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Légendes de la veillée de Noël

Posté par francesca7 le 10 janvier 2014

 
êtres inanimés et fabuleux trésors,
animaux parlants, démons, récits édifiants

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Ce qui faisait jadis le plus grand charme de la veillée de Noël étaient les légendes qu’on y racontait, formant un des plus captivants chapitres de la littérature populaire. Terribles ou touchantes, dramatiques ou gracieuses, elles se font fables, historiettes ou contes, et nous affirment que des pierres se déplaçant la nuit de Noël révèlent de somptueux trésors, que les animaux conversent entre eux pendant la Messe de minuit, ou encore que nul n’est à l’abri d’une rencontre avec le Maufait arpentant la campagne

Les légendes de la veillée de Noël peuvent se diversifier d’après les êtres qui entrent en scène. Etres inanimésanimauxdémonsrécits édifiants ; tel est l’ordre que nous suivrons.

Etres inanimés 
En Franche-Comté, on raconte qu’une roche pyramidale, qui domine la crête d’une montagne, tourne trois fois sur elle-même pendent la Messe de minuit, quand le prêtre lit la généalogie du Sauveur. En cette même nuit, les sables des grèves, les rocs des collines, les profondeurs des vallées s’entr’ouvrent et tous les trésors enfouis dans les entrailles de la terre apparaissent à Représentation de la Nativité.la clarté des étoiles. Dans cette même contrée existe la légende de la pierre qui vire. C’est une pierre pointue dressée en équilibre sur un rocher, entre les villages de Scey-en-Varais et de Cler, et qui, dit-on, fait un tour complet sur elle-même au coup de minuit, à Noël.

Dans les Vosges, la pierre tournerose, bloc élevé qui existait près de Remiremont, se mettait elle même en mouvement quand les cloches de Remiremont, de Saint-Nabord et de Saint-Étienne (deux paroisses voisines de Remiremont) appelaient les fidèles à la Messe de minuit, rapporte Richard dans Traditions populaires.

C’est surtout au pays de Caux qu’existe la légende des pierres tournantes. Ces pierres faisaient autrefois trois tours sur elles-mêmes pendant la Messe de minuit, et les monstres qui étaient censés y habiter exécutaient autour d’elles des danses folles qu’il eût été dangereux de troubler. Citons la chaise de Gargantua à Duclair, la pierre Gante à Tancarville, la pierre du Diable à Criquetot-sur-Cuville. A Minières, dans le Cotentin (Manche), au carrefour des Mariettes, se trouve un bloc de pierre pesant mille kilos, qui, dit-on, saute trois fois, le jour de Noël, à minuit. On croit encore, au pays de Caux, que les cloches perdues sonnent pendant la Messe de minuit. Certains affirment avoir entendu l’ancienne cloche de l’église des moines d’Ouville-l’Abbaye, qui passe pour être enfouie dans le « Bosc-aux-Moines », à Boudeville.

Mais il faut surtout lire les légendes bretonnes. Nombreuses autant qu’énormes sont les pierres qui se déplacent pendant la Messe de minuit, pour aller boire, comme des moutons altérés, aux rivières et aux ruisseaux. Un mégalithe, près de Jagon (Côtes-d’Armor), se rend à la rivière de l’Arguenon. Dans le bois de Couardes, un bloc de granit, haut de trois mètres, descend pour aller boire au ruisseau voisin et remonte à sa place de lui-même. Il y a, au sommet du mont Beleux, un menhir qui se laisse enlever par un merle et qui met à découvert un trésor. Il faut entendre surtout, telle qu’elle nous est contée par Emile Souvestre dans Le Foyer breton, la jolie légende des pierres de Plouhinec qui vont boire à la rivière d’Intel.

La plus célèbre était jadis la grosse pierre de Saint-Mirel, dont Gargantua se servit pour aiguiser sa faux, et qu’il piqua, après la fauchaison, comme on la retrouve encore aujourd’hui. Elle cachait un trésor qui tenta un paysan des alentours. Ce paysan était si avare qu’il n’eût pas trouvé son pareil : le liard du pauvre, la pièce d’or du riche, il prenait tout ; il se serait payé, s’il eût fallu, avec la chair des débiteurs. Quand il sut qu’à la Noël les roches allaient se désaltérer dans les ruisseaux, en laissant à découvert des richesses enfouies par les anciens, il songea, pendant toute la journée, à s’en emparer.

Pour pouvoir prendre le trésor, il fallait cueillir, durant les douze coups de minuit, le rameau d’or qui brillait à cette heure seulement dans les bois de coudriers et qui égalait en puissance la baguette des plus grandes fées. Lors, ayant cueilli le rameau, il se précipita de toute sa force vers le plateau où le rocher de Gargantua profilait sa masse sombre, et, lorsque minuit eut sonné, il écarquilla les yeux. Lourdement le bloc de pierre se mettait en marche, s’élevant au-dessus de la terre, bondissant comme un homme ivre à travers la lande déserte, avec des secousses brusques qui faisaient sonner au loin le terrain de la vallée. Jusqu’à ce moment la branche magique éclairait l’endroit que la pierre venait de quitter. Un vaste trou s’ouvrait, tout rempli de pièces d’or.

Ce fut un éblouissement pour l’avare, qui sauta au milieu du trésor et se mit en devoir de remplir le sac qu’il avait apporté. Une fois le sac bien chargé, il entassa ses pièces d’or dans ses poches, dans ses vêtements, jusque dans sa chemise. Dans son ardeur, il oubliait la pierre qui allait venir reprendre sa place. Déjà les cloches ne sonnaient plus. Tout à coup le silence de la nuit fut troublé par les coups saccadés du roc qui gravissait la colline et qui semblait frapper la terre avec, plus de force, comme s’il était devenu plus lourd après avoir bu à la rivière. L’avare ramassait toujours ses pièces d’or. Il n’entendit pas le fracas que fit la pierre quand elle s’élança d’un bond vers son trou, droite comme si elle ne l’avait pas quitté. Le pauvre homme fut broyé sous cette masse énorme, et de son sang il arrosa le trésor de Saint-Mirel (Lectures pour tous, décembre 1903).

Animaux 
II existe, en France surtout, une croyance populaire dont les formes varient suivant les différentes contrées : c’est la conversation des animaux entre eux pendant la Messe de minuit et surtout pendant la lecture ou le chant de la Généalogie. C’est sans doute une réminiscence de la représentation de l’ancien « Mystère de la Nativité », pendant laquelle on faisait parler les animaux.

Cette croyance si répandue, avec de nombreuses variantes, peut se résumer ainsi : un paysan, probablement ivre, ayant omis d’offrir à son bétail le réveillon traditionnel, entend ce dialogue entre les deux grands bœufs de son étable :

Premier bœuf : « Que ferons-nous demain, compère » ?
Second bœuf : « Porterons notre maître en terre… »

Le maître, furieux, en entendant cette prédiction, saisit une fourche pour frapper le prophète de malheur ; mais, dans sa précipitation, il se blesse maladroitement lui-même à la tête… et le lendemain les bœufs le portent en terre. Tel est le thème développé différemment suivant les provinces.

Dans les Vosges, à la Bresse, canton de Saulxures-sur Moselotte, on a soin de donner abondamment à manger aux animaux avant d’aller à la Messe de minuit. A Cornimont, au Val-d’Ajol, on croit encore que les animaux se lèvent et conversent ensemble pendant la Messe de minuit. On raconte à ce sujet qu’un habitant de Cornimont, jouissant de la réputation d’esprit fort, voulut s’assurer de ce fait surnaturel. Il alla se coucher dans un coin obscur de l’écurie située derrière sa maison.

Légendes de la veillée de Noël  dans LEGENDES-SUPERSTITIONS 220px-Magi_cappA l’heure de minuit, il vit un de ses bœufs se réveiller, puis se lever pesamment et demander, en bâillant, à son compagnon de fatigue, ce qu’ils feraient tous deux le lendemain. Celui-ci lui répondit qu’ils conduiraient leur maître au cimetière. La chose ne manqua pas d’arriver, dit la tradition : notre esprit fort fut saisi d’une telle frayeur qu’il en tomba raide mort sur place. Ainsi, sans doute, le racontèrent les bœufs. On .assure aussi qu’une semblable aventure arriva à une femme de Raon-aux-Bois, canton de Remiremont. Poussée par la curiosité, elle alla visiter ses étables pendant la Messe de minuit. Elle apprit également de ses bœufs qu’ils ne tarderaient pas à la conduire en terre.

La nuit de Noël est célèbre par une vieille légende que les paysans landais racontent avec terreur, tendant les veillées d’hiver. Ils prétendent que le jour de Noël, vers minuit, l’âne et le boeuf se mettent à parler entre eux. Ils causent du temps où l’Enfant-Jésus n’avait pour se réchauffer que leur haleine. Ce don miraculeux de la parole est le cadeau envoyé tous les ans par le Ciel à ces deux animaux, en souvenir des bons offices rendus à l’Enfant Jésus dans l’étable de Bethléem. Mais malheur à celui qui -tente de surprendre leur mystérieuse conversation. Sa témérité est punie d’une manière terrible : il tombe mort à l’instant même, peut-on lire dans Le Petit Landais du 25 décembre 1902.

Un bon paysan de Gaillères l’éprouva à ses dépens, nous apprend Sorcières et loups-garous dans les Landes. Pour se convaincre de la vérité du fait, il vint écouter à l’étable, et voilà qu’à minuit juste, le boeuf dit à son voisin :

« Hoù Bouët ? – Hoù Bortin.
– Que haram-nous, douman matin ?
– Que pourteram Iou boué ou clot.
E hou boué que mouri sou cop ».

Voici comment Laisnel de La Salle, dans Croyances et légendes, a gracieusement brodé cette légende : la scène se passe en Berry. « On assure qu’au moment où le prêtre élève l’hostie pendant la Messe de minuit, toutes les aumailles (bêtes à cornes) de la paroisse s’agenouillent et prient devant la Crèche. On assure encore qu’après cette oraison toute mentale, s’il existe dans une étable deux bœufs qui sont frères, il leur arrive infailliblement de prendre la parole.

 « On raconte qu’un boiron (jeune garçon qui touche ou aiguillonne les bœufs pendant le labourage) qui, dans ce moment solennel, se trouvait couché près de ses bœufs, entendit le dialogue suivant : – Que ferons-nous demain ? demanda tout à coup le plus jeune du troupeau. – Nous porterons notre maître en terre, répondit d’une voix lugubre un vieux bœuf à la robe noire, et tu ne ferais pas mal, François, continua l’honnête animal en arrêtant ses grands yeux sur le boiron qui ne dormait pas, tu ne ferais pas mal d’aller l’en prévenir, afin qu’il s’occupe des affaires de son salut.

« Le boiron, moins surpris d’entendre parler ses bêtes qu’effrayé du sens de leurs paroles, quitte l’étable en toute hâte et se rend auprès du chef de la ferme pour lui faire part de la prédiction. Celui-ci se trouvait attablé avec trois ou quatre francs garnements de son voisinage et, sous prétexte de faire le réveillon, présidait à une monstrueuse orgie, tandis que la cosse de Nau(bûche de Noël) flamboyait dans l’âtre et que sa femme et ses enfants étaient encore à l’église.

« Le fermier fut frappé de l’air effaré de François à son arrivée dans la salle : – Eh bien ? Qu’y a-t-il ? lui demanda-t-il brusquement. – Il y a que les bœufs ont parlé, répondit le boiron consterné. – Et qu’ont-ils chanté ? reprit le maître. – Ils ont chanté qu’ils vous porteraient demain en terre ; c’est le vieux Noiraud qui l’a dit, et il m’a même envoyé vous en avertir, afin que vous ayez le temps de vous mettre en état de grâce. – Le vieux Noiraud en a menti, et je vais lui donner une correction, s’écria le fermier, le visage empourpré par le vin et la colère.

« Et, sautant sur une fourche de fer, il s’élance hors de la maison et se dirige vers les étables. Mais il est à peine arrivé au milieu de la cour qu’on le voit chanceler, étendre les bras et tomber à la renverse. Était-ce l’effet de l’ivresse, de la colère ou de la frayeur ? Nul ne le sait. Toujours est-il que ses amis, accourus pour le secourir, ne relevèrent qu’un cadavre et que la prédiction du vieux Noiraud se trouva accomplie. Depuis cette aventure, que l’on dit fort ancienne, les bœufs ont toujours continué à prendre, une fois l’an, la parole ; mais personne n’a plus cherché à surprendre le secret de leur conversation. »

A Romorantin, un témoin rapporte qu’étant enfant, on lui recommandait de se trouver à la Crèche, le jour de Noël, à minuit sonnant ; c’était, lui disait-on, l’heure où le bœuf et l’âne empruntaient la voix humaine pour saluer le Christ naissant. Dans le Cotentin, on était persuadé que toute la création adorait le petit Jésus, à Noël. A l’heure de minuit, dit-on, tous les animaux de ferme s’agenouillent, et tel curieux qui voudrait alors pénétrer dans l’étable, uniquement pour s’assurer du fait, serait immédiatement puni de sa témérité.

Démons et croyances superstitieuses 
Un ancien Noël nous donne une description frappante et naïve de la rage du démon, à la venue du Messie (Bible des Noëls) :

Le démon, assurément,
Dedans son coeur endève,
Car Dieu vient présentement
Pour sauver les fils d’Adam
Et d’Eve, d’Eve, d’Eve !

Il régnait absolument
Sans nous donner de trêve,
Mais ce saint avènement
Délivre les fils d’Adam
Et d’Eve, d’Eve, d’Eve !

Chantons Noël hautement,
Sortons de notre rêve,
Bénissons le sauvement
De tous les enfants d’Adam
Et d’Eve, d’Eve, d’Eve !

La nuit de Noël est la plus mystérieuse de toutes les nuits. Il semble que Satan, exaspéré par l’échec que ce divin anniversaire lui remet en mémoire, sente, à chaque retour de la grande fête, redoubler sa haine et sa rage contre l’humanité. C’est alors qu’il sème dans les sentiers et sur les carroirs (carrefours champêtres) que doivent parcourir les pieuses caravanes de la Messe de minuit, ces larges et splendides pistoles qui jettent dans l’ombre de si magiques et de si attrayants reflets. C’est alors qu’il ouvre, au pied des croix et des oratoires champêtres, ces antres béants au fond desquels on voit ruisseler des flots d’or. Malheur à celui qui tente de garnir son escarcelle de cette brillante monnaie. Chaque- pistole ramassée échappe aussitôt des mains, en laissant aux doigts une empreinte noire, ineffaçable, avec une sensation de brûlure atroce, pareille à celle du feu de l’enfer.

Le Maufait (le malfaisant, le diable) est partout, on le rencontre courant la campagne sous les formes les plus imprévues. Autrefois, au collège de Saint Amand, un vieux domestique contait ainsi l’aventure fantastique qui lui était arrivée le 25 décembre 1783 :

Meßkirch-Meister von Messkirch-Dreikönigsaltar17703.jpgMalgré les recommandations de son père, il avait tendu des collets dans un ancien cimetière. Il y courut pendant la Messe de minuit et trouva pris au piège un lièvre qui, au lieu de l’attendre, se coupa la patte avec les dents. Lui de le poursuivre, l’autre de se sauver aussi vite que le lui permettait sa blessure. Enfin, après une longue course, ils arrivèrent tous les deux aux bords du Cher, et au moment où le chasseur allait mettre la main sur sa proie, la maligne bête franchit la rivière d’un seul bond. Alors se tournant vers le jeune homme épouvanté : « Eh bien ! l’ami, s’écria le Diable qui avait repris sa forme, est-ce bien sauté pour un boiteux ? »

En Limousin, dans les campagnes, existe cette croyance que les maléfices, les sortilèges, toutes les œuvres de l’Esprit du mal perdent, la nuit de Noël, leur puissance ; qu’il est possible de pénétrer jusqu’aux trésors les plus cachés, la vigilance des monstres ou des êtres surnaturels qui les gardent se trouvant en défaut, ou leur pouvoir suspendu.

Shakespeare, le grand poète anglais, connaissait cette tradition quand, dans Hamlet (acte I, scène 1), il fait dire à Marcellus :

Some say that ever’gainst that season comes,
Wherein Our Saviour’s birth is celebrated,
The bird of dawning singeth a night long ;
And then, they say, no spirit dare stir abroad ;
The nights are wholesome ; then no planets strike,
No fairy takes, nor witch hath power to charm ;
So hallowed and so gracious is the time !

Il y en a qui disent que toujours à l’époque
Où est célébrée la naissance de notre Sauveur,
L’oiseau de l’aurore [le coq] chante tout le long de la nuit ;
Alors, dit-on, aucun esprit n’ose errer dans l’espace ;
Les nuits sont sans malignité, nulle planète ne peut nuire,
Nulle fée ne prend, et nulle sorcière n’a le pouvoir de jeter des sorts ;
Si béni et si plein de grâce est ce moment de l’année !

Et ; en effet, un moment vient où le Malin est enfin réduit à l’impuissance : c’est lorsque tinte le premier coup de minuit. Écoutez plutôt ce que fit Jean Scouarn, de Saint-Michel-en-Grève, près de Ploumilliau (Côtes-d’Armor) :

Un jour qu’il errait sur les grèves de Saint-Michel, il rencontra un pauvre chemineau qui, pour le remercier d’un morceau de pain qu’il lui avait donné, lui révéla le moyen de gagner la fortune et le bonheur. Il lui apprit, en effet, qu’au milieu de la grève se dressait un château habité par une princesse, belle comme une fée et riche comme les douze pairs de France. Les esprits de l’Enfer la retenaient sous les eaux. A Noël, au premier coup de minuit, la mer s’ouvrait et laissait voir le château : si quelqu’un pouvait y entrer et aller prendre dans la salle du fond une baguette magique, il pouvait devenir le mari de la châtelaine. Mais il fallait avoir mis la main sur la baguette avant le dernier coup de minuit ; sinon, la me revenait engloutir le château, et l’audacieux chercheur était métamorphosé en statue.

Scouarn résolut de tenter l’aventure. A minuit, en effet, la mer s’écarta comme un rideau qu’on tire et laissa voir un château resplendissant de lumières. Scouarn ne fit qu’un bond vers l’entrée et franchit la porte. La première salle était, remplie de meubles précieux, de coffres d’or et d’argent. Tout autour se dressaient les statues des chercheurs d’aventures qui n’avaient pu aller plus loin. Une seconde salle était défendue par des lions, des dragons et des monstres aux dents grinçantes. Jean Scouarn était perdu s’il hésitait.

Comme le sixième coup de minuit sonnait, il réussit à passer au milieu des bêtes enchantées qui s’écartèrent et pénétra dans un appartement plus somptueux que tous les autres, où se tenaient les filles de la mer. II allait se laisser entraîner dans leur ronde, quand il aperçut tout au fond la baguette magique : il s’élança et la saisit victorieusement. Le douzième coup de minuit sonna.

Mais Scouarn tenait la baguette magique et il n’avait plus rien à craindre. A sa voix, la mer mugissante s’éloigna du château, et les esprits de l’Enfer, définitivement vaincus, s’enfuirent en poussant des cris à faire trembler les rochers. La princesse délivrée offrit sa main au vaillant sauveur. Ce furent des noces splendides, et Jean Scouarn, dans sa reconnaissance pour les saints qui l’avaient protégé, employa la moitié des trésors à construire une chapelle à l’archange saint Michel.

Nombreuses sont les croyances superstitieuses, à l’occasion de la fête de Noël. Dans les villages bisontins, on a observé quel vent souffle au sortir de la Messe de minuit : ce sera, paraît-il, le vent qui dominera durant la nouvelle année. Dans les campagnes des Vosges, les douze jours entre Noël et les Rois indiquent le temps des douze mois de l’année ; ces jours sont appelés, dans le pays, jours des lots. Pour connaître le temps qu’il fera, on prend les dispositions suivantes : on place en ligne douze oignons creusés en forme de coquilles de noix et cela dès le 25 décembre.

Dans chaque oignon ainsi creusé, on met quelques grains de sel. Le premier oignon, en commençant par la gauche, correspond au mois de janvier, et les autres oignons aux mois suivants, d’après leur rang. Au jour des Rois, qui est le dernier des jours des lots, on examine les oignons. Là où le sel n’est pas fondu, le mois correspondant doit être sec ; là où il est fondu, le mois correspondant doit être humide.

Dans la Normandie, on augure de la fécondité des pommiers, selon que la lune éclaire plus ou moins les personnes qui vont à la Messe de minuit ou qui en reviennent. Au pays de Caux, on plaçait autrefois sur une jatte de bois ou un plateau quelconque un morceau de pain bénit de la Messe de minuit. On le laissait aller à la dérive sur les rivières jusqu’à ce que le plateau s’arrêtât de lui-même, indiquant ainsi où se trouvait le corps d’un noyé. Longtemps les Cauchois des rives de la seine eurent cette croyance. Ils croyaient aussi que le pain bénit de la Messe de minuit avait le pouvoir de délier la langue des enfants. Dans certaines familles cauchoises, on le conserve comme un talisman ayant la vertu d’indiquer l’état de santé des absents.

En Corse, les jeunes gens ont l’habitude de courir de maison en maison de manière à faire sept veillées avant la Messe de minuit, afin d’être jugés dignes d’apprendre, de vieilles femmes, certains signes superstitieux qui leur permettent, le cas échéant, de rendre impuissantes et inoffensives les piqûres des scorpions et des autres animaux nuisibles. Ces signes ne peuvent valablement se communiquer que la nuit de Noël et seulement à ceux qui ont fait les sept veillées.

La Bretagne surtout peut être appelée la terre classique des légendes. Interrogez les vieux paysans réunis aux veillées d’hiver. Pendant que l’assistance frissonne d’épouvante et se presse autour du foyer où brille un feu de genêts épineux, ils vous révéleront les noms de tous les êtres mystérieux ou sinistres qui peuplent les nuits de la vieille Armorique. C’est pendant la nuit de Noël surtout que l’ordre ordinaire de la nature est bouleversé. Quand la cloche annonce l’élévation de la Messe de minuit, tout ce qu’il y a d’êtres créés sur la terre se montre à la fois dans le monde. Prêtons l’oreille à l’antique tradition : elle le mérite par sa poétique étrangeté !

Voici les fantômes qui s’avancent. Près des fées des bois et des eaux, se montrent les korigans avec leurs marteaux et les dragons gardiens des trésors. Ensuite apparaissent le garçon à la grosse tête, épouvantail des nuits pluvieuses, l’homme-loup, le conducteur des morts et le cheval trompeur. Le char de l’ankou porte l’oiseau de ’la mort et Jean de feu. Les flammes bleues qui dansent dans les cimetières, les noyés qui sortent de la mer, le diable des carrefours qui vient acheter la poule noire, le sorcier qui cherche l’herbe d’or, les damnés qui soulèvent la pierre de leur tombe pour demander des prières, les lavandières nocturnes… telle est l’épouvantable procession qui chemine à travers la lande, pendant que la neige tourbillonne et que les fidèles sont prosternés devant l’autel.

Récits édifiants 
Innombrables sont ces sortes de légendes. Nous n’en citerons qu’un petit nombre. On raconte qu’à Marienstein, ce sanctuaire aimé de la Suisse septentrionale et de l’Alsace, éclosait, la nuit de Noël, une rose, fermée toute l’année, et d’où s’échappaient une délicieuse odeur et une lumière éclatante : c’était la rose de Noël ou la rose des neiges.

On raconte, dit Albert de Mun, dans nos landes de Bretagne, que lorsque les Mages arrivèrent à l’étable de Bethléem, ils y trouvèrent les bergers qui, n’ayant rien autre à offrir au divin Enfant, enguirlandèrent avec des fleurs des champs la Crèche où il était couché ; les Mages étalèrent leurs riches présents. Ce que voyant, les bergers se dirent entre eux : « Nous voilà bien ! A côté de ces belles choses d’or et d’argent, que vont devenir nos pauvres fleurs ? L’Enfant ne les regardera seulement pas ! »

Mais voilà que l’Enfant-Jésus, repoussant doucement du pied les trésors entassés devant lui, étendit sa petite main vers les fleurs, cueillit une marguerite des champs, et, la portant à ses lèvres, y posa un baiser. C’est depuis ce temps que les marguerites, qui jusqu’alors étaient toutes blanches, ont au bout des feuilles une belle couleur rosée qui semble un reflet de l’aurore, et, au cœur, le rayon d’or tombé des lèvres divines.

Finissons par la Noël des trépassés. C’était au temps du roi saint Louis, où foi et piété régnaient au pays de France. L’office de la nuit de Noël venait d’être achevé dans l’église abbatiale de Saint-Vincent du Mans. Les moines s’étaient tous retirés et l’abbé était rentré dans sa cellule. Accablé par l’âge, il s’était étendu promptement sur son humble couchette. Un lourd sommeil s’empara bientôt de son être. Tout à coup, un bruit étrange fait résonner la porte de la cellule. L’abbé, réveillé en sursaut, se lève à demi. Le bruit se renouvelle plus violent, plus fantastique. Le moine se précipite vers la porte ; il l’entr’ouvre.

Un spectacle terrifiant se présente â ses yeux. Une foule immense d’êtres, revêtus de suaires blancs, sont là, dans le long corridor. Tous portent une torche allumée. Un effroyable silence plane sur cette multitude. Saisi de frayeur, l’abbé, craignant quelque œuvre diabolique, fait sur lui d’abord, puis sur toute cette foule, un grand signe de croix. Ces êtres s’inclinent alors, répétant tous le même signe sacré. Pour le faire, ils écartent leur suaire, et l’abbé voit alors que ce sont des squelettes décharnés. Une lueur lugubre est comme attachée à ces os desséchés et ces squelettes semblent grandement souffrir de ces flammes.

Le moine, rassuré par le signe de la croix si pieusement fait par ces fantômes, leur demande : « Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? » Point de réponse. Les deux plus proches le saisissent par son scapulaire et l’entraînent à leur suite. Une procession se forme après eux. Tous se dirigent vers l’église. Bientôt l’autel est préparé ; les uns allument les cierges, les autres disposent les ornements sacrés. L’abbé comprend que ces êtres veulent assister au divin sacrifice de l’autel. II revêt la chasuble et commence la sainte Messe. Des voix gémissantes répondent aux versets que récite le prêtre. Les squelettes sont agenouillés pieusement dans le chœur, dans la nef ; l’église en est remplie.

Le silence est rompu seulement par la voix du ministre de Dieu et par les prières des assistants. A l’Orate fratres, lorsque l’abbé se retourne, il voit que les squelettes ont quitté leurs linceuls. Le moment de la consécration est arrivé ; à la voix de son prêtre, Jésus descend invisiblement sur l’autel. Alors, les gémissements cessent, une harmonie céleste remplit l’église. Un chant sublime de triomphe et de délivrance se fait entendre jusqu’à la fin de la Messe. Lorsque le moine se retourne, à l’Ite missa est, les squelettes ont tous disparu ; une nuée lumineuse montant vers le ciel, l’écho affaibli de mystérieux cantiques, voilà tout ce qui reste du sublime spectacle auquel il vient d’assister.

Pier Giorgio Frassati lors de l’une des excursions en montagne.L’abbé rentre dans sa cellule profondément ému, heureux surtout d’avoir été, dans cette circonstance, l’instrument de la miséricorde divine. Depuis, chaque année, en l’abbaye de Saint-Vincent, on avait coutume de célébrer, après l’office solennel de la nuit de Noël, une messe basse pour les angoisseux du Purgatoire, rapporte Louis Chambois dans la Semaine du Mans du 25 décembre 1893.

Ecoutons dom Guéranger nous décrire dans Le temps de Noël (tome I) la veillée de Noël et nous en donner le vrai sens chrétien : « C’est là que nous avons vu, et nul souvenir d’enfance ne nous est plus cher, toute une famille, après la frugale et sévère collation du soir, se ranger autour d’un vaste foyer, n’attendant que le signal pour se lever comme un seul homme et se rendre à la Messe de minuit. Les mets, qui devaient être servis au retour et dont la recherche simple mais succulente devait ajouter à la joie d’une si sainte nuit, étaient là préparés d’avance ; et, au centre du foyer, un vigoureux tronc d’arbre, décoré du nom de bûche de Noël, ardait vivement et dispensait une puissante chaleur dans toute la salle. Sa destinée était de se consumer lentement durant les longues heures de l’office, afin d’offrir, au retour, un brasier salutaire pour réchauffer les membres des vieillards et des enfants engourdis par la froidure.

« Cependant, on s’entretenait avec une vive allégresse du Mystère de la grande nuit ; on compatissait à Marie et à son doux Enfant exposé dans une étable abandonnée à toutes les rigueurs de l’hiver ; puis bientôt on entonnait quelqu’un de ces beaux noëls, au chant desquels on avait passé déjà de si touchantes veillées dans tout le cours de l’Avent. Les voix et les cœurs étaient d’accord, en exécutant ces mélodies champêtres composées dans des jours meilleurs. Ces naïfs cantiques redisaient la visite de l’ange Gabriel à Marie et l’annonce d’une maternité divine faite à la noble pucelle ; les fatigues de Marie et de Joseph parcourant les rues de Bethléem, alors qu’ils cherchaient en vain un gîte dans les hôtelleries de cette ville ingrate ; l’enfantement miraculeux de la Reine du Ciel ; les charmes du nouveau-né dans son humble berceau ; l’arrivée des bergers avec leurs présents rustiques, leur musique un peu rude et la foi simple de leurs cœurs.

« On s’animait en passant d’un noël à l’autre ; tous soucis de la vie étaient suspendus, toute douleur était charmée, toute âme épanouie. Mais, soudain, la voix des cloches, retentissant dans la nuit, venait mettre fin à de si bruyants et de si aimables concerts. On se mettait en marche vers l’église ; heureux alors les enfants que leur âge un peu moins tendre permettait d’associer pour la première fois aux ineffables joies de cette nuit solennelle, dont les fortes et saintes impressions devaient durer toute la vie ».

 (D’après « La nuit de Noël dans tous les pays », paru en 1912)

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le Morvan – un pays pour les ports de pleine nature

Posté par francesca7 le 2 décembre 2013

 

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a la lecture des pages concernant le Morvan, vous avez déjà imaginé tout le charme de la région de Saulieu, Précy sous Thil et Liernais. Quelle que soit votre passion, elle vous attend de pied ferme. Balades en voiture, les départementales tranquilles tissent un réseau tortueux de ville sen hameaux, sans jamais s’éloigner vraiment d’une voie rapide pour votre retour.

Randonneurs à pieds, vos meilleures chaussures seront bien usées avant d’avoir parcouru sentiers et allées forestières en tous sens. Plusieurs topos-guides vous décrivent une large palette de cheminements. Adeptes du vélo tout terrain, vous vous régalerez en mixant à votre guise petites routes, charrières et sommières tout en prenant garde de vous méfier de certains beaux chemins qui fondent parfois bien vite dans les champs et les forêts, ne laissant qu’une maigre trace impraticable. Des itinéraires balisés vous attendent là aussi. Et is la neige est de la partie, sautez sur vos skis de fond, vous jubilerez en réutilisant tout ce réseau.

L’aventure vous fait rêver, essayez le nouveau « parcours Aventure » de Précy sous Thil. Emotions garanties. Mais attention, balises, chemins dégagés et même… les ponts peuvent manquer ! Pour amateurs avertis.

L’escalade vous attire, les superbes falaises granitiques de Vieux Château, entièrement équipées de neuf ces dernières années, s’abrient à l’ombre des grands pins, baignant leurs pieds dans les eaux fraîches du Serein. Toutes les possibilités épuisées, descendez vers Dun les Places. Les rochers du « Montal » et du « chien » vous préparent encore quelques belles heures de grimpe. (Un excellent topoguide décrit en détails toutes ces possibilités).

Enfin, si le temps se gâte, il vous reste la belle structure artificielle d’escalade en salle de Saulieu, référence régionale, qui accueille chaque année les principales compétitions bourguignonnes. Mais peut-être préférez-vous flâner au trop d’un cheval ? Plusieurs centres équestres vous attendent et vous proposent promenades à la journée ou stages, à cheval ou à poney. Planez au-dessus des sites et paysages ? L’aéro-club de Saulieu-Liernais vous emportera vers les nuages. A moins qu’amateurs d’émotions fortes, vous ne préfériez l’action et dégringoler les torrents du Morvan en rafting ou hydrospeed. Parcours de santé, golf, tennis, piscine, chasse et pêche, tout est possible par ici. Et puis, régalez-vous de ces paysages creusés de vallons et agrémentés de villages et hameaux à l’aspect si différent l’un à l’autre. Flanez, prenez le temps de découvrir.

Quelque que soit votre choix, sur terre ou sur l’eau, sur les sentiers ou glissant au rythme des vents sur une planche à voile ou un dériveur basé parmi les lacs du Pays, vous pourrez vivre votre passion ou en découvrir de nouvelles. Certes, il n’y a pas ici de Mont Blanc à gravir, d’amazone à descendre ou de Hoggar à traverse, mais vous découvrirez qu’il existe bien peu de régions capables de vous proposer une telle palette d’activités réalisables dans l’excellentes conditions dans un décor de verdure étonnamment riche en vielles pierres, légendes et curiosités diverses.

Réunir richesse du patrimoine, beauté des paysages et possibilités sportives sur un même territoire, voici la force de ce pays, le Pays de Saulieu, Précy sous Thil et Liernais.

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Le Passeur d’eau de Sougnez

Posté par francesca7 le 1 octobre 2013


Les légendes du Val d’Amblève  par Marcelin La Garde.

Le Passeur d'eau de Sougnez dans LEGENDES-SUPERSTITIONS images-5Lorsqu’en hiver, à la nuit tombante, je quittais l’école que tenais le vénérable M. Evrard, curé dé Dieupart, pour m’en revenir au village de Sougnez, où demeuraient mes parents, une de mes plus grandes terreurs d’enfant c’était de passer à côté de deux croix qui s’élevaient non loin de l’Amblève, le long du sentier qu’une belle route a aujourd’hui remplacé. J’avais entendu de si étranges récits sur les événements à la suite desquels ces croix avaient été placées là !

L’une, en calcaire du pays, avait la forme ordinaire et portait ces mots : « Ici est mort, le 17 février 1785, à l’âge de 49 ans, Jean-Baptiste Piret, de Sougnez. Priez Dieu pour son âme. »

L’autre, en schiste noir, était fort basse, tandis que la ligne horizontale s’étendait démesurément dans le sens de l’orient à l’occident. On connaissait bien le fait tragique qu’elle rappelait : il se liait mystérieusement à celui dont l’autre croix consacrait le souvenir; elle recouvrait les restes d’un inconnu, et l’on ignorait qui l’avait plantée. Enfin, elle portait une inscription écrite en caractères que nul n’avait pu jusque là déchiffrer. Je me souviens même d’avoir un jour entendu un fort savant homme, ami de mon père, dire en hochant la tête : «Ce n’est pas là une croix ! » et parler ensuite de carrés magiques, de monuments cabalistiques, que sais-je ?

Toujours est-il qu’aucun Segnien ne serait passé par là sans se signer ni sans se hâter, surtout le soir. Qu’on juge donc de ce que je devais ressentir les jours où de noirs nuages parcouraient le ciel, où le vent soufflait dans les arbres dépouillés du bois de Mont jardin, et où les eaux de l’Amblève grondaient sourdement, moi dont l’enfance avait été bercée par des contes de revenants, de sorciers, de sotais, de feux-follets, de loups-garous. Bien souvent, Marie-Jeanne, notre portière, m’avait parlé de la mort malheureuse du diseur de bonne aventure, et de la vengeance posthume, exercée par lui sur le passeur d’eau.

L’Amblève, cette rivière aux eaux basses et limpides en été, grossit, à l’époque où fondent les neiges des Fagnes, au point d’inonder souvent toute la vallée; et alors son courant, en certains endroits, a une rapidité qui rend le passage en nacelle extrêmement dangereux. Aussi, avant l’établissement du pont qui existe aujourd’hui entre Remouchamps et Sougnez, les communications entre les deux rives étaient-elles parfois interrompues durant des semaines entières. Cependant, le 1772 à 1785, si grosse qu’eut été la rivière, on l’avait toujours passée, grâce à la vigueur et l’audace des frères Jean-Baptiste et Pierre Piret, auxquels le passage d’eau était affermé, et qui semblaient se faire un jeu des dangers que présentait la traversée.

Ils avaient fait la guerre de Sept ans et étaient sortis des dragons pour venir achever leur existence dans le village qui les avait vu naître. On comprend qu’ayant assisté à beaucoup de combats, ayant vu du pays et ayant reçu de la nature une taille de six pieds, il devaient jouir dans l’endroit d’une très grande influence, ce que, il faut bien le dire, le curé ne voyait pas sans peine, car ils avaient rapporté de la vie des camps certaines habitudes qui étaient d’un mauvais exemple pour ses paroissiens. Ils juraient, ils étaient joueurs et hantaient beaucoup le cabaret, où ils attiraient du monde par les histoires, d’ordinaire peu édifiantes, qu’ils racontaient. A part cela, on les tenait pour de braves gens, incapables de nuire au prochain.

Il y avait toute une semaine que la rivière offrait un aspect tel que les vieillards ne se rappelaient point l’avoir vue en cet état; et pas un jour les frères Piret n’avaient cessé de se mettre à la disposition de ceux qui pouvaient requérir leurs services. Le nombre en était fort petit, il est vrai, car le passage était dangereux, et les deux bateliers, dans ces circonstances exceptionnelles, se faisaient largement payer.

Voilà qu’un soir du mois de février de l’année 1784, comme ils étaient attablés au cabaret de devant l’église, occupés à faire une partie de cartes, près d’un bon feu, un voisin vint leur dire qu’un individu s’impatientait à les attendre près de leur demeure, pour qu’ils le conduisissent à l’autre bord.
— A-t-il l’air d’avoir la bourse bien garnie ? demanda Jean-Baptiste.
— Ma foi, répondit le voisin, je n’ai pas fait grande attention à sa mise.
— Alors, dis-lui de venir ici : nous l’examinerons à la lampe et verrons combien de pintes il y aura à tirer de lui.
Un instant après parut un homme d’une quarantaine d’années, au teint basané, aux cheveux crépus, pauvrement, bizarrement habillé et ayant un sac de cuir sur le dos. Son entrée suscita un murmure d’étonnement.
— Tiens, dit à voix basse Bertirie la cabaretière à son mari, je parie que c’est un joueur de tours et qu’il fait partie de la troupe d’Egyptiens qui a passé par ici il y a quinze jours: car une des femmes m’a dit qu’elle attendait son mari, resté malade à Verviers.
— Eh bien ! camarade, vous voudriez donc passer l’eau ? demanda Jean-Baptiste à l’inconnu.
— Oui, et vous me feriez bien plaisir, reprit celui-ci avec un accent qui trahissait son origine étrangère.
— Mais il est huit heures et demie et la rivière a l’air d’une mer : c’est dangereux et ça coûte cher. Combien pouvez-vous donner ?
A ces mots, la figure du voyageur se couvrit d’une teinte de tristesse.
— Je ne suis, dit-il, qu’un pauvre homme; je sors de maladie, j’ai une femme et des enfants que je dois rejoindre et auxquels je ne puis même apporter un morceau de pain.
— Dans ce cas-là, vous nous demandez donc de travailler pour le roi de Prusse, nous qui avons servi l’Autriche… Vous êtes mal tombé.
— J’ai une « plaquette »; je vous la donnerais bien volontiers, mais je ne posseède que cela au monde et j’ai encore douze lieues à faire.
— Une plaquette ! s’écria Jean-Baptiste en éclatant de rire. Vous m’offririez deux beaux escalins que je refuserais. Ecoutez donc un peu cette musique…
Le bruit du vent se mêlait, en effet, au clapotement lugubre des flots, battant le rivage.
— O mes braves gens ! dit le malheureux d’une voix suppliante, en s’adressant à deux ou trois buveurs qui avaient paru prendre, quelque intérêt à son sort, intercédez pour moi… Si vous saviez… Je dois absolument être demain au point du jour à Houffalize pour y rejoindre ma famille. Oh ! oui, je dois y être absolument… sans cela, Dieu sait ce qui peut y arriver… Voyez, ne suis-je pas déjà assez à plaindre ? Je viens de Verviers, sortant de maladie, je n’ai rien pris en route et je dois marcher encore toute la nuit, par un temps pareil ! Tout le monde était attendri, et il n’y eut pas jusqu’à Pierre Piret, quoique cependant il n’osât jamais contrarier son frère, qui ne dit :
— Allons, Baptiste, le bon Dieu nous paiera.
 Le bon Dieu, dis-tu ? Est-ce que le bon Dieu se mêle des affaires de ces nécromanciens-là ? Ne vois-tu donc pas que c’est un Egyptien ? Bien sûr qu’il veut se rendre au sabbat… Merci que j’y prête les mains. Qu’il s’adresse au diable pour que le diable le porte sur son dos. Satan fera bien cela pour un de ses serviteurs.
Ces paroles, dites très sérieusement par un homme écouté d’ordinaire comme un oracle, changèrent soudain les dispositions des naïfs auditeurs; et il en fut même parmi eux qui jetèrent un regard furtif sur les pieds de l’étranger pour s’assurer qu’ils n’étaient pas fourchus.

telechargement dans LEGENDES-SUPERSTITIONSDe grosses larmes vinrent aux yeux de l’infortuné resté debout, et dont les jambes chancelèrent.
— Est-ce possible, dit-il, ne pourrais-je continuer ma route ?… Ciel, secourez-moi !
Il se laissa tomber sur une chaise et parut en proie au plus violent désespoir. Puis, se levant tout à coup, il se jeta aux pieds de Jean-Baptiste et joignit les mains :
— Ah ! s’écria-t-il, je vous en conjure, par ce que vous avez de plus sacré, aidez-moi à poursuivre mon chemin. Il y va du bonheur ou du malheur de toute une pauvre famille qui demandera aux esprits célestes de veiller sur vous jusqu’à la fin de vos jours. Que vais-je devenir, que deviendront-ils si je dois m’arrêter ici, ajouta-t-il avec une sorte d’égarement.
— Mon cher, dit Baptiste, vous autres qui faites métier de prédire l’avenir, vous auriez dû prévoir cela.
Et il poussa un éclat de rire auquel répondit toute la compagnie.
L’étranger se redressa et, se dirigeant vers la porte, il prononça ces paroles avec une dignité qui avaient quelque chose d’imposant : — Eh bien! votre refus inhumain ne m’arrêtera pas, mais que je succombe ou que je survive au danger que je vais braver, vous n’échapperez point à la punition qui frappe tôt ou tard ceux qui manquent de charité.
Il y eut, après la sortie du voyageur, un silence de quelques minutes.
— 
Après tout, dit Pierre Piret, qui sentait le besoin de raffermir sa conscience, ces Egyptiens ne méritent aucune pitié; ils vivent de ruses et de rapines, et volent même des enfants.
— Oui, reprit la femme du cabaretier, mais j’ai entendu dire qu’ils jettent aussi des sorts, et savent faire revenir ceux qui sont dans l’autre monde.

Tous se regardèrent en frissonnant, excepté Jean-Baptiste qui haussa les épaules et proposa de faire une nouvelle partie; mais ses partenaires, visiblement troublés, manifestèrent l’intention de se retirer, et chacun regagna sa demeure comme dix heures sonnaient.

Le lendemain matin, tous les habitants de Sougnez étaient réunis près du passage d’eau, et les rumeurs les plus confuses circulaient dans cette foule. Des deux nacelles appartenant aux frères Piret, l’une avait disparu, quoiqu’elle fût solidement attachée à un anneau de fer fixé dans le mur du cimetière. La scène qui avait eu lieu la veille au cabaret de devant l’église était déjà connue de tout le village, et l’opinion unanime était que le bohémien avait voulu se transporter lui-même à l’autre rive.

— Il devait être tout de même bien pressé de rejoindre sa famille, disait une bonne femme, pour s’être exposé tout seul à un pareil danger.
— Il n’y a pas d’inquiétude à avoir, reprenait un vieillard; ces gens-là connaissent, pour se tirer d’affaire, mille moyens ignorés des bons chrétiens.
— Pauvre homme ! pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé, disait un troisième interlocuteur.
— Qu’est-ce que j’entends là ? s’écria tout à coup Jean-Baptiste d’une voix tonnante : pauvre homme ! Comment, vous êtes assez sans cœur pour plaindre un suppôt de l’enfer qui a causé ma ruine ? Car que sera devenue ma nacelle ? Perdue à jamais !… Si, grâce à ses maléfices, il a échappé, lui, il aura laissé méchamment aller ma Jeannette, qui est probablement brisée en mille pièces à l’heure présente.
— Toujours faut-il, dit Pierre, que nous allions faire quelques recherches. Voyons, Baptiste, explorons d’abord les deux côtés de la rivière jusqu’à Aywaille. Moi, mon idée était de passer cet individu, et je me disais que Dieu nous en récompenserait. Nous devons bien le croire, puisque déjà il nous punit.
— Va chercher les ferrés et les avirons, dit Baptiste d’un ton brusque.
Les deux frères allaient quitter le rivage lorsque quelqu’un s’écria :
— Mais voyez donc là-bas derrière l’île de la Madeleine, au milieu des aulnes et des peupliers, voyez ce point noir; ne serait-ce pas la nacelle, qui se sera accrochée là ?
Tous les yeux se portèrent dans la direction indiquée, où se trouvait un massif d’arbre dont les eaux baignaient le pied. Les uns déclarèrent que c’était une grosse pièce de bois flottante, d’autres soutinrent que c’était quelque animal noyé; car parfois, quand les eaux s’étaient retirées, on retrouvait des moutons, des chèvres, des porcs et jusqu’à des vaches et des chevaux, que le courant avait surpris et entraînés la nuit.
— Nous passerons par là, dit Baptiste en s’éloignant du rivage, et nous saurons ce que c’est.

La frêle barque fendit obliquement les flots auxquels, grâce aux poignets vigoureux des frères Piret, elle opposa une résistance qui lui permit de gagner l’autre bord en moins de dix minutes, mais beaucoup en aval du point d’où elle était partie. Là, elle se trouvait à peu de distance du bouquet d’arbres dont nous avons parlé, et on put voir Pierre et Baptiste faire de grands gestes et causer d’une façon très animée.

Ils se dirigèrent enfin vers l’objet qui semblait avoir excité leur surprise, le recueillirent dans leur nacelle et cinglèrent vers l’autre rive ; mais on remarqua, à la manière dont ils manœuvraient, qu’il y avait en eux une sorte de défaillance. Ils abordèrent enfin tout au bas du village, où se porta la foule, avide d’avoir le mot de l’énigme.

Au fond de la nacelle gisait le cadavre de l’infortuné qui la veille avait tant supplié les frères Piret de le transporter de l’autre côté de la rivière. L’émotion fut vive parmi ces braves gens, et tous s’exhalèrent en plaintes sur son sort, sur le sort de sa famille qu’il était si désireux de rejoindre. Baptiste, qui avait l’air très sombre, jeta sur le cadavre un regard plein de colère.

— Et ma nacelle ! ma nacelle ! murmura-t-il, les poings crispés et d’une voix étouffée.
En ce moment arrivait le curé, M. Labeye, véritable type du bon pasteur du village :
— Baptiste, dit-il d’un air sévère, le ciel vous punit justement; priez-le pour qu’il ne se montre pas plus rigoureux à votre égard.
— Bah ! un vagabond, peut-être un païen.
— Et la parole du bon Samaritain, que j’ai expliquée dimanche au prôme ?… Vous n’en avez guère profité, paraît-il.

Cependant, divers objets découverts dans le sac de l’inconnu, certaines figures dont certaines parties de son corps étaient tatouées, ne laissèrent aucun doute sur sa race ni sur sa profession.

Il appartenait évidemment à ces tribus errantes de Bohémiens ou Egyptiens, peu connus aujourd’hui, mais qui, au dix-huitième siècle encore, parcouraient les villages reculés, et surtout ceux des Ardennes, où elles pratiquaient la chiromancie et la cartomancie et se livraient à l’art de guérir les hommes et les animaux. Quelle sépulture devait-on lui donner ? Les eaux s’étant retirées, le lendemain, de l’endroit où il avait été retrouvé, il fut décidé que sa dépouille mortelle y serait déposée.

Le vagabond eut donc pour lieu de repos la lisière d’un chemin. On remarqua, à partir de ce moment, un grand changement chez Jean-Baptiste Piret : il n’avait plus sa gaieté habituelle et on le voyait souvent tout pensif. Les uns disaient que c’était à cause de la perte de sa barque, dont quelques fragments avaient été aperçus du côté de Douxflamme ; d’autres soutenaient que la mort de l’étranger entrait pour la plus grande part dans son chagrin, qu’il avait du reste coutume de noyer par des libations fréquemment répétées, car, quoiqu’il ne se fût jamais montré sobre, on fit également la remarque qu’il buvait bien plus qu’auparavant.

Le 17 février 1785, un an jour pour jour après la mort du bohémien, vers 9 heures du soir, Jean-Baptiste et Pierre buvaient dans le même cabaret où nous les avons vus déjà, et qu’ils n’avaient guère quitté de la journée. Ils semblaient plongés dans une espèce d’abrutissement. Deux habitués seulement se trouvaient avec eux et ne rompaient le silence qu’à de rares intervalles. Le temps était calme et l’on n’entendait guère au dehors d’autre bruit que celui des eaux de l’Amblève, bien moins grosses cependant que l’année précédente.

Tout à coup, le cri « A l’aiw ! » se fit entendre dans le lointain. Tous prêtèrent l’oreille.
— Il y a une pratique, Baptiste, dit le cabaretier.
— C’est une idée, répondit Baptiste. Quelque chouette dans le clocher de l’église.
Mais le cri « A l’aiw ! » retentit de nouveau avec plus de force.
— C’est tout de même quelqu’un qui nous appelle de l’autre bord, dit Pierre. Allons, frère, en marche.

Baptiste fit un long et sonore bâillement et s’étendit sur sa chaise sans répondre.
— Lève-toi donc ! continua Pierre; es-tu sourd ?
— Non, mais je ne me dérange pas si tard sans savoir qui c’est… Il n’y a peut-être que deux à trois liards à recevoir. Merci.
— Et quand même, allons à tout hasard ! Si, comme dit notre curé, Dieu nous tient compte d’un verre d’eau donné en son nom, il sera bien autrement content d’un passage d’eau… pour l’amour de lui.
— Laisse-moi tranquille, répliqua Baptiste : quand je te dis que je n’y vais pas.
On cria une troisième fois « A l’aiw ! » avec un accent qui tenait de la détresse.
— Le pauvre homme se désespère de ne rien voit venir, dit la cabaretière. Par pitié, vous devriez bien aller le prendre, Baptiste. Vous ne voudriez pas, sans doute, avoir sur la conscience un nouveau malheur…

A ces mots, le front de Baptiste se plissa. Il resta quelques secondes irrésolu et finit par sortir en grommelant, suivi de son frère. Or, un drame terrible et mystérieux allait s’accomplir.

Les deux passeurs d’eau étaient à peine sortis depuis un quart d’heure que des cris lamentables se firent entendre et jetèrent l’épouvante dans tout le village.
— Au secours ! au secours ! criaient deux voix qui semblaient sortir du sein des eaux.
Et à la faible clarté de la lune, on vit une nacelle renversée descendre le courant, et deux hommes se débattant au milieu de la rivière. On n’avait aucun moyen de les secourir et leur mort était considérée comme inévitable. Bientôt, en effet, l’un d’eux disparut, et un cri d’épouvanté frappa l’air, tandis qu’on suivait avec anxiété les mouvements de l’autre, qui parvint enfin à atteindre miraculeusement le rivage. C’était Pierre Piret, mais il tomba aussitôt dans un évanouissement suivi d’un délire qui dura jusqu’au lendemain.

Que s’était-il donc passé ? Pierre raconta que lorsqu’ils étaient arrivés au milieu de la rivière, ils avaient vu distinctement une forme humaine sur l’autre bord ; mais qu’à mesure qu’ils approchaient, cette forme paraissait vouloir se dérober à leurs regards en se plaçant derrière un buisson; ils n’en avaient pas moins avancé et, au moment où la nacelle allait aborder, ils se trouvèrent face à face avec le bohémien mort l’année précédente.

La terreur leur fit tomber gaffes et avirons des mains. Le fantôme, dont les yeux flamboyaient, sauta sur l’avant de la barque et la fit chavirer, en poussant un éclat de rire infernal, pendant qu’une volée d’oiseaux de nuit semblait quitter le rivage et se diriger vers le bois de Mont jardin. Pierre ne vit plus rien; mais il entendit Baptiste lui crier d’une voix expirante :
— Adieu, frère !… C’en est fait… il m’entraîne…
Et comme Pierre Piret achevait son récit, on vint annoncer que le corps de Jean-Baptiste avait été jeté par les eaux juste à la place où le diseur de bonne aventure avait été enterré,
— Je l’avais bien prédit ! s’écria Bertine la cabaretière. Et l’on se moquait de moi quand je parlais de sortilèges et de morts sortant du cercueil !
— Ah ! dirent les anciens à Pierre, tu l’as échappé belle, toi, mais tu avais intercédé pour lui auprès de ton frère, et il t’a été tenu compte de tes bonnes intentions : ta charité t’a sauvé.

Le pauvre Pierre, conformément à la vieille coutume qui, dans nos campagnes, veut qu’un monument pieux rappelle toute mort arrivée par accident, fit élever à son frère une croix à l’endroit où le noyé avait été retrouvé. Mais peu de jours après, une main restée inconnue plaça aussi un monument sur la tombe du diseur de bonne aventure, et ce monument singulier, objet d’une superstitieuse terreur, a été respecté pendant plus d’un demi-siècle. Les deux croix, élevées en même temps et rappelant des catastrophes si étrangement liées, ont disparu le même jour, lorsque la route de Louveigné à Aywaille a été construite; et c’est le long de cette route, assis sur un tertre, ayant sous mes pieds la tombe oubliée du pauvre bohémien, que j’ai écrit la présente histoire.

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escale en Bretagne : d’ile en ile

Posté par francesca7 le 22 septembre 2013

 escale en Bretagne : d'ile en ile dans Bretagne 1354361-les-iles-cachees-de-la-mediterranee-300x200

Sur cette petite mer intérieure fermée par la Presqu’ile de Rhuys, s’égrènent des centaines d’iles et d’ilots, royaumes des pêcheurs ou des oiseaux migrateurs. Le Golfe du Morbihan, aurait été créé, dit-on, par les larmes des fées chassées de la forêt de Brocéliande. Les fées y auraient ensuite jeté leur couronne qui seraient devenues les iles. Une jolie légende pour des paysages bel et bien féériques. De marées en courants, parcourez les les trésors du Golfe du Morbihan.

dans le Morbihan

Isolée au cœur du Golfe du Morbihan, l’ile aux Moines est cependant la plus grande des iles du Golfe. Ses maisons basses blanchies à la chaux et ses magnifiques paysages lui ont valu le surnom de « perle du Golfe ». 

L’ile d’Arz

Seconde plus grande ile du golfe du Morbihan, après l?ile aux Moines, l?ile d’Arz jouit d’une nature préservée que l’on découvre le long de ses marais ou de ses vasières à marée basse. C’est également ici que les oies bernarches de Sibérie viennent y prendre leurs quartiers d’hiver. Le Moulin de Pen Castel de l’ile d’Arz

itué entre Sarzeau et Port Navalo, le moulin à marée de Pen Castel, probablement édifié au début du XIIe siècle, a été classé monument historique depuis 1933. En activité jusqu’aux années 1920, Il compte parmi les plus beaux de la région. 

L’ile de Boëdic

Au nord du Golfe du Morbihan, l?ile de Boëdic est une petite ile privée dépendant de la commune de Séné. Sa fameuse chapelle, à la pointe Ouest, sert de repère aux marins. 

Le territoire de Baden

Vaste étendue bordant le Golfe du Morbihan, le territoire de Baden compte quatre îles : l?ile du Rénaud, l?ile du Grand Vézy, l?ile du Petit Vézy et les Sept Iles. 

L’ile de Berder

Véritable ile à marée haute et presqu?ile à marée basse, Berder est reliée par un passage long de 80 mètres à Larmor-Baden. 

L’ile de Brannec

au Sud-Est de l?ile aux Moines, l?ile de Brannec, littéralement en breton l?ile aux corbeaux, est une ile privée de 5,2 hectares, dépendant de la commune de Sarzeau

Le Crouesty

Plus grand port de plaisance de Bretagne, Le Crouesty est également connu pour rassembler chaque premier weekend du mois de novembre, le plus grand évènement de troc de bateaux d’occasion lors duquel des centaines de vendeurs de voiliers et de petits bateaux à moteurs se donnent rendez-vous. 

Marais salants à Saint-Armel

A Saint-Armel, en face de l?ile de Tascon, le marais de Lasné se divise en divers espaces dédiés à la saliculture, l’ostréiculture et une zone de quiétude pour la faune. 

L’ile Quistinic

A une centaine de mètres à l’ouest de la presqu?ile du Passage, Quistinic est une petite ile de forme quadrangulaire entièrement occupée par une ancienne pêcherie. 

Salines de Suscinio

Joyau de la presqu’ile de Rhuys, le château de Suscinio, autrefois symbole de la puissance des ducs de Bretagne, surplombe les salines. 

L’ile Reno

D’une surface de 7 hectares, l?ile Reno n’est accessible que lorsque les coefficients de marée sont très élevés lors des grandes marées d’équinoxe. 

Les îles cachées de la Méditerranée

Au large des côtes de la Mediterranée, se dressent des îles au charme sauvage ponctuées de criques, de vestiges de forteresses militaires ou de plages aux eaux cristallines. Il règne sur ces petits bouts de terre une quiétude que seul le chant des cigales vient troubler.

Le meilleur de la Bretagne en 100 photos

Ses sites naturels ou insolites, ses châteaux, ses plages… Tous les lieux que vous devez absolument visiter lors de votre séjour en Bretagne.

Les plus beaux villages de Bretagne

Finistère, Morbihan, Côtes d’Armor ou Ille-et-Vilaine, la Bretagne se découvre au gré de ses petits villages portuaires et campagnards.

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Erreur de casting pour nos ancêtres

Posté par francesca7 le 15 septembre 2013

le 5 mai 1889. Quatre cents « nègres », Kanaks et Annamites sont les stars de l’Expo universelle

 

Se croyant au zoo, les Français se précipitent dans le village indigène reconstitué sous la tour Eiffel pour admirer les « sauvages ».

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Le 5 mai 1889, quelque quatre cents Africains et Asiatiques prennent possession du Champ-de-Mars. Ce n’est pas une manif de sans-papiers avant la lettre, ni une réunion de rappeurs, mais les habitants du village indigène de l’Exposition universelle dont l’ouverture officielle est pour le lendemain. Ces hommes et femmes « importés » des lointaines colonies françaises sont impatients de découvrir les millions de visiteurs blancs attendus. La curiosité vaut dans les deux sens.

Attraction phare de l’Exposition, ces Africains, Kanaks et Annamites ont l’immense honneur (!) d’être les habitants du premier « village indigène » organisé dans le cadre d’une « exhibition ethnologique ». Plusieurs expositions précédentes en Europe et en Amérique ont déjà montré de petits groupes d’individus, ou même des personnes seules, parfois même dans des cages. Mais plusieurs centaines d’indigènes du bout du monde répartis dans plusieurs villages, c’est du jamais-vu. Le gouvernement de Carnot garantit l’authenticité des Sénégalais, Gabonais ou Congolais ramenés de leurs forêts primitives ! On n’est pas allé les chercher à la Goutte-d’Or ou encore dans le 13e arrondissement… Il s’agit de vraies pièces originales ! Approchez, approchez ! Touchez ! Certains savent même parler et, qui plus est, français ! Le jour de l’inauguration, seul Dieudonné brandit une banderole sous les objectifs des caméras : « Stop au continuum colonial et esclavagiste ». 

Vingt-huit millions de visiteurs 

Les organisateurs de l’Exposition universelle sont finalement animés par les meilleurs sentiments : ce qu’ils désirent avec l’étalage de cette chair fraîche, c’est montrer comment une nation civilisatrice comme la France a tiré de leur obscurantisme ces êtres primitifs entre animaux et hommes. L’Occident tend la main aux maillons manquants de l’évolution humaine ! 

Pendant près de 6 mois, 28 millions de voyeurs défilent sur les Invalides pour épier ces hommes primitifs répartis dans une demi-douzaine de villages indigènes prétendument reconstitués à l’identique. Les brochures expliquent aux visiteurs que leurs habitants vivent, travaillent et s’amusent exactement comme au pays. Il y a là des Arabes, des Kanaks, des Gabonais, des Congolais, des Javanais, des Sénégalais… et Harry Roselmack en immersion… Les visiteurs mais aussi les scientifiques se précipitent. Pour une fois qu’ils ont l’occasion d’observer, de palper, de parler à ces primitifs sans avoir à courir à l’autre extrémité du monde.

Fantasmes du Blanc

À vrai dire, les villages ne sont pas construits avec un grand souci d’authenticité. Décors, costumes, accessoires… sont censés représenter leur « milieu naturel », mais tout est mis en scène, caricaturé, stéréotypé. Par exemple, le village pahouin (tribu habitant la rive droite de l’Ogooué) n’est pas habité par des Pahouins, mais par des Adoumas et des Okandas. « Au premier abord, on ne percevra pas grande différence entre ces deux races, et tous ces nègres sembleront appartenir au même type », note alors le géographe et archéologue Louis Rousselet. À propos du village sénégalais, le même auteur remarque : « Ici, c’est la mare où nous voyons accroupie une des femmes du village, dont les attributions sont de laver le linge des habitants. Et vous pouvez être certains qu’elle ne chôme pas. Les nègres sont propres et aiment à porter des vêtements toujours frais. »

On demande même parfois aux indigènes de jouer la comédie ! Ici, des femmes aux seins nus se livrent à des danses soi-disant guerrières. Un panneau stipule qu’elles appartiennent à la tribu des Femen… Là, des hommes battent tambours en inventant carrément des rituels pour l’occasion. Ce qui marche très bien auprès des visiteurs, ce sont les combats, forcément simulés… Pas question de décevoir le public venu chercher de l’exotisme. On leur demanderait presque de se bouffer entre eux juste pour confirmer aux Blancs qu’ils ont raison de les croire cannibales.

Liberté, égalité, fraternité

Pour autant, les indigènes présentés ne sont pas des comédiens engagés pour l’occasion. Ils ont été recrutés dans leurs pays d’origine par des imprésarios ou des chefs d’expédition, aidés souvent par des chefs de village, les fixeurs de l’époque… Ils sélectionnent les beaux spécimens, leur font passer de véritables castings. Le public de l’Exposition universelle se croit souvent au zoo, n’hésitant pas à railler à voix haute les traits simiesques. On compare ces sauvages à des singes, montrant du doigt leurs lèvres énormes, leur teint huileux, leurs cheveux crépus. D’ailleurs, comme devant la cage d’un singe, certains visiteurs jettent de la nourriture, des babioles. Ils se moquent des indigènes malades, tremblant à la porte de leur case… Ils sont là pour se marrer, ils n’ont sûrement pas payé pour pleurer sur leur sort.

En marge de l’Exposition, loin du cadre officiel, des petits malins ont compris qu’il y avait de l’argent à se faire en exhibant eux aussi des sauvages. C’est le cas du Hollandais Godefroy, qui rassemble des Angolais rue Laffitte. Tandis qu’un certain Gravier installe 18 Accréens (des Ghanéens de la région d’Accra) au 62 quai de Billy (actuel quai Branly). Il les avait déjà montrés à Amsterdam en 1880, mais, fait curieux, ils étaient alors 23. Que sont devenus les cinq manquants ? Nombreux sont les participants à ce genre d’exhibition qui ne rentreront jamais chez eux, victimes de maladies occidentales comme la variole, la tuberculose… Des victimes collatérales… On oublie alors que l’Exposition universelle de 1889 est censée symboliser le centenaire de la prise de la Bastille, et la devise républicaine : liberté, égalité et fraternité.

Source…. 

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L’enfant de fabrique

Posté par francesca7 le 29 avril 2013

L’enfant de fabrique

par

Arnould Frémy

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IL est un édifice humble, honorable, qui se construit sous nos yeux, et dont nous ne nous glorifions pas assez, peut-être parce qu’il ne s’adresse qu’à notre reconnaissance, et non à notre orgueil. Cet édifice n’est autre que la collection des établissements de bienfaisance et de charité, les salles d’asile, les caisses d’épargne, les conservatoires d’industrie, les sociétés de prévoyance, de patronage et de secours mutuels, les écoles primaires, les écoles normales primaires, et tant d’autres fondations toutes consacrées à l’amélioration et au soulagement des classes pauvres. Il est un genre d’écrits qui rallient, suivant nous, un nombre trop restreint d’intelligences : ce sont ces ouvrages spéciaux, ces livres de pur désintéressement, qui viennent de temps à autre, à l’aide de recherches inspirées par la religion du bien, jeter un jour inattendu sur certaines misères ignorées. Que de gens à idées ou à utopies sociales souriraient de pitié s’ils entendaient dire que la philanthropie sera peut-être dans l’avenir un des meilleurs titres de notre époque ! Par ce mot, nous entendons la philanthropie éclairée, pratique, dégagée de tout sentimentalisme, et de toute exaltation individuelle qui tendrait à fausser son but. Ce seront de beaux noms à citer un jour, que ceux d’Howard, d’Owen, de madame Fry, de Montyon, et de tous ceux qui auront contribué par leur zèle à guérir quelques-unes des grandes plaies de l’humanité.

Le portrait que nous allons retracer fera naître sans doute de tristes réflexions sur les moeurs et la destinée d’une certaine partie de la jeune population qu’on emploie, ou, pour mieux dire, qu’on exploite dans les usines ou manufactures. Nous allons essayer de reproduire tout un côté de l’enfance du peuple, de raconter ses premières misères, ses luttes prématurées, les influences funestes qu’un travail abusif et souvent corrupteur exerce sur son existence et sur sa moralité. Il est des infortunes qu’il est bon de reproduire, fût-ce même sous la forme de simple esquisse ; car, s’il est vrai qu’il y ait dans notre caractère national beaucoup de frivolité, il n’en est pas en revanche de plus sensible au bien, ni de plus prompt à courir au-devant des infortunes une fois signalées. Puissions-nous donc exciter de nouveau la sympathie publique, déjà provoquée en faveur d’une classe jeune et intéressante !

On sait qu’une loi tendant à abolir l’odieuse traite des enfants dans les manufactures a été présentée aux Chambres dans cette session dernière. Nous souhaitons bien vivement qu’elle produise tous les bienfaits qu’on en attend ; car elle peut être considérée comme une loi d’urgence. Vouloir améliorer ou moraliser les ouvriers sans remonter aux sources primitives de leur démoralisation, c’est-à-dire à l’étrange éducation qu’ils reçoivent en si grand nombre dans les fabriques, c’est vouloir atteindre le mal sans aller jusqu’à la racine. On prétend que l’ouvrier se perd et se corrompt ; il serait plus juste de dire que le plus souvent il naît corrompu et vicié.

Cela dit, transportons-nous sans transition dans la région même des existences que nous allons étudier : c’est-à-dire à la fabrique, dans un de ces vastes établissements qui représentent pour tant de jeunes ouvriers à la fois le berceau, le logis, l’école, et, faut-il le dire aussi ? la tombe.

C’est à trois ou quatre heures du matin que commence ordinairement la journée de l’enfant de fabrique. Plaçons-nous sur la route de Mulhouse, ou de Sainte-Marie-aux-Mines, avant le lever du jour, par une neige de décembre, et assistons à l’arrivée de ces familles d’ouvriers qui sont contraintes de faire quelquefois deux ou trois lieues à pied pour se rendre à la filature, et, le soir, de refaire le même trajet pour regagner leur logis. Dans les pays manufacturiers, les ouvriers trouvent rarement à se loger dans l’intérieur des villes ; l’encombrement et la cherté des loyers les obligent à aller chercher une habitation souvent fort éloignée de la manufacture.
 Le départ et le retour de ces caravanes offrent un spectacle vraiment affligeant. Des femmes au teint hâve, au corps voûté, marchent pieds nus au milieu de la boue, leur robe renversée sur la tête. Il faut savoir que le parapluie est meuble inconnu dans la plupart des filatures de l’Alsace. On cite à Vesserling la manufacture de M. Nicolas Schlumberger comme une de celles où les ouvriers mènent la vie la plus heureuse ; on évalue leur prospérité d’après le nombre de parapluies que l’on remarque dans les ateliers.

Mais, dans ces départs et ces retours, rien n’est plus triste que de voir ces milliers d’enfants à peine vêtus, marchant derrière leur mère en grelottant, portant sous leurs bras le morceau de pain qui doit composer leur pitance de toute la journée. Ce sont les jeunes ouvriers de la fabrique qui vont faire un rude apprentissage de l’existence, en travaillant quatorze ou quinze heures par jour, c’est-à-dire trois ou quatre heures de plus que les forçats, et cela dans une atmosphère d’étuve. Il en est qui n’ont guère plus de cinq ou six ans. A la fabrique de Sainte-Marie-aux-Mines certains enfants sont même employés dès l’âge de quatre ans et demi à dévider les trames. On remarque parmi eux un grand nombre de scrofuleux. Les vallons qui environnent Sainte-Marie, et qu’habitent  les ouvriers, sont humides, malsains, ce qui rend les goîtres très communs. Les enfants de fabrique gagnent, terme moyen, de six à sept sous par jour ; c’est à peine leur nourriture, d’autant qu’à Sainte-Marie les denrées sont à un prix fort élevé, attendu qu’une grande partie des légumes et des grains qu’on y consomme est tirée de la plaine de l’Alsace. On compte parmi les enfants qui naissent dans ce malheureux pays un grand nombre de sourds-muets et d’idiots, ce qui n’empêche sans doute pas les fabriques du pays de recevoir leur contingent habituel d’enfants, par suite d’une convention analogue à celle que M. Charles Dupin signale dans son rapport fait à la Chambre des pairs en février dernier. L’honorable pair affirme qu’en Angleterre, pendant la dernière partie du siècle dernier, par un contrat passé entre un manufacturier de Lancastre et les administrateurs d’une paroisse de Londres, le fabricant s’engageait à accepter un idiot sur vingt enfants bien portants et pourvus d’intelligence.

Parmi les économistes et les moralistes qui se sont occupés de la question du travail des enfants dans les manufactures, nous citerons, en Angleterre, MM. Horner, Labouchère, et, en France, MM. de Gerando, Gillet, et surtout le docteur Villermé, qui nous a été d’un si grand secours dans nos recherches. En suivant l’ordre établi par ce dernier dans son excellent ouvrage sur les classes ouvrières, nous diviserons les enfants de fabrique en deux grandes catégories qui embrasseront à peu près la totalité de l’industrie française. Nous placerons dans la première les ouvriers employés dans les manufactures de laine, de coton et de soie, et dans la seconde, ceux qu’emploie l’industrie dite métallurgique, et qui comprend les forges, les hauts fourneaux, les fonderies, les constructions de machines à vapeur, etc… Quand nous aurons parcouru ces deux classifications principales, nous aurons une idée, sinon complète, du moins assez exacte, des moeurs et de l’existence des enfants de fabrique. Le lecteur pourra décider lui-même si la loi que la Chambre vient de porter en leur faveur pouvait comporter l’ajournement.

Pour étudier et connaître à fond la véritable destinée de ces jeunes ouvriers, c’est principalement sur la filature qu’il faut porter son attention ; car c’est là qu’on rencontre les plus graves abus, et les effets les plus tristes des calamités qui pèsent sur ces existences.

Dans l’industrie cotonnière, les enfants sont principalement occupés à l’épluchage du coton, au cardage, et surtout au dévidage du fil. Chaque métier à filer en occupe deux ou trois, qui sont ordinairement dirigés par un adulte. Plusieurs détails de la fabrication présentent des dangers réels : ainsi le battage du coton produit presque toujours la suffocation ; certaines machines employées à Amiens, qui minaient les forces des enfants qui les dirigeaient, ont même occasionné une plainte du conseil des prud’hommes, et par suite un arrêté de la mairie qui ordonnait la suppression de ces machines. Pour les ateliers de tissage qui sont encore soumis au vieux régime des métiers à bras, on choisit ordinairement des pièces situées au-dessous du sol, sans soleil, presque sans lumière. L’air qu’on y respire est épais, insalubre, et depuis longtemps on a reconnu qu’il exerçait une influence sur la santé des travailleurs, et surtout sur les poumons délicats des enfants. Mais on a reconnu aussi que l’atmosphère de ces locaux souterrains pouvait seule rendre les fils des chaînes souples, ténus, ductiles, propres à l’opération de l’encollage : la santé de l’ouvrier a été subordonnée à la réussite de la main-d’oeuvre.
 Les enfants employés dans les filatures de laine ou de coton prennent diverses appellations, suivant les fonctions qu’ils remplissent. Il y a le tireur, le laveur, le bobineur, le balayeur, le rattacheur surtout, variété particulière de l’enfant de fabrique, qui se multiplie à l’infini dans les filatures, et qui mériterait d’être décrite spécialement, si le plan que nous nous sommes tracé ne nous obligeait à embrasser seulement les généralités, sans entrer dans les détails. Les fonctions du rattacheur consistent à surveiller les fils, à rattacher ceux qui se brisent, à nettoyer les bobines, et à ramener le coton qui s’échappe du ventilateur. Il est, à proprement parler, l’aide, l’élève, et presque toujours le souffre-douleur du fileur. Ses fonctions, quant aux mauvais traitements qu’il lui faut subir, ont une certaine analogie avec celles du mousse de bâtiment. A Reims, et dans d’autres villes de fabrique, il est établi en principe que les fileurs peuvent impunément rouer de coups les rattacheurs qui leur sont confiés. Ce fait est attesté par un passage d’un journal qui s’occupe spécialement des intérêts des manufactures, et dont on ne saurait suspecter le témoignage. On lit dans l’Industriel de la Champagne, du 23 septembre 1835 : « Dans quelques établissements de Normandie, le nerf de boeuf figure sur le métier au nombre des instruments de travail. Dans les moments de presse, quand les ouvriers passent la nuit à travailler, les enfants doivent également veiller et travailler, et quand ces pauvres créatures, succombant au sommeil, cessent d’agir, on les éveille par tous les moyens possibles, le nerf de boeuf compris. »

Dans les manufactures de laine ou de coton, les enfants, même quand ils ne remplissent que des fonctions de simple surveillance, sont presque toujours condamnés à rester debout seize ou dix-sept heures par jour, à peu près dans la même attitude, enfermés dans une pièce sans air, remplie d’une chaleur suffocante. J’ai entendu certaines mères de famille se plaindre de la longueur des classes et des études, qui ne s’étendent pas, disaient-elles, dans les colléges, à moins de deux heures consécutives. Elles craignaient qu’une application aussi prolongée ne compromît à la longue la santé de leurs fils. Probablement ces mères-là n’avaient pas visité les filatures de Thann et de Mulhouse, ni vécu dans les quarante degrés de chaleur que nécessite l’apprêt des toiles dit écossais. Une pareille visite eût aguerri leur sollicitude maternelle.

Les filles sont employées dans l’industrie cotonnière et lainière en aussi grand nombre, et à peu près aux mêmes âges que les garçons. Les noms qu’elles portent dans les diverses fabriques, où elles entrent généralement de cinq à huit ans, servent à désigner leurs fonctions : les catégories les plus nombreuses sont celles des éplucheuses, des picoteuses, des napeuses. Leur condition n’est guère meilleure que celle des jeunes ouvriers mâles : si ce n’est qu’elles n’ont pas à subir les mauvais traitements qui sont infligés aux rattacheurs, elles vivent non moins misérablement que ces derniers. Elles sont, de plus, en butte, pour la plupart, à des dangers moraux qui sont la conséquence forcée de leur sexe et de leur condition, et que nous aurons à signaler plus loin. La position où elles se trouvent, les piéges qui les entourent, et qui ne laissent pas même la première innocence à leurs plus jeunes années, la honte qui pèse sur elles presque toujours avant l’âge ordinaire de la dépravation, ces détails ne seront pas le trait le moins frappant du tableau que nous avons entrepris de retracer.

Nous avons déjà dit quelques mots de la condition misérable des ouvriers du département du Bas-Rhin ; nous avons signalé à l’avance une partie des calamités qui atteignent les moeurs et l’existence des enfants employés dans ces fabriques, race chétive, abandonnée, et vraiment orpheline. Parmi nos districts manufacturiers, il en est un qui mérite surtout d’être signalé comme surpassant tous les autres en fait de misère et de dénûment : nous voulons parler du département du Nord, et particulièrement de la ville de Lille, où le nombre des pauvres inscrits sur les registres des bureaux de bienfaisance est évalué à près de 30,000. Ce chiffre seul indique la situation de la classe ouvrière. Il faut, du reste, consulter à ce sujet M. de Villeneuve-Bargemont dans son Économie chrétienne, qui décrit ainsi ces misères : « Sans instruction, sans prévoyance, abrutis par la débauche, énervés par les travaux des manufactures, entassés dans des caves obscures, humides, ou dans des greniers, où ils sont exposés à toutes les rigueurs des saisons, les ouvriers parviennent à l’âge mûr sans avoir fait aucune épargne, et hors d’état de suffire à l’existence de leur famille. Ils sont tellement ivrognes, que, pour satisfaire leur goût des boissons fortes, les pères et souvent les mères de famille mettent en gage leurs effets et vendent les vêtements dont la charité publique ou la bienfaisance particulière a couvert leur nudité. Beaucoup sont en proie à des infirmités héréditaires. Il s’en trouvait, en 1828, jusqu’à 3,687 logés dans des caves où règne la malpropreté la plus dégoûtante, et où reposent sur le même grabat les parents, les enfants, et quelquefois des frères et soeurs adultes. »

Pour observer l’enfant de fabrique et connaître le dernier degré d’abrutissement et d’indigence où peut tomber la race humaine, c’est donc à Lille qu’il faut se transporter, dans la rue des Étaques surtout, qui est le centre et le réceptacle des plus misérables existences. Il faut avoir le courage de descendre dans ces caves, dont aucune habitation de Paris ne saurait offrir même l’image ; il faut avoir vu reposer dans un même lit une famille entière, depuis l’aïeul jusqu’aux petits-enfants, sans distinction de sexe ni d’âge. Les greniers, qui servent aussi de logement aux classes ouvrières, sont encore plus insalubres que les caves. Mais, pour donner une idée complète de ces habitations, et bien pénétrer nos lecteurs de l’authenticité des faits que nous transcrivons, nous ne saurions mieux faire que de joindre à nos citations précédentes un extrait du rapport fait à la municipalité, à l’époque du choléra, par la commission du conseil de salubrité du département du Nord.
 « Il est impossible, dit ce rapport, de se figurer l’aspect des habitations de nos pauvres, si on ne les a visitées. L’incurie dans laquelle ils vivent attire sur eux des maux qui rendent leur misère affreuse, intolérable, meurtrière. Dans leurs caves obscures, dans leurs chambres, qu’on prendrait pour des caves, l’air n’est jamais renouvelé : il est infect ; les murs sont plaqués de mille ordures. S’il existe un lit, ce sont quelques planches sales, grasses ; c’est de la paille humide et putrescente ; c’est un drap grossier, dont la couleur et le tissu ne sauraient se reconnaître ; c’est une couverture semblable à un tamis. Les fenêtres, toujours closes, sont garnies de papier et de verres, mais si noirs, si enfumés, que la lumière n’y peut pénétrer ; et, le dirons-nous ? il est certains propriétaires (ceux des maisons de la rue du Guet, par exemple) qui font clouer les croisées, pour qu’on ne casse pas les vitres en les fermant et en les ouvrant. Le sol de l’habitation est encore plus sale que tout le reste : partout sont des tas d’ordures, de cendres, de débris de légumes ramassés dans les rues, de paille pourrie ; aussi l’air n’est-il plus respirable. Et le pauvre lui-même, comment vit-il au milieu d’un pareil taudis ? Ses vêtements sont en lambeaux, recouverts, aussi bien que ses cheveux, qui ne connaissent pas le peigne, des matières de l’atelier. Rien n’est plus horriblement sale que ces pauvres démoralisés. Quant à leurs enfants, ils sont décolorés, ils sont maigres, chétifs, vieux et ridés ; leur ventre est gros et leurs membres émaciés, leur colonne vertébrale a gauchi, leur cou est contusé ou garni de glandes, leurs doigts sont ulcérés, et leurs os gonflés et ramollis ; enfin ces petits malheureux sont tourmentés, dévorés par les insectes. »

Si nous passons du département du Nord dans celui de la Seine-Inférieure, l’un des plus populeux et des plus industrieux de France, nous voyons les mêmes abus, les mêmes misères se reproduire : excès de travail pour les jeunes enfants, mélange des sexes dans les ateliers, initiation précoce aux habitudes vicieuses des adultes, enfin entassement dans des taudis infects. A Rouen, les ouvriers occupent, ainsi qu’à Lille, un quartier spécial. Il existe des maisons qui sont entièrement consacrées à loger les ouvriers. Ceux qui n’ont pas de famille ont recours à un logeur qui se charge, pour quatre francs par mois, de leur tremper la soupe chaque jour, et de leur fournir une moitié de lit. Les ouvriers rouennais couchent généralement deux, quelquefois trois dans un même lit. Les serruriers, tourneurs, menuisiers, mécaniciens, ciseleurs sur métaux, obtiennent les salaires les plus élevés, et se font remarquer, comme nous le verrons plus loin, par leur inconduite. La plus grande partie de leur gain est employée au cabaret. On les regarde comme les plus fidèles habitués des guinguettes des faubourgs ; souvent même il arrive qu’ils s’y installent avec leurs enfants, qu’ils rendent, dès leurs premières années, témoins et complices de leurs excès. Est-il besoin d’ajouter qu’ils sont, pour la plupart, incapables de faire la moindre économie, et que quelques jours de chômage suffisent pour les réduire à la plus affreuse misère ?

Dans les environs de Rouen, à Bolbec, à Darnetal, il existe un grand nombre de filatures, mais les ouvriers n’y sont guère plus heureux que ceux qui sont employés dans l’intérieur de la ville. Dans plusieurs de ces filatures, le travail n’est pas interrompu un seul instant pendant vingt-quatre heures consécutives. Il y a le service de jour et celui de nuit : le service de jour est de quatorze heures, et celui de nuit de dix. La classe la plus malheureuse des ouvriers de la campagne est, sans contredit, celle des tisserands en coton, qui reçoivent des salaires qui ne sauraient suffire à leurs plus stricts besoins. M. Alexandre Lesguillier, auteur d’une notice historique et statistique sur la ville de Darnetal, fait remarquer qu’outre leurs dépenses indispensables, ils sont, de plus, obligés de se fournir de colle, et cet achat doit être prélevé sur les dix-huit sous par jour qui peuvent être considérés comme le taux moyen de leur salaire.

Cependant, pour ne pas être taxé d’exagération dans aucun des détails que nous rapportons, nous devons dire que la condition des ouvriers de Rouen est généralement plus tolérable que celle des ouvriers de Lille, si l’on excepte toutefois les tisserands en calicots et en rouenneries. Encore ces derniers ont-ils le bon esprit de laisser le tissage pendant quatre ou cinq mois de l’année, pour se consacrer aux travaux de la campagne, qui leur offrent des bénéfices plus sûrs.

La ville de Reims peut être considérée comme un des principaux centres de l’industrie lainière. L’enquête commerciale de l’une des dernières années attestait qu’elle occupait environ cinquante mille ouvriers, tant dans l’intérieur de la ville que dans les campagnes environnantes. Autrefois les ouvriers trouvaient chez les entrepreneurs les objets de fabrication première, qu’ils emportaient chez eux, ce qui leur permettait de travailler en famille. Mais depuis quelques années, ce mode de travail a été presque entièrement supprimé par suite du nombre considérable d’usines et d’ateliers qu’a fait naître le besoin d’une production plus active. L’industrie a gagné peut-être à ces changements, mais les moeurs, et particulièrement celles des enfants, ont dû se ressentir des funestes effets que produisent infailliblement la confusion des sexes et le travail en commun. Il ne paraît même pas que la condition matérielle de la classe manufacturière se soit beaucoup améliorée sous ce nouveau régime. M. Villermé déclare que rien n’est plus triste ni plus misérable que l’intérieur des pauvres ouvriers rémois domiciliés loin du centre de la ville, et donne sur leurs moeurs et leurs habitations les détails suivants :

« Qu’on se figure des maisons basses, d’un aspect misérable, des chambres fréquemment sales et humides, quoique presque toujours bien éclairées ; et la pièce à feu, la seule habitable (je ne dis pas la seule habitée, car souvent le grenier est sous-loué par les malheureux du rez-de-chaussée à de plus malheureux qu’eux encore), est communément si petite, qu’un métier à tisser ne peut pas y tenir avec un lit. Les misérables réduits, que précèdent des cours mal pavées, couvertes d’ordures, se louent depuis cinquante-cinq ou soixante francs jusqu’à quatre-vingt-dix. En outre, le loyer s’en paye chaque mois, et même chaque semaine. On ne voit au lit des malheureux qui les habitent qu’un mauvais matelas avec des draps sales et usés. Ces draps sont souvent les seuls que possède la famille : alors, quand on les blanchit, elle couche nécessairement à nu sur le matelas. Un petit lit de paille, destiné aux enfants, se trouve quelquefois à côté du premier. Enfin, il y a rarement, dans ces logements, des métiers à tisser, et même des poêles ou fourneaux à chauffer : les locataires sont trop pauvres pour en posséder ; quand il y en a, c’est qu’ils les tiennent à loyer. On conçoit le mélange, le pêle-mêle des sexes qui existe dans ces masures si pauvres. Il suffit de voir leur mobilier pour se faire une idée de leur profonde misère : aussi presque tous les ouvriers sont-ils inscrits au bureau de bienfaisance ; du moins les enfants et les vieillards. »

Le même auteur remarque qu’une grande partie de la population ouvrière à Reims est adonnée à l’ivrognerie. Il faut toutefois tenir compte des ouvriers étrangers, qui se trouvent en grand nombre dans cette ville. Les désordres qui s’y commettent doivent surtout être attribués aux Belges qui y affluent, puis à un certain nombre de forçats libérés qui achèvent de jeter le trouble et la démoralisation dans la population des fabriques et des ateliers.

Pour compléter ce qui concerne les habitudes et les moeurs des ouvriers de Reims, nous rapporterons ici ce qu’un habitant de cette ville écrivait, en 1836, sur les classes employées dans les manufactures. Les détails suivants, dont on peut garantir l’authenticité, seront le plus complet témoignage des principes et du genre d’éducation que reçoivent les jeunes enfants qui se trouvent, dès leurs plus jeunes années, initiés et mêlés à de pareilles moeurs.

« Depuis 1834, les ouvriers de Reims qui ont de la conduite pourraient presque tous être heureux ; mais ceux des quartiers Saint-Remy et Saint-Nicaise (qui sont principalement habités par les plus mauvais sujets des fabriques) se livrent d’autant plus aux débauches, surtout à l’ivrognerie, que leurs salaires sont plus forts. La plupart des mieux rétribués ne travaillent que pendant la dernière moitié de la semaine, et passent la première dans les orgies. Les deux tiers des hommes et le quart des femmes qui habitent les rues de Versailles, Tourne-Bonne-Eau, s’enivrent fréquemment ; un très-grand nombre y vivent en concubinage ; beaucoup se prennent, se quittent et se reprennent ; plusieurs cependant restent toute leur vie attachés l’un à l’autre. Quant aux enfants, ils meurent très-jeunes ou bien ils contractent tous les vices des pères et mères. Ils sont tellement adonnés aux boissons spiritueuses, que communément ils nous apportent à nous, cabaretiers, leur meilleur habit ou quelque meuble sur lequel on leur avance du vin ou de l’eau-de-vie ; si, au bout d’un temps donné, ils ne nous ont pas payés, ces objets nous appartiennent. Lorsqu’on leur parle d’ordre et d’économie, ils répondent que le commerce seul les fait travailler et vivre, que pour le faire aller il faut dépenser de l’argent, que l’hôpital n’a pas été fondé pour rien, et que s’ils voulaient tous faire des épargnes, être bien logés, bien vêtus, le maître diminuerait leur salaire, et qu’ils seraient également misérables. »

Que peut-on ajouter à un pareil récit qui peigne mieux la misère, et surtout la profonde ignorance d’une certaine partie de la classe ouvrière ? Ne voit-on pas là toutes les preuves irrécusables du vice inhérent plutôt à l’espèce qu’à l’individu ? Il existait il y a quelques années, à Reims, une association d’un genre singulier, qui avait pour nom la Société des déchets. Cette société était instituée pour prévenir les soustractions de laine ou de coton qui pouvaient être faites dans les filatures. Ce fait est attesté par M. Michel Chevalier, dans son ouvrage sur l’Amérique du Nord, où il est dit que les ouvriers de Reims donnent la laine soustraite par eux pour le quart de ce qu’elle vaut, et l’échangent au cabaret à raison d’un demi-litre de vin pour un échée de fil. Nous le demandons, comment de pareilles habitudes ont-elles pu s’enraciner dans une population ? comment des établissements fréquentés par des ouvriers, et qui par cela même exigeaient une surveillance spéciale, ont-ils pu se prêter à de semblables échanges ?

En Alsace, et principalement à Mulhouse, on remarque dans les fabriques un grand nombre de jeunes enfants qui appartiennent à des familles suisses ou allemandes, que l’espoir d’obtenir en France un salaire plus élevé que celui qu’elles reçoivent dans leur pays conduit à s’expatrier. Ces familles, qui tombent ainsi par nuées sur certains cantons manufacturiers, ne peuvent trouver à se loger dans les villes où sont situées les fabriques, ni même dans les villages voisins : elles se logent quelquefois à une distance de deux ou trois lieues ; les enfants sont donc obligés de prendre sur leur sommeil le temps que nécessitent les allées et retours du logis à la fabrique. Les journées étant communément de seize à dix-sept heures, le départ et l’arrivée emploient quelquefois trois, et même quatre heures : on voit le temps qui leur reste pour le sommeil.

Lorsqu’on passe, en visitant le département du Haut-Rhin, d’un canton manufacturier à un canton agricole, on est frappé de la différence qui existe entre l’attitude, la physionomie, la santé des enfants des deux cantons. Ceux du district agricole sont frais, épanouis, robustes, tout en eux annonce la force et la vigueur ; tandis que, chez ceux du district manufacturier, on remarque tous les signes d’un abattement précoce, la pâleur, des membres grêles, un corps affaissé : « Cette différence, dit M. Villermé, se remarque surtout lorsqu’en allant de la ville de Thann à celle de Remiremont, on passe du dernier village du département du Haut-Rhin, Orbay, à celui de Bussang, qui est le premier du département des Vosges ; et pourtant les enfants d’Orbay ne sont pas les plus malheureux ni les plus mal portants du Haut-Rhin. »

Les machines qui sont venues substituer dans plusieurs fabrications les forces matérielles aux forces de l’homme n’ont fait qu’augmenter le nombre des enfants qu’on emploie dans les manufactures. Les travaux que les machines n’exécutent pas, n’exigeant pas l’emploi des forces des adultes, ont pu être confiés en grande partie à de jeunes bras, et ont en même temps rendu la tâche des enfants plus lourde et plus grave qu’autrefois. Il est prouvé, d’après les Notices statistiques sur les colonies françaises aux Antilles, qu’on impose aux nègres des fatigues moindres qu’aux jeunes ouvriers. Cette exploitation inique et cruelle a plus d’une fois provoqué les plaintes d’hommes éclairés et généreux : ainsi le docteur Jean Gerspach, de Thann, a publié d’intéressantes considérations sur l’influence exercée par les filatures et les tissages sur la santé des ouvriers ; mais ces réclamations sont jusqu’à présent restées sans effet. D’ailleurs, dans la discussion qui fut ouverte dans le sein de la Société industrielle de Mulhouse, sur les causes qui produisaient l’altération de la santé des jeunes travailleurs, les opinions furent partagées. Les uns attribuaient ces funestes effets à l’insalubrité des ateliers, les autres, au défaut de nourriture et de soins, le plus grand nombre, aux vapeurs et émanations que produit la fabrication, et qui ne permettent aux jeunes enfants que de respirer un air vicié ; les excès prématurés de boisson et de débauche furent aussi allégués. Cette diversité d’opinions servit du moins à faire connaître l’étendue des maux qui pesaient sur l’enfance manufacturière, et l’urgence des remèdes qu’il convenait d’y apporter.

A Elbeuf, à Louviers, les ouvriers se trouvent dans une position généralement meilleure ; enfin, à Sedan, et même à Lyon, quoi qu’on puisse inférer des émeutes de 1834, une certaine portion de la classe ouvrière vit dans une situation que l’on peut appeler voisine de l’aisance, si on la compare à celle des ouvriers de l’Alsace et du Nord ; le dimanche, les ouvriers de Sedan ont même dans leur mise quelque chose de recherché qui annonce chez eux des habitudes d’ordre et d’économie qu’on ne rencontre dans les autres pays que parmi la classe bourgeoise : il faut dire aussi qu’à Sedan il existe des caisses de secours pour les ouvriers, et des écoles primaires pour leurs enfants.
 Déclarons toutefois, et ce point nous semble essentiel à remarquer dans l’existence des enfants de fabrique, que le taux des salaires des parents, les bénéfices qu’ils peuvent réaliser, n’offrent guère de garanties d’amélioration physique, ni surtout morale, à l’existence des jeunes ouvriers. En effet, telles sont les moeurs de nos artisans, qu’une augmentation de salaire ne fait souvent qu’exercer sur leur existence, et, par conséquent, sur celle de leurs enfants, une influence pernicieuse. Il n’est pas rare de voir un salaire plus élevé augmenter chez l’ouvrier l’incurie, le désordre, la fréquentation du cabaret. A la honte, je ne dirai pas de la classe pauvre, mais de la classe riche, qui s’acquitte si mal des devoirs de tutelle et de patronage qu’elle devrait s’imposer à l’égard de la classe pauvre, l’ouvrier le mieux payé, c’est-à-dire presque toujours le plus intelligent ou le plus habile, est aussi le plus dérangé, le plus vicieux : ainsi, le serrurier mécanicien, que nous avons déjà cité, et qui gagne jusqu’à six francs par jour, compte généralement dans la semaine trois jours de chômage volontaire. Que doit-on conclure de là ? Que pour que l’ouvrier soit sobre, exact, laborieux, il faut qu’il soit aux prises avec le besoin ? Non, sans doute : une conclusion pareille répugnerait à la fois aux lois de l’humanité et de la raison ; car l’ouvrier se dérange, non parce qu’il gagne trop, mais parce qu’il ignore ou méconnaît l’emploi qu’il convient de faire de ce qu’il gagne, parce qu’il n’a pu éprouver les effets de l’économie et du calcul, qui n’existent ni dans son éducation ni dans ses habitudes. Ce qui lui manque avant tout, et en toutes choses, c’est l’éducation, le discernement ; mais cette éducation, où peut-il l’avoir puisée, s’il est vrai qu’avant l’âge de raison tel que la loi l’institue, il ait déjà été réduit à l’état de simple moteur, d’instrument aveugle et passif de l’une des grandes forces industrielles ?

Cessons donc d’interroger les statistiques, pour rechercher si, dans tel département, le sort des jeunes ouvriers est meilleur ou pire que dans tel autre, et disons, en thèse générale, que leur sort est à peu près le même dans tous les pays où les parents, tuteurs ou fabricants, les considèrent comme un objet de légitime exploitation.

 Nous avons déjà donné une idée des ateliers où la plupart des jeunes ouvriers sont entassés ; nous avons parlé du double danger auquel est exposée leur santé, soit qu’ils vivent dans l’insalubre atmosphère des caves pour le tissage, soit qu’ils vivent dans les étuves de l’apprêt écossais. On comprend quelles doivent être les conséquences d’un travail égal à celui des hommes imposé à de pauvres êtres chétifs, à peine formés, qui n’échappent à une mort prématurée que pour entrer dans l’âge de la virilité avec un corps débile et un tempérament délabré. C’est ainsi que plusieurs races d’hommes en France dégénèrent ou se perdent de jour en jour. En voyant les ouvriers des environs de Thann et de Mulhouse, corps affaissés et rabougris pour la plupart, croirait-on que c’est là cette race alsacienne que Louis XIV nous avait léguée si forte et si robuste ? Il est prouvé, d’après les relevés statistiques, que sur 10,000 jeunes gens capables de supporter les fatigues du service militaire, les dix départements les plus agricoles de France ne présentent que 4,029 infirmes ou difformes, et réformés comme tels, tandis que les départements les plus manufacturiers présentent 9,930 infirmes ou difformes et réformés comme tels.

Du reste, ce n’est pas en France seulement que l’on signale l’influence exercée sur la mortalité ou le dépérissement des races par le travail des manufactures et le séjour des fabriques, que l’Anglais Süsmilck appelle les catacombes de la population. « Lorsque le gouvernement britannique, dit M. Charles Dupin, voulut tarir dans leur source les maux produits par le travail des fabriques, il fit examiner par un comité médical l’état sanitaire des districts manufacturiers de l’Angleterre. Le comité constata cinquante affections morbides propres aux diverses espèces d’industries, et qu’on ne trouve pas chez la population qui ne pratique pas ces industries. »

Si nous avons dévoilé les misères qui peuplent les greniers et les caves de Lille, de Mulhouse et de Rouen, nous devons avouer aussi que les habitations destinées aux classes ouvrières à Liverpool, à Bristol ou à Manchester, ne sont guère plus salubres. Les artisans y sont entassés dans des taudis où les maladies épidémiques se multiplient d’une façon désespérante. Dans la partie ouest de l’Yorskhire, où la population est employée en grande partie dans les manufactures, la moitié des enfants meurent avant d’avoir atteint l’âge de dix-huit ans. Il faut dire cependant, pour expliquer cette effrayante mortalité, que l’Angleterre est le seul pays de l’Europe qui n’a pas de police médicale, et où la santé publique est entièrement abandonnée à elle-même.

Ainsi, en France, en Angleterre, et généralement dans tous les districts et cantons où l’industrie manufacturière forme la loi principale du pays, l’enfant de fabrique a une chance sur deux pour ne pas succomber aux infirmités ou aux maladies qui résultent du métier auquel sa prédestination l’enchaîne. Il a moins de liberté matérielle que le prisonnier, qui, du moins, ne respire pas un air infect ou vicié, ne travaille que lorsqu’il lui plaît, et a toujours sa pitance assurée. L’enfant de fabrique, lui, ne connaît aucune des impressions de joie et de bien-être que le travail bien organisé doit procurer, et sans lesquelles il n’est même qu’une sorte d’exaction. Il n’a jamais eu la jouissance d’un habit neuf, d’un bon repas, d’une caresse tendre ou d’une parole bienveillante ; il ne connaît pas ces bonnes journées de dimanche ou de fête passées entièrement à respirer et à se divertir, si nécessaires au coeur et à la santé des enfants. Pour lui, toutes les journées se ressemblent et lui ramènent les mêmes haillons, les mêmes tâches ingrates, les mêmes exhalaisons morbides. Quels hommes peut-on attendre d’enfants élevés de la sorte, éclos sans air, sans soleil, sans instruction surtout ? Nous nous plaignons de la classe ouvrière, nous la trouvons ignorante, abrutie, émeutière : mais, de grâce, examinons donc le terrain où elle s’ensemence, et les rejetons par lesquels elle se reproduit ; rendons-nous compte de ses débuts dans l’existence ; examinons la part de priviléges et d’encouragements que nous lui faisons dans le domaine commun de la propriété et des lumières.

Mais n’anticipons pas, car jusqu’ici nous n’avons encore examiné la condition de l’enfant de fabrique qu’au point de vue des misères physiques et de l’oppression matérielle. Mais que sera-ce donc, si nous entrons dans le coeur même des choses, et si nous examinons une pareille existence au point de vue des croyances, des principes, des notions du juste et du bien, enfin de tout ce qui fixe les instincts, détermine la condition et la ligne de conduite de l’homme social ?

Les enfants destinés au travail des manufactures ne reçoivent, à proprement parler, non plus de culture que le cheval destiné à faire manoeuvrer la roue d’une machine ou à promener la charrue dans le sillon. Personne ne s’est donné la peine de les éclairer ni de les instruire, de former leur coeur, ni de cultiver leur raison. D’ailleurs, qui donc pourrait se charger de ce soin ? Leurs parents, dira-t-on. Mais qu’est-ce que leurs pères et mères, si ce n’est des enfants de fabrique comme eux, devenus adultes, entretenus, par leur genre d’existence, dans l’ignorance ou même la dépravation primitive, vivant le plus souvent en concubinage, investis du titre de la paternité, sans en connaître même les plus simples devoirs ! D’ailleurs, quand deux êtres ont leur journée prise par un travail abrutissant de seize ou dix-sept heures, quel temps leur reste-t-il pour les soins de l’affection et les impressions morales ? Nous avons dit ce qu’étaient les ouvriers à Lille, dans la rue des Étaques : nous les avons montrés couchant pêle-mêle, sans honte ni retenue, sur un même grabat, hommes, femmes, époux, vieillards. Au milieu de pareilles moeurs, que deviennent les instincts, les principes des enfants de fabrique ? Qu’espérer pour l’avenir de ces jeunes innocences flétries ou plutôt déflorées avant l’âge par le vice sans discernement, le vice que l’on ne peut, hélas ! anathématiser qu’à demi, et qui compose l’unique patrimoine de certains êtres en entrant dans la vie ?

Cependant, remarquez que jusqu’ici l’enfant de fabrique, déjà perdu par les exemples de l’intérieur et de la famille, n’est pas encore entré à la fabrique où se rencontrent pour lui tant de nouvelles causes d’avilissement moral. Il n’a pas dépassé les limites de ce qu’on est bien forcé d’appeler le foyer paternel : heureux encore lorsque ce foyer est pour lui remplacé par la salle d’asile ! A Lille, il existe une coutume caractéristique, et qui peint bien le degré d’intérêt que les parents portent à leurs enfants. Les femmes d’ouvriers achètent chez les pharmaciens une certaine dose de thériaque qu’elles appellentdormant. Comme elles sont pour la plupart fort adonnées à l’ivrognerie, elles font prendre ce narcotique à leurs enfants les dimanches, les lundis et les jours de fêtes, ce qui les dispense de les garder, et leur permet de rester au cabaret aussi longtemps qu’elles veulent. On voit, d’après ce seul fait, comment ces femmes doivent s’acquitter de leurs autres devoirs de mère.

De la salle d’asile, l’enfant de fabrique passe directement à la filature, où commence pour lui cette grande éducation du vice qui ne le quittera plus jusqu’à sa puberté, et qu’il transmettra fidèlement à sa progéniture avec les mêmes chances de dégradation et de misère. On sait que les mauvais penchants n’ont pas de peine à se glisser dans toute réunion d’hommes ou même d’enfants. Or, s’il est vrai que, malgré toutes les garanties de l’éducation et de la surveillance, la vie de collége ne soit pas toujours exempte d’immoralité, que sera-ce donc d’une agglomération d’enfants sans principes, sans guides, réunis, filles et garçons, dans les mêmes ateliers, travaillant ensemble une partie des nuits sous les yeux d’adultes qui deviennent presque toujours pour eux des instituteurs de vice ? Ces diverses circonstances, résultant du travail de nuit, de la réunion des deux sexes, et du contact perpétuel avec des êtres dégradés et corrompus, expliquent les anomalies étranges que présentent l’âge et les moeurs des enfants de fabrique.

La société industrielle de Mulhouse atteste, dans ses bulletins, que rien n’est plus commun que d’entendre des propos obscènes s’échapper de la bouche des plus jeunes ouvriers. Ils ont toutes les habitudes des adultes, le cabaret, l’ivrognerie, le chômage du dimanche et du lundi. Un industriel des Vosges, qui a publié d’utiles réflexions sur notre régime manufacturier, déclare qu’il faut vivre comme lui au milieu de cette race déplorable, et l’observer de près, pour se faire une idée de sa dégradation précoce et des vices qui la dévorent. Il raconte qu’à l’âge où les ouvriers devraient encore être écoliers, on les voit devenir pères de famille, et que souvent, tandis que de faibles enfants travaillent dans les manufactures, les parents fument et s’enivrent au cabaret. Ce fait des unions précoces est également attesté par les rapports des sociétés industrielles du Haut-Rhin, qui prouvent que l’on compte dans cette ville une naissance illégitime sur cinq naissances totales. Il y a même dans l’Alsace, pour les unions illicites entre jeunes ouvriers, un terme particulier : on les appelle des mariages à la parisienne, d’où l’on a fait le verbe allemand paristeren, pariser, suivre la mode de Paris. Ainsi, Paris est partout considéré comme le modèle et le taux de toutes les corruptions.

Disons-le, pourtant, ces unions, que réprouvent à la fois les lois de la nature et de la morale, sont loin de représenter le dernier degré du vice et de la dépravation que l’on remarque dans les moeurs de l’enfance ou de l’adolescence manufacturière. Il faut même dire que, dans certains districts manufacturiers, on est forcé d’invoquer le concubinage presque comme un bienfait, si l’on remarque la pente funeste que suivent les moeurs des jeunes ouvrières. A Reims, on voit de très-jeunes filles employées dans les manufactures, et qui n’ont guère plus de douze à treize ans, s’adonner le soir à la prostitution. Il y a même dans les ateliers une expression particulière qui désigne cette action : lorsqu’une jeune fille quitte son travail avant l’heure ordinaire, on dit qu’elle va faire son cinquième quart de journée. Le terme est consacré, et devient le sujet des plaisanteries de l’atelier. Parent-Duchâtelet déclare, dans son livre, que la ville de Reims envoie à Paris un nombre de prostituées qui l’emporte de beaucoup sur celui des autres villes. Enfin, on lit dans un journal du pays, que nous avons déjà cité, l’Industriel de la Champagne, du 14 août 1836 : « Que cette ville est infectée de prostitution, et qu’il s’y trouve peut-être cent enfants au-dessous de quinze ans qui n’ont, pour ainsi dire, d’autre moyen d’existence ; sur ce nombre, il en est dix ou douze qui n’ont pas atteint la douzième année. » L’auteur de l’article ajoute : « Je raconte des faits, et je ne dis pas tout. »

A Sedan, où les ouvriers sont cependant plus heureux et plus éclairés que partout ailleurs, on remarque également parmi les jeunes ouvrières un certain nombre de prostituées qui font aussi le soir leur cinquième quart de journée. Il est prouvé que plusieurs lieux de débauche de Paris se recrutent en partie dans les localités manufacturières. En Angleterre, les moeurs des jeunes filles employées dans les fabriques ne sont guère plus régulières. Les caves de Glascow ont été souvent décrites comme les derniers cloaques du vice et de la misère. Ces caves, où l’on débit de la bière et des liqueurs fortes, servent aussi d’asile aux jeunes ouvrières sans emploi qui viennent là s’associer aux plus honteuses orgies. Le docteur Cowan, qui a fait un rapport complet et détaillé sur les misères de Glascow, déclare qu’un grand nombre de jeunes filles se sont adressées au capitaine Millar, le chef de la police de Glascow, pour être retirées de ces lieux infâmes où le besoin seul les avait entraînées. Un an ou deux passés au milieu de cette population souffrante suffisent pour les perdre complétement et les précipiter de l’ivresse au vice, et de la maladie à une mort prématurée.

On voit, d’après ces divers témoignages, que le sort des jeunes filles employées dans les fabriques n’est guère moins misérable que celui des jeunes garçons. S’il est vrai qu’elles aient moins à souffrir que ceux-ci des mauvais traitements physiques, en revanche, la moralité, la pudeur, ne sont chez elles que plus gravement et plus prématurément compromises, ce qui suffit pour rétablir la balance du mal. Ces jeunes filles, livrées au désordre dès l’âge de douze ou treize ans, deviennent les mères des enfants de fabrique, qui sont ainsi, pour la plupart, les fils du concubinage ou de la prostitution, ou de mariages qui n’influent guère d’une façon moins déplorable sur leur destinée par suite des abus que nous avons signalés, la communauté de lit, ou tout au moins de chambre, entre les membres d’une même famille, et, par suite, le manque de retenue qui est chez tant d’ouvriers la conséquence de l’incurie et de l’extrême dénûment.

Il semblerait que Paris, où se concentrent tant de ressources de civilisation et de lumières, dût être exempt de l’exploitation industrielle des jeunes enfants. N’est-ce pas là, en effet, que naissent et se développent toutes les idées de philanthropie et de régénération sociale ? N’est-ce pas là qu’à côté des plus généreuses recherches et des applications les plus éclairées, on trouve aussi les tableaux les plus frappants de dépravation et d’indigence ? Aussi, n’est-ce pas sans une certaine tristesse mêlée de surprise, que nous avons retrouvé parmi la jeune population parisienne les mêmes abus du travail manufacturier que nous avons eus à signaler dans les provinces ? S’il est vrai que l’enfant employé dans les fabriques de Paris ou de la banlieue ne vive pas aussi misérablement que celui du Nord ou de l’Alsace, il n’est que plus prématurément en proie à l’épidémie vicieuse des moeurs manufacturières. La corruption parisienne prend une expression d’autant plus hideuse, qu’elle se trouve personnifiée dans de jeunes existences. Elle emprunte alors un cachet particulier de cynisme et d’effronterie qui fait mieux ressortir encore tout ce qu’elle a d’affligeant dans ses résultats, et d’incurable dans son origine. L’enfant de Paris est un produit à part dans la vaste réunion des vices et des contrastes qui remplissent certains quartiers de la capitale. Ses allures, ses habitudes, son langage, ont été popularisés par le crayon et le théâtre ; on a souri plus d’une fois devant cette page curieuse de l’existence parisienne, dont on n’a vu que la gaieté, l’intelligente précocité, sans considérer l’abandon et les vices, qui forment presque toujours le revers du tableau.

Cet enfant de Paris, chez qui la dépravation a devancé les années, et que l’adolescence transmet si souvent à la police correctionnelle, a presque toujours eu pour école, et pour ainsi dire pour berceau, un de ces petits ateliers qui pullulent dans les rues sombres et populeuses des sixième et septième arrondissements. C’est là qu’il s’est imbu, dès ses premières années, de ces principes de démoralisation devenus comme traditionnels dans certaines corporations ouvrières. Le jeune ouvrier de Paris, dont l’esprit est généralement plus subtil et plus avancé que celui de l’ouvrier de la province, imite naturellement ce qu’il voit et ce qu’il entend quotidiennement. Il vit dans une réunion d’adultes qui ne sauraient tenir son innocence en garde contre la licence de leur propre langage. Il a de plus, pour perfectionner son jugement et sa raison, les dernières places des petits théâtres des boulevards, dont il est, comme on sait, un des plus assidus habitués. Enfin, comme dernier moyen de moralisation et de culture, la barrière Saint-Jacques, les jours d’exécution.
 Mais si l’existence d’une grande ville offre, indépendamment des vices de la fabrique, des chances de dépravation qui n’existent pas dans les départements, on aurait tort de penser qu’il y a du moins une compensation dans la durée et les résultats du travail matériel. Le régime est le même, pour l’enfant, dans la manufacture parisienne que dans la manufacture alsacienne ou rémoise. Il suffit, du reste, de traverser la plupart des rues de communication situées entre celles Saint-Martin et Saint-Denis, celles des quartiers Maubert ou Saint-Marcel, pour comprendre que l’existence de ces enfants ne peut guère se trouver dans des circonstances hygiéniques plus défavorables. L’insalubrité de l’atmosphère se combine presque toujours avec la précocité du travail et les abus des tâches illimitées, qui altèrent la santé et empêchent la croissance de tant de jeunes ouvriers parisiens.

M. Gillet, qui a pris l’initiative dans la question du travail des enfants dans les manufactures avec tant de zèle et de généreuse sollicitude, annonce, dans un rapport transmis par lui au préfet de la Seine, que, dans une fabrique de coton du onzième arrondissement, les enfants sont admis dès l’âge le plus tendre, et gagnent par jour de 40 à 50 centimes. Ils ne sont pas employés directement par les fabricants, mais par des ouvriers à leurs pièces, qui traitent de leur exploitation avec les pères et mères. Certaines femmes sont même uniquement occupées à racoler de jeunes ouvriers qui deviennent pour elles l’objet d’une traite particulière. Elles leur donnent ordinairement pour nourriture un seul morceau de pain, qui doit leur suffire jusqu’au souper, qu’ils ne prennent qu’à la sortie de l’atelier. Le mélange des sexes a lieu dans la plupart des fabriques, et produit des unions précoces qui se contractent, dans certains arrondissements de Paris, ainsi que dans les Vosges, dès l’âge de douze ou treize ans.

M. Gillet ajoute, dans son rapport, que presque aucun des enfants employés dans les fabriques n’a reçu la plus légère teinte d’instruction ; ils ne savent ni lire ni écrire, et n’ont même reçu aucun principe de morale. Un jeune ouvrier de quinze ou seize ans, pris dans le douzième arrondissement, paraît souvent moins robuste et moins développé qu’un enfant de dix ou douze ans pris dans un autre quartier de Paris. Ce n’est pas sans une impression de tristesse profonde que l’on remarque dans tant de rues fabricantes des jeunes corps voûtés avant la croissance, des visages étiolés, flétris, qui n’ont jamais connu la fraîcheur de la santé, un rachitisme complet, résultant d’un travail excessif.

Mais ce serait en vain que, pour étudier la répression de pareils abus, on invoquerait la volonté ou l’intérêt des manufacturiers qui pourraient, par des considérations matérielles, perpétuer l’exploitation des jeunes ouvriers. Disons, à la louange des industriels français, que, pour la plupart, ils s’accordent à reconnaître les funestes effets de l’application indiscrète et prématurée des forces de l’enfance aux travaux manufacturiers ; plusieurs d’entre eux réclament vivement la loi qui doit mettre un terme à l’oppression d’une classe sans défense. Ils ont senti qu’une juste répartition de la quantité et des heures de travail offrira même à leur industrie des garanties pour l’avenir. Ils pourraient désormais choisir les agents de leur fabrication non plus parmi des êtres affaiblis et démoralisés avant l’âge, mais bien dans une population non moins robuste, non moins énergique, que celle de nos districts agricoles.

Quant à la question fiscale, et à l’avantage direct que les fabricants pourraient retirer de la substitution des enfants aux ouvriers adultes, l’expérience des faits semble concourir avec la moralité du principe en faveur de l’émancipation des ouvriers mineurs. Ainsi, pour choisir nos exemples dans Paris même, nous dirons que deux fabriques situées rue de Vaugirard emploient, l’une, des enfants mêlés à des adultes, et l’autre, des adultes seuls. Le directeur de celle où les enfants sont employés déclare que ses bénéfices ne sont ni plus ni moins élevés que s’il n’admettait que des adultes. Le rapport entre les salaires et le produit de la fabrication est le même entre les deux manufactures, ce qui prouve qu’on se fait souvent illusion sur les avantages que présente l’emploi de l’enfance dans les fabriques. Les femmes, qui ne reçoivent un salaire guère plus élevé que les enfants, travaillent avec beaucoup plus de célérité et d’attention : aussi sont-elles admises de préférence par tous les manufacturiers qui ont observé à fond les moeurs de leurs ouvriers. On est donc forcé de reconnaître que cette exploitation des enfants, qui produit de si tristes résultats, n’est, dans beaucoup de pays, ni une exaction volontaire, ni l’effet du calcul : c’est simplement affaire de tradition et de routine.

Nous terminerons ce que nous avions à dire sur le jeune ouvrier de Paris en rappelant qu’il résulte, de renseignements recueillis dans les bureaux de la préfecture de la Seine, que, pour les cas de réforme, les arrondissements manufacturiers l’emportent de près du double sur les autres. Il faut citer surtout le douzième arrondissement, où l’on trouve tant de causes de démoralisation et de mortalité, puis les sixième et septième, où l’entassement de la population dans les ateliers étroits et souvent infects offre tant de prise aux épidémies. Le dixième arrondissement, qui est, comme on sait, celui où la santé publique est incomparablement la meilleure, ne contient que fort peu d’ouvriers, et est, en général, le centre des existences retirées, soumises aux lois d’un bien-être modeste qui se trouve à la fois à l’abri des exigences du besoin et des dissipations du monde. Il n’est malheureusement que trop vrai que, dans plus d’un quartier des capitales, la conservation des individus est en raison inverse de l’activité et des fatigues matérielles.

Il nous reste maintenant à parler des enfants employés dans l’industrie dite métallurgique, et que nous avons indiquée en commençant comme formant une des catégories dans les classifications que nous avons établies. Nous n’aurions ici qu’à exprimer les mêmes plaintes relativement au défaut d’instruction des enfants, aux fatigues prématurées auxquelles les condamnent des parents imprévoyants et intéressés. Nous devons avouer, cependant, qu’à part les influences délétères que peut exercer l’atmosphère de certaines fabrications, la condition des enfants nous a paru généralement moins triste, moins dure dans les usines métallurgiques que dans les ateliers de soie, de laine ou de coton.

Il est à remarquer, d’abord, que l’ouvrier employé à la fabrication de l’acier, du fer, de la fonte, ces grands ressorts de l’industrie, est supérieur, tant sous le rapport du taux des salaires que pour l’activité intellectuelle et morale, à l’ouvrier courbé sous le joug triste et uniforme de l’industrie cotonnière. Cette différence entre la condition des deux classifications d’industries s’étend également à celle des enfants. Le mélange des sexes, cette grande cause de démoralisation dans les filatures, n’existe pas dans les usines à charbon. Ensuite, on peut dire que l’industrie fait en grande partie l’ouvrier. Or, ce qui perd l’enfant employé dans les filatures, l’abat, le démoralise non moins autant peut-être que le contact du vice ou l’air vicié qu’il respire, c’est l’ennui, sorte de nostalgie indéfinissable, qui exerce dans les filatures de si grands ravages, qui condamne une organisation, souvent active et pleine d’effervescence, à bobiner toute une année, et du matin au soir, un même fil, ou à ramasser les mêmes mèches de coton qui s’échappent d’un même ventilateur. L’ennui doit aussi compter en première ligne comme une des grandes causes de corruption qui existent dans les filatures : c’est lui qui, en occupant les doigts seulement, livre l’esprit à tous les piéges de l’oisiveté ; c’est lui qui contribue pour une forte part à faire pénétrer dans le coeur des jeunes ouvriers le vice et la corruption résultant de ce genre d’occupations si nombreuses dans les filatures, que j’appellerais volontiers des tâches oisives.

Il suffit d’entrer dans une usine métallurgique, d’observer le mouvement continu qui règne autour des fours, des établis, des enclumes, d’écouter la respiration énergique des fourneaux, le vacarme actif et régulier des pistons mus par la vapeur, des balanciers, des roues et des martinets, ces mille bruits prestigieux auxquels John Cockerill aimait tant à s’endormir, pour comprendre que les moeurs des ouvriers, et, par conséquent, des enfants, doivent être tout autres dans de pareils ateliers que dans les filatures. Une grande partie de l’industrie cotonnière, industrie passive et moutonnière s’il en fut, est encore maintenant mue et régie par la force matérielle de l’homme. L’usine tend, au contraire, à choisir pour moteur une force mécanique, la vapeur ou une chute d’eau. Elle prétend ne laisser autant que possible, à la main de l’homme, que la partie en quelque sorte intellectuelle de la fabrication. On voit que ces deux principes suffisent pour établir une ligne de démarcation profonde entre le caractère et la condition des agents ; non pas, du reste, qu’il n’y ait quelques abus à reprendre dans l’application des forces de l’enfance à certains détails des travaux métallurgiques. Dans les forges, par exemple, c’est à regret que nous avons vu confier à des enfants l’opération dite du crochet. Quand le fer, déjà affiné par l’opération du four et du martinet, est soumis à l’action du laminoir sous la forme de lingots incandescents qui doivent recevoir une dernière façon, il est nécessaire de soutenir à l’aide d’un crochet le morceau de fer rouge destiné à parcourir les diverses rainures du laminoir. Le maniement de ce crochet est ordinairement remis aux mains d’un enfant, et il est aisé d’en prévoir les dangers par suite des éclats enflammés qui peuvent jaillir ou de l’entraînement auquel le mouvement de la roue peut donner lieu. Mais ce ne sont là que des cas exceptionnels qui doivent, du reste, tôt ou tard être prévenus par une nouvelle distribution partielle de la grande force motrice dont James Watt a doté le monde. Telle est, d’ailleurs, la condition des enfants employés dans les manufactures, que les influences physiques, même celles qui mettent leurs jours en danger, finissent par ne plus être considérées comme les plus funestes, si on les compare aux dangers moraux qui les menacent constamment.

Il est un rapprochement auquel le genre de vie que les fabriques créent aux enfants qu’elles emploient a plus d’une fois donné lieu, et que nous ne saurions éviter pour notre part, car il revient directement à notre sujet, et servira à mieux démontrer encore la nécessité des mesures à prendre à l’égard des enfants employés dans les manufactures.

On a souvent comparé la position des jeunes ouvriers libres, honnêtes du moins aux yeux de la loi, et celle des enfants ou des adolescents détenus pour vol ou vagabondage dans les maisons pénitentiaires, et l’on a découvert que, sous le rapport des soins matériels, des commodités de la vie, de l’instruction même, l’avantage restait de beaucoup à ces derniers, c’est-à-dire aux jeunes détenus. Rien n’est plus vrai ; et, pour constater un pareil fait, il en faut que visiter la maison de la rue de la Roquette, mise maintenant, comme on sait, sous le régime cellulaire, et où l’on enferme les détenus au-dessous de seize ans. Un simple parallèle, établi entre l’existence de l’enfant travaillant dans une filature, ou enfermé à la Roquette, donnera les résultats suivants :

L’enfant de fabrique n’a le plus souvent, comme nous l’avons vu, qu’un pain grossier et quelques débris de légumes pour toute nourriture ; le détenu de la Roquette est, au contraire, nourri avec une sorte de délicatesse, si on compare son régime à celui de l’enfant de fabrique : non-seulement sa nourriture est assurée, mais il mange de la viande quatre fois par semaine. Quand la maison était soumise au régime commun, on avait même institué dans l’intérieur de la maison une table d’honneur, où l’on admettait tous les dimanches ceux des jeunes détenus qui pouvaient produire les meilleurs certificats de soumission et de bonne conduite.

L’enfant de fabrique est, on peut le dire, à peine logé, vêtu ou couché ; le détenu de la Roquette a, au contraire, son lit dressé dans une cellule bien claire, bien aérée, rafraîchie en été par un vasistas, et chauffée en hiver par un calorifère du meilleur modèle. Il a l’uniforme de la prison, qui varie suivant l’ordre des saisons ; il a son linge exactement renouvelé ; tous les détails de son existence sont surveillés et régis par une administration toute paternelle, qui descend pour lui à des soins presque minutieux de propreté et d’hygiène.

L’enfant de fabrique ne sait ni lire ni écrire, ni même souvent raisonner ou prier ; il est incapable de remplir aucune des fonctions de l’homme intellectuel et social : tandis que le détenu de la Roquette a son aumônier spécial, qui se charge de le moraliser et de l’instruire, son instituteur spécial, qui se charge de lui enseigner la lecture, l’écriture, le calcul, un contre-maître qui le dirige gratuitement dans l’apprentissage d’un métier qu’il est libre de choisir parmi les plus relevés ou les plus lucratifs ; enfin, un directeur qui le visite à toute heure de la journée, l’encourage lorsqu’il fait bien, le réprimande lorsqu’il fait mal, complète les bienfaits du véritable patronage providentiel qui s’étend sur lui à dater du jour de son incarcération.

Nous pourrions encore prolonger ce parallèle entre ces deux classes d’enfants ; mais les faits que nous ajouterions ne feraient toujours que nous conduire à cette conséquence, que le sort des uns est incomparablement plus heureux que celui des autres ; et qu’enfin, pour la majorité des enfants pauvres, tout considéré et tout balancé, il vaut mieux, sous le rapport physique et moral, avoir pour condition celle de détenu d’une maison pénitentiaire, que celle d’employé dans une filature.

On ne peut nier qu’il ne soit immoral, et même dangereux pour la société, que, dans la réalité des choses, l’existence d’une prison soit, sous plus d’un point, plus heureuse et plus douce que celle qui peut être acquise par le pauvre au prix de ses sueurs. Aussi voyons-nous, dans le fait de cette disproportion, un motif de plus pour s’occuper sans retard des mesures relatives aux jeunes ouvriers, tendant à constituer leur existence et leur travail sur une base équitable. Les faits révélés par l’application du système cellulaire à la prison de la Roquette offrent à la fois un motif d’encouragement et une garantie de réussite, quant aux améliorations que l’on voudra introduire dans une classe libre et vierge de correction.

Il est constant que depuis que les jeunes détenus de la Roquette ne sont plus sous le régime commun, on obtient d’eux des résultats vraiment surprenants. L’état sanitaire, depuis l’introduction du régime cellulaire, s’est amélioré au point de nécessiter la suppression de plus de la moitié des lits de l’infirmerie. La plupart des cachots de punition sont également devenus inutiles. Tel métier qui exigeait autrefois six ou huit années d’apprentissage est à présent enseigné en un an ou deux. Au bout de quelques mois, les jeunes prisonniers savent lire, écrire, calculer. Toutes les personnes qui se trouvent en contact avec eux, depuis l’aumônier qui les instruit, jusqu’au simple gardien qui les surveille, s’accordent à reconnaître les heureux effets du nouveau régime sous lequel ils sont placés maintenant.

Assurément, voilà de précieux résultats, mais qui ne sauraient être appréciés, ou même admis, qu’autant qu’on fera marcher de concert les améliorations impérieuses que réclame l’existence des fabriques, qui forment malheureusement le plus fort contingent des prisons de jeunes détenus. La société se doit à elle-même, à son équité, à son salut, de ne pas octroyer la plus forte part de ses faveurs, de ses titres, à ceux de ses enfants qu’elle considère, sinon comme déshérités, du moins comme temporairement détachés de son sein. Ne souffrons pas que, dans l’application, la philanthropie atteigne un but que la raison sociale se verrait forcée de désavouer. Oui, disons-le, protection, appui, amélioration au prisonnier, surtout à celui que la loi atteint dans sa minorité, souvent aussi dans la fatalité de sa naissance et de son éducation ; mais, avant tout et surtout, protection, appui, amélioration au travailleur innocent, à l’enfant libre.

Il est une modification utile et salutaire à introduire dans la condition de la classe ouvrière, que nous ne saurions nous dispenser de signaler ici, car elle a déjà subi l’épreuve de la pratique, et porté ses fruits dans un pays voisin du nôtre. Nous avons déjà signalé la différence qui existe entre les cantons agricoles et les cantons manufacturiers : autant, avons-nous dit, les travaux des fabriques contribuent à énerver et corrompre prématurément les enfants qu’elles emploient, autant, au contraire, les travaux des campagnes fortifient le corps et la santé des jeunes agriculteurs. Le canton de Zurich, en Suisse, a su combiner les deux systèmes de manière à compenser les inconvénients de l’un par les avantages de l’autre ; la classe ouvrière y est à la fois sous le régime agricole et manufacturier. Il nous semble qu’il y aurait un profit matériel et moral à appliquer ce système à quelques-unes de nos provinces françaises, où tant de terres restent en friche, tandis que les paysans s’obstinent à s’entasser dans les fabriques où souvent ils ne trouvent qu’un salaire insuffisant, parfois même une suspension absolue de salaire.

C’est une visite douce et consolante à faire que celle du canton de Zurich, après celle de nos principales villes manufacturières. On sait que ce canton est regardé comme un des plus industrieux de l’Europe, et cependant, les ouvriers y travaillent presque tous dans leurs habitations ; la vie de ménage s’y combine avec la vie industrielle, sans que l’une porte préjudice à l’autre. Dans les intervalles des soirées domestiques, les femmes et filles d’agriculteurs dévident les fils ou tissent les étoffes. Quant aux enfants, qui du reste suivent les écoles avec assiduité, ils consacrent le temps que l’instruction n’emploie pas à fabriquer des bobines et des cannettes. Ainsi, quand les commandes industrielles viennent à manquer, la famille se rejette sur les soins agricoles : ce n’est pour elle qu’un déplacement d’industrie.

Zurich est, après Lyon, la localité la plus importante pour les étoffes de soie ; cette fabrication a pris un nouveau développement à la suite des émeutes de 1834, qui ont contraint un certain nombre d’ouvriers français à venir chercher un refuge en Suisse. L’industrie cotonnière emploie aussi à Zurich un grand nombre d’ouvriers qui se divisent en deux classes, comme dans les autres pays de fabrique : les uns travaillent en famille dans leurs habitations, et les autres en commun dans les manufactures. Bien que le mélange des deux sexes existe dans les fabriques, on ne s’aperçoit pas qu’il ait influé sur les moeurs d’une façon dangereuse. Il est d’usage dans les filatures de coton que les enfants travaillent deux heures de moins que les adultes ; on a le soin de ne pas leur imposer de tâches fatigantes qui puissent compromettre leur santé. Dans le canton d’Argovie, les jeunes enfants sont admis gratuitement dans une école qui a été fondée par un des principaux fabricants, et dont il s’est engagé à faire les frais. 

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Il faut comparer les maisons des ouvriers de Zurich avec celles de la plupart de nos ouvriers français, pour apprécier les avantages de l’aisance, de l’économie, de l’instruction, de tout ce qui manque à nos provinces manufacturières. Les maisons sont presque toujours accompagnées de jardins, meublées avec cette simplicité, cette exquise propreté qui annonce l’ordre et les bonnes moeurs. Il est d’usage en hiver que plusieurs familles se réunissent autour d’un même poêle et d’une même lampe ; les enfants surtout participent aux bienfaits d’une pareille existence. Que l’on compare leur destinée à celle des jeunes ouvriers français, qui n’ont souvent jamais connu d’autres réunions de famille que celles du cabaret ; qui n’ont entendu, en fait d’instruction morale, que les propos grossiers ou les jurements des fileurs ; et qu’on dise s’il est permis de laisser subsister plus longtemps les abus de la vie de fabrique chez un peuple qui se pique à bon droit d’être, sur tant de points, essentiellement civilisateur.

Ajoutons enfin que les ouvriers de Zurich sont presque tous propriétaires de la maison qu’ils habitent, et du petit champ qui en dépend. Il en est fort peu qui ne sachent lire, écrire, et cela dès leurs plus jeunes années. – Mais, dira-t-on, ces ouvriers sont sans doute beaucoup mieux payés que les ouvriers français : la différence des salaires produit la différence des moeurs et du genre d’existence. Hâtons-nous de répondre que l’industrie française, au contraire, offre à ses ouvriers des salaires beaucoup plus élevés que l’industrie suisse, ce qui confirme l’opinion que nous avons précédemment émise sur le rapport des gains avec la moralité des ouvriers. Les artisans suisses ont le bon esprit de ne pas adopter la filature ou le tissage exclusivement, et de se réserver les ressources de l’agriculture. Cette intelligente combinaison les met en garde contre les pertes que pourrait leur occasionner la suspension des travaux. Ils sont en cela plus prévoyants que nos ouvriers français, qui ne considèrent guère que le chiffre présent du salaire qui leur est offert, sans s’inquiéter des époques de chômage. Ce mélange de travaux agricoles et manufacturiers a de plus l’avantage d’inspirer aux ouvriers zurichois l’amour de la propriété ; ce champ, qu’ils arrivent tôt ou tard à posséder, devient l’unique objet de leurs efforts et de leurs voeux. L’institution des caisses d’épargne est depuis longtemps mise en vigueur dans ce canton ; elle n’a pas rencontré les mêmes résistances qu’en France, où la plus grande partie de nos ouvriers ont craint et craignent encore maintenant de recourir à ce mode de placement, de peur de révéler à leurs maîtres les bénéfices qu’ils ont pu réaliser et les économies qu’ils ont faites ; ce qui, suivant eux, ne peut manquer de faire tôt ou tard baisser le tarif des salaires.

Quant aux jeunes travailleurs, et aux précautions qu’il convient de prendre pour les protéger contre l’oppression des fabriques, il en est une qui a déjà été mise à exécution en Angleterre, en Prusse et aux Etats-Unis, et dont nous ne saurions réclamer trop vivement l’application à la France ; nous voulons parler de la création d’inspecteurs spéciaux des fabriques, qui deviendraient une garantie de protection pour l’enfance pauvre et exploitée. Nous ne ferons, du reste, ici que nous associer aux voeux des hommes honorables et zélés qui ont déjà réclamé une semblable institution. Ces inspecteurs seraient chargés non-seulement de protéger les jeunes ouvriers contre les mauvais traitements, l’excès de travail, mais aussi de surveiller leur perfectionnement moral et la culture de leur intelligence. La classe riche et éclairée serait ainsi représentée près des classes pauvres et souffrantes, et ne serait plus du moins solidairement responsable de leurs vices et de leurs désordres. « La société, dit M. Gillet, dans sa brochure sur l’emploi des enfants dans les fabriques, peut et doit pourvoir à ce que des races vicieuses et abruties ne s’élèvent pas dans son sein pour être un jour l’objet de son dégoût et de son effroi. Qu’on jette les yeux sur l’état de l’instruction populaire dans les différents pays du monde ; en Prusse, en Danemark, la loi exige que chaque habitant sache lire. Dans sont bill sur le régime des fabriques, le parlement anglais ne s’est pas montré moins exigeant à cet égard. Aux Etats-Unis enfin, lorsqu’une bourgade va s’élever, il y a une maison dont la loi pose, en quelque sorte, la première pierre, une maison qui doit se construire avant toutes les autres, et cette maison, c’est une école. »

De pareils exemples doivent être pour nous à la fois un sujet de méditation et d’encouragement. Quant aux objections puisées dans la paternité et les droits des parents qui pourraient encore s’élever contre la fixation légale de l’existence des enfants de fabrique, nous nous bornerons à rappeler le passage du rapport fait à la Chambre des députés par M. Renouard, qui prouve que l’incurie des ouvriers, quant à l’instruction des enfants, ne saurait être trop énergiquement combattue dans l’intérêt même des parents. « Aujourd’hui, dit l’honorable député, c’est par cupidité que des pères refusent l’instruction à leur enfant, et qu’ils l’épuisent par des travaux au-dessus de son âge, afin d’accroître le chétif salaire qu’il gagne et qu’eux ils dépensent. Désormais la cupidité du père ne pourra atteindre le salaire des enfants qu’à la faveur de la bienfaisante compensation d’un enseignement qui améliorera leur avenir. »

Nous avons déjà parlé en commençant de la loi qui a été présentée à la Chambre cette année sur le travail des enfants dans les manufactures ; l’esprit dans lequel cette loi est conçue ne peut manquer d’apporter un prompt remède aux souffrances des jeunes ouvriers. Elle défend l’admission des enfants dans les fabriques avant l’âge de huit ans, et limite le temps du travail à huit heures par jour, séparées par un relai. Elle interdit tout travail de nuit pour les jeunes ouvriers au-dessous de treize ans, ainsi que le travail des dimanches et fêtes. Elle arrête qu’aucun enfant ne pourra être admis dans les manufactures à moins d’un certificat attestant qu’il a reçu l’instruction primaire élémentaire ; enfin elle protége les moeurs des jeunes ouvriers contre les dangers qu’ils pourraient courir dans les ateliers, usines et fabriques, et empêche qu’ils ne soient en butte à de mauvais traitements ou à des châtiments abusifs.

On voit d’après ces dispositions qu’une pareille loi, si elle est rigoureusement appliquée, doit mettre un terme aux abus qui atteignent cette classe opprimée. On comprendra pourtant que son efficacité ne peut se faire sentir qu’autant que les chefs de fabriques et les parents des jeunes ouvriers voudront venir en aide à son exécution. Nous avons dit que déjà certains fabricants ont pris les devants, et n’ont pas attendu d’être contraints par ordonnance pour introduire l’aisance et l’instruction parmi leurs ouvriers. Ainsi on ne saurait trop faire l’éloge du propriétaire d’une grande manufacture, située dans les environs de Lyon, et nommée La Sauvagère. Cet honorable industriel est vraiment le père de ses ouvriers ; il veille sur leurs moeurs, leurs relations et les moindres détails de leur existence. Plusieurs fabricants de Sedan sont parvenus à détruire l’ivrognerie parmi leurs ouvriers, en défendant l’entrée de leurs ateliers à tous ceux qui seraient adonnés à ce vice. Nous pourrions ajouter à ces faits beaucoup d’autres exemples qui prouveraient que la nécessité d’améliorer la condition des ouvriers est sentie même des manufacturiers. C’est ainsi que la Société industrielle de Mulhouse, par un zèle désintéressé qu’on ne saurait trop louer, a présenté la première aux Chambres une pétition en faveur des jeunes ouvriers, et attiré l’attention publique sur des misères dont elle eût pu tolérer impunément l’exploitation.

Espérons donc que de si nobles efforts porteront bientôt leurs fruits. Le conseil d’agriculture a proposé d’accorder des récompenses honorifiques aux fabricants qui favorisent la moralité et l’instruction dans leurs ateliers ; il nous semble qu’une pareille mesure s’accorderait bien avec l’esprit de la loi. En effet, personne n’est plus capable que le manufacturier lui-même de contribuer à l’amélioration des jeunes enfants dont il est le maître. On décore l’homme qui a mis en circulation une machine nouvelle, un procédé nouveau, une substance inconnue : pourquoi ne décorerait-on pas aussi celui qui prélèverait tous les ans une certaine somme sur les produits de son industrie pour fonder une école primaire en faveur des enfants de sa fabrique ? Quoi de plus digne et de plus utile que de rendre à l’humanité et à la morale un contingent annuel de coeurs et d’intelligences ! Quel rôle l’industrie n’est-elle pas appelée à jouer, s’il faut qu’outre son action matérielle, elle exerce de plus une influence de moralisation sur les masses, qui lui devront ainsi les bienfaits d’une double émancipation !

Il est enfin un homme qu’il nous reste à invoquer en faveur des populations manufacturières, et surtout des jeunes enfants, celui qui peut si puissamment contribuer à l’exécution de la loi humaine en en faisant une des bases, un des dogmes de la loi de Dieu : on devine que nous voulons parler du prêtre. Oui, le prêtre est ici nécessaire, indispensable, et lui seul peut éclairer ces classes malheureuses. C’est à lui qu’il faut remettre ces pauvres enfants abandonnés, abandonnés à la fois du monde et de la religion.

La traite de l’enfance dans les pays manufacturiers est aujourd’hui trop enracinée dans les moeurs et les usages pour espérer qu’une loi puisse aussitôt en comprimer les abus. Pour qu’une loi de ce genre reçoive son application efficace et réelle, il faut surtout qu’elle soit imprimée dans le coeur de tous. C’est donc au prêtre qu’il appartient de s’en faire l’interprète, en rappelant s’il se peut dans ses prônes, ou des conférences religieuses analogues à celles qui existent à Notre-Dame, les ouvriers à leurs devoirs de pères et de mères ; lui seul peut les initier par degrés aux principes d’une réforme salutaire, à l’aide de ces applications de l’Évangile toujours si sensibles et si touchantes, faites au nom du Dieu de paix qui semble avoir condamné d’avance les effets d’un travail oppressif pour les jeunes corps et les jeunes âmes, en disant : « Laissez venir à moi les petits enfants. »

gav-190x300Toutes les prisons, toutes les classes de détenus ont leur prêtre, leur aumônier, c’est-à-dire leur confident, leur consolateur spécial, qui leur parle le langage de leurs infortunes, ramène à Dieu par degrés certains coeurs en se plaçant au centre de leurs erreurs et de leurs peines. C’est un prêtre de ce genre que nous réclamons en faveur des provinces manufacturières, un de ces apôtres de la vie pratique qui marchent dans les campagnes et les ateliers, précédés du pardon et de la tolérance, qui sache proportionner ses instructions et ses conseils aux humbles âmes qui lui seraient remises. Il y a dans les pays de fabriques de grands bienfaits à semer au nom de la religion, toute une population à régénérer, à faire revivre  aux sources de la charité, une mission digne de saint Vincent de Paul, et nous ne doutons pas qu’elle ne soit acceptée et remplie par les membres de notre jeune clergé.

Nous terminerons ici cette esquisse, qu’une obligation triste, mais sacrée, nous ordonnait d’introduire dans cette galerie de moeurs et de physionomies actuelles. Ajoutons pourtant un dernier fait qui hâtera peut-être le soulagement des misères que nous avons essayé de décrire ; rappelons qu’une nation, qui a reconnu aussi les abus du travail des enfants dans les manufactures, s’est depuis longtemps occupée de les prévenir par des ordonnances et des règlements particuliers. Le premier bill qui règle en Angleterre la durée du travail des jeunes ouvriers dans les usines et les filatures est daté de 1802, et nous n’en sommes encore en France qu’à prendre des mesures, et nous venons à peine de porter une loi. Un pareil fait doit suffire pour mettre un terme aux délais et aux ajournements : souffrirons-nous que l’Angleterre conserve plus longtemps sur nous, dans une question d’un si pressant intérêt, une initiative de trente-neuf ans de civilisation et de philanthropie ?

Texte établi sur un exemplaire (BM Lisieux : 4866 ) du tome 6 des Francais peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle publiée par L. Curmer  de 1840 à 1842 en 422 livraisons et 9 vol. 

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Les forêts du Jura

Posté par francesca7 le 2 avril 2013

 

La forêt est une véritable usine débordante de productivité. Le soleil est la chaudière qui dispense l’énergie, les racines sont les pompes qui aspirent les matières premières, les tiges, les branches, les feuilles sont les manufactures qui transforment ces matières premières pour produire du bois et de l’oxygène.

La forêt a de nombreuses fonctions ; elle régularise le climat, elle améliore le régime des eaux, elle protège le sol contre l’érosion, elle favorise l’alimentation des sources en eaux pures. Elle est aussi une véritable station d’épuration qui joue un rôle capital dans l’assainissement des terres et de l’air. En effet, le feuillage élimine le gaz carbonique, fixe les poussières et détruit les germes microbiens. Monde grouillant de vie, la forêt abrite de nombreuses plantes – fleurs, mousses, liches, fougères – et divers champignons, comme les morilles au printemps, les girolles et les cèpes à l’automne. Une foule d’animaux accompagnent cette vie végétale ; de petits rongeurs tels que l’écureuil, mais également de nombreux oiseaux dont certains rapaces, et de grands mammifères tels que le cerf, le chevreuil et le sanglier.

Les forêts du Jura dans Jura foret

La forêt française – En France, en ce qui concerne la propriété, les forêts sont domaniales (c’est-à-dire biens de l’Etat) communales ou privées. Le s plus intéressantes pour les promeneurs sont les forêts domaniales. Elles sont gérées et aménagées par l’Office Nationale des Forêts. Cet Office à caractère industriel et commercial a pour principal objectif la gestion et l’équipement des forêts, par l’exploitation du bois, le reboisement, l’entretien des routes et des chemins, et l’accueil des promeneurs dans les forêts proches des grandes villes ; au nombre de ces réalisations, on relève l’ouverture à tous de certaines routes forestières, l’aménagement de parking, l’installation d’aires de pique-nique, la création d’enclos d’animaux permettant d’observer certaines espèces (cerfs, sangliers, chevreuils à en semi-liberté.

Une toile de fond – Le sombre manteau de la forêt est la toile de fond de tout paysage jurassien ; elle s’étend sur 500 000 ha environ, couvrant 40 % de la surface du territoire comtois. A distance, ces massifs forestiers semblent uniformes, mais lorsqu’on y pénètre cette impression disparaît ; les lumières et les ombres alternent d’un versant à un autre ; tantôt l’on débouche sur la ligne grise des falaises, tantôt un lac apparaît. La forêt de la Joux par exemple, est l’une des plus belles et des plus importantes du Jura.

Un peu d’histoire – Des moines défricheurs :

Le mot Jura viendrait du bas latin « Juria » (forêt) ; Joux a la même origine. En effet, à l’époque romaine, le pays était couvert de forêts impénétrables. Dès le 6ème siècle, les moines s’aventurent dans ces zones hostiles et leur cognée commence à faire des trouées dans l’épais manteau forestier. Jusqu’au 15ème siècle, dès qu’un coin est défriché, une ferme s’y installe, formant le noyau autour duquel vient s’agglomérer un hameau. Ainsi s’explique la dispersion des villages et même des fermes dans le Haut-Jura. Ce fut bientôt une frénésie. Aux 17ème et 18ème siècle, de longs convois de chariots vident la forêt de ses plus beaux troncs qui deviennent les mats des nefs royales. Les forges et hauts fourneaux, installés le long des cours d’eau, dévorent les faillis. La forêt se rétrécit comme une peau de chagrin.

Une civilisation du bois – Le bois ne sert pas seulement à ces besoins industriels. Du berceau tressé d’écorce au cercueil de sapin, il accompagne toute la vie du montagnard. De la forêt, celui-ci tire la charpente de son toit, les plaquettes (ancelles ou travaillons) protégeront les murs de sa maison les plus exposés à la pluie. Les plus belles veines e sapin décorent armoire ou pétrin rustique, tandis que la vaisselle est creusée dans l’aubier tendre. Tout le matériel de laiterie ou de fromagerie est en bois et donne aux produits leur saveur particulière. Avec l‘écorce d’épicéa, on tresse paniers et hottes. Un beau fût creusé conduit l’eau de la source à l’abreuvoir. Le balai (ramasse) est fait de baguettes de coudrier. Une forte branche frappée quatre coups de serpe puis trempée dans la résine permettait, il ya un siècle, de s’éclairer. Les bergers sculptent au couteau des jouets de bois ; il se délectent de la sève sucrée qui coule de l’écorce et qui se mâche, paraît-il comme du chewing-gum. Il n’était pas jusqu’au rameaux de sapin, macérés dans l’eau avec sucre, seigle et farine, qui ne donnaient une boisson appréciée : ce « vin de sapin » permettait, dit-on, de regarder sans envie les futailles du Bon Pays.

Aujourd’hui, la forêt s’étend naturellement sur tous les terrains que l’homme délaisse ; elle gagne aussi par reboisement réfléchi. Elle occupe 42 % du territoire. Les arbres à feuilles caduques (chênes, hêtres, merisiers, frênes, érables…) occupent les zones de plaines et le premier plateau où ils sont largement favorisés par le sylviculteur depuis des décennies. Les résineux (sapins, épicéas) sont cultivés en priorité dès les pentes du deuxième plateau.

Chaque forêt publique et les grandes forêts privées sont aménagées pour qu’on y coupe tous les ans un volume de bois proche de son accroissement. Des « lignes » jalonnées de bornes ou de plaque  les divisent en parcelles numérotées. Dès juin, la coupe est délimitée. Les arbres sains à abattre sont marqués d’une empreinte ronde (lettres AF administration forestière) les arbres secs, cassés ou déracinés – les chablis – étant marqués d’une empreinte différente. Dans les forêts communales, le conseil municipal classe les arbres destinés au chauffage en lots constituant l’affouage, ces lots sont répartis par feu ou par tête (exceptionnellement ils sont partagés au prorata de la surface des toits des maisons et on comprend sua dans certains villages les demeures soient coiffées d’un immense chapeau), ou bien la vente de la coupe est faite en bloc, sur pied, par l’Office national des forêts, au profit de la commune. Autrefois, le produit de cette vente était assez substantiel pour permettre à certaines communes d’exonérer de l’impôt les particuliers. Les parts étaient d’autant plus grosses qu’il y avait moins de grosses qu’il y avait moins de copartageants et l’installation d‘étrangers au village étant assez mal vue. Dans les forêts domaniales, pratiquement toutes les coupes sont vendues en bloc sur pied ; une partie importante de chablis, en revanche, est maintenant commercialisée après exploitation. Cette exploitation est très surveillée ; l’empreinte du marteau de l’Etat est protégée par la loi au même titre que le billet de banque.

La forêt jurassienne étage ses essences suivant l’altitude ; la courbe de niveau de 800 m sépare les feuillus des résineux, mais l’orientation et l’ensoleillement apportent souvent leurs correctifs à cette règle générale. Sur les sols moins élevés du vignoble croissent, associés aux cultures et aux vergers, des bois où le tremble, l’orme, le charme, l’érable disputent le terrain au chêne, au bouleau et au frêne ; le paysan considérait naguère ces sols comme une sorte de prairie aérienne de secours pour l’alimentation de son bétail. Le hêtre prédomine sur le premier plateau entre 500 et 800 m. Plus haut, règnent les forêts de splendides sapins, les « Joux » et au –delà de 1 000 m les épicéas dans les paysages des prés-bois. 

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Histoire de l’Adour

Posté par francesca7 le 26 mars 2013

Histoire de l'Adour dans COURS d'EAU-RIVIERES de France ladour-300x199Les rives de l’Adour ont servi d’abri aux hommes préhistoriques ; puis se sont développées les activités propres aux fleuves : pêche, moulins, ports…L’Adour à ses origines, remontait jusqu’à Capbreton pour trouver un passage vers l’Océan  Atlantique. Au milieu du XIVè siècle, cet estuaire fut bouché, l’embouchure du fleuve remonta alors vers le Nord, jusqu’à Port d’Albret. Mais Bayonne n’avait plus de port. Au XVI siècle la dune fut brisée dans le cadre des travaux menés par l’ingénieur Louis de Foix, qui ramena l’embouchure à Anglet: le cours de l’Adour fut ainsi raccourci de 30 km.

Tout le long de la côte, jusqu’au Vieux Boucau, il subsiste un réseau de lacs.

L’Adour entretenait une forte activité de transport de marchandises sur galupes (gabarres landaises), permettant d’écouler la production de l’intérieur du Sud-Ouest et notamment les vins des vignobles gascons. Cette activité perdura jusqu’à l’orée du xxe siècle où elle s’inclina devant l’arrivée du train, plus rapide et plus économique. Les quatre principaux ports de l’Adour étaient, par ordre décroissant de tonnage réalisé :

  • Mugron
  • Saint-Sever
  • Hinx
  • Dax

À cela, il convient d’ajouter le trafic en provenance du port de Mont-de-Marsan, empruntant la Midouze avant de rejoindre l’Adour à hauteur de Tartas.

Aujourd’hui encore, l’Adour sert de vecteur d’exportation de certaines productions locales comme le maïs.

L’Adour est un fleuve du bassin aquitain dans le sud-ouest de la France, classé site Natura 2000 (SIC/pSIC). D’une longueur de 335 km, il prend sa source dans le massif pyrénéen du Pic du Midi de Bigorre, au col du Tourmalet (Hautes-Pyrénées – 65) et se jette dans l’océan Atlantique après Bayonne, à Tarnos (Landes) pour la rive droite et Anglet (Pyrénées-Atlantiques – 64 Basses Pyrénées) pour la rive gauche.

En gascon, adour (terme ancien) signifie « source », « cours d’eau » et adourgà ou adorgar signifie « irriguer ». Le mot adur s’est spécialisé en basque dans le sens de ‘destin’, « onde magique » (sens présumé de « humeur »).

Adour, en basque Aturri, en latin Aturrus, est un nom de rivière pré-latin peut-être apparenté aux mots basque iturri « source » et languedocien teron « fontaine ». On lui doit les noms de  rivières Eure (Atura), Aar (Arura), Arroux (Aturauos), Arve (Aturaua), Orne (Otorna),Ourcq (Aturicos) ou de ville espagnoles : Tarazona (< Turiasso; Aragon), Tossa de Mar (< Turissa; Catalogne), Túria (Aragon, Valence), etc. sans oublier Aire-sur-l’Adour (Atura, du nom au fleuve).

 

Au xive siècle, le chroniqueur Jean Froissart mentionnait l’Adour en ces termes « la belle rivière de Lisse qui court tout au milieu de Tarbes » .

C’est une lutte de plusieurs siècles que se sont livrés gens de Bayonne, de Cabreton et de Port d’Albret (Vieux Boucau), pour faire de l’Adour leur fleuve. 

Longtemps c’est Capbreton qui est le port au débouché du fleuve sur l’Océan, et c’est par là qu’en 930, les Vikings ont envahi les Landes. C’est de là que partent les pêcheurs à la recherche des baleines, près des côtes tout d’abord, puis en Islande et jusqu’au Canada et Terre Neuve, lorsqu’elles se raréfient. Bayonne est alors en pleine prospérité. Grâce à sa situation privilégiée de port intérieur, aux eaux calmes et profondes à quelques kilomètres de l’embouchure, la vie économique y est florissante. 

Mais vers 1310, des événements climatiques catastrophiques vont tout bouleverser. Tempêtes, pluies diluviennes incessantes, montagnes de sables déplacées et qui finissent par boucher l’exutoire de l’Adour dont les eaux gonflent et inondent Bayonne … une situation critique ! 


C’est alors que la force des eaux du fleuve déchaîné ouvre une brèche vers la dépression d’Hossegor. Le flot puissant rejoint l’exutoire du lac de Soustons, et finit sa course vers l’Océan au Plug de Messanges. Une nouvelle embouchure s’est créée. Bayonnais et Capbretonnais sont soulagés, mais très vite la situation portuaire des deux cités s’avère catastrophique. L’étroit exutoire qui demeure à Capbreton, est souvent impraticable et le trafic vers Bayonne est très aléatoire. Le chenal vers la mer se modifie au gré des intempéries qui le détériorent (éboulement des rives, ensablement, …), et les gros navires ne peuvent plus l’emprunter. 

 

L’Adour se forme dans la vallée de Campan en Haute-Bigorre de la réunion de trois torrents :

  • l’Adour de Payolle, du massif de l’Arbizon (2 831 m),
  • l’Adour de Gripp, du massif du pic du Midi de Bigorre (2 877 m)
  • l’Adour de Lesponne, du massif de Lascours (2 488 m),

L’Adour s’écoule vers le nord sur près d’une centaine de kilomètres à travers les Hautes-Pyrénées jusqu’au département du Gers. Là, il s’oriente vers l’ouest, contournant le vignoble de Madiran, et rejoint le département des Landes où il sépare les coteaux prépyrénéens deChalosse (au sud) des Landes de Gascogne (au nord).

Il est rejoint à Port-de-Lanne par les Gaves réunis, de débit supérieur, qui apportent les eaux du Lavedan, du Haut-Béarn et de Soule. Puis il se jette dans l’océan Atlantique entre les Pyrénées-Atlantiques (Anglet) et les Landes (Tarnos).

Autrefois, l’Adour se terminait par un delta correspondant au Maremne, autour de son estuaire principal de Capbreton. Son exutoire actuel dans l’Atlantique, à hauteur d’Anglet, lui a été donné en 1578.

Extrait du récit d’un amoureux de l’Adour   

L’Adour est un des rares fleuves européens à posséder encore des frayères à saumons (Salmo salar).

Dans un lointain passé géologique, l’Adour a creusé une profonde vallée, aujourd’hui sous-marine. À 35 km au large, l’entaille atteint 1 000 à 1 500 mètres de profondeur : c’est le Gouf de Capbreton, qui ne se résorbe dans la grande déclivité océanique qu’à 50 km de la côte.

Qui connaît Lafitole, butte de molasse isolée, léchée par le fleuve, dont le château – disparu – était nommé « lanterne de Bigorre » ? Ce belvédère, haut de cinquante mètres, ne porte plus que quelques maisons et une église quelconque, mais le panorama sur les brumes du matin ou les couleurs tranchées des champs et des bois n’a que de lointaines limites ; le fleuve s’y devine en larmes argentées dans une gangue verte.

ladour2-300x218 dans COURS d'EAU-RIVIERES de FrancePassé de la Bigorre à l’Armagnac, l’Adour freine son cours, calcule ses premiers méandres véritables, forme des îles et des bras morts, les « noues ». Les rives ne sont plus tout à fait sûres. Mais il y a encore des passages plus rapides sur des « radiers » où les eaux se frottent aux cailloux dans un bruit continu de crécelle. Les poissons se multiplient en quantité et en nombre d’espèces. Les brochets n’arrivent pas à venir à bout des populations d’ablettes et de vairons ; gardons, carpes, barbeaux pullulent. Les truites finissent par renoncer. Sur les coteaux, la vigne est plus insistante.

On dit parfois que Bigourdans et Armagnacs auraient adopté le nom de « Val d’Adour » pour désigner cette vallée opulente. On peut en douter. Les solides ruraux qui peuplent les villages ancrés dans ce val utilisent toujours le nom de « Rivière » pour désigner leur terroir. Cinq communes sont ainsi baptisées. Le val est un rêve, la rivière une réalité.

A Aire-sur-l’Adour, le fleuve entre dans le département des Landes ; il est large, profond, dessine des contours plus amples et plus repliés, mais jamais son intérêt piscicole ne faiblit, et les « gros », tels la carpe, la brème et le mulet, appelé « muge », défieront les pêcheurs jusqu’au bout. Le fouillis des bois sur les rives s’accroît encore, tandis que villages et maisons s’éloignent des terrains saturés d’eau, les « barthes », qui occupent le fond de la vallée, plus ou moins bien protégées par des digues à l’approche de la mer.

Partout, l’Adour a l’âme généreuse. Les terres qu’il traverse, dans des paysages plantureux, ont la fécondité qu’apportent le soleil et l’eau. Sa vallée est celle de toutes les nourritures terrestres. Le maïs, plus ancien et plus beau ici qu’ailleurs, côtoie des prairies, des jardins, des vergers. Les oies comme les canards, gavés de grains dorés, apportent des promesses de foie gras.

La vigne est présente de Tarbes à Urt ; de Belloc à Larrivière, elle invente de somptueux crus de terroir : Madiran, Pacherenc-du-Vicbilh, Côtes-de-Saint-Mont, tandis que la traversée du Gers coïncide avec celle de l’Armagnac, qui distille dans ses alambics de cuivre une eau-de-vie de « premier jet », plus fréquemment qu’une eau-de-vie « à repasse », distillée deux fois, comme le cognac. Ici, contre toute attente, le bas Armagnac a plus de réputation que le haut, et s’écrit avec orgueil sur les étiquettes.

Tout au long de son cours, l’Adour est ainsi une provocation permanente à mépriser les régimes diététiques et les mises en garde sur les « abus dangereux ». Mais le remède est à côté du mal, dans les eaux de Bagnères-de-Bigorre, au pied de la montagne, et de Dax, où vient mourir la marée.

L’Adour ressemble à l’amour : passionné, généreux, toujours tentateur… et quelque peu médecin.

Les 28 et 29 octobre 1978, une centaine de scientifiques et d’accompagnants se réunissaient le plus sérieusement du monde à Bayonne en un congrès organisé par la ville de Bayonne et la Société des sciences, Lettres et Arts de cette cité, à propos d’un thème tout à fait inédit : le IVe centenaire du détournement de l’Adour…

Ceux qui connaissent la célèbre et très sonore chanson gasconne « Si la Garonne avait voulu, lanturlu ! » (si elle avait voulu à Toulouse ne pas se détourner vers Bordeaux !) pouvaient penser un instant à un canular de même calibre concernant l’Adour. Mais pas du tout : le thème était sérieux et très valable, car il fut constaté que des intéressés arrivèrent de tous les coins de France et aussi de l’étranger pour commémorer l’événement en question qui s’était déroulé à Bayonne quatre siècles auparavant, le 25 octobre 1578 très exactement.

Le « détournement » par Louis de Foix en 1578

On retrouvera l’ingénieur un peu plus tard dans la région, attachant son nom à la construction du très beau phare de Cordouan planté hardiment à 63 m de hauteur sur le rocher de même nom au large de l’estuaire de la Gironde, et dont l’édification traînera pendant vingt-six années, de 1584 à 1610…

Depuis : 400 ans de problèmes avec la « barre de l’Adour »
Mais le cadeau de Louis de FOIX aux Bayonnais en 1578 se révélera un peu empoisonné, Car à la nouvelle embouchure (le nouveau BOUCAU) il y a l’Atlantique… et il y a le sable ! Le fleuve dériva d’abord à l’intérieur de son nouvel estuaire : vers le sud de la côte d’Anglet, pour former près de la chambre d’Amour plusieurs passes sinueuses, et très vite il y eut formation d’un maudit banc de sable, véritable haut fond en plein travers de l’estuaire lui même : la « barre de l’Adour ».

De siècle en siècle pendant 400 ans, il fallut procéder à des endiguements de plus en plus rallongés, toujours pour chercher à resserrer le fleuve entre les deux rives en repoussant l’envahissement latéral des sables, le but étant de concentrer l’effet de chasse d’eau produit par le jusant. Mais chaque fois qu’on allonge les digues, la barre se recule d’autant, et elle est toujours là !

Article à lire en son entier sur le site d’origine  

Dans l’Adour, on trouve encore tous les migrateurs sauf l’esturgeon (disparu pour cause d’extraction massive, et de surpêche) : Saumon, Anguille, Grande Alose, Alose feinte, Truite de mer, Lamproie fluviatile, Lamproie marine.

1. Les aloses sont très présentes sur l’Adour jusqu’à Saint-Maurice (où se situe un obstacle infranchissable), et dans les Gaves.

2. L’anguille : sa population subit un très fort déclin dans la majeur partie de l’Europe depuis une vingtaine d’années, essentiellement à cause des atteintes portées à ses milieux de vie continentaux.

3. La lamproie est présente sur le bassin, mais on manque encore de connaissances sur l’évolution de sa population.

4. Le saumon est une espèce emblématique de ce bassin : on le trouve dans les bassins des gaves (Oloron, Pau) et de la Nive, mais pas dans l’Adour même. Les efforts engagés depuis 1999 pour la reconstitution de ce stock (réduction de la pêche au filet et à la ligne, alevinage), combinés à l’amélioration de circulation (passes à poissons) donnent des résultats encourageants : le saumon colonise de meilleures zones de frayères, sur les parties amont, et les productions de juvéniles atteignent des niveaux très supérieurs à ceux des quinze dernières années.

La diminution générale de la faune piscicole s’explique par plusieurs facteurs :

- la dégradation générale du milieu

- les nombreux obstacles tels que les barrages hydroélectriques, les seuils et les barrages de soutien d’étiage

- les extractions qui ont conduit à la destruction des zones de frai et de grossissement, notamment celle des esturgeons

- la mauvaise qualité de l’eau, notamment à l’aval de la Midouze, qui constitue un obstacle à la migration piscicole

- les prélèvements d’eau pour l’irrigation

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Morvan, un pays de légendes et traditions

Posté par francesca7 le 21 mars 2013

 

Histoire de la famille BOYARD.

Le Morvan, sa forêt, sa faune sauvage, quel dur pays autrefois. Anciens prédateurs des loups, les lynx ont disparu. Les loups également ; autrefois, les meutes hantaient la région. Ces petits groupes de cinq à huit marchaient à la queue leu leu, ne laissant qu’une trace. Sur le toit, le « tuile à loups » accrochée à la crête, sifflait avec le vent froid du Nord, annonçant bien souvent l’arrivée de ces animaux redoutés. Dans la maison étaient accrochées le « fourche aux loups » très meurtrière et la « rhombe » que l’on faisait tourner au bout d’une ficelle et qui émettait un bruit effrayant les loups.

 

 Dans sa demeure de Précy sous Thil , le père Boyard, moustache pendante, évoque sa journée de travail au bas fourneau. On extrait le minerai de fer puis, sans le laver, on le fond sur place dans de vastes fours de 1,5 à 2 mètres de haut. Quand le bois pour la chauffe ou le minerai pour la fonte s’éloignent du centre d’activité, on reconstruit une nouvelle installation plus loin. Les journées sont longues. On se repaît sur place. Justement, ce jour même, Jacob, grand ami d’Hippolyte, s’est distingué par son féroce appétit. Un vrai Gargantua !

«  ah ah ah  reprend le père, si jamais il devient grand comme Gargantua notre Jacob !….

Tiens, vous savez les enjambées qu’il faisant Gargantua ? Eh bien, d’un coup il allait du mont Dieu au mont Ligault. D’ailleurs, pour tout vous dire, le mont Dieu et le « Ligault » ne sont jamais que des mottes de terre tombées de ses bottes, tout comme  le « Mouron », sans lui mes fils, vous seriez dans une plaine sans fin.

Une autre fois, Garguantua se reposa là-bas derrière. Il s’endormit la bouche ouverte et commença à ronfler. Le ciel s’assombrit. Les premiers éclairs zèbrent l’espace. Sur le coteau, un berger rassemble en hâte son troupeau. Les nuages de plus en plus épais noircissent encore la nuit ; les premières gouttes piquent l’herbe sèche. Vite, vite, un abri ! Là, une caverne ! Allez « le chine », aide-moi. Allez « mes moutons », rentrez vite vous protéger. Et il frappe le sol de sa houlette pour rythmer ses paroles. Hélas, cent fois hélas, cette grotte n’est autre que la bouche grande ouverte de notre géant. Enervé par tous ces picotements, des hoquets agacés, il avale brusquement tout à la fois, bêtes et hommes.

A son réveil, un peu pâteux, Gargantua assoiffé fait quelques pas hésitants. D’étirant, il s’approche de la Brème, et d’une gorgées, assèche la pauvre petite rivière. Réveillé, il doit faire face à des besoins bien naturels. Et ainsi, ses spectaculaires évacuations nous créent l’étang de la Vénarde et… la Seine ! Ragaillardi, il refait deux ou trois pas. Tout va mieux à présent, ou presque, car au cinquième la fatigue de la nuit se faisant sentir, croisant du regard une belle pierre carrée, la Pierre-Champeu, apte à former un siège idéal, il s’assoit et se repose quelques instants, ne manquant pas de laisser l’empreinte de son fessier dans la roche.  

 Parfois, lors de ses passages dans la région, Gargantua fait halte au moulin Cassin près de Dompierre en Morvan. Il grignote rapidement la soupe de douze hommes et vingt livres de pain ».

 Vraiment, le père Hippolyte connaît tout de Gargantua, et ce soir, devant l’âtre rougeoyant, il n’en finit pas de raconter anecdotes sur anecdotes tout en dégustant lentement sa vieille « Fine de Bourgogne ». On regarnit le feu. Les flammes se réveillent. Demain, Antoine, un fils Boyard, le plus jeune, va partir pour accompagner le bois jusqu’à Paris. Quelle chance il a l’Antoine de voir Paris ! La cathédrale, l’Ile de la Cité ! Mais quel métier aussi.

 L’Antoine fait partie des 2 600 voituriers d’eau (les convoyeurs) qui guident les bûches sur la Seine et sur l’Yonne en mars et avril.

Morvan, un pays de légendes et traditions dans LEGENDES-SUPERSTITIONS coupeur-de-bois-11

 

Enfant, il aimait grimper aux arbres ou marcher sur le faîte des murs. Aussi, quand vint l’heure de son indépendance, il quitta chaque année sa famille au printemps pour se tourner tout naturellement vers cette dure profession. Les barrages peinent à maintenir de leurs muscles de béton leurs réserves de mètres cubes d’eau pleines à craquer ; comme à chaque voyage, la mère s’inquiète. De plus, l’Antoine garde une réputation de traînard, jamais accroché au rythme astreignant des heures. Et traîner dans la région, quel risque énorme de rencontrer du côté de Nan sous Thil, le « Chien Barrai ». Une seule solution, fuir sans se retourner ou l’horrible bête féroce noire et blanche se jette sur le voyageur et le dévore.

 Alors, tous comptes faits, autant savoir son fils occupé à guider les bûches.

 Toujours inquiète la mère, la Germaine Boyard. Un soir un moineau se trouva enfermé dans l’église et voletait en quête de sortie, butant en tintant contre les vitraux. Quelle peur ! Elle crut bien entendre le père Loritot officier. Je vous explique :

 Le père Loritot est mort depuis plusieurs mois. Prêtre courageux, il travaillait sans relâche, mais ne réussit pas à terminer toutes les messes qu’il avait à dire avant d partir pour le Ciel. Aussi, dans les saisons qui suivirent, on entendit son âme revenir à la nuit tombée terminer son ouvrage. On entendit tourner les pages du grand livre de messe et chaque matin suivant, on constatait la disparition d’hosties. Plus jeune, Germaine fut une des nourrices si appréciées du Morvan. Elle aussi connaît la capitale. Quand elle fut à même d’allaiter, elle alla à Paris comme beaucoup d’autres pauvres femmes passer quelque mis pour vendre son lait aux riches bourgeois. Elles devinrent célèbres les nourrices du Morvan…

 

Certaines accueillaient des enfants de l’assistance dans leur ferme. En 1880, 1 500 enfants surnommés les Petits Paris furent recasés en Morvan. Ah ! elle vécut à la dure notre Germaine, et sa fille ne lui ressemble guère, la blonde Jeannette. Une jeune fille gaie cette Jeannette, une jeune et jolie fille qui aime danser et le fait bien. Pour la Fête Dieu, elle a déjà gagné deux fois le fromage blanc traditionnel offert par la municipalité à la meilleure danseuse. Ensuite, la lauréate offre son présent qui baigne dans de la délicieuse crème fraîche à un des pauvres du village de son choix. Quelle fierté pour Jeannette. Par contre, le jour de Carnaval, elle n’est pas plus fière que les autres filles du bourg. C’est le jour où la Beuffenie, vieille et laide fée légendaire, vient chercher son Epatie, écheveau de fil préparé par toutes les fileuses. Et gare à celles qui ne filent pas ! La Beuffenie les emporte pour toujours avec elle.

 

Tout la région connaît la Beuffenie (ou Boefnie). Elle préside à sabbat, dit-on. Dans le ravin de la Galaffre, on entend le bruit de ses fêtes. Si vous osez vous y aventurer, vous y trouverez de bien étranges pierres sculptées qui ne sont autres que… son siège, sa marmite, son lit…. Etc., qu’elle changea en roches le jour de son départ. Mais prenez garde de ne pas vous faire prendre par la nuit sans avoir dans votre sac un peu de pain et de sel pour vous protéger des maléfices faute de quoi on ne vous reverra jamais.

 Mais revenons à la maison des Boyard. De belles bûches grésillent dans la cheminée. La plus belle bûche de la réserve, souvent longue de deux mètres, de préférence en bois dur de charmes (ou parfois en chêne) sèche tranquillement en attendant Noël. Ce soir-là, sacrée « souche de Noël », elle entretient précieusement la flamme toute la nuit et parfois même jusqu’à l’Epiphanie, tandis que la famille se rend à la messe de minuit. Comme bien des choses changes ! On jouait, on s’amusait en attendant l’heure de cette grande messe. On jouait au rouleur de noix, on jouait au charbon ardent. Vous ne connaissez pas ?

Le jeune du rouleur de noix dérive du jeu des œufs de Pâques. Vous ne connaissez pas non plus ! Eh bien voilà…. On fait cuire les œufs au dur avec pour les colorer, de la suie pour le mauve, de la stellaire pour le jaune vif, des pelures d’oignons simples pour le jaune foncé ou grillées pour l’ocre, de l’anémone pulsatile pour le violet, des bourgeons de peupliers, de l’oseille… Des motifs préalablement dessinés avec un corps gras gardent leur couleur initiale. Puis les enfants les font rouler sur une planche inclinée en visant un autre œuf installé à la base. Bien vite, ils se retrouvent en mille morceaux et le gagnant les rangent ou, prudent, les grignotent tout de suite pour éviter de se les faire reprendre dans une remise en jeu.

 Quant au charbon ardent, imaginez la scène. On prend dans l’âtre un charbon bien rougeoyant que l’on suspend au plafond jusqu’à hauteur de la boche de deux joueurs situés face à face. Alors, chacun commence à souffler en essayant d’expédier la braise vive à la figure de son adversaire. Le premier touché ou le premier qui s’écart a perdu.

 De retour de l’église, un repas réunit les amis. On chante, d’abord des cantiques, on manque un repas de fête souvent assorti d’une belle oie, on s’amuse.

 Adrien Boyard se lève. Aîné des enfants, il travaille tout à côté à la ferme du père Jacquenot. Actuellement, tous font très attention aux bêtes. Une drôle d’affaire vient d’arriver à  Lédavrée. Une histoire de sorcier pour tout vous dire. Constatant que ses bêtes s’affaiblissaient de jour en jour, un riche fermier de Lédavrée est allé voir le sorcier local en quête de conseil. Après étude approfondie de ce cas, l’homme de l’art déclara être face à un cas d’envoûtement une seule solution, démasquer le coupable. « La formule est simple, expliqua-t-il. Ce soir à minuit, vous taperez de toutes vos forces sur un tonneau. La première personne qui se présentera sera votre opprimeur ». Ainsi fut fait. A minuit, un bruit sourd et régulier réveilla la campagne. Le gendre du propriétaire se précipita et découvrit son beau-père tapant à tour de bras. Une dispute éclata, mais notre homme, pris d’un doute, en resta là, préférant retourner voir le sorcier.

« Intéressant, conclut notre expert en cas spéciaux. Je vous prescris une nouvelle formule. Ecoutez-moi : ce soir à minuit, vous bouterez le feu à un buissons proche de la ferme et le premier qui se présentera sera votre tourmenteur ». Ainsi fut fait de nouveau et de nouveau, le gendre se précipita un seau à la main. De nouveau, uns dispute éclata, un petit peu plus violente toutefois. De nouveau, notre homme se calma pris d’un doute. Les choses auraient pu durer longtemps, le fermier allant voir le sorcier, le sorcier conseillant une nouvelle solution… Mais un des jours suivants, le commis de ferme fut surpris détournant du fourrage pour le donner à ses propres bestiaux. On comprit alors que les animaux de la ferme se mourraient tout simplement de faim.

 L’Adrien sort dans la cour terreuse. Des corbeaux dérangés croassent de colère. Il pense aux gens de Beurizot, les « Croulous de cras » ; qui de nuit vont à la chasse aux corbeaux avec de grands sacs de toile sombre. Ainsi équipés, ils secouent les grands arbres pour faire tomber ces noirs volatiles dans leurs pièges. Le voici arrivé près de ses vaches. Tout est calme. Adrien avance avec sa lanterne. La Blanchette meugle un petit coup. Rien de grave, juste une petite blessure au cou qu’elle rappelle à son maître. Adrien sourit de nouveau. « Ah, ma Blanchette ! Ils t’auraient arrangé ceux de Massingy les Semur. Quelle histoire !


De vrais Ecossais ». Comme vous savez, des touffes d’herbe poussent souvent sur les vieux toits. Pourquoi la laisser perdre ? Ils attachèrent alors une vache par le cou pour la hisser sur cette prairie de fortune. La pauvre bête hurlait de douleur alors qu’une des malins s’écriait : « Ecoutez-la, elle est si pressée de manger qu’elle meugle d’impatience ». Sacrés villageois ! Ne dit-on pas que ces avares légendaires se chauffent en battant l’air à coup de pelle pour le réchauffer. Et les poussins, connaissez-vous la meilleure méthode pour en avoir un maximum à  moindre frais ? Eh bien, plantez donc des plumes de poules !

Adrien inspecte aussi ses bœufs. De puissantes bêtes de trait que l’on a oubliées aujourd’hui. Elles tirent tout à cette époque. Charrues, charrettes, débardage de bois…. Et même quelquefois des statues, mais pas forcément avec succès. A Saint-Martin de la Mer un habitant essaya de transporter la statue de la Vierge de Conforgien (89) jusqu’au moulin Chamboux (21). Mais les boeufs refusèrent de démarrer. A Sussey également. On attela plusieurs paires de bœufs pour abattre la Pierre Pointe mais les cordes se brisèrent tandis qu’un pigeon blanc s’envolait, petite fée déguisée, âme de la Roche.

 En ce temps-là, les animaux étaient d’une importance capitale. Ils faisaient presque partie de la famille. A Noël, on leur offrait le plus beau foin appelé la « gerbe de Noël », on leur donnait à boire de l’eau pimentée d’une pincée de cendre de la bûche de Noël. Ne dit-on pas d’ailleurs que, cette nui-là, les animaux parlent entre eux ?

 Adrien s’en retourne dans la maison. Antoine le voiturier, l’homme des forêts, anime la discussion. On évoque l’affaire de Saulieu, l’affaire du bis des Carons. Une vieille affaire. Deux bûcherons se querellant en viennent à se battre à coups de hache. L’un coupe la tête de l’autre avec tant de rage et d’énergie qu’elle tombe violemment au sol. Si violemment qu’une profonde trace vierge de toute végétation en garde l’empreinte depuis des années.

coupeur-de-bois-21 dans Morvan

 

La Germaine n’aime pas bien toutes ces histoires. « Sans doute des histoires de femmes » grommelle-t-elle. La Jeannette se révolte. Mais la mère tient à garder le dernier mot. « Toi ma jolie, attends un peu d’être mariée pour discuter ». Mariée ! La jeannette ne rêve qu’à la veillée des Rois. Enfin, elle saura. Ce soir-là, en effet, on jette les feuilles de buis sur la plaque bien chaude du poêle. Avec la chaleur, elles sautent aussitôt en l’air. Auparavant, on pose une question. Si la feuille pirouette et retombe à l’envers, la réponse à cette question est OUI. Si elle se repose sur la même face, la réponse est NON. Et vous vous doutez bien des questions toutes prêtes que notre Jeannette a en tête. Plus tard viendra mardi gras…

 On chante de ci, de là :   Mardi-Gras, n’t’en vas pas, j’ferons des crêpes, j’ferons des crêpes.

 

                                           Mardi-Gras, n’t’en vas pas, j’ferons des crêtes et t’en auras.

Et puis voici la Borde, fête du premier dimanche de Carême. Toute la journée, les jeunes quêtent au village paille, fagots et bûches pour dresser un immense bûcher. Dans certains villages, cette quête dure tout le mois. Les jeunes mariés fournissent une longue perche à laquelle on accroche un mannequin de paille. Le soir, après une retraite aux flambeaux à travers le village, on boute le feu à la pyramide. Quand les dernières flammes fatiguées se retranchent dans les braises rougeoyantes, on entreprend dans la pénombre un concours de sauts par-dessus le brasier endormi dans lequel on enfourne les galettes traditionnelles. Quant à celui qui n’aurait offert ni paille ni fagots, ni bûches ni troncs, malheur à lui.

Nous avons oublié le dernier des Boyard, l’aîné. Un homme de courte taille, souvent en voyage. Il n’est point voiturier d’eau comme son frère, ni galvacher, charretiers célèbres du Morvan qui livrent les lourds marchandises aux gares et aux usine. Joseph a trouvé sa vocation. Compagnon, il taille les pierres. Tout un art. Travail recherché qui lui conduit d’une grande demeure à un autre, d’églises en basiliques. Réparations, restaurations attendent les maîtres. Le village de Saint Thibault, tout près d’ici, n’est-il pas un lieu de culte pour tous ces Jacques, adeptes du « Tour de France » ? 

Il fut embauché à Vézelay, sa grande fierté, et plus simplement au château rouge de Viserny, celui-là même qui possède un fabuleux trésor gardé par un énorme taureau noir. A Vic sous Thil, ce rôle de gardien est voué  à  la Vouivre. Animal légendaire, serpent ici, dragon là. A Fontangy, elle demeure au fond d’une sombre grotte. A La Roche en Brenil, elle loge au Château Vernon et se plaît à ravir les enfants en détournant leurs parents avec des pièces d’or dispersées à bon escient, surtout le jour de la Fête-DIEU. 

compagnons-218x300Joseph connut aussi le miracle de Viserny alors qu’il travaillait à la nouvelle chapelle. Quelle histoire ! On s’en souvient encore. Les répliques de sainte Christine arrivaient de Rome pour venir à Viserny, tirées par une robuste et infatigable mule. A flanc de montagne, l’animal pourtant puissant dut redoubler d’efforts, si fort et si fort qu’il en grava l’empreinte de son pied dans la roche au lieu-dit aujourd’hui le « Pas de la Mule ». Au village, la construction de la chapelle commençait. Mais chaque matin, on trouvait l’ouvrage de la veille détruit et même, un beau jour, les outils demeurèrent introuvables. Après de longues recherches, on les découvrit rangés sur le flanc du coteau ? Alors, la vérité s’imposa. La chapelle devait être édifiée ici même. Ainsi fut fait et les travaux ne connurent plus d’incidents, saint Christine elle-même dirent certains, transportant de grosses pierres dans son tablier.

Parfois, quand son ouvrage ne l’appelle pas trop loin de la maison pour plusieurs mois, Joseph s’arrange pour rentrer plus régulièrement. Il doit prendre garde, lorsque la nuit arrive, aux feux follets qui éblouissent le voyageur et l’entraînent au bord d’un étang où il tombe et se noie sous les rires des oiseaux de nuit, des arbres et des pierres amusés. Et puis, on fait parfois d’étranges rencontres. L’autre semaine, à la croisée des chemins du haut, il surprit deux individus occupés à minuit à percer le cœur d’un bœuf avec une épingle, veille formule d’envoûtement propre à faire ressentir les mêmes douleurs à la personne évoquée en pensée.

 Vous connaissez maintenant tous les Boyard. Peut-être cette rapide présentation s’est-elle égarée de temps à autre hors des frontières d’une chronologie bien précise. Mais à travers ces six personnages, vous avez certainement imaginé la richesse des traditions, légendes et coutumes de mon Pays grâce à ces quelques bribes tirées de l’écheveau fantastique tissé par la Beuffenie avec les épaties du jour de Carnaval.

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La Gaule « Barbarie » du 3è au XIè siècle (partie 2)

Posté par francesca7 le 18 mars 2013

 

Les chefs francs ou vandales atteignent l s plus hautes fonctions, y compris le Consulat, et font de beaux mariages jusque dans les familles impériales ; ces peuples, trop minoritaires, ne veulent pas détruire un empire romain dont ils tirent profit, et qu’ils admirent malgré son déclin, au point d’adopter sa langue, ses mœurs et bientôt sa nouvelle religion.

La menace des cavaliers de la steppe, originaires d’Asies, les Huns, qui se déplacent en masse vers l’ouest à partir de la fin du IVè siècle, va détruire ce fragile équilibre.

La Gaule

La percée décisive a lieu le 31 décembre 406, lorsque les Vandales, les Suèves et les Alains franchissent le Rhin et saccagent la Gaule dans tous les sens pendant trois ans, avant de continuer en Espagne, au Portugal et en Afrique. Seuls quelques Alains restent pendant une génération, le temps de laisser leur nom à quelques villages : Allainville (près d’Orléans), Allogne (près du Mans). Venus  de Pologne au IIIè siècle et installés en Souabe et en Franconie, les Burgondes, auparavant alliés des Romains et largement romanisés, profitent de la panique générale pour franchir aussi le Rhin en 406 ; ils s’installent dans le Jura le Genevois, le bassin de la Saône, et atteignent Lyon, puis Vienne en 457 leur royaume donne sa deuxième femme à Clovis, la catholique Clotilde, et disparaît en 534 avec son incorporation au royaume franc par les fils de Clovis et Clotilde, formant le futur comté, puis duché, de Bourgogne. Il reste de leur passage des noms de villages se terminant par : ans, – ens, -anges, -inge, -inges, du Jura au Chablais.

 

venus au IIème siècle des régions baltes, les Goths, installés vers la mer Noire, exigent et obtiennent par la force, en 376, l’autorisation de franchir le Danube pour échapper à la menace des Huns. Mais, percevant un sentiment antigermanique croissant à la cour impériale, ils réagissent en pillant Rome pendant trois jours en 410, avant de passer en Gaule et de s’établir dans la vallée de la Garonne en 412, s’installant à Toulouse, Bordeaux, Narbonne et Valence. En 414, le roi Athaulf épouse une fille de l’empereur Théodose et les Wisigoths, devenant des allées de Rome, du reste peu fidèles et loyaux, vont former le premier royaume barbare en Gaule. Celui-ci s’étendra, pour un siècle, jusqu’à la Loire et le Rhône, englobant la Gascogne, l’Aquitaine, le Poitou, le Berry, la Provence, la Septimanie (Bas-Languedoc), l’Auvergne, le Limousin, sans compter l’Espagne où ils se réfugieront après la contre-offensive victorieuse de Clovis (Vouillé, 507). Les Ostrogoths, installés en Provence jusqu’en 537 (reconquête franque), ont laissé des traces encore plus insignifiantes que les Wisigoths du sud-ouest.

 L’aventure gauloise des Burgondes et des Wisigoths rappelle que les Germains ont été poussés par les Huns dont la principale action dans notre pays a été d’y installer des peuples qui n’avaient aucune raison d ‘y être. Ces réfugiés germains sont considérés par les empereurs romains comme des mercenaires qui sont logés et nourris chez l’habitant et dont les chefs bénéficient de dons de terre et d’or. Rome achète leur pacifisme, voire leur alliance et, objectivement les Germains jouent le jeu contre un ennemi commun. Ainsi, quand Attila brûle Trèves, Metz et Reims, menace Paris et Pille Orléans en 451, i suffit de quelques mois et d’une bataille (les Champs catalaunique) aux Francs, aux Wisigoths et aux Burgondes, alliés aux Romains pour vaincre le « fléau de Dieu », dont la mort en 453 entraîne aussitôt la dispersion des Huns et leur disparition définitive de l’occident.

Etablis en Souabe, moins romanisés, les Alamans sont, au IVè siècle, les plus menaçants des Germains. Ils s’installent, après 406, en Séquanie du nord (Besançon) et en Alsace, mais ils s’intéressent davantage à la Suisse et à l’Italie. Les villages nommés Allemants, Aliemagne, témoignent de leur présence. Là encore, ils sont arrêtés à Tolbiac en 496 par Clovis qui brise de nouveau leur élan en 506. En 536, naît le duché d’Alsace.

Sans refaire l’histoire, d’ailleurs obscure, de Clovis, précisons seulement qu’il n’a pas véritablement fait la conquête de la Gaule, mais plutôt un coup d’état en remplaçant, au nord de la Loire, le Romain Syagrius après la victoire de Soissons (en 486, à l’âge de 20 ans, la cinquième année de son règne sur les Francs Saliens). S’il a éliminé cruellement les autres roitelets francs pour unifier son peuple installé de la Lippe au Pas de Calais, il a usé de prudence et de sagesse avec les Gallo-Romains, dont il adopte la religion catholique (date et lieu de baptême controversés) et qu’il ne traite pas en vaincus, préférant les faire collaborer à son pouvoir, s’alliant avec l’Eglise et l’aristocratie indigène, alliance dont chacun profite. Pour montrer qu’il se détache de sa région d’origine, il quitte Tournai et se fixe à Paris, alors ville romaine assez modeste pour ne pas résister à l’emprise du vainqueur, et s’y fait enterrer en 511.

Sauf à la frontière nord-est, l’influence franque restera cependant limitée, contrairement à ce que pourrait laisser croire la mode des noms de villages : Amouville = la villa (mot romain) et Arnolf / Arnoul (prénom germanique) et des personnes : Bernhard signifie Ours dur, Robert (Rogbert) Gloire illustre, et Gertrude (Garitrud) Lance fidèle ! Ces prénoms francs ne seront remplacés par des chrétiens qu’au XIIème siècle. Cela prouve que l’histoire de la Gaule médiévale est celle de l’Etat franc, mais pas que le peuple franc a envahi la Gaule. En 511, tous les guerriers de Clovis s’étaient mariés avec des femmes gallo-romaines et commençaient à se romaniser après avoir, presque tous, adopté le catholicisme à la suite de leur roi, ainsi que la langue latine. On a vu que l’influence franque incorpore, après la mort de Clovis, les anciens territoires des Wisigoths, des Burgondes, des Ostrogoths et des Alamans. Sous les Carolingiens, elle atteindra la Catalogne, l’Aragon (Marche d’Espagne), la Bohème (Marche Sorbe), la Frise (Marche danoise), mais pas l’Armorique (Marche de Bretagne).

Frise des Mérovingiens

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