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Jean Sablon, grand prix du disque en son temps

Posté par francesca7 le 4 août 2013


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En 1929 déjà, Jean SABLON participe à une expérimentation de télévision. Il retrouve DAMIA un beau dimanche aux studios de la rue de Grenelle. Maquillés à outrance, les lèvres noircies afin d’accentuer les contrastes à l’écran, ils s’écroulent de rire lorsqu’ils s’aperçoivent dans le poste une Yvonne PRINTEMPS pareillement grimée. Il leur semble plutôt contempler un poisson agitant la bouche dans un bocal !.

Fils du compositeur Charles Sablon, ses frères André Sablon et Marcel, et sa sœur Germaine Sablon firent également carrière dans le monde musical et théâtral. Jean Sablon étudia au lycée Charlemagne à Paris qu’il quitta afin d’entrer au Conservatoire de Paris. Il y arriva cependant trop tard pour s’y inscrire. Jean Sablon voulant alors concentrer ses efforts sur sa carrière de chanteur, commença, à l’âge de 17 ans, dans des opérettes à Paris. Par la suite, il fut accompagné par la pianiste-compositrice Mireille pour son premier album dont la chanson Couchés dans le foin fut un succès. En 1931, il fit équipe au Casino de Paris avec Mistinguett. Dès 1928, il séjourna au Brésil où ses enregistrements restent encore aujourd’hui populaires.

En 1937, il remporta le Grand Prix du Disque pour la chanson « Vous qui passez sans me voir », écrite à son intention par Charles Trenet, Johnny Hess et Paul Misraki. La même année, il alla aux États-Unis chanter pour la radio NBC et fit plusieurs enregistrements en anglais. À Broadway, il travailla avec des célébrités telles que Cole Porter et George Gershwin. Il revint à Paris pour se produire à l’ABC en 1939 et retourna en Amérique où il habitait depuis 1937. Au cours de ce séjour américain, il se rendit à Montréal et fit la rencontre de la Bolduc, dont le turlutage et les chansons truculentes l’impressionnèrent fortement. Il fit découvrir la Bolduc à Charles Trenet qui fut séduit à son tour et évoquera l’artiste québécoise dans la chanson Dans les rues de Québecoù il tente de turluter.

Jean Sablon est devenu l’un des chanteurs français masculins les plus applaudis ; de par sa popularité toute au long de sa carrière, il est classé juste après Maurice Chevalier. Ses disques se sont vendus par millions à travers le monde et on a souvent dit qu’il était l’équivalent en France de Bing Crosby aux États-Unis. Au cours de sa carrière, il enregistra en compagnie de grands musiciens, notamment Django Reinhardt avec lequel il fut le premier chanteur à avoir enregistré, et Stéphane Grappelli. Comptant parmi les premiers interprètes de Francis Lemarque, il a également été auteur lyrique et compositeur. Il fut aussi le premier chanteur français à utiliser un micro, ce qui fit qu’on le surnomma « le chanteur sans voix ».

Jean Sablon a fait quelques apparitions au cinéma et dans de multiples émissions télévisées à travers le monde. Il faillit être choisi, entre autres, à la place de Georges Guétary pour le film Un Américain à Paris. Son dernier passage à New York (au Lincoln Center) date de 1981. En 1982, il effectua ses adieux à Paris (au Pavillon Gabriel) et à Rio de Janeiro (au Copacabana Palace).

Mort en 1994, Jean Sablon repose au cimetière du Montparnasse à Paris avec les siens et aux côtés de son fidèle secrétaire et ami Carl Galm. Sa voix demeure cependant présente par de nombreux CD et au sein de films récents, notamment français ou américains.

Jean Sablon, grand prix du disque en son temps dans CHANSON FRANCAISE picture1-300-0-242x300Jean Sablon (25 mars 1906 à Nogent-sur-Marne – 24 février 1994 à Cannes-la-Bocca) est un chanteur français des années 1930. Il interprète, entre autres, des compositions de Mireille. Il se produisit, notamment, à l’Olympia. Il fut le premier chanteur français à se produire sur scène avec un microphone, en 1935.

En France, où l’on fabrique des télévisions à Chatou depuis 1946, Jean fait sa première « Joie de Vivre » de Henri SPADE (1953). Suivent les principales émissions, « Rendez-vous avec… » présentée par Jacqueline JOUBERT, « L’école des vedettes » avec Aimée MORTIMER,  »Discorama » avec Denise GLASER ou « Rive Droite »avec Micheline SANDREL. Il apprend dès lors à accompagner ses déplacements à l’étranger d’apparitions télévisées, lui garantissant une audience très large puisque, au Canada par exemple, 70 pour cent de la population dispose déjà d’un téléviseur en 1959. L’appareil se popularisera plus progressivement en Europe.

Au gré de ses multiples pérégrinations, les programmes télévisés d’Argentine, d’Uruguay, de Belgique, d’Angleterre, de Suisse, d’Espagne, d’Italie, d’Allemagne, du Japon ou d’Australie le sollicitent.

PRESSE 

« … L’interprète a légué son nom à la contre-allée de la Croisette qui longe le parking Verdun entre le port Canto et le Palm Beach où il avait fêté ses quatre décennies de carrière en 1968…
C’est qu’à l’instar de Maurice CHEVALIER, autre cannois d’adoption, Jean SABLON était le plus célèbre des chanteurs français au mitan du XXème siècle… Il a vendu des millions de disques et conquit l’Amérique.. »

 

 

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Marcel Amont, longue consécration

Posté par francesca7 le 4 août 2013

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Les journaux titrent « Marcel AMONT, la révélation de l’année ». La consécration a été longue à venir, mais tout va alors très vite; il signe son premier contrat de disque dans la foulée et obtiendra le Grand Prix de l’Académie Charles Cros en compagnie de Juliette GRECO et d’un autre « débutant » nommé Serge GAINSBOURG; il fait aussi ses débuts au cinéma avec Brigitte BARDOT dans le film de Pierre GASPART HUIT « La mariée est trop belle » (1957) .
(Quelques années plus tard, il tournera en vedette avec Dany ROBIN dans « Conduite à gauche »).

 

Marcel Amont, longue consécration dans CHANSON FRANCAISE picture11-168-0

Les portes de l’Olympia lui sont désormais grandes ouvertes; on l’y verra terminer la première partie de Georges BRASSENS, puis des célèbres PLATTERS.

Outre ses propres chansons, la jeune vedette devient l’interprète des plus grands paroliers et compositeurs – AZNAVOUR , DELANOË , SALVADOR, BRASSENS, LEMARQUE – ainsi que des jeunes MOUSTAKI, NOUGARO, Michel LEGRAND; mais aussi des auteurs de talent moins connus du grand public : DREJAC, DATIN, VIDALIN, POPP; et plus tard Maxime LE FORESTIER, Alain SOUCHON, Julien CLERC, Gilles VIGNEAULT , CAVANNA, Jacques LANZMANN, DABADIE, LEBEL, LEMESLE…

La radio passe régulièrement ses chansons poétiques ou fantaisistes « Escamillo », « Julie », « Quand on est amoureux »,  » La chanson du grillon »,  » L’amour en mer », « Les amoureux de Peynet ».

En 1961 premier gros succès populaire avec « Come Softly to Me » devenu en français « Tout doux toux doucement » et c’est en 1962 que l’immense succès de « Bleu blanc blond » – précédant de peu « Le mexicain »- l’installe définitivement au rang de grande vedette populaire.
Au cours des décennies qui suivront, quelques jalons dans la carrière de cet infatigable « voyageur de commerce en chanson française »: les albums « Nos chansons de leurs vingt ans » et « Fantaisie sur des airs d’opérettes » (où l’on trouve « La leçon de solfège » -du « PETIT DUC »- en calypso et « La veuve joyeuse » en slow, « Chansons des Îles et d’ailleurs », « Sukiyki » (souvenir du Japon), « Au bal de ma banlieue », « Le clown », « Maria et le pot au lait », « Tu connais pas Mireille », « Le monsieur qui volait », etc…

Fort de son expérience et de la force de ses trente trois ans, Marcel AMONT se sent les épaules assez solides cette même année 62 pour relever le défi d’un one-man-show; il en rêve depuis l’époque où, assis sur un strapontin au « poulailler », il ne se lassait pas de venir applaudir Yves MONTAND au Théâtre de l’Etoile.
Et ce sera Bobino à guichets fermés pendant trois mois.

Sa vocation d’homme de scène à caractère surtout visuel et son don des langues lui ouvrent une carrière internationale. Si bien que même pendant de nombreuses années dites « yé-yé », il travaillera beaucoup plus à l’étranger qu’en France; pays francophones mais aussi Allemagne, Hollande, Japon, Espagne, URSS et surtout Italie (où on fredonne encore sa chanson « Viva le donne »). Il a enregistré dans huit langues !!!

1965 – Cette fois-ci, en tête d’affiche, Marcel AMONT remporte à l’Olympia un immense succès. Une innovation: dans la mise en scène, il fait évoluer autour de lui des danseuses. C’était la PREMIÈRE FOIS qu’on voyait cela en France dans un tour de chant.
Claude FRANCOIS saura s’inspirer de cette idée et la porter à une sorte de perfection.

Marcel déclare volontiers: « Je suis avant tout un homme de scène. J’ai été comédien, acrobate, j’aime le one man-show ».

Et tout en courant le monde, il prépare avec ses musiciens une rentrée fracassante à Paris.
En effet, 1970 sera une année qui compte dans sa carrière. La formule inaugurée en 1965 a été élargie et peaufinée. Toute la troupe en scène participe à l’action: les choristes dansent, danseuses et musiciens chantent. Ballets, sketches, chansons se succèdent.
Marcel a bien mérité du surnom de « metteur en scène de la chanson » que lui a donné Henri SALVADOR.

Après cinq semaines de triomphe à l’Olympia, il promènera pendant des années à travers le monde ce spectacle de deux heures de chansons made in France.

Le répertoire de ces années là, ainsi que des années suivantes, comprendra « Samba d’été », « Monsieur », « L’amour à vol d’oiseau », « C’est aujourd’hui dimanche », « Benjamin le Bienheureux », « Le marathon », « La galère », « Viennois », « Pour traverser la rivière », « Pauvre Crésus », « Quand Jeanne est malade », « A Prague à Santiago », « Oloron Sainte-Marie », « Y a toujours un peintre », « La musique est de retour »…

Avec, bien sûr, ce nouveau gros succès populaire « L’amour ça fait passer le temps » (THOMAS, RIVAT et VINCENT) disque d’or en 1971 et ces merveilleux cadeaux de Georges BRASSENS que sont « Le chapeau de Mireille » (Paroles et musique), « Une petite Eve en trop » et « Le vieux fossile » (textes qu’il mettra en musique).

Sans oublier, côté coeur et mémoire, toutes les chansons en béarnais qui, depuis « Chanson de la Vallée d’Aspe du Béarn et des Pyrénées » (1962 !), continuent à lui tenir à coeur; en particulier « Marcel AMONT canta los poetas gascons » où il met en musique les poètes de son pays d’origine.

En 1972, le grand réalisateur de télévision Jean-Christophe AVERTY lui consacre toute une émission « Amont Tour » dont le succès est tel qu’il récidive avec « Amont Coeur » qui sera la première réalisation télévisée en couleurs qui représentera la France au Festival International de Montreux.

En 1975, arrêt quelques mois à Paris pour la création aux Bouffes Parisiens de sa comédie musicale « Pourquoi tu chanterais pas » qui lui vaut les honneurs de la critique; mais, très curieusement, après les succès d’antan, ce genre semble ne plus attirer le public (« Starmania » ne viendra que quelques années plus tard).

Peu importe. Toujours la valise à la main, courant de gare en aérodrome, arpentant les scènes du monde entier de Séoul à Bogota et de Papete à Ljubljana, Marcel, passionné d’aviation, fait une partie de ses tournées aux commandes de son petit avion de tourisme – il passera son brevet de vol aux instruments à Dallas en 68, son brevet de montagne dans les années 70 – titulaire de plus de 2000 heures de vol, Jacqueline AURIOL lui remettra la Coupe du Meilleur Pilote de Tourisme.

En 1978, déjà père de deux enfants, saturé d’aventure(s) et de voyages, Marcel à décidé de changer de vie et, pour la première fois, a convolé en justes noces avec Marlène. Un fille, puis un fils, finiront de transformer la longue période de tumultueux célibat en une vie faite de joies familiales et d’activités artistiques sensiblement différentes.

Sa carrière sera désormais moins orientée vers les succès immédiats propres au monde des variétés actuelles que vers la réalisation de projets qui lui tenaient à coeur, comme « La Hesta » à Pau (spectacle occitan filmé et retransmis par FR3 dans toute l’Europe et… jusqu’en Chine !); ou la mise sur pied de grands spectacles, surtout dans les pays francophones; ou, en juillet 92, le passage en vedette de la semaine française de Tokyo, suivi d’une magnifique tournée en Asie du Sud-Est.

Janvier 1989: L’Olympia. Vingt ans après…
« Tant qu’on me réclamera et que j’en aurai envie, je continuerai » affirme le (toujours) bondissant vétéran; au menu, de la scène, de la scène et encore de la scène. Bien sûr, ses morceaux de bravoure anciens les plus populaires mais aussi des chansons et des sketches inédits qu’il refuse d’enregistrer ou même de voir diffusés à la télé ou à la radio pour en laisser la primeur aux spectateurs de ses concerts: « The cow-boy of the black mountain », « Demain j’arrête de fumer », « Le Duke, le Count, le King », « Je n’ai jamais vu le Mexique », « Une chanson », « Le jardinier »…

Parmi ses moments de repos en famille, incapable d’inactivité totale, Marcel AMONT a trouvé le temps d’enquêter pendant trois ans et d’écrire un livre où il raconte ce qu’il sait de l’art et la manière de faire les chansons « ces courants d’air qu’on attrape avec des filets à papillons »:

LE LIVRE DE MARCEL AMONT « UNE CHANSON, QU’Y A-T-IL A L’INTERIEUR D’UNE CHANSON ? »

 

Marcel Amont, de son vrai nom Marcel Jean-Pierre Balthazar Miramon, est un chanteur et un acteur français qui connut un succès considérable durant les années 1960 et 1970, né le 1er avril 1929 à Bordeaux.

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Fouette Carrosse

Posté par francesca7 le 25 juillet 2013


Fouette Carrosse dans HUMEUR DES ANCETRES 220px-wilhelm_von_diez_postkutschenreisell existait, au XVIIe siècle, un service régulier de voitures qui avait nom « les Coches » : il s’agissait d’une modeste « carriole couverte en forme de coche », qui s’y reprenait à deux fois pour faire le trajet entre la capitale de la Normandie et celle du royaume. Mais qu’était le coche lui-même ? On l’ignorait jusqu’à la découverte d’une lettre fort curieuse, due à la célèbre Mlle de Scudéry, à l’occasion d’un voyage de Paris au Havre.

Dans une seconde édition des Anecdotes normandes (1886), Charles de Beaurepaire livra sur ces « Coches » les détails suivants : « Le 16 février 1646, Fleurent Dupray, maître des coches de Rouen à Paris, avait baillé à louage pour 8 ans, par le prix de 150 l. par an, à Antoine Le Maistre, de Magny, le droit d’une carriole couverte en forme de coche pour aller de Magny à Rouen et de Paris à Magny, qui partirait de Magny le mercredi de chaque semaine et de Paris le vendredi, pour porter personnes, hardes et marchandises, et serait attelée de bons chevaux pour le service public. » Tabellionage de Rouen, Meubles, Ibid., p. 365.

Il existait donc, en 1646, un service régulier de voitures entre Rouen et Paris, qui avait nom « les Coches », et dont Fleurent Dupray était le maître. Un précieux témoignage est une lettre de Mlle de Scudéry, que sa naissance rattachait à la Normandie, et qui se rendait de Paris au Havre, sa patrie, en passant par Rouen, en 1644, deux ans avant la concession ci-dessus. Elle avait alors 37&bsp;ans, et, arrivée à Rouen par ce coche de terre, elle y écrivait, le 5nbsp ;septembre, une lettre adressée à Mlle Robineau, bourgeoise de beaucoup d’esprit, habitant le Marais, fort avant dans la confiance et dans l’intimité de Mlle de Scudéry. Aussi le portrait de cette amie figure-t-il dans son Grand Cyrus, sous le nom de Doralise.

Découverte par Victor Cousin, parmi les manuscrits de Conrart, cette lettre forme un Appendice de sa curieuse étude : La Société française au XVIIe siècle d’après le Grand Cyrus de Mlle de Scudéry. L’auteur faisait le voyage en compagnie de son frère, et elle en raconte agréablement les détails, en y joignant le portrait de ses compagnons. Voici cette lettre, additionnée de quelques notes explicatives.

Mademoiselle de Scudéry à Mademoiselle Robineau

« Mademoiselle,

« Je m’étonne assez que vous, qui n’aimez guères les nouvelles et qui ne voyez jamais les relations de Renaudot [Théophraste Renaudot, le fondateur de la Gazette de France, en 1631], ayez souhaité que je vous en fisse une de mon voyage, qui sans doute n’a rien de si remarquable ni de si beau que le siège de Gravelines, ni que l’action de M. d’Enguien [les journées de Fribourg, 3, 5, 9 août, et la reddition de Spire, 29 août 1644. La conquête de Gravelines avait eu lieu le 28 juillet, par le duc d’Orléans]. Néanmoins, puisque vous le désirez, il faut vous obéir et contenter votre curiosité par un fidèle récit de tout ce qui m’est arrivé.

« Je ne m’arrêterai pas toutefois à vous dépeindre exactement la magnificence de mon équipage, quoiqu’il y ait sans doute quelque chose d’assez agréable à s’imaginer que les chevaux qui traînent le char de triomphe qui me portait étaient de couleurs aussi différentes que celles qu’on voit en l’arc-en-ciel : le premier était bai, le second était pie, le troisième alezan, et le quatrième gris pommelé ; et tous les quatre ensemble étaient tels qu’il les faudrait à ces peintres qui aiment à faire paraître en leurs tableaux qu’ils sont savants en anatomie, n’y ayant pas un os, pas un nerf ni pas un muscle qui ne parût fort distinctement au corps de ces rares animaux [Dupray, le maître du coche, en exigeant de son concessionnaire Le Maistre que « la carriole serait attelée de bons chevaux », ne prêchait pas d’exemple].

« Leur humeur était fort docile, et leur pas était si lent et si réglé qu’il n’y a point de cardinaux à Rome qui puissent aller plus gravement au consistoire que je n’ai été à Rouen. Aussi vous puis-je assurer que le cocher qui les conduisait a eu tant de respect pour eux pendant le voyage que, de peur de les incommoder, il a quasi toujours été à pied. Ce n’est pas qu’il n’y ait lieu de croire qu’il en usait aussi de cette sorte pour se divertir et pour nous désennuyer ; car je puis vous dire sans mensonge qu’il aime trop la conversation, et que de toute la compagnie lui et moi n’étions pas les plus désagréables.

« Mais, pour vous apprendre de quelles personnes cette compagnie était composée, vous saurez qu’il y avait avec nous un jeune partisan [nom donné anciennement à celui qui faisait des partis ou sociétés pour la levée de certains impôts. Le public les voyait d’un mauvais œil], déguisé en soldat pour cacher sa profession, dont le manteau d’écarlate à gros boutons d’or, les grosses bottes et les grands bas ne convenaient pas trop bien à l’air de son visage ; car enfin, avec tout l’appareil d’un chevau-léger ou d’un filou, il ressemblait très fort à un solliciteur de procès.

« Auprès de celui-ci était un mauvais musicien, qui, craignant de mourir de faim à Paris, s’en allait demander l’aumône en son pays ; et quoique plusieurs personnes eussent beaucoup contribué à son habillement, il ne lui en était pas plus propre. Le chapeau qu’il portait ayant, à ce que je crois, été autrefois à M. de Saint-Brisson, lui tombait sur le nez à cause de la petitesse de sa tête. Son collet ressemblait assez à un peignoir, son pourpoint était à grandes basques, et ses chausses approchaient fort de celles des Suisses. Enfin, plus d’un siècle et plus d’une nation avaient eu part à cet habit extraordinaire.

« La troisième personne de cette compagnie était une bourgeoise de Rouen qui avait perdu un procès à Paris, et qui se plaignait également de l’injustice de ses juges et de la fange des rues [seize ans plus tard, en 1660, le « grand tas de boue » des Embarras de Paris ne sera point une fiction poétique de Boileau. C’est en 1666 seulement que le conseil de police, organisé par Colbert, s’occupera de la propreté des rues de Paris, sous la direction de Pussort, et avec le concours de La Reynie, pour lequel il créa, en 1667, la charge de lieutenant de police ].

« La quatrième était une épicière de la rue Saint-Antoine, qui, ayant plus de douze bagues à ses doigts, s’en allait voir la mer et le pays, pour parler en ses termes. La cinquième, tante de celle-là, était une chandelière de la rue Michel-le-Comte, qui, poussée de sa curiosité, s’en allait avec elle voir la citadelle du Havre. La sixième était un jeune écolier, revenant de Bourges prendre ses licences, et se préparant déjà à plaider sa première cause. La septième était un bourgeois poltron qui craignait toute chose, qui croyait que tout ce qu’il voyait était des voleurs, et qui n’apercevait pas plutôt de loin des troupeaux de moutons et des bergers qu’il se préparait déjà à leur rendre sa bourse, tant la frayeur décevait son imagination.

« Le huitième était un bel esprit de Basse-Normandie, qui disait plus de pointes que M. l’abbé de Franquetot [Jacques de Franquetot, abbé d’Hambie, riche abbaye au diocèse de Coutances, né en 1626, mort en 1664] n’en disait du temps qu’elles étaient à la mode, et qui, voulant railler toute la compagnie, en donnait plus de sujet que les autres. La neuvième était mon frère [Georges de Scudéry, poète et auteur dramatique, plus célèbre par ses rodomontades que par son mérite littéraire, bien inférieur à celui de sa sœur Madeleine], dont j’allais vous dépeindre, non pas la mine, la profession ni les habillements, mais les chagrins et les impatiences que lui donnait une si étrange voiture, s’il n’eût retranché une partie de mon histoire en obtenant de ma bonté de ne vous en dire rien.

« Une si belle assemblée doit sans doute vous persuader que la conversation en était fort divertissante. Le partisan, quoique se voulant cacher, en revenait toujours au sol pour livre. Le musicien, quoique plus incommode par sa voix que le bruit des roues du coche, voulait toujours chanter. La bourgeoise qui avait perdu sa cause ne faisait que des imprécations contre son rapporteur. L’épicière, curieuse de voir le pays, dormait tant que le jour durait, excepté quand il fallait dîner ou descendre des montagnes. La chandelière ne pouvait se lasser d’admirer le plaisir qu’elle aurait de voir dans les magasins de la citadelle une quantité prodigieuse de mèches qu’elle jugeait y devoir être, vu le nombre de mousquets quelle avait ouï dire qu’on y voyait. Tantôt elle souhaitait d’en avoir autant dans sa boutique, tantôt que ce fût elle qui la vendît à cette garnison.

« Enfin on peut quasi dire que nous sortîmes du coche fort honorablement, c’est-à-dire tambour battant par la voix de notre musicien, et mèche allumée par notre chandelière, qui, tant que nous marchâmes de nuit, eut toujours une chandelle à la main pour nous éclairer dans le coche. Pour le jeune écolier, il ne parlait que de droit écrit, de Coutumes et de Cujas. D’abord, je crus que ce garçon déguisait ce nom, et que c’était de feu Cusac [des du Douhet, famille d’Auvergne, sont sortis les seigneurs de Marlac, de Romanange, de Cussac et de Dauzer] qu’il voulait parler, quoique ce qu’il en disait ne convînt pas ; mais je sus enfin que Cujas était un ancien docteur jurisconsulte, que cet écolier alléguait sur toutes choses.

« Si l’on parlait de guerre, il disait qu’il aimait mieux être disciple de Cujas que soldat ; si l’on parlait de voyages, il assurait que Cujas était connu partout ; si l’on parlait de musique, il disait que Cujas était plus juste en ses raisonnements que la musique en ses notes ; si l’on parlait de manger, il jurait qu’il aimerait mieux jeûner toujours que de ne lire jamais Cujas ; si l’on parlait de belles femmes, il disait que Cujas avait eu une belle fille, et que, quoique vieille, elle n’est point encore laide [Cujas mourut à Bourges, le 4 octobre 1590. Remarié à 62 ans, en 1586, avec une jeune fille noble, Gabrielle Hervé, il en eut une fille, Suzanne, qu’il laissa orpheline à l’âge de trois ans et qui se rendit célèbre par ses galanteries. En 1644, date de cette lettre, elle avait 57 ans]. Enfin Cujas était de toutes choses, et Cujas m’a si fort importunée que voici la première et dernière fois que je l’écrirai et le prononcerai en toute ma vie. Pour le poltron, il vous est aisé de vous imaginer que sa conversation ne ressemblait pas à celle d’un gascon, et que celle du bel esprit avait beaucoup de rapport avec celle de feu M. de Nervèze [Guillaume Bernard de Nervèze, littérateur, né vers 1570, mort après 1622. Il a publié les Essais poétiques du sieur de Nervèze, 1605].

« Après cela ne m’en demandez pas davantage, car je n’ai plus rien à vous dire, sinon que je ne dormis point la nuit que je couchai à Magny [Magny-en-Vexin, arrondissement de Mantes], que de ma vie je ne fus si lasse que lorsque j’arrivai à Rouen, non pas comme a dit magnifiquement M. Chapelain parlant de la lune, dedans un char d’argent environné d’étoiles, mais oui bien, dedans un char d’osier environné de croste. Tout à bon [locution adverbiale qui se trouve souvent dans le Grand Cyrus de Mlle de Scudéry, et n’est plus usitée, ayant fait place àTout de bon, avec le sens de : Véritablement, sérieusement, sans jeu ni fiction], je pense que si je n’eusse eu peur, qu’avec l’aide de ces admirables lunettes [les lorgnettes astronomiques, dont l’invention remontait à 1608 ou 1609] que l’on peut quasi dire qui arrachent les astres du ciel, vous n’eussiez découvert le coche, et n’eussiez remarqué une partie de ce que je viens de dire, je pense, dis-je, que je ne vous en aurais rien appris, tant cet équipage était burlesque.

« Après vous l’avoir dépeint si étrange, je n’oserais quasi vous apprendre qu’en ce lieu-là je me souvenais de vous, de peur que, comme vous avez l’imagination délicate, vous ne trouviez mauvais que votre image seulement ait été en un si bizarre lieu. Mais pour vous consoler de cette aventure, j’ai à vous dire qu’il y avait aussi bonne compagnie dans mon cœur qu’elle était mauvaise dans le coche ; et pour empêcher ces figures extravagantes d’y faire aucune impression, je l’avais tout rempli de Mlle Paulet, de M. de Grasse [Godeau, évêque de Grasse, 1636], de Mme de l’Arragonés [Mme Arragonais, Jeanne Legendre, dont le mari avait été trésorier des gardes françaises], de Mesdemoiselles ses sœurs, de M. Chapelain, de M. Conrart, de Mlle de Chalais, de M. de la Mesnardière, de Mme et Mlles de Clermont et de vous [cCe sont tous les habitués de l’hôtel de Rambouillet, en grand renom alors, mais auquel le mariage de Mlle de Rambouillet, Julie d’Angennes, le 13 juillet 1645, allait porter le premier coup, en l’exilant, avec Montausier son mari, en province. Il sera bientôt remplacé par les 220px-cruikshank_-_traveling_in_france dans HUMEUR DES ANCETRESfameux Samedis de Mlle de Scudéry elle-même].

« Si bien que rappelant tout ce que j’aime à mon secours, je fis en sorte que ce que je pensais d’agréable fût plus puissant que ce que je voyais de fâcheux ; et j’eus plus de joie à me souvenir de tant d’excellentes personnes, et à espérer qu’elles me faisaient l’honneur de se souvenir quelquefois de moi, que je n’eus de peine à souffrir les importunités d’une mauvaise compagnie. Ayez, s’il vous plaît, la bonté de leur faire agréer cet innocent artifice et de leur rendre grâces de m’avoir sauvée de la persécution que j’aurais eue, si elles ne m’avoient pas donné lieu de me souvenir agréablement de tous les bons offices que j’en ai reçus.

« Pour vous, Mademoiselle, je ne vous rends point de nouveaux remerciements, car ne pouvant aujourd’hui vous parler tout à fait sérieusement, ce sera pour une autre fois que je vous dirai que personne ne vous est plus obligée que je vous la suis [ce féminin était si naturel que Mme de Sévigné le mettra encore, en semblable occasion, avec cette spirituelle saillie pour le justifier : Si je disais le, je croirais avoir de la barbe], que personne aussi n’en est plus reconnaissante, que personne ne sera jamais plus véritablement ni plus sincèrement,

« Mademoiselle,

« Votre très humble et très passionnée servante.

« A Rouen, le 5 septembre 1644. »

On voit que Madeleine de Scudéry se souvenait des lettres de Voiture aux habitués de l’hôtel de Rambouillet, dont elles faisaient les délices, et qu’elle en imitait, avec succès, la grâce et la délicatesse parfois voisines de l’afféterie. « Cette lettre, des mieux tournées, fait le plus grand honneur à la plume de Mlle Scudéry, disait Victor Cousin. Mais au-delà de ce mérite littéraire, résumons les renseignements nouveaux qu’elle fournit sur le coche de Paris à Rouen, dans la première moitié du XVIIe siècle.

Le coche était en osier, attelé de quatre chevaux, peu vigoureux et fort lents d’allure, conduits par un cocher qui allait souvent à pied pour soulager l’attelage. Dans ce mémorable voyage, il portait, outre le cocher, dix voyageurs, placés sur des bancs en face l’un de l’autre, ce qui a permis à Mlle de Scudéry de faire leur portrait sur le vif et d’en reproduire des conversations ridicules.

Cette voiture publique suivait alors ce qu’on a appelé, plus tard, la route d’en haut de Paris à Rouen, passant par Pontoise, Gisors, Magny, Etrépagny, Ecouis et Rouen. La durée du voyage était d’un jour, d’une nuit pour coucher à Magny et d’un jour encore avant d’arriver à Rouen, vraisemblablement rue du Bec. Il fallait partir de grand matin de Paris et de Magny. pour arriver très tard à Rouen.

Ce coche était le précurseur et l’ancêtre du Messager, des Carrosses, des Chaises, des Fourgons et des Diligences, qui ont servi, à différentes époques, pour établir des relations suivies entre Rouen et la capitale, moyens de relégués tous, aujourd’hui, à l’état de souvenirs historiques.

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Complainte amoureuse d’Alphonse Allais

Posté par francesca7 le 14 juillet 2013

Oui dès l’instant que je vous vis
Beauté féroce, vous me plûtes
De l’amour qu’en vos yeux je pris
Sur-le-champ vous vous aperçûtes
Ah ! Fallait-il que je vous visse
Fallait-il que vous me plussiez
Qu’ingénument je vous le disse
Qu’avec orgueil vous vous tussiez
Fallait-il que je vous aimasse
Que vous me désespérassiez
Et qu’enfin je m’opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m’assassinassiez

Alphonse ALLAIS   (1854-1905)

 

Complainte amoureuse d'Alphonse Allais dans POESIE FRANCAISE alphonse_allais_1899Alphonse Allais est un journaliste, écrivain et humoriste français né le 20 octobre 1854 à Honfleur (Calvados) et mort le 28 octobre 1905 à Paris.

Célèbre à la Belle Époque, reconnu pour sa plume acerbe et son humour absurde, il est notamment renommé pour ses calembours et ses vers holorimes. Il est parfois considéré comme l’un des plus grands conteurs français.

Alphonse Allais est fils d’un pharmacien et cadet d’une fratrie de cinq enfants. À l’école, Alphonse semble plutôt se destiner à une carrière scientifique : il passe à seize ans son baccalauréat en sciences. Recalé à cause des oraux d’histoire et de géographie, il est finalement reçu l’année suivante. Il devient alors stagiaire dans la pharmacie paternelle, mais ses expériences et ses faux médicaments ne sont pas du goût de son père, qui l’envoie étudier à Paris. Mais Alphonse, préférant passer son temps sur des terrasses de café ou dans le jardin du Luxembourg, ne se présente pas à l’un des examens de l’école de pharmacie. Son père, s’apercevant que les fréquentations extra-estudiantines de son fils ont pris le pas sur ses études, décide de lui couper les vivres. Pour subsister, il s’essaye d’abord à la photographie, sur les traces de son ami Charles Cros, mais ne connaît pas le succès. Il décide alors de s’essayer au métier de journaliste, publiant des chroniques loufoques dans diverses revues parisiennes. Avec ses amis du quartier latin, il fait aussi partie de plusieurs groupes fantaisistes comme Les FumistesLes Hydropathes ou Les Hirsutes.

En 1880, après avoir terminé sans succès ses études de pharmacie, Alphonse devient collaborateur du journal Le Chat noir dans lequel il signe pour la première fois en 1883. C’est grâce à ses écrits humoristiques et à ses nouvelles écrites au jour le jour qu’il connaît le succès. En 1886, il devient directeur du Chat noir et continue à publier chaque jour des contes et d’autres œuvres courtes dans des journaux tels que le Gil Blas ou, à partir de 1892, Le Journal.

C’est à cette période qu’Alphonse sort ses premiers recueils : À se tordre (1891) et Vive la vie ! (1892). Au cœur de la Belle Époque, il devient célèbre et populaire grâce à son écriture légère et à son humour déplacé, ses calembours et ses vers holorimes.

En 1895, Alphonse Allais se marie avec une jeune femme de vingt-six ans, Marguerite Marie Gouzée, fille d’un brasseur d’Anvers. En 1897, il devient rédacteur en chef d’un journal humoristique, Le Sourire, créé en1899 par Maurice Méry, pour rivaliser avec Le Rire. Il continue aussi à publier des recueils : Ne nous frappons pas sort en 1900 et Le Captain Cap, personnage qui incarne le goût de l’absurde caractéristique d’Alphonse Allais, paraît en 1902. Mais derrière son écriture légère et son style narquois, on sent dans les écrits d’Allais une sorte de déception ; ses critiques des militaires, des politiques et des curés sont toujours empreintes d’un certain pessimisme.

Il meurt frappé d’une embolie pulmonaire, consécutive à une phlébite pour laquelle son médecin lui ordonne de rester au lit pendant six mois. Négligeant cette recommandation, il va au café, comme tous les jours et, à un ami qui le raccompagne à son domicile, il fait sa dernière plaisanterie :

« Demain je serai mort ! Vous trouvez ça drôle, mais moi je ne ris pas. Demain, je serai mort ! »

Comme il l’avait annoncé, il meurt le lendemain. Il est enterré au cimetière parisien de Saint-Ouen. À la fin de la Seconde Guerre mondiale (en 1944), une bombe de la Royal Air Force a totalement pulvérisé sa tombe… Ses cendres « virtuelles » ont été transférées à Montmartre en 2005.

Il reste de lui l’image d’un homme à l’humour acide et un spécialiste de la théorie de l’absurde. Ses travaux scientifiques sont moins connus (recherches sur la photographie couleur et dépôt d’un brevet pour du café lyophilisé, ainsi que des travaux très poussés sur la synthèse du caoutchouc).

 

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Les coches du 17ème

Posté par francesca7 le 1 juin 2013

Les Coches : ancêtre du XVIIe siècle
des carrosses et autres diligences

(D’après « Bulletin de la Société de l’histoire de Normandie », paru en 1887)

Les coches du 17ème  dans ARTISANAT FRANCAIS cocher

Il existait, au XVIIe siècle, un service régulier de voitures qui avait nom « les Coches » : il s’agissait d’une modeste « carriole couverte en forme de coche », qui s’y reprenait à deux fois pour faire le trajet entre la capitale de la Normandie et celle du royaume. Mais qu’était le coche lui-même ? On l’ignorait jusqu’à la découverte d’une lettre fort curieuse, due à la célèbre Mlle de Scudéry, à l’occasion d’un voyage de Paris au Havre.

Dans une seconde édition des Anecdotes normandes (1886), Charles de Beaurepaire livra sur ces « Coches » les détails suivants : « Le 16 février 1646, Fleurent Dupray, maître des coches de Rouen à Paris, avait baillé à louage pour 8 ans, par le prix de 150 l. par an, à Antoine Le Maistre, de Magny, le droit d’une carriole couverte en forme de coche pour aller de Magny à Rouen et de Paris à Magny, qui partirait de Magny le mercredi de chaque semaine et de Paris le vendredi, pour porter personnes, hardes et marchandises, et serait attelée de bons chevaux pour le service public. » Tabellionage de Rouen, Meubles, Ibid., p. 365.

Il existait donc, en 1646, un service régulier de voitures entre Rouen et Paris, qui avait nom « les Coches », et dont Fleurent Dupray était le maître. Un précieux témoignage est une lettre de Mlle de Scudéry, que sa naissance rattachait à la Normandie, et qui se rendait de Paris au Havre, sa patrie, en passant par Rouen, en 1644, deux ans avant la concession ci-dessus. Elle avait alors 37&bsp;ans, et, arrivée à Rouen par ce coche de terre, elle y écrivait, le 5nbsp ;septembre, une lettre adressée à Mlle Robineau, bourgeoise de beaucoup d’esprit, habitant le Marais, fort avant dans la confiance et dans l’intimité de Mlle de Scudéry. Aussi le portrait de cette amie figure-t-il dans son Grand Cyrus, sous le nom de Doralise.

Découverte par Victor Cousin, parmi les manuscrits de Conrart, cette lettre forme un Appendice de sa curieuse étude : La Société française au XVIIe siècle d’après le Grand Cyrus de Mlle de Scudéry. L’auteur faisait le voyage en compagnie de son frère, et elle en raconte agréablement les détails, en y joignant le portrait de ses compagnons. Voici cette lettre, additionnée de quelques notes explicatives.

Mademoiselle de Scudéry à Mademoiselle Robineau

« Mademoiselle,

« Je m’étonne assez que vous, qui n’aimez guères les nouvelles et qui ne voyez jamais les relations de Renaudot [Théophraste Renaudot, le fondateur de la Gazette de France, en 1631], ayez souhaité que je vous en fisse une de mon voyage, qui sans doute n’a rien de si remarquable ni de si beau que le siège de Gravelines, ni que l’action de M. d’Enguien [les journées de Fribourg, 3, 5, 9 août, et la reddition de Spire, 29 août 1644. La conquête de Gravelines avait eu lieu le 28 juillet, par le duc d’Orléans]. Néanmoins, puisque vous le désirez, il faut vous obéir et contenter votre curiosité par un fidèle récit de tout ce qui m’est arrivé.

« Je ne m’arrêterai pas toutefois à vous dépeindre exactement la magnificence de mon équipage, quoiqu’il y ait sans doute quelque chose d’assez agréable à s’imaginer que les chevaux qui traînent le char de triomphe qui me portait étaient de couleurs aussi différentes que celles qu’on voit en l’arc-en-ciel : le premier était bai, le second était pie, le troisième alezan, et le quatrième gris pommelé ; et tous les quatre ensemble étaient tels qu’il les faudrait à ces peintres qui aiment à faire paraître en leurs tableaux qu’ils sont savants en anatomie, n’y ayant pas un os, pas un nerf ni pas un muscle qui ne parût fort distinctement au corps de ces rares animaux [Dupray, le maître du coche, en exigeant de son concessionnaire Le Maistre que « la carriole serait attelée de bons chevaux », ne prêchait pas d’exemple].

« Leur humeur était fort docile, et leur pas était si lent et si réglé qu’il n’y a point de cardinaux à Rome qui puissent aller plus gravement au consistoire que je n’ai été à Rouen. Aussi vous puis-je assurer que le cocher qui les conduisait a eu tant de respect pour eux pendant le voyage que, de peur de les incommoder, il a quasi toujours été à pied. Ce n’est pas qu’il n’y ait lieu de croire qu’il en usait aussi de cette sorte pour se divertir et pour nous désennuyer ; car je puis vous dire sans mensonge qu’il aime trop la conversation, et que de toute la compagnie lui et moi n’étions pas les plus désagréables.

« Mais, pour vous apprendre de quelles personnes cette compagnie était composée, vous saurez qu’il y avait avec nous un jeune partisan [nom donné anciennement à celui qui faisait des partis ou sociétés pour la levée de certains impôts. Le public les voyait d’un mauvais œil], déguisé en soldat pour cacher sa profession, dont le manteau d’écarlate à gros boutons d’or, les grosses bottes et les grands bas ne convenaient pas trop bien à l’air de son visage ; car enfin, avec tout l’appareil d’un chevau-léger ou d’un filou, il ressemblait très fort à un solliciteur de procès.

« Auprès de celui-ci était un mauvais musicien, qui, craignant de mourir de faim à Paris, s’en allait demander l’aumône en son pays ; et quoique plusieurs personnes eussent beaucoup contribué à son habillement, il ne lui en était pas plus propre. Le chapeau qu’il portait ayant, à ce que je crois, été autrefois à M. de Saint-Brisson, lui tombait sur le nez à cause de la petitesse de sa tête. Son collet ressemblait assez à un peignoir, son pourpoint était à grandes basques, et ses chausses approchaient fort de celles des Suisses. Enfin, plus d’un siècle et plus d’une nation avaient eu part à cet habit extraordinaire.

« La troisième personne de cette compagnie était une bourgeoise de Rouen qui avait perdu un procès à Paris, et qui se plaignait également de l’injustice de ses juges et de la fange des rues [seize ans plus tard, en 1660, le « grand tas de boue » des Embarras de Paris ne sera point une fiction poétique de Boileau. C’est en 1666 seulement que le conseil de police, organisé par Colbert, s’occupera de la propreté des rues de Paris, sous la direction de Pussort, et avec le concours de La Reynie, pour lequel il créa, en 1667, la charge de lieutenant de police ].

« La quatrième était une épicière de la rue Saint-Antoine, qui, ayant plus de douze bagues à ses doigts, s’en allait voir la mer et le pays, pour parler en ses termes. La cinquième, tante de celle-là, était une chandelière de la rue Michel-le-Comte, qui, poussée de sa curiosité, s’en allait avec elle voir la citadelle du Havre. La sixième était un jeune écolier, revenant de Bourges prendre ses licences, et se préparant déjà à plaider sa première cause. La septième était un bourgeois poltron qui craignait toute chose, qui croyait que tout ce qu’il voyait était des voleurs, et qui n’apercevait pas plutôt de loin des troupeaux de moutons et des bergers qu’il se préparait déjà à leur rendre sa bourse, tant la frayeur décevait son imagination.

cochers dans ARTISANAT FRANCAIS« Le huitième était un bel esprit de Basse-Normandie, qui disait plus de pointes que M. l’abbé de Franquetot [Jacques de Franquetot, abbé d’Hambie, riche abbaye au diocèse de Coutances, né en 1626, mort en 1664] n’en disait du temps qu’elles étaient à la mode, et qui, voulant railler toute la compagnie, en donnait plus de sujet que les autres. La neuvième était mon frère [Georges de Scudéry, poète et auteur dramatique, plus célèbre par ses rodomontades que par son mérite littéraire, bien inférieur à celui de sa sœur Madeleine], dont j’allais vous dépeindre, non pas la mine, la profession ni les habillements, mais les chagrins et les impatiences que lui donnait une si étrange voiture, s’il n’eût retranché une partie de mon histoire en obtenant de ma bonté de ne vous en dire rien.

« Une si belle assemblée doit sans doute vous persuader que la conversation en était fort divertissante. Le partisan, quoique se voulant cacher, en revenait toujours au sol pour livre. Le musicien, quoique plus incommode par sa voix que le bruit des roues du coche, voulait toujours chanter. La bourgeoise qui avait perdu sa cause ne faisait que des imprécations contre son rapporteur. L’épicière, curieuse de voir le pays, dormait tant que le jour durait, excepté quand il fallait dîner ou descendre des montagnes. La chandelière ne pouvait se lasser d’admirer le plaisir qu’elle aurait de voir dans les magasins de la citadelle une quantité prodigieuse de mèches qu’elle jugeait y devoir être, vu le nombre de mousquets quelle avait ouï dire qu’on y voyait. Tantôt elle souhaitait d’en avoir autant dans sa boutique, tantôt que ce fût elle qui la vendît à cette garnison.

 « Enfin on peut quasi dire que nous sortîmes du coche fort honorablement, c’est-à-dire tambour battant par la voix de notre musicien, et mèche allumée par notre chandelière, qui, tant que nous marchâmes de nuit, eut toujours une chandelle à la main pour nous éclairer dans le coche. Pour le jeune écolier, il ne parlait que de droit écrit, de Coutumes et de Cujas. D’abord, je crus que ce garçon déguisait ce nom, et que c’était de feu Cusac [des du Douhet, famille d’Auvergne, sont sortis les seigneurs de Marlac, de Romanange, de Cussac et de Dauzer] qu’il voulait parler, quoique ce qu’il en disait ne convînt pas ; mais je sus enfin que Cujas était un ancien docteur jurisconsulte, que cet écolier alléguait sur toutes choses.

« Si l’on parlait de guerre, il disait qu’il aimait mieux être disciple de Cujas que soldat ; si l’on parlait de voyages, il assurait que Cujas était connu partout ; si l’on parlait de musique, il disait que Cujas était plus juste en ses raisonnements que la musique en ses notes ; si l’on parlait de manger, il jurait qu’il aimerait mieux jeûner toujours que de ne lire jamais Cujas ; si l’on parlait de belles femmes, il disait que Cujas avait eu une belle fille, et que, quoique vieille, elle n’est point encore laide [Cujas mourut à Bourges, le 4 octobre 1590. Remarié à 62 ans, en 1586, avec une jeune fille noble, Gabrielle Hervé, il en eut une fille, Suzanne, qu’il laissa orpheline à l’âge de trois ans et qui se rendit célèbre par ses galanteries. En 1644, date de cette lettre, elle avait 57 ans]. Enfin Cujas était de toutes choses, et Cujas m’a si fort importunée que voici la première et dernière fois que je l’écrirai et le prononcerai en toute ma vie. Pour le poltron, il vous est aisé de vous imaginer que sa conversation ne ressemblait pas à celle d’un gascon, et que celle du bel esprit avait beaucoup de rapport avec celle de feu M. de Nervèze [Guillaume Bernard de Nervèze, littérateur, né vers 1570, mort après 1622. Il a publié les Essais poétiques du sieur de Nervèze, 1605].

« Après cela ne m’en demandez pas davantage, car je n’ai plus rien à vous dire, sinon que je ne dormis point la nuit que je couchai à Magny [Magny-en-Vexin, arrondissement de Mantes], que de ma vie je ne fus si lasse que lorsque j’arrivai à Rouen, non pas comme a dit magnifiquement M. Chapelain parlant de la lune, dedans un char d’argent environné d’étoiles, mais oui bien, dedans un char d’osier environné de croste. Tout à bon [locution adverbiale qui se trouve souvent dans le Grand Cyrus de Mlle de Scudéry, et n’est plus usitée, ayant fait place àTout de bon, avec le sens de : Véritablement, sérieusement, sans jeu ni fiction], je pense que si je n’eusse eu peur, qu’avec l’aide de ces admirables lunettes [les lorgnettes astronomiques, dont l’invention remontait à 1608 ou 1609] que l’on peut quasi dire qui arrachent les astres du ciel, vous n’eussiez découvert le coche, et n’eussiez remarqué une partie de ce que je viens de dire, je pense, dis-je, que je ne vous en aurais rien appris, tant cet équipage était burlesque.

« Après vous l’avoir dépeint si étrange, je n’oserais quasi vous apprendre qu’en ce lieu-là je me souvenais de vous, de peur que, comme vous avez l’imagination délicate, vous ne trouviez mauvais que votre image seulement ait été en un si bizarre lieu. Mais pour vous consoler de cette aventure, j’ai à vous dire qu’il y avait aussi bonne compagnie dans mon cœur qu’elle était mauvaise dans le coche ; et pour empêcher ces figures extravagantes d’y faire aucune impression, je l’avais tout rempli de Mlle Paulet, de M. de Grasse [Godeau, évêque de Grasse, 1636], de Mme de l’Arragonés [Mme Arragonais, Jeanne Legendre, dont le mari avait été trésorier des gardes françaises], de Mesdemoiselles ses sœurs, de M. Chapelain, de M. Conrart, de Mlle de Chalais, de M. de la Mesnardière, de Mme et Mlles de Clermont et de vous [cCe sont tous les habitués de l’hôtel de Rambouillet, en grand renom alors, mais auquel le mariage de Mlle de Rambouillet, Julie d’Angennes, le 13 juillet 1645, allait porter le premier coup, en l’exilant, avec Montausier son mari, en province. Il sera bientôt remplacé par les fameux Samedis de Mlle de Scudéry elle-même].

« Si bien que rappelant tout ce que j’aime à mon secours, je fis en sorte que ce que je pensais d’agréable fût plus puissant que ce que je voyais de fâcheux ; et j’eus plus de joie à me souvenir de tant d’excellentes personnes, et à espérer qu’elles me faisaient l’honneur de se souvenir quelquefois de moi, que je n’eus de peine à souffrir les importunités d’une mauvaise compagnie. Ayez, s’il vous plaît, la bonté de leur faire agréer cet innocent artifice et de leur rendre grâces de m’avoir sauvée de la persécution que j’aurais eue, si elles ne m’avoient pas donné lieu de me souvenir agréablement de tous les bons offices que j’en ai reçus.

« Pour vous, Mademoiselle, je ne vous rends point de nouveaux remerciements, car ne pouvant aujourd’hui vous parler tout à fait sérieusement, ce sera pour une autre fois que je vous dirai que personne ne vous est plus obligée que je vous la suis [ce féminin était si naturel que Mme de Sévigné le mettra encore, en semblable occasion, avec cette spirituelle saillie pour le justifier : Si je disais le, je croirais avoir de la barbe], que personne aussi n’en est plus reconnaissante, que personne ne sera jamais plus véritablement ni plus sincèrement,

« Mademoiselle,

« Votre très humble et très passionnée servante.

« A Rouen, le 5 septembre 1644. »

On voit que Madeleine de Scudéry se souvenait des lettres de Voiture aux habitués de l’hôtel de Rambouillet, dont elles faisaient les délices, et qu’elle en imitait, avec succès, la grâce et la délicatesse parfois voisines de l’afféterie. « Cette lettre, des mieux tournées, fait le plus grand honneur à la plume de Mlle Scudéry, disait Victor Cousin. Mais au-delà de ce mérite littéraire, résumons les renseignements nouveaux qu’elle fournit sur le coche de Paris à Rouen, dans la première moitié du XVIIe siècle.

Le coche était en osier, attelé de quatre chevaux, peu vigoureux et fort lents d’allure, conduits par un cocher qui allait souvent à pied pour soulager l’attelage. Dans ce mémorable voyage, il portait, outre le cocher, dix voyageurs, placés sur des bancs en face l’un de l’autre, ce qui a permis à Mlle de Scudéry de faire leur portrait sur le vif et d’en reproduire des conversations ridicules.

Cette voiture publique suivait alors ce qu’on a appelé, plus tard, la route d’en haut de Paris à Rouen, passant par Pontoise, Gisors, Magny, Etrépagny, Ecouis et Rouen. La durée du voyage était d’un jour, d’une nuit pour coucher à Magny et d’un jour encore avant d’arriver à Rouen, vraisemblablement rue du Bec. Il fallait partir de grand matin de Paris et de Magny. pour arriver très tard à Rouen.

Ce coche était le précurseur et l’ancêtre du Messager, des Carrosses, des Chaises, des Fourgons et des Diligences, qui ont servi, à différentes époques, pour établir des relations suivies entre Rouen et la capitale, moyens de relégués tous, aujourd’hui, à l’état de souvenirs historiques.

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Le jardinier de cimetière

Posté par francesca7 le 22 mai 2013

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par

Édouard d’Anglemont

~ * ~

LA classe si intéressante des horticulteurs se subdivise en un grand nombre de variétés : les Christophe Colomb des fleurs, les multiplicateurs des végétaux, les pères nourriciers de plantes exotiques, les créateurs de pépinières, les Soulanges-Bodin, les Pyrolle, le Keteléer, les Bachoux, les Billard, les Martine, etc. Mais, de toutes ces variétés, la plus curieuse et la moins connue est sans contredit le jardinier de cimetière.

D’abord, le jardinier de cimetière ne jardine jamais ; il y a plus, s’il jardinait, son métier, qui est prodigieusement lucratif, ne lui rapporterait pas de quoi vivre comme un maçon ou un figurant de l’Ambigu-Comique.

Cela a tout l’air d’un paradoxe : vous verrez tout à l’heure que c’est une vérité incontestable.

Image illustrative de l'article Fossoyeur

Le jardinier de cimetière ne ressemble en rien aux autres jardiniers, si joyeux d’ordinaire, qui chantent le matin avec l’alouette, à midi avec la cigale, et le soir avec le rossignol. Le jardinier de cimetière ne chante jamais : c’est un homme grave ; il a le teint blême, le regard sombre ; son nez, comme celui du père Aubry, aspire à la tombe.

Ce ne sont pas les classes élevées, les familles riches, qui font la fortune de ce jardinier : aux grands de la terre qui trépassent, il faut un terrain concédé à perpétuité, un tombeau de marbre ou de granit, une épitaphe en lettres d’or ; ces morts-là payent cher leur sépulture, et on leur en donne pour leur argent.

La clientèle du jardinier de cimetière est tout entière dans la classe moyenne, parmi les petits rentiers, les petits marchands, les modestes employés, tous personnages auxquels le culte des tombeaux est permis pendant cinq ou dix ans seulement. Lorsque l’entreprise des pompes funèbres lui a révélé un décès, cet homme questionne, interroge, et, dès qu’il est parvenu à découvrir l’adresse du mort, il ne s’arrête plus, il court, il a des ailes, et les parents le voient apparaître au milieu de leur plus grande douleur.

M. D…, jeune avocat qui n’avait encore plaidé qu’une fois, et devant la 7e chambre, venait de perdre son père, ancien commis du ministère de l’intérieur. Le char mortuaire était à la porte ; on clouait la bière dans la pièce voisine de sa chambre ; il était assis, morne, immobile dans un large fauteuil : tout à coup se présente devant lui un homme vêtu d’un habit-veste de gros drap couleur foncée, portant de gros souliers ferrés, et tenant à la main son chapeau d’un noir rougeâtre, illustré d’un crêpe dont la vétusté semblait annoncer un deuil perpétuel.

« Monsieur, dit-il d’une voix sépulcrale, j’ai appris le malheur, le grand malheur…

– Ah ! monsieur, dit le jeune stagiaire en interrompant ce qu’il prenait pour un compliment de condoléance ; ah ! mon cher monsieur, c’est affreux, c’est horrible : je n’y survivrai pas !…

– Oh ! je sais ce que c’est !… mais le temps…

– Ma douleur ne mourra qu’avec moi… c’est une plaie qui ne se cicatrisera jamais !…

– C’est comme moi, je ne laisse jamais mourir ces douleurs-là… au contraire, je les cultive, et je m’en trouve bien… Je vous conseille d’en essayer… Vous avez peut-être l’intention d’acheter un terrain à perpétuité ?

– Hélas ! ç’eût été mon plus cher désir ; mais ma position ne me permet pas cette dépense…

– Tant mieux, monsieur, entre nous la tombe à perpétuité est un mauvais système, un système de dupe. Que l’on recule les barrières de Paris de quelques centaines de toises, il faudra que tous les morts délogent, et ces tombeaux de marbre, qui devaient durer éternellement, disparaîtront pour faire place à des maisons de cinq étages. Parlez-moi d’un terrain temporaire entouré d’un treillage de bois noir, au milieu duquel nous plaçons un cyprès, un laurier, un saule pleureur, un rosier, un myrte, un jasmin… Nous en avons le plus grand soin ; de l’eau deux fois par jour pendant l’été… ça ne meurt jamais… moyennant dix francs par mois…

– C’est donc au fossoyeur que je parle ?…

– Non, monsieur… je suis jardinier du cimetière. Voici mon adresse : « DUHAMEL tient  assortiment de fleurs, croix neuves et d’occasion, avec larmes et épitaphes ; fabrique les couronnes d’immortelles jaunes, noires, blanches, au plus juste prix ; fait des envois dans les départements. »

– Comment pouvez-vous, dans un pareil moment !…

– Eh ! monsieur, quel moment peut être mieux choisi pour pleurer l’infortuné enlevé à la fleur de son âge par une mort cruelle !

– De qui parlez-vous donc ? je ne vous comprends pas.

– Ah ! c’est juste, je confondais avec le n° 2. C’est que nous en avons trois dans votre arrondissement aujourd’hui… Je disais donc : Quel moment peut être mieux choisi pour pleurer ce jeune homme, l’espoir d’une famille, qui…

– Mais c’est un vieillard que je pleure… c’est mon pauvre père.

– Bien, bien, monsieur, je me souviens maintenant : c’est le n° 1 que vous avez. Je vous dirai donc : Quel moment mieux choisi pour pleurer ce vieillard vénérable, qui fut bon fils, bon époux, excellent père. Nous pouvons allonger cela tant que vous voudrez ; ça dépend de la hauteur de la croix et de la largeur des lettres. Il m’est arrivé ce matin des croix de première fabrique, de premier choix : dix pieds de haut sur dix pouces de large, tout coeur de chêne.

– Laissez-moi donc ; je vous ai dit que mes faibles moyens…

– C’est juste ! alors le sapin du Nord vous conviendrait mieux ; ça supporte parfaitement l’humidité.

– Grâce !… grâce !…

– C’est donc de l’occasion qu’il vous faut ? J’ai votre affaire : un trois pieds huit pouces, dans le meilleur état ; les vertus et qualités sont presque neuves ; il n’y aura que les noms à changer. »

L’impatience crispait les nerfs du jeune D…, il étouffait d’indignation ; la parole lui manquait, et le vampire, lui faisant l’application du proverbe « Qui ne dit mot consent », alla sur-le-champ se mettre à l’oeuvre.

Le jardinier de cimetière dans ARTISANAT FRANCAIS enterrer-300x225
Un mois après cette première visite, le jardinier revint près du jeune avocat. Cette fois il ne fit plus de phrases, mais il lui présenta une longue liste de fournitures mortuaires, dont le total, y compris le premier mois d’entretien échu, s’élevait à 60 ou 80 francs. M. D… pouvait-il marchander les soins donnés à la sépulture de son père ? pouvait-il souffrir que l’on arrachât ignominieusement les témoignages de regret que tout le monde attribuait à sa piété filiale ? Le plus court et le plus sage parti était d’acquitter le mémoire funéraire, et il l’acquitta immédiatement.

Presque tous les jardiniers de cimetière empiètent sur la profession du marbrier ; ils fournissent au besoin la pierre tumulaire, l’urne lacrymale, la colonne tronquée ; mais ce n’est pas là le bon du métier : c’est surtout par le jardinage que s’enrichit cette engeance qui ne jardine pas. Par exemple, que l’un de ces habiles industriels soit chargé d’entretenir quarante tombes à dix plantes ou arbustes chacune, cela fait un total de quatre cents. Eh bien ! le jardinier de cimetière n’en a que cent, et il pourvoit à tout ; et cela, grâce à l’étude approfondie qu’il a faite du coeur humain, grâce à une statistique qu’il a particulièrement étudiée. D’abord il sait que, sur quarante morts, vingt sont oubliés en huit jours par leurs héritiers, qui n’en payent pas moins les fleurs absentes et les soins qu’on ne leur a jamais donnés. Sur les vingt autres morts, six sont visités chaque dimanche, quatre le sont tous les jeudis, dix le sont deux fois par an ; tous le sont une fois par année, le jour consacré solennellement par l’Église à prier pour ceux qui ne sont plus.

Les vingt premiers tombeaux ont pour tout ornement des masses de chiendent de la plus belle venue, agréablement  entrecoupées d’orties et de chardons ; les vingt autres s’arrangent entre eux en bons camarades : les fleurs qui étaient jeudi sur celui-là seront dimanche sur celui-ci ; on découvre saint Pierre pour couvrir saint Paul, et vice versa. J’ai vu un rosier qui avait déjà fait trente fois le tour du cimetière Montmartre, et qui ne paraissait pas disposé à s’arrêter en si beau chemin.

Arrive le jour des Morts. Il faut que leur demeure soit ornée : alors les entreteneurs de tombes s’abattent sur le quai aux Fleurs ; le cimetière ressemble bientôt à un vaste parterre ; le lendemain tout entre en serre sous prétexte de la gelée, et deux jours après la pacotille botanique reprend la route du marché.

Le jardinier de cimetière est, comme on voit, un merveilleux calculateur ; mais il est communément peu lettré, ce qui est d’autant plus fâcheux qu’il se trouve souvent dans la nécessité de confectionner l’épitaphe en style plus ou moins lapidaire. Pour obvier aux inconvénients qui peuvent résulter de son ignorance en matière de langue française et d’orthographe, il fait fabriquer à l’avance un grand assortiment de pierres et de croix avec épitaphes variées, qui se payent à tant la lettre ; et c’est probablement à cause de cela que tant de gens vertueux ont si peu de vertus après leur mort, tandis que tant d’intrigants en ont un si long catalogue sur leur tombe : les noms seuls sont à mettre. Voici ce qui est arrivé à un de mes amis qui venait de perdre son oncle.

Ce jeune homme, voulant bien faire les choses, avait accueilli les offres de service du jardinier, et lui avait donné les noms et qualités du défunt. Six semaines après, il prit fantaisie au neveu de voir comment ses intentions avaient été remplies ; il se rend au cimetière Mont-Parnasse, se fait conduire à l’endroit où ont été déposés les restes de son oncle, et sur une pierre tumulaire d’une dimension fort convenable il lit :

CI-GÎT
FRANÇOIS-XAVIER GIRARDEAU,
ANCIEN CAPITAINE DE DRAGONS,
CHEVALIER DE LA LÉGION D’HONNEUR,
QUI FUT LA GLOIRE ET L’EXEMPLE DE SON SEXE.
SA FAMILLE DÉSOLÉE
DÉPOSA SUR SA TOMBE
LA COURONNE VIRGINALE.

C’est, je crois, le même jardinier qui planta dans le même cimetière une croix sur laquelle on peut lire :

ICI REPOSE
CHARLES-EMMANUEL BODIN,
QU’UNE MORT CRUELLE
ENLEVA
A L’AGE DE SEPT ANS ET DEMI.
IL FUT BON FILS, BON ÉPOUX, BON PÈRE
ET BON CITOYEN.
PRIEZ POUR LUI !

Les deux tiers de la clientèle du jardinier de cimetière se composent de veuves. Cela se conçoit : rien n’est plus propre à faire trouver un mari que le regret que l’on témoigne de n’en plus avoir. N’est-il pas tout à fait touchant de lire sur une tombe, après l’énumération des noms, titres et qualités du défunt :

SA JEUNE ÉPOUSE,
AU DÉSESPOIR,
ATTEND AVEC IMPATIENCE
QUE DIEU LA RÉUNISSE
A SON ÉPOUX BIEN-AIMÉ.

Ou ces quatre vers :

Mon époux de la vie a quitté les combats !
Il a fini le temps d’épreuve
Que Dieu nous impose ici-bas !
Ce temps commence pour sa veuve !

 dans ARTISANAT FRANCAIS
En ce cas, l’épitaphe d’un mari est presque toujours grosse d’un mariage. Aussi est-ce avec une sorte d’assurance que le jardinier de cimetière se présente chez les veuves, particulièrement chez celles qui sont jeunes et jolies ; il tient toujours prête pour elle quelque anecdote appropriée à la circonstance, qu’il débite en variant les inflexions de sa voix, selon l’intensité de la douleur exprimée sur la physionomie de la personne à laquelle il s’adresse ; car cet homme est aussi un habile comédien, qui change à sa volonté de ton et de visage. J’ai entendu parler d’une jeune femme qui paraissait profondément affligée de la perte récente de son mari, et à laquelle le funèbre oiseau de proie tint à peu près ce langage :

« Ah ! madame, un si bon mari !… jeune, gracieux, aimant… Il devait aimer les oeillets : nous lui mettrons des marcottes choisies… tout ce qu’il y a de mieux en panachés… Il avait été militaire, je crois ?

– Lieutenant dans la garde nationale.

– J’ai un laurier superbe qui lui ira comme un bas de soie… Entourage solide, une urne à chaque coin, colonne en granit comme celle que M. Adolphe de N… m’a commandée pour la tombe de sa femme. Pauvre jeune homme ! en voilà un qui a du chagrin.

– C’est un jeune homme ?

– Oui, madame, un grand brun, fort beau garçon, ma foi, avec des yeux à la perdition de son âme, et qui pleure !… Si vous le voyiez… Il faudrait avoir un coeur de roche pour ne pas se sentir venir la larme à l’oeil… Si ça continue, il en mourra ; il n’y a que le mariage, un mariage d’amour capable de le sauver.

– Il est bien à plaindre !… Il doit aller souvent au cimetière ?

– Tous les dimanches, de deux à cinq heures. »

A quelques jours de là, la jeune femme et Adolphe de N… se rencontrèrent au champ des morts ; ils échangèrent quelques regards. Huit jours après ils mêlèrent quelques paroles ; huit jours plus tard ils confondaient leurs pleurs. Ils passèrent de là aux soupirs, aux serrements de main, aux mutuels aveux ; puis ils en vinrent à oublier complétement le chemin du cimetière, à la grande satisfaction du jardinier, qui n’oublie pas, lui, de venir, à chaque fin de mois, se faire payer chez M. et madame de N… de l’entretien de deux tombes pour lesquelles il n’a rien fait.

Dans cette circonstance, c’est à l’amour qu’il aura dû son succès ; dans une autre, il s’adressera à l’amour-propre ; l’intérêt ne sera pas non plus négligé dans ses opérations spéculatives.

« Non, monsieur, disait une veuve de quarante-cinq ans à l’un de ces dépisteurs de morts, je ne ferai aucune dépense inutile : mon mari m’a laissé des enfants ; c’est à eux que je dois songer maintenant.

– Justement, madame, c’est à cause de cela qu’il faut des fleurs à la tombe du défunt ; nous lui en mettrons des plus belles et des plus rares : ça attire les promeneurs ; on s’arrête volontiers, et on lit tout naturellement l’épitaphe. Vous feriez distribuer deux cent mille prospectus, que cela ne vaudrait pas pour votre commerce ces simples paroles peintes en blanc sur un fond noir :

CI-GÎT
LOUIS-BERNARD ROUDIER :
IL EUT TOUTES LES VERTUS D’UN BON
PÈRE DE FAMILLE.
L’HUMANITÉ SOUFFRANTE
LUI DOIT L’INVENTION
DES PESSAIRES EN CAOUTCHOUC,
POUR LESQUELS
IL A ÉTÉ BREVETÉ
DU ROI
ET DE SON AUGUSTE FAMILLE,
QUE SA VEUVE INCONSOLABLE
CONTINUE A FABRIQUER
AVEC LE MÊME SUCCÈS,
RUE…  N°….

Tout Paris a pu voir, pendant dix ans, au cimetière du Père Lachaise, cette épitaphe qui donna à la maison une vogue à laquelle elle fut redevable d’une fortune immense. Pour elle, le jardinier du cimetière avait été un bon génie, tant il est vrai que rien n’est absolument bon, ni absolument mauvais ; tant il est vrai que l’absolu n’existe pas.

Ce n’est pas toujours au domicile du mort que s’adresse l’entrepreneur de tombeaux : assez souvent il attend au sortir du cimetière les parents de celui qui vient d’être inhumé. Mais tout n’est pas roses, là non plus qu’ailleurs ! La concurrence est grande, et les spéculateurs rivaux se font une guerre acharnée, car chacun d’eux est doué de cette impudeur, de cette énergie qu’enfante la soif de l’or.
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Il arrive quelquefois qu’une nuée de ces harpies s’abat sur le funèbre cortége comme une nuée de corbeaux sur un cadavre : alors quel spectacle hideux de voir ces étranges commerçants offrir en plein air à un père, à un fils, à un mari navrés de douleur d’honorer au rabais les restes encore chauds de personnes qu’ils ont aimées ! N’est-il pas affreux de les entendre crier autour de vous, avec une infatigable persévérance :

« Monsieur, voici mon adresse ; vous ne trouverez pas de maison mieux assortie.

– Monsieur, veuillez jeter les yeux sur nos prix courants : c’est le triomphe du bon marché ; nous pouvons vous fournir des saules pleureurs à vingt pour cent au-dessous du cours.

– Monsieur, défiez-vous de la mauvaise marchandise.

– Monsieur, n’écoutez pas ces gens-là ! c’est moi qui vous ai parlé le premier !

– Monsieur, vous savez le proverbe : « Aux derniers les bons ! » Ma maison touche au cimetière.

– Monsieur, c’est chez moi qu’on trouve tout ce qu’il y a de meilleur en occasion ! »

Des marchandises d’occasion en ce genre, me direz-vous ; c’est une plaisanterie ! Non, sans doute, rien de plus réel. Dans le commerce du jardinier de cimetière comme beaucoup d’autres, il y a abondance de marchandises d’occasion ; et ces marchandises-là, que l’on donne à bas prix, sont celles sur lesquelles les marchands gagnent le plus !… Lorsque le temps de la concession est expiré, les morts ne peuvent empêcher les vivants de vendre leurs tombeaux ; dans la classe moyenne, comme dans les autres, les plus grandes douleurs ne sont guère au-delà de cinq ans ; celles qui vont jusqu’à dix ans sont fort rares. Si donc un honnête négociant, dans le paroxysme du chagrin, ne s’est décidé qu’avec la plus grande difficulté à tirer cent écus de sa caisse pour assurer à quelqu’un des siens une tombe particulière pendant cinq ans, il est certain que, ce temps écoulé, il ne renouvellera pas le bail. Cependant la colonne tronquée, la croix de chêne, l’entourage de bois peint seront encore dans un état très-satisfaisant : qu’en fera-t-il lui qui ne veut plus payer, et qui ne se soucie guère de pleurer ? Il abandonne tout simplement ces objets au jardinier, qui les a déjà peut-être vendus à l’avance, et qui lui donnera en échange quittance du dernier mois d’entretien. Voilà comment, en fait de fournitures sépulcrales, les marchandises d’occasion ne manquent jamais ! Voilà pourquoi le jardinier de cimetière est l’ennemi né des concessions à perpétuité.

Et pourtant le jardinier de cimetière, cet homme sans émotions, sans entrailles, cet homme qui traverse la vie avec l’invulnérable impassibilité d’un mort, a une famille ; il est marié. Sa compagne se reconnaîtrait entre mille : c’est presque toujours une grande femme noire, sèche, aux formes anguleuses, à la parole aigre, mal habillée, mal tenue ; le sourire n’a jamais effleuré ses lèvres minces et flétries ; on lit sur sa physionomie qu’elle a toujours été étrangère aux joies de ce monde. Le jardinier de cimetière a quelquefois un enfant, rarement deux, jamais davantage : la cupidité ne peuple guère. Et quelle triste race, bon Dieu ! Pâles, maigres, scrofuleux, rabougris, ces pauvres enfants habitent le rez-de-chaussée d’une maison humide et sombre ; ils passent leur journée à confectionner des couronnes funèbres ; ils n’ont d’autre promenade que le cimetière, où ils n’entrent que pour arroser les fleurs des tombes ou servir de guides aux visiteurs. Jamais leur visage ne s’épanouit sous l’influence d’un rayon de bonheur ; les jeux de l’enfance leur sont inconnus : ce sont de pauvres jeunes plantes qui s’étiolent à l’ombre du toit paternel, et qui, pour la plupart, s’inclinent et meurent sans avoir vécu.

N’allez pas croire toutefois que ce tableau d’intérieur soit une généralité sans exception. Il est un jardinier de cimetière dont la maison élégante, ornée d’un perron à double escalier, appuie sa construction, imitée de l’architecture de la renaissance, sur la murailles du champ du repos ; les appartements de cette maison, où tout se trouve réuni en fait de comfortable, sont meublés dans le dernier goût. Quant au propriétaire, c’est un homme de cinquante ans environ, de bonnes manières, d’un langage distingué, d’une figure gracieuse, et dont les vêtements sortent des ateliers d’Humann. Il a une femme de trente-six ans, belle brune aux grands yeux noirs, qui touche du piano comme Hertz, chante la Folle comme madame de Sparr, et fait de l’opposition en politique comme un député de l’extrême gauche ; il a une fille de dix-sept ans, jolie blonde qui ressemble à une gravure anglaise, qui a été élevée dans un de nos pensionnats à la mode, que l’on songe à marier, et à laquelle les adorateurs ne manquent pas. Elle aura 120,000 francs de dot.

Ce jardinier de cimetière court au bois de Boulogne à cheval, en tilbury, comme un habitué de Tortoni ou du café Anglais. C’est un dilettante, un abonné des Bouffes, et il ne manque jamais de louer une stalle pour toutes les premières représentations qui se donnent sur les théâtres de Paris. L’hiver, il donne des soirées où l’on fait de la musique, où l’on joue, où l’on danse comme à la Chaussée-d’Antin et au faubourg Saint-Honoré ; où parfois il arrive que, tandis que les flammes bleuâtres du punch se mêlent aux vives clartés des bougies odorantes, on aperçoit du balcon doré d’autres flammes qui s’élèvent de la poussière des tombes, comme pour remplacer ces images de mort que l’ancienne Égypte mêlait à toutes ses fêtes, comme pour dire à celui qui assiste à ces joyeuses réunions : Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris.

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Texte établi sur un exemplaire (BM Lisieux : 4866 ) du tome 3 des Francais peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle publiée par L. Curmer  de 1840 à 1842 en 422 livraisons et 9 vol. 

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ARTHUR RIMBAUD par Mallarmé

Posté par francesca7 le 5 mai 2013

 

 

Stéphane Mallarmé

Arthur Rimbaud : Divagations/Éditions

Chap Book, 15 mai 1896 (pp. 8-17).

 ARTHUR RIMBAUD par Mallarmé dans LITTERATURE FRANCAISE 220px-Rimbaud_Voyelles_caricature

 

À Monsieur Harrison Rhodes.

J’imagine qu’une de ces soirées du Mardi, trop rares, où vous me fîtes l’honneur d’ouïr, chez moi, quelques amis converser, le nom soudainement d’Arthur Rimbaud se soit bercé à la fumée de plusieurs cigarettes, installant, pour votre curiosité, du vague.

Quel, le personnage, questionnez vous : du moins, avec des livres Une Soirée en Enfer, Illuminations et ses Poèmes, naguères publiés en l’ensemble, exerce-t-il sur les évènements poétiques récents une influence si particulière que, cette allusion à lui faite, par exemple, on se taise, énigmatiquement et réfléchisse, comme si beaucoup de silence, à la fois, et de rêverie s’imposait ou d’admiration inachevée.

Doutez, mon cher hôte, que les principaux innovateurs, maintenant, voire un seul, à l’exception, peut-être, mystérieusement, du magnifique ainé, qui leva l’archet, Verlaine, aient à quelque profondeur et par un trait direct, subi Arthur Rimbaud. Ni la liberté allouée au vers ou, mieux, jaillie telle par miracle, ne se réclamera de qui fut, à part le balbutiement de tous derniers poèmes ou quand il cessa, un strict observateur du jeu ancien. Estimez son plus magique effet produit par opposition d’un monde antérieur au Parnasse, même au Romantisme, au très classique, avec le désordre somptueux d’une passion on ne saurait dire rien que spirituellement exotique. Éclat, lui, d’un météore, apparu sans motif autre que sa présence ; issu seul et s’éteignant. Tout, certes, aurait existé, depuis, sans ce passant considérable, comme aucune circonstance littéraire vraiment n’y prépara : le cas personnel demeure, avec force.

Mes Souvenirs : plutôt ma pensée, souvent, à ce Quelqu’un, voici : comme peut faire une causerie, en votre honneur immédiate.  PORTRAIT OF ARTHUR RIMBAUD

BY F. VALLOTTON

 

Je ne l’ai pas connu, mais je l’ai vu, une fois, dans un des repas littéraires, en hâte, groupés à l’issue de la Guerre — le Dîner des Vilains Bonshommes,certes, par antiphrase, en raison du portrait, qu’au convive dédie Verlaine. “L’homme était grand, bien bâti, presque athlétique, un visage parfaitement ovale d’ange en exil, avec des cheveux châtain-clair mal en ordre et des yeux d’un bleu pâle inquiétant.” Avec je ne sais quoi fièrement poussé, ou mauvaisement, de fille du peuple, j’ajoute, de son état blanchisseuse, à cause de vastes mains, par les transitions du chaud au froid rougies d’engelures. Lesquelles eussent indiqué des métiers plus terribles, appartenant à un garçon. J’appris qu’elles avaient autographié de beaux vers, non publiés : la bouche, au pli boudeur et narquois n’en récita aucun.

Comme je descendais des Fleuves impassibles

Je ne me sentis plus guidé par les hâleurs :

Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles

Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

et

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sûres,

L’eau verte pénétra ma coque de sapin

Et des taches de vins bleus et de vomissures

Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

et

J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies

Baisers montants aux yeux des mers avec lenteur,

La circulation des sèves inouïes,

Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs.

et

Parfois martyr lassé des pôles et des zônes

La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux

Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes

Et je restais ainsi qu’une femme à genoux. 

et

J’ai vu des archipels sidéraux ! Et des îles

Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :

Est-ce en mes nuits sans fond que tu dors et t’exiles

Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

et tout ! qu’il faudrait dérouler comme primitivement s’étire un éveil génial, en ce chef-d’œuvre, car Le Bateau Ivre était fait, à l’époque, déjà : tout ce qui, à peu de là, parerait les mémoires et qui en surgira tant qu’on dira des vers, se taisait parmi le Nouveau-venu ainsi que Les Assis, Les Chercheuses de Poux, Premières Communiantes, du même temps ou celui d’une puberté perverse et superbe. Notre curiosité, entre familiers, sauvés des maux publics, omit un peu cet éphèbe au sujet de qui courait, cependant, que c’était, à 17 ans son quatrième voyage, en 1872, effectué, ici, comme les précédents, à pied : non, le premier ayant eu lieu, de l’endroit natal, Charleville dans les Ardennes, vers Paris, fastueusement, par la vente de tous les prix de la classe, celle de rhétorique, à cet effet, par le collégien. Rappels de là-bas, or hésitation entre la famille, une mère d’origine campagnarde, dont était séparé le père, officier en retraite, et des camarades les frères Cros, Forain futur, le caricaturiste Gill, d’abord et toujours et irrésistiblement Verlaine. Un va-et-vient résultait ; au risque de coucher, en partant sur les bateaux à charbon du canal ; en revenant, de tomber dans un avant poste de fédérés ou combattants de la Commune. Le grand gars, adroitement, se fit passer pour un franc-tireur du parti, en détresse et inspira le bon mouvement d’une collecte à son bénéfice. Menus-faits, quelconques et, du reste, propres à un ravagé violemment par la littérature, le pire désarroi, après les lentes heures studieuses aux bibliothèques, aux bancs, cette fois maître d’une expression certaine prematurée, intense, l’excitant à des sujets inouïs, — en quête aussitôt de “sensations neuves” insistait-il “pas connues” et il se flattait de les rencontrer en le bazar d’illusion des cités, vite vulgaire ; mais, qui livre au de mon adolescent, un soir, comme éclair nuptial, quelque vision grandiose et fictive continuée, en suite, par la seule ivrognerie.

L’anecdote, à bon marché, ne manque pas, le fil contradictoirement, mille fois, rompu d’une existence telle, en laissa choir dans les journaux : à quoi bon faire, centième, miroiter ces détails jusqu’à les enfiler en sauvages verroteries et composer le collier du roi nègre, que ce fut la plaisanterie plus tard de représenter dans quelque peuplade inconnue, le poête.

Vous ne me demandez pas autre chose que suivre, comme je les perçois et pour y infuser le plus de belle probabilité les grandes lignes d’un destin significatif ; lequel doit garder dans ses écarts d’apparence, le rythme, étant d’un poëte et quelque étrange simplicité. Toute fois en remerciant de m’aider, par votre question à évoquer pour moi-même, la première fois dans l’ensemble, cette personnalité qui vous séduit, mon cher ami, je veux comme exception remémorer une historiette qu’avec des sourires me contait délicieusement Théodore de Banville. La bonté de ce Maître était secourable. On le vint trouver. À l’intention d’un des nôtres ; et précisait-on en quelque jargon, de permettre qu’il fit du grand art. Banville opina que pour ce résultat, d’abord, le talent devenant secondaire, une chambre importait, où gîter, la loua dans les combles de sa maison rue de Bucy ; une table, l’encre et les plumes comme accessoires, du papier, un lit blanc aussi pour les moments où l’on ne rêve debout, ni sur la chaise. Le jeune homme errant y fut installé : mais quelle, la stupéfaction du donateur méthodique, à l’heure où la cour interne unit, par leur l’arôme, les dîners, d’entendre des cris poussés à chaque étage, et, aussitôt, de considérer, nu, dans le cadre de mansarde là-haut, quelqu’un agitant éperdument et lançant par dessus les tuiles du toît, peut-être pour qu’ils disparussent avec les derniers rayons du soleil, des lambeaux de vêtements : et comme il s’inquiétait, près du dieu, de cette tenue enfin mythologique, “C’est,” répondit Arthur Rimbaud à l’auteur des Exilés, qui dut convenir de la justesse impliquée, certainement, par cette observation et accuser sa propre imprévoyance “que je ne puis fréquenter une chambre si propre, virginale, avec mes vieux habits criblés de poux.” Le hôte ne se trouva correct qu’après avoir adressé des effets à lui de rechange et une invitation à partager le repas du soir, car “l’habillement, outre le logis ne suffit pas, si l’on veut produire des poèmes remarquables, il importe également de manger.”

Le prestige de Paris usé vite ; aussi, Verlaine entre de naissantes contrariétés de ménage et quelque appréhension de poursuite comme fonctionnaire humble de la Commune, certes decidérent Rimbaud à visiter Londres. Ce couple y mena une orgiaque misère, humant la libre fumée de charbon, ivre de réciprocité. Une lettre de France bientôt pardonnait, appelant l’un des transfuges, pourvu qu’il abandonnât son compagnon. La jeune épouse, au rendez-vous, attendait une réconciliation avec mère et belle-mère. Je crois au récit supérieurement tracé par M. Paterne Berrichon  et indique selon lui une scène, poignante au monde, attendu qu’elle compta pour héros, l’un blessé comme l’autre délirant, deux poëtes dans leur farouche mal. Prié par les trois femmes ensemble, Verlaine renonçait à l’ami, mais le vit à la porte de la chambre d’hôtel fortuitement, vola dans ses bras le suivre et n’écouta l’objurgation par celui-ci, refroidi, de n’en rien faire “jurant que leur liaison devait être à jamais rompue” — “même sans le sou” quoique à Bruxelles en vue seulement d’un subside pécuniaire pour regagner le pays “il partirait.” Le geste repoussait Verlaine qui tira, égaré, d’un pistolet, sur l’indifférent et tomba, en larmes au devant. Il était dit que les choses ne resteraient pas, j’allais énoncer, en famille. Rimbaud revenait, pansé, de l’hospice et dans la rue, obstiné à partir, reçut une nouvelle balle, publique maintenant ; que son si fidèle expia, deux ans, dans la prison de Mons. Solitaire, après cette circonstance tragique, on peut dire que rien ne permet de le déchiffrer, en sa crise définitive, certes, intéressante puisqu’il cesse toute littérature : camarade ni écrit. Des faits ? il devait selon 1875, et qu’importe ; puis gagna l’Allemagne, avec des situations pédagogiques, et un don pour les langues, qu’il collectionnait, ayant abjuré toute exaltation dans la sienne propre ; atteignit l’Italie, en chemin-de-fer jusqu’au Saint-Gothard, en suite à pied, franchissant les Alpes : séjourne quelques mois, pousse aux Cyclades et, malade d’une insolation, se trouve rapatrié officiellement. Pas sans que l’effleurât une avant-brise du Levant.

Voici la date mystérieuse, pourtant naturelle, Si l’on convient que celui, qui rejette des rêves, par sa faute ou la leur, et s’opère, vivant, de la poèsie, ultérieurement, ne sait trouver que loin, très loin, un état nouveau. L’oubli comprend l’espace du désert ou de la mer. Ainsi les fuites tropicales moins, peut-être, quant au merveilleux et au décor : puisque c’est en soldat racolé, 1876, sur le marché Hollandais, pour Sumatra, déserteur dès quelques semaines, rembarque au coût de sa prime, par un vaisseau anglais, avant de se faire, audacieusement, marchand d’hommes, à son tour, y amassant un pécule perdu en Danemark et en Suède, d’où rapatriement ; — en chef des Carrières de Marbre, dans l’île de Chypre, 1879, après une pointe vers l’Égypte, à Alexandrie et — on verra, le reste des jours, en traitant. L’adieu total à l’Europe, aux climat et usages insupportables, également est ce voyage au Arar, près de l’Abyssinnie (théâtre d’ évènements militaires actuels) où, comme les sables, s’étend le silence rélativement à tout geste extérieur de l’exilé. Il trafiqua, sur la côte et l’autre bord, à Aden, le rencontra-on toutefois à ce point extrême ! féeriquement d’objets précieux encore, comme quelqu’un dont les mains ont caressé jadis les pages ; ivoire, poudre d’or, ou encens. Sensible à la qualité rare de sa pacotille, peut-être pas, comme entachée d’orientalisme Mille et Une Nuits ou de couleur locale : mais aux paysages bus avec la soif de vastitude et d’indépendance ! et si, l’instinct des vers par quelqu’un renoncé, tout devient inférieur en s’en passant, même vivre, au moins que ce soit brutalement, sauvagement, la civilisation ne survivant, chez l’individu, à un signe suprême.

Une nouvelle inopinée, en 1892, circula par les journaux : que celui, qui avait été et demeure, pour nous, un poête, voyageur, malade, à Marseille, revenu avec une fortune et opéré, arthritique, après le débarquement, venait d’y mourir. Sa bière prix le chemin de Charleville, accueillie dans ce refuge, jadis, de toutes agitations, par la pièté d’une sœur.

Je sais à tout le moins la gratuité de se substituer, aisément, à une conscience : laquelle dût, à l’occasion, parler haut, pour son compte, dans les solitudes. Ordonner, en fragments intelligibles et probables, pour la traduire, la vie d’autrui, est, tout juste, impertinent : il ne me reste qu’à pousser à ses limites ce genre de méfait. Seulement je me renseigne — Une fois, entre des migrations, vers 1875, le compatriote de Rimbaud et son camarade au collège, M. Delahaye, à une réminiscence de qui ceci puise, discrètement l’interrogea sur ses vieilles visées, en quelques mots, que j’entends, comme — “et ! bièn, la littérature ?” l’autre fit la sourde oreille, enfin répliqua avec simplicité que “non, il n’en faisait plus,” sans accentuer le regret ni l’orgueil. “Verlaine” ? à propos duquel la causerie le pressa : rien, sinon qu’il évitait, plutôt comme déplaisante, la mémoire de procédés, à son avis, excessifs.

L’imagination de plusieurs, dans la presse participant au sens, habituel chez la foule, des trésors à l’abandon ou fabuleux, s’enflamma de la merveille que des poèmes restassent, inédits, peut-être, composés là-bas. Leur largeur d’inspiration et l’accent vierge ! on y songe comme à quelque chose qui eût pu être ; avec raison, parce qu’il ne faut jamais négliger, en idée, aucune des possibilités qui volent autour d’une figure, elles appartiennent à l’original, même contre la vraisemblance, y plaçant un fond légendaire momentané, avant que cela se dissipe tout-à-fait. J’estime, néanmoins, que prolonger l’espoir d’une œuvre de maturité nuit, ici, à l’interprétation exacte d’une aventure unique dans l’histoire de l’esprit. Celle d’un enfant trop précocement touché et impétueusement par l’aile littéraire, qui avant le temps presque d’exister, épuisa d’orageuses et magistrales fatalités : sans recours à du futur.

Une supposition, autrement forte, comme intérêt, que d’un manuscrit démenté par le regard perspicace sur cette destinée, hante, relative à l’état du vagabond s’il avait, de retour, après le laisser volontaire des splendeurs des la jeunesse, appris leur épanouissement, parmi la génération, en fruits féeriques non moins et plus en rapport avec le goût jadis, ou de gloire, que ceux quittés aux oasis : les aurait-il reniés au cueillis ? Le Sort, avertissement à l’homme de son rôle accompli, sans doute afin qu’il ne vacille pas en trop de perplexité,trancha ce pied qui venait se poser sur le sol natal étranger : ou, tout-de-suite et par surcroit, la fin arrivant, établit, entre le moribond et diverses voix qui, souvent, l’appelèrent notamment une du grand Verlaine, le mutisme que sont un mur ou le rideau d’hôpital. Interdiction que, pour aspirer la surprise de sa renommée et sitôt l’écarter ou, à l’opposé, s’en défendre et jeter un regard d’envie sur ce passé grandi pendant l’absence. Lui se retournât à la signification, neuve, proférée en le parler natal, des quelques syllabes Arthur Rimbaud : l’épreuve, alternative, gardait la même dureté et mieux la valut-il, effectivement, omise. Cependant, on doit, approfondissant d’hypothèse pour la doter de la beauté éventuelle, cette carrière hautaine, après tout, et sans compromission, présumer que l’intéressé en eût accueilli, avec une fiere incurie, cet aboutissement en célébrité comme concernant, certes, quelqu’un qui avait été lui, mais ne l’était plus, d’aucune façon : à moins que ce fantôme impersonnel ne poussât la désinvolture jusqu’à réclamer traversant Paris, pour les joindre à l’argent rapporté, simplement, des droits d’auteur.

Stéphane Mallarmé.

mallarme-217x300 dans LITTERATURE FRANCAISEÉtienne Mallarmé, dit Stéphane Mallarmé, né à Paris le 18 mars 1842 et mort à Valvins (commune de Vulaines-sur-Seine, Seine-et-Marne) le 9 septembre 1898, est un poète français.

Admirateur de Théophile Gautier, Charles Baudelaire et Théodore de Banville, Stéphane Mallarmé fait paraître en revue quelques poèmes en 1862. Professeur d’anglais par nécessité, il est nommé en septembre 1863 au lycée de Tournon-sur-Rhône en Ardèche et passe par Besançon ou Avignon, avant d’arriver à Paris en 1871. Il fréquente alors des littérateurs comme Paul Verlaine, Émile Zola ou Auguste de Villiers de L’Isle-Adam et des artistes comme Édouard Manet qui a peint son portrait en 1876.

S’il rencontre des difficultés dans son métier de professeur (il est chahuté par ses élèves), il mène une vie familiale paisible, avec cependant des difficultés financières et des deuils. Il poursuit l’écriture de poèmes très élaborés et reçoit ses amis créateurs lors des Mardis de la rue de Rome ou dans sa maison de campagne, à Valvins, près de Fontainebleau où il meurt le 9 septembre 1898 à 56 ans.

Attiré par l’esthétique de l’art pour l’art, il collabore au Parnasse contemporain dès 1866, cherchant à dépasser son sentiment d’impuissance lié à un état dépressif, il est dès lors en quête d’une beauté pure que seul peut créer l’art : « le monde est fait pour aboutir à un beau livre », affirme-t-il. Il entreprend des œuvres ambitieuses qu’il retravaillera longtemps comme Hérodiade (1864-1887) ou L’Après-midi d’un faune (1865-1876, mis en musique par Debussy en 1892-94). Admirateur d’Edgar Poe il traduit Le Corbeau, publié en 1875 illustré par Édouard Manet, et écrit le Tombeau d’Edgar Poe en 1876 (« Tel qu’en Lui-même enfin l’éternité le change,… ») avant de traduire en prose d’autres poèmes.

En 1887, il fait paraître une édition de ses Poésies qui montrent sa recherche stylistique comme dans le sonnet en yx : Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx ou le sonnet en octosyllabesUne dentelle s’abolit (Une dentelle s’abolit // Dans le doute du Jeu suprême //A n’entrouvrir comme un blasphème //Qu’absence éternelle de lit.) L’aboutissement de cette ambition du poème absolu apparaît dans le poème graphique de 1897 Un coup de dés jamais n’abolira le hasard. Cette recherche d’une expression tendue vers l’épure lui vaut cependant dès l’époque le reproche d’hermétisme qui reste attaché à l’art mallarméen.

La renommée de Stéphane Mallarmé se consolide encore à partir de 1884 quand Verlaine publie l’article qui l’insère dans sa série des Poètes maudits, et, porteur de modernité et proche des avant-gardes en art comme en littérature, il est reconnu comme un maître par les jeunes générations poétiques, d’Henri de Régnier et des symbolistes à Paul Valéry. Ainsi, auteur d’une œuvre poétique ambitieuse, Stéphane Mallarmé a été l’initiateur, dans la seconde moitié du 19e siècle, d’un renouveau de la poésie dont l’influence se mesure encore auprès de poètes contemporains comme Yves Bonnefoy.

 

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L’Orage de George Brassens

Posté par francesca7 le 20 avril 2013

 

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Georges Charles Brassens est né à Sète, le 21 octobre 1921. Entre un père entrepreneur en maçonnerie, athée de tout son coeur, et une mère aux origines napolitaines, croyante comme peuvent l’être les italiennes, Georges a très vite compris que la vie pouvait être une chose compliquée. Il a donc essayé de faire simple. Pas très studieux en classe, il aime surtout blaguer avec les copains, écouter des disques et apprendre les milliers de chansons que sa famille fredonne autour de lui. Des airs italiens (« O sole mio.. ») chantés par sa mère, en passant par Charles Trenet, Tino Rossi, Ray Ventura ou Mireille, tout est bon à entendre, comprendre, aimer. A quinze ans, il écrit ses premières chansons sur des musiques de Trenet et sent l’aiguillon du swing titiller ses trouvailles. La mode du jazz-band, venue d’outre-atlantique et popularisée en France par Ray Ventura, marquera pour toujours la rythmique de Brassens. Le swing sera le cœur de son univers musical, souvent réduit à tort – les multiples adaptations «jazz» de son répertoire le montreront – à d’éternels accords, rejouant éternellement la même mélodie.

En 1936, Brassens a quinze ans et fait, après la musique, l’autre découverte de sa vie. Alphonse Bonnafé, professeur de français au collège de Sète, parle de poésie avec ferveur et brio, avec assez d’intelligence en tout cas pour captiver Georges, élève approximatif mais désormais conscient de l’importance des mots. Néanmoins les charmes poétiques ont beau être puissants, ils n’empêchent pas Brassens d’accomplir son lot de sottises adolescentes. En 1939, il est surpris en compagnie d’autres jeunes lors d’un vol de bijoux. 15 jours de prison avec sursis : l’avenir n’est pas compromis mais la réputation en ville a du plomb dans l’aile. Pour calmer l’affaire, ses parents décident de l’envoyer chez une tante à Paris.

L’occasion est trop belle, Brassens s’installe donc dans la capitale en février 1940. Comble de l’aubaine, la tante Antoinette possède un piano droit qui permettra au nouveau venu de se faire la main et d’improviser quelques mélodies. Pour s’assurer un salaire, Brassens travaille un moment comme apprenti relieur, puis trouve une place de tourneur chez Renault, à Boulogne-Billancourt. Mais le quotidien de travailleur ne durera qu’un temps : le 3 juin 1940, une bombe s’abat sur l’usine et contraint les ouvriers au chômage. Après deux mois à Sète pour l’été, Brassens revient à Paris mais ne cherche plus de travail. Sa seule activité, désormais, est l’écriture. A la venvole, son premier recueil de poèmes, date de cette période. Pendant deux ans, il mène une vie de bohème. Il écrit, lit jusqu’à plus soif, fréquente les bistrots populaires du 14e arrondissement et refait l’univers avec ses copains, sa plus proche famille. En février 1943, l’envoi à Basdorf en Allemagne, pour le STO (Service du Travail Obligatoire) vient rompre l’équilibre sympathique de cette vie. Pendant un an, Brassens travaille comme il se doit, continue à composer des chansons ici ou là et noue de fortes amitiés. Entre autre, avec Pierre Oteniente, employé au Trésor Public qui sera ensuite son secrétaire et homme de confiance. En mars 1944, des permissions sont accordées aux travailleurs français. De l’avis général, c’est le moment de filer et de se faire discret. Brassens suivra donc ce conseil. Après les deux semaines de congés autorisés chez sa tante, il s’installe impasse Florimont chez son amie Jeanne Le Bonniec – plus tard saluée dans « La cane de Jeanne » et « Chez Jeanne ».

En 1945, Brassens achète sa première guitare et peaufine sa technique sur les premières chansons de son répertoire. Selon ses amis, il avait alors plusieurs dizaines de chansons à son actif : « Bonhomme » ,« Le mauvais sujet repenti » sortiront plus tard en disque, presque inchangées ; les musiques de « Brave Margot »« Le gorille » ou « Les croquants » sont déjà composées. En 1946-47, Brassens s’offre une incursion dans le journalisme en collaborant à la revue Le Libertaire, portée par le mouvement anarchiste – dont il restera proche toute sa vie.

La vie de lecture, écriture et musique se poursuit intensément, quoique chichement, pendant quelques années. En 1947, Brassens rencontre Joha Heiman, alias «Püppchen», sa compagne jusqu’aux derniers jours. Puis en 1951, survient le tournant capital dans sa carrière : sur les conseils du chansonnier Jacques Grello, il tente sa chance dans les cabarets. Les premières scènes se font au Lapin à Gil et au Milord l’Arsouille. La chance éclate plus vivement encore le 6 mars 1952, lorsqu’il rencontre Patachou. Convaincue du talent de Brassens, elle accepte d’interpréter certaines de ses chansons (« Brave Margot », « Les bancs publics ») mais le pousse à chanter lui-même. Jacques Canetti, propriétaire des Trois Baudets, s’enthousiasme à son tour : il offre à Brassens un engagement pour la saison, mais également la sortie chez Polydor de quatre 78-tours (« Le gorille » et « Le mauvais sujet repenti » ; « La mauvaise réputation » et « Le petit cheval » ; « Corne d’aurochs » et « Hécatombe », enfin « Le parapluie » et « Le Fossoyeur »).

L'Orage de George Brassens dans CHANSON FRANCAISE brassens

Le succès a pointé son nez et ne se démentira plus. Brassens se produit aux Trois Baudets et partage l’affiche avec Henri Salvador, Mouloudji, Lucie Dolène et Darry Cowl. Suivront un passage à la Villa D’Este, un premier concert à l’étranger (Bruxelles le 19 mai), une tournée de trente-six villes en France, puis Bobino en octobre. Les années Brassens ont commencé. L’Olympia, le Premier Prix de l’Académie Charles Cros, une tournée en Suisse, au Maroc, en Belgique et en France confirmeront sa réussite en 1954. En 1955, Tunis, Alger, Bruxelles puis la France entière auront l’occasion de voir ou revoir sur scène le nouveau prodige de la chanson. Les disques, les tournées et les années défilent, les passages à Bobino et l’Olympia se succèdent.

Mais Brassens fait également ses premiers pas au cinéma en 1956, en jouant et chantant dans Porte des lilas, adaptation du roman de son ami René Fallet (La grande ceinture) par René Clair. En 1964, il écrit l’emblématique «Les copains d’abord», pour le film Les copains, d’Yves Robert. Il y aura aussi l’enregistrement de la chanson « Heureux qui comme Ulysse » en 1970, pour le film de son ami sètois Henri Colpi, et la musique composée pour Le drapeau noir flotte sur la marmite de Michel Audiard, l’année suivante.

En 1973, Brassens s’offre un détour à Cardiff pour un concert exceptionnel à l’University’s Sherman Theatre, qui donnera lieu en 74 à la sortie d’un disque live : In Great Britain. Les marques de reconnaissance pleuvent et Brassens, déjà récompensé en 1967 du Grand Prix de Poésie de l’Académie Française, reçoit en 75 le Grand Prix de la Ville de Paris, puis le Prix du disque, remis par Jacques Chirac en 1976. Drôle de destin pour celui qui connut quelques incompatibilités d’humeur avec la censure, notamment à l’époque du Gorille !

La santé de Brassens, qui souffre depuis quarante ans de coliques néphrétiques, ne lui permet plus ensuite de poursuivre le rythme effréné des tournées. Il enregistre en 1976 un double album instrumental de ses chansons (« Au bois de mon cœur »« La femme d’Hector »« Le temps ne fait rien à l’affaire »« Chanson pour l’Auvergnat », notamment) avec Moustache et les Petits Français. Enfin, après six mois de concerts à Bobino d’octobre 1976 à mars 1977, Brassens enregistre son dernier album consacré aux « chansons de sa jeunesse » (« Avoir un bon copain »« Le petit chemin »« Puisque vous partez en voyage »), au profit de l’association Perce-neige, fondée par Lino Ventura.

Le 29 octobre 1981, Brassens quitte la planète. Il meurt à Saint–Gély–du–Fesc, des suites d’un cancer. Une cinquantaine de thèses, l’enregistrement par Bertola ou Le Forestier des dizaine de chansons inédites notées sur des cahiers, se chargent d’éclairer son œuvre et de la transmettre aux nouvelles générations. Plus de vingt ans après sa mort, les mots de Brassens font toujours mouche. C’est peut-être ça, la poésie ?

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