• BONJOUR A TOUS ET

    bienvenue (2)

     CHEZ FRANCESCA 

  • UN FORUM discussion

    http://devantsoi.forumgratuit.org/

    ............ ICI ............
    http://devantsoi.forumgratuit.org/

  • téléchargement (4)

  • Ma PAGE FACEBOOK

    facebook image-inde

    https://www.
    facebook.com/francoise.salaun.750

  • DECOUVERTES !

    petit 7

  • BELLE VISITE A VOUS

    aniv1

    PETITS COINS DE PATRIMOINE QUI SERONT MIS EN LUMIERE AU DETOUR DE NOTRE REGION DE FRANCE...

  • Cathédrale St-Etienne-Auxerre

    St-Etienne Cathédral, Auxerre

    « La restauration est une opération qui doit garder un caractère exceptionnel. Elle a pour but de conserver et de révéler les valeurs esthétiques et historiques du monument et se fonde sur le respect de la substance ancienne et de documents authentiques. Elle s’arrête là où commence l’hypothèse, sur le plan des reconstitutions conjecturales, tout travail de complément reconnu indispensable pour raisons esthétiques ou techniques relève de la composition architecturale et portera la marque de notre temps. » citation Charte de Venise, art. 9, ICOMOS, 196.

  • M

    JE SUIS ORIGINAIRE MOI-MEME DE LA BOURGOGNE....

  • FRANCE EN IMAGES

    G

    « Un monument restauré traduit les connaissances, les ambitions, les goûts, non seulement du maître d’oeuvre mais aussi du maître d’ouvrage : c’est le vrai révélateur de l’appréhension des édifices par une génération donnée, qui leur permet de reconnaître pour sien un édifice centenaire. » citation de Françoise Bercé.

  • amis

  • Méta

  • amis

  • Architecture Française

    5

  • Artisanat Français

    1

  • A

  • amour-coeur-00040

  • montagne

    Tout devient patrimoine : l'architecture, les villes, le paysage, les bâtiments industriels, les équilibres écologiques, le code génétique.

  • 180px-Hlézard1

  • Patrimoine Français

    3

    Citation sur la France.
    !!!!
    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

  • a bientot

  • Accueil
  • > Recherche : légende du jura

Résultats de votre recherche

Expression : Paris vaut bien une messe

Posté par francesca7 le 25 février 2014

 
citation apocryphe, attribuée à
Henri IV lors de son abjuration

(D’après « Erreurs et mensonges historiques » (Tome 2) 2e éd., paru en 1879)

 téléchargement (4)

 
Edouard Fournier, l’auteur de recherches ingénieuses, savantes et souvent heureuses sur les mots prétendus historiques, rapportant le célèbre « Paris vaut bien une messe » dont la popularité est si grande et si déplorable, écrit dans son Esprit dans l’Histoire, recherches et curiosités sur les mots historiques : « C’est à mon sens un mot très imprudent. Si Henri IV en eut la pensée, lorsqu’il prit la résolution d’abjurer, pour en finir avec les difficultés qui lui barraient le libre chemin du trône et l’entrée dans sa bonne ville, il fut certes trop adroit pour le dire. »

Ce mot, qui est un vrai propos de corps de garde, n’a pu être tenu par Henri IV ; pour le démontrer sans ré-plique, il suffit de prouver que ce prince s’est sincèrement converti. Comme toute erreur a sa source quelque part et comme aussi tout mensonge a une sorte de raison d’être, il faut d’abord, en peu de mots, rechercher la source de cette erreur et la raison de ce mensonge, et il ne nous sera pas difficile de les trouver dans les divers aspects sous lesquels, jusqu’à ce jour, on avait envisagé Henri IV.

Comme l’a fort judicieusement constaté Berger de Xivrey : « Au XVIIIe siècle, on s’occupa surtout du prince galant et spirituel… Les premières années de notre siècle admirèrent avant tout dans Henri IV la bonté du cœur » (Recueil des Lettres missives de Henry IV, publié dans la Collection de documents inédits sur l’histoire de France). Il était réservé à notre temps de chercher et de retrouver dans le premier des Bourbons l’homme tout entier, le grand homme, c’est-à-dire, l’homme dont la franchise ne s’est jamais démentie un seul instant. C’est sous cet aspect qu’au XVIIe siècle, l’évêque Hardouin de Péréfixe (Histoire du roi Henri le Grand), précepteur de Louis XIV, s’était attaché à représenter — l’histoire à la main — la noble figure du prince le plus justement populaire.

 

 « Cependant, oserons-nous le dire, peu de règnes sont moins connus, et cette longue popularité semble plutôt une idée confuse de ce que ce prince a dû être qu’une notion exacte de ce qu’il a été. Le mouvement des circonstances et l’inclination particulière des esprits ont mis successivement en relief certains côtés de son caractère ; peut-être ne les a-t-on jamais tous indiqués ni tous embrassés dans leur ensemble. La bonhomie du roi Henri a nui à sa grandeur. La légende a amoindri l’histoire. Elle a retiré au génie du souverain ce qu’elle prêtait au charme de l’homme, et en le faisant aimer, elle l’a fait moins admirer. Exagération bientôt suivie de retours contraires !…

« Le premier historien de Henri IV, c’a été jusqu’ici Henri IV lui-même, dit Mercier de Lacombe, dans une remarquable étude sur ce prince intitulée La politique de Henri IV (parue dans le Correspondant de 1857) ; — le mot est aussi vrai que spirituel. Il est quelquefois dangereux pour les grands hommes de se montrer à découvert. Leur âme n’égale pas toujours leur génie. La mémoire de Henri IV n’a point eu à redouter ce péril… La publication des Lettres de ce prince confiée par M. Villemain aux soins éclairés de M. Berger de Xivrey, a plus fait pour Henri IV que les plus ardents panégyriques. »

C’est à ce recueil que nous allons demander le récit plein d’intérêt de la conversion de Henri IV, des causes qui la déterminèrent. Les Lettres de ce prince confirment l’authenticité des récits de Palma Cayet, d’Hardouin de Péréfixe et de de Bury (Histoire de la vie de Henri IV, roi de France et de Navarre), que nous reproduirons en tout ce qui concerne l’histoire de la conversion du premier des Bourbons.

L’homme ne s’étant jamais démenti dans Henri IV, il n’est pas sans intérêt et surtout sans utilité de rechercher quels liens retinrent si longtemps ce prince dans le sein du protestantisme. Né d’un père et d’une mère catholiques, Henri entra, dès sa naissance, dans l’Église catholique par le baptême qu’il reçut des mains du cardinal d’Armagnac, évêque de Rodez et vice-légat d’Avignon. Ses deux parrains (Henri II, roi de France, et Henri d’Albret, roi de Navarre, son grand-père) ainsi que sa marraine (Madame Claude de France) étaient catholiques. Nous insistons sur ces particularités, parce que le souvenir de son baptême catholique influa toujours sur Henri IV et ne fut pas un des moindres motifs qui déterminèrent sa conversion.

Né en 1553, ce prince perdit son père en 1562. Ce ne fut qu’à son retour de la cour de France en Béarn que Jeanne d’Albret, sa mère, « embrassa ouvertement le calvinisme ; mais elle laissa son fils auprès du roi (Charles IX), sous la conduite d’un sage précepteur, nommé la Gaucherie, lequel tâcha de lui donner quelque teinture des Lettres, non par les règles de Grammaire, mais par les discours et les entretiens. Pour cet effet il lui apprit par cœur plusieurs belles sentences, comme celle-ci : Ou vaincre avec justice, ou mourir avec gloire ; et cette autre : Les princes sur leur peuple ont autorité grande, / Mais, Dieu plus fortement dessus les rois commande. »

Le jeune prince n’avait que treize ans lorsque la Gaucherie mourut (1566) ; sa mère le fit revenir en Béarn et elle lui donna pour précepteur « Florent Chrétien,… tout à fait huguenot, et qui selon les ordres de cette reine, éleva le prince dans cette fausse doctrine », écrit Hardouin de Péréfixe. A l’âge de seize ans, il fut mis à la tête du parti protestant et apprit l’art de la guerre sous la conduite de Coligny. La sagesse de Henri lui acquit l’estime et la confiance de Charles IX et d’Henri III ; mais, trop de périls l’environnant à la cour de France, il s’enfuit, rentra dans le parrti huguenot, le seul parti qu’il pût avoir ; et quittant l’Église catholique, professa de nouveau sa première religion. Il est à croire, dit Péréfixe, qu’il le fit parce qu’il était persuadé qu’elle était la meilleure ; ainsi sa faute serait en quelque façon digne d excuse, et l’on ne pourrait lui reprocher que de n’avoir pas eu les véritables lumières. »

téléchargement (5)Il n’était pas aveuglément fanatique, car en 1577, les députés des États de Blois l’engagèrent à rentrer dans la religion catholique, il répondit à l’archevêque de Vienne qui portait la parole, « qu’il n’était point opiniâtre sur l’article de la religion ; qu’il avait toujours cru que celle qui lui avait été annoncée dès son enfance était la meilleure ; que la voie la plus sûre pour lui persuader le contraire n’était pas la guerre dont on le menaçait et qui achèverait la désolation du royaume », rapporte de Bury.

Quelques années après, lorsque Henri III envoya le duc d’Epernon à ce prince, pour l’assurer de son amitié et de ses bonnes intentions, l’inviter à venir à la cour et lui persuader que l’unique moyen de faire avorter les desseins de la Ligue était de changer de religion, Henri de Navarre lui répondit « qu’il conserverait inviolablement toute sa vie l’attachement et la reconnaissance dont il était pénétré pour Sa Majesté ; (…) qu’à l’égard de la religion, il n’était point opiniâtre sur cet article ; que lorsqu’on l’aurait convaincu qu’il était dans l’erreur, il ne balancerait pas à changer, n’ayant rien de plus à cœur que de contribuer de tout son pouvoir à la tranquillité de l’État. » Dès cette époque, et comme sous l’empire d’un pressentiment prophétique, le pape Sixte-Quint, si bon connaisseur en fait d’hommes, disait : « La tête de ce prince est faite exprès pour la couronne de France. »

Cependant, Henri III est frappé par le poignard de Jacques Clément ; le roi de Navarre accourt recueillir son dernier soupir et témoigne la plus grande douleur à la vue d’un si horrible attentat. « Il faudrait, dit de Bury, un peintre bien habile pour nous représenter d’un coup d’œil, dans un tableau, la scène qui se passait dans la chambre de Henri III. On verrait le roi de Navarre pénétré de la plus grande affliction, à genoux près du lit du roi, tenant entre ses mains celle de ce prince, qu’il arrosait de ses larmes, sans pouvoir proférer une seule parole ; Henri III, moribond, lui montrant d’un côté le corps de Notre-Seigneur entre les mains du ministre de l’Église, et de l’autre la couronne de France, pour faire connaître à Henri qu’elle serait toujours vacillante sur sa tête, s’il ne la faisait soutenir par la religion catholique, à laquelle il l’exhortait de se soumettre. On verrait les seigneurs catholiques, dans une contenance respectueuse, approuver par leurs gestes les discours du roi. »

Le 2 août 1589, vers quatre heures du matin, le roi de Navarre, âgé de trente-cinq ans, devint roi de France, par la mort de Henri III. Le même jour, il adressait aux principales villes du royaume une circulaire, où nous lisons ces lignes dignes de remarque : « Il a plu à Dieu nous appeler (…) à la succession de cette couronne, ayant bien délibéré aussi de donner tout le meilleur ordre que faire se pourra, avec le bon conseil et avis des princes et autres principaux seigneurs, à ce qui sera du bien et conservation de l’Etat, sans y rien innover au fait de la religion catholique, apostolique et romaine, mais la conserver de notre pouvoir, comme nous en ferons plus particulière et expresse déclaration » (Lettres missives de Henri IV).

A la suite d’une assemblée, la noblesse de France fit promesse à Henri de le reconnaître pour roi, à ces conditions : « 1° Pourvu qu’il se fît instruire dans six mois ; car, on présupposait que l’instruction causerait nécessairement la conversion. 2° Qu’il ne permît aucun exercice que de la religion catholique. 3° Qu’il ne donnât ni charge, ni emploi aux huguenots. 4° Qu’il permît à l’assemblée de députer vers le pape, pour lui faire entendre et agréer les causes qui obligeaient la noblesse de demeurer au service d’un prince séparé de l’Église romaine

« (…) Le roi leur accorda facilement tous les points qu’ils demandaient, hormis le second. Au lieu duquel il s’engagea de rétablir l’exercice de la religion catholique, par toutes ses terres, et d’y remettre les ecclésiastiques dans la possession de leurs biens. Il fit dresser une déclaration de cela, et après que les seigneurs et gentilshommes de marque l’eurent signée, il l’envoya à cette partie du Parlement, qui était séante à Tours, pour la vérifier », nous apprend Péréfixe.

Henri IV aurait peut-être dès lors change de religion, pour donner aux seigneurs catholiques la satisfaction qu’ils demandaient : il était assez éclairé pour connaître celle qui était la véritable ; mais, la politique l’obligeait d’avoir de la condescendance pour les huguenots. Leur parti était trop considérable, pour qu’on ne le ménageât pas. D’ailleurs, dès lors, —comme par le passé, — il parlait toujours avec respect du pape et des prêtres, rapporte de Bury. Plus nous avançons et plus nous recueillons des preuves de la foi et de la piété de ce grand cœur, si plein de noblesse et de franchise.

Sur le champ de bataille d’Ivry (14 mars 1590), au moment d’engager le combat, « il leva les yeux au ciel, et joignant les mains, appela Dieu à témoin de son intention, et invoqua son assistance, — le priant de vouloir réduire les rebelles à reconnaître celui que l’ordre de la succession leur avait donné pour légitime souverain. Mais, Seigneur (disait-il), s’il t’a plu en disposer autrement, ou que tu voies que je dusse être du nombre de ces rois que tu donnes en ta colère, ôte moi la vie avec la couronne ; agrée que je sois aujourd’hui la victime de tes saintes volontés ; fais que ma mort délivre la France des calamités de la guerre, et que mon sang soit le dernier qui soit répandu en cette querelle », nous révèle Péréfixe.

On sait quelle fut l’issue de cette glorieuse journée. Vainqueur de ses ennemis, Henri IV rapporta tout l’honneur de l’avantage à Dieu seul. « Il a plu à Dieu — écrivait-il le soir même de la bataille d’Ivry — de m’accorder ce que j’avais le plus désiré : d’avoir moyen de donner une bataille à mes ennemis ; ayant ferme confiance que, en étant là, il me ferait la grâce d’en obtenir la victoire, comme il est advenu cejourd’hui… La bataille s’est donnée, en laquelle Dieu a voulu faire connaître que sa protection est toujours du côté de la raison. C’est un œuvre miraculeux de Dieu, qui m’a premièrement voulu donner cette résolution de les attaquer, et puis la grâce de le pouvoir si heureusement accomplir. Aussi à lui seul en est la gloire, et de ce qu’il en peut, par sa permission, appartenir aux hommes, elle est due aux princes, officiers de la Couronne, seigneurs et capitaines (…) Je vous prie surtout d’en faire rendre grâce à Dieu, lequel je prie vous tenir en sa sainte garde. » Le même jour, il écrivait au duc de Longueville : « Nous avons à louer Dieu : il nous a donné une belle victoire… Dieu a déterminé selon son équité (…) Je puis dire que j’ai été très bien servi, mais surtout évidemment assisté de Dieu, qui a montré à mes ennemis qu’il lui est égal de vaincre en petit ou grand nombre. »

A un vaillant capitaine, il dit : « Monsieur de La Noue, Dieu nous a bénis… Dieu a montré qu’il aimait mieux le droit que la force (…) Que nous puissions cueillir les fruits de la guerre que le bon Dieu nous a faits. » Le 18 mars, il écrit au maire et aux jurats de Bordeaux : « Nous avons voulu vous faire part de cette nouvelle, pour vous exhorter premièrement en rendre grâces à Dieu, à qui seul en est la gloire, ayant par plusieurs effets particuliers et admirables témoigné en cette occasion qu’il est toujours protecteur des bonnes causes et ennemi des mauvaises, et avec les actions de grâces y joindre vos dévotes prières, à ce qu’il lui plaise continuer sa bénédiction sur notre labeur jusqu’à la perfection de notre dessein, qui n’est que la paix et union universelle de tous nos sujets et la tranquillité en tout ce royaume. »

La clémence et la générosité d’Henri IV furent égales à sa bravoure, « et la manière dont il usa de la victoire fut une preuve certaine qu’il la tenait de sa conduite plutôt que de la fortune », rapporte Péréfixe. Des bataillons suisses avaient combattu contre lui dans les rangs de ses ennemis ; non seulement il leur pardonna, mais encore il les fit reconduire dans leur pays, adressant aux cantons de bonnes paroles qui les touchèrent profondément et dont ils se montrèrent toujours reconnaissants. Il tint la même conduite généreuse à l’égard des Français, ses adversaires, qu’il venait de vaincre. « Il n’eut rien plus à cœur que de faire connaître à ses sujets qu’il désirait épargner leur sang, et qu’ils avaient affaire à un roi clément et miséricordieux, non pas à un cruel et impitoyable ennemi. Il fit crier dans la déroute : Sauvez les Français… Il prit à merci tous ceux qui demandaient quartier, et en arracha tant qu’il put des mains des soldats, acharnés à la tuerie ».

Et combien religieuse fut la conduite d’Henri IV, lorsqu’en 1589, étant entré dans Paris, il empêcha le pillage et la profanation des églises ; c’était le jour de la Toussaint : grâce à l’ordre parfait que le roi sut faire régner, les offices eurent lieu au milieu du plus grand calme, et les catholiques de son armée y assistèrent pieusement avec les Parisiens. Malheureusement Henri IV fut obligé de s’éloigner, et ce ne fut que l’année suivante qu’il put revenir sous les murs de la capitale. En peu de temps, Paris fut réduit aux horreurs de la famine ; « le cœur du roi fut tellement serré de douleur (à cette nouvelle), que les larmes lui en vinrent aux yeux, et s’étant un peu détourné pour cacher cette émotion, il jeta un grand soupir avec ces paroles : O Seigneur t tu sais qui en est la cause ; mais, donne-moi le moyen de sauver ceux que la malice de mes ennemis s’opiniâtre si fort à faire périr.

« En vain les plus durs de son conseil, et spécialement les huguenots, dit Péréfixe, lui représentèrent que ces rebelles ne méritaient point de grâce ; il se résolut d’ouvrir le passage aux innocents. Je ne m’étonne pas (dit-il), si les chefs de la Ligue et si les Espagnols ont si peu de compassion de ces pauvres gens-là, ils n’en sont que les tyrans ; mais, pour moi qui suis leur père et leur roi, je ne puis pas entendre le récit de ces calamités sans en être touché jusqu’au fond de l’âme et sans désirer ardemment d’y apporter remède. Je ne puis pas empêcher que ceux que la fureur de la Ligue possède ne périssent avec elle ; mais, quant à ceux qui implorent ma clémence, que peuvent-ils mais du crime des autres ? Je leur veux tendre les bras. »

Ce jour-là même, plus de quatre mille malheureux sortirent de Paris, et dans le transport de leur reconnaissance, ils criaient : « Vive le roi ! » A l’exemple de Henri IV, ses officiers et ses soldats firent passer des vivres aux Parisiens et sauvèrent la vie à une foule de pauvres familles. La conduite du roi fut empreinte d’un caractère tout particulier de respect à l’égard des prêtres catholiques.

Le moment approchait où les bonnes dispositions de Henri IV et sa piété allaient le préparer à écouter la voix de l’Église catholique. Les huguenots, effrayés de la perspective de cette conversion qui ruinait leurs projets ambitieux, sollicitèrent Elisabeth et les princes protestants d’Allemagne « de lui envoyer de grandes forces », par le moyen desquelles ils croyaient le faire venir à bout de la Ligue, « après quoi il n’aurait plus besoin de se convertir, et a que cependant ils le tiendraient toujours obsédés a par ces troupes étrangères. En effet, Elisabeth, qui avait une extrême ardeur pour la religion protestante, s’intéressa fort dans la cause de ce roi, l’assista toujours généreusement, et sollicita avec chaleur les princes d’Allemagne d’y concourir avec elle. Au même temps (1591), les huguenots pressaient à toute force qu’on leur donnât un édit pour l’exercice libre de leur religion. Ils le poursuivirent si fortement, qu’il fallut le leur accorder, et on l’envoya au parlement séant à Tours ; mais, on ne put jamais obtenir qu’il le vérifiât qu’avec ces mots : « par provision seulement ; se montrant aussi ennemi de cette fausse religion, qu’il l’était des factions de la Ligue. »

téléchargement (6)Sur ces entrefaites mourut Sixte-Quint, dont Henri IV appréciait le caractère et dont il avait reçu plus d’une invitation paternelle de se convertir. Enfin, en 1593, le roi consentit à se faire instruire « par des moyens qui ne fissent point de tort à sa dignité et à sa conscience », et il permit aux catholiques de son parti de faire savoir au pape (Grégoire XIV) quelles étaient ses dispositions. « Il ne faut pas douter — dit de Bury, — que ce prince, après ce qui s’était passé depuis la mort de Henri III, et la promesse qu’il avait faite aux seigneurs catholiques de son parti de se faire instruire, n’eût fait les plus sérieuses réflexions sur ce qui concernait sa conscience ; il était trop instruit pour n’avoir pas reconnu la différence qu’il y avait entre les deux religions.

« La religion catholique était si ancienne et si authentiquement établie par une suite de miracles incontestables et par une tradition non interrompue depuis tant de siècles… qu’il n’était pas possible à un cœur droit, qui cherche la vérité, de ne la pas préférer à une religion toute nouvelle dont les auteurs n’avaient donné aucune preuve de leur mission, et étaient connus pour n’avoir agi que par des mouvements purement humains et intéressés, et dans le dessein d’anéantir la hiérarchie ecclésiastique. Henri avait été témoin de tout le sang que le protestantisme avait fait répandre dans le royaume et des désordres qu’il y avait causés.

« La politique, dont Dieu permet quelquefois que les hommes se servent pour accomplir les desseins qu’il a sur eux, empochait Henri de se livrer à ce qu’il entrevoyait lui être plus utile. Elle lui avait servi pour retenir les Huguenots dans son parti et lui aider, par leur secours, à venir à bout de ses ennemis : elle lui faisait appréhender que s’il quittait cette religion, ils ne l’abandonnassent et ne l’empêchassent de terminer une guerre longue et cruelle, qui réduisait à la dernière misère des peuples qu’il chérissait et qu’il voulait rendre heureux. Enfin, la providence, secondant la bonté de son cœur et la droiture de ses sentiments, lui inspira le désir de rentrer dans la religion catholique, en lui faisant connaître tous les avantages que ses sujets en retireraient et la gloire qu’il acquerrait lui-même.

« Il prit donc la ferme résolution de quitter la religion protestante ; et pour cet effet, il écrivit à plusieurs archevêques, évêques et doctes personnages du royaume des lettres de cachet, pour les prier de se rendre auprès de lui, le 15 juillet, désirant d’être instruit par eux dans la religion catholique, apostolique et romaine, à quoi il promettait qu’ils le trouveraient tout disposé, ne cherchant que la voie la plus sûre pour faire son salut », écrit de Bury. C’est alors qu’eut lieu au village de Suresnes, près de Paris, une fameuse Conférence au sujet de l’instruction et de la conversion du roi, entre l’archevêque de Bourges, MM. de Chavigny, de Rambouillet, de Schomberg, de Bellièvre, de Pontcarré, de Thou, Revol et de Vic, pour Henri IV ; et d’autre part l’archevêque de Lyon, l’évêque d’Avranches, l’abbé de Saint-Vincent, MM. de Villars, Averson, Jeanin, de Pontarlier, de Montigny, du Pradel, Le Maistre, Bernard, Dulaurens et de Villeroi, de la part des États.

Parcourons la correspondance de Henri IV, à cette époque, pour y trouver l’expression franche et sincère de ses sentiments religieux. Le 8 mai 1593, il écrivait au duc de Nivernais, pair de France : « Lesdits députés de part et d’autre promettent beaucoup de fruit de ladite conférence, ce que je désire plus que chose du monde, pour le repos général de mon royaume : à quoi je tiendrai la main et apporterai de ma part tout ce que je pourrai pour le repos de mon royaume et le contentement de tous mes sujets catholiques. »

Et deux jours après, il dit au prince de Conti, que les partisans de l’Espagne essaient de paralyser, de toutes les manières possibles, l’heureux effet de la nouvelle de son retour à la foi catholique, qu’ils prétendent n’être qu’une feinte et une tactique toute politique de sa part pour se maintenir sur le trône de France. « Je vous prie de vous trouver (le 10 juillet prochain), pour mettre la main à un si bon œuvre, si profitable, avec l’aide de Dieu, qui en fera, s’il lui plaît, sortir le fruit conforme au désir des gens de bien. »

Henri IV s’ouvre entièrement et sans réserve à l’évêque de Chartres (le 18 mai) : « Le regret que je porte des misères où ce royaume est constitué par quelques-uns qui, sous le faux prétexte de la religion, duquel ils se couvrent, ont enveloppé et traînent lié avec eux en cette guerre le peuple ignorant leurs mauvaises intentions, et le désir que j’ai de reconnaître envers mes bons sujets catholiques la fidélité et affection qu’ils ont témoignées, et continuent chaque jour, à mon service, par tous les moyens qui peuvent dépendre de moi, m’ont fait résoudre, pour ne leur laisser aucun scrupule, s’il est possible, à cause de la diversion de ma religion, en l’obéissance qu’ils me rendent, de recevoir au plus tôt instruction sur les différends dont procède le schisme qui est en l’Eglise, comme j’ai toujours fait connaître et déclaré que je ne la refuserai ; et n’eusse tant tardé d’y vaquer, sans les empêchements notoires qui m’y ont été continuellement donnés. Et bien que l’état présent des affaires m’en pourrait encore juste ment dispenser, je n’ai toutefois voulu différer davantage d’y entendre, ayant à cette fin avisé d’appeler un nombre de prélats et docteurs catholiques, par les bons enseignements desquels je puisse, avec le repos et satisfaction de ma conscience, être éclairci des difficultés qui nous tiennent séparés en l’exercice de la religion. »

« Et d’autant que je désire que ce soient personnes qui, avec la doctrine, soient accompagnées de piété et prudhommie, a n’ayant principalement autre zèle que l’honneur de Dieu, comme de ma part j’y apporterai toute sincérité, et qu’entre les prélats et personnes ecclésiastiques de mon royaume, a vous êtes l’un desquels j’ai cette bonne opinion ; à cette cause, je vous prie de vous rendre près de moi en cette ville (de Mantes), le 15e jour de juillet, où je mande aussi à quelques autres de votre profession se trouver en même temps, pour tous ensemble tendre à l’effet les efforts de votre devoir et vocation ; vous assurant que vous me trouverez disposé et docile à tout ce que doit un roi très-chrétien, qui n’a rien plus vivement gravé dans le cœur que le zèle du service de Dieu et le maintien de sa vraie église. »

Et dans une lettre circulaire, qui fut très répandue, Henri IV répétant les mêmes protestations de sa sincérité, ajoute : « Nous sommes très disposé à recevoir et suivre ce que par bons enseignements l’on nous fera connaître appartenir à la vraie piété et religion. » La franchise du roi le porta à avertir ses coreligionnaires de l’ouverture de la conférence de Suresnes, et tout en leur faisant pressentir l’issue probable de cette conférence, il les assura de son affection et de sa bienveillance, comme par le passé (lettre du 25 mai). Le 30 mai, écrivant au grand-duc de Toscane, le roi de France lui montre son désir de plus en plus ardent de rentrer dans le sein du catholicisme, n’imputant son retard à le faire qu’à la difficulté des temps et à la mauvaise volonté de certains chefs de la Ligue :

« Quoique les mêmes empêchements qui continuent toujours la part de mes ennemis, avec la même animosité et rigueur qu’ils ont accoutumé, me pourraient encore justement excuser de cette action, si j’avais intention de la tirer en longueur, ou frustrer mes dits bons sujets de leur désir et attente, ainsi que mes ennemis en veulent faire valoir l’opinion, à la justification de leurs faux prétextes, toutefois, je me suis résolu de surmonter les susdites incommodités pour accélérer le contentement des uns, faire voir à découvert les mauvaises intentions des autres (…) ; et à cet effet j’ai convoqué auprès de moi, au 20e de juillet prochain, plusieurs prélats et docteurs catholiques, pour mon instruction et me résoudre avec eux des points qui nous ont jusques ici tenus séparés les uns des autres, en la foi et créance de la religion, espérant que Dieu assistera de sa grâce par son Saint-Esprit, cette mienne résolution selon le saint zèle que j’y apporte, qui ne tend qu’à embrasser et suivre la vraie voie de mon salut. »

L’opposition systématique de certains chefs de la Ligue continuait toujours à l’endroit de Henri IV ; ils n’épargnaient rien pour semer dans l’esprit du peuple le doute et la défiance au sujet des intentions du roi, — comme le prouve une longue lettre d’Henri IV au marquis de Pisany. On y voit la prudence, la sagesse, la franchise et surtout la patience inaltérable de ce prince en face des odieuses menées de ses ennemis et de ceux de la France. Il avait été à même d’apprécier la conduite pleine de tact de René Benoît, curé de Saint-Eustache, un des hommes les plus savants de cette époque ; il l’appela à Mantes près de lui, pour être un des docteurs qu’il chargeait du soin de l’instruire dans la vraie foi :

« Dès l’heure que j’ai eu la volonté de penser à ma conversion, j’ai jeté l’œil sur vous pour être l’un de ceux desquels j’aurai l’assistance fort agréable à cette occasion. La réputation de votre doctrine, laquelle est suivie d’une vie non moins louable, me fait espérer de recevoir beaucoup de service et de contentement de vous, si j’en suis assisté. Ce qui est cause que je vous fais ce mot pour vous faire connaître combien je l’aurai agréable ; même que vous prépariez, à cet effet, quelques-uns de votre collège, que vous connaîtrez avoir la crainte de Dieu et être accompagnés d’esprit doux, et aimant le bien et repos de mes sujets… » En attendant, « que j’aie part en vos prières. »

Dans les premiers jours de juillet de la même année, le roi exprimait à l’archevêque de Bourges son vif désir de rentrer dans le sein de l’Église catholique, en dépit de la difficulté des temps et des complots de ses ennemis : mon intention serait plutôt de devancer la conférence que de la reculer, tant j’en désire les effets, espérant bien que ceux qui publient que ce que je propose faire est à fard et à feintise auront toute occasion de s’en dédire, et les effets contraires à leurs opinions se reconnaîtront si près d’eux que, s’ils n’en veulent être les témoins, ils en pourront au moins avoir souvent de bien certaines nouvelles (…) J’espère que Dieu me fera la grâce d’y porter l’esprit vide de toute autre passion que ce qui est de sa gloire, de mon salut et du bien de cet État. »

Le 12 juillet, Henri IV écrivit au consistoire de Nîmes, à propos des complots formés contre la France par les protestants, qui prenaient prétexte de la prochaine abjuration du roi, pour troubler le pays. Malgré ce nouvel embarras, le 16 juillet il mandait M. de Rambouillet : « Vous savez que le 20e de ce mois approche, qui est le jour auquel j’ai assigné la convocation que je fais faire à Saint-Denis pour y recevoir l’instruction à laquelle je me suis disposé dès mon avènement à cette couronne. Et, comme aussitôt après, je délibère de m’y faire sacrer et couronner, suivant les anciennes coutumes observées par les rois mes prédécesseurs, et qu’en une si célèbre solennité que sera celle-là, il faut que les choses se fassent avec les mêmes cérémonies qui, de tout temps, ont été gardées en pareil cas, etc. »

Ici, laissons parler un témoin oculaire, un contemporain non suspect, l’ex-ministre protestant Palma Gayet, qui assista aux conférences que nécessita l’instruction du roi. « Dieu depuis longtemps avait touché le roi sur la réalité au sacrement de l’Eucharistie, et qui, toutefois, était encore en doute sur trois points, savoir ; de l’invocation des saints, de la confession auriculaire et de l’autorité du pape. » A l’ouverture de la conférence, le roi disait à M. d’Ossat : « Vous savez la déclaration que j’ai faite, à mon avènement à la couronne, de me laisser instruire en la religion catholique et romaine. Vous savez aussi l’intention pour laquelle j’ai permis que les princes et seigneurs catholiques aient envoyé des ambassadeurs et des agents vers le pape, pour aviser au moyen de mon instruction et de ma conversion. »

Puis, apprenant à M. d’Ossat son intention de se faire instruire en la foi catholique, il ajouta : « J’espère que Dieu nous regardera de son œil de miséricorde, et donnera à mon peuple le fruit de la paix tant désirée. Je sais que les rois qui ont plus de pitié de leurs peuples s’approchent aussi plus près de Dieu, qui fera réussir mon dessein à sa gloire… Nul ne peut douter que quand même je me fusse déclaré catholique dès mon avènement à cette couronne, que, pour cela, mon peuple n’eût pas eu la paix ; ceux de la religion les huguenots) eussent pu désirer un protecteur particulier, et il y eût eu du danger de ce côté, vu ce qui s’en est passé autrefois, etc. » Ces paroles charmèrent M. d’Ossat, et lui firent concevoir l’espérance bien fondée de la prochaine conversion de Henri IV.

« Avant que de dire ce qui se passa en cette conférence, dit Palma Cayet, comme j’ai dit ci-dessus, que, dès longtemps, le roi croyait la réalité au sacrement de l’Eucharistie, je rapporterai ici quelques particularités qui se sont passées sur ce qu’il a été quelquefois repris de se convertir. Environ l’an 1584, (…) on conseilla audit sieur roi de Navarre de chercher les moyens de se réconcilier avec le Saint-Siège. Le sieur de Ségur, un des principaux conseillers, en communiqua même avec quelques ministres qu’il jugeait être traitables, pour aviser aux moyens de se réunir à l’Église catholique romaine, ce que l’on désirait faire doucement et sans en faire grand bruit. Sa Majesté s’y trouva tellement portée, qu’en un discours particulier il dit à un des ministres de sa maison : Je ne vois ni ordre ni dévotion en cette religion (la protestante) ; elle ne gît qu’en un prêche qui n’est autre chose qu’une langue qui parle bien français ; bref, j’ai ce scrupule qu’il faut croire que véritablement le corps de Notre-Seigneur est au sacrement, autrement tout ce qu’on fait en la religion n’est qu’une cérémonie. »

« Or, du depuis, les remuements de la Ligue commencèrent. Ledit sieur de Ségur (…) manda à Sa Majesté qu’il n’était pas temps de parler de conversion, et, quoiqu’il le lui eût conseillé, qu’il ne fallait pas qu’il le fît encore, parce qu’étant prince souverain dans ses pays, il ne devait ployer sous la volonté de ses ennemis ; mais, devait s’évertuer de maintenir sa liberté et défendre sa religion, jusques à tant que, par bonne instruction paisiblement et volontairement, il fût satisfait de tous doutes. A cet avis se conforma celui de tout son conseil. On ne trouva que trop de raisons d’État pour le lui persuader ; toutefois, on a tenu que, sans l’avis d’un opinant en son conseil, celte conversion se fût poursuivie et qu’il fût venu, dès ce temps-là trouver le roi…. » Les autres sont de contraire opinion, et disent que les princes de la Ligue n’eussent pas laissé de prendre les armes, et qu’ils « n’en voulaient pas tant à la religion qu’à la couronne. »

« Depuis que ce prince eut été contraint de prendre les armes, il ne laissa toutefois, au plus fort même de ses affaires, de conférer particulièrement avec ceux qu’il jugeait doctes des points principaux de sa religion, et se rendit tellement capable de soutenir des points débattus par les ministres, selon leur façon de faire, que plusieurs fois il en a étonné des plus entendus d’entre eux. On dira que c’était pour le respect de Sa Majesté ; mais, je dirai que c’est de la seule vivacité de son esprit et l’exact jugement qu’il fait de toutes choses, en quoi il ne reçoit aucune comparaison avec prince ou philosophe qui ait jamais été ; (…) si bien qu’il connaît les affections à la mine et les pensées au parler.

« II continua toujours celte forme d’instruction ; même, étant venu à la couronne de France, il m’envoya (à moi qui écris) mandement par bouche et lettres, (…) à ce que j’eusse à lui en dire mon avis sommairement ; ce que je fis en trois grandes feuilles de papier, lesquelles le sieur Hesperien, ministre, lui porta et se les fit lire durant qu’il assiégeait la ville de Vendôme. Depuis, Sa Majesté a toujours continué cette recherche d’instruction par écrits et en devis (conversations) particuliers avec gens doctes, jusques à ce temps ici qu’il donna sa parole au sieur d’Ossat d’embrasser tout à fait la religion catholique, et, pour quelques difficultés qu’il avait encore, de s’en faire résoudre par les prélats. »

Maintenant, continuons ce récit par la bouche de Péréfixe, qui était bien instruit :

téléchargement (7)« Le roi vint à Saint-Denys, où se rendirent plusieurs prélats et docteurs, par le soin desquels il s’était fait instruire. Un historien rapporte que le roi faisant faire devant lui une conférence entre les docteurs de l’une et de l’autre Église, et voyant qu’un ministre tombait d’accord qu’on se pouvait sauver dans la religion des catholiques, Sa Majesté prit la parole, et dit à ce ministre : Quoi ! tombez-vous d’accord qu’on puisse se sauver dans la religion de ces messieurs-là ? » Le ministre répondant qu’il n’en doutait pas, pourvu qu’on y vécût bien, le roi repartit très judicieusement : La prudence veut donc que je sois de leur religion, et non pas de la vôtre, parce qu’étant de la leur, je me sauve selon eux et selon vous, et étant de la vôtre, je me sauve bien selon vous, mais non pas selon eux. Or, la prudence veut que je suive le plus assuré.

« Ainsi, après de longues instructions, dans lesquelles il voulut amplement être éclairci de tous ses doutes, il abjura son erreur, fit profession de la foi catholique et reçut l’absolution dans l’église abbatiale de Saint-Denis, au mois de juillet (1593), par le ministère de Renaud de Beaune, archevêque de Bourges. Dès le jour même on vit toute la campagne, depuis Paris jusqu’à Pontoise, éclairée de feux de joie ; et grand nombre de Parisiens qui, étant accourus à Saint-Denis pour voir cette cérémonie, remportèrent à Paris une entière satisfaction et remplirent toute la ville d’estime et d’affection pour le roi ; tellement qu’on ne l’y appela plus le Béarnais, comme auparavant, mais absolument le roi. »

Le 25 juillet, Henri IV envoya, par toute la France, la lettre circulaire suivante sur son abjuration : « Suivant la promesse que nous fîmes à notre avènement à cette couronne par la mort du feu roi (,..) dernier décédé, (…) et la convocation par nous faite des prélats et docteurs de notre royaume, pour entendre à notre instruction, par nous tant désirée et tant de fois interrompue par les artifices de nos ennemis, enfin nous avons, Dieu merci, conféré, avec lesdits prélats et docteurs, assemblés (…) pour cet effet, des points sur lesquels nous désirions être éclairci ; et après la grâce qu’il a plu à Dieu nous faire par l’inspiration de son Saint-Esprit, que nous avons recherchée par tous nos vœux et de tout notre cœur pour noire salut, et satisfait par les preuves qu’iceux prélats et docteurs nous ont rendues par écrits des apôtres, des saints pères et docteurs reçus en l’Église, reconnaissant l’Église catholique, apostolique et romaine être la vraie Église de Dieu, pleine de vérité, et laquelle ne peut errer, nous l’avons embrassée et sommes résolus d’y vivre et mourir.

« Et pour donner commencement à cette bonne œuvre, et faire connaître que nos intentions n’ont eu jamais d’autre but que d’être instruits sans aucune opiniâtreté, et d’être éclaircis de la vérité et de la vraie religion pour la suivre, nous avons cejourd’hui ouï la messe, et joint et uni nos prières avec ladite Église (…) résolus d’y continuer le reste des jours qu’il plaira à Dieu nous donner en ce monde ; dont, nous vous avons bien voulu avertir, pour vous réjouir d’une si agréable nouvelle, et confondre par nos actions les bruits que nos dits ennemis ont fait courir jusqu’à cette heure, que la promesse que nous en avons ci-devant faite était seulement pour abuser nos bons sujets et les entretenir d’une vaine espérance, sans aucune volonté de la mettre à exécution : de quoi nous désirons qu’il soit rendu grâces à Dieu, par processions et prières publiques, afin qu’il plaise à sa divine bonté nous confirmer et maintenir le reste de nos jours en une si bonne et si sainte résolution. »

Le même jour, Henri IV apprit la nouvelle de son abjuration à ses anciens coreligionnaires, en ces termes pleins d’une franche dignité : « Je fais présentement une dépêche générale pour vous donner à tous avis de la résolution que j’ai faite de faire dorénavant profession de la religion catholique, apostolique et romaine… Ce que j’en ai fait n’ayant été qu’à fort bonne intention, et principalement pour la seule assurance que j’ai d’y pouvoir faire mon salut, et pour n’être en ce point différent des rois mes prédécesseurs, qui ont heureusement et pacifiquement régné sur leurs sujets, espérant que Dieu me fera la même grâce, et que par moyen seraient ôtés non seulement les prétextes, mais aussi les causes des divisions et révoltes qui minent aujourd’hui cet État ; étant pour cela mon intention qu’il ne soit fait aucune force ni violence aux consciences de mes sujets, (…) et qu’ainsi qu’il a plu à Dieu m’ordonner roi de tous mes sujets, que je les aimerai et aurai tous en égale considération. »

Une autre circulaire du roi — conçue en des termes vraiment paternels — contenait pour les villes de la Ligue un oubli complet des injures passées et une promesse entière de bonne affection pour l’avenir : « Nous savons assez par expérience combien peut en âmes consciencieuses le désir de conserver la religion et la crainte de la perdre. C’est pourquoi nous excusons la difficulté et refus que plusieurs de nos sujets ont fait jusques ici de nous reconnaître, pour la différence de la religion que nous tenions lors, avec la leur, et pour l’occasion qu’ils avaient de redouter que nous n’y voulussions apporter quelque changement (…) Notre domination légitime leur sera aussi douce et profitable que l’état où ils sont à présent réduits leur est ruineux et insupportable. »

Voici enfin quelques fragments des lettres qu’Henri IV écrivait alors au pape, pour lui apprendre son abjuration et l’assurer de la sincérité de son dévouement :

« Très-Saint-Père,

« Ayant, par l’inspiration qu’il a plu à Dieu me donner, reconnu que l’Église catholique, apostolique et romaine est la vraie Église pleine de vérité et où gît le salut des hommes, conforté encore en cette foi et créance par l’éclaircissement que m’ont donné les prélats et docteurs en la sainte faculté de théologie (que j’ai à cette fin assemblés), des points qui m’en ont tenu séparé par le passé, je me suis résolu de m’unir à cette sainte Église, très résolu d’y vivre ou mourir, avec l’aide de Celui qui m’a fait la grâce de m’y appeler, (…) et de rendre l’obéissance et respect dus à Votre Sainteté et au Saint-Siège ; (…) et m’assurant, Très-Saint-Père, que Votre Sainteté ressentira la joie de cette sainte action, (…) j’ai bien voulu (…) lui donner par ce peu de lignes de ma main ce premier témoignage de ma dévotion filiale envers Elle, la suppliant très affectueusement de l’avoir agréable et recevoir d’aussi bonne part comme elle procède d’un cœur très sincère et plein d’affection, de pouvoir par mes actions mériter sa sainte bénédiction…

« Votre bon et dévot fils, Henry »

Et cet autre extrait : « Je supplie Votre Sainteté , autant affectueusement qu’il m’est possible, de prendre entière confiance et assurance de la foi que d’Ossat lui donnera de ma part de l’honneur que je lui veux rendre, croyant, s’il lui plaît, que si je n’avais intention de mériter les bonnes grâces et faveurs de Votre Sainteté, pour être utile à la religion et à la chrétienté, (…) je ne m’engagerais à Votre Sainteté, ni en la recherche de sa bienveillance, si librement et rondement que je fais. Mes ennemis me peuvent bien passer en artifice et dissimulation, mais non en franchise et candeur. »

Pour rejoindre le FORUM de discussion : http://devantsoi.forumgratuit.org/

Publié dans EXPRESSION FRANCAISE, Paris | Pas de Commentaires »

superstitions liées aux rongeurs

Posté par francesca7 le 16 novembre 2013

 

Lutte contre les campagnols  

(D’après « Par ci, par là. Etudes normandes de mœurs et d’Histoire », paru en 1927)

 
250px-Rötelmaus  
Chaque année, au début du XXe siècle, il se préparait un grand mouvement offensif pour le printemps. De nombreuses réunions régionales avaient lieu à Paris et une grande assemblée générale décide de l’ouverture des hostilités ; déjà des dépôts d’armes et de gaz asphyxiants étaient préparés, comme s’il s’agissait de révolutionner la Catalogne !…

Rassurez-vous, il s’agit simplement de déclarer la guerre… aux campagnols, ces rats des champs qui causent, tous les ans, des milliers de francs de dégâts, non seulement en France, mais dans le monde entier, dont ils ravagent toutes les richesses agricoles.

Il s’agit d’organiser contre ces dévastateurs, un front unique et il est bon de prendre ses précautions. C’est pourquoi les directeurs des Services agricoles de vingt-six départements étaient réunis un jour en un congrès général à Paris, où a été proclamée la « guerre sainte »… contre le petit rat des champs, grand destructeur de blés et de céréales.

Dans les départements qu’il hante, si l’on totalise les estimations des directeurs agricoles présents à la conférence, les ravages s’étendent au moins sur 600 000 ha. Dans ce trop vaste domaine, les années où les campagnols pullulent, soit parce que l’hiver fut doux ou la terre sèche, soit par suite d’une sorte de cycle qui les multiplie particulièrement tous les trois ans, des récoltes peuvent être anéanties.

Il n’est pas exagéré de dire, comme le répétait un parlementaire à la Chambre, « que ces ravageurs nous obligent à acheter du blé à l’étranger ». Il y a quelques années, en Normandie, en certains coins, les campagnols s’étaient multipliés au point de devenir un véritable fléau. Toute une partie du pays de Bray, depuis Buchy, Bellebcombre, jusqu’à Saint-Saëns et Clères, fut ravagée par les bandes de ces animaux nuisibles. Dans le Calvados, dans le canton de Douvres et dans toute la plaine de Caen, les terribles rongeurs, sur 3 400 hectares, ont causé plus de 2 millions de pertes en quelques jours.

Ces campagnols, un peu semblables aux souris, mais plus forts, plus trapus, un peu roux ou d’un blanc sale, avec des molaires terribles en dents de scie, coupant et détruisant tout, sont répartis en plusieurs espèces différentes et on les rencontre dans le monde entier. Il en est de montagnards, qui habitent les Alpes et les Pyrénées, jusqu’à 4 000 mètres au-dessus de la mer, à la limite des neiges perpétuelles. Dans les auberges des sommets, dans les chalets abandonnés, dans les abris ou dans certaines grottes habitée, ils détruisent les provisions de bouche qu’on ne peut mettre à l’abri de leur voracité. Il en est d’autres espèces qui se sont propagées en Asie, en Chine et jusque sur les pentes de l’Himalaya, où pullulent ces « bolcheviks » du monde animal. Il en est, dans l’Amérique du Nord, qui rongent intérieurement d’énormes arbres, quand ils ne dévorent pas l’écorce extérieure. Ils parviennent ainsi à les abattre. Mais parmi les campagnols de tous poils, le plus dangereux et le plus nuisible, est bien le campagnol des champs, celui que chantèrent Ésope, Horace et La Fontaine :

Ce n’est pas que je me pique
De tous vos festins de roi.
Mais rien ne vient m’interrompre
Je mange tout à loisir.
Adieu donc ! Fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre !

un petit rongeur roux à l'entrée d'un terrierEt, en effet, le campagnol des champs mange tout à loisir, pullulant et se reproduisant avec une effrayante rapidité. Un seul couple, affirme-t-on, produit trois cents petits, et ces tout petits commencent à ronger dès l’âge de deux mois. Par les galeries souterraines et tortueuse où ils gîtent, ils gagnent les champs cultivés où ils dévorent tout, déracinent les plantes, coupent les tiges des céréales, dépouillent les épis de leurs grains et s’attaquent même aux semailles.

Dans leur terrier compliqué, par leurs galeries, s’étendant souvent très loin, ils transportent tout ce qu’ils ont dévasté, dans une place intérieure, véritable magasin de vivres et vont grignoter ces vivres de conserve dans une sorte de cagna de repos. Si les labours, à certaines époques, les forcent à s’exiler ou a s’éloigner, ils abandonnent la partie momentanément. Ils s’en vont plus loin, dans les terres en friche abandonnées, dans les vieilles prairies, d’où ils repartent pour de nouvelles conquêtes et de nouveaux ravages ! Leur plus belle campagne fut en 1801, où les campagnols envahirent la France du Nord, de l’Est à l’Ouest. Ils firent, dans quinze communes de Vendée, des dégâts qui s’élevèrent à 3 millions en quelques jours.

Que n’a-t-on pas essayé, du reste, contre les campagnols envahisseurs ? On a tout d’abord compté sur l’hiver, le général Hiver, quand il congèle leurs terriers, ou sur la neige, qui inonde leurs galeries et les noie ; on a compté pur les oiseaux de proie, sur les renards, les belettes, mais tout cela est inefficace. Il a fallu, de tout temps, avoir recours à des moyens de destruction artificiels. Pour des combattre, on a, en effet, des armes modernes ; M. de Buffon, intendant du Jardin du roi, chassait ainsi le campagnol : il prenait une lourde pierre plate et la posait inclinée sur une buchette verticale. Sous la pierre, il mettait une noix attachée à la buchette. Le campagnol venant grignoter la noix, faisait choir sur soi la pierre plate. Qu’on ne sourie pas de ce moyen ! Buffon affirme qu’il assommait ainsi 100 campagnols par jour sur 40 arpents de terre. Le procédé est encore en usage.

Mais on a trouvé mieux. L’empoisonnement par le blé arseniqué, par les pâtes phosphorées, par le pain baryté trempé dans du lait ou dissous dans du carbonate de baryte. On emploie la noix vomique et même des gaz asphyxiants, tantôt à l’acide sulfureux et tantôt la chloropicrine et l’aquinite très lourds, très toniques, mais coûtant très cher. Lors de la dernière invasion campagnolesque en Normandie, on usa surtout du virus de Danyz, fourni par les services de l’Institut Pasteur. Il communique une maladie contagieuse qui se répand vivement, les campagnols, gent vorace, dévorant leurs congénères. Le virus est contenu dans un bouillon de culture qui, mélangé avec de l’eau, imprègne des graines d’avoine aplatie, dont les campagnols sont très friands. Un des avantages de ce virus est qu’il n’affecte pas les animaux domestiques.

Actuellement, un autre savant de l’Institut Pasteur, Salimbeni, cultive dans son laboratoire un virus qui donne également aux rats des champs une épizootie contagieuse et mortelle. Elle les tue en trois jours. Un chroniqueur du Temps nous apprend que notre concitoyen, le savant Regnier, directeur de la Station entomologique de Rouen et du Museum de Rouen, s’est appliqué à la tâche délicate de préparer le virus en quantités industrielles. « Malgré la complexité de ce problème, dit-il, il semble qu’il soit parvenu à obtenir dans des bidons de deux litres une culture en liquide, à base d’eau et de son, suffisamment efficace. Notre station de Rouen a adopté pour ses essais, en grand, des caisses de 16 bidons, contenant chacun deux litres de virus et permettant de traiter 240 ha, chaque bidon valant pour 15 à 18 ha.

Ainsi préparé par un laboratoire officiel, qui ne recherche aucun bénéfice, son prix est dérisoire : 25 sous par hectare. Les agriculteurs prennent livraison de ce virus et le diluent dans de l’eau (17 litres d’eau pour 2 de virus. Ils ont, au préalable, aplati de l’avoine sur l’aire de leurs granges (150 kilos pour 2 litres de virus). Ils mélangent le tout à la pelle. Au bout d’une heure et, de préférence l’après-midi, ils s’en vont répandre cela dans les champs. Ils ont soin, chemin faisant, d’écarter les poules : non que l’avoine contaminée soit dangereuse pour elles, mais parce qu’elles en font leurs délices et qu’il faut qu’il en reste pour les campagnols. Ceux-ci viennent manger l’avoine au crépuscule et communiquent à leurs proches un mal qui répand la terreur ! »

 superstitions liées aux rongeurs dans FAUNE FRANCAISE 220px-Campagnol_roussatreCes invasions de rats campagnols et rongeurs, qui surgissaient tout à coup, au Moyen Age, soit dans les campagnes d’Italie ou encore dans les plaines de Sibérie, où ils ravageaient tout sur leur passage, étaient considérées, dans l’antiquité et dans le Moyen Age, comme de véritables calamités publiques. Les anciennes chroniques des abbayes les citent, en effet, souvent, comme des fléaux de Dieu ou des punitions célestes souvent immérités… Mille superstitions, populaires, traditionnelles ou religieuses, s’attachaient donc à ces apparitions soudaines de campagnols dévastateurs. On était tout d’abord persuadé - et Thiers en parle dans son Traité des superstitions - que certaines gens, mendiants et malandrins, avaient le pouvoir d’envoyer chez leurs ennemis des bandes de rongeurs dont on ne pouvait se défaire. Aussi se gardait-on de refuser l’aumône aux passants mal vêtus et aux quémandeurs courant la campagne, de peur qu’ils ne fassent arriver des rats. Dans le Bessin, dans le Cotentin, en Sologne, les sorciers envoyaient ces rongeurs en troupe. En Ille-et-Vilaine, comme dans la Mayenne, les sorciers pouvaient ou les attirer ou les éloigner comme ils voulaient, suivant leur pouvoir magique. Quand les rats étaient accourus ainsi dans les terres de la campagne par sorcellerie, les chats n’y touchaient plus et il était alors impossible de s’en débarrasser, tant que le sort n’avait pas été levé. N’allez pas contredire ces émigrations de rats !

Nombre de gens témoignent avoir assisté à ces randonnées de bêtes malfaisantes. Une paysanne de Basse-Normandie, écrit Lecœur dans ses Esquisses du Bocage, dit avoir vu un vieux mendiant marcher lentement par un chemin creux, suivi de tout un cortège de rats dont les premiers avaient le nez sur les talons de ses sabots. Dans le Bocage normand, le « meneur de rats », car il y avait des « meneurs de rats », comme des « meneurs de loups », recommandait à celui qu’il rencontrait de ne pas faire de mal à ces animaux, surtout aux derniers qui étaient souvent des rats boiteux, se transformant en horribles dragons ! Toujours dans le Bocage normand, pour expliquer la présence des campagnols envahisseurs, on racontait que les sorciers malfaisants pétrissaient l’argile en forme de rats ou de souris. Quand ils avaient soufflé dessus, en prononçant quelques paroles, l’argile s’animait et il en naissait des milliers de rongeurs, qui allaient où leur commandait le sorcier. Dans les Veilleryes argentinois, un manuscrit de Chrétien de Joué-du-Plein, toute cette histoire est racontée et l’auteur ajoute que les rats étant allés piller une ferme, il fut impossible de les détruire. On dut avoir recours à un autre sorcier pour s’en débarrasser.

Afin de se préserver contre l’invasion des rats, il n’y avait pas seulement l’influence magique des sorciers, « meneurs de rats », comme celle des meneurs de loups, il y avait aussi la protection de certains saints et saintes. Tout d’abord, au premier rang, dès le XVIe siècle, sainte Gertrude qui avait le privilège de chasser les souris et les rats et dont le nom est invoqué dans les conjurations ardennaises. On disait même que les rats avaient mangé son cœur. En Ardennes, en Champagne et même en Normandie, on invoquait saint Nicaise, patron d’une église de Rouen, primitivement située dans les prairies du faubourg Martainville. On inscrivait son nom sacré sur les fermes et les maisons, avec cette prière : S. Nicasi oui pro nobis. Fugite mures et glires. « Fuyez rats et mulots ».

En Bretagne, on croyait que saint Isidore faisait mourir les taupes. Grâce à ces interventions sacrées, on estimait, en ces temps de crédulité, que certains territoires étaient pour toujours préservés des incursions des animaux funestes aux biens de la terre. Il est, par exemple, raconté dans la vie de saint Grat, évêque d’Aoste, qu’il possédait une formule pour écarter les rats de toute la vallée et à trois mille pas à l’entour. Mais les deux saints protecteurs contre les invasions des campagnols étaient avant tout, comme nous l’avons dit, sainte Gertrude, de l’abbaye de Nivelles, qui est souvent représentée, avec sa crosse sur laquelle grimpent rats et mulots. Molanus raconte qu’il suffisait de puiser de l’eau dans le puits du monastère de Nivelles et d’en arroser les champs pour que les bandes de rongeurs disparaissent instantanément. L’autre saint ratophobe est un dominicain américain du couvent du Saint-Rosaire de Lima, qui recueillait les rats dans une corbeille, et ensuite les renvoyait loin de son église et de son couvent.

En dehors de ces interventions sacrées, il y avait aussi certaines coutumes, certains actes pour se préserver des ravages des rats. Il fallait, par exemple, le mardi de Noël bêcher son jardin, tête nue, entre le soleil levant et le soleil couchant. Avant de rentrer la première gerbe dans la grange, après avoir dit des prières, il fallait ajouter cette invocation : « Rats, rates et souriates, je vous conjure par le Dieu vivant de ne toucher grain et pailles que je mettrai pendant plus d’un an, non plus qu’aux étoiles du firmament ». Ailleurs, on plantait des piquets dans les champs et on frappait dessus pour effrayer les campagnols dans leurs galeries. Ailleurs, on jetait des conjurations écrites, au nom de saint Nicaise, enfermées dans des boulettes et semées dans les champs.

Aussi bien, il y a tout un folklore des campagnols et comme aussi toute une symbolique du rat du Moyen Age. Ce qu’on appelle le « Globe aux rats », c’est le globe du monde, couronné de la croix, sur lequel jouent des rats noirs et des rats blancs. On a cru longtemps qu’ils symbolisaient les jours et le temps qui ronge tout, le tempus edax. Il n’en est rien et, d’après la Légende dorée, ils représenteraient les Vices, qui détruisent le monde. Toujours est-il qu’on trouve des représentations figurées de ces rats dévastateurs, sur un contrefort du XVe siècle de la cathédrale du Mans ; à Saint-Germain-des-Prés, à Paris ; dans l’église de Champeaux ; dans l’église Saint-Siffren, de Carpentras ; sur les stalles de l’église de Gassicourt, près de Mantes. Sur une stalle de l’abbaye de la Sainte-Trinité de Vendôme est également figuré un homme, portant une hotte d’où s’échappent des rats, bas-relief qu’on peut dater du commencement de la Renaissance.

Qui ne connaît aussi les légendes se rattachant à ces invasions des rats et des campagnols ? Qui ne se rappelle cet archevêque de Mayence, Hatton, refusant de secourir son peuple contre une invasion de rongeurs, se réfugiant dans la tour escarpée de Bingen, sur le Rhin ? Les rats le poursuivent, rongent la porte et enfin le dévorent lui-même… Et la légende de Hans, le joueur de flûte ! Qui ne se souvient qu’en jouant de la flûte, il avait délivré toute la ville d’une troupe de rats, qui le suivait à la piste ? Mais les échevins n’ayant pas voulu lui donner le prix convenu, Hans, pour se venger, emmena tous les petits enfants de la ville – c’était, croyons-nous, Nuremberg – qu’on n’a jamais revus… Toujours est-il que le fait est constaté dans certaines chartes, qui portent la mention : Anno illos post diem quo amisimus infantulos nostros « Un an après que nous perdîmes nos petits enfants ». Savez-vous que l’on a porté cette légende bien connue au cinéma ?

Mais terminons cette longue causerie sur les faits et gestes des campagnols en Normandie. Il s’y déroulait, le premier dimanche de Carême, une sorte de procession nocturne, appelée les bourquelées, promenade à travers les champs. Maîtres, valets, servantes, enfants, agitaient sous les arbres des collines, ou torches et brandons de paille allumée, en chantant :

Taupes et mulots,
Sortez de mon clos,
Ou je vous casse les os !

C’est ce que Pluquet, dans ses Contes de Bayeux, appelle la « Conjuration du Bessin ». Dans le Berry. la complainte est plus sarcastique : « Saluez d’ici, saillez mulots, / Ou j’allons vous brûler les crocs. / Laissez pousser nos blés. / Courez cheux les curés. / Dans leurs caves, vous aurez / A boire autant qu’à manger ». Enfin, rapprochons-nous encore. Dans l’église paroissiale de Jumièges, on voyait un vieux tableau représentant le « Miracle des rats », par saint Valentin. Ne pouvant combattre une invasion de campagnols, les moines de Jumièges s’avisèrent de porter en procession les reliques de saint Valentin. Aussitôt, les terribles rongeurs se réunirent et se rendirent en foule vers un endroit dit « le Trou des Iles », au bord de la Seine, où tous se noyèrent.

Publié dans FAUNE FRANCAISE | Pas de Commentaires »

le château margaux

Posté par francesca7 le 5 novembre 2013

 

Image illustrative de l'article Château MargauxLe Château Margaux, symbole universel du vin, a une très ancienne origine et une vieille renommée.

Au quinzième siècle, il était connu sous le nom de Lamothe. C’était alors un château fortifié. En 1750, M. de Fumel y fit des plantations importantes de cépages fins. Il fut acheté en 1802 par le marquis de la Colonilla, qui fit raser le vieux manoir et construire le riche château que nous connaissons aujourd’hui avec son fameux fronton de style néo-classique.

Le vignoble du Château Margaux compte environ 100 hectares cultivés avec un soin tout particulier. L’encépagement est composé de : 75 % cabernet sauvignon, 20 % merlot, 5% petit verdot et cabernet franc.

Château Margaux produit un peu plus de 300 000 bouteilles par campagne. Alors que leur qualité s’était amoindri dans les années 70, le millésime 78 s’est distingué par sa supériorité. Depuis tous ceux qui ont suivi n’ont pas eu de faiblesse y compris dans les petites années.

Les vignes de Margaux sont plantées sur un sol de graves blancs – une sorte de gravier amené de la montagne par la rivière.

Les sols sont constitués par des graves günziennes moyennes et fines, d’origine garonnaise ancienne et d’une épaisseur de 4 à 11 mètres. Les graves sont parfois mêlées d’argiles. La légende dit que la densité des graves du sol y est tellement grande qu’elle permet d’y creuser un puits sans empierrage. Dans les parties basses, on trouve des zones calcaires, de la molasse de Plassac.

Le vignoble représente 87 ha réservés aux vins rouges pour une production annuelle avoisinant les 200 000 bouteilles. L’encépagement est classique en cabernet sauvignon (75 %), merlot (20 %), cabernet franc et petit verdot (5 %). 12 hectares sont plantés en sauvignon blanc destiné au vin blanc « Pavillon Blanc » de Margaux.

Margaux (également un prénom féminin en France) est la quintessence de l’excellence du terroir et du travail du vigneron. C’est probablement la raison pourquoi les meilleurs châteaux produisent les meilleurs vins.

A Margaux, Château Margaux produit le plus délicat des vins du Médoc. Il y a 18 Grands Crus Classés à Margaux.

Les vins de Margaux ont un bouquet très parfumé et une élégance remarquable. Parmi les plus récents, les meilleurs millésimes sont 2003, 2000, 1996, 1990, 1989, 1985, 1983 et 1982. 2005 apparaît comme un très grand millésime au potentiel égal ou supérieur au millésime 2000. Des millésimes de légende ont fait la réputation du cru tels que le Château Margaux 1900, 1928, 1937, 1945 ou l’exceptionnel « 1961, un vin bâti pour l’éternité ».

Un livre ici :  le château margaux dans CHATEAUX DE FRANCE 4183ann2s4l._sx385_

 

Le château Margaux est également un domaine viticole réputé de 262 hectares dans le Médoc, situé en appellation AOC margaux2 sur la commune de Margaux. Il produit l’un des vins de Bordeaux les plus prestigieux, qui porte ce même nom.

Le Château Margaux est un « premier grand cru classé » selon la classification officielle des vins de Bordeaux de 1855. Il partage cette rare distinction avec le Château Lafite Rothschild, le Château Latour, le Château Mouton-Rothschild et le Château Haut-Brion.

 Les propriétaires de Margaux, recevant le domaine par alliance ou mariage, constituent une longue lignée3 remontant au 24 novembre 1377, lorsque Bernard d’Albret lègue la Mothe à sa sœur Rose d’Albret, épouse de Bertrand de Montferrand. Vers 1420, est réalisée une alliance des Montferrand et des Dufort-Duras qui possèdent le château jusqu’en 1437 avec Médard de Dufort-Duras (qui a laissé son nom au château Dufort, voisin du château Margaux). Le 26 mai 1447, François de Montferrand est qualifié de baron Margaux. En 1479, Thomas de Dufort le vend à Jean Gimel un jurat de Bordeaux. Le 24 mars 1479, la fille de Thomas de Dufort épouse Jehan de Lory qui en devient le propriétaire, puis son fils Louis de Lory en 1557. À sa mort c’est son frère Isaac qui lui succède.

En 1590, Guy de Lestonnac achète le château à son cousin Isaac et ce sont ses petits enfants Pierre de Lestonnac et Olive de Lestonnac qui sont légataires en 1611 à la mort de leur grand-père. Le 20 novembre 1653, Jean-Denis Aulède, fils de Pierre hérite du château. Il est nommé officiellement baron de la Mothe à la mort de sa tante en 1658. Le 2 août 1682, la fille de Jean-Denis épouse le comte Joseph de Fumel. Le château reste dans la famille jusqu’en 1768.

220px-Aguado%2C_Alexandre dans Les Vins

Alexandre Aguado

Le 14 février 1802, le château est vendu aux enchères au marquis Bertrand Douat de la Colonilla pour 652 000 francs de l’époque. En 1816, avec le décès du marquis, le château est légué à ses quatre enfants : Thomas, Antoine, Joséphine et Marguerite. Le 17 août 1835, Margaux est mis en vente et acquis par le banquier espagnol Aguado pour 1 300 000 francs. En 1879, Frédéric Pillet-Will acquiert le vignoble de château Margaux appartenant aux héritiers du banquier Alexandre Aguado pour 5 000 000 francs or. Il investit des sommes importantes pour rendre tout son éclat à la propriété, mais ses efforts sont anéantis par le phylloxéra. C’est alors lui qui lance le concept de deuxième vin en créant le Pavillon rouge de Château Margaux. Le duc Louis Charles Marie de La Trémoille, en se mariant avec mademoiselle Pillet-Will, fille du comte, devient « seigneur de Margaux » jusqu’en 1925. À cette date le domaine est vendu à une société d’actionnaires ayant à sa tête Pierre Moreau, courtier en vins et homme de confiance du duc de La Trémoille. Vers 1950, Fernand Ginestet, à la tête d’une grande maison de négoce de vins de Bordeaux, se porte acquéreur du domaine et met son fils Pierre à s’occuper du négoce.

En 1977, André Mentzelopoulos achète à la famille Ginestet l’ensemble du domaine et le restaure. Ces investissements marquent le retour de Château Margaux au rang des Premiers Crus. En poursuivant le programme d’investissement défini par son père, Corinne Mentzelopoulos, dans les années qui suivent la disparition d’André, va réussir à faire face à l’explosion de la demande pour les grand vins de Bordeaux à partir de 1982. Elle s’associe en 1990 à la famille Agnelli, qui détient la majorité, avec 75 % du capital de Château Margaux. Cette association va durer jusqu’en 2003, date du décès de Giovanni Agnelli. Le groupe italien revend alors ses parts à Corinne Mentzelopoulos qui redevient l’unique actionnaire du domaine. Le prix du rachat aurait été de 350 millions d’euros. Actuellement, Corinne Mentzelopoulos dirige le domaine avec l’aide de l’œnologue Paul Pontallier.

 

Publié dans CHATEAUX DE FRANCE, Les Vins | Pas de Commentaires »

L’IMPRIMERIE EN EUROPE AUX XVe ET XVIe SIÈCLES

Posté par francesca7 le 1 novembre 2013


Les premières productions typographiques

et les premiers imprimeurs.

~*~

En dehors de l’intérêt que présente cet opuscule à tous ceux qui s’intéressent aux débuts de l’imprimerie, il offre une particularité curieuse qui réside dans sa confection même.

Depuis plus de quatre siècles la composition typographique a toujours été exécutée à la main. Ce qui faisait dire souvent à ceux qui ont discouru des choses de l’imprimerie que la typographie, en ce qui concerne spécialement la composition, était restée dans les limites que lui avaient assignées Gutenberg, Fust et Schœffer.
L'IMPRIMERIE EN EUROPE AUX XVe ET XVIe SIÈCLES dans Alpes Haute Provence yriarte02
Il était réservé au XIXe siècle – et les tentatives premières qui remontent presque au début de ce siècle se sont formulées plus nettement et ont abouti à de sérieux résultats dans ces vingt dernières années de donner une formule nouvelle à la composition typographique.

Jusqu’à cette heure le progrès le plus réel qui ait été réalisé dans la composition mécanique semble dû à la Linotype (machine qui compose, espace, justifie, fond et distribue), dont l’idée première appartient à James C. Cléphane, typographe à Washington et qui a été perfectionnée à la suite d’incessantes et patientes recherches par Mergenthaler.

La Linotype, véritable merveille de mécanisme, est appelée dans un prochain avenir à prendre dans l’imprimerie la place importante que lui assignent, dans notre siècle de vapeur et d’électricité, la rapidité de travail qu’elle donne et l’économie de temps et d’argent qu’elle permet de réaliser.

L’Imprimerie en Europe aux XVe et XVIe siècles a été, sauf les premières pages, entièrement composé par la Linotype, et la composition a été exécutée par un seul ouvrier en une journée de 10 heures.

C’est l’un des premiers travaux qui aient été exécutés en France, à l’aide de la Linotype. Les imperfections matérielles qu’on pourra rencontrer dans cet ouvrage sont inséparables des premiers essais. Mais déjà les résultats s’améliorent et sont de nature à satisfaire les esprits les plus rebelles.

En publiant ces notes chronologiques, nous devions au lecteur quelques éclaircissements sur la confection matérielle du volume et dégager ce point spécial qu’un ouvrage relatant les labeurs accomplis patiemment et péniblement par la main des ancêtres typographiques, il y a quatre siècles et plus, est aujourd’hui mis à jour presque automatiquement, grâce aux combinaisons ingénieuses et multiples d’une machine à composer.

AVANT-PROPOS
Le relevé chronologique des premières productions de la typographie en Europe et des noms des imprimeurs qui, les premiers, ont exercé l’art d’imprimer depuis Gutenberg (XVe siècle) jusqu’à la fin du XVIe siècle, nous semble devoir offrir quelqu’intérêt aux érudits et aux amateurs bibliographes.

Des monographies spéciales à certains pays ont été publiées et contiennent des indications plus ou moins étendues sur les origines de l’imprimerie dans telle ou telle partie de l’Europe, dans telle ou telle ville.

Mais nous ne pensons pas qu’un travail d’ensemble présentant les noms des premiers typographes en Europe et les titres des premiers ouvrages qui virent le jour du XVe au XVIe siècle ait été publié jusqu’ici.

Nous aidant des renseignements divers empruntés aux historiens de l’imprimerie, aux bibliographes, aux manuels et catalogues les plus complets, nous avons dressé un relevé aussi précis que possible, nous attachant à la reproduction fidèle des titres des ouvrages, dans leur orthographie souvent bizarre, complétant ces indications sommaires par des notes intéressantes touchant l’histoire de l’imprimerie.

Nous souhaitons que l’aridité apparente de ce travail qui nous a demandé de patientes recherches soit excusée et que ce modeste essai soit accueilli avec une indulgente faveur.
L. D.

FRANCE
________

220px-Buchdruck-15-jahrhundert_1 dans Ariège
ABBEVILLE (Somme), 1486.

L’imprimerie est exercée dans cette ville dès cette date. Jehan Dupré, l’illustre typographe parisien qui imprimait le « Missale » de 1481 confie à un artisan d’Abbeville, Pierre Gérard, les caractères et le matériel nécessaires a l’établissement d’une imprimerie considérable. Premier livre imprimé la « Somme rurale», complétée par Jeban Boutillier.

AGDE (Hérault), 1510.

Le premier livre paru dans cette ville, « Breviarium ad usum beatissimi protomartyris Agathi Diocaesis patroni », a été imprimé par Jehan Belon, qui avait également des presses à Valence en Dauphiné, sa patrie.

AGEN (Lot-et-Garonne), 1545.

On attribue l’introduction de l’imprimerie dans cette ville et l’impression du premier ouvrage à Antoine Reboul, qui fit paraître à cette date un ouvrage du célèbre César Frégose, devenu évêque d’Agen en 1550 : « Canti XI de le Lodi de la S. Lucretia Gonzaga di Gazuolo », etc.

AIX (Bouches-du-Rhône), 1552.

Le premier livre imprimé est un « Règlement des advocats, procureurs et greffiers et des troubles de cour », etc., par François Guérin. L’imprimeur est probablement Pierre Rest, ou Roux, bien que des privilèges aient été accordés en 1539 et 1545, aux libraires d’Aix, par François Ier, et que l’imprimeur de Lyon, Antoine Vincent, ait obtenu la permission pour trois ans (1536-39) d’imprimer les Ordonnances du pays de Provence.

ALBI (Tarn), 1529.

Le premier livre imprimé à cette date dans la quatrième des cités de l’ancienne Aquitaine est : « Sensuyt la vie et légende de madame saincte Febronie, vierge et martyre ». Le présent livre faict imprimer par Pierres Rossignol, marchât et bourgioys Dalby.

ALENÇON (Orne), 1530.

Le premier livre connu, « Sommaire de toute médecine et chirurgie », par Jean Gouevrot, vicomte du Perche, sort des presses de maistre Simon du Bois. A la fin du XVIe siècle et pendant tout le XVIIIe, une famille d’un nom très connu, les Malassis, fournit de nombreux imprimeurs à Alençon.

ANGERS (Maine-et-Loire), 1476.

C’est la cinquième ville de France dans laquelle ait pénétré l’imprimerie. Le premier ouvrage imprimé est la « Rhetorica nova » de Cicéron, qui dispute la priorité au « Coustumier d’Anjou », le plus ancien Coutumier français que l’on connaisse. La « Rhétorique » porte à la fin : « Audegani per Johanem de Turre atque Morelli impressores. »

ANGOULÈME (Charente), 1491.

Tous les bibliographes font remonter à cette date l’introduction de l’imprimerie dans cette ville par la publication de cet ouvrage : « Auctores octo Continentes libros videlicet », etc. etc. Le nom de l’imprimeur est inconnu. Au XVIe siècle, il faut citer parmi les imprimeurs la famille des Minières.

Lire la suite… »

Publié dans Alpes Haute Provence, Ariège, ARTISANAT FRANCAIS, AUX SIECLES DERNIERS, Bourgogne, Bretagne, Corse, Côte d'Or, Dordogne, Finistère, Gard, Hautes Alpes, Isère, Jura, Morbihan, Morvan, Moselle, Nièvre, Oise, Paris, Saône et Loire, Sarthe, Vosges, Yonne | Pas de Commentaires »

La Légende de CONDOM

Posté par francesca7 le 19 octobre 2013

Condom, (en gascon Condòm) aussi appelée Condom-en-Armagnac ou Condom-sur-Baïse, est une commune française, sous-préfecture du département du Gers, dans la région Midi-Pyrénées. Les habitants de Condom sont appelés les Condomois. Condom se trouve sur la Via Podiensis, chemin de pèlerinage vers Compostelle, entre les étapes de La Romieu et de Larressingle.

Au XIV siècle furent bâtis à Condom deux hôpitaux destinés à accueillir les pèlerins se rendant à Compostelle, et consacre la ville comme étape incontournable très tôt.

Condom

Grâce à des fouilles effectuées sur le site de Condom, il est avéré qu’il était occupé avant l’invasion romaine, ce qui réfute la légende selon laquelle la fondation de la ville serait dûe à un noble de retour de Palestine avec des reliques de la croix .

Dès le IX ème siècle, Condom fut le siège d’une importante abbaye bénédictine qui fut incendiée par les Normands et reconstruite au siècle suivant. La ville fut ensuite envahie à deux reprises par les anglais. Le clergé participa activement au développement de la ville par la construction de nombreux couvents et abbayes.En 1317, Condom se détache du diocèse d’Agen en étant érigé en évêché par le Pape Jean XXII.L’église abbatiale devient alors une cathédrale.

En 1569, l’armée protestante de Montgomery saccagea la ville et sa cathédrale.

Bossuet fut titulaire du diocèse au XVIIème siècle, mais ne s’y rendit jamais.

Au XIXème siècle, Condom est un grand centre de commerce grâce à son port crée en 1839 pour permettre l’acheminement de l’armagnac vers Bordeaux.

Aujourd’hui, la ville s’est beaucoup dépeuplée, mais connaît un regain de fréquentation grâce notamment à l’intérêt de plus en plus important porté au tourisme rural.

La Légende de CONDOM dans LEGENDES-SUPERSTITIONS telechargement-11

La légende veut qu’un noble revenant de Palestine ait été envoyé par un pape, avec des reliques de la croix, dans une région boisée, pour y fonder une ville sur une colline. Des fouilles ont cependant démontré que des populations habitaient la ville bien avant l’invasion romaine.

L’origine de la ville est sujette à discussions. Certains la font remonter à la prise de pouvoir du duc d’Aquitaine, Eudes d’Aquitaine, sur la Gascogne, à la fin du viie siècle. Il aurait alors distribué des terres aux Gascons qui l’auraient aidé. Plus tard un duc d’Aquitaine, sa mère et sa femme, que la tradition nomme Egalsius ou Algasius, dont l’existence est parfaitement inconnue, Ysemburge et Agnès, auraient édifié une chapelle sur le site. Quelques religieux seraient venus s’y établir pour fonder un monastère. Ce monastère aurait ensuite été détruit par les Vikings.

C’est vers 930, que la femme du duc de Gascogne Garcia Sanche le Courbé ou le Tors, Honorette (ou Honorée), entreprit de reconstruire l’église de Condom et la dota de terres. Elle fit aussi bâtir des demeures pour les nouveaux habitants du village. Elle mourut en voulant voir une urne miraculeuse qui se trouvait dans l’église et donna naissance à Arnaud ou Nonné, premier comte d’Astarac.

170px-Sanctuaire.eglise.Saint.Leu.Esserent dans LEGENDES-SUPERSTITIONSHugues de Gascogne (mort vers 1013), petit-fils de Garcia Sanche le Courbé, évêque d’Agen, hérita des terres de Condom à la mort de son père, Gombaud (frère de Guillaume Sanche de Gascogne) qui porta le titre de duc et d’évêque de Gascogne. Hugues de Gascogne fit un voyage à Rome où il rencontra le pape Benoît VIII pour se faire absoudre de la faute qu’il avait commise de cumuler les titres d’évêques d’Agen et de Bazas. Le pape accepta de lui pardonner à condition qu’il fasse une donation à une abbaye. Il le fit à son retour au profit de l’abbaye de Condom. Il décida de reconstruire l’église d’Honorette détruite par un incendie. Il remplaça les prêtres qui y étaient par des moines de l’ordre bénédictin et nomma son filleul Pierre de Saint-Puelles, prieur claustral de l’abbaye. Il en fut le premier abbé. Le jour de la consécration de la nouvelle église Saint-Pierre, il réunit le duc de Gascogne, Sanche-Guillaume, l’évêque de Bazas, Arsius Raca (Arnaud), et les vicomtes de Lomagne, d’autres seigneurs et leurs épouses, tous ses parents et héritiers possibles, pour accepter devant l’autel la donation qu’il faisait à l’abbaye des terres qu’il possédait à Condom et autour, dontLarressingle, plaçant l’abbaye sous l’autorité du Saint-Siège. L’acte porte la date du 4 des ides d’août de l’année 1011. Certains ont mis en doute cette donation car Benoît VIII est devenu pape en mai 1012, mais cette erreur est probablement due au copiste. Pierre de Saint-Puelles lui a succédé mais ne survécut pas longtemps à Hugues de Gascogne. Il est remplacé par un certain Verecundus de Lana. L’abbé suivant est Seguin de Casalda qui a augmenté considérablement les biens de l’abbaye, dont l’église et le lieu de Cassaigne donné par le comte de Fezensac, Guillaume-Astanove Ier. Il est remplacé avant 1068 par Raymond d’Olbion puisque ce dernier signe comme abbé de Condom au concile de Toulouse qui rétablit l’évêché de Lectoure.

Le 20 juin 1285, Auger d’Anduran, abbé de Condom entre 1285 et 1305, conclut un acte de paréage avec le roi d’Angleterre, Edouard Ier. Dans cet acte de paréage, l’abbé fait participer le roi d’Angleterre pour rendre la justice dans la ville de Condom, le château de Larressingle et leurs dépendances. Le roi fait de même avec l’abbé pour le château de Goalard et ses dépendances. Deux baillis, l’un nommé par le roi, l’autre par l’abbé, sont chargés de rendre la justice dans l’ensemble de ce bailliage. L’abbé partage avec le roi le droit de créer des consuls, jurats et notaires, et de recevoir de nouveaux habitants à Condom. Le roi s’engage à protéger l’abbé de toute rébellion des habitants de Condom. Cet acte de paréage n’a pas mis fin aux oppositions entre les abbés, puis les évêques qui leur succèdent, avec les consuls de la ville.

Par deux fois envahie par les Anglais, la ville s’est libérée seule.

Condom a de tout temps été développée par le clergé, qui y a fondé de nombreuses abbayes et couvents. C’est le 13 août 1317 que l’abbaye de Condom devient un évêché et se détache ainsi du diocèse d’Agen. Raymond de Gallard est nommé évêque, et l’église abbatiale devient aussitôt cathédrale.

Après son sacre, le roi Louis XI (1423-1461-1483) attacha la ville à la couronne et autorisa et confirma en novembre 1461 plusieurs droits de la ville, afin qu’elle accroisse.

Au carrefour de nombreuses routes, le commerce était source de richesse, mais aujourd’hui les grands axes routiers contournent la ville :

  • l’axe Toulouse-Bordeaux passe plus au nord par Agen, avec l’autoroute des Deux-Mers et la route nationale 113 ;
  • la route nationale 21 qui va d’Agen à Tarbes passe par Auch et Fleurance ;
  • l’Itinéraire à Grand Gabarit passe plus au sud ;
  • la route nationale 124 qui relie Agen à Mont-de-Marsan se trouve plus à l’ouest.

En 1839, la commune de Lialores fut rattachée à Condom.

Fichier: Nef de la cathédrale Saint Pierre de Condom.jpgLe patrimoine religieux de Condom est extrêment riche: la cathédrale Saint-Pierre et son cloître, l’église Saint-Jacques de la Bouquerie, l’église-musée du Pradau, les églises romanes de Saint-Antoine de Lialores, de Saint-Christophe de Scieurac, de Sainte-Germaine .Sans oublier toutes les églises des hameaux dépendant de Condom: Grasimis, Pomaro, Gensac, Goalard, Canes, Baradieu, Scieurac, Herret, Saint-Michel.

A DECOUVRIR :

Des vestiges des anciens remparts sont encore visibles.

La place Bossuet, ancienne place d’Armes, mérite un détour.

L’ancien évêché, inscrit aux Monuments Historiques, abrite la Sous-Préfecture.

On peut admirer de beaux hôtels particuliers des XVIIème et XVIIIème siècles.

De nombreux châteaux, les plus anciens datant du XIIIème siècle, sont encore présents.

la tour d’Andiran, du XIIIème siècle,  abrite aujourd’hui le syndicat d’initiative .

Le musée de l’Armagnac, se trouve dans les anciennes écuries de l’évêché.

Le musée du préservatif est une curiosité incontournable lors d’une visite à Condom!

 

 

 

Publié dans LEGENDES-SUPERSTITIONS | Pas de Commentaires »

Le Passeur d’eau de Sougnez

Posté par francesca7 le 1 octobre 2013


Les légendes du Val d’Amblève  par Marcelin La Garde.

Le Passeur d'eau de Sougnez dans LEGENDES-SUPERSTITIONS images-5Lorsqu’en hiver, à la nuit tombante, je quittais l’école que tenais le vénérable M. Evrard, curé dé Dieupart, pour m’en revenir au village de Sougnez, où demeuraient mes parents, une de mes plus grandes terreurs d’enfant c’était de passer à côté de deux croix qui s’élevaient non loin de l’Amblève, le long du sentier qu’une belle route a aujourd’hui remplacé. J’avais entendu de si étranges récits sur les événements à la suite desquels ces croix avaient été placées là !

L’une, en calcaire du pays, avait la forme ordinaire et portait ces mots : « Ici est mort, le 17 février 1785, à l’âge de 49 ans, Jean-Baptiste Piret, de Sougnez. Priez Dieu pour son âme. »

L’autre, en schiste noir, était fort basse, tandis que la ligne horizontale s’étendait démesurément dans le sens de l’orient à l’occident. On connaissait bien le fait tragique qu’elle rappelait : il se liait mystérieusement à celui dont l’autre croix consacrait le souvenir; elle recouvrait les restes d’un inconnu, et l’on ignorait qui l’avait plantée. Enfin, elle portait une inscription écrite en caractères que nul n’avait pu jusque là déchiffrer. Je me souviens même d’avoir un jour entendu un fort savant homme, ami de mon père, dire en hochant la tête : «Ce n’est pas là une croix ! » et parler ensuite de carrés magiques, de monuments cabalistiques, que sais-je ?

Toujours est-il qu’aucun Segnien ne serait passé par là sans se signer ni sans se hâter, surtout le soir. Qu’on juge donc de ce que je devais ressentir les jours où de noirs nuages parcouraient le ciel, où le vent soufflait dans les arbres dépouillés du bois de Mont jardin, et où les eaux de l’Amblève grondaient sourdement, moi dont l’enfance avait été bercée par des contes de revenants, de sorciers, de sotais, de feux-follets, de loups-garous. Bien souvent, Marie-Jeanne, notre portière, m’avait parlé de la mort malheureuse du diseur de bonne aventure, et de la vengeance posthume, exercée par lui sur le passeur d’eau.

L’Amblève, cette rivière aux eaux basses et limpides en été, grossit, à l’époque où fondent les neiges des Fagnes, au point d’inonder souvent toute la vallée; et alors son courant, en certains endroits, a une rapidité qui rend le passage en nacelle extrêmement dangereux. Aussi, avant l’établissement du pont qui existe aujourd’hui entre Remouchamps et Sougnez, les communications entre les deux rives étaient-elles parfois interrompues durant des semaines entières. Cependant, le 1772 à 1785, si grosse qu’eut été la rivière, on l’avait toujours passée, grâce à la vigueur et l’audace des frères Jean-Baptiste et Pierre Piret, auxquels le passage d’eau était affermé, et qui semblaient se faire un jeu des dangers que présentait la traversée.

Ils avaient fait la guerre de Sept ans et étaient sortis des dragons pour venir achever leur existence dans le village qui les avait vu naître. On comprend qu’ayant assisté à beaucoup de combats, ayant vu du pays et ayant reçu de la nature une taille de six pieds, il devaient jouir dans l’endroit d’une très grande influence, ce que, il faut bien le dire, le curé ne voyait pas sans peine, car ils avaient rapporté de la vie des camps certaines habitudes qui étaient d’un mauvais exemple pour ses paroissiens. Ils juraient, ils étaient joueurs et hantaient beaucoup le cabaret, où ils attiraient du monde par les histoires, d’ordinaire peu édifiantes, qu’ils racontaient. A part cela, on les tenait pour de braves gens, incapables de nuire au prochain.

Il y avait toute une semaine que la rivière offrait un aspect tel que les vieillards ne se rappelaient point l’avoir vue en cet état; et pas un jour les frères Piret n’avaient cessé de se mettre à la disposition de ceux qui pouvaient requérir leurs services. Le nombre en était fort petit, il est vrai, car le passage était dangereux, et les deux bateliers, dans ces circonstances exceptionnelles, se faisaient largement payer.

Voilà qu’un soir du mois de février de l’année 1784, comme ils étaient attablés au cabaret de devant l’église, occupés à faire une partie de cartes, près d’un bon feu, un voisin vint leur dire qu’un individu s’impatientait à les attendre près de leur demeure, pour qu’ils le conduisissent à l’autre bord.
— A-t-il l’air d’avoir la bourse bien garnie ? demanda Jean-Baptiste.
— Ma foi, répondit le voisin, je n’ai pas fait grande attention à sa mise.
— Alors, dis-lui de venir ici : nous l’examinerons à la lampe et verrons combien de pintes il y aura à tirer de lui.
Un instant après parut un homme d’une quarantaine d’années, au teint basané, aux cheveux crépus, pauvrement, bizarrement habillé et ayant un sac de cuir sur le dos. Son entrée suscita un murmure d’étonnement.
— Tiens, dit à voix basse Bertirie la cabaretière à son mari, je parie que c’est un joueur de tours et qu’il fait partie de la troupe d’Egyptiens qui a passé par ici il y a quinze jours: car une des femmes m’a dit qu’elle attendait son mari, resté malade à Verviers.
— Eh bien ! camarade, vous voudriez donc passer l’eau ? demanda Jean-Baptiste à l’inconnu.
— Oui, et vous me feriez bien plaisir, reprit celui-ci avec un accent qui trahissait son origine étrangère.
— Mais il est huit heures et demie et la rivière a l’air d’une mer : c’est dangereux et ça coûte cher. Combien pouvez-vous donner ?
A ces mots, la figure du voyageur se couvrit d’une teinte de tristesse.
— Je ne suis, dit-il, qu’un pauvre homme; je sors de maladie, j’ai une femme et des enfants que je dois rejoindre et auxquels je ne puis même apporter un morceau de pain.
— Dans ce cas-là, vous nous demandez donc de travailler pour le roi de Prusse, nous qui avons servi l’Autriche… Vous êtes mal tombé.
— J’ai une « plaquette »; je vous la donnerais bien volontiers, mais je ne posseède que cela au monde et j’ai encore douze lieues à faire.
— Une plaquette ! s’écria Jean-Baptiste en éclatant de rire. Vous m’offririez deux beaux escalins que je refuserais. Ecoutez donc un peu cette musique…
Le bruit du vent se mêlait, en effet, au clapotement lugubre des flots, battant le rivage.
— O mes braves gens ! dit le malheureux d’une voix suppliante, en s’adressant à deux ou trois buveurs qui avaient paru prendre, quelque intérêt à son sort, intercédez pour moi… Si vous saviez… Je dois absolument être demain au point du jour à Houffalize pour y rejoindre ma famille. Oh ! oui, je dois y être absolument… sans cela, Dieu sait ce qui peut y arriver… Voyez, ne suis-je pas déjà assez à plaindre ? Je viens de Verviers, sortant de maladie, je n’ai rien pris en route et je dois marcher encore toute la nuit, par un temps pareil ! Tout le monde était attendri, et il n’y eut pas jusqu’à Pierre Piret, quoique cependant il n’osât jamais contrarier son frère, qui ne dit :
— Allons, Baptiste, le bon Dieu nous paiera.
 Le bon Dieu, dis-tu ? Est-ce que le bon Dieu se mêle des affaires de ces nécromanciens-là ? Ne vois-tu donc pas que c’est un Egyptien ? Bien sûr qu’il veut se rendre au sabbat… Merci que j’y prête les mains. Qu’il s’adresse au diable pour que le diable le porte sur son dos. Satan fera bien cela pour un de ses serviteurs.
Ces paroles, dites très sérieusement par un homme écouté d’ordinaire comme un oracle, changèrent soudain les dispositions des naïfs auditeurs; et il en fut même parmi eux qui jetèrent un regard furtif sur les pieds de l’étranger pour s’assurer qu’ils n’étaient pas fourchus.

telechargement dans LEGENDES-SUPERSTITIONSDe grosses larmes vinrent aux yeux de l’infortuné resté debout, et dont les jambes chancelèrent.
— Est-ce possible, dit-il, ne pourrais-je continuer ma route ?… Ciel, secourez-moi !
Il se laissa tomber sur une chaise et parut en proie au plus violent désespoir. Puis, se levant tout à coup, il se jeta aux pieds de Jean-Baptiste et joignit les mains :
— Ah ! s’écria-t-il, je vous en conjure, par ce que vous avez de plus sacré, aidez-moi à poursuivre mon chemin. Il y va du bonheur ou du malheur de toute une pauvre famille qui demandera aux esprits célestes de veiller sur vous jusqu’à la fin de vos jours. Que vais-je devenir, que deviendront-ils si je dois m’arrêter ici, ajouta-t-il avec une sorte d’égarement.
— Mon cher, dit Baptiste, vous autres qui faites métier de prédire l’avenir, vous auriez dû prévoir cela.
Et il poussa un éclat de rire auquel répondit toute la compagnie.
L’étranger se redressa et, se dirigeant vers la porte, il prononça ces paroles avec une dignité qui avaient quelque chose d’imposant : — Eh bien! votre refus inhumain ne m’arrêtera pas, mais que je succombe ou que je survive au danger que je vais braver, vous n’échapperez point à la punition qui frappe tôt ou tard ceux qui manquent de charité.
Il y eut, après la sortie du voyageur, un silence de quelques minutes.
— 
Après tout, dit Pierre Piret, qui sentait le besoin de raffermir sa conscience, ces Egyptiens ne méritent aucune pitié; ils vivent de ruses et de rapines, et volent même des enfants.
— Oui, reprit la femme du cabaretier, mais j’ai entendu dire qu’ils jettent aussi des sorts, et savent faire revenir ceux qui sont dans l’autre monde.

Tous se regardèrent en frissonnant, excepté Jean-Baptiste qui haussa les épaules et proposa de faire une nouvelle partie; mais ses partenaires, visiblement troublés, manifestèrent l’intention de se retirer, et chacun regagna sa demeure comme dix heures sonnaient.

Le lendemain matin, tous les habitants de Sougnez étaient réunis près du passage d’eau, et les rumeurs les plus confuses circulaient dans cette foule. Des deux nacelles appartenant aux frères Piret, l’une avait disparu, quoiqu’elle fût solidement attachée à un anneau de fer fixé dans le mur du cimetière. La scène qui avait eu lieu la veille au cabaret de devant l’église était déjà connue de tout le village, et l’opinion unanime était que le bohémien avait voulu se transporter lui-même à l’autre rive.

— Il devait être tout de même bien pressé de rejoindre sa famille, disait une bonne femme, pour s’être exposé tout seul à un pareil danger.
— Il n’y a pas d’inquiétude à avoir, reprenait un vieillard; ces gens-là connaissent, pour se tirer d’affaire, mille moyens ignorés des bons chrétiens.
— Pauvre homme ! pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé, disait un troisième interlocuteur.
— Qu’est-ce que j’entends là ? s’écria tout à coup Jean-Baptiste d’une voix tonnante : pauvre homme ! Comment, vous êtes assez sans cœur pour plaindre un suppôt de l’enfer qui a causé ma ruine ? Car que sera devenue ma nacelle ? Perdue à jamais !… Si, grâce à ses maléfices, il a échappé, lui, il aura laissé méchamment aller ma Jeannette, qui est probablement brisée en mille pièces à l’heure présente.
— Toujours faut-il, dit Pierre, que nous allions faire quelques recherches. Voyons, Baptiste, explorons d’abord les deux côtés de la rivière jusqu’à Aywaille. Moi, mon idée était de passer cet individu, et je me disais que Dieu nous en récompenserait. Nous devons bien le croire, puisque déjà il nous punit.
— Va chercher les ferrés et les avirons, dit Baptiste d’un ton brusque.
Les deux frères allaient quitter le rivage lorsque quelqu’un s’écria :
— Mais voyez donc là-bas derrière l’île de la Madeleine, au milieu des aulnes et des peupliers, voyez ce point noir; ne serait-ce pas la nacelle, qui se sera accrochée là ?
Tous les yeux se portèrent dans la direction indiquée, où se trouvait un massif d’arbre dont les eaux baignaient le pied. Les uns déclarèrent que c’était une grosse pièce de bois flottante, d’autres soutinrent que c’était quelque animal noyé; car parfois, quand les eaux s’étaient retirées, on retrouvait des moutons, des chèvres, des porcs et jusqu’à des vaches et des chevaux, que le courant avait surpris et entraînés la nuit.
— Nous passerons par là, dit Baptiste en s’éloignant du rivage, et nous saurons ce que c’est.

La frêle barque fendit obliquement les flots auxquels, grâce aux poignets vigoureux des frères Piret, elle opposa une résistance qui lui permit de gagner l’autre bord en moins de dix minutes, mais beaucoup en aval du point d’où elle était partie. Là, elle se trouvait à peu de distance du bouquet d’arbres dont nous avons parlé, et on put voir Pierre et Baptiste faire de grands gestes et causer d’une façon très animée.

Ils se dirigèrent enfin vers l’objet qui semblait avoir excité leur surprise, le recueillirent dans leur nacelle et cinglèrent vers l’autre rive ; mais on remarqua, à la manière dont ils manœuvraient, qu’il y avait en eux une sorte de défaillance. Ils abordèrent enfin tout au bas du village, où se porta la foule, avide d’avoir le mot de l’énigme.

Au fond de la nacelle gisait le cadavre de l’infortuné qui la veille avait tant supplié les frères Piret de le transporter de l’autre côté de la rivière. L’émotion fut vive parmi ces braves gens, et tous s’exhalèrent en plaintes sur son sort, sur le sort de sa famille qu’il était si désireux de rejoindre. Baptiste, qui avait l’air très sombre, jeta sur le cadavre un regard plein de colère.

— Et ma nacelle ! ma nacelle ! murmura-t-il, les poings crispés et d’une voix étouffée.
En ce moment arrivait le curé, M. Labeye, véritable type du bon pasteur du village :
— Baptiste, dit-il d’un air sévère, le ciel vous punit justement; priez-le pour qu’il ne se montre pas plus rigoureux à votre égard.
— Bah ! un vagabond, peut-être un païen.
— Et la parole du bon Samaritain, que j’ai expliquée dimanche au prôme ?… Vous n’en avez guère profité, paraît-il.

Cependant, divers objets découverts dans le sac de l’inconnu, certaines figures dont certaines parties de son corps étaient tatouées, ne laissèrent aucun doute sur sa race ni sur sa profession.

Il appartenait évidemment à ces tribus errantes de Bohémiens ou Egyptiens, peu connus aujourd’hui, mais qui, au dix-huitième siècle encore, parcouraient les villages reculés, et surtout ceux des Ardennes, où elles pratiquaient la chiromancie et la cartomancie et se livraient à l’art de guérir les hommes et les animaux. Quelle sépulture devait-on lui donner ? Les eaux s’étant retirées, le lendemain, de l’endroit où il avait été retrouvé, il fut décidé que sa dépouille mortelle y serait déposée.

Le vagabond eut donc pour lieu de repos la lisière d’un chemin. On remarqua, à partir de ce moment, un grand changement chez Jean-Baptiste Piret : il n’avait plus sa gaieté habituelle et on le voyait souvent tout pensif. Les uns disaient que c’était à cause de la perte de sa barque, dont quelques fragments avaient été aperçus du côté de Douxflamme ; d’autres soutenaient que la mort de l’étranger entrait pour la plus grande part dans son chagrin, qu’il avait du reste coutume de noyer par des libations fréquemment répétées, car, quoiqu’il ne se fût jamais montré sobre, on fit également la remarque qu’il buvait bien plus qu’auparavant.

Le 17 février 1785, un an jour pour jour après la mort du bohémien, vers 9 heures du soir, Jean-Baptiste et Pierre buvaient dans le même cabaret où nous les avons vus déjà, et qu’ils n’avaient guère quitté de la journée. Ils semblaient plongés dans une espèce d’abrutissement. Deux habitués seulement se trouvaient avec eux et ne rompaient le silence qu’à de rares intervalles. Le temps était calme et l’on n’entendait guère au dehors d’autre bruit que celui des eaux de l’Amblève, bien moins grosses cependant que l’année précédente.

Tout à coup, le cri « A l’aiw ! » se fit entendre dans le lointain. Tous prêtèrent l’oreille.
— Il y a une pratique, Baptiste, dit le cabaretier.
— C’est une idée, répondit Baptiste. Quelque chouette dans le clocher de l’église.
Mais le cri « A l’aiw ! » retentit de nouveau avec plus de force.
— C’est tout de même quelqu’un qui nous appelle de l’autre bord, dit Pierre. Allons, frère, en marche.

Baptiste fit un long et sonore bâillement et s’étendit sur sa chaise sans répondre.
— Lève-toi donc ! continua Pierre; es-tu sourd ?
— Non, mais je ne me dérange pas si tard sans savoir qui c’est… Il n’y a peut-être que deux à trois liards à recevoir. Merci.
— Et quand même, allons à tout hasard ! Si, comme dit notre curé, Dieu nous tient compte d’un verre d’eau donné en son nom, il sera bien autrement content d’un passage d’eau… pour l’amour de lui.
— Laisse-moi tranquille, répliqua Baptiste : quand je te dis que je n’y vais pas.
On cria une troisième fois « A l’aiw ! » avec un accent qui tenait de la détresse.
— Le pauvre homme se désespère de ne rien voit venir, dit la cabaretière. Par pitié, vous devriez bien aller le prendre, Baptiste. Vous ne voudriez pas, sans doute, avoir sur la conscience un nouveau malheur…

A ces mots, le front de Baptiste se plissa. Il resta quelques secondes irrésolu et finit par sortir en grommelant, suivi de son frère. Or, un drame terrible et mystérieux allait s’accomplir.

Les deux passeurs d’eau étaient à peine sortis depuis un quart d’heure que des cris lamentables se firent entendre et jetèrent l’épouvante dans tout le village.
— Au secours ! au secours ! criaient deux voix qui semblaient sortir du sein des eaux.
Et à la faible clarté de la lune, on vit une nacelle renversée descendre le courant, et deux hommes se débattant au milieu de la rivière. On n’avait aucun moyen de les secourir et leur mort était considérée comme inévitable. Bientôt, en effet, l’un d’eux disparut, et un cri d’épouvanté frappa l’air, tandis qu’on suivait avec anxiété les mouvements de l’autre, qui parvint enfin à atteindre miraculeusement le rivage. C’était Pierre Piret, mais il tomba aussitôt dans un évanouissement suivi d’un délire qui dura jusqu’au lendemain.

Que s’était-il donc passé ? Pierre raconta que lorsqu’ils étaient arrivés au milieu de la rivière, ils avaient vu distinctement une forme humaine sur l’autre bord ; mais qu’à mesure qu’ils approchaient, cette forme paraissait vouloir se dérober à leurs regards en se plaçant derrière un buisson; ils n’en avaient pas moins avancé et, au moment où la nacelle allait aborder, ils se trouvèrent face à face avec le bohémien mort l’année précédente.

La terreur leur fit tomber gaffes et avirons des mains. Le fantôme, dont les yeux flamboyaient, sauta sur l’avant de la barque et la fit chavirer, en poussant un éclat de rire infernal, pendant qu’une volée d’oiseaux de nuit semblait quitter le rivage et se diriger vers le bois de Mont jardin. Pierre ne vit plus rien; mais il entendit Baptiste lui crier d’une voix expirante :
— Adieu, frère !… C’en est fait… il m’entraîne…
Et comme Pierre Piret achevait son récit, on vint annoncer que le corps de Jean-Baptiste avait été jeté par les eaux juste à la place où le diseur de bonne aventure avait été enterré,
— Je l’avais bien prédit ! s’écria Bertine la cabaretière. Et l’on se moquait de moi quand je parlais de sortilèges et de morts sortant du cercueil !
— Ah ! dirent les anciens à Pierre, tu l’as échappé belle, toi, mais tu avais intercédé pour lui auprès de ton frère, et il t’a été tenu compte de tes bonnes intentions : ta charité t’a sauvé.

Le pauvre Pierre, conformément à la vieille coutume qui, dans nos campagnes, veut qu’un monument pieux rappelle toute mort arrivée par accident, fit élever à son frère une croix à l’endroit où le noyé avait été retrouvé. Mais peu de jours après, une main restée inconnue plaça aussi un monument sur la tombe du diseur de bonne aventure, et ce monument singulier, objet d’une superstitieuse terreur, a été respecté pendant plus d’un demi-siècle. Les deux croix, élevées en même temps et rappelant des catastrophes si étrangement liées, ont disparu le même jour, lorsque la route de Louveigné à Aywaille a été construite; et c’est le long de cette route, assis sur un tertre, ayant sous mes pieds la tombe oubliée du pauvre bohémien, que j’ai écrit la présente histoire.

Publié dans LEGENDES-SUPERSTITIONS | Pas de Commentaires »

La capote du pendu (légende)

Posté par francesca7 le 1 octobre 2013

Les légendes du Val d’Amblève par Marcelin La Garde.

La capote du pendu (légende) dans LEGENDES-SUPERSTITIONS images-3

Au milieu de la presqu’île vaste et escarpée que forme l’Amblève sinueuse — entre le charmant village de Nonceveux et celui de Remouchamps — s’élève un tilleul, véritable nain de sa race, car il est vieux de plusieurs siècles, et son tronc est rabougri, son branchage est maigre et chétif. On l’appelle aujourd’hui simplement le tilleul de Nonceveux; mais, dans le temps où l’on aimait à évoquer le souvenir des choses passées, il portait le nom de Tilleul des pendus. L’histoire suivante expliquera cette dénomination.

Il y avait un jour — c’était un dimanche de printemps après les vêpres — réunion de tous les moutonniers de Sougnez et de Remouchamps, dans une friche située entre les deux villages : il s’agissait de procéder à l’élection d’un berger, car, dans nos Ardennes, les possesseurs de bétail nomment entre eux, et à la pluralité des voix, le gardien du troupeau commun, et quoique ceci se soit passé il y a bien longtemps — sous l’ancien régime — les usages, en beaucoup d’endroits, sont restés les mêmes.

Deux candidats étaient sur les rangs pour la place vacante : Léonard Wixhou et Noël Burnot. L’assemblée était présidée, comme toujours, par le plus âgé de ses membres, lequel, après avoir énuméré les titres invoqués de part et d’autre, fit connaître les charges et les avantages de l’emploi : ces derniers consistaient à recevoir un gage de dix couronnes, à être hébergé toute l’année par les moutonniers à tour de rôle et pendant un nombre de jours proportionné à celui de leurs brebis; enfin, à pouvoir élever, aux dépens de la communauté, une bête sur vingt-cinq. Tout cela bien établi, pour qu’aucune contestation ne pût jamais s’élever, le vieillard fit placer les deux postulants, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche, en invitant les moutonniers à se ranger du côté de celui qui avait leur préférence.

Ce fut Léonard Wixhou qui eut pour lui le groupe le plus nombreux et qui fut, par conséquent, proclamé. Après avoir juré d’être bon et fidèle berger, l’élu dut se rendre dans chaque étable pour faire, suivant la naïve expression employée, connaissance avec les brebis confiées désormais à ses soins, y dire à haute voix un Pater et un Ave et y faire une aspersion d’eau bénite afin de prouver qu’il était pur de toute accointance avec l’esprit malin.

Ce Léonard Wixhou était cependant étranger au pays, puisqu’il provenait du banc de Jalhay, et jamais de sa vie il n’avait gardé les moutons, tandis que Noël Burton était du hameau de Sedoz et avait appris tout jeune le métier en accompagnant son oncle, l’ancien berger. Mais Wixhou était un compère très cauteleux et très insinuant, qui avait su se rendre depuis longtemps les moutonniers favorables par d’habiles flatteries et des contes joyeux; de plus, il avait la réputation de connaître une foule de secrets pour guérir gens et bêtes, ce qui entraîna son élection.

Pendant la première saison, les choses allèrent fort bien, et les partisans de Noël eux-mêmes durent avouer que le choix avait été excellent; mais à l’époque des neiges, Léonard s’absenta à plusieurs reprises, sous prétexte d’aller voir ses parents. Un jour, il ramena avec lui une jeune femme qu’il déclara être sa sœur, se fit bâtir une maisonnette, fréquenta les cabarets et se montra le dimanche à l’église, mieux habillé que les paysans les plus huppés de la paroisse, ce qui fit beaucoup jaser. Le scandale fut grand surtout lorsque, à Pâques, on le vif porter une ample capote de drap, comme en avaient seuls les seigneurs et les gens de loi. On l’entoura de toutes parts, on l’accabla de quolibets, on alla même jusqu’à lui demander s’il n’avait, pas dépouillé quelqu’Anglais. Bref, il se hâta de rentrer chez lui pour reprendre sa blouse, et ne s’avisa plus d’exhiber sa malencontreuse capote.

Tout cela avait donné lieu à bien des réflexions, quand une maladie jusqu’alors inconnue vint ravager le troupeau : les bêtes moururent en quelques heures, et aucun remède ne parvint à en sauver une seule de celles qui furent attaquées. Le berger se chargeait lui-même de les écorcher et de les enfouir, car il avait tant parlé du danger de cette opération, que personne n’eût voulu la tenter.

Cependant, son ancien concurrent avait, au sujet de cette épidémie inexplicable, hasardé certains propos qui avaient été attribués à la jalousie. Piqué au vif, il se promit de tirer la chose au clair, et il acquit la preuve que Wixhou donnait aux brebis un breuvage qui les faisait mourir, et que sa sœur allait nuitamment en vendre la chair dans les villes voisines.

Il existait, et il existe aujourd’hui encore parmi les moutonniers, une juridiction chargée d’aplanir les différends qui pourraient s’élever, soit entre eux, soit avec le berger, et au besoin de punir et de révoquer celui-ci. Le tribunal des moutonniers s’assembla donc secrètement et déféra l’affaire à la cour de justice de Remouchamps.

Léonard et sa complice furent immédiatement arrêtés. Mais la soi-disant sœur se hâta de renier toute parenté avec le coupable et, pour obtenir sa liberté, fit des révélations qui aggravèrent tellement la position de celui-ci, qu’il fut condamné à être pendu comme l’auteur d’une longue série de méfaits. La haute cour d’Aywaille confirma la sentence.

Le jour de l’exécution, une foule immense couvrait tout le plateau qui couronne le bois de Mont jardin; dans un rond-point qui se voit encore, s’élevait la potence.

Léonard Wixhou, pour mourir, avait revêtu la capote qu’il avait renoncé à porter à cause des plaisanteries qu’elle lui avait attirées. Arrivé sur le lieu du supplice et voyant tout près de lui Noël Burnot, son dénonciateur, il lui dit, à voix haute, qu’il lui pardonnait de grand cœur et que, pour preuve, il le priait de vouloir accepter sa capote, qui valait bien vingt patagons. Noël reçut le cadeau avec joie; mais on remarqua que le patient, au moment de se dépouiller de son vêtement, avait sur les lèvres un sourire fort peu naturel dans un pareil moment et qui dénotait certainement une mauvaise pensée… Après l’exécution, plusieurs le dirent à Noël, qui ne fit qu’en rire et se promit bien de profiter de ce chaud vêtement quand viendrait l’hiver. Toutefois, lorsqu’il sollicita la place de berger, plusieurs moutonniers superstitieux ayant subordonné l’octroi de leur suffrage à la condition qu’il se défasse de la défroque du pendu, il dut se résigner à la tenir dans son armoire.

Noël, devenu berger, songea à se marier. Il y avait à Lorcé une jeune fille qui lui convenait et il se rendit à la fête de ce village vêtu de sa capote, parce qu’il s’était dit qu’ainsi habillé, il produirait plus d’effet. Mais celle qu’il recherchait affecta de ne pas vouloir l’entendre.

II se mit alors à boire outre mesure et, dans une dernière explication qu’il eut avec la cruelle, exalté par l’ivresse et la jalousie, il dit qu’il mourrait si elle persistait à ne pas l’accepter.

Là-dessus, il sortit de la salle de bal.

Quelques heures après, des jeunes gens des environs, qui traversaient les bois pour retourner chez eux, le trouvèrent pendu à un chêne.

La jeune fille, qui se rappelait ses dernières paroles, qu’elle n’avait pas prises au sérieux, vit dans ce malheur un effet de sa coquetterie et fut longtemps inconsolable. Mais, à part elle, tout le monde l’attribua à une maligne influence renfermée dans la capote de Léonard Wixhou, que le misérable, qui était réputé comme s’occupant de magie, avait évidemment ensorcelée pour infliger à son ennemi une mort semblable à la sienne.

Noël avait, pour unique héritier, un neveu orphelin âgé de cinq ou six ans, qui se nommait comme lui, car il l’avait tenu sur les fonts baptismaux. C’est à ce neveu qu’échurent tous ses biens, y compris les vêtements qu’il portait le jour de sa mort.

II

images-4 dans LEGENDES-SUPERSTITIONSDe longues années s’étaient écoulées ; le petit Noël Burnot était devenu un homme d’âge mûr et, grâce à son travail et à ses économies, il avait établi au Sedoz une métairie qui lui permettait de tenir un cheval et cinq belles vaches. C’était ce que nous appelons dans nos campagnes un bon moyen propriétaire.

Il avait toujours vécu très simplement et, comme il avait renoncé à toute idée de mariage, il se montrait négligé dans sa mise, jusqu’à porter, même aux jours de grandes fêtes, des blouses déteintes et rapiécées, des chausses ravaudées et des souliers sans boucles. Qu’on juge donc de la surprise générale lorsqu’un dimanche ‘ on le vit paraître à l’église vêtu d’une capote qui allait à merveille à sa taille élevée.

L’office terminé, il se rendit au cabaret où il fut naturellement l’objet de nombreuses questions et d’une foule de plaisanteries. Il alla s’asseoir silencieusement à l’écart; les uns remarquèrent que sa mine avait quelque chose de sombre et d’inusité, d’autres prétendirent que c’était un air grave qu’il se donnait à cause de son nouveau costume.

Noël sortit accompagné de quelques habitants de Nonceveux et, arrivé au tilleul, il s’assit au pied de l’arbre, sur un tertre, disant qu’il était fatigué et qu’il éprouvait le besoin de se reposer quelques instants. Ses compagnons continuèrent leur route. Mais après avoir fait quelques centaines de pas, l’un d’eux se retourna et vit avec stupéfaction que Burnot était grimpé sur le tilleul, en train de se passer le cou dans un nœud coulant qu’il avait fait à l’aide de sa cravate. Ils coururent vers lui et arrivèrent au moment où le corps allait tomber dans le vide. Noël se trouva très contrarié de ce qu’on l’eût empêché de se pendre, déclarant qu’il en avait la plus grande envie et s’en promettait une jouissance infinie. Les braves gens qui l’avaient arraché à la mort le reconduisirent chez lui; ils ne le quittèrent que quand le curé, qu’on avait fait appelé, fut arrivé.

Le pauvre Noël, qui s’était mis au lit avec la fièvre, se montra alors très repentant de sa coupable tentative, dit qu’il n’y comprenait rien et jura de ne plus recommencer.

La capote qu’il avait revêtue ce jour-là était celle de son oncle…

Il l’avait conservée pendant plus de quarante ans et ne s’était enfin hasardé à la porter que parce qu’un maquignon verviétois, qui était venu chez lui la veille et à qui il l’avait montrée, lui avait dit qu’un homme comme lui, ayant un aussi beau vêtement, était bien sot de ne pas s’en servir.

Il y aurait eu certainement un rapprochement à faire entre ce qui venait de se passer et ce qui avait eu lieu jadis; mais les anciens événements étaient entièrement oubliés et Noël lui-même les avait toujours ignorés.

A quelque temps de là, Burnot s’étant rendu à la foire de Theux, pour laquelle il s’était habillé de son mieux, éprouva encore l’envie de se pendre et il l’eût satisfaite, si son garçon de charrue, qui l’accompagnait, et à qui il avait fait des confidences, ne fût resté tout le temps auprès de lui.

Il alla s’en confesser au curé. Celui-ci lui conseilla d’assister à tous les offices, certain dimanche où tombait précisément la fête de je ne sais quel saint, protecteur spécial contre les envies de suicide.

Le dimanche en question, Noël qui, vu la circonstance, avait encore endossé sa capote, se rendit à la messe accompagné de plusieurs de ses voisins, ce dont il se félicita fort, car sa fatale envie lui reprit quand il passa près du même tilleul auquel il avait voulu se prendre peu auparavant. Il en fut de même à son retour; heureusement il avait encore du monde avec lui.

Après son dîner, il fit sa sieste comme il en avait l’habitude le dimanche. Il s’éveilla que les vêpres étaient près de sonner et de Sedoz à Sougnez, par les hauteurs, il y a plus d’une demi-lieue !

Il se mit à courir, espérant assister encore à une partie de l’office divin. Mais comme il allait arriver à Remouchamps, il rencontra un paysan de Nonceveux, nommé Lambert Ménil, qui l’arrêta en lui annonçant que les vêpres venaient précisément de finir.

Grand fut le désespoir de Noël, qui se trouvait ainsi ne pas avoir accompli son vœu.

Son interlocuteur cependant mentait ; mais voulant pousser la goguenarderie jusqu’au bout, il lui dit :
— II ne faut pas tant vous désoler, Noël… Je sais tout… L’affaire est facile à arranger : achetez-moi le mérite que j’ai acquis aux vêpres; je vous le céderai volontiers.

Il faut savoir que de pareilles transactions ont quelquefois lieu chez nous avec une entière bonne foi. Rien de plus commun que de voir, entre autres, des gens qui font des pèlerinages pour le compte d’autrui.

Noël, dont le moral était extrêmement abattu, puisqu’il y allait non seulement de sa vie en ce monde, mais surtout du salut de son âme, saisit avec empressement cette idée et demanda à Lambert de faire son prix.

— Le marché sera vite conclu, dit celui-ci, qui était marchand de fruits et voyageait souvent : donnez-moi votre habit, et je vous donnerai mon sarrau, qui est de fine toile toute neuve.

Le malheureux accepta avec joie et les vêtements furent échangés sur le champ.
Quand les deux hommes se séparèrent, il était nuit close, car on était en février.

Noël, arrivé à Sougnez, apprit, à sa grande indignation et à sa grande inquiétude, que Lambert n’avait pas assisté aux vêpres. Cependant, depuis le marché, il se sentait tout autre, il but et fit sa partie de cartes en homme parfaitement disposé à vivre. Il était sept heures quand il se mit en route, seul, pour retourner chez lui.

Chaque fois qu’il passait auprès du fatal tilleul, il n’osait lever les yeux, même quand il n’avait aucune envie de se pendre, tant le souvenir de sa folie l’accablait.

Ce soir-là, il résolut de regarder l’arbre en face comme pour le défier; mais à peine y eut-il porté le regard, qu’il poussa un grand cri et recula d’horreur.

Le corps d’un homme pendait à la branche principale, un corps couvert d’un long vêtement noir et dans lequel il reconnut Lambert Ménil.

Toutefois, une réflexion vint tempérer la vive émotion qu’il ressentait.

« C’est Dieu qui l’a puni, se dit-il; il s’est joué d’une chose sainte, le coquin… Respect à la volonté de Dieu ! »

Le calme et l’assurance lui revinrent peu à peu, et il finit par se dire qu’il serait bien fou de ne pas profiter de l’occasion pour rentrer secrètement en possession de sa capote, qui lui avait été extorquée à l’aide d’un si odieux moyen.

Après d’assez longues hésitations, et non sans frissonner, il opéra, avec le cadavre de Lambert, la contrepartie de l’échange qui avait eu lieu dans l’après-dîner, et il se hâta de regagner Sedoz.

Mais lorsqu’il arriva à la première maison du hameau, il entendit une femme pousser un grand cri et la vit rentrer chez elle en fermant la porte avec bruit; plus loin, deux jeunes filles s’enfuirent comme à l’approche d’un fantôme; plus loin encore, des enfants tombèrent la face contre terre.

Devant cette terreur inexplicable dont il était l’objet, il se sentit tellement troublé qu’il ne songea à interroger personne, et se dirigea vers sa maison. Sa servante se sauva en le voyant, mais son domestique, qui avait été soldat, osa le regarder en face.

— Ma foi, maître, dit-il, je vois que c’est bien vous en chair et en os; mais que vous en soyez revenu, c’est plus difficile à comprendre.
— Que me débites-tu là ?
— Voilà plus d’une heure que les fils à Bléret ont annoncé que vous étiez pendu au tilleul de là-haut. Nous sommes allé voir à plusieurs : c’était effectivement vous, et il a fallu, pour m’empêcher de couper la corde, les prières de mes compagnons et la peur que j’ai de la justice, qui ne veut pas qu’on touche aux pendus avant son arrivée. Enfin, vous revenez bien portant, c’est le principal. Mais que va dire le mayeur, qu’on est allé quérir ?

Noël, à cette nouvelle qui compliquait sa situation, tomba accablé sur sa chaise… Puis il sentit que ses idées se troublaient et, en proie à une sorte de délire, il s’échappa de sa maison et se mit à courir avec une telle rapidité que son domestique ne put le suivre.

Il erra quelque temps dans les bois, ensuite il remonta la côte dans la direction de Remouchamps. Il était à quelques pas du tilleul lorsqu’il vit une lumière qui précédait un groupe d’hommes. Il se coucha à terre et reconnut le mayeur et ses échevins, suivis de leurs assesseurs et d’autres personnes. Il entendit pousser des cris de surprise et prononcer ces mots :

— Ce n’est pas lui!… C’est Lambert Ménil!… Qu’est-ce que cela signifie ?
— Le voilà ! le voilà ! dit quelqu’un qui avait aperçu sa forme noire, étendue sur la terre grisâtre.

— Où donc ? où donc ? demandèrent plusieurs voix. Le pauvre Noël se leva, tandis que les justiciers, effrayés, s’enfuyaient de toutes parts. Il se mit à courir dans la bruyère, les yeux fermés, à travers les ronces et les genêts. Après un quart d’heure de cette course désordonnée, il se heurta contre un obstacle : c’était le fatal tilleul, vers lequel il était revenu sans le savoir. Il sentit alors que des mains s’abattaient sur lui et entendit des voix qui s’écriaient :
— Nous le tenons enfin !

Noël comparut devant la cour de justice de Remouchamps, qui se trouva dans la position du juge de l’Avocat Patelin, placé entre les moutons et le drap du bonhomme Guillaume. Il avoua tout ce qui s’était passé entre lui et Lambert et la cour fut avec lui d’avis que le Ciel, en donnant à Ménil l’envie de se pendre, avait voulu le punir de son action malhonnête et sacrilège.

La séance finie, Noël, loin d’être heureux de cette issue, se montra sombre et abattu. Ses amis le firent boire pour l’égayer un peu et le retinrent jusqu’assez avant dans la soirée. Le lendemain, on le; trouva pendu au tilleul de Nonceveux, et bien mort cette fois.

Inutile de dire qu’il était vêtu de la capote de Léonard Wixhou, laquelle échut, on ne sait comment, au greffier de la cour de Remouchamps, François Bonhomme, qui, à l’aide de ses archives, en reconstitua l’histoire telle que nous l’avons racontée d’après son manuscrit.

Ce vêtement de malheur resta, comme une curiosité, dans la famille Bonhomme jusqu’en 1819, où un Anglais, lord S…, qui était venu de Spa passer quelques jours sur les bords de l’Amblève, désira le voir et en fit l’acquisition à la suite d’une visite au Tilleul des Pendus.

Le lord avait une jeune et belle femme, dont il était fort jaloux, et qu’un de ses compatriotes recherchait particulièrement. Que se passa-t-il entre les deux gentlemen, qui semblaient être très liés ? On l’ignore. Mais un jour on trouva l’amant supposé pendu à un arbre dans le bois de Géronstère, et le Journal de Liège, en rapportant ce fait sous la date du 27 août de l’année précitée, ajoute ceci : « Outre que rien ne faisait prévoir chez M. B…. une aussi fatale détermination, on a été très surpris de le trouver, lui, qui était un type d’élégance, affublé d’une vieille capote de forme gothique, au sujet de laquelle il court, du reste, à Spa, des bruits que leur absurdité nous empêche de reproduire. Toujours est-il qu’à la suite de ces bruits, un autre Anglais, lord S…, s’est empressé de quitter la ville. »

Publié dans LEGENDES-SUPERSTITIONS | Pas de Commentaires »

Baume les messieurs et ses abbés

Posté par francesca7 le 12 août 2013

Baume les messieurs et ses abbés dans Jura baume_les_messieurs_depuis_belvedere-225x300Bâti sur un joli site, à la rencontre de trois vallées, parmi lesquelles la magnifique reculée du crique de Baume, ce village est connu pour son abbaye dont les vestiges sont for intéressants. Une belle vue s’offre sur ce site depuis le balvédère aménagé au pied de l’église de Granges sur Baume.

Moines et Messieurs – L’abbayes de Baume a été fondée au 6ème siècle par le moine irlandais saint Colomban. Elle est soumise à la règle bénédictine. Un de ses titres de gloire est d’avoir fourni, en 910, les douze religieux qui ont créé l’illustre abbaye de Cluny. Peu à peu, comme à St Claude, la vie monastique se relâche. A partir du 16ème siècle, les humbles moines du début ont fait place à des chanoines nobles. Ces hauts « Messieurs » se hâtent de corriger le nom de leur maison ; de Baumes les Moines, il devient Baume les Messieurs. La vie de l’abbaye se termine en 1790 par la dispersion de ses biens en vente publique.

Au 17ème siècle, Baume a compté parmi ses abbés Jean de Watteville, un des personnages les plus extraordinaires du temps s’il faut en croire les Mémoires de saint Simon, et dont les nombreuses aventures sont encore enrichies par la légende.

Watteville suit d’abord la carrière des armes. Maître du cap du régiment de Bourgogne dans la campagne du Milanais, il tue en duel un gentilhomme espagnol au service de la reine d’Espagne. Obligé de fuir, il se cache à Paris. Un sermon sur l’enfer, entendu par hasard dans une église, le convertit. Le soudard se fait capucin, puis chartreux à l’abbaye de Bonlieu. La vie monacale devient vite insupportable à Watteville. Surpris par le prieur alors qu’il franchit le mur pour s’enfuir, il l’abat d’un coup de pistolet, prend le large et après maintes aventures, franchit les Pyrénées. Nouveau duel : un grand d’Espagne reste sur le terrain. Fuite à Constantinople. L’ancien moine se fait mahométan, met ses talents militaires à la disposition du Grand Turc, devient pacha puis gouverneur de Morée.

Après plusieurs années passées sous le turban, entouré d’un harem amplement fourni, notre homme s’abouche avec les Vénitiens qu’il a reçu mission de combattre : si on lui assure l’absolution du pape pour ses crimes passés et l’abbaye de Baume comme bénéfice, il est prêt à livrer ses troupes. Le marché est conclu et exécuté. Le pacha, re-tonsuré, même ses moines comme des soldats. Une anecdote le montre toujours impétueux. Pour atteindre, de Crançot, le fond du cal, on utilisait une série d’échelles. Un jour, Watteville les fait remplacer par un escalier, taillé dans le roc, qu’on a continué d’appeler Echelles de Crançot. Voyant ses religieux prendre mille précautions pour ne pas se rompre le cou, sur ces degrés abrupts et glissants, l’abbé, impatienté, fait venir sa mule, l’enfourche et lui fait descendre les marches, tandis qu’il couvre d’injure les poltrons.

Quand Louis XIV envahit la Comté, Watteville, qui a mesuré les chances françaises, offre ses services au roi. Par sa faconde, son habileté, ses intrigues, il fait capituler, sans coup férir, les dernières résistances (Gray, Ornans, Nozeroy) et contribue à transformer la campagne de 1668 en promenade militaire. Après la paix de Nimègue (1678) rentré dans son abbaye, il y mène la vie de grand seigneur. Cette vie agitée se termine en 1702 à l’âge de 84 ans.

En ce qui concerne l’Abbaye de Baume-les-Messieurs, son développement est assez mal connu mais son importance est déjà grande à la fin du xie siècle alors que l’église abbatiale3 (qui sera remaniée par la suite) est érigée sous les abbatiats de Bernard Ier (1067-1083) et Alberich (1104-1139). Au XIIe Baume, protégée par les comtes de Bourgogne, contrôle huit prieurés et soixante-cinq églises, surtout dans le sud-ouest du diocèse de Besançon mais aussi à Dole, Quingey et Besançon. Riche entre autres de possessions de vignes sur les coteaux du Jura, d’exploitations de sel à Lons-le-Saunier ou encore de moulins sur les rivières comme la Seille, l’abbaye reste prospère jusqu’au xve siècle malgré des conflits avec l’ordre clunisien. Baume-les-Moines (c’est son nom jusqu’au xviiie siècle) doit faire soumission à Cluny, elle est même réduite au rang de prieuré de Cluny en 1147 par le pape Eugène III. L’empereur Frédéric Barberousse accepte cette soumission en 1153 mais obtient plus tard le rétablissement de son rang d’abbaye et Baume portera de 1157 à 1186 le titre d’« abbaye impériale ». Après les conflits d’autorité religieuse, la papauté réitère en 1189-1191 la soumission de Baume à Cluny en accordant quelques points de satisfaction à l’abbaye comme son rang éminent dans l’ordre clunisien ou une certaine liberté dans le choix de ses abbés et la confirmation en 1202-1204 du titre d’abbaye : L’abbaye toujours à la recherche d’une plus grande autonomie aura aussi par la suite des différends avec l’archevêque du diocèse de Besançon. Elle devient cependant l’une des plus importantes abbayes de Franche-Comté du XIIe au xvie siècle.

Tombée en commende, elle décline ensuite et évolue vers une abbaye aristocratique réservée à de « nobles chanoines ». Elle est sécularisée par une bulle papale de 1759 qui la transforme en collégiale et le lieu change de nom : Baume-les-Moines devient alors Baume-les-Messieurs (En 1763 Jean-Joseph Expilly la nomme encore « Baume-les-Moines »).

320px-L%27abbaye_de_Baume-les-Messieurs dans JuraLes revenus de l’abbaye sont encore en place dans la deuxième moitié du XVIIIe s. comme la dîme dont se plaignent les habitants de Velesme (aujourd’hui Velesmes-Essarts près de Quingey, dans le département du Doubs) dans les Cahiers de doléance en 1789 « nous sommes les seuls qui payons aux abbés de Baume une dîme d’une gerbe et demie par journal de grains dont nos terres sont emplantées ».

L’abbaye disparaît à la Révolution.

L’église Saint Pierre fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862. Certains autres bâtiments bénéficient de protections aux monuments historiques : Le logis abbatial bénéficie d’une inscription depuis le 26 septembre 1929, les façades et toitures des bâtiments de l’ancienne abbaye d’une inscription depuis le 8 mars 1933, l’étage supérieur et le rez-de-chaussée des bâtiments de l’ancienne abbaye d’une inscription depuis le 2 août 1933.

Publié dans Jura | 1 Commentaire »

LE CÈDRE DE GIGOUX

Posté par francesca7 le 2 juillet 2013

LE CÈDRE DE GIGOUX 

(D’après Chroniques et légendes des rues de Paris. Édouard Fournier, 1864)

LE CÈDRE DE GIGOUX  dans FLORE FRANCAISE cedre

Pendant que nos soldats partaient, il y a trois ans, pour le Liban, avec une mission héroïque, à laquelle ne devaient faillir ni leur dévouement ni leur courage, un enfant perdu de ces belles contrées, un exilé de la célèbre montagne, qui depuis cent vingt-six ans s’était fait une patrie d’un petit coin de la terre parisienne, un admirable cèdre, était menacé de périr. Je dois vous dire d’abord, pour que vous ne soyez pas trop effrayé, que ce cèdre n’était pas celui du Jardin des Plantes, mais son frère jumeau.

Où se trouvait-il ? dans un charmant jardin d’artiste du quartier Beaujon. Mais pourquoi s’y trouvait-il plutôt qu’ailleurs, tandis que c’est le Jardin des Plantes qui, si loin de là, possède encore l’autre ? Tout cela va deman-der quelques explications qui ne sont pas, je crois, sans intérêt.

Je commencerai, s’il vous plaît, par quelques mots sur la grande famille des cèdres, dont celui-ci est un lointain rejeton, et qui couvrent de leurs derniers ombrages la quatrième et la plus élevée des zones du Liban. Il y a trois cents ans, ces contemporains des époques bibliques étaient encore au nombre de vingt-huit mais depuis lors la neige, qui s’éternise de plus en plus à leur base, les a décimés d’année en année. Il y a cent ans, Schultz n’en comptait plus que vingt, et M. de Lamartine, qui les visita au mois d’avril 1833, n’en trouva plus que sept. Ces arbres, a-t-il dit, dans son Voyage en Orient, sont les monuments naturels les plus célèbres de l’univers. La religion, la poésie, et l’histoire les ont également consacrés. L’Écriture sainte les célèbre en plusieurs endroits.

Les Arabes de toutes les sectes ont une vénération traditionnelle pour ces arbres. Ils leur attribuent non seulement une force végétative qui les fait vivre éternellement, mais encore une âme qui leur fait donner des signes de sagesse, de prévision, semblables à ceux de l’instinct chez les animaux, de l’intelligence chez les hommes. Ils connaissent d’avance les saisons, ils remuent leurs vastes rameaux comme des membres, ils étendent ou resserrent leurs coudes, ils élèvent vers le ciel ou inclinent vers la terre leurs branches, selon que la neige se prépare à tomber ou à fondre. Ce sont des êtres divins sous la forme d’arbres. Ils croissent dans ce seul site des croupes du Liban ; ils prennent racine bien au dessus de la région où toute grande végétation expire. Tout cela frappe d’étonnement les peuples d’Orient.

Chaque année, au mois de juin, les populations de Beschierai, d’Eden, de Kanobin et de tous les villages des vallées voisines, montent aux cèdres et font célébrer une messe à leurs pieds. Que de prières n’ont pas résonné sous ces rameaux ! et quel plus beau temple, quel autel plus voisin du ciel ! quel dais plus majestueux et plus saint que le dernier plateau du Liban, le tronc des cèdres et le dôme de ces rameaux sacrés, qui ont ombragé et ombragent encore tant de générations humaines prononçant le nom de Dieu différemment, mais le reconnaissant partout dans ses œuvres, et l’adorant dans ses manifestations naturelles !

Il se passa bien des siècles avant que l’Europe connût l’arbre syrien. Du temps des croisades, on essaya de l’acclimater chez nous, mais inutilement. Les cinq troncs de cèdres rapportés du Liban par saint Louis, et conservés « bruts et inutiles, dit Sauval, et vêtus de leur écorce » dans le trésor de la Sainte-Chapelle, furent tout ce qui resta de cette importation. L’arbre mort restait pour faire penser à l’arbre qui n’avait pu vivre.

Dans la première moitié du règne de Louis XV, en 1734, la France ne possédait pas encore un seul cèdre. L’Angleterre, plus heureuse en voyait plusieurs croître dans ses jardins, et s’en montrait on ne peut plus fière. Bernard de Jussieu, qui était alors démonstrateur des plantes au Jardin du Roi (Jardin des Plantes), jura que nos pépinières n’auraient pas longtemps à envier sur ce point les pépinières anglaises ; et il tint parole. C’est à l’Angleterre même qu’il alla dérober l’arbre tant convoité par nous et soigneusement gardé par elle. Il en obtint deux pauvres pieds bien chétifs, qu’on ne lui donna peut être que parce qu’on pensait qu’ils ne pourraient pas vivre. C’est, dit-on, le médecin anglais Collinson, qui lui en fit présent. Vous savez le reste de l’histoire, à laquelle se mêla, comme il arrive toujours pour les histoires devenues populaires, un peu de légende et d’invraisemblance.

Ne sachant où loger sa conquête, c’est-à-dire où la cacher, car il l’emportait un peu comme un voleur, Bernard de Jussieu se servit de son chapeau pour y mettre en bonne terre les deux brins de verdure qui devaient être plus tard deux arbres géants. J’ai longtemps douté de ce détail. Le chapeau devenu pot de fleur, le tricorne porte-cèdre, me semblait un peu légendaire, mais Condorcet, m’ayant confirme le fait dans un Éloge de Jussieu où tout est vérité, je n’ai plus hésité à croire. La légende ne parle que d’un cèdre, mais Condorcet dit expressément que Bernard en a rapporté deux : l’un qui a si bien grandi près du labyrinthe du Jardin des Plantes ; l’autre dont nous vous parlerons tout à l’heure.

La tradition ajoute sur leur voyage d’émigration bien des détails que n’a pas oubliés M. Gozlan dans l’article, d’un esprit charmant mais d’une vérité douteuse, qu’il écrivit, en 1834 sur Le cèdre du Jardin des Plantes, pour célébrer son centenaire.

Le voyage fut long, dit-il, tempétueux ; l’eau douce manqua ; l’eau douce, ce lait d’une mère pour le voyageur. A chacun on mesura l’eau ; deux verres pour le capitaine, un verre pour les braves matelots, un demi-verre pour les passagers. Le savant à qui appartenait le cèdre était passager : il n’eut q’un demi-verre. Le cèdre ne fut pas même compté pour un passager, il n’eût rien ; mais le cèdre était l’enfant du savant, il le mit près de sa cabines, et le réchauffa de son haleine ; il lui donna la moitié de sa moitié d’eau et le ranima. Tout le long du voyage, le savant but si peu d’eau, et le cèdre en but tant qu’ils furent descendus au port, l’un mourant, l’autre superbe, haut de six pouces. Tout cela, certes, est on ne peut plus touchant ; tout cela même pourrait être vrai, s’il s’était agi d’un très long voyage, du Liban à Marseille, par exemple ; mais pour une simple traversée de Douvres à Calais, tout cela n’est guère vraisemblable.

Aussi n’est-ce pas vrai, pour l’aventure dont il s’agit, du moins. Ce n’est pas Bernard de Jussieu qui faillit mourir de soif par dévouement pour son arbuste altéré, c’est le capitaine De Clieu ; l’arbuste, ainsi ranimé et mis en état de vivre, n’était pas un cèdre, mais un plant de caféier ; et le voyage que l’homme et son cher arbuste avaient à faire, n’était pas une simple traversée de Douvres à Calais, mais un voyage de plus long cours. De Clieu allait du Havre à la Martinique, où le plant de café qu’il avait ainsi pu sauver devint la souche de tous ceux qui, depuis 1716, ont si miraculeusement pullulé sur les parties montueuses de cette belle colonie, dont ils sont la richesse. Rendons à De Clieu ce qui est à De Clieu, au caféier ce qui appartient au caféier, et revenons à Bernard de Jussieu et à ses cèdres en espérance.

Quand il fut de retour au Jardin du Roi (Jardin des Plantes), Bernard y chercha bien vite un coin de la meilleure terre pour y faire sa plantation. C’est près de la butte, dont on a fait le labyrinthe, qu’il trouva ce coin béni. Le sol en était excellent. Bernard savait que, pendant des siècles, le Montfaucon du Paris de la rive gauche s’était trouvé là, et que le monticule ou copeau (vieux mot signifiant butte ou monticule, d’où vient le nom de la rue Copeau), du labyrinthe avait même été formé par ces amas d’immondices, qui sont pour la terre un si merveilleux engrais.

cedres dans FLORE FRANCAISE

Celui de ses deux cèdres qu’il y planta devait certainement pousser la on ne peut mieux. En effet, Bernard de Jussieu eut bonheur de le voir croître comme par magie. Lorsque Bernard mourut, quarante-trois ans après, en 1777, « il pouvait admirer, dit Condorcet, la cime de son arbre chéri qui dominait les plus grands arbres. » Il serait beaucoup plus élevé encore si la flèche n’eut été cassée par accident. Or, ces sortes d’arbres poussent par le sommet des branches, et quand ce sommet est coupé, ils ne croissent plus. Bien loin de là, sur un point tout opposé de la grande ville, entre l’église, alors très humble chapelle, de Saint-Philippe-du-Roule et l’avenue des Champs-Elysées, existait alors la Pépinière du Roi, « où l’on élevoit, dit un livre du temps, des fleurs, des arbustes, des arbres, pour en fournir aux Tuileries, à Versailles et autres maisons royales . »

Les cèdres qui ornent aujourd’hui nos parcs viennent de celui-ci sans doute ou de son jumeau du Jardin des Plantes. Nous connaissons une lettre de Marie-Antoinette relative à la plantation de l’un de ces précieux rejetons, qui devait être faite par Joseph de Jussieu, frère de Bernard. Elle y donne ordre de réunir les jardiniers pour désigner la place des arbres choisis par M. de Jussieu. « Une collation d’encas sera prête pour M. de Jussieu qui érigera devant elle le cèdre du Liban. » C’est là que Bernard de Jussieu vint planter le second de ses cèdres. Il poussa aussi bien que l’autre, car le terrain n’était pas là moins excellent qu’au Jardin du Roi (Jardin des Plantes).

Malheureusement, peu de temps après, la Pépinière dut changer de place. On la transplanta, c’est bien le mot ici, de l’autre côté du faubourg du Roule, au delà du grand égout, sur un espace, longé bientôt par une rue nouvelle, qui s’appelle, pour cette raison, rue de la Pépinière.

L’ancienne qu’on supprimait ainsi, avait été déjà singulièrement amoindrie, à l’époque où Bernard de Jussieu était venu lui confier le second de ses deux cèdres. En 1719, une partie des terrains avait été envahie par les officiers de la Monnaie de Paris, qui se prétendaient de très anciens droits sur tout le quartier du Roule. Le clos de la Pépinière, selon l’abbé Lebeuf, était attaché à la Monnaie de Paris. C’est à cause de cette propriété, dépendante du Roule, dont ils se disaient seigneurs, que messieurs de la monnaie ayant en 1691, à percer une rue entre celle où se trouvait leur hôtel et la rue Saint-Honoré, lui donnèrent le nom de rue du Roule.

Les officiers de la Monnaie de Paris, destinaient l’espace repris par eux, à la construction d’un nouvel hôtel des Monnaies. On fit les fondations, mais on n’alla pas plus loin, et pour cause. On était alors à l’époque, du système. Or, pourquoi un hôtel de monnayage, quand M. Law, contrôleur générai des finances remplaçait la monnaie par du papier ? En 1770, un autre projet qui fit poussé plus loin, sans être pour cela plus heureux, vint enlever à la Pépinière un nouveau morceau de terrain. On l’acheta pour y construire, d’après les plans de Le Camus de Choiseul l’immense établissement de boue et de crachat, dont, moins de dix ans après, il ne restait plus que le nom, qui fut pris comme écriteau, par la rue du Colisée, tracée sur son emplacement.

http://www.paris-pittoresque.com/jardins/2.htm

Publié dans FLORE FRANCAISE | Pas de Commentaires »

Contes, légendes et proverbes du Jura

Posté par francesca7 le 28 juin 2013

 

Contes, légendes et proverbes du Jura dans Jura vouivre

Les histoires de loups-garous, de sorcières, de « ioutons » et « fouletots » (noms comtois des lutins) et de dames blanches (les fées) ont alimenté longtemps les veillées comtoises. Les dons de dédoublement, d’ubiquité et de transformation en animaux de toutes sortes de ces personnages ont fait naître de nombreux comtes et légendes ; les enfants de la région de Montbéliard se sont répété longtemps l’histoire de la Tante Arie, Père Noël du pays d’Ajoie.

La Tante Arie – Chaque année, le soir du 24 décembre, Tante Arie quittait sa grottes du Lomont suivie de son âne à grelots, de gâteaux et de verges pour déposer ses présents au cours d’un voyage dans le pays d’Ajoie (région de Montbéliard). Personne ne sait exactement quelle est son origine ; peut-être est-ce l’ombre du souvenir d’Henriette qui épousa en 1407 le comte de Wurtemberg et que les habitants de la région appelaient « la bonne comtesse » à cause de sa générosité. Il se peut que les bienfaits de la châtelaine soient à l’origine des dons que dispense la Tante Arie, la fée de l’Ajoie, aux petits enfants de la région non seulement à Noël mais à diverses occasions de l’année.

La Vouivre – Il y avait une fois dans le Jura un château occupé par une princesse d’ne rare beauté mais au cœur incroyablement dur. Hautaine, cruelle et impitoyable, elle terrorisait les habitants du val. Et voici qu’un jour une date de noble allure vint lui rendre visite et s’entretint longuement avec elle sur la pitié et la générosité. Mais la dureté de la châtelaine demeura telle que la visiteuse, qui était fée, changea la méchante princesse en Vouivre (en patois, c’st l’équivalent du vieux mot français guivre, signifiant vipère). Devenue un serpent affreux affublé d’ailes de chauve-souris, la Vouivre portait néanmoins un diadème orné d’un magnifique rubis qui, disait-on, procurerait la fortune à celui qui le posséderait. Or elle ne déposait le joyau sur le rivage que pour  se baigner dans la Loue. Nombreux ont été les Comtois, qui dominant leur frayeur, ont tenté de dérober le bijou magique et ont ainsi perdu la vie, tués par des milliers de serpents.

La légende du lac de Saint Point – Sur les bords du Doubs, une ville entière vivait dans la débauche la plus complète ; les  habitants, farouches égoïste, savaient le cœur encore plus dur que les crêtes environnantes. Aussi, lorsque au soir d’une journée glaciale d’hiver une femme transie se présenta avec son enfant à la recherche d’un gît            accueillant et d’un peu de réconfort, ne reçut-elle que mépris et rebuffades. Alors, résignée à mourir, elle poursuivit son chemin quand, par bonheur, elle rencontra le moine saint Point qui lui offrir   l’hospitalité. Au matin,  son réveil, elle vit avec étonnement un lac à la place de la ville cruelle que Dieu avait châtiée en l’engloutissant sous les eaux d’un violent orage.

La Dame Blanche – Non loin de Lure, un château fut le théâtre d’une bien douloureuse histoire. C’était au temps où le seigneur des lieux vivait heureux, entouré de son épouse et de leurs enfants… du moins jusqu’à ce qu’un passant malveillant vint informer le châtelain des pratiques magiques auxquelles se livrait saint Desle, le fondateur de l’abbaye de Lure ; sans balancer le seigneur fait bastonner le malheureux moine. Dès lors, les malheurs ne cessèrent de fondre sur le château : mort des enfants, mort du seigneur, ruine da la famille. La châtelaine se livra alors aux pires exactions. Mais quand mourut le dernier de ses fils, elle se repentit et distribua ses richesses aux pauvres ; à l’exception toutefois d e son trésor qu’elle ne put se résoudre à abandonner. Aussi quand son tour vint de comparaître devant le juge suprême ne peut-elle être reçue au Paradis. Elle fut condamnée à revenir à son château tous les cens ans, jusqu’à ce qu’elle y rencontre une âme pure  à qui elle pourrait faire don de sa fortune. Mais le diable fait bonne garde. Aussi, les habitants de la région ont-ils parfois aperçu une dame blanche qui errait dans les ruines du château, un peu avant minuit.

Le sapin, une création du diable – Le diable, lassé par tous ses diablotins turbulents et farceurs qui l’empêchaient d’œuvrer correctement à la cuisson des damnés, décida un jour d’expédier tout ce petit monde facétieux sur la terre. Et voilà comment les « ioutons » et les « fouletots » vinrent peupler les monts du Jura. Mais bientôt, aveuglés par le grand soleil, écrasés de chaleur en été et meurtris par la longue froidure de l’hiver, ils voulurent retourner dans l’empire des ténèbres. Mais le diable, peu désireux d’avoir à les supporter de nouveau, préféra créer un arbre sous lequel ils pourraient se mettre à l’abri, le sapin.

pont dans LEGENDES-SUPERSTITIONSLe Pont du Diable – Sur la route de Crouzet-Migette à Ste Anne, le Pont du Diable fut à l’origine d’une curieuse aventure. Pour faciliter les communications entre la Montagne et le Bas Pays, on décida de bâtir un pont. Un maçon audacieux se chargea de la construction. Le but était presque atteint quand une nuit, l’ouvrage s’écroula. Le maçon tenace ne perdit pas courage et recommença. Mais le sort s’obstinait et le pont s’écroula de nouveau. Le maçon était sur le point de renoncer quand se présenta devant lui le diable en personne. Le malin s’avoua responsable des effondrements successifs et proposa de tout reconstruire, à une seule condition : que le maçon lui livrât en échange l’âme du premier passant qui emprunterait le fameux pont. Le marché était dur ; le maçon s’y résigna tout de même et la construction fit l’admiration de tous. Mais dans la nuit, l’imprudent fut pris de violents remords et dan s son délire appela un prêtre ; le curé, pour aller au plus vite, emprunta le premier le pont. Aussitôt le diable se précipita au-devant de lui pour s’emparer de son âme ; mais, ébloui par l’éclat du ciboire, Satan enjamba le parapet sauta dans le vide, d’où le nom du pont.

Publié dans Jura, LEGENDES-SUPERSTITIONS | Pas de Commentaires »

123
 

leprintempsdesconsciences |
Lechocdescultures |
Change Ton Monde |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | C'est LE REVE
| Détachement Terre Antilles ...
| ATELIER RELAIS DU TARN ET G...