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PUNIR AU 17è SIECLE

Posté par francesca7 le 13 septembre 2015

 

Punir

Il y a bien des façons de punir: carcan, brodequins, mutilations, fouet, pendaison, décapitation, flétrissure, galères; le choix de manque pas. Le carcan était un collier métallique ou en bois servant à attacher un condamné. Surtout utilisé pour les petits criminels, on dispose le malfrat en public, pendant quelques heures, exposé à l’humiliation publique. Le fouet est également très répandu et populaire. Tant utilisé pour les soldats que les citoyens, on prévoit habituellement un trajet marqué d’arrêts où le bourreau chaque fois inflige 6 ou 7 coups au condamné, dépendamment de la gravité du crime commis.

 Sans titre

La flétrissure, une des multiples méthodes de châtiment non-mortels. Un des bourreaux applique le fer tandis qu’un autre agite une poignée de verge, appelée communément une « bourrée », d’où s’inspire le mot « bourreau ».

La flétrissure est le fait de marquer au fer rouge un condamné. Sous le régime français, on a l’habitude de marquer l’épaule ou la joue d’une fleur de Lis. On inscrit un « V » pour les voleurs, et « W »pour un voleur récidiviste. Nul besoin de mentionner que ces marques indélébiles changent définitivement la vie des affligés, notamment quand la flétrissure est au visage… et ça c’est quand la plaie ne s’infecte pas, ce qui est rare.

Après les avoir marqués des lettres « GAL » avec le fer, on expédie parfois les condamnés aux galères. Cette peine est une des pires imaginables, les chances d’y survivre étant quasi nulles. Les galériens sont expédiés en France, débarquent au port PUNIR AU 17è SIECLE dans AUX SIECLES DERNIERS Toulon-_Bagnardde La Rochelle ou autres, doivent traverser à pied une partie de la France, attachés à la chaîne des forçats, subissant les coups des gardiens en plus des injures et insultes des passants, pour enfin parvenir à Marseille. De là, embarqués à bord de ces galères glauques, propulsés par toute une force humaine asservie et maltraitée, ils sont nus jusqu’à la taille et enchaînés à leur banc jour et nuit, sous la menace constante du fouet. « À leur apogée, vers 1680, les galères du roi utilisaient un total de 7000 rameurs. » Considérées comme trop coûteuses et peu efficaces, les galères sont abolies en 1749, et remplacées par le « bagne », un établissement pénitentiaire de travaux forcés, alors appelés « galères sèches ».

Que faire quand, par exemple, un condamné est en fuite? La peine est-elle abandonnée? Non. En aucun cas la peine ne peut être abandonnée, car ce serait là montrer que des crimes demeurent impunis. En l’absence des criminels, le châtiment s’effectue « par effigie ». La méthode consiste à peindre une représentation du condamné et d’appliquer le châtiment à cette image. Une scène qui devait, on se l’imagine bien, être légèrement moins spectaculaire que celle d’un supplicié bien vivant.

Publié dans AUX SIECLES DERNIERS, HUMEUR DES ANCETRES | Pas de Commentaires »

UN SPECTRE NOCTURNE EN MOSELLE

Posté par francesca7 le 25 octobre 2014

 

téléchargement (6)La très ancienne petite ville de Boulay (BolagiumBolaBolchen), en Moselle, fut de temps immémorial le théâtre de nombreuses apparitions d’êtres surnaturels, et les revenants s’y donnaient volontiers rendez-vous, notamment la Massue. Dans le premier quart du XIXe siècle, on recueillit les récits de quantité de faits étranges qui s’y étaient passés et s’y passaient encore journellement à cette époque.

Un de ces spectres nocturnes était la Massue ou Masse. La Massue apparaissait sous la forme d’une bête ayant la taille d’un veau à très longs poils de couleur sombre, sous lesquels disparaissait la tête dont on n’apercevait que les yeux gros et flamboyants et deux pointes d’oreilles émergeant de l’épaisse fourrure. On ne distinguait pas les pattes, et cette espèce d’être présentait l’apparence d’une masse informe, d’où lui était probablement venu son nom, soit du français masse, soit de l’allemand massiv. La Massue traînait des chaînes dont on entendait le cliquetis ; parfois elle passait sans bruit, et si elle venait à toucher quelqu’un en se serrant contre lui, son contact ne semblait que le frôlement d’un vent léger. Cette bête immonde se présentait tout à coup, sortant de l’obscurité, sans qu’on pût voir d’où elle venait. Elle semblait affectionner certaines rues de la ville.

C’est ainsi qu’on l’a vue le plus souvent dans la rue du Four Banal (Banngasse), la rue de la Halle (Hallegasse) et la rue de l’Eglise (Kirchegasse) d’où peut-être elle se rendait au cimetière ou, plus vraisemblablement par la rue du Pressoir (Keltergasse) et la rue de Saint-Avold, vers un lieu situé hors de la ville et appelé Stromerich. Cette bête n’a d’ailleurs jamais, de son propre mouvement, fait de mal à personne, se permettant seulement de barrer le passage au bon bourgeois attardé en s’asseyant sur son chemin à la façon des ours, et fixant sur lui ses yeux ronds et luisants ; une fois même elle empêcha un vol de s’exécuter.

Le témoignage d’une ancienne maîtresse d’école à Boulay vers la fin du XVIIIe siècle, Mlle Barbarat, nous fournit des détails quant à l’existence de cette apparition. « Une soirée, assez tard, je sortais avec ma sœur de nos écuries, et, pour rentrer chez nous, il fallait traverser la rue de la Halle. Voilà la Massue qui se présente : elle montait la rue. Ma sœur me crie : Retire-toi ! J’ai cru qu’elle voulait badiner ; mais tout à coup cette bête s’est trouvée près de moi et, en passant, s’est serrée contre mes jupons sans que je la sente. Elle était plus noire que grise et de la grosseur d’un chien dogue. C’est en 1770 que cela m’est arrivé. Depuis ma sœur l’a vue à cette même place à trois reprises différentes. M. Lefort, allant un soir chez M. de Villers et suivant la rue du Four Banal, la vit sortir du coin derrière la maison Coignard et venir au devant de lui.

« Au commencement de la Révolution, un garçon de Boulay faisait la cour à une fille qui habitait la grande maison située rue du Four Banal au-dessus de celle de M. Limbourg et se rendait chez elle. C’était à l’entrée de la nuit et plusieurs personnes étaient encore à prendre le frais du soir sur la porte. Ce garçon vit la Massue semblant sortir du cul-de-sac qui est derrière la maison Rimmel. Il courut frapper à une porte en criant : Vite ! Vite ! Ouvrez-moi. On ouvrit la porte et, se précipitant dans l’allée, il y tomba en faiblesse. C’était la seconde fois qu’il voyait cette bête. Un soir, le boucher qui demeurait alors dans la même rue sortit pour aller à sa boutique. Mais il revint aussitôt, les cheveux hérissés, et dit qu’il venait de voir une effroyable bête qui en gardait l’entrée. C’était la Massue.

« Un jour de l’hiver 1760, le vent avait renversé un gros arbre dans la forêt de Crombesch (défrichée depuis la Révolution). Des pauvres femmes, qui faisaient métier d’aller chercher des branches sèches au bois pour leur ménage, complotèrent d’aller la nuit suivante en couper en fraude à cet arbre. Mais il fallait s’assurer que le fortier (garde-forestier) n’était pas en tournée. Elles furent regarder à la fenêtre de sa cuisine sur le derrière de sa maison, située rue du Four Banal, et le virent assis près du feu. Mais quand elles s’en retournèrent pour aller accomplir leur vol, la Massue était là qui leur barrait le chemin. Quand elles voulaient passer d’un côté, la Massue s’y trouvait ; si elles essayaient de prendre l’autre côté, elle y était encore, et ce manège dura jusqu’à quatre heures du matin où la Massue s’éloigna ; mais l’envie et l’heure de mal faire étaient parties aussi !

« Un soir de l’année 1700, des garçons de Boulay se promenaient sur la place. La Massue est venue passer près d’eux ayant à peu près l’apparence d’un petit cheval. L’un d’eux, nommé Ritz, sauta dessus ; mais il tomba aussitôt à terre où il resta raide mort. Une nuit, un homme passait en Muehlenbach (lieu situé au sortir de la ville entre la route de Metz et celle de Roupeldange), avec une hotte sur le dos. La Massue le suivit et sauta sur sa hotte. Il la porta ainsi bien loin, mais il tombait sous le poids. Mlle Bettinger, qui habitait aussi la rue du Four Banal, vit, un soir de l’été 1820, une bête de grande taille avec des yeux étincelants s’arrêter vis-à-vis ses fenêtres. Elle le raconta le lendemain à ses voisins. Mme Weiss, un soir de la même année, et plusieurs personnes, étaient assises sur les escaliers d’une maison située vers le bout de la même rue d’où l’on peut voir la place. Tout à coup elles entendirent un bruit de chaînes et, en même temps, virent la Massue apparaître, comme si elle sortait de terre. Un petit chien la suivait en ne cessant d’aboyer. Sans s’en inquiéter, la bête descendit jusqu’au bout de la place et puis revint sur ses pas. En voyant cela toutes les personnes qui l’observaient se sauvèrent, et l’une d’elles, qui avait un plus long trajet à faire que les autres, demanda de l’eau bénite pour s’assurer contre les rencontres du chemin.

« Une soirée, Colin Coignard revenait de route avec sa charrette. Arrivé au fossé de Barenbach, derrière la montagne, il s’y trouva tout à coup embourbé et la Massue était près de lui qui le regardait. Son neveu alla chercher des chevaux pour le tirer de ce mauvais pas et quand, vers minuit seulement, ils arrivèrent près de la ville, au ruisseau de Muehlenbach, la Massue était dans le ruisseau qui dlatschait (de l’allemand flatsehen, barboter dans l’eau) et tapotait dans l’eau. Elle les accompagna jusque dans l’intérieur de la ville ».

Enfin voici le témoignage d’un homme fort honorable qui habitait Boulay au commencement du XIXe siècle : ancien professeur à Boulay, il avait été, avant la Révolution, précepteur dans la maison du comte de Clermont Mont-Saint-Jean, dans le midi de la France. Il écrit, dans une note adressée au comte de Bony de la Vergne : « Hier, 29 janvier 1823, à six heures du soir sonnées à l’hôtel de ville et sur le point de sonner à la paroisse, je sortais de chez nous pour aller donner une leçon dans la rue du Pressoir. J’apercevais déjà les lumières de vos fenêtres et je marchais sur le haut du pavé lorsque j’entendis un bruit de chaînes à ma gauche. Je regardai et je vis à mon côté une masse informe à poils longs sans que je la sentisse. Je crus d’abord que c’était le chien du moulin neuf ; mais me rappelant que celui-ci a des oreilles coupées ras, je cherchai à voir la tête de cette bête et j’aperçus un bout d’oreille saillant du poil. Je suivis de l’œil cette monstruosité jusque devant la maison Coignard, mais sans pouvoir distinguer une tête. Elle paraissait avoir des reins d’environ deux pieds de large et au moins la longueur du chien du moulin. C’est ce que j’ai vu de mes yeux sans être endormi ni ivre. Je n’avais pas encore vu cette bête et je vous en parle comme l’ayant vue ; croyez si vous le jugez à propos ».

Suivant la croyance populaire, cette Massue n’était autre que la propre personne d’un ancien gouverneur de Boulay, condamné par la justice divine à revenir sous cette forme odieuse, en expiation d’un crime. Le capitaine Dithau, ou Dithrau, gouverneur à Boulay pour le duc de Lorraine, en 1635, avait une tante nommée Sunna Roden, dont il convoitait les biens, 108 jours de terre sur le ban de Boulay et 9 fauchées de prés. Pour s’en emparer, le capitaine Dithau accusa sa tante de sorcellerie et la fit emprisonner. Le procès dura huit semaines et, sur les dépositions de son neveu, la pauvre dame fut condamnée à être brûlée vive, ses cendres jetées au vent et ses biens confisqués. Cette horrible sentence eut son exécution et la malheureuse femme fut brûlée sur le ban de Boulay, le 17 juillet 1635, en un lieu appelé Stromerich, à gauche du chemin de Machern et non loin du bois de Buch. Le cupide Dithau ne put cependant pas s’emparer des biens de sa tante, qui passèrent, dit-on, aux domaines et furent ensuite aliénés. Malheureusement, les pièces du procès ont été, dès l’origine, soustraites des archives de l’hôtel de ville, et la tradition seule a conservé jusqu’en ces derniers temps le souvenir d’un crime abominable, dont le sentiment populaire a fait justice en condamnant son auteur au sinistre châtiment relaté plus haut.

téléchargement (7)Les traditions populaires de plusieurs provinces de France et d’autres pays dépeignent aussi les allures analogues d’une bête qui se présente la nuit au voyageur, le suit ou lui barre le passage, quelquefois se fait porter par lui, épouvante les animaux, etc. Telles sont la Galipotedans le Poitou et la Saintonge, la Grand’Bête et la Bête qui se fait porter dans le Berry, lePoulain sans tête à Gondrecourt, la Bête de Brielles, la Bête de Béré, la Birette, le Birherou, la Bête de la Loyère en Haute-Bretagne, le Chien noir d’Alversdorf dans le Schleswig-Holstein, etc. Néanmoins la Massue bolagienne, quoique parente de ces fantastiques créatures, offre avec elles une assez grande différence. La Galipote, quoique plus innocente que le loup-garou, se rapproche de la nature de ce dernier en ce qu’elle est quelquefois le dédoublement d’une personne vivante, tandis que notre Massue est un véritable revenant. Elle a plus d’affinité avec la Grand’Bête, malgré les formes plus nombreuses qu’affecte cette dernière ; elle n’a pas la méchanceté de la Birette ; elle ressemble un peu au Poulain de Gondrecourt, comme elle, a la tête indécise, et au Chien noir d’Alversdorf, car ces derniers se font voir aussi, le plus souvent, dans l’intérieur d’une ville. Mais ce qui caractérise surtout notre Massue, c’est sa personnalité connue dans sa première et dans sa seconde existence et l’idée de l’expiation attachée à ses pérégrinations nocturnes.

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Histoire du département du Doubs

Posté par francesca7 le 3 août 2014

 

(Région Franche-Comté)

 

200px-Métabief_7Le département du Doubs fut, dans la période gauloise, habité par une partie de la nation puissante des Séquanais. On ignore à quelle époque ce peuple envahit la Gaule ; mais il paraît certain qu’il fut parmi les Celtes un des premiers qui s’y fixèrent. La tradition disait qu’ils étaient venus des bords du Pont-Euxin. Lorsque les neveux, du roi Ambigat, Bellovèse et Sigovèse, franchirent les Alpes 600 ans avant Jésus-Christ, les Séquanais furent au nombre des barbares qui portèrent pour la première fois en Italie les armes gauloises.

Ce fut à l’époque où la domination romaine commença à s’étendre par delà les hautes montagnes qui séparent l’Italie de la Gaule que les Séquanais acquirent une grande importance historique. On sait que Rome accordait sa protection aux Éduens : cette vaste confédération mit à profit la suprématie qu’elle devait au titre de « soeur et alliée du peuple romain » pour tyranniser ses voisins les Arvernes et les Séquanais. Jaloux de cette puissance, les Séquanais cherchèrent à leur tour des alliés au dehors ; ils attirèrent en Gaule, par l’appât d’une forte solde, 15 000 mercenaires germains conduits par Arioviste, le chef le plus renommé des Suèves, vaste confédération teutonique qui dominait dans la Germanie.

Grâce à ce secours, les Séquanais furent vainqueurs et les Éduens se reconnurent leurs clients ; mais bientôt ils furent plus malheureux que les vaincus ; Arioviste, qu’était venue rejoindre une multitude de barbares, exigea des Séquanais un tiers de leur territoire ; il prit la partie la plus rapprochée de la Germanie, celle qui aujourd’hui forme le département du Doubs ; puis, jugeant ce lot insuffisant, il exigea un autre tiers. Les Séquanais, indignés, se réconcilièrent alors avec les Éduens ; il y eut une grande bataille où l’armée gauloise fut taillée en pièces. Nous parlerons, dans la notice sur la Haute-Saône, de cette sanglante défaite de Magetobriga. Arioviste fut alors maître de tout ce pays, « le meilleur de la Gaule », dit César au livre Ier de ses Commentaires.

Mais la conquête du chef suève avait encouragé d’autres barbares à envahir les Gaules ; on connaît ce grand mouvement des Helvètes qui détermina l’intervention de Rome et de Jules César. L’an 58, le proconsul, après avoir fait alliance avec Arioviste, quitta la province, marcha sur Genève avec une seule légion, coupa le pont du Rhône, retourna à Rome chercher son armée et revint, par une de ces marches rapides qui lui frirent depuis familières, accabler les Helvètes. Vainqueur de ces premiers ennemis, César se tourna contre Arioviste et lui enjoignit de quitter le pays des Éduens et des Séquanais. « Que César vienne contre moi, répondit le Suève, il apprendra ce que peuvent d’invincibles Germains qui depuis quatorze ans n’ont pas couché sous un toit. » Le Proconsul entra aussitôt en Séquanaise, gagna son ennemi de vitesse et s’empara de la capitale du pays, Vesontio, où il établit sa place d’armes et ses magasins.

La bataille, dans laquelle la discipline romaine triompha du nombre et de l’impétuosité des barbares, se livra à trois journées de Besançon, vers le nord-est. Les Séquanais furent délivrés de leurs oppresseurs germains ; mais’ ils ne firent que changer de maîtres : les Romains occupèrent militairement leur pays, y envoyèrent des administrateurs et des agents ; la domination romaine savante, policée et durable s’établit au mi-lieu d’eux. Ceux des Séquanais qui regrettaient les temps de l’indépendance gauloise quittèrent leur patrie et remontèrent vers le nord, afin d’exciter contre leurs oppresseurs les peuples belges ; ces Gaulois intrépides et sauvages se prêtèrent facile-ment à ce dessein ; leurs attaques furent pour César l’occasion et le prétexte de la conquête des Gaules ; il était à Besançon quand commencèrent les hostilités.

150px-Albrecht_Dürer_084bL’indépendance de toute la Gaule, et en particulier celle des Séquanais, fut perdue sans retour par la soumission de Vercingétorix. A partir de ce moment, ils restèrent fidèles aux traités et servirent avec loyauté dans les armées romaines. Lucain fait un grand éloge de la cavalerie séquanaise et nous représente la légion vésontine marchant au combat avec sa vieille enseigne : un globe d’or dans un cercle rouge. Auguste avait compris la Gaule transalpine dans les provinces impériales et classé la Séquanaise dans la Belgique (28 ans av. J.-C.) ; cette province prit le nom de Maxima Sequanorum à l’époque de la division administrative de Dioclétien et eut pour capitale Besançon (292).

Au IIe et au IIIe siècle, une, grande partie de la Séquanaise était chrétienne. De Lyon, la foi nouvelle remonta, vers le nord de la Gaule ; en 180, deux jeunes Athéniens, disciples de l’évêque Irénée, Ferréol et Ferjeux, portèrent la foi évangélique chez les Séquanais ; ils firent un si grand nombre de prosélytes, que Besançon ne tarda pas à devenir le siège d’une nouvelle église dont Ferréol fut le premier évêque. Mais les deux disciples de saint Irénée payèrent de leur sang leur généreuse propagande : ils firent mis à mort en 211. Saint Lin, saint Germain et les autres successeurs de saint Ferréol étendirent la foi chrétienne malgré les persécutions, et, au temps de Dioclétien, la Séquanaise entière était convertie au christianisme.

A cette époque, les provinces de la Gaule qui confinaient à la Germanie n’avaient pas de repos ; elles étaient sans cesse menacées par les barbares. Avant les invasions définitives des Burgondes et des Francs, les habitants de la Séquanaise eurent à souffrir d’un grand nombre d’incursions passagères. Lorsque Julien, alors césar, se rendit à Besançon, après ses victoires sur les Francs et les Allemands. dans les années 358 et 359, il trouva toute la province dont cette ville est la capitale ravagée et, à Besançon même, il ne vit que des traces de dévastation : « Cette petite ville, écrit-il au philosophe Maxime, maintenant renversée, était autrefois étendue et superbe, ornée. de temples magnifiques et entourée de murailles très fortes, ainsi que la rivière du Doubs qui lui sert de défense. Elle est semblable à un rocher élevé qu’on voit dans la mer et presque inaccessible aux oiseaux mêmes, si ce n’est dans les endroits qui servent de rivage au Doubs. »

Avant de se jeter sur l’Espagne, les Vandales laissèrent aussi en Séquanaise des traces de leur passage. Ce fut enfin en 410 que l’une des invasions définitives qui se fixèrent sur le sol et lui donnèrent pendant longtemps son nom, celle des Burgondes, se répandit dans la Séquanaise. Les nouveaux maîtres, de mœurs paisibles et douces, ne furent pas des oppresseurs ; ils se contentèrent de s’approprier une partie du sol sans établir des impôts onéreux et vexatoires ; ils laissèrent à leurs sujets leurs lois romaines, leur administration municipale et vécurent avec eux dans une égalité parfaite, chacun selon ses lois. Le patrice Aétius chassa momentanément les Burgondes de la Séquanaise, de 435 à 443 environ. Aux ravages occasionnés par cette guerre s’en ajoutèrent de bien plus terribles. Attila, battu à Châlons-sur-Marne (451), fit sa retraite par l’orient de la Gaule, et Besançon fut tellement ruinée par les Huns que pendant cinquante ans elle resta déserte.

L’établissement définitif des Bourguignons dans les pays éduen et séquanais, qui devinrent les deux Bourgognes, date de l’année 456. Le Suève Ricimer, héritier des dignités d’Aétius qui venait d’être mis à mort par Valentinien III, partagea ces pays entre les chefs burgondes Hilpéric et Gondioc, avec lesquels il avait formé une alliance de famille. Gondioc laissa en mourant le territoire de Besançon et cette ville à l’un de ses quatre fils, Godeghisel, uni à Gondebaud et devenu maître de toute la Séquanaise par le meurtre de deux de ses frères. Godeghisel fit secrètement alliance avec le roi des Francs Clovis et abandonna son frère dans la bataille qui eut lieu sur les bords de l’Ouche en 500. Gondebaud tira vengeance de cette trahison : lorsqu’il eut obtenu la paix de Clovis, il tourna ses armes contre son frère, le battit et le fit massacrer. Gondebaud fut alors maître du territoire séquanais et y imposa son code, la célèbre loi Gombette, jusqu’au moment où les fils de Clovis prirent aux enfants de Gondebaud tout leur héritage et s’emparèrent de la Bourgogne (534).

Lorsque la monarchie franque fut partagée entre les quatre fils de Clotaire Ier, le pays dont nous nous occupons échut avec toute la Bourgogne à Gontran (561-593). Grâce à son éloignement des champs de bataille, il traversa sans trop de vicissitudes cette période de la domination des Francs. Ses nouveaux maîtres étaient cependant de mœurs moins douces que les paisibles Bourguignons ; Besançon commençait à se relever des ruines et des désastres des invasions précédentes, quand survinrent les Sarrasins. En 722, les hordes d’Abd-el-Rhaman passent la Loire, remontent la Saône, se divisent vers Autun en deux bandes : l’une se dirige vers l’ouest, tandis que la seconde livre aux flammes Besançon et tout le pagus de Warasch ou Varasque, qui se composait alors du territoire aujourd’hui compris dans le département du Doubs. Tandis que la Bourgogne citérieure ou en deçà de la Saône commençait à former ses divisions féodales et à se diviser en comtés, la Bourgogne ultérieure ou Franche-Comté conservait les divisions barbares qui avaient pris naissance avec les Burgondes et s’appelaient pagi.

1852_Levasseur_Map_of_the_Department_du_Doubs,_France_-_Geographicus_-_Doubs-levasseur-1852Pépin le Bref laissa à sa mort (768) les deux Bourgognes à son fils Carloman ; on sait que ce prince n’en jouit pas longtemps ; se retirant dans un monastère, il laissa ses États à des enfants en bas âge qui furent dépossédés par leur oncle Charlemagne. L’histoire du département du Doubs se confond avec celle du vaste empire du héros germain ; on sait seulement que les Bourgognes profitèrent de la réforme administrative à laquelle il soumit tous ses États ; mais ce ne fut pas pour longtemps ; les troubles du règne de Louis le Débonnaire survinrent, puis les discordes de ses fils lui survécurent.

Après la bataille de Fontanet (841) et le traité de Verdun (843), les deux Bourgognes furent séparées pour la première fois. La Bourgogne éduenne échut à Charles le Chauve et la Bourgogne séquanaise à Lothaire. Cet empereur mourut en 855. La haute Bourgogne ou Bourgogne cisjurane entra dans la part du plus jeune de ses trois fils, Charles, roi de Provence. A la mort de ce prince (863), ses frères Louis II et Lothaire II firent deux parts de son royaume ; la haute Bourgogne fut scindée, la plus grande partie du territoire qui forme le département du Doubs échut avec Besançon à Lothaire II.

Lothaire ne survécut que de six ans à son frère Charles. Le roi de France, Charles le Chauve, profita des embarras et des guerres dans lesquels son neveu, Louis II, était engagé en Italie pour se saisir des États de Lothaire II ; il se fit proclamer roi de Lorraine à Metz ; mais Louis II protesta, et un nouveau partage plus bizarre que tous les précédents eut lieu. La haute Bourgogne fut complètement démembrée, le pagus de Varasque, qui. avait pris le nom de Comté, échut à Louis, depuis Besançon jusqu’à Pontarlier, tandis que Besançon même était concédée à Charles le Chauve par un traité conclu au mois d’août 870.

Pour se reconnaître dans cette multiplicité de partages où l’historien lui-même, s’il veut ne pas se perdre, a besoin d’apporter une attention soutenue, il faut bien songer que les noms de haute Bourgogne, Bourgogne ultérieure et Bourgogne cisjurane s’appliquent tous également à cet ancien pays des Séquanais que nous n’avons pas encore le droit d’appeler du nom de Franche-Comté. Tant de dislocations et de changements nuisaient aux relations et aux intérêts des localités et faisaient périr tous les éléments d’unité et de pouvoir. La partie de la haute Bourgogne qui échut a Charles le Chauve protesta contre le partage de 870 ; Gérard de Roussillon, ce héros du premier temps féodal, gouverneur de Provence et de Bourgogne, s’opposa par les armes à son exécution ; ce fut aux environs de Pontarlier que se livra la bataille qui décida en faveur du roi de France :

Entre le Doubs et le Drugeon
Périt Gérard de Roussillon dit une vieille tradition. Gérard ne périt pas, mais fut chassé et cessa de contester à Charles l’occupation du pays. Nous retrouvons deux fois le prince à Besançon ; la première à la suite de sa victoire,, la seconde lorsque, après la mort de son neveu Lothaire II (875), il descendit en Italie pour s’y faire couronner empereur. On sait que, l’année même de sa mort (877), Charles le Chauve ratifia, par le fameux capitulaire de Kiersy-sur-Oise, les usurpations de la féodalité.

Le gouverneur des Bourgognes et de la Provence, Boson, n’avait pas attendu la sanction royale pour se rendre indépendant dans les pays qui lui étaient confiés ; mais ce fut seulement en 879, à la mort de Louis le Bègue, qu’il tint à Mantaille une diète générale où, entre autres personnages influents, nous voyons figurer l’archevêque de Besançon. Il se fit donner le titre de roi de Bourgogne. L’année qui suivit sa mort (888), les Normands ravagèrent la haute Bourgogne ; son successeur, en bas âge, Louis, était incapable de défendre les États de son père ; il fut dépossédé du comté de Bourgogne ou Bourgogne cisjurane par son oncle Rodolphe, qui avait séduit Thierry Ier, archevêque de Besançon, en lui offrant le titre de grand chancelier de Bourgogne.

Ce ne fut cependant pas sans opposition de la part d’Arnoul, que les Germains s’étaient donné pour roi après avoir déposé le lâche empereur Charles le Gros à la diète de Tribur (887), et de la part du jeune Louis de Provence, héritier légitime de cette contrée. Mais Arnoul céda devant la résistance obstinée de Rodolphe, Louis fut vaincu et le prince usurpateur régna paisiblement jusqu’à sa mort, arrivée en 911.

Cette période de guerres et de ravages fut pour la comté de Bourgogne l’une des plus malheureuses qu’elle vit jamais ; les brigandages, tous les excès impunis, dix pestes, treize famines ravagèrent toute cette contrée : c’était le prélude du Xe siècle, « le siècle de fer. » Sous le règne de Rodolphe II, qui succéda sans opposition à son père, en 937, un nouveau fléau apparut dans la contrée : les Hongrois, plus féroces encore que les Normands, s’y précipitèrent, mettant tout à feu et à sang sur leur passage ; devant eux les populations fuyaient épouvantées vers les montagnes et dans les lieux fortifiés ; les barbares s’abattirent sur Besançon. La ville ne put pas résister à leur fureur et fut prise d’assaut, pillée, réduite en cendres. L’église Saint-Étienne s’écroula dans les flammes. Le feu, poussé par un vent violent, gagna le sommet du mont Calius et dévora tout, églises, édifices et demeures.

C’était pour la quatrième fois depuis la conquête romaine que l’antique capitale des Séquanais passait par de semblables épreuves. Rodolphe II mourut, l’année même de ce désastre, laissant un jeune fils, Conrad, qui, sans jamais exercer la royauté, porta pendant un demi-siècle le titre de roi. Les véritables maîtres de la Bourgogne cisjurane et transjurane furent l’empereur d’Allemagne Othon, qui s’empara du jeune Conrad et exerça une grande influence dans ses États, et le premier comte propriétaire de ce pays, selon le savant dom Plancher, Hugues le Noir, deuxième fils de Richard le Justicier. Vers cette époque apparut sur les bords de la Saône un étranger qui fit dans le pays de Bourgogne une rapide fortune. Albéric de Narbonne s’enrichit par l’exploitation des salines, puis il gagna la confiance du roi Conrad, qui le combla de bienfaits.

A sa mort (945), il était comte de Mâcon, baron de Scodingue et du Varasque ; la fortune de sa famille ne périt pas avec lui ; de ses deux fils, l’un, Albéric, comme son père, commença la série des sires de Salins que nous verrons à l’histoire du département du Jura ; l’autre, Letalde, fut la tige des comtes héréditaires de Bourgogne. Il hérita de ce comté à la mort de Gislebert, successeur, dans ce titre, de lingues le Noir, mort en 951 sans postérité. Letalde, à l’exemple de Hugues le Noir, prit le titre d’archicomte. Sa race directe s’éteignit en 995, et la partie de la Bourgogne qu’il avait possédée revint à Othe Guillaume, qui fut le premier comte héréditaire de cette province.

Fils du roi lombard Adalbert, l’un des seigneurs les plus renommés des deux Bourgognes, audacieux et entreprenant, Othe Guillaume fut un véritable souverain. Irrité de l’influence qu’exerçaient dans le pays les abbés, l’évêque et les vassaux intermédiaires, il s’arrogea le droit de nommer les uns et supprima les autres. Ce fut ainsi que disparurent les anciens comtés de Varasque, Scodingue, Besançon, etc. Sur ces entrefaites, la monarchie carlovingienne avait été renversée par les ducs de France, qui avaient usurpé le titre de roi.

Robert, fils de Hugues Capet, héritait du duché de Bourgogne à la mort de Henri Ier (1002). Othe osa élever des prétentions contraires et disputer cette province au roi de France ; il ne réussit pas à joindre à ses États cette vaste possession ; mais, par le traité de 1016, il acquit les comtés de Mâcon et de Dijon. Le comte de Bourgogne mourut dans cette dernière ville en 1027. Son fils Rainaud Ier lui succéda ; il refusa d’abord de reconnaître la suzeraineté de l’empereur de Germanie, Henri III, fils de Conrad. prenant part à la première croisade. On sait que la fin du XIe siècle fut l’un des moments où l’esprit de foi et de piété anima le plus le moyen âge. Pendant que des seigneurs allaient en pèlerinage au tombeau de Jésus-Christ, d’autres enrichissaient les monastères et les comblaient des marques de leur munificence.

Vers 1076, un des plus riches comtes du royaume de France, Simon de Crépy en Valois, fut touché de la grâce divine ; préférant à l’éclat de la gloire une pieuse obscurité, il abandonna ses dignités et ses richesses et vint s’enfermer dans un monastère de la Franche-Comté. Bientôt, peu satisfait des mortifications et des pénitences qu’il s’imposait à Saint-Claude, Simon résolut de rendre utile sa retraite du monde, et, suivi de quelques compagnons, il pénétra, une hache à la main, dans les solitudes du Jura et s’ouvrit un passage à travers les forêts jusqu’aux sources du Doubs.

Là, les pieux cénobites s’appliquèrent à défricher un sol infertile et malsain, hérissé de broussailles, au milieu des précipices, parmi les rochers âpres et nus ; dans une région déserte, dont les échos, pour la première fois, retentissaient des cris de l’homme, Simon et ses rares compagnons firent tomber sous la cognée les arbres séculaires, frayèrent des chemins là où l’homme n’en connaissait pas avant eux ; ils fertilisèrent un sol longtemps rebelle a la charrue, et après bien des périls, bien des fatigues et des privations journalières, ils eurent conquis sur cette terre Inhospitalière la contrée qu’on a longtemps appelée lesHautes-Joux et les Noirs-Monts.

Le prieuré qu’avait fondé le puissant comte devenu pauvre solitaire, et qui fut habité après lui par ses disciples, prit le nom de Motta (maison des bois) et il a été l’origine de ce joli village si pittoresque de Mouthe, dans l’arrondissement de Pontarlier, et qui aujourd’hui s’enorgueillit de ses riches pâturages. A Rainaud II succéda Guillaume II, dit l’Allemand, qui fut, selon toute vraisemblance, assassiné par ses barons. Ce comte s’écarta de l’esprit de piété de ses prédécesseurs ; il ne craignit pas de porter une main téméraire sur les richesses que l’abbaye de Cluny tenait de leur dévotion. Son crime ne resta pas sans châtiment.

L’abbé Pierre le Vénérable nous apprend qu’un jour qu’il revenait d’exercer de nouvelles spoliations dans le saint lieu, méprisant les conseils des hommes sages et les prières des moines, il chevauchait orgueilleusement, et répondait à ceux qui lui demandaient s’il ne craignait pas d’attirer sur lui le courroux du ciel : « Quand mon or sera épuisé, j’en irai prendre d’autre au bon trésor de Cluny. » Tout à coup, à l’entrée d’un sentier étroit, un cavalier monté sur un cheval noir s’arrêta devant lui. « Comte de Bourgogne, dit-il en le fixant de son farouche regard, comte de Bourgogne, il te faut m’accompagner. – Qui donc es-tu et de quelle race pour regarder si fièrement le maître de tout ce pays ? » repartit Guillaume. « Tu vas le savoir » répondit le cavalier ; puis il saisit le comte, l’assit sur son cheval, et ceux qui l’accompagnaient voient avec une surprise mêlée de terreur deux vastes ailes s’ouvrir aux flancs du coursier ; le cavalier mystérieux et le comte furent emportés dans les airs, et bientôt l’œil ne put plus les suivre. Il se répandit une grande odeur de soufre et de fumée, et on dit que c’était le démon lui-même qui était venu chercher le comte impie.

images (3)Des historiens peu crédules ont prétendu que Guillaume fut assassiné par ses barons, qui, pour détourner les soupçons, imaginèrent cette fable. Vinrent ensuite Guillaume III l’Enfant et Rainaud III, qui mourut en 1148 laissant ses États à sa fille, la jeune Béatrix. Celle-ci épousa en 1156 l’empereur Frédéric Ier. L’année suivante, ce souverain tint une diète à Besançon, dans laquelle il reçut le serment de fidélité des prélats et des seigneurs de la contrée. Sa femme mourut en 1185 ; il se déposséda alors de la Comté en faveur de son troisième fils Othon et ne retint que Besançon, qui devint ville impériale et resta dans cet état jusqu’en 1656, époque à laquelle elle fut rachetée par l’Espagne. La fille d’Othon, Béatrix, qui lui succéda en 1200, porta la Comté dans une famille étrangère par son mariage avec Othon, duc de Méranie (Moravie), marquis d’Istrie et prince de Dalmatie. Après. Béatrix, Othon III (1234-1248), Alix de Méranie (1248-1279), sa sœur et Othon IV, dit Ottenin (1279-1303) régnèrent. Ce dernier fut un fidèle allié des rois Philippe le Hardi et Philippe le Bel. II changea les armoiries des comtes de Bourgogne ; jusque-là elles étaient : de gueules, à l’aigle éployée d’argent ; il y substitua, vers 1280, l’écu semé de billettes d’or, au lion de même.

Ce fut dans les dernières années d’Othon ou dans les premières de son successeur, Robert l’Enfant (1303-1315), que le roi Philippe le Bel érigea en parlement le conseil des comtes de Bourgogne. Le parlement de Besançon fut l’un de ceux qui eurent les pouvoirs les plus étendus : outre les affaires contentieuses, il connaissait encore, pendant la paix, de toutes les affaires concernant les fortifications, les finances, les monnaies, la police, les chemins, les domaines et les fiefs. Pendant la guerre, il réglait la levée des troupes, leurs quartiers, leurs passages, les étapes, subsistances, payements et revues.

Ces pouvoirs étendus et presque royaux ne lui furent pas conférés de prime abord, mais par des ordonnances successives de 1508, 1510, 1530, 1533 et 1534. Jeanne Ire, qui épousa le roi Philippe le Long, succéda à Robert l’Enfant (1315-1330) et laissa la possession de la province à sa fille Jeanne II, qui, en 1318, avait épousé Eudes IV, duc de Bourgogne. Leur petit-fils, Philippe de Rouvres, fut en même temps duc et comté, et, pour la première fois depuis Boson, les deux Bourgognes se trouvèrent réunies (1350-1461).

A sa mort, tandis que le duché rentrait dans la possession des rois de France, la Comté passa en héritage à Marguerite, fille de Philippe le Long et de la reine Jeanne ; cette princesse eut pour successeur Louis de Male, comte de Flandre (1382). Tous les États de ce comte passèrent à Philippe le Hardi, fils de Jean le Bon et le premier de cette race capétienne de Bourgogne qui, jusqu’à Louis XI, contrebalança l’autorité royale. L’an 1386, la ville de Besançon renouvela, avec le duc Philippe, le traité qu’elle avait signé avec les anciens comtes.

La même année, Philippe exigea le droit féodal qu’on appelait relevamentum, la reprise des fiefs ou renouvellement d’hommage de ses vassaux de Franche-Comté, accoutumés depuis longtemps, par l’absence de leurs suzerains, à, vivre dans l’indépendance. La partie de la Franche-Comté dont nous nous occupons, éloignée du théâtre des guerres des Anglais, des Armagnacs et des Bourguignons, eut moins à souffrir dans toute cette période que tout le reste de la France ; cependant elle ne fut pas épargnée par la peste noire en 1348 et 1350. Les routiers vinrent aussi « y querir victuaille et aventures, » et, à l’histoire du Jura, nous les retrouverons à Salins ; mais ces maux, quoique grands, étaient peu de chose comparés à l’affreuse dévastation, à la misère profonde de tant d’autres provinces ; d’ailleurs, dans la Franche-Comté même, le territoire qui a formé le Doubs dut à sa position extrême d’être moins atteint par les brigandages.

Les villes avaient acquis une existence particulière : nous retrouverons à leur histoire spéciale leurs chartes communales. Le règne de Philippe le Bon fut marqué par des troubles dont il sera fait mention quand nous nous occuperons de Besançon. A la mort de Charles le Téméraire (1477), la Franche-Comté ne passa pas, avec le duché de Bourgogne, au roi Louis XI ; la princesse Marie porta cette province dans la maison d’Autriche par son mariage avec Maximilien, aïeul et prédécesseur de Charles-Quint. En 1482, Marguerite succéda à sa mère ; son frère Philippe le Beau gouverna quelques années, de 1493 à 1506. Enfin, à sa mort (1530), la province passa sous la domination de son puissant neveu Charles-Quint, roi d’Espagne et empereur d’Allemagne.

Le règne de Charles-Quint fut pour la Franche-Comté un temps de prospérité ; il aimait cette province et accorda des privilèges à un grand nombre de ses villes ; Besançon eut les siens ; le commerce et l’industrie firent des progrès rapides sous cette administration bienfaisante et ne s’arrêta que lorsque le voisinage de la Suisse eut introduit la Réforme dans la Comté. Besançon eut ses religionnaires, ses luttes intestines, un tribunal de l’inquisition et des persécutions violentes. Guillaume Farel avait prêché la Réforme à Montbéliard dès 1524 ; après lui, Théodore de Bèze et d’autres missionnaires semèrent en Franche-Comté les nouvelles doctrines. Une confrérie, sous l’invocation de sainte Barbe, réunit les membres les plus considérables du parti protestant.

En 1572, il y eut dans Besançon une lutte sérieuse entre les partis catholique et protestant. Après les guerres de religion vinrent les guerres de la conquête française. Henri IV, devenu roi de France malgré la Ligue et l’Espagne, envahit la province espagnole de Franche-Comté après sa victoire de Fontainebleau en 1595. Pendant la guerre de Trente ans, la Franche-Comté fut menacée de nouveau, et la ville de Pontarlier fut assiégée par le duc de Saxe-Weimar, commandant des forces suédoises.

Mais la grande invasion, celle qui eut pour résultat de rendre française cette province, appartient au règne de Louis XIV. Ce prince réclama la Franche-Comté au nom des droits qu’il prétendait tenir de sa femme, Marie-Thérèse ; la guerre de dévolution, terminée par le traité d’Aix-la-Chapelle (1668), la lui livra. Mais, cette même année, la province fut restituée par la France à l’Espagne, en échange de l’abandon de tous droits sur les conquêtes faites par Louis XIV dans la Flandre. La guerre se renouvela en 1672. Besançon tomba au pouvoir des Français, toutes les villes de la province furent prises une à une, et le traité glorieux de Nimègue rendit définitive cette seconde conquête (1678). Louis XIV s’empressa de donner une nouvelle organisation à la province devenue française. La bourgeoisie franc-comtoise perdit la plupart de ses privilèges ; Besançon fut définitivement capitale de la Franche-Comté et siège du parlement et de l’université, qui avaient été transférés à diverses époques à Dôle.

A la convocation des états généraux, la Franche-Comté, comprise dans le nombre desprovinces étrangères et États conquis et surchargée d’impôts, accueillit avec empressement les idées nouvelles, et, lorsque la patrie fut déclarée en danger, les trois départements fournirent chacun leur bataillon de volontaires. Pendant la Terreur, Robespierre le jeune fut envoyé en mission dans le Doubs ; cependant les excès furent modérés, et le 9 thermidor y mit entièrement fin.

En décembre 1813 et janvier 1814, ce département vit un corps d’armée autrichien assiéger Besançon, qui se défendit vainement avec courage. Depuis cette époque jusqu’à la guerre franco-allemande (1870-1871), le Doubs a subi les révolutions qui se sont faites en France bien plus qu’il ne s’y est mêlé ; au milieu du calme et de la paix, il a vu se développer sa prospérité ; il peut s’enorgueillir des hommes illustres qu’il a donnés à notre siècle, et aujourd’hui il est l’un des premiers départements de la France, comme la Franche-Comté en était une des premières provinces. Cette prospérité devait être troublée.

Durant la guerre franco-allemande (1870-1871), le département du Doubs eut à subir les douleurs de l’invasion. A l’exception de Besançon, le département tout entier fut occupé par les Allemands, notamment les localités suivantes : Ancey, L’Isle-sur-le-Doubs, Clairval, Baume-les-Dames, Doris, Montbéliard, Blamont, Pont-de-Roide, Saint-Hippolyte, Morteau, par les troupes du XIVe corps de la IVe armée, sous les ordres du général de Werder ; Quingey, Villeneuve, Levier, Sombacourt, Chaffois, Pontarlier, La Cluse, par l’armée du général Manteuffel. Le Doubs fut alors le théâtre de la désastreuse retraite de l’armée de l’Est, presque comparable à la retraite de Rassie en 1812. Nous allons en retracer aussi brièvement que possible les douloureuses péripéties.

Après la reprise d’Orléans par les Allemands et la défaite des armées de la Loire, le gouvernement de la défense conçut, le 20 décembre 1870, le plan d’opérer une diversion dans l’Est et de débloquer Belfort assiégé. Le général Bourbaki accepta cette tâche difficile. Le 11 janvier, il livrait à Villersexel (Haute-Saône) un sanglant combat et s’emparait de cette ville ; le 14, il arrivait sur les hauteurs de la rive droite de la Lisaine, et le 15 il établissait son quartier général à Trémoins. Alors commençaient ces rudes batailles entre Montbéliard et Belfort, qui ont pris le nom de bataille d’Héricourt (Haute-Saône). Le 15 au soir, notre armée entrait dans Montbéliard ; l’ennemi s’était retiré dans le château. Le 16, les lignes allemandes furent attaquées avec acharnement. La droite de l’armée ennemie seule céda ; Cremer délogea le général Degenfeld de Chenebrier et le repoussa jusqu’à Frahier.

Dans la nuit, un mouvement sur Béthencourt est repoussé ; une autre attaque, tentée sur Héricourt, a le même sort. La garnison de Belfort n’avait pu intervenir dans la lutte. L’armée française s’était épuisée sans parvenir à rompre les lignes allemandes. Il fallait renoncer à faire lever le siège ; il fallait reculer pour vivre ; le temps était terrible, le thermomètre marquait 18 degrés au-dessous de zéro. Comment continuer, avec des soldats exténués par la misère et par la fatigue, une lutte’ où l’on s’acharnait inutilement depuis trois jours ? Le général Bourbaki prit, le soir du troisième jour, le parti de se retirer vers le sud. Nos troupes quittaient les bords de la Lisaine le 18 janvier et arrivaient le 22 autour de Besançon, où le général en chef comptait pouvoir mettre son armée à l’abri et la réorganiser ; mais cela était devenu impossible ; en effet, Manteuffel, parti le 12 de Châtillon, ayant évité Dijon, occupé par Garibaldi, et masqué ses mouvements, traversait, par une marche aussi audacieuse qu’elle pré-sentait de danger, les montagnes de la Côte-d’Or ; le 22, il tenait les deux rives du Doubs ; le 28, il arrivait à Quingey, se jetant sur les routes d’Arbois et de Poligny, coupant la ligne directe de Besançon à Lyon.

En même temps, de Werder descendait vers le sud, en sorte que Bourbaki, en arrivant sous Besançon, se trouvait dans la position la plus critique. Pour comble de malheur, un convoi de deux cent trente wagons chargés de vivres, de fourrages et d’équipements, avait été surpris par l’ennemi à Dôle. D’heure en heure se rétrécissait autour de nous le réseau qui menaçait de nous étouffer. La situation était poignante. Que faire ? Battre encore en retraite. Mais de quel côté se diriger, par où se frayer un passage ?

Affolé de désespoir, craignant de passer pour un traître, entre cinq et six heures du soir, le 26 janvier, Bourbaki, retiré dans une maison particulière, à Besançon, se tira au front un coup de pistolet. « La mort, une fois de plus bravée, dit M. Claretie, ne voulut pas de lui. Le général Clinchant prit le commandement des troupes. La tâche qui lui incombait était lourde. Comment échapper, comment sauver cette armée débandée, perdue, incapable de résister aux coups de l’ennemi ? Il fallait reculer, battre en retraite – chaque minute était un siècle – et toujours mourant, toujours souffrant, toujours glacé, essayer de gagner Lyon ou la Suisse. Le général Clinchant n’avait pas le choix ; il ne pouvait que presser et diriger la retraite sur Pontarlier. Il arrivait le 28 autour de cette ville. Dès le 29, les Allemands arrivaient, après un combat où ils firent 4 000 prisonniers du 15e corps, à Levier, à Sombacourt, à Chaffois, à 4 kilomètres de Pontarlier, sur la route de Salins.

« A ce moment, dit un historien de la guerre franco-allemande, parvenait aux deux camps la nouvelle de l’armistice conclu à Paris le 28 ; mais les Allemands étaient avertis, par M. de Moltke, que l’armée du Sud devait continuer ses opérations, jusqu’à ce qu’elle eût obtenu un résultat définitif ; en sorte que la chute de Paris excitait son ardeur, tandis que le général Clinchant, ignorant la fatale exception contenue dans le traité, laissait tomber ses armes et faisait cesser le combat. Le 30, quand on dut les reprendre, la marche continuée des Allemands aggravait la situation. Ils enlevaient Frasne, sur le chemin de fer, et 1 500 prisonniers. Cremer était à Saint-Laurent, séparé de l’armée et à peu près sauvé par cela même… Le 1er février, toute l’armée allemande aborde Pontarlier, qui est enlevée presque sans résistance. Cependant le 18e corps est encore à la croisée des routes de Mouthe et de Rochejeau, appuyé sur le fort de Joux, près de La Cluse, à 15 kilomètres au sud de Pontarlier. Là, un dernier combat s’engage avec le IIe corps prussien, qui, repoussé tout le jour, s’attacha seulement à achever de couper les routes du sud jusqu’à la frontière. Il n’y parvint qu’imparfaitement, et une partie du 18° corps put regagner la route de Lyon. »

téléchargement (2)Le général Clinchant, on le conçoit, n’avait plus alors qu’une préoccupation, celle de dérober à l’ennemi les soldats qui lui restaient, ses armes, son matériel, fût-ce en allant chercher un refuge au delà de la frontière. Pendant la nuit du 31 janvier au 1er février, il signait aux Verrières, avec le général suisse Herzog, une convention qui réglait le passage de l’armée française en Suisse. Cette armée, exténuée, y entrait au nombre de 80 000 hommes. « C’était, depuis six mois, dit Charles de Mazade, la quatrième armée française disparaissant d’un seul coup, après celles de Sedan et de Metz, qui étaient encore captives en Allemagne, et celle de Paris, qui restait prisonnière dans nos murs. »

Dans cette immense douleur, dans cet épouvantable désastre, nous eûmes, du moins, la consolation de voir nos malheureux soldats accueillis par la généreuse république helvétique avec une touchante humanité. « Pauvre armée en lambeaux, écrit Claretie, pauvres soldats en haillons ! Lorsque les Suisses les virent, pâles, exténués, mourants, tous pleurèrent. Une immense pitié s’empara de ces cantons, qui se saignèrent pour fournir vivres, argent, vêtements aux vaincus et aux exilés. » La France a contracté en cette lamentable circonstance une dette qu’elle n’oubliera pas. L’invasion allemande avait coûté au Doubs 5 517 370 francs.

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La punition divine

Posté par francesca7 le 24 mai 2014

réservée aux enfants ingrats : Pâté au crapaud

(D’après « Quelques scènes du Moyen Age. Légendes
et récits », paru en 1853)

 
 
images (9)On fit de la singulière tradition du pâté au crapaud une moralité dramatique imprimée à Lyon en 1589, sous le titre : « Le miroir et l’exemple moral des enfants ingrats, pour lesquels les pères et mères se détruisent pour les augmenter ; qui à la fin les méconnaissent : moralité à dix-huit personnages, par Antoine Thomas », et dont l’héroïne est une belle-fille exerçant une mauvaise influence sur un fils dont l’ingratitude lui vaut un sort peu enviable

Un gentilhomme de Saintonge, mariant son fils unique, lui abandonna toutes ses possessions, sans se rien réserver que le bonheur de vivre avec son fils. Le jeune homme avait fait à son père et à sa mère, qui se dépouillaient pour lui, de tendres protestations ; car la possession de toute leur fortune lui faisait contracter une riche alliance. Il était baron de Pont-Alliac, au bord de la mer, près de Royan, seigneur des Martinets, de Mons, de Maine-Baguet, et d’autres borderies ou fiefs. Il avait sur les côtes de l’Océan d’immenses prairies, et de belles vignes sur les deux rives de l’embouchure de la Gironde. Il épousait la brillante Judith, héritière de Saint-Serdolein, suzeraine de Saint-Pallais, et dame des vastes domaines et du château de Soulac. 

Bientôt ce jeune seigneur, dont le cœur sans doute était avare et le naturel mauvais, approuva sa jeune épouse, au cœur sordide et cruel, qui faisait le compte de la dépense que leur causaient encore un père et une mère habitués à l’opulence. La jeune dame désirait la mort des vieillards. Assez criminel pour former ces vœux horribles, le jeune couple reculait toutefois devant l’idée d’un parricide. Mais ils le commettaient à petits coups, par des privations ignobles,.des duretés journalières, et d’indignes traitements, au bout desquels le baron de Pont-Alliac, poussé par sa femme, chassa de sa maison son père et sa mère.

C’était au mois de novembre. Comme ils s’éloignaient en pleurant, ne sachant où traîner leur misère, au moment où ils allaient franchir la grande porte du château, qui faisait face à l’Océan, le vieux père et la vieille mère rencontrèrent le cuisinier portant un gros pâté de venaison. Ils le prièrent de leur en donner une tranche, car ils avaient faim. Le maître-queux, n’osant rien faire sans ordre, courut demander à son jeune maître la permission d’accéder à la requête des vieillards. Judith se trouvait présente ; le baron refusa ; et le cuisinier alla, le cœur triste, signifier ce refus. Le vieux père et la vieille mère sortirent sans maudire leur fils.

Le jeune seigneur, qui était gourmand, s’était fait une fête de manger son pâté de venaison. Cependant on ne sait quel mouvement lui agita le cœur ; il s’arrêta au moment d’entamer le pâté. C’est que, dit la tradition, le ciel s’était obscurci ; les vents du nord sifflaient avec violence par les verrières ; la mer s’était tout à coup soulevée ; les vagues serpentaient en hurlant contre la base des rochers anguleux. On eût cru entendre au loin les sourdes clameurs de plusieurs tonnerres, mêlées aux craquements des rocs qui se divisaient en éclats et roulaient dans lamer.

La plage se couvrait de méduses, de crabes, velus et de monstrueux débris ; des myriades de flocons écumeux tigraient l’Océan ; les sables des conches tourbillonnaient avec fureur et formaient partout d’effrayantes fondrières. Les lames venaient heurter jusqu’à la porte du château, lançant. avec fracas des torrents de sable et d’eau salée.

Le baron ne songea pas aux souffrances que la tempête accumulait sur la tête de sa mère et de son vieux père, qu’il venait de chasser. Mais il n’osa pas toucher à son pâté ce jour-là. Il le fit mettre à part pour le lendemain. Le lendemain, au déjeuner, quoique la tempête ne se fût calmée qu’à demi, il se fit servir le pâté de venaison. Le cœur lui battait encore avec violence sans qu’il pût se définir ce qu’il éprouvait. Il ouvrit donc le pâté avec une sorte d’empressement et de colère. Aussitôt, dit la naïve relation, il s’en élança un gros et hideux crapaud, qui lui sauta au visage et s’attacha à son nez…

Le baron de Pont-Alliac poussa un cri d’effroi, cherchant à rejeter loin dé lui l’animal immonde qui venait de le saisir. Tous ses efforts furent inutiles. La dédaigneuse Judith, surmontant une horreur profonde, ne fut pas plus puissante. Toute la peine que prirent les serviteurs épouvantés ne put faire démordre l’affreux animal, dont les yeux, fixes et saillants, demeuraient immuablement attachés sur les yeux du baron.

Le jeune seigneur, terrifié, commença à entrevoir là une punition surhumaine. On le mena chez le curé de Saint-Serdolein, qui, dès qu’il sut comment le baron avait chassé son père et sa mère, trouva le cas trop grave pour en connaître, et l’envoya à l’évêque de Saintes. Le prélat, informé de l’excès de son ingratitude, jugea, dit toujours la relation, qu’il n’y avait que le pape qui pût l’absoudre et le secourir ; il lui enjoignit d’aller à Rome. Il fallut bien obéir.

Pendant tout ce voyage, la douleur et la honte, qui suivaient pas à pas le baron de Pont-Alliac, l’avaient fait rentrer en lui-même. Il se jeta aux pieds du Saint-Père, et lui confessa toute la laideur de son crime. Le Souverain-Pontife, voyant son repentir sincère, crut devoir lui donner l’absolution, subordonnant néanmoins la remise de sa faute énorme au pardon de ses parents. Mais à l’instant le crapaud tomba ; car un père, une mère, pardonnent aussi vite qu’on offense. Le jeune seigneur et sa femme repartirent pour la Saintonge, avec le remords dans le cœur et la résolution d’expier leur faute.

En arrivant à Pont-Alliac, ils ne trouvèrent plus leur château, que la mer avait englouti, et qui est remplacé maintenant par une conche, ou petite baie sablonneuse, où l’on prend des bains de mer. Le hameau de Saint-Serdolein, Saint-Pallais, les Martinets, Soulac, et d’autres domaines qui leur appartenaient aussi, avaient également disparu, ne laissant apercevoir au-dessus des sables que les flèches de leurs clochers, qu’on va voir encore avec terreur.

La métairie de Mons, dont le tenancier avait recueilli les vieillards, restait seule au baron de Pont-Alliac, dominant de loin le sol dévasté et les flots de la grande mer. Le baron s’y rendit avec Judith repentante ; il tomba aux pieds de son vieux père et de sa mère en pleurs, supporta sans se plaindre les châtiments du Ciel, combla les vieillards de soins et de bons traitements jusqu’à la fin de leurs jours, et pour l’instruction de son jeune fils il écrivit de sa main dans ses archives cette légende du crapaud.

Voici une seconde histoire, qui a tant de points de ressemblance avec la première, que quelques-uns ont cru que l’une des deux était une altération de l’autre. On découvrit en Suisse, dans les fouilles faites à Lassaraz, durant l’automne de 1835, une statue de guerrier du XIVe siècle ayant deux crapauds aux joues et deux crapauds aux reins, Voici les récits traditionnels qui expliquent ce monument bizarre, que les curieux ont appelé le guerrier aux crapauds.

Dans des temps reculés, un jeune chevalier suisse, qui n’est connu que sous le nom du sire de Lassaraz, mérita, par sa vaillance dans les combats, les regards d’un seigneur dont il était vassal. Il devint épris de la fille de ce seigneur, qui était belle et riche, mais à qui l’on reprochait un cœur dur et une âme peu sensible. Le sire de Lussaraz, s’en inquiétant peu, la demanda en mariage. On la lui promit s’il pouvait lui apporter pour dot trois cents vaches à la montagne et un manoir. C’était toute la fortune de son père et de sa mère, dont il était le fils unique. Ces bons parents, voyant leur fils dans le chagrin, se dépouillèrent, pour le rendre heureux, de tout ce qu’ils possédaient ; et le sire de Lassaraz épousa celle qu’il aimait.

Bientôt son père et sa mère, qui ne s’étaient rien réservé, tombèrent dans une profonde détresse. Le guerrier ne s’en aperçut pas. L’hiver marchait rude et horrible. Un soir que la neige tombait à flocons, lancée par un vent glacial, les vieillards vinrent heurter à la porte de leur fils. On les reçut, mais de mauvaise grâce : on les nourrit un peu de temps ; on leur fit sentir vite qu’ils étaient à charge. Le sire de Lassaraz, de concert avec sa femme, aussi impitoyable que lui, ne tarda pas à chasser de sa maison son père et sa mère. L’hiver n’avait pas encore diminué de rigueur. On mit les vieillards dehors, à demi-vêtus, l’estomac vide ; et on refusa, par ordre du maître, de leur donner des provisions.

Pendant qu’ils cheminaient en pleurant, dans la brume obscure, à travers les sentiers glacés, le sire de Lassaraz se félicitait du parti qu’il venait de prendre, et devant un foyer ardent il se mettait à table pour souper. On servit devant lui un pâté de belle apparence ; un pot de bière mousseuse pétillait à côté. Il se plaça devant son pâté ; il se mit à l’ouvrir, avec cet empressement que donne aux âmes grossières l’espoir d’un plaisir sensuel.

Mais il n’eut pas plus tôt soulevé la croûte épaisse qui couvrait le pâté qu’il se rejeta en arrière avec un cri effroyable. Sa femme, le regardant, fut frappée de terreur et appela du secours. Deux crapauds s’étaient élancés du pâté, et, fixés aux joues du guerrier, ils paraissaient envoyés là par quelque puissance suprême. La jeune femme, après avoir surmonté le dégoût que lui inspiraient ces deux monstres, fit tous ses efforts pour les arracher de la place qu’ils avaient mordue et qu’ils semblaient dévorer, eu couvrant de leurs yeux implacables les yeux sanglants du chevalier : les tentatives de la dame furent vaines ; les serviteurs de la maison ne réussirent pas davantage.

Le guerrier, après deux heures de honte et de souffrance, songea enfin à sa cruauté filiale et se demanda si ce qui lui arrivait n’était pas un châtiment de Dieu. Il fit appeler un prêtre. Le curé d’un hameau voisin s’empressa devenir. Il entendit la confession du parricide ; mais, n’osant pas absoudre un cas si grave, il renvoya le coupable à l’évêque de Lausanne. Le sire de Lassaraz, à l’aube du jour, se mit en chemin avec un commencement de repentir dans le cœur. Ses deux crapauds ne le quittaient point. Conduit par sa femme, il était obligé de se voiler le visage en marchant, pour n’être pas un objet de risée et de mépris. L’évêque le reçut ; mais, informé de son crime, il n’osa pas non plus prononcer sur lui les paroles qui délient. « « Le pape seul peut vous juger ici-bas », dit il ; et le pénitent fut obligé d’aller à Rome.

Durant ce long voyage, il réfléchit profondément, courbé sous l’opprobre et la douleur, à sa dureté infâme pour les auteurs de ses jours. Il se jeta aux genoux du père commun des fidèles, pénétré de remords. Le pape lui imposa, pour mériter l’absolution de son crime, une austère pénitence ; puis il lui dit : « Allez trouver maintenant votre père et votre mère ; s’ils vous pardonnent, le signe qui vous a été mis tombera. »

téléchargement (6)Le sire de Lassaraz revint en Suisse avec sa femme. Mais où découvrir les vieillards qu’il avait chassés ? Pendant trois mois, il les chercha avec persévérance. Enfin, dans un ermitage écarté, il trouva deux cadavres, un vieil homme et une vieille femme morts depuis longtemps de faim et de froid. C’était son père et sa mère. Il tomba à genoux et pleura toute la nuit. Au matin, les deux crapauds se détachèrent de ses joues ; et ; comme si l’expiation n’eût pas été suffisante, les deux monstres, ne quittant pas leur victime, se glissèrent à ses reins, s’y attachèrent, et y demeurèrent vingt ans encore.

Alors seulement le sire de Lassaraz fut tué par son fils, qui voulait avoir ses biens, et on découvrit les deux crapauds, qu’il cachait avec un soin extrême. L’héritier de Lassaraz périt dévoré par les ours. Le manoir passa dans une branche collatérale. Pour conserver, dit-on, le souvenir du parricide puni, on éleva dans l’église la statue d’un guerrier avec les deux crapauds aux joues et aux reins. Cette statue, renversée aux jours destructeurs de la réforme, a été retrouvée, comme nous l’avons dit, en 1835.

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L’enfant corse de Bergerat

Posté par francesca7 le 22 décembre 2013

L’enfant corse. Conte corse

par

Émile Bergerat

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Aimez-vous les histoires corses, ou, pour mieux dire, de vendetta corse ? En voici une qui m’arrive de l’île de Colomba, et précisément de Sartène, dernier refuge de ce pauvre banditisme contre lequel on mène si rude guerre. J’ai laissé là quelques amis qui m’entretiennent encore des choses et des gens du pays. Ça n’a pas changé, m’écrivent-ils, depuis votre voyage, en 1887, et nous restons fidèles à nos moeurs comme à nos coutumes ethniques qui sont les bonnes. La Corse est l’île de l’honneur. Jugez-en, d’ailleurs, une fois encore.

Dans le triangle de maquis montagneux inscrit entre Sartène, Porto-Vecchio et Bonifacio, et qui forme la pointe méridionale de l’île, il y a, sous un contrefort du mont Scopeto, un hameau de deux cents âmes divisées par une vendetta séculaire, celle des Arboli et des Marata.

Le village est considéré par eux comme terrain neutre. Ils y vivent en face les uns des autres, et leurs maisons se regardent. Si les femmes de chaque famille se rencontrent à la fontaine ou à l’église, sur la place, et même y causent ensemble, les enfants restent séparés dans leurs jeux, et singent naïvement la haine de leurs pères. Ils en hériteront. Du reste, l’école est lointaine, quatorze kilomètres, et ils n’y vont pas. Quant au catéchisme, le recteur est un Corse lui-même et, sur la question de la vendetta, il ferme l’Évangile et corne son bréviaire. Amen.

C’est donc hors du village que la chasse commence et que les Arboli et les Marata se guettent, aux coins des monts, le fusil au dos et la poire à poudre à la ceinture, depuis un temps immémorial. Ils ne savent même plus exactement eux-mêmes la cause originelle de leur animosité héréditaire. Ils ne cherchent pas à l’établir, encore moins à l’élucider ; le virus est dans le sang, il s’y perpétue de père en fils et jusqu’aux confins du cousinage. Le meurtre d’un Arboli nécessite celui d’un Marata, et vice versa, par loi de conséquence. Ça n’empêche pas de se reproduire dans chaque clan par des mariages, consanguins, d’ailleurs, que le curé bénit à vol de cloches.

Le pays où le Code Napoléon est le moins obéi est celui où son auteur est né. Quant aux gendarmes, ses organes bottés, vous devez vous rappeler encore en quel mépris on les tient dans l’île. En abattre un dans les lentisques parfumés, c’est acquérir une gloire à la Guillaume Tell, où le bon tireur s’exalte de l’homme libre.

Antonio Arboli, fils aîné du dernier Arboli, meurtrier du dernier Marata, – car nous en étions là, à Sartène, de leur duel centenaire, – s’étant payé, l’automne dernière, la peau buffletée de l’une de ces autorités ambulantes, avait pris le mâquis et il s’y terrait comme un lapin dans les romarins. Une battue stratégique, menée par un Pandore habile, le plus habile même que nous ayons, avait débusqué le jeune bandit de sa retraite. Cerné de toutes parts, il s’était réfugié chez le curé même de la paroisse, qui est un Arboli, et son parent. L’asile était bon et d’un choix ingénieux, car le prêtre n’était pas homme à laisser violer son presbytère ni par des civils, ni par des militaires, et il avait décroché à tout événement un lourd crucifix de bois, de fer et de bronze, qui pendait comme une hache de panoplie sur sa couchette.

Mais, la nuit venue, Antonio avait eu honte de la situation funeste où il plaçait le pauvre révérend en temps de République, et, bondissant par la lucarne du grenier, il avait pris sa course dans le village. Comme il passait devant la maison des Marata, il en vit la porte ouverte. Sur le seuil, Cara Marata, dame du logis, tordait le linge du mois, dont son petit garçon lui passait les pièces. L’enfant s’appelait Jean. Il avait six ans.

Antonio regarda la mère, et, d’un geste, sans un mot, il lui indiqua le presbytère, d’où venait un bruit de bottes et de sabres.

- Entre ! fit la femme corse.

Et elle tira la porte sur l’hôte.

Or, ne l’oubliez pas, le bandit traqué n’était autre que le fils aîné de l’Arboli qui avait tué le beau-père et oncle de Cara, soit le vieux Paolo Marata, propre père du chef actuel de la famille, père à son tour du petit Jean. Ce chef s’appelait lui aussi Paolo, comme le trépassé, et c’était entre lui et Antonio qu’était « la chemise sanglante ».

Donc Paolo rentra chez lui pour la soupe. – Journée perdue, fit-il, en déposant fusil et cartouchière. Je l’ai cherché là-haut, dans le mâquis, jusqu’à la chute de la lumière. Pas d’Antonio Marata. – Il est ici, dit simplement la femme. – Ah ! chez nous ? – Le village est occupé par la gendarmerie. Écoute. – Tu as bien fait, déclara Marata, un peu pâle. Mais je ne veux pas le voir. Cache-le bien et prends soin de lui. Je vais à Sartène et j’y resterai jusqu’à son départ. – Va, et sois tranquille, ils ne l’auront pas.

Puis, comme la gendarmerie y perdait son temps et ses peines, elle évacua le village.

L’enfant corse de Bergerat dans Corse 220px-Signature_BergeratLe lendemain, pourtant, le brigadier y reparut. Il était seul. Tout en feignant d’avouer sa déconvenue et ses excuses faites au curé, il se renseignait auprès des commères qui, chez nous comme ailleurs, sont bavardes autour des fontaines. Tout ce qu’il en apprit, cependant, c’était que la Gara Marata était allée étendre son linge au soleil sur les arbustes odorants de la montagne. Comme les Marata étaient notoirement les ennemis nés des Arboli, la nouvelle était pour lui sans indices. Quoiqu’il fût assuré que le bandit n’était pas sorti de la commune, il ne pouvait s’arrêter raisonnablement à l’idée qu’un Arboli fût caché chez un Marata, et surtout, s’il l’était, que son hôtesse eût laissé la maison déserte à la garde d’un enfant de six ans. Mais outre que le gendarme abattu par Antonio dans la brousse était son propre frère et que l’atmosphère même du pays activait son besoin de vengeance, il se méfiait terriblement des Corses, «capables de tout, disait-il, et bons à rien». Il fit donc à tout hasard un nouveau tour dans les rues du hameau et, parvenu devant l’habitation des Marata, il y vit le petit Jean à califourchon sur la balustrade de l’avancée en terrasse où se signe l’architecture locale de nos bastidons.

- Te voilà sur un beau cheval de pierre ! lui cria-t-il. Mais l’enfant, saisi de peur à la vue du bicorne symbolique, s’était enfui en lui faisant les cornes. – Attends, polisson ! Et le brigadier grimpa les degrés du perron. – Es-tu donc seul, fit-il, en lui pinçant l’oreille ? – Maman va venir. – Et c’est toi qui gardes la maison. A ton âge ? Tu dois t’ennuyer sans frère, soeur, ni camarades ? As-tu des joujoux ? Veux-tu que je t’en apporte d’Ajaccio ? – Oh oui ! si maman veut. – Eh bien ! mais il faut que j’y aille d’abord,à Ajaccio. Quelle heure est-il ?

Et le brigadier tira sa montre. Les yeux de Jean s’allumèrent comme tisons de braise. – C’est joli, hein ? Et ça chante. Écoute : tic. tac ; – Et il la lui mit à l’oreille. – La veux-tu ? – Oh ! oui, monsieur le gendarme. – Alors entrons.

Un quart d’heure après, Antonio Arboli, fortement garrotté, les cheveux pleins de paille et tout suant d’une lutte désespérée, descendait dans la rue sous le poing victorieux du gendarme et s’y rencontrait avec Cara Marata, muette d’épouvante. – Tu n’es pas une Corse, lui jeta-t-il. Mort aux Marata. Honte aux lâches.

L’enfant, sur le perron, écoutait, épanoui, le tic tac de la montre, et la malheureuse comprit. Elle hurla toute la nuit, comme une bête égorgée.

Au petit jour, Paolo parut : – Je sais, fit-il, j’ai vu passer Antonio enchaîné sur la place, à Sartène. Que tous les Marata soient ici, à midi, dans la maison de famille. Toi, femme, prépare l’enfant. – A quoi ? – Tu es sa mère. – Ah ! mon Dieu, Paolo, je n’ose deviner ! Mais nous n’avons que lui ! – Prépare l’enfant, te dis-je.

L’arrêt des Marata fut unanime.

Alors la mère, car il y en a de telles dans l’île de l’honneur, prit son petit sur les genoux, et doucement lui expliqua son crime. Elle lui dit en quoi il consistait, ce qui le rendait impardonnable, et de quel châtiment il fallait l’expier. – Tous les parents seront là pour te voir mourir, bien mourir, mon cher enfant. – Et toi, maman, y seras-tu ? – J’y serai, je te le promets. – Et mon papa ? – Ton papa aussi, fut la réponse. Et elle l’assura qu’il ne lui ferait pas de mal, il était le premier tireur de Corse, infaillible.

L’heure venue, ils conduisirent l’enfant au fond du jardin, les yeux bandés. Il avait demandé qu’on lui accrochât sur le coeur la montre « du méchant gendarme ». – Ne la manque pas, mon papa…

Et mon correspondant de Sartène termine par ce trait à la Mérimée : – Il n’a manqué ni la montre ni le coeur.

Description de cette image, également commentée ci-aprèsJe ne me dissimule pas l’effet de révolte sentimentale que ce récit, dont j’ai adouci de mon mieux la « corserie », produira sur les âmes un peu moites de la plupart des lecteurs. Nous sommes ici dans l’île escarpée de l’honneur, vertu bête qui, comme l’amour, échappe aux lois de la moralité et du reste n’à plus guère de poètes. Peut-être vaut-il mieux laisser au compte de l’imagination vieux jeu de mon propre romantisme une histoire qui trouvera peu de crédules. N’en parlons plus, oubliez-la, et rentrons dans la République d’affaires.

Légende corse / source BERGERAT, Émile (1845-1923) : L’enfant corse : Conte corse (1919).

 

 

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Qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son

Posté par francesca7 le 1 juin 2013

Qui n’entend qu’une cloche
n’entend qu’un son

Qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son dans CLOCHES de FRANCE cloche

Dans ce proverbe on compare la cloche à un discours unique d’après lequel il faudrait prendre une décision. En effet, un juge ne pourrait dans un procès se faire une opinion, rendre avec justice une sentence, ni condamner un accusé, s’il n’écoutait qu’une seule des deux parties et s’il n’avait entendu et apprécié la défense après l’accusation.

En toute circonstance, son devoir est de recueillir les dires des adversaires, d’étudier les témoignages et les documents les plus contradictoires avant de prononcer son arrêt.

Voici ce que dit à ce sujet le philosophe Sénèque :

Qui statuit aliquid, parte inaudita altera,
Aequum licet statuerit, haud aequus fuit,

ce qui veut dire : Prononcer sur le dire d’une partie, sans avoir entendu l’autre, c’est se montrer injuste, quoique d’ailleurs on eût prononcé avec justice.

Notre poète Corneille (XVIIe siècle) nous a laissé ces trois vers :

Quiconque, sans l’ouïr, condamne un criminel,
Son crime eût-il cent fois mérité le supplice,
D’un juste châtiment il fait une injustice.

Il n’est donc pas rare que la malignité s’attache après certaines personnes et ne cherche à nuire à leur réputation ; il serait alors souverainement injuste de condamner ces personnes, sans avoir vérifié si l’accusation portée contre elles est fondée. Il faut alors entendre les deux cloches.

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Crime et Châtiment de 1956

Posté par francesca7 le 20 avril 2013

Drame de 1956 durée 110′ N&B

            Sortie le 04 décembre 1956

 Crime et Châtiment de 1956 dans CINEMA FRANCAIS crime-et-chatiment1

Réalisation de Georges LAMPIN

D’après l’œuvre de Fédor DOSTOÏEVSKY

Scénario et dialogues de Charles SPAAK

Directeur de la photographie Claude RENOIR

Musique de Maurice THIRIET

avec

Jean GABIN

Marina VLADY

Bernard BLIER

Roland LESAFFRE

Robert HOSSEIN

Gaby MORLAY

Yvette ETIÉVANT

Gabrielle FONTAN

Albert RÉMY

Lino VENTURA

Gérard BLAIN

Julien CARETTE

Léonce CORNE

Robert DHÉRY

Marie-José NAT

Jacques HILLING

Jacques DYNAM

René HELL

Jean SYLVÈRE

Guy FAVIÈRES

Jacques DHÉRY

Eugène STUBER

Eugène YVERNÈS

Jean ROLLIN

René HAVARD

Ulla JACOBSSON

Suzanne LAFORÊT

Danièle PAREZE

Résumé

 Un étudiant pauvre et tourmenté, René Brunel, tue une vieille usurière, Madame Orvet. Il ne touche pas à l’argent volé mais subit une torture morale de plus en plus insoutenable.

 Le commissaire Gallet le soupçonne mais n’a pas de preuves, d’autant plus qu’un jeune peintre à l’esprit faible, André Lesur, vient d’être arrêté et a avoué.

 Lili, une jeune prostituée à la foi peu commune influencera René qui ira, libérer sa conscience chez le commissaire.

Ce film est librement inspiré du roman éponyme publié par Fiodor Dostoïevski en 1866.

La douleur psychologique qui poursuit Raskolnikov est une thématique chère à Dostoïevski et se retrouve dans d’autres de ses œuvres, comme Les Carnets du sous-sol et Les Frères Karamazov(son comportement ressemble beaucoup à celui d’Ivan Karamazov). Il se fait souffrir en tuant la prêteuse sur gage et en vivant dans la déchéance, alors qu’une vie honnête mais commune s’offre à lui. Razoumikhine était dans la même situation que Raskolnikov et vivait beaucoup mieux, et quand Razoumikhine lui propose de lui trouver un emploi, Raskolnikov refuse et convainc la police qu’il est le meurtrier, alors qu’elle n’avait aucune preuve. Il essaye en permanence de franchir les frontières de ce qu’il peut ou ne peut pas faire (tout au long du récit, il se mesure à la peur qui le tenaille, et tente de la dépasser), et sa dépravation (en référence à son irrationalité et sa paranoïa) est souvent interprétée comme une expression de sa conscience transcendante et un rejet de la rationalité et de la raison. C’est un thème de réflexion fréquent de l’existentialisme.

Analyse :

Friedrich Nietzsche fit l’éloge des écrits de Dostoïevski (« Dostoïevski est la seule personne qui m’ait appris quelque chose en psychologie ») en dépit de leur théisme et Walter Kaufmann considérait les œuvres de Dostoïevski comme la source d’inspiration de la Métamorphose de Franz Kafka. Raskolnikov pense que les grands hommes peuvent se permettre de défier la moralité et la loi, comme il le fait en tuant quelqu’un. Dostoïevski utilise aussi Sonia pour montrer que seule la foi en Dieu peut sauver l’homme de sa dépravation, ce en quoi Dostoïevski diffère de nombreux autres existentialistes. Bien que cette philosophie particulière soit propre à Dostoïevski, parce qu’elle insiste sur le christianisme et l’existentialisme (le point de savoir si Dostoïevski est un vrai existentialiste est débattu), des thèmes comparables peuvent être trouvés dans les écrits de Jean-Paul Sartre, d’Albert CamusHermann Hesse et de Franz Kafka.

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