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Les diverses fonctions du château

Posté par francesca7 le 22 avril 2015

 

téléchargementLe château est le lieu où s’exercent, outre un rôle militaire, les fonctions politiques et administratives qu’assume son propriétaire. L’architecture intérieure doit offrir à celui-ci un cadre majestueux adapté : la grande salle, décorée, de dimensions exceptionnelles (atteignant parfois plusieurs dizaines de mètres de long), occupe la position centrale. S’y déroulent des audiences, des réceptions et des fêtes ; le châtelain y rend également la justice, une fonction qui s’inscrit jusque dans la topographie : le château domine le paysage, comme pour rappeler qu’il est le garant de l’ordre. Des cellules étroites, qui parfois constituent l’essentiel de l’espace vital, comme à Provins, sont fréquemment aménagées. Une pièce, la salle des archives, souvent dépourvue de fenêtres, et située tout en haut du bâtiment, est dévolue à la conservation des documents qui permettent le recensement des habitants et l’établissement de la cote des impôts.

Centre économique du domaine, le château fort abrite systématiquement silos et réserves. En règle générale, les stocks alimentaires sont rangés dans des salles souterraines ou aveugles, dont l’obscurité - qui les a longtemps fait passer pour des oubliettes - doit garantir une bonne conservation des denrées. Des magasins sont aménagés dans les sous-sols, jusque dans les châteaux royaux, comme à Vincennes. Lorsque la demeure se résume à un donjon de pierre, ce rôle est assumé par la salle basse, à laquelle on n’accède, le plus souvent, que par un oculus ouvert dans la voûte du plafond. Dans les imposantes enceintes de la fin du Moyen Âge, une vaste cave est quelquefois creusée à même le roc : ainsi, à Blandy-les-Tours, en Seine-et-Marne, une grande cave voûtée quadrangulaire, où l’on entre par des escaliers, servait de resserre au logis.

Le double rôle judiciaire et de perception de l’impôt explique que le seigneur soit souvent considéré comme un exploiteur. « On construit des châteaux / Seulement pour étrangler les pauvres », dit auXIIIe siècle l’Allemand Freidank. En réalité, en cas de troubles, le château offre un bon abri pour les biens agricoles, qu’il s’agisse de matériel exigeant des investissements lourds, telle la charrue, de stocks alimentaires, ou de bétail sur pied. C’est aussi la raison pour laquelle les infrastructures agricoles banales telles que le moulin et le pressoir, voire le four, sont volontiers construites à l’intérieur des enceintes des châteaux. Des potagers et des vergers sont plantés dans la basse cour.

Le château fort est aussi un lieu de résidence, et, dès les XIe et XIIe siècles, cette dernière fonction empiète sur celle de défense. Les bâtisseurs ajoutent au donjon et à l’enceinte une cuisine, souvent séparée du corps principal pour des raisons de sécurité, ainsi qu’un puits ou une citerne d’eau de pluie, qui, en revanche, sont disposés au plus près du donjon, pour permettre la survie des défenseurs en cas de siège. Du XIIIe auXVe siècle, la cuisine, souvent située au rez-de-chaussée, comme à Vincennes, est dotée d’aménagements complets : elle comporte un évier de pierre avec évacuation d’eau, une grande cheminée pour la préparation des repas, voire une glacière, comme au château de Mehun-sur-Yèvre, où résidèrent successivement le duc Jean de Berry et Charles VII. Au-dessus des salles de stockage et de la salle d’apparat se trouvent les chambres destinées à la famille du seigneur. Tôt dotées de cheminées - ou de poêles dans l’est du pays - et de latrines relativement confortables, avec sièges et orifices de ventilation, les pièces comportent aussi des fenêtres à coussiège, qui fournissent un minimum de lumière sans trop refroidir l’habitat ; elles ne seront que tardivement vitrées, et sont souvent de dimensions réduites, adaptées à la fois aux nécessités de la défense et à celles du confort.

À l’exception du lit, le mobilier médiéval est réduit et démontable, pour dégager le maximum d’espace dans la journée. À partir du XIIIe siècle, pour répondre aux exigences nouvelles de confort de la gent seigneuriale, le donjon est abandonné à la garnison, au profit d’un logis de pierre ou en pans de bois, où réside désormais la famille du seigneur. Bâtis dans la cour, souvent accolés au donjon, ces logis proposent un espace vital bien plus vaste que celui offert par l’édifice précédent, dont la surface était nécessairement limitée ; aux pièces circulaires des donjons des XIIe et XIIIe siècles, malaisées à aménager, succèdent alors des salles carrées, où nulle place n’est perdue pour l’habitabilité. Aux XIVe et XVe siècles, le château des puissants se transforme en palais, tel celui des ducs de Bretagne, à Suscinio (Morbihan).

Publié dans CHATEAUX DE FRANCE, Morbihan | Pas de Commentaires »

CONNIVENCE AU COMTE DE BLOIS

Posté par francesca7 le 16 avril 2015

 

Comté d’origine carolingienne, cœur de l’une des plus grandes principautés féodales de la France du Nord aux XIe et XIIe siècles, finalement intégré au domaine royal en 1498, à la suite de l’accession au trône de France du dernier comte, Louis d’Orléans, sous le nom de Louis XII.

 Chateau_de_blois

Le comté, qui appartenait depuis le IXe siècle aux ducs des Francs, est confié au Xe siècle à l’un de leurs vassaux, Thibaud le Tricheur (mort en 978), vicomte de Tours. Ce dernier est l’artisan de sa transformation en principauté féodale : il s’émancipe de la tutelle des ducs, s’allie aux familles de Vermandois et de Bretagne, et ajoute à ses possessions Châteaudun, Provins et le comté de Chartres. Son œuvre est poursuivie par son petit-fils, le comte Eudes II de Blois (mort en 1037). En acquérant les comtés de Troyes et de Meaux en 1022, il unit le comté de Blois à la Champagne, et fait ainsi de sa maison l’une des plus puissantes du royaume : il bat monnaie à son nom, tient sa propre cour, érige l’abbaye de Marmoutier en nécropole comtale, et n’hésite pas à attaquer à plusieurs reprises le roi capétien Robert le Pieux. À la fin du XIe siècle, le mariage du comte Étienne Henri (mort en 1102) avec Adèle, fille de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie et roi d’Angleterre, renforce la puissance des comtes de Blois ; et la mort de l’héritier direct de Guillaume le Conquérant, en 1135, permet à un cadet de la famille de Blois, Étienne, de monter sur le trône d’Angleterre et d’y régner jusqu’en 1154. La première moitié du XIIe siècle marque ainsi l’apogée du comté et de la maison de Blois.

 

Mais, au cours de ce même XIIe siècle, la famille comtale fait progressivement de la Champagne, où apparaissent les premières foires, le cœur de sa principauté. Le mouvement est accentué en 1152 par le partage du patrimoine familial : l’aîné conserve la Champagne, tandis que les cadets héritent des comtés de Blois et de Chartres. La mort du comte Thibaud VI, en 1218, met un terme à la domination de la maison de Blois sur le comté de Blois, lequel entre alors dans une plus grande dépendance à l’égard du pouvoir royal. Aux XIIIe et XIVe siècles, le comté est une possession de la maison de Châtillon, famille plusieurs fois alliée par le sang aux Capétiens. Enfin, en 1397, il est acquis par Louis d’Orléans, frère du roi Charles VI et régent du royaume, dont le fils Charles tient une cour brillante au château de Blois, après sa longue captivité en Angleterre. Dès son accession au trône de France, Louis XII, fils de Charles d’Orléans, entreprend la rénovation complète du château, qui devient, durant un siècle, l’une des principales résidences royales.

Résidence de comtes d’abord nommés par l’empereur puis héréditaires, le château de Blois est le siège du pouvoir des puissants comtes de la maison de Blois-Champagne du Xe au XIIIe siècle, avant de passer par succession aux seigneurs de Châtillon-sur-Seine.

Le château royal de Blois, situé dans le département de Loir-et-Cher, fait partie des châteaux de la Loire. Il fut la résidence favorite des rois de France à la Renaissance.

Situé au cœur de la ville de Blois, sur la rive droite de la Loire, le château royal de Blois réunit autour d’une même cour un panorama de l’architecture française du Moyen Âge à l’époque classique qui en fait un édifice clef pour la compréhension de l’évolution de l’architecture au fil des siècles. Les appartements royaux restaurés sont meublés et ornés de décors polychromes du xixe siècle, créés par Félix Duban dans la lignée des restaurateurs contemporains de Viollet-le-Duc.

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Et la forêt de Blois : En 1291, Philippe Le bel crée l’administration des Eaux et Forêts, première structure de gestion du patrimoine forestier et ancêtre de l’Office Nationale des Forêts qui lui succède en 1966.

L’ONF gère aujourd’hui plus de 12 millions d’hectares de forêts et d’espaces naturels dont 4,4 millions d’hectares de forêts tempérées en métropole parmi lesquels on compte 1,75 millions d’hectares de forêts domaniales et 2,7 millions d’hectares de forêts de collectivités locales

La forêt domaniale représente un peu plus de 10% du total de la forêt française constituée pour l’essentiel de forêts et de bois privés (75%) . 

Avec une superficie de 35000 hectares, la forêt d’Orléans constitue la plus vaste forêt domaniale de France.

Actuellement, la gestion de la forêt de Blois par l’ONF s’appuie du le plan d’aménagement forestier 1978-2008 ayant pour objectif la production de bois d’oeuvre de chêne de haute qualité. Dans ce but, des coupes de regénération permettront la création de 360ha de jeunes semis en remplacement des arbres âgés de plus de 2 siècles qui sont progressivement abattus et commercialisés auprès des exploitants forestiers.

Publié dans HISTOIRE DES REGIONS, HUMEUR DES ANCETRES | Pas de Commentaires »

DE LA PEUR NATURELLE A LA PEUR CONSTRUITE

Posté par francesca7 le 23 mars 2015

 

 

téléchargement (1)Intemporel, le sentiment de la peur revêt naturellement des formes très diverses au fil de l’histoire.

Mais l’essentiel est ailleurs : dans la place que tient la peur dans les esprits, dans le rôle qu’elle joue parfois au cours de notre histoire - qu’on songe par exemple à la Grande Peur de 1789 -, et plus encore peut-être dans les réponses à la peur qu’apporte la culture.

Peurs « naturelles », peurs construites.

• Mort inéluctable, famine, peste, guerre, loups, voleurs, pollution, cancer, sida, fin du monde, subversion sociale,chômage : le catalogue de nos peurs à travers l’histoire serait illimité, et recouvrirait tout simplement l’ensemble des dimensions de la vie individuelle et collective que nous ne contrôlons pas. Certaines peurs ont une existence historique précise, car liées à des réalités conjoncturelles, comme la famine, alors que d’autres, associées en particulier à la mort et à ses diverses formes, traversent les siècles.

Mais il faut surtout remarquer que la culture construit des peurs, dans le souci de donner aux angoisses de chacun un visage concret, tel que l’image du démon, et dans la quête passionnée des signes annonciateurs d’une catastrophe prochaine : l’éclipse, la comète, voire - plus près de nous - le trou dans la couche d’ozone, les revenants, le récit de la fin du monde ou du Jugement dernier, sont bien des peurs intellectuellement élaborées, et donc nées d’une diffusion. La prédication, celle des ordres mendiants en particulier, pendant une grande partie du Moyen Âge et jusqu’auXVIe siècle, puis, sous des formes renouvelées, l’enseignement dispensé par l’ensemble du clergé de la Réforme catholique, au XVIIe siècle, ont conduit à ce que Jean Delumeau a justement appelé une « pastorale de la peur ». La diffusion du thème de l’Apocalypse et sa mise en images sous de multiples formes, celle de la danse macabre, qui culmine au XVe siècle, expriment, entretiennent et, peut-être, canalisent cette peur. Ce triple rôle témoigne de l’ambiguïté du discours sur la peur, qui aboutit souvent à désigner des boucs émissaires : juifs, sorciers et, plus largement, tous ceux que leur différence désigne à la vindicte publique - étrangers par la religion, la langue ou la couleur de peau.

Analyser la place de la peur dans la société.

• La difficulté est de mesurer la place de ces peurs dans la société. L’analyse la plus courante est celle d’une « omniprésence » (Jean Delumeau), d’une « peur de tous les instants » (Robert Fossier), au moins jusqu’au XVIIIe siècle, ce qui implique que la société française, peut-être grâce aux idées rationalistes, se serait arrachée à l’emprise de la peur à partir du siècle des Lumières. Cette vision de nos ancêtres du Moyen Âge et des Temps modernes écrasés par la peur doit être remise en cause aujourd’hui. En effet, il est sans doute plus fécond de proposer une analyse en termes d’équilibre entre l’intensité des peurs et la qualité des réponses ou des prises en charge offertes par la société. Cet équilibre est parfois rompu en faveur de la peur : tel est sans doute le cas aux alentours de l’an mil, et peut-être au XVIe siècle, au moment de la grande division du christianisme entre catholiques et protestants qui contraint la plupart des fidèles à choisir entre deux voies dont une seule mène au salut. Mais la société parvient remarquablement et assez rapidement, lors de chaque moment de tension, à construire les réponses susceptibles d’apaiser en partie ces montées de la peur. On peut considérer comme telles la vague de miracles des XIe et XIIe siècles - nous en possédons près de cinq mille récits ! -, puis l’invention du Purgatoire, rassurante voie médiane entre le terrible Enfer et l’inaccessible Paradis. De même, l’intense exaltation de la charité et la profondeur du courant dévot dans la première moitié du XVIIe siècle permettent-elles très probablement de « rassurer et protéger » (Jean Delumeau) une partie au moins des Français.

La nécessité d’une histoire sociale de la peur.

images La référence à une partie des Français est essentielle : l’histoire sociale de la peur reste en effet largement à écrire, alors qu’elle détermine pour une grande part la nature des réponses à la peur, différente d’un milieu social et culturel à l’autre. Aucune des peurs évoquées ici n’est également partagée : même la plus élémentaire, la peur de la mort, n’échappe pas à cette différenciation sociale, puisque l’égalité en matière de santé n’est pas assurée, de nos jours encore, malgré les progrès du dernier demi-siècle.

L’émotivité des foules, souvent mentionnée, ne se traduit pas non plus aveuglément ; ses victimes sont « choisies ». Ainsi, en 1524, l’avocat au parlement de Paris Nicolas Versoris décrit une France accablée de calamités : guerre, famine, pestilence, grandes eaux, tremblements de terre, « séditions intestines », « dangereuse doctrine de Luther », gelées et, bien sûr, invasion par les troupes de Charles Quint. C’est dans ce contexte propice à une explosion de peur qu’un grand incendie survenu à Troyes crée une véritable psychose collective à Paris, mais les victimes en sont les « mauvais garçons », dont plusieurs sont exécutés après un jugement sommaire, et les étrangers, en théorie expulsés.

De même, dans la seconde quinzaine de juillet 1789, la formidable espérance et la longue attente de Français qui ont rédigé leurs doléances depuis plusieurs mois permettent l’éclosion, à partir de simples rumeurs, d’une « grande peur » qui conduit notamment au pillage de châteaux et à la destruction des titres justifiant les droits seigneuriaux. L’importance des conséquences de cet épisode - la nuit du 4 Août et l’abolition des privilèges - n’en font pas cependant un cas exceptionnel.

La peur conduit à amplifier, à accélérer et parfois à déclencher l’expression de sentiments collectifs qui relèvent de la culture mais aussi des rapports sociaux ordinaires : la répression de la Commune de Paris en 1871 ou, dans une forme évidemment très différente, la manifestation de soutien au pouvoir à la fin de mai 1968 en sont de célèbres exemples.

Les réponses à la peur.

• Ces diverses manifestations spectaculaires révèlent aussi qu’aux moments particulièrement tendus l’équilibre se rompt brutalement entre les peurs et des réponses ordinaires devenues insuffisantes. La plus remarquable de ces réponses et la plus durablement efficace, puisqu’elle couvre environ un millénaire, est celle qu’élabore peu à peu l’Église catholique. Elle encadre et légitime un rapport de nature magique entre l’individu, quelquefois la collectivité, et un intercesseur capable d’apaiser la peur, en général un saint : l’échange, appuyé par un rituel précis de gestes et de prières, se place au cœur de ce qu’on appelle parfois, non sans raison, une « religion populaire », celle du quotidien et du miracle toujours espéré. C’est ce type de relation qui a permis une évolution très progressive vers la laïcisation des réponses à la peur : le médecin s’insère peu à peu, à partir duXVIIe siècle, dans un ensemble où il n’est d’abord qu’associé aux saints et aux sorciers dont il complète les interventions. L’effacement de la réponse religieuse traditionnelle explique sans doute aussi l’essor récent de phénomènes irrationnels comme le recours aux diverses formes de voyance, de même que l’espoir suscité par la Loterie nationale puis ses différents succédanés a largement concurrencé la croyance au miracle

Parallèlement, un dispositif intellectuel beaucoup plus élaboré se construit, qui inscrit ces pratiques élémentaires dans une vision d’ensemble du destin de l’homme. L’espoir en un Au-delà de mieux en mieux défini, la relativisation d’une vie terrestre considérée comme le simple passage dans une « vallée de larmes » donne au fidèle une espérance à la mesure de sa peur. La patiente pédagogie de la culpabilité de l’homme, née du péché originel, vient justifier cette conception du monde. Elle culmine, chez les catholiques, avec le recours à la confession, qui s’impose à partir du XVIIe siècle seulement, une partie des catholiques et les protestants plaçant plus largement leurs espoirs dans la justice et parfois la bonté divines. Cette explication cohérente et raisonnable de la condition humaine, à peu près achevée au XVIe siècle, au moment des Réformes catholique et protestante, est diffusée de plus en plus efficacement à la masse des fidèles. Elle se situe sur le même plan que l’autre réponse intellectuelle, fondée sur la raison et la science, affirmée pour l’essentiel à partir du XVIIIe siècle et répandue ensuite, en particulier par le biais du système scolaire. Le parallèle, peut-être choquant, explique cependant qu’une partie des Français d’aujourd’hui puissent recourir en même temps à l’une et à l’autre de ces réponses à nos peurs. La vogue de systèmes spirituels souvent totalement irrationnels, exprimée par le phénomène sectaire, rappelle toutefois qu’à ce niveau images (1)aussi les réponses sont le fruit d’une construction toujours difficile et sans cesse renouvelée.

De l’antijudaïsme au « règne de la Raison et de la Science », des incendiaires parisiens de 1524 à la xénophobie, de la croyance au miracle à l’abandon à Dieu, le risque est grand de faire de la peur une sorte de moteur des sociétés, alors qu’elle en exprime simplement les réalités. Il est cependant probable que la qualité des réponses à la peur permet d’apprécier le niveau des civilisations et, à l’échelle de l’individu, la qualité d’une culture.

Ressources Encyclopédiques 

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La révolte du Papier timbré

Posté par francesca7 le 21 mars 2015

 

révolte qui éclate en Bretagne en 1675.

UDB_1975_poster_-_Tricentennial_of_the_Revolt_of_the_papier_timbréElle a lieu au moment où la province sort d’une ère de prospérité très longue, originale en France, pour connaître des difficultés économiques durables. Au sens strict, cette révolte concerne la plupart des villes bretonnes, et en particulier Rennes, où elle commence le 18 avril et atteint son paroxysme en juin. L’occasion de cette rébellion est l’instauration de nouvelles taxes, d’un monopole royal de la vente du tabac, et la création d’un droit d’enregistrement des actes officiels par le recours au papier timbré. Faute de troupes dans la province, la répression tarde jusqu’en octobre : une rue de Rennes est presque entièrement rasée, la troupe loge chez les habitants, et, surtout, le parlement est exilé à Vannes jusqu’en 1689, un départ aux conséquences économiques très graves pour la ville.

Cependant, l’importance de l’événement tient aussi - au moins, autant - à sa simultanéité avec une révolte paysanne, dirigée à la fois contre les abus des seigneurs et l’instauration des nouvelles taxes, qui touche essentiellement le centre et le sud du Finistère actuel pendant tout l’été. Connu sous le nom de « révolte des Bonnets rouges », le mouvement rural a laissé plusieurs remarquables cahiers de revendications paysannes, les « codes paysans ». Son écho, en pleine guerre de Hollande, est international, et il est également largement commenté par la marquise de Sévigné, qui séjourne alors en Bretagne.

Une vision « romantique » en est donnée par le mouvement contestataire breton des années 1970, ravivant un souvenir entretenu d’autant plus fortement qu’il s’agit de la seule révolte populaire importante en Bretagne entre le XVe siècle et 1793.

 

Ces nouveaux impôts et ces menaces s’ajoutent à une situation économique difficile en Bretagne. La province est alors très peuplée (environ 10 % de la population du royaume), et épargnée par les disettes et les épidémies depuis les années 1640. Dans les années 1660-1670, elle entre dans une phase de difficultés économiques, consécutives aux premiers effets de la politique de guerre économique de Louis XIV, de l’augmentation sensible et simultanée des impôts, et de faiblesses structurelles : par exemple, diminution des deux tiers du commerce du vin et des toiles d’après le duc de Chaulnes (surnommé an hoc’h lart : le gros cochon, en breton), gouverneur de Bretagne, les revenus issus de la terre (fermages) diminuent eux aussi d’un tiers, entrainant une déflation généralisée, exceptée des offices.

Le système du domaine congéable, qui régit les rapports d’une partie des paysans cultivant la terre et possesseurs, est mis en cause par certains : archaïque, il décourage les investissements et les améliorations des méthodes de culture, aussi bien de la part des paysans que des seigneurs. Ceux-ci, en revanche, devant la baisse de leurs revenus depuis 1670, exigent de façon plus pointilleuse leurs autres droits (voir réaction seigneuriale). Ainsi, en 1668, le paiement des servis est refusé dans la région de Carhaix, à Penfrat en Saint-Hernin. Le rôle du système foncier et fiscal est contesté par Jean Meyer : la superposition de la carte de la révolte avec les régions de domaine congéable est « douteuse ». On peut en effet remarquer que des paroisses hors domaine congéable se soulèvent, alors que d’autres, qui en font partie, ne se soulèvent pas. La suppression du système n’est pas abordée dans les codes qui nous sont parvenus.

La révolte est très souvent menée par des femmes. À cette époque, la législation royale est de plus en plus draconienne à l’encontre des femmes, tous leurs droits sont diminués, aussi bien leurs droits économiques que civils (elles ne peuvent plus choisir leur époux par exemple). Ceci heurte dans un pays où la femme occupe traditionnellement une place très importante, et on en trouve mention dans les codes paysans. Enfin, la Bretagne est un pays d’États, où l’impôt sur le sel, la gabelle, n’existe pas, et où les nouveaux impôts doivent être acceptés par les États depuis l’acte d’Union de la Bretagne à la France. En 1673, les États avaient, outre un don gratuit de 2,6 millions de livres, acheté la suppression de la Chambre des domaines (qui privaient certains nobles de droit de justice) pour la même somme et racheté les édits royaux instituant les nouveaux impôts, plus diverses autres dépenses en faveur du pouvoir royal qui s’élèvent à la somme exorbitante de 6,3 millions de livres. Un an après, les mêmes édits sont rétablis, sans consultation des États. Et c’est par le Parlement de Bretagne que Louis XIV fait enregistrer la taxe sur le papier timbré en août 1673, et la taxe sur le tabac en novembre 1674, au mépris des « libertés bretonnes » (c’est ainsi que les Bretons de l’époque appelaient leurs privilèges en vertu du traité d’union de la Bretagne à la France). Les nouvelles taxes touchent plus les paysans et le petit peuple des villes que les privilégiés, et font craindre une introduction de la gabelle. Tout cela crée un large front de mécontentement contre la brutalité inédite de l’État royal.

Durant le règne de Louis XIV, c’est la révolte où les autorités locales ont le plus laissé faire les émeutiers, les particularismes locaux rapprochant élites et peuple en Bretagne. Ceux-ci sont certes spontanés, mais s’organisent rapidement, et rallient des groupes de plus en plus larges au sein de la société. À côté du pillage, on observe, ce qui est singulier, des prises d’otages et la rédaction de revendications. Arthur Le Moyne de La Borderie voit dans la révolte du papier timbré une révolte antifiscale contre les nouveaux impôts. Il récuse en revanche les explications et les propos du duc de Chaulnes qui rapporte les « mauvais traitements » des gentilshommes bretons envers les paysans. Il explique que la colère des paysans révoltés se tourne contre les nobles pour deux raisons : ils constituent pendant longtemps la seule force de maintien de l’ordre disponible dans les campagnes, et leurs châteaux servent de cibles, faute d’agents du fisc. Enfin, il rapproche certaines observations faites en 1675 (« les passions mauvaises, les idées extrêmes et subversives qui fermentent nécessairement dans toutes les masses révoltées » qui en arrivent « au communisme et aux violences contre les prêtres ») des événements survenus durant la Commune de Paris : « Tant il est vrai que rien n’est nouveau sous le soleil et que les passions populaires, La révolte du Papier timbré  dans ARTISANAT FRANCAIS 280px-Papier-timbre-9-aout-1674une fois affranchies du frein social, se précipitent d’un seul bond au gouffre de la barbarie », en citant le curé de Plestin (« Les paysans se croyaient tout permis, réputaient tous biens communs, et ne respectaient même plus leurs prêtres : en certains lieux, ils voulaient les égorger, en d’autres, les expulser de leurs paroisses ») : pour lui, la révolte de 1675 est aussi un épisode de la lutte des classes.

L’historien soviétique Boris Porchnev a travaillé essentiellement sur le riche fonds Séguier, qu’il avait à sa disposition à Léningrad. Il décrit lui aussi cette révolte comme antifiscale, temps fort de la lutte des classes, mais il en élargit les causes à une révolte contre les prélèvements des seigneurs fonciers (nobles et ordres religieux). Il propose également une analyse patriotique bretonne de ce soulèvement en citant un article de N. Ia. Marr qui fait un parallèle entre la situation des Bretons en France et les « allogènes » caucasiens en Russie tsariste. Boris Porchnev écrit : « Le rattachement définitif de la Bretagne à la France, confirmé par les États de Bretagne, avait eu lieu en 1532. Peut-on parler d’asservissement national et de lutte de libération nationale des Bretons, étant donné que la noblesse bretonne s’était déjà entièrement francisée et que, au fond, seuls demeuraient bretons les paysans ? La réponse est contenue dans l’état actuel du problème breton en France. En dépit d’une dénationalisation continue d’une partie des Bretons, ce problème demeure typique des « minorités nationales » et ne saurait être résolu dans les conditions d’un régime bourgeois ». Boris Porchnev conclut : « Nous trouvons justement dans le xviie siècle les racines historiques lointaines de cette lutte ». Enfin, pour lui, la révolte de 1675 annonce 1789.

Pour Alain Croix, la révolte est un affrontement entre la bourgeoisie et ses alliés d’une part, l’Ancien Régime d’autre part, comme lors de la Révolution française, « à une échelle différente. La pression en faveur du changement est modeste en Bretagne, et l’originalité de la situation de la province l’isole de toute manière dans le vaste royaume de France : il n’y a d’ailleurs pas ailleurs l’équivalent des révoltes de 1675 ». Il lie également la révolte aux différences de l’économie bretonne, maritime et ouverte au commerce, et de l’économie française, aux intérêts continentaux.

Roland Mousnier met également en avant l’archaïsme du système seigneurial breton comme cause de la révolte, qu’il juge essentiellement anti-fiscale.

Jean Nicolas note la durée de la révolte, le rapprochement entre élites et peuple en Basse-Bretagne, la formulation de revendications précises.

Outre la réduction au silence des États et du parlement, la reprise en main permet également l’établissement d’une Intendance de Bretagne (la Bretagne était la dernière province à ne pas connaître cette institution représentante du pouvoir central) que les États de Bretagne avaient jusqu’alors toujours réussi à éviter. La Bretagne entière est ruinée en 1679 par l’occupation militaire selon les États.

En Basse-Bretagne, les zones révoltées sont aussi celles qui furent favorables aux Bleus lors de la Révolution française, et qui virent la crise la plus importante des vocations religieuses au xixe siècle. Elles correspondent également aux zones du « communisme rural breton », ainsi qu’aux zones où la langue bretonne est la plus vivante. Un pardon, célébré le quatrième dimanche de septembre en l’église Notre-Dame de Tréminou, commémore cet épisode de l’histoire bretonne.

 

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Terre de refuge en Haut Bugey

Posté par francesca7 le 9 février 2015

 

 

téléchargement (2)Le Haut-Bugey est durant la Seconde Guerre mondiale le théâtre d’actions paramilitaires de la résistance. Point de ravitaillement en matériels et en vivres, il cache et rassemble ceux qui ont pris le maquis. Ses grottes et ses monts hébergent des réunions secrètes, en faisant ainsi un haut lieu de la résistance. Ces actions ont de lourdes conséquences sur la population. Aujourd’hui, le souvenir de cette page tragique de l’histoire est perpé- tué. De nombreux mémoriaux sont érigés à la mémoire des résistants et des déportés, comme le “Monument aux Maquis de l’Ain et à la Résistance” de Charles Machet à Cerdon, le monument à la mémoire des alliés à Echallon, la stèle commémorative à Izernore et le « Gisant », monument départemental de la déportation à Nantua sculpté par Louis Leygue.  

De combes en cluses, de forêts en prairies, de montagnes en collines et de lacs en étangs, la Route des Sapins du Haut-Bugey parcourt une nature étonnamment riche et préservée, baignée d’air pur. Sillonnant un relief jurassien typique entre 250 et 1200 m d’altitude, elle invite à la découverte de grands espaces encadrés de paysages majestueux et d’une campagne verdoyante, ponctuée de villages accueillants et authentiques. Le lac Genin et le marais de Vaux, le lac et l’abbatiale de Nantua, la forêt de Meyriat, la via ferrata d’Hostiaz, les aires d’envol de parapente, la station climatique d’Hauteville-Lompnes et ses célèbres carrières, le monument du Maquis d’Echallon, Oyonnax et ses expositions dédiées aux plastiques… Chacun des nombreux sites de la Route des Sapins du Haut-Bugey offre un véritable intérêt. Passionnés d’histoire, de traditions rurales et d’arts populaires, amateurs de “calme et de nature”, sportifs en quête d’émotions ou de défis, mélomanes ou gastronomes… Tous les tempéraments vibrent au rythme de ses richesses naturelles et s’enchantent de sa douceur de vivre.

Du bout du massif Jurassien à la rivière d’Ain, la Route des Sapins du Haut-Bugey dévoile sur son passage une grande variété de paysages de moyenne montagne. Ses chaînes montagneuses sont entrecoupées de vallées plus ou moins larges et de cluses qui, comme des écrins, abritent en leur cœur des lacs naturels. La cluse de Nantua est visible depuis les bords de son lac et des communes voisines. Avec un peu de hauteur, vous pouvez même l’observer des abords de la chapelle de Mornay (du XIIe siècle classée M-H). Elle s’étend au pied de l’Autoroute des Titans et du lac de Sylans, ce dernier offrant un cadre de pêche très nature. Autre cluse, autre vue : celle des Hôpitaux qui dès la sortie de la commune d’Hostiaz, depuis un surplomb, se profilera devant vous.

Sur le Plateau d’Hauteville, de nombreux marais dont ceux de Vaux et des Loups ou celui des Lèches sur les Monts Berthiand ponctuent le parcours. Les étangs Marron à Brénod, ceux du Genevray, ou encore celui de Lalleyriat scintillent dans le paysage. Enfin les combes, comme celle de Léchaud, recèlent des milieux naturels exceptionnellement riches et préservés. Jusqu’aux rives de l’Ain, la Route des Sapins du Haut-Bugey offre un point de vue privilégié sur une nature intacte et des paysages multiples.

La richesse des écosystèmes interpelle tout au long de la Route des Sapins du Haut-Bugey. Au printemps, la fonte des neiges laisse place à une nature authentique et généreuse. Les cascades et les ruisseaux bouillonnent. Des tapis de narcisses et de jonquilles bordent de majestueuses forêts de conifères, soulignées par des prairies de feuillus d’un vert éclatant. La Route des Sapins du Haut-Bugey est naturellement fréquentée par de nombreux quadrupèdes. Chevreuils, chamois, écureuils et hérissons se croisent sur les chemins et il suffit de lever les yeux pour apercevoir le ballet des mésanges, des grives, des geais ou des merles. Du bord des falaises, buses, faucons et même tichodromes échelette et bruants fous se livrent à d’impressionnants vols. Au bord des plans d’eau, les canards colvert, les “foulques” ou encore les grèbes barbotent en toute quiétude. Les rencontres sont nombreuses… 

L’activité agricole et le pastoralisme contribuent à conserver la variété des milieux naturels de la Route des Sapins du Haut-Bugey. Bovins et ovins, en broutant dans les pâturages, permettent de limiter l’avancée de la forêt et de maintenir, dans ces espaces, une flore typique (orchidées, gentianes, œillets de poète…) conférant de subtils arômes au lait qu’ils produisent. L’ensemble des activités liées à cette filière constitue l’une des ressources des habitants du Haut-Bugey. A l’approche de l’hiver, les clôtures seront enlevées pour transformer ces verts pâturages en véritable espace blanc où seuls conifères verdoyants et bleu du ciel révèleront toute leur intensité. La vie pastorale sera, quant à elle, ralentie et le temps restant, les hommes le consacreront aux activités de vie des stations (damages des pistes, ventes de forfaits…) et à l’accueil des vacanciers (hébergement et restauration).

Terre de convoitises, le Haut-Bugey a depuis toujours suscité un intérêt en raison de sa situation sur les grandes voies Lyon-Genève et Lyon Besançon. Déjà à l’époque galloromaine, les villages étaient courtisés et certains gardent encore les traces de ce passé, comme Izernore où subsistent les vestiges d’un temple et des objets présentés dans son musée archéologique. Plus tard, appartenant au Duc de Bourgogne, le Haut-Bugey est placé sous la puissance de grands prieurés (Chartreuse de Meyriat) puis de familles féodales, comme le seigneur de Mont-Royal ou les puissants sires de Thoire. Les châteaux des Terreaux à Saint Martin du Fresne, de Coiselet, de Dortan et bien d’autres encore témoignent de la puissance de la seigneurie jusqu’en 1402 où, faute de successeur, le Haut-Bugey est confié au Comte de Savoie, devenant ainsi Savoyard. Exception faite pour le Plateau d’Hauteville et son château de Lompnès qui à cette même période était déjà Savoyard. En 1601, par le traité de Lyon, les bourgades du Haut-Bugey entrent dans le royaume de France et deviennent définitivement françaises. 

Le bois est une ressource considérable pour le Haut-Bugey. Les acteurs de cette filière l’exploitent en visionnaire et valorisent cette énergie nouvelle. Des communes utilisent désormais les déchets de bois produits par les scieries, du bois déchiqueté des forêts dans leur chaufferie collective. Pour tous ces villages, ce choix permet d’assurer l’entretien des forêts environnantes et de s’engager activement dans une démarche de développement durable.

L’art et la matière ont toujours été au cœur des activités du Haut-Bugey. Les bois issus des domaines forestiers ont fait émerger de nombreux savoir-faire et même la pierre extraite du sol calcaire du Plateau d’Hauteville a aussi fait naître une véritable activité. Plus récemment à Oyonnax, la plasturgie a contribué à faire du Haut-Bugey une région où tous les talents randofenec124039219646_arts’expriment, dans l’art comme dans l’industrie.

La Route des Sapins du Haut-Bugey dispose d’un cadre exceptionnel pour bon nombre de sports et loisirs. Pour les amateurs de sensations fortes, aviation légère, parapente, via ferrata, escalade, parcours aventure et parcours dans les arbres ou encore canyonning… garantissent des moments inoubliables. A un autre rythme, les villages de la Route des Sapins du Haut-Bugey offrent une multitude de sites de loisirs et de circuits pour pratiquer la randonnée, le VTT, le cyclotourisme ou la moto. Enfin, été comme hiver, la Route des Sapins du Haut-Bugey se prête aux sports de glisse : ski nautique, dériveur, planche à voile ou simplement baignade pour les moins téméraires. Sur la terre ferme se pratiquent aux beaux jours, le ski-roues, le roller-ski ou le trikkes, et sur neige, la raquette, le ski alpin, le ski de fond et la randonnée en traîneaux à chiens

 

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Dans l’Horlogerie du 9ème siècle

Posté par francesca7 le 11 octobre 2014

 

 
 
horloge planetaire oronce fineLes annales d’Eginhard nous montrent que vers la fin du IXe siècle les horlogers mécaniciens orientaux étaient assez habiles pour construire des machines à marquer l’heure, agrémentées de sonnerie et de personnages

Les ambassadeurs d’Aroun-al-Raschid firent don à l’empereur Charlemagne d’une horloge faite de telle sorte qu’elle laissait tomber des poids sur des cymbales à chaque heure, et qu’alors douze hommes armés sortaient de douze fenêtres, comme on peut le voir encore de nos jours à Strasbourg ou à Besançon.

Mais il y avait encore très loin de ces clepsydres ou horloges à eau plus ou moins perfectionnées aux horloges articulées et réglées qui leur seront substituées plus tard. On s’accorde généralement à faire honneur de cette invention ou de ce perfectionnement au moine Gerbert, depuis pape sous le nom de Sylvestre II.

Nous n’avons point à répéter une fois de plus cette très vieille légende. Parti en Espagne après ses voeux monastiques, Gerbert d’Aurillac poussa si loin les sciences exactes qu’on ne manqua point de le réputer sorcier. Il dut s’enfuir de Salamanque et devint archevêque de Reims.

Quelle fut la part réelle du savant moine dans la découverte de l’horlogerie en tant que combinaison de rouages obéissant à un agent propulseur ? Selon certains auteurs il aurait découvert l’échappement, ce qui est peu vraisemblable. La théorie du poids suspendu agissant comme moteur paraîtrait plus vraisemblablement devoir lui être attribuée. Il n’en reste pas moins un fait acquis, c’est que les sabliers et les clepsydres persistèrent encore pendant plusieurs siècles en dépit de ces trouvailles, et les horlogers n’existèrent point en corps constitué au temps d’Étienne Boileau. Il en était de ces fabricants d’objets de précision à cette époque comme des philosophes indépendants, on les croyait sorciers, et le bûcher en avait maintes fois raison.

Cependant des moines éclairés ne dédaignèrent point de gratifier leurs monastères de ces instruments réprouvés. Nous voyons dans les Usages de l’ordre de Citeaux au XIIe siècle, que le sacristain est réveillé par l’horloge quand il a pris soin de la régler d’avance. Peut-être n’était-ce là qu’un instrument construit sur le modèle de l’horloge d’Aroun, et fonctionnant par l’eau ou le sable ; car il faut arriver au XIVe siècle pour trouver une véritable machine tournant à roues et portant des poids.

Un moine de Saint-Alban en Angleterre, nommé Wallingford, en construisit une qui marquait l’heure et sonnait merveilleusement. De l’Angleterre la découverte vint dans les Flandres, qui eurent bientôt une sorte de monopole de fabrication, et au milieu du XIVesiècle le perfectionnement avait déjà fait de rapides progrès. Vers ce temps, le duc Philippe le Hardi, ayant remarqué la curieuse horloge de Courtrai ornée de ses Jaquemarts ou petites poupées frappant l’heure, l’enleva, au dire de Froissart, et la transporta à Dijon. Ce fut là sans doute le point de départ de cette spécialité d’horlogerie que nous aurons occasion de signaler tout à l’heure en parlant de Dijon. Ce fut aussi là l’origine de ces fameuses histoires des Jaquemarts, qui personnifièrent longtemps dans les villes la figure de quelque sauveur de la cité, par une confusion entre ces figurines et l’ancien guetteur de ville, homme de chair et d’os, autrefois perché au beffroi et criant l’heure. Les fonctions de ce gardien de ville lui avaient fait souvent préserver les places fortes des coups de main si ordinaires au Moyen Age ; les légendes du peuple assimilèrent bientôt à ce guetteur la poupée de métal frappant le timbre aux heures de nuit et de jour, et les Jaquemarts restèrent et resteront encore longtemps la statuette de quelque modeste rival de Jeanne Hachette ou de Marie Fouré.

L’Horloge de la tour du Palais
de justice, à Paris,
confectionnée par l’horloger
de Charles V, et
maintes fois restaurée

 

L’usage de faire frapper par les guetteurs le timbre des horloges ne fut point aboli par les Jaquemarts du jour au lendemain ; ils persistèrent longtemps, et les villes des Flandres avaient déjà leurs horloges à sonnerie que les veilleurs du Louvre criaient et battaient encore l’heure. Vers 1370 cependant, les maîtres horlogers avaient déjà pris consistance à Paris ; mais aucun d’eux ne devint célèbre.

Il appartenait à l’Allemagne de nous envoyer Jean de Vic pour construire la célèbre horloge du Palais. Jean de Dondis avait déjà fabriqué celle de Padoue, et le nom de Jean aux Horloges lui en était resté. L’Angleterre avait eu Willingford.

Il est curieux de voir quels étaient, à cette époque, les efforts des villes pour se munir d’instruments réglés qui missent un terme aux intermittences parfois un peu exagérées des sonneurs. Vers l’extrême commencement du XVe siècle, Montpellier fit venir de Dijon, la ville aux Jaquemarts, une horloge à sonnerie. Charles VI aida la cité pour cette acquisition considérable, et dans les motifs qu’on fit valoir afin de justifier cette mesure dispendieuse, on lit que « l’orloge qu’ilz ont présente sonne par le ministère d’un homme et n’est point certain ne véritable ».

Il se trouva pourtant que l’horloge, un peu petite, ne suffit bientôt plus. On s’en fut cette fois à Avignon où l’industrie avait un praticien célèbre, et on fit prix avec lui. Ici nous rencontrons un des points les plus intéressants de la construction mécanique au XVe siècle, dans l’association de Girardin Petit, l’artiste d’Avignon, avec un Nîmois, Pierre Ludovic, serrurier habile. Ce dernier devait faire le gros œuvre ; l’horloger réglait le tout. Il garantissait trois ans son travail, comme font aujourd’hui les fabricants de Genève ou de Besançon. Il surveillait même les accessoires, tels que la roue à remonter les poids, et lesappels de la sonnerie. Malgré la garantie, l’horloge eut souvent besoin d’être réparée, et, en 1444, Charles VII fut obligé d’imposer un subside pour pourvoir à la restauration.

D’après ce qui précède, on voit que les serruriers travaillaient au mécanisme intérieur. Les pièces les plus délicates étaient sans doute dégrossies par eux et mises au point par l’horloger. Le compte de l’un d’eux, Colin Bertrand de Romans, entre dans quelques détails sur les pièces du mécanisme. Il énumère la roue volante, la roue de sonnerie, la roue des heures, la roue qui fait marcher la main, « la roda que fa anar la man », c’est-à-dire la roue de l’aiguille. A cette époque, l’aiguille était figurée par une main indicatrice qui, par une suite de déformations, en vint à représenter nos aiguilles actuelles avec un léger renflement à l’extrémité. Tout cela était à peine répandu encore, et, à part les grandes villes ou quelques riches châteaux, les horloges ne se rencontraient guère. Leurs poids suspendus, leur mécanisme un peu grossier, rendaient bien difficile celles de dimensions plus restreintes ; sans doute le Roman de la Rose parle d’horloges meubles.

Par les sales et par les loges,
A roues trop sotivement,
De pardurable mouvement.

Mais la clepsydre et le sablier fonctionnaient plus généralement et plus facilement. Pour répandre les horloges il fallait trouver autre chose. Ce fut environ au temps de Jeanne d’Arc qu’on inventa le ressort en spirale, qui agissait par la tension, et qui en se détendant produisait l’effort du poids suspendu. A dater de ce jour la montre moderne était trouvée, avec toutes les délicatesses de mécanisme et d’ornements qu’elle comporte. La mode en devint une fureur. Tout le monde a entendu parler de ces fameux œufs de Nuremberg fabriqués en Allemagne sous le règne de Louis XI, et qui semblaient alors des merveilles de difficulté.

Ils furent vite dépassés. Un duc d’Urbin recevait un jour une montre enchâssée dans une bague comme un petit diamant, et marchant bien. Nous disons qu’elle marchait bien, ce qui doit être une exagération, car le mécanisme en était encore très défectueux. En effet, le ressort agissait plus énergiquement, aussitôt remonté, que plus tard, lorsque la tension diminuait. La découverte de la fusée, c’est-à-dire d’un régulateur chargé d’unifier le mouvement et de le rendre continu, vint mettre un terme à toutes les irrégularités. Dès lors il paraissait bien que rien ne viendrait plus augmenter l’ensemble parfait de ces inventions merveilleuses.

Huyghens, au XVIIe siècle, apporta cependant un perfectionnement nouveau, non point aux montres, il est vrai, mais aux horloges qui devinrent dès lors des pendules. Les lois de Galilée sur les mouvements isochrones du pendule lui suggérèrent l’idée de substituer aux anciens poids un balancier qui, par une combinaison savante d’échappements, tantôt laisserait fuir et tantôt reprendrait la roue. Il appartenait au plus grand astronome du XVIIe siècle de perfectionner un des moyens d’observations les plus précieux.

images (10)Quant aux praticiens, que nous avons laissés pour suivre l’horlogerie dans ses développements successifs, nous les retrouvons, sous François Ier, très nombreux déjà à Paris et fabriquant en boutique de ces montres ovales, en croix, ovoïdes, que nous ont conservées les collections et les musées. Aussi bien le roi avait-il ses horlogers à lui, et même dans les châteaux royaux un praticien attitré qui les restaurait. Ce n’était point toujours là un horloger chargé de travaux délicats : il avait une forge, un étal, un tour, et des valets à sa disposition ; il travaillait le gros, plutôt à la façon des serruriers que nous voyions tout à l’heure, que suivant les procédés des « horlogeurs » de montres : c’était encore l’horloger du XIVe siècle dont nous parle Froissart :

Et pour ce que li orloge ne poet
Aller de soi ne noient ne se moet,
Pour ce il fault à sa propre besogne
Ung horlogier avoir, qui tart et tempre,
Diligemment l’administre et attempre,
Ses plons relieve et met à leur debvoir.

L’extension des œuvres d’horlogerie força le roi François Ier à réglementer le métier et à lui donner des statuts. Il y en avait eu précédemment en 1483, il les augmenta et les confirma en 1544. Ces mesures de police n’avaient rien de bien particulier. L’horloger devait un apprentissage de huit ans. Le chef-d’œuvre exigé pour passer maître était au moins la fabrication d’un réveille-matin. Les jurés étaient investis de pouvoirs étendus. Ils pouvaient entrer chez les maîtres à toute heure du jour et de la nuit, saisir ce qui était défectueux et le briser séance tenante. Les règlements relatifs à la matière employée différaient peu de ceux des orfèvres.

(D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1882)

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UNE ENQUÊTE SUR JEAN COUSIN

Posté par francesca7 le 25 septembre 2014

 

 téléchargement (9)Jean Cousin est un de ces ouvriers de la première heure qui, à l’aurore du XVIè siècle, ont renouvelé l’art français. Il possédait le don merveilleux de tout savoir, de tout comprendre et cette diversité d’aptitudes dont les maîtres italiens de la Renaissance nous ont montré tant de glorieux exemples. A la fois peintre, sculpteur, graveur, verrier, architecte et écrivain, presque toujours il s’est montré sûr de sa main comme il l’était de sa pensée. Et cependant l’histoire ne possède encore que des lambeaux épars de sa vie. On ne sait au juste ni quand il est né ni où il est mort; on ignore la plupart de ses oeuvres, soit que les unes aient été détruites par le temps ou les révolutions, et que les autres aient péri sous la main de vandales qui prétendaient les restaurer ou les mettre en harmonie avec le goût moderne. Si bien que l’été dernier, M.Deligand, maire de Sens, dressant un long et consciencieux procès-verbal des faits, nous ne dirons pas connus, mais publiés sur son illustre compatriote, n’a obtenu de ce patient labeur qu’ un résultat fort triste, à savoir, que les points de sa vie tombés dans l’oubli l’emportent en nombre et de beaucoup sur ceux reconnus authentiques ou seulement vraisemblables.

Les études premières, les travaux et les faits essentiels d’une vie que jean cousin consacra toute entière au travail, sont tellement peu connus, qu’il n’est pas d artiste à qui l’on ait plus accordé de choses qui ne sont pas de lui. Toute peinture, toute gravure, sculpture ou verrière de son époque, et dont leurs auteurs sont restés ignorés, lui ont été attribués sans preuves, sans raisons suffisantes. Et il arrive maintenant, juste retour des choses d’ici-bas, que l’esprit de critique, ce trait vital du génie français, non content de lui avoir ôté ces oeuvres apocryphes, cherche à lui ravir l’un des rayons principaux d’une gloire dont il avait toujours joui sans conteste.

Jean Cousin a-t-il été sculpteur ? Cette question fut posée en 1858 par un de nos érudits d’art des plus compétents, M. Anatole de Montaiglon. Certes, Jean Cousin a été sculpteur, écrivions-nous vers ce même temps au savant bibliothécaire de  l’école des Chartes, car Ies comptes de la cathédrale de Sens, relevés par notre excellent archiviste, M Quantin mentionnent qu’une somme lui fut allouée en 1543, « pour avoir racoustré une « statue de la sainte Vierge. » D’autre part, les comptes de Fontainebleau, transcrits par M. de Laborde, mentionnent la vente, à lui faite, d’un bloc de marbre dont il ne voulait pas apparemment  faire des manches de couteau ; enfin la tradition, qu’il n’est guère permis de traiter légèrement, car elle nous a valu l’Iliade et la Bible, a toujours été sur ce point précise et invariable.

Mais a-t-il sculpté cette admirable statue de l’amiral Chabot, l’orgueil du Louvre et de l’art français, l’égale, ou peu s’en faut, des plus belles oeuvres de Michel-Ange ? L’attribution qui lui en est faite reposait uniquement sur assertion relativement récente (1606) de Félibien, lorsque nous trouvant à Sens en Décembre dernier, un érudit de cette ville, artiste à ses heures, M. de la Vernade, voulut bien nous communiquer, et même nous aider à transcrire d’un vieux manuscrit de famille, comtemporin de Jean Cousin, la preuve, décisive  en apparence, qu’il a sculpté la statue de Chabot. Ce manuscrit, bien connu dans notre département, à pour titre : Histoire de la ville de Sens, par Taveau, copiée et revue par P. Maulmirey, échevin de cette ville, en 1572, et l’aïeul de M. de la Vernade. Le manuscrit princeps, celui de Taveau, existe d’ailleurs à là bibliothèque de la ville, mais le passage en question avait échappé jusqu’ici aux biographes de Jean Cousin, bien qu’il eut été signalé, mais incomplètement, par M. Horsin Déon, en 1851, dans son excellent livre, devenu rare, De la Restauration et de la Conservation des Tableaux. Voici ce passage, transcrit avec un profond respect de l’orthographe, et qui voit ainsi le jour pour la première fois :

  »Jehan Cousin, natif d’un village nommé Soucy , en la banlieue de Sens, peintre fort gentil et excellent d’esprit, a monstré par les belles peintures qu’il a délaissées à la postérité la subtilité de sa main et a fait cognoistre que la France se peut vanter qu’elle ne le cède en rien aux gentils esprits qui ont été ès autres pays. Il a faict de beaux tableaux de peinture très ingénieuse et artiste, qui sont admirés par tous les ouvriers experts en cet art pour la perfection de l’ouvrage auquel rien ne deffault.

Oultre ce, il estait entendu à la sculpture de marbre, comme le tesmoigne assez le monument du feu admiral Chabot en la chapelle d’Orléans, au monastère des Célestins de Paris, qu’il a faicte et dressée et monstre l’ouvrage l’excellence de l’ouvrier. »

Ainsi donc, un témoignage contemporain et digne de confiance, accorde au grand artiste sénonais l’œuvre qu’on lui conteste. Mais M. de Montaiglon, que nous nous sommes empressés d’aviser de notre découverte, ne la trouve point décisive. Voici ses raisons : 

Paris 11 décembre 1868 

Monsieur et ami, 

Votre passage est très curieux. C’est la première fois qu’il se produit un texte antérieur à Félibien, et cela est important. Mais une chose reste certaine :
    1°) Que le cadre ovale de l’ancien tombeau de Chabot ne peut être que de la fin des Valois; par conséquent, l’ayant ou ne l’ayant pas sculpté, Cousin peut être l’auteur de la composition et du dessin et en avoir surveillé l’exécution;
    2°) Que la statue, la seule chose qui soit un chef d’œuvre est bien antérieure, ce qui résulte d’elle-même; elle est d’un goût non seulement antérieur au temps de Pilon, mais même au temps de Goujon; elle est contemporaine de François ler et de Chabot, et, dans mon opinion tout intime, plus voisine de sa nomination au grade d’amiral (1525) que de sa mort (1543).

Il faudrait donc que Cousin, à quarante ans de distances ait d’abord fait la statue vers 1530 et le cadre ornemental vers 1570, date du goût de ce dernier qui sent pleinement l’exagération menue et chargée des derniers Valois et des derniers temps de l’Ecole de Fontainebleau expirante.

Le cadre sculpté du tombeau, son arrangement architectural et ornemental, est bien du temps de Cousin, il pourrait être de lui; votre texte prouve qu’au lieu d’une possibilité il y a probabilité, certitude même. J’en ai fait la supposition, vous la confirmez. Mais la  statue même est en dehors. Elle est antérieur à Goujon, elle est du temps de François 1er ; Cousin l’a-t-il faite sous François 1er ? La grosse question est là et reste tout entière.

Je n’ai pas besoin de vous dire que si je me défends ce n’est pas pour mon opinion, mais pour ce que je crois la vérité. Ce que je demande c’est la preuve de deux choses, la preuve positive et, s’il se peut, pas unique, que Cousin a été non pas l’inspirateur direct d’une sculpture, – je l’ai accordé d’avance dès 1858 – mais un sculpteur au propre, un modeleur et un tailleur de marbre effectif, et aussi la preuve que la statue qui est archi-antérieure, qui n’est qu’employée et mise en oeuvre dans une décoration postérieure, est son oeuvre; de plus, ce qui serait bien nécessaire à la démonstration, qu’il a fait d’autres choses de sculptures et d’importantes, même de sublimes, parce qu’on ne fait pas un chef-d’œuvre comme celui-là sans être non-seulement un grand sculpteur, mais un sculpteur habituel, exercé, fécond et même uniquement un sculpteur.

Voilà, en gros et en courant, mon opinion ancienne et subsistante, pas du tout pour faire du paradoxe et de l’originalité, mais parce que jusqu’à la production de véritables preuves, je ne peux pas arriver à en avoir une autre. Je n’en reste pas moins votre tout dévoué en Cousin, malgré ma qualité d’hérétique, brûlable sur la place publique d’Auxerre.

téléchargement (10)« L’hérésie » de notre aimable et spirituel correspondant ne sent nullement le fagot ! N’est-il pas bon, n’est-il pas utile et profitable que la libre discussion aborde, pour les éclairer, tous les points qui divisent le monde de l’art, comme celui de la science et de la politique ? D’ailleurs, elle est déjà bien loin de nous la critique d’art telle qu’on l’entendait autrefois, en admettant sans examen ni contrôle les attributions souvent hasardées, parfois ridicules des enthousiasmes de clocher ! L’érudition moderne n’admet plus les faits qu’à bon escient. Ses arrêts n’en sont que meilleurs et souvent même décisifs. Le jugement porté par M. de Montaiglon sur l’œuvre sculpturale qui nous occupe, paraîtra probablement un peu absolu ; il n’en mérite pas moins un examen sérieux et approfondi auquel nous nous essayerons prochainement en temps et lieu. Rappelons seulement ici, en réponse au trait final de sa lettre, que le savant professeur de l’école des Chartes est l’un des bénédictins de l’art, un historien consciencieux, inexorable, épris avant tout de la vérité qu’il cherche sous toutes ses formes, même sous celle du doute, cette base première de la science. En publiant sa lettre, expression des doutes qui l’assiégent, nous voulons seulement offrir à nos érudits l’occasion de les lever.

Il nous paraît impossible, en effet, que dans le département de l’Yonne, et en particulier au pays Sénonais où tout est plein de Jean Cousin, où tout parle de lui, on ne puisse pas exhumer, soit des archives des villes, des presbytères, des châteaux, soit des comptes des fabriques d’église ou des études de notaire, un fait, une date, une trace quelconque de sa biographie, à l’aide desquels on puisse restituer l’œuvre à peu près complète du maître etmaintenir ce qu’on lui conteste. C’est à M. Deligand qu’on doit le peu que l’on sait de certain sur sa vie ; c’ est à un autre ancien officier ministériel, M. Hesme, de Villeneuve-le-Roi, qu’on doit aussi l’accroissement de ce premier fond et plusieurs indications d’un haut intérêt.

La terre natale de Jean Cousin ne peut en demeurer là; le dernier mot ne peut pas avoir été dit. On se rappelle qu’à la demande de M. Champfleury, et dans ces mêmes colonnes, nous ouvrîmes il y a six ans, à propos des anciennes faïences de l’Auxerrois, une enquête qui n’a pas été infructueuse. Celle que des fervents de l’art nous prient d’ouvrir aujourd’hui sur la vie et les oeuvres du grand maître sénonais, aura-t-elle également un sort heureux ? Nous l’espérons fermement. Le souvenir de Jean Cousin et de son talent est pour nos contrées comme une tradition de gloire, à laquelle chacun voudra s’efforcer d’ajouter encore. Pour cela, il ne faut qu’essayer d’éclairer les points restés obscurs de sa glorieuse carrière, qu’achever en un mot l’oeuvre heureusement commencée par MM. Hesme et Deligand.

C’est à l’année 1560 d’après le manuscrit de Maulmirey, qu’il faut fixer l’époque de sa mort, témoin ce passage traduit littéralement et avec ses lacunes :

« Il mourut à…, le jour de…1560 plus riche de nom que de biens de fortune, qu’il a de toute sa vie négligés… »

Félibien dit au contraire en 1666 :

« Il m’a esté impossible de sçavoir en quelle année il est mort, seulement qu’il vivait en 1589, véritablement fort âgé.»

Comment ne pas donner la préférence entre ces deux témoignages à celui de Maulmirey, digne de toute confiance parce qu’il fut le contemporain, le compatriote et probablement l’ami de Jean Cousin. Une tradition de famille le fait naître vers l’an 1500, mais ce n’est qu’une tradition et son autorité est singulièrement affaiblie par divers textes affirmant que Cousin naquit vers 1492 et même auparavant. Que ces textes soient confirmés par des preuves, et l’argument de M. de Montaiglon sur l’antériorité de style de la statue Chabot perd toute sa valeur.

Les compositions gravées par Jean Cousin sont aussi introuvables que ses dessins, de même que les oeuvres incontestables de son pinceau sont rarissimes.

Il en est jusqu’à trois que l’on pourrait citer :
L’une, le Jugement dernier, est au Louvre ;l’autre, la Pandore, à Sens, et la troisième, l’Artemise, à Auxerre, celle-ci certifiée par les principaux connaisseurs de Paris, par M. Reiset, notamment.

A notre avis, il en existe d’autres encore ; mais ces mêmes juges, à la suite d’ailleurs d’un malentendu, les tiennent maintenant pour des copies. Nous voulons parler des cinq portraits de la famille de Jean Cousin, que possède son descendant, M. Bouvier, receveur des contributions à Agen. On lui conteste encore le célèbre vitrail de saint Eutrope, de la cathédrale de Sens, dont certaines parties d’ailleurs sont peu dignes de lui ; on a trouvé qu’on pouvait même lui contester les oeuvres sorties de son ciseau.

Heureusement qu’il a signé les livres qu’il publia, comme Albert Durer, sur les proportions du corps humain et sur les moyens géométriques de dessiner ; aussi, personne n’a pu les lui contester. Sur ces livres, intitulés La vraye Science de Pourctraiture et L’Art de desseigner ; le manuscrit de Maulmirey s’exprime ainsi :

« Il ne se contenta pas de faire paroistre ses ouurages par la peinture et sculpture, mais encore il voulut communiquer à la postérité ce qu’il y avait d’excellence en son art et a laissé par escript un liure : De la Perspective, imprimé à Paris en l’an 1560, par Jehan Royer, qui est comme un directoire aux peintres pour pouvoir représenter en tableaux avec la géométrie toutes figures de palais, maisons, bastiments et choses qui se peuvent voir sur terre, soit haultes ou basses par raccourcissement selon l’esloignement de la veue ou distance, auquel liure il a mis les figures nécessaires pour l’intelligence qu’il auait luy même pourctraiter de sa main sur planches de bois.

  Il a faict un aultre liure qui est aussy imprimé :
Des raccourcissements des membres humains en l’art de peinture. Il mourut à…
le jour de…1560, plus riche de nom que de biens de fortune, qu’il a toute sa vie négligés comme tous homme de gentil esprit, faisant profession des arts et sciences, qui s’y sont arrestés. »

(Histoire manuscrite de la ville de Sens., par Jacques Taveau, procureur au bailliage, transcrite par Maulmirey, échevin de cette ville. – Sens, 1572).

Quant à notre appel, dont plusieurs journaux, après le journal L’Yonne du 17 décembre se sont fait les échos, il nous a valu déjà plus d’une communication intéressante de nos érudits et notamment la lettre suivante dont les indications, très nettes, très précises, pourront mettre sur la voie de découvertes importantes et décisives :

                        Auxerre, 19 décembre 1868.

Mon cher Monsieur, 

J’ai lu dans L’Yonne, du 17 courant, l’appel que vous faites à tous les amateurs des arts et de l’histoire des artistes, pour arriver à compléter la biographie d’un célèbre compatriote, Jean Cousin. Me permettez-vous de répondre à cet appel dans la mesure de ce que je sais et puis dire? Rassurez vous, je serai bref.

Dans ma pensée tous les efforts, toutes les suppositions que l’on fera `seront vaines aussi longtemps qu’on ne portera pas les recherches dans les archives des anciens notaires sénonais. Or, il existe à Sens, à la Chambre des notaires, un riche dépôt de minutes remontant au seizième siècle. C’est là surtout qu’il faut fouiller. Si on veut le faire sérieusement, on y trouvera, j’en ai l’entière certitude, des documents authentiques sur Jean Cousin, et notamment des marchés passés entre lui et des communautés religieuses pour des travaux d’art de diverses natures. 

Et alors la lumière que vous avez eu la bonne idée de provoquer se fera et les plus incrédules, M. de Montaiglon en tête, seront forcés de reconnaître que Jean Cousin a été peintre, sculpteur, etc.

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Agréez, etc.                                                                                    

M. QUANTIN Archiviste de l’Yonne.

Nous avons pleine confiance dans l’indication précise que signale notre savant correspondant et l’espoir que les archives de la chambre des notaires de Sens, largement explorées, mettront sur la voie de faits précis, irrécusables, sans lesquels une Biographie de Jean Cousin ne peut être aujourd’hui entreprise sérieusement.
Nos érudits sont ainsi mis en demeure d’agir. Espérons qu’ils ne failliront point à la tâche et que leurs recherches arriveront à dissiper cette longue série de points d’interrogation dont se compose, en majeure partie, l’histoire de la vie et des oeuvres du grand artiste sénonais.

Le portrait accompagnant cette notice, nous le devons à l’extrême obligeance de M. Charles Blanc l’auteur de l’Histoire des Peintres et le fondateur de la Gazette des Beaux-Arts , deux entreprises qui tiennent, à des titres divers, le premier rang dans les publications artistiques contemporaines. Et cependant ce portrait, à nos yeux du moins, est non moins apocryphe que celui illustré par le burin d’Edelinck ; aussi le donnons nous à titre de simple document. 


J. LOBET-  Almanach Historique et Statistique de l’Yonne
- édition de l’année 1869 -

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Nostalgie DU PAYS de RETZ (Bretagne)

Posté par francesca7 le 24 septembre 2014

 

téléchargement (2)MAINTENANT le Pays de Retz est dans mes mains comme un objet menu, ramassé, précieux. Je le tiens tout entier entre mes doigts et je le tourne ainsi qu’une de ces noix sculptées sur lesquelles on découvre des palmiers, des singes, des navires ou les travaux d’Hercule. Il me suffit d’un regard pour l’embrasser, d’un geste pour le parcourir. Si je veux m’arrêter sur un détail, il me faut me baisser. J’ai l’impression d’être un géant chaussé de ces terribles bottes de sept lieues qui nous privent de flâner aux lacis du paysage.

Comme la quarantaine rapetisse le champ de notre enfance ! Cet univers qui m’a dominé, je le domine à mon tour. La rivière n’est plus que ruisseau, la montagne simple mamelon, et la distance s’est repliée sur elle-même à la façon d’un décamètre que l’on met dans sa poche. J’ai grandi en âge, en compréhension, en méthode. Mon service d’imagination est à l’ordre et il suffit d’un déclic pour qu’il déploie ses synthèses. J’ai grandi en moyens aussi, étant armé de l’automobile, arpenteuse implacable des routes.

Montez à côté de moi et je vous emmène à Paimboeuf. Nous n’irons pas en festonnant la côte, par Pornic, Sainte-Marie, Préfailles, et cette baie en croissant - la concha - qui arrondit sa courbe blonde de la pointe Saint-Gildas à Mindin. C’est le trajet du touriste, la route d’émeraude, en bordure des falaises, des sables, des pinèdes, sans quitter le leitmotiv du vieil Océan jongleur qui soutient le film. Non, nous irons au plus court. Nous couperons d’un trait la presqu’île, du sud au nord, en passant par le Clion, Saint-Père-en-Retz. Il y a là des petites routes, empierrées d’une silice blanche, qui éblouissent au soleil et donnent une poussière dure comme de l’émeri, mais qui savent, au gré des ondulations, emmêler aimablement les points de vue aux bocages.

Voilà le pays : des houles successives, très douces, allongées dans le sens de la Loire, dernières rides, semble-t-il, du Sillon de Bretagne. Autour du Clion dont l’église porte clochette à l’extérieure de son bonnet pointu comme une folie, la terre est encore rabougrie par le voisinage de la mer. On franchit le canal de Haute-Perche, couleuvre jaune tapis dans les prés bas, sur un ponceau encadré de platanes malingres. Un carrefour. La route monte, l’humus paraît, roux et fort, chargé de choux bleus, de betteraves vertes ou d’emblavures fleuries de coquelicots. La haie devient plus dense, fournie d’ajoncs, d’aubépines, de genêts au coeur sucré et de saules. Des chênes bien faits, des frênes d’une belle venue, que l’on sent les pieds à l’aise dans une humidité grasse, abritent des fermes puissantes, baignées d’un fumier corsé. Les troupeaux sont nombreux, nets, riches : grands boeufs vendéens couleur froment, vaches claires aux lourdes tétines, baudets fringants et courts de garrot, encombrent les chemins à la douzaine. Une petite fille les mène, ébouriffée, joufflue, en tablier à carreaux, la voix aigre. Elle prend son chien dans ses bras au premier coup de trompe – « Ici, Bas-Blanc ! Ici, Pataud ! » – et se réfugie au fossé, vous laissant tranquillement aux prises avec les cornes.

Soudain la Loire, le paysage déchiré, la presqu’île qui s’abaisse, l’horizon dilué dans une brume opaline, et les beaux nuages bretons, denses et arrondis comme des nefs à l’ancre dans un ciel perlé ! Vous êtes au plus haut de l’échine, sur la butte qui dévale à Saint-Père-en-Retz, village de lait, de beurre et de fourrage, comme Saint-Viaud, Frossay, Vue, dont les pointes saillent dans l’est parmi les vergues blanches des trois-mâts voués à la mort. Le grand fleuve se devine, plutôt qu’il ne se voit, dans l’immense vallée que les prairies, les îles, les marais poussent à plat jusqu’aux premières côtes du Morbihan, et un dernier souffle de l’antique émotion, qui figea la horde à la vue de l’eau qui marche, vous passe encore au visage. La Loire des châteaux et des grâces, la Loire royale, couronnée par la renaissance tourangelle, l’amour des Valois, les grappes angevines, grouille là béante, limoneuse, en gésine. Plus de peupliers tremblants et virginaux, plus de sables en fuseaux d’or, plus de détours bleus sous le roc féodal, plus de mirages rêveurs aux quais d’une province qui file son rouet – Rochefort, Chalonnes, Ancenis, – et bavarde au verre de vin. La Loire, ici, engraisse de ses limons des herbagers millionnaires qui la parfument de foin coupé au mois des roses.

Pour arriver à Paimboeuf il faut reprendre la plaine, et tout, de nouveau, devient gris, ras, amer, comme au revers de la presqu’île, là-bas, au bord de la baie de Bourgneuf. Un soleil d’été foudroie un sol qui craque. Des touffes de ces tamaris ascétiques qui vivent sans eau, sans terre, sans abri, végètent le long de la route en compagnie de joncs flétris. On renifle déjà l’odeur des vases, cette odeur douceâtre et pourrie, que les roseaux cachent en eux comme un vice et qui me rappelle ma petite enfance, – je n’avais pas quatre ans, – du temps que nous habitions Trentemoult, au sud de Nantes, en bordure de ces marécages d’où les osiers étirent leurs fronts vultueux comme des victimes de Dante. La ville est là, basse, sans relief, derrière deux ou trois bouquets d’arbres et des usines rouges hors d’échelle.

Mais c’est une feinte, ces usines, chimie de guerre démobilisée à l’armistice qui n’a pu secouer le sommeil de la cité ! Paimboeuf est morte, à jamais morte, d’une mort légère, muette et poussiéreuse de vieille demoiselle, jadis courtisée, qui a fermé sa porte sur le monde et ses souvenirs. Dès l’abord les ruelles ont froid, le pavé cahote, l’herbe pousse, et vous voyez les façades aveuglées par des rideaux blancs conventuels qu’une main de cire écarte à la dérobée. L’humidité verte coule aux murs ; les mousses prospèrent. Au fond de couloirs tristes vous découvrez des intérieurs quiets, fanés, – comme celui de Tante Bougie, mon cher Octave, – que des capitaines au long cours ont ornés jadis de nattes, de fétiches, de coffrets en bois de santal, de bouddhas et de navires sous voiles insérés dans des bouteilles. Les épices d’Orient, affadies, ont fait place aux relents terreux des moisissures. A peine si l’on retrouve l’écho d’une essence de rose au fond d’un cristal capillaire. Sur les armoires il y a des pots de confiture à la rangette et, au seuil du jardin, une paire de socques, une canne, un chapeau à brides.

téléchargement (3) Le carreau, sous les pieds, est d’une pâleur agonisante à force d’être lavé, tandis que les planchers sont noirs. Même l’été l’atmosphère garde ce goût de fumée qu’elle prend aux âtres d’hiver où le cotret crachote. On écoute. Des fantômes, qui se nomment Zulma, Nathalie, Mariette, traversent le silence aux minces craquements de leurs souliers de soie, et vous n’êtes point tenté de les saisir. Mais, en rêvant, vous nouez autour de leurs ombres quelque roman d’attente, dolent et menu, où l’on voit fondre lentement un coeur en sucre.

Une sirène érafle l’air !… Ah ! le port ! le port de Paimboeuf, un des plus actifs du royaume au temps du Bien-Aimé où les corsaires rentraient des prises en pantenne, les négriers la cargaison des Indes occidentales, sur une rade encombrée de vaisseaux, de brigs, de flûtes, de panses hollandaises, de polacres espagnoles et des frégates de sa Majesté, l’accastillage ras sur les lisses de vibord. Maintenant le désert. Les gabarres, qui déchargeaient les navires pour remonter la rivière de Nantes, ont disparu. Les cargos portent à domicile. Et si on les entend siffler par le vent d’ouest, ce n’est pas qu’ils se soucient de Paimboeuf, mais parce qu’ils demandent un pilote ou l’entrée de Saint-Nazaire.

Les quais, plantés d’ormes magnifiques, regardent à vide le va-et-vient méthodique de la Loire qui, deux fois par jour, remonte vers sa source. L’immense estuaire se déplace d’un bloc, en nappe gaufrée, jaunâtre, que perce par endroits la vrille d’un tourbillon. A perte de vue l’eau coule, toute chargée des boues du vieux continent rodé depuis tant de siècles, absorbant les rives, les îles, les tours, et l’horizon en amont et en aval. Impression de mer plutôt que d’inondation, impression grise, poignante, aggravée par ce mouvement fluide, sans fin, qui étourdit. Les roseaux sont gris, l’herbe est grise, les cales sont grises, sauf les vases, miroir merveilleux des nues fastueuses. En face, dans les buées changeantes, on découvre, inscrites au ciel, les géométries terribles des chantiers de Trignac et le clocher de Donges, guindé sur l’eau comme un menhir. Les porteurs des Ponts et Chaussées, silhouettes déséquilibrées par la machine arrière, circulent d’une drague à l’autre, ces dragues hérissées, montueuses, dont la masse féodale surprend toujours lorsqu’on hante le fleuve au crépuscule.

La vie a deux sens comme la marée. Voiles et fumées montent au flux, descendent au jusant, bref passage analogue à celui d’un vol de canards.  Cargos, lougres, trains de péniches, tout se meut à la file, et les pêcheurs de plies dans leurs canots qui traînent des chapelets de bottereaux et lèchent les berges. La caravane se faufile entre les bouées du chenal, Pierre-à-l’oeil, Brillantes, Saint-Nicolas. Un ressac dur fouette les estacades, remue des croupissures écoeurantes. Paimboeuf contemple de ses vieilles façades rongées ces navires, qui ne toucheront plus jamais sa rade, et dont le choeur des retraités accompagne la manoeuvre. De-ci, de-là, entre les môles en beau granit, surmontés de petits phares blancs comme des cierges, une barque échoue, un homme tend son carrelet, le douanier flâne…

Si vous avez admiré le bel autel Louis XIII de l’abbaye de Busay, réfugié aujourd’hui dans l’église de la ville, avec ses angelots aimables et soufflés, allez vous asseoir sous les ormes et regardez à votre tour passer la vie. Elle va et vient, tout là-bas, sur le grand fleuve, insaisissable, et faisant des gestes que vous finissez par ne plus comprendre. L’eau dérive, sans hâte mais sans répit, avec une force indestructible, les roseaux dodinent, le vent soupire, le ciel bâille. Il faut prêter l’oreille pour discerner le clapotis du flot, le murmure des feuillages dans le silence bruissant où s’épanche parfois l’appel d’un navire. Un engourdissement lent et doux vous envahit. Le grand fleuve jongle devant vos yeux de ses innombrables facettes et vos paupières s’alourdissent. Pas de voix humaines, rien qu’un vieux couple en noir, qui sort du passé, foule les herbes à pas tremblants, s’efface. Derrière vous les mains de cire soulèvent des rideaux blancs, mais vous ne pouvez imaginer qu’un oeil regarde. Une glycine en fleurs, un pot de géraniums roses, et cette minuscule boutique, soigneusement close, qui porte le nom de Banque de France, vous étonnent. L’oubli s’infiltre, vous dissout, oubli du temps, des choses, de soi-même. Ah ! oui, des bateaux s’en vont au loin – vers quoi, Seigneur ! – sur cette eau étourdissante, mais, par bonheur, ils ne feront jamais escale ! Bienheureuse préfigure du néant, Paimboeuf dort et ne rêve pas.

EXTRAIT de ELDER, Marcel Tendron pseud. Marc (1884-1934) : Pays de Retz.- Paris : Emile-Paul, 1928.- 99 p.-1 f. de pl. en front. : couv. ill. ; 20 cm. - (Portrait de la France

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EXPRESSION : La fin des haricots

Posté par francesca7 le 22 septembre 2014

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Quand rien ne vas plus c’est la fin des haricots ; L’expression paraît relativement récent – peut-être fin XIXè. Maurice Rat en fournit l’explication que voici :

« La fin de tout – les haricots étant une nourriture substantielle et fondamentale dans beaucoup de pensionnats, internats, collèges, séminaires, quand leur provision touchait à sa fin, o ne savait plus quoi donner à manger aux internes ». Il aurait pu ajouter les casernes et les prisons. 

Cependant, je ne vois pas bien dans quelles circonstance les provisions de ces divers établissement pouvaient toucher à leur fin, ni surtout pourquoi l’épuisement du stock de fayots aurait causé un chagrin quelconque à leurs pensionnaires. 

A l’origine, le haricot n’était pas un légume mais un ragoût : le haricot de mouton – « fait avec du mouton coupé en morceaux, des pommes de terre et des navets ». En effet haricot vient du vieux verbe « harigoter » qui signifiait tailler ne pièces, « mettre en lambeaux ». Au cas où vous coudriez essayer une recette super-grand-mère, voici celle du XIVè siècle, donnée en 1393 par un brave homme à l’intention de sa jeune femme afin que celle-ci ne soit pas trop démunie lorsqu’il aurait quitté ce bas monde : 

« Hericot de mouton (sic) : despeciez le par petite pieces puis le mettez pouboulir une onde (un instant), puis le friziez en sain de l’art, et frisiez avec des oignons menus minciés et cuis, et deffaitez du bouillon de voeuf, et mettez avec macis (écorce de muscade), perscil, ysope, et sauge, et faites boulis ensemble«  (Ménagier).

 Lorsque le légume, cette espèce de fève exotique venue du Mexique, fit son apparition en France vers le début du XVIIè siècle, on l’appelle d’abord « fève de haricot » probablement parce qu’on s’était aperçu que cette nouvelle « fève blanche » était excellente avec le haricot de mouton. On abrégea peu à peu et la fève devint haricot tout court. 

Ce qui trouble certains étymologiste c’est que le haricot acquérait ainsi un nom qui n’est pas sans rapport sonore avec son appellation aztèque d’origine : ayacotti, mais ce baptême au ragoût ne se fit qu’en français. En occitan par exemple, le nouveau légume se nomma favôl, nom dérivé de celui de la fève ; en certaines régions il prit même le nom du pois – peso – lequel se trouva forcé de devenir alors  « petit pois » – petiôt peso. Toutes choses qui ne se seraient pas produites si le mot aztèque lui avait collé à la gousse. 

Cependant le vieux mot « harigoter » haricoter, « dépecer », semble avoir survécu indépendamment de la cuisine et du potager ; C’est ainsi que Balzac l’emploie en 1844 dans Les Paysans, lesquels « allaient haricotant les restes de Grand I-Vert (un cabaret), ceux des châteaux », etc. Haricoter, dit Littré, c’est « spéculer mesquinement au jeu ou dans les affaires, faire des affaires minimes ». Peut-être aussi parce que lorsqu’on ne joue pas « sérieusement » aux cartes on compte les gains avec des haricots. 

En tout cas il me semble plus logique de penser que la « fin des haricots » s’est créée de ce côté-là – affaires ou parties de cartes – plutôt que dans les collèges ou autres casernes, où loin d’être synonyme de catastrophe elle aurait provoqué un cri de soulagement. En outre, si elle était née en de tels lieux elle avait toutes les chances de venir « la fin des fayots » –  » terme d’argot militaire et scolaire », le mot de la famille de flageolet, date du début du XVIIIè siècle. 

En effet on dit la fin des haricots lorsqu’on envisage une dernière avanie qui viendrait s’ajouter à des difficultés déjà existantes. En période de crise économique s’il survenait une catastrophe quelconque ce serait la fin des haricots ; c’est-à-dire la fin du bricolage avec lequel, tant bien que mal, on fait aller cahin-caha… On ne pourrait même plus haricoter quoi que ce soit. 

C’est là une filiation d’idées qui me paraît raisonnable, mais elle n’est pas prouvée !

 

EXTRAIT de LA PUCE A L’OREILLE de Claude Duneton – Editions Stock 1973 – Anthologie des expressions populaires avec leur origine.

 

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L’affaire des possédées de Loudun

Posté par francesca7 le 3 septembre 2014

 

Dans la Vienne, au temps du règne de Louis XIII, dans les années 1630-1634, une affaire a défrayé la chronique, celle dite des « Possédées de Loudun ». Machination politique ? Reste des Guerres de Religion ? Vrai possession ? Sorcellerie ? Le fait est que, sous l’impulsion du Cardinal de Richelieu, Urbain Grandier (le curé) accusé d’être le diable, est mort inutilement sur le bûcher et les possessions n’ont malgré tout pas cessé. Revenons sur cette histoire !

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Urbain Grandier, le prêtre accusé

Urbain Grandier, né à Rovère, appartenant au diocèse du Mans, obtient après des études à Bordeaux, la cure de Saint Pierre du Marché et le canonicat de l’église de Sainte Croix, tous les deux à Loudun, et fait forcément des envieux et des jaloux car il est étranger à la région…

Peu diplomate, hautain, mais d’une grande éloquence, il ne fait que des mécontents en s’attaquant aux privilèges des Carmes de la ville et en ayant une conduite des plus suspectes pour un ecclésiastique, sa franchise et son libertinage ne plaisent pas. La rumeur court que Grandier abuserait de nombreuses femmes à l’intérieur de l’Eglise ! Il est condamné au jeûne (pain et eau) tous les vendredis pendant trois mois, interdit pour cinq ans dans le diocèse et pour toujours dans la ville de Loudun !

Faisant appel et gagnant, il fait une entrée spectaculaire avec une branche de laurier en main en 1631, en revenant à Loudun.

Ayant appris que le directeur du couvent des Ursulines vient de mourir, il postule pour cette place, en concurrence avec le chanoine de Sainte Croix… mais des bruits courent : des spectres et des fantômes sont apparus dans le couvent, un sortilège opéré au moyen d’une branche de rosier fleuri, ensorcelant toutes celles qui auraient senti les fleurs… les religieuses sont sujettes à des crises, certaines hurlent, d’autres blasphèment ou prononcent des obscénités ! Grandier est à nouveau accusé et avec ses manières de beau parleur, il gagne à nouveau son procès !

Et voici qu’entre en scène le Cardinal Richelieu : Louis XIII ayant la volonté de faire raser les châteaux forts de France, envoie le conseiller d’Etat Laubardemont, notamment à Loudun… qui rapporte les faits ci-dessus au Roi et au Cardinal. En même temps, parait un ouvrage, plutôt une satire mettant à mal Richelieu « la Cordonnière de la Reine-Mère ». Grandier est accusé de l’avoir écrit, car il correspond soit disant avec une femme originaire de Loudun, attachée au service de la Reine. Le prêtre est arrêté le 17 décembre 1633 puis emprisonné au château d’Angers ! Dans ses papiers saisis, on trouve un manuscrit contre le célibat des prêtres, destinée à Mlle de Brou son amie !

Les possédées de Loudun

D’une beauté certaine et gracieux dans ses manières, il fait se pâmer les dames… mais ce sont des preuves insuffisantes pour l’accuser de crime ! On ressort donc l’ancienne accusation de sorcellerie. Il est interrogé pendant dix jours début février 1634, mais il nie toute accusation de sorcellerie et finit par ne plus répondre aux questions.

Et par hasard, plus de soixante témoins apparaissent, accusant Grandier d’avoir fait des pactes avec le diable et jeté un sort sur le couvent : les religieuses sont soumises à exorcisme, mais sans résultats, les jeunes filles et autres dames affirment que la supérieure du couvent est prise par sept démons, dont cinq ne veulent absolument pas sortir de son corps !

La procédure dure sept mois, pendant lesquels de nobles familles entières sont diffamées et dénoncées, quant à Laubardemont, il est attaqué et impliqué dans cette affaire. Le 2 juillet 1634, il fait apposer sur les murs de la ville un placard officiel mentionnant qu’ « il est expressément défendu à toutes personnes […] de médire ni autrement entreprendre de parler contre les religieuses et autres personnes de Loudun affliger des malins esprits, leurs exorcistes, ni ceux qui les assistent […] à peine de dix mille livres d’amende, et autre plus grande somme et punition corporelle, si le cas y échoit ».

Des lettres patentes sont délivrées le 8 juillet 1634 et une commission composée de quatorze membres est chargée de juger Grandier. La salle est ouverte au public, en espérant que le pays soit suffisamment indigné contre le curé afin que la sentence demandée soit acquise très rapidement.

Le procès

La salle est plongée dans l’obscurité, seule la grande table où siègent les juges est illuminée avec des flambeaux. Le tout est recouvert de drap noir, le banc de l’accusé lui aussi de drap noir mais décoré de flammes d’or, signe de l’accusation ! Le prévenu est entouré d’archers, les mains liées par des chaines que tiennent des moines, mais de manière très éloignée, craignant d’être trop près du diable ! Après quelques minutes d’un profond silence, Houmain l’un des juges prononce l’acte d’accusation, d’une voix si basse que personne ne peut comprendre un seul mot !

Les preuves sont divisées en deux parties : d’une part les dépositions des soixante douze témoins, d’autre part les « autres » résultant des exorcismes réalisés par des prêtres présents dans la salle. Le procès est interrompu par deux fois : la première fois à l’annonce de la mort de Mlle de Brou (l’amie de Grandier) et la seconde par l’irruption de Jeanne de Belcier, mère supérieure du couvent accompagnée de deux sœurs ! La mère supérieure est prise de remords et affirme que Grandier est innocent ! Tout n‘est qu’histoire fausse, venant de désirs charnels que sa beauté lui a inspirés… Jeanne de Belcier est jalouse et par ses accusations, voulait séparer Grandier et Mlle de Brou ! Elle se jette alors aux pieds de Grandier en déclamant « Peuple, il est innocent »…

Face à la foule qui éclate de colère, la séance est levée et le prévenu conduit dans une pièce voisine, où il est couché sur un instrument de torture, pour le supplice de la Question pendant plus d’une heure. Considéré comme grand criminel, il a droit à deux « coins » supplémentaires… ses membres sont totalement brisés.

Le jour où le jugement est prononcé, le 18 août 1634 à 5h du matin, Grandier tente encore de se défendre… mais est déclaré « atteint des crimes de magie, maléfice et possession arrivée par son fait ès personnes d’aucunes religieuses ursulines de Loudun et autres séculières mentionnées au procès, et condamné d’être brûlé vif, avec les pactes et caractères magiques estant au greffe, ensemble le livre manuscrit par lui composé contre le célibat des prêtres et les cendres jetées au vent ».

Le bûcher de Grandier

images (6)Grandier est porté par six hommes jusqu’à la place de Saint Pierre du Marché. Livide, comme si tout son sang s’était retiré, il est sommé d’embrasser un crucifix… rougi au fer et devant lequel il s’éloigne légèrement (et pour cause !). Il aurait du au préalable être étranglé, mais on s’en abstient : il est couché sur le bûcher, sa robe enduite de soufre, et on y met le feu ! Et malgré la pluie qui tombe, malgré le peuple qui approche pour le sauver, il se consume pour ne laisser qu’une main noircie, serrant une petite croix d’ivoire et une image de Sainte Madeleine entre ses doigts, en ce 18 août 1634 !

Les « possessions » ont continué encore quatre ans après la mort d’Urbain Grandier… Jeanne de Belcier mourut folle… on raconte que Laubardemont fut chargé du procès de Cinq-Mars, puis jeté dans le Rhône par le père

Joseph…

La mort d’Urbain Grandier ne rapporte rien, et peut être considéré comme un sacrifice humain inutile.

 Sources

Revue « La France Pittoresque » 2è trim. 2008

Tiré d’ « Histoire de la Magie en France depuis le commencement de la monarchie jusqu’à nos jours » et « Causes célèbres de tous les peuples ».

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