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La Bourgogne est une terre de passage

Posté par francesca7 le 16 mars 2014

 

 

Histoire

Terre d’épopée, la Bourgogne a vu s’affronter Jules César et Vercingétorix. Terre de spiritualité, elle conserve l’immense héritage monastique des deux grands ordres religieux du Moyen Âge. Terre des fameux ducs de Bourgogne, grands mécènes, la région est alors au faîte de sa puissance et de sa renommée. Terre riche et nourricière, sillonnée de cours d’eau, elle a vu ses paysages se modeler au gré des inventions et des créations de l’homme.

File:Louis XI of France.jpg

Louis XI

Une terre de passage

Mille ans après les Burgondes, la Bourgogne gouvernée par des princes a bien failli être de nouveau un puissant royaume. Si le nez de Louis XI eût été plus court… Il convient donc de faire la claire distinction entre l’histoire de la Bourgogne et l’histoire de France, en particulier avant la fin du 15 e s.

Époque préhistorique

Dès les prémices du peuplement de l’Europe, la Bourgogne est un lieu de passage et d’échanges entre le Bassin parisien et la vallée de la Saône, les pays du Nord et la Méditerranée. L’homme de Cro-Magnon vit dans les grottes d’Arcy-sur-Cure, quand il les préfère aux campements. La mise au jour d’ossements et d’outillages à la roche de Solutré atteste l’existence d’établissements humains entre 18 000 et 15 000 ans avant l’ère chrétienne. Ce site paléolithique a d’ailleurs donné son nom à l’outillage de pierre en forme de feuilles de laurier, depuis lors désigné comme solutréen .

Antiquité

Avant J.-C.

8 e s . – Invasion des Celtes (civilisation dite de « Hallstatt », du nom d’un village autrichien célèbre pour ses épées de fer) et apparition de tertres funéraires et de sépultures par incinération ou par inhumation, comme celles de Blanot et de Villethierry.

v. 530 – Début de la société gauloise et développement du commerce avec les négociants grecs d’Italie du Sud, ce dont témoigne le trésor de Vix, découvert sur la route de l’étain, dans la région de Châtillon-sur-Seine. À l’âge de La Tène, la région est habitée par trois peuples gaulois : les Éduens , le plus puissant de Gaule avec les Arvernes, qui a pour capitale l’oppidum de Bibracte ; les Séquanes , au bord de la Saône ; les Lingons , sur le plateau de Langres, dans le Châtillonnais.

58 – Menacés par les Helvètes, les Éduens demandent le secours de Rome, leur alliée. Par sa victoire près de Montmort (non loin de Bibracte), Jules César commence la conquête des Gaules.

52 – Insurrection générale des Gaulois contre l’envahisseur romain. Les Éduens s’allient aux Arvernes après la victoire de Vercingétorix à Gergovie. Assiégé à Alésia, le chef des Arvernes rend les armes à César, qui entreprend la rédaction de ses Commentaires sur la guerre des Gaules .

Après J.-C.

21 – Les Éduens, conduits par Sacrovir , se révoltent sans succès contre l’empereur romain Tibère et prennent en otage à Augustodunum (Autun) des fils de chefs gaulois qui recevaient une éducation romaine.

70 – Avec la Pax romana , la civilisation gallo-romaine s’épanouit à Autun et Sens.

313 – Par l’édit de Milan, l’empereur Constantin accorde aux chrétiens la liberté de culte : au cours du siècle, le christianisme s’étend en Bourgogne, avec les saints Andoche, Bénigne et Reine. En 418, saint Germain, ancien commandant de garnison romaine, devient évêque d’Auxerre.

356 – Invasion germanique.

La Burgondie

442 – Originaires de l’île de Bornholm, dans la mer Baltique, et porteurs d’une civilisation avancée, les Burgondes s’installent dans le bassin de la Saône et du Rhône puis fondent un royaume auquel ils donnent leur nom : Burgundia , qui deviendra Bourgogne. Le roi Gondebaud institue par la loi Gomb330px-Les_pagis_bourguignons_au_9e_siècleette l’égalité entre sujets romains et burgondes. Mais l’Empire romain d’Occident se disloque : Rome est prise en 476 par des Barbares venus de l’est.

500 – Clovis , roi des Francs, vainc les Burgondes, qui deviennent tributaires des Mérovingiens. En 534 , ses héritiers annexent le royaume burgonde, qui occupe le quart sud-est de la France actuelle.

734 – Charles Martel reprend en main la Bourgogne après les invasions arabes. À la mort de son fils Pépin le Bref (768), la région va à Carloman, frère de Charles I er . Ce dernier s’en empare en 771.

841 – Dans la lutte pour l’Empire de Charlemagne, Charles II le Chauve bat son frère Lothaire à Fontanet (Fontenoy-en-Puisaye, près d’Auxerre). Par le traité de Verdun (843), l’Empire d’Occident est démembré entre les fils de Louis le Pieux : la Bourgogne franque, qui s’arrête à la Saône, revient à Charles le Chauve ; la Bourgogne impériale, dont le nord deviendra le comté de Bourgogne, ou Franche-Comté, est attribuée à Lothaire .

Le duché de Bourgogne

Les ducs capétiens tiendront une place importante dans la politique du royaume de France. à leur époque, la Bourgogne deviendra un véritable bastion de la chrétienté : c’est l’ère du rayonnement des grands ordres monastiques établis à Cluny, Cîteaux et Clairvaux.

Fin 9 e s . – Ayant repoussé les Normands, Richard le Justicier, comte d’Autun, fonde le duché qui englobe lespagi , c’est-à-dire les comtés, de la zone franque.

910 – Fondation de Cluny par Guillaume d’Aquitaine.

1002-1016 – Le roi de France Robert II le Pieux, fils d’Hugues Capet, occupe la Bourgogne.

1032 – Henri ier, fils de Robert II le Pieux, cède le duché à son frère Robert I er le Vieux (branche bourguignonne de la maison capétienne) afin de préserver son trône. Langres, Troyes, Sens, Auxerre, Mâcon et Nevers n’en font plus partie.

1098 – Fondation de l’abbaye de Cîteaux.

1146 – Saint Bernard prêche à Vézelay la deuxième croisade. Après leur échec devant Damas, Germains et Français rentrent en 1149.

1186 – Le duc Hugues III de Bourgogne, qui mène une active diplomatie matrimoniale, se soumet à Philippe Auguste.

La Bourgogne est une terre de passage dans Bourgogne 180px-Philip_II_duke_of_burgundy

Philippe le Hardi

Le retour à la Couronne

1477 – À la mort de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, Louis XI annexe la Bourgogne ducale au domaine royal et crée le parlement de Dijon. Lesée d’une grande part de son héritage, Marie de Bourgogne , fille du défunt duc, épouse la même année le futur empereur germanique Maximilien de Habsbourg. Elle lui donne un fils, Philippe le Beau, et une fille, Marguerite d’Autriche. à la mort de Marie, en 1482, le reste des territoires de l’ancien duché revient à son époux.

1482 – Le traité d’Arras met fin à la guerre de succession franco- germanique, la Bourgogne ducale revenant au royaume de France.

1519 – À la tête du Saint Empire romain germanique, Charles Quint , fils de Philippe le Beau, est prince bourguignon et francophone. L’un de ses principaux objectifs est de reconquérir ses droits à l’héritage du duché de Bourgogne. Son rêve est d’ailleurs de prendre place parmi les siens dans la chartreuse de Champmol.

1525 – Le désastre de Pavie , en février, contraint François Ier à céder le Milanais et la Bourgogne, à laquelle Charles Quint renoncera plus tard (paix de Cambrai en 1529, puis traité de Crépy-en-Laonnois en 1544).

1559 – Par le traité de Cateau-Cambrésis , qui marque la fin des guerres d’Italie, la province est définitivement rattachée au royaume de France.

1595 – Henri IV bat les Espagnols à Fontaine-Française, libérant la Bourgogne. L’Espagne garde le Charolais.

1601 – La Bourgogne s’agrandit de la Bresse, du Bugey et du Valmorey, acquis au duc de Savoie.

1631-1789 – À partir du règne de Louis XIII et jusqu’à la Révolution, les princes de Condé se succèdent comme gouverneurs de la province, partageant le pouvoir avec l’intendant de la généralité de Dijon (justice, police et finances). En 1650, le Grand Condé implique ses administrés dans la fronde contre le jeune roi Louis XIV.

1693-1710 – Années difficiles : la région connaît plusieurs famines.

1789 – En juillet, Saint-Florentin est l’un des centres d’où part la Grande Peur. Près de Cluny et de Cormatin, des groupes de paysans révoltés sont battus par les milices. Les coupables de ces jacqueries sont condamnés à Dijon.

1790 – Le 24 février, la province est divisée en quatre départements . Les grands domaines du clergé, dont les vignobles, sont vendus à la bourgeoisie. Le Clos de Vougeot passe de la poche des moines de Cîteaux à celle de banquiers parisiens.

De la fin de l’Empire à la Libération

1814 – Napoléon rompt les négociations de Châtillon-sur-Seine, qui auraient permis de faire la paix avec l’Autriche, la Russie, l’Angleterre et la Prusse, sur la base des frontières de 1792.

1816-1822 – Invention de la photographie par Nicéphore Niépce à Saint-Loup-de-Varenne, au sud de Chalon-sur-Saône.

1832 – Le canal de Bourgogne est ouvert à la navigation.

1836 – Les frères Schneider rachètent la fonderie du Creusot.

1837 – Lamartine est élu député de Mâcon.

1842 – Lamartine fonde à Mâcon le journal Le Bien public .

1848 – Lamartine proclame la II e République et intègre le gouvernement provisoire comme ministre des Affaires étrangères.

1849 – Inauguration de la gare ferroviaire de Dijon et ouverture de la section Dijon ville-Châlon-sur-Saône de la ligne Paris-Lyon.

1859 – Première vente aux enchères des vins des Hospices de Beaune.

1873 – Le maréchal Mac-Mahon , natif de Sully (Saône-et-Loire), vaincu à Sedan mais vainqueur des communards, est nommé président de la République par les monarchistes. Tenant de l’ordre moral, il institue un pèlerinage à Paray-le-Monial.

1878 – Destruction du vignoble par le phylloxéra .

1914 – À Châtillon-sur-Seine, Joffre lance l’ordre du jour du 6 septembre : « Au moment où s’engage une bataille… le moment n’est plus de regarder en arrière. »

1934 – La création de la confrérie des Chevaliers du tastevin à Nuits-Saint-Georges sort le vignoble bourguignon de sa léthargie.

juin 1940 – Le 11, Paul Reynaud et Winston Churchill tiennent un conseil suprême à Briare. Le 17, alors que de Gaulle est parti à Londres, les Allemands sont sur place.

1940-1944 – Pétain rencontre Goering à Saint-Florentin le 1 er décembre 1941. La ligne de démarcation traverse la Bourgogne du Sud : elle suit le Doubs, puis la Saône jusqu’à Chalon (en zone occupée), descend au sud jusqu’à Montchanin, et longe le canal du Centre jusqu’à la frontière de l’Allier.

Le Mâconnais reste en zone libre. La Résistance est active en Bourgogne : les forêts du Châtillonnais et du Morvan abritent le maquis.

Le frère Roger Schutz, venu de Suisse, mais de mère bourguignonne, s’installe à Taizé . Il y jette les bases d’une communauté œcuménique ; ses premiers hôtes sont des juifs réfugiés.

Septembre 1944 – Le 14, la division Leclerc et l’armée de Lattre de Tassigny opèrent leur jonction près de Châtillon-sur-Seine. Le 11, Dijon est libéré .

Notre époque

1945 – Le chanoine Kir est élu maire de Dijon.

1953 – Découverte du trésor de Vix dans le Châtillonnais.

1970 – Création du Parc naturel régional du Morvan .

1971 – Le dernier service hospitalier quitte l’hôtel-Dieu de Beaune. Le bâtiment est désormais entièrement dévolu aux  dans Bourgognevisites.

1976 – La communauté de l’Emmanuel organise sa première session d’été à Paray-le-Monial.

1981 – Mise en service du TGV sud-est .La Bourgogne est desservie par les gares du Creusot-Montchanin et de Mâcon-Loché.

1981 – Le 10 mai, François Mitterrand est élu président de la République. Il prononce à Château-Chinon, dont il est le maire depuis 1959, sa première allocution radiotélévisée.

1982 – Cinq cents ans après son rattachement à la France, création de la région Bourgogne .

1985 – Alors que les fouilles, financées par le ministère de la Culture et de la Communication, y ont repris depuis presque un an, François Mitterrand proclame Bibracte « site national ».

1994-1996 – Ouvertures au public du Centre archéologique européen de Bibracte et du musée de la Civilisation celtique.

2001 – Inauguration du TGV Yonne-Méditerranée , qui dessert Sens et Laroche-Migennes (près d’Auxerre).

2003 – Création de la 100e AOC : st-bris (vin blanc sec produit à partir de cépage sauvignon).

2005 – Les Hospices de Beaune confient la vente aux enchères des vins à Christie’s .

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Notice sur Port-en-Bessin en Calvados

Posté par francesca7 le 12 février 2014

 

Par L. Aubourg

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220px-The_British_Army_in_the_Normandy_Campaign_1944_B5314Bourg du département du Calvados, arrondissement et à neuf kilomètres de Bayeux, canton et à dix kilomètres O. N. O. de Ryes ; à trente-six kilomètres de Caen.

Situé dans une infractuosité de hautes falaises bordant la Manche entre celle du Castel à l’Est, et celle de Huppain à l’Ouest.

Son port, outre ses nombreuses barques de pêche, reçoit aussi quelques navires d’un assez fort tonnage destinés pour la plupart à alimenter le commerce de M. Vardon, maire de la commune qui, en plus de la vente des charbons en gros, possède une importante scierie mécanique et plusieurs barques pontées.

Son adjoint, M. Candide Marie, ainsi que M. Lefournier sont également propriétaires de nombreuses barques. Ces trois Messieurs qui occupent un très nombreux personnel de marins et d’ouvriers sont, à bon droit, réputés être les bienfaiteurs de la commune.

Quelques côtres de guerre, en croisière de surveillance dans la Manche, viennent aussi parfois faire une escale de deux à trois jours.

Le recensement de 1864 accusait huit cent soixante-dix habitants, celui de 1891 donne douze cent soixante-douze.

Cet accroissement, qui a été suivi par celui du matériel de pêche dont l’importance augmente chaque année, a été en partie fourni par des familles de pêcheurs venues soit de Grandcamp, qui n’a qu’une rade foraine, soit d’Arromanches, d’Asnelles et de Ver, lieux de pêche délaissés par les barques de fort tonnage.

Port-en-Bessin qui est en effet doté d’un avant-port et de deux bassins de refuge a encore à son actif trois belles corderies, des ateliers de voilerie et deux chantiers de construction dirigés par MM. Langlois et Paris, qui fournissent de belles barques pontées et non pontées, aussi solides qu’élégantes, ainsi qu’une jolie poissonnerie couverte.

Le bourg est coupé en deux par les bassins ; la partie la plus importante est à l’Ouest. – A l’Est se trouve le Pollet, ainsi dénommé pour rappeler sans doute le Pollet de Dieppe, à peu près placé dans les mêmes conditions, tous les deux peuplés exclusivement de familles de pêcheurs.

Port et son annexe sont reliés par un pont tournant établi entre l’avant-port et le premier bassin.

Deux feux fixes, de six mille de portée, sont situés dans la falaise à l’ouest du bourg, l’un en amont, à quarante mètres de hauteur, l’autre en aval, à vingt-huit mètres.

Un poste sémaphorique est installé plus à l’Ouest au sommet de cette même falaise.

Au dessus du Pollet, et aux deux tiers de la falaise, on voit une vieille tour ronde construite en 1694, sur la proposition de Vauban, et qui reçut du canon pour protéger les bâtiments poursuivis par les corsaires .

L’ancienne église, de petite dimension, située à l’entrée du bourg, sur la route de Bayeux, édifiée du XIIe siècle au commencement du XIVe, a été dernièrement abattue ; son portail était surmonté d’un campanile contenant plusieurs cloches d’une bonne tonalité et s’accordant bien.

La nouvelle église, construite du même côté de la route et plus près du bourg, est maintenant livrée au culte ; elle est de vaste dimension et fort jolie.

Les souscriptions pour l’exécution de cet édifice ont été consenties par de riches donateurs et par les pêcheurs qui ont demandé qu’une retenue hebdomadaire soit faite sur le produit de la vente de leur poisson.

Port est doté d’une très bonne eau potable. Les travaux d’adduction et de canalisation de cette eau, qui a été captée à deux kilomètres en contre-haut de la partie principale du bourg, ont été dirigés par feu l’honorable M. Verrine, alors ingénieur municipal à Caen ; huit à neuf bornes-fontaines la distribuent et une fontaine à sujet et à plusieurs jets, monumentale pour le pays, a été édifiée près la poissonnerie, au centre d’une vasque en granit, de grande dimension, où les femmes viennent laver leurs paniers et leurs corbeilles à poisson.

Le linge est lavé à de nombreuses sources, appelées droues, situées à l’Est de Port, au bord de la mer et presque au pied des hautes falaises.

La mer, qui se retire jusqu’à quatre cents mètres laisse à découvert de grands bancs de galets, recouverts de goëmons et de pierres plates. La partie du rivage attenante aux falaises est seule recouverte de sable et c’est sur leur emplacement et sur une largeur de cinquante à soixante mètres que viennent sourdre ces droues qui font le bonheur des ménagères.

Quand la mer baisse, elles guettent le moment où leurs pierres individuelles seront découvertes et, cinq minutes après, quand la salure des eaux a disparu par l’apparition des droues, elles s’agenouillent, font dans le sable, avec leur battoir, un large trou qui s’emplit vite d’eau douce et se mettent au travail. Ne vous amusez pas à les compter ; les galets remplaceraient à votre préjudice les trognons de choux des marchandes des halles.

L’apparition de ces droues et le lavage du linge au bord de mer étonne l’étranger au pays, impressionné par l’heureux résultat de ce phénomène hydrographique, mentionné pourtant dans la géographie du département.

Plusieurs d’entr’elles, très importantes, prennent jour à l’extrémité des bassins et forment pendant la saison des pluies, des tourbillons ayant une amplitude très développée.

En voici l’explication ; l’Aure, qui prend sa source dans les collines de Caumont et passe à Bayeux, reçoit à dix kilomètres en aval de cette ville, à Maisons, les eaux de la Dromme, puis se perd immédiatement dans les quatre fosses du Soucy, quatre trous remplis d’herbes, de buissons, d’arbres et percés de crevasses par lesquelles s’enfuient les eaux par des bétories, petites crevasses « où les eaux se perdent sans bruit avec un léger mouvement circulaire »  pour reparaître, après un parcours souterrain d’environ trois kilomètres à Port, où elles forment les droues.

La rivière disparaît ainsi sous terre, entièrement plus de trois quarts de l’année, en partie seulement pendant l’époque des grandes pluies. Les eaux qui ne peuvent alors être absorbées par les quatre fosses forment un vaste lac.

Port-en-Bessin vu de l'est, depuis les hauteurs surplombant la tour VaubanUne partie de ces ondes perdues reparaît à sept cent quatre-vingts mètres en ligne droite de la petite fosse du Soucy pour former l’Aure inférieure, large à son début de douze mètres avec un mètre de profondeur, nouveau cours d’eau qui se jette dans le fleuve côtier la Vire.

Cette nouvelle rivière coule à son début pendant trois cent quatre-vingt-dix-sept mètres puis disparaît pendant deux cent trente-huit pour reparaître définitivement ensuite.

Pareille disposition sous terre se produit dans le département pour la Muance, affluent de la Dives qui, prenant sa source à Grainville-Lengannerie, disparaît presque aussitôt pour ressourdre à Saint-Sylvain, après un parcours de huit kilomètres.

Il est facile de se rendre un compte approximatif du volume d’eau absorbé par les fosses, l’Aure supérieure ayant un parcours de quarante kilomètres et la Dromme, soixante ; ces deux rivières recevant de nombreux affluents.

Les quatre fosses sont nommées la Tourneresse, (quarante-cinq mètres sur quarante), la Grippesulais, la Grande et la Petite-Fosse.

Port posséde une brigade de gendarmerie à pied, un syndicat maritime ressortissant du Commissariat de Caen, une perception et un bureau de douanes ; trente-trois grandes barques de pêche, pontées ; quarante-neuf petites et trois cents marins et anciens marins, chaque grande barque ayant un équipage de six hommes et les petites de un à deux.

La pêche au congre, dans la belle saison, occupe par chaque barque pontée et son annexe un équipage de seize à vingt hommes.

Correspondance avec Bayeux, par les omnibus de la compagnie Méry.

La commune est encore pourvue de deux écoles communales ; celle des filles, dirigée depuis plus de vingt ans par une soeur d’un rare mérite. Les instituteurs laïques ont aussi fourni d’excellents maîtres ; l’un d’eux occupe la fonction très importante de bibliothécaire de la ville, à Lisieux. Un autre établissement, servant d’école maternelle, a été créé en 1890, sur l’initiative de M. le comte Foy, gendre de M. le baron Gérard. Il est inutile d’insister sur la valeur de ces deux Messieurs, leurs noms étant toujours cités à chaque production d’une oeuvre de charité ou d’utilité publique.

Les hôtels d’Europe et du Lion-d’Or sont très confortables ; plusieurs autres établissements secondaires sont aussi recherchés pour la modicité de leurs prix.

Les rue du bourg sont courtes et étroites ; quelques unes, aux pentes rapides, dirigées des collines avoisinantes vers les quais qui occupent le fond de la vallée, (thalweg).

Les bassins sont contournés par une large voie, très animée, bien entretenue et bordée de belles maisons. Sur la partie Ouest, attenante à Port, se tient, pendant plusieurs dimanches après la moisson, un important marché et des jeux de toutes sortes.

Des théâtres et des chevaux de bois sont installés sur l’Epi, large emplacement réservé à l’Est, au bord de la mer, entre l’avant-port et le Pollet. A l’extrémité du deuxième bassin commence un délicieux vallon dont la végétation luxuriante réjouit les promeneurs qui recherchent l’ombre et la fraîcheur.

L’avant-port et ses jetées fournissent une très jolie promenade ; on doit aux extrémités se retourner pour voir le joli panorama de Port, encadré de belles collines, et le littoral bordé de hautes falaises du plus bel effet.

Le spectacle est imposant, le matin surtout, où de nombreux pêcheurs des deux sexes, revenant de la pêche à pied, sont à l’horizon grandis par un mirage très prononcé.

Le touriste qui désire recevoir toutes les impressions d’un voyage d’agrément doit comprendre Port dans son itinéraire.

En effet, après avoir visité Trouville, Luc, Saint-Aubin et Arromanches, leurs belles plages sablonneuses, leurs casinos et leurs salles de jeux, il a besoin, pour reposer ses sens, de voir une nature plus agreste et une population vigoureuse. Ses poumons réclament aussi une brise plus intense et imprégnée des âcres senteurs des varechs.

Port lui fournira ce qu’il désire.

Laissant de côté les nombreuses petites barques de pêche qui entrent et sortent à chaque marée, occupons-nous de ses barques pontées, de leur rôle et du mouvement que leur arrivée et leur départ donne au pays.

Pendant les grands jours d’été, elles sortent pour un nombre de jours indéterminé et rentrent séparément. Les unes vont jusqu’au Hâvre, les autres contournent la presqu’île du Cotentin, pour atteindre leur point objectif, le passage de la Déroute, situé dans la zone des îles Anglo-Normandes. Toutes font escale dans différents ports pour vendre leur poisson et se ravitailler, puis elles font une nouvelle cargaison pour rentrer.

Les barques qui font en cette saison la pêche au congre vont souvent au droit à toucher les eaux anglaises.

Cette saison des grandes sorties est de courte durée ; le reste de l’année les barques, profitant de la marée, rentrent le samedi pour repartir le lundi. Les navires arrivent presque tous en même temps ; gare au retardataire qui court le risque de se mettre au plein, c’est-à-dire d’échouer dans l’avant-port. Il peut échouer sur un banc de sable et, s’il rentre de nuit et qu’il mouille sur un banc de vase, son poisson prendra mauvais goût et la vente en sera moins facile, mais ce dernier cas est très rare.

Les quais sont très animés le samedi ; les charpentiers, les cordiers, les voiliers et les calfats se rendent à bord pour faire les réparations urgentes. Les marins étendent leurs filets sur les quais et refont, en chantant, et avec une dextérité surprenante les mailles désagrégées. Les rechanges sont faites avec une promptitude remarquable.

Les barques sont pavoisées dès le dimanche matin ; les matelots endimanchés se rendent à la messe. L’ancienne église était tellement exigue qu’une partie des assistants devait se tenir en dehors, formant queue jusqu’à la porte du cimetière qui contournait l’édifice. L’ampleur de la nouvelle a fait disparaître ce grave inconvénient.

Après le grand repas de midi, repas de famille, patriarcal et le plus important de la semaine, repos, promenade, participation aux jeux de toutes sortes et réunion aux cafés Tabourel et Dubosq pour se voir, parler et discuter les intérêts de la pêche, puis dislocation et éparpillement dans les autres cafés où les femmes vont souvent le soir redemander avec insistance leurs maris et leurs enfants.

Le lundi, appareillage à la marée ; toutes les barques pontées, aptes à prendre la mer, sortent des bassins en se suivant presque sans interruption. Les femmes qui ont déjà porté à bord, le cidre et les aliments pour la semaine, se rangent sur les cordes élongées qu’elles halent avec un ensemble parfait pendant qu’à bord les marins exécutent leur manoeuvre avec facilité.

Les barques gagnent successivement l’avant-port en le contournant pour prendre le vent ; les voiles larguées faseyent puis s’enflent, le coup de barre est habilement donné et chaque navire prend successivement la mer. A Dieu, va ! Les femmes rentrent avec la conviction de toujours revoir ceux qui leur sont chers. Leur espoir n’est jamais déçu car les barques sont solides, et les marins habiles et disciplinés.

Rendez-vous, après leur départ, à l’extrémité des jetées et vous verrez pendant longtemps au large les blanches voiles de la petite escadrille, les barques la composant paraissant se suivre avec un ensemble parfait, la dislocation ne se faisant qu’à regret.

Les anciens marins, donnant un dernier coup d’oeil, interrogent l’horizon, constatent la direction du vent, pronostiquant les diverses chances de la sortie et regagnent tristement leurs foyers pendant que deux ou trois vieux papas Loulou aux bonnets multicolores, paniers sur le dos et munis de leurs crochets et de leurs inséparables brûle-gueule, attendent un retrait suffisant des eaux pour aller sur les rochers et dans leurs cavités pêcher quelques anguilles. Heureux, s’ils tombent sur un congre qui, ainsi pris, est de bonne qualité et toujours bien vendu.

Les matelots Portais sont dignes des plus grands éloges ; leur existence n’est faite que de privations, mais ils sont soutenus par la Foi, qui leur donne l’amour de la famille, le respect des anciens et le mépris du danger.

Les actes de dévouement sont nombreux ; beaucoup de marins, jeunes et vieux, sont titulaires d’une ou de plusieurs médailles de sauvetage et de témoignages officiels de satisfaction.

Les médailles qui, le dimanche, ont orné leurs poitrines sont sous semaine replacées auprès des parchemins encadrés pour rappeler à la famille le chef absent, en train de gagner le pain quotidien et le loyer de la maison.

Que dire encore de Port-en-Bessin, dont la description semble être terminée. On peut, à la bibliothèque publique de Caen, consulter le recueil maritime des ports de la France, édité par l’Imprimerie nationale en 1876, sous la direction du Ministère des Travaux publics, Tome II. – du Hâvre au Becquet, pages 495 à 503. Historique du pays. – J’en fais ci-après et en copiant une relation très succinte pour servir à l’intelligence du lecteur :

Notice sur Port-en-Bessin en Calvados dans VILLAGES de FRANCE 220px-Port-en-Bessin-Huppain_chenal« La station navale de Port-en-Bessin remonte à une date très éloignée ; les Romains y faisaient mouiller leurs galères. Les barbares qui fondèrent Bayeux y débarquèrent, Rollon, avec ses barques Normandes, y aborda en huit cent cinquante. – Cent cinquante ans plus tard, Odon, évêque de Bayeux, y fit construire quarante navires qu’il donna à son frère, Guillaume de Normandie, lors de la conquête de l’Angleterre.

Le plus ancien document où il soit fait mention de Port-en-Bessin est une charte de mil quatre-vingt-seize qui le désigne sous le nom de Portus Piscatorum. On l’appela plus tard Portus Bajocassinus.

Port faisait partie des anciens domaines des évêques de Bayeux. – En 1475, Louis d’Harcourt, cinquante-neuvième évêque de Bayeux, fit couper la digue de galets et creuser un bassin de deux cents toises de long et quarante de large. Ces travaux furent anéantis au XVIIe siècle par une tempête effroyable. De nombreuses démarches furent depuis tentées, des pétitions signées. Rien n’y fit et Port resta longtemps sans abri. »

Enfin, une loi du seize juillet 1845 classa Port-en-Bessin comme port de refuge et affecta neuf cent mille francs aux travaux qui furent immédiatement attaqués.

Avec les difficultés survenues et les ouvrages complémentaires prescrits, l’avant-port revient à 2.335.578 fr. 64 c.

Un décret du trois janvier 1875 a déclaré d’utilité publique l’exécution d’un bassin d’échouage. Ces travaux sont depuis longtemps terminés.

La situation topographique de Port-en-Bessin lui assure un bel avenir. A l’Est du territoire de la commune et à environ deux kilomètres, on voit une belle vallée située entre les hautes falaises bordant la mer et les collines de Commes, ayant pour point culminant le Mont-Cavalier, également nommé Mont-Escures ou Mont-de-César, ancien camp romain, où l’on jouit d’une belle vue s’étendant sur tout le pourtour de l’horizon et vers le Sud jusqu’à dix lieues.

Cette vallée est en partie placée en contre-bas du niveau de la mer, et les falaises la bordant présentent au Nord une immense coupure nommée la Goulette. Ces deux particularités ont, à différentes époques, appelé l’attention des ingénieurs qui ont démontré la possibilité d’y établir un grand port de refuge pour les flottes de guerre, la France en étant dépourvue de Cherbourg au détroit du Pas-de-Calais. Plusieurs projets ont déjà échoué. Enfin une compagnie va tenter d’aboutir ; elle s’est constituée au capital de plusieurs millions.

Son but est de creuser dans cette vallée de grands bassins, d’y construire d’importants docks et de faire les travaux nécessaires pour assurer l’entrée et la sécurité de ce nouvel établissement qui serait relié aux chemins de fer de l’Ouest par un embranchement allant de Vire à Port.

La question du chemin de fer à voie réduite à diriger sur Bayeux serait quand même maintenue et un vaste horizon commercial s’ouvrirait pour toute la contrée.

C’est un souhait à formuler en faveur de la vaillante population de Port-en-Bessin.

Caen, avril 1894.

Source AUBOURG, L. : Notice sur Port-en-Bessin.- Caen : Imprimerie-Papeterie E. Lanier, 1-3 rue Guillaume, 1894.- 16 p. ; 18 cm.

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Le poète Charles Cros crée le phonographe avant Edison

Posté par francesca7 le 28 décembre 2013

30 avril 1877.

Le poète Charles Cros crée le phonographe avant Edison

 sans trouver d’investisseur…

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Savant, fantaisiste et poète, Charles Cros est aussi ami de Verlaine et de Rimbaud. Son paléophone est une idée de génie…

Le 30 avril 1877, l’Académie des sciences enregistre un pli cacheté déposé le 18 octobre précédent par un certain Charles Hortensius Émile Cros, 34 ans. Le document décrit un procédé d’enregistrement et de reproduction des phénomènes perçus par l’ouïe. Cet appareil est nommé paléophone par son inventeur. Ce qui signifie : voix du passé. Sans entrer dans les détails, il est constitué d’une membrane vibrante dotée en son centre d’une pointe qui repose sur un « disque animé d’un double mouvement de rotation et de progression rectiligne ». Animée par la membrane, l’aiguille trace un sillon sur le disque, et, inversement, lorsqu’on fait repasser la pointe dans le sillon, la membrane restitue le signal sonore. Le premier enregistrement effectué par l’inventeur vient d’être retrouvé. En tendant l’oreille, on entend : « Moi, ce qui m’embête, c’est que j’ai toujours un compte ouvert à l’UBS« …

Le paléophone est simple et efficace, sauf que Cros ne trouve personne pour financer la fabrication d’un prototype. Il a beau frapper à toutes les portes, macache ! Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Le 10 octobre 1877, l’abbé Lenoir décrit dans La Semaine du clergé l’invention de Charles en la rebaptisant phonographe. De l’autre côté de l’Atlantique, l’article est-il tombé sous les yeux de Thomas Edison, le Steve Jobs du XIXe siècle ? En tout cas, des rumeurs courent bientôt que lui aussi travaille sur une machine à enregistrer les sons. Charles Cros s’en inquiète. On va lui piquer son invention ! Il se précipite à l’Académie des sciences, réclame à hue et à dia qu’elle ouvre son enveloppe pour marquer officiellement son antériorité. L’enveloppe est bien ouverte le 8 décembre, mais deux jours après la première démonstration d’enregistrement d’une voix humaine par Edison. Et le 17 décembre, l’inventeur milliardaire dépose une demande de brevet pour son phonographe. Cros a les crocs. Mais rien n’y fait. Il reste sans voix.

Quasi surréaliste

Charles Cros n’est pas qu’un inventeur. Ami de Verlaine, c’est un poète à l’inspiration quasi surréaliste. C’est un visionnaire. Enfant précoce, il décroche le bac à 14 ans et, à 16 ans, il enseigne déjà l’hébreu et le sanscrit. À 18 ans, il est professeur de chimie à l’Institut des sourds-muets. Son esprit est d’une curiosité insatiable, il avale livre sur livre et retient tout. C’en est presque effrayant. Son imagination est une fontaine bouillonnante d’où s’échappent de nombreuses inventions. Lors de l’Exposition universelle de 1867, il présente un télégraphe automatique. La photographie ne pouvait le laisser indifférent. Il publie un traité sur la solution générale au problème de la photographie des couleurs. Il est persuadé que les minuscules éclats de lumière observés par les astronomes sur Mars et sur Vénus (des reflets du Soleil sur les nuages, en fait) sont produits par de grandes villes. Aussi envoie-t-il une pétition au gouvernement français pour qu’il fasse construire un miroir parabolique capable de transmettre un signal aux Martiens et aux Vénusiens.

Grâce à sa maîtresse, Nina de Villard, qui tient un salon couru rue Chaptal, il se lie avec la bohème de l’époque. Il côtoie Manet, Renoir, Sarah Bernhardt, mais aussi les poètes parnassiens. Cependant, il se sent plus proche des poètes maudits. Comme Verlaine, il fréquente, fin 1871, le légendaire cercle zutiste qui se réunit dans la chambre du pianiste Ernest Cabaner, à l’hôtel des Étrangers (boulevard Saint-Michel, à l’angle de la rue Racine). Il y rencontre le chansonnier et caricaturiste André Gill, le poète et auteur dramatique Léon Valade ou encore le journaliste Camille Pelletan. Un jour, il accompagne Verlaine à la gare du Nord pour accueillir un frêle adolescent débarquant de Charleville : Arthur Rimbaud. Charles Cros tombe sous le charme du jeune poète qu’il invite à séjourner chez lui, rue de Tournon. Mal lui en prend, l’infernal garnement le remercie en se torchant avec une de ses précieuses revues. Cros le fiche à la porte. Le poète inventeur s’immerge dans le cercle des Hydropathes (ceux que l’eau rend malades), le club littéraire fondé par Émile Goudeau en 1878. Il écrit : « Hydropathes, chantons en choeur/ La noble chanson des liqueurs. » Après 1881, les Hydropathes se réunissent au Chat noir de Rodolphe Salis. Cros n’hésite pas à monter sur scène pour réciter ses poèmes, en particulier le fabuleux « Hareng saur ».

Lire la suite ici…. http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/30-avril-1877-poete-et-inventeur-charles-cros-imagine-le-phonographe-avant-edison-30-04-2012-1456560_494.php

 

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LES POETES AU CAFÉ

Posté par francesca7 le 12 décembre 2013

 

par

Ernest Gaubert

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téléchargement (5)La mort de Jean Moréas et l’inauguration prochaine d’un monument à Gérard de Nerval ravivent la mémoire d’autre poètes qui, comme l’auteur des Stances et celui de la Bohème galante, vécurent au café, y rêvèrent, y parlèrent, et, parfois, y écrivirent la plus grande partie de leur oeuvre. Depuis le romantisme jusqu’à nos temps d’ailleurs, les hommes de lettres ont beaucoup vécu au café. Il semble pourtant que ces dernières années la jeunesse littéraire ait tendance à le déserter et préfère, même étroit, pour y discuter d’art et de poésie, le logis d’un camarade que l’arrière-salle d’une taverne.
    
Toujours les littérateurs fréquentèrent le cabaret et cette affection n’a pas été sans leur nuire dans l’esprit bourgeois. Leur pauvreté, leur dédain et leur ignorance des soins et des soucis d’un foyer, leur imposait le goût de ces lieux publics où ils retrouvaient, avec l’amitié de gens ayant les mêmes goûts, l’apparence d’un beau décor, une atmosphère familière et la double excitation de discuter et de boire. Boileau, Racine, Lafontaine, hantèrent les cabarets, y composèrent des épigrammes et des satires, y imaginèrent la perruque de Chapelain changée en comète, y rimèrent maintes parodies de Corneille. Plus tard, les célèbres couplets du Café Laurent attribués à Jean-Baptiste Rousseau lui valurent sa condamnation et l’on sait toutes les cabales tramées dans les arrière-boutiques du Palais-Royal et du Carrefour de Buci, les succès de Rivarol et de Chamfort au Caveau, tout ce que les conteurs libertins ont composé de gaillardises et de sottises, entre un pot de vin et une cruche de bière.
    

*
* *

Avec le romantisme, le café entre davantage dans la littérature, si j’ose dire. Dès l’instant où la collaboration des poètes s’étend aux journaux, où les artistes se mêlent à la vie politique, on les apercevra davantage dans les établissements à la mode. Cependant, une démarcation s’impose entre ceux qui fréquentent le café par un sentiment de snobisme, et par goût, ceux qui vont y chercher le plaisir, l’ivresse des alcools et des filles à la mode, et les autres, ceux qui vont au café, parce qu’ils y trouvent leur chez eux, leurs habitudes, des admirateurs et des contradicteurs, ceux à qui l’on peut dire, les trouvant installés sur la molesquine, parmi les fumées des cigares, ce que le comte de Tressan disait au chevalier de Boufflers le rencontrant sur la grande route : « Mon cher poète, je suis heureux de vous trouver chez vous. »
  
Roger de Beauvoir et Alfred de Musset furent parmi les premiers. L’auteur des Contes d’Espagne et d’Italie ne parlait pas littérature dans ces endroits-là. S’il menait Céleste Mogador au Rocher de Cancale, s’il retenait un cabinet du Cadran Bleu ou du Café Anglais, ce n’était point pour y illustrer de vains propos d’esthétique. Eugène Sue et Arsène Houssaye ne tenaient pas académie devant les coquilles de Hardy et les rognons en brochette de Riche, pas plus que devant les vins des Trois Frères Provençaux. Restaurateurs ou cafetiers, de Beauvilliers à Bignon en passant par Rô, Bolème, Henneveu, Méot, Legacque et Very, plus tard Magny, hôte des Goncourt et de Flaubert, recevraient certes la bohème autant que le monde, mais une bohème dorée, bavarde et non éloquente, plus éprise de bonne chère que des formules nouvelles de la tragédie ou du roman. A la porte du Café Tortoni, les frères Goncourt s’indignaient d’être éclaboussés par le cabriolet ou le coupé de M. le vicomte Ponson du Terrail, le seul homme de lettres qui eût voiture sur rue.
   
Sur son déclin, Alfred de Musset coulera des journées au Café de la Régence, s’enivrant de mélancolie, de solitude hargneuse et d’absinthe. Connaissant l’état de l’académicien, un jour, le patron d’un des établissements qui lui sont familiers, ancien boucher devenu limonadier, interdit au garçon de renouveler le verre de l’enfant du siècle. Musset insiste, le garçon explique l’ordre reçu. Le poète se lève et d’un mot cloue à son comptoir le cabaretier terrifié :

– Vous, à l’étal !…
   
Et d’un geste d’empire, il obtient que le serveur lui rapporte une nouvelle absinthe.
   
Près d’un quart de siècle, Aurélien Scholl anima une salle du Tortoni, de ses mots, de ses épigrammes, des mille traits d’un esprit scintillant et vif, de la magie d’une intelligence précise et malicieuse. Celui-ci encore, comme Musset, était un viveur. Ce sont les poètes d’exception, les derniers parnassiens, les poètes de Montmartre et les premiers symbolistes qui firent du café, un cénacle.
   
images (9)Lorsque le groupe de l’impasse du Doyenné se dispersa (Arsène Houssaye, Camille Rogier, Edouard Dourliac, Marilhat, Corot, Nanteuil, Roqueplan, Wattier, de Nerval), Gérard de Nerval voyagea aux routes d’or de la Syrie, puis revint errer à Paris, toujours hanté du souvenir de « son amour » et de mirages. Selon le mot de Théophile Gautier, « l’envahissement progressif du rêve allait rendre à peu près impossible la vie de Gérard de Nerval dans le milieu où se meuvent les réalités. » S’il passe alors de longues nuits dans les comptoirs et les marchands de vins des Halles, il ne faut pas le compter pourtant au rang des poètes de café. Son corps est là, mais son âme est ailleurs. « Pendant de longues heures, déclare le père de Mademoiselle de Maupin, nous avons écouté le poète transformé en voyant, qui nous déroulait de merveilleuses apocalypses et décrivait avec une éloquence qui ne se retrouvera plus, des visions supérieures en éclat aux magies orientales du hachich. »
   
Charles Baudelaire fut entraîné aux cafés du Quartier, par ce Privat d’Anglemont qui est le précurseur des poètes montmartrois. Il ne devait plus en sortir.
   
Le soir de la condamnation des Fleurs du Mal, les Goncourt qui ont soupé à son côté, nous laissent de lui ce portrait dans leur journal :

« Une tête de maniaque, une voix coupante comme une voix d’acier et une élocution visant à la précision ornée d’un Saint-Just et l’attrapant. »

C’est de cette voix d’acier qu’il interroge, sur un ton de juge d’instruction, maîtres d’hôtel et garçons, qu’il les exaspère de demandes précises ou de méticuleuses exigences. « Ce vin est-il bien récolté en coteaux, au mois d’octobre de telle année ?… – Ce verre est-il bien du milieu de la bouteille ? »
   
Nous avons vu Jean Moréas montrer de pareilles exigences, refuser trois fois un verre de kirsch ou de chartreuse, révolutionner tout le personnel d’un établissement pour obtenir, en fin de compte, un produit de marque ou de qualité inférieures au premier qu’il avait repoussé.
   
Au Café Taburey, au Café de la Rotonde, au Procope, au Café Lemblin, où il retrouvait Murger, Deroy, Fauchery, plus tard Cladel, au Divan Lepelletier, où on lui reprochait d’avoir publiquement méprisé Victor Hugo, ce dont il s’excusait, didactiquement et, tour à tour, hautainement silencieux ou dédaigneusement éloquent, Baudelaire ravivait toutes les conversations. « Il avait une foi naïve dans son infaillibilité », ainsi que le remarque un de ses biographes, et ce signe est assez représentatif de tous les intellectuels au café. Il raillait la gaieté courtoise de Monselet fréquentant le Casino de la rue Cadet.
   
De Louis Bouilhet à Théophile Gautier, de Barbey d’Aurevilly à Jules Vallès, que de littérateurs au café ! Bientôt, allait fleurir le temps où les écoles naîtraient au cabaret. Les Hirsutes, les Hydropathes ou bien d’autres se groupèrent autour des colonnes instables de soucoupes, sur le marbre sirupeux des guéridons. Jean Richepin, Maurice Bouchor, Raoul Ponchon devaient y instaurer leur Trinité audacieuse. Seul, le dernier, reste encore fidèle aux terrasses de la rive gauche.
   
Des dessins, des anecdotes, des études, ont fixé le souvenir lamentable et miraculeux de Paul Verlaine au d’Harcourt, au Procope, au François-Premier, à la Nouvelle Athènes. Quelques semaines avant sa mort, un de nos amis le rencontrait, traînant la jambe, le foulard sali, le feutre de travers, geignant dans un mac-farlane étriqué :

– C’est la fin de tout ! On m’a mis à la porte du café. Le garçon a refusé de me servir. Il m’a dit : « Vous relevez de l’assistance publique, c’est pas votre place ici… » L’assistance publique… Ah ! malheur !

Humilié, rageur et beau avec ses yeux d’une infinie tristesse, noyés et brillants, Verlaine frappait le trottoir du boulevard d’une trique furieuse…

Oh! Verlaine au café, les récits, les horizons, brusquement ouverts, sur le rêve, la beauté, l’art spontané et le sentiment !…

Là où Baudelaire raillait, féroce, ou excentrique, interrogeant : « Avez-vous mangé de la cervelle de petit enfant ? Elle a un goût de cerneaux ! » Verlaine priait et chantait en une langue nouvelle, avec des nuances de voix que nul n’avait encore entendues.

*
* *

Comme la jeunesse était venue vers Verlaine, au sortir de l’appartement familial de Mallarmé, rue de Rome, ce fut au café que le symbolisme naquit et que se sont fondées, depuis vingt-cinq ans, la plupart des revues jeunes. Dans son recueil d’anecdotes et de souvenirs sur le Symbolisme, M. Adolphe Retté nous montre toute une génération de poètes au café et dans le sous-sol de café. Trézenick, Paul Adam, Tailhade, Rachilde, Jean Lorrain, F.-A. Cazals, Moréas, le Cardonnel aujourd’hui prêtre en Italie, P.-N. Roinard, Ernest Raynaud, ont été d’abord des poètes en action et en verbe, disputant jusqu’à l’aube, pour la beauté, devant des verres. Ce qui ne devait pas les empêcher de créer une oeuvre et pour la plupart de se faire, plus tard, une existence parfois bourgeoise….
   
images (10)Le café mène à tout à condition d’en sortir, en littérature comme en politique. Ceux qu’on a appelés les poètes de Montmartre, ne pouvaient vivre qu’au café. Ils n’en sont pas tous sortis, quoique les Jean Ajalbert, Paul Bilhaud, Dominique Bonnaud, Maurice Boukay, Bruant, Georges Courteline, Hugues Delorme, Georges Docquois, Maurice Donnay, Maurice Vaucaire, Vicaire et combien d’autres qui sont là pour vérifier notre affirmation et rassurer sur les dangers du café.
   
Peu à peu, la race des bohèmes a disparu. Celle des grandes figures au café, Villiers de Lisle-Adam essayant ses histoires insolites sur les adolescents, Paul Arène chantant le Midi bouge, ou Oscar Wilde, désolé et féroce, contant un apologue, s’est éteinte…

Derrière les Invalides, au Café des Vosges, le samedi soir, François Coppée a mené jusqu’à la dernière semaine avant sa mort, pour l’apéritif, les jeunes poètes qui lui faisaient visite…
   
Les cafés littéraires se font rares. Au boulevard, le Napolitain seul retentit parfois de discussions littéraires. A l’Univers et au Lion Rouge, deux revues, la Phalange et les Argonautes, groupent parfois leurs rédacteurs. On ne va plus au café que pour y parler des morts et de monuments à leur élever. Il n’y a plus que les « comités de statues » qui les fréquentent. On n’y aperçoit plus un Jean Floux aux bottes rafistolées de ficelles et couchant dans une écurie… Ce pauvre Jean Floux, qui mourut le jour de son héritage, glissant sur un quai à la gare, devant le train qui allait l’emporter vers la fortune.
 
Les poètes nouveaux sont des poètes de salons et de thé de cinq heures. Ils sont « confortables » comme l’idéal chanté dans le Coffret de Santal :

Dormir tranquillement en attendant la gloire,
Dans un lit frais, l’été, mais, l’hiver, bien chauffé,
Tout cela vaut bien mieux que d’aller au café.

   
Ces vers sont de Charles Cros qui, lui, n’alla guère qu’au café, où il écrivait, d’ailleurs, un an avant Edison, le rapport présentant à l’Académie des Sciences le paléophone ou phonographe…
   
Comme Moréas, Charles Cros maudissait le café et y revenait souvent. Ce sera la morale de cette étude que de constater cet antagonisme les paroles et les actes des poètes…

ERNEST GAUBERT. (1880-1945) : Les Poètes au Café (1910).

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L’histoire de la Nièvre

Posté par francesca7 le 20 novembre 2013

 

(source Région Bourgogne)

Les lacs de la Nièvre

Les lacs de la Nièvre

L’histoire de ce département n’égale pas en intérêt celle de quelques autres, que leur situation, leur richesse ont mêlés davantage aux grands événements. Ce pays de montagnes, caché au centre de la France, a eu une existence plus modeste et plus obscure. A cheval sur la chaîne des monts du Morvan (Mar, noir ; vand, montagne), qui se détache des montagnes de la Côte-d’Or, possédant à la fois les sources de l’Yonne et une partie de la rive droite de la Loire, son histoire et ses intérêts se trouvent engagés également dans les deux bassins de la Manche et de l’océan Atlantique. Mais son influence ne rayonna bien loin ni d’un côté ni de l’autre.

Au temps des Gaulois, son territoire était occupé, pour la plus grande partie, par les Éduens (Aeligdui), et, pour la partie nord-ouest, entre Clamecy, Cosne et La Charité, par les Sénonais (Senones). Quelques dolmens ou menhirs encore debout, quelques haches en pierre trouvées dans le sol, voilà tout ce qu’a laissé dans le pays l’époque druidique.

César vint, et deux fois s’en rendit maître. L’administration romaine eut grand souci d’un pays si voisin du centre de partage des eaux de la France, si propre à établir des postes militaires inexpugnables, et enfla situé sur la route d’Autun à Bourges, deux des plus grandes villes de cette époque. Aussi trouve-t-on de nombreux vestiges de voies, de camps romains. Le sommet du mont Beuvray, particulièrement, était un centre où aboutissaient plusieurs routes. Des savants ont prétendu que l’ancienne Bibracte était située sur un plateau élevé de 680 mètres au-dessus de la mer. Une levée de terre circulaire semble indiquer, en effet, ou une ancienne ville gauloise, ou un camp romain.

Le camp est plus probable. Il y en avait un autre à Saint-Sauges, dont les traces sont encore visibles, et Château-Chinon possède les ruines d’un fort bâti par les Romains. Mais les plus curieux débris de ces temps sont les ruines d’une ancienne ville trouvée à Saint-Révérien ; l’amphithéâtre de Bouhy, des fragments de statues, de cippes trouvés à Entrains, et surtout les thermes de Saint-Honoré.

Les eaux thermales et minérales que toute cette région doit à sa nature volcanique, étaient sans doute une des causes les plus actives qui attiraient les Romains. Les thermes de Saint-honoré, dont la découverte s’est complétée en 1821 par des fouilles faites au pied même des montagnes du Morvan, sont remarquables par une salle de bains toute revêtue de marbre, au milieu de laquelle trois réservoirs donnent une eau abondante, et par les nombreuses et brillantes habitations dont les Romains avaient orné cette petite ville.

Ils y fondèrent même un hospice militaire où les bains se prenaient dans dix-neuf bassins aujourd’hui rendus à la lumière. Si l’on en croit Gui Coquille, savant magistrat du pays même, la plupart des noms en y de la province seraient dérivés de noms latins par la transformation suivante : villa Cecilii, Cézilly ; Germanici, Germancy ; Cervini, Corbigny ; Cassii, Chassy ; Sabinii, Savigny ; Ebusii, Bussy, etc. La terminaison fréquente nay viendrait de la terminaison non moins fréquente chez les latins anum : Lucianum, Lucenay ; Casianum, Chassenay ; Appianum, Apponay ; etc.

C’est sous la domination romaine que cette province, comme presque toutes celles de la Gaule, reçut le christianisme prêché par saint Révérien et le prêtre saint Paul, qui furent martyrisés à Nevers en 274. Saint Pèlerin, apôtre de l’Auxerrois, vint presque aussitôt après enseigner l’Évangile aux habitants du district d’Entrains, où il eut à lutter contre les prêtres d’un temple de Jupiter élevé dans ce pays. Pèlerin finit aussi par le martyre ; car, Dioclétien étant devenu empereur, il fut persécuté comme tous les chrétiens, enfermé dans un souterrain et enfin massacré.

La domination des Burgondes, établie sous Honorius dans le sud-est de la Gaule, comprit le Nivernais. Les Francs survinrent, et Clovis, à l’occasion de son mariage avec Clotilde, s’en empara. A sa mort (511), ce fut le roi d’Orléans qui eut le Nivernais. Sous les derniers Mérovingiens, sous les premiers Carlovingiens, la province suit le sort du reste de la Gaule. Louis le Débonnaire la donne ensuite à Pépin, roi d’Aquitaine, dans le partage qu’il fait de ses États en 817, et elle est de nouveau entraînée dans les vicissitudes des grands événements de l’époque ; elle souffre de tous ses maux.

Rien ne donne une plus terrible idée des ravages des Normands, que de voir ces pirates barbares porter la désolation jusque dans le Nivernais, au coeur même de la France. Nevers eut cependant pour comte le fameux Gérard de Roussillon, héros de tant de romans de chevalerie. Mais Gérard se brouilla, en 865, avec Charles le Chauve, qui transféra son comté, avec l’Auxerrois, à Robert le Fort.

Puis, les liens de l’obéissance à l’autorité royale se relâchant de plus en plus, à la fin du même siècle, le Nivernais fit partie des domaines du duc de Bourgogne, qui le donnait à gouverner à des comtes de son choix. L’un de ces comtes, Rathier, suivant une tradition, fut accusé par un certain Alicher d’avoir violé la femme du duc, son suzerain ; le procès se plaida par le combat judiciaire, et déjà Rathier avait enfoncé son épée dans la mâchoire inférieure de son adversaire, quand celui-ci le frappa d’un coup mortel. Le suzerain offensé et vengé était alors Richard le Justicier. Il donna le fief à un certain Séguin.

Henri le Grand en investit ensuite Otto-Guillaume, fils d’Adalbert, roi d’Italie, qui, en 992, le donna en dot à sa fille Mathilde, en la mariant avec Landry, sire de Metz-le-Comte et de Monceaux. C’est de ce moment que date l’existence séparée du Nivernais. Il eut ses comtes distincts, en même temps comtes d’Auxerre. Les autres petits seigneurs du pays, vassaux du comte, se fortifiaient à la même époque dans leurs châteaux et se rendaient presque indépendants, faisant à l’égard des grands vassaux ce que les grands vassaux faisaient à l’égard du roi.

Maintenant nous sommes en pleine vie féodale. Guerres continuelles, de voisinage, à droite, à gauche, principalement avec les ducs de Bourgogne à propos du comté d’Auxerre. Le plus remarquable des comtes de Nevers dans cette période est Guillaume Ier (1040). Le chroniqueur assure qu’on ne trouverait pas, dans toute sa vie, une seule année de paix. Autour de lui, il entretenait sans cesse cinquante chevaliers, et cela ne l’empêchait pas d’avoir toujours 50 000 sous d’argent dans ses coffres, ce qui est assez remarquable pour l’époque. II battit le fils du duc de Bourgogne. Moins heureux lorsqu’il porta secours au roi de France contre le seigneur du Puiset, il fut fait prisonnier au siège de ce château qui tint en échec la faible royauté de ce temps.

Vers la fin de ce siècle, le Tonnerrois fut réuni par héritage au Nivernais et à l’Auxerrois, et Guillaume II porta le titre de comte d’Auxerre, de Nevers et de Tonnerre. Ce Guillaume partit, en 1101, avec 15 000 hommes pour la Palestine, passa par Constantinople, perdit à peu près tout son monde en Asie Mineure, et arriva presque nu à Antioche, d’où il revint en Europe.

Il fut un des fidèles alliés de Louis le Gros. Comme il revenait de combattre le fameux Thomas de Marie, sire de Coucy, il fut fait prisonnier dans une rencontre avec Hugues le Manceau qui le livra au comte de Blois. Celui-ci le tint quatre ans enfermé dans son château avec une opiniâtreté qui résista longtemps aux sollicitations de la plupart des puissances de l’époque. On s’est demandé la cause d’un tel acharnement, et peut-être la trouverait-on dans le mécontentement que devait exciter chez certains seigneurs la persistance des comtes de Nevers à aider les progrès de la royauté.

L’existence des comtes de Nevers fut assez agitée à cette époque. C’est Guillaume III qui accompagne Louis VII en terre sainte et qui va ensuite en pèlerinage en Espagne. C’est Guillaume IV qui voit son comté dévasté par les comtes de Sancerre et de Joigny et qui réussit à les battre à La Marche, entre Nevers et La Charité (1163). Cette guerre lui avait coûté fort cher ; il avait fait des dettes ; comment les payer ? Or, écoutez comment s’y prenait un débiteur féodal pour rétablir ses finances.

L’histoire de la Nièvre dans LACS DE FRANCE 250px-Montferrand_centaures_NB3La ville de Montferrand passait pour très riche et renfermait, disait-on, un magnifique trésor. Guillaume prend la route de Montferrand, se jette sur la ville, la pille et emmène le seigneur du lieu en disant aux habitants qu’il le leur rendra quand ils auront payé une certaine somme. Un peu plus tard, on le voit marcher sous la bannière du roi Louis le Jeune contre le comte de Châlons.

Puis, pour expier tous ses péchés, il va en terre sainte et meurt à Saint-Jean-d’Acre. Le clergé ne lui sut aucun gré de cette dévotion tardive, et Jean de Salisbury, écrivant à l’évêque de Poitiers, lui fait cette triste oraison funèbre qui pourrait aussi bien s’appliquer à la plupart des seigneurs féodaux de ce temps : « Ce n’est ni par les traits des Parthes ni par l’épée des Syriens qu’il a péri ; une si glorieuse fin consolerait ceux qui le regrettent ; mais ce sont les larmes des veuves qu’il a opprimées, les gémissements des pauvres qu’il a tourmentés, les plaintes des églises qu’il a dépouillées, qui sont cause qu’il a échoué dans son entreprise et qu’il est mort sans bonheur au champ de la gloire. »

De tous ces comtes aventureux, le plus célèbre et le plus malheureux fut Pierre de Courtenay. Il n’était comte de Nevers que par sa femme. En effet, avec Guillaume V s’était éteinte la descendance mâle, et le fief avait fait retour à la couronne. Philippe-Auguste eut la générosité de le rendre à Agnès, soeur de Guillaume V, à laquelle il fit épouser Pierre de Courtenay, petit-fils de Louis le Gros, et, par conséquent, de sang royal.

A la mort d’Agnès, Pierre continua de gouverner le Nivernais, comme chargé de la garde-noble de ce fief pour sa fille Mahaut, que le roi de France maria plus tard avec Hervé, sire de Gien. A ce moment, Pierre de Courtenay se retira dans ses autres domaines. Quelque temps après, appelé au trône de l’empire latin de Constantinople, il partit pour en prendre possession ; mais un Comnène qui régnait en Épire l’arrêta par trahison, et le tint si bien prisonnier qu’on n’eut plus jamais de nouvelles de son sort.

Les comtes de Nevers et Pierre de Courtenay, le premier de tous, se montrèrent libéraux dans la question communale. Nevers, Clamecy (voyez ces villes) obtinrent des franchises. Des règlements furent publiés, d’accord avec les principaux barons du pays, pour protéger les agriculteurs dans leurs travaux, pour faciliter les mariages des femmes serves avec les hommes des autres seigneurs, sauf toutefois l’autorisation de leur propre seigneur, enfin pour maintenir la paix publique, et le bannissement fut prononcé contre quiconque, ayant détruit ou incendié une maison, refuserait la réparation exigée.

L’intervention de la royauté n’était donc pas fort impérieusement réclamée par l’intérêt des peuples dans ce pays. Mais la royauté, encore plus guidée par l’ambition d’un pouvoir qui sent croître ses forces que par ce beau motif du bonheur des peuples, intervenait partout.

En 1280, un arrêt du parlement interdit aux comtes de Nevers de créer des nobles. C’était le temps de l’impitoyable Philippe le Bel. Par un nouvel arrêt du parlement, le comte de Nevers se voit confisquer ses comtés de Nevers et de Rethel pour avoir refusé de venir se justifier, en cour des pairs, de quelques violences contre le clergé et la noblesse de son fief. Il est vrai que, sous Louis le Hutin, la féodalité regagne du terrain, et ce roi promet, en 1316, par lettres patentes, de ne plus permettre les empiétements de ses officiers sur la juridiction des comtes de Nevers.

Une nouvelle famille de comtes était encore une fois venue s’asseoir sur le siège comtal de Nevers. Yolande, seule héritière (1272), avait épousé Robert de Dampierre, qui fut quelque temps comte de Nevers par sa femme, et, après la naissance de leur fils,. Louis Ier continua de gouverner le fief. Lui-même devint comte de Flandre. Philippe le Bel accusa Louis de Nevers d’avoir soulevé les Flamands, et le fit emprisonner.

Rendu à la liberté, il en usa pour contester à Philippe le Long son droit de succession au trône, de concert avec le duc de Bourgogne, le comte de Joigny, etc. Un arrêt du parlement confisqua toutes ses seigneuries, qui lui furent peu après rendues. Louis II épousa la fille de Philippe le Long, et devint, du chef de son grand-père et de son père, comte de Flandre et de Nivernais (1322). On l’appelle souvent Louis de Crécy, parce qu’il mourut à la bataille de Crécy, en 1346.

Le Nivernais souffrit alors de l’invasion des Anglais. Ils le ravagèrent après la bataille même de Crécy, et, dix ans après, à l’époque du désastre de Poitiers, ils s’emparèrent de La Charité, d’où leurs partis désolèrent la province. En 1359, elle fut obligée de se racheter d’un nouveau pillage, lors du passage de l’armée conduite par Édouard III.

Louis III de Male avait obtenu de Philippe de Valois des lettres patentes qui érigeaient en pairie viagère les comtés de Nevers et de Rethel. Il ne laissa qu’une fille, Marguerite, qui épousa Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, et lui porta à la fois la Flandre et le Nivernais. Les deux époux détachèrent le comté de Nevers et le donnèrent à l’aîné de leur fils, Jean (sans Peur) ; et celui-ci le céda à son frère Philippe, qui se fit tuer à Azincourt.

Les fils de ce Philippe moururent aussi, ne laissant qu’une fille, Élisabeth, et les Nivernais virent encore arriver un seigneur étranger ; c’était le duc de Clèves. Son petit-fils, François Ier, se distingua par ses talents militaires et obtint l’érection définitive du Nivernais en duché-pairie (1538).

Les seigneurs de Nevers firent alors exécuter un travail qui était bien dans l’esprit de cette époque de fusion, de centralisation, d’étude, c’est-à-dire la rédaction des coutumes de la province (1534), dont les états provinciaux (1490) avaient jeté les bases. Dans les guerres de religion, les Nivernais se montrèrent d’abord en majorité très catholiques et assez intolérants ; mais à la fin ils changèrent et se rallièrent à Henri IV. Leur pays fut, après Henri IV, le centre de cette nouvelle guerre folle que les seigneurs formèrent contre Marie de Médicis. La mort du maréchal d’Ancre apaisa tout.

La maison de Gonzague possédait alors le Nivernais depuis le mariage de Louis de Gonzague avec Henriette de Clèves, seule héritière (1565). Le cardinal Mazarin acheta le duché (1659), qui, à sa mort, passa à son neveu Philippe-Julien Mazarin, et sa maison l’a possédé jusqu’en 1789. Quelques-uns des derniers ducs de Nivernais se sont distingués au XVIIe et au XVIIIe siècle par leur esprit, leur goût pour la littérature. Le dernier de tous, à la fois auteur de gracieuses poésies légères et ambassadeur à Rome, à Berlin et à Londres, perdit ses biens à la Révolution, et sut vivre en sage, modestement, jusqu’en 1798.

Quant à la province, elle forma à peu près le département de la Nièvre. Auparavant, elle était un des trente-deux gouvernements militaires, et se divisait, pour l’administration, financière, en quatre élections, dont deux (Nevers et Château-Chinon), faisaient partie de la généralité de Moulins ; la troisième (Clamecy), de la généralité d’Orléans ; la quatrième (La Charité), de la généralité de Bourges.

Pour la justice, elle était comprise dans le ressort du parlement de Paris ; mais elle avait sa coutume écrite, dont on a parlé plus haut, sa chambre des comptes établie au nom du duc de Nivernais ; son hôtel des monnaies, qu’on faisait remonter à Charles le Chauve ; enfin sesGrands-Jours, institués en 1329 par Louis II, tribunal d’appel composé de « trois prud’hommes, un chevalier et deux gradués, pour juger les appeaux de Nivernais, tant des prévosts que des baillis, » avec pouvoir de juger, retenir ou renvoyer. Il y avait trois assises des Grands-Jours avant 1563 ; elles furent alors réduites à deux par un édit royal. Le Nivernais comptait 273 890 habitants.

On ne peut omettre, dans l’histoire du département de la Nièvre, celle du commerce tout spécial qui le fait vivre et l’enrichit, d’autant plus qu’elle présente des incidents assez curieux. Il s’agit du commerce des bois. Les hautes montagnes du Morvan attestent que les volcans ont remué ce sol ; et, en effet, si l’on perce la couche de sable qui le recouvre, on trouve un fond de basalte et de granit. Cette chaude nature du sol a produit de tout temps une riche végétation de forêts.

Si, aujourd’hui qu’on a tant exploité les bois, le département de la Nièvre en possède encore 204 000 hectares sur 6 millions qui existent en France, combien en devait-il être couvert lorsque la France entière, au XVIe siècle, en possédait 30 millions d’hectares ! C’est à cette époque, en effet, que le commerce se développant, les communications s’ouvrant de toutes parts, et Paris, de plus en plus peuplé, manquant de bois, les Nivernais imaginèrent d’expédier le leur à la capitale.

Une compagnie de marchands se forma sous la raison René Arnoult et compagnie, et des lettres patentes lui furent accordées, qui portaient « autorisation de flotter sur les rivières de Cure et d’Yonne, sans qu’il fût donné empêchement par les tenanciers et propriétaires ou autres possesseurs d’aucuns moulins, écluses, ou ayant droit de seigneurie, pêcheries ou autres, et défense au parlement de Dijon de s’immiscer dans les contestations sur le flottage des bois, attribuées spécialement aux prévôts et échevins de la bonne ville de Paris en première instance, et, par appel, au parlement de Paris. »

Le flottage dont il est ici question avait été, dit-on, déjà employé en 1490 sur la rivière d’Andelle ; mais c’est véritablement à Jean Rouvet que l’on attribue (1549) l’invention de ce moyen de transport au profit de la compagnie susdite. Son système consistait à retenir par écluses les eaux au-dessus de Gravant, puis à les lâcher en y jetant Ies bûches à bois perdu, pour les recueillir ensuite au port de Gravant, et les expédier de là, par trains, sur l’Yonne et la Seine jusqu’à Paris.

téléchargement (11)On retrouve l’usage de ce même procédé au XIXe siècle. Des étangs creusés à la tête de chacun des ruisseaux qui vont former ou grossir l’Yonne amassent l’eau ; dès qu’on lève les pelles, elle s’écoule avec impétuosité, et le torrent emporte les bûches ; les premières, la cataracte franchie, sont jetées à droite et à gauche du ruisseau inférieur et s’y arrêtent : c’est ce qu’on appelle border la rivière ; il ne reste plus alors qu’un goulet étroit, au milieu du cours d’eau, par où les autres sont emportées rapidement. On passe ensuite à l’opération qui s’appelle toucher queue, c’est-à-dire qu’on déborde le ruisseau et qu’on ramène dans le milieu les bûches égarées sur les rives, pour les envoyer rejoindre celles qui ont marché plus vite. Arrivées au port, elles sont toutes arrêtées, tirées de l’eau, triées selon les marques des divers marchands, et empilées jusqu’à la saison d’automne, qui permet d’en former des trains sur la rivière et de les envoyer ainsi à Paris.

Mais les marchands nivernais ne jouirent pas sans conteste des avantages qui leur avaient été accordés. Les propriétaires riverains se plaignaient de la servitude qui leur était imposée, du chômage que souffraient leurs moulins.

D’un autre côté, les marchands de Paris, favorisés par la juridiction parisienne à laquelle avaient été attribuées toutes les contestations en cette matière, se rendirent maîtres des prix ; et, en 1704, ils gagnaient 30 livres sur la corde de 36 livres 10 sols, tandis que, les frais déduits, il ne revenait aux propriétaires que 5 sols par corde. Les propriétaires, les marchands forains se liguèrent contre cette tyrannie et s’entendirent pour flotter à leur gré, quelques-uns même pour conduire des trains jusqu’à Paris.

L’autorité intervint. Le subdélégué de l’hôtel de ville de Paris résidant à Auxerre se rendit sur le port de Clamecy avec une brigade à cheval et se vit entouré d’une foule menaçante de 5 ou 600 personnes, qui s’armèrent de bâtons et de bûches prises dans les piles, qu’ils aiguisaient par le bout.

« Allons , s’écriaient-ils , marchons, allons à la guerre ; mourir aujourd’hui ou mourir demain, cela est égal ; voilà de beaux hommes bien habillés ; il faut les f….. à la rivière. » Le subdélégué leur défendit de toucher aux piles. « Eh ! monsieur, lui dit l’un d’eux, je n’aurais. qu’à rencontrer un chien enragé. » L’exaspération allait croissant, les bâtons étaient levés ; ne se sentant pas en force pour lutter, l’officier public se retira et dressa le procès-verbal où ces détails sont écrits.

Depuis, le flottage fut libre, une rivalité existant cependant entre les marchands nivernais et ceux de Paris , le ministre de l’intérieur ayant dû intervenir en 1850 pour régler le partage des flots de l’Yonne.

Durant la guerre franco-allemande de 1870-1871, l’invasion s’arrêta aux limites mêmes de ce département, et, dans le tableau général des pertes éprouvées par les départements envahis, la Nièvre n’a été comptée que pour la somme insignifiante de 5 618 francs.

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CARRIERE SOUTERRAINE D’AUBIGNY

Posté par francesca7 le 29 octobre 2013

La carrière d’Aubigny, dans l’Yonne, en Bourgogne, constitue un univers très original dans la mesure où il s’agit là d’une des rares carrières aménagées en site touristique ouvert au public. Certains sites franciliens pourraient largement s’en inspirer. Les jeux de lumière mettent en valeur les contours étonnants de cette carrière dont l’exploitation commença il y a deux mille ans, selon les exploitants du site. Les pierres extraites d’Aubigny et des nombreuses carrières alentours ont notamment servi à la construction de l’Opéra ou de l’Hôtel de Ville de Paris.

voir le site officiel : http://www.carriereaubigny.org 

Seize carrières souterraines ont été ouvertes au cours des siècles. Le début exact de leur exploitation reste inconnu. Des fouilles dans La Carrière d’Aubigny et dans le village mérovingien de Jeuilly, tout proche, ont permis de découvrir des pièces de monnaie romaine, en particulier une à l’effigie de Domitien II, Empereur en 81. La Carrière était exploitée donc déjà exploitée à l’époque gallo-romaine. Au début, la pierre était utilisée à des fins religieuses : sculptures et sarcophages de pierre. Deux cercueils sont visibles dans une salle de La Carrière. L’extraction s’est poursuivie au Moyen-Age et à l’époque Renaissance. Et c’est au 18e et surtout 19e siècle que La Carrière a été le lieu d’une exploitation intense.

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L’évolution des techniques a permis le lancement de programmes de construction de plus en plus importants. Les besoins en pierre sont devenus énormes, en particulier pendant la rénovation de Paris par le Baron Haussman. Le produit des carrières de Forterre a été employé dans l’Yonne et en Bourgogne pour la construction de très nombreux édifices publics, mairies, hôtels de ville, palais de justice, écoles, prisons, gares… de maisons de maître et de châteaux. À Paris, la pierre de Forterre a servi à la construction de bâtiments importants : l’Hôtel de Ville, le Conservatoire des Arts et Métiers, le Jardin des Plantes récemment rénové, les piliers de la Tour Eiffel, et bien sûr l’Opéra Garnier.

En 1850, les carrières de Forterre employaient 1000 ouvriers dans l’Yonne.

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L’exploitation a cessé en 1940 car la pierre fut supplantée par le béton et le parpaing.

Seulement un cinquième du gisement de Forterre a été extrait.

Aujourd’hui les Compagnons utilisent La Carrière comme un lieu de transmission de leurs savoirs et de leurs pratiques.

Site touristique fascinant, La Carrière est devenue, depuis la mise en lumière en 1992, une fabuleuse vitrine de la pierre, une véritable cathédrale à l’envers qui s’ouvre devant vous.

L’EXTRACTION

La Carrière d’Aubigny présente l’intérêt de n’avoir jamais été exploitée avec des outillages mécaniques. Seuls deux outils venus de l’Age du Fer ont été utilisés :

  • la Lance, lourde barre de fer pointue à une extrêmité, suspendue par une chaîne à un support
  • l’Aiguille plus petite, sans support.

Pour extraire un bloc de pierre, on dit un blot, le Carrier balançait la lance et creusait deux tranches verticales sur une profondeur d’un mètre. Ensuite à l’aide de l’aiguille tenue à deux mains, il effectuait la tranche en plafond. Enfin à nouveau avec la lance, il creusait une large tranche basse appelée le four.

Exécuter ce travail sur un blot de cinq tonnes demandait cinq à six jours.

Au cours de la deuxième étape, l’ouvrier encastrait des coins de bois sec dans une des tranches verticales. L’atmosphère de La Carrière est saturée en eau à 80%. Les pièces de bois absorbaient l’humidité ambiante et gonflaient. Elles poussaient le blot sur le côté, et celui-ci se cassait dans sa partie arrière au fond des tranches. Le bloc basculait en avant, sur les chandelles, des morceaux de pierre installés par les carriers pour amortir la chute du blot. Dès le 19e siècle, les carriers ont utilisé la scie crocodile, le croco de carrier, pour scier l’arrière du bloc. Cela permettait d’obtenir une face arrière bien dressée, et d’accélérer la production.

Le blot était tiré sur des rouleux de fer à l’aide d’un treuil appelé crapaud, mis en place sur un chariot, le fardier. Les blots étaient acheminés par voie d’eau, ou en convois muletiers. À Paris les convoyeurs vendaient mules et chariots et rentraient à pied.

Un ouvrier carrier sortait un demi mètre-cube de pierre par jour. Il était payé selon sa production, à la surface de tranche effectuée. Dans les carrières modernes, les carriers qui découpent la pierre avec des haveuses, des grosses tronçonneuses à pierre, extraient quatre mètres-cube par jour.

La Carrière souterraine d’Aubigny a été exploité sur une hauteur moyenne de 12 à 16 mètres. Le ciel de La Carrière est d’un seul banc de pierre d’une épaisseur de 15 à 25 mètres.

Dans La Carrière, la pierre est remplie d’eau. Lorsqu’elle est exposée à l’air extérieur, l’eau s’évapore, entraînant du carbonate de chaux et autres sels minéraux, de l’intérieur de la masse vers la surface du bloc. Les sels se déposent à la surface et forment une pellicule qui protège la pierre qui ne peut plus réabsorber d’eau, et par conséquent geler. Cette croûte de calcite est le Calcin.

C’est pour cette raison essentielle que l’on extrait le calcaire en souterrain.

Dans La Carrière, vous remarquez plusieurs types de traces sur les parois et les plafonds.

  • Les stries sont les traces d’aiguilles et de lances.
  • Les faces lisses d’extraction sont les traces des scies crocodiles et non pas d’outillage mécanique comme on pourrait le croire.
  • Les séries verticales de trous ont été produites par les crémaillères du support de la lance.
  • Les petits trous au sol sont les marques des gouttes d’eau qui suintent des plafonds où dans quelques milliers d’années apparaîtront des stalactites.
  • Les taches noires aux plafonds sont les traces des lampes utilisées par les carriers. Les ouvriers ont utilisé jusqu’au milieu du 19e siècle des lampes à huile. Ce petit ustensile de cuivre ou de laiton où baignait une mèche dispensait peu de lumière et beaucoup de fumée ! Vers 1830, la lampe à acétylène, ou lampe à carbure, est apparue. Elle comporte deux réservoirs ; dans celui du bas on place du carbure de calcium, dans celui du haut, de l’eau. Un robinet permet de faire goutter l’eau sur le carbure, une réaction chimique produit un gaz inflammable, l’acétylène. Les traces laissées par les lampes à acétylène sont beaucoup plus discrètes que celles des lampes à huile. En vous promenant dans La Carrière, vous voyagez dans le temps ! Regardez les plafonds : les traces d’éclairage vous indiqueront à quelle époque vous vous trouvez !

Voici une visite bien insolite du monde souterrain, au cours de laquelle on découvre l’origine de l’Opéra-Garnier et de la cathédrale de Sens. L’origine de cette carrière monte à l’époque gallo-romaine. On devait alors l’utiliser pour la fabrication de sarcophages et la sculpture sacrée. Après un temps de sommeil, elle servit à la construction de quelques châteaux, puis connut son apogée au Second Empire, lors  de l’aménagement de Pais par Haussmann, et l’érection de l’Hôtel de Ville ou de la Bourse.

Tendre et très compact, le calcaire est âgé de 150 millions d’années, facile à exploiter et à travailler. Dans la forte humidité naturelle de la carrière (70 à 80 %), la pierre se remplit d’eau ; sous l’effet de la température, celle-ci s’évapore faisant ressortir la calcite, laquelle forme en surface une pellicule protectrice extrêmement dure permettant son utilisation en construction. Les méthodes d’extraction des « blots » (blocs) pratiquées avant 1939 sont expliquées ; les outils de taille (« la lance », « l’aiguille »), de sculpture et de transport, ainsi que des minéraux de Bourgognes, aux dimensions monumentales, sont exposés. 

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Paray-le-Monial

Posté par francesca7 le 19 septembre 2013


par

Henri de Régnier

~ * ~

A LA MÉMOIRE DE MA MÈRE
THÉRÈSE-ADÉLAÏDE-ADRIENNE DE RÉGNIER
NÉE DU BARD DE CURLEY
Paray-le-Monial, le 8 Janvier 1836

Paris, le 21 Juin 1924

File:Place Lamartine-Paray-le-Monial.jpg

PUISQUE j’ai parlé de Bouchu, il « faut que j’achève l’étrange singularité qu’il donna en spectacle, autant qu’un homme de son état en peut donner. C’était un homme qui avait une figure fort aimable et dont l’esprit, qui l’était encore plus, le demeura toujours. Il en avait beaucoup et facile au travail et fertile en expédients. Il avait été intendant de l’armée de Dauphiné, de Savoie et d’Italie, toute l’autre guerre et celle-ci. Il s’y était enrichi ; homme d’ailleurs fort galant et de très bonne compagnie. Lui et sa femme, qui était Rouillé, soeur de la dernière duchesse de Richelieu et de la femme de Bullion, se passaient très bien l’un de l’autre. Elle était toujours demeurée à Paris, où il était peu touché de la venir rejoindre, et peu flatté d’aller à des bureaux et au conseil, après avoir passé tant d’années dans un emploi plus brillant et plus amusant. Néanmoins, il n’avait pu résister à la nécessité d’un retour honnête qu’il avait mieux aimé demander que se laisser rappeler. Il partit pour ce retour le plus tard qu’il lui fut possible et s’achemina aux plus petites journées qu’il put. Passant à Paray, terre des abbés de Cluni assez près de cette abbaye, il y séjourna. Pour abréger il y demeura deux mois dans l’hôtellerie. Je ne sais quel démon l’y fixa, mais il y acheta une place et, sans sortir du lieu, il s’y bâtit une maison, s’y accommoda un jardin, s’y établit et n’en sortit jamais depuis, en sorte qu’il y passa plusieurs années et y mourut sans qu’il eut été possible à ses amis ni à sa famille de l’en tirer. Il n’y avait, ni dans le voisinage, aucun bien que cette maison qu’il s’y était bâtie ; il n’y connaissait personne, ni là autour auparavant. Il y vécut avec les gens du lieu et du pays, et faisant très bonne chère, comme un simple bourgeois de Paray. »

Ainsi s’exprime et s’étend, en la partie de ses Mémoires qui traite de l’année 1705, M. le duc de Saint-Simon, sur le compte de Etienne-Jean Bouchu, marquis de Lessart, baron de Loisy et de Pont-de-Vesle, dont la fille unique Elisabeth-Claudine-Pétronille épousa, le 13 avril 1706, René de Froulay, comte de Tessé, lieutenant-général, Grand d’Espagne, fils aîné du maréchal de ce nom. Le Chesnaye des Bois, dans son Dictionnaire généalogique, nous apprend qu’Etienne-Jean Bouchu mourut le 5 décembre 1715 et qu’il portait pour armoiries : d’azur au chevron d’or, accompagné en chef de deux croissants d’or et en pointe d’un lion de même.

Cette mention de Saint-Simon, cette notice de La Chesnay des Bois, et même mon goût pour les « étranges singularités » n’auraient pas suffi à fixer mon attention sur cet Etienne-Jean Bouchu, si ce personnage n’eût choisi pour y finir ses jours « en simple bourgeois » la petite ville de Paray qui n’est autre que Paray-le-Monial, en Charollais et dont je ne lis jamais le nom sans que s’éveillent en ma mémoire maints souvenirs de famille et de jeunesse sur lesquels j’aime toujours à revenir, si m’y ramène quelque occasion qui me les rende plus vivement présents. C’est pourquoi, l’autre jour, en retrouvant dans Saint-Simon la page où est relatée « l’étrange singularité » de l’intendant Bouchu, je n’ai pu résister à l’attrait d’évoquer en quelques pages la curieuse petite cité bourguignonne où le sieur Bouchu donna le spectacle que l’on sait, où Cluny eut un de ses plus importants monastères, où les Filles de la Visitation, de Sainte Chantal, fondèrent un de leurs plus célèbres couvents, le Paray-le-Monial du Sacré-Coeur, la petite ville où j’ai vécu quelque peu en de lointaines années, où en des années plus lointaines encore sont nés plusieurs des miens, où quelques-uns d’entre eux reposent…

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Montons sur la colline qui est leur dernier séjour terrestre. On y parvient par une route assez raide qui, dépassées les pauvres maisons d’un faubourg assez semblable à une rue de village, se continue en pente caillouteuse. En la gravissant, on rencontre tantôt un char attelé de boeufs, le joug aux cornes et dont le conducteur rustique pique de l’aiguillon les croupes boueuses, tantôt quelque carriole paysanne ou citadine. On y croise parfois aussi une chèvre rongeant les feuilles d’une haie, une bande d’oies boitillantes que garde quelque fillette tricoteuse, un gamin conduisant ses cochons, une femme, la hotte au dos ou le panier au bras, qui vous salue d’un bonjour en passant, une pauvresse qui tend la main, mais bientôt on est devant une grille s’ouvrant dans un mur bas qui enclot quelques arbres, des tombes et une petit chapelle entre des cyprès.

Il ressemble à tous les cimetières, ce cimetière de Paray, au haut de sa colline, à l’écart parmi les champs à travers lesquels continue la route qui vous a mené jusque-là. Toute la campagne alentour est aussi silencieuse que lui et participe à son repos. Il y a là des tombes très anciennes, d’autres plus récentes, quelques-unes d’hier. Ce n’est pas vers celles-là que je vais. J’en cherche que le temps a déjà touchées. Les vieilles pierres moussues sont d’une pensive et douce mélancolie. Les noms qu’elles portent s’effacent à demi. Certaines sont devenues anonymes. Enfin j’ai retrouvé celles qui m’attirent, une à une, car elles sont disséminées. Chacune de leurs inscriptions évoque pour moi un souvenir. Des images se forment dans ma mémoire. Des figures m’apparaissent. J’écoute des voix tues depuis de longues années. De ceux qui gisent sous ces dalles, j’en ai accompagné quelques-uns à leur dernière demeure et, derrière leur cercueil, j’ai gravi la route pierreuse, mais d’eux je ne veux pas parler maintenant : je suis venu seulement les saluer. Plus tard, je dirai ce que je sais de ce qu’ils furent. Aujourd’hui, j’ai voulu voir si tout est en bon ordre et si rien n’a changé autour d’eux. Non, tout y est toujours tranquillement funèbre. La grille grince toujours quand on la pousse. L’antique chapelle est toujours debout.

Paray-le-Monial dans LITTERATURE FRANCAISE 320px-ParayLeMonialBasiliqueElle est très ancienne, cette petite chapelle du cimetière de Paray, et elle marque un lieu vénérable. Une tradition ne veut-elle pas qu’elle repose sur les vestiges du « templum antiquissimum »  auprès duquel les moines de Lambert, comte de Chalons, construisirent en l’an 973 le monastère de l’Orval ? C’est sur cette colline qui domine Paray que fut transporté, avec force miracles, le corps de Saint Grat, treizième  évêque de Chalons. Les moines de l’Orval quittèrent bientôt la colline et descendirent  vers la vallée, vers la « Vallis aurea » où s’éleva le nouveau monastère, avec son église qui fut bénie en 1004 par Hugues, abbé de Cluni. Mais avant de descendre, nous aussi, vers la vallée et la rivière, vers la Bourbince, « ad Burbuntium amnem », comme disent les vieux textes, donnons un regard à la petite ville que fut le « Paredum monachorum » de jadis et qui est aujourd’hui Paray-le-Monial. 

Elle est à nos pieds et je la vois toute d’ici. Sur elle mon regard s’étend. Il la parcourt. Voici ses maisons, ses ruelles, ses places, ses toits de tuiles ou d’ardoises, ses jardins. J’aperçois son mail qu’on appelle le Cours, avec ses tilleuls et ses bancs de pierre, la Bourbince qui la traverse de ses deux bras sous un double pont, son champ de foire qui jouxte le vaste pré communal qu’on nomme le Pâquier, sa magnifique avenue de platanes séculaires, sa gare, ses faubourgs dont l’un borde un canal, le canal du Centre, qui s’enfonce à l’horizon avec ses files de peupliers. C’est bien le Paray de ma jeunesse, la petite ville monacale. Voici le clocher de l’hôpital ; la grosse tour de l’ancienne église Saint-Nicolas, le clocheton de la chapelle de la Visitation, celui de l’oratoire des Dames du Saint-Sacrement, celui du couvent des Dames de la Retraite, car Paray est demeuré ville de couvents. Les Jésuites y eurent un établissement, les Clarisses un cloître, mais la gloire et la beauté de Paray, c’est son église clunisienne, sa magnifique basilique romane, avec son haut clocher et ses deux antiques tours, avec son cloître et sa noble demeure abbatiale, son prieuré aux sévères lignes Louis-quatorziennes, et la grosse tour qui subsiste encore de ce que l’on nommait le Château de Paray et qu’un sixain du temps déclarait « de noblesse bien entouré ».

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Paray-le-Monial attire deux sortes de visiteurs : quelques touristes et des pèlerins. Si les pèlerins vont droit à la chapelle de la Visitation où l’on vénère dans sa châsse  la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, les touristes, eux, se dirigent vers la basilique clunisienne. Elle est la merveille et l’orgueil de la petite cité dont l’histoire est liée à celle de l’illustre abbaye de Cluni. Comme je l’ai dit déjà, ce fut Cluni qui fonda le monastère de l’Orval et le réunit à ses destinées. Depuis lors, l’Orval fut une filiale de la puissante congrégation bénédictine. Les abbés de Cluni firent du monastère de l’Orval une de leurs résidences favorites et ce fut du monastère que naquit la ville. Paray mérite donc vraiment d’être appelé « Le Monial ». Comme le monastère, Paray a son histoire  .

Avant d’en parcourir les fastes locaux, entrons un instant dans son antique sanctuaire.

Il s’élève au bord de la rivière de Bourbince qu’endigue un petit quai planté de peupliers et de tilleuls en quinconces et dresse ses deux vieilles tours romanes, un peu dissemblables, mais du même caractère architectural et qui précèdent un narthex ou porche extérieur. C’est la partie la plus ancienne de l’église, celle qui fut bénie en l’an 1004. La tour de gauche, dite tour du « moine Garre » ne fut pourvue de son étage supérieur que vers la fin du XIe siècle. De ce narthex on pénètre dans l’église monacale. Elle fut commencée en 1087, par Saint Hugues. Gonzan, religieux de Cluni, en traça les premiers plans, et elle fut continuée par le maître moine Hézelin. La construction se termina vers la fin du XIIe siècle. Elle est une copie réduite de Cluni. Son prieuré en dépendait et fut plus tard réuni à la mense abbatiale. L’abbé de Cluni devint titulaire du Prieuré de Paray et seigneur de la ville. Il déléguait  son autorité à un Prieur claustral et Paray fut érigé en décanat. Le premier prieur, au temps du comte Hugues, fut Andrald. Sur la liste de ses successeurs, je relève un Gérard de Cypierre, un Jean de Pouilly en 1306, un Henri d’Anglure en 1312, un Philibert de Damas en 1400, un Jean de Die en 1444, un Jacques d’Amboise, en 1508. En 1768, j’y vois un Chateauvert.

Nous voici maintenant dans l’église bénédictine. Elle est en forme de croix latine à trois nefs, formant déambulatoire. Trois chapelles absidiales en hémicycle entourent le choeur. L’aspect du lieu est noble et vaste, bien éclairé. Les colonnes s’ornent de chapiteaux ouvragés. La voûte forme à l’inter-transept une coupole soutenant un clocher octogonal que termine une flèche. Tout cela est d’une sobre et forte beauté romane. La branche gauche de la croix contient la chapelle des fonts baptismaux, la droite, la chapelle de la Vierge, d’un gothique flamboyant du XVIe siècle. Là, une porte donne accès au cloître et à l’ancien palais abbatial construit au XVIIe siècle et dont la façade regarde la rivière de Bourbince. Nous l’examinerons tout à l’heure ; maintenant retraversons l’église et sortons par sa porte de gauche. Nous voici sur une petite place où aboutit une rue. Suivons-la. Elle nous conduira en quelques pas à la chapelle du couvent de la Visitation.

J’ai dit que si la Basilique romane de Paray attirait les touristes, la chapelle de la Visitation était le point où affluaient les pèlerins. Elle est d’humble mine, cette chapelle, et son humble façade est dépourvue d’ornements. Une porte étroite ouvre sur la nef unique du modeste édifice. L’intérieur de la chapelle de la Visitation est sombre. La lueur de nombreuses lampes suspendues y laisse subsister une demi-obscurité. Les murs disparaissent sous des bannières d’ex-voto et sous d’innombrables coeurs-de-Jésus d’argent ou de vermeil disposés en guirlandes et en rosaces. Sous l’autel repose le corps de la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque. Ses restes sont enfermés dans une grande poupée de cire, revêtue de l’habit monacal. Elle porte sur la poitrine l’effigie du Sacré-Coeur. Partout des images de la vision miraculeuse, de l’Apparition dans le bosquet de noisetiers. Cette étroite chapelle avec ses lampes et ses cierges allumés, ses ors, ses soies, donne une impression de mystère et de mysticité. Je l’ai vue jadis, au temps des grands pèlerinages, bondée d’une foule compacte, exaltée et soumise, sur laquelle planaient en psalmodie monotone les voix des religieuses Visitandines, chantant derrière la grille qui les séparait des assistants, car elles font voeu de perpétuelle clôture. J’entends encore dans mon souvenir ces voix pures et hautes, leur mélopée liturgique, tandis qu’aux jours où la chapelle à peu près déserte appartenait au silence de la prière et du recueillement, résonnait sur les dalles le pas empressé, discret et serviable des tourières et des sacristines. 

Elles seules étaient affranchies de la stricte claustration qui est la règle de leur ordre. On sait sa fondation par sainte Jeanne de Chantal et par saint François de Sales. Ce fut le 4 septembre 1626 que la Mère Marguerite-Elisabeth Gauzion amena du couvent de Bellecourt, à Lyon, cinq religieuses dans la maison de Paray. A cette époque, l’ordre de la Visitation comptait déjà 25 maisons. Quelques pieuses filles de Paray ayant témoigné le désir de servir Dieu dans ce nouvel institut s’adressèrent à la marquise de la Magdelaine de Ragny, Hippolyte de Gondi, épouse de Léonor de la Magdelaine de Ragny, lieutenant général au gouvernement du comté de Charollais. Cette honorable dame, affligée du déplorable état de la religion à Paray où les huguenots ne manquaient pas, avait, en 1617, avec l’assistance de son fils, Claude, évêque d’Autun, fondé dans son propre hôtel un collège dont elle avait confié la direction à trois pères jésuites. Ce fut à côté de ce collège que s’installa le couvent de la Visitation de Marie dans une maison située « entre la tour et le collège, joignant la grande rue appelée des Forges qui va jusqu’aux murailles de ladite ville, ensemble la tour appelée Quarré ». Le contrat de vente fut passé le 26 juillet 1626, entre la mère Marie-Anne de Blonay, supérieure de la Visitation de Bellecour de Lyon, et Jean Bouillet, seigneur de Saint-Léger, et Pierre Quarré, seigneur de la Palus, mais bientôt ce local devint insuffisant. En 1630, le couvent de Paray renfermait trente-trois professes. La seconde supérieure, Anne-Eléonore de Lingendes, échangea à la maison contre celle occupée par les Jésuites et ajouta à la nouvelle résidence des cours, un vaste jardin afin que les religieuses « pussent se maintenir en santé ». La même année 1632, la mère de Lingendes signa avec un maçon de Paray, Antoine Guillemin, un marché pour la construction d’une chapelle « avec le choeur et deux sacristies ». C’est celle qui existe encore actuellement, comme subsistent aussi les bâtiments conventuels. Ils ont gardé leur aspect d’autrefois. Leur haut mur, percé de rares ouvertures grillées, borde la rue qui s’appelle maintenant la rue de la Visitation. Une haute muraille enferme encore l’enclos des jardins. Au centre se dresse le bosquet de noisetiers qui fut le lieu des apparitions.

Elles favorisèrent une humble fille, Marie-Marguerite Alacoque, née le 22 juillet 1647, au hameau du Terreau, sur la paroisse de Verosvres. Elle entra au couvent en 1671 et y mourut le 17 octobre 1690. Elle y eut pour directeur le Père de la Colombière que lui donna la supérieure, la Mère de Saumaise. La Colombière décéda à Paray en « opinion de sainteté ». Un couvent d’Ursulines venu d’Autun avec sa Supérieure, Antoinette de Toulongeon, en 1644, et un hospice fondé en 1684 complétaient les institutions religieuses du vieux Paray.

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185px-famille_cinquin_- dans Saône et LoireCar c’est une très vieille petite ville que Paray-le-Monial. Dès le XIIe siècle, elle porte son nom : « Paredum moniale » ou « monacorum ». Elle a pour Seigneurs les abbés de Cluni. Son prieuré ne relève pas des comtes de Chalon, pour les attributions judiciaires. En 1335 des Lettres Royales, émanées de Philippe VI de Valois, déclarent que Paray ne relève que du Roi de France et est exempt de toute juridiction des Ducs de Bourgogne et des Comtes de Charollais. En 1390, lors de la réunion du Comté de Charollais au duché de Bourgogne, les droits judiciaires du Roi sont réservés. Le Charollais est régi par ses Etats particuliers. Ravagé par les Ecorcheurs en 1418, lorsqu’en 1419, après l’assassinat de Jean sans Peur, le Dauphin se dispose à envahir la Bourgogne, Paray lève une compagnie de 80 hommes d’armes pour la défense du Charollais et reçoit 20 écuyers et un certain nombre de gens de trait. En 1422, le Duc Philippe le Bon y traite d’une suspension d’armes. Dix ans plus tard, le Duc donne le Charollais à son fils Charles le Téméraire. En 1483, le Comté de Charollais est réuni à la Couronne de France. En 1490, le traité de Senlis, qui mettait le Charollais aux mains de Maximilien d’Autriche, réservait les droits royaux. Maximilien mort, Charles-Quint empereur, François Ier vaincu à Pavie et prisonnier à Madrid, le Comte de Charollais est dévolu à la Maison d’Autriche. A l’abdication de Charles-Quint, en 1556, Henri II rentre en possession de ses droits royaux. Par le traité de Cateau-Cambrésis, les officiers royaux sont rétablis dans leurs charges, mais la cession du Comté de Charollais à l’Espagne est maintenue ; cependant Paray, dont l’abbé de Cluni est Seigneur, ne relèvera que du Bailli du Roi de France.

Cette petite cité de moines était devenue la retraite de prédilection des abbés de Cluni. Les chefs de la puissante communauté bénédictine aimaient à venir se reposer des soucis et des labeurs de leurs charges sur les bords paisibles de la Bourbince, au milieu des prairies et des forêts silencieuses. Or, il convenait que l’abbé de Cluni, haut et puissant seigneur, trouvât dans l’enceinte de son prieuré favori une résidence digne de sa grande situation féodale. La construction du palais abbatial fut donc commencée en 1480 par Jean de Bourbon, le fils du prisonnier d’Azincourt. La grosse tour ronde qui se voit encore derrière le cloître en dépendait. Le successeur de Jean de Bourbon, Jacques d’Amboise, ancien prieur de Paray, acheva l’édifice. De la grande cuve de pierre à ses armes, qui était probablement la vasque d’un jet d’eau du jardin, on a fait un bénitier de l’église. Le palais fut achevé en 1546, année où Jacques d’Amboise y mourut.

Des constructions de cette époque, Paray possède deux autres édifices intéressants, sa vieille maison Jayet et son église Saint-Nicolas. J’emprunte l’histoire de la maison Jayet aux Souvenirs de Bourgogne d’Emile Montégut : « Dans les premières années du XVIe siècle vivaient à Paray deux frères du nom de Jayet, marchands drapiers de leur profession. L’un des frères était catholique fervent, l’autre huguenot enragé ; c’est assez dire qu’ils s’exécraient fraternellement et n’avaient pas de plus doux passe-temps que de se jouer de mauvais tours. « Je veux avoir la plus belle maison de la ville, se dit un jour le huguenot tenté par le diable de l’orgueil, et non seulement de la ville, mais de tout le Charollais et on viendra voir de loin la maison de M. Jayet. Quelques-uns en crèveront de dépit, mais ce sera tant mieux, car j’ai entendu dire qu’il vaut mieux faire envie que pitié. » Et incontinent il se mit à faire bâtir un bijou de la Renaissance, tout brillant d’arabesques et de fines sculptures, avec des figures de chevaliers et des emblèmes féodaux au premier étage, avec des médaillons à l’italienne au second ; puis cela fait, il signa l’oeuvre de son portrait sculpté et de celui de sa femme, qui se présentent à l’intérieur, dès l’entrée même du vestibule, comme pour souhaiter la bienvenue aux visiteurs. La femme est une bourgeoise qui aurait mérité de passer pour jolie dans toute condition ; le mari est un bourgeois à l’air goguenard, visiblement bon vivant et porteur d’un grand nez, bossué par le milieu et qui le fait ressembler à une parodie respectueuse de François Ier. « Ah ! c’est comme cela, dit à son tour le catholique ; eh bien moi, je ferai mieux : je vais bâtir, non pas une maison, mais une église ; je la placerai devant la maison de mon frère et cette église lui enlèvera l’air et la lumière, l’écrasera et l’éteindra. » Il fit comme le lui suggérait sa haine et un énorme édifice dédié à Saint Nicolas, masqua pendant trois siècles la maison de son frère. »

Cette maison Pierre Jayet, appelée vulgairement la Maison des Poupons, existe encore et Paray en a fait son hôtel de ville. Quant à l’église Saint-Nicolas, commencée en 1531, elle fut démolie en partie pour dégager la maison Jayet. Il n’en reste que la façade et la gracieuse tourelle datée de 1658. Sa grosse tour, qui servait de clocher et subsiste, est de 1628.

La Maison Jayet et l’église Saint-Nicolas témoignent que la Réforme comptait des adeptes à Paray avant même le milieu du XVIe siècle. Dès son apparition en France, la Réforme avait recruté des partisans dans le pays de Charollais. Paray en contenait un bon nombre, puisqu’en 1562 ils livrèrent la ville au chef calviniste Ferdinand de Saint-Aubin. Les églises furent pillées. La châsse de saint Grat fut détruite. On vendit à l’encan les dépouilles du Prieuré. La ville resta plusieurs années aux mains des Calvinistes. En 1570, nouveaux pillages… Les bandes du Prince Casimir de Deux-Ponts occupent Paray, Anzy-le-Duc, Marcigny. En 1581, le maire Claude Bouillet est tué en défendant Paray. L’année suivante, Jean Bouillet, également maire, rachète, de ses deniers la ville du pillage dont la menaçait Coligny, à la tête de quatre mille hommes. A la mort de Henri III, les partisans du Béarnais s’emparent de Paray que reprennent les Ligueurs. Jean de Foudras, nommé gouverneur, défait les Religionnaires à Digoin. Enfin l’Edit de Nantes mit fin aux luttes religieuses.

Les Huguenots eurent à Paray un temple près de la Porte du Poirier que desservit quelque temps le fameux pasteur Dumoulin. Théodore de Bèze séjourna à Paray. Parmi les familles calvinistes de Paray, je relève celle des Gravier. Esaye Gravier, avocat au Parlement, fut échevin de Paray en 1651. A la révocation de 1685, plusieurs membres de cette famille émigrèrent en Suisse. D’autres abjurèrent. Du mariage de Philibert Gravier avec Rose Perrault descendait Jean Gravier, marquis de Vergennes, baron de Thenard, président à la Chambre des Comptes de Bourgogne, ambassadeur en Suisse, en Portugal et à Venise, et aussi Charles Gravier, comte de Vergennes et de Toulongeon, baron d’Uchon et de Saint-Eugène, ambassadeur à Constantinople en 1751, en Suède en 1771 et ministre des Affaires Etrangères en 1774.

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Un arrêt du Conseil Royal du 5 mai 1683 nomma Abbé Commandataire de Cluni Emmanuel-Théodose de la Tour-d’Auvergne, troisième fils de Frédéric-Maurice, Duc de Bouillon, Comte d’Auvergne et d’Evreux, frère de Turenne. Emmanuel-Théodose était né le 24 août 1644. Cardinal le Ier août 1665, il avait été nommé en 1671 Grand Aumônier de France. A l’Abbaye de Cluni il joignait celles de Saint-Ouen de Rouen, de Saint-Vaast d’Arras, de Saint-Martin de Pontoise, de Saint-Pierre de Beaujeu. Il prit part à cinq conclaves. Pour le grand jubilé de 1700, il ouvrit la Porte Sainte. Doyen du Sacré Collège, évêque d’Ostie et de Velletri par la mort du Cardinal Cibo, il fut aussi grand Doyen de Liége et Prévôt de Strasbourg. Très en faveur auprès du Roi à cause de son oncle M. de Turenne, il était un des premiers de la Cour par lui-même, par ses charges, par ses alliances, mais un si haut état et de si hautes fonctions étaient-ils à la taille du personnage ? Demandons-le à Saint-Simon.

Il est, à plusieurs reprises, question du Cardinal de Bouillon dans les Mémoires du Duc et il lui est un magnifique sujet de diatribe et de portrait. Il faut lire les âpres pages où Saint-Simon rapporte les entreprises, les intrigues du Cardinal, ses prétentions, son éclatante désobéissance, sa chute, sa disgrâce, sa retraite, son insolente escapade, le scandaleux esclandre de son orgueil, son exil, son refuge à Rome, sa mort. Saint-Simon voit en Bouillon un faussaire, un intrigant, et devant tant de folie et de superbe, il s’indigne et s’étonne. Ses tentatives de princerie, son arrogance à se prétendre couvrir devant le Pape, sa désobéissance au Roi, sa soumission à tout ce qu’il portait en lui d’intraitable, quel spectacle pour un Saint-Simon et cette pourpre insolente et basse à la fois, et ces menées et ces fourberies, et ces dégoûts, et ces disputes avec les moines de Cluni, ces liaisons, ces cabales cardinalices et familiales !

Et il s’écrie, en ce style qui a des éloquences de sermon et des virulences de pamphlet : « Le Cardinal de Bouillon vivait dans la plus brillante et la plus magnifique splendeur. La considération, les distinctions, la faveur la plus marquée éclataient en tout. Il se permettait toute chose et le Roi souffrait tout d’un Cardinal. Nul homme si heureux pour ce monde s’il avait bien voulu se contenter d’un bonheur aussi accompli ; mais il l’était trop pour pouvoir monter plus haut, et le Cardinal de Bouillon, accoutumé par le rang accordé à sa maison aux usurpations et aux chimères, croyait reculer quand il n’avançait pas. » Et les phrases de la féroce oraison funèbre se précipitent et s’accumulent, lorsque le Cardinal, outré de l’affront que lui a valu l’affaire de la « calotte », en meurt de dépit, car, nous dit le Duc, « il en tomba malade de rage et de rage il en mourut en cinq ou six jours », chose étrange pour un homme si familiarisé avec la rage et qui en vivait depuis plusieurs années !

Et ce n’est pas tout. Après le coup de bâton et le coup de poignard, le coup de pinceau. A traits forcenés, le portrait d’esquisse, se colore, se dresse, prend vie : « Le Cardinal de Bouillon était un homme fort maigre, brun, de grandeur ordinaire, de taille aisée et bien prise. Son visage n’aurait eu rien de marqué s’il avait eu les yeux comme un autre ; mais outre qu’ils étaient fort près du nez, ils le regardaient tous deux à la fois jusqu’à faire croire qu’ils s’y voulaient joindre. Cette loucherie, qui était continuelle, faisait peur et lui donnait une physionomie hideuse. Il portait des habits gris doublés de rouge, avec des boutons d’or d’orfèvrerie à pointes d’assez beaux diamants ; jamais vêtu comme un autre, et toujours d’invention, pour se donner une distinction. Il avait de l’esprit, mais confus, savait peu, mais fort l’air et les manières du grand monde, ouvert, accueillant, poli d’ordinaire, mais tout cela était mêlé de tant d’air de supériorité qu’on était blessé même de ses politesses. On n’était pas moins importuné de son infatigable attention au rang qu’il prétendait jusqu’à la minutie, à primer dans la conversation, à la ramener toujours à soi ou aux siens avec la plus dégoûtante vanité… Les besoins le rendaient souple jusqu’au plus bas valetage. Il n’avait d’amis que pour les dominer et se les sacrifier… Son luxe fut continuel et prodigieux en tout ; son faste le plus recherché. Ses moeurs étaient infâmes. Peu d’hommes distingués se sont déshonorés aussi complètement que celui-là, et sur autant de chapitres les plus importants… On peut dire de lui qu’il en put être surpassé en orgueil que par Lucifer, auquel il sacrifia tout comme à la seule divinité. »

Le voyez-vous maintenant le déchu et le réprouvé, tombé de si haut sous les traits des foudres royales, le révolté en rébellion à la suite de l’affaire de la coadjutorerie de Strasbourg et de son rappel de Rome, le disgracié privé de sa charge de grand Aumônier de France, le voyez-vous, subissant dans son abbaye de Cluni son exil enragé ? Mais Cluni n’est pas loin de Paray et c’est à Paray qu’il réside de préférence pendant cinq années. Il y agrandit et y embellit le palais prioral. Il fait bâtir pour les gens de sa suite une maison que l’on nomme encore la Maison des pages. Au sommet de la grosse tour ronde du château, il fait placer ses armes parlantes : une tour en fonte, qui probablement servait de girouette. Dans une des salles il fait peindre une fresque représentant le Concile de 1700 où, sous sa présidence, fut élu le Pape Clément XI… Sur une toile, un artiste romain, Locatelli, retraça l’ouverture du Jubilé de 1700 qui eut lieu présidé par le Cardinal… La Révolution détruisit ces ouvrages. Ce fut elle aussi qui sans doute arracha au palais prioral la belle plaque de foyer portant les armoiries du Cardinal et qui, chez ma grand’mère, ornait l’âtre de la cuisine. Celles du palais prioral ne devaient point être inactives, car la noblesse des environs y fréquentait. Le Cardinal était hospitalier. Ne rapporte-t-on pas qu’il recueillit et hébergea dans la tour ronde le cheval pie que montait Turenne lorsqu’il fut tué à Salzbach ? Paray compta alors des visiteurs de marque parmi lesquels Mme de Sévigné et son cousin Coulanges. On a conservé des lettres de M. de Coulanges datées de Paray et écrites en 1705. M. de Coulanges trouve Paray un « lieu agréable », il admire de « très aimables jardins, une terrasse toute pleine de mérite et ces jets d’eau de trente-cinq pieds de haut, dont on ferais cas dans une maison royale. » D’ailleurs on ne vit pas là dans une « Thébaïde ». M. de Coulanges constate que l’on est « à cinq lieues tout au plus de bien des gens qui ont des noms » et le bon Coulanges rimaille :

        Le noble château de Paray
        De noblesse tout entouré ;
        De noblesse plus ou moins riche :
        Des Champron, d’Amanzé, Foudras,
        Des Ragny, Monpeyrou, La Guiche,
        De toutes sortes de Damas.

Parmi les Amanzé, les Foudras, les La Guiche, les Damas qui rendent leurs devoirs au Cardinal exilé, il me semble voir s’empresser notre Jean-Etienne Bouchu, car c’est en 1705 que Saint-Simon note que Bouchu quitta son intendance du Dauphiné, et sur le chemin de Paris, rencontra ce Paray, d’où il ne devait plus sortir, durant les dix années qu’il vécut. Je remarque que cet arrêt et ce séjour de Bouchu à Paray coïncident avec le temps d’exil qu’y passa le Cardinal de Bouillon, qui ne le rompit qu’en 1715. Il y a là peut-être une explication partielle à la « singularité » de la présence de Bouchu en cette petite ville où, comme le dit Saint-Simon, rien ne le retenait. Je me plais à imaginer que Bouchu fut souvent l’hôte du palais prioral et qu’il dut fort blâmer le Cardinal quand celui-ci prit, en rupture de ban, la route de Hollande avant de s’en aller mourir de rage à Rome ; Bouchu, lui, demeura en son Paray à y vivre en simple bourgeois. Peut-être aimait-il à se promener dans cette avenue de platanes que le Cardinal fit planter et qu’emprunta plus tard la route, créée en 1753, qui va de Digoin à Charolles en passant par Paray. La Révolution épargna les beaux platanes du Cardinal. Elle se contenta de brûler le cartulaire du Prieuré, d’abattre la flèche de l’église et de fermer le cloître. Le palais abbatial fut heureusement respecté. C’est un bâtiment de beau style et de belle ordonnance. La façade regarde la rivière de Bourbince. Avec ses hautes fenêtres, ses balcons ouvragés, il a grande mine, mine princière et de château. Presbytère et collège, il offre de vastes salles voûtées, fraîches et sonores. Avec l’admirable basilique romane, il compose un bel ensemble ecclésiastique et seigneurial qui comprend encore un vase enclos, dit l’Enclos des Chapelains, et enferme la grosse tour ronde où mourut Le Pie, ce cheval de Turenne que le Cardinal enfourcha pour en faire l’hippogriffe de ses chimères, le coursier d’orgueil et de rébellion qui le porta si haut au ciel de ses ambitions et qui, dans sa chute, lui brisa les reins.

Extrait Paray-le-Monial. Par RÉGNIER, Henri de (1864-1936) – Paris : Emile-Paul, 1926.- 84 p.-1 f. de pl. en front. : couv. ill. ; 20 cm

Diffusion libre et gratuite – Médiathèque André Malraux, B.P. 27216, 14107 Lisieux cedex  -Tél. : 02.31.48.41.00.-  

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La plage chic des années 1820

Posté par francesca7 le 7 septembre 2013

La plage chic des années 1820 dans HUMEUR DES ANCETRES images-12

La plage ? Personne ne s’y intéresse avant le XIXe siècle, sauf les pêcheurs et les goémoniers. D’ailleurs, la mer fait peur. Tout va commencer dans les années 1820… Petit tour des principales plages à succès.

Dieppe  En 1820, un trajet Paris-Dieppe prend quinze heures en diligence. Mais en 1824 le compte de Brancas, alors sous-préfet de Dieppe, y fait construire un établissement de bains, inauguré dès l’été par la duchesse de Berry, belle-fille de Charles X. 

Enchantée de l’accueil qu’on lui fait (la ville tire 21 coups de canon à son arrivée), elle revient tous les ans et prend plaisir à nager (avec un chapeau, un paletot, une robe… et des bottines aux pieds pour se protéger des crabes). 

Sa présence attire la bonne société, et le succès va durer puisque le train va ramener le temps de trajet depuis Paris à 4 heures à partir de 1848. On appelle même  » train du plaisir  » un train avec wagons découverts qui fait Paris-Dieppe ! 

En 1834, Trouville rivalise avec Dieppe

Dans les années 1820, Trouville est  » à peu près aussi ignoré que l’île de Robinson Crusoé « , dit Alexandre Dumas qui s’y baigne nu sur la plage, puisqu’il n’y a personne. 

Mais les peintres mettent en avant avec leurs toiles cette jolie plage de galets : tout ce que Paris compte d’artistes, peintres et écrivains, se rue vers Trouville. 

Dans les années 1860, Deauville rejoint le peloton de tête

Séparée de Trouville par la Touques, Deauville prend son essor un peu plus tard, grâce à la passion du duc de Morny pour les chevaux de course, car il y fait construire un hippodrome sur les marais sableux. 

On y bâtit aussi de riches villas et le village devenu ville se retrouve à son tour au premier plan de la scène balnéaire. Les planches de Deauville entrent dans l’histoire… 

Plus globalement, les plages normandes ont du succès : Cabourg attire la bonne société, puis Houlgate, Dives, Merville-Franceville… au rythme de l’avancée des voies ferrées. 

Biarritz en tête sous le second Empire

Dans les Pyrénées-Atlantiques, c’est l’impératrice Eugénie qui lance la mode, car la côte basque lui rappelle ses souvenirs d’enfance. 

À partir de 1854, elle fait de Biarritz la station balnéaire la plus chic du monde, où les maharadjahs côtoient les princes et les rois ! Son impérial époux lui fait construire une grande villa en forme de E pour lui rendre hommage.

La Bretagne suit…

Le premier lieu de villégiature en Bretagne est la plage de Dinard, avec une architecture balnéaire totalement débridée. 

Certaines villas ressemblent à des châteaux écossais, d’autres à des palais italiens, d’autres encore évoquent l’Espagne ou l’Orient. Il y eut même un temps une  » villa Crystal  » en verre, surmontée d’une petite tour Eiffel ! 

Les plages du Pas-de-Calais attirent les Belges et les Anglais à partir des années 1900

Malo-les-Bains, du nom de son créateur, ou surtout Boulogne attirent dès la fin du XIXe siècle Anglais, Belges et Français (Lillois plus que Parisiens) sur leurs plages l’été. 

Un Anglais a entrepris aussi dès 1875 la construction d’une station balnéaire au Touquet, mais l’idée ne se réalise vraiment qu’en 1882 et la plage ne connaît le succès que dans les années 1910… juste avant le coup d’arrêt de la guerre. 

images-131 dans HUMEUR DES ANCETRES

La Côte d’Azur a la cote l’été à partir des années 1930

L’expression de  » Côte d’Azur  » date de 1887. À la fin du XIXe siècle, la Riviera attire seulement les Anglais et seulement l’hiver. 

 » Il y a à Nice, raconte Alexandre Dumas qui aime à décrire cette population  » à ombrelles et brodequins verts qui dit yes « , une promenade qu’on appelle terrasse, où se presse une population de femmes pâles et frêles qui n’auraient pas la force de vivre ailleurs et qui viennent chaque hiver mourir à Nice ; c’est ce que l’aristocratie de Londres et de Vienne a de mieux et de plus souffrant… « . 

C’est aussi un Anglais qui crée Cannes de toutes pièces, avec une gare en 1853, sa croisette en 1871, son port de plaisance en 1873. 

Monte-Carlo va connaître le même essor, grâce à l’autorisation des jeux publics qui va faire de son casino l’établissement le plus célèbre du monde !… Avec l’arrivée de la ligne de chemin de fer de Paris à Nice en 1864 puis à Vintimille en 1871, l’aristocratie française suit, mais encore l’hiver. Dès que les beaux jours reviennent, les villes de la côte se vident. 

Il faut attendre 1930 pour que les hôtels cessent de fermer de mai à septembre. La guerre est passée par là, les voyages viennent de reprendre, mais la bourgeoisie a remplacé l’aristocratie, et le tourisme d’été celui d’hiver. 

 

 

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A Arc et Senans

Posté par francesca7 le 12 août 2013

 A Arc et Senans dans Jura 799px-france_arc_et_senans_saline_royale_pan_1

A proximité des bords de la Lou se dressent les bâtiments de l’ancienne Saline royale d’Arc et Senans, l’un des plus curieux ensembles monumentaux style classique et rares témoignages de l’architecture industrielle du 18ème siècle.

 Une ville idéale du 18ème siècle – En 1773, un arrêté du Conseil du Roi décide qu’une saline serait créée, à Arc et Senans, pour exploiter les eaux saumâtres de Salins, amenées par des conduites en bois ; le choix de cet emplacement avait été déterminé par la proximité de la forêt de Chaux qui pouvait fournir le bois de chauffe nécessaire à la préparation du sel. Claude Nicolas Ledoux (1736-1806) inspecteur général des Salines de Lorraine et de Franche Comté et déjà architecte célèbre est chargé d’en dresser les plans. Il n’avait pas encore réalisé les pavillons de l’enceinte parisienne dite des Fermiers Généraux – et notamment les rotondes de la Villette et du Parc Monceau, mais les hôtels particuliers bâtis sur ses plans avaient fait connaître l’ampleur et l’audace de ses vues. Pour Arc et Senans, il édifia, de 1774 à 1779, la Saline royale, son œuvre majeure, selon un plan semi-circulaire. Les bâtiments de la saline comprenaient à la fois les ateliers de travail et les habitants du personnel. Tous ont subsisté, ils forment un ensemble impressionnant, parfaite illustration de tout un courant philosophique qui a parcouru l’Europe durant le siècle des Lumières. Dès le début, elle n’assure pas le rendement escompté : 40 000 quintaux annuels au lieu de 60 000. L’essor des nouvelles techniques, en particulier les forges et une pollution du puits d’Arc par une fuite d’eau salée, provoquèrent une fermeture de la saline en 1895.

320px-arc_et_senans_jardin_03 dans JuraLorsque Claude Nicolas Ledoux établira le projet d’une cité idéale, il se servira de saline existante comme élément central de la Cité idéale de Chaux. En 1804 paraît son traité. « De l’architecture sous le rapport des arts, de la législation et des mœurs » qui présent très largement ce projet. Une partie des bâtiments abrite un Centre Culturel de Rencontre ; la fondation Claude Nicolas Ledoux qui organise de nombreuses manifestations.

 Saline Royale – Afin d’approvisionner la saline en « petites eaux » depuis les puits de Salins-les-Bains, un saumoduc (canalisation pour la saumure) fut construit. Il formait une double canalisation en sapin, longue de 21,5 kilomètres, qui traversait collines, routes et forêts, en suivant le cours de la Furieuse et de la Loue. Cette canalisation était enterrée afin de la rendre moins vulnérable aux dégâts du temps, du gel et des pillards.

Afin de le sécuriser plus fortement, 10 postes de garde furent construits le long du tracé du saumoduc, formant ainsi le « chemin des gabelous ». L’écoulement et la teneur en sel de la saumure étaient mesurés à chaque poste, et les résultats étaient relevés chaque samedi et portés à la saline. Les gabelous étaient à l’époque des douaniers responsables du commerce du sel, et donc responsable de la gabelle. Ils devaient faire face à des « faux-sauniers », qui perçaient les canalisations afin de récupérer une partie du liquide chargé de sel.

Le saumoduc suivait la déclivité du terrain (143 mètres de dénivelé), et était formé par des troncs de sapins taillés en forme de crayons pour s’emboîter facilement, et dont le cœur avait été évidé à l’aide d’une tarière. Les sapins furent choisis du fait de leur grande taille, et aussi du fait de la relative tendreté de leur cœur. Ces troncs de sapins évidés étaient appelés « bourneaux ». L’emboîtement des troncs évidés entre eux devait être solidifié grâce à l’usage de « frettes » en fer. Malgré les nombreux travaux effectués sans interruption sur le saumoduc, de nombreuses fissures apparaissaient, cause de nombreuses fuites (les coûteux travaux étaient effectués sur l’une des canalisations pendant que l’autre assurait le transport de la saumure). Elles étaient estimées à 30 %. Ainsi, des 135 000 litres de saumure envoyés quotidiennement depuis Salins, une partie non négligeable était perdue. À partir de 1788, les conduits en bois étaient progressivement remplacés par des conduits en fonte. On trouve encore aujourd’hui le long de ce chemin le poste de la Petite Chaumière, le deuxième après Salins-les-Bains.

L’activité périclita, car le rendement n’était pas celui escompté. La concurrence du sel marin acheminé par chemin de fer et la pollution du puits alimentant le village d’Arc amenèrent la fermeture de la saline en 1895, ce qui favorisa sa ruine. Un incendie se déclara en 1918 dans la maison du directeur et dans la chapelle suite à la tombée de la foudre.

En 1923, les Beaux-Arts émettent le vœu de voir classés aux monuments historiques de la région le pavillon central et le portail d’entrée. Après une longue instruction, une décision favorable est rendue le 30 novembre 1926 par la commission des Monuments. La société des Salines de l’Est, alors à l’époque propriétaire de la saline, ne voit pas d’un bon œil cette proposition. Le 29 avril 1926, une partie des bâtiments sera dynamitée. En sus, de nombreux arbres séculaires de l’esplanade furent rasés.

Le 10 juin 1927, le département du Doubs fait l’acquisition de la saline et entreprend sa restauration en 1930.

La saline a abrité durant l’année 1938 un camp de réfugiés républicains espagnols. De même, en octobre 1939, suite au début de la Seconde Guerre mondiale, une batterie de DCA est installée dans la cour et des troupes du génie logent dans les bâtiments.

C’est le 20 février 1940 que l’arrêté classant la saline et son mur d’enceinte aux monuments historiques est publié au journal officiel.

En juin 1940, la saline passe côté allemand et des troupes continuent d’y séjourner. À la suite d’une requête formulée quelques mois plus tard par les Allemands, un Centre de Rassemblement des tziganes et nomades de la région est installé dans la saline par les autorités françaises de mai 1941 à septembre 1943.

Il y eut ensuite une vaste campagne de presse menée par des artistes, journalistes et écrivains de la région afin d’alerter l’opinion publique et les autorités de l’urgence de sauvegarder ce site.

En 1965, Marcel Bluwal utilisa la maison du directeur comme décor pour la tombe du Commandeur dans son adaptation télévisée de Dom Juan de Molière. Michel Piccoli incarnait Don Juan etClaude Brasseur interprétait Sganarelle.

Depuis 1973, la saline royale, Institut Claude-Nicolas Ledoux, est membre du réseau européen des centres culturels de rencontre. (40 membres en Europe aujourd’hui)

En 1982, la saline fut placée dans la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

Depuis le 27 juin 2009, les Salines de Salins-les-Bains ont rejoint la saline royale sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

Aujourd’hui, largement ouverte au public, elle abrite, entre autres :

  • dans le bâtiment des Tonneliers, le musée Ledoux présente par de nombreuses maquettes, des œuvres à la rondeur futuriste, dont beaucoup ne furent jamais réalisées.
  • dans les bâtiments des sels, des expositions temporaires

La ligne Besançon – Bourg-en-Bresse passe juste à côté de la saline. La gare d’Arc-et-Senans se trouve à quelques dizaines de mètres.

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Franche-Comté : en bref…

Posté par francesca7 le 24 juillet 2013

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Franche-Comté : en bref... dans HISTOIRE DES REGIONS 150px-franche-comte_administrative.svg_

histoire

La découverte de fossiles sur le site de la Caune de l’Arago, près de Tautavel (Pyrénées-Orientales), témoigne d’une présence humaine sur le territoire actuel de la France environ 450 000 ans avant Jésus-Christ. Au Paléolithique moyen, entre -90 000 et -40 000 ans, les hommes de Néandertal s’installent dans l’ensemble du pays. Ces chasseurs laissent derrière eux les traces des plus vieilles sépultures recensées en France, notamment sur le site de Regourdou, en Dordogne. Plus encore que celui de Néandertal, l’Homme de Cro-Magnon, qui apparaît vers -33 000, va laisser son empreinte sur le sol français. De nombreux sites attestent du travail de ces artistes, le plus célèbre étant la grotte de Lascaux, en Dordogne, richement décorée de gravures et d’une centaine de peintures aux couleurs éclatantes.

320px-Citadelle_Besan%C3%A7on dans JuraEntre le Vème et le IIème millénaire avant Jésus-Christ, des communautés sédentarisées vivant dans le sud de la Bretagne érigent sur plusieurs kilomètres des milliers de menhirs et de dolmens à proximité de plusieurs tumulus. Ces files de mégalithes étaient sans doute liées à des rites religieux basés sur l’observation du mouvement des astres. Le site le plus réputé est celui de Carnac, dans le Morbihan.

Les Celtes arrivent en Gaule vers 1 500 avant Jésus-Christ. De leur présence sur le sol français, on retient la création vers -600 du comptoir grec de Marseille et d’autres villes de Provence pour développer les relations commerciales sur les bords de la Méditerranée. Au VIème siècle avant Jésus Christ, ils s’installent en Auvergne, faisant de cette région de volcans éteints et de sources vives l’une des plus florissantes de toute la Gaule.

La défaite des Arvernes contre les Romains en -52, à l’issue de la bataille d’Alésia, marque la fin de l’indépendance gauloise. L’empereur Auguste réorganise le territoire en quatre provinces (Narbonnaise, Aquitaine, Lyonnaise et Belgique). Routes pavées, aqueducs (pont du Gard), amphithéâtres (Nîmes, Arles), arcs de triomphe, villes construites selon un plan à la romaine (forum, temples, thermes) : les vestiges de la Gaule romaine sont encore très nombreux dans le sud de la France.

Après les invasions germaniques du Vème siècle, qui mettent un terme à l’hégémonie romaine sur la Gaule, les Francs conquièrent une grande partie du territoire sous l’autorité de leur roi Clovis Ier, dont le règne marque le début de la christianisation véritable du territoire. C’est en 709, à la fin de la dynastie mérovingienne, que le mont Saint Michel voit le jour. Après l’élévation d’une abbaye bénédictine en 966, le petit village devient un lieu de pèlerinage très fréquenté. Le site, qui est aujourd’hui l’une des principales attractions touristiques de France, est enrichi par la construction à flanc de rocher d’un bâtiment double, la Merveille, au nord de l’église Saint Pierre, véritable chef-d’oeuvre de l’architecture gothique flamboyante. La petite cité fortifiée établie autour résistera aux Anglais pendant la guerre de Cent Ans (1337-1453).

Autour de l’An Mil, la France se couvre de constructions chrétiennes. Les églises romanes sont plus grandes et plus solides, la charpente en bois étant délaissée au profit de la voûte de pierre. L’abbaye de Cîteaux et celle de Cluny, la plus grande d’Europe, font de la Bourgogne l’un des centres de la vie religieuse médiévale. En Provence, la cité d’Avignon connaît son apogée. Devenue possession de la papauté, elle servira de refuge à Clément V en 1309 avant que ses successeurs ne construisent le Palais des Papes et ne couvrent la ville d’églises et de couvents avant d’y élire résidence.

Au XIème siècle, sous l’impulsion de Saint-Louis, est lancée la première des neuf croisades pour reprendre Jérusalem et la Terre sainte aux musulmans. En 1246, le roi fait construire la Sainte-Chapelle dans le palais de la Cité. Berceau des premiers rois capétiens, l’Ile-de-France devient alors le centre du royaume en imposant sa langue, le français, et sa capitale, Paris. Le XIIIème siècle est celui des cathédrales. Des édifices majestueux se dressent partout en France (Albi, Soissons, Strasbourg, Chartres, Bourges, Amiens…). Mais la cathédrale la plus emblématique de l’art gothique est celle de Notre-Dame de Paris, sur l’île de la cité, au c?ur de la capitale. Construite pendant près de deux siècles, elle n’est achevée qu’en 1345.

A la fin du XVème siècle, François Ier fait construire une trentaine de châteaux dans le Val de Loire, entre Gien et Angers. Azay-le-Rideau, Amboise, mais surtout Chambord, en bordure de la forêt de Sologne, et Chenonceau, avec son jardin à la française : ces édifices souvent décorés par des artistes italiens, plus spacieux et lumineux que les châteaux forts, serviront de résidences royales durant toute la Renaissance. Le « roi chevalier » transforme également le château de Fontainebleau (Seine-et-Marne) et modernise le Vieux Louvre, qui deviendra un musée, aujourd’hui le plus fréquenté du monde.

meulen-300x249Au début du XVIIème siècle, le style baroque, tout en exubérances, se diffuse en France. Mais s’il rencontre un vif succès ailleurs en Europe (Italie, Allemagne), il n’influence au pays de Louis XIII que la construction de quelques églises et palais, dont le fameux dôme de l’Eglise du Val-de-Grâce, à Paris. Pour des raisons militaires, Richelieu dote la France de ses trois grands arsenaux (Brest, Rochefort, Toulon) avant que Louis XIV ne crée à Paris en 1670 l’hôtel des Invalides pour accueillir les soldats blessés à son service. Le règne du « Roi Soleil » est également marqué par la construction de somptueux édifices civils et utilitaires pour accueillir les principales manufactures de France, comme les Gobelins à Paris ou de la corderie de Rochefort. Souhaitant gouverner le royaume ailleurs qu’à Paris après les événements de la Fronde, Louis XIV ordonne en 1661 le lancement des travaux du château de Versailles, qui dureront plus trente ans. Avec son jardin dessiné par Le Nôtre et son édifice très sobre, il impose le style classique qui servira de modèle à de nombreux palais construits en Europe.

Durant le règne de Louis XV, Paris acquiert ses lettres de noblesse, grâce à la construction du palais de l’Elysée et de l’Ecole militaire, et l’aménagement de la place de la Concorde. En 1786, trois ans avant la prise de la Bastille, le sommet alpin du Mont Blanc, qui culmine à 4 807 mètres, est atteint pour la première fois.

Au début du XIXème siècle, durant le règne de l’empereur Napoléon Bonaparte, les petits bourgs ruraux des bassins miniers du Nord, de l’Est et du Massif Central se transforment en grandes cités ouvrières, à l’image du Creusot (Saône-et-Loire), qui devient en quelques années la capitale de la métallurgie française et l’un des emblèmes de la Révolution industrielle. Après la construction de l’Arc de Triomphe et de la Place de l’Etoile, Paris change de visage durant le Second empire (1852-1870), sous l’impulsion du baron Hausmann. Celui-ci fait raser les quartiers insalubres, construit les Halles et les gares, creuse les égoûts et fait tracer de larges avenues. A la Belle Epoque, Paris exhibe les prouesses des ingénieurs français à l’occasion de l’exposition universelle de 1900, en faisant ériger le Petit et le Grand Palais et surtout la Tour de fer conçue par Gustave Eiffel. La capitale devient l’emblème d’une France dont la politique coloniale a fait un véritable empire outre-mer (Afrique noire, Indochine…)

La France sort épuisée de la Première Guerre mondiale. La coût humain et matériel du conflit est considérable. Dans les années 1930, de jeunes architectes formés dans la première école d’arts appliqués, le Bauhaus de Dessau et de Weimar, vont apporter des changements radicaux dans la conception urbaine pour mettre en accord architecture et civilisation industrielle. Les plus importants sont Tony Garnier (les cités-jardins) et Le Corbusier, avec ses unités d’habitation (la Cité radieuse de Marseille).

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, les villes sont reconstruites dans l’urgence. Les « Trente glorieuses » (1945-1974) sont également marquées par la construction de villes loisirs comme la Grande Motte (Languedoc Roussillon). Dans les années 1980, plusieurs projets ambitieux voient le jour, comme l’arche de la Défense de Paul Andreu, le centre culturel Georges Pompidou de Richard Roger et Renzo Piano, la Fondation Cartier de Jean Nouvel ou la Bibliothèque Nationale de France conçue par Dominique Perrault. Dernière prouesse architecturale en date : le viaduc de Millau, un pont autoroutier ouvert long de 2,5 km qui surplombe la vallée du Tarn.

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