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De belles superstitions d’antan

Posté par francesca7 le 30 avril 2016

 

 

 

Dans les années 1917-1919, Edouard Harlé, membre éminent de nombreuses sociétés scientifiques, ingénieur des Ponts et Chaussées ayant su acquérir des connaissances en géologie, paléontologie et archéologie, publie le résultat de ses recherches menées en Gironde et relatives aux chiffons placés au bord de sources ou sur des buissons et permettant de sécher le mal, ainsi qu’au sou dans la main des morts pour payer l’entrée du Paradis

J’en ai signalé à la source de Las sègues, aux environs de Bagnères-de-Bigorre, écrit Edouard Harlé. Depuis, je me suis souvenu que mon fils Jacques, ayant été à pied de Cazaux à Lugos (limite de la Gironde et des Landes), pour rechercher et étudier les dunes créées par l’étang de Sanguinet, m’avait raconté être passé à une source avec chiffons sur les buissons.

Impossible d’avoir par lui d’autres renseignements : le pauvre Jacques a été tué à l’ennemi, en mai dernier. J’ai cherché sur ses cartes et j’y ai trouvé, écrits à la main, à un kilomètre et demi à l’est de Sanguinet (Landes), les mots « Hount sant », qui signifient, en langue du pays, « Source sainte ».

 1

 

Une des nombreuses sources miraculeuses de Gironde

 

J’ai été au point ainsi désigné, rapporte notre narrateur. Il y a là deux sources saintes : Sainte Rose et Saint Basile, toutes deux près du moulin de la Grande Mole, sur le ruisseau de La Gourgue, et toutes deux issues de petits marais. La source de Sainte Rose est au nord du ruisseau. C’est celle où mon fils avait vu des chiffons sur les buissons. Elle est insignifiante. Pas de chiffons, quand je l’ai visitée.

La source de Saint Basile est renommée et l’on y a mis une croix en fer. Elle est au bord et au sud de La Gourgue. J’y ai vu un chiffon blanc sur la croix, un tombé au pied de la croix, et cinq sur les branches des buissons voisins. La vieille femme qui m’a guidé m’a dit :

« II y avait beaucoup de chiffons sur les buissons des deux sources ; mais, depuis la guerre, on n’en met pas : la guerre arrête tout. Quand mon fils était tout petit enfant, il lui est venu une mauvaise plaie à la figure. J’ai pensé que c’était le Mal de Saint Basile et j’ai été chercher de l’eau à la source de Saint Basile dans un petit flacon. J’ai lavé la plaie avec cette eau trois jours de rang. Le premier jour, la plaie a blanchi ; le second, elle a diminué ; le troisième, elle a disparu. Mon mari est très malade. Je l’ai lavé avec de l’eau de la source de Saint Basile et de toutes les sources du pays ; mais cela ne lui a rien fait. Par malheur, je ne sais pas de quel saint est son mal. »

Pourquoi met-on des chiffons ? Les nombreuses personnes des environs que j’ai interrogées m’ont répondu, explique Harlé : les unes, que c’est par superstition ; les autres, que c’est pour se débarrasser des chiffons, après leur emploi pour panser les plaies. Il me semble que le fait qu’on place les chiffons sur les branches des buissons, au lieu de les jeter simplement à terre, indique autre chose que le seul désir de s’en débarrasser.

Si j’habitais Sanguinet, écrit notre ingénieur en 1917, je ferais des fouilles dans la vase et le sable de la source de Saint Basile, avec l’idée d’y trouver des offrandes de dévots du temps des romains, des gaulois, de l’Age du bronze ou de la pierre polie. La vieille m’a dit avoir vu, auprès de cette source, un tronc, où les dévots mettaient des sous ; mais les non-dévots volaient les sous ; on a transféré le tronc dans l’église.

Marcel Baudouin qui, comme Edouard Harlé, est membre de la Société préhistorique française, tient à rappeler que rien n’est plus comparable à la Source de Saint Basile que laSource de la Fontaine Saint-Gré, en Vendée, invoquant son mémoire sur la fontaine thérapeutique d’Avrillé, où l’on retrouvera la Croix de Fer, le Tronc transporté à l’Eglise, à cause des voleurs, etc. Tout se répète, constamment et partout, affirme-t-il encore.

L’année suivante, Albert Hugues, autre membre de cette Société, désireux d’apporter sa modeste contribution au même sujet, relève ce qu’il a pu observer dans le Gard. La Source d’Estauzens, placée à la limite des communes de Nîmes et de La Calmette, est renommée pour la guérison des maladies du foie, coulant au pied de la commune que surmonte l’Enceinte préhistorique, à quelques mètres des restes du vieux monastère de femmes de Notre-Dame d’Estauzens, prieuré rural déjà ruiné au XVIe siècle.

La Source d’Estouzïn (en patois languedocien) est connue des habitants de Nîmes et des villages environnants pour ses vertus médicinales. L’analogie de son nom lui donne une vertu particulière pour guérir les maladies du foie (estourïn dans le patois local) Pendant neuf jours consécutifs, et bien avant le lever du soleil, le malade est tenu de boire à la source et d’y faire ses ablutions. Eviter toute rencontre de quidam, à l’aller et au retour de ces visites, procure à celui qui peut y réussir une guérison plus rapide et plus sûre !

Quand je visitai la source pour la première fois, en 1904, poursuit Albert Hugues, je remarquai de nombreux chiffons, dans les alentours, soit à terre, soit sur les buissons de ronces ou de chênes kermès ; et je crus au séjour en cet endroit d’un campement de bohémiens ! Le valet de ferme à mon service, intelligent et très actif, qui m’avait signalé les vertus de la source pour avoir été guéri dans son enfance à la suite d’une neuvaine, me déclare que ces chiffons servaient à éponger les malades et restaient sur place, afin que chacun ne put emporter chez soi lou vérin (le venin) de la maladie expurgé par l’eau et dont le morceau d’étoffe se trouvait imprégné.

 

 

 2

Source de Gazinet, en Gironde

 

 

La coutume de glisser, en cachette, un sou dans la main du mort est d’usage assez fréquent chez les catholiques des villages des environs d’Uzès et du Malgoirès, ajoute-t-il, précisant que la pièce de monnaie doit être mise en cachette et que, dans sa région, à population mi catholique, mi protestante, si certaines pratiques sont communes aux adeptes des deux religions, il en est qui, acceptées par les uns, sont rejetées par les autres.

En 1919, Edouard Harlé revient sur les rites liés aux chiffons et au sou. Il y a deux sources guérisseuses à chiffons dans la commune de Mios, explique-t-il : l’une, dans le bourg, est sous le vocable de Saint-Jean-Baptiste ; l’autre, près du hameau de Florence, sous celui de Saint- Jean-l’Evangéliste.

De cette dernière, le Dr Peyneau, maire de Mios, écrivait : « Il y a cinq ans, ma domestique ayant aux jambes des maux dont elle ne pouvait guérir, s’en fut à cette fontaine pour les laver. On lui avait recommandé de laver chaque plaque malade avec un chiffon distinct et d’étendre ensuite tous ces chiffons sur le petit mur qui entoure cette fontaine, afin de les y faire sécher. Elle se conforma scrupuleusement à ce rite et son mal sécha petit à petit et il disparut. »

Ceci explique probablement, conclut Harlé, pourquoi la plupart des dévots étendent leurs chiffons sur des buissons, au lieu de les jeter à terre : le mal doit sécher comme le chiffon. Selon le curé, bon nombre de dévots jettent en guise d’offrande des sous dans le puits où sourd cette fontaine ; les bergers volent ces sous.

Croisant dans le train une femme très âgée, à Gazinet, près de Bordeaux, Harlé lui demanda : « Vous venez sans doute, Madame, de consulter la fameuse sorcière de Gazinet ? – C’est moi, Monsieur ! », répondit la dame, furieuse… La sorcière refusa de lui faire savoir comment, en examinant le gilet de flanelle d’une personne éloignée, elle reconnaissait sa maladie, mais elle voulut bien lui dire que l’usage de munir les morts d’un sou est très répandu : « Et plutôt une pièce d’or qu’un sou, car, dans l’autre monde comme dans celui-ci, on obtient plus avec 20 francs qu’avec 5 centimes. »

Souvent, on met le sou dans la bouche du mort ; d’autres fois, dans sa poche (on habille les morts). L’essentiel est que, d’une manière ou d’une autre, le mort soit muni d’une pièce de monnaie. « A-t-il son sou ? » demandent les parents qui viennent le voir.

Déjeunant, à Bourg-sur-Gironde, chez un de ses amis, il demanda à sa vieille cuisinière si l’on enterrait les morts avec un sou : « Certainement, Monsieur ; et, il y a deux mois seulement, quand on a enterré ici Madame…, on lui a mis un sou dans la main. Ce ne sont pas ses parents qui ont fait cela, car ils n’y croient pas ; c’est sa domestique. » Et Edouard Harlé de confier s’être dit : « J’ai des bonnes dévouées ; pour sûr, moi aussi, je partirai pour l’autre monde avec un sou dans la main ! »

Un jeune homme de Bourg-sur-Gironde, mobilisé à Lunéville (Meurthe-et-Moselle), ayant été très grièvement blessé par une bombe d’un avion allemand, sa femme, qui avait réussi à l’y rejoindre, assista à ses derniers moments et à ses funérailles. « Je n’ai guère de religion, dit-elle à son retour à Bourg ; mais cependant j’ai tenu à lui mettre un sou dans la poche, pour qu’il puisse payer l’entrée du paradis à Saint Pierre. »

L’usage de munir les morts d’une pièce de monnaie existe dans de nombreux pays civilisés, précise Harlé : Japon, Indochine, Siam, Inde, etc. La raison donnée diffère suivant les peuples et, souvent, elle est mal définie ; mais l’on est d’accord sur un point : pour qu’un mort entre dans l’autre monde en bonnes conditions, il faut qu’il y paye quelque chose à quelqu’un.

Baudouin, également membre de la Société préhistorique française, ajoute avoir lu dans O’Sullivan (Irlande, p. 11) : « Les Irlandais ont l’habitude de suspendre des haillons aux branches des arbres, près des fontaines, coutume dominante parmi les peuples de l’Orient ; l’olivier sauvage d’Afrique et l’Arbre sacré des Indous portent ordinairement ces marques d’adoration et rappellent l’Irlande… Charles O’Connor, dans sa 3e lettre signée Columbanus, dit qu’il a demandé pourquoi on suspendait des morceaux de linge aux branches des arbres :C’est pour s’attirer les faveurs des Daoini Mailhe (Les Fées), lui répondit-on. »

On lit dans les voyages d’Hauwaq : « Je vis près de l’eau une grande quantité de morceaux de linge, suspendus aux branches d’un arbre ». Les chiffons des Sources sont donc classiques en Irlande.

Et Baudouin de rappeler « qu’une pièce de monnaie n’est que la Rondelle à Animaux du Paléolithique et un objet du Culte stello-solaire, représentant le Pôle, c’est-à-dire l’empire des Morts ou les Enfers ; et le Soleil anthropomorphisé ! Qui se ressemble s’assemble… »

(D’après « Bulletin de la Société préhistorique française »,
paru en 1917, 1918, 1919)

 

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LA MACHINE A SILHOUETTE

Posté par francesca7 le 21 avril 2016

 

 
 
Si le parrain innocent du mot Silhouette, qui désigne la simple représentation de l’ombre projetée par un objet et plus particulièrement de la figure et du corps humain, est un certain Étienne de Silhouette qui vécut au XVIIIe siècle et s’illustra en préconisant des économies drastiques pour relever les finances de l’État, le terme, devenu d’usage courant, ne fut admis par l’Académie qu’en 1835. Mais comment s’imposa ce dessin d’une teinte uniforme dont le bord ou le contours seuls se détachent du fond ?

Si le premier dessin, exécuté sur une pierre, de souvenir ou d’après nature, représentait non seulement le contour, mais aussi les points saillants d’un objet qui avaient frappé l’œil du dessinateur, la première silhouette fut quant à elle la première représentation exacte d’un objet, son auteur s’étant contenté de tracer le contour de l’ombre de cet objet se détachant sur une surface plus claire.

Voici donc la silhouette occuper une place intéressante, non seulement dans l’histoire primitive des manifestations de l’intelligence de l’homme, mais aussi dans l’histoire du portrait. Elle reproduit imparfaitement, mais fidèlement, la figure humaine, alors que l’artiste l’interprète à sa façon, avec sa conception visuelle, avec le sentiment qu’il prête à son modèle, enfin suivant les moyens dont il dispose : son talent et son procédé de reproduction.

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Cherchons l’origine de cet amusement, de cette fantaisie graphique qui, malgré l’attrait qu’elle présente, n’exige qu’un peu d’habileté. Des recherches conduisent à deux thèses diamétralement opposées. Certains écrivains qui ont étudié la question, en particulier Vivarez et Grand-Carteret, deux noms qui marquent dans l’histoire de nos collections, attribuent cette invention à Étienne de Silhouette lui-même.

Étienne de Silhouette, né à Limoges en juillet 1709, avait épousé la fille d’Astruc, médecin de Louis XV, et jouissait d’une grande fortune personnelle. Après avoir beaucoup voyagé, notamment en Angleterre où il remplit des missions diplomatiques et financières, la faveur de Mme de Pompadour le fit nommer, le 4 mars 1759, Contrôleur général des Finances, portefeuille considérable à cette époque.

Pénétré des idées nouvelles philosophiques et économiques, il débuta par un Mémoire au roi, resté célèbre, où il attaquait de front les errements financiers, en demandant la suppression des fermiers généraux et en préconisant un régime d’économies, seul capable de relever les finances de l’État. On conçoit sans peine que ses premières mesures furent favorablement accueillies dans le peuple et la bourgeoisie.

Il devint vite populaire, et une estampe de la Collection Hennin nous le montre chassant à coups de fouets les fermiers généraux et autres maltôtiers à cheval, ayant la plupart des femmes en croupe. Cette gravure a pour titre : Déroute des Fermiers Généraux et de leurs Croupiers et Croupières. Événement arrivé sous l’auspice de la Comette le 6 May 1759. Elle est accompagnée des vers suivants :

François, au premier trait du chef de la finance
Reconnois un Rosny, un Colbert, un Louvois
Deja par ses Conseils, il procure à la France
Le Moïen assuré de terrasser l’Anglois.

Achève Silhouette, achève ton Ouvrage
De Louis, le Bien aimé rends le nom glorieux ?
Enrichissant ton Roy, tu peux Ministre Sage
En le rendant Vainqueur, rendre son Peuple heureux.

Mais nous étions en pleine Guerre de Sept Ans, il fallait de l’argent, et tout ce monde de traitants qui le fournissait en pillant le Trésor, se tourna contre M. de Silhouette. La disgrâce fut rapide. Le 21 novembre de la même année, il dut résigner ses fonctions et se retira dans la seigneurie de Bry-sur-Marne qu’il venait d’acquérir. Il s’occupa d’œuvres de bienfaisance, reconstruisit le château de Bry, y mourut le 20 janvier 1767. Il fut inhumé dans le chœur de l’église.

Les auteurs précédemment cités disent que, pour occuper les loisirs de cette retraite un peu forcée, il imagina de découper avec des ciseaux, dans du papier, le profil des amis qui venaient le visiter, et d’en faire ainsi de petits portraits qui eurent une vogue considérable et provoquèrent l’engouement du public.

 1

Mais voici une autre opinion : dès qu’Étienne de Silhouette émit la prétention de réduire les pensions, de supprimer les privilèges, il eut contre lui tous ceux qui profitaient de ces régimes. Il fut accablé de brocards et de caricatures, sous les coups desquels il tomba. Comme il demandait aux grands potentats de faire des sacrifices, jusqu’à envoyer leur vaisselle d’argent à la Monnaie, on surnomma « Culotte à la silhouette » des culottes où le gousset n’existait plus ; et, dans des caricatures, le personnage n’était représenté que par son ombre, puisqu’on lui avait tout enlevé.

Mercier, l’auteur du célèbre Tableau de Paris paru en 1782, grand historien de nos mœurs à cette époque, fait naturellement allusion à la silhouette à propos d’un sujet qui en est fort éloigné : La Courtille. Voici ce qu’il dit :

« Tandis que Ramponneau augmentait en célébrité, celle d’un contrôleur général des finances, monté à cette place avec la plus haute réputation, tomba précipitamment. Il fit plusieurs écoles, quoique doué d’esprit et de connaissances. Dès lors, tout parut à la SILHOUETTE, et son nom ne tarda point à devenir ridicule. Les modes portèrent à dessein une empreinte de sécheresse et de mesquinerie. Les surtouts n’avaient point de plis, les culottes point de poches ; les tabatières étaient de bois brut ; les portraits furent des visages tirés de profil sur du papier noir, d’après l’ombre de la chandelle, sur une feuille de papier blanc. Ainsi se vengea la Nation. » (Tableau de Paris, édition corrigée et augmentée de 1783).

Mais cela est un peu vague, et ne résout pas le problème. Ainsi, jusqu’ici, aucune preuve, et même aucune trace ne nous reste de l’origine précise d’un petit fait qui eut une si considérable répercussion. Remarquons cependant, dans l’ouvrage Papeterie et Papetiers, de John Grand-Carteret, cet extrait de la Feuille nécessaire du 3 décembre 1759, quinze jours après la disgrâce d’Étienne de Silhouette, à propos des papiers de tenture :

« Aujourd’hui ces tapisseries sont couvertes de portraits à l’ombre. Nos dames, à l’imitation de Debutade, tracent partout les traits de leurs amis sur un papier noir qu’elles découpent ensuite, elles donnent même leurs portraits sans que cela tire à conséquence : utile invention qui multiplie partout la figure de ce qui vous intéresse et en fixe le souvenir dans une imagination trop légère ».

Qui est ce Debutade : un fabricant de papier de tentures ou un silhouettiste ? Peut-être est-ce là l’origine que nous cherchons. Quoi qu’il en soit, nous nous trouvons en présence d’une invention — laissons le mot — qui se répandit comme une vraie traînée de poudre, et dont le principe a toujours été et sera longtemps employé dans les arts graphiques. Cela tient à ce que ce procédé de représenter une figure ou un objet par une masse noire se détachant en plein sur du blanc, frappe énergiquement notre sens visuel, et lui laisse une impression plus rapide et plus profonde que les dessins, où les détails plus ou moins bien rendus exigent de l’œil un travail de recherche et de compréhension.

La silhouette-portrait donna naissance aussitôt à une petite industrie qui fut, comme l’a si bien dénommée Vivarez, celle du portrait à bon marché, réalisé à l’aide d’un physionotrace, application plus artistique de la silhouette, l’art du dessinateur et du graveur venant ajouter au simple contour de la silhouette les traits de la figure et les ornements de la tête.

 

3

Machine sûre et commode pour tirer des silhouettes. Gravure de Schellenberg publiée
au sein de l’Essai sur la physiognomonie destiné à faire connaître l’homme et à le faire aimer,
par Casper Johann Lavater (1781)

 

Le procédé originaire de fabrication est le même, puisqu’il s’agit d’abord de fixer sur une surface claire l’ombre portée par un objet éclairé. La gravure ci-dessus montre comment se faisaient les portraits à la silhouette. La personne est assise pour garder l’immobilité, elle est éclairée par une simple bougie et l’opérateur trace sur un écran les contours de l’ombre projetée. Mais lorsque nous regardons ces petits portraits, hauts de 3 à 4 centimètres, nous devons observer qu’ils n’étaient pas uniquement obtenus de cette façon, car l’ombre projetée est plus grande que le modèle, et c’est là où les sciences nouvelles sont intervenues.

Il fallut procéder à une seconde opération pour réduire cette image à la proportion que nous voyons. Cela est on ne peut plus facile et il n’est pas nécessaire de rechercher l’emploi d’appareils compliqués, voire même du pantographe. Il suffisait de projeter à nouveau, sur un écran, la silhouette directe, fortement éclairée, pour lui donner plus de netteté, en interposant, à une distance convenable, une lentille biconvexe. La nouvelle image obtenue sur l’écran se présentait réduite à la dimension voulue. Elle était, il est vrai, renversée ; mais c’était une difficulté insignifiante pour l’opérateur.

Certains opérateurs utilisaient la bougie et l’écran, d’autres la chambre noire, d’autres le pantographe ; mais le véritable mérite du physionotrace résidait dans le talent des peintres en miniature qui gravaient sur cuivre les silhouettes en y ajoutant les détails de la physionomie. Le physionotrace disparut naturellement dès l’apparition de la photographie sous Louis-Philippe.

(D’après « Bulletin de la Société archéologique, historique
et artistique Le Vieux Papier », paru en 1923)

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LA CITADELLE, UN PATRIMOINE VIVANT

Posté par francesca7 le 7 mars 2016

 

 

citadelle-besancon-

Une première mention écrite de la ville est Vesontio par Jules César dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, Vesentionem au Ier siècle avant Jésus-Christ, Visontione par Ausone et Besantionem IVe siècle par Ammien Marcellin. On a également retrouvé sur un portique dans la ville une inscription latine dédiée au dieu Mar(tis) Veso[nti(i), divinité topique associée au site comme cela était fréquent chez les Gaulois. Le nom de la ville signifiait donc « le domaine du (dieu) Vesontios » d’après Delamarre. Au IVe siècle, un B remplace le V de Vesontio et le nom de la ville devient Besontio ou Bisontion, puis subit plusieurs transformations pour donner Besançon en 1243.

Les recherches sur le sens du nom Vesontio/Vesontios ont donné lieu à plusieurs interprétations, mais aucune ne s’impose avec certitude. On a évoqué une racine préceltique *ves- associée à l’idée de hauteur et que l’on retrouverait notamment dans les noms du Vésuve et du Mont Viso, mais les toponymes basés sur cette racine sont très rares en France. Il convient probablement de relier le nom du dieu Vesontios à la rivière et à son méandre si caractéristique entourant presque complètement la ville (cf. la divinité fluviale représentée sur la Porte Noire): Jacques Lacroix propose la racine gauloise *ves-, de la racine indo-européenne *veis signifiant courber, tourner, enrouler, tandis que Pierre-Henri Billy évoque un autre sens de la même racine *veis: couler, s’écouler.

Durant le Moyen Âge, plus précisément entre le IXe siècle et le XIIe siècle, la ville est parfois surnommée Chrysopolis (« la ville d’or »). L’origine de cette appellation, qui apparaît dans un écrit de 821, n’est pas non plus bien établie : présence d’or dans le lit du Doubs, présence de nombreux édifices romains, plaisanterie « besan sum » (« je suis une pièce d’or »), rapprochement entre Byzance et Besançon, Chrysopolis ayant été dans l’Antiquité le nom d’un quartier de Byzance…

À la Belle Époque, alors que la ville connaît une intense activité thermale, elle est parfois appelée Besançon-les-Bains.

La ville de Besançon jouit d’une situation privilégiée sur l’axe structurant européen dit « Rhin-Rhône », voie de communication entre mer du Nord et Méditerranée, l’Europe du Nord et l’Europe du Sud. Elle est située plus précisément à la jonction de la région montagneuse d’élevage du massif du Jura et des vastes plaines cultivables fertiles franc-comtoises. La ville est placée sur le front externe du massif jurassien, dans la zone des faisceaux externes ; Besançon étant situé entre deux faisceaux, les faisceaux des Avant-Monts au nord et le faisceau bisontin au sud.

Elle se trouve dans la pointe nord-ouest du département du Doubs, dans la vallée du Doubs. Elle est distante d’environ 90 kilomètres de Dijon en Bourgogne, de Lausanne en Suisse et de Belfort aux portes de l’Alsace et de l’Allemagne. Sa distance avec la capitale nationale, Paris, est de 327 kilomètres à vol d’oiseau pour un cap de 304 °. Il est à remarquer également que Besançon se situe presque exactement au milieu d’un segment Lyon-Strasbourg, chacune de ces villes étant distante de 190 kilomètres environ.

Sa citadelle

Immanquable, dominant la vieille ville de Besançon de toute sa hauteur, la citadelle de Besançon, classée au Patrimoine de l’Unesco, emplit le méandre du Doubs. Dès 1668, Vauban avait repéré ce rocher défendu par la boucle accusée de la rivière. Étendue sur 11 hectares, la citadelle est considérée comme son chef d’œuvre. « Dites-moi, Vauban, votre citadelle est-elle en or ? », se moquait Louis XIV, au coût de son édification… Des kilomètres de remparts aménagés permettent une vision globale de la ville. Transformée en « patrimoine vivant », cette citadelle incontournable, se visite par le circuit de remparts, trois musées et un jardin zoologique, avec deux restaurants sympathiques pour vous soutenir. Une bonne  journée en perspective ! Mettez donc vos chaussures les plus confortables pour monter par les vieux quartiers, jusqu’à la première des trois enceintes.

La mémoire militaire de la citadelle est fort bien évoquée dans Patrimoinedefrance.fr (cf. La nouvelle vie des citadelles, par F. Lutz). Nous la complèterons en suggérant la visite de la Communication 110 qui relie sur 127 m les deux premières enceintes (tlj en été à 15 h). Ce tunnel camouflé en souterrain vient d’être restauré. On remarquera sur le seuil, l’utilisation d’une pierre tombale de la cathédrale. Dans la première cour, le musée Comtois expose sur deux niveaux une partie des collections de l’abbé Jeanneret. Des plaques de cheminées anciennes évoquent les fonderies locales, en reprenant les armes de la ville et ses deux colonnes romaines. Les marionnettes, tel Barbizier, célèbrent les personnages des crèches comtoises où le peuple aimait à  caricaturer les notables locaux.

Grimpez, grimpez vers les remparts pour photographier de tous côtés le panorama sur le Doubs et les toits de tuile de la vieille ville. Tours du Roi et de la Reine surmontées de fleurs de lys et échauguettes mènent au jardin zoologique aménagé dans les douves. Le seigneur Tigre de Sibérie vous regarde dédaigneusement du haut de son escalier tandis que les lions dorment, l’œil grand ouvert.

Redescendez vers les galeries du Muséum, avec aquarium, insectarium et noctarium où dansent les souris… Face au puits Vauban activé par une roue où les hommes faisaient office d’écureuils, le musée de la Résistance et son importante documentation inspirent le respect et le recueillement. Le projet d’une nouvelle muséologie est à l’étude. L’espace Vauban complète la visite, sans manquer, à l’entrée de la citadelle, sa statue debout sur une carte de France marquée de ses quarante fortifications. Vous serez étonnés par leur nombre et par leur emplacement.

 

 Basilique_St_Madeleine_Besançon

Besançon est classée Ville d’Art et d’Histoire depuis le 14 février 1986 et possède des fortifications inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco depuis le 7 juillet 2008, au sein du Réseau des sites majeurs de Vauban créé en 2005 à l’initiative de la ville de Besançon. Le quartier Battant a fait l’objet d’un secteur sauvegardé de 30 hectares en 1964 tandis qu’en 1994 a été créé un secteur sauvegardé de 238 hectares pour la Boucle et les zones d’accompagnement, l’ensemble constituant actuellement le deuxième plus grand secteur sauvegardé de France.

Avec 186 édifices protégés au titre des monuments historiques en 2011, Besançon arrive en douzième position des communes comptant le plus de monuments classés.

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Le coton pour bien bouger

Posté par francesca7 le 22 février 2016

 

Le coton dont le nom vient de l’arabe qutuun est une fibre végétale qui entoure les graines des cotonniers « véritables » , un arbuste de la famille des Malvacées. Cette fibre est généralement transformée en fil qui est tissé pour fabriquer des tissus. Le coton est la fibre naturelle la plus produite dans le monde. Depuis le XIXe siècle, il constitue, grâce aux progrès de l’industrialisation et de l’agronomie, la première fibre textile du monde (près de la moitié de la consommation mondiale de fibres textiles).

Récolte_du_coton

Le coton est utilisé pour fabriquer des vêtements légers depuis des millénaires dans les régions au climat tropical. L’on a trouvé des fragments de coton datant d’il y a environ 7 000 ans dans des grottes de la vallée du Tehuacán, au Mexique.

Du coton naturellement coloré datant de plus de 5 000 ans a été découvert sur la côte Nord du Pérou. Le coton est en effet cultivé en Inde depuis plus de 3 000 ans et le Rig-Veda, écrit en 1500 av. J.-C. le mentionne. Mille ans plus tard, le Grec Hérodote mentionne le coton indien : « Là-bas il y a des arbres qui poussent à l’état sauvage, dont le fruit est une laine bien plus belle et douce que celle des moutons. Les Indiens en font des vêtements. »

À la fin du XVIe siècle, le coton, dont le nom vient de l’arabe (al qutun) via le castillan (« el algodón », un cas de métanalyse), s’est répandu dans les régions plus chaudes en Amérique, Afrique et Eurasie. L’artisanat cotonnier en Inde profite ensuite de vogue pour les « indiennes », livrée à l’état brut puis imprimées en Suisse puis en France.

La révolution industrielle britannique a commencé par des inventions qui ont permis une productivité centuplée et la multiplication par 44 du nombre d’ouvriers cotoniers: en 1764, James Hargreaves construit la première machine à filer industrielle à plusieurs fuseaux baptisée « Spinning Jenny ». Quelques années plus tard, Richard Arkwright inventa la machine à peigner et à filer, et c’est finalement Samuel Crompton qui fit la synthèse de ces deux métiers en 1779 en créant le Mule-jenny (mulet) à la productivité environ 40 fois plus élevée que le rouet.

En 1793 en Georgie, l’Américain Eli Whitney invente le Cotton gin, une machine égreneuse qui permet de séparer la graine du coton de sa fibre. En 1801, Jacquard mit au point l’un des premiers métiers à tisser automatiques, le métier Jacquard, fonctionnant avec de grandes cartes perforées qui permettaient la réalisation de motifs variés.

Lorsque l’Angleterre récupère l’Inde en 1858, elle cesse d’importer du coton. Le second débouché du coton indien était essentiellement chinois. Le tissage reprendra sous l’influence du Mahatma Gandhi.

Le coton reste la fibre textile la plus largement utilisée dans le monde malgré l’apparition des fibres synthétiques

Depuis la plus haute antiquité et dans toutes les contrées du globe, la fibre de coton est associée au confort. Elle aide le corps à respirer, régule sa température et possède des propriétés absorbantes. Excellent isolant, les tenues généralement portées par les sportifs sont souvent recouvertes d’une couche de coton les rendant chaudes et agréables. Seul bémol à la clé, son immense succès a eu, au fil du temps, des effets pervers puisque la culture du coton industriel est devenue une des plus polluantes de la planète. Heureusement, la mouvance bio est en train de remettre les choses à leur juste place pour que le consommateur puisse toujours bénéficier des incomparables avantages de ce tissu…

Privilégier le coton bio si l’on est actif en multiplie les bienfaits. L’absence de produits chimiques le rend plus doux sur la peau et entièrement anallergique. Cet atout entraîne une protection totale contre les dermatites, dues aux allergènes véhiculés par les frottements sur l’enveloppe cutanée d’un tissu synthétique ou coloré.

Le must du coton bio


À l’inverse de la culture traditionnelle, les producteurs de coton bio utilisent essentiellement des composts naturels et consomment moins d’eau. Les labels garantissent aussi que la fibre ne soit pas blanchie au chlore. S’il est teinté, les colorants ne doivent pas contenir de métaux lourds. Le coton ainsi obtenu est plus souple. Bien qu’un peu plus élevé que la fibre non biologique, le prix d’un vêtement réalisé avec ce coton entièrement naturel reste abordable pour toutes les bourses. Boutiques spécialisées, Centres commerciaux, sites Internet : de nombreux espaces d’achats sont aujourd’hui accessibles pour profiter du must en la matière…

COTON

Le vêtement en coton sous toutes ses formes

Le coton se décline sous de multiples formes pour tous les moments de la vie, été comme hiver. Petit tour d’horizon :


> Les sous-vêtements :
que ce soit pour les femmes et les enfants ou les hommes, s’il est un secteur de la lingerie où le coton doit s’imposer, c’est bien celui-ci. Le coton, explique le Docteur Fabien Guibal, dermatologue, comme il est plus aéré que les synthétiques, permet d’avoir un flux d’air plus important, donc moins de température au contact de peau et moins de transpiration…


> Les vêtements de nuit :
économie, confort et douceur naturelle, tels sont les critères qui font que pyjamas et chemises de nuit en coton restent toujours indémodables. Ce n’est donc pas un hasard si cette fibre est utilisée en priorité pour leur confection.


> Les chemises :
un tissu de mauvaise qualité, lorsque pour des raisons professionnelles il y a obligation de porter une chemise pendant plusieurs heures, est source de mal-être comme − par exemple − se tortiller en pleine réunion à cause d’un vêtement en polyester qui gratte, sans compter les disgracieuses auréoles dues à la transpiration… Une chemise 100 % coton biologique résout ces problèmes. D’autant qu’il existe des tissages différents, plus ou moins épais. Ainsi, par temps chaud, on optera pour le fil à fil, la Popeline, le Zéphyr, voire le voile. Pour la saison fraîche et l’hiver, on choisira le tissage Chevron, Oxford ou Twill.

  • Il existait déjà des vêtements de coton produits selon les règles du commerce équitable, et distribués en France (notamment dans le réseau Artisans du Monde). Dans ce cas, c’est la transformation du coton et son importation qui répondent aux critères du commerce équitable : la filature du coton et la confection des vêtements sont faites par des petits producteurs engagés dans une démarche à long terme avec des organisations de commerce équitable du Nord ; l’importation des vêtements est faite par une centrale d’importation de commerce équitable. La production du coton lui-même échappe largement aux critères du commerce équitable.
  • La certification de Max Havelaar concerne lui la production du coton, pas des vêtements. C’est donc le premier stade de la filière qui est labellisé. Les stades suivants de la filière ne sont pas soumis aux mêmes critères : les acteurs du reste de la filière (filature, tissage, confection, importation) textile sont « agréés » par Max Havelaar. Cet agrément, contrôlé par des déclarations trimestrielles et des audits physiques ponctuels pour assurer la traçabilité, engage le fournisseur à respecter les normes de l’OIT. Les distributeurs de ces vêtements en coton équitable sont les super et hyper marchés, les boutiques et la vente par correspondance ; soit : Armor Lux, Célio, Cora, Eider, Hacot et Colombier, Hydra, Kindy, La Redoute. Ils ont un simple contrat de licence avec Max Havelaar. Ils gardent le même système de distribution que pour leurs autres produits non certifiés.

Cette certification de Max Havelaar a fait l’objet d’une controverse dans le milieu du commerce équitable, car il s’est accompagné d’un accord avec la société française Dagris, accusée par ses détracteurs d’encourager la culture de coton transgénique en Afrique de l’Ouest (où le coton GM est actuellement peu présent). L’usage d’OGM est en contradiction avec les principes du commerce équitable, à cause de la dépendance économique qu’il entraîne pour les petits producteurs. Cela dit, Dagris, Max Havelaar et les groupements des producteurs ont décidé, conjointement, d’exclure toutes variétés d’OGM des productions bénéficiant du label « coton équitable ».

Indépendamment de cela, certaines sociétés de mode récentes (telles qu’Ideo, Biocoton , Veja,Seyes, JRH,…) développent actuellement des filières où les critères sociaux et environnementaux (coton cultivé suivant les normes de l’agriculture biologique) concernent à la fois la production du coton et les différentes étapes de sa transformation.
Le fabricant Switcher, quant à lui, diffuse depuis 1981 des vêtements en coton équitable et éthiques à toutes les étapes de leur fabrication. Il a été suivi en 2014, entre autres, par ArteCita ECO Fashion qui ne propose que des vêtements (t-shirts, sweat-shirts, chemises) ou tote-bags exclusivement en coton organique ayant reçus les certifications GOTS, FAIRWEAR et/ou eoblend.

Depuis le 16 janvier une grande campagne nationale a été lancée. Dans 10 villes de France et avec une trentaine d’ambassadeurs, Max Havelaar France incite les citoyens à couper leur étiquette. « coupez votre étiquette ». Le but étant de changer d’étiquette, et de prouver aux grandes marques de prêt à porter que les consommateurs veulent du coton équitable.

À Paris Place Royale ce sont près de 850 étiquettes qui ont été collectées.

À Strasbourg Place Kléber le samedi 27 février a eu lieu une grande mobilisation, réunissant près de 500 signatures et autant d’étiquettes

COTONIER

Sports bien-être et coton

Le coton biologique s’avère bien évidemment particulièrement indiqué pour toute activité physique ayant pour objectif le bien-être et la détente. Les pratiques de fitness, de gymnastique douce, de yoga, permettent de mieux respirer, de chasser le stress et de se relaxer. Pour véritablement parvenir à cet état bénéfique, il est essentiel de porter des vêtements légers de manière à les oublier pour se concentrer sur les postures et les mouvements du corps. Par ailleurs, les adeptes de ces disciplines deviennent naturellement sensibles à la notion de limite corporelle mais aussi au respect d’autrui et de l’environnement. Raison de plus pour que les fabricants spécialisés privilégient la culture biologique pour confectionner leurs produits en les rendant accessibles au niveau du prix. Ainsi, un débardeur garanti 2 ans coûte moins de 6 euros, un short 8 euros et un pantalon gym douce/yoga 12 euros…

Le coton fait partie des plantes utilisées en médecine traditionnelle au Vietnam. Une étude américaine a conclu que le coton pourrait contenir une molécule d’intérêt pour le traitement de l’ostéoporose (maladie qui affecte près de 6 millions de femmes et 2 millions d’hommes rien qu’aux États-Unis). En effet, la solidité de l’os résulte d’un équilibre subtil entre deux types de cellules osseuses  : les ostéoblastes, qui s’accumulent dans les os, et les ostéoclastes, qui les fragilisent. Une molécule du coton bloque la dégradation de l’os par les ostéoclastes in vitro jusqu’à 97 % des cellules osseuses en cultures de laboratoire, apparemment sans effets nocifs sur d’autres cellules.

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Secteur BIO en France

Posté par francesca7 le 22 février 2016

 

Le secteur bio se développe de plus en plus et fleurit, à juste titre et à bon escient, dans des magazines spécialisés, des salons bien-être, des revues enclines à la nécessité d’une vie saine dans un monde où la pollution bat son plein. La bio constitue une éthique qui prend en compte le respect de soi et d’autrui, donc de la nature et de l’environnement. Heureux sont ceux qui participent à ce plan de protection. Signes & sens magazine s’y applique de son côté. La bio permet de vivre ainsi autrement, de se désintoxiquer, de se débarrasser d’ondes négatives, d’alléger son existence.  

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Les céréales complètes
nous veulent du bien

Blé, avoine, riz, seigle… Les céréales sont utilisées dans l’alimentation des hommes depuis des milliers d’années. Mais si nous les consommions entières jusque dans les années 1800, les progrès de l’industrie, permettant de décortiquer les grains, ont révolutionné notre mode alimentaire. Avec d’un coté, le son et le germe, et de l’autre, l’endosperme. Résultat, en ne gardant que le corps des graines, nous avons obtenu des produits plus digestes, plus souples, qui se conservent plus longtemps et cuisent plus vite. Un progrès que l’on paie peut-être au prix fort, car en chemin, les céréales ont perdu leur enveloppe, si riche en fibres, et leur germe, qui renfermait la plupart des nutriments.

Une coloration un peu brune de votre pain de mie ou une formule type « riche en fibres » ou « multi-céréales » sur un emballage ne suffisent pas à prouver que le produit que vous avez entre les mains est fabriqué à base de céréales complètes. Pour en avoir le cœur net, il est donc nécessaire de lire les étiquettes de plus près. L’adjectif « complet » (« céréales complètes », « graines complètes », ou « 100 % blé complet ») doit figurer sur l’emballage. Pour les farines, il faut se fier au chiffre qui arrive derrière la lettre T. Plus le chiffre est grand, plus la farine est complète (de T80 pour la semi-complète à T150 pour l’intégrale).

Riches en fibres et en nutriments

Le son, c’est à dire l’enveloppe externe de la graine céréalière, est très riche en fibres, dont les bienfaits pour le cœur et l’appareil intestinal sont depuis longtemps reconnus. Mais les fibres ne sont pas les seuls atouts des céréales complètes, car le germe lui, est riche en vitamines (B et E). Consommées en intégralité, elles nous apportent aussi des minéraux (fer, magnésium, zinc, potassium, sélénium) et des acides gras essentiels.

Les céréales complètes contiennent encore toutes leurs parties comestibles : le son, l’endosperme et le germe. Grâce à leurs fibres et leur forte teneur en protéines, vitamines, minéraux et antioxydants, elles contribuent non seulement à une alimentation saine et équilibrée mais nous protègent aussi, à titre préventif, de beaucoup d’affections chroniques.

Selon les spécialistes, il serait bon pour la santé de consommer au moins 28 grammes de céréales complètes quotidiennement. Selon les scientifiques de la Harvard School of Public Health ayant mené une étude sur quatre années auprès de plus de 100 000 personnes, cette quantité ingérée diminuerait de 5 % le risque de mortalité précoce et de 9 % celui des maladies cardiovasculaires, sans compter la diminution conséquente du diabète de type 2. De quoi faire réfléchir effectivement !

 

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Une composition nutritive équilibrée
Les hydrates de carbones (glucides), issus des céréales complètes, sont de loin les plus importants : de 55 à 75 %. Ils fournissent une énergie soutenue grâce à la transformation de l’amidon en glucose, ce qui n’est pas le cas du sucre blanc dont l’apport est rapide mais discontinu, créant des dysfonctionnements au niveau du cœur et des artères. En outre, la présence de vitamine B dans les glucides céréaliers en favorise l’assimilation. De fait, le danger du surpoids est écarté. Par ailleurs, les nutritionnistes privilégient ce type de sucre, prévenant que le raffinage industriel des hydrates de carbones prive le corps de ses réserves en calcium, ce qui cause notamment des caries dentaires et une déminéralisation dommageable de l’ossature. Viennent ensuite les protéines végétales (de 7 à 15 %), véritables matériaux de construction de l’organisme. Toutes les céréales comprenant les acides aminés essentiels, le blé et l’épeautre, sont toutefois les aliments les plus riches en protéines, suivis de l’avoine, de l’orge et du millet. Quant aux matières grasses (lipides), réserves énergétiques, elles sont contenues presqu’essentiellement dans les germes, à hauteur de 0,5 à 7 %. Elles restent malheureusement absentes dans les céréales raffinées, privant le consommateur de son huile à forte teneur en vitamine E et en phosphates naturels. Les sels minéraux (de 1 à 4 %) fournissent le magnésium, le silicium, le manganèse et le cuivre, eux aussi éliminés par le raffinage.

Une véritable manne
On aura compris que les céréales complètes bio, cultivées sans engrais chimiques ni pesticides, constituent une véritable manne pour notre époque. Pour lutter contre la malbouffe qui encrasse les fonctions vitales, rien de tel que de vraies céréales pour accompagner légumineuses et fruits. Certains y voient même une solution à la malnutrition de la planète. Plutôt que de mobiliser une gigantesque superficie de sols pour produire des végétaux destinés à des animaux voués aux abattoirs industriels et compte tenu que notre consommation occidentale en viande dépasse la dose nécessaire, cultiver des céréales complètes permettrait de nourrir cinq fois plus d’êtres humains à l’échelle planétaire.

 Bonnes pour la santé

« Il n’y a aucune contre indication avec les céréales complètes, souligne William Grosselin, sauf cas rare ou allergie. Au contraire, le complet lutte contre le cholestérol et convient très bien aux diabétiques, car il y a moins de pic d’insuline avec une farine complète qu’une farine blanche. Elle est aussi bénéfique dans la maladie de Crohn par exemple. Avec son indice glycémique moins important que le blanc, le complet à tout bon. » En outre, de nombreuses études ont démontré les bienfaits du complet dans la prévention des accidents cardio-vasculaires (20 à 30 % de risque en moins), des cancers gastro-intestinaux (diminution de 20 à 40 % du risque) ou encore, dans la lutte contre l’obésité (les céréales complètes permettraient d’atteindre et de conserver plus aisément un poids corporel équilibré).

La bonne dose, au bon rythme

Néanmoins, la plupart des experts sont unanimes : pour profiter pleinement des effets positifs des céréales complètes sur notre organisme, il faudrait en consommer trois portions par jour. Ce qui devient le cas lorsque l’on passe au tout complet : des céréales du petit-déjeuner aux biscuits du goûter en passant par la garniture et l’accompagnement de nos plats. Tentés ? N’y allez pas trop vite tout de même ! L’organisme a besoin d’un peu de temps pour s’habituer à leur plus riche teneur en fibres. Si vous souhaitez vous y mettre, vous pouvez par exemple suivre le conseil de notre nutritionniste : « Augmentez progressivement votre consommation, et pourquoi pas, commencez doucement avec le semi-complet. »

Georges Ohsawa (1893-1966), enseignant et auteur de « La philosophie d’Extrême Orient », écrit d’ailleurs : La céréale complète est le seul aliment capable de procurer à l’Homme la santé mentale et physique, la longévité, la liberté, la sagesse, et par conséquent le bonheur…

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De Vézelay à Autun – Chemins Pèlerins

Posté par francesca7 le 12 février 2016

 

2 circuits de randonnée de Vézelay à Autun, l’un par l’Est passant par Saulieu, l’autre par l’Ouest passant par Château-Chinon et les lacs.

Au cœur de la Bourgogne, voici le MORVAN !

VEZELAY AUTUN

Ses forêts, ses lacs et rivières et son étonnant patrimoine …

Les Chemins pèlerins vous proposent de marcher en pleine nature, au sein du Parc Naturel Régional du Morvan, de vous rafraîchir aux sources « guérisseuses », de faire halte près de petites chapelles ou de sites gallo-romains … et de découvrir les trois joyaux de l’art roman bourguignon que sont les basiliques de Vézelay, de Saulieu et la cathédrale Saint-Lazare d’Autun.

Deux Itinéraires, par Saulieu à l’Est, par Château-Chinon à l’Ouest, choisis et balisés pour vous.

 Un clic sur le Mode d’emploi et à vous, cartes et topoguides ! …
Le Guide pratique Est et Ouest vous permet de choisir et réserver à l’avance votre hébergement, l’Agenda festif Est et Ouest apporte le petit supplément convivial à votre parcours …

Vous voilà prêts à vous laisser guider par le petit randonneur de couleur orange, symbole de nos Chemins pèlerins qui identifie notre balisage, pour vous oxygéner, vous ressourcer, seul, en famille, en groupe … 
Randonneurs amoureux de la nature ou pèlerins en quête de spiritualité, vous êtes les bienvenus puisque nos chemins sont ouverts à tous pourvu que la nature et les autres y soient respectés.

Itinéraires ICI : http://www.cheminpelerin-vezelay-autun.fr/index.php/itineraire-ouest

De Vézelay à Autun – Chemin de Cluny

Au départ de l’abbaye de Vézelay, ce parcours traverse du nord-ouest au sud-est le Parc Naturel Régional du Morvan marqué par un réseau hydrographique dense, avec notamment de nombreux lacs artificiels. Massif montagneux le plus proche de l’agglomération parisienne, il est considéré comme une avant-garde granitique du Massif central. Son point culminant est le Haut Folin à 901 mètres d’altitude. Le périple s’achève à Autun, ville d’art et d’histoire qui conserve de son passé antique et médiéval un riche patrimoine qui en fait par ailleurs un important site touristique au coeur de la Bourgogne.

Vézelay, berceau des premiers Franciscains… Cluny, phare des Bénédictins…
Après la visite de Vézelay classé au « Patrimoine Mondial », cette première partie s’attachera à parcourir le Morvan sauvage du nord au sud. Vous retrouverez régulièrement le cours de la Cure qui rythmera votre parcours. La traversée des villages disséminés au coeur des grandes forêts alternera avec des points de vue remarquables et le passage au beau Lac des Settons.

Pour voir le circuit suivant :  « De Autun à Cluny »

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LA DISEUSE DE BONNE AVENTURE

Posté par francesca7 le 4 février 2016

 

La_Diseuse_de_bonne_aventure,(Louvre_INV_55)_02Le parcours et la présence des Tsiganes en Occident s’associe souvent aux mots divination, cartomancie et diseurs de Bonne Aventure. Toutefois ce peuple, originaire de l’Inde du Nord, est le fruit de fort anciennes civilisations. En particulier leurs talents et expertises, puis leurs us et coutumes, ont paru fort étranges aux Occidentaux…

Originaires du Nord de l’Inde, roulant leur bosse depuis plus de deux mille ans au gré des pays et contrées, ceux qu’on nomme aujourd’hui les Rroma ont fort bourlingué… en partageant généreusement leur culture.
On cite leur présence en Occident dans divers documents, avant même l’an 1,000 de notre ère…

Ces gens qu’on appelle Rroma, descendants des castes de guerriers de l’Inde, sont venus de la moyenne vallée du Gange en Inde du Nord via l’Empire byzantin vers la Perse (Iran actuel), la Grèce puis l’Europe. Arrivés en Grèce au IXième siècle, ils sont de la caste des Kshattriyas — un terme qui désigne un membre de la caste des Rois et Guerriers, l’une des quatre glorieuses castes hindoues: Kshattriyas, Brahmane, Vaisya et Sudra —. Les textes sacrés de l’Inde les ont glorifiés, en disant notamment: « Les personnes gouvernées par un aryen (Kshatriya) sont guidées par la grâce divine ». Un clin d’oeil à leur riche personnalité, et à leur grande valeur.

Au fil du temps et des nouveaux arrivages de migrants, on nomme aussi ces gens, Gitans (français), Gitanos (espagnol), Gypsys (anglais) ou Zott (arabe); en référence à une déformation du mot “Égyptiens”. Ce qui se tient, non pas en faisant référence à l’Égypte; mais plutôt, au terme de la « Petite-Égypte » qui au Moyen Âge, réfère à une région du sud de la péninsule du Péloponnèse en Grèce — une région qui depuis le Xe siècle, est appelée Morée (ou Morea en anglais) jusqu’en 1248 où après la Quatrième croisade par les Francs, l’on y fonde la principauté d’Achaïe ou de Morée —; une région nommée “Tzaconie” (sans doute pour “Atsinganoi” ou “Atsingani”, terme grec désignant le peuple Tsigane), que les gens appellent “Petite Egypte”. Il s’agit d’un fief gitan indépendant appelé le “fief de Abitabulo” ou, le “Feudum Acinganorum” (sur l’île de Paxos, annexée à Corfou), constitué d’une communauté stable et prospère. à noter qu’au cours de la seconde moitié du XIIIième siècle, Corfou a été incorporée dans la souveraineté d’Anjou, annexant ainsi l’île de Paxos.

Celle que l’on appelle Zingara ou Gitanelle à la fin du XIXe a en effet un goût marqué pour la parure, les bijoux et les vêtements bariolés, volontiers rayés – les rayures évoquant l’impureté et l’immoralité dans la culture occidentale. Dans les représentations, on la reconnaît à son attitude fière et dédaigneuse, son regard de braise, ses longs cheveux bruns, son teint bistre, sa tenue débraillée et ses attributs – tambourin, jeu de cartes, anneaux d’or et bracelets. Oisive voire lascive, cette bohémienne imaginaire fume parfois du tabac, joue de la musique et danse sans retenue. Vouée à l’expressivité et au cumul des sens, cette figure à la fois plastique et esthétique a partie liée avec l’art.

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Échos de l’attitude ambivalente de la société vis-à-vis de la femme gitane, les représentations montrent souvent une femme idéalisée – libre et séductrice, à la fois désirée et redoutée car transgressive – à l’opposé de la bohémienne réelle, ignorée et le plus souvent détestée et rejetée. Les images stéréotypées de la bohémienne reflètent ainsi des sentiments contradictoires – peur, mépris et méfiance autant que trouble, attirance et fascination – et donnent à voir les craintes et les préjugés de la société qui les a produites. Deux archétypes dominent amplement : la femme fatale et la diseuse de bonne aventure.

la bohémienne se distingue aussi par ses dons de divination. Diseuse de bonne aventure, elle lit les lignes de la main et tire les cartes. Bien qu’héritées de l’Antiquité et amplement répandues, les pratiques divinatoires sont alors réprouvées par l’église et par les pouvoirs publics. Dès le XVe, les images montrent que les bohémiennes sont à la fois admirées et craintes pour leurs pouvoirs magiques présumés. De plus, elles sont associées aux péchés de vol, de luxure et de divination ; entourées d’un halo de mystère et de superstition du fait de leurs liens supposés avec un monde occulte.

La première vague migratoire de ceux qu’on appelle Tsiganes — ou Rrom — remonte à presque 2,000 ans: puisque les Indiens ont commencé à migrer du Nord-Ouest de l’Inde — Pakistan du Sud-Est actuel — vers la Perse (Iran actuel) entre 224 et 642 de notre ère. Puis provenant tant du Centre que du Nord, de castes diverses, les Rrom ont aussi quitté l’Inde par vagues successives, souvent par petits groupes, entre les IIIe et Ve siècles; puis entre les VIIIe et IXe siècles. Puis un exode massif hors de l’Inde est survenu entre l’an 850 et l’an 1000 de notre ère. Des guerres entre royaumes? Des invasions d’autres civilisations? Assurément.

On cite d’ailleurs la présence des Tsiganes hors de l’Inde, à Bagdad (soit en Perse, ou Irak actuel) en l’an 442, alors que le Shah de Perse Bahram Gur persuade le Roi Indien Shangul de lui envoyer 10,000 musiciens Luri (autre nom désignant les Tsiganes), qu’il souhaite distribuer dans les différentes parties du royaume de Perse, pour distraire les pauvres et les indigents de son royaume; un fait rapporté par le poète Perse Firdawsi ainsi que par l’historien arabe Hamza of Hispahan (vers 950) qui relate le fait, en spécifiant 12,000 musiciens et amuseurs, hommes et femmes, qui jouent du luth. Plus de 500 ans après leur arrivée, Hispazam note: « Leurs descendants, même moins nombreux, sont toujours ici; ce sont les Zott (Zutti au pluriel). »

Entre les années 800 à 950 de notre ère, des groupes connus sous le nom de “Domba” — les Rroma, ou Tsiganes — commencent leur migration en partance de l’Inde du Nord, vers la Perse et l’Arménie.

On note aussi leur présence en l’an 800 près de la Thrace (péninsule balkanique partagée entre la Bulgarie, la Grèce et la Turquie). Il est dit que durant la famine qui a eu lieu du IXe siècle, Sainte Athanasie de Constantinople donna à manger à des “étrangers appelés Atsingani” (Tsiganes).

On fait aussi mention des Atsingani — des Tsiganes — en l’an 803 alors qu’un groupe d’Atsinganis a aidé Nicéphore Ier le Logothète, Empereur byzantin de 802 à 811, à réprimer une émeute en utilisant leur magie. En fait, l’Empereur mène une politique agressive contre le clergé et conséquemment en 803, il provoque la rupture entre les Empires romain d’Orient et d’Occident.

Longtemps après que les musiciens Luri furent amenés de force en Perse pour divertir les gens de la campagne, vers l’an 820, les Zotts arrivent sur les rives de la rivière Tigre, s’y installent et définissent leur État. En l’an 834 on les rencontre d’ailleurs à Khanaqin (Kurdistan du Sud, ancien territoire de la Perse ou Iran actuel). Ils profitent de la vie jusqu’à ce que les Byzantins — Constantinople et son Empire, sous le règne de Théodora impératrice de Byzance, région prospère grâce au commerce Europe-Asie; une civilisation gréco-romaine et chrétienne orthodoxe — attaquent la Syrie en 855. Cette année-là, un chroniqueur arabe nommé Tabari relate le fait qu’un très grand nombre de Zotts (nom Perse des Gitans) sont faits prisonniers (hommes, femmes et enfants), lors de l’attaque Bysantine de la Syrie. Après cette guerre, les Byzantins utilisent les Zotts comme esclaves pour consolider et élargir l’Empire. De belles prises, car les Zotts étaient connus pour leur excellent savoir-faire avec le bois, le métal et la construction; et qu’en plus de leurs habiletés dans le travail manuel, leur don pour prédire l’avenir et leurs compétences pour le divertissement, ont aussi une grande valeur.

En Europe, leur présence est attestée dès le début du XIVe siècle. Mais en Europe du Sud dès le début des années 1300, perçus comme musulmans, des groupes de tsiganes commencent à être réduits en esclavage (Valachie, Moldavie). Ainsi, suite à l’épidémie de peste noire (1346-1351) qui a dévasté l’Europe, il est documenté que des Tsiganes sont employés comme serfs ou esclaves comme paysans, pour remplacer les cultivateurs décédés. Le système féodal étant en force, ces paysans appartenaient — comme du bétail — à ceux qui possédaient les terres: soit des nobles, des officiers de l’armée ou des institutions religieuses. Et en vendant ou en transférant les droits d’une terre, les serfs et les esclaves étaient inclus dans la transaction. C’est ainsi qu’entre l’an 1364-1367, Vladislav Voivode (Prince) de Valachie, transféra un droit de propriété féodal, qui incluait 40 familles de Tsiganes, au Monastère de Saint-Anthony, près de Vodita en Roumanie.

Une mention des Tsiganes vient aussi du moine franciscain dénommé Simon Simeonis qui les a rencontrés à Candie sur l’île de Crète en 1322; il parle de gens ressemblant aux “Atsingani” — nom donné aux Tsiganes par les Grecs —, en ces termes: « Nous y avons vu un peuple hors de la ville qui se déclare être de la race de Cham, et qui l’adorent selon le rite grec. Ils errent comme un peuple maudit de place en place, sans s’arrêter du tout ou rarement, ne restant à un endroit pas plus que 30 jours ».

La Tzaconie — terme utilisé surtout lors de l’occupation française de la Morée et du Péloponnèse, en Grèce, de 1204 à 1430 — a (semble-t-il) aussi été appelée Zaconie, Zacanie ou Sacanie: des termes médiévaux pour désigner la Laconie. Cette région est située sur la côte, à l’extrême sud-est de la péninsule du Péloponnèse, en Grèce. Elle fut une des trois provinces de la Morée, avec le Brazzo di Maina (Arcadie) et le Belvédere (Achaïe et élide). Son chef-lieu était Mistra. Il semble que son nom soit une déformation médiévale de Laconie. Source principale: Wikipedia.

À l’aube du XVIIe siècle, Caravage lance à Rome une mode autour de la chiromancie qui perdurera partout en Europe jusqu’au XIXe siècle – allant de portraits à des scènes de groupes, truculentes et pittoresques, des Caravagesques aux bohèmes galantes de Watteau et de Boucher en passant par Georges de La Tour

Diseuseleur mode de vie nomade — force oblige: en France, ils furent contraints par le Pape à circuler pendant sept ans sans arrêt, sans être autorisés à s’installer quelque part —; leur style de vie, très différent de celui de la population sédentaire; ainsi que leurs us et coutumes (ménestrels, saltimbanques, musiciens, chanteurs, magiciens, diseurs mais surtout diseuses de bonne aventure — dire la baji, comme s’exprimerait Carmen la Bohémienne, dans l’oeuvre de Mérimée — ou devins ambulants, charmeurs de serpent, etc); et probablement surtout, cet esprit de liberté et de refus des entraves, qui s’exprimait aussi au niveau de la profession: puisque les tsiganes étaient travailleurs indépendants — et libres — plutôt que salariés. Secundo, leurs errances obligées sur les routes de l’Europe, pendant la guerre de cent ans, attirait parmi eux des bandes d’ex-soldats et de mendiants: ce qui a contribué à la dégradation de leur image. Tertio, la croyance fort répandue en Europe, que leur peau mate était un signe d’infériorité et de méchanceté… car le diable en personne, était dépeint comme “noir”. Puis quarto, il y avait un problème d’identité: puisque les tsiganes pouvaient être identifiés comme étant des Turcs, puisqu’ils sont entrés en Europe notamment par la voie des pays Islamiques et on les a considérés ennemis de l’Église et du royaume; certains les croyaient Égyptiens; et d’autres, Bohémiens. Et quinto, l’opposition aux tsiganes a aussi pris forme chez les gens de métier, qui par peur de la compétition ont eu tendance à exclure des concurrents et notamment, dans le métier du travail du fer. Pour que leur peuple survive, souvent forcés de se déplacer, ils ont du s’adapter; et voilà sans doute pourquoi leur renommée pour dire la Bonne Aventure et pratiquer la divination par l’entremise de divers arts divinatoires, s’est propagée de par tout l’Occident et perdure encore, même de nos jours. Et pourquoi pas… ne sont-ils pas des gens très spéciaux, des moteurs qui font évoluer les sociétés..?

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Ce que la Bataille Magique de Bretagne peut nous apprendre aujourd’hui : Sorciers et Mages de France

Posté par francesca7 le 27 décembre 2015

 

1 LutinContrairement aux attaques de Charlie Hebdo, cette fois, pour les attaques de Paris, je suis restée silencieuse (ou presque), incapable de dire, d’écrire quoi que ce soit qui me semble approprié, juste, ou sur lequel je ne changerais éventuellement pas d’avis par la suite. Je suis passée par toutes les émotions, et c’est normal quand l’actualité est encore chaude bouillante, quand on est dans le choc et la stupeur. J’ai vu différentes personnes en appeler aux armes ou à l’amour inconditionnel ; je ne me sentais ni de l’un, ni de l’autre. J’avais envie d’écrabouiller DAECH comme un écrase un moustique qui nous tourne depuis trop longtemps autour et qui finit par nous piquer alors que jusque là, on se défendait de tuer. J’avais envie de prier pour les victimes et leurs proches. J’avais besoin de trouver un moyen de mettre à l’abri mes proches, ceux qui sont dans la ré- gion parisienne et qui sont bien plus exposés que moi. Tous les jours depuis cette attaque, il ne s’est pas passé un matin sans que je me réveille en me demandant si aucune nouvelle attaque n’aurait été sur la route de ces proches qui se rendent à leur travail. On répète qu’il ne faut pas avoir peur, mais on sait tous qu’on a aussi besoin de faire ce pied de nez pour continuer à vivre en dépit des risques qu’on connaît désormais tous et qui planent, comme nous le rappellent chaque jour les informations de tous les médias, et qu’on ne peut pas éviter. Et je sais aussi qu’avec un peu de chance, avec du temps, on retournera tous à nos occupations habituelles et on laissera cette peur s’évaporer, sans oublier pour autant. Parce que c’est ça, la vie. Elle finit toujours par reprendre ses droits sur la peur et la mort.

Plongée dans mon propre silence et dans mon intériorité, j’ai été amenée à repenser aux raisons qui m’ont conduite à prendre la route de la magie et de la sorcellerie, et pas une autre. Alors que certains suivent avant tout une quête du pouvoir, pour moi, parmi ces raisons, il y a à la base | le refus de l’impuissance. A mon sens, c’est très différent. Je me suis rendue compte combien le poids de la transmission familiale était grande aussi, puisque dans ma famille, ça a toujours été aux femmes qu’incombait la protection spirituelle, quasi magique, de l’ensemble des membres de la famille. Je pense que les hommes ont aussi prié, bien entendu, mais les plus engagées ont toujours été les femmes, surtout côté maternel. J’ai grandi dans les jupes de ma grand mère qui ne cessait de parler de ses prières aux saints pour nous protéger tous, ma mère a suivi le même chemin. Elles ont été des guerrières spirituelles infatigables, malgré tous les revers de la vie. Ma grand mère n’est plus, mais ma mère continue. Et moi, je comprends aujourd’hui à quel point j’ai intériorisé cette «tradition».

Je me rappelle comment, à certains moments, ma mère et moi avons agi de concert, chacune avec ses «armes», et bien qu’elle soit catholique pratiquante, elle m’a alors toujours soutenue et même, m’a encouragée. Il y a de la solidarité inconditionnelle qui dépasse toutes les croyances dans ces moments de lutte pour protéger ce qui nous est le plus cher. La pleine lune approche, et nous avions déjà pré- vu de nous réunir pour un rituel en coven. Au programme, ce sera protection pour nos proches et pour nous-mêmes, mais aussi de la guérison. Cependant, ce sera réalisé séparément pour bien rester concentré sur chacune des intentions. Cette pleine lune, c’est un peu la pleine lune des mesures d’urgence, et dont les objectifs seront restreints pour la plupart à l’instinct égoïste de préservation des siens.

Oui, mais une fois les devoirs qu’on doit à nos familles et nos proches rendus, je sais que moi, je ne pourrai m’arrêter là. Ce matin, alors que je laissais mes pensées vagabonder, le souvenir d’un épisode de l’Histoire a d’un coup émergé. Soudain, je me suis rappelée de cet épisode quasi anecdotique de la seconde guerre mondiale et qui est resté connu sous le nom de «The Magical Battle of Britain». Alors que les nazis gagnaient inexorablement du terrain en Europe, et qu’ils bombardaient massivement Londres pour obliger l’Angleterre à capituler, tout le monde s’attendait à les voir vaincre et envahir la Grande-Bretagne. Or, comme on le sait tous (j’espère), ça ne s’est jamais produit.

Des raisons très diverses ont été avancées pour expliquer cela, notamment bien entendu les choix stratégiques d’Hitler. Certains avancèrent que peut-être, cet échec pouvait être aussi lié à une autre cause, beaucoup plus … occulte. En effet, en 1939, l’occultiste et magicienne Dion Fortune, à la tête de sa Fraternity of Inner Light, avait appelé divers occultistes anglais de son temps (il y eut notamment Aleister Crowley et Gerald Gardner qui participèrent, et bien d’autres moins cé- lèbres) à participer à un «combat» magique destiné à empêcher l’invasion de la Grande-Bretagne et à affaiblir les nazis. Immédiatement après la déclaration de guerre de l’Angleterre en 1939, Dion Fortune commença une série de lettres régulières aux membres de son ordre magique, la Fraternity of Inner Light, qui se retrouvaient dans l’incapacité de tenir des réunions à cause des restrictions de déplacements mises en place en ce temps de guerre.

Alors que les avions ennemis grondaient dans le ciel, elle organisa une série de visualisations pour planter « les germes d’idées dans l’esprit collectif de la population », des visions archétypales pour invoquer la protection angélique et pour rehausser la morale britannique alors qu’ils étaient sous le feu de l’ennemi. « La guerre devait être combattue et gagnée sur le plan physique avant qu’une manifestation physique puisse être donnée aux idéaux archétypaux », écrivit-elle. « Ce qui a été semé poussera et portera des fruits ». Alors que la guerre se poursuivait, cela fut consolidé avec d’autres travaux destinés au renouvellement des accords nationaux et internationaux. Pour la première fois, les portes de la Fraternité furent ouvertes à quiconque voulait se joindre et apprendre les méthodes de travail ésotérique par influence de l’esprit, auparavant gardées secrètes. Avec un optimisme inébranlable, elle guida la fraternité à travers les jours sombres du Blitz de Londres, continuant d’envoyer ses lettres hebdomadaires même lorsque les bombes s’abattirent sur le toit de sa propre maison.

Extrait de l’introduction de The magical Battle of Britain, à partir des lettres de Dion Fortune, éditées par Gareth Knight. Sans aller jusqu’à dire que l’échec des nazis serait dû à cette entreprise, bien entendu, on ne peut écarter la contribution de cette influence. L’article sobrement intitulé «The Magical Battle of Great Britain», providentiellement publié récemment et également republié par le site patheos.com, présente notamment les méthodes d’action employées :

Une méthode pour contrer leur folie Méditons sur les Présences angéliques, habillées de robes rouges et armées, patrouillant de long en large de notre pays. Visualisez la carte de la Grande-Bretagne, et voyez ces grandes Présences se mouvoir telle une vaste forme obscure le long des côtes, et de haut en bas, du nord vers le sud, et d’est en ouest, gardant et protégeant le territoire de sorte qu’aucune chose venant de l’étranger ne puisse avancer sans avoir été remarqué. Extrait de The Magical Battle of Britain de Dion Fortune Les actes magiques de Dion Fortune fonctionnaient sur la base de plusieurs théories solides :

- Elle croyait que des ritualistes entraînés pouvaient combiner leurs efforts pour influencer la Volonté collective du peuple anglais, et non pas un individu seul.

- Elle utilisait des esprits facilement reconnaissables et fondés sur sa culture, ainsi que des égrégores dont la signification serait comprise intuitivement par des milliers de personnes.

- Elle se tourna vers des esprits et des égrégores qui étaient déjà associés au but pour lesquelles ils avaient été appelés.

- Elle créa des actes de magie simples qui puissent être facilement imités et réalisés par un grand nombre d’individus dispersés dans de nombreux endroits.

– Elle faisait un Travail sur une cause qui préoccupait des milliers de personnes.

 «L’analyse que l’auteur de cet article fait non seulement de la contribution de Dion Fortune, mais aussi du système d’action magique dans le cadre d’une lutte défensive, est très juste. Réaliser des rituels collectifs n’est depuis lors pas rare, et des exemples tous récents peuvent être cités avec les initiatives de la Ligue Wiccane Eclectique pour la paix en Syrie puis pour les attaques de Paris. Mais compte tenu de la situation actuelle, il apparaît que les initiatives ne peuvent se limiter à des rituels ponctuels.

Tous ceux qui voudraient contribuer à la protection de la France (et de l’Europe) contre DAESH et le terrorisme pourraient s’inspirer des techniques de Dion Fortune. Les moins avancés peuvent contribuer par des prières et des intentions, mais les plus avancés pourraient, eux, suivre les pas de Dion Fortune, en fonction de leurs propres pratiques et systèmes spirituels. Je parle ici de protection de la France et de l’Europe, comme «niveau n°2» après la protection de sa famille et de ses proches. Cicéron (Des Lois, II) déjà avait noté que les êtres humains s’organisent de manière naturelle autour d’une vision multiscalaire de la «patrie» (je reprends ici sa propre expression), vision que Napoléon lui-même avait reprise et qui connut ses heures de gloire au XIXe siècle. Le premier niveau est la famille et les proches, le deuxième niveau est le pays dans lequel on vit (qui peut s’étendre facilement à l’Europe de nos jours).

eau et femmesUn troisième niveau a émergé avec la mise en relation du monde globalisé. Il n’est bien entendu pas question ici de faire l’apologie du nationalisme en dépit d’un légitime intérêt pour la «paix dans le monde», ou la reconnaissance que tout individu a le même droit de vivre et d’être protégé. Les victimes de Paris ne sont pas moins tragiques que celles du Liban ou d’ailleurs. Seulement, il s’agit simplement de reconnaître un principe simple de la magie, voulant que moins on est précis dans le but défini, et plus l’action sera diluée, et moins les chances de réussite seront grandes. De sorte qu’agir globalement pour «la paix dans le monde», ou «la paix partout où DAECH est une menace» manquerait purement et simplement de point central pour fixer son esprit, qui se perdrait dans l’immensité de ce que cela représente. Dion Fortune ne s’y est pas trompée en se concentrant sur son propre pays. Je me suis rendue compte ces derniers jours que quelque part, il y a comme un malaise à l’idée de vouloir «égoïstement» protéger les siens (famille, pays, Europe), comme si ce serait au détriment de l’esprit humaniste d’équité entre les peuples, voir que cela pourrait cacher des relents puants de nationalisme et d’extrémisme. On est tous tellement et légitimement révulsés par ces mouvements qu’on ose à peine penser qu’on puisse ou doive, pour un temps, se replier un peu pour se protéger, nous, avant les autres. A cela, je dirai qu’il est humain de chercher à protéger ce qui nous est proche, et que cela ne nous empêche en rien, à côté, de mener des actions magiques ou de simples prières dans des directions plus larges.

Seul le pragmatisme magique, et non pas une quelque idéologie nauséabonde, conduit à se restreindre à un espace donné et précis. Maintenant, ceci étant dit, il reste donc à faire. Je suis persuadée que nous sommes nombreux parmi les sorcières, sorciers, mages et magiciennes, en France, en Europe et dans le monde, à pouvoir et vouloir contribuer à cette lutte. Si nous tous, chacun où nous sommes (et pas uniquement en France), étions en mesure de dresser un rempart magique contre le terrorisme extérieur et intérieur, quels effets à terme cela pourrait-il avoir?

Si des sorciers et des mages de France, de Belgique, du Liban, du Moyen-Orient, d’Angleterre, d’Allemagne, d’Afrique, d’Amérique ou d’où que ce soit participaient, qui sait ce que cela pourrait changer? A ma petite échelle, moi, j’apporterai ma contribution. A notre échelle, je ne doute pas qu’en coven, on fera de même. Et vous ?

Retrouvez les articles de Hédéra sur son blog http://discoreloaded.canalblog.com

 

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La cartomancie du XIXe siècle

Posté par francesca7 le 26 décembre 2015

 

 
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Dès les premières années de l’Empire, les cartes révolutionnaires sont non seulement délaissées, mais proscrites. Mais, si le XIXe siècle naissant marque l’avènement, non seulement des cartes cartomanciennes, les cartiers profitant promptement de la soif d’un peuple de connaître son destin au lendemain d’une période de sanglants troubles institutionnels et militaires, mais encore des cartes politiques à la faveur des nombreux changements de régime gouvernemental, les symboles républicains tentent, en vain, un retour en force pour le centenaire de la Révolution.

Sous le Premier Empire, les dames des cartes à jouer s’appelèrent transitoirement : Hildegarde, Statira, Calpurnie, Abigaïl ; et les valets : Ogier, Parménion, Curion et Azraël. Le roi de carreau représentait fréquemment Napoléon Ier en empereur romain, ayant à ses pieds le globe du monde. On publia aussi, exceptionnellement, des jeux rappelant les scènes militaires de l’époque. Nous aurions donc peu de choses à dire des cartes de cette période, aussi bien que de celles éditées sous la Restauration s’il ne convenait de signaler les cartes cartomanciennes qui eurent une grande vogue alors.

En ces temps troublés, où l’avenir était si incertain, et où l’ignorance offrait un terrain de culture tout préparé à la superstition, les devins et les devineresses pullulaient. Leur clientèle s’étendait à presque toutes les classes de le société. Aussi a-t-on peine, si l’on ne fait la part des circonstances, à comprendre la vogue dont purent jouir la célèbre Mme Lenormand et le fameux Etteila, de son vrai nom Alliette, garçon coiffeur du temps de la Révolution, et auteur du livre de Thoth qui est encore aujourd’hui le code de la cartomancie. Les règles prescrites par ce manuel sont tellement absconses qu’elles sont de nature à enlever à tout jamais aux gens affairés l’ambition d’apprendre à tirer les cartes.

Tout d’abord il faut savoir que la bonne aventure classique ne se tire pas avec les cartes du jeu de piquet ou de whist, mais avec soixante-dix-huit tarots, dont vingt-deux, portant chacun une figure symbolique, forment les arcanes majeures. Les cinquante-six autres se divisent en quatre couleurs : bâtons, coupes, épées et deniers correspondant aux trèfles, cœurs, carreaux et piques des jeux ordinaires. Mais elles comprennent chacune quatre figures au lieu de trois : le roi représentant l’homme, la dame représentant la femme, le cavalier représentant le jeune homme et le valet représentant l’enfant.

L’homme est le créateur, celui qui fait les entreprises ; la femme caractérise l’amour ; le jeune homme les luttes, rivalités et haines ; l’enfant symbolise le neutre, l’argent. Les quatre figures de bâtons et d’épées représentent des bruns ; les quatre figures de coupes et de deniers les blonds. Les figures de bâtons et d’épées sont bonnes, les autres mauvaises. Nous ne donnerons pas ici, ne serait-ce qu’un aperçu des prédictions qui se peuvent obtenir avec ces élément dont la signification varie suivant le voisinage des cartes. Qu’on sache seulement que les révélations obtenues avec les tarots que nous venons d’évoquer constituent « le grand jeu ».

Celles qui s’obtiennent avec des cartes ordinaires se livrent au rabais et n’ont pas la même portée solennelle. Mais la difficulté de devenir docteur en cartomancie, et l’impossibilité où se trouveraient la plupart des gens de venir consulter dans le cabinet d’une célébrité à la mode, inspira aux cartiers spéculateurs l’idée d’imprimer des jeux où se trouveraient inscrites les indications rudimentaires du sens de chaque carte. Un de ces jeux eut pour marraine l’illustre Mme Lenormand.

Après la révolution de 1848, l’horizon politique étant nuageux, et les joueurs appartenant par fractions presque égales à des opinions très diverses, les cartiers imaginèrent pour contenter tout le monde, de représenter sur leur cartes les emblèmes de la monarchie légitime, de la monarchie constitutionnelle, de l’Empire et de la République. Pour cela, ils affublèrent le pique d’une fleur de lys, le carreau d’un aigle. Le triple symbole de l’orléanisme récemment déchu n’eut pas de marque particulière, mais le coeur fut surmonté du niveau égalitaire de la République qu’on venait d’acclamer.

Les rois s’appelèrent Henri IV, Napoléon Ier, Louis-Philippe. les dames Marguerite, Joséphine, Marie, Amélie, les valets représentèrent un page, un chambellan, un valet. Le coeur portait deux représentations distinctes de la République avec pour valet un licteur romain et un piquet, pour annoncer les quatorze de rois ou de dames. Force était de dire : « Quatorze de régime ! ». D’où le nom donné à ces cartes.

Avec le Second Empire nous revenons aux modèles anciens. Quant à la troisième République elle eut, à ses débuts, d’assez graves préoccupations pour qu’aucun de ses électeurs n’ait eu la distraction de songer à modifier les jeux de cartes. Il nous faut arriver en 1888, trois ans après la mort de Victor Hugo, pour constater l’édition d’un jeu destiné à commémorer la gloire d’un grand poète.

CartomancieIl occupait dans les trente-deux cartes la place d’honneur, celle du roi de coeur, et le cartier, pour compagnons lui avait assigné Thiers, Mac-Mahon et Grévy, les trois premiers présidents de la République. Les dames représentaient la science, le commerce, l’industrie et l’agriculture. Quant aux valets, ils s’appelaient Molière, Voltaire, Racine et Gambetta.

Mais l’année 1889, date du centenaire de la Révolution, ne pouvait se passer sans inspirer à quelques cartiers l’ambition de marcher sur les brisées de David. L’un d’eux, nommé Lenoir, imagina de lancer les vraies cartes républicaines. Les couleurs étaient ainsi désignées : Coeur : Liberté, représenté par une étoile ; Carreau : Égalité, représenté par un compas et une équerre ; Trèfle : Fraternité, représenté par deux mains ; Pique : Socialité, représenté par le bonnet phrygien.

Les rois se nommaient des fondateurs. C’étaient Guillaume Tell, Washington, Brutus et Camille Desmoulins. Les dames s’appelaient des vertus, à savoir l’égalité, la liberté, la fraternité et la socialité déjà mentionnées. Quant aux valets, sous le titre de soutiens, ils symbolisaient l’agriculture, la justice, l’armée et le travail.

Lenoir avait demandé des représentants dans toutes les communes de France pour la vente de son jeu, et pour allécher les clients répandait à profusion une mirifique affiche, entourée d’un liseré tricolore et des phrases suivantes :

« Il y a presque vingt ans que nous sommes en République et presque un siècle que nous avons proclamé les Droits de l’homme et nous en sommes toujours réduits à nous servir des expressions : quatorze d’as, qui ne signifie pas grand chose ; quinte au roi, quand nous n’en voulons plus dans nos institutions ; tierce à la dame, nom que l’on donnait aux Dubarry, Pompadour et autres maîtresses de roi ; quatrième au valet, valet de chien de fauconnerie !

« Remplaçons ces appellations surannées qui blessent nos convictions d’hommes libres et demandons aux cafetiers et marchands de vins, qu’à l’avenir ils ne nous présentent, pour faire notre partie, que le nouveau jeu de cartes républicain… et alors nous entendrons, avec plaisir, les joueurs annoncer ainsi leurs points : Quatorze d’emblèmes ! quinte au fondateur ! tierce à la vertu ! quatrième au soutien ! Et lorsqu’on demandera en quelle couleur ? au lieu de coeur, carreau, trèfle ou pique, nous dirons : en Liberté ! en Égalité ! en Fraternité ou en Socialité ! »

Mais les joueurs, sans souci des tentatives de culpabilisation de Lenoir, n’accordèrent qu’une attention dédaigneuse à son invention. Il est probable qu’ils se fussent montrés aussi indifférents à l’égard des cartes dites patriotiques, éditées en vue de la propagande boulangiste, si à leur occasion un décret fort commenté dans la presse, n’avait, le 28 mars 1889, interdit aux cartiers la fabrication des cartes différentes des moulages officiels.

imagesLa prescription valut une heure de célébrité à ces cartes où Boulanger, roi de cœur, était entouré de Courbet, Chanzy et Denfert-Rochereau, avec pour dames Jeanne d’Arc, l’Alsace, la Lorraine et la République ; pour valets un cuirassier, un marin, un cultivateur et un ouvrier ; pour as un œillet, une ancre, une abeille et la croix de la Légion d’honneur. La caricature s’empara de l’événement et Alfred Le Petit, dans le Pilori, dessina quelques spécimens assez amusants des cartes proposées par lui comme modèles officiels.

Depuis lors la verve des cartiers s’est tue. Observons cependant que le décret de 1889 n’empêchait pas la publication, après autorisation préalable, de certains modèles de cartes de luxe d’ailleurs très peu demandés par le public. On admit aussi la fabrication, de plus en plus restreinte, de quelques types en usage dans de rares départements, tels les tarots de Besançon, et les alluettes de Bretagne et de Vendée.

(D’après « Le Monde illustré », paru en 1894)

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Il a découvert l’humain à travers l’animal

Posté par francesca7 le 6 décembre 2015

 

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, Boris Cyrulnik est âgé de sept ans. Un soir à Bordeaux, à l’heure de la Libération, il est par hasard le témoin impuissant de l’assassinat d’un milicien par les libérateurs. Etrange : ceux-ci tiennent le même langage que les occupants de la veille, justifiant leur crime au nom d’une vérité qu’ils disent cohérente. Que se cache-t-il donc derrière les belles paroles des hommes ? Première attitude éthologique. Une envie puissante de décoder le monde qu’il habite envahit Boris Cyrulnik.

Humain animal 

Pour lui, le mélange des genres, l’approche conjointe du corps et de l’esprit, de la parole et de la molécule, de l’homme et de l’animal est un parcours indispensable pour mener à une compréhension globale de la dimension humaine. Une démarche d’homme libre. Une fois sur cette piste, il ne s’arrète plus, accumule une foule de documents, travaille sur la biologie de l’affect, le pouvoir du langage, les signes du corps, applique à l’homme des méthodes d’études réservées jusqu’ici au milieu animal – ce qui lui vaut immédiatement de solides ennemis chez ses confrères psychanalystes et neurobiologistes -, parcourt le monde et créé un groupe transdisciplinaire de recherche en éthologie clinique à l’hôpital de Toulon-La-Seyne.

Objectif : étudier le développement humain, la complexité des systèmes relationnels, l’influence du verbe, de l’inconscient et des signes de communication non verbaux sur la biologie et la construction psychologique d’un individu. Très vaste programme, qu’il embrasse pourtant avec aisance, humour, générosité.

Certaines personnes attendent, par exemple, de leur chien qu’ils défendent la maison. Ils développent une peur relative de l’environnement qui va être perceptible par l’animal. Face à cette émotion enregistrée par différents canaux, le chien va alors adopter une attitude menaçante que les propriétaires vont analyser comme un comportement de défense de la maison.

Boris Cyrulnik : Ce n’est pas de la transmission de pensée, je dirais que c’est de lamatérialisation de pensée. Dans certaines pathologies comme les maladies maniaco-dépressives, où les gens sont tantôt euphoriques tantôt mélancoliques, jusqu’à se sentir responsables de toutes les plaies du monde, on voit que le chien s’adapte impeccablement à l’humeur du propriétaire. Quand le propriétaire est gai, il va se mettre à aboyer, gambader, quand il est triste, le chien ne bouge pas, il se met à trembler. J’avais un patient qui faisait des bouffées délirantes à répétition. Selon l’accueil que me faisait son chien, je savais dans quel état il se trouvait où allait se trouver.

Le chien qui vit dans un monde de sympathie est hypersensible au moindre indice émis par le corps du propriétaire adoré. C’est donc bien une matérialisation de la pensée humaine transmise au chien qui façonne ce dernier. Les vétérinaires avec lesquels je travaille montrent, chez des chiens, des troubles d’hypertension, de diabète, d’ulcères hémorragiques gastriques, des dermatoses suppurantes… de graves maladies dont le point de départ se situe dans la pensée du propriétaire. On rencontre souvent le cas d’un chien choisi pour remplacer le chien précédent décédé. De même couleur, de même race, on lui attribue la même place à la maison, parfois un nom identique. Que se passe- t-il ? L’animal souffre de la comparaison affective de son propriétaire avec le disparu au point d’en tomber malade. Comment peut-il en effet se sentir valorisé ? Quoi qu’il fasse, il est moins beau que l’absent, moins performant, sans cesse comparé au disparu idéalisé. Il est bien connu que seuls les morts ne commettent aucune faute. L’histoire du propriétaire et la représentation mentale qu’il a de son chien transmet à l’animal des signaux contradictoires, incohérents. Il devient impossible pour lui de trouver et d’utiliser un code clair de comportement avec son maître. Ces émotions vont fabriquer des troubles métaboliques et, à long terme, des maladies organiques ou des comportements altérés. Un symptôme est une proposition de communication. Le chien se lèche la patte jusqu’au sang, se réfugie derrière un meuble, présente des troubles sphinctériens, des gastrites, une hypervigilance avec tremblements, etc. La guérison du chien passe pas une restructuration de l’imaginaire du propriétaire qui doit faire le deuil du premier chien et envisager le second comme un être différent.

Pour mener un raisonnement comme celui-là, il ne faut pas être un neurobiologiste ou un psychanalyste, il faut être transversal. Il faut être capable de parler avec un propriétaire, un vétérinaire de se donner une formation de psychiatre et de psychologue et de pouvoir communiquer avec un chien. Faire se rencontrer un psychologue et un vétérinaire, il fallait oser !

Lorsqu’un bébé humain pleure, cela nous trouble profondément. Si l’on enregistre ces cris et qu’on les fait écouter à des animaux domestiques, on assiste à des réactions intéressantes : les chiennes gémissent aussitôt, couchent leurs oreilles. Elles manifestent des comportements d’inquiétude, orientés vers le magnétophone. Les chattes, elles, se dressent, explorent la pièce et poussent des miaulements d’appel en se dirigeant alternativement vers la source sonore et les humains. Il semble exister un langage universel entre toutes les espèces, une sorte de bande passante sensorielle qui nous associe aux bêtes. Dès qu’il s’agit de captiver l’animal, le sens du toucher devient aussi un instrument efficace. Chez l’homme, le toucher est un canal de communication très charpenté parce que c’est le premier à entrer en fonction, dès la septième semaine de la vie utérine. Cela dit, l’absence de toucher et au contraire l’approche neutre donne aussi des résultats. Il y a quelques années, j’ai amené des enfants dans l’enclos des biches du parc zoologique de Toulon. Parmi eux, des psychotiques. A notre grande surprise, nous avons vu une petite fille trisomique, élevée en milieu psychiatrique, se serrer contre une biche, qui l’avait laissée venir à elle sans bouger le moins du monde.

La même biche sursautait lorsqu’elle approchait un enfant non handicapé, en s’enfuyant à vive allure, dès qu’il se retrouvait à trois mètres d’elle. Nous avons filmé et analysé ces séquences. Les enfants psychotiques, perdus en eux-mêmes, évitent le regard, marchent de côté et doucement. Les autres enfants regardent les animaux en face, sourient et montrent les dents, ils lèvent la main pour caresser l’animal et se précipitent vers lui. Autant d’actions interprétées comme des agressions.

Première certitude à abandonner : les animaux ne sont pas des machines. J’insiste beaucoup là-dessus : le jour où l’on comprendra qu’une pensée sans langage existe chez les animaux, nous mourrons de honte de les avoir enfermés dans des zoos et de les avoir humiliés par nos rires. Nous avons peut-être une âme, mais le fait d’habiter le monde du sens et des mots ne nous empêche pas d’habiter le monde des sens. Il faut habiter les deux si l’on veut être un être humain à part entière. Il n’y a pas l’âme d’un côté et de l’autre la machine. C’est là tout le problème de la coupure. Il y a aussi la représentation qu’on se fait de l’animal et qui lui donne un statut particulier, et cela explique un grand nombre de nos comportements. Les chats ont été divinisés dans la Haute-Egypte et satanisés au Moyen âge chrétien.

Les feux de la Saint-Jean sont issus de la diabolisation des chats. On avait rapporté les chats des croisades, ils représentaient les Arabes, alors on les brulait. Considérant le chien comme un outil, si le chien est cassé, on le jette. Quand j’ai fait mes études de médecine, on nous apprenait que l’animal ne souffrait pas et on nous faisait faire des opérations sans anesthésie. L’animal criait, et lorsqu’on s’élevait contre ça, on nous répondait qu’il s’agissait d’un réflexe ! Le bénéfice de l’esprit cartésien, c’est l’analyse, qui nous a donné le pouvoir. Le maléfice du cartésianisme, c’est aussi l’analyse : on a coupé l’homme de la nature, on a fait des animaux des choses, on a dit qu’un animal ne possédant pas l’organe de la parole ne souffrait pas, et là-dessus, on en a déduit qu’un aphasique n’était pas un humain, qu’un enfant qui ne parlait pas ne devait pas non plus éprouver de douleur.

Les animaux ne sont pas des machines, ils vivent dans un monde d’émotions, de représentations sensorielles, sont capables d’affection et de souffrances, mais ce ne sont pas pour autant des hommes. Le paradoxe, c’est qu’ils nous enseignent l’origine de nos propres comportements, l’animalité qui reste en nous… En observant les animaux, j’ai compris à quel point le langage, la symbolique, le social nous permettent de fonctionner ensemble. Pourtant, je constate à quel point nous avons encore honte de nos origines animales. Lorsque j’ai commencé l’éthologie humaine, on me conseillait de publier mes travaux sans faire référence à l’éthologie animale. La même chose m’est arrivée encore récemment. Choisir entre l’homme et l’animal, entre celui qui parle et celui qui ne parle pas, celui qui a une âme et celui qui n’en possède pas, celui qu’on peut baptiser et celui que l’on peut cuisiner. A cette métaphore tragique, qui a permis l’esclavage et l’extermination de peuples entiers, a succédé l’avatar de la hiérarchie, où l’homme au sommet de l’échelle du vivant se permet de détruire, de manger ou imagesd’exclure de la planète les autres terriens, animaux et humains, dont la présence l’indispose. La violence qui me heurte le plus vient justement de la non-représentation du monde des autres, du manque d’ouverture, de tolérance, de curiosité de l’autre.

À lire :

  • Les vilains petits canards, de Boris Cyrulnik, éd. Odile Jacob.
  • La plus belle histoire des animaux, collectif. éd. Le Seuil.
  • La fabuleuse aventure des hommes et des animaux, collectif.

Sans les animaux, le monde ne serait pas humain, Karine Lou Matignon, éd. Clés / Albin Michel.

Découvrez le dossier « Nos animaux : compagnons ou protéines » dans len°98 de CLES.

Publié dans FAUNE FRANCAISE, FONDATEURS - PATRIMOINE | Pas de Commentaires »

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