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Une conception Historique de la Côte d’or

Posté par francesca7 le 21 avril 2016

 

Par sa position géographique, la richesse et l’étendue de son territoire, l’importance de ses villes, le département de la Côte-d’Or est celui dans lequel se caractérise le plus la physionomie historique de l’ancienne Bourgogne. Avant la conquête romaine et l’invasion des Burgondes, qui ont laissé leur nom à la province où ils s’installèrent, cette contrée, comprise dans la Gaule celtiques était habitée par les Lingons, tribu vaillante, fort ancienne, et qui se partageait avec les Séquanais et les Éduens toute la région orientale de la France actuelle.

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La religion, les mœurs des Lingons étaient celles des autres peuples de la Gaule ; ils croyaient à l’unité de Dieu et à l’immortalité de l’âme ; ils avaient une espèce de royauté élective et responsable, dont le pouvoir civil, judiciaire et militaire, était, en beaucoup de cas subordonné à l’autorité religieuse du grand prêtre, chef des druides. L’esprit belliqueux et entreprenant de ces populations les avait souvent entraînées dans de lointaines expéditions. Longtemps ils furent conquérants avant d’être conquis à leur tour. 590 ans avant l’ère chrétienne, Sigovèse avait établi des colonies dans la Bohème et la Bavière, et Bellovèse avait fondé plusieurs villes dans le nord et l’est de l’Italie. Brennus avait pris Rome. Deux autres chefs gaulois, Léonoius et Lutarius, avaient pénétré jusqu’à Delphes, en Asie, et y avaient constitué la tétrarchie des Galates. Les Linons avaient figuré dans toutes ces entreprises, et on leur attribuait spécialement la fondation des villes d’Imola et de Budrio.

Lorsque l’invasion des Helvètes les menaces d `Arioviste, chef des Suèves, et la rivalité entre les Êduens et les Arvernes eurent amené sur les bords de la Saône les Romains déjà maîtres de la Gaule Narbonnaise, les Lingons furent un des premiers peuples auxquels ils offrirent leur amitié. Le respect qu’ils professèrent dans les premiers temps pour les coutumes et l’indépendance de leurs nouveaux alliés établit entre les deux nations l’union la plus cordiale et la plus sympathique. Des volontaires lingons se joignirent aux Éduens, qui voulurent accompagner César dans sa descente en Grande-Bretagne. Dans la guerre même de l’indépendance, guerre dont Vercingétorix fut le héros et la victime, les Lingons restèrent fidèles à la foi promise, malgré l’exemple que leur donnaient les Éduens, ces vieux alliés de Rome, qui se repentaient, mais trop tard, d’avoir été les premiers à accepter le patronage de tels voisins.

GauloisLes Lingons s’attachèrent plus étroitement à la fortune du conquérant des Gaules, qui sut avec tant d’habileté recruter ses légions parmi ceux qu’il venait de vaincre. Ils combattirent pour lui à Pharsale ; et si les trésors de la Gaule, si Vercingétorix enchaîné, figurèrent dans le cortège du triomphateur, on vit aussi plus d’un Gaulois quitter ses braies pour revêtir la toge du sénateur. C’est par les séductions de la paix que César voulait achever l’oeuvre de ses victoires. Les provinces gauloises furent administrées sous son règne avec la plus grande douceur. On n’enleva aux populations ni leurs terres ni leurs droits municipaux. Les grands furent dédommagés, par des titres et par des honneurs nouveaux, des dignités qu’ils avaient perdues. L’agriculture fut exercée dans les mêmes conditions qu’en Italie ; la navigation était libre sur le Rhône, la Saône, la Loire, même sur l’Océan.

Aussi les luttes du second triumvirat n’eurent-elles aucun retentissement dans la Gaule épuisée et assoupie. Auguste continua la politique de César. il fit plusieurs voyages et de longs séjours dans la Gaule, défendit ses frontières contre les Germains, y appela de nombreuses colonies, embellit les villes, en fonda de nouvelles, couvrit le pays de larges et magnifiques routes, imposa, enfin, sa domination avec tant d’habileté qu’à sa mort les vaincus avaient adopté les mœurs, les habillements, la religion et les lois des vainqueurs. La tyrannie, les exactions de Tibère et de Néron suscitèrent les révoltes promptement comprimées de Sacrovir et de Vindex. Le vieux sang gaulois était appauvri et vicié ; pour le rajeunir, il fallait d’autres éléments que l’influence d’une civilisation corruptrice et le contact des races abâtardies de la Rome des Césars.

Le seul épisode qui mérite d’arrêter les regards dans cette longue période de servitude et d’abjection est l’audacieuse tentative de Sabinus et le dévouement héroïque d’Éponine, son épouse. L’incendie du Capitole, qui avait marqué la mort de Vitellius, était représenté par quelques vieux druides comme un présage de ruine pour la puissance romaine. Les Lingons prirent les armes et choisirent pour chef Sabinus, leur compatriote, qu’on prétendait issu de Jules César. Ceux de Trèves se joignirent à eux ; mais les Séquanais et les Autunois, dont Sabinus avait autrefois pris d’assaut la capitale, marchèrent contre les révoltés et les défirent. Les Lingons se réconcilièrent avec Domitien en lui envoyant un secours de 70 000 hommes contre les barbares qui menaçaient les frontières romaines.

C’est vers cette époque, au moment même où l’oeuvre de dissolution semble accomplie, que commencent à apparaître les premiers symptômes de régénération. On fait remonter à la fin du ne siècle les premières prédications de l’Évangile en Bourgogne. La tradition la plus probable et la plus répandue donne à cette province pour premiers apôtres les disciples de saint Polycarpe, évêque de Smyrne, qui, après avoir pénétré dans la Gaule par le Vivarais, et ayant trouvé l’Église de Lyon déjà florissante, grâce aux prédications de Pothin et d’Irénée, s’avancèrent jusqu’à Autun, et de là se partagèrent la gloire et les périls de la conversion du pays Autun eut pour martyr un des premiers néophytes, le jeune Symphorien. Andoche et Thyrse, ses maîtres dans la foi, périrent à Saulieu, et Bénigne, leur compagnon, à Dijon, vers 178, sous le règne de Marc Aurèle. Le sang des victimes fut une semence féconde de chrétiens, et lorsque, en 311, Constantin donna la paix à l’Église, chaque ville, après avoir eu son martyr, avait enfin son pasteur.

Pendant que ces germes de salut se développaient, pendant que cette force inconnue grandissait dans l’ombre, rien ne saurait donner une idée de l’horrible confusion au milieu de laquelle agonisait le vieil empire romain séditions des légions nommant chacune leur empereur, guerres civiles, déchirement des provinces, pestes, famines, exactions. Le vieux monde se précipitait dans le christianisme comme dans un, refuge ; mais ce monde était trop usé, trop fini, trop bien mort pour apporter à la foi nouvelle la force d’expansion nécessaire à la reconstitution d’une autre société ; c’est alors qu’arrivent les barbares.

Alains, Vandales, Suèves, Gépides franchissent le Rhin, descendent des Alpes, pénètrent jusqu’en Espagne, jusqu’en Afrique, sans que la Saône ou le Rhône les arrêtent, sans laisser d’autres traces de leur passage que des monceaux de ruines. Derrière eux s’avance lentement une lourde armée de géants ; c’étaient les Burgondes. Pline en fait la principale tribu des Vandales ; Procope et Zosime les disent également Germains d’origine et de nation vandale. Voici le tableau qu’en a tracé le savant et consciencieux historien de la Bourgogne, Courtépée :

FORET COTE D'OR« Ces peuples, nés au milieu des forêts, étaient ennemis de la contrainte ; la liberté faisait tout leur bonheur, la chasse leur occupation, les troupeaux et les esclaves leurs richesses. Sans patrie et sans demeure fixe, ils ne redoutaient que la servitude. Ils n’avaient aucun art agréable ; mais ils pratiquaient l’hospitalité et toutes les vertus des peuples sauvages. Ils n’avaient pour arme que la framée, espèce de lance ou de halle- barde, la fronde, l’épieu, la hache, qui servaient également pour attaquer, pour se défendre et pour bâtir leurs maisons. Ils marchaient toujours armés, usage qu’ils conservèrent après leur conquête.

« On dit qu’ils portaient la figure d’un chat sur leurs boucliers, emblème de la liberté qu’ils voulaient conserver partout. Ils avaient des chefs, mais ils n’avaient point de maîtres. Ces chefs, qui prenaient le titre de hendin, furent d’abord électifs. Leur autorité n’avait d’autre terme que celui du bonheur de la nation. Ils n’étaient pas seulement comptables de leurs fautes personnelles, ils l’étaient aussi des caprices de la fortune ou des fléaux de la nature. On les déposait lorsqu’ils avaient perdu une bataille ou mal réussi dans leurs entreprises, ou dans un temps de stérilité. Leurs prêtres étaient traités bien plus favorablement. Le pontife, nommé sinist, était perpétuel ; son pouvoir surpassait celui du hendin, et s’étendait au droit de punir les coupables : le respect des peuples le mettait lui-même à l’abri de toute révolution. »

Tel était le peuple qui devait conquérir une partie si importante de la Gaule. Des bords de la Vistule et de l’Oder il arriva, vers 275, sur les bords du Rhin, fit plusieurs tentatives infructueuses pour le franchir, et s’établit sur la rive droite, où il demeura jusqu’en 407. C’est pendant les dernières années de ce séjour que la religion du Christ pénétra chez les Burgondes ; ils avaient entendu parler d’un Dieu puissant dont le culte s’était nouvellement établi dans les Gaules. Ils envoyèrent des députés aux évêques voisins pour se faire instruire ; et ceux-ci, ayant été baptisés, rapportèrent la foi à leurs compatriotes.

Quoiqu’on ignore la date précise de leur conversion, elle est généralement attribuée aux prédications de saint Sévère, évêque de Trèves en 401. Quelques années après, Stilicon, général des armées romaines, Vandale d’origine, devenu tuteur d’Honorius, fit alliance avec les Alains, les Suèves, les Vandales, et les appela dans les Gaules pour l’aider à placer sur le trône impérial son propre fils Euchérius. Les Burgondes franchirent alors le Rhin à la suite des autres barbares ; ils se rendirent maîtres, presque sans obstacle, des pays situées entre le haut Rhin, le Rhône et là Saône Impuissant à leur résister, le patrice Constance, général d’Honorius, fit avec eux un traité solennel, qui leur assurait à titre d’hôtes et de confédérés la possession de presque tout le territoire dont ils s’étaient emparés.

Ils élurent alors un roi ; leur choix tomba sur Gondicaire, le même sans doute qui était hendin lors du passage du Rhin en 407, et qu’on peut regarder comme le fondateur de la première monarchie bourguignonne. Trois nations différentes vivaient donc alors sur le même sol – les Gaulois, les Romains et ces nouveaux conquérants, les Burgondes. C’est de la fusion de ces éléments divers que se forma la race régénérée.

Gondicaire justifia par sa conduite habile le choix de ses compatriotes. Sa capitale et sa résidence fut d’abord Genève, qui était alors au centre de ses États ; plus tard, ayant soumis toute la province lyonnaise, il transféra à Vienne, en Dauphiné, le siège de la monarchie, se rendit maître d’Autun et de toute la Séquanaise, porta ses armes jusque dans la Belgique et le pays de Metz, et ne fut arrêté dans ses conquêtes que par le patrice Aétius, qui, justement alarmé des envahissements de ses anciens alliés, leur déclara la guerre et les défit dans une sanglante bataille, en 435.

Vainqueurs et vaincus se réunirent bientôt contre un ennemi qui les menaçait tous ; les Huns se montraient de nouveau sur le Rhin ; Gondicaire avait été tué avec vingt mille des siens en s’opposant à leur passage ; Gondioc, son fils et son successeur, associa ses efforts à ceux d’Aétius pour combattre Attila, et partagea la gloire de la fameuse journée des plaines catalauniques. Fidèle aux traditions paternelles, il utilisa habilement les années de paix qui suivirent celte rude secousse.

C’est de ce règne que date la répartition territoriale et cette législation bourguignonne si profondément enracinée dans les moeurs du pays que, dans plusieurs de ses parties, elle a continué à régir la province jusqu’à la Révolution. de 1789. Gondioc se rit nommer patrice par les Romains, et obtint du souverain pontife le titre de fils. Il réunit à sa couronne le pays des Lingons, celui des Éduens, le Nivernais, le reste de la Lyonnaise et une partie de la Narbonnaise, de sorte que son empire avait au midi la Méditerranée pour limite. Il mourut à Vienne vers 470, laissant quatre fils qui se partagèrent ses vastes États.

BOURGOGNE COMTELa Bourgogne et la Comté échurent à Gondebaud, patrice et maître de la milice dès 473, arbitre des destinées à de l’empire qu’il fit donner à Glycérius, et, en 476, souverain indépendant lors de la ruine de la puissance romaine sous Augustule. Le bien qu’on pouvait attendre de la position ainsi simplifiée fut considérablement atténué par les dissensions qui éclatèrent entre Gondebaud et ses frères. Celui-ci, après avoir triomphé de toutes les agressions, ensanglante ses victoires par des violences que la barbarie du temps peut expliquer, mais que ne saurait justifier l’histoire.

Les représailles, au reste, ne se firent pas attendre. Clotilde, seconde fille de Chilpéric, un des frères de Gondebaud, qui avait eu en partage Genève, la Savoie et une partie de la Provence, après avoir échappé au’ massacre de sa famille vaincue et dépossédée, était devenue la femme de Clovis, chef des Francs. Cette princesse poursuivit avec une persévérance infatigable l’œuvre de vengeance qu’elle semblait s’être imposée, usant de toute l’influence qu’elle exerçait sur son époux pour l’armer contre son oncle, suscitant les scrupules du clergé de Bourgogne contre l’arianisme qu’avait embrassé Gondebaud, éveillant toutes les convoitises, envenimant toutes les haines contre celui dont elle s’était promis la perte. Gondebaud déjoua toutes les intrigues, repoussa toutes les attaques et lassa pour un temps cette implacable hostilité.

L’histoire de son règne peut se diviser en deux parties : la période belliqueuse, toute remplie des luttes dont nous venons d’énoncer l’origine et les résultats ; la période pacifique, consacrée à l’organisation administrative et judiciaire du royaume de Bourgogne. C’est dans cette dernière surtout qu’il faut chercher les titres de Gondebaud aux souvenirs de l’histoire ; il compléta, dans un esprit remarquable de justice et d’humanité, l’oeuvre commencée par son père ; il réunit ses ordonnances modifiées et les édits nombreux qu’il rendit lui-même dans une espèce de code devenu célèbre sous le nom de Loi Gombette. Ce règne, pendant lequel l’agriculture fut puissamment encouragée, les ruines des villes relevées, d’innombrables établissements ecclésiastiques fondés, marque l’apogée de la monarchie de Gondicaire.

Gondebaud mourut à Genève en 516 ; il eut encore deux successeurs, Sigismond et Gondemar ; mais l’inaction de l’un et la faiblesse de l’autre rendirent la tâche facile à la vengeance inassouvie de Clotilde et à l’ardeur conquérante des Francs. En 534, Clotaire et Childebert rassemblèrent leurs forces et envahirent la Bourgogne ; une seule bataille leur livra le pays. Gondemar alla s’enfermer dans Autun, où il tenta de résister aux fils de Clotilde ; mais ce dernier effort fut si peu vigoureux, si peu retentissant, qu’en enregistrant sa défaite, l’histoire reste muette sur les destinées du vaincu. En lui, s’éteignit la race de Gondicaire ; avec lui finit le royaume de Bourgogne, qui avait duré 120 ans.

Les princes francs se partagèrent les dépouilles de Gondemari Théodebert, roi de Metz, eut Besançon, Langres, Châlon, Genève et Viviers et Childebert, roi de Paris, et Clotaire, roi de Soissons, eurent le reste jusqu’au moment où ce dernier réunit sous son sceptre les États de ses frères. Un nouveau partage, qui eut lieu à sa mort en 562, constitua un second royaume de Bourgogne au bénéfice de son second fils, Gontran, possesseur en outre d’Orléans et du territoire de Sens.

Rien de plus lugubre à la fois et de plus confus que les annales de cette dynastie mérovingienne des rois de Bourgogne. La seule figure de Gontran repose le regard épouvanté de toutes les horreurs qui signalent la longue et sanglante rivalité de Frédégonde et de Brunehaut. Le peuple l’aimait, disent les chroniques du temps ; quand il approchait d’une ville, les habitants allaient au-devant de lui avec des bannières en criant : Noël ! Après sa mort,’ il fut mis au nombre des saints ; et, cependant, on rapporte que la dernière de ses trois femmes, la belle Austrégide, lui ayant demandé comme grâce en mourant de faire périr ses deux médecins, parce qu’ils n’avaient pas eu l’habileté de la guérir, il eut la faiblesse d’accomplir ce vœu barbare ; ajoutons que c’est le premier prince qui se soit fait entourer de gardes.

Childebert, sans changer son titre de roi d’Austrasie, hérita de la plus grande partie de la haute Bourgogne, qu’il conserva seulement trois ans et quelques mois. Thierry, son second fils, est le deuxième prince mérovingien qui soit désigné sous le nom de roi de Bourgogne et d’Orléans ; il se laisse diriger par Brunehaut, son aïeule ; l’histoire de son règne n’est qu’un tissu de trahisons, de massacres et d’atrocités de tout genre. Il meurt subitement à Metz d’un flux de sang, à l’âge de vingt-six ans, après en avoir régné dix-huit, et précédant. de quelques mois seulement dans le tombeau sa terrible aïeule, dont fait justice à son tour Clotaire II, fils de Frédégonde.

palais-La première apparition des maires du palais à la cour de Bourgogne se rattache au règne de Thierry ; et ce sont les intrigues de Varnachaire II, revêtu de cette dignité, qui livrent Brunehaut à Clotaire et facilitent à ce prince, par la défaite des fils de Thierry, la réunion de la Bourgogne à la France. Les deux royaumes sont régis par le même sceptre et suivent les mêmes destinées jusqu’à la fin du IXe siècle, époque de la constitution des grands établissements féodaux sous les successeurs de Charlemagne.

Charles le Chauve avait trouvé dans la fidélité de la noblesse bourguignonne un précieux appui contre les attaques de Louis le Germanique ; mais toutes les leçons de l’expérience étaient perdues pour ce prince incapable. Son fils, Louis le Bègue, ne comprit pas davantage la nécessité. de réunir en faisceau les forces éparses de la monarchie défaillante. Sous son règne, la confusion et l’anarchie augmentèrent encore, le morcellement du territoire ne rencontra plus d’obstacle. Trois nouveaux royaumes furent formés avec les débris de l’ancien royaume de Bourgogne : celui de Provence ou de Bourgogne cisjurane, par Boson, élu roi au concile de Mantaille, en 879 ; celui de Bourgogne transjurane, par Rodolphe, couronné à Saint-Maurice, en Valais, en 888 ; et celui d’Arles, composé des deux premiers, en 930. Quant à la Bourgogne proprement dite, elle resta sous le gouvernement des ducs héréditaires, dont nous avons ici principalement à nous occuper.

L’origine des premiers ducs de Bourgogne était illustre, et ce qui vaut mieux encore, nous retrouvons là, comme à la souche de presque toutes les grandes dynasties féodales, un de ces hommes auxquels il n’a manqué qu’un autre théâtre pour que l’histoire les mette au rang de ses héros. Richard le Justicier, comte d’Autun, était fils de Beuves, comte d’Ardenne, frère de Boson, roi de Provence, et sa soeur Richilde avait épousé Charles le Chauve en 870.

Sans vouloir nier ce que ces hautes alliances durent ajouter à son crédit, on peut dire qu’il fut surtout le fils de ses œuvres. Sincèrement et loyalement dévoué au roi son bienfaiteur, il le défendit contre les entreprises de sa propre famille. Il battit, en 880, les troupes de son frère Boson près de la Saône, mit garnison dans Mâcon au nom des rois Louis et Carloman, et donna le gouvernement de cette ville à Bernard, dit Plantevelue, tige des comtes héréditaires de Mâcon. Après s’être emparé de Lyon, il assiégea Vienne, dont il chassa Boson, et emmena prisonnière à Autun sa femme Hermangarde avec ses enfants, en 882. Il secourut Charles le Simple contre Eudes, comte de Paris, défit une première fois, en 888, dans les plaines de Saint-Florentin, les Normands, qui avaient pénétré dans la Bourgogne et dévasté Bèze ; remporta de nouvelles victoires sur eux, avec l’aide des, Auxerrois conduits par leur évêque Géran, gagna, contre le fameux chef Rollon, une bataille décisive auprès de Chartres, et fit lever le siège de cette ville en 911.

Étant à l’agonie, et les évêques l’exhortant à demander pardon à Dieu d’avoir versé tant de sang humain : Quand j’ai fait mourir un brigand, répondit-il, j’ai sauvé la vie aux honnêtes gens, la mort d’un seul ayant empêché ses complices de faire plus de mal. Il mourut à Auxerre en 921, laissant de sa femme Adélaïde soeur de Rodolphe Ier roi de la Bourgogne transjurane, trois fils : Raoul, son successeur, qui devint ensuite roi de France, Hugues le Noir et Boson.

Les ducs bénéficiaires de Bourgogne furent au nombre de sept, et régnèrent, de 880 à 1032, dans, l’ordre suivant : après Richard, Raoul le Noble, qui fut roi pendant la captivité de Charles le Simple à Péronne ; il eut pour successeur son beau-frère, Gilbert de Vergy, qui maria sa fille aînée à Othon, fils de Hugues le Grand ; Hugues le Noir, second fils de Richard, occupa pendant quelque temps le duché à la mort de Gilbert, plutôt comme usurpateur que comme héritier ; il en fut dépossédé par Louis d’Outre-mer au profit de Hugues le Blanc ou le Grand, cinquième duc.

On connaît la haute fortune de cette maison : pendant que Hugues Capet mettait la couronne de France sur sa tête, ses deux frères, Othon et Henri, possédaient successivement le duché de Bourgogne. La mort du septième et dernier duc Henri fut le signal de violentes contestations, de luttes sanglantes et d’une nouvelle répartition territoriale. Il avait laissé un fils adoptif, Othe-Guillaume, qui, soutenu par une partie des populations et les sympathies de la noblesse, prétendait à la succession de Henri ; le roi Robert, neveu paternel du duc, revendiquait de son côté l’héritage comme étant son plus proche parent ; la guerre éclata ; enfin, après treize ans d’une lutte indécise et ruineuse, l’intervention de l’évêque d’Auxerre amena un arrangement en vertu duquel le duché de Bourgogne était restitué à Robert, tandis que Othe conservait viagèrement le comté de Dijon.

Par une singulière coïncidence, à peu près à la même époque où le duché bénéficiaire prenait fin par sa réunion au domaine de la couronne, le second royaume de Bourgogne s’éteignait, après cent cinquante ans de durée, dans la personne d’Eudes, comte de Troyes, tué dans sa lutte contre Conrad II. Des débris de ce royaume furent formés les comtés de Provence, de Savoie, de Viennois, de Bourgogne ou Franche-Comté ; le reste fut réuni par Conrad à l’Empire. Ce comté de Bourgogne fut donné aux descendants de Othe en échange du comté de Dijon, et Lambert, évêque de Langres, ayant remis au roi Robert tous les droits qu’il possédait sur cette ville, ce prince en fit, au préjudice d’Autun, la capitale du duché qu’il donna à son fils Henri.

Le règne de Robert forme donc une des époques les plus importantes de l’histoire de Bourgogne : démembrement et fin du second royaume de Bourgogne ; formation d’un comté et transformation du duché bénéficiaire fondé par Richard le Justicier en un duché héréditaire qui va devenir l’apanage des princes du sang royal. Tels sont les faits essentiels qui se rapportent à cette date.

220px-Henry1Henri Ier, fils aîné de Robert, nommé duc de Bourgogne en 1015, et devenu roi de France en 1031, céda son duché à son frère Robert, tige d’une dynastie de douze ducs, qui possédèrent la province de 1032 à 1361. Les termes de la charte d’octroi portent que le duché est donné pour en jouir en pleine propriété et passer à ses héritiers. Robert Ier, premier duc de la première race royale, usa assez tyranniquement de sa souveraineté ; son règne fut tout rempli de violents démêlés avec les Auxerrois ; il mourut à FIeurey-sur-Ouche, en 1075, après un règne de quarante-trois. ans, d’un accident tragique et honteux que l’histoire n’explique pas.

Son petit-fils, Hugues Ier, s’appliqua, par la sagesse et la douceur de son administration, à faire oublier les violences de son aïeul ; il prêta volontairement serment de maintenir les droits et privilèges de la province, et commit à six barons l’autorité de réprimer, même par les armes, les empiétements de ses successeurs. Après avoir remis son duché à Eudes Ier, son frère, il se retira, en 1078, à Cluny, sous la discipline de saint Hugues, son grand-oncle. Le plus éloquent éloge des vertus de ce prince est dans les phrases suivantes d’une lettre que le pape Grégoire VII écrivait à l’abbé de Cluny, pour lui reprocher d’avoir encouragé la résolution de Hugues : « Vous avez enlevé le duc à la Bourgogne, et par là vous ôtez à cent mille chrétiens leur unique protecteur. Si vous ne vouliez pas exécuter mes ordres qui vous le défendaient, au moins eussiez-vous dû être sensible et céder aux gémissements des pauvres, aux larmes des veuves et aux cris des orphelins. »

Les ravages d’une peste horrible, qu’on appela le feu sacré, et la fondation de l’ordre des chartreux par saint Bruno sont les événements les plus importants qui se rattachent à ce règne. Eudes se croisa et alla mourir à Tarse, en Cilicie, en 1102. Hugues II, son fils, mérita le surnom de Pacifique. Il fut l’ami de saint Bernard et s’occupa beaucoup de pieuses fondations.

L’aîné de ses fils et son successeur, Eudes II, hérita de ses vertus. Quoiqu’il se soit décidé deux fois à faire la guerre, d’abord pour consacrer ses droits de suzeraineté sur Saint-Germain d’Auxerre, Saint-Florentin et le comté de Troyes, que lui contestait Thibaut, son beau-père, et ensuite pour aller délivrer des Sarrasins son cousin Alphonse de Portugal, il prouva qu’il estimait les bienfaits de la paix à. leur juste valeur en refusant de céder au grand entraÎnement qui poussait vers la terre sainte les rois, princes et seigneurs de son temps. Il préféra le bonheur de ses sujets à une gloire incertaine, s’appliqua à faire régner l’union et la prospérité autour de lui, et paya sa dette à la religion en fondant de nouveaux monastères, en dotant ceux qui existaient déjà, en achevant les constructions commencées, et notamment la cathédrale d’Autun.

Hugues III, son fils, dont le règne commença en 1168, sut moins bien résister à la contagion des exemples ; il guerroya contre les grands vassaux ses voisins, prit la croix en 1178. Rejeté en France par une violente tempête, il revint bâtir la Sainte-Chapelle de Dijon, en accomplissement d’un vœu qu’il avait fait au moment du danger. En 1190, il repartit avec Philippe-Auguste et assista à la prise de Saint-Jean-d’Acre, puis mourut à Tyr en 1192. Avant de quitter la Bourgogne, il avait constitué la commune de Dijon.

Hugues Ill semble revivre dans son fils Eudes III. Aventures lointaines, exploits guerriers, affranchissement des communes caractérisent ce règne comme le précédent. La participation à l’expédition qui plaça Baudouin sur le trône de Constantinople, la croisade contre les Albigeois avec Simon de Montfort, la glorieuse journée de Bouvines en sont les dates les plus éclatantes. Le règne de Hugues IV fut heureusement préparé par l’habile régence de sa mère, Alix de Vergy. Dès qu’il fut majeur, le prince confirma la commune de Dijon ; figura comme un des douze pairs au sacre de Louis IX, ajouta à ses domaines le comté d’Auxonne et fit reconnaître sa suzeraineté sur celui de Mâcon.

Hugues fut un des plus fidèles compagnons de saint Louis ; il partagea ses périls et sa captivité dans la première croisade. Le roi, de son côté, visita plusieurs fois la Bourgogne ; il y laissa de profonds souvenirs de sa sainteté et de sa justice. Hugues, après avoir refusé au pape Innocent IV fugitif un asile dans ses États, eut la faiblesse d’y accueillir, en qualité de. grand inquisiteur, un cordelier, Robert, fanatique et apostat, qui traînait avec lui une femme perdue ; ce ne fut qu’après de nombreuses exécutions et beaucoup de sang répandu que les impostures de ce misérable furent dévoilées. Cet épisode est une tache regrettable dans l’histoire de Hugues IV.

Robert II, troisième fils de Hugues, ne dut la tranquille possession du duché qu’à Philippe le Hardi, qui l’en déclara seul et légitime héritier, contre les prétentions de ses beaux-frères. Jamais liens plus étroits ne rattachèrent la maison de Bourgogne à celle de France. Robert avait épousé Agnès, fille de saint Louis, et il eut pour gendre Philippe de Valois, marié à Jeanne, sa Bonifatius_viii_papstfille, en 1315. L’intimité de ces alliances donnèrent à Robert une grande influence dans la direction des affaires de l’État. Après le mas sacre de s Vêpres siciliennes, il fat chargé d’aller secourir Charles de Naples. Philippe le Bel le nomma grand chambrier de France, gouverneur du Lyonnais, gardien du comté de Bourgogne, et, mission plus délicate, son principal intermédiaire dans ses démêlés avec Boniface VIII.

Quoique chargé de si graves intérêts, Robert ne négligea pas ceux de son duché ; un remaniement des monnaies et d’importants accroissements de territoire classent son règne parmi les plus glorieux de sa dynastie. Il eut neuf enfants, dont plusieurs moururent avant lui ; Hugues V, l’aîné des survivants, eut pour régente, pendant sa minorité, sa mère, Agnès. A peine majeur, il mourut, ne laissant de son règne si court que le souvenir de sa brillante réception comme chevalier, et comme date sanglante, la condamnation des templiers.

Eudes IV, son frère, prit aussitôt possession du duché. Agnès obtint qu’il transigeât avec les prétentions de Louis, son dernier frère, en lui abandonnant le château de Douesme avec une rente de 4 000 livres. A la mort de Louis le Hutin, Eudes, à défaut d’héritier mâle, voulut faire valoir les droits de Jeanne, sa nièce, fille du roi défunt. L’application de la loi salique, réclamée par Philippe le Long, régent du royaume, rendait vaines ses réclamations ; pour le dédommager, Philippe lui donna en mariage, avec 100 000 livres de dot, sa fille aînée, héritière par sa mère des comtés de Bourgogne et d’Artois. L’accord se rétablit, et la confiance royale valut dans la suite à Eudes une influence qu’il justifia par sa sagesse et sa capacité. Il mourut dans cette désastreuse année de laquelle un versificateur du temps a dit :

En trois cent quarante-neuf, « De cent ne demeuroient que neuf. »

Son fils aîné était mort trois ans auparavant d’une chute de cheval au siège d’Aiguillon, laissant pour héritier unique son fils, Philippe de Rouvres, âgé de cinq ans. La tutelle fut confiée d’abord à Jeanne de Boulogne, mère du jeune duc, et ensuite au roi Jean, qui épousa la noble veuve. Jean vint à Dijon, en 1350, et il jura publiquement, dans l’église de Saint-Bénigne, de conserver et maintenir les franchises, immunités et privilèges de la province.

Cette période est tout entière remplie par les calamités entraînaient pour la France les envahissements des Anglais ; la Bourgogne n’était pas plus épargnée Châtillon avait été brûlé, Tonnerre pillé, Flavigny était devenu la place d’armes de l’ennemi ; tout le pays étant ou envahi ou menacé, les trois ordres -des deux Bourgognes s’assemblèrent à Beaune, et on vota 200 000 moutons d’or, c’est-à-dire plus de 2 000 000 de livres, somme énorme pour le temps, comme rançon de la province. Ce fut au milieu de ces calamités que Philippe, ayant atteint l’âge fixé pour sa majorité (quinze ans), prit, en 1360, le gouvernement du duché. A peine venait-il de contracter avec Marguerite de Flandre l’union arrêtée depuis longtemps et de ramener son épouse dans son château de Rouvres, près de Dijon, qu’un accident, une chute, mit fin à ses jours, en 1361. Beaucoup d’espérances reposaient sur cette jeune tête ; son coeur semblait animé des plus nobles sentiments : « Il vécut peu, a dit un historien du temps, et fut longtemps regretté ».

Il fut le douzième et dernier duc de-la première race royale, qui avait régné trois cent vingt-neuf ans. Dès que le roi Jean apprit sa mort, il prit possession de ses États, non comme roi de France, mais comme plus proche parent du duc : Ratione proximitatis, non coronae nostrae, hommage éclatant rendu à l’indépendance de la Bourgogne comme État. Après le traité de Brétigny, il se rendit à Dijon, et là, solennellement et officiellement, il unit et incorpora, le duché à la couronne.

Cette annexion, but d’une ambition à courte vue, ne devait point encore être définitive, la pensée de constituer l’unité française était alors encore loin des meilleurs esprits ; le roi Jean, qui avait une prédilection marquée pour Philippe, son quatrième fils, lequel d’ailleurs l’avait vaillamment défendu à la bataille de Poitiers en 1356, et avait partagé sa captivité en Angleterre, lui donna le duché de Bourgogne à titre d’apanage, réversible à la couronne faute d’hoirs mâles, l’institua premier pair de France, dignité dont s’étaient prévalus dans plusieurs occasions les ducs d’Aquitaine et de Normandie.

Philippe, surnommé le Hardi, inaugura donc, en 1363, la seconde dynastie royale des ducs de Bourgogne. Après avoir, selon l’usage, prêté serment de respecter les privilèges provinciaux, il prit possession de ses vastes domaines. Les temps étaient critiques, mais l’occasion de se poser en libérateur n’en était que plus favorable pour quiconque parviendrait à calmer l’orage et à éloigner le péril. Philippe, aidé de Du Guesclin, débuta par purger le pays des bandes indisciplinées de routiers, écorcheurs et malandrins, qui le dévastaient ; il dompta ensuite la terrible Jacquerie, et, déjà renommé par ses exploits militaires, il consolida et agrandit sa puissance par son mariage avec Marguerite de Flandre.

Cette alliance ajoutait à ses États les comtés de Bourgogne, d’Artois, de Flandre, de Rethel, de Nevers, et en faisait un des souverains les plus redoutables de l’Europe. Le roi de France eut recours à lui contre les attaques des Anglais et du roi de Navarre, Charles le Mauvais. Philippe sut arrêter et contenir l’ennemi ; il triompha de, la patriotique révolte des Gantois, commandés par l’héroïque Artevelde. Il reçut, à Dijon, le roi Charles VI avec une magnificence qui devint traditionnelle à la cour de Bourgogne. Il acquit le Charolais, en 1390, au prix de soixante mille écus d’or. Il envoya son fils aîné, Jean, comte de Nevers, avec une armée au secours de Sigismond, roi de Hongrie, menacé par les musulmans. Pendant la maladie de Charles VI, il avait été choisi par les états généraux, en 1392, pour gouverner le royaume Cette préférence, en excitant la jalousie de la maison d’Orléans, devint la source d’une haine irréconciliable qu’en mourant il légua, héritage funeste, à son fils Jean sans Peur. Ce prince succéda à son père en 1406 ; il avait épousé, en 1385, Marguerite de Bavière, dont la dot grossissait ses États de trois comtés : le Hainaut, la Hollande et la Zélande. Ses premiers actes furent ceux d’un prince habile, mais peu scrupuleux.

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Après avoir remis un peu d’ordre dans les finances, compromises par les prodigalités de son père, il donna satisfaction à la haine qui couvait dans son cœur. Le 23 novembre 1407, Louis d’Orléans, en sortant de l’hôtel Barbette, à Paris, où il avait soupé avec la reine Isabeau de Bavière, tombait, rue Vieille-du-Temple, sous les coups d’un gentilhomme normand, Raoul d’Octonville, écuyer du duc Jean.

La justice étant impuissante en face d’un si grand criminel, la guerre éclata entre Armagnac et Bourgogne ; le fils du duc d’Orléans avait épousé la fille du comte d’Armagnac, et celui-ci se posa en vengeur du duc d’Orléans La durée de cette triste guerre ne fut interrompue que par les périls extrêmes de la France et la désastreuse campagne qui aboutit à la journée d’Azincourt.

Ce jour-là les deux familles rivales combattirent encore sous le même drapeau ; mais la haine étouffa bientôt ce qui restait de patriotisme et de loyauté. Jean, par un traité secret signé en 1416, s’allia aux Anglais, et l’abandon de Rouen fut le gage de sa trahison. Une sédition payée (celle de Périnet-Leclerc, 1418) et un massacre lui ouvrirent même les portes de Paris, où il entra en triomphateur, salué par les acclamations du peuple égaré, qui criait sur son passage : Noël ! vive le duc de Bourgogne, qui abolit les impôts !

Mais ce triomphe fut de courte durée ; le crime appelait la vengeance ; elle fut digne du coupable, digne des mœurs du temps. Un projet de paix et de réconciliation générale fut proposé, une entrevue avec le dauphin fut convenue, et le rendez-vous fixé, pour le 10 septembre 1419, sur le pont de Montereau. L’entourage intime de Jean avait été gagné ; il partit donc sans défiance ; mais quand il se fut avancé sur le pont, escorté de dix chevaliers seulement, les complices du duc d’Orléans, Tanneguy du Châtel et le sire de Barbazan à leur tête, se précipitèrent sur les Bourguignons et percèrent Jean de leurs coups. Les assassins voulaient jeter son corps dans la Seine, mais le curé de Montereau obtint qu’il lui fût remis ; il le garda jusqu’à minuit, le fit alors porter dans un moulin voisin et le lendemain à l’hôpital, où on l’ensevelit dans la bière des pauvres.

La mort de Jean sans Peur mit Philippe, dit le Bon, en possession de ses États à l’âge de vingt-trois an§. Il était à Gand lorsqu’il apprit la fin tragique de son père. Brûlant du désir de le venger, il convoqua à Arras une assemblée de grands seigneurs,. à laquelle il invita le roi d’Angleterre, qui était à Rouen. C’est là que fut préparé, pour être conclu à Troyes en 1420, le monstrueux traité qui, de complicité avec Isabeau, épouse et mère dénaturée, déshéritait, au profit de l’étranger, le dauphin Charles VII, du vivant de son père en démence.

Les événements de cette période sont trop connus et d’un intérêt trop général pour que nous entrions ici dans leur récit détaillé. Philippe, qui par la fin de son règne racheta les fautes du commencement, fut alors le complice de tout ce qui se trama et s’exécuta contre la France. Son excuse est dans le souvenir encore récent du meurtre de son père ; mais on ne petit même pas lui faire un mérite de son repentir, car son retour à la. cause française fut déterminé surtout par les outrages dont les Anglais l’abreuvèrent dès qu’ils crurent ne plu s avoir besoin de lui.

C’est en 1434, et par l’intervention de Charles, duc de Bourbon, que furent posés les préliminaires d’une réconciliation trop tardive et cimentée définitivement par le traité d’Arras, le 21 septembre de l’année suivante. L’insolence des termes prouve à quel point la royauté de France était humble et faible devant ce vassal que dédaignaient les Anglais. Charles désavoue le meurtre de Jean, et Philippe, après l’énoncé des dédommagements qui lui sont accordés, s’exprime ainsi : A ces conditions, pour révérence de Dieu et pour la compassion du pauvre peuple, duc par la grâce de Dieu, je reconnais le roi Charles de France pour mon souverain. Hâtons-nous d’ajouter que jamais parole donnée ne fut mieux tenue, et qu’à dater de cette époque la conduite de Philippe fut aussi irréprochable qu’elle avait été jusque-là criminelle.

La prospérité de ses peuples, le développement des bienfaits de la paix devint son unique préoccupation. L’union des deux maisons de France et de Bourgogne fut resserrée par le mariage du comte de Charolais, héritier de Philippe, avec Catherine de France, fille de Charles VII. Lorsque Louis XI, dauphin, quitta la cour de son père, Philippe lui refusa un asile en Bourgogne, où ses intrigues pouvaient être un danger pour la couronne et lui offrit à Geneppe, dans ses terres de Flandre, une hospitalité digne de son rang. Lors de la sédition qu’occasionna, parmi les chefs de l’armée, la désorganisation de l’ancien système militaire, il intervint entre les rois et les rebelles, et obtint d’eux qu’ils renonçassent à leurs projets de guerre civile.

Quoique l’insubordination de ses sujets flamands le tînt le plus souvent éloigné de la Bourgogne, il y entretint toujours une administration éclairée et paternelle. Son règne fut l’apogée des prospérités de la province. « Il mit ses pays, dit Saint-Julien de Baleure, en si haute paix et heureuse tranquillité qu’il n’y avoit si petite maison bourgeoise en ses villes où on ne bût en vaisselle d’argent ». Ce témoignage naïf est un plus éclatant hommage à sa mémoire que toutes les splendeurs de sa cour et les magnificences de l’ordre de la Toison d’or, dont on sait qu’il fut le fondateur. Il mourut à Bruges d’une esquinancie, en 1467, à l’âge de soixante et onze ans ; son corps fut transporté plus tard aux Chartreux de Dijon. Peu de princes furent aussi profondément et aussi justement regrettés.

Charles le Téméraire, quoique son règne n’ait commencé qu’en 1467, suivait depuis plusieurs années une ligne de conduite indépendante et souvent même opposée aux intentions pacifiques de son père. Sa participation à la ligue du Bien public, ses violents démêlés avec Louis XI étaient certainement peu dans les vues de Philippe, déjà vieux et ami de la paix.

Aux qualités héréditaires de sa race, courage, franchise, générosité, Charles joignait des défauts qui lui étaient personnels et qui rendaient bien périlleuse la lutte engagée avec Louis, le plus habile politique de son temps. Charles était arrogant, présomptueux, plein de fougue et d’obstination, incapable de pressentir les pièges qui lui étaient tendus, plus incapable encore de tourner une difficulté ou de recourir à l’adresse pour sortir d’un mauvais pas. Il épuisa toute son énergie, toutes les ressources de sa puissance à lutter contre les embarras que lui suscitait le roi de France sans paraître soupçonner de quelle main parlaient les coups qui lui étaient portés.

Les révoltes de Gand et de Liège, victorieusement, mais trop cruellement réprimées, lui aliénaient les populations et ne lui laissaient pas la libre disposition de ses forces. Il eut en son pouvoir, à Péronne, son rival, convaincu de complicité avec les Liégeois rebelles, et au bout de trois jours il lui rendit sa liberté, se contentant d’une promesse de neutralité qu’il fut le seul à prendre au sérieux. Il s’empara des comtés de Ferrette et de Brisgau, sans se soucier de la rupture avec la Suisse, qui en était la conséquence inévitable ; l’hostilité de ce voisinage l’entraîna dans une guerre dont il n’entrevit pas un seul instant la portée. Battu à Granson, il lui fallut à tout prix une revanche, et la journée de Morat changea en désastre ce qui pouvait n’être qu’un échec. L’importance qu’il avait toujours donnée aux prestiges de l’apparat, aux formes extérieures de la puissance, devait rendre mortel l’affront que ses armes avaient reçu ; il le comprit bien, et on le vit périr de mélancolie et de chagrin plus encore que de sa dernière défaite sous les murs de Nancy.

Il avait été mortellement frappé le 5 janvier 1477 ; son corps, à demi engagé dans un étang glacé, ne fut reconnu que deux jours après à la longueur de ses ongles et à une cicatrice résultant d’une blessure qu’il avait reçue à la bataille de Montlhéry, en 1465. Avec lui finit le duché héréditaire de Bourgogne, dont les possesseurs avaient cinq duchés à hauts fleurons, quinze comtés d’ancienne érection et un nombre infini d’autres seigneuries, marchaient immédiatement après les rois, comme premiers ducs de la chrétienté, et recevaient des princes étrangers le titre de grands-ducs d’Occident.

220px-Louis-XICharles laissait pour unique héritière une fille, la princesse Marie. Louis XI s’en fit d’abord donner la tutelle ; puis, à force de séductions et de promesses, il obtint du parlement de Dijon la réunion du duché à la couronne de France. Une alliance du dauphin avec Marie aurait légitimé cette usurpation. Louis ne voulut pas y consentir ; c’est la faute la plus capitale qu’on puisse reprocher à sa politique ; d’ailleurs ce mariage eût été trop disproportionné, le jeune dauphin ayant à peine huit ans et Marie de Bourgogne étant dans sa vingt et unième année. L’archiduc Maximilien, étant devenu l’époux de la fille de Charles le Téméraire, revendiqua les droits de sa femme et- remit en question l’unité française, qu’il eût été si facile de constituer.

Mais ce qui échappa à la perspicacité des politiques, l’instinct public le comprit et la force des choses l’amena ; le lien qui venait de rattacher la Bourgogne à la France, quelque irrégulier qu’il fût, ne devait plus être rompu. Malgré les alternatives d’une longue lutte, malgré le péril qu’entretenait pour les frontières de la province le voisinage de la Comté demeurée en la possession de l’étranger, malgré l’espèce de consécration que donnait aux droits de Maximilien sa domination sur les Flandres, la Bourgogne demeura française, et ses destinées restent dès lors indissolublement unies à celles de la patrie commune. Le titre de duc de Bourgogne reste attaché à l’héritier direct de la couronne, et chaque jour, malgré la fidélité des souvenirs aux traditions de l’histoire provinciale, la similitude de langage, l’affinité des mœurs, la communauté des intérêts. rend plus complète la fusion des deux États.

La lutte de François Ier et de Charles-Quint, les guerres religieuses et les troubles de la Fronde sont les épisodes les plus marquants qui se rattachent à la période française des annales bourguignonne s. Les populations furent admirables de dévouement et d’héroïsme pendant la première de ces crises, luttant à la fois contre les Espagnols, l’Autriche et les Comtois, donnant par souscriptions volontaires des sommes considérables, outre celles votées par les états pour la rançon de l’illustre prisonnier de Pavie, et refusant d’accéder à la condition du traité de Madrid, qui cédait la Bourgogne à Charles-Quint, représentant à ce sujet qu’ayant par les droits de la couronne et par leur choix des maîtres nécessaires, il ne dépendait pas de la volonté du monarque de les céder ainsi. La noblesse ajouta que si le roi l’abandonnait, elfe prendrait le parti extrême de se défendre et de s’affranchir de toutes sortes de domination, et qu’elle répandrait pour ce dessein jusqu’à la dernière goutte de son sang.

La fierté de ces sentiments, puisés dans les glorieux souvenirs du passé, arrêta longtemps les progrès du protestantisme ; la Bourgogne voulait être la dernière à souffrir sur son sol une nouvelle religion, puisqu’elle avait été chrétienne avant tous les Français, qui ne l’étaient devenus que par le mariage de leur princesse Clotilde avec le fondateur de la monarchie française. Les fléaux que déchaîna le fanatisme sur tant d’autres provinces furent évités jusqu’à la déplorable organisation des ligues catholiques, et, grâce à l’intervention du digne président Jeannin, le plus grand nombre des villes de Bourgogne ne fut pas ensanglanté par les massacres de la Saint-Barthélemy. Cependant l’obstination de Mayenne prolongea jusqu’en 1595 les calamités de la guerre civile, à laquelle mit fin seulement la victoire remportée par Henri IV sur les Espagnols à Fontaine-Française. Le 6 juin de cette année, ce monarque fit son entrée à Dijon ; il assista à l’élection du maire, jura de respecter les privilèges de la ville, et se contenta de changer quelques magistrats municipaux et de faire fermer le collège des jésuites.

Les dernières épreuves que la Bourgogne eut à traverser furent, sous Louis XIII, une révolte des vignerons, qui se réunissaient au refrain, Lanturlu, d’une vieille chanson, ce qui fit désigner cette révolte, qui, d’ailleurs, fut bientôt apaisée, sous le nom de Révolte des Lanturlus. Puis vint l’invasion des Impériaux amenée par les révoltes de la noblesse contre Richelieu et le. siège mémorable de Saint-Jean-de-Losne, les agitations de la Fronde, auxquelles l’influence des Condé dans la province donna une certaine importance, mais auxquelles manqua, presque partout l’appui des populations.

Dans les époques plus récentes, la Bourgogne prit sa part de tous les événements heureux on funestes dont la France fut le théâtre. La Révolution de 1789 y fut accueillie comme’ une ère réparatrice, qui devait faire disparaître les tristes abus financiers des derniers règnes, et assurer à chacun les libertés que l’on réclamait depuis longtemps. Les gardes nationales s’y organisèrent avec une rapidité merveilleuse, et, oubliant les vieilles rivalités qui les divisaient sous l’ancien régime, elles s’unirent à celles de la Franche-Comté et demandèrent à marcher ensemble les. premières contre l’ennemi.

Le département de la Côte-d’Or fournit donc un large contingent aux phalanges républicaines qui, après avoir refoulé l’ennemi, promenèrent le drapeau national dans toutes les capitales de l’Europe ; et lorsque, moins heureux, les soldats de Napoléon jar expièrent par les désastres de 1814 et 1815 les triomphes passés, nulle part ils ne trouvèrent un plus vaillant appui et de plus patriotiques sympathies que dans les populations de la Bourgogne. Depuis que les luttes de l’industrie et des arts ont remplacé dans la vie des peuples modernes les vicissitudes des champs de bataille, la Côte-d’Or, grâce au génie de ses habitants et aux richesses de son sol, a su conquérir une importance et une prospérité qui lui permettent de ne rien regretter des gloires et des grandeurs de l’ancienne Bourgogne.

Pendant la néfaste guerre de 1870-71, le département de la Côte-d’Or eut d’autant plus à souffrir de l’invasion allemande que Dijon fut successivement pris pour centre d’opérations et par les Français et par les Allemands. À la nouvelle que le passage des Vosges avait été forcé par l’ennemi et que la ligne de défense de Vesoul à Lure venait d’être abandonnée par le général Cambriels qui s’était retiré à Besançon, la résistance s’organisa à Dijon sous la direction du docteur Lavalle, membre du conseil général, tandis que Garibaldi, autorisé par le gouvernement de la défense nationale, formait un corps d’armée composé de quatre brigades dont il confiait le commandement à Bossack, Marie, Menotti et Ricciotti. Le général de Werder, commandant du 4e corps allemand, marchait sur Dijon et, le 27 octobre 1870, repoussait, à Talmay, les troupes françaises commandées par Lavalle, qui ne se composaient guère que de quelques bataillons de mobiles et de gardes nationaux.

Pendant ce temps, Garibaldi se portait sur la droite du côté de Poutailler pour essayer de rejoindre les troupes du général Cambriels. L’ennemi, ayant passé la Saône à Gray, se porta sur Dijon ; les troupes qui s’opposaient à sa marche furent repoussées à la bifurcation des routes de Gray à Dijon et à Auxonne. À la suite d’un nouveau combat livré à Saint-Apollinaire le 30 octobre, les Allemands entrèrent à Dijon. Garibaldi qui avait en vain essayé d’accourir à la défense de la ville, ce qu’il ne put faire, parce que le pont de Pontailler avait été rompu, voulut du moins protéger les autres grandes villes de la Côte-d’Or ; il fit occuper Saint-Jean-de-Losne et Seurre et lui-même revint à Dôle. Le 2 novembre l’ennemi, maître de Dijon, marchait sur Beaune et Chagny. Les troupes de Garibaldi gardèrent les rives de l’Oignon et de la Saône ; le 5 novembre, elles repoussèrent l’ennemi près de Saint-Jean-de-Losne.

GeneralA la suite de cet échec, les Allemands revinrent à Dijon pour s’y reformer et firent de cette ville le centre de leurs opérations dans l’Est. Ils reprirent bientôt l’offensive et repoussèrent d’abord, le 30 novembre, les troupes de Garibaldi ; mais le 3 décembre, celui-ci, appuyé parle général Cremer, les battit complètement à Arnay-le-Duc et à Bligny-sur-Ouche, les rejetant presque sous les murs de Dijon. Cette double victoire, qui empêchait l’ennemi de dépasser Chagny, sauva le reste du département et peut-être même Lyon. Le général de Werder revint une fois encore à Dijon pour reposer ses troupes et les reformer ; mais les événements avaient marché Au nord-est ; il dut envoyer ses troupes sous les murs de Belfort qui se défendait avec acharnement, et il ne laissa à Dijon que le général Glumer avec deux bataillons et à Semur une brigade badoise. Ces troupes furent elles-mêmes bientôt rappelées et, le 6 janvier 1871, Garibaldi rentrait à Dijon, y organisait de nouveau la défense ; il était temps, car une armée de 70 000 AIlemands s’avançait pour empêcher Bourbaki de se porter à la défense de Belfort.

Trois corps de cette armée furent successivement attaqués et battus dans les journées des 21, 22 et 23 janvier, par le général Pélissier et Garibaldi, d’abord à Fontaine et à Talant, puis à Plombières, à Daix, à Hauteville et au Val-de-Suzon. D’habiles dispositions permettaient d’espérer des succès plus décisifs lorsque, le 29 janvier, on apprit la capitulation de Paris et la notification de l’armistice. Par une fatalité encore mal expliquée, les départements de la Côte-d’Or, du Doubs et du Jura n’étaient pas compris dans cet armistice ; l’armée de l’Est était refoulée vers la Suisse, la continuation de la lutte devenait impossible, il fallut se résigner à abandonner Dijon qui ne fut évacué par l’ennemi qu’après la signature des préliminaires de paix. Quant à Garibaldi, qui le 28 janvier était parvenu à réunir à Dijon près de 50 000 hommes et 90 canons, il avait agi si habilement et avec tant de promptitude qu’il put opérer sa retraite sans rien perdre de son matériel. L’invasion allemande avait coûté au département de la Côte-d’Or 14 464 427 fr. 29.

Source : (Région Bourgogne)

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Comtesse née Sophie Rostopchine

Posté par francesca7 le 19 février 2016

 

 
 
« La comtesse de Ségur est le Balzac de la jeunesse. Elle a composé la Comédie enfantine en vingt volumes, qui sont tous des chefs-d’œuvre. Comme Balzac, elle écrit à la lumière de deux flambeaux qui sont la religion et la monarchie », écrivait l’académicien Jean Dutourd en 1994 dans Domaine public. Russe de naissance et Française par son mariage, celle qui devint une figure littéraire de notre pays débuta son œuvre à 55 ans et n’oublia cependant jamais sa contrée natale, sa signature, « Comtesse de Ségur, née Rostopchine », le rappelant en figurant en tête de chacun de ses volumes de la Bibliothèque Rose.

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Sophie Rostopchine, née le 1er août 1799 (le 19 juillet du calendrier julien alors en vigueur en Russie), était la seconde fille de la comtesse Catherine Protassova et du général comte Fiodor Rostopchine, le gouverneur de Moscou et le « héros » de l’incendie de 1812, intrépide soldat, farouche patriote, homme d’esprit, franc jusqu’à l’insolence, écrivain à ses heures, Russe jusqu’à la moelle des os, et qui savait le français comme un Parisien.

Sophie eut pour parrain le tsar Paul Ier (1796-1801), dont son père possédait l’intermittente amitié et dont il fut même le ministres des Affaires étrangères. De sept à douze ans, elle vécut heureuse et libre, dans le beau domaine de Voronovo (près de Moscou), où Rostopchine mit lui-même le feu à l’approche des Français, et, avec un inconscient héroïsme, la petite Sofaletta, comme on l’appelait, continua de manger tranquillement son gâteau, lorsque le comte, en courant, vint faire évacuer le château et annoncer l’arrivée de l’ennemi.

C’est aussi pendant son enfance, mais antérieurement, que s’était abattue sur le ménage Rostopchine une autre crise, qui devait dans la suite avoir sur sa propre vie spirituelle une importance décisive. Catherine Protassova, en 1806, abjura l’orthodoxie pour le catholicisme, et le général Rostopchine ne pardonna tout d’abord qu’à grand-peine cette conversion. Sophie, huit ans plus tard, suivit sa mère dans sa nouvelle religion. Elle devint dès lors une ardente catholique.

L’ardeur, la vivacité des sentiments, ce fut toujours le fond de sa nature. Les lettres que lui adressait, en ces années de jeunesse, sa cousine, la princesse Lise Galitzine, en un français d’une aisance à faire envie, éclairent d’une façon amusante son caractère. « Elle apparaît très franche, trop même, incapable, comme son père, de déguiser ce qu’elle ressent, et comme lui, prompte à la moquerie, un peu capricieuse, pieuse aussi », écrit Paul Acker en 1908 dans la Revue de Paris.

Le 23 octobre 1816, la princesse Galitzine écrit : « Je ne puis concevoir d’où l’on a pris que vous étiez fausse ; autant que j’en puis juger, vous êtes tout le contraire, et la franchise, selon moi, est votre caractéristique ; votre physionomie, vos discours, tout l’annonce. Vous me pardonnerez, j’espère, cette remarque ; j’ai l’air d’une vieille gouvernante qui trouve à redire à tout. Vos lettres sont charmantes, très drôles, mais, entre nous soit dit, elles ne sont guère charitables ; vous ne devriez vraiment pas vous moquer autant des personnes qui viennent chez vous. Que vous importe comment chacun est torché ? Ce n’est pas son habillement qui lui ouvrira les portes du Paradis. »

Et le 29 du même mois : « C’était une réponse à ce que vous disiez de votre fausseté qui procède de la contrainte qu’on est forcé d’avoir. Vous avez tort de vous reprocher cela ; votre contrainte, loin d’être blâmable, vous fait au contraire beaucoup d’honneur : par exemple, si vous vous sentez émue de colère, que vous réprimiez ce courroux et que vous n’en fassiez rien paraître, assurément, c’est très bien. Mon Dieu, où en serait-on si on se laissait aller à ses premiers mouvements ? Je crois que les malheureux mortels auraient des visages tout balafrés à force d’égratignures… Encore une chose ! Vous dites qu’il faut faire une mine agréable à une personne qui vient vous voir, lorsque bien souvent on est furieux de sa venue… c’est un devoir de charité. »

Et le 3 octobre 1817, la princesse donne encore de sages conseils : « Chère Sophie, j’ai reçu avant-hier vos deux lettres de Francfort et d’Ems ; il paraît que vous n’en avez reçu qu’une seule de moi à Francfort ; c’est singulier, vous auriez pu, il me semble, en avoir davantage. J’admire que vous ne vous soyez pas courroucée contre moi de ma paresse, je suis charmée de vous voir d’un caractère aussi accommodant. Apprenez, mon enfant, que votre lettre m’a très fort intéressée, seulement je tremblotte tant soit peu pour vous. Il me semble que vous êtes bien prompte à prendre feu et flamme, tâchez donc de tempérer cette imagination ardente, et de faire un peu la sourde oreille à tout ce que vous entendez dire sur le tapis, car vous pourriez bien laisser prendre votre petit cœur à pure perte, ce qui ne laisserait pas que d’être fort piquant et fort mortifiant. »

Comme on le voit par le début de cette lettre, la famille Rostopchine était alors hors de Russie. Elle était en route pour la France. Le comte Rostopchine, en effet, après 1814, s’était jugé, non sans quelque raison, sacrifié et méconnu. Ses propres compatriotes lui reprochaient la destruction de Moscou. Alexandre Ier ordonna une enquête sur l’événement. Rostopchine quitta le service de l’empereur et rentra dans la vie privée, à quarante-neuf ans. La lettre qu’il adressa à sa fille, au lendemain de la mort d’Alexandre survenue le 1er décembre 1825, est révélatrice de ses sentiments à l’égard du souverain qu’il avait fidèlement servi et jamais aimé :

« J’ai tardé, ma chère Sophie, à te donner de mes nouvelles, non que je fusse plus malade, mais par le changement qui s’est fait pour toute la Russie ; c’est un événement qui doit vous être parvenu à l’heure que je vous écris, et vous me ferez plaisir de me faire savoir au juste quand la nouvelle de la mort de l’empereur Alexandre est parvenue à Paris. Il a fini sa vie à 47 ans 11 mois et 7 jours après un règne de 24 ans 8 mois et 7 jours. Le 30 du mois passé, la ville de Moscou a prêté serment à l’héritier légitime, l’empereur Constantin [on sait qu’il ne voulut pas régner et abandonna le trône à son frère cadet, Nicolas Ier], que l’on attend à Pétersbourg de Varsovie. Vieux, usé et dégoûté, je regarde cet événement important en père qui pense au sort futur de ses enfants. Je suis fâché de ne pouvoir accorder aucun regret au défunt, ni comme Russe, ni comme un dévoué à son père, ni comme un serviteur. Il a été injuste envers moi, je pouvais attendre quelque autre chose que l’indifférence et le sacrifice de mes services à la basse envie de ses affidés, que je n’ai jamais pu, ni su, ni voulu ménager. »

On ne s’étonne pas, après avoir lu cette oraison funèbre, que le général Rostopchine, une fois terminée la lutte contre Napoléon, se soit éloigné pour un temps de la Russie, où il était un mécontent, mais, singularité de cette nature originale, il l’abandonna pour le pays qu’il avait tant détesté, et il vint se fixer à Paris. Il n’y devait point rester toujours mais sa famille vint l’y rejoindre en 1817, et c’est à Paris que, peu après, il mariait deux de ses filles.

Sophie, qui s’était d’abord montrée désolée de partir de Moscou, épousa le comte Eugène de Ségur, petit-fils du grand-maître des cérémonies de Napoléon Ier, arrière-petit-fils, par sa mère, du chancelier d’Aguesseau et du président de Lamoignon, et, par son père, du fameux maréchal de Ségur sur lequel il est rapporté une si plaisante anecdote dans Les Vacances. Le mariage fut célébré par le cardinal de la Luzerne le 14 juillet 1819.

Le ménage eut huit enfants : quatre fils et quatre filles. « Les Eugène de Ségur n’avaient point de terre, et le domaine qu’ils désiraient acheter, la propriété des Nouettes, en Normandie, le lieu d’origine de ce compagnon de l’empereur, Lefebvre-Desnouettes, ne pouvait être acquise qu’argent comptant ; les jeunes mariés n’avaient point assez de capitaux disponibles. Le comte Rostopchine les tira d’embarras au premier jour de l’année 1820, il vint embrasser Mme Eugène de Ségur et, lui tendant un portefeuille que gonflaient cent billets de mille francs : Tiens, lui dit-il, voilà tes étrennes. Les Nouettes étaient à eux. », rapporte Maurice Dumoulin en 1910 dans la Revue hebdomadaire.

C’est dans cette jolie propriété des Nouettes, où elle a placé, sans la nommer, l’action de plusieurs de ses livres, que Mme de Ségur devait vivre une grande partie de sa vie. « Elle y vécut en vraie grande dame, c’est-à-dire avec simplicité. Cette simplicité dans la mise et dans les manières, cette totale absence de prétentions, ce savoir-faire avec lequel elle ne négligeait point ses devoirs de maîtresse de maison, cette bonne humeur avec laquelle elle s’amusait d’une visite à ses fermes ou d’une cueillette de champignons étaient vraiment d’un bel exemple », relate André de Maricourt dans le Correspondant du 25 juin 1910.

Elle se passionne pour des embellissements qu’elle fait faire dans son domaine : « J’ai passé la matinée d’hier, qui était superbe, mon cher ami, écrit-elle à son fils Mgr Gaston de Ségur, à tracer ton chemin dans le bois de bouleaux ; il part du grand chêne qui est presque au coin du bois de bouleaux et du chemin d’arrivée, il longe le bois de bouleaux en dehors sur l’herbe, il rentre dans le bois qu’il contourne et, après avoir coupé l’ancien chemin du bois que nous avons tant arpenté cette année, il continue le bois, entre dans les sapins et va rejoindre le chemin de la sapinière pas loin du banc de la vue ; l’année prochaine, je ferai la continuation du chemin vert qui longera tous les sapins, entrera derrière la chaumière dans le bois du Chalois planté par moi et reviendra joindre le chemin de la glacière, après avoir traversé le grand bois avant ta descente rapide qui sort du bois. Que Dieu m’accorde la grâce de te faire voir tout cela et j’aimerai mes chemins plus que tous les autres. Le chemin de cette année s’appellera Chemin de Gaston. » On sent, dans ces derniers mots, et sa profonde tendresse pour son fils et la douleur que lui causait l’infirmité cruelle dont il venait d’être frappé — il avait été frappé de cécité. Aussi bien, dans sa propre vie à elle, les souffrances ne manquèrent pas.

« Pendant treize ans elle fut clouée sur une chaise-longue, victime d’un mal de reins qui l’immobilisait en la torturant. Elle éprouva en outre les angoisses d’un mutisme forcé par suite d’une maladie du larynx qui la contraignit pendant longtemps à écrire sur une ardoise lorsqu’elle voulait communiquer ses pensées. Dans cet état si pénible, elle gardait toujours sa gaieté, sa douceur inaltérable. Et, ne se plaignant jamais, elle s’oubliait elle-même pour se préoccuper uniquement de la santé, des joies ou des tristesses de ses enfants. Cette mère excellente fut une exquise aïeule. Des chagrins successifs que la vie ne lui épargna point, Mme de Ségur, dans ses quinze dernières années, chercha à se consoler en travaillant pour ses petits-enfants. Elle écrivit. Avant même de s’immortaliser en créant un genre, le roman enfantin, elle possédait un talent remarquable d’épistolière », écrit encore André de Maricourt.

Sa cousine Lise Galitzine avait beau lui reprocher de ne point répondre assez régulièrement et morigéner amicalement sa « sainte paresse », il n’en est pas moins vrai que la comtesse de Ségur écrivait beaucoup, et de la plus agréable façon. Ce sont ses lettres qui font peut-être le mieux connaître sa physionomie morale. La verve naturelle, qui est un de ses traits distinctifs, y éclate à chaque instant. Le projet « de t’amener aux Nouettes l’année prochaine, écrit-elle à Mgr de Ségur le 1er novembre 1854, m’a fait bondir de joie, a fait crier Olga et rougir Sabine ; voilà les différents effets de la joie, l’une bondit, l’autre crie, la troisième rougit. J’ai connu en Russie une personne que la joie faisait vomir ; une autre devenait un réceptacle de gaz ; on est encore bien heureux de n’être pas de ceux-là. »

« La pauvre femme, dit-elle dans la même lettre en parlant d’une parente, s’en donne d’inquiétudes et de douleurs depuis le siège de Sébastopol. Elle veut que tous les boulets soient pour Louis, toutes les douleurs pour elle, et enfin, elle s’est si bien battu les flancs pour s’inquiéter et se tracasser qu’elle a le flanc droit entrepris, que son foie lui donne des inquiétudes et des douleurs très réelles et qu’elle est enchantée de pouvoir se répéter tout bas et crier tout haut à tout venant que cette somme de douleur est trop pour sa frêle nature, que Dieu n’est pas juste dans ses répartitions, que jamais il ne créa créature plus malheureuse, etc. »

Quelle mère elle était, c’est ce que révèle toute sa correspondance avec ce fils, « son bon Gaston », comme elle aimait à le nommer. Sa peine profonde de le voir devenir aveugle y transparaît plusieurs fois, mais aussi, comme chez la victime du mal elle-même, la plus chrétienne et vaillante résignation. C’était une femme forte. Ne l’apparaît-elle pas aussi dans cette lettre à une de ses filles, qui attendait un nouvel enfant et qui s’en plaignait un peu : « Nous ne sommes pas dans ce monde pour nous amuser, mais pour souffrir. Pense à ta tante Galitzine, qui en a eu dix-sept, et qui a commencé à quatorze ans, la malheureuse ! C’est bien contrariant, mais il faut aimer ce que l’on a. »

Après la mort de son mari (1863), avec un très haut sentiment des obligations que lui impose son rang d’aïeule, elle répondra à sa fille qui lui offrait l’hospitalité chez elle : « Une fois par semaine, je donnerai à dîner à tous les membres de notre famille, petits et grands. Je considère cette réunion comme un devoir maternel et ce serait mal débuter que l’éviter une année entière. »

Elle accepte la vieillesse comme les épreuves physiques et les chagrins de famille. « Si Dieu m’accorde la grâce de marier Olga, écrit-elle le 15 mars 1854 à Gaston, j’aurai bien assez vécu. A quoi sert une vieille femme dans ce monde ? Une fois passée à l’état de grand-mère pour tous ses enfants, son rôle est fini. Elle n’est indispensable à personne. Je ne suis pas même grand-mère utile, puisque chacun de mes jeunes ménages sait parfaitement diriger la vie animale de ses enfants et a son système quant à la vie intellectuelle. » L’année où elle s’exprimait ainsi, la comtesse de Ségur n’avait que 55 ans, et trois ans après elle allait commencer de se démentir de la plus charmante façon en écrivant son premier livre pour ses petits-enfants.

Elle devait encore entretenir avec eux, comme avec leurs parents, une correspondance qui suffirait à prouver combien elle s’était calomniée en déclarant son rôle fini. L’esprit s’y montre aussi alerte à près de 75 ans que vingt ou vingt-cinq ans plus tôt, cependant que l’auteur assure se sentir vieillir de plus en plus. « Je vieillis terriblement et sensiblement, dit-elle dans une lettre du 4 mai 1872 à sa petite-fille Henriette Fresneau. Tout s’en va chez moi, le corps et l’âme. Tout sommeille. Tout me fatigue. Tout m’attriste. C’est le plomb de la vieillesse qui me domine et m’écrase. C’est pourquoi grand-mère est muette ».

Comtesse_de_SégurEt dix-huit mois après : « Merci de ta bonne longue lettre, ma bonne petite Henriette. Moi aussi, j’ai été bien longtemps sans t’écrire, vu que chaque année ma besogne de correspondance augmente et que chaque année mes facultés diminuent ; la vue baisse, la main s’alourdit, les doigts se raidissent, la pensée s’embrouille, la mémoire diminue, toutes les facultés baissent et, faute de moyens suffisants, ma volonté spirituelle baisse pavillon devant la volonté charnelle, les prétextes du corps, fatigue, faiblesse, besoin de repos, dominent et écrasent les sensations de l’âme et du cœur. Et voilà pourquoi je n’ai pas écrit depuis si longtemps à mes jeunes créanciers et que moi, grand-mère au premier, au second, au troisième degré, je dois des excuses profondes et recueillies dans le silence du repentir, à toi, à mon bon Dinet, etc. »

La comtesse de Ségur devait vivre jusqu’à l’année suivante. Elle mourut en effet le 9 février 1874, d’une maladie de cœur dont elle avait ressenti les premières atteintes un an auparavant. Ses derniers jours furent très pénibles : des crises d’étouffement se succédèrent pendant plusieurs semaines, jusqu’à celle qui l’emporta. Au milieu de ses souffrances, et toute occupée de son salut, elle n’en continuait pas moins de penser aux autres ; c’est ainsi qu’un soir, revenant à elle après un assoupissement, on l’entendit murmurer : « Je ne suis pas morte ? » Et, avec une expression de tristesse : « Encore une nuit pour mes pauvres enfants !… C’est terrible. »

Jusqu’au bout elle avait gardé ce caractère qui se retrouve dans ses œuvres, fait de hauteur et de fermeté d’âme, d’aménité naturelle et d’enjouement malicieux.

Ignorante jusqu’à près de quarante ans d’une de ses qualités les plus marquantes, la comtesse de Ségur devait dépasser la cinquantaine avant d’en faire profiter les autres et d’en tirer parti, sans d’ailleurs l’avoir souhaité, pour sa propre réputation. Son premier livre date de 1857, et toute sa production littéraire tient entre 1857 et 1871. C’est donc presque entièrement une œuvre de vieillesse mais, si quelques-uns de ces récits, et non pas, chose remarquable, les derniers, portent quelques traces de ce qu’il serait du reste excessif d’appeler sénilité, quelle jeunesse d’âme et quelle vie n’y a-t-il pas dans la plupart d’entre eux ?

C’est qu’elle en prenait les personnages autour d’elle, parmi ses voisins ou ses petits-enfants, et qu’elle ne songeait, en les écrivant, qu’à amuser ces derniers, à chacun desquels, ou peu s’en faut, un volume fut successivement dédié. On retrouve, dans des lettres de l’auteur ou de ses proches, des épisodes de la vie des Nouettes dont tel ou tel livre devait perpétuer la mémoire. « Je suis bien fâchée, écrit-elle à son petit-fils Pierre le 21 octobre 1857, que cette sotte Anglaise ait repris ton petit Noirot ; je suis sûre qu’il était plus heureux chez toi que chez elle, et la preuve, c’est qu’il s’est sauvé de chez elle pour accourir chez toi. » Or, le livre des Bons Enfants se termine par l’histoire d’un chien perdu, recueilli par les enfants réunis au château de Rouville, puis repris par son maître, mais revenant ensuite au château où il était mieux traité et aux habitants duquel il s’était attaché.

Une autre lettre nous apprend que certain âne avait tenu une grande place dans les affections des petits-enfants de la châtelaine des Nouettes : c’est une lettre en date du 18 juin 1858 de Gaston de Ségur, écrite aussi à Pierre de Ségur, son neveu, et qui se termine ainsi : « Ta grand-mère, ton oncle et ta tante, le gros petit Jacques, ton âne et moi t’embrassons tendrement. » On devine le plaisir que devait éprouver tout ce petit monde, en relisant des aventures dont on avait été les héros, ou même les victimes, dans les volumes roses de la grand-mère.

Mais pourquoi celle-ci les racontait-elle et pourquoi surtout les publia-t-elle ? Conter était chez elle un goût inné. Fillette, elle aimait à raconter maman et grand-maman, elle avait continué. Dans le Figaro du 19 mai 1907, Marcel Prévost offre une explication séduisante : « Les enfants ont des mémoires extraordinairement fidèles. Quand on leur redit un conte qu’ils ont aimé, il faut se garder d’y changer le moindre épisode. Mais, grand-mère, ça n’est pas ça du tout ! Peut-être, pour éviter ces rectifications passionnées, la grand-mère se décide un jour à fixer sur le papier la leçon définitive des récits. Elle note d’abord des contes de fées, puis des historiettes. »

On dit qu’Eugène Sue, qui venait souvent aux Nouettes et y composa même une partie duJuif Errant, conseilla à la comtesse de Ségur de rédiger ses histoires. L’académicien Émile Faguet imagine que ce fut pour elle une façon de se réunir encore à ses enfants et petits-enfants un peu dispersés. Ce fut très tard, en tout cas, vers 1856, qu’elle s’y décida. Les hôtes des Nouettes lurent le manuscrit, des hommes dont le jugement était précieux, et, par exemple, Eugène Sue, Louis Veuillot — « mon grand ami, » disait de lui la vicomtesse de Pitray, et qui appelait Mme de Ségur « maman Ségur ». Tous engagèrent l’auteur à publier. Sophie de Ségur remit son manuscrit à l’éditeur, qui l’accepta et le fit illustrer par Gustave Doré. Un traité fut bientôt conclu avec M. Hachette, et à partir de ce moment les volumes se succèdent avec une étonnante rapidité.

La comtesse de Ségur avait débuté par les Nouveaux Contes de Fées, en même temps que par un traité tout pratique, aujourd’hui peu connu, La santé des enfants. L’année suivante (1857), elle publia Les Petites filles modèles ; puis venaient, en 1858, Les Malheurs de Sophie ; en 1859, Les Vacances ; en 1860, Les Mémoires d’un âne ; en 1861, La Sœur de Gribouille ; en 1862, Les Bons EnfantsLes Deux Nigauds et Pauvre Blaise ; en 1863, L’Auberge de l’Ange Gardien ; en 1864, Le Général Dourakine et François le Bossu ; en 1865, Un bon petit diable,Jean qui grogne et Jean qui rit et Comédies et Proverbes ; en 1866, La Fortune de Gaspard etQuel amour d’enfant ! ; en 1867, Le Mauvais Génie ; en 1868, Diloy le Chemineau ; et enfin, en 1871, Après la pluie le beau temps ; tous agrémentés des expressives gravures de Bertall, Castelli, Bayard, Ferogio, Foulquier, Gelier, qui restent associées dans le souvenir de tous à la lecture du texte captivant qu’elles illustraient. Entre temps, la comtesse de Ségur s’élevait au rang d’apôtre de l’enfance en écrivant l’Évangile d’une Grand-Mère (1865), les Actes des Apôtres racontés aux enfants (1867) et la Bible d’une Grand-Mère (1869).

(D’après « La comtesse de Ségur » (par Jacques Zeiller), paru en 1913)

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Analyse des sentiments humains au travers des contes de Fées

Posté par francesca7 le 30 décembre 2015

 
Les Fées !

Lorsqu’on prononce ces mots merveilleux devant les petits enfants, ils évoquent les belles dames des contes. La marraine de Cendrillon à la baguette magique, celle de Peau d’âne, celles qui se penchèrent sur le berceau de la Belle-au-bois-dormant, d’autres encore, belles et bonnes, parfois laides et méchantes. Tour d’horizon de celles, nombreuses et insaisissables, qui hantèrent l’Angoumois et la Saintonge…

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Les contes dont les fées sont l’objet constituent une concrétisation vraie dans l’analyse des éternels sentiments humains. En un mot, c’est en soi l’expression imagée de l’action du Bien et du Mal. Le célèbre folkloriste Paul-Yves Sébillot écrit : « Les théologiens du Moyen Age admettaient l’existence des fées, et beaucoup de gens, jusqu’à la fin du XIXe siècle, affirmaient en avoir vues. » Il prétend qu’elles étaient la survivance des druidesses. L’écrivain Jacques Collin de Plancy mort en 1881, est plus catégorique dans son Dictionnaire infernal : « Nos fées ou fades (fatidicae) sont assurément les druidesses de nos pères ».

Quelle que soit leur origine ces créations légendaires semblent liées au folklore préhistorique et mégalithique. Chez nous, comme en d’autres lieux, elles gardent des trésors enfouis dans des cavernes ou sous des mégalithes. « Les fées sont au nombre de trois comme les mères, les parques, etc. ; on les dépeint souvent comme ces dernières, tenant le fuseau et la quenouille, d’où leur est venu le nom de filandières, parmi le peuple de Saintonge ; elles sont vieilles comme elles, et jettent aussi des sorts ; on leur donne le nom de bonnes, mais on le donnait également aux Euménides ; ne serait-ce pas dans le même sens, et, peut-être pour les désarmer et se les rendre favorables, ainsi que l’on flatte les tyrans et les mauvais princes », écrit l’archéologue Jean Chaudruc de Crazannes (1782-1862) dans ses Antiquités de la ville de Saintes et du département de la Charente-Inférieure.

Elles sortent surtout la nuit et s’évanouissent, souvent, aux premières lueurs de l’aube. Parfois elles recherchent, telle la Mélusine, l’amour des hommes. Des fonts qu’elles hantèrent portent les noms de Dames, de Demoiselles, de Vierges ou de Saintes. Leurs eaux ont des pouvoirs bénéfiques. Elles continuent à être l’objet d’un culte. Mais elles, les « Bonnes-Dames », ne quittent plus leurs demeures souterraines. L’âme paysanne garde innés le respect et la crainte des premiers âges de l’humanité envers ses divinités, mais l’influence du christianisme qui condamne comme sataniques toutes les manifestations des anciens cultes les fait considérer, parfois, comme maléfiques d’où la confusion des fées avec les sorcières, ou même, avec de simples revenants et les noms méprisants donnés à quelques-unes d’entre elles.

Au sein du Bulletin de la Société de mythologie française, Aurore Lamontellerie écrit en 1957 : « Après la christianisation les divinités païennes ont côtoyé dans l’âme populaire la Vierge-mère et les Saintes. On les a appelées Dames, Fées ou Fades, ce dernier terme en usage en Saintonge qui fut pays de langue d’oc. Nos fées et nos saintes, filles ennemies d’une même mère, selon le mot de Jullian, sont comme elle créatrices, protectrices des vivants et des morts, liées aux pierres, aux astres, à l’eau, aux éminences, à la végétation. Tous caractères reçus des religions anciennes ». Rappelons que l’épigraphiste et historien Camille Jullian, créateur de la chaire des Antiquités nationales au Collège de France, écrivait aussi, dans son Histoire de la Gaule : « Les Gaulois confiaient plus volontiers leur vie de chaque jour à des déesses qu’à des dieux, à des fées qu’à des lutins ». Rien d’étonnant que leur croyance se soit maintenue dans l’imagination populaire.

En Saintonge, nous apprend encore Chaudruc de Crazannes, « les bonnes gens de village les ont vues souvent filant leur quenouille et vêtues de robes d’une éclatante blancheur, particulièrement sur les bords de la Charente, près des grottes de La Roche-Courbon, de Saint-Savinien, des Arciveaux, etc. » Et, nous ajouterons : à Bagnolet, au pays de Cognac, où une méchante fée mécontente des bateliers qui refusaient de lui payer tribut détacha de la falaise située au confluent du Solençon et de la Charente le « Gros Roc » qu’elle se proposait de jeter à la rivière en un endroit où il aurait bloqué la navigation ; mais une bonne fée sauva les bateliers de la ruine. Avec ses ciseaux d’or elle trancha les galons du tablier dans lequel allait être transporté le rocher qui tomba sur le sol là où on le voit aujourd’hui. Furieuse la méchante fée se précipita dans la rivière où elle se noya.

A Saint-Simeux dans l’île d’Alliège où les femmes allaient demander leur délivrance aux fées, avant de la demander à Notre-Dame d’Alliège. A Chebrac où dans les coteaux boisés on trouve la « grotte des Fées ». Dans les prés de Villognon au « creux des Fades ». A Fontenille où non loin des lieux dits « La croix de la Dame » et « Les croix des Dames » l’on trouve « Le roc des Fades » et « Les Perrottes », deux beaux dolmens celtiques au sujet desquels on contait de curieuses légendes dans lesquelles les fées jouaient un grand rôle. Dans les prairies d’Aunac et de Bayers à la « grotte du Cluzeau » dite aussi « Trou des fadets » où se réfugiaient les fées malignes qui venaient rendre visite aux lavandières attardées l’hiver aux nombreuses fontaines qui coulent des coteaux, rapporte Favraud lors du Congrès préhistorique de France en 1912.

Ces habitants surnaturels ne sont que d’anciens génies topiques dépossédés du culte qu’on leur rendait naguère, affirme Auguste-François Lièvre dans Restes du culte des divinités topiques dans la Charente en 1882. On les retrouve plus en amont à Ambernac, dans la vallée de la Tardoire, à Montbron, à Vilhonneur à la « grotte des fadets », dans la vallée du Né, au « gouffre de la combe des Demoiselles » dans celle du Bandiat. Les fées erraient à Saint-Cybardeaux près des ruines romaines du bois des Bouchauds surnommées « Le château des Fées ».

Elles hantaient la forêt de Braconne où elles habitaient le « Trou Dufaix » (Dus Fées), véritable caverne souterraine comprenant plusieurs chambres et d’où, le matin, on voyait fumer un petit orifice ; c’étaient les fées qui faisaient du feu. Elles, les Dames mystérieuses, on les apercevait rarement. Pourtant elles sortaient par les nuits claires, se répandaient sous les grands chênes, dans leur robe de rayons de lune. Elles dansaient des rondes, des farandoles, mais n’aimaient pas être vues. Elles étaient belles, avaient de longs cheveux, portaient des diadèmes de perles. Mais si elles se fussent aperçues que vous les eussiez vues elles vous auraient entraînés avec elles et plus jamais vous n’auriez revu la lumière.

Elles fréquentaient les bois de Quatre-Vaux, de Bel-Air, les forêts de Ruffec, d’Horte, celle de la Boixe où les dolmens les « Pierres des Fades » les abritaient. Non loin de Pougné, près de Nanteuil-en-Vallée, les fées des environs se réunissaient à « La grotte des Fades » pour préparer leurs poisons. Leur supérieure avait une longue baguette d’ivoire, avec laquelle elle commandait à l’Argent-Or (un ruisseau local), ou de se répandre sur les prés, ou de tarir immédiatement. À 500 mètres de Pougné, sur la route de Nanteuil-en-Vallée, se trouve une autre « Grotte des Fades », où les Fées donnaient leurs festins, rapporte encore Favraud.

À Saint-Gourson, près du village de Puyrifaud, sur le flanc d’un petit coteau appelé l’Essart, incliné du Nord au Sud, se trouvent quelques blocs calcaires, qui laissent entre eux d’étroites ouvertures, connues sous le nom de « Trou des Fades ». Suivant les légendes locales, les Fades en gardent l’entrée et retiennent à de merveilleuses profondeurs un peuple de sauvages, condamnés à forger sans relâche des métaux éternellement résistants, et à ne quitter des ateliers ténébreux qu’une seule fois chaque année, par une nuit sombre de l’hiver, au bruit des mugissements du vent et de la pluie.

Si certains dolmens, menhirs et tumulus étaient demeures de fées, il ne faut pas oublier les fontaines. Il faudrait, écrit le Dr Bachelier en 1959 dans le Bulletin de la Société de mythologie française, citer les légendes qui entourent les fontaines pour en comprendre la signification profonde : « Vierges trouvées, Vierges fécondes ou Vierges de la délivrance, très souvent confondues, Vierges récalcitrantes. Tous les thèmes qui nous rappellent l’antique sacralisation des sources s’y retrouvent. Bien avant le christianisme la Vierge-mère immaculée était vénérée près des fontaines où se miraient les fées et ce sont encore les fées que l’on vénère souvent sous le nom de la Vierge-mère. »

Fées des fontaines ou Vierges, c’est tout un. A quelques kilomètres de Sers, à deux mètres de la chapelle de l’ancien ermitage connu sous le vocable de Notre-Dame, une fontaine sourd. Elle a la propriété de procurer du lait aux nourrices stériles et de guérir les enfants malades. On s’y rend pour obtenir de la pluie, affirme Favraud en 1898 dans Fontaines religieuses. A Birac, au pied de l’église consacrée à Notre-Dame des Combes, naît aussi une fontaine « La font des Putes » dont l’eau guérissait les plaies. Celle de la « Fontaine de la Vierge » à Laplaud, Aubeterre, guérissait des crampes et celle de « La font des Demoiselles » à Montigné, conjurait le mauvais oeil. Celle de « la Font des Dames » à Roussines guérissait de la migraine et celle de la font du même nom, à Touzac, l’épilepsie. Celle de « la Fontaine des Fées » à Saint-Yrieix guérissait le mal caduc et celle de « la Font des Demoiselles » d’Aussac, le goître, rapporte L. Bertrand dans le Bulletin de la Charente en 1947.

Lièvre avait déjà signalé quelques-unes de ces fontaines avec « la Font de la Dame » dans Rouzède, « la Font des Dames » dans Torsac, « la Font Put » dans Loubert, « la Font Putée » dans Brie de Chalais et « la Font des Putes » dans Voulgézac, lesquelles, dit-il, sont vraisemblablement autant de sources vénérées que leurs génies féminins, maudits, ont continué à hanter au Moyen Age.

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De nombreux lieux-dits de la contrée semblent attester l’apparition de ces êtres mythologiques. Considérons-les cependant avec circonspection car le « moulin des Dames » et le « bois des Dames » à Angoulême auraient appartenu à des personnes bien vivantes quoique retirées du monde, les religieuses de Saint-Ausone. Cependant, un autre « bois des Dames », à Ronsenac, où existe un dolmen, semble propre à être retenu. Peut-être aussi ceux de Combiers, de Lamérac, de Cognac. Les « champs des Dames » à Aussac. Le « champ des Dames » à Sireuil.

Que faut-il penser du « jardin des Dames » de Cognac, de la « Rivière des Dames » à Sainte-Sévère, de la « combe des Dames » à Asnières, de celles situées à Chateaubernard, à Couture ? Des « coteaux des Dames » à Torsac, de « l’île des Dames » à Cognac ? Du « plantier des Dames » à Champniers, du « buisson des Dames » à Saint-Séverin, de « l’enclos des Dames » à Villebois-la-Valette, des « Prés des Dames » à Saint-Mary, de la « pointe des Dames » à Jurignac et de la « pointe des Demoiselles » à Condéon, du « champ des Demoiselles » à La Chèvrerie, à Réparsac, à Saint-Angeau, à Saint-Ciers ?

Le « champ de la vieille » à Saint-Amand-de-Bonnieure pourrait être, écrit Aurore Lamontellerie, celui où l’on vit apparaître une vieille méchante fée analogue à celle des puits dont on menaçait les enfants. On relève plus sûrement : « le creux des Fadets » à Moutonneau, la « croix des Fadets » à Mainxe, les « Pierres Fades » à Lessac, « La Faderie » au Bouchage. Des lieux-dits : bois Marie, rivière de Marie, chemin de Sainte-Marie, à Saint-Aulaye-la-Chapelle-Conzac, Longré, Souvigné, on ne sait que trop penser. Il y a aussi celui appelé « Les Vierges de la font » à Dirac.

Il est difficile de classer les Fées par ordre d’importance. Tant de choses échappent à notre esprit d’hommes et de femmes du XXe siècle qui se veulent et se croient affranchis de ces croyances. On ne connaît plus leurs noms. Si l’on connaît la puissante Mélusine, la fée Braconne citée par Henry Pannéel dans ses Contes et légendes des Charentes (1946) qui dut connaître une certaine notoriété : « C’était une très belle dame vêtue comme une reine ». Elle se présente en ces termes à un brave paysan des Bassats : « Je suis la fée Braconne, qui règne sur cette forêt ». Elle était bonne et désireuse de réparer le mal causé par les mauvais génies, hélas nombreux. La fée du coteau de Magnerit, sur le territoire d’Aunac, qui apparut vers 1641 par un jour de Noël froid mais sec et ensoleillé, aux deux enfants de Jean-François de Volluyres, seigneur de Mortagne, au « creux des Fades », sa demeure, qu’elle partageait avec de nombreuses autres fées, à l’intérieur orné de rideaux de nuages bleu argent et de mosaïques roses. Avec sa robe rouge pailletée d’or, à la main une baguette magique, plus belle que le jour et dont la vie se passait à réparer le mal que faisaient les méchants et à avertir les hommes des dangers qui les menaçaient.

Une autre bonne fée c’était celle que l’on surnomma « la fée aux monghettes » et dont l’histoire fut contée par Marcelle Nadaud. Toutes les autres sont restées anonymes. On nous dit que les unes étaient belles, majestueuses. Que d’autres, les Fadettes, n’étaient que de petits êtres légers. Ce pouvaient être aussi les épouses des Fadets. Toutes les fées ne furent pas belles. Certaines étaient même très laides si l’on en croit le récit intitulé « Les Fadets » que rapporte dans Vieilles choses d’Angoumois Mathilde Mir en 1947, professeur de lettres. Les fées avaient souvent des occupations d’humbles mortelles. Elles faisaient le ménage de leur demeure et leur cuisine.

Cependant tout ce que contient de poésie le coeur humain a embelli leur domaine. Il y eut les filandières et les tisseuses qui tissaient gaze et dentelles fines, les lavandières qui lavaient si blanc, celles qui guérissaient aux fontaines, celles qui bâtissaient. On retrouve ces dernières dans les légendes se rapportant à la construction des dolmens. Mais, comme aux berges des fontaines, elles sont devenues Vierges ou Saintes.

Le dolmen de « La Pierre Blanche » entre le bourg de Bessé, Tusson et Charmé, au delà des grands bois de Bessé, aurait, disaient les grands-mères, été édifié, il y a bien longtemps, par la bonne Vierge qui descendit du ciel cette grosse pierre sur la tête, les plus petites dans son tablier de mousseline et qui la déposa en ce lieu. Autrefois une chandelle y brûlait toute la nuit. Un veau d’or est caché dessous rapportait Jacques Duquerroy, cultivateur, qui le tenait de sa grand-mère, née en 1810. C’est encore la Sainte-Vierge qui apporta l’énorme table du dolmen de Saint-Fort-sur-le-Né, sur sa tête, portant en même temps les quatre piliers dans son tablier, mais elle en laissa tomber un dans la mare de Saint-Fort en traversant le Né. En conséquence il n’en reste plus que trois. C’est encore elle qui aurait élevé le dolmen qui se trouve près du Pont des Bons Enfants au point où le ruisseau de la Font-du-Pouzon se jette dans le Né. Apportant la table sur sa tête et les piliers dans son tablier, elle en laissa tomber un au bord du Né en traversant cette rivière. C’est sur cette table que la Vierge vient repasser sa coiffe.

Parmi les fées on trouve encore celles qui exauçaient les souhaits, celles qui gardaient les trésors, celles aussi qui donnaient les maux et jetaient de mauvais sorts, celles qui les conjuraient. Au domaine de chez Vinaigre, en Ronsenac, on pouvait recueillir au XIXe siècle cette jolie légende :

A la venue du Christ, les Fées, dont le règne était fini, demandèrent une grâce au Seigneur avant de mourir. Dieu leur promit que leur dernier souhait serait accompli. « Nous désirons, dirent-elles, que nos dépouilles reposent sous des tombes de diamant ». Ainsi fut fait. Mais, comme la cupidité humaine alléchée par cette précieuse matière venait profaner ces sépultures, Dieu changea les tombes de diamant en pierre. Ce sont les menhirs et les dolmens.

Le temps a passé, les lourdes tables des dolmens sont grises et gris leurs piliers. Légende chrétienne, légende païenne on ne sait plus laquelle est la plus belle. Les fées ont toutes disparu. Partout on les cherche en vain. On ne les voit plus, seul leur souvenir persiste, tenace, aux abords de leurs demeures. Les pierres et les bois demeurent, les eaux reflètent toujours le ciel, mais les légendes, hélas, ne fleurissent plus. Qui rendra la vie à ces étranges apparitions, à ces créatures de rêve qui peuplaient nos clairières et nos combes profondes, qui dispensaient beauté, fortune, charme, magie, bien et mal, vie et mort ?

(D’après « Bulletin de la Société d’études folkloriques
du Centre-Ouest », paru en 1965)

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La Grande Histoire de la Côte d’Or

Posté par francesca7 le 14 octobre 2014

Histoire du département de la Côte-d’Or

(Région Bourgogne)

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Par sa position géographique, la richesse et l’étendue de son territoire, l’importance de ses villes, le département de la Côte-d’Or est celui dans lequel se caractérise le plus la physionomie historique de l’ancienne Bourgogne. Avant la conquête romaine et l’invasion des Burgondes, qui ont laissé leur nom à la province où ils s’installèrent, cette contrée, comprise dans la Gaule celtiques était habitée par les Lingons, tribu vaillante, fort ancienne, et qui se partageait avec les Séquanais et les Éduens toute la région orientale de la France actuelle.

La religion, les mœurs des Lingons étaient celles des autres peuples de la Gaule ; ils croyaient à l’unité de Dieu et à l’immortalité de l’âme ; ils avaient une espèce de royauté élective et responsable, dont le pouvoir civil, judiciaire et militaire, était, en beaucoup de cas subordonné à l’autorité religieuse du grand prêtre, chef des druides. L’esprit belliqueux et entreprenant de ces populations les avait souvent entraînées dans de lointaines expéditions. Longtemps ils furent conquérants avant d’être conquis à leur tour. 590 ans avant l’ère chrétienne, Sigovèse avait établi des colonies dans la Bohème et la Bavière, et Bellovèse avait fondé plusieurs villes dans le nord et l’est de l’Italie. Brennus avait pris Rome. Deux autres chefs gaulois, Léonoius et Lutarius, avaient pénétré jusqu’à Delphes, en Asie, et y avaient constitué la tétrarchie des Galates. Les Linons avaient figuré dans toutes ces entreprises, et on leur attribuait spécialement la fondation des villes d’Imola et de Budrio.

Lorsque l’invasion des Helvètes les menaces d `Arioviste, chef des Suèves, et la rivalité entre les Êduens et les Arvernes eurent amené sur les bords de la Saône les Romains déjà maîtres de la Gaule Narbonnaise, les Lingons furent un des premiers peuples auxquels ils offrirent leur amitié. Le respect qu’ils professèrent dans les premiers temps pour les coutumes et l’indépendance de leurs nouveaux alliés établit entre les deux nations l’union la plus cordiale et la plus sympathique. Des volontaires lingons se joignirent aux Éduens, qui voulurent accompagner César dans sa descente en Grande-Bretagne. Dans la guerre même de l’indépendance, guerre dont Vercingétorix fut le héros et la victime, les Lingons restèrent fidèles à la foi promise, malgré l’exemple que leur donnaient les Éduens, ces vieux alliés de Rome, qui se repentaient, mais trop tard, d’avoir été les premiers à accepter le patronage de tels voisins.

Les Lingons s’attachèrent plus étroitement à la fortune du conquérant des Gaules, qui sut avec tant d’habileté recruter ses légions parmi ceux qu’il venait de vaincre. Ils combattirent pour lui à Pharsale ; et si les trésors de la Gaule, si Vercingétorix enchaîné, figurèrent dans le cortège du triomphateur, on vit aussi plus d’un Gaulois quitter ses braies pour revêtir la toge du sénateur. C’est par les séductions de la paix que César voulait achever l’oeuvre de ses victoires. Les provinces gauloises furent administrées sous son règne avec la plus grande douceur. On n’enleva aux populations ni leurs terres ni leurs droits municipaux. Les grands furent dédommagés, par des titres et par des honneurs nouveaux, des dignités qu’ils avaient perdues. L’agriculture fut exercée dans les mêmes conditions qu’en Italie ; la navigation était libre sur le Rhône, la Saône, la Loire, même sur l’Océan.

Aussi les luttes du second triumvirat n’eurent-elles aucun retentissement dans la Gaule épuisée et assoupie. Auguste continua la politique de César. il fit plusieurs voyages et de longs séjours dans la Gaule, défendit ses frontières contre les Germains, y appela de nombreuses colonies, embellit les villes, en fonda de nouvelles, couvrit le pays de larges et magnifiques routes, imposa, enfin, sa domination avec tant d’habileté qu’à sa mort les vaincus avaient adopté les mœurs, les habillements, la religion et les lois des vainqueurs. La tyrannie, les exactions de Tibère et de Néron suscitèrent les révoltes promptement comprimées de Sacrovir et de Vindex. Le vieux sang gaulois était appauvri et vicié ; pour le rajeunir, il fallait d’autres éléments que l’influence d’une civilisation corruptrice et le contact des races abâtardies de la Rome des Césars.

Le seul épisode qui mérite d’arrêter les regards dans cette longue période de servitude et d’abjection est l’audacieuse tentative de Sabinus et le dévouement héroïque d’Éponine, son épouse. L’incendie du Capitole, qui avait marqué la mort de Vitellius, était représenté par quelques vieux druides comme un présage de ruine pour la puissance romaine. Les Lingons prirent les armes et choisirent pour chef Sabinus, leur compatriote, qu’on prétendait issu de Jules César. Ceux de Trèves se joignirent à eux ; mais les Séquanais et les Autunois, dont Sabinus avait autrefois pris d’assaut la capitale, marchèrent contre les révoltés et les défirent. Les Lingons se réconcilièrent avec Domitien en lui envoyant un secours de 70 000 hommes contre les barbares qui menaçaient les frontières romaines.

C’est vers cette époque, au moment même où l’oeuvre de dissolution semble accomplie, que commencent à apparaître les premiers symptômes de régénération. On fait remonter à la fin du ne siècle les premières prédications de l’Évangile en Bourgogne. La tradition la plus probable et la plus répandue donne à cette province pour premiers apôtres les disciples de saint Polycarpe, évêque de Smyrne, qui, après avoir pénétré dans la Gaule par le Vivarais, et ayant trouvé l’Église de Lyon déjà florissante, grâce aux prédications de Pothin et d’Irénée, s’avancèrent jusqu’à Autun, et de là se partagèrent la gloire et les périls de la conversion du pays Autun eut pour martyr un des premiers néophytes, le jeune Symphorien. Andoche et Thyrse, ses maîtres dans la foi, périrent à Saulieu, et Bénigne, leur compagnon, à Dijon, vers 178, sous le règne de Marc Aurèle. Le sang des victimes fut une semence féconde de chrétiens, et lorsque, en 311, Constantin donna la paix à l’Église, chaque ville, après avoir eu son martyr, avait enfin son pasteur.

Pendant que ces germes de salut se développaient, pendant que cette force inconnue grandissait dans l’ombre, rien ne saurait donner une idée de l’horrible confusion au milieu de laquelle agonisait le vieil empire romain séditions des légions nommant chacune leur empereur, guerres civiles, déchirement des provinces, pestes, famines, exactions. Le vieux monde se précipitait dans le christianisme comme dans un, refuge ; mais ce monde était trop usé, trop fini, trop bien mort pour apporter à la foi nouvelle la force d’expansion nécessaire à la reconstitution d’une autre société ; c’est alors qu’arrivent les barbares.

Alains, Vandales, Suèves, Gépides franchissent le Rhin, descendent des Alpes, pénètrent jusqu’en Espagne, jusqu’en Afrique, sans que la Saône ou le Rhône les arrêtent, sans laisser d’autres traces de leur passage que des monceaux de ruines. Derrière eux s’avance lentement une lourde armée de géants ; c’étaient les Burgondes. Pline en fait la principale tribu des Vandales ; Procope et Zosime les disent également Germains d’origine et de nation vandale. Voici le tableau qu’en a tracé le savant et consciencieux historien de la Bourgogne, Courtépée :

images (5)« Ces peuples, nés au milieu des forêts, étaient ennemis de la contrainte ; la liberté faisait tout leur bonheur, la chasse leur occupation, les troupeaux et les esclaves leurs richesses. Sans patrie et sans demeure fixe, ils ne redoutaient que la servitude. Ils n’avaient aucun art agréable ; mais ils pratiquaient l’hospitalité et toutes les vertus des peuples sauvages. Ils n’avaient pour arme que la framée, espèce de lance ou de halle- barde, la fronde, l’épieu, la hache, qui servaient également pour attaquer, pour se défendre et pour bâtir leurs maisons. Ils marchaient toujours armés, usage qu’ils conservèrent après leur conquête.

« On dit qu’ils portaient la figure d’un chat sur leurs boucliers, emblème de la liberté qu’ils voulaient conserver partout. Ils avaient des chefs, mais ils n’avaient point de maîtres. Ces chefs, qui prenaient le titre de hendin, furent d’abord électifs. Leur autorité n’avait d’autre terme que celui du bonheur de la nation. Ils n’étaient pas seule ment comptables de leurs fautes personnelles, ils l’étaient aussi des caprices de la fortune ou des fléaux de la nature. On les déposait lorsqu’ils avaient perdu une bataille ou mal réussi dans leurs entreprises, ou dans un temps de stérilité. Leurs prêtres étaient traités bien plus favorablement. Le pontife, nommé sinist, était perpétuel ; son pouvoir surpassait celui du hendin, et s’étendait au droit de punir les coupables : le respect des peuples le mettait lui-même à l’abri de toute révolution. »

Tel était le peuple qui devait conquérir une partie si importante de la Gaule. Des bords de la Vistule et de l’Oder il arriva, vers 275, sur les bords du Rhin, fit plusieurs tentatives infructueuses pour le franchir, et s’établit sur la rive droite, où il demeura jusqu’en 407. C’est pendant les dernières années de ce séjour que la religion du Christ pénétra chez les Burgondes ; ils avaient entendu parler d’un Dieu puissant dont le culte s’était nouvellement établi dans les Gaules. Ils envoyèrent des députés aux évêques voisins pour se faire instruire ; et ceux-ci, ayant été baptisés, rapportèrent la foi à leurs compatriotes.

Quoiqu’on ignore la date précise de leur conversion, elle est généralement attribuée aux prédications de saint Sévère, évêque de Trèves en 401. Quelques années après, Stilicon, général des armées romaines, Vandale d’origine, devenu tuteur d’Honorius, fit alliance avec les Alains, les Suèves, les Vandales, et les appela dans les Gaules pour l’aider à placer sur le trône impérial son propre fils Euchérius. Les Burgondes franchirent alors le Rhin à la suite des autres barbares ; ils se rendirent maîtres, presque sans obstacle, des pays situées entre le haut Rhin, le Rhône et là Saône Impuissant à leur résister, le patrice Constance, général d’Honorius, fit avec eux un traité solennel, qui leur assurait à titre d’hôtes et deconfédérés la possession de presque tout le territoire dont ils s’étaient emparés.

Ils élurent alors un roi ; leur choix tomba sur Gondicaire, le même sans doute qui était hendin lors du passage du Rhin en 407, et qu’on peut regarder comme le fondateur de la première monarchie bourguignonne. Trois nations différentes vivaient donc alors sur le même sol – les Gaulois, les Romains et ces nouveaux conquérants, les Burgondes. C’est de la fusion de ces éléments divers que se forma la race régénérée.

Gondicaire justifia par sa conduite habile le choix de ses compatriotes. Sa capitale et sa résidence fut d’abord Genève, qui était alors au centre de ses États ; plus tard, ayant soumis toute la province lyonnaise, il transféra à Vienne, en Dauphiné, le siège de la monarchie, se rendit maître d’Autun et de toute la Séquanaise, porta ses armes jusque dans la Belgique et le pays de Metz, et ne fut arrêté dans ses conquêtes que par le patrice Aétius, qui, justement alarmé des envahissements de ses anciens alliés, leur déclara la guerre et les défit dans une sanglante bataille, en 435.

Vainqueurs et vaincus se réunirent bientôt contre un ennemi qui les menaçait tous ; les Huns se montraient de nouveau sur le Rhin ; Gondicaire avait été tué avec vingt mille des siens en s’opposant à leur passage ; Gondioc, son fils et son successeur, associa ses efforts à ceux d’Aétius pour combattre Attila, et partagea la gloire de la fameuse journée des plaines catalauniques. Fidèle aux traditions paternelles, il utilisa habilement les années de paix qui suivirent celte rude secousse.

C’est de ce règne que date la répartition territoriale et cette législation bourguignonne si profondément enracinée dans les moeurs du pays que, dans plusieurs de ses parties, elle a continué à régir la province jusqu’à la Révolution. de 1789. Gondioc se rit nommer patrice par les Romains, et obtint du souverain pontife le titre de fils. Il réunit à sa couronne le pays des Lingons, celui des Éduens, le Nivernais, le reste de la Lyonnaise et une partie de la Narbonnaise, de sorte que son empire avait au midi la Méditerranée pour limite. Il mourut à Vienne vers 470, laissant quatre fils qui se partagèrent ses vastes États.

La Bourgogne et la Comté échurent à Gondebaud, patrice et maître de la milice dès 473, arbitre des destinées à de l’empire qu’il fit donner à Glycérius, et, en 476, souverain indépendant lors de la ruine de la puissance romaine sous Augustule. Le bien qu’on pouvait attendre de la position ainsi simplifiée fut considérablement atténué par les dissensions qui éclatèrent entre Gondebaud et ses frères. Celui-ci, après avoir triomphé de toutes les agressions, ensanglante ses victoires par des violences que la barbarie du temps peut expliquer, mais que ne saurait justifier l’histoire.

Les représailles, au reste, ne se firent pas attendre. Clotilde, seconde fille de Chilpéric, un des frères de Gondebaud, qui avait eu en partage Genève, la Savoie et une partie de la Provence, après avoir échappé au’ massacre de sa famille vaincue et dépossédée, était devenue la femme de Clovis, chef des Francs. Cette princesse poursuivit avec une persévérance infatigable l’œuvre de vengeance qu’elle semblait s’être imposée, usant de toute l’influence qu’elle exerçait sur son époux pour l’armer contre son oncle, suscitant les scrupules du clergé de Bourgogne contre l’arianisme qu’avait embrassé Gondebaud, éveillant toutes les convoitises, envenimant toutes les haines contre celui dont elle s’était promis la perte. Gondebaud déjoua toutes les intrigues, repoussa toutes les attaques et lassa pour un temps cette implacable hostilité.

L’histoire de son règne peut se diviser en deux parties : la période belliqueuse, toute remplie des luttes dont nous venons d’énoncer l’origine et les résultats ; la période pacifique, consacrée à l’organisation administrative et judiciaire du royaume de Bourgogne. C’est dans cette dernière surtout qu’il faut chercher les titres de Gondebaud aux souvenirs de l’histoire ; il compléta, dans un esprit remarquable de justice et d’humanité, l’oeuvre commencée par son père ; il réunit ses ordonnances modifiées et les édits nombreux qu’il rendit lui-même dans une espèce de code devenu célèbre sous le nom de Loi Gombette. Ce règne, pendant lequel l’agriculture fut puissamment encouragée, les ruines des villes relevées, d’innombrables établissements ecclésiastiques fondés, marque l’apogée de la monarchie de Gondicaire.

Gondebaud mourut à Genève en 516 ; il eut encore deux successeurs, Sigismond et Gondemar ; mais l’inaction de l’un et la faiblesse de l’autre rendirent la tâche facile à la vengeance inassouvie de Clotilde et à l’ardeur conquérante des Francs. En 534, Clotaire et Childebert rassemblèrent leurs forces et envahirent la Bourgogne ; une seule bataille leur livra le pays. Gondemar alla s’enfermer dans Autun, où il tenta de résister aux fils de Clotilde ; mais ce dernier effort fut si peu vigoureux, si peu retentissant, qu’en enregistrant sa défaite, l’histoire reste muette sur les destinées du vaincu. En lui, s’éteignit la race de Gondicaire ; avec lui finit le royaume de Bourgogne, qui avait duré 120 ans.

Les princes francs se partagèrent les dépouilles de Gondemari Théodebert, roi de Metz, eut Besançon, Langres, Châlon, Genève et Viviers et Childebert, roi de Paris, et Clotaire, roi de Soissons, eurent le reste jusqu’au moment où ce dernier réunit sous son sceptre les États de ses frères. Un nouveau partage, qui eut lieu à sa mort en 562, constitua un second royaume de Bourgogne au bénéfice de son second fils, Gontran, possesseur en outre d’Orléans et du territoire de Sens.

Rien de plus lugubre à la fois et de plus confus que les annales de cette dynastie mérovingienne des rois de Bourgogne. La seule figure de Gontran repose le regard épouvanté de toutes les horreurs qui signalent la longue et sanglante rivalité de Frédégonde et de Brunehaut. Le peuple l’aimait, disent les chroniques du temps ; quand il approchait d’une ville, les habitants allaient au-devant de lui avec des bannières en criant : Noël ! Après sa mort,’ il fut mis au nombre des saints ; et, cependant, on rapporte que la dernière de ses trois femmes, la belle Austrégide, lui ayant demandé comme grâce en mourant de faire périr ses deux médecins, parce qu’ils n’avaient pas eu l’habileté de la guérir, il eut la faiblesse d’accomplir ce vœu barbare ; ajoutons que c’est le premier prince qui se soit fait entourer de gardes.

Childebert, sans changer son titre de roi d’Austrasie, hérita de la plus grande partie de la haute Bourgogne, qu’il conserva seulement trois ans et quelques mois. Thierry, son second fils, est le deuxième prince mérovingien qui soit désigné sous le nom de roi de Bourgogne et d’Orléans ; il se laisse diriger par Brunehaut, son aïeule ; l’histoire de son règne n’est qu’un tissu de trahisons, de massacres et d’atrocités de tout genre. Il meurt subitement à Metz d’un flux de sang, à l’âge de vingt-six ans, après en avoir régné dix-huit, et précédant. de quelques mois seulement dans le tombeau sa terrible aïeule, dont fait justice à son tour Clotaire II, fils de Frédégonde.

La première apparition des maires du palais à la cour de Bourgogne se rattache au règne de Thierry ; et ce sont les intrigues de Varnachaire II, revêtu de cette dignité, qui livrent Brunehaut à Clotaire et facilitent à ce prince, par la défaite des fils de Thierry, la réunion de la Bourgogne à la France. Les deux royaumes sont régis par le même sceptre et suivent les mêmes destinées jusqu’à la fin du IXe siècle, époque de la constitution des grands établissements féodaux sous les successeurs de Charlemagne.

Image illustrative de l'article Parc national des Forêts de Champagne et BourgogneCharles le Chauve avait trouvé dans la fidélité de la noblesse bourguignonne un précieux appui contre les attaques de Louis le Germanique ; mais toutes les leçons de l’expérience étaient perdues pour ce prince incapable. Son fils, Louis le Bègue, ne comprit pas davantage la nécessité. de réunir en faisceau les forces éparses de la monarchie défaillante. Sous son règne, la confusion et l’anarchie augmentèrent encore, le morcellement du territoire ne rencontra plus d’obstacle. Trois nouveaux royaumes furent formés avec les débris de l’ancien royaume de Bourgogne : celui de Provence ou de Bourgogne cisjurane, par Boson, élu roi au concile de Mantaille, en 879 ; celui de Bourgogne transjurane, par Rodolphe, couronné à Saint-Maurice, en Valais, en 888 ; et celui d’Arles, composé des deux premiers, en 930. Quant à la Bourgogne proprement dite, elle resta sous le gouvernement des ducs héréditaires, dont nous avons ici principalement à nous occuper.

L’origine des premiers ducs de Bourgogne était illustre, et ce qui vaut mieux encore, nous retrouvons là, comme à la souche de presque toutes les grandes dynasties féodales, un de ces hommes auxquels il n’a manqué qu’un autre théâtre pour que l’histoire les mette au rang de ses héros. Richard le Justicier, comte d’Autun, était fils de Beuves, comte d’Ardenne, frère de Boson, roi de Provence, et sa soeur Richilde avait épousé Charles le Chauve en 870.

Sans vouloir nier ce que ces hautes alliances durent ajouter à son crédit, on peut dire qu’il fut surtout le fils de ses œuvres. Sincèrement et loyalement dévoué au roi son bienfaiteur, il le défendit contre les entreprises de sa propre famille. Il battit, en 880, les troupes de son frère Boson près de la Saône, mit garnison dans Mâcon au nom des rois Louis et Carloman, et donna le gouvernement de cette ville à Bernard, dit Plantevelue, tige des comtes héréditaires de Mâcon. Après s’être emparé de Lyon, il assiégea Vienne, dont il chassa Boson, et emmena prisonnière à Autun sa femme Hermangarde avec ses enfants, en 882. Il secourut Charles le Simple contre Eudes, comte de Paris, défit une première fois, en 888, dans les plaines de Saint-Florentin, les Normands, qui avaient pénétré dans la Bourgogne et dévasté Bèze ; remporta de nouvelles victoires sur eux, avec l’aide des, Auxerrois conduits par leur évêque Géran, gagna, contre le fameux chef Rollon, une bataille décisive auprès de Chartres, et fit lever le siège de cette ville en 911.

Étant à l’agonie, et les évêques l’exhortant à demander pardon à Dieu d’avoir versé tant de sang humain : Quand j’ai fait mourir un brigand, répondit-il, j’ai sauvé la vie aux honnêtes gens, la mort d’un seul ayant empêché ses complices de faire plus de mal. Il mourut à Auxerre en 921, laissant de sa femme Adélaïde soeur de Rodolphe Ier roi de la Bourgogne transjurane, trois fils : Raoul, son successeur, qui devint ensuite roi de France, Hugues le Noir et Boson.

Les ducs bénéficiaires de Bourgogne furent au nombre de sept, et régnèrent, de 880 à 1032, dans, l’ordre suivant : après Richard, Raoul le Noble, qui fut roi pendant la captivité de Charles le Simple à Péronne ; il eut pour successeur son beau-frère, Gilbert de Vergy, qui maria sa fille aînée à Othon, fils de Hugues le Grand ; Hugues le Noir, second fils de Richard, occupa pendant quelque temps le duché à la mort de Gilbert, plutôt comme usurpateur que comme héritier ; il en fut dépossédé par Louis d’Outre-mer au profit de Hugues le Blanc ou le Grand, cinquième duc.

On connaît la haute fortune de cette maison : pendant que Hugues Capet mettait la couronne de France sur sa tête, ses deux frères, Othon et Henri, possédaient successivement le duché de Bourgogne. La mort du septième et dernier duc Henri fut le signal de violentes contestations, de luttes sanglantes et d’une nouvelle répartition territoriale. Il avait laissé un fils adoptif, Othe-Guillaume, qui, soutenu par une partie des populations et les sympathies de la noblesse, prétendait à la succession de Henri ; le roi Robert, neveu paternel du duc, revendiquait de son côté l’héritage comme étant son plus proche parent ; la guerre éclata ; enfin, après treize ans d’une lutte indécise et ruineuse, l’intervention de l’évêque d’Auxerre amena un arrangement en vertu duquel le duché de Bourgogne était restitué à Robert, tandis que Othe conservait viagèrement le comté de Dijon.

Par une singulière coïncidence, à peu près à la même époque où le duché bénéficiaire prenait fin par sa réunion au domaine de la couronne, le second royaume de Bourgogne s’éteignait, après cent cinquante ans de durée, dans la personne d’Eudes, comte de Troyes, tué dans sa lutte contre Conrad II. Des débris de ce royaume furent formés les comtés de Provence, de Savoie, de Viennois, de Bourgogne ou Franche-Comté ; le reste fut réuni par Conrad à l’Empire. Ce comté de Bourgogne fut donné aux descendants de Othe en échange du comté de Dijon, et Lambert, évêque de Langres, ayant remis au roi Robert tous les droits qu’il possédait sur cette ville, ce prince en fit, au préjudice d’Autun, la capitale du duché qu’il donna à son fils Henri.

Le règne de Robert forme donc une des époques les plus importantes de l’histoire de Bourgogne : démembrement et fin du second royaume de Bourgogne ; formation d’un comté et transformation du duché bénéficiaire fondé par Richard le Justicier en un duché héréditaire qui va devenir l’apanage des princes du sang royal. Tels sont les faits essentiels qui se rapportent à cette date.

Henri Ier, fils aîné de Robert, nommé duc de Bourgogne en 1015, et devenu roi de France en 1031, céda son duché à son frère Robert, tige d’une dynastie de douze ducs, qui possédèrent la province de 1032 à 1361. Les termes de la charte d’octroi portent que le duché est donné pour en jouir en pleine propriété et passer à ses héritiers. Robert Ier, premier duc de la première race royale, usa assez tyranniquement de sa souveraineté ; son règne fut tout rempli de violents démêlés avec les Auxerrois ; il mourut à FIeurey-sur-Ouche, en 1075, après un règne de quarante-trois. ans, d’un accident tragique et honteux que l’histoire n’explique pas.

Son petit-fils, Hugues Ier, s’appliqua, par la sagesse et la douceur de son administration, à faire oublier les violences de son aïeul ; il prêta volontairement serment de maintenir les droits et privilèges de la province, et commit à six barons l’autorité de réprimer, même par les armes, les empiétements de ses successeurs. Après avoir remis son duché à Eudes Ier, son frère, il se retira, en 1078, à Cluny, sous la discipline de saint Hugues, son grand-oncle. Le plus éloquent éloge des vertus de ce prince est dans les phrases suivantes d’une lettre que le pape Grégoire VII écrivait à l’abbé de Cluny, pour lui reprocher d’avoir encouragé la résolution de Hugues : « Vous avez enlevé le duc à la Bourgogne, et par là vous ôtez à cent mille chrétiens leur unique protecteur. Si vous ne vouliez pas exécuter mes ordres qui vous le défendaient, au moins eussiez-vous dû être sensible et céder aux gémissements des pauvres, aux larmes des veuves et aux cris des orphelins. »

Les ravages d’une peste horrible, qu’on appela le feu sacré, et la fondation de l’ordre des chartreux par saint Bruno sont les événements les plus importants qui se rattachent à ce règne. Eudes se croisa et alla mourir à Tarse, en Cilicie, en 1102. Hugues II, son fils, mérita le surnom de Pacifique. Il fut l’ami de saint Bernard et s’occupa beaucoup de pieuses fondations.

L’aîné de ses fils et son successeur, Eudes II, hérita de ses vertus. Quoiqu’il se soit décidé deux fois à faire la guerre, d’abord pour consacrer ses droits de suzeraineté sur Saint-Germain d’Auxerre, Saint-Florentin et le comté de Troyes, que lui contestait Thibaut, son beau-père, et ensuite pour aller délivrer des Sarrasins son cousin Alphonse de Portugal, il prouva qu’il estimait les bienfaits de la paix à. leur juste valeur en refusant de céder au grand entraÎnement qui poussait vers la terre sainte les rois, princes et seigneurs de son temps. Il préféra le bonheur de ses sujets à une gloire incertaine, s’appliqua à faire régner l’union et la prospérité autour de lui, et paya sa dette à la religion en fondant de nouveaux monastères, en dotant ceux qui existaient déjà, en achevant les constructions commencées, et notamment la cathédrale d’Autun.

Hugues III, son fils, dont le règne commença en 1168, sut moins bien résister à la contagion des exemples ; il guerroya contre les grands vassaux ses voisins, prit la croix en 1178. Rejeté en France par une violente tempête, il revint bâtir la Sainte-Chapelle de Dijon, en accomplissement d’un vœu qu’il avait fait au moment du danger. En 1190, il repartit avec Philippe-Auguste et assista à la prise de Saint-Jean-d’Acre, puis mourut à Tyr en 1192. Avant de quitter la Bourgogne, il avait constitué la commune de Dijon.

Hugues Ill semble revivre dans son fils Eudes III. Aventures lointaines, exploits guerriers, affranchissement des communes caractérisent ce règne comme le précédent. La participation à l’expédition qui plaça Baudouin sur le trône de Constantinople, la croisade contre les Albigeois avec Simon de Montfort, la glorieuse journée de Bouvines en sont les dates les plus éclatantes. Le règne de Hugues IV fut heureusement préparé par l’habile régence de sa mère, Alix de Vergy. Dès qu’il fut majeur, le prince confirma la commune de Dijon ; figura comme un des douze pairs au sacre de Louis IX, ajouta à ses domaines le comté d’Auxonne et fit reconnaître sa suzeraineté sur celui de Mâcon.

Hugues fut un des plus fidèles compagnons de saint Louis ; il partagea ses périls et sa captivité dans la première croisade. Le roi, de son côté, visita plusieurs fois la Bourgogne ; il y laissa de profonds souvenirs de sa sainteté et de sa justice. Hugues, après avoir refusé au pape Innocent IV fugitif un asile dans ses États, eut la faiblesse d’y accueillir, en qualité de. grand inquisiteur, un cordelier, Robert, fanatique et apostat, qui traînait avec lui une femme perdue ; ce ne fut qu’après de nombreuses exécutions et beaucoup de sang répandu que les impostures de ce misérable furent dévoilées. Cet épisode est une tache regrettable dans l’histoire de Hugues IV.

Robert II, troisième fils de Hugues, ne dut la tranquille possession du duché qu’à Philippe le Hardi, qui l’en déclara seul et légitime héritier, contre les prétentions de ses beaux-frères. Jamais liens plus étroits ne rattachèrent la maison de Bourgogne à celle de France. Robert avait épousé Agnès, fille de saint Louis, et il eut pour gendre Philippe de Valois, marié à Jeanne, sa fille, en 1315. L’intimité de ces alliances donnèrent à Robert une grande influence dans la direction des affaires de l’État. Après le mas sacre de s Vêpres siciliennes, il fat chargé d’aller secourir Charles de Naples. Philippe le Bel le nomma grand chambrier de France, gouverneur du Lyonnais, gardien du comté de Bourgogne, et, mission plus délicate, son principal intermédiaire dans ses démêlés avec Boniface VIII.

Quoique chargé de si graves intérêts, Robert ne négligea pas ceux de son duché ; un remaniement des monnaies et d’importants accroissements de territoire classent son règne parmi les plus glorieux de sa dynastie. Il eut neuf enfants, dont plusieurs moururent avant lui ; Hugues V, l’aîné des survivants, eut pour régente, pendant sa minorité, sa mère, Agnès. A peine majeur, il mourut, ne laissant de son règne si court que le souvenir de sa brillante réception comme chevalier, et comme date sanglante, la condamnation des templiers.

EudesBourgogne.jpgEudes IV, son frère, prit aussitôt possession du duché. Agnès obtint qu’il transigeât avec les prétentions de Louis, son dernier frère, en lui abandonnant le château de Douesme avec une rente de 4 000 livres. A la mort de Louis le Hutin, Eudes, à défaut d’héritier mâle, voulut faire valoir les droits de Jeanne, sa nièce, fille du roi défunt. L’application de la loi salique, réclamée par Philippe le Long, régent du royaume, rendait vaines ses réclamations ; pour le dédommager, Philippe lui donna en mariage, avec 100 000 livres de dot, sa fille aînée, héritière par sa mère des comtés de Bourgogne et d’Artois. L’accord se rétablit, et la confiance royale valut dans la suite à Eudes une influence qu’il justifia par sa sagesse et sa capacité. Il mourut dans cette désastreuse année de laquelle un versificateur du temps a dit :

En trois cent quarante-neuf,
De cent ne demeuroient que neuf.

Son fils aîné était mort trois ans auparavant d’une chute de cheval au siège d’Aiguillon, laissant pour héritier unique son fils, Philippe de Rouvres, âgé de cinq ans. La tutelle fut confiée d’abord à Jeanne de Boulogne, mère du jeune duc, et ensuite au roi Jean, qui épousa la noble veuve. Jean vint à Dijon, en 1350, et il jura publiquement, dans l’église de Saint-Bénigne, de conserver et maintenir les franchises, immunités et privilèges de la province.

Cette période est tout entière remplie par les calamités entraînaient pour la France les envahissements des Anglais ; la Bourgogne n’était pas plus épargnée Châtillon avait été brûlé, Tonnerre pillé, Flavigny était devenu la place d’armes de l’ennemi ; tout le pays étant ou envahi ou menacé, les trois ordres -des deux Bourgognes s’assemblèrent à Beaune, et on vota 200 000 moutons d’or, c’est-à-dire plus de 2 000 000 de livres, somme énorme pour le temps, comme rançon de la province. Ce fut au milieu de ces calamités que Philippe, ayant atteint l’âge fixé pour sa majorité (quinze ans), prit, en 1360, le gouvernement du duché. A peine venait-il de contracter avec Marguerite de Flandre l’union arrêtée depuis longtemps et de ramener son épouse dans son château de Rouvres, près de Dijon, qu’un accident, une chute, mit fin à ses jours, en 1361. Beaucoup d’espérances reposaient sur cette jeune tête ; son coeur semblait animé des plus nobles sentiments : « Il vécut peu, a dit un historien du temps, et fut longtemps regretté ».

Il fut le douzième et dernier duc de-la première race royale, qui avait régné trois cent vingt-neuf ans. Dès que le roi Jean apprit sa mort, il prit possession de ses États, non comme roi de France, mais comme plus proche parent du duc : Ratione proximitatis, non coronae nostrae, hommage éclatant rendu à l’indépendance de la Bourgogne comme État. Après le traité de Brétigny, il se rendit à Dijon, et là, solennellement et officiellement, il unit et incorpora, le duché à la couronne.

Cette annexion, but d’une ambition à courte vue, ne devait point encore être définitive, la pensée de constituer l’unité française était alors encore loin des meilleurs esprits ; le roi Jean, qui avait une prédilection marquée pour Philippe, son quatrième fils, lequel d’ailleurs l’avait vaillamment défendu à la bataille de Poitiers en 1356, et avait partagé sa captivité en Angleterre, lui donna le duché de Bourgogne à titre d’apanage, réversible à la couronne faute d’hoirs mâles, l’institua premier pair de France, dignité dont s’étaient prévalus dans plusieurs occasions les ducs d’Aquitaine et de Normandie.

Philippe, surnommé le Hardi, inaugura donc, en 1363, la seconde dynastie royale des ducs de Bourgogne. Après avoir, selon l’usage, prêté serment de respecter les privilèges provinciaux, il prit possession de ses vastes domaines. Les temps étaient critiques, mais l’occasion de se poser en libérateur n’en était que plus favorable pour quiconque parviendrait à calmer l’orage et à éloigner le péril. Philippe, aidé de Du Guesclin, débuta par purger le pays des bandes indisciplinées de routiers, écorcheurs et malandrins, qui le dévastaient ; il dompta ensuite la terrible Jacquerie, et, déjà renommé par ses exploits militaires, il consolida et agrandit sa puissance par son mariage avec Marguerite de Flandre.

Cette alliance ajoutait à ses États les comtés de Bourgogne, d’Artois, de Flandre, de Rethel, de Nevers, et en faisait un des souverains les plus redoutables de l’Europe. Le roi de France eut recours à lui contre les attaques des Anglais et du roi de Navarre, Charles le Mauvais. Philippe sut arrêter et contenir l’ennemi ; il triompha de, la patriotique révolte des Gantois, commandés par l’héroïque Artevelde. Il reçut, à Dijon, le roi Charles VI avec une magnificence qui devint traditionnelle à la cour de Bourgogne. Il acquit le Charolais, en 1390, au prix de soixante mille écus d’or. Il envoya son fils aîné, Jean, comte de Nevers, avec une armée au secours de Sigismond, roi de Hongrie, menacé par les musulmans. Pendant la maladie de Charles VI, il avait été choisi par les états généraux, en 1392, pour gouverner le royaume Cette préférence, en excitant la jalousie de la maison d’Orléans, devint la source d’une haine irréconciliable qu’en mourant il légua, héritage funeste, à son fils Jean sans Peur. Ce prince succéda à son père en 1406 ; il avait épousé, en 1385, Marguerite de Bavière, dont la dot grossissait ses États de trois comtés : le Hainaut, la Hollande et la Zélande. Ses premiers actes furent ceux d’un prince habile, mais peu scrupuleux.

Après avoir remis un pou d’ordre dans les finances, compromises par les prodigalités de son père, il donna satisfaction à la haine qui couvait dans son cœur. Le 23 novembre 1407, Louis d’Orléans, en sortant de l’hôtel Barbette, à Paris, où il avait soupé avec la reine Isabeau de Bavière, tombait, rue Vieille-du-Temple, sous les coups d’un gentilhomme normand, Raoul d’Octonville, écuyer du duc Jean.

La justice étant impuissante en face d’un si grand criminel, la guerre éclata entre Armagnac et Bourgogne ; le fils du duc d’Orléans avait épousé la fille du comte d’Armagnac, et celui-ci se posa en vengeur du duc d’Orléans La durée de cette triste guerre ne fut interrompue que par les périls extrêmes de la France et la désastreuse campagne qui aboutit à la journée d’Azincourt.

Ce jour-là les deux familles rivales combattirent encore sous le même drapeau ; mais la haine étouffa bientôt ce qui restait de patriotisme et de loyauté. Jean, par un traité secret signé en 1416, s’allia aux Anglais, et l’abandon de Rouen fut le gage de sa trahison. Une sédition payée (celle de Périnet-Leclerc, 1418) et un massacre lui ouvrirent même les portes de Paris, où il entra en triomphateur, salué par les acclamations du peuple égaré, qui criait sur son passage : Noël ! vive le duc de Bourgogne, qui abolit les impôts !

Mais ce triomphe fut de courte durée ; le crime appelait la vengeance ; elle fut digne du coupable, digne des mœurs du temps. Un projet de paix et de réconciliation générale fut proposé, une entrevue avec le dauphin fut convenue, et le rendez-vous fixé, pour le 10 septembre 1419, sur le pont de Montereau. L’entourage intime de Jean avait été gagné ; il partit donc sans défiance ; mais quand il se fut avancé sur le pont, escorté de dix chevaliers seulement, les complices du duc d’Orléans, Tanneguy du Châtel et le sire de Barbazan à leur tête, se précipitèrent sur les Bourguignons et percèrent Jean de leurs coups. Les assassins voulaient jeter son corps dans la Seine, mais le curé de Montereau obtint qu’il lui fût remis ; il le garda jusqu’à minuit, le fit alors porter dans un moulin voisin et le lendemain à l’hôpital, où on l’ensevelit dans la bière des pauvres.

La mort de Jean sans Peur mit Philippe, dit le Bon, en possession de ses États à l’âge de vingt-trois an§. Il était à Gand lorsqu’il apprit la fin tragique de son père. Brûlant du désir de le venger, il convoqua à Arras une assemblée de grands seigneurs,. à laquelle il invita le roi d’Angleterre, qui était à Rouen. C’est là que fut préparé, pour être conclu à Troyes en 1420, le monstrueux traité qui, de complicité avec Isabeau, épouse et mère dénaturée, déshéritait, au profit de l’étranger, le dauphin Charles VII, du vivant de son père en démence.

Les événements de cette période sont trop connus et d’un intérêt trop général pour que nous entrions ici dans leur récit détaillé. Philippe, qui par la fin de son règne racheta les fautes du commencement, fut alors le complice de tout ce qui se trama et s’exécuta contre la France. Son excuse est dans le souvenir encore récent du meurtre de son père ; mais on ne petit même pas lui faire un mérite de son repentir, car son retour à la. cause française fut déterminé surtout par les outrages dont les Anglais l’abreuvèrent dès qu’ils crurent ne plu s avoir besoin de lui.

C’est en 1434, et par l’intervention de Charles, duc de Bourbon, que furent posés les préliminaires d’une réconciliation trop tardive et cimentée définitivement par le traité d’Arras, le 21 septembre de l’année suivante. L’insolence des termes prouve à quel point la royauté de France était humble et faible devant ce vassal que dédaignaient les Anglais. Charles désavoue le meurtre de Jean, et Philippe, après l’énoncé des dédommagements qui lui sont accordés, s’exprime ainsi : A ces conditions, pour révérence de Dieu et pour la compassion du pauvre peuple, duc par la grâce de Dieu, je reconnais le roi Charles de France pour mon souverain. Hâtons-nous d’ajouter que jamais parole donnée ne fut mieux tenue, et qu’à dater de cette époque la conduite de Philippe fut aussi irréprochable qu’elle avait été jusque-là criminelle.

La prospérité de ses peuples, le développement des bienfaits de la paix devint son unique préoccupation. L’union des deux maisons de France et de Bourgogne fut resserrée par le mariage du comte de Charolais, héritier de Philippe, avec Catherine de France, fille de Charles VII. Lorsque Louis XI, dauphin, quitta la cour de son père, Philippe lui refusa un asile en Bourgogne, où ses intrigues pouvaient être un danger pour la couronne et lui offrit à Geneppe, dans ses terres de Flandre, une hospitalité digne de son rang. Lors de la sédition qu’occasionna, parmi les chefs de l’armée, la désorganisation de l’ancien système militaire, il intervint entre les rois et les rebelles, et obtint d’eux qu’ils renonçassent à leurs projets de guerre civile.

Quoique l’insubordination de ses sujets flamands le tînt le plus souvent éloigné de la Bourgogne, il y entretint toujours une administration éclairée et paternelle. Son règne fut l’apogée des prospérités de la province. « Il mit ses pays, dit Saint-Julien de Baleure, en si haute paix et heureuse tranquillité qu’il n’y avoit si petite maison bourgeoise en ses villes où on ne bût en vaisselle d’argent ». Ce témoignage naïf est un plus éclatant hommage à sa mémoire que toutes les splendeurs de sa cour et les magnificences de l’ordre de la Toison d’or, dont on sait qu’il fut le fondateur. Il mourut à Bruges d’une esquinancie, en 1467, à l’âge de soixante et onze ans ; son corps fut transporté plus tard aux Chartreux de Dijon. Peu de princes furent aussi profondément et aussi justement regrettés.

Charles le Téméraire, quoique son règne n’ait commencé qu’en 1467, suivait depuis plusieurs années une ligne de conduite indépendante et souvent même opposée aux intentions pacifiques de son père. Sa participation à la ligue du Bien public, ses violents démêlés avec Louis XI étaient certainement peu dans les vues de Philippe, déjà vieux et ami de la paix.

Aux qualités héréditaires de sa race, courage, franchise, générosité, Charles joignait des défauts qui lui étaient personnels et qui rendaient bien périlleuse la lutte engagée avec Louis, le plus habile politique de son temps. Charles était arrogant, présomptueux, plein de fougue et d’obstination, incapable de pressentir les pièges qui lui étaient tendus, plus incapable encore de tourner une difficulté ou de recourir à l’adresse pour sortir d’un mauvais pas. Il épuisa toute son énergie, toutes les ressources de sa puissance à lutter contre les embarras que lui suscitait le roi de France sans paraître soupçonner de quelle main parlaient les coups qui lui étaient portés.

Les révoltes de Gand et de Liège, victorieusement, mais trop cruellement réprimées, lui aliénaient les populations et ne lui laissaient pas la libre disposition de ses forces. Il eut en son pouvoir, à Péronne, son rival, convaincu de complicité avec les Liégeois rebelles, et au bout de trois jours il lui rendit sa liberté, se contentant d’une promesse de neutralité qu’il fut le seul à prendre au sérieux. Il s’empara des comtés de Ferrette et de Brisgau, sans se soucier de la rupture avec la Suisse, qui en était la conséquence inévitable ; l’hostilité de ce voisinage l’entraîna dans une guerre dont il n’entrevit pas un seul instant la portée. Battu à Granson, il lui fallut à tout prix une revanche, et la journée de Morat changea en désastre ce qui pouvait n’être qu’un échec. L’importance qu’il avait toujours donnée aux prestiges de l’apparat, aux formes extérieures de la puissance, devait rendre mortel l’affront que ses armes avaient reçu ; il le comprit bien, et on le vit périr de mélancolie et de chagrin plus encore que de sa dernière défaite sous les murs de Nancy.

Il avait été mortellement frappé le 5 janvier 1477 ; son corps, à demi engagé dans un étang glacé, ne fut reconnu que deux jours après à la longueur de ses ongles et à une cicatrice résultant d’une blessure qu’il avait reçue à la bataille de Montlhéry, en 1465. Avec lui finit le duché héréditaire de Bourgogne, dont les possesseurs avaient cinq duchés à hauts fleurons, quinze comtés d’ancienne érection et un nombre infini d’autres seigneuries, marchaient immédiatement après les rois, comme premiers ducs de la chrétienté, et recevaient des princes étrangers le titre de grands-ducs d’Occident.

Portrait de Louis XIV en costume de sacre par Hyacinthe Rigaud en 1701.Charles laissait pour unique héritière une fille, la princesse Marie. Louis XI s’en fit d’abord donner la tutelle ; puis, à force de séductions et de promesses, il obtint du parlement de Dijon la réunion du duché à la couronne de France. Une alliance du dauphin avec Marie aurait légitimé cette usurpation. Louis ne voulut pas y consentir ; c’est la faute la plus capitale qu’on puisse reprocher à sa politique ; d’ailleurs ce mariage eût été trop disproportionné, le jeune dauphin ayant à peine huit ans et Marie de Bourgogne étant dans sa vingt et unième année. L’archiduc Maximilien, étant devenu l’époux de la fille de Charles le Téméraire, revendiqua les droits de sa femme et- remit en question l’unité française, qu’il eût été si facile de constituer.

Mais ce qui échappa à la perspicacité des politiques, l’instinct public le comprit et la force des choses l’amena ; le lien qui venait de rattacher la Bourgogne à la France, quelque irrégulier qu’il fût, ne devait plus être rompu. Malgré les alternatives d’une longue lutte, malgré le péril qu’entretenait pour les frontières de la province le voisinage de la Comté demeurée en la possession de l’étranger, malgré l’espèce de consécration que donnait aux droits de Maximilien sa domination sur les Flandres, la Bourgogne demeura française, et ses destinées restent dès lors indissolublement unies à celles de la patrie commune. Le titre de duc de Bourgogne reste attaché à l’héritier direct de la couronne, et chaque jour, malgré la fidélité des souvenirs aux traditions de l’histoire provinciale, la similitude de langage, l’affinité des mœurs, la communauté des intérêts. rend plus complète la fusion des deux États.

La lutte de François Ier et de Charles-Quint, les guerres religieuses et les troubles de la Fronde sont les épisodes les plus marquants qui se rattachent à la période française des annales bourguignonne s. Les populations furent admirables de dévouement et d’héroïsme pendant la première de ces crises, luttant à la fois contre les Espagnols, l’Autriche et les Comtois, donnant par souscriptions volontaires des sommes considérables, outre celles votées par les états pour la rançon de l’illustre prisonnier de Pavie, et refusant d’accéder à la condition du traité de Madrid, qui cédait la Bourgogne à Charles-Quint, représentant à ce sujet qu’ayant par les droits de la couronne et par leur choix des maîtres nécessaires, il ne dépendait pas de la volonté du monarque de les céder ainsi. La noblesse ajouta que si le roi l’abandonnait, elfe prendrait le parti extrême de se défendre et de s’affranchir de toutes sortes de domination, et qu’elle répandrait pour ce dessein jusqu’à la dernière goutte de son sang.

La fierté de ces sentiments, puisés dans les glorieux souvenirs du passé, arrêta longtemps les progrès du protestantisme ; la Bourgogne voulait être la dernière à souffrir sur son sol une nouvelle religion, puisqu’elle avait été chrétienne avant tous les Français, qui ne l’étaient devenus que par le mariage de leur princesse Clotilde avec le fondateur de la monarchie française. Les fléaux que déchaîna le fanatisme sur tant d’autres provinces furent évités jusqu’à la déplorable organisation des ligues catholiques, et, grâce à l’intervention du digne président Jeannin, le plus grand nombre des villes de Bourgogne ne fut pas ensanglanté par les massacres de la Saint-Barthélemy. Cependant l’obstination de Mayenne prolongea jusqu’en 1595 les calamités de la guerre civile, à laquelle mit fin seulement la victoire remportée par Henri IV sur les Espagnols à Fontaine-Française. Le 6 juin de cette année, ce monarque fit son entrée à Dijon ; il assista à l’élection du maire, jura de respecter les privilèges de la ville, et se contenta de changer quelques magistrats municipaux et de faire fermer le collège des jésuites.

Les dernières épreuves que la Bourgogne eut à traverser furent, sous Louis XIII, une révolte des vignerons, qui se réunissaient au refrain, Lanturlu, d’une vieille chanson, ce qui fit désigner cette révolte, qui, d’ailleurs, fut bientôt apaisée, sous le nom de Révolte des Lanturlus. Puis vint l’invasion des Impériaux amenée par les révoltes de la noblesse contre Richelieu et le. siège mémorable de Saint-Jean-de-Losne, les agitations de la Fronde, auxquelles l’influence des Condé dans la province donna une certaine importance, mais auxquelles manqua, presque partout l’appui des populations.

Dans les époques plus récentes, la Bourgogne prit sa part de tous les événements heureux on funestes dont la France fut le théâtre. La Révolution de 1789 y fut accueillie comme’ une ère réparatrice, qui devait faire disparaître les tristes abus financiers des derniers règnes, et assurer à chacun les libertés que l’on réclamait depuis longtemps. Les gardes nationales s’y organisèrent avec une rapidité merveilleuse, et, oubliant les vieilles rivalités qui les divisaient sous l’ancien régime, elles s’unirent à celles de la Franche-Comté et demandèrent à marcher ensemble les. premières contre l’ennemi.

Le département de la Côte-d’Or fournit donc un large contingent aux phalanges républicaines qui, après avoir refoulé l’ennemi, promenèrent le drapeau national dans toutes les capitales de l’Europe ; et lorsque, moins heureux, les soldats de Napoléon jar expièrent par les désastres de 1814 et 1815 les triomphes passés, nulle part ils ne trouvèrent un plus vaillant appui et de plus patriotiques sympathies que dans les populations de la Bourgogne. Depuis que les luttes de l’industrie et des arts ont remplacé dans la vie des peuples modernes les vicissitudes des champs de bataille, la Côte-d’Or, grâce au génie de ses habitants et aux richesses de son sol, a su conquérir une importance et une prospérité qui lui permettent de ne rien regretter des gloires et des grandeurs de l’ancienne Bourgogne.

Pendant la néfaste guerre de 1870-71, le département de la Côte-d’Or eut d’autant plus à souffrir de l’invasion allemande que Dijon fut successivement pris pour centre d’opérations et par les Français et par les Allemands. À la nouvelle que le passage des Vosges avait été forcé par l’ennemi et que la ligne de défense de Vesoul à Lure venait d’être abandonnée par le général Cambriels qui s’était retiré à Besançon, la résistance s’organisa à Dijon sous la direction du docteur Lavalle, membre du conseil général, tandis que Garibaldi, autorisé par le gouvernement de la défense nationale, formait un corps d’armée composé de quatre brigades dont il confiait le commandement à Bossack, Marie, Menotti et Ricciotti. Le général de Werder, commandant du 4e corps allemand, marchait sur Dijon et, le 27 octobre 1870, repoussait, à Talmay, les troupes françaises commandées par Lavalle, qui ne se composaient guère que de quelques bataillons de mobiles et de gardes nationaux.

Pendant ce temps, Garibaldi se portait sur la droite du côté de Poutailler pour essayer de rejoindre les troupes du général Cambriels. L’ennemi, ayant passé la Saône à Gray, se porta sur Dijon ; les troupes qui s’opposaient à sa marche furent repoussées à la bifurcation des routes de Gray à Dijon et à Auxonne. À la suite d’un nouveau combat livré à Saint-Apollinaire le 30 octobre, les Allemands entrèrent à Dijon. Garibaldi qui avait en vain essayé d’accourir à la défense de la ville, ce qu’il ne put faire, parce que le pont de Pontailler avait été rompu, voulut du moins protéger les autres grandes villes de la Côte-d’Or ; il fit occuper Saint-Jean-de-Losne et Seurre et lui-même revint à Dôle. Le 2 novembre l’ennemi, maître de Dijon, marchait sur Beaune et Chagny. Les troupes de Garibaldi gardèrent les rives de l’Oignon et de la Saône ; le 5 novembre, elles repoussèrent l’ennemi près de Saint-Jean-de-Losne.

A la suite de cet échec, les Allemands revinrent à Dijon pour s’y reformer et firent de cette ville le centre de leurs opérations dans l’Est. Ils reprirent bientôt l’offensive et repoussèrent d’abord, le 30 novembre, les troupes de Garibaldi ; mais le 3 décembre, celui-ci, appuyé parle général Cremer, les battit complètement à Arnay-le-Duc et à Bligny-sur-Ouche, les rejetant presque sous les murs de Dijon. Cette double victoire, qui empêchait l’ennemi de dépasser Chagny, sauva le reste du département et peut-être même Lyon. Le général de Werder revint une fois encore à Dijon pour reposer ses troupes et les reformer ; mais les événements avaient marché Au nord-est ; il dut envoyer ses troupes sous les murs de Belfort qui se défendait avec acharnement, et il ne laissa à Dijon que le général Glumer avec deux bataillons et à Semur une brigade badoise. Ces troupes furent elles-mêmes bientôt rappelées et, le 6 janvier 1871, Garibaldi rentrait à Dijon, y organisait de nouveau la défense ; il était temps, car une armée de 70 000 AIlemands s’avançait pour empêcher Bourbaki de se porter à la défense de Belfort.

Trois corps de cette armée furent successivement attaqués et battus dans les journées des 21, 22 et 23 janvier, par le général Pélissier et Garibaldi, d’abord à Fontaine et à Talant, puis à Plombières, à Daix, à Hauteville et au Val-de-Suzon. D’habiles dispositions permettaient d’espérer des succès plus décisifs lorsque, le 29 janvier, on apprit la capitulation de Paris et la notification de l’armistice. Par une fatalité encore mal expliquée, les départements de la Côte-d’Or, du Doubs et du Jura n’étaient pas compris dans cet armistice ; l’armée de l’Est était refoulée vers la Suisse, la continuation de la lutte devenait impossible, il fallut se résigner à abandonner Dijon qui ne fut évacué par l’ennemi qu’après la signature des préliminaires de paix. Quant à Garibaldi, qui le 28 janvier était parvenu à réunir à Dijon près de 50 000 hommes et 90 canons, il avait agi si habilement et avec tant de promptitude qu’il put opérer sa retraite sans rien perdre de son matériel. L’invasion allemande avait coûté au département de la Côte-d’Or 14 464 427 fr. 29.

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ANDROUET : Une histoire de Famille

Posté par francesca7 le 16 août 2014

 

La famille Androuët en 1909. ————-  

hVJ4H_Androuet Paris 1909 - 2

 

Lorsque Henri Androuët, qui a débuté comme colporteur chez Gervais, a l’idée en 1909 de faire goûter les fromages de toutes les régions de France à des parisiens ignorant la richesse fromagère de leur pays, l’histoire de la maison commence.

Henri Androuët se met à son compte et ouvre l’année suivante une crémerie située rue d’Amsterdam. La maison Androuët est née, et avec elle l’affinage comme principe de production.

Après la tourmente de la Grande Guerre, il développe son « affaire », continuant d’affiner et d’élever les fromages disponibles sur le marché. La banalité des produits distribués alors incite Henri Androuët à en rechercher de nouveaux jusqu’à aller à la rencontre des producteurs pour s’en procurer. Cette quête à travers l’Hexagone, à une époque où les chemins de campagne n’étaient pas encore goudronnés, lui permet d’acquérir une connaissance profonde et inédite des fromages de France, des lieux où ils sont fabriqués et des hommes qui les produisent.

Au milieu des années 20, la notoriété de la maison Androuët, qui propose alors plus de cent fromages, est telle que Henri Androuët ouvre une cave de dégustation qui devient le rendez-vous de tous les amateurs de fromage.

Au début des années 30, son fils Pierre choisit entre des études d’architecture et la succession de l’affaire familiale. La passion l’emporte et aussitôt la fromagerie s’agrandit d’un restaurant dont il dessine les plans, inauguré en 1934.

Le succès est immédiat et le restaurant gastronomique Androuët devient une institution. Reprenant le flambeau, Pierre Androuët sillonne les routes à son tour cherchant toujours à se fournir le plus possible directement auprès des producteurs de fromage. Avec une âme de chercheur d’or, la prospection continue. Parallèlement, la superficie de la cave est développée. On y parfait les techniques d’affinage qui sont désormais, avec le restaurant, les lettres de noblesse de la maison.

Au début des années 50, Henri et Pierre Androuët sont considérés comme les maîtres fromagers les plus réputés de France et du monde. Maintenant ses exigences de qualité au plus haut niveau, Pierre Androuët, ambassadeur incontestable de la fromagerie française, n’a pas hésité à parcourir le monde pour apprendre, connaître et recenser les techniques de fabrication et les spécialités, au point de devenir une véritable encyclopédie vivante du fromage.

Vers 1925, soucieux de faire connaître les ressources des terroirs français, Henri Androuët créa ses « calendriers des fromages ». Il y recensait plus de cent sortes, chacune présentée sous un nom régional ou communal et accompagnée de sa période de pleine maturité. Ces dépliants inédits s’arrachèrent, si bien qu’attentif aux désirs des clients à la curiosité ainsi alléchée, Henri Androuët aménagea une salle de dégustation adjacente à sa cave d’affinage. Le tout Paris des amateurs s’y précipita aussitôt pour découvrir des recettes traditionnelles à base de fromages.

Avec son fils Pierre, il ouvrit alors, au-dessus de la fromagerie et dès le milieu des années 30, le fameux restaurant qui assura sa renommée à la famille. Sélection des vins, étendue et qualité de la carte, soins apportés au service firent rapidement recommander l’adresse.

L’originalité et le savoir-faire Androuët ne tardèrent pas à attirer des clients prestigieux venus goûter et apprécier à côté de monsieur-tout-le-monde une nouvelle façon d’aborder les fromages. De Colette aux pères d’Astérix, en passant par Jean Gabin et Orson Wells, ou encore Toshiro Mifune et Ernest Hemingway, les grands noms de l’actualité et des arts firent honneur à la maison. Jusqu’à La Callas, grande fanatique des fromages, qui chaque fois se rendait en cuisine pour se concocter elle-même des œufs brouillés avec le fromage de son choix. 

Originaire du Midi de la France sur la route de la « Transhumance » des brebis – les Alpes de Haute Provence par sa mère et la Camargue par son père – Stéphane Blohorn est marqué par une culture et une éducation provençales. Amoureux des espaces, des bêtes et des produits de la terre, c’est un homme de passion et d’action.

Stéphane Blohorn a été intronisé le 28 février 2006 « Garde et Juré » de la Confrérie de Saint-Uguzon au sein de la Guilde des Fromagers. Le 6 octobre 2008, il est élevé « Maître Fromager » au sommet du Mont d’Or dans le Jura. Il continue l’œuvre qui a fait la renommée de la maison Androuët dans l’univers fascinant des fromages et perpétue ainsi une grande tradition française de l’excellence. En Juin 2008, il est auditionné par le Sénat où il défend le fromage comme « patrimoine vivant » à l’occasion de la démarche d’inscription du  »repas gastronomique français » à l’UNESCO  (inscription définitivement adoptée le 19 Novembre 2010).
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Stéphane Blohorn aime à faire partager son rêve, à favoriser la qualité et la diversité des fromages pour que la richesse gastronomique de nos régions soit transmise aux nouvelles générations. Une démarche qui veut avant tout valoriser les hommes et leurs terroirs. 

Pour Androuet, l’actualitée récente à marqué cent ans de sélection des plusgrands fromages issus des meilleurs terroirs. Cent ans de révolution de palais, de règne gourmand, d’empire du goût. Cent ans d’affinage et de conseils avisés qui réjouissent les sens. Cent ans de succès gustatifs saupoudrés d’inventions depuis l’ouverture de la première fromagerie à Paris en 1909 par Henri Androuet. Rejoint par son fils Pierre, ils deviennent rapidement les ambassadeurs du fromage à travers le monde. 

Forte de cette culture et de ce savoir faire, la maison Androuet s’inscrit aujourd’hui dans la continuité, et maintient la grande tradition des fromages gastronomiques en restant en quête permanente de qualité. Si l’affinage est une histoire de goût, il est aussi une question de savoir-faire, et offrir la meilleure qualité, pour Androuet, réside aujourd’hui dans la sélection des meilleurs fromages qui seront porté  à pleine maturité grâce à l’affinage réalisé par une équipe de passionnés, tous professionnels du fromage artisanal.

Reprise il y a 7 ans par son nouveau président Stéphane Blohorn, la maison Androuet a fêté ses 100 ans et réaffirme son ADN : maintenir plus que jamais la diversité de son offre, avec plus de 300 fromages sur ses étalages et rester farouchement attachée à la défense des petits producteurs et au travail artisanal qui lui sont si chers depuis maintenant un siècle. Une démarche qui veut avant tout valoriser les hommes et leurs terroirs.

Voir l’article d’origine ici : : http://androuet.com/

 

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Histoire du département du Doubs

Posté par francesca7 le 3 août 2014

 

(Région Franche-Comté)

 

200px-Métabief_7Le département du Doubs fut, dans la période gauloise, habité par une partie de la nation puissante des Séquanais. On ignore à quelle époque ce peuple envahit la Gaule ; mais il paraît certain qu’il fut parmi les Celtes un des premiers qui s’y fixèrent. La tradition disait qu’ils étaient venus des bords du Pont-Euxin. Lorsque les neveux, du roi Ambigat, Bellovèse et Sigovèse, franchirent les Alpes 600 ans avant Jésus-Christ, les Séquanais furent au nombre des barbares qui portèrent pour la première fois en Italie les armes gauloises.

Ce fut à l’époque où la domination romaine commença à s’étendre par delà les hautes montagnes qui séparent l’Italie de la Gaule que les Séquanais acquirent une grande importance historique. On sait que Rome accordait sa protection aux Éduens : cette vaste confédération mit à profit la suprématie qu’elle devait au titre de « soeur et alliée du peuple romain » pour tyranniser ses voisins les Arvernes et les Séquanais. Jaloux de cette puissance, les Séquanais cherchèrent à leur tour des alliés au dehors ; ils attirèrent en Gaule, par l’appât d’une forte solde, 15 000 mercenaires germains conduits par Arioviste, le chef le plus renommé des Suèves, vaste confédération teutonique qui dominait dans la Germanie.

Grâce à ce secours, les Séquanais furent vainqueurs et les Éduens se reconnurent leurs clients ; mais bientôt ils furent plus malheureux que les vaincus ; Arioviste, qu’était venue rejoindre une multitude de barbares, exigea des Séquanais un tiers de leur territoire ; il prit la partie la plus rapprochée de la Germanie, celle qui aujourd’hui forme le département du Doubs ; puis, jugeant ce lot insuffisant, il exigea un autre tiers. Les Séquanais, indignés, se réconcilièrent alors avec les Éduens ; il y eut une grande bataille où l’armée gauloise fut taillée en pièces. Nous parlerons, dans la notice sur la Haute-Saône, de cette sanglante défaite de Magetobriga. Arioviste fut alors maître de tout ce pays, « le meilleur de la Gaule », dit César au livre Ier de ses Commentaires.

Mais la conquête du chef suève avait encouragé d’autres barbares à envahir les Gaules ; on connaît ce grand mouvement des Helvètes qui détermina l’intervention de Rome et de Jules César. L’an 58, le proconsul, après avoir fait alliance avec Arioviste, quitta la province, marcha sur Genève avec une seule légion, coupa le pont du Rhône, retourna à Rome chercher son armée et revint, par une de ces marches rapides qui lui frirent depuis familières, accabler les Helvètes. Vainqueur de ces premiers ennemis, César se tourna contre Arioviste et lui enjoignit de quitter le pays des Éduens et des Séquanais. « Que César vienne contre moi, répondit le Suève, il apprendra ce que peuvent d’invincibles Germains qui depuis quatorze ans n’ont pas couché sous un toit. » Le Proconsul entra aussitôt en Séquanaise, gagna son ennemi de vitesse et s’empara de la capitale du pays, Vesontio, où il établit sa place d’armes et ses magasins.

La bataille, dans laquelle la discipline romaine triompha du nombre et de l’impétuosité des barbares, se livra à trois journées de Besançon, vers le nord-est. Les Séquanais furent délivrés de leurs oppresseurs germains ; mais’ ils ne firent que changer de maîtres : les Romains occupèrent militairement leur pays, y envoyèrent des administrateurs et des agents ; la domination romaine savante, policée et durable s’établit au mi-lieu d’eux. Ceux des Séquanais qui regrettaient les temps de l’indépendance gauloise quittèrent leur patrie et remontèrent vers le nord, afin d’exciter contre leurs oppresseurs les peuples belges ; ces Gaulois intrépides et sauvages se prêtèrent facile-ment à ce dessein ; leurs attaques furent pour César l’occasion et le prétexte de la conquête des Gaules ; il était à Besançon quand commencèrent les hostilités.

150px-Albrecht_Dürer_084bL’indépendance de toute la Gaule, et en particulier celle des Séquanais, fut perdue sans retour par la soumission de Vercingétorix. A partir de ce moment, ils restèrent fidèles aux traités et servirent avec loyauté dans les armées romaines. Lucain fait un grand éloge de la cavalerie séquanaise et nous représente la légion vésontine marchant au combat avec sa vieille enseigne : un globe d’or dans un cercle rouge. Auguste avait compris la Gaule transalpine dans les provinces impériales et classé la Séquanaise dans la Belgique (28 ans av. J.-C.) ; cette province prit le nom de Maxima Sequanorum à l’époque de la division administrative de Dioclétien et eut pour capitale Besançon (292).

Au IIe et au IIIe siècle, une, grande partie de la Séquanaise était chrétienne. De Lyon, la foi nouvelle remonta, vers le nord de la Gaule ; en 180, deux jeunes Athéniens, disciples de l’évêque Irénée, Ferréol et Ferjeux, portèrent la foi évangélique chez les Séquanais ; ils firent un si grand nombre de prosélytes, que Besançon ne tarda pas à devenir le siège d’une nouvelle église dont Ferréol fut le premier évêque. Mais les deux disciples de saint Irénée payèrent de leur sang leur généreuse propagande : ils firent mis à mort en 211. Saint Lin, saint Germain et les autres successeurs de saint Ferréol étendirent la foi chrétienne malgré les persécutions, et, au temps de Dioclétien, la Séquanaise entière était convertie au christianisme.

A cette époque, les provinces de la Gaule qui confinaient à la Germanie n’avaient pas de repos ; elles étaient sans cesse menacées par les barbares. Avant les invasions définitives des Burgondes et des Francs, les habitants de la Séquanaise eurent à souffrir d’un grand nombre d’incursions passagères. Lorsque Julien, alors césar, se rendit à Besançon, après ses victoires sur les Francs et les Allemands. dans les années 358 et 359, il trouva toute la province dont cette ville est la capitale ravagée et, à Besançon même, il ne vit que des traces de dévastation : « Cette petite ville, écrit-il au philosophe Maxime, maintenant renversée, était autrefois étendue et superbe, ornée. de temples magnifiques et entourée de murailles très fortes, ainsi que la rivière du Doubs qui lui sert de défense. Elle est semblable à un rocher élevé qu’on voit dans la mer et presque inaccessible aux oiseaux mêmes, si ce n’est dans les endroits qui servent de rivage au Doubs. »

Avant de se jeter sur l’Espagne, les Vandales laissèrent aussi en Séquanaise des traces de leur passage. Ce fut enfin en 410 que l’une des invasions définitives qui se fixèrent sur le sol et lui donnèrent pendant longtemps son nom, celle des Burgondes, se répandit dans la Séquanaise. Les nouveaux maîtres, de mœurs paisibles et douces, ne furent pas des oppresseurs ; ils se contentèrent de s’approprier une partie du sol sans établir des impôts onéreux et vexatoires ; ils laissèrent à leurs sujets leurs lois romaines, leur administration municipale et vécurent avec eux dans une égalité parfaite, chacun selon ses lois. Le patrice Aétius chassa momentanément les Burgondes de la Séquanaise, de 435 à 443 environ. Aux ravages occasionnés par cette guerre s’en ajoutèrent de bien plus terribles. Attila, battu à Châlons-sur-Marne (451), fit sa retraite par l’orient de la Gaule, et Besançon fut tellement ruinée par les Huns que pendant cinquante ans elle resta déserte.

L’établissement définitif des Bourguignons dans les pays éduen et séquanais, qui devinrent les deux Bourgognes, date de l’année 456. Le Suève Ricimer, héritier des dignités d’Aétius qui venait d’être mis à mort par Valentinien III, partagea ces pays entre les chefs burgondes Hilpéric et Gondioc, avec lesquels il avait formé une alliance de famille. Gondioc laissa en mourant le territoire de Besançon et cette ville à l’un de ses quatre fils, Godeghisel, uni à Gondebaud et devenu maître de toute la Séquanaise par le meurtre de deux de ses frères. Godeghisel fit secrètement alliance avec le roi des Francs Clovis et abandonna son frère dans la bataille qui eut lieu sur les bords de l’Ouche en 500. Gondebaud tira vengeance de cette trahison : lorsqu’il eut obtenu la paix de Clovis, il tourna ses armes contre son frère, le battit et le fit massacrer. Gondebaud fut alors maître du territoire séquanais et y imposa son code, la célèbre loi Gombette, jusqu’au moment où les fils de Clovis prirent aux enfants de Gondebaud tout leur héritage et s’emparèrent de la Bourgogne (534).

Lorsque la monarchie franque fut partagée entre les quatre fils de Clotaire Ier, le pays dont nous nous occupons échut avec toute la Bourgogne à Gontran (561-593). Grâce à son éloignement des champs de bataille, il traversa sans trop de vicissitudes cette période de la domination des Francs. Ses nouveaux maîtres étaient cependant de mœurs moins douces que les paisibles Bourguignons ; Besançon commençait à se relever des ruines et des désastres des invasions précédentes, quand survinrent les Sarrasins. En 722, les hordes d’Abd-el-Rhaman passent la Loire, remontent la Saône, se divisent vers Autun en deux bandes : l’une se dirige vers l’ouest, tandis que la seconde livre aux flammes Besançon et tout le pagus de Warasch ou Varasque, qui se composait alors du territoire aujourd’hui compris dans le département du Doubs. Tandis que la Bourgogne citérieure ou en deçà de la Saône commençait à former ses divisions féodales et à se diviser en comtés, la Bourgogne ultérieure ou Franche-Comté conservait les divisions barbares qui avaient pris naissance avec les Burgondes et s’appelaient pagi.

1852_Levasseur_Map_of_the_Department_du_Doubs,_France_-_Geographicus_-_Doubs-levasseur-1852Pépin le Bref laissa à sa mort (768) les deux Bourgognes à son fils Carloman ; on sait que ce prince n’en jouit pas longtemps ; se retirant dans un monastère, il laissa ses États à des enfants en bas âge qui furent dépossédés par leur oncle Charlemagne. L’histoire du département du Doubs se confond avec celle du vaste empire du héros germain ; on sait seulement que les Bourgognes profitèrent de la réforme administrative à laquelle il soumit tous ses États ; mais ce ne fut pas pour longtemps ; les troubles du règne de Louis le Débonnaire survinrent, puis les discordes de ses fils lui survécurent.

Après la bataille de Fontanet (841) et le traité de Verdun (843), les deux Bourgognes furent séparées pour la première fois. La Bourgogne éduenne échut à Charles le Chauve et la Bourgogne séquanaise à Lothaire. Cet empereur mourut en 855. La haute Bourgogne ou Bourgogne cisjurane entra dans la part du plus jeune de ses trois fils, Charles, roi de Provence. A la mort de ce prince (863), ses frères Louis II et Lothaire II firent deux parts de son royaume ; la haute Bourgogne fut scindée, la plus grande partie du territoire qui forme le département du Doubs échut avec Besançon à Lothaire II.

Lothaire ne survécut que de six ans à son frère Charles. Le roi de France, Charles le Chauve, profita des embarras et des guerres dans lesquels son neveu, Louis II, était engagé en Italie pour se saisir des États de Lothaire II ; il se fit proclamer roi de Lorraine à Metz ; mais Louis II protesta, et un nouveau partage plus bizarre que tous les précédents eut lieu. La haute Bourgogne fut complètement démembrée, le pagus de Varasque, qui. avait pris le nom de Comté, échut à Louis, depuis Besançon jusqu’à Pontarlier, tandis que Besançon même était concédée à Charles le Chauve par un traité conclu au mois d’août 870.

Pour se reconnaître dans cette multiplicité de partages où l’historien lui-même, s’il veut ne pas se perdre, a besoin d’apporter une attention soutenue, il faut bien songer que les noms de haute Bourgogne, Bourgogne ultérieure et Bourgogne cisjurane s’appliquent tous également à cet ancien pays des Séquanais que nous n’avons pas encore le droit d’appeler du nom de Franche-Comté. Tant de dislocations et de changements nuisaient aux relations et aux intérêts des localités et faisaient périr tous les éléments d’unité et de pouvoir. La partie de la haute Bourgogne qui échut a Charles le Chauve protesta contre le partage de 870 ; Gérard de Roussillon, ce héros du premier temps féodal, gouverneur de Provence et de Bourgogne, s’opposa par les armes à son exécution ; ce fut aux environs de Pontarlier que se livra la bataille qui décida en faveur du roi de France :

Entre le Doubs et le Drugeon
Périt Gérard de Roussillon dit une vieille tradition. Gérard ne périt pas, mais fut chassé et cessa de contester à Charles l’occupation du pays. Nous retrouvons deux fois le prince à Besançon ; la première à la suite de sa victoire,, la seconde lorsque, après la mort de son neveu Lothaire II (875), il descendit en Italie pour s’y faire couronner empereur. On sait que, l’année même de sa mort (877), Charles le Chauve ratifia, par le fameux capitulaire de Kiersy-sur-Oise, les usurpations de la féodalité.

Le gouverneur des Bourgognes et de la Provence, Boson, n’avait pas attendu la sanction royale pour se rendre indépendant dans les pays qui lui étaient confiés ; mais ce fut seulement en 879, à la mort de Louis le Bègue, qu’il tint à Mantaille une diète générale où, entre autres personnages influents, nous voyons figurer l’archevêque de Besançon. Il se fit donner le titre de roi de Bourgogne. L’année qui suivit sa mort (888), les Normands ravagèrent la haute Bourgogne ; son successeur, en bas âge, Louis, était incapable de défendre les États de son père ; il fut dépossédé du comté de Bourgogne ou Bourgogne cisjurane par son oncle Rodolphe, qui avait séduit Thierry Ier, archevêque de Besançon, en lui offrant le titre de grand chancelier de Bourgogne.

Ce ne fut cependant pas sans opposition de la part d’Arnoul, que les Germains s’étaient donné pour roi après avoir déposé le lâche empereur Charles le Gros à la diète de Tribur (887), et de la part du jeune Louis de Provence, héritier légitime de cette contrée. Mais Arnoul céda devant la résistance obstinée de Rodolphe, Louis fut vaincu et le prince usurpateur régna paisiblement jusqu’à sa mort, arrivée en 911.

Cette période de guerres et de ravages fut pour la comté de Bourgogne l’une des plus malheureuses qu’elle vit jamais ; les brigandages, tous les excès impunis, dix pestes, treize famines ravagèrent toute cette contrée : c’était le prélude du Xe siècle, « le siècle de fer. » Sous le règne de Rodolphe II, qui succéda sans opposition à son père, en 937, un nouveau fléau apparut dans la contrée : les Hongrois, plus féroces encore que les Normands, s’y précipitèrent, mettant tout à feu et à sang sur leur passage ; devant eux les populations fuyaient épouvantées vers les montagnes et dans les lieux fortifiés ; les barbares s’abattirent sur Besançon. La ville ne put pas résister à leur fureur et fut prise d’assaut, pillée, réduite en cendres. L’église Saint-Étienne s’écroula dans les flammes. Le feu, poussé par un vent violent, gagna le sommet du mont Calius et dévora tout, églises, édifices et demeures.

C’était pour la quatrième fois depuis la conquête romaine que l’antique capitale des Séquanais passait par de semblables épreuves. Rodolphe II mourut, l’année même de ce désastre, laissant un jeune fils, Conrad, qui, sans jamais exercer la royauté, porta pendant un demi-siècle le titre de roi. Les véritables maîtres de la Bourgogne cisjurane et transjurane furent l’empereur d’Allemagne Othon, qui s’empara du jeune Conrad et exerça une grande influence dans ses États, et le premier comte propriétaire de ce pays, selon le savant dom Plancher, Hugues le Noir, deuxième fils de Richard le Justicier. Vers cette époque apparut sur les bords de la Saône un étranger qui fit dans le pays de Bourgogne une rapide fortune. Albéric de Narbonne s’enrichit par l’exploitation des salines, puis il gagna la confiance du roi Conrad, qui le combla de bienfaits.

A sa mort (945), il était comte de Mâcon, baron de Scodingue et du Varasque ; la fortune de sa famille ne périt pas avec lui ; de ses deux fils, l’un, Albéric, comme son père, commença la série des sires de Salins que nous verrons à l’histoire du département du Jura ; l’autre, Letalde, fut la tige des comtes héréditaires de Bourgogne. Il hérita de ce comté à la mort de Gislebert, successeur, dans ce titre, de lingues le Noir, mort en 951 sans postérité. Letalde, à l’exemple de Hugues le Noir, prit le titre d’archicomte. Sa race directe s’éteignit en 995, et la partie de la Bourgogne qu’il avait possédée revint à Othe Guillaume, qui fut le premier comte héréditaire de cette province.

Fils du roi lombard Adalbert, l’un des seigneurs les plus renommés des deux Bourgognes, audacieux et entreprenant, Othe Guillaume fut un véritable souverain. Irrité de l’influence qu’exerçaient dans le pays les abbés, l’évêque et les vassaux intermédiaires, il s’arrogea le droit de nommer les uns et supprima les autres. Ce fut ainsi que disparurent les anciens comtés de Varasque, Scodingue, Besançon, etc. Sur ces entrefaites, la monarchie carlovingienne avait été renversée par les ducs de France, qui avaient usurpé le titre de roi.

Robert, fils de Hugues Capet, héritait du duché de Bourgogne à la mort de Henri Ier (1002). Othe osa élever des prétentions contraires et disputer cette province au roi de France ; il ne réussit pas à joindre à ses États cette vaste possession ; mais, par le traité de 1016, il acquit les comtés de Mâcon et de Dijon. Le comte de Bourgogne mourut dans cette dernière ville en 1027. Son fils Rainaud Ier lui succéda ; il refusa d’abord de reconnaître la suzeraineté de l’empereur de Germanie, Henri III, fils de Conrad. prenant part à la première croisade. On sait que la fin du XIe siècle fut l’un des moments où l’esprit de foi et de piété anima le plus le moyen âge. Pendant que des seigneurs allaient en pèlerinage au tombeau de Jésus-Christ, d’autres enrichissaient les monastères et les comblaient des marques de leur munificence.

Vers 1076, un des plus riches comtes du royaume de France, Simon de Crépy en Valois, fut touché de la grâce divine ; préférant à l’éclat de la gloire une pieuse obscurité, il abandonna ses dignités et ses richesses et vint s’enfermer dans un monastère de la Franche-Comté. Bientôt, peu satisfait des mortifications et des pénitences qu’il s’imposait à Saint-Claude, Simon résolut de rendre utile sa retraite du monde, et, suivi de quelques compagnons, il pénétra, une hache à la main, dans les solitudes du Jura et s’ouvrit un passage à travers les forêts jusqu’aux sources du Doubs.

Là, les pieux cénobites s’appliquèrent à défricher un sol infertile et malsain, hérissé de broussailles, au milieu des précipices, parmi les rochers âpres et nus ; dans une région déserte, dont les échos, pour la première fois, retentissaient des cris de l’homme, Simon et ses rares compagnons firent tomber sous la cognée les arbres séculaires, frayèrent des chemins là où l’homme n’en connaissait pas avant eux ; ils fertilisèrent un sol longtemps rebelle a la charrue, et après bien des périls, bien des fatigues et des privations journalières, ils eurent conquis sur cette terre Inhospitalière la contrée qu’on a longtemps appelée lesHautes-Joux et les Noirs-Monts.

Le prieuré qu’avait fondé le puissant comte devenu pauvre solitaire, et qui fut habité après lui par ses disciples, prit le nom de Motta (maison des bois) et il a été l’origine de ce joli village si pittoresque de Mouthe, dans l’arrondissement de Pontarlier, et qui aujourd’hui s’enorgueillit de ses riches pâturages. A Rainaud II succéda Guillaume II, dit l’Allemand, qui fut, selon toute vraisemblance, assassiné par ses barons. Ce comte s’écarta de l’esprit de piété de ses prédécesseurs ; il ne craignit pas de porter une main téméraire sur les richesses que l’abbaye de Cluny tenait de leur dévotion. Son crime ne resta pas sans châtiment.

L’abbé Pierre le Vénérable nous apprend qu’un jour qu’il revenait d’exercer de nouvelles spoliations dans le saint lieu, méprisant les conseils des hommes sages et les prières des moines, il chevauchait orgueilleusement, et répondait à ceux qui lui demandaient s’il ne craignait pas d’attirer sur lui le courroux du ciel : « Quand mon or sera épuisé, j’en irai prendre d’autre au bon trésor de Cluny. » Tout à coup, à l’entrée d’un sentier étroit, un cavalier monté sur un cheval noir s’arrêta devant lui. « Comte de Bourgogne, dit-il en le fixant de son farouche regard, comte de Bourgogne, il te faut m’accompagner. – Qui donc es-tu et de quelle race pour regarder si fièrement le maître de tout ce pays ? » repartit Guillaume. « Tu vas le savoir » répondit le cavalier ; puis il saisit le comte, l’assit sur son cheval, et ceux qui l’accompagnaient voient avec une surprise mêlée de terreur deux vastes ailes s’ouvrir aux flancs du coursier ; le cavalier mystérieux et le comte furent emportés dans les airs, et bientôt l’œil ne put plus les suivre. Il se répandit une grande odeur de soufre et de fumée, et on dit que c’était le démon lui-même qui était venu chercher le comte impie.

images (3)Des historiens peu crédules ont prétendu que Guillaume fut assassiné par ses barons, qui, pour détourner les soupçons, imaginèrent cette fable. Vinrent ensuite Guillaume III l’Enfant et Rainaud III, qui mourut en 1148 laissant ses États à sa fille, la jeune Béatrix. Celle-ci épousa en 1156 l’empereur Frédéric Ier. L’année suivante, ce souverain tint une diète à Besançon, dans laquelle il reçut le serment de fidélité des prélats et des seigneurs de la contrée. Sa femme mourut en 1185 ; il se déposséda alors de la Comté en faveur de son troisième fils Othon et ne retint que Besançon, qui devint ville impériale et resta dans cet état jusqu’en 1656, époque à laquelle elle fut rachetée par l’Espagne. La fille d’Othon, Béatrix, qui lui succéda en 1200, porta la Comté dans une famille étrangère par son mariage avec Othon, duc de Méranie (Moravie), marquis d’Istrie et prince de Dalmatie. Après. Béatrix, Othon III (1234-1248), Alix de Méranie (1248-1279), sa sœur et Othon IV, dit Ottenin (1279-1303) régnèrent. Ce dernier fut un fidèle allié des rois Philippe le Hardi et Philippe le Bel. II changea les armoiries des comtes de Bourgogne ; jusque-là elles étaient : de gueules, à l’aigle éployée d’argent ; il y substitua, vers 1280, l’écu semé de billettes d’or, au lion de même.

Ce fut dans les dernières années d’Othon ou dans les premières de son successeur, Robert l’Enfant (1303-1315), que le roi Philippe le Bel érigea en parlement le conseil des comtes de Bourgogne. Le parlement de Besançon fut l’un de ceux qui eurent les pouvoirs les plus étendus : outre les affaires contentieuses, il connaissait encore, pendant la paix, de toutes les affaires concernant les fortifications, les finances, les monnaies, la police, les chemins, les domaines et les fiefs. Pendant la guerre, il réglait la levée des troupes, leurs quartiers, leurs passages, les étapes, subsistances, payements et revues.

Ces pouvoirs étendus et presque royaux ne lui furent pas conférés de prime abord, mais par des ordonnances successives de 1508, 1510, 1530, 1533 et 1534. Jeanne Ire, qui épousa le roi Philippe le Long, succéda à Robert l’Enfant (1315-1330) et laissa la possession de la province à sa fille Jeanne II, qui, en 1318, avait épousé Eudes IV, duc de Bourgogne. Leur petit-fils, Philippe de Rouvres, fut en même temps duc et comté, et, pour la première fois depuis Boson, les deux Bourgognes se trouvèrent réunies (1350-1461).

A sa mort, tandis que le duché rentrait dans la possession des rois de France, la Comté passa en héritage à Marguerite, fille de Philippe le Long et de la reine Jeanne ; cette princesse eut pour successeur Louis de Male, comte de Flandre (1382). Tous les États de ce comte passèrent à Philippe le Hardi, fils de Jean le Bon et le premier de cette race capétienne de Bourgogne qui, jusqu’à Louis XI, contrebalança l’autorité royale. L’an 1386, la ville de Besançon renouvela, avec le duc Philippe, le traité qu’elle avait signé avec les anciens comtes.

La même année, Philippe exigea le droit féodal qu’on appelait relevamentum, la reprise des fiefs ou renouvellement d’hommage de ses vassaux de Franche-Comté, accoutumés depuis longtemps, par l’absence de leurs suzerains, à, vivre dans l’indépendance. La partie de la Franche-Comté dont nous nous occupons, éloignée du théâtre des guerres des Anglais, des Armagnacs et des Bourguignons, eut moins à souffrir dans toute cette période que tout le reste de la France ; cependant elle ne fut pas épargnée par la peste noire en 1348 et 1350. Les routiers vinrent aussi « y querir victuaille et aventures, » et, à l’histoire du Jura, nous les retrouverons à Salins ; mais ces maux, quoique grands, étaient peu de chose comparés à l’affreuse dévastation, à la misère profonde de tant d’autres provinces ; d’ailleurs, dans la Franche-Comté même, le territoire qui a formé le Doubs dut à sa position extrême d’être moins atteint par les brigandages.

Les villes avaient acquis une existence particulière : nous retrouverons à leur histoire spéciale leurs chartes communales. Le règne de Philippe le Bon fut marqué par des troubles dont il sera fait mention quand nous nous occuperons de Besançon. A la mort de Charles le Téméraire (1477), la Franche-Comté ne passa pas, avec le duché de Bourgogne, au roi Louis XI ; la princesse Marie porta cette province dans la maison d’Autriche par son mariage avec Maximilien, aïeul et prédécesseur de Charles-Quint. En 1482, Marguerite succéda à sa mère ; son frère Philippe le Beau gouverna quelques années, de 1493 à 1506. Enfin, à sa mort (1530), la province passa sous la domination de son puissant neveu Charles-Quint, roi d’Espagne et empereur d’Allemagne.

Le règne de Charles-Quint fut pour la Franche-Comté un temps de prospérité ; il aimait cette province et accorda des privilèges à un grand nombre de ses villes ; Besançon eut les siens ; le commerce et l’industrie firent des progrès rapides sous cette administration bienfaisante et ne s’arrêta que lorsque le voisinage de la Suisse eut introduit la Réforme dans la Comté. Besançon eut ses religionnaires, ses luttes intestines, un tribunal de l’inquisition et des persécutions violentes. Guillaume Farel avait prêché la Réforme à Montbéliard dès 1524 ; après lui, Théodore de Bèze et d’autres missionnaires semèrent en Franche-Comté les nouvelles doctrines. Une confrérie, sous l’invocation de sainte Barbe, réunit les membres les plus considérables du parti protestant.

En 1572, il y eut dans Besançon une lutte sérieuse entre les partis catholique et protestant. Après les guerres de religion vinrent les guerres de la conquête française. Henri IV, devenu roi de France malgré la Ligue et l’Espagne, envahit la province espagnole de Franche-Comté après sa victoire de Fontainebleau en 1595. Pendant la guerre de Trente ans, la Franche-Comté fut menacée de nouveau, et la ville de Pontarlier fut assiégée par le duc de Saxe-Weimar, commandant des forces suédoises.

Mais la grande invasion, celle qui eut pour résultat de rendre française cette province, appartient au règne de Louis XIV. Ce prince réclama la Franche-Comté au nom des droits qu’il prétendait tenir de sa femme, Marie-Thérèse ; la guerre de dévolution, terminée par le traité d’Aix-la-Chapelle (1668), la lui livra. Mais, cette même année, la province fut restituée par la France à l’Espagne, en échange de l’abandon de tous droits sur les conquêtes faites par Louis XIV dans la Flandre. La guerre se renouvela en 1672. Besançon tomba au pouvoir des Français, toutes les villes de la province furent prises une à une, et le traité glorieux de Nimègue rendit définitive cette seconde conquête (1678). Louis XIV s’empressa de donner une nouvelle organisation à la province devenue française. La bourgeoisie franc-comtoise perdit la plupart de ses privilèges ; Besançon fut définitivement capitale de la Franche-Comté et siège du parlement et de l’université, qui avaient été transférés à diverses époques à Dôle.

A la convocation des états généraux, la Franche-Comté, comprise dans le nombre desprovinces étrangères et États conquis et surchargée d’impôts, accueillit avec empressement les idées nouvelles, et, lorsque la patrie fut déclarée en danger, les trois départements fournirent chacun leur bataillon de volontaires. Pendant la Terreur, Robespierre le jeune fut envoyé en mission dans le Doubs ; cependant les excès furent modérés, et le 9 thermidor y mit entièrement fin.

En décembre 1813 et janvier 1814, ce département vit un corps d’armée autrichien assiéger Besançon, qui se défendit vainement avec courage. Depuis cette époque jusqu’à la guerre franco-allemande (1870-1871), le Doubs a subi les révolutions qui se sont faites en France bien plus qu’il ne s’y est mêlé ; au milieu du calme et de la paix, il a vu se développer sa prospérité ; il peut s’enorgueillir des hommes illustres qu’il a donnés à notre siècle, et aujourd’hui il est l’un des premiers départements de la France, comme la Franche-Comté en était une des premières provinces. Cette prospérité devait être troublée.

Durant la guerre franco-allemande (1870-1871), le département du Doubs eut à subir les douleurs de l’invasion. A l’exception de Besançon, le département tout entier fut occupé par les Allemands, notamment les localités suivantes : Ancey, L’Isle-sur-le-Doubs, Clairval, Baume-les-Dames, Doris, Montbéliard, Blamont, Pont-de-Roide, Saint-Hippolyte, Morteau, par les troupes du XIVe corps de la IVe armée, sous les ordres du général de Werder ; Quingey, Villeneuve, Levier, Sombacourt, Chaffois, Pontarlier, La Cluse, par l’armée du général Manteuffel. Le Doubs fut alors le théâtre de la désastreuse retraite de l’armée de l’Est, presque comparable à la retraite de Rassie en 1812. Nous allons en retracer aussi brièvement que possible les douloureuses péripéties.

Après la reprise d’Orléans par les Allemands et la défaite des armées de la Loire, le gouvernement de la défense conçut, le 20 décembre 1870, le plan d’opérer une diversion dans l’Est et de débloquer Belfort assiégé. Le général Bourbaki accepta cette tâche difficile. Le 11 janvier, il livrait à Villersexel (Haute-Saône) un sanglant combat et s’emparait de cette ville ; le 14, il arrivait sur les hauteurs de la rive droite de la Lisaine, et le 15 il établissait son quartier général à Trémoins. Alors commençaient ces rudes batailles entre Montbéliard et Belfort, qui ont pris le nom de bataille d’Héricourt (Haute-Saône). Le 15 au soir, notre armée entrait dans Montbéliard ; l’ennemi s’était retiré dans le château. Le 16, les lignes allemandes furent attaquées avec acharnement. La droite de l’armée ennemie seule céda ; Cremer délogea le général Degenfeld de Chenebrier et le repoussa jusqu’à Frahier.

Dans la nuit, un mouvement sur Béthencourt est repoussé ; une autre attaque, tentée sur Héricourt, a le même sort. La garnison de Belfort n’avait pu intervenir dans la lutte. L’armée française s’était épuisée sans parvenir à rompre les lignes allemandes. Il fallait renoncer à faire lever le siège ; il fallait reculer pour vivre ; le temps était terrible, le thermomètre marquait 18 degrés au-dessous de zéro. Comment continuer, avec des soldats exténués par la misère et par la fatigue, une lutte’ où l’on s’acharnait inutilement depuis trois jours ? Le général Bourbaki prit, le soir du troisième jour, le parti de se retirer vers le sud. Nos troupes quittaient les bords de la Lisaine le 18 janvier et arrivaient le 22 autour de Besançon, où le général en chef comptait pouvoir mettre son armée à l’abri et la réorganiser ; mais cela était devenu impossible ; en effet, Manteuffel, parti le 12 de Châtillon, ayant évité Dijon, occupé par Garibaldi, et masqué ses mouvements, traversait, par une marche aussi audacieuse qu’elle pré-sentait de danger, les montagnes de la Côte-d’Or ; le 22, il tenait les deux rives du Doubs ; le 28, il arrivait à Quingey, se jetant sur les routes d’Arbois et de Poligny, coupant la ligne directe de Besançon à Lyon.

En même temps, de Werder descendait vers le sud, en sorte que Bourbaki, en arrivant sous Besançon, se trouvait dans la position la plus critique. Pour comble de malheur, un convoi de deux cent trente wagons chargés de vivres, de fourrages et d’équipements, avait été surpris par l’ennemi à Dôle. D’heure en heure se rétrécissait autour de nous le réseau qui menaçait de nous étouffer. La situation était poignante. Que faire ? Battre encore en retraite. Mais de quel côté se diriger, par où se frayer un passage ?

Affolé de désespoir, craignant de passer pour un traître, entre cinq et six heures du soir, le 26 janvier, Bourbaki, retiré dans une maison particulière, à Besançon, se tira au front un coup de pistolet. « La mort, une fois de plus bravée, dit M. Claretie, ne voulut pas de lui. Le général Clinchant prit le commandement des troupes. La tâche qui lui incombait était lourde. Comment échapper, comment sauver cette armée débandée, perdue, incapable de résister aux coups de l’ennemi ? Il fallait reculer, battre en retraite – chaque minute était un siècle – et toujours mourant, toujours souffrant, toujours glacé, essayer de gagner Lyon ou la Suisse. Le général Clinchant n’avait pas le choix ; il ne pouvait que presser et diriger la retraite sur Pontarlier. Il arrivait le 28 autour de cette ville. Dès le 29, les Allemands arrivaient, après un combat où ils firent 4 000 prisonniers du 15e corps, à Levier, à Sombacourt, à Chaffois, à 4 kilomètres de Pontarlier, sur la route de Salins.

« A ce moment, dit un historien de la guerre franco-allemande, parvenait aux deux camps la nouvelle de l’armistice conclu à Paris le 28 ; mais les Allemands étaient avertis, par M. de Moltke, que l’armée du Sud devait continuer ses opérations, jusqu’à ce qu’elle eût obtenu un résultat définitif ; en sorte que la chute de Paris excitait son ardeur, tandis que le général Clinchant, ignorant la fatale exception contenue dans le traité, laissait tomber ses armes et faisait cesser le combat. Le 30, quand on dut les reprendre, la marche continuée des Allemands aggravait la situation. Ils enlevaient Frasne, sur le chemin de fer, et 1 500 prisonniers. Cremer était à Saint-Laurent, séparé de l’armée et à peu près sauvé par cela même… Le 1er février, toute l’armée allemande aborde Pontarlier, qui est enlevée presque sans résistance. Cependant le 18e corps est encore à la croisée des routes de Mouthe et de Rochejeau, appuyé sur le fort de Joux, près de La Cluse, à 15 kilomètres au sud de Pontarlier. Là, un dernier combat s’engage avec le IIe corps prussien, qui, repoussé tout le jour, s’attacha seulement à achever de couper les routes du sud jusqu’à la frontière. Il n’y parvint qu’imparfaitement, et une partie du 18° corps put regagner la route de Lyon. »

téléchargement (2)Le général Clinchant, on le conçoit, n’avait plus alors qu’une préoccupation, celle de dérober à l’ennemi les soldats qui lui restaient, ses armes, son matériel, fût-ce en allant chercher un refuge au delà de la frontière. Pendant la nuit du 31 janvier au 1er février, il signait aux Verrières, avec le général suisse Herzog, une convention qui réglait le passage de l’armée française en Suisse. Cette armée, exténuée, y entrait au nombre de 80 000 hommes. « C’était, depuis six mois, dit Charles de Mazade, la quatrième armée française disparaissant d’un seul coup, après celles de Sedan et de Metz, qui étaient encore captives en Allemagne, et celle de Paris, qui restait prisonnière dans nos murs. »

Dans cette immense douleur, dans cet épouvantable désastre, nous eûmes, du moins, la consolation de voir nos malheureux soldats accueillis par la généreuse république helvétique avec une touchante humanité. « Pauvre armée en lambeaux, écrit Claretie, pauvres soldats en haillons ! Lorsque les Suisses les virent, pâles, exténués, mourants, tous pleurèrent. Une immense pitié s’empara de ces cantons, qui se saignèrent pour fournir vivres, argent, vêtements aux vaincus et aux exilés. » La France a contracté en cette lamentable circonstance une dette qu’elle n’oubliera pas. L’invasion allemande avait coûté au Doubs 5 517 370 francs.

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Les disputes de nos ancêtres

Posté par francesca7 le 1 juillet 2014

 

(D’après « Cahiers de l’Association internationale
des études francaises », paru en 1957)

 
 
images (27)Qu’y a-t-il de plus populaire — dans toutes les acceptions du terme populaire — que ces éléments du discours familier de toutes les époques et qui, depuis le Moyen Age jusqu’au classicisme, émaillent en particulier toute la littérature dialoguée ? Ardu mais riche d’enseignements est le décryptage de la formation et du sens de pittoresques expressions telles que Par la sang Dieu ! Si m’aït Dieus ! En nom de mi ! Par Manenda ! ou encore le curieux Vertuchoux ! juron de femmes des XVIIe et XVIIIe siècles

Si le sujet paraît frivole, il ne l’est que superficiellement, car la solution du problème que peut poser telle formule juratoire peut être plus riche d’enseignements sur la psychologie des sujets parlants, et sur le mécanisme linguistique en général, que la simple constatation que, par exemple, homme représente le latin hominembœuf le latin bovem, ou engin le latin ingenium, faits qui, pour être évidents, n’en sont pas moins censés dignes d’être énoncés et de trouver une place en des livres respectables.

La recherche étymologique des éléments du langage « normal » comporte, on le sait, une soumission docile et sans question aux rigueurs des soi-disant lois phonétiques, et se poursuit entre les limites des affiliations sémantiquement plausibles. Dans l’étude des jurons, au contraire, le linguiste opère sur un matériel où, à première vue, il semble que les règles du développement normal du langage aient cessé de jouer, dans un domaine où paraît régner une licence absolue, où tout n’est que caprice, fantaisie grotesque, cocasserie : « Par le sambre guoy de bois ! Corpe de galline ! Vertus d’autre que d’un petit poisson ! » dira Panurge ; et ce ne sont là que des spécimens à peine outrés de ce qui nous confronte dans ce domaine.

Cependant, à condition de se rappeler certains phénomènes du langage normal, à condition aussi de tenir compte de certains procédés de création analogiques qui caractérisent la vie de l’argot et même du langage populaire en général, on parvient, non pas, certes, à tout résoudre — loin de là — mais à mettre un certain ordre dans ce qui paraît n’être qu’arbitraire et confusion,

II est caractéristique en effet du langage juratoire de manifester sous une forme exagérée, hypertrophiée et souvent, pour ainsi dire, caricaturale, les phénomènes bien connus du langage régulier. Il est constant, notamment, que pour mettre en œuvre, pour manier le matériel linguistique dont l’homme dispose, il est obligé d’établir des catégories de mots à fonctions semblables, des noms de choses, des noms d’état ou d’action, des outils de présentation et de composition. Il est constant aussi qu’à l’intérieur de ces catégories il y a une tendance, plus particulièrement en morphologie, sinon vers l’uniformité, du moins vers une certaine régularité, qui se réalise le plus souvent par l’élimination de formes aberrantes, plus rarement par l’extension de formes qui, quoique « irrégulières », en tant qu’exceptionnelles, semblent présenter certains avantages comme marques distinctives d’une fonction.

On sait, par exemple, que les trois terminaisons latines — -ètis-itis avec i long ou bref — ont toutes été éliminées en faveur de -atis, au présent de l’indicatif des verbes français, comme l’ont été à l’imparfait -abam et -iebam en faveur de -ebam et, d’autre part, que le passé défini en -iet des composés de dare (rendre, vendre, etc.) et le subjonctif présent en -ge, des verbes comme sourdre et terdre, ont gagné d’autres verbes, grâce, en partie sans doute, à la qualité distinctive, au relief, que leur conférait leur irrégularité apparente.

Or, étant donné que la catégorie interjection et, notamment, la catégorie interjection juratoire, sont bien établies dans la conscience linguistique des sujets parlants, étant donné d’autre part que le juron est, de par son origine même, le domaine de l’indiscipline, voire de la révolte, nous pouvons nous attendre à des transferts analogiques autrement audacieux, à des croisements bien plus aventureux que ceux des catégories plus spécifiquement grammaticales.

On ne s’étonnera pas, par exemple, que sous l’influence de jurons fréquents comme Par la mort Dieu ! Par la vertu Dieu ! les mots sangcorps et ventre changent parfois de genre, pour paraître au féminin dans les jurons Par la cor(ps) Dieu ! Par la sang Dieu ! Par la ventre bleu ! (Exemples, soit dit en passant, qui rappellent le toute jour du Moyen Age, parallèle àtoute nuit, et qui rend vraisemblable l’explication du genre féminin qu’a pris en français, et partiellement en espagnol, le latin mare par association avec terra).

On acceptera même comme normal, dans ce domaine particulier, que ces changements associatifs s’étendent jusqu’à la syntaxe, que, par exemple, sous l’influence de jurer, qui, selon les époques, a des synonymes comme sacrerpestermaugréerrenier, on arrive à dire, sur le modèle de jurer Dieu que… :

« … et regnierent Dieu que lui et ses complices auroient mal soir. » (Cent nouvelles nouvelles, LXXXII.)

« S’il dit que non, dites : « Le vilain ment ! » / Renoyant Dieu que vous le destruirez. » (P. Michault, Le Doctrinal)

Une autre constante du langage en général, c’est celle de l’usure, de l’affaiblissement progressif qui atteint les termes émotifs ou hyperboliques — une mère inquiète estterriblement ou atrocement tourmentée ; il y a une éternité qu’elle n’a vu son fils ! Or le langage juratoire est le domaine par excellence de l’affectivité, et l’hyperbole l’une de ses figures de prédilection : ainsi, si, au Moyen Age, on peut se contenter de jurer par cent diables, il faut, pour satisfaire l’exubérance du XVIe siècle, mille millions de panerées de beaux diables (Du Fail), voire même cinq cent mille et millions de charretées de la même marchandise.

Le juron, donc, progressivement dévalorisé, finit par se vider sémantiquement et, de formule solennelle par laquelle on engageait sa vie, son salut éternel ou ceux de ses proches, devient une simple interjection, renforçant ou embellissant le discours. Parvenu à cet état de dépérissement sémantique, il peut subir aussi des modifications de forme qui le rendent méconnaissable, que ce soit des réductions dues à la fréquence même de son emploi et à l’indifférence « énonciatoire » qui en résulte, que ce soit des métissages, des contaminations provenant d’autres membres de sa catégorie, que ce soit enfin des transformations plus arbitraires, plus voulues, celles qu’effectue la simple fantaisie verbale des locuteurs.

Un bon exemple de dépérissement sémantique, et de la réduction, de l’oblitération formelles qui en résultent, c’est le sort du jurement Si m’aït Dieus ! formule, très énergique à l’origine, par laquelle on garantissait la vérité de son dire, la sincérité d’une promesse, ou la bonne foi de ses intentions : « Que Dieu me vienne en aide, dans la mesure, s’entend, où je dis la vérité, où je tiens mes engagements ». D’un emploi de tous les instants, à en juger par sa fréquence dans les textes, cette formule finit par se vider sémantiquement, par ne plus s’analyser, pour ne devenir qu’une simple interjection, formellement corrompue et réduite, et dont seule la dernière syllabe évoque le véritable serment d’autrefois.

Comment reconnaître, en effet, dans les formes abrégées midieuxmaidieu,mesdieux, que semble affectionner le langage féminin du XVe siècle, le verbeaidier de l’ancien français ? Au XVIIesiècle, on en abandonne l’emploi, mais il est permis peut-être de retrouver dans l’expression jurer ses grands dieux quelque chose de la variante (si) mes dieux du XVesiècle et, vu la facilité avec laquelle, dans les jurons, le Diable prend la place de son antonyme (on renie le diable aussi volontiers que l’on renie Dieu), il n’est nullement impossible que midieux, senti comme mille dieux, ait été pour quelque chose, sinon dans la genèse de l’expressionmille diables, du moins dans le succès dont elle a bénéficié et sa subséquente prolifération.

Le cas de Manenda ! autre juron affectionné par les femmes et qui se rencontre très souvent dans le théâtre des XVe et XVIe siècles, et qui s’emploie encore dans le peuple au XVIIe siècle est à la fois plus compliqué et plus intéressant. Il se présente sous une étonnante variété de formes : Enanda ! Anenda ! Anda ! Emmanenda !, Par nenda ! Par mon enda ! (en trois mots), Par mandea ! et d’autres encore, à côté de Manenda ! que nous avons pris comme type. Il n’y a guère d’exemple plus instructif des phénomènes de dépérissement sémantique et de métissage dont il a été question plus haut.

Le désarroi de ses variantes suffit à en révéler la complète dévalorisation sémantique. Visiblement on ne le comprend plus. Pour en trouver la source première, il faut remonter au juron En nom Dieu ! (in nomen Deum) du Moyen Age, juron que proféraient sans sourciller les belles châtelaines (voir le Lai de l’Ombre) et que se permettait Saint-Louis lui- même, cet ennemi acharné des jureurs — sous une forme mitigée, euphémique, il faut le dire, En nom de mi ! et cela seulement jusqu’au moment où on lui en fit reproche.

C’est donc la forme Enanda ! ou Anenda ! qui a le mieux conservé les éléments sonores du juron médiéval : les deux consonnes s’y retrouvent encore, mais la voyelle de nom s’est affaiblie ou altérée et dieu(s) a pris la forme de la particule affirmative da de oui-danennin-da, dont le premier a survécu jusqu’à nos jours. Devenu inintelligible et ne s’analysant plus,Anenda ! se croise avec un autre juron affirmatif, Par mon âme ! de là Par Manenda ! et de là enfin Manenda ! sans préposition, à l’exemple de Mordieu ! pour Par la mort (de) Dieu ! et quantité d’autres.

images (28)D’autres phénomènes du langage juratoire rappellent, avons-nous dit, certains procédés caractéristiques de l’argot. Les avatars euphémiques du mot dieu, tombé lui-même au rang d’un simple suffixe par suite de cette dévalorisation sémantique dont nous avons parlé, les -gue-goy-guien-dienne-guienne des jurons paysans Palsangué ! Vertuguoy ! Tatiguienne ! etc., ou des formes comme Menimes ! Métriques ! pour (Par) mon âmeprésentent une certaine analogie avec les procédés de suffixation chers à l’argot. Mais c’est surtout l’utilisation fréquente de la dérivation ou substitution synonymique, procédé caractéristique de l’argot comme du langage populaire en général, qui permet de rapprocher les deux domaines. Ainsi on ne se contentera pas de jurer par le chef Dieula tête Dieule cœur Dieu ou le corps Dieu, on y ajoutera toute une série de jurons anatomiques dont Par le ventre ! Par la rate ! sont des exemples relativement modestes. Pour faire figure dans le monde, dit Michault :

Pourtant convient que tu extrayes
Les membres de Dieu de son corps,
Fréquentant de jurer ses playes,
Le sang, la mort…

On ne saurait terminer ce rapide exposé sans s’ arrêter un instant sur la facilité étonnante et souvent déroutante avec laquelle les éléments des différents jurons se remplacent les uns les autres, chose qui encore une fois s’explique par la diminution progressive de leur portée sémantique ainsi que par l’étroite solidarité du groupe. Quelques exemples : Cordieu ! par calembour — car le calembour joue son rôle ici, tout comme dans l’argot — devientCorbille ! forme ancienne et dialectale de corbeille. On aura donc Par la sambille ! Par la ventre bille ! (Marivaux, La Surprise de l’amour) ; Par la mort ! amène Par la jarny ! ;Têtebleu ! par l’attraction de Tudieu ! forme tronquée de Vertudieu ! devient Têtubleu ! ;Pardieu ! devenu à peine plus fort que Par ma vie ! ; Jarnidieu ! (je renie Dieu) devientJarnimavie ! ; Mortdieu ! Mort ma vie ! ; Merci Dieu ! Merci de ma vie ! ; Vertudieu ! Vertu de ma vie ! etc.

Mort de ma vie ! étant affectionné par les dames du grand siècle (Madame de Sévigné), et De ma vie ! étant devenu équipollent à de Dieu, voici l’expression jour de ma vie qui se transforme en juron pour produire Jour de Dieu ! juron de la mégère, Madame de Sotenville, dans George Dandin, de la rageuse Madame Pernelle du Tartuffe et que l’on retrouve trois fois, sauf erreur, chez Marivaux : deux fois prononcé par des femmes — par Madame Sorbin (femme d’artisan, s’ adressant à sa fille), dans La Colonie : « Comment soumise, petite âme de servante, jour de Dieu ! Soumise, cela peut-il sortir de la bouche d’une femme ? » (scène V) ; et dans une réplique de la suivante Cathos de la Provinciale (scène XVII), (si tant est que l’attribution de cette pièce à Marivaux soit exacte) ; une fois par un homme : Arlequin, dans Le Prince travesti, II, 11.

Et voici pour terminer deux étymologies qui ne sembleront plausibles que dans la mesure où l’on accepte comme normaux ces chassés-croisés d’éléments. D’abord,Vertuchoux ! juron surtout de femmes, et bien connu des lecteurs de la comédie du XVIIe et du XVIIIe siècles. Comment chouxoccupe- t-il ici la place de dieu ou de ses variantes, -bieu-bleu-gué-guoy-guienne, etc. ? C’est que chou, comme nom du légume, est concurrencé, dans la Wallonie par exemple, par cabus, un dérivé de caput « tête ». C’est que l’on parle de choux pommés ou cabus comme d’une variété appréciée et importante. C’est que pomme pour tête est de la meilleure langue populaire.

C’est que Tête ! (tout seul) , comme Jarny !pour Jarnidieu ! est une abréviation courante pour Têtedieu ! ou Têtebleu !Dieu aussi s’emploie tout seul. Tête etDieu, également désémantisé, peuvent se remplacer l’un l’autre. Et chou, le chou pommé, peut en cette capacité remplacertête. Un texte de Rabelais nous le montre en effet dans ce rôle : « Chou ! dist frère Jean, ils s’en repentiront, dondaine, ils s’en repentiront dondon : beuvons, amis ! » (Livre V, ch. VI)

Le chou de Vertuchoux ! qui à première vue ne semble être qu’un suffixe fantaisiste est leChou ! de Rabelais, lequel n’est qu’une substitution synonymique ou métonymique de Tête !C’est bien compliqué, dira-t-on, mais il ne faut pas chercher la simplicité dans ce domaine, et le cas suivant est, sinon plus compliqué, du moins plus étonnant. Il s’agit du mot diantre, d’une histoire qui pourrait s’intituler « Le Triomphe de Lucifer ».

Dans la troisième des Dix Conférences en patois de la banlieue parisienne, publiées par Rosset, on rencontre un juron que Rosset lui-même n’a pas relevé, à savoir Guian ! Qu’est-ce que Guian ? On sait que dans la langue populaire de l’époque on prononçait guiable ouguieble pour diableguieu pour dieuétuguié pour étudié, etc. Guian représente donc la forme populaire de dian. Et dian ? Dian, c’est la prononciation plus vulgaire de ce qui dans la langue supérieure se prononce dien (cf. rian pour rienbian pour bien), c’est-à-dire le latin diem, prononciation bien attestée par Thurot et d’autres.

Et que vient faire diem dans cette histoire ? « Si j’en ay ? respond l’Apothicaire : ouy perdiem, du plus beau. » (Du Fail, BalivernesPerdiem, c’est-à-dire Pardieu ! A propos de per dies ! variante qui se lit dans la Nouvelle LXV des Contes de Des Périers : « Laisse faire, dit le régent. Per dies ! elle en aura », l’éditeur Jacob fait le commentaire suivant : « Au lieu deper deum, jurement déguisé. On dit encore pardienne, qui vient de per diem. Un bon curé disoit que c’étoit le jurement de David, et le prouvoit par le verset 6 du pseaume 120 : Per diem sol non uret te. »

Ainsi, diandien et dienne sont des euphémismes pour dieu ; et dienne, qui doit représenter une prononciation de diem à mi- chemin entre la prononciation ancienne et la prononciation réformée, figure bien dans de nombreux jurons : Feston dienne ! (Rabelais) pour festum deum, (par la) fête Dieumordienne ou, forme paysanne, morguienne, etc. Pour en revenir à dian, celui-ci, sous sa forme paysanne guian, ne sert, à chacune des onze fois qu’il paraît dans notre texte, qu’à fournir le déclenchement vigoureux d’une phrase. Il n’a plus de sens réel, à proprement parler.

Il est donc tout prêt à subir l’un de ces métissages caractéristiques de notre famille. Il se croise en effet avec un autre mot déclencheur, Ventre ! Il devient diantre. Mais comment a-t-il pu changer de sens ? Comment, de dieu qu’il était, devenir diable ? C’est que dans ce domaine particulier, les mots dieu et diable ne désignent plus celui qui règne dans les cieux et le prince des ténèbres, ce sont simplement des pièces interchangeables d’un mécanisme d’expression affective : on jure de téléchargement (1)par le diable, comme de par Dieu, par la mort de diable (Du Fail, Balivernes) comme par la mort de Dieu, on renie, nous l’avons vu, et l’on avoue le diable comme on renie et avoue Dieu ; et Diable ! et Dieu ! servent également d’interjections introductrices de phrases : il s’agit de simples substitutions de mots, facilitées d’ailleurs en l’espèce par l’identité des initiales et l’influence qu’exercent souvent l’un sur l’autre deux antonymes. Il n’est nullement question d’un surcroît de sacrilège, encore moins de manichéisme ! Diantre, ainsi allongé et rapproché formellement de diable s’enrichit d’un nouveau sémantisme qui vient occuper la place que l’euphémie et l’usure conjointes avaient rendue vide.

L’étymologiste qui s’aventure dans le jardin des jurons français, dans l’attente d’y trouver un délassement parmi ses floraisons étranges, ses statues grotesques et rieuses, risque bien de se perdre dans ses allées tortueuses, si encore il a eu la chance d’éviter toutes les chausse-trapes qui le guettent.

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Ferney-Voltaire en Jura

Posté par francesca7 le 12 juin 2014

 

 

Ferney Voltaire jouxte la frontière franco-suisse. L’intérêt de cette petite ville est surtout littéraire. C’est le souvenir de Voltaire qu’on y cherche.

152px-Voltaire_Houdon_dessin

En 1758, le philosophe qui réside aux Délices, près de Genève, a des difficultés avec les Genevois que les comédies jouées sur son théâtre effarouchent. C’est alors qu’il achète, en territoire français, mais près de la frontière, la terre de Ferney. Selon les circonstances, il pourra ainsi passer d’un asile dans l’autre. A partir de 1760, Ferney est sa résidence favorite. Il agrandit le château, crée le par cet prend au sérieux son rôle de seigneur. Le village, assaini, est doté d’un hôpital, d’une école, de fabriques d’horlogerie ; de bonnes maisons de pierre sont construites, entourant une église où Voltaire – sui l’eût dit – a son banc.

La vie à Ferney – Pendant 18 ans, Ferney abrite une petite cour : grands seigneurs, gens d’affaires, artistes, écrivains reçoivent l’hospitalité du patriarche, assistent aux représentations données dans son théâtre. L’immense fortune que Voltaire a réalisée, grâce à d’heureuses spéculations sur les fournitures militaires, lui permet d’avoir en permanence cinquante invités. Des curieux viennent de loin pour l’apercevoir dans le parc ; quand il sort du château, c’est entre deux haies d’admirateurs. Il écrit ses contes, multiplies les brochures, les pamphlets, mène campagne contre les abus de toute nature et notamment contre le servage dans le Haut Jura. Sa correspondance est prodigieuse : il écrit ou dicte à Ferney au moins vingt lettres par jour ; plus de 10 000 ont été publiées. Le « roi Voltaire » meurt en 1778, lors de son voyage triomphal à Paris.

Voltaire choisit Ferney en 1759 pour sa proximité de la frontière, utile en cas de problème avec l’administration royale, et de Genève, ville de son rival, Rousseau.

À son arrivée, le hameau comptait à peine cent cinquante habitants. Sur la statue de Voltaire, installée au centre-ville, il est qualifié de « Bienfaiteur de Ferney ». En effet, il permit l’essor tant démographique qu’économique de Ferney qui, en quelques années, passa d’une structure villageoise à une véritable petite ville. Voltaire fit construire plus de cent maisons, finança la construction d’une église, d’une école, d’un hôpital, d’un réservoir d’eau et de la fontaine.

De plus, il fit assécher les marais et créa des foires et marchés, attira des artisans — horlogers, tisserands — à s’y implanter, et enfin nourrit les habitants durant la disette de 1771. Rasant l’ancien bâtiment, il s’y fait édifier un château (aujourd’hui classé monument historique). Enfin, il prêta de l’argent gratuitement aux communes voisines.

Il n’est pas exagéré d’écrire que Ferney serait resté un petit village sans l’activité du « Patriarche » qui l’a fait entrer dans l’histoire. À sa mort en 1778, Ferney comptait près de 1 200 habitants mais sans son bienfaiteur, elle perdit alors sa vitalité et retrouva sa forme agraire.

Une statue de bronze a été inaugurée en son honneur le 27 juillet 1890, financée et sculptée par Émile Lambert (qui était alors propriétaire du château).

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Le CHATEAU de Ferney : Il contient entre autres le portrait de Voltaire à 40 ans par Quentin de La Tour. Lorsque Voltaire se porte acquéreur du domaine de Ferney, il décide de reconstruire entièrement le château. ll dirige lui-même les travaux dès octobre 1758.

Le château est terminé en 1762 et présente, côté cour, une façade classique organisée symétriquement autour d’une entrée encadrée de colonnes doriques, surmontée de pilastres doubles à l’étage, et d’un fronton portant les armes du seigneur. La façade, côté jardin, était animée d’un avant-corps en arrondi, encadré de pilastres ioniques et couronné d’un fronton curviligne. Il a été remplacé au XIXe siècle par une façade plate à fronton triangulaire. Le parc est aménagé simultanément et participe à la mise en scène du château qui domine le site, notamment par l’implantation, au sud, de charmilles et vers l’ouest d’un jardin à la française, d’une pièce d’eau et d’une large terrasse.

Voltaire avait fait ménager des ouvertures dans la frondaison des arbres en contrebas de la terrasse pour dégager la vue vers les Alpes. La grange voisine était aménagée en salle de spectacle. Très vite, Voltaire se rend à l’évidence : son château est trop petit pour accueillir ses nombreux visiteurs. Il fait appel en 1765 à l’architecte et potier Léonard Racle  pour ajouter deux ailes qui donnent à l’édifice son aspect définitif.

A la mort de Voltaire, Catherine II impératrice de Russie projette de bâtir à l’identique le château de Ferney dans le parc de Tsarkoïeselo, son palais d’été. Dans ce but, elle fait construire une maquette et dresser par Léonard Racle les plans du château et de l’ensemble du domaine, et achète la bibliothèque du philosophe. Ces documents, conservés à la bibliothèque nationale de Russie, constituent aujourd’hui une source inestimable sur le château de Voltaire et son organisation originelle. Voltaire, seigneur de Ferney. En 1758 lorsque Voltaire, âgé de 65 ans, acquit la seigneurie de Ferney, il déclara avoir trouvé un « hameau misérable » où il fit construire, suivant de près le chantier, la demeure de ses dernières années. Pendant près de vingt ans, Voltaire y reçut de nombreuses personnalités. Alors qu’il se déclarait «aubergiste de l’Europe»,

Ferney devenait le passage obligé d’une élite qui affluait de l’Europe entière. De cette retraite éloignée, il s’enflamma contre l’injustice de la société et prit la défense des victimes de l’intolérance politique et religieuse. L’État a acquis en 1999 le château de Ferney, ce lieu de mémoire où Voltaire a tant écrit pour la défense des droits de l’homme.

le site se visite : http://voltaire.monuments-nationaux.fr/

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campagne et autres milieux Normands

Posté par francesca7 le 30 mars 2014

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Du paysage normand, le cliché ne montre bien souvent que le verger, ses pommiers, ses vaches et ses haies. Si elle est aussi cela, la Normandie ne s’y résume pas. Le bocage et la campagne normands couvrent un territoire aussi riche que varié.

Le bocage

Paysage type du Massif armoricain, le bocage déborde largement celui-ci à l’est pour s’étendre au Maine, au Perche et au pays d’Auge. Il existe une multitude de pays de bocage, généralement sur des terres acides : lebocage virois qui suit le cours de la Vire de sa source à Pont-Farcy, le pré-bocage autour de Villers-Bocage, lePassais autour de Domfront ou le Mortainais dans le Sud Manche.

Entièrement créées par l’homme, les parcelles forment un quadrillage de haies dressées sur des levées. Malgré les évolutions agricoles, le paysage de bocage demeure exemplaire en Normandie avec ses haiesplantées de charmes, de châtaigniers, d’aubépines, d’érables champêtres, d’ormes ou de hêtres. Des générations de Normands ont planté ces talus, plus ou moins denses, plus ou moins hauts, utilisant des branches de noisetier enchevêtrées, quand le barbelé n’existait pas, pour éviter les divagations du bétail.

Si les mutations récentes de l’agriculture atténuent l’originalité de ces terroirs, une certaine réticence au remembrement (plus qu’en Bretagne, par exemple) a préservé en partie les régions bocagères de Normandie. Sa régression bouleverse cependant l’équilibre biologique de la région, le bocage abritant une faune spécifique (fouines, blaireaux ou hermines) et servant de régulateur d’eau et de température. Depuis peu, des plantations de haies sont encouragées avec succès.

La campagne

Prise dans son sens étroit, la campagne désigne des plaines aux grands champs ouverts livrés aux labours, où dominent les céréales.

Campagne de Caen-Falaise – Ce pays de champs ouverts, réputé pour la fertilité de ses sols, se prête à la grande culture, de plus en plus associée à un élevage bovin pour la viande.

campagne et autres milieux Normands dans Normandie 220px-Falaise%2C_aux_Monts_d%27Eraines3Pays d’Argentan-Sées-Alençon – Dans ces exigus secteurs calcaires, les céréales cèdent progressivement le pas aux herbages, notamment à la très productive prairie semée, tandis que se développe l’élevage des bovins à viande.

Bessin – Dépression argileuse en lisière du Massif armoricain, le Bessin confirme sa vocation pour les produits laitiers, parmi lesquels le célèbre beurre d’Isigny et l’élevage de chevaux de selle ou trotteurs.

Cotentin – Si le Cotentin, berceau de la race bovine normande, continue d’être une terre d’élevage, ses paysages enregistrent le recul des herbages naturels ; la côte se spécialise, à l’image de la proche « ceinture dorée » bretonne, dans la culture légumière.

Les marais

Très présents en Normandie, les marais peuvent être baignés d’eau douce, saumâtre ou salée, immergés toute l’année ou seulement quelques mois par an. Les marais du Cotentin et du Bessin, la baie des Veys, la baie du Mont-St-Michel, les marais de la Dives ou de l’Orne, pour ne citer qu’eux, forment autant de niches biologiques , de lieux privilégiés de reproduction pour les oiseaux, d’abris pour les migrateurs, de refuges pour les espèces végétales rares. L’exceptionnelle richesse ornithologique de ce milieu n’est plus à démontrer : hérons cendrés, busards des roseaux (le seul rapace tricolore), râles d’eau, bécassines des marais, courlis cendrés, barges à queue noire séjournent sur ces terrains humides.

La forêt

Avec environ 192 000 ha de forêt et un taux de boisement d’environ 10 %, la Basse-Normandie est l’une des régions les moins boisées de France. Si la quantité n’est pas remarquable, la qualité, elle, est au rendez-vous, malgré la terrible tempête de 1999. Outre les magnifiques chênes très prisés de la forêt d’Écouves ou de la forêt des Andaines dans l’Orne, hêtres, châtaigniers et pins composent ces bois verdoyants, fertiles et humides. Ils font d’ailleurs le bonheur des amateurs de champignons , et plus particulièrement de cèpes, qui viennent nombreux à l’automne. Les conifères plantés dans les années 1960-1970 ont en revanche très mal résisté aux différentes tempêtes qui ont balayé la région.

Les reliefs

D’aucuns trouveront présomptueux de nommer les deux massifs montagneux de Basse-Normandie, dépassant rarement les 300 m d’altitude, « Alpes mancelles » et « Suisse normande ». Ce sont plutôt de hautes collines qui s’étendent dans le bocage normand, mais les villages pittoresques, les cours d’eau encaissés, les escarpements parfois abrupts, se révèlent véritablement dépaysants. Ces deux massifs sont nés de la jonction entre l’auréole calcaire jurassique du Bassin parisien et les 220px-FranceNormandieStPhilbertSurOrneRocheDOetre dans Normandiegranits, grès rouges et schistes du Massif armoricain.

La Suisse normande

La Suisse normande déploie ses méandres, ses hauteurs et ses vallées encaissées de Thury-Harcourt à Putanges-Pont-Écrepin, en suivant le cours de l’Orne. La plupart des sentiers balisés mènent les marcheurs aux panoramas les plus impressionnants comme ceux du mont Pinçon (le point culminant, 365 m), de Clécy ou de la roche d’Oëtre .

Les versants escarpés font le lit d’une forêt spontanée, difficilement accessible et inexploitée. Ormes des montagnes, érables, tilleuls ou ifs composent de magnifiques forêts de ravins (autour de La Pommeraye) où s’épanouissent en sous-bois le genévrier ou certaines fougères comme la capillaire du nord.

Les Alpes mancelles et le massif d’Écouves

Situées entre l’Orne, la Mayenne et la Sarthe, les Alpes mancelles s’étendent au sud-ouest d’Alençon. Marquant l’extrémité de la chaîne des grès armoricains, ce massif abrite les points culminants de tout l’Ouest de la France.

Le plus connu est sans conteste le signal des Avaloirs , à l’ouest de la forêt de Multonne en Mayenne ; il se dresse du haut de ses 417 m sur un panorama de bruyères et de sapins.

Son jumeau normand est le signal d’Écouves (417 m), situé au nord d’Alençon ; il n’offre malheureusement pas la même vue puisqu’il s’élève en pleine forêt.

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Saucisse de Montbéliard

Posté par francesca7 le 29 mars 2014

 

280px-Saucisse_de_MontbéliardSouvent présentée par paire, la saucisse de Montbéliard s’identifie facilement par sa forme courbe (diamètre minimum 25 mm), par sa belle couleur ambrée légèrement tachetée, et par sa peau fine très lisse. En bouche, on retrouve une texture ferme, moelleuse et juteuse, un gros grain de hachage (6 mm minimum), et un délicieux arôme de fumé, parfumé de poivre et de cumin, et parfois selon les recettes de coriandre, muscade, échalote, romarin, girofle… La saucisse de Montbéliard est une saucisse traditionnelle fumée à la sciure de bois en tuyé, de Montbéliard dans le Doubs en Franche-Comté. La saucisse de Montbéliard prend son essor au xixe siècle. Elle est à base de différents morceaux de porc que l’on mélange à des ingrédients. Autrefois, on se servait d’une simple planche et d’un couteau pour découper la chair à saucisse. Le tout était enfilé avec le pouce dans le boyau du porc en se servant d’un entonnoir qu’on appelait « emboussu ».

Les fumoirs à viande gallo-romains retrouvés à Mandeure (Epomanduodurum) près de Montbéliard attestent de l’ancienneté du savoir-faire franc-comtois. Ainsi dès l’Antiquité, la renommée des viandes fumées et salaisons Séquanes traverse les frontières, jusqu’à Rome où elles étaient très prisées.

La saucisse de Montbéliard est l’une d’entre elles, se situant au carrefour de deux pratiques ancestrales apparues pour faire face aux longs et rudes hivers francs-comtois : le fumage des viandes pour mieux les conserver, et l’utilisation du petit-lait restant de la fabrication des fromages pour nourrir des cochons. 

La Montbéliard est ainsi née de l’intelligence des anciens, et est encore aujourd’hui fabriquée selon la tradition :

- obtenue à partir de porcs engraissés au petit-lait des fromageries

- embossée dans un boyau naturel de 25 mm de diamètre minimum

- à gros grain de hachage (6 mm de diamètre minimum), car la viande était autrefois hachée au « boitchu », un lourd couteau à deux poignées

- épicée, jadis avec du carvi (ou cumin des prés), plante qui poussait localement, et qui fut ensuite souvent remplacée par du cumin, d’origine exotique

- fumée au bois de résineux, essence présente en abondance dans les forêts de la région 

 Plus tard, on inventa des modèles à piston, plus ou moins articulés. Puis on nouait les extrémités de la saucisse, et on la cuisait (elle n’était pas nécessairement fumée). On était encore loin de la fabrication courante : c’était un travail familial ; la mère de famille achetait un morceau de porc et fabriquait quelques saucisses à l’avance.

 

Saucisse de Montbéliard dans Jura 220px-Nancray_14La Montbéliard protégée : 

Ces caractéristiques essentielles sont garanties par un cahier des charges strict, et préservées depuis février 2011 par une protection nationale accordée par l’INAO (Institut National de l’Origine et de la Qualité). La filière salaisons régionale attend prochainement la validation européenne de l’IGP ((Indication Géographique Protégée) demandée en 2009. Cette protection réserve d’ores et déjà l’appellation « saucisse de Montbéliard » aux seuls fabricants situés dans les 4 départements de Franche-Comté (Doubs, Haute Saône, Jura, Territoire de Belfort) qui respectent le cahier des charges.

La saucisse de Montbéliard est fumée à la sciure de bois, au « tuyé » (cheminée-fumoir à la forme particulière, que l’on rencontre dans les fermes du Haut-Doubs) selon diverses essences. Les bouchers-charcutiers du pays de Montbéliard l’ont améliorée et en ont fait un produit gastronomique artisanal de belle réputation. Aujourd’hui c’est une saucisse « nationale », car pour bon nombre de Français, une saucisse fumée est une « Montbéliard ».

On doit surtout sa renommée à la Confrérie des « Compagnons du Boitchu », tous maîtres-charcutiers qui ont fondé une charte de qualité commune. Toutefois, il est permis à chacun une petite marge de manœuvre à l’égard des ingrédients.

Elle est plus petite, plus maigre et moins fumée que la saucisse de Morteau.

25 février 2011, la saucisse de Montbéliard entre dans la dernière ligne droite de la démarche IGP, avec la mise en place de la 180px-Saucisse_Montbeliard dans Les spécialitésprotection nationale transitoire, qui la protège dans sa conception et sur sa zone de production réservée à la Franche-Comté.

2011 sera aussi la première année de la participation de cette fameuse saucisse, dans la catégorie « saucisse de Montbéliard » au Concours général agricole lors du salon international de l’agriculture.

La saucisse de Montbéliard est sans doute la plus vieille saucisse connue de France.

 Elle a traversée les frontières et les époques pour nous parvenir inchangée à l’aube du 21ème siècle. Sa notoriété, sa présence sur de nombreuses tables de France lui confèrent une reconnaissance implicite. Avec son goût typique, sa richesse gustative incontestée, elle accompagne le quotidien des amateurs de produits simples,sains.

 

 

 

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