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L’IMPRIMERIE EN EUROPE AUX XVe ET XVIe SIÈCLES

Posté par francesca7 le 1 novembre 2013


Les premières productions typographiques

et les premiers imprimeurs.

~*~

En dehors de l’intérêt que présente cet opuscule à tous ceux qui s’intéressent aux débuts de l’imprimerie, il offre une particularité curieuse qui réside dans sa confection même.

Depuis plus de quatre siècles la composition typographique a toujours été exécutée à la main. Ce qui faisait dire souvent à ceux qui ont discouru des choses de l’imprimerie que la typographie, en ce qui concerne spécialement la composition, était restée dans les limites que lui avaient assignées Gutenberg, Fust et Schœffer.
L'IMPRIMERIE EN EUROPE AUX XVe ET XVIe SIÈCLES dans Alpes Haute Provence yriarte02
Il était réservé au XIXe siècle – et les tentatives premières qui remontent presque au début de ce siècle se sont formulées plus nettement et ont abouti à de sérieux résultats dans ces vingt dernières années de donner une formule nouvelle à la composition typographique.

Jusqu’à cette heure le progrès le plus réel qui ait été réalisé dans la composition mécanique semble dû à la Linotype (machine qui compose, espace, justifie, fond et distribue), dont l’idée première appartient à James C. Cléphane, typographe à Washington et qui a été perfectionnée à la suite d’incessantes et patientes recherches par Mergenthaler.

La Linotype, véritable merveille de mécanisme, est appelée dans un prochain avenir à prendre dans l’imprimerie la place importante que lui assignent, dans notre siècle de vapeur et d’électricité, la rapidité de travail qu’elle donne et l’économie de temps et d’argent qu’elle permet de réaliser.

L’Imprimerie en Europe aux XVe et XVIe siècles a été, sauf les premières pages, entièrement composé par la Linotype, et la composition a été exécutée par un seul ouvrier en une journée de 10 heures.

C’est l’un des premiers travaux qui aient été exécutés en France, à l’aide de la Linotype. Les imperfections matérielles qu’on pourra rencontrer dans cet ouvrage sont inséparables des premiers essais. Mais déjà les résultats s’améliorent et sont de nature à satisfaire les esprits les plus rebelles.

En publiant ces notes chronologiques, nous devions au lecteur quelques éclaircissements sur la confection matérielle du volume et dégager ce point spécial qu’un ouvrage relatant les labeurs accomplis patiemment et péniblement par la main des ancêtres typographiques, il y a quatre siècles et plus, est aujourd’hui mis à jour presque automatiquement, grâce aux combinaisons ingénieuses et multiples d’une machine à composer.

AVANT-PROPOS
Le relevé chronologique des premières productions de la typographie en Europe et des noms des imprimeurs qui, les premiers, ont exercé l’art d’imprimer depuis Gutenberg (XVe siècle) jusqu’à la fin du XVIe siècle, nous semble devoir offrir quelqu’intérêt aux érudits et aux amateurs bibliographes.

Des monographies spéciales à certains pays ont été publiées et contiennent des indications plus ou moins étendues sur les origines de l’imprimerie dans telle ou telle partie de l’Europe, dans telle ou telle ville.

Mais nous ne pensons pas qu’un travail d’ensemble présentant les noms des premiers typographes en Europe et les titres des premiers ouvrages qui virent le jour du XVe au XVIe siècle ait été publié jusqu’ici.

Nous aidant des renseignements divers empruntés aux historiens de l’imprimerie, aux bibliographes, aux manuels et catalogues les plus complets, nous avons dressé un relevé aussi précis que possible, nous attachant à la reproduction fidèle des titres des ouvrages, dans leur orthographie souvent bizarre, complétant ces indications sommaires par des notes intéressantes touchant l’histoire de l’imprimerie.

Nous souhaitons que l’aridité apparente de ce travail qui nous a demandé de patientes recherches soit excusée et que ce modeste essai soit accueilli avec une indulgente faveur.
L. D.

FRANCE
________

220px-Buchdruck-15-jahrhundert_1 dans Ariège
ABBEVILLE (Somme), 1486.

L’imprimerie est exercée dans cette ville dès cette date. Jehan Dupré, l’illustre typographe parisien qui imprimait le « Missale » de 1481 confie à un artisan d’Abbeville, Pierre Gérard, les caractères et le matériel nécessaires a l’établissement d’une imprimerie considérable. Premier livre imprimé la « Somme rurale», complétée par Jeban Boutillier.

AGDE (Hérault), 1510.

Le premier livre paru dans cette ville, « Breviarium ad usum beatissimi protomartyris Agathi Diocaesis patroni », a été imprimé par Jehan Belon, qui avait également des presses à Valence en Dauphiné, sa patrie.

AGEN (Lot-et-Garonne), 1545.

On attribue l’introduction de l’imprimerie dans cette ville et l’impression du premier ouvrage à Antoine Reboul, qui fit paraître à cette date un ouvrage du célèbre César Frégose, devenu évêque d’Agen en 1550 : « Canti XI de le Lodi de la S. Lucretia Gonzaga di Gazuolo », etc.

AIX (Bouches-du-Rhône), 1552.

Le premier livre imprimé est un « Règlement des advocats, procureurs et greffiers et des troubles de cour », etc., par François Guérin. L’imprimeur est probablement Pierre Rest, ou Roux, bien que des privilèges aient été accordés en 1539 et 1545, aux libraires d’Aix, par François Ier, et que l’imprimeur de Lyon, Antoine Vincent, ait obtenu la permission pour trois ans (1536-39) d’imprimer les Ordonnances du pays de Provence.

ALBI (Tarn), 1529.

Le premier livre imprimé à cette date dans la quatrième des cités de l’ancienne Aquitaine est : « Sensuyt la vie et légende de madame saincte Febronie, vierge et martyre ». Le présent livre faict imprimer par Pierres Rossignol, marchât et bourgioys Dalby.

ALENÇON (Orne), 1530.

Le premier livre connu, « Sommaire de toute médecine et chirurgie », par Jean Gouevrot, vicomte du Perche, sort des presses de maistre Simon du Bois. A la fin du XVIe siècle et pendant tout le XVIIIe, une famille d’un nom très connu, les Malassis, fournit de nombreux imprimeurs à Alençon.

ANGERS (Maine-et-Loire), 1476.

C’est la cinquième ville de France dans laquelle ait pénétré l’imprimerie. Le premier ouvrage imprimé est la « Rhetorica nova » de Cicéron, qui dispute la priorité au « Coustumier d’Anjou », le plus ancien Coutumier français que l’on connaisse. La « Rhétorique » porte à la fin : « Audegani per Johanem de Turre atque Morelli impressores. »

ANGOULÈME (Charente), 1491.

Tous les bibliographes font remonter à cette date l’introduction de l’imprimerie dans cette ville par la publication de cet ouvrage : « Auctores octo Continentes libros videlicet », etc. etc. Le nom de l’imprimeur est inconnu. Au XVIe siècle, il faut citer parmi les imprimeurs la famille des Minières.

Lire la suite… »

Publié dans Alpes Haute Provence, Ariège, ARTISANAT FRANCAIS, AUX SIECLES DERNIERS, Bourgogne, Bretagne, Corse, Côte d'Or, Dordogne, Finistère, Gard, Hautes Alpes, Isère, Jura, Morbihan, Morvan, Moselle, Nièvre, Oise, Paris, Saône et Loire, Sarthe, Vosges, Yonne | Pas de Commentaires »

Le Passeur d’eau de Sougnez

Posté par francesca7 le 1 octobre 2013


Les légendes du Val d’Amblève  par Marcelin La Garde.

Le Passeur d'eau de Sougnez dans LEGENDES-SUPERSTITIONS images-5Lorsqu’en hiver, à la nuit tombante, je quittais l’école que tenais le vénérable M. Evrard, curé dé Dieupart, pour m’en revenir au village de Sougnez, où demeuraient mes parents, une de mes plus grandes terreurs d’enfant c’était de passer à côté de deux croix qui s’élevaient non loin de l’Amblève, le long du sentier qu’une belle route a aujourd’hui remplacé. J’avais entendu de si étranges récits sur les événements à la suite desquels ces croix avaient été placées là !

L’une, en calcaire du pays, avait la forme ordinaire et portait ces mots : « Ici est mort, le 17 février 1785, à l’âge de 49 ans, Jean-Baptiste Piret, de Sougnez. Priez Dieu pour son âme. »

L’autre, en schiste noir, était fort basse, tandis que la ligne horizontale s’étendait démesurément dans le sens de l’orient à l’occident. On connaissait bien le fait tragique qu’elle rappelait : il se liait mystérieusement à celui dont l’autre croix consacrait le souvenir; elle recouvrait les restes d’un inconnu, et l’on ignorait qui l’avait plantée. Enfin, elle portait une inscription écrite en caractères que nul n’avait pu jusque là déchiffrer. Je me souviens même d’avoir un jour entendu un fort savant homme, ami de mon père, dire en hochant la tête : «Ce n’est pas là une croix ! » et parler ensuite de carrés magiques, de monuments cabalistiques, que sais-je ?

Toujours est-il qu’aucun Segnien ne serait passé par là sans se signer ni sans se hâter, surtout le soir. Qu’on juge donc de ce que je devais ressentir les jours où de noirs nuages parcouraient le ciel, où le vent soufflait dans les arbres dépouillés du bois de Mont jardin, et où les eaux de l’Amblève grondaient sourdement, moi dont l’enfance avait été bercée par des contes de revenants, de sorciers, de sotais, de feux-follets, de loups-garous. Bien souvent, Marie-Jeanne, notre portière, m’avait parlé de la mort malheureuse du diseur de bonne aventure, et de la vengeance posthume, exercée par lui sur le passeur d’eau.

L’Amblève, cette rivière aux eaux basses et limpides en été, grossit, à l’époque où fondent les neiges des Fagnes, au point d’inonder souvent toute la vallée; et alors son courant, en certains endroits, a une rapidité qui rend le passage en nacelle extrêmement dangereux. Aussi, avant l’établissement du pont qui existe aujourd’hui entre Remouchamps et Sougnez, les communications entre les deux rives étaient-elles parfois interrompues durant des semaines entières. Cependant, le 1772 à 1785, si grosse qu’eut été la rivière, on l’avait toujours passée, grâce à la vigueur et l’audace des frères Jean-Baptiste et Pierre Piret, auxquels le passage d’eau était affermé, et qui semblaient se faire un jeu des dangers que présentait la traversée.

Ils avaient fait la guerre de Sept ans et étaient sortis des dragons pour venir achever leur existence dans le village qui les avait vu naître. On comprend qu’ayant assisté à beaucoup de combats, ayant vu du pays et ayant reçu de la nature une taille de six pieds, il devaient jouir dans l’endroit d’une très grande influence, ce que, il faut bien le dire, le curé ne voyait pas sans peine, car ils avaient rapporté de la vie des camps certaines habitudes qui étaient d’un mauvais exemple pour ses paroissiens. Ils juraient, ils étaient joueurs et hantaient beaucoup le cabaret, où ils attiraient du monde par les histoires, d’ordinaire peu édifiantes, qu’ils racontaient. A part cela, on les tenait pour de braves gens, incapables de nuire au prochain.

Il y avait toute une semaine que la rivière offrait un aspect tel que les vieillards ne se rappelaient point l’avoir vue en cet état; et pas un jour les frères Piret n’avaient cessé de se mettre à la disposition de ceux qui pouvaient requérir leurs services. Le nombre en était fort petit, il est vrai, car le passage était dangereux, et les deux bateliers, dans ces circonstances exceptionnelles, se faisaient largement payer.

Voilà qu’un soir du mois de février de l’année 1784, comme ils étaient attablés au cabaret de devant l’église, occupés à faire une partie de cartes, près d’un bon feu, un voisin vint leur dire qu’un individu s’impatientait à les attendre près de leur demeure, pour qu’ils le conduisissent à l’autre bord.
— A-t-il l’air d’avoir la bourse bien garnie ? demanda Jean-Baptiste.
— Ma foi, répondit le voisin, je n’ai pas fait grande attention à sa mise.
— Alors, dis-lui de venir ici : nous l’examinerons à la lampe et verrons combien de pintes il y aura à tirer de lui.
Un instant après parut un homme d’une quarantaine d’années, au teint basané, aux cheveux crépus, pauvrement, bizarrement habillé et ayant un sac de cuir sur le dos. Son entrée suscita un murmure d’étonnement.
— Tiens, dit à voix basse Bertirie la cabaretière à son mari, je parie que c’est un joueur de tours et qu’il fait partie de la troupe d’Egyptiens qui a passé par ici il y a quinze jours: car une des femmes m’a dit qu’elle attendait son mari, resté malade à Verviers.
— Eh bien ! camarade, vous voudriez donc passer l’eau ? demanda Jean-Baptiste à l’inconnu.
— Oui, et vous me feriez bien plaisir, reprit celui-ci avec un accent qui trahissait son origine étrangère.
— Mais il est huit heures et demie et la rivière a l’air d’une mer : c’est dangereux et ça coûte cher. Combien pouvez-vous donner ?
A ces mots, la figure du voyageur se couvrit d’une teinte de tristesse.
— Je ne suis, dit-il, qu’un pauvre homme; je sors de maladie, j’ai une femme et des enfants que je dois rejoindre et auxquels je ne puis même apporter un morceau de pain.
— Dans ce cas-là, vous nous demandez donc de travailler pour le roi de Prusse, nous qui avons servi l’Autriche… Vous êtes mal tombé.
— J’ai une « plaquette »; je vous la donnerais bien volontiers, mais je ne posseède que cela au monde et j’ai encore douze lieues à faire.
— Une plaquette ! s’écria Jean-Baptiste en éclatant de rire. Vous m’offririez deux beaux escalins que je refuserais. Ecoutez donc un peu cette musique…
Le bruit du vent se mêlait, en effet, au clapotement lugubre des flots, battant le rivage.
— O mes braves gens ! dit le malheureux d’une voix suppliante, en s’adressant à deux ou trois buveurs qui avaient paru prendre, quelque intérêt à son sort, intercédez pour moi… Si vous saviez… Je dois absolument être demain au point du jour à Houffalize pour y rejoindre ma famille. Oh ! oui, je dois y être absolument… sans cela, Dieu sait ce qui peut y arriver… Voyez, ne suis-je pas déjà assez à plaindre ? Je viens de Verviers, sortant de maladie, je n’ai rien pris en route et je dois marcher encore toute la nuit, par un temps pareil ! Tout le monde était attendri, et il n’y eut pas jusqu’à Pierre Piret, quoique cependant il n’osât jamais contrarier son frère, qui ne dit :
— Allons, Baptiste, le bon Dieu nous paiera.
 Le bon Dieu, dis-tu ? Est-ce que le bon Dieu se mêle des affaires de ces nécromanciens-là ? Ne vois-tu donc pas que c’est un Egyptien ? Bien sûr qu’il veut se rendre au sabbat… Merci que j’y prête les mains. Qu’il s’adresse au diable pour que le diable le porte sur son dos. Satan fera bien cela pour un de ses serviteurs.
Ces paroles, dites très sérieusement par un homme écouté d’ordinaire comme un oracle, changèrent soudain les dispositions des naïfs auditeurs; et il en fut même parmi eux qui jetèrent un regard furtif sur les pieds de l’étranger pour s’assurer qu’ils n’étaient pas fourchus.

telechargement dans LEGENDES-SUPERSTITIONSDe grosses larmes vinrent aux yeux de l’infortuné resté debout, et dont les jambes chancelèrent.
— Est-ce possible, dit-il, ne pourrais-je continuer ma route ?… Ciel, secourez-moi !
Il se laissa tomber sur une chaise et parut en proie au plus violent désespoir. Puis, se levant tout à coup, il se jeta aux pieds de Jean-Baptiste et joignit les mains :
— Ah ! s’écria-t-il, je vous en conjure, par ce que vous avez de plus sacré, aidez-moi à poursuivre mon chemin. Il y va du bonheur ou du malheur de toute une pauvre famille qui demandera aux esprits célestes de veiller sur vous jusqu’à la fin de vos jours. Que vais-je devenir, que deviendront-ils si je dois m’arrêter ici, ajouta-t-il avec une sorte d’égarement.
— Mon cher, dit Baptiste, vous autres qui faites métier de prédire l’avenir, vous auriez dû prévoir cela.
Et il poussa un éclat de rire auquel répondit toute la compagnie.
L’étranger se redressa et, se dirigeant vers la porte, il prononça ces paroles avec une dignité qui avaient quelque chose d’imposant : — Eh bien! votre refus inhumain ne m’arrêtera pas, mais que je succombe ou que je survive au danger que je vais braver, vous n’échapperez point à la punition qui frappe tôt ou tard ceux qui manquent de charité.
Il y eut, après la sortie du voyageur, un silence de quelques minutes.
— 
Après tout, dit Pierre Piret, qui sentait le besoin de raffermir sa conscience, ces Egyptiens ne méritent aucune pitié; ils vivent de ruses et de rapines, et volent même des enfants.
— Oui, reprit la femme du cabaretier, mais j’ai entendu dire qu’ils jettent aussi des sorts, et savent faire revenir ceux qui sont dans l’autre monde.

Tous se regardèrent en frissonnant, excepté Jean-Baptiste qui haussa les épaules et proposa de faire une nouvelle partie; mais ses partenaires, visiblement troublés, manifestèrent l’intention de se retirer, et chacun regagna sa demeure comme dix heures sonnaient.

Le lendemain matin, tous les habitants de Sougnez étaient réunis près du passage d’eau, et les rumeurs les plus confuses circulaient dans cette foule. Des deux nacelles appartenant aux frères Piret, l’une avait disparu, quoiqu’elle fût solidement attachée à un anneau de fer fixé dans le mur du cimetière. La scène qui avait eu lieu la veille au cabaret de devant l’église était déjà connue de tout le village, et l’opinion unanime était que le bohémien avait voulu se transporter lui-même à l’autre rive.

— Il devait être tout de même bien pressé de rejoindre sa famille, disait une bonne femme, pour s’être exposé tout seul à un pareil danger.
— Il n’y a pas d’inquiétude à avoir, reprenait un vieillard; ces gens-là connaissent, pour se tirer d’affaire, mille moyens ignorés des bons chrétiens.
— Pauvre homme ! pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé, disait un troisième interlocuteur.
— Qu’est-ce que j’entends là ? s’écria tout à coup Jean-Baptiste d’une voix tonnante : pauvre homme ! Comment, vous êtes assez sans cœur pour plaindre un suppôt de l’enfer qui a causé ma ruine ? Car que sera devenue ma nacelle ? Perdue à jamais !… Si, grâce à ses maléfices, il a échappé, lui, il aura laissé méchamment aller ma Jeannette, qui est probablement brisée en mille pièces à l’heure présente.
— Toujours faut-il, dit Pierre, que nous allions faire quelques recherches. Voyons, Baptiste, explorons d’abord les deux côtés de la rivière jusqu’à Aywaille. Moi, mon idée était de passer cet individu, et je me disais que Dieu nous en récompenserait. Nous devons bien le croire, puisque déjà il nous punit.
— Va chercher les ferrés et les avirons, dit Baptiste d’un ton brusque.
Les deux frères allaient quitter le rivage lorsque quelqu’un s’écria :
— Mais voyez donc là-bas derrière l’île de la Madeleine, au milieu des aulnes et des peupliers, voyez ce point noir; ne serait-ce pas la nacelle, qui se sera accrochée là ?
Tous les yeux se portèrent dans la direction indiquée, où se trouvait un massif d’arbre dont les eaux baignaient le pied. Les uns déclarèrent que c’était une grosse pièce de bois flottante, d’autres soutinrent que c’était quelque animal noyé; car parfois, quand les eaux s’étaient retirées, on retrouvait des moutons, des chèvres, des porcs et jusqu’à des vaches et des chevaux, que le courant avait surpris et entraînés la nuit.
— Nous passerons par là, dit Baptiste en s’éloignant du rivage, et nous saurons ce que c’est.

La frêle barque fendit obliquement les flots auxquels, grâce aux poignets vigoureux des frères Piret, elle opposa une résistance qui lui permit de gagner l’autre bord en moins de dix minutes, mais beaucoup en aval du point d’où elle était partie. Là, elle se trouvait à peu de distance du bouquet d’arbres dont nous avons parlé, et on put voir Pierre et Baptiste faire de grands gestes et causer d’une façon très animée.

Ils se dirigèrent enfin vers l’objet qui semblait avoir excité leur surprise, le recueillirent dans leur nacelle et cinglèrent vers l’autre rive ; mais on remarqua, à la manière dont ils manœuvraient, qu’il y avait en eux une sorte de défaillance. Ils abordèrent enfin tout au bas du village, où se porta la foule, avide d’avoir le mot de l’énigme.

Au fond de la nacelle gisait le cadavre de l’infortuné qui la veille avait tant supplié les frères Piret de le transporter de l’autre côté de la rivière. L’émotion fut vive parmi ces braves gens, et tous s’exhalèrent en plaintes sur son sort, sur le sort de sa famille qu’il était si désireux de rejoindre. Baptiste, qui avait l’air très sombre, jeta sur le cadavre un regard plein de colère.

— Et ma nacelle ! ma nacelle ! murmura-t-il, les poings crispés et d’une voix étouffée.
En ce moment arrivait le curé, M. Labeye, véritable type du bon pasteur du village :
— Baptiste, dit-il d’un air sévère, le ciel vous punit justement; priez-le pour qu’il ne se montre pas plus rigoureux à votre égard.
— Bah ! un vagabond, peut-être un païen.
— Et la parole du bon Samaritain, que j’ai expliquée dimanche au prôme ?… Vous n’en avez guère profité, paraît-il.

Cependant, divers objets découverts dans le sac de l’inconnu, certaines figures dont certaines parties de son corps étaient tatouées, ne laissèrent aucun doute sur sa race ni sur sa profession.

Il appartenait évidemment à ces tribus errantes de Bohémiens ou Egyptiens, peu connus aujourd’hui, mais qui, au dix-huitième siècle encore, parcouraient les villages reculés, et surtout ceux des Ardennes, où elles pratiquaient la chiromancie et la cartomancie et se livraient à l’art de guérir les hommes et les animaux. Quelle sépulture devait-on lui donner ? Les eaux s’étant retirées, le lendemain, de l’endroit où il avait été retrouvé, il fut décidé que sa dépouille mortelle y serait déposée.

Le vagabond eut donc pour lieu de repos la lisière d’un chemin. On remarqua, à partir de ce moment, un grand changement chez Jean-Baptiste Piret : il n’avait plus sa gaieté habituelle et on le voyait souvent tout pensif. Les uns disaient que c’était à cause de la perte de sa barque, dont quelques fragments avaient été aperçus du côté de Douxflamme ; d’autres soutenaient que la mort de l’étranger entrait pour la plus grande part dans son chagrin, qu’il avait du reste coutume de noyer par des libations fréquemment répétées, car, quoiqu’il ne se fût jamais montré sobre, on fit également la remarque qu’il buvait bien plus qu’auparavant.

Le 17 février 1785, un an jour pour jour après la mort du bohémien, vers 9 heures du soir, Jean-Baptiste et Pierre buvaient dans le même cabaret où nous les avons vus déjà, et qu’ils n’avaient guère quitté de la journée. Ils semblaient plongés dans une espèce d’abrutissement. Deux habitués seulement se trouvaient avec eux et ne rompaient le silence qu’à de rares intervalles. Le temps était calme et l’on n’entendait guère au dehors d’autre bruit que celui des eaux de l’Amblève, bien moins grosses cependant que l’année précédente.

Tout à coup, le cri « A l’aiw ! » se fit entendre dans le lointain. Tous prêtèrent l’oreille.
— Il y a une pratique, Baptiste, dit le cabaretier.
— C’est une idée, répondit Baptiste. Quelque chouette dans le clocher de l’église.
Mais le cri « A l’aiw ! » retentit de nouveau avec plus de force.
— C’est tout de même quelqu’un qui nous appelle de l’autre bord, dit Pierre. Allons, frère, en marche.

Baptiste fit un long et sonore bâillement et s’étendit sur sa chaise sans répondre.
— Lève-toi donc ! continua Pierre; es-tu sourd ?
— Non, mais je ne me dérange pas si tard sans savoir qui c’est… Il n’y a peut-être que deux à trois liards à recevoir. Merci.
— Et quand même, allons à tout hasard ! Si, comme dit notre curé, Dieu nous tient compte d’un verre d’eau donné en son nom, il sera bien autrement content d’un passage d’eau… pour l’amour de lui.
— Laisse-moi tranquille, répliqua Baptiste : quand je te dis que je n’y vais pas.
On cria une troisième fois « A l’aiw ! » avec un accent qui tenait de la détresse.
— Le pauvre homme se désespère de ne rien voit venir, dit la cabaretière. Par pitié, vous devriez bien aller le prendre, Baptiste. Vous ne voudriez pas, sans doute, avoir sur la conscience un nouveau malheur…

A ces mots, le front de Baptiste se plissa. Il resta quelques secondes irrésolu et finit par sortir en grommelant, suivi de son frère. Or, un drame terrible et mystérieux allait s’accomplir.

Les deux passeurs d’eau étaient à peine sortis depuis un quart d’heure que des cris lamentables se firent entendre et jetèrent l’épouvante dans tout le village.
— Au secours ! au secours ! criaient deux voix qui semblaient sortir du sein des eaux.
Et à la faible clarté de la lune, on vit une nacelle renversée descendre le courant, et deux hommes se débattant au milieu de la rivière. On n’avait aucun moyen de les secourir et leur mort était considérée comme inévitable. Bientôt, en effet, l’un d’eux disparut, et un cri d’épouvanté frappa l’air, tandis qu’on suivait avec anxiété les mouvements de l’autre, qui parvint enfin à atteindre miraculeusement le rivage. C’était Pierre Piret, mais il tomba aussitôt dans un évanouissement suivi d’un délire qui dura jusqu’au lendemain.

Que s’était-il donc passé ? Pierre raconta que lorsqu’ils étaient arrivés au milieu de la rivière, ils avaient vu distinctement une forme humaine sur l’autre bord ; mais qu’à mesure qu’ils approchaient, cette forme paraissait vouloir se dérober à leurs regards en se plaçant derrière un buisson; ils n’en avaient pas moins avancé et, au moment où la nacelle allait aborder, ils se trouvèrent face à face avec le bohémien mort l’année précédente.

La terreur leur fit tomber gaffes et avirons des mains. Le fantôme, dont les yeux flamboyaient, sauta sur l’avant de la barque et la fit chavirer, en poussant un éclat de rire infernal, pendant qu’une volée d’oiseaux de nuit semblait quitter le rivage et se diriger vers le bois de Mont jardin. Pierre ne vit plus rien; mais il entendit Baptiste lui crier d’une voix expirante :
— Adieu, frère !… C’en est fait… il m’entraîne…
Et comme Pierre Piret achevait son récit, on vint annoncer que le corps de Jean-Baptiste avait été jeté par les eaux juste à la place où le diseur de bonne aventure avait été enterré,
— Je l’avais bien prédit ! s’écria Bertine la cabaretière. Et l’on se moquait de moi quand je parlais de sortilèges et de morts sortant du cercueil !
— Ah ! dirent les anciens à Pierre, tu l’as échappé belle, toi, mais tu avais intercédé pour lui auprès de ton frère, et il t’a été tenu compte de tes bonnes intentions : ta charité t’a sauvé.

Le pauvre Pierre, conformément à la vieille coutume qui, dans nos campagnes, veut qu’un monument pieux rappelle toute mort arrivée par accident, fit élever à son frère une croix à l’endroit où le noyé avait été retrouvé. Mais peu de jours après, une main restée inconnue plaça aussi un monument sur la tombe du diseur de bonne aventure, et ce monument singulier, objet d’une superstitieuse terreur, a été respecté pendant plus d’un demi-siècle. Les deux croix, élevées en même temps et rappelant des catastrophes si étrangement liées, ont disparu le même jour, lorsque la route de Louveigné à Aywaille a été construite; et c’est le long de cette route, assis sur un tertre, ayant sous mes pieds la tombe oubliée du pauvre bohémien, que j’ai écrit la présente histoire.

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La capote du pendu (légende)

Posté par francesca7 le 1 octobre 2013

Les légendes du Val d’Amblève par Marcelin La Garde.

La capote du pendu (légende) dans LEGENDES-SUPERSTITIONS images-3

Au milieu de la presqu’île vaste et escarpée que forme l’Amblève sinueuse — entre le charmant village de Nonceveux et celui de Remouchamps — s’élève un tilleul, véritable nain de sa race, car il est vieux de plusieurs siècles, et son tronc est rabougri, son branchage est maigre et chétif. On l’appelle aujourd’hui simplement le tilleul de Nonceveux; mais, dans le temps où l’on aimait à évoquer le souvenir des choses passées, il portait le nom de Tilleul des pendus. L’histoire suivante expliquera cette dénomination.

Il y avait un jour — c’était un dimanche de printemps après les vêpres — réunion de tous les moutonniers de Sougnez et de Remouchamps, dans une friche située entre les deux villages : il s’agissait de procéder à l’élection d’un berger, car, dans nos Ardennes, les possesseurs de bétail nomment entre eux, et à la pluralité des voix, le gardien du troupeau commun, et quoique ceci se soit passé il y a bien longtemps — sous l’ancien régime — les usages, en beaucoup d’endroits, sont restés les mêmes.

Deux candidats étaient sur les rangs pour la place vacante : Léonard Wixhou et Noël Burnot. L’assemblée était présidée, comme toujours, par le plus âgé de ses membres, lequel, après avoir énuméré les titres invoqués de part et d’autre, fit connaître les charges et les avantages de l’emploi : ces derniers consistaient à recevoir un gage de dix couronnes, à être hébergé toute l’année par les moutonniers à tour de rôle et pendant un nombre de jours proportionné à celui de leurs brebis; enfin, à pouvoir élever, aux dépens de la communauté, une bête sur vingt-cinq. Tout cela bien établi, pour qu’aucune contestation ne pût jamais s’élever, le vieillard fit placer les deux postulants, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche, en invitant les moutonniers à se ranger du côté de celui qui avait leur préférence.

Ce fut Léonard Wixhou qui eut pour lui le groupe le plus nombreux et qui fut, par conséquent, proclamé. Après avoir juré d’être bon et fidèle berger, l’élu dut se rendre dans chaque étable pour faire, suivant la naïve expression employée, connaissance avec les brebis confiées désormais à ses soins, y dire à haute voix un Pater et un Ave et y faire une aspersion d’eau bénite afin de prouver qu’il était pur de toute accointance avec l’esprit malin.

Ce Léonard Wixhou était cependant étranger au pays, puisqu’il provenait du banc de Jalhay, et jamais de sa vie il n’avait gardé les moutons, tandis que Noël Burton était du hameau de Sedoz et avait appris tout jeune le métier en accompagnant son oncle, l’ancien berger. Mais Wixhou était un compère très cauteleux et très insinuant, qui avait su se rendre depuis longtemps les moutonniers favorables par d’habiles flatteries et des contes joyeux; de plus, il avait la réputation de connaître une foule de secrets pour guérir gens et bêtes, ce qui entraîna son élection.

Pendant la première saison, les choses allèrent fort bien, et les partisans de Noël eux-mêmes durent avouer que le choix avait été excellent; mais à l’époque des neiges, Léonard s’absenta à plusieurs reprises, sous prétexte d’aller voir ses parents. Un jour, il ramena avec lui une jeune femme qu’il déclara être sa sœur, se fit bâtir une maisonnette, fréquenta les cabarets et se montra le dimanche à l’église, mieux habillé que les paysans les plus huppés de la paroisse, ce qui fit beaucoup jaser. Le scandale fut grand surtout lorsque, à Pâques, on le vif porter une ample capote de drap, comme en avaient seuls les seigneurs et les gens de loi. On l’entoura de toutes parts, on l’accabla de quolibets, on alla même jusqu’à lui demander s’il n’avait, pas dépouillé quelqu’Anglais. Bref, il se hâta de rentrer chez lui pour reprendre sa blouse, et ne s’avisa plus d’exhiber sa malencontreuse capote.

Tout cela avait donné lieu à bien des réflexions, quand une maladie jusqu’alors inconnue vint ravager le troupeau : les bêtes moururent en quelques heures, et aucun remède ne parvint à en sauver une seule de celles qui furent attaquées. Le berger se chargeait lui-même de les écorcher et de les enfouir, car il avait tant parlé du danger de cette opération, que personne n’eût voulu la tenter.

Cependant, son ancien concurrent avait, au sujet de cette épidémie inexplicable, hasardé certains propos qui avaient été attribués à la jalousie. Piqué au vif, il se promit de tirer la chose au clair, et il acquit la preuve que Wixhou donnait aux brebis un breuvage qui les faisait mourir, et que sa sœur allait nuitamment en vendre la chair dans les villes voisines.

Il existait, et il existe aujourd’hui encore parmi les moutonniers, une juridiction chargée d’aplanir les différends qui pourraient s’élever, soit entre eux, soit avec le berger, et au besoin de punir et de révoquer celui-ci. Le tribunal des moutonniers s’assembla donc secrètement et déféra l’affaire à la cour de justice de Remouchamps.

Léonard et sa complice furent immédiatement arrêtés. Mais la soi-disant sœur se hâta de renier toute parenté avec le coupable et, pour obtenir sa liberté, fit des révélations qui aggravèrent tellement la position de celui-ci, qu’il fut condamné à être pendu comme l’auteur d’une longue série de méfaits. La haute cour d’Aywaille confirma la sentence.

Le jour de l’exécution, une foule immense couvrait tout le plateau qui couronne le bois de Mont jardin; dans un rond-point qui se voit encore, s’élevait la potence.

Léonard Wixhou, pour mourir, avait revêtu la capote qu’il avait renoncé à porter à cause des plaisanteries qu’elle lui avait attirées. Arrivé sur le lieu du supplice et voyant tout près de lui Noël Burnot, son dénonciateur, il lui dit, à voix haute, qu’il lui pardonnait de grand cœur et que, pour preuve, il le priait de vouloir accepter sa capote, qui valait bien vingt patagons. Noël reçut le cadeau avec joie; mais on remarqua que le patient, au moment de se dépouiller de son vêtement, avait sur les lèvres un sourire fort peu naturel dans un pareil moment et qui dénotait certainement une mauvaise pensée… Après l’exécution, plusieurs le dirent à Noël, qui ne fit qu’en rire et se promit bien de profiter de ce chaud vêtement quand viendrait l’hiver. Toutefois, lorsqu’il sollicita la place de berger, plusieurs moutonniers superstitieux ayant subordonné l’octroi de leur suffrage à la condition qu’il se défasse de la défroque du pendu, il dut se résigner à la tenir dans son armoire.

Noël, devenu berger, songea à se marier. Il y avait à Lorcé une jeune fille qui lui convenait et il se rendit à la fête de ce village vêtu de sa capote, parce qu’il s’était dit qu’ainsi habillé, il produirait plus d’effet. Mais celle qu’il recherchait affecta de ne pas vouloir l’entendre.

II se mit alors à boire outre mesure et, dans une dernière explication qu’il eut avec la cruelle, exalté par l’ivresse et la jalousie, il dit qu’il mourrait si elle persistait à ne pas l’accepter.

Là-dessus, il sortit de la salle de bal.

Quelques heures après, des jeunes gens des environs, qui traversaient les bois pour retourner chez eux, le trouvèrent pendu à un chêne.

La jeune fille, qui se rappelait ses dernières paroles, qu’elle n’avait pas prises au sérieux, vit dans ce malheur un effet de sa coquetterie et fut longtemps inconsolable. Mais, à part elle, tout le monde l’attribua à une maligne influence renfermée dans la capote de Léonard Wixhou, que le misérable, qui était réputé comme s’occupant de magie, avait évidemment ensorcelée pour infliger à son ennemi une mort semblable à la sienne.

Noël avait, pour unique héritier, un neveu orphelin âgé de cinq ou six ans, qui se nommait comme lui, car il l’avait tenu sur les fonts baptismaux. C’est à ce neveu qu’échurent tous ses biens, y compris les vêtements qu’il portait le jour de sa mort.

II

images-4 dans LEGENDES-SUPERSTITIONSDe longues années s’étaient écoulées ; le petit Noël Burnot était devenu un homme d’âge mûr et, grâce à son travail et à ses économies, il avait établi au Sedoz une métairie qui lui permettait de tenir un cheval et cinq belles vaches. C’était ce que nous appelons dans nos campagnes un bon moyen propriétaire.

Il avait toujours vécu très simplement et, comme il avait renoncé à toute idée de mariage, il se montrait négligé dans sa mise, jusqu’à porter, même aux jours de grandes fêtes, des blouses déteintes et rapiécées, des chausses ravaudées et des souliers sans boucles. Qu’on juge donc de la surprise générale lorsqu’un dimanche ‘ on le vit paraître à l’église vêtu d’une capote qui allait à merveille à sa taille élevée.

L’office terminé, il se rendit au cabaret où il fut naturellement l’objet de nombreuses questions et d’une foule de plaisanteries. Il alla s’asseoir silencieusement à l’écart; les uns remarquèrent que sa mine avait quelque chose de sombre et d’inusité, d’autres prétendirent que c’était un air grave qu’il se donnait à cause de son nouveau costume.

Noël sortit accompagné de quelques habitants de Nonceveux et, arrivé au tilleul, il s’assit au pied de l’arbre, sur un tertre, disant qu’il était fatigué et qu’il éprouvait le besoin de se reposer quelques instants. Ses compagnons continuèrent leur route. Mais après avoir fait quelques centaines de pas, l’un d’eux se retourna et vit avec stupéfaction que Burnot était grimpé sur le tilleul, en train de se passer le cou dans un nœud coulant qu’il avait fait à l’aide de sa cravate. Ils coururent vers lui et arrivèrent au moment où le corps allait tomber dans le vide. Noël se trouva très contrarié de ce qu’on l’eût empêché de se pendre, déclarant qu’il en avait la plus grande envie et s’en promettait une jouissance infinie. Les braves gens qui l’avaient arraché à la mort le reconduisirent chez lui; ils ne le quittèrent que quand le curé, qu’on avait fait appelé, fut arrivé.

Le pauvre Noël, qui s’était mis au lit avec la fièvre, se montra alors très repentant de sa coupable tentative, dit qu’il n’y comprenait rien et jura de ne plus recommencer.

La capote qu’il avait revêtue ce jour-là était celle de son oncle…

Il l’avait conservée pendant plus de quarante ans et ne s’était enfin hasardé à la porter que parce qu’un maquignon verviétois, qui était venu chez lui la veille et à qui il l’avait montrée, lui avait dit qu’un homme comme lui, ayant un aussi beau vêtement, était bien sot de ne pas s’en servir.

Il y aurait eu certainement un rapprochement à faire entre ce qui venait de se passer et ce qui avait eu lieu jadis; mais les anciens événements étaient entièrement oubliés et Noël lui-même les avait toujours ignorés.

A quelque temps de là, Burnot s’étant rendu à la foire de Theux, pour laquelle il s’était habillé de son mieux, éprouva encore l’envie de se pendre et il l’eût satisfaite, si son garçon de charrue, qui l’accompagnait, et à qui il avait fait des confidences, ne fût resté tout le temps auprès de lui.

Il alla s’en confesser au curé. Celui-ci lui conseilla d’assister à tous les offices, certain dimanche où tombait précisément la fête de je ne sais quel saint, protecteur spécial contre les envies de suicide.

Le dimanche en question, Noël qui, vu la circonstance, avait encore endossé sa capote, se rendit à la messe accompagné de plusieurs de ses voisins, ce dont il se félicita fort, car sa fatale envie lui reprit quand il passa près du même tilleul auquel il avait voulu se prendre peu auparavant. Il en fut de même à son retour; heureusement il avait encore du monde avec lui.

Après son dîner, il fit sa sieste comme il en avait l’habitude le dimanche. Il s’éveilla que les vêpres étaient près de sonner et de Sedoz à Sougnez, par les hauteurs, il y a plus d’une demi-lieue !

Il se mit à courir, espérant assister encore à une partie de l’office divin. Mais comme il allait arriver à Remouchamps, il rencontra un paysan de Nonceveux, nommé Lambert Ménil, qui l’arrêta en lui annonçant que les vêpres venaient précisément de finir.

Grand fut le désespoir de Noël, qui se trouvait ainsi ne pas avoir accompli son vœu.

Son interlocuteur cependant mentait ; mais voulant pousser la goguenarderie jusqu’au bout, il lui dit :
— II ne faut pas tant vous désoler, Noël… Je sais tout… L’affaire est facile à arranger : achetez-moi le mérite que j’ai acquis aux vêpres; je vous le céderai volontiers.

Il faut savoir que de pareilles transactions ont quelquefois lieu chez nous avec une entière bonne foi. Rien de plus commun que de voir, entre autres, des gens qui font des pèlerinages pour le compte d’autrui.

Noël, dont le moral était extrêmement abattu, puisqu’il y allait non seulement de sa vie en ce monde, mais surtout du salut de son âme, saisit avec empressement cette idée et demanda à Lambert de faire son prix.

— Le marché sera vite conclu, dit celui-ci, qui était marchand de fruits et voyageait souvent : donnez-moi votre habit, et je vous donnerai mon sarrau, qui est de fine toile toute neuve.

Le malheureux accepta avec joie et les vêtements furent échangés sur le champ.
Quand les deux hommes se séparèrent, il était nuit close, car on était en février.

Noël, arrivé à Sougnez, apprit, à sa grande indignation et à sa grande inquiétude, que Lambert n’avait pas assisté aux vêpres. Cependant, depuis le marché, il se sentait tout autre, il but et fit sa partie de cartes en homme parfaitement disposé à vivre. Il était sept heures quand il se mit en route, seul, pour retourner chez lui.

Chaque fois qu’il passait auprès du fatal tilleul, il n’osait lever les yeux, même quand il n’avait aucune envie de se pendre, tant le souvenir de sa folie l’accablait.

Ce soir-là, il résolut de regarder l’arbre en face comme pour le défier; mais à peine y eut-il porté le regard, qu’il poussa un grand cri et recula d’horreur.

Le corps d’un homme pendait à la branche principale, un corps couvert d’un long vêtement noir et dans lequel il reconnut Lambert Ménil.

Toutefois, une réflexion vint tempérer la vive émotion qu’il ressentait.

« C’est Dieu qui l’a puni, se dit-il; il s’est joué d’une chose sainte, le coquin… Respect à la volonté de Dieu ! »

Le calme et l’assurance lui revinrent peu à peu, et il finit par se dire qu’il serait bien fou de ne pas profiter de l’occasion pour rentrer secrètement en possession de sa capote, qui lui avait été extorquée à l’aide d’un si odieux moyen.

Après d’assez longues hésitations, et non sans frissonner, il opéra, avec le cadavre de Lambert, la contrepartie de l’échange qui avait eu lieu dans l’après-dîner, et il se hâta de regagner Sedoz.

Mais lorsqu’il arriva à la première maison du hameau, il entendit une femme pousser un grand cri et la vit rentrer chez elle en fermant la porte avec bruit; plus loin, deux jeunes filles s’enfuirent comme à l’approche d’un fantôme; plus loin encore, des enfants tombèrent la face contre terre.

Devant cette terreur inexplicable dont il était l’objet, il se sentit tellement troublé qu’il ne songea à interroger personne, et se dirigea vers sa maison. Sa servante se sauva en le voyant, mais son domestique, qui avait été soldat, osa le regarder en face.

— Ma foi, maître, dit-il, je vois que c’est bien vous en chair et en os; mais que vous en soyez revenu, c’est plus difficile à comprendre.
— Que me débites-tu là ?
— Voilà plus d’une heure que les fils à Bléret ont annoncé que vous étiez pendu au tilleul de là-haut. Nous sommes allé voir à plusieurs : c’était effectivement vous, et il a fallu, pour m’empêcher de couper la corde, les prières de mes compagnons et la peur que j’ai de la justice, qui ne veut pas qu’on touche aux pendus avant son arrivée. Enfin, vous revenez bien portant, c’est le principal. Mais que va dire le mayeur, qu’on est allé quérir ?

Noël, à cette nouvelle qui compliquait sa situation, tomba accablé sur sa chaise… Puis il sentit que ses idées se troublaient et, en proie à une sorte de délire, il s’échappa de sa maison et se mit à courir avec une telle rapidité que son domestique ne put le suivre.

Il erra quelque temps dans les bois, ensuite il remonta la côte dans la direction de Remouchamps. Il était à quelques pas du tilleul lorsqu’il vit une lumière qui précédait un groupe d’hommes. Il se coucha à terre et reconnut le mayeur et ses échevins, suivis de leurs assesseurs et d’autres personnes. Il entendit pousser des cris de surprise et prononcer ces mots :

— Ce n’est pas lui!… C’est Lambert Ménil!… Qu’est-ce que cela signifie ?
— Le voilà ! le voilà ! dit quelqu’un qui avait aperçu sa forme noire, étendue sur la terre grisâtre.

— Où donc ? où donc ? demandèrent plusieurs voix. Le pauvre Noël se leva, tandis que les justiciers, effrayés, s’enfuyaient de toutes parts. Il se mit à courir dans la bruyère, les yeux fermés, à travers les ronces et les genêts. Après un quart d’heure de cette course désordonnée, il se heurta contre un obstacle : c’était le fatal tilleul, vers lequel il était revenu sans le savoir. Il sentit alors que des mains s’abattaient sur lui et entendit des voix qui s’écriaient :
— Nous le tenons enfin !

Noël comparut devant la cour de justice de Remouchamps, qui se trouva dans la position du juge de l’Avocat Patelin, placé entre les moutons et le drap du bonhomme Guillaume. Il avoua tout ce qui s’était passé entre lui et Lambert et la cour fut avec lui d’avis que le Ciel, en donnant à Ménil l’envie de se pendre, avait voulu le punir de son action malhonnête et sacrilège.

La séance finie, Noël, loin d’être heureux de cette issue, se montra sombre et abattu. Ses amis le firent boire pour l’égayer un peu et le retinrent jusqu’assez avant dans la soirée. Le lendemain, on le; trouva pendu au tilleul de Nonceveux, et bien mort cette fois.

Inutile de dire qu’il était vêtu de la capote de Léonard Wixhou, laquelle échut, on ne sait comment, au greffier de la cour de Remouchamps, François Bonhomme, qui, à l’aide de ses archives, en reconstitua l’histoire telle que nous l’avons racontée d’après son manuscrit.

Ce vêtement de malheur resta, comme une curiosité, dans la famille Bonhomme jusqu’en 1819, où un Anglais, lord S…, qui était venu de Spa passer quelques jours sur les bords de l’Amblève, désira le voir et en fit l’acquisition à la suite d’une visite au Tilleul des Pendus.

Le lord avait une jeune et belle femme, dont il était fort jaloux, et qu’un de ses compatriotes recherchait particulièrement. Que se passa-t-il entre les deux gentlemen, qui semblaient être très liés ? On l’ignore. Mais un jour on trouva l’amant supposé pendu à un arbre dans le bois de Géronstère, et le Journal de Liège, en rapportant ce fait sous la date du 27 août de l’année précitée, ajoute ceci : « Outre que rien ne faisait prévoir chez M. B…. une aussi fatale détermination, on a été très surpris de le trouver, lui, qui était un type d’élégance, affublé d’une vieille capote de forme gothique, au sujet de laquelle il court, du reste, à Spa, des bruits que leur absurdité nous empêche de reproduire. Toujours est-il qu’à la suite de ces bruits, un autre Anglais, lord S…, s’est empressé de quitter la ville. »

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LE CÈDRE DE GIGOUX

Posté par francesca7 le 2 juillet 2013

LE CÈDRE DE GIGOUX 

(D’après Chroniques et légendes des rues de Paris. Édouard Fournier, 1864)

LE CÈDRE DE GIGOUX  dans FLORE FRANCAISE cedre

Pendant que nos soldats partaient, il y a trois ans, pour le Liban, avec une mission héroïque, à laquelle ne devaient faillir ni leur dévouement ni leur courage, un enfant perdu de ces belles contrées, un exilé de la célèbre montagne, qui depuis cent vingt-six ans s’était fait une patrie d’un petit coin de la terre parisienne, un admirable cèdre, était menacé de périr. Je dois vous dire d’abord, pour que vous ne soyez pas trop effrayé, que ce cèdre n’était pas celui du Jardin des Plantes, mais son frère jumeau.

Où se trouvait-il ? dans un charmant jardin d’artiste du quartier Beaujon. Mais pourquoi s’y trouvait-il plutôt qu’ailleurs, tandis que c’est le Jardin des Plantes qui, si loin de là, possède encore l’autre ? Tout cela va deman-der quelques explications qui ne sont pas, je crois, sans intérêt.

Je commencerai, s’il vous plaît, par quelques mots sur la grande famille des cèdres, dont celui-ci est un lointain rejeton, et qui couvrent de leurs derniers ombrages la quatrième et la plus élevée des zones du Liban. Il y a trois cents ans, ces contemporains des époques bibliques étaient encore au nombre de vingt-huit mais depuis lors la neige, qui s’éternise de plus en plus à leur base, les a décimés d’année en année. Il y a cent ans, Schultz n’en comptait plus que vingt, et M. de Lamartine, qui les visita au mois d’avril 1833, n’en trouva plus que sept. Ces arbres, a-t-il dit, dans son Voyage en Orient, sont les monuments naturels les plus célèbres de l’univers. La religion, la poésie, et l’histoire les ont également consacrés. L’Écriture sainte les célèbre en plusieurs endroits.

Les Arabes de toutes les sectes ont une vénération traditionnelle pour ces arbres. Ils leur attribuent non seulement une force végétative qui les fait vivre éternellement, mais encore une âme qui leur fait donner des signes de sagesse, de prévision, semblables à ceux de l’instinct chez les animaux, de l’intelligence chez les hommes. Ils connaissent d’avance les saisons, ils remuent leurs vastes rameaux comme des membres, ils étendent ou resserrent leurs coudes, ils élèvent vers le ciel ou inclinent vers la terre leurs branches, selon que la neige se prépare à tomber ou à fondre. Ce sont des êtres divins sous la forme d’arbres. Ils croissent dans ce seul site des croupes du Liban ; ils prennent racine bien au dessus de la région où toute grande végétation expire. Tout cela frappe d’étonnement les peuples d’Orient.

Chaque année, au mois de juin, les populations de Beschierai, d’Eden, de Kanobin et de tous les villages des vallées voisines, montent aux cèdres et font célébrer une messe à leurs pieds. Que de prières n’ont pas résonné sous ces rameaux ! et quel plus beau temple, quel autel plus voisin du ciel ! quel dais plus majestueux et plus saint que le dernier plateau du Liban, le tronc des cèdres et le dôme de ces rameaux sacrés, qui ont ombragé et ombragent encore tant de générations humaines prononçant le nom de Dieu différemment, mais le reconnaissant partout dans ses œuvres, et l’adorant dans ses manifestations naturelles !

Il se passa bien des siècles avant que l’Europe connût l’arbre syrien. Du temps des croisades, on essaya de l’acclimater chez nous, mais inutilement. Les cinq troncs de cèdres rapportés du Liban par saint Louis, et conservés « bruts et inutiles, dit Sauval, et vêtus de leur écorce » dans le trésor de la Sainte-Chapelle, furent tout ce qui resta de cette importation. L’arbre mort restait pour faire penser à l’arbre qui n’avait pu vivre.

Dans la première moitié du règne de Louis XV, en 1734, la France ne possédait pas encore un seul cèdre. L’Angleterre, plus heureuse en voyait plusieurs croître dans ses jardins, et s’en montrait on ne peut plus fière. Bernard de Jussieu, qui était alors démonstrateur des plantes au Jardin du Roi (Jardin des Plantes), jura que nos pépinières n’auraient pas longtemps à envier sur ce point les pépinières anglaises ; et il tint parole. C’est à l’Angleterre même qu’il alla dérober l’arbre tant convoité par nous et soigneusement gardé par elle. Il en obtint deux pauvres pieds bien chétifs, qu’on ne lui donna peut être que parce qu’on pensait qu’ils ne pourraient pas vivre. C’est, dit-on, le médecin anglais Collinson, qui lui en fit présent. Vous savez le reste de l’histoire, à laquelle se mêla, comme il arrive toujours pour les histoires devenues populaires, un peu de légende et d’invraisemblance.

Ne sachant où loger sa conquête, c’est-à-dire où la cacher, car il l’emportait un peu comme un voleur, Bernard de Jussieu se servit de son chapeau pour y mettre en bonne terre les deux brins de verdure qui devaient être plus tard deux arbres géants. J’ai longtemps douté de ce détail. Le chapeau devenu pot de fleur, le tricorne porte-cèdre, me semblait un peu légendaire, mais Condorcet, m’ayant confirme le fait dans un Éloge de Jussieu où tout est vérité, je n’ai plus hésité à croire. La légende ne parle que d’un cèdre, mais Condorcet dit expressément que Bernard en a rapporté deux : l’un qui a si bien grandi près du labyrinthe du Jardin des Plantes ; l’autre dont nous vous parlerons tout à l’heure.

La tradition ajoute sur leur voyage d’émigration bien des détails que n’a pas oubliés M. Gozlan dans l’article, d’un esprit charmant mais d’une vérité douteuse, qu’il écrivit, en 1834 sur Le cèdre du Jardin des Plantes, pour célébrer son centenaire.

Le voyage fut long, dit-il, tempétueux ; l’eau douce manqua ; l’eau douce, ce lait d’une mère pour le voyageur. A chacun on mesura l’eau ; deux verres pour le capitaine, un verre pour les braves matelots, un demi-verre pour les passagers. Le savant à qui appartenait le cèdre était passager : il n’eut q’un demi-verre. Le cèdre ne fut pas même compté pour un passager, il n’eût rien ; mais le cèdre était l’enfant du savant, il le mit près de sa cabines, et le réchauffa de son haleine ; il lui donna la moitié de sa moitié d’eau et le ranima. Tout le long du voyage, le savant but si peu d’eau, et le cèdre en but tant qu’ils furent descendus au port, l’un mourant, l’autre superbe, haut de six pouces. Tout cela, certes, est on ne peut plus touchant ; tout cela même pourrait être vrai, s’il s’était agi d’un très long voyage, du Liban à Marseille, par exemple ; mais pour une simple traversée de Douvres à Calais, tout cela n’est guère vraisemblable.

Aussi n’est-ce pas vrai, pour l’aventure dont il s’agit, du moins. Ce n’est pas Bernard de Jussieu qui faillit mourir de soif par dévouement pour son arbuste altéré, c’est le capitaine De Clieu ; l’arbuste, ainsi ranimé et mis en état de vivre, n’était pas un cèdre, mais un plant de caféier ; et le voyage que l’homme et son cher arbuste avaient à faire, n’était pas une simple traversée de Douvres à Calais, mais un voyage de plus long cours. De Clieu allait du Havre à la Martinique, où le plant de café qu’il avait ainsi pu sauver devint la souche de tous ceux qui, depuis 1716, ont si miraculeusement pullulé sur les parties montueuses de cette belle colonie, dont ils sont la richesse. Rendons à De Clieu ce qui est à De Clieu, au caféier ce qui appartient au caféier, et revenons à Bernard de Jussieu et à ses cèdres en espérance.

Quand il fut de retour au Jardin du Roi (Jardin des Plantes), Bernard y chercha bien vite un coin de la meilleure terre pour y faire sa plantation. C’est près de la butte, dont on a fait le labyrinthe, qu’il trouva ce coin béni. Le sol en était excellent. Bernard savait que, pendant des siècles, le Montfaucon du Paris de la rive gauche s’était trouvé là, et que le monticule ou copeau (vieux mot signifiant butte ou monticule, d’où vient le nom de la rue Copeau), du labyrinthe avait même été formé par ces amas d’immondices, qui sont pour la terre un si merveilleux engrais.

cedres dans FLORE FRANCAISE

Celui de ses deux cèdres qu’il y planta devait certainement pousser la on ne peut mieux. En effet, Bernard de Jussieu eut bonheur de le voir croître comme par magie. Lorsque Bernard mourut, quarante-trois ans après, en 1777, « il pouvait admirer, dit Condorcet, la cime de son arbre chéri qui dominait les plus grands arbres. » Il serait beaucoup plus élevé encore si la flèche n’eut été cassée par accident. Or, ces sortes d’arbres poussent par le sommet des branches, et quand ce sommet est coupé, ils ne croissent plus. Bien loin de là, sur un point tout opposé de la grande ville, entre l’église, alors très humble chapelle, de Saint-Philippe-du-Roule et l’avenue des Champs-Elysées, existait alors la Pépinière du Roi, « où l’on élevoit, dit un livre du temps, des fleurs, des arbustes, des arbres, pour en fournir aux Tuileries, à Versailles et autres maisons royales . »

Les cèdres qui ornent aujourd’hui nos parcs viennent de celui-ci sans doute ou de son jumeau du Jardin des Plantes. Nous connaissons une lettre de Marie-Antoinette relative à la plantation de l’un de ces précieux rejetons, qui devait être faite par Joseph de Jussieu, frère de Bernard. Elle y donne ordre de réunir les jardiniers pour désigner la place des arbres choisis par M. de Jussieu. « Une collation d’encas sera prête pour M. de Jussieu qui érigera devant elle le cèdre du Liban. » C’est là que Bernard de Jussieu vint planter le second de ses cèdres. Il poussa aussi bien que l’autre, car le terrain n’était pas là moins excellent qu’au Jardin du Roi (Jardin des Plantes).

Malheureusement, peu de temps après, la Pépinière dut changer de place. On la transplanta, c’est bien le mot ici, de l’autre côté du faubourg du Roule, au delà du grand égout, sur un espace, longé bientôt par une rue nouvelle, qui s’appelle, pour cette raison, rue de la Pépinière.

L’ancienne qu’on supprimait ainsi, avait été déjà singulièrement amoindrie, à l’époque où Bernard de Jussieu était venu lui confier le second de ses deux cèdres. En 1719, une partie des terrains avait été envahie par les officiers de la Monnaie de Paris, qui se prétendaient de très anciens droits sur tout le quartier du Roule. Le clos de la Pépinière, selon l’abbé Lebeuf, était attaché à la Monnaie de Paris. C’est à cause de cette propriété, dépendante du Roule, dont ils se disaient seigneurs, que messieurs de la monnaie ayant en 1691, à percer une rue entre celle où se trouvait leur hôtel et la rue Saint-Honoré, lui donnèrent le nom de rue du Roule.

Les officiers de la Monnaie de Paris, destinaient l’espace repris par eux, à la construction d’un nouvel hôtel des Monnaies. On fit les fondations, mais on n’alla pas plus loin, et pour cause. On était alors à l’époque, du système. Or, pourquoi un hôtel de monnayage, quand M. Law, contrôleur générai des finances remplaçait la monnaie par du papier ? En 1770, un autre projet qui fit poussé plus loin, sans être pour cela plus heureux, vint enlever à la Pépinière un nouveau morceau de terrain. On l’acheta pour y construire, d’après les plans de Le Camus de Choiseul l’immense établissement de boue et de crachat, dont, moins de dix ans après, il ne restait plus que le nom, qui fut pris comme écriteau, par la rue du Colisée, tracée sur son emplacement.

http://www.paris-pittoresque.com/jardins/2.htm

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Contes, légendes et proverbes du Jura

Posté par francesca7 le 28 juin 2013

 

Contes, légendes et proverbes du Jura dans Jura vouivre

Les histoires de loups-garous, de sorcières, de « ioutons » et « fouletots » (noms comtois des lutins) et de dames blanches (les fées) ont alimenté longtemps les veillées comtoises. Les dons de dédoublement, d’ubiquité et de transformation en animaux de toutes sortes de ces personnages ont fait naître de nombreux comtes et légendes ; les enfants de la région de Montbéliard se sont répété longtemps l’histoire de la Tante Arie, Père Noël du pays d’Ajoie.

La Tante Arie – Chaque année, le soir du 24 décembre, Tante Arie quittait sa grottes du Lomont suivie de son âne à grelots, de gâteaux et de verges pour déposer ses présents au cours d’un voyage dans le pays d’Ajoie (région de Montbéliard). Personne ne sait exactement quelle est son origine ; peut-être est-ce l’ombre du souvenir d’Henriette qui épousa en 1407 le comte de Wurtemberg et que les habitants de la région appelaient « la bonne comtesse » à cause de sa générosité. Il se peut que les bienfaits de la châtelaine soient à l’origine des dons que dispense la Tante Arie, la fée de l’Ajoie, aux petits enfants de la région non seulement à Noël mais à diverses occasions de l’année.

La Vouivre – Il y avait une fois dans le Jura un château occupé par une princesse d’ne rare beauté mais au cœur incroyablement dur. Hautaine, cruelle et impitoyable, elle terrorisait les habitants du val. Et voici qu’un jour une date de noble allure vint lui rendre visite et s’entretint longuement avec elle sur la pitié et la générosité. Mais la dureté de la châtelaine demeura telle que la visiteuse, qui était fée, changea la méchante princesse en Vouivre (en patois, c’st l’équivalent du vieux mot français guivre, signifiant vipère). Devenue un serpent affreux affublé d’ailes de chauve-souris, la Vouivre portait néanmoins un diadème orné d’un magnifique rubis qui, disait-on, procurerait la fortune à celui qui le posséderait. Or elle ne déposait le joyau sur le rivage que pour  se baigner dans la Loue. Nombreux ont été les Comtois, qui dominant leur frayeur, ont tenté de dérober le bijou magique et ont ainsi perdu la vie, tués par des milliers de serpents.

La légende du lac de Saint Point – Sur les bords du Doubs, une ville entière vivait dans la débauche la plus complète ; les  habitants, farouches égoïste, savaient le cœur encore plus dur que les crêtes environnantes. Aussi, lorsque au soir d’une journée glaciale d’hiver une femme transie se présenta avec son enfant à la recherche d’un gît            accueillant et d’un peu de réconfort, ne reçut-elle que mépris et rebuffades. Alors, résignée à mourir, elle poursuivit son chemin quand, par bonheur, elle rencontra le moine saint Point qui lui offrir   l’hospitalité. Au matin,  son réveil, elle vit avec étonnement un lac à la place de la ville cruelle que Dieu avait châtiée en l’engloutissant sous les eaux d’un violent orage.

La Dame Blanche – Non loin de Lure, un château fut le théâtre d’une bien douloureuse histoire. C’était au temps où le seigneur des lieux vivait heureux, entouré de son épouse et de leurs enfants… du moins jusqu’à ce qu’un passant malveillant vint informer le châtelain des pratiques magiques auxquelles se livrait saint Desle, le fondateur de l’abbaye de Lure ; sans balancer le seigneur fait bastonner le malheureux moine. Dès lors, les malheurs ne cessèrent de fondre sur le château : mort des enfants, mort du seigneur, ruine da la famille. La châtelaine se livra alors aux pires exactions. Mais quand mourut le dernier de ses fils, elle se repentit et distribua ses richesses aux pauvres ; à l’exception toutefois d e son trésor qu’elle ne put se résoudre à abandonner. Aussi quand son tour vint de comparaître devant le juge suprême ne peut-elle être reçue au Paradis. Elle fut condamnée à revenir à son château tous les cens ans, jusqu’à ce qu’elle y rencontre une âme pure  à qui elle pourrait faire don de sa fortune. Mais le diable fait bonne garde. Aussi, les habitants de la région ont-ils parfois aperçu une dame blanche qui errait dans les ruines du château, un peu avant minuit.

Le sapin, une création du diable – Le diable, lassé par tous ses diablotins turbulents et farceurs qui l’empêchaient d’œuvrer correctement à la cuisson des damnés, décida un jour d’expédier tout ce petit monde facétieux sur la terre. Et voilà comment les « ioutons » et les « fouletots » vinrent peupler les monts du Jura. Mais bientôt, aveuglés par le grand soleil, écrasés de chaleur en été et meurtris par la longue froidure de l’hiver, ils voulurent retourner dans l’empire des ténèbres. Mais le diable, peu désireux d’avoir à les supporter de nouveau, préféra créer un arbre sous lequel ils pourraient se mettre à l’abri, le sapin.

pont dans LEGENDES-SUPERSTITIONSLe Pont du Diable – Sur la route de Crouzet-Migette à Ste Anne, le Pont du Diable fut à l’origine d’une curieuse aventure. Pour faciliter les communications entre la Montagne et le Bas Pays, on décida de bâtir un pont. Un maçon audacieux se chargea de la construction. Le but était presque atteint quand une nuit, l’ouvrage s’écroula. Le maçon tenace ne perdit pas courage et recommença. Mais le sort s’obstinait et le pont s’écroula de nouveau. Le maçon était sur le point de renoncer quand se présenta devant lui le diable en personne. Le malin s’avoua responsable des effondrements successifs et proposa de tout reconstruire, à une seule condition : que le maçon lui livrât en échange l’âme du premier passant qui emprunterait le fameux pont. Le marché était dur ; le maçon s’y résigna tout de même et la construction fit l’admiration de tous. Mais dans la nuit, l’imprudent fut pris de violents remords et dan s son délire appela un prêtre ; le curé, pour aller au plus vite, emprunta le premier le pont. Aussitôt le diable se précipita au-devant de lui pour s’emparer de son âme ; mais, ébloui par l’éclat du ciboire, Satan enjamba le parapet sauta dans le vide, d’où le nom du pont.

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la soupe au caillou en Bourgogne

Posté par francesca7 le 26 mai 2013

 

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la soupe au caillou en Bourgogne dans Bourgogne histoire-de-choux

Dans notre sujet du 26 janvier dernier, sur les veillées qui n’ont pas disparu en Bourgogne, nous évoquions un certain nombre de contes et d’histoires.

Aujourd’hui, nous dressons le portrait d’un conteur d’une autre époque et une histoire parmi les plus racontées de nos jours. Retour à la version originale.

Beaucoup d’histoires racontées lors des veillées se retrouvent non seulement en Bourgogne, mais aussi dans le Jura, en Lorraine, Franche-Comté ou même en Suisse. Autrefois, les colporteurs et autres marchands ambulants, qui vendaient des almanachs, des revues ou des livres (sous forme de cahiers que les plus riches faisaient relier), traversaient une bonne partie de ces coins. Un peu partout où il s’arrêtaient, afin de gagner quelque argent, ils racontaient les histoires entendues çà et là ou lues dans les ouvrages qu’ils vendaient, lorsque les populations illettrées le leur demandaient. Tous les colporteurs, pourtant, ne savaient pas lire. Quant à la comptabilité, elle était parfois spéciale…

Récolteurs de mémoires, assimilateurs d’historiettes, parleurs à la belle voix grave, rusés au point d’adapter leurs récits en fonction de leur auditoire, le visage buriné par les vents des quatre chemins à force de les parcourir et de dormir à la belle étoile ; leurs paroles, leur barbe longue, leur odeur de tabac à pipe et leurs gestes sont restés profondément gravés dans les esprits.

La disparition des colporteurs et de bien d’autres métiers date des années 1950, avec l’arrivée massive des automobiles à faible prix et la reconstruction d’après-guerre, véritable restructuration de la société. Au tout début des années 1980, il restait quelques-uns de ces commissionnaires pour les anciens des villages qui n’avaient plus la force d’aller au marché. Arrivés en fin de vie, ils trouvaient refuge dans les foyers des environs de Dijon. L’un d’eux, en particulier, traînait dans le quartier du Port du Canal, quémandant du pain à la boulangerie face à l’église Sainte-Chantal, racontant à qui voulait l’entendre qu’il était venu en ville parce que son logeur du côté de Corcelles-lès-Monts avait vendu la grange qu’il lui prêtait jusque-là pour la nuit.

« la rude vie d’un porteur de mémoire »

Ne pouvant plus vivre de son métier de porteur-livreur, il avait passé une vingtaine d’années à vivoter, rendant de menus services dans le coin, entre Chenôve, Marsannay et Corcelles. Ses plus grosses rentrées d’argent était durant les vendanges. Bien entendu, aucune cotisations sociales ni de déclarations de revenus. Pas même un nom : fils d’immigrés venus de Pologne avec cet unique enfant dans les années 1910 en Lorraine, il avait été placé çà et là dans des fermes jusqu’à finir en Bourgogne. On l’appelait le gamin, puis le gars et enfin, le vieux. Un repas par-ci par-là, issu du braconnage de lièvres et d’oiseaux ou d’une part offerte par une bonne âme locale. L’homme n’avait qu’une existence précaire, mais il ne voulait connaître que cela. Il déplorait la construction de maisons neuves, sans grange, avec des garages fermés et sans paille : le monde avait pris une accélération qui le dépassait. Tout ce qu’il avait dans ses dernières années, âgé d’à peu près soixante-dix ans faute d’avoir une date de naissance établie, c’était des histoires qu’il racontait aux gamins du coin.

Il arrivait souvent que les parents des rejetons, à la sortie de l’église, lui donnent la pièce. En échange, debout devant un auditoire composé des enfants les plus jeunes du quartier, il racontait en toute simplicité, citant les personnes et les lieux d’où il les tirait, des histoires de la Côte, de la Bresse, du Morvan et du Jura.

Aujourd’hui, à l’écoute d’une histoire d’un conteur moderne, il ne fait aucun doute que ces histoires-là sont toujours vivantes. Ce sont les mêmes et cela est conforté par les recherches actuelles : d’un bout à l’autre de notre région, les traditions orales se sont transmises. Le plus curieux est de constater que ce sont souvent des personnes d’origine étrangère à la Bourgogne qui transmettent le mieux cette mémoire. La Bourgogne reste fidèle à sa tradition de terre de passage : en récompense de cet accueil, les passants respectent les valeurs et l’identité de cette région en oeuvrant pour qu’elle garde ses qualités.

Aujourd’hui, alors que le métier de conteur a refait surface depuis les années 1990, bien que quelques-uns des chantres de nos contrées font figure de vieux de la vieille en revendiquant à juste titre une ancienneté plus lointaine, les centaines d’histoires différentes qui font nos contes et légendes sont facilement dénichables et de nombreux recueils en gardent la trace écrite. Certaines de ces histoires sont communes aux quatre départements et ne varient que dans quelques détails.

L’histoire qui suit se retrouve un peu partout, notamment dans divers albums pour enfants, avec des protagonistes bien différents de la version d’origine. Elle serait basée sur une histoire vraie et s’intitule : la soupe au caillou (au singulier, s’il vous plaît). Chose rare dans le monde des contes (mais fréquente dans celui des anecdotes), la soupe au caillou peut être datée des années 1870, même si aucune preuve ne l’atteste formellement.

« une histoire vraie et datée »

Un soldat se retrouve démobilisé, sans son arme qu’il a rendue aux Prussiens ou à ses supérieurs Français. La guerre est finie, ou du moins une trêve a-t-elle été signée. Nous serions donc en février ou mars 1871. Le soldat doit rentrer chez lui. Sa maison, son pays, sont par-là : il entend le nom d’une ou de deux grandes villes par lesquelles il lui faudra passer. Ensuite, il se reconnaîtra bien. Il garde l’uniforme, qu’il a acheté lui-même en juillet 1870 comme cela se faisait, ainsi que son paquetage, c’est à dire une couverture roulée sur un sac bien maigre.

Hélas, le bout de pain et la gourde de vin donnés au moment du départ sont vite passés dans son estomac qui grogne et gargouille à tire-larigot. La neige des chemins lui offre une bien maigre consolation.

Arrivant dans une ville, il constate qu’elle a été en partie incendiée : ils ont eu l’Alsace et la Lorraine, se dit-il, comprenant que les combats qu’il a menés ne se sont sans doute pas déroulés au bon endroit ni au bon moment. La désorganisation continue : il dort là où il peut, dans une maison en ruines. Il marche sans presque s’arrêter, sans reconnaître les terres sur lesquelles il passe, perdu face à l’immensité blanche de la neige, incapable le plus souvent de se diriger dans la brume. Mais il marche toujours par là-bas, dans la direction du bras de cet officier dont il n’a même pas su le nom.

Après des collines et des vallons, comme un décor minuscule se répétant sur nombre de kilomètres, il arrive dans un village. C’est là que les versions diffèrent en indiquant que c’est dans le Châtillonnais, le Beaujolais, dans le nord de l’Yonne, perdu dans la Nièvre, sur les hauteurs du Morvan, dans le Jura ou la Bresse du côté de Beaurepaire. Enfin, c’est tout de même un village et la disposition des maisons lui rappelle quelque chose : son pays n’est plus très loin, juste une bonne centaine de kilomètres !

Tout semble désert, sauf la dernière maisonnée faite de petites pierres grises entassées comme on monte une cabotte, une cadole, une cabioute. La mousse du toit fait l’étanchéité et permet de garder la chaleur donnée par la cheminée qui laisse s’échapper de la fumée dont l’odeur promet une bonne soupe. Le soldat tape à la porte et doit insister pour qu’elle s’ouvre. Une vieille femme est là, qui ne veut pas le laisser entrer. Après une âpre discussion, elle accepte qu’il aille dormir dans la grange, s’il trouve de la paille. Mais elle n’a rien à lui donner à manger. Elle lui concède cinq minutes près du feu, le temps qu’il sèche ses affaires trempées par la brume verglacée. Dommage qu’il n’y ait qu’une toute petite bûche et rien dans la marmite. La guerre a tout pris à la vieille femme. Elle a juste un peu de neige à faire fondre et la solution de boire cette eau chaude. Le jeune homme lui propose alors de faire une soupe de chez lui ou, selon les versions, une soupe à soldats. Il sort et va choisir dans la cour devant la petite maison un caillou, rond, blanc ; bref, un beau petit caillou qui donne envie. Le caillou est mis dans la marmite et le soldat touille avant de goûter : « c’est bon, mais chez nous, on mettrait juste un peu de sel ». La vieille hésite et demande : « du sel ? il doit m’en rester une poignée.

Si je t’en donne, tu me feras goûter ? ». Le soldat acquiesce et voit l’ancienne ouvrir une boîte remplie à ras-bord. Il prend une pincée, la met dans la marmite, tandis que son autre main met une pleine poignée de sel dans la poche de sa veste. La grande louche en bois remue l’eau, le sel et le caillou. 

La vieille s’impatiente : « c’est prêt ? ». Pas encore, répond notre malin, et puis, chez nous, on y mettrait un bout de pain, même dur, pour que ce soit meilleur. Tu me feras goûter ? Bien sûr ! Et la villageoise de dénicher un pain entier, rond, presque trop frais pour être mis dans une soupe. Le soldat coupe la miche en deux, en met la moitié sous sa veste et découpe l’autre pour en plonger les morceaux dans la marmite.

La scène se poursuit avec les différents composants d’une bonne et vraie soupe : pommes de terre, carottes, vin qui remplissent autant la marmite que les poches ou le sac à dos du soldat. De quoi manger pour le dernier trajet jusqu’à chez lui.

Lorsque tout les ingrédients sont là (et le conteur peut se faire un malin plaisir de demander à son auditoire ce que chacun rajouterait pour annoncer que, justement, la petite vieille en a !), le soldat déclare que, chez lui, une bonne soupe se mange correctement, avec une nappe sur la table, des bougies pour éclairer et de la belle vaisselle. La brave vieille s’exécute, sort sa nappe blanche qu’elle a reçue lors de son mariage, et paix à son défunt mari, ses couverts en argent (que le soldat ne vole pas, s’il vous plaît), et le jeune homme invite la vieille femme à s’asseoir.

Alors, il lui offre le meilleur et le plus beau repas qu’elle n’a jamais eu de toute sa vie. C’est la première fois qu’elle se voit invitée à une si belle table ! Après le repas, partagé en parts égales, et le soldat tient à ce partage équitable, la bonne dame prête l’un de ses deux matelas au jeune homme qui passe la nuit près de la cheminée. Au petit matin, il remet veste et sac sur le dos et laisse la veuve avec ses larmes comblant les rides d’un visage usé par les petits malheurs du monde de ce temps-là. La silhouette s’éloigne dans le brouillard : elle voit partir celui qu’elle aime comme un fils maintenant, en serrant le poing dans la poche de son tablier. Dans le creux de cette main hier encore froide, une chaleur énorme dégagée par un tout petit rien : le caillou de la soupe au caillou. Avec tout ce que la guerre a pris, c’est toujours ça de gagné !

 Etienne BRETON-LEROY

Note : il semblerait que le soldat ne soit pas rentré chez lui et qu’il soit mort en chemin. Du moins les villages où la scène se serait déroulée n’ont-ils plus jamais eu de nouvelles de lui. La soupe au caillou s’est répandue, certainement parce que la vieille dame de l’histoire en a transmis la recette à ses voisins ou des proches. C’est aujourd’hui un grand classique des contes, que nombre d’enfants connaissent, sans se douter que les protagonistes ont sans doute réellement existé. Pour certains, cette histoire date de bien avant 1871 et serait une reprise d’une tradition du moyen-âge ayant subi une adaptation. Les versions que nous avons recueillies sont suffisamment précises pour que l’histoire se déroule effectivement en hiver 1871. Elle est à rapprocher de contes traditionnels russes, similaires sur bien des points… dont un exemple concerne un soldat napoléonien de 1812 !

L’histoire d’un conteur de Bourgogne 

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