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Le guérisseur des fous : Martin Degimard

Posté par francesca7 le 14 mai 2016

 

 
 
Au début du XXe siècle, le hasard d’un déménagement exhuma de sous un monceau de papiers à trier appartenant aux Archives départementales du Cantal un cahier de 18 pages in-folio, où se suivent, dans un ordre à peu près chronologique, de 1761 à 1781, 31 copies de lettres, annonces, certificats, attestations, tous documents à la gloire de Martin Degimard, docteur en médecine de Bort, inventeur d’un merveilleux spécifique contre la folie et les aliénations de l’esprit

imagesSur Martin Degimard, les renseignements que nous possédons se réduisent à bien peu de chose. Il fit ses études et obtint le titre de docteur à la célèbre Faculté de Médecine de Montpellier et, natif de Bort, il se fixa dans sa ville natale. Une pièce de procédure nous montre que la renommée que lui acquit sa découverte permit à Martin Degimard, quoique appartenant à une famille bourgeoise, de s’allier à la famille noble de Quinson. Nous devons donc nous borner à présenter une simple publication de textes.

Quoique à l’état de copies, l’authenticité de ces documents paraît hors de cause. Le dossier est, en effet, terminé par des attestations de Bernard Chasteau, « avocat en Parlement, bailli, juge civil, criminel et de police de la présente ville de Bort » et de Charles-Antoine Guirbail, bailli pour le duc de Castries, dans ses terres de Granges et Tauves, qui certifient que lesdites « copies de lettres missives et certificats ont été extraites mot à mot sur les originaux représentés par le sieur Martin Degimard et que foy doit y estre ajoutée ».

La première pièce est une lettre d’envoi, signée de la marquise de Salvert de Montrognon, « de l’approbation de Messieurs les quatre premiers médecins de la Cour, pour un malade de la première distinction, affecté de plusieurs maladies sérieuses, sans aliénation d’esprit » : « Voilà, Monsieur, la consultation que j’ai fait faire ; elle est de tout ce qu’il y a de plus habile dans le royaume, puisque c’est de Monsieur de Sénac, premier médecin du Roy, de M. de Lanove, médecin de la Reine, de M. de Bouillac, médecin de Madame la Dauphine, et rédigée par M. Petit, médecin de Monseigneur le duc d’Orléans. Vous voyez que votre conduite a été approuvée, il n’y a plus qu’à continuer de même. Je vous scay gré de votre zèle pour nos intérêts ; continuez, je vous en prie, et recommandez aussi l’ordre dans la maison si vous le pouvez. Donnez-moi de temps en temps des nouvelles du malade : vous voyez que je lui rends le bien pour le mal ; je pratique une religion qui me l’ordonne. Ma santé n’est pas bonne depuis longtemps. J’ai l’honneur d’être, Monsieur, plus que personne, votre très humble et très obéissante servante. Signé : LA MARQUISE DE SALVERT DE MONTROGNON. De Paris, le 12 novembre 1761 ». Et, au-dessus, est écrit à M. Martin Degimard, docteur en médecine, à Bort.

 

1

Un aliéné

 

Le nom de la marquise de Salvert, célèbre dans la chronique galante de l’époque, vaut qu’on s’y arrête un moment. Jeanne-Marie de Méallet de Farges avait épousé en 1738 Guillaume de Salvert de Montrognon, seigneur de la Rodde, de Marse, lieutenant-général des armées du roi. Tous deux offrirent un parfait exemple de ces ménages si fréquents au XVIIIe siècle. Le marquis fut interdit et même enfermé pour dettes en 1748. Quant à sa femme, sa liaison avec son cousin germain, le baron de Lavaur, dura plus de trente ans, et ne cessa qu’à la mort du baron, en 1773. Cette belle et constante passion n’était, d’ailleurs, rien moins que désintéressée ; la marquise de Salvert sut profiter de l’état de décrépitude intellectuelle de son amant pour lui arracher in extremis un testament qui la faisait son héritière universelle au détriment des propres neveux du baron de Lavaur, les enfants de La Ronade. Ceux-ci attaquèrent le testament, et un procès en captation d’héritage se plaida en Parlement.

Quel était ce personnage « de la première distinction », à qui la marquise de Salvert déclarait rendre le bien pour le mal ? Peut-être le marquis de Salvert lui-même. La lettre est, en effet, du 12 novembre 1761, et nous savons que le marquis mourut en 1762. Le ton de cette lettre confirmerait d’ailleurs notre opinion. Comme bon nombre de personnes dont la conduite n’est pas à l’abri de toute critique, la marquise savait employer les mots de devoir et de religion, qui vont si bien dans la bouche des victimes innocentes et des épouses irréprochables. Cette première lettre, on le voit, ne fait pas mention du remède contre la folie inventé par Martin Degimard ; il y est même dit que le malade « de la première distinction » n’est pas atteint « d’aliénation d’esprit ». Au contraire, la seconde lettre de notre dossier, postérieure à la première de près de huit ans, parle précisément du fameux remède. Il semble bien que l’on en puisse placer la découverte durant ces huit années, de 1761 à 1769, et cette présomption devient fort vraisemblable, si l’on se rapporte aux termes mêmes de l’annonce du spécifique que nous citons plus loin. Cette annonce, du 8 août 1771, dit, entre autres choses, qu’après avoir guéri en 1761 diverses personnes « attaquées de maladies très sérieuses sans aliénation d’esprit », le sieur Degimard a fait « depuis quelque temps la découverte d’un spécifique, etc. ».

Le 6 mai 1769, Turgot, alors intendant de la province du Limousin, écrivait à M. Chasteau, subdélégué à Bort : « Je vous envoye, Monsieur, la copie d’un mémoire qui m’a été remis, par lequel on annonce que le sr Martin Degimard, docteur en médecine, demeurant à Bort, a un remède spécifique pour le traitement et la guérison des maladies de la folie, des vapeurs et la consomption. Je vous serai obligé de me mander s’il est vray que le sieur Martin Degimard demeure à Bort, et quel degré de confiance vous pensez qu’on puisse avoir dans ses traitemens. J’ai l’honneur d’être… Signé : TURGOT. La réponse du subdélégué sur la réalité de ces guérisons dut confirmer les termes du mémoire dont parlait Turgot, à en juger par les lettres et certificats qui, depuis lors, ne cessèrent d’arriver à Bort, non seulement de tous les points de la France, mais aussi de l’étranger.

C’est ainsi que Me Jean Ternat, prieur et curé de Salins, Pierre Bruny, marchand, Jean Delpeux, Gérard Mauria, Pierre Griffol, Dussol, licencié en droit, et Forestier, chirurgien juré, « tous notables habitans » du village de Fageoles, attestent « que le nominé Jacques Dauzet, fils à Guillaume, laboureur, habitant dudit village, attaqué depuis treize ans de folie héréditaire, a été guéri par le sieur Martin Degimard qui a employé à sa guérison le remède spécifique de sa composition, lequel a été administré par le sr Antoine Forestier, chirurgien du bourg de Saignes, à qui ledit sieur Martin avait donné sa confiance… A Salins, le 14 janvier 1770 ».

De même, un certificat de Jean Dominique de Monclard, chevalier, seigneur et baron de Monclard, Montbrun et Longuevergne, Georges Lescurier, bourgeois, seigneur de Fournols, François Lescurier, seigneur des Peyrières, Antoine Faucher, notaire royal, Jacques Lapeyre, Paul Lapeyre, marchands, et Pierre Delsuc, déclare que Martin Degimard a « traitté, guéry et rendu bien tranquille, sans aucune aliénation d’esprit, le sieur Jacques Robert, marchand, habitant du bourg d’Anglards attaqué depuis environ treize ans d’une folie héréditaire… Le 29 juillet 1770 ».

Enfin, un M. Bérenger, habitant à « Mongiens » en Piémont, annonçait en ces termes l’amélioration de l’état de son frère, le 27 mars 1770 : « Monsieur, mon frère me charge de mettre de l’argent au courrier pour avoir encore vingt-six prises de votre remède spécifique ; vous recevrez en conséquence soixante-dix-huit livres. Au reste, l’effet de votre remède s’est manifesté depuis quelque temps ; il y a mieux dans l’état de mon frère, aussi se flatte-t-il qu’il achèvera de lui rendre cette tranquillité d’esprit dont il jouissait avant sa cruelle maladie. J’ai l’honneur… ». Le même confirmait, le 3 avril 1773, les heureux effets du remède : « Le courrier qui vous porte celle-cy vous remettra soixante livres pour avoir encore de vos pilules ; je vous prie de m’en expédier quelques-unes courier par courier, en cas que vous n’en ayez pas le nombre complet. Votre spécifique mérite assurément toutes sortes d’éloges, puisque mon frère n’éprouve de soulagement que dans l’usage de celui-là seul, aussi en a-t-il un besoin pressant. Nous nous proposons de le lui faire continuer toute la vie s’il le faut, espérant que vous voudrez bien faire quelque léger sacrifice, veû que c’est une des bonnes pratiques que vous ayez ».

Citons aussi cette lettre, de M. Auzier de Laplaux, notaire royal dans la vallée d’Oust en Couserans (Ariège), annonçant la complète guérison de son fils et datée du 17 février 1781. Elle donne sur le cours de la maladie et de la guérison des détails assez minutieux qui ne sont pas sans intérêt. « Vers le commencement d’octobre, j’eus l’honneur de vous écrire l’état de mon fils qui se trouvait alors pour la seconde fois dans une espèce d’assoupissement léthargique qui lui dura exactement quinze jours, au bout desquels il commença à donner quelque signe de vie en répondant par monosyllabes, et prenant lui-même le bouillon, pale, maigre et deffait. Il se leva insensiblement de son lit, et recouvra peu à peu ses forces, se contentant de répondre par ouy ou par non, ne sortant jamais de sa maison et se cachant avec soin lorsque nos amis venaient le voir. Ce ne fut qu’aux fêtes de la Noel que je pus obtenir de luy de sortir ; il commença pour lors de parler, il fit ses visites, et depuis, il se produit au dehors et se comporte toujours avec discrétion, raison et prudence. Il a beaucoup engraissé et je l’occupe parfois à l’écriture ; souvent il dort toute la nuit, et jamais plus il n’avait été si tranquille qu’il l’est à présent. J’ai donc lieu de le croire parfaitement guéri ».

Il ne faut pas croire que Martin Degimard reçut seulement de bonnes paroles et des remerciements, voire même des demandes de « quelque léger sacrifice ». La reconnaissance de ceux qu’il avait guéris se manifestait par des marques plus solides. Par acte du 14 janvier 1770, passé à Mauriac par devant notaire, Guillaume Dauzet, père de Jacques Dauzet, dont nous avons vu le prieur de Salins attester la guérison, lui faisait don d’une somme de 600 livres, « avec convention expresse dudit sieur Martin Degimard, qu’au cas que cette maladie reprendroit ledit Jacques Dauzet pendant un an à compter de ce jour, il promet et s’oblige de lui faire les remèdes nécessaires et convenables pour lui remettre la tranquillité dans sa maladie, le tout aux fraix et dépens dudit sieur Martin, à la charge néantmoins d’être nourry, et son cheval, lorsqu’il sera obligé de faire des voyages audit village de Fageoles ».

 

2

Turgot

 

Voici encore une « Lettre de Cette en Languedoc, petite ville et port de mer, pour un jeune homme attaqué depuis dix-huit ans de manie et traité par Messieurs les Professeurs de Montpellier, de Paris et autres médecins célèbres, que le sr Martin a guéry sans le voir et dont le père a fait une pension audit sieur Martin Degimard de la somme de 600 livres » : « De Cette, le 3 mars 1776. Monsieur, j’ai bien reçu les cent pilulles que vous m’avez fait passer par l’honneur de votre lettre du douze de ce mois, et le malade est charmé de votre nouvelle assurance d’une parfaite guérison ; il suivra exactement le régime que vous lui avez prescrit,et prendra son caffé tous les matins à la barbe des Esculapes. Il est trop persuadé de vos lumières, de votre conscience, bonne foy et talens, malgré la modestie qui règne dans toutes vos lettres, pour ne pas renoncer aux ordonnances de ceux qui se croient médecins de la première classe. Les bons effets qu’il éprouve de votre remède sont infiniment plus convaincants que tous les argumens frivoles de ces messieurs qui méritent à juste titre le nom de charlatans, puisqu’ils ne sont capables de rien produire de bon.

« Le malade s’inquiette seulement de l’opiniâtreté de sa maladie. Comme il a passé quelques jours sans votre remède, sa provision ayant finy, il a eu un petit retour de souffrance et vous suplie de ne pas lui laisser manquer de remèdes. Vous sçavez qu’il lui en faut tous les vingt-cinq à trente jours cent prises ; de grâce, ne mettez que trente jours d’un envoy à l’autre. Les dartres ont entièrement disparu depuis quinze jours ; il y a plus de dix-huit ans qu’il est attaqué. Pour la première fois, il ne faira plus usage d’aucune préparation d’opium, puisque vous le deffendez comme favorisant le délire et l’aliénation. J’ai l’honneur d’être sans réserve… Signé Charles, Frédéric, Ferbert. Permettez, s’il vous plaît, pour éviter la peine d’affranchir chaque fois les lettres, je vous envoye vingt-quatre livres pour vous dédommager des ports ».

Ces guérisons avaient attiré l’attention de l’intendant de la province ; et, en 1771, Martin Degimard, ayant été nommé collecteur d’impôts, obtint, « en considération des services qu’il rend journellement à un grand nombre de malades de la campagne », d’être déchargé de cette absorbante et parfois onéreuse fonction. « Madame, écrivait, le 12 août, Turgot à la baronne de Murat, j’ai reçu, avec la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, la requette par laquelle le sieur Martin Degimard, médecin à Bort, demande la décharge de la collecte à laquelle il a été nommé. Je me ferai, Madame, représenter sa requette au département prochain et je lui rendray avec plaisir la justice qui lui sera due ».

La « sensibilité » de Turgot, comme on disait au XVIIIe siècle, l’inclinait à se préoccuper du parti à tirer de la découverte du médecin de Bort pour la guérison ou le soulagement des aliénés de l’hôpital de Limoges. Il ajoutait : « Comme il paroit que ce médecin a le secret d’un remède qu’il a employé avec succès à la guérison des personnes qui ont l’esprit aliéné, je serais fort aise qu’il en fît l’essai sous mes yeux, et, s’il vouloit se rendre à Limoges, je le chargerais volontiers du traitement de quelques malheureux qui sont renfermés à la maison de force pour cause de folie. Je vous serai obligé, Madame, de le lui proposer. Je suis, avec respect… ».

L’offre fut acceptée, car, le 17 août 1772, Turgot s’informait, auprès de Degimard lui-même, des dépenses qu’entraîneraient le séjour du guérisseur et la cure des malades. « Je consens volontiers, Monsieur, que vous fassiez sous mes yeux l’essai de votre remède sur les particuliers attaqués de démence qui sont renfermés dans la maison de force établie en cette ville, mais je vous serai obligé de me mander, avant vous rendre ici, quel est, non seulement le traitement que vous demandez, mais encore l’objet de la dépense qu’il y a lieu de faire pour la cure de chaque particulier. Je suis… »

Les conditions proposées par Degimard, à savoir « cent livres pour la guérison de chaque particulier » plus sa pension, furent agréées, et Turgot lui donna rendez-vous à Limoges pour la fin d’octobre 1772. Mais un contretemps inattendu empêcha au dernier moment la réalisation de ce projet. Le 12 octobre, Turgot envoyait à Degimard ce court billet : « Je viens, Monsieur, de recevoir une lettre de la Cour, par laquelle on me marque de me rendre incessamment à Paris, ce qui dérange entièrement notre projet. Il faudra, en conséquence, remettre au printemps prochain le traitement que nous avions proposé, ou, du moins, à mon retour de Paris ». Cette lettre est suivie de ces mots : « Pour lors, Monsieur Turgot entre au ministère ; en conséquence, le sr Martin ne fut pas mandé ». Il y a là une erreur. Ce n’est, en effet, que deux ans plus tard, le 20 juillet 1774, que Turgot prit possession du ministère de la Marine. Ne possédant aucun document susceptible d’apporter un élément de contrôle ou de comparaison, nous ne pouvons que signaler cette erreur, imputable très probablement à l’inattention du copiste, sans pouvoir préciser si elle porte sur le commentaire dudit copiste ou sur la date même des lettres.

Quoi qu’il en soit, le projet de Turgot ne fut pas repris et Degimard ne put procéder à une cure « officielle ». Son spécifique n’en continua pas moins à faire merveille, à en juger par les remerciements et les certificats dont la transcription deviendrait monotone et que nous nous bornons à résumer. Dom Palis, bénédictin à Saint-Pè, près de Tarbes en Bigorre, après avoir pris douze pilules purgatives ou de longue vie qui l’ont bien purgé et quarante pilules raisonnables « éprouve une différence considérable dans tout son être, n’ayant plus cette tension dans les nerfs ; les idées ne sont plus confuses et ne causent plus de suffocation, ni ces tiraillements énormes, ces mouvements convulsifs involontaires et ces tremblements de tous les membres » (Lettre du 12 décembre 1772). M. Alberty, docteur piémontais, médecin de la marquise de Ricei, à Nice, certifie que l’oncle de celle-ci a éprouvé, après les premières pilules, « un soulagement marqué, n’ayant plus ces mouvements convulsifs que, depuis longtemps, il soufroit aux yeux » (Lettre du 4 janvier 1774).

 

3

L’Aliéné. Peinture de Théodore Géricault

 

D’une lettre du docteur Audibert, chirurgien de la marquise de Gantes au Puget-lès-Fréjus en Provence, nous extrayons ce curieux passage : « Il seroit bien temps que je vous donne des nouvelles de notre malade, qu’un excès de dévotion avoit jeté dans des accès de manie singulière… Le soir même de la réception de vos remèdes jusqu’à la fin d’iceux, nous eûmes la satisfaction de voir que notre aimable dolente avançoit journellement vers la santé par degrés bien marqués, de façon que vers la my-novembre, elle eut recouvré la santé et la raison… Grâce à vos remèdes, elle jouit aujourd’hui de la plus parfaite santé, pratiquant ses exercices de dévotion sans donner dans aucun excès… »

L’abbé Faugières, vicaire de la ville de Sarlat, le sieur François Chaussade, natif de Chamblat, paroisse de Trizac et le sieur Jean Brugières, ancien vicaire de Giat en Auvergne, retrouvèrent également la santé et le calme de l’esprit. Le sieur Chaussade « fut fait prêtre sur la parole dudit sieur Martin Degimard après sa guérison d’une manie extravagante héréditaire… ; depuis ce temps-là, il a été vicaire à Orcines, près le Puy-de-Dôme, et est actuellement vicaire en Bourbonnois ». Quant à Jean Brugières, « attaqué de manie violente extravagante et se croyant possédé par trois démons qu’il avait, selon lui, dans l’estomach depuis un an, a resté deux mois en pension chez ledit sieur Martin Degimard et a célébré pendant seize jours la messe… Il est parti sur la fin de novembre, bien tranquille, et a été six mois vicaire à Saint-Sauves, sa paroisse, où il est actuellement communaliste et fait bien ses fonctions depuis sa guérison, sans aucune récidive ».

Les Capucins « missionnaires au fond de la Syrie, sur le déclin du Mont Liban », expérimentèrent sur les indigènes l’efficacité du traitement. Le 10 juillet 1781, leur correspondant à Marseille écrivait à Degimard : « Les RR. PP. Capucins me témoignent toute la satisfaction possible des bons effets que votre remède a déjà produit dans ce pays-là ».

Il est une lettre qui mérite une mention particulière. Il y est question d’un prince que l’on ne savait pas, croyons-nous, avoir donné des craintes pour sa raison et dans l’entourage duquel on avait fait, avec succès, usage des pilules « raisonnables » du médecin de Bort. Le nom de ce prince, d’abord écrit, a été raturé, mais non si parfaitement que l’on ne puisse voir qu’il s’agit du duc de Penthièvre : « Lettre adressée au sr Martin Degimard de la part de Son Altesse sérénissime, Monseigneur le duc de [Penthièvre]. Au château de la Brugière, le 20 juillet 1770. Monsieur, vos pilulles raisonnables ont fait de si bons effets, que Monseigneur le duc de [Penthièvre] m’a chargé de vous demander un imprimé que vous donnez en envoyant vos pilulles, pour voir si le régime que vous ordonnez peut se faire sans beaucoup de peine. Comme la santé de ce prince m’est chère, je le porterai à faire usage de votre remède, s’il peut lui être salutaire. Je vous prie de vouloir bien remettre à mon envoyé cet imprimé ; vous obligerez celui qui a l’honneur d’être… Signé : Du [Hautier], capitaine au régiment de [Penthièvre] dragons ».

Sur la composition du remède lui-même, rien dans toutes ces lettres ne nous donne aucune indication. Nous ne pouvons qu’en constater les effets extraordinaires, et, pour le reste, nous devons nous en tenir aux termes assez vagues – ainsi qu’il convient – de l’annonce insérée dans le Courrier de Monaco du 8 août 1771, et la Gazette de France de La Haye du 17 septembre 1772. Nous n’y trouvons qu’une chose précise, c’est que Degimard n’était pas partisan du traitement par l’eau froide, bien inférieur du reste comme efficacité à ses pilules :

« Le sieur Martin Degimard, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, résidant à Bort, ville du Limouzin, par une longue expérience et une pratique solide qui lui ont mérité la confiance du public, et, en 1761, l’approbation de MM. les quatre premiers médecins de la Cour, pour la guérison de plusieurs personnes de la première distinction, et nombre d’autres attaquées de maladies très sérieuses sans aliénation, a fait depuis quelque temps la découverte d’un spécifique assuré contre la manie, la folie, la stupidité, la mélancolie, les vapeurs, la consomption, les convulsions, coliques, vomissements, migraines, diarrhées, dysenteries, aliénation d’esprit et toutes les maladies du genre nerveux. Il peut produire les certificats de guérison de plusieurs maniaques furieux, que l’honneur des familles l’empêche de rendre publics, dont les deux derniers, attaqués de folie héréditaire, ont été guéris l’année dernière en très peu de temps.

« Ce remède prodigieux, annoncé dans le Mercure de France et cette Gazette, lui a procuré des lettres d’Allemagne, du Piémont et autres royaumes de l’Europe, comme des principales villes de France, avec mille applaudissements. Son remède est aisé à prendre et opère en toute saison, ne donne aucun dégoût, ne fait aucun effet violent, et le régime en est doux, n’excluant que le salé et les liqueurs spiritueuses. Il s’envoie dans une lettre, et le sieur Martin Degimard ne demande de l’argent à ceux qui se rendent chez lui qu’après la guérison, et offre de le rembourser à ceux qui lui prouveront le mauvais effet de son remède, pourvu qu’on le prenne en suffisante quantité et avec les précautions qu’il indique en l’envoyant. Il n’use point de bains froids, dont il connaît les effets pernicieux. On trouve auprès de lui toute sorte de satisfactions ; il travaille à d’autres remèdes utiles au public. Le prix de ses consultations est de six livres, franc de port avec la lettre, si l’on veut une réponse. Son remède purifie aussi le sang et arrête l’effet des poisons. Le prix est de trente sols pour les riches et vingt sols pour les pauvres. Son adresse est à Bort, en Limouzin, par Paris et Clermont en Auvergne ». Les mots en italiques ne se trouvent que dans l’annonce deLa Gazette de France, postérieure d’un an à celle du Courrier de Monaco.

(D’après « Revue de la Haute-Auvergne » paru en 1904)

Publié dans AUX SIECLES DERNIERS, FONDATEURS - PATRIMOINE, HISTOIRE DES REGIONS, HUMEUR DES ANCETRES, LITTERATURE FRANCAISE | Pas de Commentaires »

Une conception Historique de la Côte d’or

Posté par francesca7 le 21 avril 2016

 

Par sa position géographique, la richesse et l’étendue de son territoire, l’importance de ses villes, le département de la Côte-d’Or est celui dans lequel se caractérise le plus la physionomie historique de l’ancienne Bourgogne. Avant la conquête romaine et l’invasion des Burgondes, qui ont laissé leur nom à la province où ils s’installèrent, cette contrée, comprise dans la Gaule celtiques était habitée par les Lingons, tribu vaillante, fort ancienne, et qui se partageait avec les Séquanais et les Éduens toute la région orientale de la France actuelle.

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La religion, les mœurs des Lingons étaient celles des autres peuples de la Gaule ; ils croyaient à l’unité de Dieu et à l’immortalité de l’âme ; ils avaient une espèce de royauté élective et responsable, dont le pouvoir civil, judiciaire et militaire, était, en beaucoup de cas subordonné à l’autorité religieuse du grand prêtre, chef des druides. L’esprit belliqueux et entreprenant de ces populations les avait souvent entraînées dans de lointaines expéditions. Longtemps ils furent conquérants avant d’être conquis à leur tour. 590 ans avant l’ère chrétienne, Sigovèse avait établi des colonies dans la Bohème et la Bavière, et Bellovèse avait fondé plusieurs villes dans le nord et l’est de l’Italie. Brennus avait pris Rome. Deux autres chefs gaulois, Léonoius et Lutarius, avaient pénétré jusqu’à Delphes, en Asie, et y avaient constitué la tétrarchie des Galates. Les Linons avaient figuré dans toutes ces entreprises, et on leur attribuait spécialement la fondation des villes d’Imola et de Budrio.

Lorsque l’invasion des Helvètes les menaces d `Arioviste, chef des Suèves, et la rivalité entre les Êduens et les Arvernes eurent amené sur les bords de la Saône les Romains déjà maîtres de la Gaule Narbonnaise, les Lingons furent un des premiers peuples auxquels ils offrirent leur amitié. Le respect qu’ils professèrent dans les premiers temps pour les coutumes et l’indépendance de leurs nouveaux alliés établit entre les deux nations l’union la plus cordiale et la plus sympathique. Des volontaires lingons se joignirent aux Éduens, qui voulurent accompagner César dans sa descente en Grande-Bretagne. Dans la guerre même de l’indépendance, guerre dont Vercingétorix fut le héros et la victime, les Lingons restèrent fidèles à la foi promise, malgré l’exemple que leur donnaient les Éduens, ces vieux alliés de Rome, qui se repentaient, mais trop tard, d’avoir été les premiers à accepter le patronage de tels voisins.

GauloisLes Lingons s’attachèrent plus étroitement à la fortune du conquérant des Gaules, qui sut avec tant d’habileté recruter ses légions parmi ceux qu’il venait de vaincre. Ils combattirent pour lui à Pharsale ; et si les trésors de la Gaule, si Vercingétorix enchaîné, figurèrent dans le cortège du triomphateur, on vit aussi plus d’un Gaulois quitter ses braies pour revêtir la toge du sénateur. C’est par les séductions de la paix que César voulait achever l’oeuvre de ses victoires. Les provinces gauloises furent administrées sous son règne avec la plus grande douceur. On n’enleva aux populations ni leurs terres ni leurs droits municipaux. Les grands furent dédommagés, par des titres et par des honneurs nouveaux, des dignités qu’ils avaient perdues. L’agriculture fut exercée dans les mêmes conditions qu’en Italie ; la navigation était libre sur le Rhône, la Saône, la Loire, même sur l’Océan.

Aussi les luttes du second triumvirat n’eurent-elles aucun retentissement dans la Gaule épuisée et assoupie. Auguste continua la politique de César. il fit plusieurs voyages et de longs séjours dans la Gaule, défendit ses frontières contre les Germains, y appela de nombreuses colonies, embellit les villes, en fonda de nouvelles, couvrit le pays de larges et magnifiques routes, imposa, enfin, sa domination avec tant d’habileté qu’à sa mort les vaincus avaient adopté les mœurs, les habillements, la religion et les lois des vainqueurs. La tyrannie, les exactions de Tibère et de Néron suscitèrent les révoltes promptement comprimées de Sacrovir et de Vindex. Le vieux sang gaulois était appauvri et vicié ; pour le rajeunir, il fallait d’autres éléments que l’influence d’une civilisation corruptrice et le contact des races abâtardies de la Rome des Césars.

Le seul épisode qui mérite d’arrêter les regards dans cette longue période de servitude et d’abjection est l’audacieuse tentative de Sabinus et le dévouement héroïque d’Éponine, son épouse. L’incendie du Capitole, qui avait marqué la mort de Vitellius, était représenté par quelques vieux druides comme un présage de ruine pour la puissance romaine. Les Lingons prirent les armes et choisirent pour chef Sabinus, leur compatriote, qu’on prétendait issu de Jules César. Ceux de Trèves se joignirent à eux ; mais les Séquanais et les Autunois, dont Sabinus avait autrefois pris d’assaut la capitale, marchèrent contre les révoltés et les défirent. Les Lingons se réconcilièrent avec Domitien en lui envoyant un secours de 70 000 hommes contre les barbares qui menaçaient les frontières romaines.

C’est vers cette époque, au moment même où l’oeuvre de dissolution semble accomplie, que commencent à apparaître les premiers symptômes de régénération. On fait remonter à la fin du ne siècle les premières prédications de l’Évangile en Bourgogne. La tradition la plus probable et la plus répandue donne à cette province pour premiers apôtres les disciples de saint Polycarpe, évêque de Smyrne, qui, après avoir pénétré dans la Gaule par le Vivarais, et ayant trouvé l’Église de Lyon déjà florissante, grâce aux prédications de Pothin et d’Irénée, s’avancèrent jusqu’à Autun, et de là se partagèrent la gloire et les périls de la conversion du pays Autun eut pour martyr un des premiers néophytes, le jeune Symphorien. Andoche et Thyrse, ses maîtres dans la foi, périrent à Saulieu, et Bénigne, leur compagnon, à Dijon, vers 178, sous le règne de Marc Aurèle. Le sang des victimes fut une semence féconde de chrétiens, et lorsque, en 311, Constantin donna la paix à l’Église, chaque ville, après avoir eu son martyr, avait enfin son pasteur.

Pendant que ces germes de salut se développaient, pendant que cette force inconnue grandissait dans l’ombre, rien ne saurait donner une idée de l’horrible confusion au milieu de laquelle agonisait le vieil empire romain séditions des légions nommant chacune leur empereur, guerres civiles, déchirement des provinces, pestes, famines, exactions. Le vieux monde se précipitait dans le christianisme comme dans un, refuge ; mais ce monde était trop usé, trop fini, trop bien mort pour apporter à la foi nouvelle la force d’expansion nécessaire à la reconstitution d’une autre société ; c’est alors qu’arrivent les barbares.

Alains, Vandales, Suèves, Gépides franchissent le Rhin, descendent des Alpes, pénètrent jusqu’en Espagne, jusqu’en Afrique, sans que la Saône ou le Rhône les arrêtent, sans laisser d’autres traces de leur passage que des monceaux de ruines. Derrière eux s’avance lentement une lourde armée de géants ; c’étaient les Burgondes. Pline en fait la principale tribu des Vandales ; Procope et Zosime les disent également Germains d’origine et de nation vandale. Voici le tableau qu’en a tracé le savant et consciencieux historien de la Bourgogne, Courtépée :

FORET COTE D'OR« Ces peuples, nés au milieu des forêts, étaient ennemis de la contrainte ; la liberté faisait tout leur bonheur, la chasse leur occupation, les troupeaux et les esclaves leurs richesses. Sans patrie et sans demeure fixe, ils ne redoutaient que la servitude. Ils n’avaient aucun art agréable ; mais ils pratiquaient l’hospitalité et toutes les vertus des peuples sauvages. Ils n’avaient pour arme que la framée, espèce de lance ou de halle- barde, la fronde, l’épieu, la hache, qui servaient également pour attaquer, pour se défendre et pour bâtir leurs maisons. Ils marchaient toujours armés, usage qu’ils conservèrent après leur conquête.

« On dit qu’ils portaient la figure d’un chat sur leurs boucliers, emblème de la liberté qu’ils voulaient conserver partout. Ils avaient des chefs, mais ils n’avaient point de maîtres. Ces chefs, qui prenaient le titre de hendin, furent d’abord électifs. Leur autorité n’avait d’autre terme que celui du bonheur de la nation. Ils n’étaient pas seulement comptables de leurs fautes personnelles, ils l’étaient aussi des caprices de la fortune ou des fléaux de la nature. On les déposait lorsqu’ils avaient perdu une bataille ou mal réussi dans leurs entreprises, ou dans un temps de stérilité. Leurs prêtres étaient traités bien plus favorablement. Le pontife, nommé sinist, était perpétuel ; son pouvoir surpassait celui du hendin, et s’étendait au droit de punir les coupables : le respect des peuples le mettait lui-même à l’abri de toute révolution. »

Tel était le peuple qui devait conquérir une partie si importante de la Gaule. Des bords de la Vistule et de l’Oder il arriva, vers 275, sur les bords du Rhin, fit plusieurs tentatives infructueuses pour le franchir, et s’établit sur la rive droite, où il demeura jusqu’en 407. C’est pendant les dernières années de ce séjour que la religion du Christ pénétra chez les Burgondes ; ils avaient entendu parler d’un Dieu puissant dont le culte s’était nouvellement établi dans les Gaules. Ils envoyèrent des députés aux évêques voisins pour se faire instruire ; et ceux-ci, ayant été baptisés, rapportèrent la foi à leurs compatriotes.

Quoiqu’on ignore la date précise de leur conversion, elle est généralement attribuée aux prédications de saint Sévère, évêque de Trèves en 401. Quelques années après, Stilicon, général des armées romaines, Vandale d’origine, devenu tuteur d’Honorius, fit alliance avec les Alains, les Suèves, les Vandales, et les appela dans les Gaules pour l’aider à placer sur le trône impérial son propre fils Euchérius. Les Burgondes franchirent alors le Rhin à la suite des autres barbares ; ils se rendirent maîtres, presque sans obstacle, des pays situées entre le haut Rhin, le Rhône et là Saône Impuissant à leur résister, le patrice Constance, général d’Honorius, fit avec eux un traité solennel, qui leur assurait à titre d’hôtes et de confédérés la possession de presque tout le territoire dont ils s’étaient emparés.

Ils élurent alors un roi ; leur choix tomba sur Gondicaire, le même sans doute qui était hendin lors du passage du Rhin en 407, et qu’on peut regarder comme le fondateur de la première monarchie bourguignonne. Trois nations différentes vivaient donc alors sur le même sol – les Gaulois, les Romains et ces nouveaux conquérants, les Burgondes. C’est de la fusion de ces éléments divers que se forma la race régénérée.

Gondicaire justifia par sa conduite habile le choix de ses compatriotes. Sa capitale et sa résidence fut d’abord Genève, qui était alors au centre de ses États ; plus tard, ayant soumis toute la province lyonnaise, il transféra à Vienne, en Dauphiné, le siège de la monarchie, se rendit maître d’Autun et de toute la Séquanaise, porta ses armes jusque dans la Belgique et le pays de Metz, et ne fut arrêté dans ses conquêtes que par le patrice Aétius, qui, justement alarmé des envahissements de ses anciens alliés, leur déclara la guerre et les défit dans une sanglante bataille, en 435.

Vainqueurs et vaincus se réunirent bientôt contre un ennemi qui les menaçait tous ; les Huns se montraient de nouveau sur le Rhin ; Gondicaire avait été tué avec vingt mille des siens en s’opposant à leur passage ; Gondioc, son fils et son successeur, associa ses efforts à ceux d’Aétius pour combattre Attila, et partagea la gloire de la fameuse journée des plaines catalauniques. Fidèle aux traditions paternelles, il utilisa habilement les années de paix qui suivirent celte rude secousse.

C’est de ce règne que date la répartition territoriale et cette législation bourguignonne si profondément enracinée dans les moeurs du pays que, dans plusieurs de ses parties, elle a continué à régir la province jusqu’à la Révolution. de 1789. Gondioc se rit nommer patrice par les Romains, et obtint du souverain pontife le titre de fils. Il réunit à sa couronne le pays des Lingons, celui des Éduens, le Nivernais, le reste de la Lyonnaise et une partie de la Narbonnaise, de sorte que son empire avait au midi la Méditerranée pour limite. Il mourut à Vienne vers 470, laissant quatre fils qui se partagèrent ses vastes États.

BOURGOGNE COMTELa Bourgogne et la Comté échurent à Gondebaud, patrice et maître de la milice dès 473, arbitre des destinées à de l’empire qu’il fit donner à Glycérius, et, en 476, souverain indépendant lors de la ruine de la puissance romaine sous Augustule. Le bien qu’on pouvait attendre de la position ainsi simplifiée fut considérablement atténué par les dissensions qui éclatèrent entre Gondebaud et ses frères. Celui-ci, après avoir triomphé de toutes les agressions, ensanglante ses victoires par des violences que la barbarie du temps peut expliquer, mais que ne saurait justifier l’histoire.

Les représailles, au reste, ne se firent pas attendre. Clotilde, seconde fille de Chilpéric, un des frères de Gondebaud, qui avait eu en partage Genève, la Savoie et une partie de la Provence, après avoir échappé au’ massacre de sa famille vaincue et dépossédée, était devenue la femme de Clovis, chef des Francs. Cette princesse poursuivit avec une persévérance infatigable l’œuvre de vengeance qu’elle semblait s’être imposée, usant de toute l’influence qu’elle exerçait sur son époux pour l’armer contre son oncle, suscitant les scrupules du clergé de Bourgogne contre l’arianisme qu’avait embrassé Gondebaud, éveillant toutes les convoitises, envenimant toutes les haines contre celui dont elle s’était promis la perte. Gondebaud déjoua toutes les intrigues, repoussa toutes les attaques et lassa pour un temps cette implacable hostilité.

L’histoire de son règne peut se diviser en deux parties : la période belliqueuse, toute remplie des luttes dont nous venons d’énoncer l’origine et les résultats ; la période pacifique, consacrée à l’organisation administrative et judiciaire du royaume de Bourgogne. C’est dans cette dernière surtout qu’il faut chercher les titres de Gondebaud aux souvenirs de l’histoire ; il compléta, dans un esprit remarquable de justice et d’humanité, l’oeuvre commencée par son père ; il réunit ses ordonnances modifiées et les édits nombreux qu’il rendit lui-même dans une espèce de code devenu célèbre sous le nom de Loi Gombette. Ce règne, pendant lequel l’agriculture fut puissamment encouragée, les ruines des villes relevées, d’innombrables établissements ecclésiastiques fondés, marque l’apogée de la monarchie de Gondicaire.

Gondebaud mourut à Genève en 516 ; il eut encore deux successeurs, Sigismond et Gondemar ; mais l’inaction de l’un et la faiblesse de l’autre rendirent la tâche facile à la vengeance inassouvie de Clotilde et à l’ardeur conquérante des Francs. En 534, Clotaire et Childebert rassemblèrent leurs forces et envahirent la Bourgogne ; une seule bataille leur livra le pays. Gondemar alla s’enfermer dans Autun, où il tenta de résister aux fils de Clotilde ; mais ce dernier effort fut si peu vigoureux, si peu retentissant, qu’en enregistrant sa défaite, l’histoire reste muette sur les destinées du vaincu. En lui, s’éteignit la race de Gondicaire ; avec lui finit le royaume de Bourgogne, qui avait duré 120 ans.

Les princes francs se partagèrent les dépouilles de Gondemari Théodebert, roi de Metz, eut Besançon, Langres, Châlon, Genève et Viviers et Childebert, roi de Paris, et Clotaire, roi de Soissons, eurent le reste jusqu’au moment où ce dernier réunit sous son sceptre les États de ses frères. Un nouveau partage, qui eut lieu à sa mort en 562, constitua un second royaume de Bourgogne au bénéfice de son second fils, Gontran, possesseur en outre d’Orléans et du territoire de Sens.

Rien de plus lugubre à la fois et de plus confus que les annales de cette dynastie mérovingienne des rois de Bourgogne. La seule figure de Gontran repose le regard épouvanté de toutes les horreurs qui signalent la longue et sanglante rivalité de Frédégonde et de Brunehaut. Le peuple l’aimait, disent les chroniques du temps ; quand il approchait d’une ville, les habitants allaient au-devant de lui avec des bannières en criant : Noël ! Après sa mort,’ il fut mis au nombre des saints ; et, cependant, on rapporte que la dernière de ses trois femmes, la belle Austrégide, lui ayant demandé comme grâce en mourant de faire périr ses deux médecins, parce qu’ils n’avaient pas eu l’habileté de la guérir, il eut la faiblesse d’accomplir ce vœu barbare ; ajoutons que c’est le premier prince qui se soit fait entourer de gardes.

Childebert, sans changer son titre de roi d’Austrasie, hérita de la plus grande partie de la haute Bourgogne, qu’il conserva seulement trois ans et quelques mois. Thierry, son second fils, est le deuxième prince mérovingien qui soit désigné sous le nom de roi de Bourgogne et d’Orléans ; il se laisse diriger par Brunehaut, son aïeule ; l’histoire de son règne n’est qu’un tissu de trahisons, de massacres et d’atrocités de tout genre. Il meurt subitement à Metz d’un flux de sang, à l’âge de vingt-six ans, après en avoir régné dix-huit, et précédant. de quelques mois seulement dans le tombeau sa terrible aïeule, dont fait justice à son tour Clotaire II, fils de Frédégonde.

palais-La première apparition des maires du palais à la cour de Bourgogne se rattache au règne de Thierry ; et ce sont les intrigues de Varnachaire II, revêtu de cette dignité, qui livrent Brunehaut à Clotaire et facilitent à ce prince, par la défaite des fils de Thierry, la réunion de la Bourgogne à la France. Les deux royaumes sont régis par le même sceptre et suivent les mêmes destinées jusqu’à la fin du IXe siècle, époque de la constitution des grands établissements féodaux sous les successeurs de Charlemagne.

Charles le Chauve avait trouvé dans la fidélité de la noblesse bourguignonne un précieux appui contre les attaques de Louis le Germanique ; mais toutes les leçons de l’expérience étaient perdues pour ce prince incapable. Son fils, Louis le Bègue, ne comprit pas davantage la nécessité. de réunir en faisceau les forces éparses de la monarchie défaillante. Sous son règne, la confusion et l’anarchie augmentèrent encore, le morcellement du territoire ne rencontra plus d’obstacle. Trois nouveaux royaumes furent formés avec les débris de l’ancien royaume de Bourgogne : celui de Provence ou de Bourgogne cisjurane, par Boson, élu roi au concile de Mantaille, en 879 ; celui de Bourgogne transjurane, par Rodolphe, couronné à Saint-Maurice, en Valais, en 888 ; et celui d’Arles, composé des deux premiers, en 930. Quant à la Bourgogne proprement dite, elle resta sous le gouvernement des ducs héréditaires, dont nous avons ici principalement à nous occuper.

L’origine des premiers ducs de Bourgogne était illustre, et ce qui vaut mieux encore, nous retrouvons là, comme à la souche de presque toutes les grandes dynasties féodales, un de ces hommes auxquels il n’a manqué qu’un autre théâtre pour que l’histoire les mette au rang de ses héros. Richard le Justicier, comte d’Autun, était fils de Beuves, comte d’Ardenne, frère de Boson, roi de Provence, et sa soeur Richilde avait épousé Charles le Chauve en 870.

Sans vouloir nier ce que ces hautes alliances durent ajouter à son crédit, on peut dire qu’il fut surtout le fils de ses œuvres. Sincèrement et loyalement dévoué au roi son bienfaiteur, il le défendit contre les entreprises de sa propre famille. Il battit, en 880, les troupes de son frère Boson près de la Saône, mit garnison dans Mâcon au nom des rois Louis et Carloman, et donna le gouvernement de cette ville à Bernard, dit Plantevelue, tige des comtes héréditaires de Mâcon. Après s’être emparé de Lyon, il assiégea Vienne, dont il chassa Boson, et emmena prisonnière à Autun sa femme Hermangarde avec ses enfants, en 882. Il secourut Charles le Simple contre Eudes, comte de Paris, défit une première fois, en 888, dans les plaines de Saint-Florentin, les Normands, qui avaient pénétré dans la Bourgogne et dévasté Bèze ; remporta de nouvelles victoires sur eux, avec l’aide des, Auxerrois conduits par leur évêque Géran, gagna, contre le fameux chef Rollon, une bataille décisive auprès de Chartres, et fit lever le siège de cette ville en 911.

Étant à l’agonie, et les évêques l’exhortant à demander pardon à Dieu d’avoir versé tant de sang humain : Quand j’ai fait mourir un brigand, répondit-il, j’ai sauvé la vie aux honnêtes gens, la mort d’un seul ayant empêché ses complices de faire plus de mal. Il mourut à Auxerre en 921, laissant de sa femme Adélaïde soeur de Rodolphe Ier roi de la Bourgogne transjurane, trois fils : Raoul, son successeur, qui devint ensuite roi de France, Hugues le Noir et Boson.

Les ducs bénéficiaires de Bourgogne furent au nombre de sept, et régnèrent, de 880 à 1032, dans, l’ordre suivant : après Richard, Raoul le Noble, qui fut roi pendant la captivité de Charles le Simple à Péronne ; il eut pour successeur son beau-frère, Gilbert de Vergy, qui maria sa fille aînée à Othon, fils de Hugues le Grand ; Hugues le Noir, second fils de Richard, occupa pendant quelque temps le duché à la mort de Gilbert, plutôt comme usurpateur que comme héritier ; il en fut dépossédé par Louis d’Outre-mer au profit de Hugues le Blanc ou le Grand, cinquième duc.

On connaît la haute fortune de cette maison : pendant que Hugues Capet mettait la couronne de France sur sa tête, ses deux frères, Othon et Henri, possédaient successivement le duché de Bourgogne. La mort du septième et dernier duc Henri fut le signal de violentes contestations, de luttes sanglantes et d’une nouvelle répartition territoriale. Il avait laissé un fils adoptif, Othe-Guillaume, qui, soutenu par une partie des populations et les sympathies de la noblesse, prétendait à la succession de Henri ; le roi Robert, neveu paternel du duc, revendiquait de son côté l’héritage comme étant son plus proche parent ; la guerre éclata ; enfin, après treize ans d’une lutte indécise et ruineuse, l’intervention de l’évêque d’Auxerre amena un arrangement en vertu duquel le duché de Bourgogne était restitué à Robert, tandis que Othe conservait viagèrement le comté de Dijon.

Par une singulière coïncidence, à peu près à la même époque où le duché bénéficiaire prenait fin par sa réunion au domaine de la couronne, le second royaume de Bourgogne s’éteignait, après cent cinquante ans de durée, dans la personne d’Eudes, comte de Troyes, tué dans sa lutte contre Conrad II. Des débris de ce royaume furent formés les comtés de Provence, de Savoie, de Viennois, de Bourgogne ou Franche-Comté ; le reste fut réuni par Conrad à l’Empire. Ce comté de Bourgogne fut donné aux descendants de Othe en échange du comté de Dijon, et Lambert, évêque de Langres, ayant remis au roi Robert tous les droits qu’il possédait sur cette ville, ce prince en fit, au préjudice d’Autun, la capitale du duché qu’il donna à son fils Henri.

Le règne de Robert forme donc une des époques les plus importantes de l’histoire de Bourgogne : démembrement et fin du second royaume de Bourgogne ; formation d’un comté et transformation du duché bénéficiaire fondé par Richard le Justicier en un duché héréditaire qui va devenir l’apanage des princes du sang royal. Tels sont les faits essentiels qui se rapportent à cette date.

220px-Henry1Henri Ier, fils aîné de Robert, nommé duc de Bourgogne en 1015, et devenu roi de France en 1031, céda son duché à son frère Robert, tige d’une dynastie de douze ducs, qui possédèrent la province de 1032 à 1361. Les termes de la charte d’octroi portent que le duché est donné pour en jouir en pleine propriété et passer à ses héritiers. Robert Ier, premier duc de la première race royale, usa assez tyranniquement de sa souveraineté ; son règne fut tout rempli de violents démêlés avec les Auxerrois ; il mourut à FIeurey-sur-Ouche, en 1075, après un règne de quarante-trois. ans, d’un accident tragique et honteux que l’histoire n’explique pas.

Son petit-fils, Hugues Ier, s’appliqua, par la sagesse et la douceur de son administration, à faire oublier les violences de son aïeul ; il prêta volontairement serment de maintenir les droits et privilèges de la province, et commit à six barons l’autorité de réprimer, même par les armes, les empiétements de ses successeurs. Après avoir remis son duché à Eudes Ier, son frère, il se retira, en 1078, à Cluny, sous la discipline de saint Hugues, son grand-oncle. Le plus éloquent éloge des vertus de ce prince est dans les phrases suivantes d’une lettre que le pape Grégoire VII écrivait à l’abbé de Cluny, pour lui reprocher d’avoir encouragé la résolution de Hugues : « Vous avez enlevé le duc à la Bourgogne, et par là vous ôtez à cent mille chrétiens leur unique protecteur. Si vous ne vouliez pas exécuter mes ordres qui vous le défendaient, au moins eussiez-vous dû être sensible et céder aux gémissements des pauvres, aux larmes des veuves et aux cris des orphelins. »

Les ravages d’une peste horrible, qu’on appela le feu sacré, et la fondation de l’ordre des chartreux par saint Bruno sont les événements les plus importants qui se rattachent à ce règne. Eudes se croisa et alla mourir à Tarse, en Cilicie, en 1102. Hugues II, son fils, mérita le surnom de Pacifique. Il fut l’ami de saint Bernard et s’occupa beaucoup de pieuses fondations.

L’aîné de ses fils et son successeur, Eudes II, hérita de ses vertus. Quoiqu’il se soit décidé deux fois à faire la guerre, d’abord pour consacrer ses droits de suzeraineté sur Saint-Germain d’Auxerre, Saint-Florentin et le comté de Troyes, que lui contestait Thibaut, son beau-père, et ensuite pour aller délivrer des Sarrasins son cousin Alphonse de Portugal, il prouva qu’il estimait les bienfaits de la paix à. leur juste valeur en refusant de céder au grand entraÎnement qui poussait vers la terre sainte les rois, princes et seigneurs de son temps. Il préféra le bonheur de ses sujets à une gloire incertaine, s’appliqua à faire régner l’union et la prospérité autour de lui, et paya sa dette à la religion en fondant de nouveaux monastères, en dotant ceux qui existaient déjà, en achevant les constructions commencées, et notamment la cathédrale d’Autun.

Hugues III, son fils, dont le règne commença en 1168, sut moins bien résister à la contagion des exemples ; il guerroya contre les grands vassaux ses voisins, prit la croix en 1178. Rejeté en France par une violente tempête, il revint bâtir la Sainte-Chapelle de Dijon, en accomplissement d’un vœu qu’il avait fait au moment du danger. En 1190, il repartit avec Philippe-Auguste et assista à la prise de Saint-Jean-d’Acre, puis mourut à Tyr en 1192. Avant de quitter la Bourgogne, il avait constitué la commune de Dijon.

Hugues Ill semble revivre dans son fils Eudes III. Aventures lointaines, exploits guerriers, affranchissement des communes caractérisent ce règne comme le précédent. La participation à l’expédition qui plaça Baudouin sur le trône de Constantinople, la croisade contre les Albigeois avec Simon de Montfort, la glorieuse journée de Bouvines en sont les dates les plus éclatantes. Le règne de Hugues IV fut heureusement préparé par l’habile régence de sa mère, Alix de Vergy. Dès qu’il fut majeur, le prince confirma la commune de Dijon ; figura comme un des douze pairs au sacre de Louis IX, ajouta à ses domaines le comté d’Auxonne et fit reconnaître sa suzeraineté sur celui de Mâcon.

Hugues fut un des plus fidèles compagnons de saint Louis ; il partagea ses périls et sa captivité dans la première croisade. Le roi, de son côté, visita plusieurs fois la Bourgogne ; il y laissa de profonds souvenirs de sa sainteté et de sa justice. Hugues, après avoir refusé au pape Innocent IV fugitif un asile dans ses États, eut la faiblesse d’y accueillir, en qualité de. grand inquisiteur, un cordelier, Robert, fanatique et apostat, qui traînait avec lui une femme perdue ; ce ne fut qu’après de nombreuses exécutions et beaucoup de sang répandu que les impostures de ce misérable furent dévoilées. Cet épisode est une tache regrettable dans l’histoire de Hugues IV.

Robert II, troisième fils de Hugues, ne dut la tranquille possession du duché qu’à Philippe le Hardi, qui l’en déclara seul et légitime héritier, contre les prétentions de ses beaux-frères. Jamais liens plus étroits ne rattachèrent la maison de Bourgogne à celle de France. Robert avait épousé Agnès, fille de saint Louis, et il eut pour gendre Philippe de Valois, marié à Jeanne, sa Bonifatius_viii_papstfille, en 1315. L’intimité de ces alliances donnèrent à Robert une grande influence dans la direction des affaires de l’État. Après le mas sacre de s Vêpres siciliennes, il fat chargé d’aller secourir Charles de Naples. Philippe le Bel le nomma grand chambrier de France, gouverneur du Lyonnais, gardien du comté de Bourgogne, et, mission plus délicate, son principal intermédiaire dans ses démêlés avec Boniface VIII.

Quoique chargé de si graves intérêts, Robert ne négligea pas ceux de son duché ; un remaniement des monnaies et d’importants accroissements de territoire classent son règne parmi les plus glorieux de sa dynastie. Il eut neuf enfants, dont plusieurs moururent avant lui ; Hugues V, l’aîné des survivants, eut pour régente, pendant sa minorité, sa mère, Agnès. A peine majeur, il mourut, ne laissant de son règne si court que le souvenir de sa brillante réception comme chevalier, et comme date sanglante, la condamnation des templiers.

Eudes IV, son frère, prit aussitôt possession du duché. Agnès obtint qu’il transigeât avec les prétentions de Louis, son dernier frère, en lui abandonnant le château de Douesme avec une rente de 4 000 livres. A la mort de Louis le Hutin, Eudes, à défaut d’héritier mâle, voulut faire valoir les droits de Jeanne, sa nièce, fille du roi défunt. L’application de la loi salique, réclamée par Philippe le Long, régent du royaume, rendait vaines ses réclamations ; pour le dédommager, Philippe lui donna en mariage, avec 100 000 livres de dot, sa fille aînée, héritière par sa mère des comtés de Bourgogne et d’Artois. L’accord se rétablit, et la confiance royale valut dans la suite à Eudes une influence qu’il justifia par sa sagesse et sa capacité. Il mourut dans cette désastreuse année de laquelle un versificateur du temps a dit :

En trois cent quarante-neuf, « De cent ne demeuroient que neuf. »

Son fils aîné était mort trois ans auparavant d’une chute de cheval au siège d’Aiguillon, laissant pour héritier unique son fils, Philippe de Rouvres, âgé de cinq ans. La tutelle fut confiée d’abord à Jeanne de Boulogne, mère du jeune duc, et ensuite au roi Jean, qui épousa la noble veuve. Jean vint à Dijon, en 1350, et il jura publiquement, dans l’église de Saint-Bénigne, de conserver et maintenir les franchises, immunités et privilèges de la province.

Cette période est tout entière remplie par les calamités entraînaient pour la France les envahissements des Anglais ; la Bourgogne n’était pas plus épargnée Châtillon avait été brûlé, Tonnerre pillé, Flavigny était devenu la place d’armes de l’ennemi ; tout le pays étant ou envahi ou menacé, les trois ordres -des deux Bourgognes s’assemblèrent à Beaune, et on vota 200 000 moutons d’or, c’est-à-dire plus de 2 000 000 de livres, somme énorme pour le temps, comme rançon de la province. Ce fut au milieu de ces calamités que Philippe, ayant atteint l’âge fixé pour sa majorité (quinze ans), prit, en 1360, le gouvernement du duché. A peine venait-il de contracter avec Marguerite de Flandre l’union arrêtée depuis longtemps et de ramener son épouse dans son château de Rouvres, près de Dijon, qu’un accident, une chute, mit fin à ses jours, en 1361. Beaucoup d’espérances reposaient sur cette jeune tête ; son coeur semblait animé des plus nobles sentiments : « Il vécut peu, a dit un historien du temps, et fut longtemps regretté ».

Il fut le douzième et dernier duc de-la première race royale, qui avait régné trois cent vingt-neuf ans. Dès que le roi Jean apprit sa mort, il prit possession de ses États, non comme roi de France, mais comme plus proche parent du duc : Ratione proximitatis, non coronae nostrae, hommage éclatant rendu à l’indépendance de la Bourgogne comme État. Après le traité de Brétigny, il se rendit à Dijon, et là, solennellement et officiellement, il unit et incorpora, le duché à la couronne.

Cette annexion, but d’une ambition à courte vue, ne devait point encore être définitive, la pensée de constituer l’unité française était alors encore loin des meilleurs esprits ; le roi Jean, qui avait une prédilection marquée pour Philippe, son quatrième fils, lequel d’ailleurs l’avait vaillamment défendu à la bataille de Poitiers en 1356, et avait partagé sa captivité en Angleterre, lui donna le duché de Bourgogne à titre d’apanage, réversible à la couronne faute d’hoirs mâles, l’institua premier pair de France, dignité dont s’étaient prévalus dans plusieurs occasions les ducs d’Aquitaine et de Normandie.

Philippe, surnommé le Hardi, inaugura donc, en 1363, la seconde dynastie royale des ducs de Bourgogne. Après avoir, selon l’usage, prêté serment de respecter les privilèges provinciaux, il prit possession de ses vastes domaines. Les temps étaient critiques, mais l’occasion de se poser en libérateur n’en était que plus favorable pour quiconque parviendrait à calmer l’orage et à éloigner le péril. Philippe, aidé de Du Guesclin, débuta par purger le pays des bandes indisciplinées de routiers, écorcheurs et malandrins, qui le dévastaient ; il dompta ensuite la terrible Jacquerie, et, déjà renommé par ses exploits militaires, il consolida et agrandit sa puissance par son mariage avec Marguerite de Flandre.

Cette alliance ajoutait à ses États les comtés de Bourgogne, d’Artois, de Flandre, de Rethel, de Nevers, et en faisait un des souverains les plus redoutables de l’Europe. Le roi de France eut recours à lui contre les attaques des Anglais et du roi de Navarre, Charles le Mauvais. Philippe sut arrêter et contenir l’ennemi ; il triompha de, la patriotique révolte des Gantois, commandés par l’héroïque Artevelde. Il reçut, à Dijon, le roi Charles VI avec une magnificence qui devint traditionnelle à la cour de Bourgogne. Il acquit le Charolais, en 1390, au prix de soixante mille écus d’or. Il envoya son fils aîné, Jean, comte de Nevers, avec une armée au secours de Sigismond, roi de Hongrie, menacé par les musulmans. Pendant la maladie de Charles VI, il avait été choisi par les états généraux, en 1392, pour gouverner le royaume Cette préférence, en excitant la jalousie de la maison d’Orléans, devint la source d’une haine irréconciliable qu’en mourant il légua, héritage funeste, à son fils Jean sans Peur. Ce prince succéda à son père en 1406 ; il avait épousé, en 1385, Marguerite de Bavière, dont la dot grossissait ses États de trois comtés : le Hainaut, la Hollande et la Zélande. Ses premiers actes furent ceux d’un prince habile, mais peu scrupuleux.

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Après avoir remis un peu d’ordre dans les finances, compromises par les prodigalités de son père, il donna satisfaction à la haine qui couvait dans son cœur. Le 23 novembre 1407, Louis d’Orléans, en sortant de l’hôtel Barbette, à Paris, où il avait soupé avec la reine Isabeau de Bavière, tombait, rue Vieille-du-Temple, sous les coups d’un gentilhomme normand, Raoul d’Octonville, écuyer du duc Jean.

La justice étant impuissante en face d’un si grand criminel, la guerre éclata entre Armagnac et Bourgogne ; le fils du duc d’Orléans avait épousé la fille du comte d’Armagnac, et celui-ci se posa en vengeur du duc d’Orléans La durée de cette triste guerre ne fut interrompue que par les périls extrêmes de la France et la désastreuse campagne qui aboutit à la journée d’Azincourt.

Ce jour-là les deux familles rivales combattirent encore sous le même drapeau ; mais la haine étouffa bientôt ce qui restait de patriotisme et de loyauté. Jean, par un traité secret signé en 1416, s’allia aux Anglais, et l’abandon de Rouen fut le gage de sa trahison. Une sédition payée (celle de Périnet-Leclerc, 1418) et un massacre lui ouvrirent même les portes de Paris, où il entra en triomphateur, salué par les acclamations du peuple égaré, qui criait sur son passage : Noël ! vive le duc de Bourgogne, qui abolit les impôts !

Mais ce triomphe fut de courte durée ; le crime appelait la vengeance ; elle fut digne du coupable, digne des mœurs du temps. Un projet de paix et de réconciliation générale fut proposé, une entrevue avec le dauphin fut convenue, et le rendez-vous fixé, pour le 10 septembre 1419, sur le pont de Montereau. L’entourage intime de Jean avait été gagné ; il partit donc sans défiance ; mais quand il se fut avancé sur le pont, escorté de dix chevaliers seulement, les complices du duc d’Orléans, Tanneguy du Châtel et le sire de Barbazan à leur tête, se précipitèrent sur les Bourguignons et percèrent Jean de leurs coups. Les assassins voulaient jeter son corps dans la Seine, mais le curé de Montereau obtint qu’il lui fût remis ; il le garda jusqu’à minuit, le fit alors porter dans un moulin voisin et le lendemain à l’hôpital, où on l’ensevelit dans la bière des pauvres.

La mort de Jean sans Peur mit Philippe, dit le Bon, en possession de ses États à l’âge de vingt-trois an§. Il était à Gand lorsqu’il apprit la fin tragique de son père. Brûlant du désir de le venger, il convoqua à Arras une assemblée de grands seigneurs,. à laquelle il invita le roi d’Angleterre, qui était à Rouen. C’est là que fut préparé, pour être conclu à Troyes en 1420, le monstrueux traité qui, de complicité avec Isabeau, épouse et mère dénaturée, déshéritait, au profit de l’étranger, le dauphin Charles VII, du vivant de son père en démence.

Les événements de cette période sont trop connus et d’un intérêt trop général pour que nous entrions ici dans leur récit détaillé. Philippe, qui par la fin de son règne racheta les fautes du commencement, fut alors le complice de tout ce qui se trama et s’exécuta contre la France. Son excuse est dans le souvenir encore récent du meurtre de son père ; mais on ne petit même pas lui faire un mérite de son repentir, car son retour à la. cause française fut déterminé surtout par les outrages dont les Anglais l’abreuvèrent dès qu’ils crurent ne plu s avoir besoin de lui.

C’est en 1434, et par l’intervention de Charles, duc de Bourbon, que furent posés les préliminaires d’une réconciliation trop tardive et cimentée définitivement par le traité d’Arras, le 21 septembre de l’année suivante. L’insolence des termes prouve à quel point la royauté de France était humble et faible devant ce vassal que dédaignaient les Anglais. Charles désavoue le meurtre de Jean, et Philippe, après l’énoncé des dédommagements qui lui sont accordés, s’exprime ainsi : A ces conditions, pour révérence de Dieu et pour la compassion du pauvre peuple, duc par la grâce de Dieu, je reconnais le roi Charles de France pour mon souverain. Hâtons-nous d’ajouter que jamais parole donnée ne fut mieux tenue, et qu’à dater de cette époque la conduite de Philippe fut aussi irréprochable qu’elle avait été jusque-là criminelle.

La prospérité de ses peuples, le développement des bienfaits de la paix devint son unique préoccupation. L’union des deux maisons de France et de Bourgogne fut resserrée par le mariage du comte de Charolais, héritier de Philippe, avec Catherine de France, fille de Charles VII. Lorsque Louis XI, dauphin, quitta la cour de son père, Philippe lui refusa un asile en Bourgogne, où ses intrigues pouvaient être un danger pour la couronne et lui offrit à Geneppe, dans ses terres de Flandre, une hospitalité digne de son rang. Lors de la sédition qu’occasionna, parmi les chefs de l’armée, la désorganisation de l’ancien système militaire, il intervint entre les rois et les rebelles, et obtint d’eux qu’ils renonçassent à leurs projets de guerre civile.

Quoique l’insubordination de ses sujets flamands le tînt le plus souvent éloigné de la Bourgogne, il y entretint toujours une administration éclairée et paternelle. Son règne fut l’apogée des prospérités de la province. « Il mit ses pays, dit Saint-Julien de Baleure, en si haute paix et heureuse tranquillité qu’il n’y avoit si petite maison bourgeoise en ses villes où on ne bût en vaisselle d’argent ». Ce témoignage naïf est un plus éclatant hommage à sa mémoire que toutes les splendeurs de sa cour et les magnificences de l’ordre de la Toison d’or, dont on sait qu’il fut le fondateur. Il mourut à Bruges d’une esquinancie, en 1467, à l’âge de soixante et onze ans ; son corps fut transporté plus tard aux Chartreux de Dijon. Peu de princes furent aussi profondément et aussi justement regrettés.

Charles le Téméraire, quoique son règne n’ait commencé qu’en 1467, suivait depuis plusieurs années une ligne de conduite indépendante et souvent même opposée aux intentions pacifiques de son père. Sa participation à la ligue du Bien public, ses violents démêlés avec Louis XI étaient certainement peu dans les vues de Philippe, déjà vieux et ami de la paix.

Aux qualités héréditaires de sa race, courage, franchise, générosité, Charles joignait des défauts qui lui étaient personnels et qui rendaient bien périlleuse la lutte engagée avec Louis, le plus habile politique de son temps. Charles était arrogant, présomptueux, plein de fougue et d’obstination, incapable de pressentir les pièges qui lui étaient tendus, plus incapable encore de tourner une difficulté ou de recourir à l’adresse pour sortir d’un mauvais pas. Il épuisa toute son énergie, toutes les ressources de sa puissance à lutter contre les embarras que lui suscitait le roi de France sans paraître soupçonner de quelle main parlaient les coups qui lui étaient portés.

Les révoltes de Gand et de Liège, victorieusement, mais trop cruellement réprimées, lui aliénaient les populations et ne lui laissaient pas la libre disposition de ses forces. Il eut en son pouvoir, à Péronne, son rival, convaincu de complicité avec les Liégeois rebelles, et au bout de trois jours il lui rendit sa liberté, se contentant d’une promesse de neutralité qu’il fut le seul à prendre au sérieux. Il s’empara des comtés de Ferrette et de Brisgau, sans se soucier de la rupture avec la Suisse, qui en était la conséquence inévitable ; l’hostilité de ce voisinage l’entraîna dans une guerre dont il n’entrevit pas un seul instant la portée. Battu à Granson, il lui fallut à tout prix une revanche, et la journée de Morat changea en désastre ce qui pouvait n’être qu’un échec. L’importance qu’il avait toujours donnée aux prestiges de l’apparat, aux formes extérieures de la puissance, devait rendre mortel l’affront que ses armes avaient reçu ; il le comprit bien, et on le vit périr de mélancolie et de chagrin plus encore que de sa dernière défaite sous les murs de Nancy.

Il avait été mortellement frappé le 5 janvier 1477 ; son corps, à demi engagé dans un étang glacé, ne fut reconnu que deux jours après à la longueur de ses ongles et à une cicatrice résultant d’une blessure qu’il avait reçue à la bataille de Montlhéry, en 1465. Avec lui finit le duché héréditaire de Bourgogne, dont les possesseurs avaient cinq duchés à hauts fleurons, quinze comtés d’ancienne érection et un nombre infini d’autres seigneuries, marchaient immédiatement après les rois, comme premiers ducs de la chrétienté, et recevaient des princes étrangers le titre de grands-ducs d’Occident.

220px-Louis-XICharles laissait pour unique héritière une fille, la princesse Marie. Louis XI s’en fit d’abord donner la tutelle ; puis, à force de séductions et de promesses, il obtint du parlement de Dijon la réunion du duché à la couronne de France. Une alliance du dauphin avec Marie aurait légitimé cette usurpation. Louis ne voulut pas y consentir ; c’est la faute la plus capitale qu’on puisse reprocher à sa politique ; d’ailleurs ce mariage eût été trop disproportionné, le jeune dauphin ayant à peine huit ans et Marie de Bourgogne étant dans sa vingt et unième année. L’archiduc Maximilien, étant devenu l’époux de la fille de Charles le Téméraire, revendiqua les droits de sa femme et- remit en question l’unité française, qu’il eût été si facile de constituer.

Mais ce qui échappa à la perspicacité des politiques, l’instinct public le comprit et la force des choses l’amena ; le lien qui venait de rattacher la Bourgogne à la France, quelque irrégulier qu’il fût, ne devait plus être rompu. Malgré les alternatives d’une longue lutte, malgré le péril qu’entretenait pour les frontières de la province le voisinage de la Comté demeurée en la possession de l’étranger, malgré l’espèce de consécration que donnait aux droits de Maximilien sa domination sur les Flandres, la Bourgogne demeura française, et ses destinées restent dès lors indissolublement unies à celles de la patrie commune. Le titre de duc de Bourgogne reste attaché à l’héritier direct de la couronne, et chaque jour, malgré la fidélité des souvenirs aux traditions de l’histoire provinciale, la similitude de langage, l’affinité des mœurs, la communauté des intérêts. rend plus complète la fusion des deux États.

La lutte de François Ier et de Charles-Quint, les guerres religieuses et les troubles de la Fronde sont les épisodes les plus marquants qui se rattachent à la période française des annales bourguignonne s. Les populations furent admirables de dévouement et d’héroïsme pendant la première de ces crises, luttant à la fois contre les Espagnols, l’Autriche et les Comtois, donnant par souscriptions volontaires des sommes considérables, outre celles votées par les états pour la rançon de l’illustre prisonnier de Pavie, et refusant d’accéder à la condition du traité de Madrid, qui cédait la Bourgogne à Charles-Quint, représentant à ce sujet qu’ayant par les droits de la couronne et par leur choix des maîtres nécessaires, il ne dépendait pas de la volonté du monarque de les céder ainsi. La noblesse ajouta que si le roi l’abandonnait, elfe prendrait le parti extrême de se défendre et de s’affranchir de toutes sortes de domination, et qu’elle répandrait pour ce dessein jusqu’à la dernière goutte de son sang.

La fierté de ces sentiments, puisés dans les glorieux souvenirs du passé, arrêta longtemps les progrès du protestantisme ; la Bourgogne voulait être la dernière à souffrir sur son sol une nouvelle religion, puisqu’elle avait été chrétienne avant tous les Français, qui ne l’étaient devenus que par le mariage de leur princesse Clotilde avec le fondateur de la monarchie française. Les fléaux que déchaîna le fanatisme sur tant d’autres provinces furent évités jusqu’à la déplorable organisation des ligues catholiques, et, grâce à l’intervention du digne président Jeannin, le plus grand nombre des villes de Bourgogne ne fut pas ensanglanté par les massacres de la Saint-Barthélemy. Cependant l’obstination de Mayenne prolongea jusqu’en 1595 les calamités de la guerre civile, à laquelle mit fin seulement la victoire remportée par Henri IV sur les Espagnols à Fontaine-Française. Le 6 juin de cette année, ce monarque fit son entrée à Dijon ; il assista à l’élection du maire, jura de respecter les privilèges de la ville, et se contenta de changer quelques magistrats municipaux et de faire fermer le collège des jésuites.

Les dernières épreuves que la Bourgogne eut à traverser furent, sous Louis XIII, une révolte des vignerons, qui se réunissaient au refrain, Lanturlu, d’une vieille chanson, ce qui fit désigner cette révolte, qui, d’ailleurs, fut bientôt apaisée, sous le nom de Révolte des Lanturlus. Puis vint l’invasion des Impériaux amenée par les révoltes de la noblesse contre Richelieu et le. siège mémorable de Saint-Jean-de-Losne, les agitations de la Fronde, auxquelles l’influence des Condé dans la province donna une certaine importance, mais auxquelles manqua, presque partout l’appui des populations.

Dans les époques plus récentes, la Bourgogne prit sa part de tous les événements heureux on funestes dont la France fut le théâtre. La Révolution de 1789 y fut accueillie comme’ une ère réparatrice, qui devait faire disparaître les tristes abus financiers des derniers règnes, et assurer à chacun les libertés que l’on réclamait depuis longtemps. Les gardes nationales s’y organisèrent avec une rapidité merveilleuse, et, oubliant les vieilles rivalités qui les divisaient sous l’ancien régime, elles s’unirent à celles de la Franche-Comté et demandèrent à marcher ensemble les. premières contre l’ennemi.

Le département de la Côte-d’Or fournit donc un large contingent aux phalanges républicaines qui, après avoir refoulé l’ennemi, promenèrent le drapeau national dans toutes les capitales de l’Europe ; et lorsque, moins heureux, les soldats de Napoléon jar expièrent par les désastres de 1814 et 1815 les triomphes passés, nulle part ils ne trouvèrent un plus vaillant appui et de plus patriotiques sympathies que dans les populations de la Bourgogne. Depuis que les luttes de l’industrie et des arts ont remplacé dans la vie des peuples modernes les vicissitudes des champs de bataille, la Côte-d’Or, grâce au génie de ses habitants et aux richesses de son sol, a su conquérir une importance et une prospérité qui lui permettent de ne rien regretter des gloires et des grandeurs de l’ancienne Bourgogne.

Pendant la néfaste guerre de 1870-71, le département de la Côte-d’Or eut d’autant plus à souffrir de l’invasion allemande que Dijon fut successivement pris pour centre d’opérations et par les Français et par les Allemands. À la nouvelle que le passage des Vosges avait été forcé par l’ennemi et que la ligne de défense de Vesoul à Lure venait d’être abandonnée par le général Cambriels qui s’était retiré à Besançon, la résistance s’organisa à Dijon sous la direction du docteur Lavalle, membre du conseil général, tandis que Garibaldi, autorisé par le gouvernement de la défense nationale, formait un corps d’armée composé de quatre brigades dont il confiait le commandement à Bossack, Marie, Menotti et Ricciotti. Le général de Werder, commandant du 4e corps allemand, marchait sur Dijon et, le 27 octobre 1870, repoussait, à Talmay, les troupes françaises commandées par Lavalle, qui ne se composaient guère que de quelques bataillons de mobiles et de gardes nationaux.

Pendant ce temps, Garibaldi se portait sur la droite du côté de Poutailler pour essayer de rejoindre les troupes du général Cambriels. L’ennemi, ayant passé la Saône à Gray, se porta sur Dijon ; les troupes qui s’opposaient à sa marche furent repoussées à la bifurcation des routes de Gray à Dijon et à Auxonne. À la suite d’un nouveau combat livré à Saint-Apollinaire le 30 octobre, les Allemands entrèrent à Dijon. Garibaldi qui avait en vain essayé d’accourir à la défense de la ville, ce qu’il ne put faire, parce que le pont de Pontailler avait été rompu, voulut du moins protéger les autres grandes villes de la Côte-d’Or ; il fit occuper Saint-Jean-de-Losne et Seurre et lui-même revint à Dôle. Le 2 novembre l’ennemi, maître de Dijon, marchait sur Beaune et Chagny. Les troupes de Garibaldi gardèrent les rives de l’Oignon et de la Saône ; le 5 novembre, elles repoussèrent l’ennemi près de Saint-Jean-de-Losne.

GeneralA la suite de cet échec, les Allemands revinrent à Dijon pour s’y reformer et firent de cette ville le centre de leurs opérations dans l’Est. Ils reprirent bientôt l’offensive et repoussèrent d’abord, le 30 novembre, les troupes de Garibaldi ; mais le 3 décembre, celui-ci, appuyé parle général Cremer, les battit complètement à Arnay-le-Duc et à Bligny-sur-Ouche, les rejetant presque sous les murs de Dijon. Cette double victoire, qui empêchait l’ennemi de dépasser Chagny, sauva le reste du département et peut-être même Lyon. Le général de Werder revint une fois encore à Dijon pour reposer ses troupes et les reformer ; mais les événements avaient marché Au nord-est ; il dut envoyer ses troupes sous les murs de Belfort qui se défendait avec acharnement, et il ne laissa à Dijon que le général Glumer avec deux bataillons et à Semur une brigade badoise. Ces troupes furent elles-mêmes bientôt rappelées et, le 6 janvier 1871, Garibaldi rentrait à Dijon, y organisait de nouveau la défense ; il était temps, car une armée de 70 000 AIlemands s’avançait pour empêcher Bourbaki de se porter à la défense de Belfort.

Trois corps de cette armée furent successivement attaqués et battus dans les journées des 21, 22 et 23 janvier, par le général Pélissier et Garibaldi, d’abord à Fontaine et à Talant, puis à Plombières, à Daix, à Hauteville et au Val-de-Suzon. D’habiles dispositions permettaient d’espérer des succès plus décisifs lorsque, le 29 janvier, on apprit la capitulation de Paris et la notification de l’armistice. Par une fatalité encore mal expliquée, les départements de la Côte-d’Or, du Doubs et du Jura n’étaient pas compris dans cet armistice ; l’armée de l’Est était refoulée vers la Suisse, la continuation de la lutte devenait impossible, il fallut se résigner à abandonner Dijon qui ne fut évacué par l’ennemi qu’après la signature des préliminaires de paix. Quant à Garibaldi, qui le 28 janvier était parvenu à réunir à Dijon près de 50 000 hommes et 90 canons, il avait agi si habilement et avec tant de promptitude qu’il put opérer sa retraite sans rien perdre de son matériel. L’invasion allemande avait coûté au département de la Côte-d’Or 14 464 427 fr. 29.

Source : (Région Bourgogne)

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Les curés à la campagne

Posté par francesca7 le 3 avril 2016

 

Selon les régions, le curé peut être appelé « recteur » ou « abbé ». Attention également aux faux-amis : ainsi en anglais, vicar désigne au contraire celui qui a la charge d’une paroisse, et curates les prêtres qui l’assistent éventuellement.

Le curé, assisté par ses vicaires, occupait une place centrale et jouait un rôle essentiel dans les paroisses sous l’Ancien Régime et dans une moindre mesure au XIXe siècle.

Ils assurent la messe, les enterrements, les mariages et les baptêmes;

CURE

En janvier 1789, Louis XVI l’atteste lui-même ; il invite tous les curés du royaume à participer à la hauteur de leur rôle aux États généraux prévus pour le 1er mai suivant. Ainsi ordonne-t-il aux gouverneurs et agents chargés de l’exécution des lettres de convocation de veiller particulièrement à remplir leur office « en appelant aux assemblées du clergé tous les bons et utiles pasteurs qui s’occupent de près et journellement de l’indigence et de l’assistance du peuple, et qui connaissent plus intimement ses maux et ses appréhensions. » Dérogeant même à son souci de simplification, le pouvoir royal les considère si indispensables qu’il les autorise à « donner leur suffrage par procuration » s’ils n’ont point de vicaires et s’ils sont à plus de deux lieues du lieu de l’assemblée (art. 14 du Règlement royal du 24 décembre 1788).

Le curé est un prêtre catholique qui est chargé de la cure c’est-à-dire qu’il a « charge d’âmes » d’une paroisse (en latin, cura animarum). Il est nommé par un évêque, dont il est le représentant et le délégué dans la paroisse. Il doit confesser et absoudre les péchés des personnes qui le souhaitent.

Les autres prêtres qui l’assistent sont nommés vicaires, ou prêtres habitués.

En 2007, la France comptait 20 277 prêtres, en majorité âgés. En 2008, 98 prêtres diocésains ont été ordonnés en France et 741 séminaristes étaient en formation. En moyenne, environ 50 % des séminaristes de première année finissent ordonnés. En 2015, 68 ordinations de prêtres diocésains ont lieu en France, auxquelles il faut ajouter des ordinations au sein des communautés religieuses. La forme extraordinaire du rite romain suscite proportionnellement plus de vocations avec 20 ordinations en 2015, chiffre à peu près stable depuis 2010.

En France, les ministres du culte ont une certaine reconnaissance légale, indépendamment de la religion à laquelle ils appartiennent.

Les prêtres diocésains de France sont rémunérés par les dons des fidèles. Ils ne perçoivent pas un salaire pris directement sur les quêtes dominicales ou lors des sacrements réalisés. On ne parle d’ailleurs pas de salaire mais d’indemnités. Un prêtre touche environ 950 €. Mais les prêtres d’Alsace et de Moselle sont rémunérés par l’État du fait que l’Église et l’État se sont séparés alors que l’Alsace et la Moselle étaient allemandes, par conséquent ces dernières sont toujours sous le régime du Concordat.

Il n’y a pas d’évolution de salaire durant la vie d’un prêtre, hormis celui du coût de la vie. Les prêtres français, hors églises du concordat, perçoivent la même indemnité, quelle que soit la fonction (prêtre en paroisse, recteur de cathédrale, doyen, curé, vicaire…).

Un évêque perçoit la même indemnité qu’un prêtre, mais est souvent logé plus confortablement par l’église.

Depuis le Xe siècle, le régime normal des prêtres de l’Église latine est le célibat. Il est admis, bien que peu courant, qu’un laïc marié en séparation de corps et n’ayant pas d’enfant mineur puisse être ordonné prêtre. Certains prêtres catholiques, venant de la Communion anglicane, ou de certaines Églises orientales en communion avec Rome (et donc catholiques), comme l’Église Maronite, sont autorisés à être mariés. Dans ces cas, les hommes mariés peuvent être validement ordonnés. En revanche, une fois ordonnés, les prêtres ne peuvent plus se marier, et les évêques ne sont choisis que parmi les célibataires.

Deux films sont désormais disponibles pour quiconque souhaite découvrir la vie des prêtres d’aujourd’hui.

L’Eglise de France a choisi de faire son année sacerdotale, de juin 2009 à juin 2010, une année tournée vers les prêtres. En lien avec cette initiative, le diocèse de la Manche vient de sortir deux courts métrages d’environ 15 minutes sur la fonction de prêtre. Ils ont été présentés aux prêtres du diocèse et sont disponibles pour le grand public.

Six parcours différents
“Il s’agit de changer le regard des gens sur le prêtre, en allant à la racine de la vocation et à la joie du sacerdoce”, explique le père Thierry Anquetil, responsable du service diocésain des vocations. “Quand on parle du prêtre, on va surtout insister sur sa raréfaction, sur la question du célibat, sur celle de l’ordination des femmes. On en parle avec des questions qui ont leur raison d’être, mais qui occultent peut-être l’essentiel : qui est réellement le prêtre ? Et cela, ça intéresse tout le monde”.

Concrètement, la réalisation de ce projet, qui semble être unique en terme d’initiative diocésaine, a été confiée à Bernard Simon. Réalisateur, chef opérateur et monteur, Bernard Simon, originaire de Marigny, a déjà réalisé plus d’une soixantaine de documentaires, reportages et films d’entreprise.

 

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Il a réalisé un premier DVD, intitulé “La joie d’être prêtre”. C’est un témoignage donné par six hommes d’Eglise : le père Laurent Perrée (prêtre à Avranches, 27 ans), le père Fabien Lecam (curé de la paroisse de Sourdeval, 39 ans), le père Hervé Destrés (curé de Villedieu-les-Poëles, 48 ans), le père Pierre Tournerie (curé-doyen des paroisses de Saint-Vaast, Quettehou et Barfleur, 64 ans), le père Lucien Debeaupte (aumônier de la maison d’arrêt de Cherbourg, 73 ans) et le père Pierre Serrant (en retraite, 94 ans). Du jeune prêtre ordonné en 2009 (le premier) à celui ordonné en 1939 (le dernier), les profils sont très différents. Six hommes qui, de prime abord, n’ont rien en commun, mais chez qui on retrouve le même fond. “Très vite, ils m’ont emmené dans la raison de leur engagement, dans ce qui fait qu’ils sont heureux dans leur fonction”, explique le réalisateur. “La joie… On n’a pas l’habitude d’entendre les prêtres parler de leur ressenti personnel. En rencontrant ces hommes très différents par leur âge et leur style qui me livraient un peu de leur vie, ma surprise a été de découvrir que cette expérience était partagée et profonde. Cela a changé mon regard sur le prêtre”.

Un curé au jour le jour

Dans le deuxième DVD, intitulé “La vie des gens”, Bernard Simon a accompagné le père Emmanuel Serveau (47 ans), curé de la paroisse de Picauville, dans son quotidien et ce qui est le coeur de sa mission : les rencontres avec les gens. Ce court métrage relate la vie d’un “curé de campagne” au jour le jour. Une vraie plongée en immersion dans la vie d’un prêtre, dans ses fonctions d’homme d’Eglise, mais aussi dans ses temps de loisirs. Nés d’une initiative du service diocésain des vocations et de celui de la communication, ces DVD vont servir de support de communication dans les paroisses du département. Pour que les paroissiens redécouvrent “leurs” prêtres, le père Thierry Anquetil ne cache pas que “c’est aussi une manière de poser la question chez les jeunes de la vocation sacerdotale”. Le renouvellement des prêtres reste une question essentielle pour l’Eglise. Ils sont 224 dans le diocèse, répartis sur une soixantaine de paroisses. 119 sont encore en activité et 105 en retraite. Mais seuls 32 ont moins de 60 ans. Mais le père Thierry Anquetil précise tout de suite : “Il ne s’agit en aucun cas d’une promotion pour un “sacerdoce en crise”. Chacun de ces courts-métrages se veut un témoignage vrai de simplicité et d’authenticité”.

Denis Bersauter

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Four à pain et son histoire en France

Posté par francesca7 le 12 mars 2016

 

Ouvrage en maçonnerie, généralement voûté, ouvert par devant, pour faire cuire le pain, la pâtisserie… Four banal : au Moyen Âge, four d’un seigneur où les vassaux devaient faire cuire leur pain moyennant une redevance.

Dans les campagnes un petit four artisanal en forme de dôme servait à cuire le pain. Anciennement chaque ferme possédait son four à pain.

À l’époque féodale, selon les régions, le four à pain était parfois un privilège de seigneur dont il tirait profit en prélevant une taxe sur chaque cuisson (appelée banalité).

four-a-pain

Avec la multiplication des boulangeries dans les communes, ainsi que les facilités de transport, les fours de campagne vont peu à peu tomber dans l’oubli.

Durant la Seconde Guerre mondiale, à cause des restrictions alimentaires, certains fours ont été restaurés pour servir de nouveau.

À cette même époque, certains boulangers bretons, pour court-circuiter les règlements du régime de Pétain, échangeaient directement, sans tickets de rationnement, le blé ou la farine contre du pain. La farine était livrée lors de la moisson et le pain distribué les mois suivants. Pour en tenir le compte, le boulanger confectionnait une baguette de noisetier (bois qui servait par ailleurs à la cuisson) sur laquelle était symbolisée la quantité de pain à livrer; puis elle était, tel le symbole grec, fendue en deux sur toute sa longueur : l’un des exemplaires restait à la boulangerie alors que l’autre passait aux mains de l’agriculteur. À chaque « achat » de pain, une marque était gravée sur les deux demi-baguettes, jusqu’à épuisement de la quantité prévue !.

En Normandie il est courant de rencontrer des fours en brique naturelle non réfractaire, à l’époque on construisait avec ce que l’on trouvait sur place et le réfractaire n’est pas nécessaire pour cuire du pain. Pour faire une brique naturelle en argile (glaise), il faut la cuire à mille degrés au moins, quand on chauffe un four à pain la température est de 300 à 400 degrés maximum, de plus la brique naturelle reste souple, elle se dilate sous l’effet de la chaleur sans casser. La brique réfractaire est plus rigide.

On y enfourne la pâte à pain en commençant par enfourner les gros pains sur les côtés car ils sont plus long à cuire et on termine par les petites pièces. il est possible de faire plusieurs cuissons à la suite en terminant par les tartes ou les pizzas qui ont besoin de moins de chaleur. Dans certaines régions de France, c’est le cas dans les Mauges, les enfants jetaient de petites galettes de pâte pour vérifier la température du four. Ce sont des fouées qui gonflent sous l’effet de la chaleur intense, 300° environ, et qui peuvent être mangées chaudes en les fourrant de mogettes, de rillettes, de confiture ou toutes sortes de bonnes choses. Ces fouées sont dégustées dans certains restaurants des pays de Loire

FOURS

Aujourd’hui

Les descendants des premiers colons, plus fortunés,

construisirent des fours à pain avec une base de ciment ou de pierres et une sole en ciment recouverte de briques réfractaires. Les amateurs du four à pain traditionnel vont continuer à utiliser la glaise pour la confection de la chapelle pour ses propriétés thermiques : apparemment le pain est de meilleur goût avec le four en glaise. La porte est fabriquée en fonderie avec de la fonte.

En plus d’avoir une voûte en glaise (argile) le four québécois se caractérise par l’absence d’une cheminée évacuant la fumée, en effet cette dernière sort par l’entrée du four (gueule). Cette manière de procéder est plus économique évitant les pertes thermiques d’une cheminée conventionnelle après la chauffe, par contre le four prend plus de temps à se réchauffer qu’avec une cheminée. L’épaisseur de la glaise garantit un bon rendement calorique du four, elle est distribuée de la manière suivante : une sole de 30 centimètres et une voûte de 15 centimètres d’épaisseur. Il existe aujourd’hui des petits fours à pain en briques que l’on peut installer au fond du jardin.

On se rappelle : Le pain à travers le temps

VIe siècle : introduction en France des moulins à eau.

VIIIe siècle : implantation des premières boulangeries publiques dans les villes. A p p a rition des premiers moulins à vent en Fra n c e.

Philippe-Auguste (1180-1223) permet aux boulangers d’avoir un four chez eux.

XIIIe siècle : création de la corporation des boulangers. Elle comprend des maîtres (qui achètent leur maîtrise au Roi), des compagnons

et des apprentis.

Saint-Louis (1226-1270) dispense les villes de la banalité des fours.

Le 19 janvier 1322, une ordonnance prévoit le travail de nuit des boulangers “Travailler la nuit quand ils verront que bon sera”.

Jean II Le Bon (1350 à 1364) établit trois sortes de pains obligatoires, classés suivant leur blancheur et leur qualité :le plus blanc, le pain

de Chailly, ensuite le pain coquillé, enfin le pain bis.

XVe siècle : développement de l’utilisation de la levure dans le pain.

Dans le fournil : Pour la boulangerie aussi, le XVIIe siècle apporte un nouvel essor. L’usage de la levure est autorisé définitivement.

Les farines sont de plus en plus blanches : en découle une amélioration de la fabrication ainsi qu’un développement important quant à la variété des pains. La forme jusqu’alors ronde, commence à se diversifier. Aux pains à pâte ferme, de bonne conservation, succèdent des pains plus légers, aux pâtes plus hydratées. Le client commence alors à se procurer son pain au quotidien.

Four-a-pain-utilisation.jpg

Au XVIIIè siècle : Pain à la reine et ses déclinaisons

- Faites un bon levain à levure de bière.

- Quand il sera prêt, façonnez votre pâte toute ensemble.

- Après l’avoir un peu travaillée, faites les petits pains, qu’on appelle aussi pains à café ; travaillez votre pâte derechef ; battez-

la avec la main.

- Levez-la du pétrin ; placez-la dans une sébile ;couvrez-la avec des sacs ou bannes.

- Renforcez le reste de votre pâte avec de la farine.

- Détournez-en ensuite une portion pour les pains de sigovie et pour les pains cornus.

- Cela fait, achevez votre pain à la reine avec du beurre.

- Le beurre mis, travaillez-le encore un peu ;ensuite tirez la pâte du pétrin ;couvrez-la pour la faire entrer en levain.

- Alors revenez au sigovie. Vous en renforcerez la pâte un peu plus qu’au pain à la reine. Vous en tournerez les pains les derniers.

- Après quoi, de la ratissure du pétrin, vous faites votre pain cornu avec un peu de beurre. Vous en travaillez la pâte, et vous

la mettez dans une sébile.

- Vous ferez les artichaux de la même pâte que les pains cornus ; les pains cornus les premiers, les artichaux les seconds, les pains à café les troisièmes, les pains à la reine les quatrièmes, les pains de sigovie les derniers.

- Vous enfournerez les pains à café les premiers ;puis les pains cornus, ensuite les artichaux ; après ceux-ci les pains à la reine ; enfin, les pains de sigovie qui se trouveront à la bouche du four.

Encyclopédie méthodique:arts et métiers mécaniques :l’art du boulanger, 1782

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Des records de Longévité grâce à l’hygiène de vie

Posté par francesca7 le 18 avril 2015

 
 
longevidadLes recherches qui se rattachent à la détermination de l’âge auquel l’homme peut parvenir, en supposant que sa constitution réunisse les conditions les plus favorables, intéressent généralement, chacun se demandant jusqu’où il peut, sans folie, espérer de pousser sa carrière, et le dénominateur commun entre ceux qui auraient vécu le temps d’un siècle et demi sont l’accoutumance aux travaux du corps, au grand air, ainsi qu’une vie simple et frugale

Quelques médecins ont fourni, sur la solution de cette question, des données capables de satisfaire les plus ambitieux. Hufeland, dans son ouvrage intitulé l’Art de prolonger la vie de l’homme, traduit en français par Jourdan, après avoir cité des exemples nombreux de longévité extraordinaire, discutant les faits qu’il a passés en revue, arrive à celte conséquence que l’homme naît avec une organisation qui lui permet de prolonger sa vie pendant deux siècles. Pour donner du poids à cette proposition, il ne se borne pas à rappeler les faits curieux qu’il a cités, il fait encore remarquer qu’elle s’accorde, d’une manière parfaite, avec le rapport qui existe généralement entre la durée de l’accroissement et celle de la vie chez les êtres organisés.

On peut poser en principe qu’un animal vit huit fois autant de temps qu’il en met à croître dans tous les sens : or l’homme, dans les cas ordinaires, quand l’art ne hâte pas chez lui la marche de la nature, a besoin de vingt-cinq ans pour arriver au dernier terme de sa perfection physique ; ce qui lui assigne réellement une durée de 200 ans.

Une pareille considération, fondée sur des aperçus dont les applications aux cas particuliers offrent peu de certitude, est réellement peu propre à faire impression sur les esprits droits ; mais ce qui peut sembler plus concluant aux amateurs de longue vie, ce sont les exemples assez nombreux et très authentiques de gens qui ont prolongé leur existence jusqu’à un siècle et demi et au delà. Citons-en quelques-uns.

En 1670, mourut, dans le comté d’York, en Angleterre, Henri Jenkins, âgé de cent soixante-neuf ans. On ne peut élever aucun doute sur la vérité de ce fait. Jenkins prouva qu’il s’était trouvé à la bataille de Flowderfield, et qu’il était alors âgé de douze ans. Les registres des chancelleries et des divers tribunaux faisaient foi, d’un autre côté, qu’il avait paru en justice et prêté serment, à deux reprises, à cent quarante ans d’intervalle. Sa dernière profession fut celle de pêcheur ; et, à l’âge de plus de cent ans, il avait encore assez de force pour nager dans les courants les plus forts.

La Pologne a présenté, au début du XIXe siècle, un exemple de longévité encore plus extraordinaire. Jean Bovin y est mort, en 1815, à l’âge de cent soixante-quinze ans. Ce qui rend le fait plus remarquable encore, c’est que la femme de cet étonnant vieillard atteignit elle-même l’âge de cent dix ans. On annonçait dans le numéro de la Gazette de santé, où ce fait a été recueilli, que parmi ses enfants il s’en trouvait un plus que centenaire.

En 1797, mourut, au mois de septembre, en Norvège, dans un petit bourg près de Berghen, Joseph Surrington, âgé de cent soixante ans. Il conserva jusqu’au dernier moment, et sans la moindre altération, l’usage de ses sens et de sa raison. La veille de sa mort il réunit autour de lui sa famille à laquelle il partagea ce qu’il possédait. Il avait été marié plusieurs fois, et il laissa en mourant une jeune veuve avec plusieurs enfants. Son fils aîné était âgé de cent cinq ans, et le plus jeune de neuf.

L’exemple qui se rapproche peut-être le plus de ceux-là est celui de Thomas Parre. Celui-ci ne vécut, il est vrai, que cent cinquante-deux ans et neuf mois, mais il ne mourut pas de vieillesse ; c’était un pauvre paysan obligé de vivre du travail de ses mains. Jusqu’à cent trente ans il ne s’était reposé sur personne du soin de tous ses travaux, sans excepter même celui de battre le blé. Ce ne fut que quelques années avant de mourir que sa mémoire et sa vue commencèrent à s’affaiblir ; mais il conserva jusqu’à la fin la faculté d’entendre et l’usage de la raison ; il avait cent cinquante-deux ans, lorsque, pour son malheur, le roi ayant entendu parler de lui, voulut le voir et le fit venir à Londres.

Là, le genre de vie tout nouveau pour lui auquel il fut soumis, une nourriture trop succulente pour un homme habitué à vivre très sobrement, produisirent un état de pléthore qui le conduisit au tombeau : telle fut du moins l’opinion du célèbre Harvey, qui, ayant fait l’ouverture de son corps, trouva tous les viscères parfaitement sains ; les cartilages de ses côtes n’étaient pas même ossifiés, comme ils le sont chez les vieillards. Thomas Parre avait épousé en secondes noces, à l’âge de cent vingt ans, une veuve qui en vécut douze avec lui, et assura ne s’être jamais aperçu de son âge. La petite-fille de ce même Parre vécut jusqu’à cent trois ans.

Le Danois Drakenberg, après avoir passé quinze ans en esclavage chez les Turcs, avoir servi quatre-vingt-onze ans en qualité de matelot, mourut, en 1772, sur la flotte royale, dans la cent quarante-sixième année de son âge. II. s’était marié à cent onze ans pour la première fois, et avait épousé une femme de soixante ans, à laquelle il survécut. A l’âge de cent trente ans, il devint amoureux d’une jeune paysanne, qui ne voulut pas de lui pour mari. Pour se consoler, il fit des propositions de mariage à plusieurs autres femmes ; mais voyant qu’on le rebutait partout, il se décida à rester dans le veuvage, où il vécut encore seize ans. En 1767, Jean Essingham mourut, à Cornouailles, âgé de cent quarante-quatre ans.

Nous ne donnerons point la liste très nombreuse des centenaires qui ont poussé leur carrière jusqu’à cent dix, cent vingt, cent trente et cent quarante ans ; les exemples de ces derniers ne peuvent plus offrir autant d’intérêt après ceux que nous venons de rapporter ; ceux-ci, revêtus de toute l’authenticité qu’on peut désirer, prouvent, sans réplique, que l’homme peut vivre plus d’un siècle et demi. On pourrait remarquer que les hommes qui nous les ont fournis étaient accoutumés aux travaux du corps et au grand air, menant une vie simple et frugale.

Ces exemples extraordinaires de longévité rendent croyables ceux que fournit l’histoire des Juifs, au moins depuis le temps d’Abraham ; ce patriarche, en effet, atteignit l’âge de cent soixante-quinze ans ; c’est justement l’âge de Jean Bovin ; son fils Isaac en vécut cent quatre-vingts ; Jacob, cent quarante-sept ; Ismaël, cent trente-sept ; enfin, Joseph, cent dix. Moïse mourut à cent vingt ans, malgré ses fatigues et ses soucis ; mais ce grand législateur se plaint de ce que la vie de l’homme ne durait, de son temps, que soixante-dix ou quatre-vingts ans, ce qui prouve qu’alors les choses se passaient déjà comme au temps où nous vivons.

Quant aux patriarches qui ont précédé Abraham, la durée de leur vie sortirait de tout ce qu’on pourrait imaginer de vraisemblable sur celle de la vie humaine, si on n’adoptait pas l’opinion des savants qui ont supposé que l’année des ancêtres d’Abraham se composait de trois mois seulement ; qu’elle en eut huit après ce patriarche, et que ce ne fut que pendant leur séjour en Egypte, c’est-à-dire après Joseph, que les Hébreux eurent des années de douze mois. En adoptant ces idées très vraisemblables, tout pourrait se comprendre, puisque les neuf cents ans de Mathusalem, celui des patriarches qui a vécu le plus longtemps, se réduiraient à deux cent vingt-cinq ans.

Mais, pour ne parler que d’Abraham et de ses descendants, si leur année n’était que de huit mois, leur longévité n’offre plus rien qui doive surprendre, leur frugalité, leurs mœurs simples et leur vie nomade ayant dû leur permettre d’atteindre à un âge très-avancé. Peut-être aujourd’hui ne serait-il pas impossible de trouver sur la terre quelque famille qui présentât une suite de générations semblable à ce qu’a offert la leur, surtout en supposant que leurs années n’étaient que de huit mois.

Il est naturel de se demander quels sont les pays dont le climat se prête le mieux à la prolongation de la vie de l’homme. Nous ne pouvons répondre à celte question que pour l’Europe ; mais là les faits se groupent en foule pour nous montrer que ces pays sont la Suède, la Norvège, le Danemark, l’Angleterre, et plusieurs contrées de la Russie.

SangsuesQuant à la France, les exemples de très grande longévité y sont extrêmement rares. L’homme qui paraît y avoir vécu le plus longtemps est cet invalide qui mourut au début du XIXe siècle à Paris, à l’âge de 125 ans. Il avait vécu sous Louis XIV, et assista à l’inauguration de la statue de ce roi sur la place des Victoires. Un almanach universel de l’année 1825 décrit en outre la longévité remarquable d’un certain Étienne Baqué, né à Angoumer, en Ariège, le 16 janvier 1700, et mort le 22 août 1824 à Estadens, en Haute-Garonne, âgé de 124 ans. En 1757, un homme mourut aussi dans notre pays, âgé de 121 ans. L’Italie, l’Espagne, le Portugal, toutes les contrées de l’Allemagne, la Suisse elle-même, sont, sous ce rapport, comme la France, très peu favorisées.

Le genre de vie qu’on adopte, la nature des occupations auxquelles on se livre, ont certainement une grande influence sur la prolongation de la vie. Au premier rang des conditions favorables, sous ce rapport, on doit placer l’habitation à la campagne, l’habitude des exercices du corps, une vie frugale surtout exempte de soucis et de chagrins. Les plus étonnants de nos centenaires étaient tous d’une humeur gaie, assez insouciants par caractère, ou remplaçant cette insouciance par leur résignation aux décrets de la providence. Il est vrai que cette gaieté, cette tranquillité d’âme est plutôt le résultat que la cause d’une organisation saine.

L’état de mariage paraît avoir une influence très heureuse sur la longueur de la vie ; tous les hommes qui sont parvenus à un grand âge avaient été mariés ; presque tous l’avaient été plusieurs fois, et avaient contracté leur dernier engagement dans une vieillesse très avancée. L’exemple le plus frappant, sous ce rapport, est celui d’un Français appelé Longueville, qui vécut cent dix ans ; il avait épousé dix femmes, la dernière à quatre-vingt-dix ans. Celle-là lui donna encore un fils dans sa cent-et-unième année.

L’histoire des ermites et des religieux qui, assujettis à un régime sévère, étaient dégagés, autant qu’il est possible à l’homme, du joug des passions, et menaient une vie contemplative, offrent des exemples remarquables de longévité : l’ermite saint Paul vécut 113 ans ; saint Antoine atteignit le même âge ; saint Athanase et saint Jérôme devinrent tous deux plus qu’octogénaires ; et ce qu’on sait de plus positif sur la mort de l’apôtre saint Jean nous prouve qu’il poussa sa carrière jusqu’à 93 ans.

Les philosophes aussi ont de tout temps atteint un âge avancé. Parmi les anciens, les stoïciens et les pythagoriciens peuvent surtout être cités : la différence qu’on remarque à leur avantage, sous ce rapport, paraît tenir au genre de vie plus sévère qui résultait de l’application de leurs principes, surtout au soin avec lequel ils s’attachaient à dompter leurs passions. Xénophile, pythagoricien, vécut 106 ans ; et le philosophe Démonax parvint au même âge. Epiménide de Crète atteignit, dit-on, l’âge de 157 ans. Giorgias de Léontium mourut à 108 ans. Démocrite, si savant et si gai, à 109 ans. Zénon, fondateur du courant stoïcien, mourut à 100 ans ; Isocrate à 98 ; le sale et frugal Diogène à 90. Protagoras d’Abdère vécut le même âge. Sophocle, Pindare, le jojreux Anacréon, vécurent chacun 80 ans.

Dans les temps modernes, Kepler, Bacon, Newton, Euler, Kant, ont tous vécu de 80 à 90 ans ; le spirituel et indifférent Fontenelle mourut à 98 ans. Voltaire, Young, Haller, Métastase, sont tous devenus plus qu’octogénaires. Pour les rois, les princes, les personnages appartenant au haut clergé, il est très rare de les voir arriver à une grande vieillesse. Les rois de France de la maison Bourbon paraissent seuls faire exception à ce sujet.

images (1)On peut remarquer que les femmes, bien qu’elles arrivent, même plus souvent que les hommes, à une vieillesse avancée, ne figurent point dans le tableau des exemples de longévité les plus merveilleux. Beaucoup d’entre elles vivent jusqu’à 80 ans et au-delà ; très peu passent 100 ans.

L’histoire romaine fournit pourtant quelques exemples de femmes qui ont atteint un âge extrêmement avancé. Nous en avons vu une de 132 ans figurer dans le tableau de Pline ; peut-être le genre de vie qu’elles menaient avait-il quelque influence sur ce résultat. Ce qu’il y a de plus singulier, c’est que les actrices fournissent plusieurs exemples d’une longévité extrême. Luceia, qui débuta fort jeune sur les théâtres de Rome, joua pendant un siècle entier, et parut encore sur la scène à l’âge de 112 ans. Galeria Capiala, actrice et danseuse à la fois, remonta sur le théâtre quatre-vingts ans après son début, pour complimenter Pompée. Elle vécut encore plusieurs années, car on la vit de nouveau reparaître sur le théâtre au couronnement d’Auguste.

(D’après « Le Pirate. Revue hebdomadaire de
la littérature et des journaux », paru en 1829)

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La révolte du Papier timbré

Posté par francesca7 le 21 mars 2015

 

révolte qui éclate en Bretagne en 1675.

UDB_1975_poster_-_Tricentennial_of_the_Revolt_of_the_papier_timbréElle a lieu au moment où la province sort d’une ère de prospérité très longue, originale en France, pour connaître des difficultés économiques durables. Au sens strict, cette révolte concerne la plupart des villes bretonnes, et en particulier Rennes, où elle commence le 18 avril et atteint son paroxysme en juin. L’occasion de cette rébellion est l’instauration de nouvelles taxes, d’un monopole royal de la vente du tabac, et la création d’un droit d’enregistrement des actes officiels par le recours au papier timbré. Faute de troupes dans la province, la répression tarde jusqu’en octobre : une rue de Rennes est presque entièrement rasée, la troupe loge chez les habitants, et, surtout, le parlement est exilé à Vannes jusqu’en 1689, un départ aux conséquences économiques très graves pour la ville.

Cependant, l’importance de l’événement tient aussi - au moins, autant - à sa simultanéité avec une révolte paysanne, dirigée à la fois contre les abus des seigneurs et l’instauration des nouvelles taxes, qui touche essentiellement le centre et le sud du Finistère actuel pendant tout l’été. Connu sous le nom de « révolte des Bonnets rouges », le mouvement rural a laissé plusieurs remarquables cahiers de revendications paysannes, les « codes paysans ». Son écho, en pleine guerre de Hollande, est international, et il est également largement commenté par la marquise de Sévigné, qui séjourne alors en Bretagne.

Une vision « romantique » en est donnée par le mouvement contestataire breton des années 1970, ravivant un souvenir entretenu d’autant plus fortement qu’il s’agit de la seule révolte populaire importante en Bretagne entre le XVe siècle et 1793.

 

Ces nouveaux impôts et ces menaces s’ajoutent à une situation économique difficile en Bretagne. La province est alors très peuplée (environ 10 % de la population du royaume), et épargnée par les disettes et les épidémies depuis les années 1640. Dans les années 1660-1670, elle entre dans une phase de difficultés économiques, consécutives aux premiers effets de la politique de guerre économique de Louis XIV, de l’augmentation sensible et simultanée des impôts, et de faiblesses structurelles : par exemple, diminution des deux tiers du commerce du vin et des toiles d’après le duc de Chaulnes (surnommé an hoc’h lart : le gros cochon, en breton), gouverneur de Bretagne, les revenus issus de la terre (fermages) diminuent eux aussi d’un tiers, entrainant une déflation généralisée, exceptée des offices.

Le système du domaine congéable, qui régit les rapports d’une partie des paysans cultivant la terre et possesseurs, est mis en cause par certains : archaïque, il décourage les investissements et les améliorations des méthodes de culture, aussi bien de la part des paysans que des seigneurs. Ceux-ci, en revanche, devant la baisse de leurs revenus depuis 1670, exigent de façon plus pointilleuse leurs autres droits (voir réaction seigneuriale). Ainsi, en 1668, le paiement des servis est refusé dans la région de Carhaix, à Penfrat en Saint-Hernin. Le rôle du système foncier et fiscal est contesté par Jean Meyer : la superposition de la carte de la révolte avec les régions de domaine congéable est « douteuse ». On peut en effet remarquer que des paroisses hors domaine congéable se soulèvent, alors que d’autres, qui en font partie, ne se soulèvent pas. La suppression du système n’est pas abordée dans les codes qui nous sont parvenus.

La révolte est très souvent menée par des femmes. À cette époque, la législation royale est de plus en plus draconienne à l’encontre des femmes, tous leurs droits sont diminués, aussi bien leurs droits économiques que civils (elles ne peuvent plus choisir leur époux par exemple). Ceci heurte dans un pays où la femme occupe traditionnellement une place très importante, et on en trouve mention dans les codes paysans. Enfin, la Bretagne est un pays d’États, où l’impôt sur le sel, la gabelle, n’existe pas, et où les nouveaux impôts doivent être acceptés par les États depuis l’acte d’Union de la Bretagne à la France. En 1673, les États avaient, outre un don gratuit de 2,6 millions de livres, acheté la suppression de la Chambre des domaines (qui privaient certains nobles de droit de justice) pour la même somme et racheté les édits royaux instituant les nouveaux impôts, plus diverses autres dépenses en faveur du pouvoir royal qui s’élèvent à la somme exorbitante de 6,3 millions de livres. Un an après, les mêmes édits sont rétablis, sans consultation des États. Et c’est par le Parlement de Bretagne que Louis XIV fait enregistrer la taxe sur le papier timbré en août 1673, et la taxe sur le tabac en novembre 1674, au mépris des « libertés bretonnes » (c’est ainsi que les Bretons de l’époque appelaient leurs privilèges en vertu du traité d’union de la Bretagne à la France). Les nouvelles taxes touchent plus les paysans et le petit peuple des villes que les privilégiés, et font craindre une introduction de la gabelle. Tout cela crée un large front de mécontentement contre la brutalité inédite de l’État royal.

Durant le règne de Louis XIV, c’est la révolte où les autorités locales ont le plus laissé faire les émeutiers, les particularismes locaux rapprochant élites et peuple en Bretagne. Ceux-ci sont certes spontanés, mais s’organisent rapidement, et rallient des groupes de plus en plus larges au sein de la société. À côté du pillage, on observe, ce qui est singulier, des prises d’otages et la rédaction de revendications. Arthur Le Moyne de La Borderie voit dans la révolte du papier timbré une révolte antifiscale contre les nouveaux impôts. Il récuse en revanche les explications et les propos du duc de Chaulnes qui rapporte les « mauvais traitements » des gentilshommes bretons envers les paysans. Il explique que la colère des paysans révoltés se tourne contre les nobles pour deux raisons : ils constituent pendant longtemps la seule force de maintien de l’ordre disponible dans les campagnes, et leurs châteaux servent de cibles, faute d’agents du fisc. Enfin, il rapproche certaines observations faites en 1675 (« les passions mauvaises, les idées extrêmes et subversives qui fermentent nécessairement dans toutes les masses révoltées » qui en arrivent « au communisme et aux violences contre les prêtres ») des événements survenus durant la Commune de Paris : « Tant il est vrai que rien n’est nouveau sous le soleil et que les passions populaires, La révolte du Papier timbré  dans ARTISANAT FRANCAIS 280px-Papier-timbre-9-aout-1674une fois affranchies du frein social, se précipitent d’un seul bond au gouffre de la barbarie », en citant le curé de Plestin (« Les paysans se croyaient tout permis, réputaient tous biens communs, et ne respectaient même plus leurs prêtres : en certains lieux, ils voulaient les égorger, en d’autres, les expulser de leurs paroisses ») : pour lui, la révolte de 1675 est aussi un épisode de la lutte des classes.

L’historien soviétique Boris Porchnev a travaillé essentiellement sur le riche fonds Séguier, qu’il avait à sa disposition à Léningrad. Il décrit lui aussi cette révolte comme antifiscale, temps fort de la lutte des classes, mais il en élargit les causes à une révolte contre les prélèvements des seigneurs fonciers (nobles et ordres religieux). Il propose également une analyse patriotique bretonne de ce soulèvement en citant un article de N. Ia. Marr qui fait un parallèle entre la situation des Bretons en France et les « allogènes » caucasiens en Russie tsariste. Boris Porchnev écrit : « Le rattachement définitif de la Bretagne à la France, confirmé par les États de Bretagne, avait eu lieu en 1532. Peut-on parler d’asservissement national et de lutte de libération nationale des Bretons, étant donné que la noblesse bretonne s’était déjà entièrement francisée et que, au fond, seuls demeuraient bretons les paysans ? La réponse est contenue dans l’état actuel du problème breton en France. En dépit d’une dénationalisation continue d’une partie des Bretons, ce problème demeure typique des « minorités nationales » et ne saurait être résolu dans les conditions d’un régime bourgeois ». Boris Porchnev conclut : « Nous trouvons justement dans le xviie siècle les racines historiques lointaines de cette lutte ». Enfin, pour lui, la révolte de 1675 annonce 1789.

Pour Alain Croix, la révolte est un affrontement entre la bourgeoisie et ses alliés d’une part, l’Ancien Régime d’autre part, comme lors de la Révolution française, « à une échelle différente. La pression en faveur du changement est modeste en Bretagne, et l’originalité de la situation de la province l’isole de toute manière dans le vaste royaume de France : il n’y a d’ailleurs pas ailleurs l’équivalent des révoltes de 1675 ». Il lie également la révolte aux différences de l’économie bretonne, maritime et ouverte au commerce, et de l’économie française, aux intérêts continentaux.

Roland Mousnier met également en avant l’archaïsme du système seigneurial breton comme cause de la révolte, qu’il juge essentiellement anti-fiscale.

Jean Nicolas note la durée de la révolte, le rapprochement entre élites et peuple en Basse-Bretagne, la formulation de revendications précises.

Outre la réduction au silence des États et du parlement, la reprise en main permet également l’établissement d’une Intendance de Bretagne (la Bretagne était la dernière province à ne pas connaître cette institution représentante du pouvoir central) que les États de Bretagne avaient jusqu’alors toujours réussi à éviter. La Bretagne entière est ruinée en 1679 par l’occupation militaire selon les États.

En Basse-Bretagne, les zones révoltées sont aussi celles qui furent favorables aux Bleus lors de la Révolution française, et qui virent la crise la plus importante des vocations religieuses au xixe siècle. Elles correspondent également aux zones du « communisme rural breton », ainsi qu’aux zones où la langue bretonne est la plus vivante. Un pardon, célébré le quatrième dimanche de septembre en l’église Notre-Dame de Tréminou, commémore cet épisode de l’histoire bretonne.

 

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La Grande Histoire de la Côte d’Or

Posté par francesca7 le 14 octobre 2014

Histoire du département de la Côte-d’Or

(Région Bourgogne)

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Par sa position géographique, la richesse et l’étendue de son territoire, l’importance de ses villes, le département de la Côte-d’Or est celui dans lequel se caractérise le plus la physionomie historique de l’ancienne Bourgogne. Avant la conquête romaine et l’invasion des Burgondes, qui ont laissé leur nom à la province où ils s’installèrent, cette contrée, comprise dans la Gaule celtiques était habitée par les Lingons, tribu vaillante, fort ancienne, et qui se partageait avec les Séquanais et les Éduens toute la région orientale de la France actuelle.

La religion, les mœurs des Lingons étaient celles des autres peuples de la Gaule ; ils croyaient à l’unité de Dieu et à l’immortalité de l’âme ; ils avaient une espèce de royauté élective et responsable, dont le pouvoir civil, judiciaire et militaire, était, en beaucoup de cas subordonné à l’autorité religieuse du grand prêtre, chef des druides. L’esprit belliqueux et entreprenant de ces populations les avait souvent entraînées dans de lointaines expéditions. Longtemps ils furent conquérants avant d’être conquis à leur tour. 590 ans avant l’ère chrétienne, Sigovèse avait établi des colonies dans la Bohème et la Bavière, et Bellovèse avait fondé plusieurs villes dans le nord et l’est de l’Italie. Brennus avait pris Rome. Deux autres chefs gaulois, Léonoius et Lutarius, avaient pénétré jusqu’à Delphes, en Asie, et y avaient constitué la tétrarchie des Galates. Les Linons avaient figuré dans toutes ces entreprises, et on leur attribuait spécialement la fondation des villes d’Imola et de Budrio.

Lorsque l’invasion des Helvètes les menaces d `Arioviste, chef des Suèves, et la rivalité entre les Êduens et les Arvernes eurent amené sur les bords de la Saône les Romains déjà maîtres de la Gaule Narbonnaise, les Lingons furent un des premiers peuples auxquels ils offrirent leur amitié. Le respect qu’ils professèrent dans les premiers temps pour les coutumes et l’indépendance de leurs nouveaux alliés établit entre les deux nations l’union la plus cordiale et la plus sympathique. Des volontaires lingons se joignirent aux Éduens, qui voulurent accompagner César dans sa descente en Grande-Bretagne. Dans la guerre même de l’indépendance, guerre dont Vercingétorix fut le héros et la victime, les Lingons restèrent fidèles à la foi promise, malgré l’exemple que leur donnaient les Éduens, ces vieux alliés de Rome, qui se repentaient, mais trop tard, d’avoir été les premiers à accepter le patronage de tels voisins.

Les Lingons s’attachèrent plus étroitement à la fortune du conquérant des Gaules, qui sut avec tant d’habileté recruter ses légions parmi ceux qu’il venait de vaincre. Ils combattirent pour lui à Pharsale ; et si les trésors de la Gaule, si Vercingétorix enchaîné, figurèrent dans le cortège du triomphateur, on vit aussi plus d’un Gaulois quitter ses braies pour revêtir la toge du sénateur. C’est par les séductions de la paix que César voulait achever l’oeuvre de ses victoires. Les provinces gauloises furent administrées sous son règne avec la plus grande douceur. On n’enleva aux populations ni leurs terres ni leurs droits municipaux. Les grands furent dédommagés, par des titres et par des honneurs nouveaux, des dignités qu’ils avaient perdues. L’agriculture fut exercée dans les mêmes conditions qu’en Italie ; la navigation était libre sur le Rhône, la Saône, la Loire, même sur l’Océan.

Aussi les luttes du second triumvirat n’eurent-elles aucun retentissement dans la Gaule épuisée et assoupie. Auguste continua la politique de César. il fit plusieurs voyages et de longs séjours dans la Gaule, défendit ses frontières contre les Germains, y appela de nombreuses colonies, embellit les villes, en fonda de nouvelles, couvrit le pays de larges et magnifiques routes, imposa, enfin, sa domination avec tant d’habileté qu’à sa mort les vaincus avaient adopté les mœurs, les habillements, la religion et les lois des vainqueurs. La tyrannie, les exactions de Tibère et de Néron suscitèrent les révoltes promptement comprimées de Sacrovir et de Vindex. Le vieux sang gaulois était appauvri et vicié ; pour le rajeunir, il fallait d’autres éléments que l’influence d’une civilisation corruptrice et le contact des races abâtardies de la Rome des Césars.

Le seul épisode qui mérite d’arrêter les regards dans cette longue période de servitude et d’abjection est l’audacieuse tentative de Sabinus et le dévouement héroïque d’Éponine, son épouse. L’incendie du Capitole, qui avait marqué la mort de Vitellius, était représenté par quelques vieux druides comme un présage de ruine pour la puissance romaine. Les Lingons prirent les armes et choisirent pour chef Sabinus, leur compatriote, qu’on prétendait issu de Jules César. Ceux de Trèves se joignirent à eux ; mais les Séquanais et les Autunois, dont Sabinus avait autrefois pris d’assaut la capitale, marchèrent contre les révoltés et les défirent. Les Lingons se réconcilièrent avec Domitien en lui envoyant un secours de 70 000 hommes contre les barbares qui menaçaient les frontières romaines.

C’est vers cette époque, au moment même où l’oeuvre de dissolution semble accomplie, que commencent à apparaître les premiers symptômes de régénération. On fait remonter à la fin du ne siècle les premières prédications de l’Évangile en Bourgogne. La tradition la plus probable et la plus répandue donne à cette province pour premiers apôtres les disciples de saint Polycarpe, évêque de Smyrne, qui, après avoir pénétré dans la Gaule par le Vivarais, et ayant trouvé l’Église de Lyon déjà florissante, grâce aux prédications de Pothin et d’Irénée, s’avancèrent jusqu’à Autun, et de là se partagèrent la gloire et les périls de la conversion du pays Autun eut pour martyr un des premiers néophytes, le jeune Symphorien. Andoche et Thyrse, ses maîtres dans la foi, périrent à Saulieu, et Bénigne, leur compagnon, à Dijon, vers 178, sous le règne de Marc Aurèle. Le sang des victimes fut une semence féconde de chrétiens, et lorsque, en 311, Constantin donna la paix à l’Église, chaque ville, après avoir eu son martyr, avait enfin son pasteur.

Pendant que ces germes de salut se développaient, pendant que cette force inconnue grandissait dans l’ombre, rien ne saurait donner une idée de l’horrible confusion au milieu de laquelle agonisait le vieil empire romain séditions des légions nommant chacune leur empereur, guerres civiles, déchirement des provinces, pestes, famines, exactions. Le vieux monde se précipitait dans le christianisme comme dans un, refuge ; mais ce monde était trop usé, trop fini, trop bien mort pour apporter à la foi nouvelle la force d’expansion nécessaire à la reconstitution d’une autre société ; c’est alors qu’arrivent les barbares.

Alains, Vandales, Suèves, Gépides franchissent le Rhin, descendent des Alpes, pénètrent jusqu’en Espagne, jusqu’en Afrique, sans que la Saône ou le Rhône les arrêtent, sans laisser d’autres traces de leur passage que des monceaux de ruines. Derrière eux s’avance lentement une lourde armée de géants ; c’étaient les Burgondes. Pline en fait la principale tribu des Vandales ; Procope et Zosime les disent également Germains d’origine et de nation vandale. Voici le tableau qu’en a tracé le savant et consciencieux historien de la Bourgogne, Courtépée :

images (5)« Ces peuples, nés au milieu des forêts, étaient ennemis de la contrainte ; la liberté faisait tout leur bonheur, la chasse leur occupation, les troupeaux et les esclaves leurs richesses. Sans patrie et sans demeure fixe, ils ne redoutaient que la servitude. Ils n’avaient aucun art agréable ; mais ils pratiquaient l’hospitalité et toutes les vertus des peuples sauvages. Ils n’avaient pour arme que la framée, espèce de lance ou de halle- barde, la fronde, l’épieu, la hache, qui servaient également pour attaquer, pour se défendre et pour bâtir leurs maisons. Ils marchaient toujours armés, usage qu’ils conservèrent après leur conquête.

« On dit qu’ils portaient la figure d’un chat sur leurs boucliers, emblème de la liberté qu’ils voulaient conserver partout. Ils avaient des chefs, mais ils n’avaient point de maîtres. Ces chefs, qui prenaient le titre de hendin, furent d’abord électifs. Leur autorité n’avait d’autre terme que celui du bonheur de la nation. Ils n’étaient pas seule ment comptables de leurs fautes personnelles, ils l’étaient aussi des caprices de la fortune ou des fléaux de la nature. On les déposait lorsqu’ils avaient perdu une bataille ou mal réussi dans leurs entreprises, ou dans un temps de stérilité. Leurs prêtres étaient traités bien plus favorablement. Le pontife, nommé sinist, était perpétuel ; son pouvoir surpassait celui du hendin, et s’étendait au droit de punir les coupables : le respect des peuples le mettait lui-même à l’abri de toute révolution. »

Tel était le peuple qui devait conquérir une partie si importante de la Gaule. Des bords de la Vistule et de l’Oder il arriva, vers 275, sur les bords du Rhin, fit plusieurs tentatives infructueuses pour le franchir, et s’établit sur la rive droite, où il demeura jusqu’en 407. C’est pendant les dernières années de ce séjour que la religion du Christ pénétra chez les Burgondes ; ils avaient entendu parler d’un Dieu puissant dont le culte s’était nouvellement établi dans les Gaules. Ils envoyèrent des députés aux évêques voisins pour se faire instruire ; et ceux-ci, ayant été baptisés, rapportèrent la foi à leurs compatriotes.

Quoiqu’on ignore la date précise de leur conversion, elle est généralement attribuée aux prédications de saint Sévère, évêque de Trèves en 401. Quelques années après, Stilicon, général des armées romaines, Vandale d’origine, devenu tuteur d’Honorius, fit alliance avec les Alains, les Suèves, les Vandales, et les appela dans les Gaules pour l’aider à placer sur le trône impérial son propre fils Euchérius. Les Burgondes franchirent alors le Rhin à la suite des autres barbares ; ils se rendirent maîtres, presque sans obstacle, des pays situées entre le haut Rhin, le Rhône et là Saône Impuissant à leur résister, le patrice Constance, général d’Honorius, fit avec eux un traité solennel, qui leur assurait à titre d’hôtes et deconfédérés la possession de presque tout le territoire dont ils s’étaient emparés.

Ils élurent alors un roi ; leur choix tomba sur Gondicaire, le même sans doute qui était hendin lors du passage du Rhin en 407, et qu’on peut regarder comme le fondateur de la première monarchie bourguignonne. Trois nations différentes vivaient donc alors sur le même sol – les Gaulois, les Romains et ces nouveaux conquérants, les Burgondes. C’est de la fusion de ces éléments divers que se forma la race régénérée.

Gondicaire justifia par sa conduite habile le choix de ses compatriotes. Sa capitale et sa résidence fut d’abord Genève, qui était alors au centre de ses États ; plus tard, ayant soumis toute la province lyonnaise, il transféra à Vienne, en Dauphiné, le siège de la monarchie, se rendit maître d’Autun et de toute la Séquanaise, porta ses armes jusque dans la Belgique et le pays de Metz, et ne fut arrêté dans ses conquêtes que par le patrice Aétius, qui, justement alarmé des envahissements de ses anciens alliés, leur déclara la guerre et les défit dans une sanglante bataille, en 435.

Vainqueurs et vaincus se réunirent bientôt contre un ennemi qui les menaçait tous ; les Huns se montraient de nouveau sur le Rhin ; Gondicaire avait été tué avec vingt mille des siens en s’opposant à leur passage ; Gondioc, son fils et son successeur, associa ses efforts à ceux d’Aétius pour combattre Attila, et partagea la gloire de la fameuse journée des plaines catalauniques. Fidèle aux traditions paternelles, il utilisa habilement les années de paix qui suivirent celte rude secousse.

C’est de ce règne que date la répartition territoriale et cette législation bourguignonne si profondément enracinée dans les moeurs du pays que, dans plusieurs de ses parties, elle a continué à régir la province jusqu’à la Révolution. de 1789. Gondioc se rit nommer patrice par les Romains, et obtint du souverain pontife le titre de fils. Il réunit à sa couronne le pays des Lingons, celui des Éduens, le Nivernais, le reste de la Lyonnaise et une partie de la Narbonnaise, de sorte que son empire avait au midi la Méditerranée pour limite. Il mourut à Vienne vers 470, laissant quatre fils qui se partagèrent ses vastes États.

La Bourgogne et la Comté échurent à Gondebaud, patrice et maître de la milice dès 473, arbitre des destinées à de l’empire qu’il fit donner à Glycérius, et, en 476, souverain indépendant lors de la ruine de la puissance romaine sous Augustule. Le bien qu’on pouvait attendre de la position ainsi simplifiée fut considérablement atténué par les dissensions qui éclatèrent entre Gondebaud et ses frères. Celui-ci, après avoir triomphé de toutes les agressions, ensanglante ses victoires par des violences que la barbarie du temps peut expliquer, mais que ne saurait justifier l’histoire.

Les représailles, au reste, ne se firent pas attendre. Clotilde, seconde fille de Chilpéric, un des frères de Gondebaud, qui avait eu en partage Genève, la Savoie et une partie de la Provence, après avoir échappé au’ massacre de sa famille vaincue et dépossédée, était devenue la femme de Clovis, chef des Francs. Cette princesse poursuivit avec une persévérance infatigable l’œuvre de vengeance qu’elle semblait s’être imposée, usant de toute l’influence qu’elle exerçait sur son époux pour l’armer contre son oncle, suscitant les scrupules du clergé de Bourgogne contre l’arianisme qu’avait embrassé Gondebaud, éveillant toutes les convoitises, envenimant toutes les haines contre celui dont elle s’était promis la perte. Gondebaud déjoua toutes les intrigues, repoussa toutes les attaques et lassa pour un temps cette implacable hostilité.

L’histoire de son règne peut se diviser en deux parties : la période belliqueuse, toute remplie des luttes dont nous venons d’énoncer l’origine et les résultats ; la période pacifique, consacrée à l’organisation administrative et judiciaire du royaume de Bourgogne. C’est dans cette dernière surtout qu’il faut chercher les titres de Gondebaud aux souvenirs de l’histoire ; il compléta, dans un esprit remarquable de justice et d’humanité, l’oeuvre commencée par son père ; il réunit ses ordonnances modifiées et les édits nombreux qu’il rendit lui-même dans une espèce de code devenu célèbre sous le nom de Loi Gombette. Ce règne, pendant lequel l’agriculture fut puissamment encouragée, les ruines des villes relevées, d’innombrables établissements ecclésiastiques fondés, marque l’apogée de la monarchie de Gondicaire.

Gondebaud mourut à Genève en 516 ; il eut encore deux successeurs, Sigismond et Gondemar ; mais l’inaction de l’un et la faiblesse de l’autre rendirent la tâche facile à la vengeance inassouvie de Clotilde et à l’ardeur conquérante des Francs. En 534, Clotaire et Childebert rassemblèrent leurs forces et envahirent la Bourgogne ; une seule bataille leur livra le pays. Gondemar alla s’enfermer dans Autun, où il tenta de résister aux fils de Clotilde ; mais ce dernier effort fut si peu vigoureux, si peu retentissant, qu’en enregistrant sa défaite, l’histoire reste muette sur les destinées du vaincu. En lui, s’éteignit la race de Gondicaire ; avec lui finit le royaume de Bourgogne, qui avait duré 120 ans.

Les princes francs se partagèrent les dépouilles de Gondemari Théodebert, roi de Metz, eut Besançon, Langres, Châlon, Genève et Viviers et Childebert, roi de Paris, et Clotaire, roi de Soissons, eurent le reste jusqu’au moment où ce dernier réunit sous son sceptre les États de ses frères. Un nouveau partage, qui eut lieu à sa mort en 562, constitua un second royaume de Bourgogne au bénéfice de son second fils, Gontran, possesseur en outre d’Orléans et du territoire de Sens.

Rien de plus lugubre à la fois et de plus confus que les annales de cette dynastie mérovingienne des rois de Bourgogne. La seule figure de Gontran repose le regard épouvanté de toutes les horreurs qui signalent la longue et sanglante rivalité de Frédégonde et de Brunehaut. Le peuple l’aimait, disent les chroniques du temps ; quand il approchait d’une ville, les habitants allaient au-devant de lui avec des bannières en criant : Noël ! Après sa mort,’ il fut mis au nombre des saints ; et, cependant, on rapporte que la dernière de ses trois femmes, la belle Austrégide, lui ayant demandé comme grâce en mourant de faire périr ses deux médecins, parce qu’ils n’avaient pas eu l’habileté de la guérir, il eut la faiblesse d’accomplir ce vœu barbare ; ajoutons que c’est le premier prince qui se soit fait entourer de gardes.

Childebert, sans changer son titre de roi d’Austrasie, hérita de la plus grande partie de la haute Bourgogne, qu’il conserva seulement trois ans et quelques mois. Thierry, son second fils, est le deuxième prince mérovingien qui soit désigné sous le nom de roi de Bourgogne et d’Orléans ; il se laisse diriger par Brunehaut, son aïeule ; l’histoire de son règne n’est qu’un tissu de trahisons, de massacres et d’atrocités de tout genre. Il meurt subitement à Metz d’un flux de sang, à l’âge de vingt-six ans, après en avoir régné dix-huit, et précédant. de quelques mois seulement dans le tombeau sa terrible aïeule, dont fait justice à son tour Clotaire II, fils de Frédégonde.

La première apparition des maires du palais à la cour de Bourgogne se rattache au règne de Thierry ; et ce sont les intrigues de Varnachaire II, revêtu de cette dignité, qui livrent Brunehaut à Clotaire et facilitent à ce prince, par la défaite des fils de Thierry, la réunion de la Bourgogne à la France. Les deux royaumes sont régis par le même sceptre et suivent les mêmes destinées jusqu’à la fin du IXe siècle, époque de la constitution des grands établissements féodaux sous les successeurs de Charlemagne.

Image illustrative de l'article Parc national des Forêts de Champagne et BourgogneCharles le Chauve avait trouvé dans la fidélité de la noblesse bourguignonne un précieux appui contre les attaques de Louis le Germanique ; mais toutes les leçons de l’expérience étaient perdues pour ce prince incapable. Son fils, Louis le Bègue, ne comprit pas davantage la nécessité. de réunir en faisceau les forces éparses de la monarchie défaillante. Sous son règne, la confusion et l’anarchie augmentèrent encore, le morcellement du territoire ne rencontra plus d’obstacle. Trois nouveaux royaumes furent formés avec les débris de l’ancien royaume de Bourgogne : celui de Provence ou de Bourgogne cisjurane, par Boson, élu roi au concile de Mantaille, en 879 ; celui de Bourgogne transjurane, par Rodolphe, couronné à Saint-Maurice, en Valais, en 888 ; et celui d’Arles, composé des deux premiers, en 930. Quant à la Bourgogne proprement dite, elle resta sous le gouvernement des ducs héréditaires, dont nous avons ici principalement à nous occuper.

L’origine des premiers ducs de Bourgogne était illustre, et ce qui vaut mieux encore, nous retrouvons là, comme à la souche de presque toutes les grandes dynasties féodales, un de ces hommes auxquels il n’a manqué qu’un autre théâtre pour que l’histoire les mette au rang de ses héros. Richard le Justicier, comte d’Autun, était fils de Beuves, comte d’Ardenne, frère de Boson, roi de Provence, et sa soeur Richilde avait épousé Charles le Chauve en 870.

Sans vouloir nier ce que ces hautes alliances durent ajouter à son crédit, on peut dire qu’il fut surtout le fils de ses œuvres. Sincèrement et loyalement dévoué au roi son bienfaiteur, il le défendit contre les entreprises de sa propre famille. Il battit, en 880, les troupes de son frère Boson près de la Saône, mit garnison dans Mâcon au nom des rois Louis et Carloman, et donna le gouvernement de cette ville à Bernard, dit Plantevelue, tige des comtes héréditaires de Mâcon. Après s’être emparé de Lyon, il assiégea Vienne, dont il chassa Boson, et emmena prisonnière à Autun sa femme Hermangarde avec ses enfants, en 882. Il secourut Charles le Simple contre Eudes, comte de Paris, défit une première fois, en 888, dans les plaines de Saint-Florentin, les Normands, qui avaient pénétré dans la Bourgogne et dévasté Bèze ; remporta de nouvelles victoires sur eux, avec l’aide des, Auxerrois conduits par leur évêque Géran, gagna, contre le fameux chef Rollon, une bataille décisive auprès de Chartres, et fit lever le siège de cette ville en 911.

Étant à l’agonie, et les évêques l’exhortant à demander pardon à Dieu d’avoir versé tant de sang humain : Quand j’ai fait mourir un brigand, répondit-il, j’ai sauvé la vie aux honnêtes gens, la mort d’un seul ayant empêché ses complices de faire plus de mal. Il mourut à Auxerre en 921, laissant de sa femme Adélaïde soeur de Rodolphe Ier roi de la Bourgogne transjurane, trois fils : Raoul, son successeur, qui devint ensuite roi de France, Hugues le Noir et Boson.

Les ducs bénéficiaires de Bourgogne furent au nombre de sept, et régnèrent, de 880 à 1032, dans, l’ordre suivant : après Richard, Raoul le Noble, qui fut roi pendant la captivité de Charles le Simple à Péronne ; il eut pour successeur son beau-frère, Gilbert de Vergy, qui maria sa fille aînée à Othon, fils de Hugues le Grand ; Hugues le Noir, second fils de Richard, occupa pendant quelque temps le duché à la mort de Gilbert, plutôt comme usurpateur que comme héritier ; il en fut dépossédé par Louis d’Outre-mer au profit de Hugues le Blanc ou le Grand, cinquième duc.

On connaît la haute fortune de cette maison : pendant que Hugues Capet mettait la couronne de France sur sa tête, ses deux frères, Othon et Henri, possédaient successivement le duché de Bourgogne. La mort du septième et dernier duc Henri fut le signal de violentes contestations, de luttes sanglantes et d’une nouvelle répartition territoriale. Il avait laissé un fils adoptif, Othe-Guillaume, qui, soutenu par une partie des populations et les sympathies de la noblesse, prétendait à la succession de Henri ; le roi Robert, neveu paternel du duc, revendiquait de son côté l’héritage comme étant son plus proche parent ; la guerre éclata ; enfin, après treize ans d’une lutte indécise et ruineuse, l’intervention de l’évêque d’Auxerre amena un arrangement en vertu duquel le duché de Bourgogne était restitué à Robert, tandis que Othe conservait viagèrement le comté de Dijon.

Par une singulière coïncidence, à peu près à la même époque où le duché bénéficiaire prenait fin par sa réunion au domaine de la couronne, le second royaume de Bourgogne s’éteignait, après cent cinquante ans de durée, dans la personne d’Eudes, comte de Troyes, tué dans sa lutte contre Conrad II. Des débris de ce royaume furent formés les comtés de Provence, de Savoie, de Viennois, de Bourgogne ou Franche-Comté ; le reste fut réuni par Conrad à l’Empire. Ce comté de Bourgogne fut donné aux descendants de Othe en échange du comté de Dijon, et Lambert, évêque de Langres, ayant remis au roi Robert tous les droits qu’il possédait sur cette ville, ce prince en fit, au préjudice d’Autun, la capitale du duché qu’il donna à son fils Henri.

Le règne de Robert forme donc une des époques les plus importantes de l’histoire de Bourgogne : démembrement et fin du second royaume de Bourgogne ; formation d’un comté et transformation du duché bénéficiaire fondé par Richard le Justicier en un duché héréditaire qui va devenir l’apanage des princes du sang royal. Tels sont les faits essentiels qui se rapportent à cette date.

Henri Ier, fils aîné de Robert, nommé duc de Bourgogne en 1015, et devenu roi de France en 1031, céda son duché à son frère Robert, tige d’une dynastie de douze ducs, qui possédèrent la province de 1032 à 1361. Les termes de la charte d’octroi portent que le duché est donné pour en jouir en pleine propriété et passer à ses héritiers. Robert Ier, premier duc de la première race royale, usa assez tyranniquement de sa souveraineté ; son règne fut tout rempli de violents démêlés avec les Auxerrois ; il mourut à FIeurey-sur-Ouche, en 1075, après un règne de quarante-trois. ans, d’un accident tragique et honteux que l’histoire n’explique pas.

Son petit-fils, Hugues Ier, s’appliqua, par la sagesse et la douceur de son administration, à faire oublier les violences de son aïeul ; il prêta volontairement serment de maintenir les droits et privilèges de la province, et commit à six barons l’autorité de réprimer, même par les armes, les empiétements de ses successeurs. Après avoir remis son duché à Eudes Ier, son frère, il se retira, en 1078, à Cluny, sous la discipline de saint Hugues, son grand-oncle. Le plus éloquent éloge des vertus de ce prince est dans les phrases suivantes d’une lettre que le pape Grégoire VII écrivait à l’abbé de Cluny, pour lui reprocher d’avoir encouragé la résolution de Hugues : « Vous avez enlevé le duc à la Bourgogne, et par là vous ôtez à cent mille chrétiens leur unique protecteur. Si vous ne vouliez pas exécuter mes ordres qui vous le défendaient, au moins eussiez-vous dû être sensible et céder aux gémissements des pauvres, aux larmes des veuves et aux cris des orphelins. »

Les ravages d’une peste horrible, qu’on appela le feu sacré, et la fondation de l’ordre des chartreux par saint Bruno sont les événements les plus importants qui se rattachent à ce règne. Eudes se croisa et alla mourir à Tarse, en Cilicie, en 1102. Hugues II, son fils, mérita le surnom de Pacifique. Il fut l’ami de saint Bernard et s’occupa beaucoup de pieuses fondations.

L’aîné de ses fils et son successeur, Eudes II, hérita de ses vertus. Quoiqu’il se soit décidé deux fois à faire la guerre, d’abord pour consacrer ses droits de suzeraineté sur Saint-Germain d’Auxerre, Saint-Florentin et le comté de Troyes, que lui contestait Thibaut, son beau-père, et ensuite pour aller délivrer des Sarrasins son cousin Alphonse de Portugal, il prouva qu’il estimait les bienfaits de la paix à. leur juste valeur en refusant de céder au grand entraÎnement qui poussait vers la terre sainte les rois, princes et seigneurs de son temps. Il préféra le bonheur de ses sujets à une gloire incertaine, s’appliqua à faire régner l’union et la prospérité autour de lui, et paya sa dette à la religion en fondant de nouveaux monastères, en dotant ceux qui existaient déjà, en achevant les constructions commencées, et notamment la cathédrale d’Autun.

Hugues III, son fils, dont le règne commença en 1168, sut moins bien résister à la contagion des exemples ; il guerroya contre les grands vassaux ses voisins, prit la croix en 1178. Rejeté en France par une violente tempête, il revint bâtir la Sainte-Chapelle de Dijon, en accomplissement d’un vœu qu’il avait fait au moment du danger. En 1190, il repartit avec Philippe-Auguste et assista à la prise de Saint-Jean-d’Acre, puis mourut à Tyr en 1192. Avant de quitter la Bourgogne, il avait constitué la commune de Dijon.

Hugues Ill semble revivre dans son fils Eudes III. Aventures lointaines, exploits guerriers, affranchissement des communes caractérisent ce règne comme le précédent. La participation à l’expédition qui plaça Baudouin sur le trône de Constantinople, la croisade contre les Albigeois avec Simon de Montfort, la glorieuse journée de Bouvines en sont les dates les plus éclatantes. Le règne de Hugues IV fut heureusement préparé par l’habile régence de sa mère, Alix de Vergy. Dès qu’il fut majeur, le prince confirma la commune de Dijon ; figura comme un des douze pairs au sacre de Louis IX, ajouta à ses domaines le comté d’Auxonne et fit reconnaître sa suzeraineté sur celui de Mâcon.

Hugues fut un des plus fidèles compagnons de saint Louis ; il partagea ses périls et sa captivité dans la première croisade. Le roi, de son côté, visita plusieurs fois la Bourgogne ; il y laissa de profonds souvenirs de sa sainteté et de sa justice. Hugues, après avoir refusé au pape Innocent IV fugitif un asile dans ses États, eut la faiblesse d’y accueillir, en qualité de. grand inquisiteur, un cordelier, Robert, fanatique et apostat, qui traînait avec lui une femme perdue ; ce ne fut qu’après de nombreuses exécutions et beaucoup de sang répandu que les impostures de ce misérable furent dévoilées. Cet épisode est une tache regrettable dans l’histoire de Hugues IV.

Robert II, troisième fils de Hugues, ne dut la tranquille possession du duché qu’à Philippe le Hardi, qui l’en déclara seul et légitime héritier, contre les prétentions de ses beaux-frères. Jamais liens plus étroits ne rattachèrent la maison de Bourgogne à celle de France. Robert avait épousé Agnès, fille de saint Louis, et il eut pour gendre Philippe de Valois, marié à Jeanne, sa fille, en 1315. L’intimité de ces alliances donnèrent à Robert une grande influence dans la direction des affaires de l’État. Après le mas sacre de s Vêpres siciliennes, il fat chargé d’aller secourir Charles de Naples. Philippe le Bel le nomma grand chambrier de France, gouverneur du Lyonnais, gardien du comté de Bourgogne, et, mission plus délicate, son principal intermédiaire dans ses démêlés avec Boniface VIII.

Quoique chargé de si graves intérêts, Robert ne négligea pas ceux de son duché ; un remaniement des monnaies et d’importants accroissements de territoire classent son règne parmi les plus glorieux de sa dynastie. Il eut neuf enfants, dont plusieurs moururent avant lui ; Hugues V, l’aîné des survivants, eut pour régente, pendant sa minorité, sa mère, Agnès. A peine majeur, il mourut, ne laissant de son règne si court que le souvenir de sa brillante réception comme chevalier, et comme date sanglante, la condamnation des templiers.

EudesBourgogne.jpgEudes IV, son frère, prit aussitôt possession du duché. Agnès obtint qu’il transigeât avec les prétentions de Louis, son dernier frère, en lui abandonnant le château de Douesme avec une rente de 4 000 livres. A la mort de Louis le Hutin, Eudes, à défaut d’héritier mâle, voulut faire valoir les droits de Jeanne, sa nièce, fille du roi défunt. L’application de la loi salique, réclamée par Philippe le Long, régent du royaume, rendait vaines ses réclamations ; pour le dédommager, Philippe lui donna en mariage, avec 100 000 livres de dot, sa fille aînée, héritière par sa mère des comtés de Bourgogne et d’Artois. L’accord se rétablit, et la confiance royale valut dans la suite à Eudes une influence qu’il justifia par sa sagesse et sa capacité. Il mourut dans cette désastreuse année de laquelle un versificateur du temps a dit :

En trois cent quarante-neuf,
De cent ne demeuroient que neuf.

Son fils aîné était mort trois ans auparavant d’une chute de cheval au siège d’Aiguillon, laissant pour héritier unique son fils, Philippe de Rouvres, âgé de cinq ans. La tutelle fut confiée d’abord à Jeanne de Boulogne, mère du jeune duc, et ensuite au roi Jean, qui épousa la noble veuve. Jean vint à Dijon, en 1350, et il jura publiquement, dans l’église de Saint-Bénigne, de conserver et maintenir les franchises, immunités et privilèges de la province.

Cette période est tout entière remplie par les calamités entraînaient pour la France les envahissements des Anglais ; la Bourgogne n’était pas plus épargnée Châtillon avait été brûlé, Tonnerre pillé, Flavigny était devenu la place d’armes de l’ennemi ; tout le pays étant ou envahi ou menacé, les trois ordres -des deux Bourgognes s’assemblèrent à Beaune, et on vota 200 000 moutons d’or, c’est-à-dire plus de 2 000 000 de livres, somme énorme pour le temps, comme rançon de la province. Ce fut au milieu de ces calamités que Philippe, ayant atteint l’âge fixé pour sa majorité (quinze ans), prit, en 1360, le gouvernement du duché. A peine venait-il de contracter avec Marguerite de Flandre l’union arrêtée depuis longtemps et de ramener son épouse dans son château de Rouvres, près de Dijon, qu’un accident, une chute, mit fin à ses jours, en 1361. Beaucoup d’espérances reposaient sur cette jeune tête ; son coeur semblait animé des plus nobles sentiments : « Il vécut peu, a dit un historien du temps, et fut longtemps regretté ».

Il fut le douzième et dernier duc de-la première race royale, qui avait régné trois cent vingt-neuf ans. Dès que le roi Jean apprit sa mort, il prit possession de ses États, non comme roi de France, mais comme plus proche parent du duc : Ratione proximitatis, non coronae nostrae, hommage éclatant rendu à l’indépendance de la Bourgogne comme État. Après le traité de Brétigny, il se rendit à Dijon, et là, solennellement et officiellement, il unit et incorpora, le duché à la couronne.

Cette annexion, but d’une ambition à courte vue, ne devait point encore être définitive, la pensée de constituer l’unité française était alors encore loin des meilleurs esprits ; le roi Jean, qui avait une prédilection marquée pour Philippe, son quatrième fils, lequel d’ailleurs l’avait vaillamment défendu à la bataille de Poitiers en 1356, et avait partagé sa captivité en Angleterre, lui donna le duché de Bourgogne à titre d’apanage, réversible à la couronne faute d’hoirs mâles, l’institua premier pair de France, dignité dont s’étaient prévalus dans plusieurs occasions les ducs d’Aquitaine et de Normandie.

Philippe, surnommé le Hardi, inaugura donc, en 1363, la seconde dynastie royale des ducs de Bourgogne. Après avoir, selon l’usage, prêté serment de respecter les privilèges provinciaux, il prit possession de ses vastes domaines. Les temps étaient critiques, mais l’occasion de se poser en libérateur n’en était que plus favorable pour quiconque parviendrait à calmer l’orage et à éloigner le péril. Philippe, aidé de Du Guesclin, débuta par purger le pays des bandes indisciplinées de routiers, écorcheurs et malandrins, qui le dévastaient ; il dompta ensuite la terrible Jacquerie, et, déjà renommé par ses exploits militaires, il consolida et agrandit sa puissance par son mariage avec Marguerite de Flandre.

Cette alliance ajoutait à ses États les comtés de Bourgogne, d’Artois, de Flandre, de Rethel, de Nevers, et en faisait un des souverains les plus redoutables de l’Europe. Le roi de France eut recours à lui contre les attaques des Anglais et du roi de Navarre, Charles le Mauvais. Philippe sut arrêter et contenir l’ennemi ; il triompha de, la patriotique révolte des Gantois, commandés par l’héroïque Artevelde. Il reçut, à Dijon, le roi Charles VI avec une magnificence qui devint traditionnelle à la cour de Bourgogne. Il acquit le Charolais, en 1390, au prix de soixante mille écus d’or. Il envoya son fils aîné, Jean, comte de Nevers, avec une armée au secours de Sigismond, roi de Hongrie, menacé par les musulmans. Pendant la maladie de Charles VI, il avait été choisi par les états généraux, en 1392, pour gouverner le royaume Cette préférence, en excitant la jalousie de la maison d’Orléans, devint la source d’une haine irréconciliable qu’en mourant il légua, héritage funeste, à son fils Jean sans Peur. Ce prince succéda à son père en 1406 ; il avait épousé, en 1385, Marguerite de Bavière, dont la dot grossissait ses États de trois comtés : le Hainaut, la Hollande et la Zélande. Ses premiers actes furent ceux d’un prince habile, mais peu scrupuleux.

Après avoir remis un pou d’ordre dans les finances, compromises par les prodigalités de son père, il donna satisfaction à la haine qui couvait dans son cœur. Le 23 novembre 1407, Louis d’Orléans, en sortant de l’hôtel Barbette, à Paris, où il avait soupé avec la reine Isabeau de Bavière, tombait, rue Vieille-du-Temple, sous les coups d’un gentilhomme normand, Raoul d’Octonville, écuyer du duc Jean.

La justice étant impuissante en face d’un si grand criminel, la guerre éclata entre Armagnac et Bourgogne ; le fils du duc d’Orléans avait épousé la fille du comte d’Armagnac, et celui-ci se posa en vengeur du duc d’Orléans La durée de cette triste guerre ne fut interrompue que par les périls extrêmes de la France et la désastreuse campagne qui aboutit à la journée d’Azincourt.

Ce jour-là les deux familles rivales combattirent encore sous le même drapeau ; mais la haine étouffa bientôt ce qui restait de patriotisme et de loyauté. Jean, par un traité secret signé en 1416, s’allia aux Anglais, et l’abandon de Rouen fut le gage de sa trahison. Une sédition payée (celle de Périnet-Leclerc, 1418) et un massacre lui ouvrirent même les portes de Paris, où il entra en triomphateur, salué par les acclamations du peuple égaré, qui criait sur son passage : Noël ! vive le duc de Bourgogne, qui abolit les impôts !

Mais ce triomphe fut de courte durée ; le crime appelait la vengeance ; elle fut digne du coupable, digne des mœurs du temps. Un projet de paix et de réconciliation générale fut proposé, une entrevue avec le dauphin fut convenue, et le rendez-vous fixé, pour le 10 septembre 1419, sur le pont de Montereau. L’entourage intime de Jean avait été gagné ; il partit donc sans défiance ; mais quand il se fut avancé sur le pont, escorté de dix chevaliers seulement, les complices du duc d’Orléans, Tanneguy du Châtel et le sire de Barbazan à leur tête, se précipitèrent sur les Bourguignons et percèrent Jean de leurs coups. Les assassins voulaient jeter son corps dans la Seine, mais le curé de Montereau obtint qu’il lui fût remis ; il le garda jusqu’à minuit, le fit alors porter dans un moulin voisin et le lendemain à l’hôpital, où on l’ensevelit dans la bière des pauvres.

La mort de Jean sans Peur mit Philippe, dit le Bon, en possession de ses États à l’âge de vingt-trois an§. Il était à Gand lorsqu’il apprit la fin tragique de son père. Brûlant du désir de le venger, il convoqua à Arras une assemblée de grands seigneurs,. à laquelle il invita le roi d’Angleterre, qui était à Rouen. C’est là que fut préparé, pour être conclu à Troyes en 1420, le monstrueux traité qui, de complicité avec Isabeau, épouse et mère dénaturée, déshéritait, au profit de l’étranger, le dauphin Charles VII, du vivant de son père en démence.

Les événements de cette période sont trop connus et d’un intérêt trop général pour que nous entrions ici dans leur récit détaillé. Philippe, qui par la fin de son règne racheta les fautes du commencement, fut alors le complice de tout ce qui se trama et s’exécuta contre la France. Son excuse est dans le souvenir encore récent du meurtre de son père ; mais on ne petit même pas lui faire un mérite de son repentir, car son retour à la. cause française fut déterminé surtout par les outrages dont les Anglais l’abreuvèrent dès qu’ils crurent ne plu s avoir besoin de lui.

C’est en 1434, et par l’intervention de Charles, duc de Bourbon, que furent posés les préliminaires d’une réconciliation trop tardive et cimentée définitivement par le traité d’Arras, le 21 septembre de l’année suivante. L’insolence des termes prouve à quel point la royauté de France était humble et faible devant ce vassal que dédaignaient les Anglais. Charles désavoue le meurtre de Jean, et Philippe, après l’énoncé des dédommagements qui lui sont accordés, s’exprime ainsi : A ces conditions, pour révérence de Dieu et pour la compassion du pauvre peuple, duc par la grâce de Dieu, je reconnais le roi Charles de France pour mon souverain. Hâtons-nous d’ajouter que jamais parole donnée ne fut mieux tenue, et qu’à dater de cette époque la conduite de Philippe fut aussi irréprochable qu’elle avait été jusque-là criminelle.

La prospérité de ses peuples, le développement des bienfaits de la paix devint son unique préoccupation. L’union des deux maisons de France et de Bourgogne fut resserrée par le mariage du comte de Charolais, héritier de Philippe, avec Catherine de France, fille de Charles VII. Lorsque Louis XI, dauphin, quitta la cour de son père, Philippe lui refusa un asile en Bourgogne, où ses intrigues pouvaient être un danger pour la couronne et lui offrit à Geneppe, dans ses terres de Flandre, une hospitalité digne de son rang. Lors de la sédition qu’occasionna, parmi les chefs de l’armée, la désorganisation de l’ancien système militaire, il intervint entre les rois et les rebelles, et obtint d’eux qu’ils renonçassent à leurs projets de guerre civile.

Quoique l’insubordination de ses sujets flamands le tînt le plus souvent éloigné de la Bourgogne, il y entretint toujours une administration éclairée et paternelle. Son règne fut l’apogée des prospérités de la province. « Il mit ses pays, dit Saint-Julien de Baleure, en si haute paix et heureuse tranquillité qu’il n’y avoit si petite maison bourgeoise en ses villes où on ne bût en vaisselle d’argent ». Ce témoignage naïf est un plus éclatant hommage à sa mémoire que toutes les splendeurs de sa cour et les magnificences de l’ordre de la Toison d’or, dont on sait qu’il fut le fondateur. Il mourut à Bruges d’une esquinancie, en 1467, à l’âge de soixante et onze ans ; son corps fut transporté plus tard aux Chartreux de Dijon. Peu de princes furent aussi profondément et aussi justement regrettés.

Charles le Téméraire, quoique son règne n’ait commencé qu’en 1467, suivait depuis plusieurs années une ligne de conduite indépendante et souvent même opposée aux intentions pacifiques de son père. Sa participation à la ligue du Bien public, ses violents démêlés avec Louis XI étaient certainement peu dans les vues de Philippe, déjà vieux et ami de la paix.

Aux qualités héréditaires de sa race, courage, franchise, générosité, Charles joignait des défauts qui lui étaient personnels et qui rendaient bien périlleuse la lutte engagée avec Louis, le plus habile politique de son temps. Charles était arrogant, présomptueux, plein de fougue et d’obstination, incapable de pressentir les pièges qui lui étaient tendus, plus incapable encore de tourner une difficulté ou de recourir à l’adresse pour sortir d’un mauvais pas. Il épuisa toute son énergie, toutes les ressources de sa puissance à lutter contre les embarras que lui suscitait le roi de France sans paraître soupçonner de quelle main parlaient les coups qui lui étaient portés.

Les révoltes de Gand et de Liège, victorieusement, mais trop cruellement réprimées, lui aliénaient les populations et ne lui laissaient pas la libre disposition de ses forces. Il eut en son pouvoir, à Péronne, son rival, convaincu de complicité avec les Liégeois rebelles, et au bout de trois jours il lui rendit sa liberté, se contentant d’une promesse de neutralité qu’il fut le seul à prendre au sérieux. Il s’empara des comtés de Ferrette et de Brisgau, sans se soucier de la rupture avec la Suisse, qui en était la conséquence inévitable ; l’hostilité de ce voisinage l’entraîna dans une guerre dont il n’entrevit pas un seul instant la portée. Battu à Granson, il lui fallut à tout prix une revanche, et la journée de Morat changea en désastre ce qui pouvait n’être qu’un échec. L’importance qu’il avait toujours donnée aux prestiges de l’apparat, aux formes extérieures de la puissance, devait rendre mortel l’affront que ses armes avaient reçu ; il le comprit bien, et on le vit périr de mélancolie et de chagrin plus encore que de sa dernière défaite sous les murs de Nancy.

Il avait été mortellement frappé le 5 janvier 1477 ; son corps, à demi engagé dans un étang glacé, ne fut reconnu que deux jours après à la longueur de ses ongles et à une cicatrice résultant d’une blessure qu’il avait reçue à la bataille de Montlhéry, en 1465. Avec lui finit le duché héréditaire de Bourgogne, dont les possesseurs avaient cinq duchés à hauts fleurons, quinze comtés d’ancienne érection et un nombre infini d’autres seigneuries, marchaient immédiatement après les rois, comme premiers ducs de la chrétienté, et recevaient des princes étrangers le titre de grands-ducs d’Occident.

Portrait de Louis XIV en costume de sacre par Hyacinthe Rigaud en 1701.Charles laissait pour unique héritière une fille, la princesse Marie. Louis XI s’en fit d’abord donner la tutelle ; puis, à force de séductions et de promesses, il obtint du parlement de Dijon la réunion du duché à la couronne de France. Une alliance du dauphin avec Marie aurait légitimé cette usurpation. Louis ne voulut pas y consentir ; c’est la faute la plus capitale qu’on puisse reprocher à sa politique ; d’ailleurs ce mariage eût été trop disproportionné, le jeune dauphin ayant à peine huit ans et Marie de Bourgogne étant dans sa vingt et unième année. L’archiduc Maximilien, étant devenu l’époux de la fille de Charles le Téméraire, revendiqua les droits de sa femme et- remit en question l’unité française, qu’il eût été si facile de constituer.

Mais ce qui échappa à la perspicacité des politiques, l’instinct public le comprit et la force des choses l’amena ; le lien qui venait de rattacher la Bourgogne à la France, quelque irrégulier qu’il fût, ne devait plus être rompu. Malgré les alternatives d’une longue lutte, malgré le péril qu’entretenait pour les frontières de la province le voisinage de la Comté demeurée en la possession de l’étranger, malgré l’espèce de consécration que donnait aux droits de Maximilien sa domination sur les Flandres, la Bourgogne demeura française, et ses destinées restent dès lors indissolublement unies à celles de la patrie commune. Le titre de duc de Bourgogne reste attaché à l’héritier direct de la couronne, et chaque jour, malgré la fidélité des souvenirs aux traditions de l’histoire provinciale, la similitude de langage, l’affinité des mœurs, la communauté des intérêts. rend plus complète la fusion des deux États.

La lutte de François Ier et de Charles-Quint, les guerres religieuses et les troubles de la Fronde sont les épisodes les plus marquants qui se rattachent à la période française des annales bourguignonne s. Les populations furent admirables de dévouement et d’héroïsme pendant la première de ces crises, luttant à la fois contre les Espagnols, l’Autriche et les Comtois, donnant par souscriptions volontaires des sommes considérables, outre celles votées par les états pour la rançon de l’illustre prisonnier de Pavie, et refusant d’accéder à la condition du traité de Madrid, qui cédait la Bourgogne à Charles-Quint, représentant à ce sujet qu’ayant par les droits de la couronne et par leur choix des maîtres nécessaires, il ne dépendait pas de la volonté du monarque de les céder ainsi. La noblesse ajouta que si le roi l’abandonnait, elfe prendrait le parti extrême de se défendre et de s’affranchir de toutes sortes de domination, et qu’elle répandrait pour ce dessein jusqu’à la dernière goutte de son sang.

La fierté de ces sentiments, puisés dans les glorieux souvenirs du passé, arrêta longtemps les progrès du protestantisme ; la Bourgogne voulait être la dernière à souffrir sur son sol une nouvelle religion, puisqu’elle avait été chrétienne avant tous les Français, qui ne l’étaient devenus que par le mariage de leur princesse Clotilde avec le fondateur de la monarchie française. Les fléaux que déchaîna le fanatisme sur tant d’autres provinces furent évités jusqu’à la déplorable organisation des ligues catholiques, et, grâce à l’intervention du digne président Jeannin, le plus grand nombre des villes de Bourgogne ne fut pas ensanglanté par les massacres de la Saint-Barthélemy. Cependant l’obstination de Mayenne prolongea jusqu’en 1595 les calamités de la guerre civile, à laquelle mit fin seulement la victoire remportée par Henri IV sur les Espagnols à Fontaine-Française. Le 6 juin de cette année, ce monarque fit son entrée à Dijon ; il assista à l’élection du maire, jura de respecter les privilèges de la ville, et se contenta de changer quelques magistrats municipaux et de faire fermer le collège des jésuites.

Les dernières épreuves que la Bourgogne eut à traverser furent, sous Louis XIII, une révolte des vignerons, qui se réunissaient au refrain, Lanturlu, d’une vieille chanson, ce qui fit désigner cette révolte, qui, d’ailleurs, fut bientôt apaisée, sous le nom de Révolte des Lanturlus. Puis vint l’invasion des Impériaux amenée par les révoltes de la noblesse contre Richelieu et le. siège mémorable de Saint-Jean-de-Losne, les agitations de la Fronde, auxquelles l’influence des Condé dans la province donna une certaine importance, mais auxquelles manqua, presque partout l’appui des populations.

Dans les époques plus récentes, la Bourgogne prit sa part de tous les événements heureux on funestes dont la France fut le théâtre. La Révolution de 1789 y fut accueillie comme’ une ère réparatrice, qui devait faire disparaître les tristes abus financiers des derniers règnes, et assurer à chacun les libertés que l’on réclamait depuis longtemps. Les gardes nationales s’y organisèrent avec une rapidité merveilleuse, et, oubliant les vieilles rivalités qui les divisaient sous l’ancien régime, elles s’unirent à celles de la Franche-Comté et demandèrent à marcher ensemble les. premières contre l’ennemi.

Le département de la Côte-d’Or fournit donc un large contingent aux phalanges républicaines qui, après avoir refoulé l’ennemi, promenèrent le drapeau national dans toutes les capitales de l’Europe ; et lorsque, moins heureux, les soldats de Napoléon jar expièrent par les désastres de 1814 et 1815 les triomphes passés, nulle part ils ne trouvèrent un plus vaillant appui et de plus patriotiques sympathies que dans les populations de la Bourgogne. Depuis que les luttes de l’industrie et des arts ont remplacé dans la vie des peuples modernes les vicissitudes des champs de bataille, la Côte-d’Or, grâce au génie de ses habitants et aux richesses de son sol, a su conquérir une importance et une prospérité qui lui permettent de ne rien regretter des gloires et des grandeurs de l’ancienne Bourgogne.

Pendant la néfaste guerre de 1870-71, le département de la Côte-d’Or eut d’autant plus à souffrir de l’invasion allemande que Dijon fut successivement pris pour centre d’opérations et par les Français et par les Allemands. À la nouvelle que le passage des Vosges avait été forcé par l’ennemi et que la ligne de défense de Vesoul à Lure venait d’être abandonnée par le général Cambriels qui s’était retiré à Besançon, la résistance s’organisa à Dijon sous la direction du docteur Lavalle, membre du conseil général, tandis que Garibaldi, autorisé par le gouvernement de la défense nationale, formait un corps d’armée composé de quatre brigades dont il confiait le commandement à Bossack, Marie, Menotti et Ricciotti. Le général de Werder, commandant du 4e corps allemand, marchait sur Dijon et, le 27 octobre 1870, repoussait, à Talmay, les troupes françaises commandées par Lavalle, qui ne se composaient guère que de quelques bataillons de mobiles et de gardes nationaux.

Pendant ce temps, Garibaldi se portait sur la droite du côté de Poutailler pour essayer de rejoindre les troupes du général Cambriels. L’ennemi, ayant passé la Saône à Gray, se porta sur Dijon ; les troupes qui s’opposaient à sa marche furent repoussées à la bifurcation des routes de Gray à Dijon et à Auxonne. À la suite d’un nouveau combat livré à Saint-Apollinaire le 30 octobre, les Allemands entrèrent à Dijon. Garibaldi qui avait en vain essayé d’accourir à la défense de la ville, ce qu’il ne put faire, parce que le pont de Pontailler avait été rompu, voulut du moins protéger les autres grandes villes de la Côte-d’Or ; il fit occuper Saint-Jean-de-Losne et Seurre et lui-même revint à Dôle. Le 2 novembre l’ennemi, maître de Dijon, marchait sur Beaune et Chagny. Les troupes de Garibaldi gardèrent les rives de l’Oignon et de la Saône ; le 5 novembre, elles repoussèrent l’ennemi près de Saint-Jean-de-Losne.

A la suite de cet échec, les Allemands revinrent à Dijon pour s’y reformer et firent de cette ville le centre de leurs opérations dans l’Est. Ils reprirent bientôt l’offensive et repoussèrent d’abord, le 30 novembre, les troupes de Garibaldi ; mais le 3 décembre, celui-ci, appuyé parle général Cremer, les battit complètement à Arnay-le-Duc et à Bligny-sur-Ouche, les rejetant presque sous les murs de Dijon. Cette double victoire, qui empêchait l’ennemi de dépasser Chagny, sauva le reste du département et peut-être même Lyon. Le général de Werder revint une fois encore à Dijon pour reposer ses troupes et les reformer ; mais les événements avaient marché Au nord-est ; il dut envoyer ses troupes sous les murs de Belfort qui se défendait avec acharnement, et il ne laissa à Dijon que le général Glumer avec deux bataillons et à Semur une brigade badoise. Ces troupes furent elles-mêmes bientôt rappelées et, le 6 janvier 1871, Garibaldi rentrait à Dijon, y organisait de nouveau la défense ; il était temps, car une armée de 70 000 AIlemands s’avançait pour empêcher Bourbaki de se porter à la défense de Belfort.

Trois corps de cette armée furent successivement attaqués et battus dans les journées des 21, 22 et 23 janvier, par le général Pélissier et Garibaldi, d’abord à Fontaine et à Talant, puis à Plombières, à Daix, à Hauteville et au Val-de-Suzon. D’habiles dispositions permettaient d’espérer des succès plus décisifs lorsque, le 29 janvier, on apprit la capitulation de Paris et la notification de l’armistice. Par une fatalité encore mal expliquée, les départements de la Côte-d’Or, du Doubs et du Jura n’étaient pas compris dans cet armistice ; l’armée de l’Est était refoulée vers la Suisse, la continuation de la lutte devenait impossible, il fallut se résigner à abandonner Dijon qui ne fut évacué par l’ennemi qu’après la signature des préliminaires de paix. Quant à Garibaldi, qui le 28 janvier était parvenu à réunir à Dijon près de 50 000 hommes et 90 canons, il avait agi si habilement et avec tant de promptitude qu’il put opérer sa retraite sans rien perdre de son matériel. L’invasion allemande avait coûté au département de la Côte-d’Or 14 464 427 fr. 29.

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LE MARÉCHAL VAUBAN

Posté par francesca7 le 25 août 2014

 

 
 

 

SA NAISSANCE. SA FAMILLE.

Vauban, avec sa cicatrice ronde sur la joue gauche due à un coup de mousquet reçu lors du siège de Douai[1]. Tableau attribué à Hyacinthe Rigaud.Sébastien Le Prestre de Vauban naquit à Saint-Léger-de-Fourcheret, arrondissement d’Avallon (Yonne), le 15 mai de l’an 1633. Sa famille, du nom de Le Prestre était d’origine nivernaise, et possédait dans la paroisse de Bazoches, en Morvan nivernais, la petite seigneurie de Vauban, dont elle avait pris le nom. Voici, tel qu’il existe sur les registres de la commune, le texte de l’acte de baptême de ce grand homme :

« Le quinzième mai mil six cent trente trois, a esté baptisé Sébastien, fils d’Albin Le Prestre escuyer, et de dame Edmée Corminolt. Le parrain a été maistre Sébastien Clavin, prestre, curé de Cordois; la marraine Judith d’Ehain ; en présence de Georges Bierry. Signé : Clavin, Bierry et Orillard, curé. »

Le père de Vauban, qui n’était qu’un cadet, s’était ruiné dans le service, où il avait laissé le peu de fortune qu’il avait: et la situation très modeste de sa femme n’était pas de nature à modifier cet état de choses. Il y a quelques années, la maison qui vit naître Sébastien Le Prestre était encore à peu près telle qu’elle fût au XVIIe siècle. Elle est aujourd’hui transformée en grange par de regrettables travaux de maçonnerie qui lui ont enlevé tout caractère d’ancienneté. Elle fait face à une petite cour, et se trouve vers l’extrémité de la rue que suit le chemin de Quarré-les-Tombes.. Tel est le berceau de celui qui, plus tard, aimait à se dire le plus pauvre gentilhomme de France. On comprend que, dans de pareilles conditions, l’instruction qu’il reçut fut loin d’être brillante. Elle se borna à quelques notions d’arithmétique, de géométrie, ou plutôt d arpentage. Et c’est avec ce léger bagage, que le jeune Sébastien, ayant atteint sa dix-septième année, et obéissant à je ne sais quelle impulsion secrète et impérieuse, quitta un beau matin sa famille et son pays, traversa à pied une partie de la France et alla prendre du service dans le régiment de Condé qui se trouvait en ce moment sur la frontière des Pays  Bas.

 

CAMPAGNES ET TRAVAUX MILITAIRES

 

illus_bazoches023On était, à cette époque, au beau milieu des troubles de la Fronde. Le prince de Condé, déjà chef d’une faction puissante, négociait, avec l’Espagne, cette fameuse alliance, qui devait en faire, pour la couronne de France, un rebelle si redoutable. C’est dans ce parti que Vauban fit ses premières armes. Il se distingua fort dans l’exécution des fortifications de Clermont en Argonne, et, dès lors, sentit se révéler en lui ces immenses talents, qui devaient en faire un jour le plus célèbre ingénieur que les armées françaises aient produit jusqu’à présent, et que les étrangers nous envient encore, sans avoir pu l’égaler. Dans cette même année (1652), il prit une part active au  de Sainte-Menehould et s’y distingua par une action d’éclat, en passant une rivière à la nage, sous le feu de  l’ennemi. C’est de ce jour que commence, pour Vauban, cette célébrité qui ne fit que grandir sans cesse, pendant sa vie, comme après sa mort, et a fait, de son nom, l’un des plus glorieux des annales militaires.

L’année suivante, en 1653, après avoir brillamment servi, et reçu sa première blessure, dans la campagne qui s’était engagée, il tomba dans une embuscade de l’armée royale, et fut fait prisonnier. Voici en quels termes, un historien fort estimé, M. Camille Rousset rend compte de cet incident, qui, en même temps qu’il montra toute la fière énergie de cette âme d’élite, prouva en quelle haute estime le jeune volontaire de la Fronde était tenu par ses adversaires

« Un jour que Vauban était parti avec trois de ses camarades, ils tombèrent inopinément dans une patrouille de l’armée royale. Ses camarades déjà pris et lui tout prêt de l’être il trouva moyen de se jeter dans un chemin creux, et quand les royaux qui le poursuivaient s’y furent engagés à la file, tout à coup il tourna la tête, les arrêta court, et, tenant en joue leur chef, qui était un lieutenant du régiment de Sainte-Maure, il fit sa capitulation, à savoir qu’il ne serait ni maltraité, ni dépouillé, ni même démonté, de sorte qu’il entra dans le camp royal à cheval, en complet équipage et avec tous les honneurs de là guerre.

L’aventure fit du bruit ; on sut bientôt que le cavalier si avisé n’était autre que le hardi nageur de Saïnte-Menehould. Spirituel et brave, un soldat a deux fois sa réputation faite …»

Mandé par Mazarin, auprès de qui sa réputation était déjà parvenue, Vauban eut avec le cardinal un long entretien, à la suite duquel il fut engagé au service du roi, et envoyé, sous les ordres du plus célèbre ingénieur du temps, le chevalier de Clerville, au second  de Sainte-Menehould, qui fut reprise par les troupes royales, et dont Vauban fut chargé de faire réparer les fortifications.

Les travaux qu’il exécuta, à cette époque, le mirent d’emblée au premier rang des ingénieurs militaires. Dans les années suivantes, il dirigea les s de Stenay, Clermont, Landrecy, Condé, Saint-Guillain et Valenciennes. Dangereusement blessé, devant cette dernière ville, et à Stenay, il n’en continua pas moins de servir et, peu de temps après, il recevait, au  de Montmédy, trois blessures qui mirent ses jours en danger. «  Comme la gazette en parla, dit Fontenelle dans son Eloge de Vauban, on apprit dans son pays ce qu’il était devenu ; car, depuis six ans, qu’il en était parti, il n’y était point retourné et n’avait écrit à personne, et ce fut là la seule manière dont il donna de ses nouvelles. »

Ces brillants succès, qui furent accueillis dans toute la France par un sentiment de surprise et d’admiration, valurent à Vauban le commandement en chef dans les attaques des places de Graveline, d’Ypres, et d’Oudenarde. Il fut occupé, après la paix des Pyrénées, à démolir ou à construire des places, puis, dans la guerre de 1667, il eut la conduite de tous les sièges, que le roi fit en personne, reçut, au  de Donav, un coup de mousquet à la joue, dont il porta toujours la marque glorieuse, que l’habile sculpteur à qui l’on doit la statue de Vauban, à Avallon, a voulu reproduire dans le bronze. En 1668, nous trouvons Vauban occupé à fortifier les places de la Franche Comté, de Flandre et d’Artois. Il est nommé gouverneur de la citadelle de Lille qu’il venait de construire; puis emploie les courts loisirs que lui laisse le traité de paix d’ Aix-la-Chapelle, à achever les fortifications de Flandre, d’Artois, de Provence, de Roussillon et va même jusqu’en Piémont, avec Louvois, pour donner au duc de Savoie des plans et des dessins pour Verue, Verceil et Turin.

Survint la guerre de 1672. Elle ne fut pour Vauban qu’une suite d’actions d’éclat, ou de triomphes dus à son incomparable science d’ingénieur. Le plus célèbre de tous les s qu’il dirigea est incontestablement celui de Maëstricht, en 1673. Ce fut là, dit Fontenelle, qu’il commença à se servir d’une Méthode singulière pour l’attaque des places, qu’il avait imaginée par une longue suite de réflexions et qu’il a depuis toujours pratiquée. Il fit changer de face à cette partie si importante de la guerre. Les fameuses parallèles et les places d’armes parurent au jour. Depuis ce temps, il a toujours inventé sur ce sujet, tantôt les cavaliers de tranchée, tantôt les batteries à ricochet, et il avait porté son art à une telle perfection que, le plus souvent, ce qu’on n’aurait jamais osé espérer devant les places les mieux défendues, il ne perdait pas plus de monde que les assiégés.

« C’était là, ajoute l’auteur que nous venons de citer, c’était là son but principal, la conservation des hommes. Non seulement l’intérêt de la guerre, mais son humanité naturelle les lui rendait chers. Il leur sacrifiait toujours l’éclat d’une conquête plus prompte, et une gloire assez capable de séduire ; et, ce qui est encore plus difficile, quelquefois, il résistait en leur faveur à l’impatience des généraux, et s’exposait aux redoutables discours du courtisan oisif. »

  On ne saurait faire un plus grand éloge de celui qui a été un homme de guerre illustre entre tous. Et ces témoignages de l’histoire donneront toujours à la grandeur de Vauban, un caractère et une élévation tels, que si l’on peut dire que si elle n’a pas encore été atteinte, elle ne sera certainement jamais dépassée.

 Pendant la durée de la paix de Nimègue, Vauban fit le fameux port de Dunkerque, qui est considéré comme son chef d’œuvre, fortifia Strasbourg et Casai, et accomplit d’immenses travaux pour la navigation intérieure.

En 1688, la guerre s’étant rallumée, il fait les sièges de Philisbourg, de Manheim et de Frankendal, prend la place de Mons, en 1691, et l’année suivante devant Namur, conduit le siége de telle sorte, dit un historien du temps, « qu’il prit la place en trente jours de tranchée ouverte, et n’y perdit que 800 hommes, quoiqu’il s’y fut fait cinq actions de vigueur très  considérables ».

Comment suivre, dans les quelques lignes d’une notice biographique, cette existence si remplie, dont chaque jour se compte, pour ainsi dire, par une page glorieuse dans l’histoire ? Mentionnons encore le siége de Charleroy en 1693, la défense de la Basse-Bretagne en 1694 et 1695, le  d’Ath, en 1697, et enfin, le dernier  qu’il conduisit, en 1703, celui du Vieux Brissach, place considérable, qui fut réduite à capituler au bout de treize jours et demi de tranchée ouverte, et qui ne coûta pas 300 hommes.

C’est dans le cours de cette même année que Vauban avait été élevé, contre son gré, à la dignité de maréchal de France. « Ce titre, dit Fontenelle, produisit les inconvénients qu’il avait prévus. Il demeura deux ans inutile, ne pouvant être employé avec des généraux du même rang, et faisant naître des embarras contraires au bien du service. Je l’ai souvent entendu s’en plaindre; il protestait que pour l’intérêt de l’Etat, il aurait foulé aux pieds la dignité avec joie.

En ce qui touche les travaux militaires de Vauban, il nous reste à parier de ses écrits sur l’art de la guerre et des fortifications. L’œuvre qu’il a laissée est immense, admirable ; c’est une création complète en ce qui concerne les travaux d’art, l’attaque et la défense des places fortes, la discipline militaire, les campements, etc… Nous n’avons ni la compétence, ni la place nécessaire pour analyser et nous étendre davantage sur ces travaux, qui, par leur méthode et leur clarté, séduisent et attachent les esprits même les plus étrangers à cette science. Qu’il nous soit permis cependant d’insister quelque peu sur un Mémoire présenté au roi par Vauban, mémoire auquel nos derniers désastres ne donnent que malheureusement trop d’actualité.

Il est intitulé : « L’importance dont Paris est à la France  et le soin que l’on doit prendre de sa conservation. »

Vauban demande que l’on fortifie Paris, par l’exécution de travaux de défense et d’approvisionnements, tels que cette ville devienne imprenable en cas d’invasion. « Paris capitale de la France, dit-il est le vrai cœur du royaume, la mère commune des Français, et l’abrégé de la France, par qui tous les peuples de ce grand Etat subsistent, et de qui le royaume ne saurait se passer sans déchoir considérablement de sa grandeur. »

Ne dirait-on  pas que ces lignes ont été écrites de nos jours, pour servir de leçon à certains gens ? Mais continuons :

LE MARÉCHAL VAUBAN dans FONDATEURS - PATRIMOINE 170px-Conduite_des_sieges« On ne saurait, ajoute-t-il, avoir trop d’égards pour Paris, ni trop prendre de précautions pour le conserver, d’autant plus que si l’ennemi avait forcé nos frontières, battu et dissipé nos armées, et enfin pénétré le dedans du royaume ce qui est très difficile, je l’avoue, mais non pas impossible, il ne faut pas douter qu’il ne fît tous ses efforts pour se rendre maître de cette capitale, ou du moins la ruiner de fond en comble. L’usage des bombes s’est rendu si familier et si terrible dans ces derniers temps, que l’on peut le considérer comme un moyen très sûr pour la réduire à tout ce que l’ennemi voudra avec une armée assez médiocre, toutes les fois qu’il ne sera question que de se mettre à portée de la bombarder. Or, il est très visible que ce malheur serait l’un des plus grands qui peut jamais arriver à ce royaume, et que, quelque-chose que l’on fût faire pour le rétablir, il ne s’en relèverait de longtemps et peut-être jamais.

J’avoue que le zèle de la patrie et le bien de l’Etat m’y a fait souvent songer. »

 N’y a-t-il pas dans ces lignes écrites, il y a plus de deux siècles et demi, et que l’on dirait d’hier, dans ces lignes qu’on ne peut lire aujourd’hui sans une poignante émotion, n’y a-t-il pas là comme une intuition de l’avenir, comme de secrets pressentiments, qui seuls peuvent expliquer, au milieu des grandeurs et des triomphes, les tristesses et les anxiétés qui tourmentaient l’âme du grand patriote?

En même- temps qu’il trace les plans destinés à pourvoir à la sûreté de la grande ville, à la garnir de munitions de guerre et de magasins de poudre, Vauban songe à la création de cases et magasins à blé. Pour lui, l’utilité de ces établissements ne se fait pas sentir seulement pour les temps de guerre; elle existe aussi et surtout, pour les temps de paix. Ici, comme dans toutes les œuvres de Vauban, nous retrouvons la marque de sa constante sollicitude pour les pauvres. L’auteur de la Dîme royale et de tant de projets de réforme, inspirés par un profond amour du peuple, se révèle tout entier dans ces quelques ligues :

Ces précautions (emmagasinage de blé, de légumes et d avoine) seraient d’autant plus utiles que, dans les chères années, le peuple à qui l’on pourrait vendre de ces grains à un prix modique s’en trouverait soulagé, et qu’aux environs de Paris, à quarante lieues à la ronde, et le long des rivières navigables, les blés s’y vendraient toujours à un prix raisonnable, dans le temps que la grande abondance les fait donner à vil prix, à cause des remplacements à faire dans les magasins ; ainsi les fermiers seraient mieux en état de payer leurs maîtres qui perdraient moins sur leurs fermes, et le pauvre peuple se trouverait soulagé dans ses misères. »

Cette pensée si touchante, qui vient d’une façon si simple et si spontanée sous la plume de l’homme de guerre, dans le cours même d’un travail où il semblerait devoir être complètement absorbé par un ordre d’idées bien différent, cette pensée nous sert de transition toute naturelle pour passer de Vauban, grand général et grand ingénieur à Vauban, grand économiste et grand réformateur.

SOURCE : texte signé : EM. G.   Almanach Historique et Statistique de l’Yonne- édition de l’année 1874- 

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A la table du Moyen Âge

Posté par francesca7 le 13 juin 2014

 

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Le modèle alimentaire monastique.

Les oratores sont divisés en deux catégories non astreints au même règles alimentaires : le clergé séculier et le clergé régulier. Les religieux séculiers, curés de paroisse prêtres et évêques sont appelés ainsi car ils vivent « dans le siècle »en contact avec la population, peuvent manger de la viande (sauf les jours  maigres) Les moines et moniales qui suivent une règle (les réguliers) doivent s’en abstenir ayant fait vœu de pauvreté de chasteté et d’obéissance car la viande symbolise la richesse, le pouvoir la force brutale, la sexualité, celle-ci est remplacée par le poisson. Mais des exceptions sont faites en cas de maladie ou de faiblesse Les ermites se nourrissent de plantes sauvages crues, signifiant par là leur rupture avec la  civilisation. 

La règle de st-Benoit respectée pendant cinq siècles stipule que les moines ne doivent prendre que deux repas par jour. Le premier vers midi se compose d’un potage de fèves et de ragoût de légumes, parfois des fruits des œufs du fromage, du pain et du vin. Le second repas, après l’office des vêpres ,est fait des restes de midi. Les jours de jeûnes il n’y a qu’un seul repas vers trois heures de l’après-midi. Au XI e siècle la rigueur imposée se relâche et une collation est autorisée dans la soirée. 

Les repas des paysans et autres travailleurs

Les laboratores regroupent les pauvres des campagnes et des villes, les artisans et petits commerçants, les paysans, mais aussi les plus riches de leur corporation dont le régime alimentaire est à l’évidence plus abondant et plus varié. Le repas paysan repose sur trois éléments de base : le pain, le vin et le « companage » (ce qui accompagne le pain). L’usage de tremper de larges tranches de pain (appelées soupes) dans le vin est largement répandu dans les campagnes. Galettes et bouillies figurent également au menu. Les céréales dont se nourrissent les paysans, après la part due au seigneur local, est pour

l’essentiel des variétés secondaires : seigle, orge, épeautre. 

Les potagers familiaux, entretenus par les femmes, les enfants et les vieillards produisent choux, raves, poireaux, navets épinards, panais aulx, oignons. Les légumes secs (fèves, lentilles pois chiches, vesces et gesses consommées en platées) représentent un bon apport nutritionnel complétant les céréales. La nature offre les cueillettes sauvages, asperges, cresson, fruits, herbes aromatiques, champignons, baies fruits secs (noisettes, noix…). 

Certaines périodes du Moyen Âge ont vu les humbles consommer de grandes quantités de viandes de porc, de brebis, de chèvre et de bovins (consommés âgés lorsqu’ils ne sont plus productifs). Leur viande est mangée fraîche ou en salaison, toujours bouillie. La volaille est réservée aux repas de fête, aux malades et surtout à l’approvisionnement des seigneurs.

 La précarité alimentaire

Le pain étant à la base de l’alimentation paysanne, une mauvaise récolte de céréales due aux conditions climatiques (sècheresse, pluie diluviennes,froid et gel) mais aussi aux guerres ont été à l’origine des grandes famines et des nombreuses disettes locales dont les pauvres et les paysans eurent à souffrir. Lorsque le grain vient à manquer on a recours à des substituts : la farine peut être en partie remplacée par des fèves ou des châtaignes moulues. Mais dans les situations extrêmes, il fallait bien, pour survivre manger tout ce

qui tombait sous la main, animaux sauvages, racines, rats et même de la chair humaine (ce fait est relaté autour de l’an mil par le moine Raoul Glaber).

 Le pain, aliment vital

Le froment, en raison de sa forte teneur en gluten produit un pain bien levé dont la mie blanche constitue un aliment de distinction sociale réservé aux nobles, tandis que les autres classes de la société doivent se contenter de pain à forte teneur en seigle, avoine et orge. Les paysans mangeaient leur pain jusqu’à la dernière miette, pas de gaspillage! On trempait la soupe (constituée de tranches de pain sur lesquelles on versait un bouillon de légumes, parfois de viande). De cette habitude est née l’expression « être trempé comme une soupe ». Le pain a également une signification chrétienne car il représente « le corps du christ » Plus tard apparaîtra le maïs dont les Italiens feront une spécialité : la polenta. Toujours en Italie, un document d’archives daté de 997 mentionne une fouace ou galette appelée pizza! les pâtes sèches, à base de semoule de blé dur, sont consommés au Moyen Âge ainsi que les pâtes fraiches ou farcies (à base de blé tendre), connues depuis l’antiquité. 

Lait, beurre et fromages

Le lait, très peu consommé par les couches aisées de la société (car il a un apriori négatif) est l’aliment du paysan du valet et de l’enfant. De plus les médecins médiévaux l’accusent d’affaiblir les adultes, de ronger les dents, voire de provoquer la lèpre! C’est donc essentiellement sous la forme de fromages de vache de chèvres ou de brebis qu’il est consommé. Certaines abbayes fabriqueront à grande échelle des fromages de terroir (brie, maroille, roquefort) très appréciés des rois. Le « formage » terme utilisé au cours du Moyen Âge vient du latin forma qui désigne la forme du récipient dans lequel était moulé le caillé. Le beurre est surtout utilisé dans les régions où abonde la production du lait, d’autres matières grasses comme le lard et le saindoux sont plus courants en campagne. 

téléchargement (7)Pendant longtemps, le sel était remplacé par les épices dans les plats, et le sucre très rare, par le miel, denrée précieuse durant tout le Moyen Âge.

 La cuisine est une alchimie particulièrement riche à ces époques médiévales, dont nous avons peut-être une certaine nostalgie en recherchant les variétés de fruits et de légumes anciens et les recettes de grand-mères. On peut y voir l’expression d’un besoin plus profond : celui de retrouver, dans notre société moderne traversée de constantes mutations, des racines et des repères stables. Connaître l’alimentation et la cuisine du Moyen Âge permet de découvrir de multiples autres aspects de la société de cette époque.

Sources : A la table des seigneurs, des moines et des paysans du Moyen Age de Eric Birlouez. Editions Ouest France, 2009.

 

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La prise de Cholet

Posté par francesca7 le 8 avril 2014

397px-Cholet_-_Menhir_de_la_Garde_(1)La nouvelle de la levée arrive à Cholet un jour de marché, le samedi 2 mars 1793. Brouhaha, tumulte. Le lendemain, cinq ou six jeunes gens réunis à l’auberge déclarent : Si nous devons servir, nous servirons dans le pays ; nous refusons d’aller aux frontières. Déjà des bousculades se produisent, des coups s’échangent ; des coups de poing en attendant les coups de fusil, ce qui ne va pas tarder. A Beaupréau, la garde nationale, voyant ses chefs menacés, tire ; trois des mutins tombent frappés à mort ; huit sont blessés, dont plusieurs mortellement. Premier sang versé dans la grande lutte qui va mettre aux prises la Vendée et la Convention. Il en coulera des torrents.
Le soulèvement s’est opéré sans chef. Quelques jours plus tard, déjà des chefs apparaissent, des chefs du cru. Voici Perdriau, caporal sous l’Ancien Régime ; il donne les premières leçons à un autre chef qui va faire parler de lui, Cathelineau. Cathelineau, voiturier au Pin-en-Mauge. 
A Chanzeaux, c’est Forest qui prend la tête des rebelles. Il avait suivi dans l’émigration son maître, le marquis de Chanzeaux, et était rentré après la campagne de 1792. C’est Tonnelet, garde-chasse de Maulévrier, comme Stofflet. Demain, ce sera Stofflet lui-même.
Cependant, la colonne paysanne, fière de son succès, s’est précipitée sur les petits bourgs de Begrolles et du May. Les jeunes gens des paroisses limitrophes y sont déjà rassemblés ; ils ont copieusement pillé les maisons des patriotes. Jallais est submergé. Toute la contrée des Mauges se dresse contre la conscription. Les fonctionnaires qui veulent faire respecter la loi sont roués de coups. Le citoyen Duval, procureur-syndic du district de Saint-Florent, monté sur une chaise, essaie de calmer les jeunes gens. Il n’a pas achevé sa harangue qu’il se voit assailli, souffleté, jeté à terre. Le surlendemain, il remonte sur sa chaise ; il en est aussitôt renversé.
Que peuvent les cent cinquante gardes nationaux de Saint-Florent contre six mille manifestants ?
Au 12 mars, toutes les petits villes sont emportées ; bien peu ont échappé ; il reste debout Chemillé et Montjean. Montjean tombera sans fracas, le 14. Chalonnes ne sera pris que le 22 mars par Stofflet ; sa garnison saisie de panique ne combattra même pas, rendra ses armes.

La prise de Chemillé a été célébrée par certains historiens comme un événement extraordinaire. La bande qui s’est emparée de Jallais marche sur cette importante petite cité. Elle a conquis à Chalonnes le fameux canon Je Missionnaire qui va jouer désormais aux yeux des paysans le rôle de fétiche. Le canon prestigieux s’avance sérieusement encadré. Au premier rang de la troupe, les prisonniers ; parmi eux, un curé intrus, un juge de paix.
Perdriau et Cathelineau commandent la colonne. Un certain Bruneau, dit Six-Sous, ancien artilleur de marine, tourne une couleuvrine dont il vient de s’emparer contre les gardes nationaux. Un autre homme contribue à la victoire, l’abbé Barbotin, vicaire au Puy-la-Garde ; il amène ses paroissiens. rudes gars qui ne craignent point les coups. Le Vexilla Regis retentit au-dessus de la mêlée. Le capitaine Poirier, qui commande les gardes nationaux, menacé d’être pris entre deux feux, n’en lutte pas moins désespérément.
— A la baïonnette ! crie Cathelineau.
La baïonnette du Vendéen, c’est la faux emmanchée à revers, c’est le couteau de pressoir au bout d’un bâton, armes terribles et dont le seul aspect épouvante. Le choc est dur un grand nombre de Vendéens tombent, aux abords de la ville, mais Chemillé vaut bien de tels sacrifices.

prise de cholet en 1793
La prise de Chemillé fait prévoir la marche sur Cholet. Le même jour, une masse de cinq à six mille hommes exaltés par Stofflet et Barbotin se dirige sur la capitale du pays des tisserands. Stofflet qui a vu, plein de colère, les gardes nationaux enlever du château de Maulévrier dont il a la garde, douze canons offerts au comte Colbert de Maulévrier par la République de Gênes, vient d’entrer dans la bagarre. Il ne restera pas au second plan.
L’armée s’avance sans ordre, à plein chemin, débordant sur les champs. En cours de route, on récite le chapelet, on chante des cantiques. La garnison de Cholet est commandée par le marquis de Beauvau, le seul noble des Mauges rallié à la Révolution. Il attend dans le manoir de Bois-Grolleau l’arrivée des Vendéens. Il comprend les impossibilités de victoire, quand il aperçoit à l’horizon la masse sombre de l’ennemi. Il veut battre en retraite il n’est plus temps précipitée en avant par son feu intérieur, l’armee vendéenne s’avance si rapidement qu’elle encercle de tous côtés les 400 hommes du marquis de Beauvau.
Quelques citoyens s’enferment dans le château, résolus à lutter jusqu’à la mort. Stofflet les somme de se rendre rendez vos armes et vous aurez la vie sauve. Ils préfèrent périr jusqu’au dernier. C’est la victoire c’est la joie délirante. Le tocsin de Notre-Dame et celui de Saint-Pierre appellent au pillage les communes voisines. Les paysans bourrent leurs poches d’assignats. Parmi les trophées, un canon dont les détonations les avaient, durant la bataille, fortement impressionnés. Ils le nomment le Brutal, en raison de son bruit et le placent à côté du Missionnaire. L’occupation de Cholet durera jusqu’au 15 octobre 1793.

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