• BONJOUR A TOUS ET

    bienvenue (2)

     CHEZ FRANCESCA 

  • UN FORUM discussion

    http://devantsoi.forumgratuit.org/

    ............ ICI ............
    http://devantsoi.forumgratuit.org/

  • téléchargement (4)

  • Ma PAGE FACEBOOK

    facebook image-inde

    https://www.
    facebook.com/francoise.salaun.750

  • DECOUVERTES !

    petit 7

  • BELLE VISITE A VOUS

    aniv1

    PETITS COINS DE PATRIMOINE QUI SERONT MIS EN LUMIERE AU DETOUR DE NOTRE REGION DE FRANCE...

  • Cathédrale St-Etienne-Auxerre

    St-Etienne Cathédral, Auxerre

    « La restauration est une opération qui doit garder un caractère exceptionnel. Elle a pour but de conserver et de révéler les valeurs esthétiques et historiques du monument et se fonde sur le respect de la substance ancienne et de documents authentiques. Elle s’arrête là où commence l’hypothèse, sur le plan des reconstitutions conjecturales, tout travail de complément reconnu indispensable pour raisons esthétiques ou techniques relève de la composition architecturale et portera la marque de notre temps. » citation Charte de Venise, art. 9, ICOMOS, 196.

  • M

    JE SUIS ORIGINAIRE MOI-MEME DE LA BOURGOGNE....

  • FRANCE EN IMAGES

    G

    « Un monument restauré traduit les connaissances, les ambitions, les goûts, non seulement du maître d’oeuvre mais aussi du maître d’ouvrage : c’est le vrai révélateur de l’appréhension des édifices par une génération donnée, qui leur permet de reconnaître pour sien un édifice centenaire. » citation de Françoise Bercé.

  • amis

  • Méta

  • amis

  • Architecture Française

    5

  • Artisanat Français

    1

  • A

  • amour-coeur-00040

  • montagne

    Tout devient patrimoine : l'architecture, les villes, le paysage, les bâtiments industriels, les équilibres écologiques, le code génétique.

  • 180px-Hlézard1

  • Patrimoine Français

    3

    Citation sur la France.
    !!!!
    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

  • a bientot

  • Accueil
  • > Recherche : ecorcheurs en bourgogne

Résultats de votre recherche

Une conception Historique de la Côte d’or

Posté par francesca7 le 21 avril 2016

 

Par sa position géographique, la richesse et l’étendue de son territoire, l’importance de ses villes, le département de la Côte-d’Or est celui dans lequel se caractérise le plus la physionomie historique de l’ancienne Bourgogne. Avant la conquête romaine et l’invasion des Burgondes, qui ont laissé leur nom à la province où ils s’installèrent, cette contrée, comprise dans la Gaule celtiques était habitée par les Lingons, tribu vaillante, fort ancienne, et qui se partageait avec les Séquanais et les Éduens toute la région orientale de la France actuelle.

150px-Côte-d’Or-Position

La religion, les mœurs des Lingons étaient celles des autres peuples de la Gaule ; ils croyaient à l’unité de Dieu et à l’immortalité de l’âme ; ils avaient une espèce de royauté élective et responsable, dont le pouvoir civil, judiciaire et militaire, était, en beaucoup de cas subordonné à l’autorité religieuse du grand prêtre, chef des druides. L’esprit belliqueux et entreprenant de ces populations les avait souvent entraînées dans de lointaines expéditions. Longtemps ils furent conquérants avant d’être conquis à leur tour. 590 ans avant l’ère chrétienne, Sigovèse avait établi des colonies dans la Bohème et la Bavière, et Bellovèse avait fondé plusieurs villes dans le nord et l’est de l’Italie. Brennus avait pris Rome. Deux autres chefs gaulois, Léonoius et Lutarius, avaient pénétré jusqu’à Delphes, en Asie, et y avaient constitué la tétrarchie des Galates. Les Linons avaient figuré dans toutes ces entreprises, et on leur attribuait spécialement la fondation des villes d’Imola et de Budrio.

Lorsque l’invasion des Helvètes les menaces d `Arioviste, chef des Suèves, et la rivalité entre les Êduens et les Arvernes eurent amené sur les bords de la Saône les Romains déjà maîtres de la Gaule Narbonnaise, les Lingons furent un des premiers peuples auxquels ils offrirent leur amitié. Le respect qu’ils professèrent dans les premiers temps pour les coutumes et l’indépendance de leurs nouveaux alliés établit entre les deux nations l’union la plus cordiale et la plus sympathique. Des volontaires lingons se joignirent aux Éduens, qui voulurent accompagner César dans sa descente en Grande-Bretagne. Dans la guerre même de l’indépendance, guerre dont Vercingétorix fut le héros et la victime, les Lingons restèrent fidèles à la foi promise, malgré l’exemple que leur donnaient les Éduens, ces vieux alliés de Rome, qui se repentaient, mais trop tard, d’avoir été les premiers à accepter le patronage de tels voisins.

GauloisLes Lingons s’attachèrent plus étroitement à la fortune du conquérant des Gaules, qui sut avec tant d’habileté recruter ses légions parmi ceux qu’il venait de vaincre. Ils combattirent pour lui à Pharsale ; et si les trésors de la Gaule, si Vercingétorix enchaîné, figurèrent dans le cortège du triomphateur, on vit aussi plus d’un Gaulois quitter ses braies pour revêtir la toge du sénateur. C’est par les séductions de la paix que César voulait achever l’oeuvre de ses victoires. Les provinces gauloises furent administrées sous son règne avec la plus grande douceur. On n’enleva aux populations ni leurs terres ni leurs droits municipaux. Les grands furent dédommagés, par des titres et par des honneurs nouveaux, des dignités qu’ils avaient perdues. L’agriculture fut exercée dans les mêmes conditions qu’en Italie ; la navigation était libre sur le Rhône, la Saône, la Loire, même sur l’Océan.

Aussi les luttes du second triumvirat n’eurent-elles aucun retentissement dans la Gaule épuisée et assoupie. Auguste continua la politique de César. il fit plusieurs voyages et de longs séjours dans la Gaule, défendit ses frontières contre les Germains, y appela de nombreuses colonies, embellit les villes, en fonda de nouvelles, couvrit le pays de larges et magnifiques routes, imposa, enfin, sa domination avec tant d’habileté qu’à sa mort les vaincus avaient adopté les mœurs, les habillements, la religion et les lois des vainqueurs. La tyrannie, les exactions de Tibère et de Néron suscitèrent les révoltes promptement comprimées de Sacrovir et de Vindex. Le vieux sang gaulois était appauvri et vicié ; pour le rajeunir, il fallait d’autres éléments que l’influence d’une civilisation corruptrice et le contact des races abâtardies de la Rome des Césars.

Le seul épisode qui mérite d’arrêter les regards dans cette longue période de servitude et d’abjection est l’audacieuse tentative de Sabinus et le dévouement héroïque d’Éponine, son épouse. L’incendie du Capitole, qui avait marqué la mort de Vitellius, était représenté par quelques vieux druides comme un présage de ruine pour la puissance romaine. Les Lingons prirent les armes et choisirent pour chef Sabinus, leur compatriote, qu’on prétendait issu de Jules César. Ceux de Trèves se joignirent à eux ; mais les Séquanais et les Autunois, dont Sabinus avait autrefois pris d’assaut la capitale, marchèrent contre les révoltés et les défirent. Les Lingons se réconcilièrent avec Domitien en lui envoyant un secours de 70 000 hommes contre les barbares qui menaçaient les frontières romaines.

C’est vers cette époque, au moment même où l’oeuvre de dissolution semble accomplie, que commencent à apparaître les premiers symptômes de régénération. On fait remonter à la fin du ne siècle les premières prédications de l’Évangile en Bourgogne. La tradition la plus probable et la plus répandue donne à cette province pour premiers apôtres les disciples de saint Polycarpe, évêque de Smyrne, qui, après avoir pénétré dans la Gaule par le Vivarais, et ayant trouvé l’Église de Lyon déjà florissante, grâce aux prédications de Pothin et d’Irénée, s’avancèrent jusqu’à Autun, et de là se partagèrent la gloire et les périls de la conversion du pays Autun eut pour martyr un des premiers néophytes, le jeune Symphorien. Andoche et Thyrse, ses maîtres dans la foi, périrent à Saulieu, et Bénigne, leur compagnon, à Dijon, vers 178, sous le règne de Marc Aurèle. Le sang des victimes fut une semence féconde de chrétiens, et lorsque, en 311, Constantin donna la paix à l’Église, chaque ville, après avoir eu son martyr, avait enfin son pasteur.

Pendant que ces germes de salut se développaient, pendant que cette force inconnue grandissait dans l’ombre, rien ne saurait donner une idée de l’horrible confusion au milieu de laquelle agonisait le vieil empire romain séditions des légions nommant chacune leur empereur, guerres civiles, déchirement des provinces, pestes, famines, exactions. Le vieux monde se précipitait dans le christianisme comme dans un, refuge ; mais ce monde était trop usé, trop fini, trop bien mort pour apporter à la foi nouvelle la force d’expansion nécessaire à la reconstitution d’une autre société ; c’est alors qu’arrivent les barbares.

Alains, Vandales, Suèves, Gépides franchissent le Rhin, descendent des Alpes, pénètrent jusqu’en Espagne, jusqu’en Afrique, sans que la Saône ou le Rhône les arrêtent, sans laisser d’autres traces de leur passage que des monceaux de ruines. Derrière eux s’avance lentement une lourde armée de géants ; c’étaient les Burgondes. Pline en fait la principale tribu des Vandales ; Procope et Zosime les disent également Germains d’origine et de nation vandale. Voici le tableau qu’en a tracé le savant et consciencieux historien de la Bourgogne, Courtépée :

FORET COTE D'OR« Ces peuples, nés au milieu des forêts, étaient ennemis de la contrainte ; la liberté faisait tout leur bonheur, la chasse leur occupation, les troupeaux et les esclaves leurs richesses. Sans patrie et sans demeure fixe, ils ne redoutaient que la servitude. Ils n’avaient aucun art agréable ; mais ils pratiquaient l’hospitalité et toutes les vertus des peuples sauvages. Ils n’avaient pour arme que la framée, espèce de lance ou de halle- barde, la fronde, l’épieu, la hache, qui servaient également pour attaquer, pour se défendre et pour bâtir leurs maisons. Ils marchaient toujours armés, usage qu’ils conservèrent après leur conquête.

« On dit qu’ils portaient la figure d’un chat sur leurs boucliers, emblème de la liberté qu’ils voulaient conserver partout. Ils avaient des chefs, mais ils n’avaient point de maîtres. Ces chefs, qui prenaient le titre de hendin, furent d’abord électifs. Leur autorité n’avait d’autre terme que celui du bonheur de la nation. Ils n’étaient pas seulement comptables de leurs fautes personnelles, ils l’étaient aussi des caprices de la fortune ou des fléaux de la nature. On les déposait lorsqu’ils avaient perdu une bataille ou mal réussi dans leurs entreprises, ou dans un temps de stérilité. Leurs prêtres étaient traités bien plus favorablement. Le pontife, nommé sinist, était perpétuel ; son pouvoir surpassait celui du hendin, et s’étendait au droit de punir les coupables : le respect des peuples le mettait lui-même à l’abri de toute révolution. »

Tel était le peuple qui devait conquérir une partie si importante de la Gaule. Des bords de la Vistule et de l’Oder il arriva, vers 275, sur les bords du Rhin, fit plusieurs tentatives infructueuses pour le franchir, et s’établit sur la rive droite, où il demeura jusqu’en 407. C’est pendant les dernières années de ce séjour que la religion du Christ pénétra chez les Burgondes ; ils avaient entendu parler d’un Dieu puissant dont le culte s’était nouvellement établi dans les Gaules. Ils envoyèrent des députés aux évêques voisins pour se faire instruire ; et ceux-ci, ayant été baptisés, rapportèrent la foi à leurs compatriotes.

Quoiqu’on ignore la date précise de leur conversion, elle est généralement attribuée aux prédications de saint Sévère, évêque de Trèves en 401. Quelques années après, Stilicon, général des armées romaines, Vandale d’origine, devenu tuteur d’Honorius, fit alliance avec les Alains, les Suèves, les Vandales, et les appela dans les Gaules pour l’aider à placer sur le trône impérial son propre fils Euchérius. Les Burgondes franchirent alors le Rhin à la suite des autres barbares ; ils se rendirent maîtres, presque sans obstacle, des pays situées entre le haut Rhin, le Rhône et là Saône Impuissant à leur résister, le patrice Constance, général d’Honorius, fit avec eux un traité solennel, qui leur assurait à titre d’hôtes et de confédérés la possession de presque tout le territoire dont ils s’étaient emparés.

Ils élurent alors un roi ; leur choix tomba sur Gondicaire, le même sans doute qui était hendin lors du passage du Rhin en 407, et qu’on peut regarder comme le fondateur de la première monarchie bourguignonne. Trois nations différentes vivaient donc alors sur le même sol – les Gaulois, les Romains et ces nouveaux conquérants, les Burgondes. C’est de la fusion de ces éléments divers que se forma la race régénérée.

Gondicaire justifia par sa conduite habile le choix de ses compatriotes. Sa capitale et sa résidence fut d’abord Genève, qui était alors au centre de ses États ; plus tard, ayant soumis toute la province lyonnaise, il transféra à Vienne, en Dauphiné, le siège de la monarchie, se rendit maître d’Autun et de toute la Séquanaise, porta ses armes jusque dans la Belgique et le pays de Metz, et ne fut arrêté dans ses conquêtes que par le patrice Aétius, qui, justement alarmé des envahissements de ses anciens alliés, leur déclara la guerre et les défit dans une sanglante bataille, en 435.

Vainqueurs et vaincus se réunirent bientôt contre un ennemi qui les menaçait tous ; les Huns se montraient de nouveau sur le Rhin ; Gondicaire avait été tué avec vingt mille des siens en s’opposant à leur passage ; Gondioc, son fils et son successeur, associa ses efforts à ceux d’Aétius pour combattre Attila, et partagea la gloire de la fameuse journée des plaines catalauniques. Fidèle aux traditions paternelles, il utilisa habilement les années de paix qui suivirent celte rude secousse.

C’est de ce règne que date la répartition territoriale et cette législation bourguignonne si profondément enracinée dans les moeurs du pays que, dans plusieurs de ses parties, elle a continué à régir la province jusqu’à la Révolution. de 1789. Gondioc se rit nommer patrice par les Romains, et obtint du souverain pontife le titre de fils. Il réunit à sa couronne le pays des Lingons, celui des Éduens, le Nivernais, le reste de la Lyonnaise et une partie de la Narbonnaise, de sorte que son empire avait au midi la Méditerranée pour limite. Il mourut à Vienne vers 470, laissant quatre fils qui se partagèrent ses vastes États.

BOURGOGNE COMTELa Bourgogne et la Comté échurent à Gondebaud, patrice et maître de la milice dès 473, arbitre des destinées à de l’empire qu’il fit donner à Glycérius, et, en 476, souverain indépendant lors de la ruine de la puissance romaine sous Augustule. Le bien qu’on pouvait attendre de la position ainsi simplifiée fut considérablement atténué par les dissensions qui éclatèrent entre Gondebaud et ses frères. Celui-ci, après avoir triomphé de toutes les agressions, ensanglante ses victoires par des violences que la barbarie du temps peut expliquer, mais que ne saurait justifier l’histoire.

Les représailles, au reste, ne se firent pas attendre. Clotilde, seconde fille de Chilpéric, un des frères de Gondebaud, qui avait eu en partage Genève, la Savoie et une partie de la Provence, après avoir échappé au’ massacre de sa famille vaincue et dépossédée, était devenue la femme de Clovis, chef des Francs. Cette princesse poursuivit avec une persévérance infatigable l’œuvre de vengeance qu’elle semblait s’être imposée, usant de toute l’influence qu’elle exerçait sur son époux pour l’armer contre son oncle, suscitant les scrupules du clergé de Bourgogne contre l’arianisme qu’avait embrassé Gondebaud, éveillant toutes les convoitises, envenimant toutes les haines contre celui dont elle s’était promis la perte. Gondebaud déjoua toutes les intrigues, repoussa toutes les attaques et lassa pour un temps cette implacable hostilité.

L’histoire de son règne peut se diviser en deux parties : la période belliqueuse, toute remplie des luttes dont nous venons d’énoncer l’origine et les résultats ; la période pacifique, consacrée à l’organisation administrative et judiciaire du royaume de Bourgogne. C’est dans cette dernière surtout qu’il faut chercher les titres de Gondebaud aux souvenirs de l’histoire ; il compléta, dans un esprit remarquable de justice et d’humanité, l’oeuvre commencée par son père ; il réunit ses ordonnances modifiées et les édits nombreux qu’il rendit lui-même dans une espèce de code devenu célèbre sous le nom de Loi Gombette. Ce règne, pendant lequel l’agriculture fut puissamment encouragée, les ruines des villes relevées, d’innombrables établissements ecclésiastiques fondés, marque l’apogée de la monarchie de Gondicaire.

Gondebaud mourut à Genève en 516 ; il eut encore deux successeurs, Sigismond et Gondemar ; mais l’inaction de l’un et la faiblesse de l’autre rendirent la tâche facile à la vengeance inassouvie de Clotilde et à l’ardeur conquérante des Francs. En 534, Clotaire et Childebert rassemblèrent leurs forces et envahirent la Bourgogne ; une seule bataille leur livra le pays. Gondemar alla s’enfermer dans Autun, où il tenta de résister aux fils de Clotilde ; mais ce dernier effort fut si peu vigoureux, si peu retentissant, qu’en enregistrant sa défaite, l’histoire reste muette sur les destinées du vaincu. En lui, s’éteignit la race de Gondicaire ; avec lui finit le royaume de Bourgogne, qui avait duré 120 ans.

Les princes francs se partagèrent les dépouilles de Gondemari Théodebert, roi de Metz, eut Besançon, Langres, Châlon, Genève et Viviers et Childebert, roi de Paris, et Clotaire, roi de Soissons, eurent le reste jusqu’au moment où ce dernier réunit sous son sceptre les États de ses frères. Un nouveau partage, qui eut lieu à sa mort en 562, constitua un second royaume de Bourgogne au bénéfice de son second fils, Gontran, possesseur en outre d’Orléans et du territoire de Sens.

Rien de plus lugubre à la fois et de plus confus que les annales de cette dynastie mérovingienne des rois de Bourgogne. La seule figure de Gontran repose le regard épouvanté de toutes les horreurs qui signalent la longue et sanglante rivalité de Frédégonde et de Brunehaut. Le peuple l’aimait, disent les chroniques du temps ; quand il approchait d’une ville, les habitants allaient au-devant de lui avec des bannières en criant : Noël ! Après sa mort,’ il fut mis au nombre des saints ; et, cependant, on rapporte que la dernière de ses trois femmes, la belle Austrégide, lui ayant demandé comme grâce en mourant de faire périr ses deux médecins, parce qu’ils n’avaient pas eu l’habileté de la guérir, il eut la faiblesse d’accomplir ce vœu barbare ; ajoutons que c’est le premier prince qui se soit fait entourer de gardes.

Childebert, sans changer son titre de roi d’Austrasie, hérita de la plus grande partie de la haute Bourgogne, qu’il conserva seulement trois ans et quelques mois. Thierry, son second fils, est le deuxième prince mérovingien qui soit désigné sous le nom de roi de Bourgogne et d’Orléans ; il se laisse diriger par Brunehaut, son aïeule ; l’histoire de son règne n’est qu’un tissu de trahisons, de massacres et d’atrocités de tout genre. Il meurt subitement à Metz d’un flux de sang, à l’âge de vingt-six ans, après en avoir régné dix-huit, et précédant. de quelques mois seulement dans le tombeau sa terrible aïeule, dont fait justice à son tour Clotaire II, fils de Frédégonde.

palais-La première apparition des maires du palais à la cour de Bourgogne se rattache au règne de Thierry ; et ce sont les intrigues de Varnachaire II, revêtu de cette dignité, qui livrent Brunehaut à Clotaire et facilitent à ce prince, par la défaite des fils de Thierry, la réunion de la Bourgogne à la France. Les deux royaumes sont régis par le même sceptre et suivent les mêmes destinées jusqu’à la fin du IXe siècle, époque de la constitution des grands établissements féodaux sous les successeurs de Charlemagne.

Charles le Chauve avait trouvé dans la fidélité de la noblesse bourguignonne un précieux appui contre les attaques de Louis le Germanique ; mais toutes les leçons de l’expérience étaient perdues pour ce prince incapable. Son fils, Louis le Bègue, ne comprit pas davantage la nécessité. de réunir en faisceau les forces éparses de la monarchie défaillante. Sous son règne, la confusion et l’anarchie augmentèrent encore, le morcellement du territoire ne rencontra plus d’obstacle. Trois nouveaux royaumes furent formés avec les débris de l’ancien royaume de Bourgogne : celui de Provence ou de Bourgogne cisjurane, par Boson, élu roi au concile de Mantaille, en 879 ; celui de Bourgogne transjurane, par Rodolphe, couronné à Saint-Maurice, en Valais, en 888 ; et celui d’Arles, composé des deux premiers, en 930. Quant à la Bourgogne proprement dite, elle resta sous le gouvernement des ducs héréditaires, dont nous avons ici principalement à nous occuper.

L’origine des premiers ducs de Bourgogne était illustre, et ce qui vaut mieux encore, nous retrouvons là, comme à la souche de presque toutes les grandes dynasties féodales, un de ces hommes auxquels il n’a manqué qu’un autre théâtre pour que l’histoire les mette au rang de ses héros. Richard le Justicier, comte d’Autun, était fils de Beuves, comte d’Ardenne, frère de Boson, roi de Provence, et sa soeur Richilde avait épousé Charles le Chauve en 870.

Sans vouloir nier ce que ces hautes alliances durent ajouter à son crédit, on peut dire qu’il fut surtout le fils de ses œuvres. Sincèrement et loyalement dévoué au roi son bienfaiteur, il le défendit contre les entreprises de sa propre famille. Il battit, en 880, les troupes de son frère Boson près de la Saône, mit garnison dans Mâcon au nom des rois Louis et Carloman, et donna le gouvernement de cette ville à Bernard, dit Plantevelue, tige des comtes héréditaires de Mâcon. Après s’être emparé de Lyon, il assiégea Vienne, dont il chassa Boson, et emmena prisonnière à Autun sa femme Hermangarde avec ses enfants, en 882. Il secourut Charles le Simple contre Eudes, comte de Paris, défit une première fois, en 888, dans les plaines de Saint-Florentin, les Normands, qui avaient pénétré dans la Bourgogne et dévasté Bèze ; remporta de nouvelles victoires sur eux, avec l’aide des, Auxerrois conduits par leur évêque Géran, gagna, contre le fameux chef Rollon, une bataille décisive auprès de Chartres, et fit lever le siège de cette ville en 911.

Étant à l’agonie, et les évêques l’exhortant à demander pardon à Dieu d’avoir versé tant de sang humain : Quand j’ai fait mourir un brigand, répondit-il, j’ai sauvé la vie aux honnêtes gens, la mort d’un seul ayant empêché ses complices de faire plus de mal. Il mourut à Auxerre en 921, laissant de sa femme Adélaïde soeur de Rodolphe Ier roi de la Bourgogne transjurane, trois fils : Raoul, son successeur, qui devint ensuite roi de France, Hugues le Noir et Boson.

Les ducs bénéficiaires de Bourgogne furent au nombre de sept, et régnèrent, de 880 à 1032, dans, l’ordre suivant : après Richard, Raoul le Noble, qui fut roi pendant la captivité de Charles le Simple à Péronne ; il eut pour successeur son beau-frère, Gilbert de Vergy, qui maria sa fille aînée à Othon, fils de Hugues le Grand ; Hugues le Noir, second fils de Richard, occupa pendant quelque temps le duché à la mort de Gilbert, plutôt comme usurpateur que comme héritier ; il en fut dépossédé par Louis d’Outre-mer au profit de Hugues le Blanc ou le Grand, cinquième duc.

On connaît la haute fortune de cette maison : pendant que Hugues Capet mettait la couronne de France sur sa tête, ses deux frères, Othon et Henri, possédaient successivement le duché de Bourgogne. La mort du septième et dernier duc Henri fut le signal de violentes contestations, de luttes sanglantes et d’une nouvelle répartition territoriale. Il avait laissé un fils adoptif, Othe-Guillaume, qui, soutenu par une partie des populations et les sympathies de la noblesse, prétendait à la succession de Henri ; le roi Robert, neveu paternel du duc, revendiquait de son côté l’héritage comme étant son plus proche parent ; la guerre éclata ; enfin, après treize ans d’une lutte indécise et ruineuse, l’intervention de l’évêque d’Auxerre amena un arrangement en vertu duquel le duché de Bourgogne était restitué à Robert, tandis que Othe conservait viagèrement le comté de Dijon.

Par une singulière coïncidence, à peu près à la même époque où le duché bénéficiaire prenait fin par sa réunion au domaine de la couronne, le second royaume de Bourgogne s’éteignait, après cent cinquante ans de durée, dans la personne d’Eudes, comte de Troyes, tué dans sa lutte contre Conrad II. Des débris de ce royaume furent formés les comtés de Provence, de Savoie, de Viennois, de Bourgogne ou Franche-Comté ; le reste fut réuni par Conrad à l’Empire. Ce comté de Bourgogne fut donné aux descendants de Othe en échange du comté de Dijon, et Lambert, évêque de Langres, ayant remis au roi Robert tous les droits qu’il possédait sur cette ville, ce prince en fit, au préjudice d’Autun, la capitale du duché qu’il donna à son fils Henri.

Le règne de Robert forme donc une des époques les plus importantes de l’histoire de Bourgogne : démembrement et fin du second royaume de Bourgogne ; formation d’un comté et transformation du duché bénéficiaire fondé par Richard le Justicier en un duché héréditaire qui va devenir l’apanage des princes du sang royal. Tels sont les faits essentiels qui se rapportent à cette date.

220px-Henry1Henri Ier, fils aîné de Robert, nommé duc de Bourgogne en 1015, et devenu roi de France en 1031, céda son duché à son frère Robert, tige d’une dynastie de douze ducs, qui possédèrent la province de 1032 à 1361. Les termes de la charte d’octroi portent que le duché est donné pour en jouir en pleine propriété et passer à ses héritiers. Robert Ier, premier duc de la première race royale, usa assez tyranniquement de sa souveraineté ; son règne fut tout rempli de violents démêlés avec les Auxerrois ; il mourut à FIeurey-sur-Ouche, en 1075, après un règne de quarante-trois. ans, d’un accident tragique et honteux que l’histoire n’explique pas.

Son petit-fils, Hugues Ier, s’appliqua, par la sagesse et la douceur de son administration, à faire oublier les violences de son aïeul ; il prêta volontairement serment de maintenir les droits et privilèges de la province, et commit à six barons l’autorité de réprimer, même par les armes, les empiétements de ses successeurs. Après avoir remis son duché à Eudes Ier, son frère, il se retira, en 1078, à Cluny, sous la discipline de saint Hugues, son grand-oncle. Le plus éloquent éloge des vertus de ce prince est dans les phrases suivantes d’une lettre que le pape Grégoire VII écrivait à l’abbé de Cluny, pour lui reprocher d’avoir encouragé la résolution de Hugues : « Vous avez enlevé le duc à la Bourgogne, et par là vous ôtez à cent mille chrétiens leur unique protecteur. Si vous ne vouliez pas exécuter mes ordres qui vous le défendaient, au moins eussiez-vous dû être sensible et céder aux gémissements des pauvres, aux larmes des veuves et aux cris des orphelins. »

Les ravages d’une peste horrible, qu’on appela le feu sacré, et la fondation de l’ordre des chartreux par saint Bruno sont les événements les plus importants qui se rattachent à ce règne. Eudes se croisa et alla mourir à Tarse, en Cilicie, en 1102. Hugues II, son fils, mérita le surnom de Pacifique. Il fut l’ami de saint Bernard et s’occupa beaucoup de pieuses fondations.

L’aîné de ses fils et son successeur, Eudes II, hérita de ses vertus. Quoiqu’il se soit décidé deux fois à faire la guerre, d’abord pour consacrer ses droits de suzeraineté sur Saint-Germain d’Auxerre, Saint-Florentin et le comté de Troyes, que lui contestait Thibaut, son beau-père, et ensuite pour aller délivrer des Sarrasins son cousin Alphonse de Portugal, il prouva qu’il estimait les bienfaits de la paix à. leur juste valeur en refusant de céder au grand entraÎnement qui poussait vers la terre sainte les rois, princes et seigneurs de son temps. Il préféra le bonheur de ses sujets à une gloire incertaine, s’appliqua à faire régner l’union et la prospérité autour de lui, et paya sa dette à la religion en fondant de nouveaux monastères, en dotant ceux qui existaient déjà, en achevant les constructions commencées, et notamment la cathédrale d’Autun.

Hugues III, son fils, dont le règne commença en 1168, sut moins bien résister à la contagion des exemples ; il guerroya contre les grands vassaux ses voisins, prit la croix en 1178. Rejeté en France par une violente tempête, il revint bâtir la Sainte-Chapelle de Dijon, en accomplissement d’un vœu qu’il avait fait au moment du danger. En 1190, il repartit avec Philippe-Auguste et assista à la prise de Saint-Jean-d’Acre, puis mourut à Tyr en 1192. Avant de quitter la Bourgogne, il avait constitué la commune de Dijon.

Hugues Ill semble revivre dans son fils Eudes III. Aventures lointaines, exploits guerriers, affranchissement des communes caractérisent ce règne comme le précédent. La participation à l’expédition qui plaça Baudouin sur le trône de Constantinople, la croisade contre les Albigeois avec Simon de Montfort, la glorieuse journée de Bouvines en sont les dates les plus éclatantes. Le règne de Hugues IV fut heureusement préparé par l’habile régence de sa mère, Alix de Vergy. Dès qu’il fut majeur, le prince confirma la commune de Dijon ; figura comme un des douze pairs au sacre de Louis IX, ajouta à ses domaines le comté d’Auxonne et fit reconnaître sa suzeraineté sur celui de Mâcon.

Hugues fut un des plus fidèles compagnons de saint Louis ; il partagea ses périls et sa captivité dans la première croisade. Le roi, de son côté, visita plusieurs fois la Bourgogne ; il y laissa de profonds souvenirs de sa sainteté et de sa justice. Hugues, après avoir refusé au pape Innocent IV fugitif un asile dans ses États, eut la faiblesse d’y accueillir, en qualité de. grand inquisiteur, un cordelier, Robert, fanatique et apostat, qui traînait avec lui une femme perdue ; ce ne fut qu’après de nombreuses exécutions et beaucoup de sang répandu que les impostures de ce misérable furent dévoilées. Cet épisode est une tache regrettable dans l’histoire de Hugues IV.

Robert II, troisième fils de Hugues, ne dut la tranquille possession du duché qu’à Philippe le Hardi, qui l’en déclara seul et légitime héritier, contre les prétentions de ses beaux-frères. Jamais liens plus étroits ne rattachèrent la maison de Bourgogne à celle de France. Robert avait épousé Agnès, fille de saint Louis, et il eut pour gendre Philippe de Valois, marié à Jeanne, sa Bonifatius_viii_papstfille, en 1315. L’intimité de ces alliances donnèrent à Robert une grande influence dans la direction des affaires de l’État. Après le mas sacre de s Vêpres siciliennes, il fat chargé d’aller secourir Charles de Naples. Philippe le Bel le nomma grand chambrier de France, gouverneur du Lyonnais, gardien du comté de Bourgogne, et, mission plus délicate, son principal intermédiaire dans ses démêlés avec Boniface VIII.

Quoique chargé de si graves intérêts, Robert ne négligea pas ceux de son duché ; un remaniement des monnaies et d’importants accroissements de territoire classent son règne parmi les plus glorieux de sa dynastie. Il eut neuf enfants, dont plusieurs moururent avant lui ; Hugues V, l’aîné des survivants, eut pour régente, pendant sa minorité, sa mère, Agnès. A peine majeur, il mourut, ne laissant de son règne si court que le souvenir de sa brillante réception comme chevalier, et comme date sanglante, la condamnation des templiers.

Eudes IV, son frère, prit aussitôt possession du duché. Agnès obtint qu’il transigeât avec les prétentions de Louis, son dernier frère, en lui abandonnant le château de Douesme avec une rente de 4 000 livres. A la mort de Louis le Hutin, Eudes, à défaut d’héritier mâle, voulut faire valoir les droits de Jeanne, sa nièce, fille du roi défunt. L’application de la loi salique, réclamée par Philippe le Long, régent du royaume, rendait vaines ses réclamations ; pour le dédommager, Philippe lui donna en mariage, avec 100 000 livres de dot, sa fille aînée, héritière par sa mère des comtés de Bourgogne et d’Artois. L’accord se rétablit, et la confiance royale valut dans la suite à Eudes une influence qu’il justifia par sa sagesse et sa capacité. Il mourut dans cette désastreuse année de laquelle un versificateur du temps a dit :

En trois cent quarante-neuf, « De cent ne demeuroient que neuf. »

Son fils aîné était mort trois ans auparavant d’une chute de cheval au siège d’Aiguillon, laissant pour héritier unique son fils, Philippe de Rouvres, âgé de cinq ans. La tutelle fut confiée d’abord à Jeanne de Boulogne, mère du jeune duc, et ensuite au roi Jean, qui épousa la noble veuve. Jean vint à Dijon, en 1350, et il jura publiquement, dans l’église de Saint-Bénigne, de conserver et maintenir les franchises, immunités et privilèges de la province.

Cette période est tout entière remplie par les calamités entraînaient pour la France les envahissements des Anglais ; la Bourgogne n’était pas plus épargnée Châtillon avait été brûlé, Tonnerre pillé, Flavigny était devenu la place d’armes de l’ennemi ; tout le pays étant ou envahi ou menacé, les trois ordres -des deux Bourgognes s’assemblèrent à Beaune, et on vota 200 000 moutons d’or, c’est-à-dire plus de 2 000 000 de livres, somme énorme pour le temps, comme rançon de la province. Ce fut au milieu de ces calamités que Philippe, ayant atteint l’âge fixé pour sa majorité (quinze ans), prit, en 1360, le gouvernement du duché. A peine venait-il de contracter avec Marguerite de Flandre l’union arrêtée depuis longtemps et de ramener son épouse dans son château de Rouvres, près de Dijon, qu’un accident, une chute, mit fin à ses jours, en 1361. Beaucoup d’espérances reposaient sur cette jeune tête ; son coeur semblait animé des plus nobles sentiments : « Il vécut peu, a dit un historien du temps, et fut longtemps regretté ».

Il fut le douzième et dernier duc de-la première race royale, qui avait régné trois cent vingt-neuf ans. Dès que le roi Jean apprit sa mort, il prit possession de ses États, non comme roi de France, mais comme plus proche parent du duc : Ratione proximitatis, non coronae nostrae, hommage éclatant rendu à l’indépendance de la Bourgogne comme État. Après le traité de Brétigny, il se rendit à Dijon, et là, solennellement et officiellement, il unit et incorpora, le duché à la couronne.

Cette annexion, but d’une ambition à courte vue, ne devait point encore être définitive, la pensée de constituer l’unité française était alors encore loin des meilleurs esprits ; le roi Jean, qui avait une prédilection marquée pour Philippe, son quatrième fils, lequel d’ailleurs l’avait vaillamment défendu à la bataille de Poitiers en 1356, et avait partagé sa captivité en Angleterre, lui donna le duché de Bourgogne à titre d’apanage, réversible à la couronne faute d’hoirs mâles, l’institua premier pair de France, dignité dont s’étaient prévalus dans plusieurs occasions les ducs d’Aquitaine et de Normandie.

Philippe, surnommé le Hardi, inaugura donc, en 1363, la seconde dynastie royale des ducs de Bourgogne. Après avoir, selon l’usage, prêté serment de respecter les privilèges provinciaux, il prit possession de ses vastes domaines. Les temps étaient critiques, mais l’occasion de se poser en libérateur n’en était que plus favorable pour quiconque parviendrait à calmer l’orage et à éloigner le péril. Philippe, aidé de Du Guesclin, débuta par purger le pays des bandes indisciplinées de routiers, écorcheurs et malandrins, qui le dévastaient ; il dompta ensuite la terrible Jacquerie, et, déjà renommé par ses exploits militaires, il consolida et agrandit sa puissance par son mariage avec Marguerite de Flandre.

Cette alliance ajoutait à ses États les comtés de Bourgogne, d’Artois, de Flandre, de Rethel, de Nevers, et en faisait un des souverains les plus redoutables de l’Europe. Le roi de France eut recours à lui contre les attaques des Anglais et du roi de Navarre, Charles le Mauvais. Philippe sut arrêter et contenir l’ennemi ; il triompha de, la patriotique révolte des Gantois, commandés par l’héroïque Artevelde. Il reçut, à Dijon, le roi Charles VI avec une magnificence qui devint traditionnelle à la cour de Bourgogne. Il acquit le Charolais, en 1390, au prix de soixante mille écus d’or. Il envoya son fils aîné, Jean, comte de Nevers, avec une armée au secours de Sigismond, roi de Hongrie, menacé par les musulmans. Pendant la maladie de Charles VI, il avait été choisi par les états généraux, en 1392, pour gouverner le royaume Cette préférence, en excitant la jalousie de la maison d’Orléans, devint la source d’une haine irréconciliable qu’en mourant il légua, héritage funeste, à son fils Jean sans Peur. Ce prince succéda à son père en 1406 ; il avait épousé, en 1385, Marguerite de Bavière, dont la dot grossissait ses États de trois comtés : le Hainaut, la Hollande et la Zélande. Ses premiers actes furent ceux d’un prince habile, mais peu scrupuleux.

Boniface-VIII-BAR800

Après avoir remis un peu d’ordre dans les finances, compromises par les prodigalités de son père, il donna satisfaction à la haine qui couvait dans son cœur. Le 23 novembre 1407, Louis d’Orléans, en sortant de l’hôtel Barbette, à Paris, où il avait soupé avec la reine Isabeau de Bavière, tombait, rue Vieille-du-Temple, sous les coups d’un gentilhomme normand, Raoul d’Octonville, écuyer du duc Jean.

La justice étant impuissante en face d’un si grand criminel, la guerre éclata entre Armagnac et Bourgogne ; le fils du duc d’Orléans avait épousé la fille du comte d’Armagnac, et celui-ci se posa en vengeur du duc d’Orléans La durée de cette triste guerre ne fut interrompue que par les périls extrêmes de la France et la désastreuse campagne qui aboutit à la journée d’Azincourt.

Ce jour-là les deux familles rivales combattirent encore sous le même drapeau ; mais la haine étouffa bientôt ce qui restait de patriotisme et de loyauté. Jean, par un traité secret signé en 1416, s’allia aux Anglais, et l’abandon de Rouen fut le gage de sa trahison. Une sédition payée (celle de Périnet-Leclerc, 1418) et un massacre lui ouvrirent même les portes de Paris, où il entra en triomphateur, salué par les acclamations du peuple égaré, qui criait sur son passage : Noël ! vive le duc de Bourgogne, qui abolit les impôts !

Mais ce triomphe fut de courte durée ; le crime appelait la vengeance ; elle fut digne du coupable, digne des mœurs du temps. Un projet de paix et de réconciliation générale fut proposé, une entrevue avec le dauphin fut convenue, et le rendez-vous fixé, pour le 10 septembre 1419, sur le pont de Montereau. L’entourage intime de Jean avait été gagné ; il partit donc sans défiance ; mais quand il se fut avancé sur le pont, escorté de dix chevaliers seulement, les complices du duc d’Orléans, Tanneguy du Châtel et le sire de Barbazan à leur tête, se précipitèrent sur les Bourguignons et percèrent Jean de leurs coups. Les assassins voulaient jeter son corps dans la Seine, mais le curé de Montereau obtint qu’il lui fût remis ; il le garda jusqu’à minuit, le fit alors porter dans un moulin voisin et le lendemain à l’hôpital, où on l’ensevelit dans la bière des pauvres.

La mort de Jean sans Peur mit Philippe, dit le Bon, en possession de ses États à l’âge de vingt-trois an§. Il était à Gand lorsqu’il apprit la fin tragique de son père. Brûlant du désir de le venger, il convoqua à Arras une assemblée de grands seigneurs,. à laquelle il invita le roi d’Angleterre, qui était à Rouen. C’est là que fut préparé, pour être conclu à Troyes en 1420, le monstrueux traité qui, de complicité avec Isabeau, épouse et mère dénaturée, déshéritait, au profit de l’étranger, le dauphin Charles VII, du vivant de son père en démence.

Les événements de cette période sont trop connus et d’un intérêt trop général pour que nous entrions ici dans leur récit détaillé. Philippe, qui par la fin de son règne racheta les fautes du commencement, fut alors le complice de tout ce qui se trama et s’exécuta contre la France. Son excuse est dans le souvenir encore récent du meurtre de son père ; mais on ne petit même pas lui faire un mérite de son repentir, car son retour à la. cause française fut déterminé surtout par les outrages dont les Anglais l’abreuvèrent dès qu’ils crurent ne plu s avoir besoin de lui.

C’est en 1434, et par l’intervention de Charles, duc de Bourbon, que furent posés les préliminaires d’une réconciliation trop tardive et cimentée définitivement par le traité d’Arras, le 21 septembre de l’année suivante. L’insolence des termes prouve à quel point la royauté de France était humble et faible devant ce vassal que dédaignaient les Anglais. Charles désavoue le meurtre de Jean, et Philippe, après l’énoncé des dédommagements qui lui sont accordés, s’exprime ainsi : A ces conditions, pour révérence de Dieu et pour la compassion du pauvre peuple, duc par la grâce de Dieu, je reconnais le roi Charles de France pour mon souverain. Hâtons-nous d’ajouter que jamais parole donnée ne fut mieux tenue, et qu’à dater de cette époque la conduite de Philippe fut aussi irréprochable qu’elle avait été jusque-là criminelle.

La prospérité de ses peuples, le développement des bienfaits de la paix devint son unique préoccupation. L’union des deux maisons de France et de Bourgogne fut resserrée par le mariage du comte de Charolais, héritier de Philippe, avec Catherine de France, fille de Charles VII. Lorsque Louis XI, dauphin, quitta la cour de son père, Philippe lui refusa un asile en Bourgogne, où ses intrigues pouvaient être un danger pour la couronne et lui offrit à Geneppe, dans ses terres de Flandre, une hospitalité digne de son rang. Lors de la sédition qu’occasionna, parmi les chefs de l’armée, la désorganisation de l’ancien système militaire, il intervint entre les rois et les rebelles, et obtint d’eux qu’ils renonçassent à leurs projets de guerre civile.

Quoique l’insubordination de ses sujets flamands le tînt le plus souvent éloigné de la Bourgogne, il y entretint toujours une administration éclairée et paternelle. Son règne fut l’apogée des prospérités de la province. « Il mit ses pays, dit Saint-Julien de Baleure, en si haute paix et heureuse tranquillité qu’il n’y avoit si petite maison bourgeoise en ses villes où on ne bût en vaisselle d’argent ». Ce témoignage naïf est un plus éclatant hommage à sa mémoire que toutes les splendeurs de sa cour et les magnificences de l’ordre de la Toison d’or, dont on sait qu’il fut le fondateur. Il mourut à Bruges d’une esquinancie, en 1467, à l’âge de soixante et onze ans ; son corps fut transporté plus tard aux Chartreux de Dijon. Peu de princes furent aussi profondément et aussi justement regrettés.

Charles le Téméraire, quoique son règne n’ait commencé qu’en 1467, suivait depuis plusieurs années une ligne de conduite indépendante et souvent même opposée aux intentions pacifiques de son père. Sa participation à la ligue du Bien public, ses violents démêlés avec Louis XI étaient certainement peu dans les vues de Philippe, déjà vieux et ami de la paix.

Aux qualités héréditaires de sa race, courage, franchise, générosité, Charles joignait des défauts qui lui étaient personnels et qui rendaient bien périlleuse la lutte engagée avec Louis, le plus habile politique de son temps. Charles était arrogant, présomptueux, plein de fougue et d’obstination, incapable de pressentir les pièges qui lui étaient tendus, plus incapable encore de tourner une difficulté ou de recourir à l’adresse pour sortir d’un mauvais pas. Il épuisa toute son énergie, toutes les ressources de sa puissance à lutter contre les embarras que lui suscitait le roi de France sans paraître soupçonner de quelle main parlaient les coups qui lui étaient portés.

Les révoltes de Gand et de Liège, victorieusement, mais trop cruellement réprimées, lui aliénaient les populations et ne lui laissaient pas la libre disposition de ses forces. Il eut en son pouvoir, à Péronne, son rival, convaincu de complicité avec les Liégeois rebelles, et au bout de trois jours il lui rendit sa liberté, se contentant d’une promesse de neutralité qu’il fut le seul à prendre au sérieux. Il s’empara des comtés de Ferrette et de Brisgau, sans se soucier de la rupture avec la Suisse, qui en était la conséquence inévitable ; l’hostilité de ce voisinage l’entraîna dans une guerre dont il n’entrevit pas un seul instant la portée. Battu à Granson, il lui fallut à tout prix une revanche, et la journée de Morat changea en désastre ce qui pouvait n’être qu’un échec. L’importance qu’il avait toujours donnée aux prestiges de l’apparat, aux formes extérieures de la puissance, devait rendre mortel l’affront que ses armes avaient reçu ; il le comprit bien, et on le vit périr de mélancolie et de chagrin plus encore que de sa dernière défaite sous les murs de Nancy.

Il avait été mortellement frappé le 5 janvier 1477 ; son corps, à demi engagé dans un étang glacé, ne fut reconnu que deux jours après à la longueur de ses ongles et à une cicatrice résultant d’une blessure qu’il avait reçue à la bataille de Montlhéry, en 1465. Avec lui finit le duché héréditaire de Bourgogne, dont les possesseurs avaient cinq duchés à hauts fleurons, quinze comtés d’ancienne érection et un nombre infini d’autres seigneuries, marchaient immédiatement après les rois, comme premiers ducs de la chrétienté, et recevaient des princes étrangers le titre de grands-ducs d’Occident.

220px-Louis-XICharles laissait pour unique héritière une fille, la princesse Marie. Louis XI s’en fit d’abord donner la tutelle ; puis, à force de séductions et de promesses, il obtint du parlement de Dijon la réunion du duché à la couronne de France. Une alliance du dauphin avec Marie aurait légitimé cette usurpation. Louis ne voulut pas y consentir ; c’est la faute la plus capitale qu’on puisse reprocher à sa politique ; d’ailleurs ce mariage eût été trop disproportionné, le jeune dauphin ayant à peine huit ans et Marie de Bourgogne étant dans sa vingt et unième année. L’archiduc Maximilien, étant devenu l’époux de la fille de Charles le Téméraire, revendiqua les droits de sa femme et- remit en question l’unité française, qu’il eût été si facile de constituer.

Mais ce qui échappa à la perspicacité des politiques, l’instinct public le comprit et la force des choses l’amena ; le lien qui venait de rattacher la Bourgogne à la France, quelque irrégulier qu’il fût, ne devait plus être rompu. Malgré les alternatives d’une longue lutte, malgré le péril qu’entretenait pour les frontières de la province le voisinage de la Comté demeurée en la possession de l’étranger, malgré l’espèce de consécration que donnait aux droits de Maximilien sa domination sur les Flandres, la Bourgogne demeura française, et ses destinées restent dès lors indissolublement unies à celles de la patrie commune. Le titre de duc de Bourgogne reste attaché à l’héritier direct de la couronne, et chaque jour, malgré la fidélité des souvenirs aux traditions de l’histoire provinciale, la similitude de langage, l’affinité des mœurs, la communauté des intérêts. rend plus complète la fusion des deux États.

La lutte de François Ier et de Charles-Quint, les guerres religieuses et les troubles de la Fronde sont les épisodes les plus marquants qui se rattachent à la période française des annales bourguignonne s. Les populations furent admirables de dévouement et d’héroïsme pendant la première de ces crises, luttant à la fois contre les Espagnols, l’Autriche et les Comtois, donnant par souscriptions volontaires des sommes considérables, outre celles votées par les états pour la rançon de l’illustre prisonnier de Pavie, et refusant d’accéder à la condition du traité de Madrid, qui cédait la Bourgogne à Charles-Quint, représentant à ce sujet qu’ayant par les droits de la couronne et par leur choix des maîtres nécessaires, il ne dépendait pas de la volonté du monarque de les céder ainsi. La noblesse ajouta que si le roi l’abandonnait, elfe prendrait le parti extrême de se défendre et de s’affranchir de toutes sortes de domination, et qu’elle répandrait pour ce dessein jusqu’à la dernière goutte de son sang.

La fierté de ces sentiments, puisés dans les glorieux souvenirs du passé, arrêta longtemps les progrès du protestantisme ; la Bourgogne voulait être la dernière à souffrir sur son sol une nouvelle religion, puisqu’elle avait été chrétienne avant tous les Français, qui ne l’étaient devenus que par le mariage de leur princesse Clotilde avec le fondateur de la monarchie française. Les fléaux que déchaîna le fanatisme sur tant d’autres provinces furent évités jusqu’à la déplorable organisation des ligues catholiques, et, grâce à l’intervention du digne président Jeannin, le plus grand nombre des villes de Bourgogne ne fut pas ensanglanté par les massacres de la Saint-Barthélemy. Cependant l’obstination de Mayenne prolongea jusqu’en 1595 les calamités de la guerre civile, à laquelle mit fin seulement la victoire remportée par Henri IV sur les Espagnols à Fontaine-Française. Le 6 juin de cette année, ce monarque fit son entrée à Dijon ; il assista à l’élection du maire, jura de respecter les privilèges de la ville, et se contenta de changer quelques magistrats municipaux et de faire fermer le collège des jésuites.

Les dernières épreuves que la Bourgogne eut à traverser furent, sous Louis XIII, une révolte des vignerons, qui se réunissaient au refrain, Lanturlu, d’une vieille chanson, ce qui fit désigner cette révolte, qui, d’ailleurs, fut bientôt apaisée, sous le nom de Révolte des Lanturlus. Puis vint l’invasion des Impériaux amenée par les révoltes de la noblesse contre Richelieu et le. siège mémorable de Saint-Jean-de-Losne, les agitations de la Fronde, auxquelles l’influence des Condé dans la province donna une certaine importance, mais auxquelles manqua, presque partout l’appui des populations.

Dans les époques plus récentes, la Bourgogne prit sa part de tous les événements heureux on funestes dont la France fut le théâtre. La Révolution de 1789 y fut accueillie comme’ une ère réparatrice, qui devait faire disparaître les tristes abus financiers des derniers règnes, et assurer à chacun les libertés que l’on réclamait depuis longtemps. Les gardes nationales s’y organisèrent avec une rapidité merveilleuse, et, oubliant les vieilles rivalités qui les divisaient sous l’ancien régime, elles s’unirent à celles de la Franche-Comté et demandèrent à marcher ensemble les. premières contre l’ennemi.

Le département de la Côte-d’Or fournit donc un large contingent aux phalanges républicaines qui, après avoir refoulé l’ennemi, promenèrent le drapeau national dans toutes les capitales de l’Europe ; et lorsque, moins heureux, les soldats de Napoléon jar expièrent par les désastres de 1814 et 1815 les triomphes passés, nulle part ils ne trouvèrent un plus vaillant appui et de plus patriotiques sympathies que dans les populations de la Bourgogne. Depuis que les luttes de l’industrie et des arts ont remplacé dans la vie des peuples modernes les vicissitudes des champs de bataille, la Côte-d’Or, grâce au génie de ses habitants et aux richesses de son sol, a su conquérir une importance et une prospérité qui lui permettent de ne rien regretter des gloires et des grandeurs de l’ancienne Bourgogne.

Pendant la néfaste guerre de 1870-71, le département de la Côte-d’Or eut d’autant plus à souffrir de l’invasion allemande que Dijon fut successivement pris pour centre d’opérations et par les Français et par les Allemands. À la nouvelle que le passage des Vosges avait été forcé par l’ennemi et que la ligne de défense de Vesoul à Lure venait d’être abandonnée par le général Cambriels qui s’était retiré à Besançon, la résistance s’organisa à Dijon sous la direction du docteur Lavalle, membre du conseil général, tandis que Garibaldi, autorisé par le gouvernement de la défense nationale, formait un corps d’armée composé de quatre brigades dont il confiait le commandement à Bossack, Marie, Menotti et Ricciotti. Le général de Werder, commandant du 4e corps allemand, marchait sur Dijon et, le 27 octobre 1870, repoussait, à Talmay, les troupes françaises commandées par Lavalle, qui ne se composaient guère que de quelques bataillons de mobiles et de gardes nationaux.

Pendant ce temps, Garibaldi se portait sur la droite du côté de Poutailler pour essayer de rejoindre les troupes du général Cambriels. L’ennemi, ayant passé la Saône à Gray, se porta sur Dijon ; les troupes qui s’opposaient à sa marche furent repoussées à la bifurcation des routes de Gray à Dijon et à Auxonne. À la suite d’un nouveau combat livré à Saint-Apollinaire le 30 octobre, les Allemands entrèrent à Dijon. Garibaldi qui avait en vain essayé d’accourir à la défense de la ville, ce qu’il ne put faire, parce que le pont de Pontailler avait été rompu, voulut du moins protéger les autres grandes villes de la Côte-d’Or ; il fit occuper Saint-Jean-de-Losne et Seurre et lui-même revint à Dôle. Le 2 novembre l’ennemi, maître de Dijon, marchait sur Beaune et Chagny. Les troupes de Garibaldi gardèrent les rives de l’Oignon et de la Saône ; le 5 novembre, elles repoussèrent l’ennemi près de Saint-Jean-de-Losne.

GeneralA la suite de cet échec, les Allemands revinrent à Dijon pour s’y reformer et firent de cette ville le centre de leurs opérations dans l’Est. Ils reprirent bientôt l’offensive et repoussèrent d’abord, le 30 novembre, les troupes de Garibaldi ; mais le 3 décembre, celui-ci, appuyé parle général Cremer, les battit complètement à Arnay-le-Duc et à Bligny-sur-Ouche, les rejetant presque sous les murs de Dijon. Cette double victoire, qui empêchait l’ennemi de dépasser Chagny, sauva le reste du département et peut-être même Lyon. Le général de Werder revint une fois encore à Dijon pour reposer ses troupes et les reformer ; mais les événements avaient marché Au nord-est ; il dut envoyer ses troupes sous les murs de Belfort qui se défendait avec acharnement, et il ne laissa à Dijon que le général Glumer avec deux bataillons et à Semur une brigade badoise. Ces troupes furent elles-mêmes bientôt rappelées et, le 6 janvier 1871, Garibaldi rentrait à Dijon, y organisait de nouveau la défense ; il était temps, car une armée de 70 000 AIlemands s’avançait pour empêcher Bourbaki de se porter à la défense de Belfort.

Trois corps de cette armée furent successivement attaqués et battus dans les journées des 21, 22 et 23 janvier, par le général Pélissier et Garibaldi, d’abord à Fontaine et à Talant, puis à Plombières, à Daix, à Hauteville et au Val-de-Suzon. D’habiles dispositions permettaient d’espérer des succès plus décisifs lorsque, le 29 janvier, on apprit la capitulation de Paris et la notification de l’armistice. Par une fatalité encore mal expliquée, les départements de la Côte-d’Or, du Doubs et du Jura n’étaient pas compris dans cet armistice ; l’armée de l’Est était refoulée vers la Suisse, la continuation de la lutte devenait impossible, il fallut se résigner à abandonner Dijon qui ne fut évacué par l’ennemi qu’après la signature des préliminaires de paix. Quant à Garibaldi, qui le 28 janvier était parvenu à réunir à Dijon près de 50 000 hommes et 90 canons, il avait agi si habilement et avec tant de promptitude qu’il put opérer sa retraite sans rien perdre de son matériel. L’invasion allemande avait coûté au département de la Côte-d’Or 14 464 427 fr. 29.

Source : (Région Bourgogne)

Publié dans AUX SIECLES DERNIERS, Bourgogne, Côte d'Or, FONDATEURS - PATRIMOINE, HISTOIRE DES REGIONS, Morvan | Pas de Commentaires »

La Grande Histoire de la Côte d’Or

Posté par francesca7 le 14 octobre 2014

Histoire du département de la Côte-d’Or

(Région Bourgogne)

 images (4)

Par sa position géographique, la richesse et l’étendue de son territoire, l’importance de ses villes, le département de la Côte-d’Or est celui dans lequel se caractérise le plus la physionomie historique de l’ancienne Bourgogne. Avant la conquête romaine et l’invasion des Burgondes, qui ont laissé leur nom à la province où ils s’installèrent, cette contrée, comprise dans la Gaule celtiques était habitée par les Lingons, tribu vaillante, fort ancienne, et qui se partageait avec les Séquanais et les Éduens toute la région orientale de la France actuelle.

La religion, les mœurs des Lingons étaient celles des autres peuples de la Gaule ; ils croyaient à l’unité de Dieu et à l’immortalité de l’âme ; ils avaient une espèce de royauté élective et responsable, dont le pouvoir civil, judiciaire et militaire, était, en beaucoup de cas subordonné à l’autorité religieuse du grand prêtre, chef des druides. L’esprit belliqueux et entreprenant de ces populations les avait souvent entraînées dans de lointaines expéditions. Longtemps ils furent conquérants avant d’être conquis à leur tour. 590 ans avant l’ère chrétienne, Sigovèse avait établi des colonies dans la Bohème et la Bavière, et Bellovèse avait fondé plusieurs villes dans le nord et l’est de l’Italie. Brennus avait pris Rome. Deux autres chefs gaulois, Léonoius et Lutarius, avaient pénétré jusqu’à Delphes, en Asie, et y avaient constitué la tétrarchie des Galates. Les Linons avaient figuré dans toutes ces entreprises, et on leur attribuait spécialement la fondation des villes d’Imola et de Budrio.

Lorsque l’invasion des Helvètes les menaces d `Arioviste, chef des Suèves, et la rivalité entre les Êduens et les Arvernes eurent amené sur les bords de la Saône les Romains déjà maîtres de la Gaule Narbonnaise, les Lingons furent un des premiers peuples auxquels ils offrirent leur amitié. Le respect qu’ils professèrent dans les premiers temps pour les coutumes et l’indépendance de leurs nouveaux alliés établit entre les deux nations l’union la plus cordiale et la plus sympathique. Des volontaires lingons se joignirent aux Éduens, qui voulurent accompagner César dans sa descente en Grande-Bretagne. Dans la guerre même de l’indépendance, guerre dont Vercingétorix fut le héros et la victime, les Lingons restèrent fidèles à la foi promise, malgré l’exemple que leur donnaient les Éduens, ces vieux alliés de Rome, qui se repentaient, mais trop tard, d’avoir été les premiers à accepter le patronage de tels voisins.

Les Lingons s’attachèrent plus étroitement à la fortune du conquérant des Gaules, qui sut avec tant d’habileté recruter ses légions parmi ceux qu’il venait de vaincre. Ils combattirent pour lui à Pharsale ; et si les trésors de la Gaule, si Vercingétorix enchaîné, figurèrent dans le cortège du triomphateur, on vit aussi plus d’un Gaulois quitter ses braies pour revêtir la toge du sénateur. C’est par les séductions de la paix que César voulait achever l’oeuvre de ses victoires. Les provinces gauloises furent administrées sous son règne avec la plus grande douceur. On n’enleva aux populations ni leurs terres ni leurs droits municipaux. Les grands furent dédommagés, par des titres et par des honneurs nouveaux, des dignités qu’ils avaient perdues. L’agriculture fut exercée dans les mêmes conditions qu’en Italie ; la navigation était libre sur le Rhône, la Saône, la Loire, même sur l’Océan.

Aussi les luttes du second triumvirat n’eurent-elles aucun retentissement dans la Gaule épuisée et assoupie. Auguste continua la politique de César. il fit plusieurs voyages et de longs séjours dans la Gaule, défendit ses frontières contre les Germains, y appela de nombreuses colonies, embellit les villes, en fonda de nouvelles, couvrit le pays de larges et magnifiques routes, imposa, enfin, sa domination avec tant d’habileté qu’à sa mort les vaincus avaient adopté les mœurs, les habillements, la religion et les lois des vainqueurs. La tyrannie, les exactions de Tibère et de Néron suscitèrent les révoltes promptement comprimées de Sacrovir et de Vindex. Le vieux sang gaulois était appauvri et vicié ; pour le rajeunir, il fallait d’autres éléments que l’influence d’une civilisation corruptrice et le contact des races abâtardies de la Rome des Césars.

Le seul épisode qui mérite d’arrêter les regards dans cette longue période de servitude et d’abjection est l’audacieuse tentative de Sabinus et le dévouement héroïque d’Éponine, son épouse. L’incendie du Capitole, qui avait marqué la mort de Vitellius, était représenté par quelques vieux druides comme un présage de ruine pour la puissance romaine. Les Lingons prirent les armes et choisirent pour chef Sabinus, leur compatriote, qu’on prétendait issu de Jules César. Ceux de Trèves se joignirent à eux ; mais les Séquanais et les Autunois, dont Sabinus avait autrefois pris d’assaut la capitale, marchèrent contre les révoltés et les défirent. Les Lingons se réconcilièrent avec Domitien en lui envoyant un secours de 70 000 hommes contre les barbares qui menaçaient les frontières romaines.

C’est vers cette époque, au moment même où l’oeuvre de dissolution semble accomplie, que commencent à apparaître les premiers symptômes de régénération. On fait remonter à la fin du ne siècle les premières prédications de l’Évangile en Bourgogne. La tradition la plus probable et la plus répandue donne à cette province pour premiers apôtres les disciples de saint Polycarpe, évêque de Smyrne, qui, après avoir pénétré dans la Gaule par le Vivarais, et ayant trouvé l’Église de Lyon déjà florissante, grâce aux prédications de Pothin et d’Irénée, s’avancèrent jusqu’à Autun, et de là se partagèrent la gloire et les périls de la conversion du pays Autun eut pour martyr un des premiers néophytes, le jeune Symphorien. Andoche et Thyrse, ses maîtres dans la foi, périrent à Saulieu, et Bénigne, leur compagnon, à Dijon, vers 178, sous le règne de Marc Aurèle. Le sang des victimes fut une semence féconde de chrétiens, et lorsque, en 311, Constantin donna la paix à l’Église, chaque ville, après avoir eu son martyr, avait enfin son pasteur.

Pendant que ces germes de salut se développaient, pendant que cette force inconnue grandissait dans l’ombre, rien ne saurait donner une idée de l’horrible confusion au milieu de laquelle agonisait le vieil empire romain séditions des légions nommant chacune leur empereur, guerres civiles, déchirement des provinces, pestes, famines, exactions. Le vieux monde se précipitait dans le christianisme comme dans un, refuge ; mais ce monde était trop usé, trop fini, trop bien mort pour apporter à la foi nouvelle la force d’expansion nécessaire à la reconstitution d’une autre société ; c’est alors qu’arrivent les barbares.

Alains, Vandales, Suèves, Gépides franchissent le Rhin, descendent des Alpes, pénètrent jusqu’en Espagne, jusqu’en Afrique, sans que la Saône ou le Rhône les arrêtent, sans laisser d’autres traces de leur passage que des monceaux de ruines. Derrière eux s’avance lentement une lourde armée de géants ; c’étaient les Burgondes. Pline en fait la principale tribu des Vandales ; Procope et Zosime les disent également Germains d’origine et de nation vandale. Voici le tableau qu’en a tracé le savant et consciencieux historien de la Bourgogne, Courtépée :

images (5)« Ces peuples, nés au milieu des forêts, étaient ennemis de la contrainte ; la liberté faisait tout leur bonheur, la chasse leur occupation, les troupeaux et les esclaves leurs richesses. Sans patrie et sans demeure fixe, ils ne redoutaient que la servitude. Ils n’avaient aucun art agréable ; mais ils pratiquaient l’hospitalité et toutes les vertus des peuples sauvages. Ils n’avaient pour arme que la framée, espèce de lance ou de halle- barde, la fronde, l’épieu, la hache, qui servaient également pour attaquer, pour se défendre et pour bâtir leurs maisons. Ils marchaient toujours armés, usage qu’ils conservèrent après leur conquête.

« On dit qu’ils portaient la figure d’un chat sur leurs boucliers, emblème de la liberté qu’ils voulaient conserver partout. Ils avaient des chefs, mais ils n’avaient point de maîtres. Ces chefs, qui prenaient le titre de hendin, furent d’abord électifs. Leur autorité n’avait d’autre terme que celui du bonheur de la nation. Ils n’étaient pas seule ment comptables de leurs fautes personnelles, ils l’étaient aussi des caprices de la fortune ou des fléaux de la nature. On les déposait lorsqu’ils avaient perdu une bataille ou mal réussi dans leurs entreprises, ou dans un temps de stérilité. Leurs prêtres étaient traités bien plus favorablement. Le pontife, nommé sinist, était perpétuel ; son pouvoir surpassait celui du hendin, et s’étendait au droit de punir les coupables : le respect des peuples le mettait lui-même à l’abri de toute révolution. »

Tel était le peuple qui devait conquérir une partie si importante de la Gaule. Des bords de la Vistule et de l’Oder il arriva, vers 275, sur les bords du Rhin, fit plusieurs tentatives infructueuses pour le franchir, et s’établit sur la rive droite, où il demeura jusqu’en 407. C’est pendant les dernières années de ce séjour que la religion du Christ pénétra chez les Burgondes ; ils avaient entendu parler d’un Dieu puissant dont le culte s’était nouvellement établi dans les Gaules. Ils envoyèrent des députés aux évêques voisins pour se faire instruire ; et ceux-ci, ayant été baptisés, rapportèrent la foi à leurs compatriotes.

Quoiqu’on ignore la date précise de leur conversion, elle est généralement attribuée aux prédications de saint Sévère, évêque de Trèves en 401. Quelques années après, Stilicon, général des armées romaines, Vandale d’origine, devenu tuteur d’Honorius, fit alliance avec les Alains, les Suèves, les Vandales, et les appela dans les Gaules pour l’aider à placer sur le trône impérial son propre fils Euchérius. Les Burgondes franchirent alors le Rhin à la suite des autres barbares ; ils se rendirent maîtres, presque sans obstacle, des pays situées entre le haut Rhin, le Rhône et là Saône Impuissant à leur résister, le patrice Constance, général d’Honorius, fit avec eux un traité solennel, qui leur assurait à titre d’hôtes et deconfédérés la possession de presque tout le territoire dont ils s’étaient emparés.

Ils élurent alors un roi ; leur choix tomba sur Gondicaire, le même sans doute qui était hendin lors du passage du Rhin en 407, et qu’on peut regarder comme le fondateur de la première monarchie bourguignonne. Trois nations différentes vivaient donc alors sur le même sol – les Gaulois, les Romains et ces nouveaux conquérants, les Burgondes. C’est de la fusion de ces éléments divers que se forma la race régénérée.

Gondicaire justifia par sa conduite habile le choix de ses compatriotes. Sa capitale et sa résidence fut d’abord Genève, qui était alors au centre de ses États ; plus tard, ayant soumis toute la province lyonnaise, il transféra à Vienne, en Dauphiné, le siège de la monarchie, se rendit maître d’Autun et de toute la Séquanaise, porta ses armes jusque dans la Belgique et le pays de Metz, et ne fut arrêté dans ses conquêtes que par le patrice Aétius, qui, justement alarmé des envahissements de ses anciens alliés, leur déclara la guerre et les défit dans une sanglante bataille, en 435.

Vainqueurs et vaincus se réunirent bientôt contre un ennemi qui les menaçait tous ; les Huns se montraient de nouveau sur le Rhin ; Gondicaire avait été tué avec vingt mille des siens en s’opposant à leur passage ; Gondioc, son fils et son successeur, associa ses efforts à ceux d’Aétius pour combattre Attila, et partagea la gloire de la fameuse journée des plaines catalauniques. Fidèle aux traditions paternelles, il utilisa habilement les années de paix qui suivirent celte rude secousse.

C’est de ce règne que date la répartition territoriale et cette législation bourguignonne si profondément enracinée dans les moeurs du pays que, dans plusieurs de ses parties, elle a continué à régir la province jusqu’à la Révolution. de 1789. Gondioc se rit nommer patrice par les Romains, et obtint du souverain pontife le titre de fils. Il réunit à sa couronne le pays des Lingons, celui des Éduens, le Nivernais, le reste de la Lyonnaise et une partie de la Narbonnaise, de sorte que son empire avait au midi la Méditerranée pour limite. Il mourut à Vienne vers 470, laissant quatre fils qui se partagèrent ses vastes États.

La Bourgogne et la Comté échurent à Gondebaud, patrice et maître de la milice dès 473, arbitre des destinées à de l’empire qu’il fit donner à Glycérius, et, en 476, souverain indépendant lors de la ruine de la puissance romaine sous Augustule. Le bien qu’on pouvait attendre de la position ainsi simplifiée fut considérablement atténué par les dissensions qui éclatèrent entre Gondebaud et ses frères. Celui-ci, après avoir triomphé de toutes les agressions, ensanglante ses victoires par des violences que la barbarie du temps peut expliquer, mais que ne saurait justifier l’histoire.

Les représailles, au reste, ne se firent pas attendre. Clotilde, seconde fille de Chilpéric, un des frères de Gondebaud, qui avait eu en partage Genève, la Savoie et une partie de la Provence, après avoir échappé au’ massacre de sa famille vaincue et dépossédée, était devenue la femme de Clovis, chef des Francs. Cette princesse poursuivit avec une persévérance infatigable l’œuvre de vengeance qu’elle semblait s’être imposée, usant de toute l’influence qu’elle exerçait sur son époux pour l’armer contre son oncle, suscitant les scrupules du clergé de Bourgogne contre l’arianisme qu’avait embrassé Gondebaud, éveillant toutes les convoitises, envenimant toutes les haines contre celui dont elle s’était promis la perte. Gondebaud déjoua toutes les intrigues, repoussa toutes les attaques et lassa pour un temps cette implacable hostilité.

L’histoire de son règne peut se diviser en deux parties : la période belliqueuse, toute remplie des luttes dont nous venons d’énoncer l’origine et les résultats ; la période pacifique, consacrée à l’organisation administrative et judiciaire du royaume de Bourgogne. C’est dans cette dernière surtout qu’il faut chercher les titres de Gondebaud aux souvenirs de l’histoire ; il compléta, dans un esprit remarquable de justice et d’humanité, l’oeuvre commencée par son père ; il réunit ses ordonnances modifiées et les édits nombreux qu’il rendit lui-même dans une espèce de code devenu célèbre sous le nom de Loi Gombette. Ce règne, pendant lequel l’agriculture fut puissamment encouragée, les ruines des villes relevées, d’innombrables établissements ecclésiastiques fondés, marque l’apogée de la monarchie de Gondicaire.

Gondebaud mourut à Genève en 516 ; il eut encore deux successeurs, Sigismond et Gondemar ; mais l’inaction de l’un et la faiblesse de l’autre rendirent la tâche facile à la vengeance inassouvie de Clotilde et à l’ardeur conquérante des Francs. En 534, Clotaire et Childebert rassemblèrent leurs forces et envahirent la Bourgogne ; une seule bataille leur livra le pays. Gondemar alla s’enfermer dans Autun, où il tenta de résister aux fils de Clotilde ; mais ce dernier effort fut si peu vigoureux, si peu retentissant, qu’en enregistrant sa défaite, l’histoire reste muette sur les destinées du vaincu. En lui, s’éteignit la race de Gondicaire ; avec lui finit le royaume de Bourgogne, qui avait duré 120 ans.

Les princes francs se partagèrent les dépouilles de Gondemari Théodebert, roi de Metz, eut Besançon, Langres, Châlon, Genève et Viviers et Childebert, roi de Paris, et Clotaire, roi de Soissons, eurent le reste jusqu’au moment où ce dernier réunit sous son sceptre les États de ses frères. Un nouveau partage, qui eut lieu à sa mort en 562, constitua un second royaume de Bourgogne au bénéfice de son second fils, Gontran, possesseur en outre d’Orléans et du territoire de Sens.

Rien de plus lugubre à la fois et de plus confus que les annales de cette dynastie mérovingienne des rois de Bourgogne. La seule figure de Gontran repose le regard épouvanté de toutes les horreurs qui signalent la longue et sanglante rivalité de Frédégonde et de Brunehaut. Le peuple l’aimait, disent les chroniques du temps ; quand il approchait d’une ville, les habitants allaient au-devant de lui avec des bannières en criant : Noël ! Après sa mort,’ il fut mis au nombre des saints ; et, cependant, on rapporte que la dernière de ses trois femmes, la belle Austrégide, lui ayant demandé comme grâce en mourant de faire périr ses deux médecins, parce qu’ils n’avaient pas eu l’habileté de la guérir, il eut la faiblesse d’accomplir ce vœu barbare ; ajoutons que c’est le premier prince qui se soit fait entourer de gardes.

Childebert, sans changer son titre de roi d’Austrasie, hérita de la plus grande partie de la haute Bourgogne, qu’il conserva seulement trois ans et quelques mois. Thierry, son second fils, est le deuxième prince mérovingien qui soit désigné sous le nom de roi de Bourgogne et d’Orléans ; il se laisse diriger par Brunehaut, son aïeule ; l’histoire de son règne n’est qu’un tissu de trahisons, de massacres et d’atrocités de tout genre. Il meurt subitement à Metz d’un flux de sang, à l’âge de vingt-six ans, après en avoir régné dix-huit, et précédant. de quelques mois seulement dans le tombeau sa terrible aïeule, dont fait justice à son tour Clotaire II, fils de Frédégonde.

La première apparition des maires du palais à la cour de Bourgogne se rattache au règne de Thierry ; et ce sont les intrigues de Varnachaire II, revêtu de cette dignité, qui livrent Brunehaut à Clotaire et facilitent à ce prince, par la défaite des fils de Thierry, la réunion de la Bourgogne à la France. Les deux royaumes sont régis par le même sceptre et suivent les mêmes destinées jusqu’à la fin du IXe siècle, époque de la constitution des grands établissements féodaux sous les successeurs de Charlemagne.

Image illustrative de l'article Parc national des Forêts de Champagne et BourgogneCharles le Chauve avait trouvé dans la fidélité de la noblesse bourguignonne un précieux appui contre les attaques de Louis le Germanique ; mais toutes les leçons de l’expérience étaient perdues pour ce prince incapable. Son fils, Louis le Bègue, ne comprit pas davantage la nécessité. de réunir en faisceau les forces éparses de la monarchie défaillante. Sous son règne, la confusion et l’anarchie augmentèrent encore, le morcellement du territoire ne rencontra plus d’obstacle. Trois nouveaux royaumes furent formés avec les débris de l’ancien royaume de Bourgogne : celui de Provence ou de Bourgogne cisjurane, par Boson, élu roi au concile de Mantaille, en 879 ; celui de Bourgogne transjurane, par Rodolphe, couronné à Saint-Maurice, en Valais, en 888 ; et celui d’Arles, composé des deux premiers, en 930. Quant à la Bourgogne proprement dite, elle resta sous le gouvernement des ducs héréditaires, dont nous avons ici principalement à nous occuper.

L’origine des premiers ducs de Bourgogne était illustre, et ce qui vaut mieux encore, nous retrouvons là, comme à la souche de presque toutes les grandes dynasties féodales, un de ces hommes auxquels il n’a manqué qu’un autre théâtre pour que l’histoire les mette au rang de ses héros. Richard le Justicier, comte d’Autun, était fils de Beuves, comte d’Ardenne, frère de Boson, roi de Provence, et sa soeur Richilde avait épousé Charles le Chauve en 870.

Sans vouloir nier ce que ces hautes alliances durent ajouter à son crédit, on peut dire qu’il fut surtout le fils de ses œuvres. Sincèrement et loyalement dévoué au roi son bienfaiteur, il le défendit contre les entreprises de sa propre famille. Il battit, en 880, les troupes de son frère Boson près de la Saône, mit garnison dans Mâcon au nom des rois Louis et Carloman, et donna le gouvernement de cette ville à Bernard, dit Plantevelue, tige des comtes héréditaires de Mâcon. Après s’être emparé de Lyon, il assiégea Vienne, dont il chassa Boson, et emmena prisonnière à Autun sa femme Hermangarde avec ses enfants, en 882. Il secourut Charles le Simple contre Eudes, comte de Paris, défit une première fois, en 888, dans les plaines de Saint-Florentin, les Normands, qui avaient pénétré dans la Bourgogne et dévasté Bèze ; remporta de nouvelles victoires sur eux, avec l’aide des, Auxerrois conduits par leur évêque Géran, gagna, contre le fameux chef Rollon, une bataille décisive auprès de Chartres, et fit lever le siège de cette ville en 911.

Étant à l’agonie, et les évêques l’exhortant à demander pardon à Dieu d’avoir versé tant de sang humain : Quand j’ai fait mourir un brigand, répondit-il, j’ai sauvé la vie aux honnêtes gens, la mort d’un seul ayant empêché ses complices de faire plus de mal. Il mourut à Auxerre en 921, laissant de sa femme Adélaïde soeur de Rodolphe Ier roi de la Bourgogne transjurane, trois fils : Raoul, son successeur, qui devint ensuite roi de France, Hugues le Noir et Boson.

Les ducs bénéficiaires de Bourgogne furent au nombre de sept, et régnèrent, de 880 à 1032, dans, l’ordre suivant : après Richard, Raoul le Noble, qui fut roi pendant la captivité de Charles le Simple à Péronne ; il eut pour successeur son beau-frère, Gilbert de Vergy, qui maria sa fille aînée à Othon, fils de Hugues le Grand ; Hugues le Noir, second fils de Richard, occupa pendant quelque temps le duché à la mort de Gilbert, plutôt comme usurpateur que comme héritier ; il en fut dépossédé par Louis d’Outre-mer au profit de Hugues le Blanc ou le Grand, cinquième duc.

On connaît la haute fortune de cette maison : pendant que Hugues Capet mettait la couronne de France sur sa tête, ses deux frères, Othon et Henri, possédaient successivement le duché de Bourgogne. La mort du septième et dernier duc Henri fut le signal de violentes contestations, de luttes sanglantes et d’une nouvelle répartition territoriale. Il avait laissé un fils adoptif, Othe-Guillaume, qui, soutenu par une partie des populations et les sympathies de la noblesse, prétendait à la succession de Henri ; le roi Robert, neveu paternel du duc, revendiquait de son côté l’héritage comme étant son plus proche parent ; la guerre éclata ; enfin, après treize ans d’une lutte indécise et ruineuse, l’intervention de l’évêque d’Auxerre amena un arrangement en vertu duquel le duché de Bourgogne était restitué à Robert, tandis que Othe conservait viagèrement le comté de Dijon.

Par une singulière coïncidence, à peu près à la même époque où le duché bénéficiaire prenait fin par sa réunion au domaine de la couronne, le second royaume de Bourgogne s’éteignait, après cent cinquante ans de durée, dans la personne d’Eudes, comte de Troyes, tué dans sa lutte contre Conrad II. Des débris de ce royaume furent formés les comtés de Provence, de Savoie, de Viennois, de Bourgogne ou Franche-Comté ; le reste fut réuni par Conrad à l’Empire. Ce comté de Bourgogne fut donné aux descendants de Othe en échange du comté de Dijon, et Lambert, évêque de Langres, ayant remis au roi Robert tous les droits qu’il possédait sur cette ville, ce prince en fit, au préjudice d’Autun, la capitale du duché qu’il donna à son fils Henri.

Le règne de Robert forme donc une des époques les plus importantes de l’histoire de Bourgogne : démembrement et fin du second royaume de Bourgogne ; formation d’un comté et transformation du duché bénéficiaire fondé par Richard le Justicier en un duché héréditaire qui va devenir l’apanage des princes du sang royal. Tels sont les faits essentiels qui se rapportent à cette date.

Henri Ier, fils aîné de Robert, nommé duc de Bourgogne en 1015, et devenu roi de France en 1031, céda son duché à son frère Robert, tige d’une dynastie de douze ducs, qui possédèrent la province de 1032 à 1361. Les termes de la charte d’octroi portent que le duché est donné pour en jouir en pleine propriété et passer à ses héritiers. Robert Ier, premier duc de la première race royale, usa assez tyranniquement de sa souveraineté ; son règne fut tout rempli de violents démêlés avec les Auxerrois ; il mourut à FIeurey-sur-Ouche, en 1075, après un règne de quarante-trois. ans, d’un accident tragique et honteux que l’histoire n’explique pas.

Son petit-fils, Hugues Ier, s’appliqua, par la sagesse et la douceur de son administration, à faire oublier les violences de son aïeul ; il prêta volontairement serment de maintenir les droits et privilèges de la province, et commit à six barons l’autorité de réprimer, même par les armes, les empiétements de ses successeurs. Après avoir remis son duché à Eudes Ier, son frère, il se retira, en 1078, à Cluny, sous la discipline de saint Hugues, son grand-oncle. Le plus éloquent éloge des vertus de ce prince est dans les phrases suivantes d’une lettre que le pape Grégoire VII écrivait à l’abbé de Cluny, pour lui reprocher d’avoir encouragé la résolution de Hugues : « Vous avez enlevé le duc à la Bourgogne, et par là vous ôtez à cent mille chrétiens leur unique protecteur. Si vous ne vouliez pas exécuter mes ordres qui vous le défendaient, au moins eussiez-vous dû être sensible et céder aux gémissements des pauvres, aux larmes des veuves et aux cris des orphelins. »

Les ravages d’une peste horrible, qu’on appela le feu sacré, et la fondation de l’ordre des chartreux par saint Bruno sont les événements les plus importants qui se rattachent à ce règne. Eudes se croisa et alla mourir à Tarse, en Cilicie, en 1102. Hugues II, son fils, mérita le surnom de Pacifique. Il fut l’ami de saint Bernard et s’occupa beaucoup de pieuses fondations.

L’aîné de ses fils et son successeur, Eudes II, hérita de ses vertus. Quoiqu’il se soit décidé deux fois à faire la guerre, d’abord pour consacrer ses droits de suzeraineté sur Saint-Germain d’Auxerre, Saint-Florentin et le comté de Troyes, que lui contestait Thibaut, son beau-père, et ensuite pour aller délivrer des Sarrasins son cousin Alphonse de Portugal, il prouva qu’il estimait les bienfaits de la paix à. leur juste valeur en refusant de céder au grand entraÎnement qui poussait vers la terre sainte les rois, princes et seigneurs de son temps. Il préféra le bonheur de ses sujets à une gloire incertaine, s’appliqua à faire régner l’union et la prospérité autour de lui, et paya sa dette à la religion en fondant de nouveaux monastères, en dotant ceux qui existaient déjà, en achevant les constructions commencées, et notamment la cathédrale d’Autun.

Hugues III, son fils, dont le règne commença en 1168, sut moins bien résister à la contagion des exemples ; il guerroya contre les grands vassaux ses voisins, prit la croix en 1178. Rejeté en France par une violente tempête, il revint bâtir la Sainte-Chapelle de Dijon, en accomplissement d’un vœu qu’il avait fait au moment du danger. En 1190, il repartit avec Philippe-Auguste et assista à la prise de Saint-Jean-d’Acre, puis mourut à Tyr en 1192. Avant de quitter la Bourgogne, il avait constitué la commune de Dijon.

Hugues Ill semble revivre dans son fils Eudes III. Aventures lointaines, exploits guerriers, affranchissement des communes caractérisent ce règne comme le précédent. La participation à l’expédition qui plaça Baudouin sur le trône de Constantinople, la croisade contre les Albigeois avec Simon de Montfort, la glorieuse journée de Bouvines en sont les dates les plus éclatantes. Le règne de Hugues IV fut heureusement préparé par l’habile régence de sa mère, Alix de Vergy. Dès qu’il fut majeur, le prince confirma la commune de Dijon ; figura comme un des douze pairs au sacre de Louis IX, ajouta à ses domaines le comté d’Auxonne et fit reconnaître sa suzeraineté sur celui de Mâcon.

Hugues fut un des plus fidèles compagnons de saint Louis ; il partagea ses périls et sa captivité dans la première croisade. Le roi, de son côté, visita plusieurs fois la Bourgogne ; il y laissa de profonds souvenirs de sa sainteté et de sa justice. Hugues, après avoir refusé au pape Innocent IV fugitif un asile dans ses États, eut la faiblesse d’y accueillir, en qualité de. grand inquisiteur, un cordelier, Robert, fanatique et apostat, qui traînait avec lui une femme perdue ; ce ne fut qu’après de nombreuses exécutions et beaucoup de sang répandu que les impostures de ce misérable furent dévoilées. Cet épisode est une tache regrettable dans l’histoire de Hugues IV.

Robert II, troisième fils de Hugues, ne dut la tranquille possession du duché qu’à Philippe le Hardi, qui l’en déclara seul et légitime héritier, contre les prétentions de ses beaux-frères. Jamais liens plus étroits ne rattachèrent la maison de Bourgogne à celle de France. Robert avait épousé Agnès, fille de saint Louis, et il eut pour gendre Philippe de Valois, marié à Jeanne, sa fille, en 1315. L’intimité de ces alliances donnèrent à Robert une grande influence dans la direction des affaires de l’État. Après le mas sacre de s Vêpres siciliennes, il fat chargé d’aller secourir Charles de Naples. Philippe le Bel le nomma grand chambrier de France, gouverneur du Lyonnais, gardien du comté de Bourgogne, et, mission plus délicate, son principal intermédiaire dans ses démêlés avec Boniface VIII.

Quoique chargé de si graves intérêts, Robert ne négligea pas ceux de son duché ; un remaniement des monnaies et d’importants accroissements de territoire classent son règne parmi les plus glorieux de sa dynastie. Il eut neuf enfants, dont plusieurs moururent avant lui ; Hugues V, l’aîné des survivants, eut pour régente, pendant sa minorité, sa mère, Agnès. A peine majeur, il mourut, ne laissant de son règne si court que le souvenir de sa brillante réception comme chevalier, et comme date sanglante, la condamnation des templiers.

EudesBourgogne.jpgEudes IV, son frère, prit aussitôt possession du duché. Agnès obtint qu’il transigeât avec les prétentions de Louis, son dernier frère, en lui abandonnant le château de Douesme avec une rente de 4 000 livres. A la mort de Louis le Hutin, Eudes, à défaut d’héritier mâle, voulut faire valoir les droits de Jeanne, sa nièce, fille du roi défunt. L’application de la loi salique, réclamée par Philippe le Long, régent du royaume, rendait vaines ses réclamations ; pour le dédommager, Philippe lui donna en mariage, avec 100 000 livres de dot, sa fille aînée, héritière par sa mère des comtés de Bourgogne et d’Artois. L’accord se rétablit, et la confiance royale valut dans la suite à Eudes une influence qu’il justifia par sa sagesse et sa capacité. Il mourut dans cette désastreuse année de laquelle un versificateur du temps a dit :

En trois cent quarante-neuf,
De cent ne demeuroient que neuf.

Son fils aîné était mort trois ans auparavant d’une chute de cheval au siège d’Aiguillon, laissant pour héritier unique son fils, Philippe de Rouvres, âgé de cinq ans. La tutelle fut confiée d’abord à Jeanne de Boulogne, mère du jeune duc, et ensuite au roi Jean, qui épousa la noble veuve. Jean vint à Dijon, en 1350, et il jura publiquement, dans l’église de Saint-Bénigne, de conserver et maintenir les franchises, immunités et privilèges de la province.

Cette période est tout entière remplie par les calamités entraînaient pour la France les envahissements des Anglais ; la Bourgogne n’était pas plus épargnée Châtillon avait été brûlé, Tonnerre pillé, Flavigny était devenu la place d’armes de l’ennemi ; tout le pays étant ou envahi ou menacé, les trois ordres -des deux Bourgognes s’assemblèrent à Beaune, et on vota 200 000 moutons d’or, c’est-à-dire plus de 2 000 000 de livres, somme énorme pour le temps, comme rançon de la province. Ce fut au milieu de ces calamités que Philippe, ayant atteint l’âge fixé pour sa majorité (quinze ans), prit, en 1360, le gouvernement du duché. A peine venait-il de contracter avec Marguerite de Flandre l’union arrêtée depuis longtemps et de ramener son épouse dans son château de Rouvres, près de Dijon, qu’un accident, une chute, mit fin à ses jours, en 1361. Beaucoup d’espérances reposaient sur cette jeune tête ; son coeur semblait animé des plus nobles sentiments : « Il vécut peu, a dit un historien du temps, et fut longtemps regretté ».

Il fut le douzième et dernier duc de-la première race royale, qui avait régné trois cent vingt-neuf ans. Dès que le roi Jean apprit sa mort, il prit possession de ses États, non comme roi de France, mais comme plus proche parent du duc : Ratione proximitatis, non coronae nostrae, hommage éclatant rendu à l’indépendance de la Bourgogne comme État. Après le traité de Brétigny, il se rendit à Dijon, et là, solennellement et officiellement, il unit et incorpora, le duché à la couronne.

Cette annexion, but d’une ambition à courte vue, ne devait point encore être définitive, la pensée de constituer l’unité française était alors encore loin des meilleurs esprits ; le roi Jean, qui avait une prédilection marquée pour Philippe, son quatrième fils, lequel d’ailleurs l’avait vaillamment défendu à la bataille de Poitiers en 1356, et avait partagé sa captivité en Angleterre, lui donna le duché de Bourgogne à titre d’apanage, réversible à la couronne faute d’hoirs mâles, l’institua premier pair de France, dignité dont s’étaient prévalus dans plusieurs occasions les ducs d’Aquitaine et de Normandie.

Philippe, surnommé le Hardi, inaugura donc, en 1363, la seconde dynastie royale des ducs de Bourgogne. Après avoir, selon l’usage, prêté serment de respecter les privilèges provinciaux, il prit possession de ses vastes domaines. Les temps étaient critiques, mais l’occasion de se poser en libérateur n’en était que plus favorable pour quiconque parviendrait à calmer l’orage et à éloigner le péril. Philippe, aidé de Du Guesclin, débuta par purger le pays des bandes indisciplinées de routiers, écorcheurs et malandrins, qui le dévastaient ; il dompta ensuite la terrible Jacquerie, et, déjà renommé par ses exploits militaires, il consolida et agrandit sa puissance par son mariage avec Marguerite de Flandre.

Cette alliance ajoutait à ses États les comtés de Bourgogne, d’Artois, de Flandre, de Rethel, de Nevers, et en faisait un des souverains les plus redoutables de l’Europe. Le roi de France eut recours à lui contre les attaques des Anglais et du roi de Navarre, Charles le Mauvais. Philippe sut arrêter et contenir l’ennemi ; il triompha de, la patriotique révolte des Gantois, commandés par l’héroïque Artevelde. Il reçut, à Dijon, le roi Charles VI avec une magnificence qui devint traditionnelle à la cour de Bourgogne. Il acquit le Charolais, en 1390, au prix de soixante mille écus d’or. Il envoya son fils aîné, Jean, comte de Nevers, avec une armée au secours de Sigismond, roi de Hongrie, menacé par les musulmans. Pendant la maladie de Charles VI, il avait été choisi par les états généraux, en 1392, pour gouverner le royaume Cette préférence, en excitant la jalousie de la maison d’Orléans, devint la source d’une haine irréconciliable qu’en mourant il légua, héritage funeste, à son fils Jean sans Peur. Ce prince succéda à son père en 1406 ; il avait épousé, en 1385, Marguerite de Bavière, dont la dot grossissait ses États de trois comtés : le Hainaut, la Hollande et la Zélande. Ses premiers actes furent ceux d’un prince habile, mais peu scrupuleux.

Après avoir remis un pou d’ordre dans les finances, compromises par les prodigalités de son père, il donna satisfaction à la haine qui couvait dans son cœur. Le 23 novembre 1407, Louis d’Orléans, en sortant de l’hôtel Barbette, à Paris, où il avait soupé avec la reine Isabeau de Bavière, tombait, rue Vieille-du-Temple, sous les coups d’un gentilhomme normand, Raoul d’Octonville, écuyer du duc Jean.

La justice étant impuissante en face d’un si grand criminel, la guerre éclata entre Armagnac et Bourgogne ; le fils du duc d’Orléans avait épousé la fille du comte d’Armagnac, et celui-ci se posa en vengeur du duc d’Orléans La durée de cette triste guerre ne fut interrompue que par les périls extrêmes de la France et la désastreuse campagne qui aboutit à la journée d’Azincourt.

Ce jour-là les deux familles rivales combattirent encore sous le même drapeau ; mais la haine étouffa bientôt ce qui restait de patriotisme et de loyauté. Jean, par un traité secret signé en 1416, s’allia aux Anglais, et l’abandon de Rouen fut le gage de sa trahison. Une sédition payée (celle de Périnet-Leclerc, 1418) et un massacre lui ouvrirent même les portes de Paris, où il entra en triomphateur, salué par les acclamations du peuple égaré, qui criait sur son passage : Noël ! vive le duc de Bourgogne, qui abolit les impôts !

Mais ce triomphe fut de courte durée ; le crime appelait la vengeance ; elle fut digne du coupable, digne des mœurs du temps. Un projet de paix et de réconciliation générale fut proposé, une entrevue avec le dauphin fut convenue, et le rendez-vous fixé, pour le 10 septembre 1419, sur le pont de Montereau. L’entourage intime de Jean avait été gagné ; il partit donc sans défiance ; mais quand il se fut avancé sur le pont, escorté de dix chevaliers seulement, les complices du duc d’Orléans, Tanneguy du Châtel et le sire de Barbazan à leur tête, se précipitèrent sur les Bourguignons et percèrent Jean de leurs coups. Les assassins voulaient jeter son corps dans la Seine, mais le curé de Montereau obtint qu’il lui fût remis ; il le garda jusqu’à minuit, le fit alors porter dans un moulin voisin et le lendemain à l’hôpital, où on l’ensevelit dans la bière des pauvres.

La mort de Jean sans Peur mit Philippe, dit le Bon, en possession de ses États à l’âge de vingt-trois an§. Il était à Gand lorsqu’il apprit la fin tragique de son père. Brûlant du désir de le venger, il convoqua à Arras une assemblée de grands seigneurs,. à laquelle il invita le roi d’Angleterre, qui était à Rouen. C’est là que fut préparé, pour être conclu à Troyes en 1420, le monstrueux traité qui, de complicité avec Isabeau, épouse et mère dénaturée, déshéritait, au profit de l’étranger, le dauphin Charles VII, du vivant de son père en démence.

Les événements de cette période sont trop connus et d’un intérêt trop général pour que nous entrions ici dans leur récit détaillé. Philippe, qui par la fin de son règne racheta les fautes du commencement, fut alors le complice de tout ce qui se trama et s’exécuta contre la France. Son excuse est dans le souvenir encore récent du meurtre de son père ; mais on ne petit même pas lui faire un mérite de son repentir, car son retour à la. cause française fut déterminé surtout par les outrages dont les Anglais l’abreuvèrent dès qu’ils crurent ne plu s avoir besoin de lui.

C’est en 1434, et par l’intervention de Charles, duc de Bourbon, que furent posés les préliminaires d’une réconciliation trop tardive et cimentée définitivement par le traité d’Arras, le 21 septembre de l’année suivante. L’insolence des termes prouve à quel point la royauté de France était humble et faible devant ce vassal que dédaignaient les Anglais. Charles désavoue le meurtre de Jean, et Philippe, après l’énoncé des dédommagements qui lui sont accordés, s’exprime ainsi : A ces conditions, pour révérence de Dieu et pour la compassion du pauvre peuple, duc par la grâce de Dieu, je reconnais le roi Charles de France pour mon souverain. Hâtons-nous d’ajouter que jamais parole donnée ne fut mieux tenue, et qu’à dater de cette époque la conduite de Philippe fut aussi irréprochable qu’elle avait été jusque-là criminelle.

La prospérité de ses peuples, le développement des bienfaits de la paix devint son unique préoccupation. L’union des deux maisons de France et de Bourgogne fut resserrée par le mariage du comte de Charolais, héritier de Philippe, avec Catherine de France, fille de Charles VII. Lorsque Louis XI, dauphin, quitta la cour de son père, Philippe lui refusa un asile en Bourgogne, où ses intrigues pouvaient être un danger pour la couronne et lui offrit à Geneppe, dans ses terres de Flandre, une hospitalité digne de son rang. Lors de la sédition qu’occasionna, parmi les chefs de l’armée, la désorganisation de l’ancien système militaire, il intervint entre les rois et les rebelles, et obtint d’eux qu’ils renonçassent à leurs projets de guerre civile.

Quoique l’insubordination de ses sujets flamands le tînt le plus souvent éloigné de la Bourgogne, il y entretint toujours une administration éclairée et paternelle. Son règne fut l’apogée des prospérités de la province. « Il mit ses pays, dit Saint-Julien de Baleure, en si haute paix et heureuse tranquillité qu’il n’y avoit si petite maison bourgeoise en ses villes où on ne bût en vaisselle d’argent ». Ce témoignage naïf est un plus éclatant hommage à sa mémoire que toutes les splendeurs de sa cour et les magnificences de l’ordre de la Toison d’or, dont on sait qu’il fut le fondateur. Il mourut à Bruges d’une esquinancie, en 1467, à l’âge de soixante et onze ans ; son corps fut transporté plus tard aux Chartreux de Dijon. Peu de princes furent aussi profondément et aussi justement regrettés.

Charles le Téméraire, quoique son règne n’ait commencé qu’en 1467, suivait depuis plusieurs années une ligne de conduite indépendante et souvent même opposée aux intentions pacifiques de son père. Sa participation à la ligue du Bien public, ses violents démêlés avec Louis XI étaient certainement peu dans les vues de Philippe, déjà vieux et ami de la paix.

Aux qualités héréditaires de sa race, courage, franchise, générosité, Charles joignait des défauts qui lui étaient personnels et qui rendaient bien périlleuse la lutte engagée avec Louis, le plus habile politique de son temps. Charles était arrogant, présomptueux, plein de fougue et d’obstination, incapable de pressentir les pièges qui lui étaient tendus, plus incapable encore de tourner une difficulté ou de recourir à l’adresse pour sortir d’un mauvais pas. Il épuisa toute son énergie, toutes les ressources de sa puissance à lutter contre les embarras que lui suscitait le roi de France sans paraître soupçonner de quelle main parlaient les coups qui lui étaient portés.

Les révoltes de Gand et de Liège, victorieusement, mais trop cruellement réprimées, lui aliénaient les populations et ne lui laissaient pas la libre disposition de ses forces. Il eut en son pouvoir, à Péronne, son rival, convaincu de complicité avec les Liégeois rebelles, et au bout de trois jours il lui rendit sa liberté, se contentant d’une promesse de neutralité qu’il fut le seul à prendre au sérieux. Il s’empara des comtés de Ferrette et de Brisgau, sans se soucier de la rupture avec la Suisse, qui en était la conséquence inévitable ; l’hostilité de ce voisinage l’entraîna dans une guerre dont il n’entrevit pas un seul instant la portée. Battu à Granson, il lui fallut à tout prix une revanche, et la journée de Morat changea en désastre ce qui pouvait n’être qu’un échec. L’importance qu’il avait toujours donnée aux prestiges de l’apparat, aux formes extérieures de la puissance, devait rendre mortel l’affront que ses armes avaient reçu ; il le comprit bien, et on le vit périr de mélancolie et de chagrin plus encore que de sa dernière défaite sous les murs de Nancy.

Il avait été mortellement frappé le 5 janvier 1477 ; son corps, à demi engagé dans un étang glacé, ne fut reconnu que deux jours après à la longueur de ses ongles et à une cicatrice résultant d’une blessure qu’il avait reçue à la bataille de Montlhéry, en 1465. Avec lui finit le duché héréditaire de Bourgogne, dont les possesseurs avaient cinq duchés à hauts fleurons, quinze comtés d’ancienne érection et un nombre infini d’autres seigneuries, marchaient immédiatement après les rois, comme premiers ducs de la chrétienté, et recevaient des princes étrangers le titre de grands-ducs d’Occident.

Portrait de Louis XIV en costume de sacre par Hyacinthe Rigaud en 1701.Charles laissait pour unique héritière une fille, la princesse Marie. Louis XI s’en fit d’abord donner la tutelle ; puis, à force de séductions et de promesses, il obtint du parlement de Dijon la réunion du duché à la couronne de France. Une alliance du dauphin avec Marie aurait légitimé cette usurpation. Louis ne voulut pas y consentir ; c’est la faute la plus capitale qu’on puisse reprocher à sa politique ; d’ailleurs ce mariage eût été trop disproportionné, le jeune dauphin ayant à peine huit ans et Marie de Bourgogne étant dans sa vingt et unième année. L’archiduc Maximilien, étant devenu l’époux de la fille de Charles le Téméraire, revendiqua les droits de sa femme et- remit en question l’unité française, qu’il eût été si facile de constituer.

Mais ce qui échappa à la perspicacité des politiques, l’instinct public le comprit et la force des choses l’amena ; le lien qui venait de rattacher la Bourgogne à la France, quelque irrégulier qu’il fût, ne devait plus être rompu. Malgré les alternatives d’une longue lutte, malgré le péril qu’entretenait pour les frontières de la province le voisinage de la Comté demeurée en la possession de l’étranger, malgré l’espèce de consécration que donnait aux droits de Maximilien sa domination sur les Flandres, la Bourgogne demeura française, et ses destinées restent dès lors indissolublement unies à celles de la patrie commune. Le titre de duc de Bourgogne reste attaché à l’héritier direct de la couronne, et chaque jour, malgré la fidélité des souvenirs aux traditions de l’histoire provinciale, la similitude de langage, l’affinité des mœurs, la communauté des intérêts. rend plus complète la fusion des deux États.

La lutte de François Ier et de Charles-Quint, les guerres religieuses et les troubles de la Fronde sont les épisodes les plus marquants qui se rattachent à la période française des annales bourguignonne s. Les populations furent admirables de dévouement et d’héroïsme pendant la première de ces crises, luttant à la fois contre les Espagnols, l’Autriche et les Comtois, donnant par souscriptions volontaires des sommes considérables, outre celles votées par les états pour la rançon de l’illustre prisonnier de Pavie, et refusant d’accéder à la condition du traité de Madrid, qui cédait la Bourgogne à Charles-Quint, représentant à ce sujet qu’ayant par les droits de la couronne et par leur choix des maîtres nécessaires, il ne dépendait pas de la volonté du monarque de les céder ainsi. La noblesse ajouta que si le roi l’abandonnait, elfe prendrait le parti extrême de se défendre et de s’affranchir de toutes sortes de domination, et qu’elle répandrait pour ce dessein jusqu’à la dernière goutte de son sang.

La fierté de ces sentiments, puisés dans les glorieux souvenirs du passé, arrêta longtemps les progrès du protestantisme ; la Bourgogne voulait être la dernière à souffrir sur son sol une nouvelle religion, puisqu’elle avait été chrétienne avant tous les Français, qui ne l’étaient devenus que par le mariage de leur princesse Clotilde avec le fondateur de la monarchie française. Les fléaux que déchaîna le fanatisme sur tant d’autres provinces furent évités jusqu’à la déplorable organisation des ligues catholiques, et, grâce à l’intervention du digne président Jeannin, le plus grand nombre des villes de Bourgogne ne fut pas ensanglanté par les massacres de la Saint-Barthélemy. Cependant l’obstination de Mayenne prolongea jusqu’en 1595 les calamités de la guerre civile, à laquelle mit fin seulement la victoire remportée par Henri IV sur les Espagnols à Fontaine-Française. Le 6 juin de cette année, ce monarque fit son entrée à Dijon ; il assista à l’élection du maire, jura de respecter les privilèges de la ville, et se contenta de changer quelques magistrats municipaux et de faire fermer le collège des jésuites.

Les dernières épreuves que la Bourgogne eut à traverser furent, sous Louis XIII, une révolte des vignerons, qui se réunissaient au refrain, Lanturlu, d’une vieille chanson, ce qui fit désigner cette révolte, qui, d’ailleurs, fut bientôt apaisée, sous le nom de Révolte des Lanturlus. Puis vint l’invasion des Impériaux amenée par les révoltes de la noblesse contre Richelieu et le. siège mémorable de Saint-Jean-de-Losne, les agitations de la Fronde, auxquelles l’influence des Condé dans la province donna une certaine importance, mais auxquelles manqua, presque partout l’appui des populations.

Dans les époques plus récentes, la Bourgogne prit sa part de tous les événements heureux on funestes dont la France fut le théâtre. La Révolution de 1789 y fut accueillie comme’ une ère réparatrice, qui devait faire disparaître les tristes abus financiers des derniers règnes, et assurer à chacun les libertés que l’on réclamait depuis longtemps. Les gardes nationales s’y organisèrent avec une rapidité merveilleuse, et, oubliant les vieilles rivalités qui les divisaient sous l’ancien régime, elles s’unirent à celles de la Franche-Comté et demandèrent à marcher ensemble les. premières contre l’ennemi.

Le département de la Côte-d’Or fournit donc un large contingent aux phalanges républicaines qui, après avoir refoulé l’ennemi, promenèrent le drapeau national dans toutes les capitales de l’Europe ; et lorsque, moins heureux, les soldats de Napoléon jar expièrent par les désastres de 1814 et 1815 les triomphes passés, nulle part ils ne trouvèrent un plus vaillant appui et de plus patriotiques sympathies que dans les populations de la Bourgogne. Depuis que les luttes de l’industrie et des arts ont remplacé dans la vie des peuples modernes les vicissitudes des champs de bataille, la Côte-d’Or, grâce au génie de ses habitants et aux richesses de son sol, a su conquérir une importance et une prospérité qui lui permettent de ne rien regretter des gloires et des grandeurs de l’ancienne Bourgogne.

Pendant la néfaste guerre de 1870-71, le département de la Côte-d’Or eut d’autant plus à souffrir de l’invasion allemande que Dijon fut successivement pris pour centre d’opérations et par les Français et par les Allemands. À la nouvelle que le passage des Vosges avait été forcé par l’ennemi et que la ligne de défense de Vesoul à Lure venait d’être abandonnée par le général Cambriels qui s’était retiré à Besançon, la résistance s’organisa à Dijon sous la direction du docteur Lavalle, membre du conseil général, tandis que Garibaldi, autorisé par le gouvernement de la défense nationale, formait un corps d’armée composé de quatre brigades dont il confiait le commandement à Bossack, Marie, Menotti et Ricciotti. Le général de Werder, commandant du 4e corps allemand, marchait sur Dijon et, le 27 octobre 1870, repoussait, à Talmay, les troupes françaises commandées par Lavalle, qui ne se composaient guère que de quelques bataillons de mobiles et de gardes nationaux.

Pendant ce temps, Garibaldi se portait sur la droite du côté de Poutailler pour essayer de rejoindre les troupes du général Cambriels. L’ennemi, ayant passé la Saône à Gray, se porta sur Dijon ; les troupes qui s’opposaient à sa marche furent repoussées à la bifurcation des routes de Gray à Dijon et à Auxonne. À la suite d’un nouveau combat livré à Saint-Apollinaire le 30 octobre, les Allemands entrèrent à Dijon. Garibaldi qui avait en vain essayé d’accourir à la défense de la ville, ce qu’il ne put faire, parce que le pont de Pontailler avait été rompu, voulut du moins protéger les autres grandes villes de la Côte-d’Or ; il fit occuper Saint-Jean-de-Losne et Seurre et lui-même revint à Dôle. Le 2 novembre l’ennemi, maître de Dijon, marchait sur Beaune et Chagny. Les troupes de Garibaldi gardèrent les rives de l’Oignon et de la Saône ; le 5 novembre, elles repoussèrent l’ennemi près de Saint-Jean-de-Losne.

A la suite de cet échec, les Allemands revinrent à Dijon pour s’y reformer et firent de cette ville le centre de leurs opérations dans l’Est. Ils reprirent bientôt l’offensive et repoussèrent d’abord, le 30 novembre, les troupes de Garibaldi ; mais le 3 décembre, celui-ci, appuyé parle général Cremer, les battit complètement à Arnay-le-Duc et à Bligny-sur-Ouche, les rejetant presque sous les murs de Dijon. Cette double victoire, qui empêchait l’ennemi de dépasser Chagny, sauva le reste du département et peut-être même Lyon. Le général de Werder revint une fois encore à Dijon pour reposer ses troupes et les reformer ; mais les événements avaient marché Au nord-est ; il dut envoyer ses troupes sous les murs de Belfort qui se défendait avec acharnement, et il ne laissa à Dijon que le général Glumer avec deux bataillons et à Semur une brigade badoise. Ces troupes furent elles-mêmes bientôt rappelées et, le 6 janvier 1871, Garibaldi rentrait à Dijon, y organisait de nouveau la défense ; il était temps, car une armée de 70 000 AIlemands s’avançait pour empêcher Bourbaki de se porter à la défense de Belfort.

Trois corps de cette armée furent successivement attaqués et battus dans les journées des 21, 22 et 23 janvier, par le général Pélissier et Garibaldi, d’abord à Fontaine et à Talant, puis à Plombières, à Daix, à Hauteville et au Val-de-Suzon. D’habiles dispositions permettaient d’espérer des succès plus décisifs lorsque, le 29 janvier, on apprit la capitulation de Paris et la notification de l’armistice. Par une fatalité encore mal expliquée, les départements de la Côte-d’Or, du Doubs et du Jura n’étaient pas compris dans cet armistice ; l’armée de l’Est était refoulée vers la Suisse, la continuation de la lutte devenait impossible, il fallut se résigner à abandonner Dijon qui ne fut évacué par l’ennemi qu’après la signature des préliminaires de paix. Quant à Garibaldi, qui le 28 janvier était parvenu à réunir à Dijon près de 50 000 hommes et 90 canons, il avait agi si habilement et avec tant de promptitude qu’il put opérer sa retraite sans rien perdre de son matériel. L’invasion allemande avait coûté au département de la Côte-d’Or 14 464 427 fr. 29.

Publié dans Côte d'Or | 2 Commentaires »

Histoire du département de la Saône-et-Loire

Posté par francesca7 le 21 juillet 2014

 

(Région Bourgogne)

200px-Clocher_de_clunyLes Éduens, puissante tribu de la Gaule centrale, occupaient, avant l’invasion romaine, la plus grande partie du territoire dont a été formé le département de Saône-et-Loire. C’est comme allié des Éduens, et appelé par eux, pour les aider dans une guerre qu’ils soutenaient contre les Séquanais, que César franchit les Alpes.

L’occupation romaine ne rencontra donc d’abord dans la contrée aucune résistance et n’y souleva aucune opposition. Bibracte (dont on crut jusqu’en 1851 qu’il s’agissait d’Autun), la vieille capitale du pays, fut adoptée par les soldats de César comme une seconde patrie ; mais cette union, qui reposait sur un malentendu, ne fut pas de longue durée ; lorsque les Éduens virent se changer en conquête définitive une occupation qu’ils n’avaient acceptée que comme un secours momentané, leur esprit national se réveilla et les sympathies anciennes firent bientôt place à une hostilité mal déguisée.

De leur côté, les conquérants, pour entraver l’organisation de la révolte, changèrent à diverses reprises les divisions administratives de la province. Une levée de boucliers répondit à ces mesures vexatoires ; les esclaves gladiateurs destinés aux cirques de Rome se réunirent sous un chef acclamé par eux, le vaillant Sacrovir ; la population presque entière se joignit à eux, et les Éduens tentèrent, mais trop tard, de réparer la faute qu’ils avaient commise en appelant l’étranger dans leur patrie. Cette tentative échoua comme celle de Vercingétorix dans l’Arvernie ; les dernières forces de la race celtique s’y épuisèrent, et la volonté des Éduens n’eut même plus à intervenir dans le choix des maîtres qui se disputèrent leur territoire.

Quand le colosse romain commença à vaciller sur ses bases, quand les possessions de l’empire énervé purent être attaquées impunément, la Saône fut franchie tour à tour par les hordes barbares qui, des rives du Rhin ou du sommet des Alpes, se ruaient dans les plaines de l’ouest et du midi.

Attila, avec ses Huns, passa comme une avalanche. Les lourds Bourguignons s’arrêtèrent au bord du fleuve, et jusqu’à la venue des Francs le pays fut possédé par deux maîtres à la fois, les Bourguignons et les Romains. Les nouvelles divisions territoriales qu’entraîna la conquête de Clovis, les partages de son héritage, plus tard la constitution des grands fiefs donnèrent naissance à un royaume, puis à un duché de Bourgogne, dont fit presque toujours partie le département de Saône-et-Loire, mais dont l’histoire trouvera sa place plus spéciale dans notre notice sur Dijon et la Côte-d’Or.

L’importance des villes détermina d’abord la division administrative du pays en pagi ou cantons, qui devinrent autant de comtés plus ou moins indépendants quand prévalut, sous la seconde race, l’organisation féodale dans la France entière, et ne furent réunis à la couronne que successivement et beaucoup plus tard. L’Autunois, le Mâconnais, le Châlonnais et le Charolais eurent donc chacun pendant longtemps une existence particulière, dont se compose l’ensemble des annales du département.

L’Autunois tira son nom de la ville d’Autun, autrefois Bibracte, l’ancienne capitale des Éduens. Cette tribu, par haine des Allobroges et des Arvernes, s’allia étroitement avec les Romains ; aussi eut-elle des citoyens admis dans le sénat avant toutes les autres peuplades gauloises.

La foi chrétienne fut apportée clans cette contrée dès le IIe siècle par saint Andoche, prêtre, et saint Thirse, diacre, qui, malgré la protection d’un riche habitant de Saulieu nommé Faustus, souffrirent le martyre à leur retour à Autun ; en même temps qu’un marchand du nom de Félix qui leur avait donné asile. Tetricus, général romain, s’étant fait reconnaître empereur, entraîna les Éduens dans son parti. Claude vint le combattre, ravagea les campagnes, incendia et pilla les villes.

Constance et Constantin réparèrent ces désastres ; le pays fut tranquille et prospère jusqu’à l’invasion des barbares. Les rapides progrès du christianisme dans l’Autunois et l’influence de l’évêque dans la capitale donnèrent de bonne heure une prépondérance marquée au pouvoir clérical. Sur quatre bailliages dont la province était composée, un seul, celui de Bourbon-Lancy devint une baronnie de quelque importance.

Le Mâconnais (pagus Matisconensis) des Éduens eut sous les Romains les mêmes destinées que l’Autunois. Sa position sur les bords de la Saône en faisait un centre d’approvisionnement ; on y fabriquait aussi des instruments de guerre. Sous la seconde race, le Mâconnais est possédé par des comtes qui rendent leurs domaines héréditaires, et arrivent par leurs alliances jusqu’a la couronne ducale de Bourgogne. C’était un comte du Mâconnais, cet Othon-Guillaume auquel le roi Robert fut obligé de disputer devant un concile et par les armes les deux Bourgognes et le comté de Nevers.

Sa descendance resta en possession du comté jusqu’en 1245, époque a laquelle il fut cédé à saint Louis par la comtesse Alix. A l’exception d’une courte période pendant laquelle Charles VII l’aliéna à Philippe le Bon, le Mâconnais est demeuré depuis annexé au domaine royal ; depuis saint Louis, il relevait du parlement de Paris, et les privilèges municipaux accordés par ce prince aux habitants des villes furent maintenus jusqu’à la Révolution de 1789.

Le pouvoir épiscopal profita moins encore de l’extinction des comtes du Mâconnais que de l’importance acquise par la puissante abbaye de Cluny. Le convent fournit un grand nombre de prélats au siège de Mâcon ; aussi fut-il occupé, le plus souvent, par des personnages d’un grand nom et d’une haute position dont l’influence fut souveraine sur les destinées de la province.

Le Châlonnais était aussi compris dans le pays des Éduens ; il en est question, ainsi que de sa capitale Cabillonum, Châlon ; dans César, Strabon et Ptolémée. C’était un poste important des légions romaines ; une large chaussée fut construite pour relier Autun à la Saône. La tradition populaire donne les environs de Châlon pour théâtre à l’apparition de la croix miraculeuse autour de laquelle Constantin put lire : « Tu vaincras par ce signe : » In hoc signo vinces.

Après avoir été traversé et ravagé par Attila, le Châlonnais devint le centre de la première monarchie burgonde. Châlon était la capitale du roi Gontran, et Clovis II y convoqua une assemblée nationale. La position du pays, qui le désigna dès les premières invasions comme le passage le plus favorable de l’est au centre de la France et du nord au midi, ne lui permit d’échapper à aucun des envahissements que nos pères eurent a subir. Après les Romains, les Germains, les Helvètes, les Huns et les Bourguignons, vinrent les Sarrasins, et après eux les Normands.

200px-Mont_beuvray4Jamais terre ne fut foulée par tant d’ennemis différents ; et comme si ce n’eût point encore été assez, après tant d’assauts, de devenir le théâtre des luttes entre les maisons de France et de Bourgogne, il fallut encore que le Châlonnais payât tribut aux guerres de religion et à toutes nos discordes civiles. Le premier comte héréditaire du Châlonnais fut Théodoric Ier ; c’est seulement en 1247 que, par suite d’échange, le comté échut à la maison de Bourgogne ; il y est resté jusqu la réunion du duché à la France.

Le premier apôtre du Châlonnais fut saint Marcel, prêtre attaché a saint Potin et venu de Lyon avec lui ; il souffrit le martyre en 161, sous le règne de Vérus. Pendant la période féodale, le pouvoir de l’évêque sur le Châlonnais fut plus nominal que réel ; les comtes se laissaient investir par eux de leur titre, mais sans renoncer a agir ensuite au gré de leur caprice ou selon leur intérêt ; les ducs de Bourgogne et les rois de France, trop haut placés pour recevoir l’investiture du comté des mains de l’évêque de Châlon, leur laissèrent en réalité un cercle d’action plus libre et moins restreint. Il est juste d’ajouter que le pays ne s’en trouva pas plus mal.

Les Ambarri et les Brannovii occupaient le Charolais et vivaient dans une étroite alliance avec les Éduens ; sous les Romains et les Bourguignons, leurs destinées furent communes. L’administration franque constitua le Charolais en comté, qui sous la première race dépendit du comté d’Autun, et de celui de Châlon sous la seconde.

Au XIIIe siècle, Hugues IV, duc de Bourgogne, ayant acquis le comté de Châlon et ses dépendances, le donna en apanage à son second fils Jean, qui épousa l’héritière de Bourbon. Une seule fille naquit de cette union : on la maria à Robert, comte de Clermont, fils de saint Louis ; ce prince et trois générations de ses descendants possédèrent donc le Charolais, mais comme fief relevant du duché de Bourgogne.

En 1390, Philippe le Hardi le racheta moyennant 60 000 francs d’or. Il demeura plus d’un siècle dans la maison ducale, et l’estime qu’elle faisait de cette possession est attestée par le titre de comte du Charolais que portaient ordinairement les fils aînés des ducs de Bourgogne. A la mort de Charles le Téméraire, en 1477, le Charolais fut compris dans les dépouilles de l’ennemi vaincu que Louis XI réunit a la France.

Ses successeurs, Charles VIII et Louis XII, restituèrent ce comté aux héritiers de Marie de Bourgogne ; il fut donc rendu, en 1493, à Philippe d’Autriche, père de Charles-Quint, et resta dans la maison d’Espagne jusqu’en 1684, mais cette fois comme fief de la couronne de France, à la charge de foi et hommage, et soumis à la juridiction française. Le prétexte dont on usa pour mettre fin à cet état de choses mérite d’être rapporté.

En dehors des grands événements qui décidèrent de ses destinées, les régions qui composent le département de Saône-et-Loire eurent leur part dans toutes les épreuves que traversa la France : sans avoir été marqué par des luttes aussi violentes que dans d’autres localités, l’établissement des communes l’agita au XIIIe siècle.

Au XIVe le pays fut décimé par la peste noire ; treize familles seulement survécurent à Verdun-en-Châlonnais. Ce fut ensuite l’invasion des Anglais sous la conduite du Prince Noir, et, quelques années plus tard, les brigandages des Écorcheurs. Du Guesclin, en 1366, les avait décidés à le suivre en Espagne dans l’espoir d’un riche butin ; mais ils revinrent quelques années après et ravagèrent tout le Mâconnais.

Nous les retrouvons, en 1438, en compagnie de la peste et de la famine, dévastant le Charolais et les environs de Paray-le-Monial, sous la conduite du fameux Antoine de Chabannes ; il fallut, pour en délivrer la contrée, que le comte de Fribourg, gouverneur de la Bourgogne, convoquât la noblesse à une sorte de croisade ; les prisonniers mêmes ne furent point épargnés.

La guerre civile entre les Armagnacs et les Bourguignons, les luttes qui précédèrent la réunion du duché a la France eurent presque continuellement pour théâtre ces contrées douées d’une telle vitalité que quelques années de paix leur rendaient une prospérité relative.

Les discussions religieuses agitaient sourdement la France depuis plusieurs années, lorsque le massacre de Vassy fit éclater la guerre civile. La noblesse de Bourgogne était peu favorable aux protestants, mais ils avaient de nombreux adhérents dans les villes. En 1562, un fameux capitaine calviniste nommé Ponsenac parcourut la Bresse et le Mâconnais à la tête d’une troupe de six à sept mille hommes, saccageant, pillant, brûlant les couvents et les églises. Le capitaine d’Entraigues et deux de ses lieutenants, Jean-Jacques et Misery étaient maîtres d’une partie de la province, quand leur marche fut arrêtée par le maréchal de Tavannes. Quelques années plus tard, en 1567, 1570 et 1576, c’est contre les Suisses et les reîtres des Deux-Ponts qu’il faut se défendre ; ces derniers avaient traversé la Loire a Marcigny, au nombre de 25 000 environ.

L’anarchie régna en Bourgogne pendant tout le temps de la Ligue, et même après l’abjuration de Henri IV et la bataille de Fontaine-Française ; en 1593, un article du traité de Folembray accordait au duc de Mayenne la ville de Chalons comme place de sûreté.

Sous Louis XIII, la révolte de Gaston d’Orléans, frère du roi, appela les Impériaux en Bourgogne ; la courageuse et patriotique résistance des habitants fit obstacle aux funestes progrès de l’invasion, qui échoua définitivement devant l’héroïsme de Saint-Jean-de-Losne. Le pays se ressentit peu des agitations de la Fronde ; quelques communes seulement eurent à subir les exactions de soldats indisciplinés et d’une bande de rebelles qui ne compta jamais plus de 500 hommes et que commandait un aventurier du nom de Poussin de Longepierre.

Les règnes suivants ne furent signalés que par d’utiles travaux et de magnifiques améliorations (1789). Le grand Condé, ayant fait sa paix avec la cour de Saint-Germain, réclama du roi d’Espagne des sommes considérables, prix de ses services pendant la guerre contre la France ; pour rentrer dans cette créance, il saisit le Charolais : une procédure s’ensuivit comme s’il se fût agi de la dette d’un marchand, ou tout au moins d’une seigneurie ordinaire ; on plaida, et un arrêt intervint qui adjugea le comté à la maison de Condé. C’est seulement en 1761 qu’il fut racheté par Louis XIV et réuni au domaine royal.

En 1814, à la chute du premier Empire, le département fut traversé par les troupes autrichiennes. Châlon, qui n’avait qu’une garnison de 200 hommes, n’en résista pas moins au général Bubna, et l’ennemi ne s’en rendit maître qu’après un vif combat soutenu, le 4 février, parles habitants. Sa vengeance s’exerça sur Autun qui fut durement traitée, et sur le château de Martigny-sous-Saint-Symphorien qui fut incendié.

220px-Autun_porte_Saint-AndréEn 1870, la situation pouvait paraître plus périlleuse. Autun couvrant l’important établissement du Creusot, dont le matériel et les puissantes ressources devaient être un objectif pour les envahisseurs victorieux ; ils firent, en effet, dans les premiers jours de décembre, quelques démonstrations hostiles ; mais Garibaldi y avait alors son quartier général, où des forces imposantes avaient été réunies, pour appuyer les opérations de l’armée de l’Est, commandée par le général Bourbaki ; l’ennemi s’en tint donc à quelques reconnaissances autour de la ville, et prit sa direction vers le département de l’Yonne et la Loire. Les pertes éprouvées par le département montèrent seulement à 30 292 francs 27 centimes.

La Révolution de 1789, qui donna à la France unité et liberté, avait été accueillie par le département de Saône-et-Loire avec le plus grand enthousiasme. Les habitants sont restés fidèles au culte de leurs principes. En 1792, comme en 1814 et en 1870, la patrie menacée ne trouva dans aucune province de plus dévoués défenseurs. Le sentiment de la nationalité est aussi fortement empreint chez le citoyen des villes que dans la population des campagnes. Les développements de l’industrie et du commerce, le soin des intérêts privés n’ont altéré ni comprimé dans ce département les élans généreux, les aspirations enthousiastes qui caractérisent les fortes races et les grands peuples.

Publié dans Bourgogne, Saône et Loire | Pas de Commentaires »

LA FEODALITE en BOURGOGNE

Posté par francesca7 le 14 novembre 2013

 

 

En 1731, les Arabes, massacrant, pillant, incendiant arrivèrent à Saulieu  qui fut détruite de fond en comble. Liernais, Avallon, La Roche en Brenil subirent le même sort.

En 1852, les Normands ravagèrent l’Auxois. Et au 10ème siècle et surtout au 12ème siècle, la guerre était partout.

Cependant, la Féodalité joua son rôle. Le château de Thil qui remonterait au règne de Charlemagne, au 9ème siècle. La collégiale qui date du 14ème siècle. Pendant la guerre de Cent Ans, la Bourgogne ravagés par les Anglais, les Ecorcheurs (Grandes Compagnies). C’est en 1366, à la mort d’Arnaud de Cervole, que les soudards du « Petit Farby », son cousin, en profitèrent pour assiéger le château de Thil pendant cinq jours et le prirent le 15 mai. Ils exigèrent une rançon de 3 500 F or. 

Traité ici, l’histoire de Thil serait beaucoup trop long. C’est un des plus anciens châteaux forts de France et le site a été périodiquement remanié du 19è au 15è siècle. Nous évoquerons la période la plus faste, celle de Jean de Thil connétable de Bourgogne en 1340. Pour rendre grâce à Dieu de sa bonne fortune, sire Jean fait édifier la collégiale. L’ambiance de l’époque, avec nos « preux chevaliers », vaut d’être contée !

téléchargement (4)

 

 

Jean dota la collégiale d’un chapitre composé de cinq chanoines et d’un doyen, astreints à célébrer (au moins) deux offices par jour, pour l’éternité. Cette pratique prit fin à la Révolution, en 1790 ! Les chanoines logeaient dans des petites maisons avec jardin, côté Est du site, le doyen à Maison-Dieu. Ils vivaient des redevances prises sur les terres, leur ayant été octroyées. L’existence des serfs des alentours était tellement misérable, notamment à Nan, que ceux-ci préféraient rester célibataires que de voir leur progéniture subir le même sort qu’eux ! 

Eclate la guerre de Cent Ans donc. Jean de Thil qui a épousé Jeanne de Chateauvillain en 1345, devient l’un d s plus proches vassaux des ducs. Il est nommé connétable du duc Eudes IV, c’est-à-dire chef des armées, à la mort de Robert de Châtillon. C’est à ce moment qu’il décide d’adjoindre une collégiale à sa forteresse. La construction dure de 1343 à 1350. Ce n’est évidemment pas un hasard si l’édifice est fortifié ! C’était une sage précaution car, en plus des guerres privées entre seigneurs, s’annonçait la menace de la guerre de brigandages de ce qu’on commençait à appeler les « Grandes Compagnies », ces bandes de soudards mis au chômage par les suspensions de conflits périodiques. 

Pour situer l’époque, n’oublions pas que la Grande Peste ravagea l’Auxois en 1348, conduisant à la tombe, ou plutôt à la fosse commune, des milliers d’habitants. 

téléchargement (5)En 1356, c’est la déroute de Poitiers, Jean de Thil n’y est pas : il est mort deux ans plus tôt. L’élite de la chevalerie française y trouve la mort, part en captivité ou verse une rançon. Parmi les morts : Jean de Châteauvillain, frère de Jeanne. Prisonnier ; un certain Arnaud de Cervole dont nous aurons bientôt à reparler. Après Poitiers, les troupes anglo-navarraises du roi d’Angleterre, Edouard III, se jettent sur la Bourgogne après la Champagne. Auxerre est prise par les bandes de Robert Knowles. Courcelles-Frémoy est incendiée. Saulieu est détruite. Le jeune duc, Philippe de Rouvres doit traiter avec les envahisseurs  : le traité de Guilllon aussi appelé « traité des moutons d’or » , signé le 10 mars 1360 avec les Anglais, épargne la dévastation aux Bourguignons contre une énorme rançon (200 000 deniers d’or). 

Un chevalier anglais nommé Nichole de Tamborth sert d’interprète pendant les négociations ; il émarge donc au budget ducal en même temps qu’il guerroie pour son propre compte et celui du roi d’Angleterre. On le vit même apparaître dans la même négociation sous deux identités ; comme chevalier anglais et en tant que négociateur payé par le duc, pour son plus grand profit bien sûr ! 

397px-Helm_DSC02149Malgré les accords, les bandes de pillards réapparaissaient sans cesse. Des soudards arrivés dans l’Auxois annoncèrent qu’ils « feroient guerre et bouteroient les feux partout se les diz messire Nichole et Guillaume (de Granson) autre belle figure de l’époque) ne leur tenoient ce que promis avoient pour le paiis de Bourgogne ». Autrement dit, ils réclamaient une rançon en échange de leur « neutralité. 

Nichole de Tamborth était comme par hasard avec le duc à Beaune. Dès le lendemain de l’annonce de ces menaces, il reçut pour prix de ses services auprès des routiers, les terres de Courcelles et de Montigny. C’est ainsi que pendant sept ans, Bierre les Semur  eut pour seigneur un soldat du roi d’Angleterre. 

Les impôts et autres redevances perçus sur la population locale ont donc alors servi à entretenir un capitaine, Edouard III et ses hommes ! Ce capitaine devenait vassal des ducs (le dit messire nicole tendra en fie et hommage de nous et de nos successeurs ducs de bourgogne les maisons dessus dites). Comme tel, il était donc tenu de répondre aux convocations de l’armée ducale ; ce n’est pas là, d’ailleurs, la plus surprenante des incongruités de l’époque…. Laissons là Tamborth. Attendu que ses responsabilités l’appelaient à d’autres besognes.

 

Philippe de Rouvres étant mort le 21 novembre 1361, c’est Philippe le Hardi, le premier des « grands ducs d’Occident » qui entre en possession de la seigneurie de Courcelles, et Montigny, et donc de Bierre les Semur le 15 novembre 1367. Portons un instant nos regards vers la butte de Thil et son château au même moment. L’histoire est bien révélatrice des événements et des moeurs du temps.

 Au 16ème siècle, les habitants de notre région eurent à souffrir des guerres de religions. Les simples gens de nos campagnes ne s’étaient pas mêlés de la querelle religieuse, ils étaient restés fidèles à la foi catholique et se demandaient qu’à vivre et labourer en paix ; malheureusement, des bandes de pillards dévastaient les maisons, molestant le paysan et vivant à ses dépens. Au commence de son règne, Henri IV constate « que tous les villages sont quasi inhabitables et déserts, la cessation de labour presque générale, le peuple appauvri et presque à sa dernière misère ». 

A la suite des ravages causés par ces guerres, les loups accoutumés à se nourrir de cadavres humains étaient devenus d’une grande férocité et fort audacieux. Le bétail et les gens étaient souvent attaqués, des chasses aux loups étaient organisées dans chaque village. Les histoires de loup faisaient frémir, les soirs, dans les chaumières.

 

Publié dans Bourgogne, Côte d'Or | Pas de Commentaires »

Paray-le-Monial

Posté par francesca7 le 19 septembre 2013


par

Henri de Régnier

~ * ~

A LA MÉMOIRE DE MA MÈRE
THÉRÈSE-ADÉLAÏDE-ADRIENNE DE RÉGNIER
NÉE DU BARD DE CURLEY
Paray-le-Monial, le 8 Janvier 1836

Paris, le 21 Juin 1924

File:Place Lamartine-Paray-le-Monial.jpg

PUISQUE j’ai parlé de Bouchu, il « faut que j’achève l’étrange singularité qu’il donna en spectacle, autant qu’un homme de son état en peut donner. C’était un homme qui avait une figure fort aimable et dont l’esprit, qui l’était encore plus, le demeura toujours. Il en avait beaucoup et facile au travail et fertile en expédients. Il avait été intendant de l’armée de Dauphiné, de Savoie et d’Italie, toute l’autre guerre et celle-ci. Il s’y était enrichi ; homme d’ailleurs fort galant et de très bonne compagnie. Lui et sa femme, qui était Rouillé, soeur de la dernière duchesse de Richelieu et de la femme de Bullion, se passaient très bien l’un de l’autre. Elle était toujours demeurée à Paris, où il était peu touché de la venir rejoindre, et peu flatté d’aller à des bureaux et au conseil, après avoir passé tant d’années dans un emploi plus brillant et plus amusant. Néanmoins, il n’avait pu résister à la nécessité d’un retour honnête qu’il avait mieux aimé demander que se laisser rappeler. Il partit pour ce retour le plus tard qu’il lui fut possible et s’achemina aux plus petites journées qu’il put. Passant à Paray, terre des abbés de Cluni assez près de cette abbaye, il y séjourna. Pour abréger il y demeura deux mois dans l’hôtellerie. Je ne sais quel démon l’y fixa, mais il y acheta une place et, sans sortir du lieu, il s’y bâtit une maison, s’y accommoda un jardin, s’y établit et n’en sortit jamais depuis, en sorte qu’il y passa plusieurs années et y mourut sans qu’il eut été possible à ses amis ni à sa famille de l’en tirer. Il n’y avait, ni dans le voisinage, aucun bien que cette maison qu’il s’y était bâtie ; il n’y connaissait personne, ni là autour auparavant. Il y vécut avec les gens du lieu et du pays, et faisant très bonne chère, comme un simple bourgeois de Paray. »

Ainsi s’exprime et s’étend, en la partie de ses Mémoires qui traite de l’année 1705, M. le duc de Saint-Simon, sur le compte de Etienne-Jean Bouchu, marquis de Lessart, baron de Loisy et de Pont-de-Vesle, dont la fille unique Elisabeth-Claudine-Pétronille épousa, le 13 avril 1706, René de Froulay, comte de Tessé, lieutenant-général, Grand d’Espagne, fils aîné du maréchal de ce nom. Le Chesnaye des Bois, dans son Dictionnaire généalogique, nous apprend qu’Etienne-Jean Bouchu mourut le 5 décembre 1715 et qu’il portait pour armoiries : d’azur au chevron d’or, accompagné en chef de deux croissants d’or et en pointe d’un lion de même.

Cette mention de Saint-Simon, cette notice de La Chesnay des Bois, et même mon goût pour les « étranges singularités » n’auraient pas suffi à fixer mon attention sur cet Etienne-Jean Bouchu, si ce personnage n’eût choisi pour y finir ses jours « en simple bourgeois » la petite ville de Paray qui n’est autre que Paray-le-Monial, en Charollais et dont je ne lis jamais le nom sans que s’éveillent en ma mémoire maints souvenirs de famille et de jeunesse sur lesquels j’aime toujours à revenir, si m’y ramène quelque occasion qui me les rende plus vivement présents. C’est pourquoi, l’autre jour, en retrouvant dans Saint-Simon la page où est relatée « l’étrange singularité » de l’intendant Bouchu, je n’ai pu résister à l’attrait d’évoquer en quelques pages la curieuse petite cité bourguignonne où le sieur Bouchu donna le spectacle que l’on sait, où Cluny eut un de ses plus importants monastères, où les Filles de la Visitation, de Sainte Chantal, fondèrent un de leurs plus célèbres couvents, le Paray-le-Monial du Sacré-Coeur, la petite ville où j’ai vécu quelque peu en de lointaines années, où en des années plus lointaines encore sont nés plusieurs des miens, où quelques-uns d’entre eux reposent…

°
°   °

Montons sur la colline qui est leur dernier séjour terrestre. On y parvient par une route assez raide qui, dépassées les pauvres maisons d’un faubourg assez semblable à une rue de village, se continue en pente caillouteuse. En la gravissant, on rencontre tantôt un char attelé de boeufs, le joug aux cornes et dont le conducteur rustique pique de l’aiguillon les croupes boueuses, tantôt quelque carriole paysanne ou citadine. On y croise parfois aussi une chèvre rongeant les feuilles d’une haie, une bande d’oies boitillantes que garde quelque fillette tricoteuse, un gamin conduisant ses cochons, une femme, la hotte au dos ou le panier au bras, qui vous salue d’un bonjour en passant, une pauvresse qui tend la main, mais bientôt on est devant une grille s’ouvrant dans un mur bas qui enclot quelques arbres, des tombes et une petit chapelle entre des cyprès.

Il ressemble à tous les cimetières, ce cimetière de Paray, au haut de sa colline, à l’écart parmi les champs à travers lesquels continue la route qui vous a mené jusque-là. Toute la campagne alentour est aussi silencieuse que lui et participe à son repos. Il y a là des tombes très anciennes, d’autres plus récentes, quelques-unes d’hier. Ce n’est pas vers celles-là que je vais. J’en cherche que le temps a déjà touchées. Les vieilles pierres moussues sont d’une pensive et douce mélancolie. Les noms qu’elles portent s’effacent à demi. Certaines sont devenues anonymes. Enfin j’ai retrouvé celles qui m’attirent, une à une, car elles sont disséminées. Chacune de leurs inscriptions évoque pour moi un souvenir. Des images se forment dans ma mémoire. Des figures m’apparaissent. J’écoute des voix tues depuis de longues années. De ceux qui gisent sous ces dalles, j’en ai accompagné quelques-uns à leur dernière demeure et, derrière leur cercueil, j’ai gravi la route pierreuse, mais d’eux je ne veux pas parler maintenant : je suis venu seulement les saluer. Plus tard, je dirai ce que je sais de ce qu’ils furent. Aujourd’hui, j’ai voulu voir si tout est en bon ordre et si rien n’a changé autour d’eux. Non, tout y est toujours tranquillement funèbre. La grille grince toujours quand on la pousse. L’antique chapelle est toujours debout.

Paray-le-Monial dans LITTERATURE FRANCAISE 320px-ParayLeMonialBasiliqueElle est très ancienne, cette petite chapelle du cimetière de Paray, et elle marque un lieu vénérable. Une tradition ne veut-elle pas qu’elle repose sur les vestiges du « templum antiquissimum »  auprès duquel les moines de Lambert, comte de Chalons, construisirent en l’an 973 le monastère de l’Orval ? C’est sur cette colline qui domine Paray que fut transporté, avec force miracles, le corps de Saint Grat, treizième  évêque de Chalons. Les moines de l’Orval quittèrent bientôt la colline et descendirent  vers la vallée, vers la « Vallis aurea » où s’éleva le nouveau monastère, avec son église qui fut bénie en 1004 par Hugues, abbé de Cluni. Mais avant de descendre, nous aussi, vers la vallée et la rivière, vers la Bourbince, « ad Burbuntium amnem », comme disent les vieux textes, donnons un regard à la petite ville que fut le « Paredum monachorum » de jadis et qui est aujourd’hui Paray-le-Monial. 

Elle est à nos pieds et je la vois toute d’ici. Sur elle mon regard s’étend. Il la parcourt. Voici ses maisons, ses ruelles, ses places, ses toits de tuiles ou d’ardoises, ses jardins. J’aperçois son mail qu’on appelle le Cours, avec ses tilleuls et ses bancs de pierre, la Bourbince qui la traverse de ses deux bras sous un double pont, son champ de foire qui jouxte le vaste pré communal qu’on nomme le Pâquier, sa magnifique avenue de platanes séculaires, sa gare, ses faubourgs dont l’un borde un canal, le canal du Centre, qui s’enfonce à l’horizon avec ses files de peupliers. C’est bien le Paray de ma jeunesse, la petite ville monacale. Voici le clocher de l’hôpital ; la grosse tour de l’ancienne église Saint-Nicolas, le clocheton de la chapelle de la Visitation, celui de l’oratoire des Dames du Saint-Sacrement, celui du couvent des Dames de la Retraite, car Paray est demeuré ville de couvents. Les Jésuites y eurent un établissement, les Clarisses un cloître, mais la gloire et la beauté de Paray, c’est son église clunisienne, sa magnifique basilique romane, avec son haut clocher et ses deux antiques tours, avec son cloître et sa noble demeure abbatiale, son prieuré aux sévères lignes Louis-quatorziennes, et la grosse tour qui subsiste encore de ce que l’on nommait le Château de Paray et qu’un sixain du temps déclarait « de noblesse bien entouré ».

°
°   °

Paray-le-Monial attire deux sortes de visiteurs : quelques touristes et des pèlerins. Si les pèlerins vont droit à la chapelle de la Visitation où l’on vénère dans sa châsse  la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, les touristes, eux, se dirigent vers la basilique clunisienne. Elle est la merveille et l’orgueil de la petite cité dont l’histoire est liée à celle de l’illustre abbaye de Cluni. Comme je l’ai dit déjà, ce fut Cluni qui fonda le monastère de l’Orval et le réunit à ses destinées. Depuis lors, l’Orval fut une filiale de la puissante congrégation bénédictine. Les abbés de Cluni firent du monastère de l’Orval une de leurs résidences favorites et ce fut du monastère que naquit la ville. Paray mérite donc vraiment d’être appelé « Le Monial ». Comme le monastère, Paray a son histoire  .

Avant d’en parcourir les fastes locaux, entrons un instant dans son antique sanctuaire.

Il s’élève au bord de la rivière de Bourbince qu’endigue un petit quai planté de peupliers et de tilleuls en quinconces et dresse ses deux vieilles tours romanes, un peu dissemblables, mais du même caractère architectural et qui précèdent un narthex ou porche extérieur. C’est la partie la plus ancienne de l’église, celle qui fut bénie en l’an 1004. La tour de gauche, dite tour du « moine Garre » ne fut pourvue de son étage supérieur que vers la fin du XIe siècle. De ce narthex on pénètre dans l’église monacale. Elle fut commencée en 1087, par Saint Hugues. Gonzan, religieux de Cluni, en traça les premiers plans, et elle fut continuée par le maître moine Hézelin. La construction se termina vers la fin du XIIe siècle. Elle est une copie réduite de Cluni. Son prieuré en dépendait et fut plus tard réuni à la mense abbatiale. L’abbé de Cluni devint titulaire du Prieuré de Paray et seigneur de la ville. Il déléguait  son autorité à un Prieur claustral et Paray fut érigé en décanat. Le premier prieur, au temps du comte Hugues, fut Andrald. Sur la liste de ses successeurs, je relève un Gérard de Cypierre, un Jean de Pouilly en 1306, un Henri d’Anglure en 1312, un Philibert de Damas en 1400, un Jean de Die en 1444, un Jacques d’Amboise, en 1508. En 1768, j’y vois un Chateauvert.

Nous voici maintenant dans l’église bénédictine. Elle est en forme de croix latine à trois nefs, formant déambulatoire. Trois chapelles absidiales en hémicycle entourent le choeur. L’aspect du lieu est noble et vaste, bien éclairé. Les colonnes s’ornent de chapiteaux ouvragés. La voûte forme à l’inter-transept une coupole soutenant un clocher octogonal que termine une flèche. Tout cela est d’une sobre et forte beauté romane. La branche gauche de la croix contient la chapelle des fonts baptismaux, la droite, la chapelle de la Vierge, d’un gothique flamboyant du XVIe siècle. Là, une porte donne accès au cloître et à l’ancien palais abbatial construit au XVIIe siècle et dont la façade regarde la rivière de Bourbince. Nous l’examinerons tout à l’heure ; maintenant retraversons l’église et sortons par sa porte de gauche. Nous voici sur une petite place où aboutit une rue. Suivons-la. Elle nous conduira en quelques pas à la chapelle du couvent de la Visitation.

J’ai dit que si la Basilique romane de Paray attirait les touristes, la chapelle de la Visitation était le point où affluaient les pèlerins. Elle est d’humble mine, cette chapelle, et son humble façade est dépourvue d’ornements. Une porte étroite ouvre sur la nef unique du modeste édifice. L’intérieur de la chapelle de la Visitation est sombre. La lueur de nombreuses lampes suspendues y laisse subsister une demi-obscurité. Les murs disparaissent sous des bannières d’ex-voto et sous d’innombrables coeurs-de-Jésus d’argent ou de vermeil disposés en guirlandes et en rosaces. Sous l’autel repose le corps de la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque. Ses restes sont enfermés dans une grande poupée de cire, revêtue de l’habit monacal. Elle porte sur la poitrine l’effigie du Sacré-Coeur. Partout des images de la vision miraculeuse, de l’Apparition dans le bosquet de noisetiers. Cette étroite chapelle avec ses lampes et ses cierges allumés, ses ors, ses soies, donne une impression de mystère et de mysticité. Je l’ai vue jadis, au temps des grands pèlerinages, bondée d’une foule compacte, exaltée et soumise, sur laquelle planaient en psalmodie monotone les voix des religieuses Visitandines, chantant derrière la grille qui les séparait des assistants, car elles font voeu de perpétuelle clôture. J’entends encore dans mon souvenir ces voix pures et hautes, leur mélopée liturgique, tandis qu’aux jours où la chapelle à peu près déserte appartenait au silence de la prière et du recueillement, résonnait sur les dalles le pas empressé, discret et serviable des tourières et des sacristines. 

Elles seules étaient affranchies de la stricte claustration qui est la règle de leur ordre. On sait sa fondation par sainte Jeanne de Chantal et par saint François de Sales. Ce fut le 4 septembre 1626 que la Mère Marguerite-Elisabeth Gauzion amena du couvent de Bellecourt, à Lyon, cinq religieuses dans la maison de Paray. A cette époque, l’ordre de la Visitation comptait déjà 25 maisons. Quelques pieuses filles de Paray ayant témoigné le désir de servir Dieu dans ce nouvel institut s’adressèrent à la marquise de la Magdelaine de Ragny, Hippolyte de Gondi, épouse de Léonor de la Magdelaine de Ragny, lieutenant général au gouvernement du comté de Charollais. Cette honorable dame, affligée du déplorable état de la religion à Paray où les huguenots ne manquaient pas, avait, en 1617, avec l’assistance de son fils, Claude, évêque d’Autun, fondé dans son propre hôtel un collège dont elle avait confié la direction à trois pères jésuites. Ce fut à côté de ce collège que s’installa le couvent de la Visitation de Marie dans une maison située « entre la tour et le collège, joignant la grande rue appelée des Forges qui va jusqu’aux murailles de ladite ville, ensemble la tour appelée Quarré ». Le contrat de vente fut passé le 26 juillet 1626, entre la mère Marie-Anne de Blonay, supérieure de la Visitation de Bellecour de Lyon, et Jean Bouillet, seigneur de Saint-Léger, et Pierre Quarré, seigneur de la Palus, mais bientôt ce local devint insuffisant. En 1630, le couvent de Paray renfermait trente-trois professes. La seconde supérieure, Anne-Eléonore de Lingendes, échangea à la maison contre celle occupée par les Jésuites et ajouta à la nouvelle résidence des cours, un vaste jardin afin que les religieuses « pussent se maintenir en santé ». La même année 1632, la mère de Lingendes signa avec un maçon de Paray, Antoine Guillemin, un marché pour la construction d’une chapelle « avec le choeur et deux sacristies ». C’est celle qui existe encore actuellement, comme subsistent aussi les bâtiments conventuels. Ils ont gardé leur aspect d’autrefois. Leur haut mur, percé de rares ouvertures grillées, borde la rue qui s’appelle maintenant la rue de la Visitation. Une haute muraille enferme encore l’enclos des jardins. Au centre se dresse le bosquet de noisetiers qui fut le lieu des apparitions.

Elles favorisèrent une humble fille, Marie-Marguerite Alacoque, née le 22 juillet 1647, au hameau du Terreau, sur la paroisse de Verosvres. Elle entra au couvent en 1671 et y mourut le 17 octobre 1690. Elle y eut pour directeur le Père de la Colombière que lui donna la supérieure, la Mère de Saumaise. La Colombière décéda à Paray en « opinion de sainteté ». Un couvent d’Ursulines venu d’Autun avec sa Supérieure, Antoinette de Toulongeon, en 1644, et un hospice fondé en 1684 complétaient les institutions religieuses du vieux Paray.

°
°   °

185px-famille_cinquin_- dans Saône et LoireCar c’est une très vieille petite ville que Paray-le-Monial. Dès le XIIe siècle, elle porte son nom : « Paredum moniale » ou « monacorum ». Elle a pour Seigneurs les abbés de Cluni. Son prieuré ne relève pas des comtes de Chalon, pour les attributions judiciaires. En 1335 des Lettres Royales, émanées de Philippe VI de Valois, déclarent que Paray ne relève que du Roi de France et est exempt de toute juridiction des Ducs de Bourgogne et des Comtes de Charollais. En 1390, lors de la réunion du Comté de Charollais au duché de Bourgogne, les droits judiciaires du Roi sont réservés. Le Charollais est régi par ses Etats particuliers. Ravagé par les Ecorcheurs en 1418, lorsqu’en 1419, après l’assassinat de Jean sans Peur, le Dauphin se dispose à envahir la Bourgogne, Paray lève une compagnie de 80 hommes d’armes pour la défense du Charollais et reçoit 20 écuyers et un certain nombre de gens de trait. En 1422, le Duc Philippe le Bon y traite d’une suspension d’armes. Dix ans plus tard, le Duc donne le Charollais à son fils Charles le Téméraire. En 1483, le Comté de Charollais est réuni à la Couronne de France. En 1490, le traité de Senlis, qui mettait le Charollais aux mains de Maximilien d’Autriche, réservait les droits royaux. Maximilien mort, Charles-Quint empereur, François Ier vaincu à Pavie et prisonnier à Madrid, le Comte de Charollais est dévolu à la Maison d’Autriche. A l’abdication de Charles-Quint, en 1556, Henri II rentre en possession de ses droits royaux. Par le traité de Cateau-Cambrésis, les officiers royaux sont rétablis dans leurs charges, mais la cession du Comté de Charollais à l’Espagne est maintenue ; cependant Paray, dont l’abbé de Cluni est Seigneur, ne relèvera que du Bailli du Roi de France.

Cette petite cité de moines était devenue la retraite de prédilection des abbés de Cluni. Les chefs de la puissante communauté bénédictine aimaient à venir se reposer des soucis et des labeurs de leurs charges sur les bords paisibles de la Bourbince, au milieu des prairies et des forêts silencieuses. Or, il convenait que l’abbé de Cluni, haut et puissant seigneur, trouvât dans l’enceinte de son prieuré favori une résidence digne de sa grande situation féodale. La construction du palais abbatial fut donc commencée en 1480 par Jean de Bourbon, le fils du prisonnier d’Azincourt. La grosse tour ronde qui se voit encore derrière le cloître en dépendait. Le successeur de Jean de Bourbon, Jacques d’Amboise, ancien prieur de Paray, acheva l’édifice. De la grande cuve de pierre à ses armes, qui était probablement la vasque d’un jet d’eau du jardin, on a fait un bénitier de l’église. Le palais fut achevé en 1546, année où Jacques d’Amboise y mourut.

Des constructions de cette époque, Paray possède deux autres édifices intéressants, sa vieille maison Jayet et son église Saint-Nicolas. J’emprunte l’histoire de la maison Jayet aux Souvenirs de Bourgogne d’Emile Montégut : « Dans les premières années du XVIe siècle vivaient à Paray deux frères du nom de Jayet, marchands drapiers de leur profession. L’un des frères était catholique fervent, l’autre huguenot enragé ; c’est assez dire qu’ils s’exécraient fraternellement et n’avaient pas de plus doux passe-temps que de se jouer de mauvais tours. « Je veux avoir la plus belle maison de la ville, se dit un jour le huguenot tenté par le diable de l’orgueil, et non seulement de la ville, mais de tout le Charollais et on viendra voir de loin la maison de M. Jayet. Quelques-uns en crèveront de dépit, mais ce sera tant mieux, car j’ai entendu dire qu’il vaut mieux faire envie que pitié. » Et incontinent il se mit à faire bâtir un bijou de la Renaissance, tout brillant d’arabesques et de fines sculptures, avec des figures de chevaliers et des emblèmes féodaux au premier étage, avec des médaillons à l’italienne au second ; puis cela fait, il signa l’oeuvre de son portrait sculpté et de celui de sa femme, qui se présentent à l’intérieur, dès l’entrée même du vestibule, comme pour souhaiter la bienvenue aux visiteurs. La femme est une bourgeoise qui aurait mérité de passer pour jolie dans toute condition ; le mari est un bourgeois à l’air goguenard, visiblement bon vivant et porteur d’un grand nez, bossué par le milieu et qui le fait ressembler à une parodie respectueuse de François Ier. « Ah ! c’est comme cela, dit à son tour le catholique ; eh bien moi, je ferai mieux : je vais bâtir, non pas une maison, mais une église ; je la placerai devant la maison de mon frère et cette église lui enlèvera l’air et la lumière, l’écrasera et l’éteindra. » Il fit comme le lui suggérait sa haine et un énorme édifice dédié à Saint Nicolas, masqua pendant trois siècles la maison de son frère. »

Cette maison Pierre Jayet, appelée vulgairement la Maison des Poupons, existe encore et Paray en a fait son hôtel de ville. Quant à l’église Saint-Nicolas, commencée en 1531, elle fut démolie en partie pour dégager la maison Jayet. Il n’en reste que la façade et la gracieuse tourelle datée de 1658. Sa grosse tour, qui servait de clocher et subsiste, est de 1628.

La Maison Jayet et l’église Saint-Nicolas témoignent que la Réforme comptait des adeptes à Paray avant même le milieu du XVIe siècle. Dès son apparition en France, la Réforme avait recruté des partisans dans le pays de Charollais. Paray en contenait un bon nombre, puisqu’en 1562 ils livrèrent la ville au chef calviniste Ferdinand de Saint-Aubin. Les églises furent pillées. La châsse de saint Grat fut détruite. On vendit à l’encan les dépouilles du Prieuré. La ville resta plusieurs années aux mains des Calvinistes. En 1570, nouveaux pillages… Les bandes du Prince Casimir de Deux-Ponts occupent Paray, Anzy-le-Duc, Marcigny. En 1581, le maire Claude Bouillet est tué en défendant Paray. L’année suivante, Jean Bouillet, également maire, rachète, de ses deniers la ville du pillage dont la menaçait Coligny, à la tête de quatre mille hommes. A la mort de Henri III, les partisans du Béarnais s’emparent de Paray que reprennent les Ligueurs. Jean de Foudras, nommé gouverneur, défait les Religionnaires à Digoin. Enfin l’Edit de Nantes mit fin aux luttes religieuses.

Les Huguenots eurent à Paray un temple près de la Porte du Poirier que desservit quelque temps le fameux pasteur Dumoulin. Théodore de Bèze séjourna à Paray. Parmi les familles calvinistes de Paray, je relève celle des Gravier. Esaye Gravier, avocat au Parlement, fut échevin de Paray en 1651. A la révocation de 1685, plusieurs membres de cette famille émigrèrent en Suisse. D’autres abjurèrent. Du mariage de Philibert Gravier avec Rose Perrault descendait Jean Gravier, marquis de Vergennes, baron de Thenard, président à la Chambre des Comptes de Bourgogne, ambassadeur en Suisse, en Portugal et à Venise, et aussi Charles Gravier, comte de Vergennes et de Toulongeon, baron d’Uchon et de Saint-Eugène, ambassadeur à Constantinople en 1751, en Suède en 1771 et ministre des Affaires Etrangères en 1774.

°
°   °

Un arrêt du Conseil Royal du 5 mai 1683 nomma Abbé Commandataire de Cluni Emmanuel-Théodose de la Tour-d’Auvergne, troisième fils de Frédéric-Maurice, Duc de Bouillon, Comte d’Auvergne et d’Evreux, frère de Turenne. Emmanuel-Théodose était né le 24 août 1644. Cardinal le Ier août 1665, il avait été nommé en 1671 Grand Aumônier de France. A l’Abbaye de Cluni il joignait celles de Saint-Ouen de Rouen, de Saint-Vaast d’Arras, de Saint-Martin de Pontoise, de Saint-Pierre de Beaujeu. Il prit part à cinq conclaves. Pour le grand jubilé de 1700, il ouvrit la Porte Sainte. Doyen du Sacré Collège, évêque d’Ostie et de Velletri par la mort du Cardinal Cibo, il fut aussi grand Doyen de Liége et Prévôt de Strasbourg. Très en faveur auprès du Roi à cause de son oncle M. de Turenne, il était un des premiers de la Cour par lui-même, par ses charges, par ses alliances, mais un si haut état et de si hautes fonctions étaient-ils à la taille du personnage ? Demandons-le à Saint-Simon.

Il est, à plusieurs reprises, question du Cardinal de Bouillon dans les Mémoires du Duc et il lui est un magnifique sujet de diatribe et de portrait. Il faut lire les âpres pages où Saint-Simon rapporte les entreprises, les intrigues du Cardinal, ses prétentions, son éclatante désobéissance, sa chute, sa disgrâce, sa retraite, son insolente escapade, le scandaleux esclandre de son orgueil, son exil, son refuge à Rome, sa mort. Saint-Simon voit en Bouillon un faussaire, un intrigant, et devant tant de folie et de superbe, il s’indigne et s’étonne. Ses tentatives de princerie, son arrogance à se prétendre couvrir devant le Pape, sa désobéissance au Roi, sa soumission à tout ce qu’il portait en lui d’intraitable, quel spectacle pour un Saint-Simon et cette pourpre insolente et basse à la fois, et ces menées et ces fourberies, et ces dégoûts, et ces disputes avec les moines de Cluni, ces liaisons, ces cabales cardinalices et familiales !

Et il s’écrie, en ce style qui a des éloquences de sermon et des virulences de pamphlet : « Le Cardinal de Bouillon vivait dans la plus brillante et la plus magnifique splendeur. La considération, les distinctions, la faveur la plus marquée éclataient en tout. Il se permettait toute chose et le Roi souffrait tout d’un Cardinal. Nul homme si heureux pour ce monde s’il avait bien voulu se contenter d’un bonheur aussi accompli ; mais il l’était trop pour pouvoir monter plus haut, et le Cardinal de Bouillon, accoutumé par le rang accordé à sa maison aux usurpations et aux chimères, croyait reculer quand il n’avançait pas. » Et les phrases de la féroce oraison funèbre se précipitent et s’accumulent, lorsque le Cardinal, outré de l’affront que lui a valu l’affaire de la « calotte », en meurt de dépit, car, nous dit le Duc, « il en tomba malade de rage et de rage il en mourut en cinq ou six jours », chose étrange pour un homme si familiarisé avec la rage et qui en vivait depuis plusieurs années !

Et ce n’est pas tout. Après le coup de bâton et le coup de poignard, le coup de pinceau. A traits forcenés, le portrait d’esquisse, se colore, se dresse, prend vie : « Le Cardinal de Bouillon était un homme fort maigre, brun, de grandeur ordinaire, de taille aisée et bien prise. Son visage n’aurait eu rien de marqué s’il avait eu les yeux comme un autre ; mais outre qu’ils étaient fort près du nez, ils le regardaient tous deux à la fois jusqu’à faire croire qu’ils s’y voulaient joindre. Cette loucherie, qui était continuelle, faisait peur et lui donnait une physionomie hideuse. Il portait des habits gris doublés de rouge, avec des boutons d’or d’orfèvrerie à pointes d’assez beaux diamants ; jamais vêtu comme un autre, et toujours d’invention, pour se donner une distinction. Il avait de l’esprit, mais confus, savait peu, mais fort l’air et les manières du grand monde, ouvert, accueillant, poli d’ordinaire, mais tout cela était mêlé de tant d’air de supériorité qu’on était blessé même de ses politesses. On n’était pas moins importuné de son infatigable attention au rang qu’il prétendait jusqu’à la minutie, à primer dans la conversation, à la ramener toujours à soi ou aux siens avec la plus dégoûtante vanité… Les besoins le rendaient souple jusqu’au plus bas valetage. Il n’avait d’amis que pour les dominer et se les sacrifier… Son luxe fut continuel et prodigieux en tout ; son faste le plus recherché. Ses moeurs étaient infâmes. Peu d’hommes distingués se sont déshonorés aussi complètement que celui-là, et sur autant de chapitres les plus importants… On peut dire de lui qu’il en put être surpassé en orgueil que par Lucifer, auquel il sacrifia tout comme à la seule divinité. »

Le voyez-vous maintenant le déchu et le réprouvé, tombé de si haut sous les traits des foudres royales, le révolté en rébellion à la suite de l’affaire de la coadjutorerie de Strasbourg et de son rappel de Rome, le disgracié privé de sa charge de grand Aumônier de France, le voyez-vous, subissant dans son abbaye de Cluni son exil enragé ? Mais Cluni n’est pas loin de Paray et c’est à Paray qu’il réside de préférence pendant cinq années. Il y agrandit et y embellit le palais prioral. Il fait bâtir pour les gens de sa suite une maison que l’on nomme encore la Maison des pages. Au sommet de la grosse tour ronde du château, il fait placer ses armes parlantes : une tour en fonte, qui probablement servait de girouette. Dans une des salles il fait peindre une fresque représentant le Concile de 1700 où, sous sa présidence, fut élu le Pape Clément XI… Sur une toile, un artiste romain, Locatelli, retraça l’ouverture du Jubilé de 1700 qui eut lieu présidé par le Cardinal… La Révolution détruisit ces ouvrages. Ce fut elle aussi qui sans doute arracha au palais prioral la belle plaque de foyer portant les armoiries du Cardinal et qui, chez ma grand’mère, ornait l’âtre de la cuisine. Celles du palais prioral ne devaient point être inactives, car la noblesse des environs y fréquentait. Le Cardinal était hospitalier. Ne rapporte-t-on pas qu’il recueillit et hébergea dans la tour ronde le cheval pie que montait Turenne lorsqu’il fut tué à Salzbach ? Paray compta alors des visiteurs de marque parmi lesquels Mme de Sévigné et son cousin Coulanges. On a conservé des lettres de M. de Coulanges datées de Paray et écrites en 1705. M. de Coulanges trouve Paray un « lieu agréable », il admire de « très aimables jardins, une terrasse toute pleine de mérite et ces jets d’eau de trente-cinq pieds de haut, dont on ferais cas dans une maison royale. » D’ailleurs on ne vit pas là dans une « Thébaïde ». M. de Coulanges constate que l’on est « à cinq lieues tout au plus de bien des gens qui ont des noms » et le bon Coulanges rimaille :

        Le noble château de Paray
        De noblesse tout entouré ;
        De noblesse plus ou moins riche :
        Des Champron, d’Amanzé, Foudras,
        Des Ragny, Monpeyrou, La Guiche,
        De toutes sortes de Damas.

Parmi les Amanzé, les Foudras, les La Guiche, les Damas qui rendent leurs devoirs au Cardinal exilé, il me semble voir s’empresser notre Jean-Etienne Bouchu, car c’est en 1705 que Saint-Simon note que Bouchu quitta son intendance du Dauphiné, et sur le chemin de Paris, rencontra ce Paray, d’où il ne devait plus sortir, durant les dix années qu’il vécut. Je remarque que cet arrêt et ce séjour de Bouchu à Paray coïncident avec le temps d’exil qu’y passa le Cardinal de Bouillon, qui ne le rompit qu’en 1715. Il y a là peut-être une explication partielle à la « singularité » de la présence de Bouchu en cette petite ville où, comme le dit Saint-Simon, rien ne le retenait. Je me plais à imaginer que Bouchu fut souvent l’hôte du palais prioral et qu’il dut fort blâmer le Cardinal quand celui-ci prit, en rupture de ban, la route de Hollande avant de s’en aller mourir de rage à Rome ; Bouchu, lui, demeura en son Paray à y vivre en simple bourgeois. Peut-être aimait-il à se promener dans cette avenue de platanes que le Cardinal fit planter et qu’emprunta plus tard la route, créée en 1753, qui va de Digoin à Charolles en passant par Paray. La Révolution épargna les beaux platanes du Cardinal. Elle se contenta de brûler le cartulaire du Prieuré, d’abattre la flèche de l’église et de fermer le cloître. Le palais abbatial fut heureusement respecté. C’est un bâtiment de beau style et de belle ordonnance. La façade regarde la rivière de Bourbince. Avec ses hautes fenêtres, ses balcons ouvragés, il a grande mine, mine princière et de château. Presbytère et collège, il offre de vastes salles voûtées, fraîches et sonores. Avec l’admirable basilique romane, il compose un bel ensemble ecclésiastique et seigneurial qui comprend encore un vase enclos, dit l’Enclos des Chapelains, et enferme la grosse tour ronde où mourut Le Pie, ce cheval de Turenne que le Cardinal enfourcha pour en faire l’hippogriffe de ses chimères, le coursier d’orgueil et de rébellion qui le porta si haut au ciel de ses ambitions et qui, dans sa chute, lui brisa les reins.

Extrait Paray-le-Monial. Par RÉGNIER, Henri de (1864-1936) – Paris : Emile-Paul, 1926.- 84 p.-1 f. de pl. en front. : couv. ill. ; 20 cm

Diffusion libre et gratuite – Médiathèque André Malraux, B.P. 27216, 14107 Lisieux cedex  -Tél. : 02.31.48.41.00.-  

Publié dans LITTERATURE FRANCAISE, Saône et Loire, VILLAGES de FRANCE | Pas de Commentaires »

Les Grottes à Bèze en 21

Posté par francesca7 le 3 septembre 2013

Bèze est une commune française située dans le département de la Côte-d’Or et la région Bourgogne 

Bèze se situe à 30 km au nord-est de Dijon et à 30 km au sud de Langres. Le bus n°34 de la société Transco passe 3 fois par jour (le 1er nous emmène à Dijon à 7h, 2 bus se croisent à Bèze à 13h (l’un nous emmène à Dijon, l’autre à Gray), enfin le dernier nous ramène à Bèze à 19h). 

 Les Grottes à Bèze en 21 dans Bourgogne bourgogne-beze-panneau-19.10.2008

Histoire  

Les origines de Bèze   

 

Bèze, qui vient du latin bezua, doit son nom à sa situation près de la source d’une rivière éponyme, la Bèze. Ce lieu était appelé par les celtes BEZV, ou BEDW, ce qui signifie « source » ou « rivière à sa naissance ». 

On ignore si ce lieu était habité avant l’antiquité. Des Gaulois vinrent s’installer dans la région.  

La conquête romaine amena la création de routes importantes. La « voie Agrippa« , construite au Ier siècle après Jésus Christ, reliait Langres à Genève. Des médailles d’Hadrien, de Faustine et de Constance ont été découvertes dans les environs. Néanmoins, on ne sait pas si les Romains ont habité Bèze. 

Les invasions barbares   

En Bourgogne, le déclin des Romains attira des « barbares » venus de Germanie dont « les Burgondes », qui ont laissé leur nom à la Bourgogne.

  D’après certains érudits, ce mot peut se décomposer en 2 parties : Bourg : car ce peuple se rassemble en bourg. ogne : qui signifie « bourg des dieux ». Bourg désigne aussi un lieu fortifié, un bourg étant toujours clos de murailles. Le reste étant un faubourg. Gund ne désigne pas les dieux, mais signifie « guerre », « combat ». Burgund désigne le mode de vie des Burgondes : des guerriers regroupés en un bourg fortifié, chargés de veiller à la sécurité d’un territoire. Il s’agit de la naissance des seigneuries (lire les publications de l’écrivain bourguignon Étienne Breton-Leroy, qui font aujourd’hui référence). D’autres érudits voient dans le mot « bourg » la racine germanique « gebirge » signifiant « montagnes »… 

Le site de Bèze était habité et florissant à l’époque gallo-romaine, mais il fut dévasté et ruiné par les incursions des barbares (alamans, vandales…).  

L’Empereur romain Constance Chlore, après avoir battu vers l’an 300 les Alamans venus jusqu’aux portes de Langres, décida d’installer une partie des vaincus de guerres précédentes, les Francs Hattuaires, sur les bords de la Saône, de la Seine, de la Tille, de la Bèze et de la Vingeanne. Le but de cette installation était de repeupler et de cultiver le vaste pays compris entre ces rivières. 

 

Bèze en 21 dans Ma Bourgogne En détails Beze_27575_fumerolles-de-la-Beze-et-lavoir

 

 

La fondation   

L’histoire écrite de Bèze commence à la fondation de l’Abbaye dite de Bèze-Fontaine. L’histoire du village et de l’abbaye sont alors intimement liées. 

En 628, Dagobert Ier devient roi de Bourgogne et de Neustrie à la mort de son père Clotaire II. Conseillé par Saint Eloi, Saint Ouen et Saint Didier, il décide de rétablir l’autorité royale et vient en Bourgogne pour affirmer son pouvoir. Il est surnommé « le bon roi » par le peuple. Mais pour asseoir son autorité, il demande à trois grands seigneurs, les ducs Amalgaire, Arnebert et Willibaud d’assassiner Burnulfe, l’oncle de son demi-frère, qui avait contesté le partage des terres franques entre les deux frères. Une fois rentré à Paris, le roi Dagobert regrette son action et pour racheter ses péchés auprès de Dieu, il décide de la création de l’abbaye de Saint Denis. Par ailleurs, il récompense royalement les trois seigneurs qui ont effectué l’assassinat qu’il avait décidé. Chacun d’eux reçoit de vastes terres.  

Entre autres propriétés, le duc Amalgaire de Bourgogne reçoit la terre de Fons Besua et afin de racheter ses fautes, il décide d’y bâtir un monastère. Il est fondé sous le vocable de saint Pierre & Saint Paul, l’an 616 (suivant Mabillon), ou en 630 (suivant le P. Le Cointe), par cet Amalgaire, duc « bénéficiaire » de Bourgogne (titre non héréditaire), et Aquiline, sa femme. Waldalène, l’un de ses trois fils, est nommé premier abbé de Bèze. 

 Bèze est la quatrième abbaye mérovingienne créée dans le diocèse de Langres. Dès sa création, elle est dotée de biens considérables. Elle possède et a sous son autorité les villages de Viévigne, Beire, Treige, Spoy, Oisilly, Blagny, Crimolois. Elle a 12 pièces de vignes à Marsannay la Côte et d’autres vignes à Couchey et Beaune. Elle possède également des terres à Dijon, Longvic, Chenôve, Prenois, Daix et un grand vignoble à Gevrey avec serfs et serviteurs. En 655, l’abbaye possède une école monastique.  

En 634, Amalgaire dote à nouveau l’abbaye en lui donnant les fiefs de JancignyTalmay et des terres àHeuilley-sur-Saône (bois de Chy), Perrigny-sur-l’Ognon et Pontailler-sur-Saône où l’abbaye fait construire une chapelle au vocable de Saint Hippolyte. Ces terres de Talmay et Heuilley vont rester propriétés de l’abbaye jusqu’en 1234, date à laquelle elles seront données par l’évêque de Langres à Guillaume II de Champlitte-Pontailler, malgré l’opposition des moines de Bèze. Se considérant spoliée, l’abbaye recourut alors à l’arbitrage du pape Innocent IV… qui lui donna raison, par écrit, en 1245. Ce qui n’empêcha pas Guillaume II de garder ces terres, avec l’accord de l’évêque de Langres. 

La Guerre de Cent Ans   

Le roi Charles IV de France mort sans héritier, Philippe VI de France et Edouard III d’Angleterre prétendent au trône. À partir de 1337, la France et l’Angleterre s’opposent en un long conflit fait de périodes violentes et de périodes de paix : la guerre de Cent Ans (1337-1453).  

En 1347, la peste noire fait son apparition et ravage la France pendant trois ans. En 1350, Jean II le Bonsuccède à son père Philippe VI. Il est fait prisonnier à la bataille de Poitiers en 1356 et est obligé de livrer un tiers de la France aux Anglais par le traité de Brétigny en 1360. 

En 1364, Charles V de France succède à son père. Il reprend presque toutes les terres données aux Anglais. La Bourgogne est mise à mal par les grandes compagnies, bandes d’aventuriers et d’étrangers licenciés en 1360 par le roi Edouard d’Angleterre. Ce n’est qu’en 1369 que Du Guesclin parvient à s’en débarrasser. 

 En 1379, à la reprise de la guerre, la population de Bèze ne compte plus que 111 hommes et femmes. L’abbaye s’endette. Les vieilles fortifications sont devenues inefficaces. La pauvreté s’installe. 

 C’est la grande époque de la chevalerie. Des fossés sont creusés avec douves et pont-levis. Les tours carrées sont remplacées par des tours rondes couronnées de machicoulis et de créneaux. Elles sont aménagées en prison et percées de meurtrières. Les vieux souterrains sont remis en état. Bèze est alors réputé invulnérable. Une garnison y réside en permanence et le guet est fait jour et nuit. De cette forteresse, il ne reste que deux des grosses tours d’angle des remparts, la « tour d’Oysel » et la « tour de chaux ». 

En 1437, les écorcheurs apparaissent en Bourgogne et s’arrêtent à Bèze. Le bourg fortifié est envahi mais on ignore s’ils ont pénétré dans l’abbaye. En 1445, les écorcheurs reviennent. Le bourg est réduit à 47 feux. 

La Révolution 

 

1789 : Du 23/12/88 au 14/01/89 la Bèze ne coule plus, l’eau dans le trou est gelée. Les temps sont durs et la révolte gronde. Lors de la nuit du 4 août 1789, la féodalité est abolie. Le 26 août, l’assemblée abolit les privilèges et rédige la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. 

 La légende dit qu’un jour « ceux de la Vingeanne » arrivèrent aux portes de l’abbaye armés de bâtons, de fourches et d’instruments divers en criant et en vociférant contre les moines. Ces derniers eurent juste le temps de s’enfuir dans un souterrain pour échapper au massacre. » Cette véritable émeute révolutionnaire est la seule qui semble avoir eu lieu contre les moines barons de Bèze. Il n’y eut ni gens tués, ni bâtiments incendiés et ce simple épisode de la « grande peur » faisait peut-être partie des nombreuses fausses nouvelles semées dans les campagnes pour y jeter la terreur.  

La loi du 2 novembre 1789 met à la disposition de l’État tous les biens du clergé. Elle déclare ne plus reconnaître les vœux religieux et rend la liberté à tous les cloîtrés. 

L’Assemblée Constituante assure en même temps un « salaire » aux curés et l’abbé Guelaud, curé de Bèze, est un des premiers à applaudir ces décrets et à confisquer tous les biens des moines, contre lesquels il avait toujours lutté depuis son arrivée à Bèze, en soutenant les habitants contre leur seigneur.  

En février 1790, l’abbé Guelaud est élu maire. L’inventaire des biens de l’abbaye est fait en mai 1790. Il y a 4 175 livres dans la bibliothèque. À partir de janvier 1791, les biens de l’abbaye sont mis en vente : des terres, la tuilerie, un moulin, des maisons dans Bèze, la chapelle Saint-Prudent, le four banal, la chapelle de Notre Dame des Groisses sont vendus pour 209 410 livres. La commune, d’après la loi, garde le 1/16e de la somme. Tous les objets précieux, vases sacrés et reliquaires doivent être versés au trésor public.  

En 1793, Louis XVI est guillotiné et Robespierre est au pouvoir. C’est la Terreur, la création des comités de salut public, le gouvernement révolutionnaire, la loi des suspects, le culte de l’être suprême et de la déesse raison. La France est couverte d’échafauds.  

Les premiers coups de pics sont donnés aux bâtiments monastiques. La tradition rapporte que pour avoir sans peine et à moindre frais le plomb recouvrant la toiture de l’église (pour le vendre aux armées), l’église fut remplie de fagots et entièrement brûlée.  

1795, l’église du monastère est rasée. Tout le centre de la grande maison conventuelle, longue de 113 mètres, tombe à son tour. Là se trouvaient les salles de réception, la galerie cloître, l’escalier en fer à cheval, les galeries menant du dortoir à l’église.  

Le bâtiment servant aux moines de pressoir, la cuverie, est racheté 12 000 livres par la commune pour y installer la mairie et l’école. 

 

L’ère de l’abbaye s’arrête, mais l’histoire de Bèze continue…

 

Les grottes de Bèze   

telechargement-1 dans VILLAGES de FRANCECes grottes se visitent de mai à septembre tous les jours, ainsi qu’en avril et en octobre tous les week-ends. En effet, elles sont remplies d’eau jusqu’au plafond pendant le reste de l’année. Pendant la période de visite, ces grottes se visitent à pied et en barque. Connue, dans sa partie initiale, depuis le moyen âge, la Grotte de la Crétane servait de refuge aux moines et aux villageois en cas d’invasion du bourg.  

Lac qui se déverse à l’air libre par un siphon de type « vauclusien » dont le débit peut atteindre 20 m³ / seconde. Aménagée en 1970, puis restaurée en 1990, la grotte et le lac sont éclairés.  

L’existence de la première grotte est très ancienne. Les habitants utilisaient cette cavité pour se cacher lors des invasions ou lors des nombreux pillages et destructions vécus dans le village. Ils auraient même utilisé cette cavité pour y déposer ce qu’ils avaient de plus précieux puis rebouché l’entrée.  

La seconde grotte fut découverte le 16 septembre 1950 par les membres du spéléo-club de Dijon. Cette cavité occupée par une rivière souterraine est ouverte au public du printemps à l’automne. Sa visite s’effectue en barque et est commentée. 

Publié dans Bourgogne, VILLAGES de FRANCE | Pas de Commentaires »

Morvan, un pays de châteaux

Posté par francesca7 le 30 mai 2013

VENEZ ME REJOINDRE SUR LE FORUM : http://devantsoi.forumgratuit.org/


Les échelles s’abattent contre la muraille, les pierres volent, le bruit des armes et les hurlements des hommes, cris d’ivresse meurtrière ou cris d’agonie, effraient les plus courageux. Les « Ecorcheurs » sont là depuis déjà cinq jours. Ils assiègent la forteresse de Thil, solidement assise au sommet de sa montagne. Horriblement cruels, les Ecorcheurs suspendent leurs prisonniers sous des portiques de bois, leur déchirent le corps avec des grappins avant d’enflammer les bûchers empilés sou les suppliciés. Menaces terrifiantes pour ceux qui osent résister. Le 25 mai 1366, l’inévitable se produit. Thil tombe aux mains des maudits.

Morvan, un pays de châteaux dans CHATEAUX DE FRANCE chateau-de-thil-300x199

Que reste-t-il aujourd’hui de THIL ?

D’imposantes ruines ceintes de barbelés dominant toute la contrée. On le dit construit sous Charlemagne pour se protéger des Normands. Plusieurs fois rebâti, il échappe de justesse aux démolitions ordonnées par Richelieu en 1640. Depuis le début du siècle, ses différents propriétaires successifs tentent maladroitement de le restaurer. Tout à côté, la belle collégiale du XIVème siècle s’éteint lentement.

 

Mais, Thil, célèbre grâce à sa positon stratégique, ne représente qu’une des pages de l’historie du pays. Luxe de qualité, environnement de classe, golf, piscine, le château de Chailly sur Armançon attaque une nouvelle carrière avec panache, profitant des charmes rares de son architecture typiquement Renaissance bourguignonne du 15ème siècle.

Et si, comme Gargantua, héros local des légendes d’ici, nous enjambons la forêt à grands coups de bottes de sept lieues, nous découvrons un étonnant assortiment de châteaux de toutes sortes. Château du 15ème ruiné de Chazelle l’Echo ou fière façade 18ème de Missery flanquée de vieilles tours rondes. Château 16ème à l’allure bien rustique de Villargois, blotti au fond de son vallon avec son allée de tilleuls bicentenaires, ou élégant édifice de Pluvier du 15ème agrémenté de baies en accolades, meurtrières et tours.

Un coup de bottes plus loin, voici Mont Saint Jean, assiégé au début du 10ème siècle par Raoul, duc de Bourgogne et roi de France. L’ensemble du village nous imprègne de cette ambiance féodale avec sa promenade qui longe les vieux remparts, dominés par la masse quadrangulaire du donjon autrefois accessible par un pont levis dont on retrouve très bien l’emplacement.

bierre-les-semur dans Morvan

Mini Versailles perdu dans son immense parc ornementé de fontaines, pièces d’eau, statues, animé par sa ménagerie et sa faisanderie, Bierre les Semur, demeure luxueuse des Chartraire de Montigny résista hélas bien difficilement à la traversée des siècles. Remanié au 19ème, fort abîmé au 20ème, et en particulier pendant la dernière guerre, le superbe château ne conserve plus qu’un corps de logis dont les décorations se sont envolées. Dernière pichenette à son orgueil, le joli temple d’amour qui palpitait au cœur d’une petite île fut transféré au parc de la Colombière à Dijon.

 

Impossible de ne pas parler de Bourbilly, pied à terre de madame de Sévigné à qui il arriva, en passant par Saulieu, une bien agréable aventure que l’on a découverte dans les pages qui précèdent. Si vous êtes venus par l’autoroute de Paris, vous n’avez pas manqué de voir la forteresse d’Eguilly, outragée par la proximité de cette voie rapide. Continuant alors vers Saulieu, les toits pointus de Thoisy la Berchère piqueront votre œil attentif ; plus tard, plus loin, vous devrez réveiller votre attention pour apercevoir, caché en contrebas du village de La Roche en Brenil, la demeure de Charles de Montalembert, joli château dont les origines nous ramènent au 12ème siècle, époque où existait une famille de La Roche en Brenil. Remanié durant les 16ème et 18ème siècle, l’édifice élégant abrite encore la bibliothèque du célèbre politicien publiciste.

Mais qu’il est difficile de vous parler du magnifique patrimoine de cette région. Dans un rayon d’une trentaine de kilomètres autour de Saulieu, c’est autant de visites que vous devrez organiser pour découvrir le plus somptueux ou le plus modeste. Chailly le prestigieux ou Lédavrée, caché au cœur d’un bosquet aux abords du village, patiemment englouti, dévoré par une végétation qui, d’année en année, nous en arrache quelques pierres.

Publié dans CHATEAUX DE FRANCE, Morvan | Pas de Commentaires »

Mouvements migratoires de l’an mille à la Renaissance

Posté par francesca7 le 27 mars 2013

 

Mouvements migratoires de l'an mille à la Renaissance dans AUX SIECLES DERNIERS plan-terrier-251x300Entre l’an mille et la Renaissance, les sources sont un peu moins rares : polyptyques (inventaires des biens ecclésiastiques), pouillés (inventaires de paroisses), généalogies, listes des chefs de famille imposables, compoix (comptes des tailles), cadastres locaux, études des prix agricoles et de l’extension des terres cultivées, sont largement utilisables. Pourtant, les recensements sont rarissimes et, pour les listes des feux (foyers), il est difficile de différencier le nombre de chefs de famille de celui des habitants. Les statistiques restent ponctuelles dans le temps et l’espace, et les chiffres toujours approximatifs. Rien ne peut être évalué avec précision.

Entre le 11ème et le 14ème siècle, on constate un essor démographique général, bien qu’inégal selon les régions et les périodes. Les seigneurs laïques ou ecclésiastiques, maîtres du sol, et les paysans, leurs utilisateurs, ont le même intérêt et la même attitude ; pour cultiver davantage, il faut défricher, peupler les plateaux (Picardie, Normandie, Bourgogne, Auvergne), fonder des villages nouveaux, des bourgs. L’Aquitaine se couvre de sauvetés, de 300 bastides et castelnaux (Mirande, Villefranche de Rouergue, Libourne) ; le Bassin parisien de Granges et de Villeneuves. La densité est forte dans les régions littorales (les incursions normandes et sarrasines sont terminées), céréalières et viticoles.

 A partir du 12ème siècle, les villes anciennes s’accroissent, des villes nouvelles naissent (Montpellier en 985, Lille en 1065, La Rochelle en 1130) et se peuplent d’immigrants venus des régions voisines, voire plus éloignées ; les surnoms d’origines des nouveaux venus deviennent leurs patronymes et indiquent leur provenance : Le Breton, Picard, De Soissons, L’Anglais, Catalaun.. Si Lyon compte beaucoup de « Lombards » en fait originaires du Pémont et de la Toscane (Florence, Sienne, Pistoie), d’Anglois, d’Allemands, de Provençaux, de Parisiens, de Genevois et de Jurassiens, c’est qu’elle est située sur la principale route commerciale de l’Europe, celle qui relie l’Italie du nord à la Flandre. Cette route passe aussi par la Campagne, dont les foires attirent, tous le sans, des milliers de drapiers flamands, de marchands de fourrures scandinaves venus d’Allemagne, et de négociants en cuirs venus d’Espagne, leurs principaux clients étant les Italiens qui leur vendent des épices et des plantes tinctoriales. Elle intéresse notamment les Siennois, pour les facilités de change et la banque.

 La deuxième route commerciale relie l’Espagne à la Flandre et favorise le développement de l’immigration vers Toulouse, Bordeaux, Périgueux. Limoges et Paris, qui a sa propre foire annuelle : le lendit. Quelques Chartrains sont nés de Bretagne ; des habitants d’Arras sont venus d’Espagne, de Gad, de Bruges, de Pavie et même de Messine ; des « Lombards » d’Asti et de Chieri, et des Cahorcins vivent à Mets, grande place financière. Des italiens, des Aragonais et des Anglais habitent à Périgueux ; des Catalans, des Aragonais et des Provençaux sont à Narbonne ; des Catalans à Carcassonne ; des Espagnol à Toulouse.

 Du 12ème siècle à la fin du 13ème siècle, Paris passe de 50 000 à 80 000 habitants et compte : des Normands, des Bourguignons, des Bretons, des Flamands et aussi des Italiens (tous appelés « Lombards »), ainsi que des Anglais, des Allemands et des Espagnols.

 Au début du 14ème siècle, Paris affiche 200 000 habitants, comme Venise : Nantes, Bordeaux, Narbonne environ 30 000 ; Metz 25 000 et Lyon 20 000. La France, avec 16 millions d’âmes dépasse de loin l’Italie (8 millions) et l’Angleterre (3 millions), mais les grandes calamités des années 1340-1450, vont entraîner un déclin démographique considérable. La peste noire, commencée en 1348, récidive très souvent et rue en un siècle entre 1/8 et 1/3 de la population, selon les endroits. Les famines et disettes, qui ont repris dès  1315, font d’autant plus de ravages que la France entière est dévastée par les soldats et les brigands de la « guerre de Cent Ans ».

 Entre 1346 et 1376, les chevauchées du roi anglais Edouard III, de ses enfants, le Prince Noir et le duc de Lancaster, déciment la Picardie, l’Artois, le Poitou, l’Aquitaine mais, surtout, la Normandie et l’Ile de France ; Au début du 15ème  siècle, l’expédition du roi Henry V dévaste tout le sud-ouest. Les grandes compagnies de « routiers » et autres « écorcheurs », qui sont en fait des gens d’armes débauchés par les trêves, et déserteurs en mal de pillages (d’origine anglaise, écossaise, allemande, gasconne, navarraise, espagnole et même française), ont saccagé l’Auvergne, le Midi et la Provence, jusque là encore épargnée par le conflit franco-anglais. Puis, ce sont les guerres contre la Bourgogne et la Bretagne.

 Outre le fait que ces étrangers ont dû laisser quelques enfants après leur passage, ils ont contraint de nombreuses populations à fuir ville set villages. A partir de 1419, il y a même eu des migrations forcées ; ainsi, Henry V a expulsé, entre 1415 et 1419, les habitants de Harfleur, Caen, Cherbourg, Honfleur et Rouen, qui se sont réfugiés dans les villages voisins, dans les ville bretonnes (Vitré, Fougères, Dinan, Dol, Rennes, Nantes et même Poitiers), afin d’implanter des anglais dans les maisons vacantes. La tentative échoua et, à part Harfleur, les ports normands ne reçurent que très peu d’Anglais. 

la_peste_noire-248x300 dans AUX SIECLES DERNIERS

Publié dans AUX SIECLES DERNIERS | Pas de Commentaires »

Le château de Posanges

Posté par francesca7 le 20 mars 2013

 

Le château de Posanges dans CHATEAUX DE FRANCE le_chateau_de_posanges

Depuis la Révolution, le château de Posanges a successivement appartenu aux familles Thenadev, Lestre et Lanibert. Acheté 6,000 francs en 1810 par un membre de la famille Lestre, il était encore évalué 6,000 francs dans le partage de sa succession en 1837. 11 y a déjà quelques années que M. le docteur Lacoste, maire de Vitteaux, est devenu propriétaire de cette belle ruine; entre de telles mains la conservation en est aussi assurée (possible. Mais qui peut répondre de l’avenir? Pour ne rien laisser au hasard, il m’a semblé utile de faire précéder mon étude sur les seigneurs de Posanges, d’une description complète du château. J’ai ainsi mêlé « archéologie à l’histoire, me souvenant du conseil de M. de Caumont, qui, dans un livre devenu classique, conjure ses confrères (l’explorer et de décrire les monuments civils et militaires du moyen âge plus particulièrement que tous les autres, parce qu’ils sont aussi plus que tous les autres exposés à la destruction.

A quelques kilomètres de Vitteaux , la route départementale qui mène de cette ville à la station des Laumes traverse le petit village de Posanges ‘, dont les maisons couvertes de chaume ou écrasées sous de lourds toits de lave, se divisent en deux groupes principaux, les unes étagées, à droite de la route, sur un coteau pierreux, les autres baignées, pour ainsi dire. Par les eaux quelquefois terribles de la Brenne . Sur la rive droite de cette rivière et à une distance à peu près égale des collines qui en dessinent le bassin, on remarque les ruines assez bien conservées (l’un manoir féodal qui passe à juste titre pour un des spécimens les plus remarquables de l’architecture militaire bourguignonne au 15ème  siècle.

La grande féodalité avait choisi, pour y percher ses nids d’aigle, les collines abruptes et les crêtes les plus escarpées des montagnes.

On trouve encore en Bourgogne quelques vestiges des grandes citadelles de cette première époque. Elles étaient toutes situées sur les hauteurs. Témoins Saulx-le-Duc ‘, ce nid à rat.. comme disait Henri IV; Mont-St-Jean, qui balança au X1Ve siècle la puissance des ducs de Bourgogne; Thil, dont les écorcheurs s’emparèrent en 1366 ; Charny; Salmaise, ancienne châtellenie ducale; Sombernon ‘, Montbard , Semurr ‘, et un grand nombre d’autres moins importantes.

La chronique rapporte qu’un seigneur de Vergy, ambassadeur en Espagne, disait au roi que bat le  foin de la Castille ne rempli pas les fossés. Des ravins escarpés, de profondes vallées, de hautes assises de rochers formaient la défense naturelle de ces forteresses, qu’une double ou triple enceinte et un système savamment combiné de tours, (le courtines, de tranchées pratiquées dans le roc aux endroits les plus accessibles, achevaient (le rendre imprenables. Dans quelques provinces reculées et essentiellement montagneuses, ce genre de constructions militaires survécut aux temps féodaux proprement dits. On pourrait citer sur les pics basaltiques des Cévennes, dans les montagnes de l’Auvergne, aux premiers plans des Alpes dauphinoises, un grand nombre de ces châteaux que la Révolution trouva encore habités et à peu près intacts. Forcés et pillés par les Suédois de Gustave-Adolphe dans leur course rapide à travers l’Alsace, ce fut seulement sous les coups des généraux de Louis XIV que tombèrent les vieux burgs de la chaîne des Vosges.

 En Bourgogne il n’en fut pas ainsi. Nos dues, modelant leur politique sur celle des rois de France, s’attaquèrent de bonne heure aux grandes maisons féodales qui, issues pour la plupart des anciens (dues ou comtes bénéficiaires, s’étaient partagé aux Xe et X1C siècles, lit du pays. A la fin du XIVe siècle, ces familles quasi souveraines ont presque toutes disparu; les unes se sont éteintes ; d’autres ont émigré ; celles qui subsistent encore et n’ont pas quitté le sol bourguignon, abandonnent peu à peu les sauvages retraites de leurs montagnes. On les voit affluer à la cour des ducs de la seconde race et se construire de somptueux hôtels dans les grandes villes de la province.

posanges-225x300 dans Côte d'OrParmi les châteaux de ces vieilles races éteintes ou amoindries, il en est un certain nombre qui, par achat, confiscation ou alliance, sont entrés dans le domaine ducal. Ils seront désormais gouvernés par de simples châtelains aux gages du souverain, ou bien les ducs les emploieront, SOUS le nom de domaines engagés, et avec les vastes terres de leur dépendance, à récompenser les loyaux services de leurs officiers. Au point de vue militaire, ces châteaux ainsi réduits ne sont plus une puissance; on se borne à ne les point laisser tomber en ruines, mais voilà tout. Quant à ceux qui ont échappé à ces premières tentatives de centralisation, leur importance disparaît bientôt avec la grande féodalité qui se meurt.

Le château de Posanges affecte la forme d’un rectangle légèrement allongé du nord-est au sud-ouest , et enfermé entre quatre murailles ou courtines d’égale hauteur et parfaitement parallèles.

Percées de rares et étroites meurtrières et, sur la face sud—ouest, de trois larges fenêtres à embrasures évasées, ces courtines sont commandées aux quatre angles par autant de tours rondes. Il y a quelque différence, mais peu sensible, dans les dimensions de ces tours, dont la décoration consiste en un simple cordon peu saillant courant à la moitié ou aux deux tiers de la hauteur. Trois d’entre elles sont encore surmontées de leurs toits coniques, qui reposent, non pas sur des créneaux, connue il se voit le plus souvent, mais sur de simples corniches. Celui de la quatrième est entièrement rasé. Les fossés larges et profonds sont aujourd’hui à sec et ont perdu, sur la plus grande partie de leur parcours, le revêtement en maçonnerie qui devait sans doute en consolider la contrescarpe. Une simple dérivation des eaux de la Brenne les rendrait aisément à leur première destination.

A Posanges, ce qui frappe tout d’abord, c’est le parfait état de conservation de l’édifice. Les matériaux étaient excellents, l’appareil irréprochable, de telle sorte que le temps n’a pu entamer ses épaisses et solides murailles. Le premier coup d’oeil vous jette dans une complète illusion. Si quelques groseilliers sauvages ne surgissaient çà et là au sommet des remparts ou que de gracieuses touffes (le pariétaires ne fussent suspendues aux linteaux des fenêtres, à coup sûr oit croirait cette féodale demeure encore habitée par ses nobles hôtes et les meurtrières dont elle percée toutes prêtes à vomir la mitraille.

La façade principale n son aspect au nord-est. La grande porte à cintre surbaissé qui la divise en deux parties égales est la seule qui donne accès dans la place. Elle était précédée d’un pont-levis dont les étroites rainures sont encore visibles. A gauche s’ouvre la poterne ou guichet autrefois destiné aux piétons, et au-dessus du cintre ou remarque une niche avec tin cartouche sculpté et cette inscription :

AD MAJOREM — 1715 — DE! GLORIAM

Les chambres des étages supérieurs sont uniformément rondes ou à pans coupés, et éclairées par une ou deux fenêtres étroites avec bancs de pierre dans l’embrasure. Partout les traverses des plafonds sont visibles.

Çà et là on remarque des meurtrières ouvertes sur la campagne. Enfin chaque pièce a sa cheminée, une de ces cheminées façon 15ème siècle, dont le manteau repose sur de minces colonnettes engagées à hase prismatique. Ici encore la décoration est très simple. Point de sculptures, à part quelques écussons sur la tablette des cheminées j’ai relevé celui des Dubois de Posanges et celui de Bourgogne moderne, dont les quartiers ont été maladroitement intervertis.

On accède aux divers étages de chacune des tours de la façade par un escalier à vis percé alternativement de meurtrières et de petites fenêtres carrées, et se terminant à la hauteur des combles par un lanternon en bois. De là le regard embrasse l’ensemble du château. Avant de redescendre, le visiteur aura soin (le donner un coup d’oeil aux charpentes ; c’est surtout dans la grosse tour du sud-ouest qu’on en peut admirer l’élégante disposition, la hardiesse ingénieuse et le parfait échantillonnage. Elles ont leurs analogues dans les tours du vieux château de Semur.

Un chemin de ronde sans parapet intérieur – l’extérieur est en partie démoli, – régne au sommet des remparts sur trois côtés du rectangle et joint les quatre tours entre elles, Des deux tours (du sud-ouest, il n’y en a qu’une, avons-nous (lit, qui soit restée intacte. C’est celle de gauche. Mais aussi c’est la plus remarquable et par la solidité de son appareil et par l’ampleur de ses proportions

Je n’étais pas seul dans ma visite aux ruines de Posanges. J’avais pour compagnon un ami, archéologue presqu’aussi novice mais  moins zélé que moi, et nous nous proposions de terminer par l’église notre petit voyage d’exploration, d’autant plus qu’on nous y avait signalé l’existence d’une tombe dont nous désirions relever l’estampage. Pour quiconque se pique tant soit peu d’archéologie, la moindre église de campagne n’a-t-elle pas d’ailleurs son importance? C’est entre le donjon et le clocher que, pour la plupart de nos villages, s’est déroulé le modeste drame de leurs annales et, à défaut de documents écrits toujours rares, quelquefois introuvables, on est bien souvent réduit à demander à ces vieilles pierres, témoins véridiques des siècles écoulés, le secret de leur histoire. Malheureusement l’église de Posanges n’est pas ancienne et l’on ne saurait rien imaginer de plus rustique. C’est un bâtiment rectangulaire, bas, écrasé, sans architecture et sans clocher, quelque chose comme un mot d’un peu moins vulgaire qu’une grange. Elle est située entre la Brenne et les fossés du château, à deux pas de la maison Commune qui se dresse à ses côtés, comme une puissance nouvelle, toute fière de ses deux étages et de son irréprochable badigeon. On l’a  construite il y a une cinquantaine d’années sur l’emplacement (l’une église qui menaçait ruine et qui remontait au 15ème siècle. C’est ce qui résulte de l’inscription suivante en belle minuscule gothique provenant di, l’ancienne église et aujourd’hui encastrée dans une embrasure de fenêtre

CESTE EGLE, FVT DEIMEE LE 1ÏMIlR JO D’AOVST L’

MIL CCCC XLVIII.

posanges1-225x300Outre cette inscription il reste encore de l’ancienne église une crédence d’un assez bon style, ornée de l’écusson des Dubois, et la tombe dont il a été question tout-à-l’heure.

En vérité c’est peu de chose, mais l’archéologue se contente souvent à bon marché.  A la fin du XIIIème  siècle, Posanges appartenait à l’illustre maison de Frolois qui portait, comme on sait, dans ses armes, le faruh’ d’or et d’azur de Bourgogne ancien. Eu 1299, le lendemain de Pâques charnel, Eudes de Frolois reconnut tenir eu fief du duc Robert, ta ville de Varnicourt et celle de Posanges, où il y avait déjà une maison forte, comme nous l’apprend l’acte d’hommage’.

Eudes de Frolois mourut en 1308 et les généalogistes ne lui donnent qu’une fille, mariée dans la maison de Mailly , C’est, croyons nous, une erreur. On peut très—vraisemblablement lui attribuer encore deux fils : Jean et Miles. Jean, l’aîné, hérita des plus importantes seigneuries de soit et jouit d’une grande faveur à la cour de nos ducs. Leduc Eudes IV, qui l’appelait son cousin, lui confia la charge considérable de maréchal de Bourgogne, et, pour le récompenser de ses services, il réunit en 1348, tous les fiefs que ce seigneur possédait en Bourgogne et pour lesquels il devait plusieurs hommages, en un seul fief qui reléverait désormais du duché sous la condition d’un seul et unique hommage. On peut juger du rang élevé que tenait Jean de Frolois dans la noblesse terrienne de Bourgogne par la simple énumération de ses seigneuries. Il y en avait trop dans la mouvance de la châtellenie ducale de Salmaise, deux dans celle dit de Frolois qu’un seigneur de ce nom avait cédé au duc Robert 11 dès l’année 1298, et une dizaine d’autres réparties dans plusieurs bailliages et parmi lesquels nous citerons seulement la maison forte de Posanges. 

Ecrit par J. D’ARBAUMONT. Issu du document original 

 

Publié dans CHATEAUX DE FRANCE, Côte d'Or | Pas de Commentaires »

Le Château de THIL en Côte d’Or

Posté par francesca7 le 25 février 2013

 Le Château de THIL en Côte d'Or dans CHATEAUX DE FRANCE dscf0012-800x376-2

Le château de Thil remonterait au règne de Charlemagne, au 9ème siècle. La collégiale date du 14ème siècle.

Le château de Thil se situe à l’ouest de Dijon, en Bourgogne, entre les communes de PRECY sous THIL et  de Vic-sous-Thil. La présence d’un castellum est attestée dès 1016 dans le cartulaire de Flavigny et l’occupation du site se poursuit de façon certaine jusqu’au xviie siècle. S’il est vrai que le château a été fortement restauré au cours du xxe siècle, ses vestiges rendent encore possible une étude architecturale. Ce château fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 12 septembre 1905.

dscf0005-530x8001 dans Côte d'Or

Pendant la guerre de Cent Ans, la Bourgogne fut ravagée par les Anglais, les Ecorcheurs (Grandes Compagnies). En 1366, mort d’Arnaud de Cervoie, les soudards du « Petit Darby », son cousin, en profitèrent pour assiéger le château de Thil pendant cinq jours et le prirent le 15 mai. Ils exigèrent une rançon de 3 5OO F or.

Traité ici, l’histoire de Thil serait beaucoup trop long. C’est un des plus anciens châteaux forts de France et le site a été périodiquement remanié du 9ème au 15ème siècle.

Le premier personnage connu de cette famille est Miles de Thil qui fonde en 1007 le prieuré de Précy-sous-Thil. Dès le xie siècle, Thil est une vicomté au même titre que Semur-en-Auxois et Villaines. Il gardera ce statut jusqu’en 1310, date à laquelle il est érigé en comté relevant du duché de Bourgogne. Aux alentours de 1340, Jean de Thil est nommé connétable héréditaire du duché de Bourgogne. Alors que le prestige de la famille s’accroît, une collégiale est fondée sur l’extrémité nord de l’éperon, à une centaine de mètres du château. Encore conservée aujourd’hui, elle représente un bâtiment imposant à chevet plat, voûté en berceau pour la nef et en ogives pour le transept, avec un clocher à l’ouest de l’édifice. Enfin, en 1596, Thil devient une baronnie.

dscf0007-800x5221-300x195Nous évoquerons donc la période la plus faste, celle de Jean de Thil, connétable de Bourgogne en 1340. Pour rendre grâce à Dieu de sa bonne fortune, sire Jean fait édifier la collégiale. L’ambiance de l’époque, avec nos « preux chevaliers » vaut d’être contée !

Eclate la guerre de Cent Ans. Jean de Thil qui a épousé Jeanne de Châteauvillain en 1345, devient l’un de splus proches vassaux des ducs. Il  est nommé connétable du duc Eudes IV, c’est-à-dire chef des armées, à la mort de Robert de Châtillon. C’est à ce moment qu’il décide d’adjoindre une collégiale à sa forteresse. La construction dure de 1343 à 1350. Ce n’est évidemment pas un hasard si l’édifice est fortifié ! C’était une sage précaution car, en plus des guerres privées entre seigneurs, s’annonçait la menace de la guerre de brigandages de ce qu’on commençait à appeler les « Grandes Compagnies », ces bandes de soudards mis au chômage par les suspensions de conflits périodiques.

Pour situer l’époque, n’oublions pas que la Grande Peste ravagea l’Auxois en 1348, conduisant à la tombe, ou plutôt à la fosse commune, des milliers d’habitants.

En 1356, c’est la déroute de Poitiers. Jean de Thil n’y est pas : il est mort deux ans plus tôt. L’élite de la chevalerie française y trouve la mort, part en captivité ou verse une rançon. Parmi les morts ; Jean de Châteauvillain, frère de Jeanne. Prisonnier ; un certain Arnaud de Cervole dont nous aurons bientôt à reparler. Après Poitiers, les troupes anglo-navarraises du roi d’Angleterre, Edouard III, se jettent sur la Bourgogne après la Champagne. Auxerre est prise par les bandes de Robert Knowles. Courcelles-Frémoy est incendiée. Saulieu est détruite. Le jeune duc, Philippe de Rouvres doit traiter avec les envahisseurs : le traité de Guilllon, signé le 10 mars 1360 avec les Anglais, épargne la dévastation aux Bourguignons contre une énorme rançon.

dscf0011-800x305

Un chevalier anglais nommé Nichole de Tamborth sert d’interprète pendant les négociations ; il émarge donc au budget ducal en même temps qu’il guerroie pour son propre compte et celui du roi d’Angleterre. On le vit même apparaître dans la même négociation sous deux identités : comme chevalier anglais et en tant que négociateur payé par le duc, pour son plus grand profit bien sûr !

Malgré les accords, des bandes de pillards réapparaissaient sans cesse.

Des soudars arrivés dans l’Auxois annoncèrent qu’ils « feroient guerre et bouteroient les feux partout se les diz messire Nychole et Guillaume (de Granson, autre belle figure de l’époque) ne leur tenoient pce que promis avoient pour le paiis de Bourgogne ». (A.D.C.O. B 2748). Autrement dit, ils réclamaient une rançon en échange de leur neutralité. Nichole de Tamborth était comme par hasard avec le duc à Beaune. Dès le lendemain de l’annonce de ces menaces, il reçut pour prix de ses services auprès des routiers, les terres de Courcelles et de Montigny. C’est ainsi que pendant sept ans, Bierre eut pour seigneur un soldat du roi d’Angleterre. (ADCO. B 1337)

Les impôts et autres redevances perçus sur la population locale ont donc alors servi à entretenir un capitaine d’Edouard III et ses hommes ; ce capitaine devenait vassal des ducs (le dit messire nicole tendra en fie et hommage de nous et de nos successeurs ducs de bourgoigne les maisons dessus dites). Comme tel, il était donc tenu de répondre aux convocations de l’armée ducale. Ce n’est pas là, d’ailleurs, la plus surprenant des incongruités de l’époque….


dscf0018-800x609-300x228Laissons là Nichole de Tamborth, qui d’ailleurs n’a pas dû s’attarder beaucoup dans le secteur, attendu que ses responsabilités l’appelaient à d’autres besognes. Philippe de Rouvres étant mort le 21 novembre 1361, c’est Philippe le Hardi, le premier des « grands ducs d’Occident » qui entre en possession de la seigneurie de Courcelles et Montigny, et donc Bierre, le 25 novembre 1367. Portons un instant nos regards vers la butte de Thil et son château au même moment. L’histoire est bien révélatrice des événements et des mœurs du temps.

La dame de Thil, Jeanne de Châteauvillain, avait perdu son premier mari, Jean de Thil, en 1354, et son deuxième, Hugues de Vienne, en 1362. Elle avait épousé aussitôt Arnaud de Cervole.

Arnaud de Cervole, appelé constamment « l’arceprestre » (l’archiprêtre) par ses contemporains est décrit comme un chef de bande qui aurait mis la main sur une riche héritière, mais la réalité est bien plus complexe. Certains historiens oublient de dire que le soudard en question eut pour parrain du fils qu’i l eut avec Jeanne de Châteauvillain, Philippe le Hardi ! Comment ne pas voir alors qu’il s’agissait d’un des plus proches familiers du duc, à qui il rendit maint service et prêta souvent de l’argent ? Arnaud de Cervoie était le pur produit d’une époque troublée, il peut être comparé, sur bien des points, à un autre chef de guerre qu’il côtoya et qui, lui, est resté dans l’histoire : Bertrand Duguesclin.

Le troisième époux de la dame de Thil est né dans le Périgord. Cervole est un hameau de l’arrondissement Périgueux. Sa noblesse dut être de second ou troisième ordre. Arnaud a certainement perçu des droits (sans être le moins du monde ordonné, mais seulement comme seigneur temporel) de ‘l’archiprêtré’  de Vélines (chef-lieu de canton de la Dordogne) : d’où son surnom. Né dans une région où la guerre entre partisans du roi de France et du roi d’Angleterre faisait rage, Arnaud de Cervole se mit au service des Français à la tête de soldats qu’il recrutait lui-même et commandait. L’habitude d’utiliser comme forces d’appoint ceux que l’on appelait des soudoyers était déjà bien installée. L’archiprêtre se fit remarquer au combat et, à la bataille de Poitiers, fut l’un des derniers défenseurs du roi Jean le Bon. Celui-ci s’empressa de payer la rançon d’un prisonnier aussi précieux .

dscf0014-800x505-300x189L’ennui, c’est qu’on licenciait ces auxiliaires après les combats et qu’au lieu de rentrer sagement à la maison, ils avaient une fâcheuse tendance à dévaster des régions entières. Ces compagnies de pillards pouvaient même se regrouper et mettre en échec les armées régulières, comme à Brion sur Ource et à Brignais. L’une de ces « Grandes Compagnies » se forma en Champagne en 1360 et pour éviter des dévastations, on la dédommagea d’un passage rapide. C’est à ce moment, nous l’avons vu, que Nichole de Tamborth fut payé de ses services par l’octroi de la seigneurie de Courcelles.

Les chefs de bandes les plus fameux mettaient leurs hommes au service des armées régulières, au besoin contre d’autres bandes, ou bien servaient de négociateurs aux puissants qui dédisaient acheter le départ des brigands. C’est le rôle que tint Arnaud de Cervole auprès de Philippe le Hardi.

En 1363, l’archiprêtre se retrouve seigneur de Thil, et, comme il n’est pas homme à contempler le paysage, il garde la main en allant mettre le siège devant Vitteaux. Ici encore ne nous méprenons pas : il ne s’agit pas d’un acte de brigandage stricto sensu. Vitteaux est à Louis de Chalon, ennemi du duc Philippe le Hardi. Louis de Chalon vient de mettre à sac les terres de Châteauvillain. Nous avons là une guerre privée entre seigneurs, tout à fait légale et commune. Les dernières années d’Arnaud e Cervole sont occupées à organiser, pour le compte du papa et du roi de France, une croisade contre les Turcs. Il s’emploi à recruter des compagnies pour lui. Rude tâche que de convaincre des pillards, habitués à rançonner de gras marchands et à brûler des villages après avoir violé quelques paysannes, de partir à des milliers de kilomètres pour assurer leur salut en sa faisant découper en rondelles par la soldatesque Turque !

L’archiprêtre s’en aperçut à ses dépens puisque l’un des récalcitrants l’a occis proprement du côté de Lyon le 25 mai 1366. Pendant que le mari de Jeanne de Châteauvillain était encore vivante, mais fort occupé dans le sud, son cousin, appelé Petit Darby (petit ange d’aspect, grand démon de caractère), jugea l’instant propice pour se remplir les poches sans trop de risques. C’est ici qu’il faut placer l’épisode de la prise du Château de Thil. Dès qu’il apprit le mort d’Arnaud de Cervole, Philippe le Hardi envoya dans l’Auxois un de ses valets, Jean de la Pomme, pour recommander à sa commère, Jeanne de Châteauvillain, de « bien garder sa forteresse, de peur que les gascons n’y entrassent ». Trop tard. L’assassinat de l’archiprêtre a du prêtre prémédité pour se débarrasser d’un chef trop autoritaire aux yeux des bandes de soudards. Le 15 mai 1366, Petit Darby » prit THIL, la dame dedans ». Cependant, Darby ne put prendre la collégiale. Le bailli d’Auxois, Guillaume de Clugny, reçut des renforts et campa à PRECY SOUS THIL. Darby fit payer 3 500 francs d’or à la châtelaine et fila continuer son œuvre sur les terres de Châteauvillain. Nous connaissons ces épisodes grâce aux livres de comptes de Guillaume de Clugny, bailli d’Auxois (A.D.C.O, B. 2752).

dscf0017-copie-800x660-300x247Jeanne, veuve pour la troisième fois mais femme de tempérament, se remaria une quatrième et mourut en 1390. Jean dota la collégiale d’un chapitre composé de cinq chanoines et d’un doyen, astreints à célébrer (au moins) deux offices par jour, pour l’éternité. Cette pratique prit fin à la Révolution, en 1790 ! Les chanoines logeaient dans des petites maisons avec jardin, côté est du site le doyen à Maison-Dieu. Ils vivaient des redevances prises sur les terres leur ayant été octroyées. L’existence des serfs des alentours était tellement misérable, notamment à Nan, que ceux-ci préféraient rester célibataires que de voir leur progéniture subir le même sort qu’eux !

En 1442, presque tous les habitants de Noidan et Pluvier furent occis par ces bandes sans foi, ni loi qui tuaient, pillaient, rançonnaient les habitants de nos campagnes ; ce n’était partout que mutilations d’hommes ; beaucoup de seigneurs, pour épargner leurs terres, transigeaient avec les Ecorcheurs en leur payant une forte somme. Les ravages causés par ces brigands étaient tels que le nombre de foyers de l’Auxois, qui était de 6 603 en 1397 était tombé à 3 903 en 1442 !

En 1470, la population de PRECY SOUS THIL compte 3 feux francs et 31 feux serfs. Si l’on considère qu’un foyer est composé de 5 ou 6 personnes, en fonction de la mortalité infantile et l’espérance de vie, notre beau village devait avoir entre 170 et 200 habitants.

Au XVIème siècle, les habitants de notre région eurent à souffrir des guerres de religions ; les simples gens de nos campagnes ne s’étaient pas mêlés de la querelle religieuse, ils étaient restés fidèles à la foi catholique et ne demandaient qu’à vivre et labourer en paix ; malheureusement, des bandes de pillards dévastaient les maisons, molestant le paysan et vivant à ses dépens. Au commencement de son règne, Henri IV constate « que tous les villages sont quasi inhabitables et déserts, la cessation de labour presque générale, le peuple appauvri et presque à sa dernière misère ». A la suite des ravages causés par ces guerres, les loups accoutumés à se nourrir de cadavres humains étaient devenus d’une grande férocité et fort audacieux. Le bétail et les gens étaient souvent attachés, des chasses aux loups étaient organisées dans chaque village ; les histoires de loups faisaient frémir, les soirs, dans les chaumières.

chateau-300x227Actuellement, le château se présente sous la forme d’une enceinte ovoïde comprenant un réduit seigneurial et une grande basse-cour. L’étude du bâti permet de discerner différentes phases de construction s’échelonnant du xiiie siècle au xvie siècle. Pour le xiiie siècle, subsistent les vestiges du reste d’un logis rattaché à un cellier et probablement à la tour de guet. Une chapelle étant attestée dès 1085, nous pourrions avoir affaire au schéma type « aula, capela, Bergfried ». À la fin du xive siècle, la construction d’une tour-résidence et d’un bâtiment d’habitation redéfinit l’espace en dessinant ce qu’on appelle le réduit seigneurial. Cette configuration s’affirme au xve siècle puis aux vie siècle avec la construction d’un nouveau bâtiment et le remaniement de l’enceinte. Au fil des siècles, le site accroît ses qualités résidentielles tout en conservant ses prérogatives défensives.

Le château de Thil a connu une longue période d’occupation, dont l’évolution peut-être suivie sur au moins six siècles. La période d’apogée du site est liée à Jean de Thil (fin xive siècle) qui a doté le site de ses plus beaux éléments d’architecture, notamment la collégiale. La chronologie du château doit être encore affinée mais on peut d’ores et déjà parler d’un site majeur pour l’architecture castrale bourguignonne.

dscf0019-800x642-300x240La collégiale

L’église de la collégiale comporte également des pièces intéressantes. Le chœur du XVe, son transept 12ème et des fenêtres flamboyantes ; pierre tombale 16ème, fonts baptismaux* 12 vitraux XVIe, statues (XIVe et XVIe s) . La collégiale en ruines arbore une belle architecture gothique ( XIVe s) : haut clocher carré à contreforts, nef unique, chœur à chevet plat, portail sculpté, pierre tombale du XVe d’un doyen de la collégiale.

Sources : D’après les écrits de recherches commencée par Alain Monin dans son livre : « Quand j’allais à l’école »

et Wikipédia

Château de Thil, visite :

Date à confirmer. Le Château de Thil est d’après André Malraux considéré comme le plus vieux Château Fort de France. Une ruine grandiose, romantique sur un…
Du lundi 23 avril 2012 au vendredi 1 novembre 2013
Château de Thil | Expo – Musée | Vic sous thil

Publié dans CHATEAUX DE FRANCE, Côte d'Or | Pas de Commentaires »

 

leprintempsdesconsciences |
Lechocdescultures |
Change Ton Monde |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | C'est LE REVE
| Détachement Terre Antilles ...
| ATELIER RELAIS DU TARN ET G...