothique à l’art brut de Bourgogne

Posté par francesca7 le 19 juin 2014

 

Le gothique

220px-Marmashen_14.04.2007Dès le milieu du 12 e s., la croisée d’ogives apparaît en Bourgogne, prélude à une orientation nouvelle de l’architecture : allégement des voûtes, élargissement des baies, suppression des chapiteaux. À l’extérieur, les arcs-boutants dispensent les murs de porter, lesquels en profitent pour s’orner d’immenses verrières.

Une architecture allégée

En 1140, la tribune du narthex de Vézelay est voûtée d’ogives. Les cisterciens sont parmi les premiers à adopter cette formule des arcs diagonaux brisés et l’utilisent vers 1150 à Pontigny. À Sens, la première grande cathédrale gothique (1135-1176), dédiée à saint Étienne, est érigée selon les directives de l’archevêque Sanglier.

Un style bourguignon se précise à Notre-Dame de Dijon, construite de 1230 à 1251 : au-delà du transept, le chœur, assez profond, est flanqué d’absidioles et terminé par une haute abside ; un triforium court au-dessus des grandes arcades, tandis qu’au niveau des fenêtres hautes, le mur de clôture de la nef, un peu en retrait, permet d’aménager une seconde galerie de circulation. Dans l’ornementation extérieure, la présence d’une corniche – dont la forme varie d’un monument à l’autre – se développant autour du chœur, de la nef, de l’abside ou du clocher, est un mode de décoration typiquement bourguignon.

Parmi les édifices élevés selon ces principes, on peut citer la cathédrale d’Auxerre, la collégiale St-Martin de Clamecy, l’église Notre-Dame de Semur-en-Auxois. Dans cette dernière, l’absence de triforium accentue encore l’impression de hauteur vertigineuse qui se dégage d’une nef étroite. L’église de St-Père, près de Vézelay, présente certaines ressemblances avec Notre-Dame de Dijon. Toutefois, elle en diffère par son élévation, qui est de deux étages, avec une galerie devant les fenêtres.

L’architecture devient, à la fin du 13 e s., de plus en plus légère et défie les lois de l’équilibre. En témoigne le chœur, aérien, de l’église de St-Thibault , dont la voûte s’élève à 27 m sur une largeur de 9,26 m.

L’architecture civile

Dijon et un certain nombre de villes comme Flavigny-sur-Ozerain, Noyers-sur-Serein ou encoreChâteauneuf-en-Auxois ont conservé des maisons à colombages et hôtels particuliers édifiés au 15 e s. par de riches bourgeois. C’est également de cette époque du gothique tardif que datent une partie du palais des ducs de Bourgogne à Dijon (tour de la Terrasse, cuisines ducales), le palais synodal à Sens et l’hôtel-Dieu de Beaune , triomphe de l’architecture de bois. Parmi les châteaux, dont beaucoup ont gardé l’allure des forteresses du 13 e s., signalonsChâteauneuf , construit par Philippe Pot, sénéchal de Bourgogne, Posanges et le palais ducal de Nevers .

La sculpture au 13 e s.

Les œuvres de pierre héritent de l’influence de l’Île-de-France et de la Champagne en ce qui concerne la composition et l’ordonnance des sujets traités. Les statues-colonnes, d’un grand raffinement, présentent un hanchement plus marqué afin de souligner les mouvements ascendants du corps. Le tempérament bourguignon apparaît dans l’interprétation même de certaines scènes, où les artistes locaux ont donné libre cours à leur fantaisie.

Parmi la statuaire de cette époque épargnée par la Révolution, il reste de beaux exemples. À Notre-Dame de Dijon , les masques et figures sont traités avec un réalisme très poussé, certains avec une grande vérité dans l’expression. Le portail de St-Thibault , en Auxois, présente des scènes consacrées à la Vierge, mais surtout cinq grandes statues figurant le duc Robert II et sa famille.

images (14)À St-Père , le décor sculpté du pignon se double d’une fraîche décoration florale sur les chapiteaux. Le tympan de la porte des Bleds à Semur-en-Auxois rapporte la légende de saint Thomas. Ce style progresse avec le siècle : les bas-reliefs au soubassement des portails de la façade occidentale de la cathédrale d’Auxerre, sculptés avec délicatesse, ouvrent même la voie au maniérisme.

Les œuvres du 14 e s.

L’avènement des grands-ducs Valois correspond, pour la Bourgogne, à une époque de rayonnement artistique. Pour décorer la chartreuse de Champmol , Philippe le Hardi dépense sans compter, attirant à Dijon nombre d’artistes pour la plupart originaires des Flandres. Des sculpteurs ayant successivement travaillé à la réalisation de son tombeau, Claus Sluter (v. 1350-1406) est le plus grand. Il a su mettre du tempérament dans ses personnages. Claus de Werve , son neveu et élève, poursuit l’œuvre du maître avec une plus grande douceur. Du portail de la chapelle, il a aussi exécuté les statues du mécène et de son épouse, Marguerite de Flandre, qui seraient d’authentiques portraits : les draperies et les vêtements sont traités avec un art consommé, les expressions des personnages sont d’un réalisme saisissant. La sculpture s’oriente là vers une manière toute nouvelle : les statues cessent désormais de faire corps avec l’architecture, et la physionomie est traitée de façon naturaliste, n’hésitant pas à accuser les aspects de la laideur ou de la souffrance.

La peinture gothique

Autour du chantier de la chartreuse de Philippe le Hardi, peintres et enlumineurs venus de Paris ou des Flandres s’activent. Les œuvres de Jean Malouel , du Brabançon Henri Bellechose et de Melchior Broederlam se distinguent par la fluidité des formes humaines, l’élégance générale. Dus à ce dernier, les revers du retable de la Crucifixion (bois sculpté par Jacques de Baerze) font preuve d’un sens du détail, d’une maîtrise de la palette et d’un travail de l’espace qui sont la marque du style gothique international .

Sous Philippe le Bon, un style spécifiquement bourguignon apparaît, aux proportions plus harmonieuses et aux draperies plus sobres. Les œuvres les plus connues de cette période sont le polyptyque de l’hôtel-Dieu de Beaune, dû à Rogier Van der Weyden , et la Nativité au cardinal Rolin. Cette magnifique icône de Jan Van Eycks(désormais au Louvre) décora dès 1435 la chapelle du commanditaire dans la cathédrale d’Autun. Commandées elles aussi par Nicolas Rolin , les tapisseries de l’hôtel-Dieu de Beaune comptent parmi les plus belles de l’époque.

N’oublions pas, toujours au 15 e s., le nom de Pierre Spicre , peintre dijonnais, auteur des fresques de l’église Notre-Dame de Beaune.

De la Renaissance au romantisme

Retour à l’antique

Sous l’influence de l’Italie, l’art bourguignon suit au 16 e s. une orientation nouvelle, marquée par un retour aux canons antiques.

En architecture, la transition s’effectue en douceur. L’ église St-Michel de Dijon est composite : tandis que la nef, commencée au début du 16 e s., est de style gothique, la façade, dont la construction s’échelonne entre 1537 et 1570, est un parfait exemple du style Renaissance. C’est le triomphe des lignes horizontales, de l’emploi des ordres antiques et des voûtes à caissons. On intègre dans les façades des médaillons à l’antique, des bustes en haut relief, et les sujets religieux font place à des sujets profanes. C’est dans les années 1520 que sont sculptées les stalles de l’ église de Montréal , œuvre d’inspiration locale où pétille l’esprit bourguignon.

Le peintre Jean Cousin réalise les cartons de vitraux pour la cathédrale St-Étienne de Sens jusqu’en 1540, date à laquelle il part à Paris. Dans la seconde moitié du 16 e s. se répand à Dijon la décoration ornementale telle que la conçoit Hugues images (15)Sambin , auteur de la porte du palais de justice et, semble-t-il, d’un grand nombre d’hôtels particuliers.

La Bourgogne n’a certes pas connu une floraison de châteaux de plaisance comme le Val de Loire, mais elle compte toutefois de grandioses demeures telles Sully, Tanlay ou Ancy-le-Franc. Les fresques couvrant les murs d’ Ancy-le-Franc , dues aux élèves du Primatice et de Nicolo dell’Abate, évoquent nettement l’art de Fontainebleau.

Baroque et classique

Le style baroque, enclin à la fantaisie, fait son apparition en Bourgogne sous le règne de Louis XIII dans les ors et la décoration polychrome du château de Cormatin. Le sculpteur Jean Dubois , né à Dijon en 1625, réalise dans cet esprit la statuaire et le mobilier de nombreux édifices.

Influencé par le château de Versailles, l’art classique est marqué par la recherche de l’équilibre rationnel. à Dijon, on aménage la place Royale , et l’on construit le palais des États de Bourgogne sur les plans de Jules Hardouin-Mansart . Les familles de parlementaires se font édifier des hôtels particuliers : bien qu’ayant gardé les caractères de la Renaissance, l’ hôtel de Vogüé (1607-1614) présente la disposition nouvelle d’un corps de logis retiré au fond d’une cour, l’accès à la rue se faisant par une porte cochère, l’autre façade ouvrant sur des jardins.

L’ordonnance des châteaux classiques, édifiés ou agrandis aux 17e et 18 e s., se signale par la rigueur et la symétrie, des ailes en retour ou esquissées par des avant-corps, une façade à fronton triangulaire ou un portique qui rappellent les temples antiques. Bussy-Rabutin, Commarin, Talmay, Beaumont-sur-Vingeanne, Pierre-de-Bresse, Drée ou St-Fargeau en sont de beaux exemples.

En peinture, au 18 e s., la bourgeoisie trouve son chantre en la personne du Tournusien Greuze , fort apprécié de Diderot, qui s’illustre en traitant la peinture de genre avec les ressources de la peinture d’histoire. Ce sont l’élève favori de David, Girodet (né à Montargis), et un enfant de Cluny, Prud’hon , élève lui de Devosge à l’académie de Dijon, qui reprennent le flambeau et deviennent peintres de l’Empire. Les figures rêveuses et sensuelles de l’un, les images traitées avec ardeur par l’autre, annoncent déjà l’art romantique.

L’art moderne et l’art contemporain

Les œuvres créées au cours du 19 e s. ont leur source scientifique dans la « Vallée de l’Image » : la photographie d’abord, avec Niépce , qui l’invente, puis le cinéma, grâce au précurseur Étienne-Jules Marey , qui transmettra ses découvertes aux frères Lumière.

Dans le domaine de l’architecture, l’ingénieur dijonnais Gustave Eiffel (1832-1923) se spécialise dans la construction métallique : ponts, viaducs… et la tour qu’il élève à Paris pour l’Exposition universelle de 1889. Le visionnaire Claude Parent , concepteur des centrales nucléaires, dessine l’église Ste-Bernadette de Nevers en se référant pour partie à l’art cistercien.

Peinture et sculpture

La sculpture est représentée par les académiques Jouffroy (La Seine , statue ornant le bassin des Sources à St-Seine-l’Abbaye) et Eugène Guillaume ( Le Mariage romain , au musée de Dijon), ainsi que par François Pompon (1855-1933), créateur de formes animalières avec un parti pris pour la simplification expressive des formes, proche de l’esthétique japonisante.

Parmi les peintres, on retient le Beaunois Félix Ziem (1821-1911), proche de Corot, qui a peint la campagne de Lormes, et le Dijonnais Alphonse Legros (1837-1911), ami de Rodin, dont le style réaliste et les thèmes ruraux évoquent son aîné Gustave Courbet. La veine de Legros pour les scènes d’intérieur s’est en quelque sorte perpétuée au travers du penchant intimiste de Vuillard – né à Cuiseaux en 1868. Plus proches de nous, le Dijonnais Jean Bertholle (1909-1996) a travaillé avec Jean Le Moal et Manessier avant de prendre sa place dans l’abstraction dans les années 1950. Tombé amoureux de la région de Clamecy, le grand affichiste Charles Loupot (1892-1962) s’établit à Chevroches. Il introduit dans « la réclame » le cubisme et le constructivisme, tandis que l’Avallonnais Gaston Chaissac , « peintre rustique moderne » ou « Pablo morvandiau », selon ses propres termes, fut l’explorateur infatigable des supports et techniques inédits, vite étiquetés « art brut ».

Créateurs des 20e et 21e s.

Plusieurs centres d’art contemporain sont implantés en Bourgogne, au château de Ratilly, au château du Tremblay , ou à Dijon – le Frac et l’association Le Consortium y font découvrir les créations les plus récentes. Par ailleurs, le palais synodal de Sens, l’abbaye St-Germain à Auxerre, le musée des Ursulines à Mâcon, la galerie des Ducs à Nevers et le musée René-Davoine à Charolles présentent de belles expositions.

À Vézelay, le musée Zervos présente le legs du fondateur des Cahiers d’Art . L’art brut a trouvé un lieu privilégié à Dicy, près de Joigny, l’acier Inox brille dans des œuvres monumentales à Gueugnon, en Saône-et-Loire, et les sculptures dues à Arman , Gottfried Honegger ou Karel Appel ont transformé le campus universitaire de Dijon en véritable musée de plein air. Ajoutons que l’artiste shanghaien Yan Pei-Ming (né en 1960), l’un des grands représentants de cet art chinois contemporain qui domine le marché actuel, travaille et vit à Dijon depuis une vingtaine d’années.

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Sur les routes de l’Histoire de France

Posté par francesca7 le 18 février 2014

  par Lorent Deutsch

(Source : Le Figaro)

 

 
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Après les rues de Paris, le comédien a arpenté les routes de France sur les traces de notre passé ­celtique, romain et royal. Le fruit de ses recherches et de ses promenades érudites, Hexagone, sort cette semaine en ­librairie. Une formidable leçon d’histoire et de géographie.

Vous savez pourquoi il y a tous ces platanes le long des routes nationales ? C’est Henri II qui les a fait planter en 1552 sur tout le territoire royal. A la fois pour bien délimiter le domaine public et empêcher les paysans d’empiéter sur celui-ci mais aussi pour avoir à disposition de grandes quantités de bois et pouvoir fabriquer ­rapidement des affûts de canon en cas de guerre soudaine. »

Depuis Métronome (immense succès de librairie : 1,5 million d’exemplaires vendus), on savait Lorànt Deutsch incollable sur Paris. On n’avait rien vu ni rien entendu. Son nouveau livre,Hexagone, promenade à la fois réjouissante, érudite et fascinante « sur les routes de l’Histoire de France », témoigne d’une passion qui va bien au-delà du périphérique et des portes de la capitale.

De la voie hérakléenne sur les pas d’Hercule au chemin moyenâgeux de la Regordane, de la Gaule celtique ou romaine à la monarchie capétienne, du port phocéen de Marseille à la cathédrale de Reims, des remparts romains de Strasbourg aux caves du Prince Noir à Montauban, de la colline de Fourvière au Mont-Saint-Michel, de Paris à ­Perpignan, le comédien a entremêlé histoire et géographie, figures de proue et anonymes, faits et légendes, bergères et princes pour restituer dans son nouveau livre (« écrit avec les pieds, donc »), avec la verve et l’enthousiasme qui font son charme et sa singularité, un récit national qui vaut bien ceux, fragmentaires, orientés ou ennuyeux (parfois les trois), imposés par l’Education nationale.

Pour présenter en avant-première aux lecteurs du Figaro Magazine le fruit de ses recherches et de ses pérégrinations, nous avons emmené le comédien dans le parc France Miniature, à Elancourt, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Paris. Là, des dizaines de lieux et de bâtiments parmi les plus remarquables de France ont été reconstitués à l’échelle 1/30. Parrain du Petit Paris reproduit, sur le même modèle, à Bessac, en Dordogne, l’acteur en train de terminer un tournage aux côtés de Denis Podalydès et de Didier Bourdon, n’y avait jamais mis les pieds. Il en est reparti enchanté, non sans avoir eu l’occasion de déployer « en direct » ses connaissances passionnées et encyclopédiques de l’histoire et de la géographie françaises : ému devant les moulins vendéens du mont aux Alouettes, excité devant le Trophée des Alpes de La Turbie marquant la première frontière entre la Gaule et l’Italie, intarissable devant Chambord, la corderie royale de Rochefort ou la cathédrale de Chartres…

LE FIGARO MAGAZINE – Comment est né Hexagone ?

Lorànt DEUTSCH - Après avoir terminé Métronome, je me suis senti un peu orphelin et comme sevré de ma passion pour l’Histoire. Dans les trois ans qui ont suivi, j’ai enchaîné quatre tournées théâtrales et je me suis retrouvé sur les routes pendant de longs mois. C’est là qu’a germé l’idée de reproduire dans un jardin plus vaste que mon cher Paris la méthodologie de Métronome : trouver ce qui se cache derrière les noms des villes, des villages, des lieux-dits et des rivières, comprendre pourquoi tel bourg a été abandonné et tel autre est devenu un chef-lieu de canton, déchiffrer les lettres gravées sur les pierres jalonnant les chemins de la Gaule celtique ou romaine, faire parler les murs, les ponts, les puits, les rues…

La géographie s’impose à nous dans sa réalité quotidienne, puisque c’est notre cadre de vie. Or, elle a été façonnée selon un mode d’emploi qui s’appelle l’Histoire. Je suis donc parti à la recherche de ce mode d’emploi, qui a permis de bâtir le pays merveilleux dans lequel nous vivons.

Vous mêlez à la fois les sources bibliographiques les plus sérieuses et un style à vous beaucoup moins classique. Ne craignez-vous pas que ce mélange des genres vous attire des reproches ?

J’ai appris l’histoire de France dans Balzac, Dumas et surtout Michelet, dont j’adore l’énergie romanesque et lyrique, fût-ce parfois au détriment de la vérité scientifique. Avec lui, on entre dans l’histoire de France par une porte décorée avec pinacle et macarons ! Il donne de la vie à des lieux ou à des personnes disparus ou morts ­depuis des siècles.

A ma modeste mesure, je me situe dans cette veine. Oui, j’entends à nouveau les critiques sur le fait que je ne suis pas un universitaire. Je les accepte, tout en rappelant la double définition du mot historien que donne Alain Rey dans son dictionnaire de la langue française : « celui qui s’intéresse à l’histoire » et « celui qui en fait une discipline scientifique ». Je ne prétends rien apporter de neuf. Je compile les travaux des spécialistes pour les retranscrire humblement, avec mes mots, mes sentiments et mes impressions.

En quoi vous différenciez-vous justement des autres historiens, y compris des non-scientifiques ?

Je m’intéresse surtout aux endroits et aux époques qui ont disparu du champ d’observation du grand public et je les remets en lumière. J’essaie de rééquilibrer les choses par rapport à ce qu’on trouve habituellement dans les livres pour raconter l’histoire autrement, en quittant le récit national classique qui passe par les grandes dynasties ou les grands thèmes comme les guerres de Religion, la Renaissance ou le pouvoir central monarchique, au profit de chemins de traverse qui me font croiser Dabogert, Charles le Chauve ou Jean Ier le Posthume autant que Louis XIV ou Napoléon.

On sent chez vous un attachement aux figures historiques…

Oui, et c’est en cela que je m’oppose farouchement à l’enseignement de l’histoire globalisante qui tend à les éliminer, au prétexte que leur mise en valeur serait synonyme de « repli identitaire » et surtout entraverait une approche de l’Histoire purement « laïque » ! Forcément : l’héroïsme de ces hommes et de ces femmes laisse supposer chez eux une forme de supériorité, donc d’inégalité, notion à certains insupportable. Sans compter qu’à les considérer comme plus élevés que les autres êtres humains, cela nous oblige à lever la tête, donc à risquer d’apercevoir l’ombre de Dieu…

Mais tout de même ! J’ai parfois l’impression que certains de nos dirigeants se croient en 1791 et sont sur le point de proclamer la République en danger ! Il est vrai que celle-ci n’a que cent cinquante ans au compteur quand la ­monarchie en affiche mille cinq cents : elle a encore peut-être besoin de se rassurer. Moi, je n’en suis pas là. Je dis simplement que l’histoire de France a besoin d’être incarnée. Ce sont les hommes qui ont fait l’Histoire, pas des concepts.

Vous faites la part belle aux époques celtiques et romaines. Pour quelles raisons ?

Toutes sauf idéologiques. Je ne préfère pas les chefs celtes aux Valois, aux Capétiens ou aux républicains, mais je veux donner la mesure du temps. Les Celtes sont restés près de mille ans sur notre territoire, il est normal d’en parler plus abondamment que de François Ier. J’ai juste un peu de mal avec l’histoire contemporaine, car je préfère que les os soient bien blanchis pour appréhender les événements avec assez de recul, sans aucun affect personnel.

Je vois bien qu’on peine à être objectif pour évoquer la décolonisation, l’Occupation ou l’Holocauste, car il existe encore des personnes vivantes qui ont souffert dans leur chair à l’occasion de ces événements. Moi-même, comment pourrais-je parler de la Seconde Guerre mondiale de manière sereine et rationnelle en sachant que la famille de mon père a disparu à Treblinka ? Cela m’est impossible.

Quels sont les lieux qui vous ont le plus impressionné durant votre tour de France ?

Aigues-Mortes et sa forteresse perdue dans les sables, qui résume si bien « le rêve évanoui » de Saint Louis ; Carcassonne, dont les murs résonnent encore des gémissements des Cathares torturés ; Mollans-sur-Ouvèze, dans la Drôme, où un Gaulois a dessiné sur la paroi d’une grotte un graffiti représentant un éléphant d’Hannibal qu’il avait dû voir passer devant chez lui. Quelle émotion de toucher des yeux ce témoignage écrit sur une pierre il y a 2 200 ans…

Informations pratiques : 
Hexagone. Sur les routes de l’Histoire de France, de Lorànt Deutsch, Michel Lafon, 384 p., 18,95 € LE COMMANDER SUR AMAZON

Jean-Christophe Buisson
Le Figaro

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LA REINE DES POISSONS

Posté par francesca7 le 26 octobre 2013


 LA REINE DES POISSONS dans LEGENDES-SUPERSTITIONS telechargement-61

Il y avait dans la province du Valois, au milieu des bois de Villers-Cotterets, un petit garçon et une petite fille qui se rencontraient de temps en temps sur les bords des petites rivières du pays, l’un obligé par un bûcheron nommé Tord-Chêne, qui était son oncle, à aller ramasser du bois mort, l’autre envoyée par ses parents pour saisir de petites anguilles que la baisse des eaux permet d’entrevoir dans la vase en certaines saisons. Elle devait encore, faute de mieux, atteindre entre les pierres les écrevisses, très-nombreuses dans quelques endroits.

Mais la pauvre petite fille, toujours courbée et les pieds dans l’eau, était si compatissante pour les souffrances des animaux, que, le plus souvent, voyant les contorsions des poissons qu’elle tirait de la rivière, elle les y remettait et ne rapportait guère que les écrevisses, qui souvent lui pinçaient les doigts jusqu’au sang, et pour lesquelles elle devenait alors moins indulgente.

Le petit garçon, de son côté, faisant des fagots de bois mort et des bottes de bruyère, se voyait exposé souvent aux reproches de Tord-Chêne, soit parce qu’il n’en avait pas assez rapporté, soit parce qu’il s’était trop occupé à causer avec la petite pêcheuse.

Il y avait un certain jour dans la semaine où ces deux enfants ne se rencontraient jamais… Quel était ce jour ? Le même sans doute où la fée Mélusine se changeait en poisson, et où les princesses de l’Edda se transformaient en cygnes. Le lendemain d’un de ces jours-là, le petit bûcheron dit à la pêcheuse : « Te souviens-tu qu’hier je t’ai vue passer là-bas dans les eaux de Challepont avec tous les poissons qui te faisaient cortège… jusqu’aux carpes et aux brochets ; et tu étais toi-même un beau poisson rouge avec les côtés tout reluisants d’écailles en or.

— Je m’en souviens bien, dit la petite fille, puisque je t’ai vu, toi qui étais sur le bord de l’eau, et que tu ressemblais à un beau chêne-vert, dont les branches d’en haut étaient d’or…, et que tous les arbres du bois se courbaient jusqu’à terre en te saluant.

— C’est vrai, dit le petit garçon, j’ai rêvé cela.

— Et moi aussi j’ai rêvé ce que tu m’as dit : mais comment nous sommes-nous rencontrés deux dans le rêve ?…»

En ce moment, l’entretien fut interrompu par l’apparition de Tord-Chêne, qui frappa le petit avec un gros gourdin, en lui reprochant de n’avoir pas seulement lié encore un fagot.

— Et puis, ajouta-t-il, est-ce que je ne t’ai pas recommandé de tordre les branches qui cèdent facilement, et de les ajouter à tes fagots ?

— C’est que, dit le petit, le garde me mettrait en prison, s’il trouvait dans mes fagots du bois vivant… Et puis, quand j’ai voulu le faire, comme vous me l’aviez dit, j’entendais l’arbre qui se plaignait.

— C’est comme moi, dit la petite fille, quand j’emporte des poissons dans mon panier, je les entends qui chantent si tristement, que je les rejette dans l’eau… Alors on me bat chez nous !

— Tais-toi, petite masque ! dit Tord-Chêne, qui paraissait animé par la boisson, tu déranges mon neveu de son travail. Je te connais bien, avec tes dents pointues couleur de perle… Tu es la reine des poissons… Mais je saurai bien te prendre à un certain jour de la semaine, et tu périras dans l’osier… dans l’osier !

300px-Vig%C3%A9e-Lebrun_Marie_Antoinette_1783 dans LEGENDES-SUPERSTITIONSLes menaces que Tord-Chêne avait faites dans son ivresse ne tardèrent pas à s’accomplir. La petite fille se trouva prise sous la forme de poisson rouge, que le destin l’obligeait à prendre à de certains jours. Heureusement, lorsque Tord-Chêne voulut, en se faisant aider de son neveu, tirer de l’eau la nasse d’osier, ce dernier reconnut le beau poisson rouge à écailles d’or qu’il avait vu en rêve, comme étant la transformation accidentelle de la petite pêcheuse.

Il osa la défendre contre Tord-Chêne et le frappa même de sa galoche. Ce dernier, furieux, le prit par les cheveux, cherchant à le renverser ; mais il s’étonna de trouver une grande résistance : c’est que l’enfant tenait des pieds à la terre avec tant de force, que son oncle ne pouvait venir à bout de le renverser ou de l’emporter, et le faisait en vain virer dans tous les sens. Au moment où la résistance de l’enfant allait se trouver vaincue, les arbres de la forêt frémirent d’un bruit sourd, les branches agitées laissèrent siffler les vents, et la tempête fit reculer Tord-Chêne, qui se retira dans sa cabane de bûcheron.

Il en sortit bientôt, menaçant, terrible et transfiguré comme un fils d’Odin ; dans sa main brillait cette hache scandinave qui menace les arbres, pareille au marteau de Thor brisant les rochers.

Le jeune roi des forêts, victime de Tord-Chêne, — son oncle, usurpateur, — savait delà quel était son rang, qu’on voulait lui cacher. Les arbres le protégeaient, mais seulement par leur masse et leur résistance passive…

En vain les broussailles et les surgeons — s’entrelaçaient de tous côtés pour arrêter les pas de Tord-Chêne, celui-ci a appelé ses bûcherons et se trace un chemin à travers ces obstacles. Déjà plusieurs arbres, autrefois sacrés du temps des vieux druides, sont tombés sous les haches et les cognées.

Heureusement, la reine des poissons n’avait pas perdu de temps. Elle était allée se jeter aux pieds de la Marne, de l’Oise et de l’Aisne, — les trois grandes rivières voisines, leur représentant que si l’on n’arrêtait pas les projets de Tord-Chêne et de ses compagnons, les forêts trop éclaircies n’arrêteraient plus les vapeurs qui produisent les pluies et qui fournissent l’eau aux ruisseaux, aux rivières et aux étangs ; que les sources elles-mêmes seraient taries et ne feraient plus jaillir l’eau nécessaire à alimenter les rivières ; sans compter que tous les poissons se verraient détruits en peu de temps ; ainsi que les bêtes sauvages et les oiseaux.

Les trois grandes rivières prirent là-dessus de tels arrangements que le sol où Tord-Chêne, avec ses terribles bûcherons, travaillait à la destruction des arbres, — sans toutefois avoir pu atteindre encore le jeune prince des forêts, — fut entièrement noyé par une immense inondation, qui ne se retira qu’après la destruction entière des agresseurs.

Ce fut alors que le roi des forêts et la reine des poissons purent de nouveau reprendre leurs innocents entretiens.

Ce n’étaient plus un petit bûcheron et une petite pêcheuse, — mais un Sylphe et une Ondine, lesquels, plus tard, furent unis légitimement. 

Nous nous arrêtons dans ces citations si incomplètes, si difficiles à faire comprendre sans la musique et sans la poésie des lieux et des hasards, qui font que tel ou tel de ces chants populaires se grave ineffaçablement dans l’esprit. Ici ce sont des compagnons qui passent avec leurs longs bâtons ornés de rubans ; là des mariniers qui descendent un fleuve ; des buveurs d’autrefois (ceux d’aujourd’hui ne chantent plus guère), des lavandières, des faneuses, qui jettent au vent quelques lambeaux des chants de leurs aïeules. Malheureusement on les entend répéter plus souvent aujourd’hui les romances à la mode, platement spirituelles, ou même franchement incolores, variées sur trois à quatre thèmes éternels. Il serait à désirer que de bons poëtes modernes missent à profit l’inspiration naïve de nos pères, et nous rendissent, comme l’ont fait les poëtes d’autres pays, une foule de petits chefs-d’œuvre qui se perdent de jour en jour avec la mémoire et la vie des bonnes gens du temps passé.

Issu des Chansons et légendes du Valois : Les Filles du feu, de Gérard de Nerval éditions Michel Lévy frères, 1856 (pp. 155-169).

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Chansons et légendes du Valois

Posté par francesca7 le 19 octobre 2013


Chansons et légendes du Valois dans LEGENDES-SUPERSTITIONS images-181Gérard de Nerval

Chaque fois que ma pensée se reporte aux souvenirs de cette province du Valois, je me rappelle avec ravissement les chants et les récits qui ont bercé mon enfance. La maison de mon oncle était toute pleine de voix mélodieuses, et celles des servantes qui nous avaient suivis à Paris chantaient tout le jour les ballades joyeuses de leur jeunesse, dont malheureusement je ne puis citer les airs. J’en ai donné plus haut quelques fragments. Aujourd’hui, je ne puis arriver à les compléter, car tout cela est profondément oublié ; le secret en est demeuré dans la tombe des aïeules. On publie aujourd’hui les chansons patoises de Bretagne ou d’Aquitaine, mais aucun chant des vieilles provinces où s’est toujours parlé la vraie langue française ne nous sera conservé. C’est qu’on n’a jamais voulu admettre dans les livres des vers composés sans souci de la rime, de la prosodie et de la syntaxe ; la langue du berger, du marinier, du charretier qui passe, est bien la nôtre, à quelques élisions près, avec des tournures douteuses, des mots hasardés, des terminaisons et des liaisons de fantaisie, mais elle porte un cachet d’ignorance qui révolte l’homme du monde, bien plus que ne fait le patois. Pourtant ce langage a ses règles, ou du moins ses habitudes régulières, et il est fâcheux que des couplets tels que ceux de la célèbre romance : Si j’étais hirondelle, soient abandonnés, pour deux ou trois consonnes singulièrement placées, au répertoire chantant des concierges et des cuisinières.

Quoi de plus gracieux et de plus poétique pourtant :

Si j’étais hirondelle ! — Que je puisse voler, — Sur votre sein, la belle, — J’irais me reposer !

Il faut continuer, il est vrai, par : J’ai z’un coquin de frère…. ou risquer un hiatus terrible ; mais pourquoi aussi la langue a-t-elle repoussé ce z si commode, si liant, si séduisant qui faisait tout le charme du langage de l’ancien Arlequin, et que la jeunesse dorée du Directoire a tenté en vain de faire passer dans le langage des salons ?

Ce ne serait rien encore, et de légères corrections rendraient à notre poésie légère, si pauvre, si peu inspirée, ces charmantes et naïves productions de poètes modestes ; mais la rime, cette sévère rime française, comment s’arrangerait-elle du couplet suivant :

La fleur de l’olivier — Que vous avez aimé, — Charmante beauté ! — Et vos beaux yeux charmants, — Que mon cœur aime tant, — Les faudra-t-il quitter ?

Observez que la musique se prête admirablement à ces hardiesses ingénues, et trouve dans les assonances, ménagées suffisamment d’ailleurs, toutes les ressources que la poésie doit lui offrir. Voilà deux charmantes chansons, qui ont comme un parfum de la Bible, dont la plupart des couplets sont perdus, parce que personne n’a jamais osé les écrire ou les imprimer. Nous en dirons autant de celle où se trouve la strophe suivante :

Enfin vous voilà donc, — Ma belle mariée, — Enfin vous voilà donc — A votre époux liée, — Avec un long fil d’or — Qui ne rompt qu’à la mort !

Quoi de plus pur d’ailleurs comme langue et comme pensée ; mais l’auteur de cet épithalame ne savait pas écrire, et l’imprimerie nous conserve les gravelures de Collé, de Piis et de Panard !

Les richesses poétiques n’ont jamais manqué au marin, ni au soldat français, qui ne rêvent dans leurs chants que filles de roi, sultanes, et même présidentes, comme dans la ballade trop connue :

C’est dans la ville de Bordeaux — Qu’il est arrivé trois vaisseaux, etc.

Mais le tambour des gardes-françaises, où s’arrêtera-t-il, celui-là ?

Un joli tambour s’en allait à la guerre, etc.

Description de cette image, également commentée ci-aprèsLa fille du roi est à sa fenêtre, le tambour la demande en mariage : « Joli tambour, dit le roi, tu n’es pas assez riche ! — Moi ? dit le tambour sans se déconcerter,

J’ai trois vaisseaux sur la mer gentille, — L’un chargé d’or, l’autre de perles fines, — Et le troisième pour promener ma mie !

— Touche là, tambour, lui dit le roi, tu n’auras pas ma fille ! — Tant pis ! dit le tambour, j’en trouverai de plus gentilles !…»

Après tant de richesses dévolues à la verve un peu gasconne du militaire et du marin, envierons-nous le sort du simple berger ? Le voilà qui chante et qui rêve :

Au jardin de mon père, — Vole, mon cœur vole ! — Il y a z’un pommier doux, — Tout doux !

Trois belles princesses, — Vole, mon cœur vole ! — Trois belles princesses — Sont couchées dessous, etc.

Est-ce donc la vraie poésie, est-ce la soif mélancolique de l’idéal qui manque à ce peuple pour comprendre et produire des chants dignes d’être comparés à ceux de l’Allemagne et de l’Angleterre ?

Non, certes ; mais il est arrivé qu’en France la littérature n’est jamais descendue au niveau de la grande foule ; les poètes académiques du dix-septième et du dix-huitième siècle n’auraient pas plus compris de telles inspirations, que les paysans n’eussent admiré leurs odes, leurs épîtres et leurs poésies fugitives, si incolores, si gourmées. Pourtant comparons encore la chanson que je vais citer à tous ces bouquets à Chloris qui faisaient vers ce temps l’admiration des belles compagnies.

Quand Jean Renaud de la guerre revint, — Il en revint triste et chagrin ; — « Bonjour, ma mère. Bonjour, mon fils ! Ta femme est accouchée d’un petit.»

« Allez, ma mère, allez devant ; — Faites-moi dresser un beau lit blanc ; — Mais faites-le dresser si bas — Que ma femme ne l’entende pas !»

Et quand ce fut vers le minuit, — Jean Renaud a rendu l’esprit.

Ici la scène de la ballade change et se transporte dans la chambre de l’accouchée :

«Ah ! dites, ma mère, ma mie, Ce que j’entends pleurer ici ? — Ma fille, ce sont les enfants — Qui se plaignent du mal de dents.»

« Ah ! dites, ma mère, ma mie, — Ce que j’entends clouer ici ? — Ma fille, c’est le charpentier, — Qui raccommode le plancher !»

« Ah ! dites, ma mère, ma mie, — Ce que j’entends chanter ici ? — Ma fille, c’est la procession — Qui fait le tour de la maison !»

« Mais dites, ma mère, ma mie, — Pourquoi donc pleurez-vous ainsi ? — Hélas ! je ne puis le cacher ; — C’est Jean Renaud qui est décédé.»

« Ma mère ! dites au fossoyeux — Qu’il fasse la fosse pour deux, — Et que l’espace y soit si grand, — Qu’on y renferme aussi l’enfant !»

Ceci ne le cède en rien aux plus touchantes ballades allemandes, il n’y manque qu’une certaine exécution de détail qui manquait aussi à la légende primitive de Léonore et à celle du roi des Aulnes, avant Goethe et Bürger. Mais quel parti encore un poète eût tiré de la complainte de Saint-Nicolas, que nous allons citer en partie.

Il était trois petits enfants — Qui s’en allaient glaner aux champs.

S’en vont au soir chez un boucher. — « Boucher, voudrais-tu nous loger ? Entrez, entrez, petits enfants, — Il y a de la place assurément.»

Ils n’étaient pas sitôt entrés, — Que le boucher les a tués, — Les a coupés en petits morceaux, — Mis au saloir comme pourceaux.

Saint Nicolas au bout d’sept ans, — Saint Nicolas vint dans ce champ. — Il s’en alla chez le boucher : — «Boucher, voudrais-tu me loger ?»

220px-Margot_Francois dans LEGENDES-SUPERSTITIONS« Entrez, entrez, saint Nicolas, — Il y a d’la place, il n’en manque pas.» — Il n’était pas sitôt entré, — Qu’il a demandé à souper.

« Voulez-vous un morceau d’jambon ? — Je n’en veux pas, il n’est pas bon. — Voulez vous un morceau de veau ? — Je n’en veux pas, il n’est pas beau !

Du p’tit salé je veux avoir, — Qu’il y a sept ans qu’est dans l’saloir ! — Quand le boucher entendit cela, — Hors de sa porte il s’enfuya.

« Boucher, boucher, ne t’enfuis pas, — Repens-toi, Dieu te pardonn’ra.» — Saint Nicolas 

posa trois doigts — Dessus le bord de ce saloir :

Le premier dit : « J’ai bien dormi !» — Le second dit : « Et moi aussi !» — Et le troisième répondit « Je croyais être en paradis !»

N’est-ce pas là une ballade d’Uhland, moins les beaux vers ? Mais il ne faut pas croire que l’exécution manque toujours à ces naïves inspirations populaires.

La chanson que nous avons citée plus haut : Le roi Loys est sur son pont, a été composée sur un des plus beaux airs qui existent ; c’est comme un chant d’église croisé par un chant de guerre ; on n’a pas conservé la seconde partie de la ballade, dont pourtant nous connaissons vaguement le sujet. Le beau Lautrec, l’amant de cette noble fille, revient de la Palestine au moment où on la portait en terre. Il rencontre l’escorte sur le chemin de Saint-Denis. Sa colère met en fuite prêtres et archers, et le cercueil reste en son pouvoir. « Donnez-moi, dit-il à sa suite, donnez-moi mon couteau d’or fin, que je découse ce drap de lin !» Aussitôt délivrée de son linceul, la belle revient à la vie. Son amant l’enlève et l’emmène dans son château au fond des forêts. Vous croyez qu’ils vécurent heureux et que tout se termina là ; mais une fois plongé dans les douceurs de la vie conjugale, le beau Lautrec n’est plus qu’un mari vulgaire, il passe tout son temps à pêcher au bord de son lac, si bien qu’un jour sa fière épouse vient doucement derrière lui et le pousse résolument dans l’eau noire, en lui criant :

Va-t’en, vilain pêche-poissons, — Quand ils seront bons — Nous en mangerons.

Les Filles du feu, éditions Michel Lévy frères, 1856 (pp. 155-169).

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Le style gothique de Bourgogne

Posté par francesca7 le 1 avril 2013

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Dès le milieu du 12ème siècle, la croisée d’ogives apparaît en Bourgogne, prélude à une orientation nouvelle de l’architecture : allégement des voûtes, élargissement des baies, suppression des chapiteaux. A l’extérieur, les arcs-boutants dispensent les murs de porter, lesquels en profitent pour s’orner d’immenses verrières.


Architecture
 : En 1140, la tribune du narthex de Vézelay est voûtée d’ogives. Les cisterciens sont parmi les premiers à adopter cette formule des arc diagonaux brisés et l’utilisent vers 1150 à Pontigny . A Sens, (alors domaine royal) est érigée selon les directives de l’archevêque Sanglier la première grande cathédrale gothique (1135-1176), dédiés à saint Etienne. L’emploi de voûtes sexpartites permet de remplacer les piliers uniformes par une alternance de piles fortes et de piles faibles.

Un style « bourguignon » se précise avec Notre Dame de Dijon, construite d’un seul jet de 1230 à 1251 : au-delà du transept, le chœur, assez profond, est flanqué d’absidioles – deux généralement – et terminé par une haute abside ; un triforium court au-dessus des grandes arcades, tandis qu’au niveau des fenêtres hautes, le mur de clôture de la nef, un peu en retrait, dégage une seconde galerie de circulation. Dans l’ornementation extérieure, la présence d’une corniche – dont la forme varie d’un monument à l’autre – se développant autour du chœur, de la nef, de l’abside ou du clocher est un mode de décoration typiquement bourguignon. Parmi les édifices élevés selon ces principes, on peut citer la cathédrale d’Auxerre, la collégiale St Martin de Clamecy, l’église Notre Dame de Semur en Auxois. Dans cette dernière, l’absence de triforium ajoute encore à l’impression de hauteur vertigineuse qui se dégage d’une nef étroite. L’église de St Père présente certaines ressemblances avec Notre Dame de Dijon. Mais elle en diffère par son élévation qui est à deux étages avec une galerie devant les fenêtres.


L’architecture se fait à la fin du 13
ème siècle d  plus en plus légère et défie les lois de l’équilibre. En témoigne, aérien, le chœur de l’église de St Thibault en Auxois, dont la clef de voûte s’élève à 27 m sur une largeur de 9,26 m.

En ce qui concerne les monuments civils, Dijon et un certain nombre de villes ont conservé des hôtels particuliers ou des maisons à colombage édifiées au 15è siècle, par de riches bourgeois ; ainsi à Flavigny sur Ozerain et à Château neuf. C’est également de cette époque du gothique tardif que datent une partie du palais des Ducs de Bourgogne à Dijon (tour de la Terrasse, cuisines ducales), le palais synodal à Sens et l’Hôtel Dieu de Beaune, triomphe de l’architecture de bois. Parmi les châteaux, dont nombre ont gardé l’allure des forteresses du 13ème siècle, signalons Châteauneuf, construit par Philippe Pot, sénéchal de Bourgogne, Posanges et le palais ducal de Nevers.

Sculpture, peinture

Les œuvres de pierre héritent au 13ème siècle de l’influence de l’Ile de France et de la Champagne en ce qui concerne la composition et l’ordonnance des sujets traités. Dans des statues-colonnes d’un grand raffinement, le hanchement se fait prononcé afin de marquer les mouvements ascendants du corps. Le tempérament bourguignon apparaît dans l’interprétation même de certaines scènes, où les artistes locaux ont donné libre cours à leur fantaisie.

Parmi la statuaire de cette époque épargnée par la Révolution, il reste quelques exemples intéressants. A Notre Dame de Dijon, les masques et figures sont traités avec un réalisme très poussé, certains avec une telle vérité dans l’expression bonhomme qu’ils laissent à penser que ce sont là des portrait de Bourguignons fait d’après nature. Le portail de St Thibault en Auxois présente plusieurs scènes consacrées à la Vierge mais surtout cinq grandes statues figurant le duc Robert II et sa famille. A St Père, le décor sculpté du pignon se double d’une fraîche décoration florale sur les chapiteaux. Le tympan de la porte des Bleds à Semur en Auxois rapporte, avec peu d’élégance, la légende de saint Thomas. Ce style progresse avec le siècle : les bas-reliefs au soubassement des portails de la façade occidentale de la cathédrale d’Auxerre, sculptés avec délicatesse, ouvrent même la voie au maniérisme.

 

L’avènement des Grands Ducs Valois correspond pour la Bourgogne à une époque de rayonnement artistique. Pour décorer la chartreuse de Champmol, Philippe le Hardi dépense sans compter, attirant à Dijon nombre d’artistes, surtout hollandais et flamands. Des sculpteurs ayant successivement travaillé à la réalisation de son tombeau (musée de Dijon), Claus Sluter est le plus grand. Il a pu mettre dans ses personnages du tempérament (Claus de Werve, son neveu et élève, poursuivra l’œuvre du maître avec une plus grande douceur). Du portail de la chapelle il a aussi exécuté les statues du mécène et de son épouse, qui seraient d’authentiques portraits : les draperies et les vêtements traités avec un art consommé soutiennent l’expression des personnages, d’un réalisme saisissant. La sculpture s’oriente là vers une manière toute nouvelle : les statues cessent désormais de faire cops avec l’architecture, et la physionomie est traitée de façon naturaliste, n’hésitant pas à accuser les aspects de la laideur ou de la souffrance. Les pleurants serviront référence aux monuments funéraires du siècle en France, à commencer par le mausolée de jean sans Peur et de Marguerite de Bavière et le singulier sépulcre de Philippe Pot, sénéchal de Bourgogne (copie à Châteauneuf). La tradition de Sluter se prolonge dans  les Mises au tombeau.

Autour de la chartreuse de Philippe le Hardi, les peintres ne sont pas en reste : Jean Malouel, futur auteur d’un portrait de jean sans Peur, le Brabançon Henri Bellechose et Melchior Broederlam réalisent des œuvres de haute colée d’où ressort une rare unité de style. Dus à ce dernier, les revers du retable de la Crucifixion (bois sculpté par jacques de Baerze) font preuve d’un sens du détail, d’une maîtrise de la palette et d’un travail de l’espace qui seront la marque du « gothique » international.

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Sous Philippe le Bon, le style spécifiquement bourguignon apparaît, aux proportions plus harmonieuses et aux draperies plus sobres. Les œuvres les plus connues de cette période sont le polyptyque de l’Hôtel Dieu de Beaune, dû à Rogier Van der Weyden et la Vierge du chancelier Rolain décorant en 1435 la chapelle du commanditaire dans la cathédrale d’Autun (désormais au Louvre), magnifique icône élaborée par jan Van Eyck, « valet de chambre » du duc à Bruges. Commandées elles aussi par Nicolas Rolin, les tapisseries de l’Hôtel Dieu de Beaune comptent parmi les plus belles de l’époque.

N’oublions pas pour fermer le ban du 15ème siècle, le n nom de Pierre Spicre, peintre dijonnais, auteur des fresques de l’église Notre Dame de Beaune.

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