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Histoire du département du Cher

Posté par francesca7 le 26 juillet 2014

 

(Région Centre)

1300171-CherLe département du Cher a été formé de la plus grande partie de l’ancienne province du Berry ; son histoire est donc celle de cette province, et naturellement elle remonte à celle des Bituriges, qui lui ont donné son nom. Les Bituriges étaient l’une des plus anciennes et des plus puissantes tribus gauloises ; ils habitaient sur les bords du Cher (Carus) et obéissaient s à un roi qui résidait à Avaricum (Bourges).

Au VIIe siècle avant J.-C., à l’époque où Tarquin l’Ancien régnait à Rome, ils avaient la souveraine puissance sur le pays des Celtes. Leur roi Ambigat, vieillard que recommandaient ses vertus et ses richesses, voyant que son peuple était devenu trop considérable, et que le sol, malgré sa fertilité proverbiale, menaçait de devenir insuffisant, engagea Sigovèse et Bellovèse, ses neveux, jeunes guerriers ennemis du repos, à aller chercher un autre séjour dans les contrées que les dieux leur indiqueraient par les augures, leur permettant d’emmener avec eux autant d’hommes qu’ils voudraient, afin que nulle nation ne pût repousser les nouveaux venus. Bellovèse s’établit dans cette partie de l’Italie que les Romains appelèrent dans la suite la Gaule cisalpine, et Sigovèse dans là Norique, pays qui forme aujourd’hui la Bohême et la Bavière. Les Bituriges envoyèrent dans la suite de nouvelles colonies en Italie, et il est probable que leur chant de guerre se fit entendre jusque sur le bords du Tibre, lorsque les Gaulois, conduits par Brennus, vinrent, en 390, brûler Rome naissante.

Quelques siècles plus tard, lorsque César voulut passer dans les Gaules, il prit avec lui des Gaulois cisalpins et les ramena dans leur ancienne patrie. Ces braves soldats l’aidèrent à vaincre Vercingétorix, que le général romain poursuivit à travers le pays des Arvernes, et jusque dans celui des Bituriges, où il forma le siège d’Avaricum. César lui-même, dans le septième livre de ses Commentaires, fait voir par la manière dont il décrit ce siège combien il fut meurtrier. La ville fut enfin prise et ruinée par les Romains. La plupart des Bituriges quittèrent le pays, qui était dévasté, et allèrent. s’établir dans d’autres contrées.

Les traces de la civilisation naissante de ces temps reculés sont très rares aujourd’hui dans la département ; quelques tombelles ou tumuli, aux environs de Bourges, aux lieux dits : la Butte-Barral, la Butte-des-Prés-Fichaux et celle des Vignes-du-Château ; les menhirs ou pierres levées de Graçay, que l’on nomme dans le pays les Pierres folles ; quelques tumuli à Pierrefitte, dont le nom lui-même est l’indice de monuments mégalithiques, tels sont les seuls témoins muets de ces temps éloignés. Les Bituriges avaient vaillamment résisté à l’invasion romaine ; ils succombèrent et restèrent fidèlement soumis à leurs vainqueurs. Sous la domination romaine, leur pays fit partie de l’Aquitaine, et, sous Auguste, leur ville, qui avait été rebâtie et s’était considérablement agrandie, fut la métropole de cette province et servit constamment de résidence au préfet romain ; c’est alors que cette capitale perdit son nom d’Avaricum ; elle obtint le droit de cité, accordé aux villes privilégiées, et fut désignée sous le nom civitas Biturigensium, puis simplement de Bituriges. Lors de la division de l’Aquitaine en trois parties, sous Honorius, le Berry forma la première Aquitaine, et Bourges en fut toujours la capitale. C’est à peu près vers le milieu du IIIe siècle que le christianisme fut prêché dans le pays qui nous occupe ; son premier apôtre fut, dit-on, saint Ursin ; il fut favorablement accueilli par la population, et le sénateur Léocadius lui donna une des salles de son palais pour établir une église.

vue, cathédrale de Bourges de nuitLa période gallo-romaine a laissé quelques traces dans le département du Cher ; la vieille enceinte de Bourges est encore visible, et cette ville dut, ainsi que les grandes cités de l’empire posséder un cirque, des naumachies, des palais et des portes triomphales. Le cirque occupait l’emplacement de l’ancien couvent des Ursulines, et l’on voit encore dans les caves de cet établissement les restes des loges qui renfermaient les animaux féroces. On trouve aux environs de Bourges les ruines d’un aqueduc souterrain qui, probablement, conduisait les eaux de quelque source éloignée à la ville.

A Alichamps, lieu autrefois considérable, où venaient se croiser trois voies romaines, des fouilles ont fait découvrir des inscriptions, des colonnes miliaires, des vases, etc. A Drevant, sur le Cher, on montre l’emplacement d’un théâtre : on y a trouvé, en outre, des fragments de statues, des tombeaux, des pierres sculptées, des chambres pavées ou revêtues de marbre. A Alléan, près de Bau-, on voit encore les vestiges d’un camp ; à Maubranches, à Soye, à Celle-sur-Cher, on a trouvé des inscriptions, des poteries. Mais nous nous garderons bien d’attribuer à Vercingétorix les restes d’un vieux camp que l’on rencontre entre Maubranches et Nohant ; l’antiquaire doit être très sobre de ces pompeuses attributions, basées sur des témoignages trop légers, et dont la fragilité n’a servi que trop souvent à battre en brèche la science qu’il chérit.

Lors de la chute de l’empire romain et de l’invasion des barbares, les plaines de la fertile et plantureuse Aquitaine tombèrent au pouvoir des Wisigoths ;. Euric, leur roi, en rit la conquête vers l’an 475 ; ce ne fut pas sans résistance de la part des Bituriges, car il n’entra. dans leur capitale qu’après avoir échoué dans un premier siège. Mais les Wisigoths se rendirent bientôt odieux aux populations chrétiennes de la première Aquitaine par les persécutions de toute nature qu’ils leur firent endurer ; ils étaient ariens, c’est-à-dire qu’ils niaient la divinité de Jésus-Christ ; ils dévastèrent donc les églises et les monastères, en haine des chrétiens.

Aussi, lorsque Clovis eut, en 511, battu et tué Alaric Il, fils d’Euric, à la bataille de Vouillé, les évêques des villes d’Aquitaine ouvrirent-ils avec empressement les portes de leurs cités à ce prince, qui venait de reconnaître le Dieu de Clotilde et d’être baptisé par l’archevêque de Reims saint Remi. Dans les partages que firent entre eux les descendants de Clovis, le pays qui nous occupe fit toujours partie du royaume d’Orléans, et il fut gouverné par un comte qui résidait à Bourges. Les ducs d’Aquitaine s’en emparèrent vers la fin de la première race ; mais ils en furent chassés par Charles Martel . Bourges s’étant de nouveau déclarée pour les Aquitains et leur duc Waïfre, qui lui avait donné Cunibert pour comte, Pépin accourut et, après un siège de peu de durée, s’empara de la ville, la ruina et jeta Cunibert dans un cloître. Charlemagne établit dans le Berry des gouverneurs ou comtes, qui, dans la suite, rendirent leur gouvernement héréditaire, comme la plupart de ceux des autres grandes villes.

Le premier de ces comtes de Berry ou de Bourges fut Humbert, nommé en 778. Depuis cette époque jusqu’en 926, on en compte dix-huit, parmi lesquels on cite Gérard, qui régnait dès l’an 838. Dépouillé de son comté par Charles le Chauve en 867, il fut momentanément remplacé par Egfried ; mais ses hommes mirent le feu à la maison où était le nouveau comte, lui coupèrent la tète et jetèrent son corps dans les flammes. Gérard rentra ainsi en possession de son comté, malgré la volonté royale, frappée alors d’impuissance par la turbulence des comtes et les invasions incessantes des Normands. Il était encore comte de Bourges en 872, époque à laquelle il fut remplacé dans sa dignité par le duc Boson, beau-frère de Charles le Chauve et grand chambellan de Louis le Bègue, roi d’Aquitaine.

Louis le Bègue ayant succédé à son père, Charles le Chauve, au trône de France, Boson crut le moment favorable pour se déclarer indépendant ; mais il fut renversé, en 878, par Bernard Ier marquis de Septimanie. Celui-ci, parent de cet Egrried tué par Gérard en 867, réclama son héritage ; il fut appuyé par le comte du Maine et Gozlin, évêque de Paris, son oncle, et parvint à s’emparer du comté de Bourges. Mais bientôt il en chassa l’évêque Frotaire, s’empara des biens de l’Église et exigea des habitants un serment de fidélité contraire à celui qu’il devait lui-même au roi ; aussi fut-il excommunié par le concile de Troyes et attaqué, en 879, par une armée que Louis le Bègue avait donnée à Boson, son oncle, rentré en grâce auprès de lui. Boson, maître de Bourges, le fut bientôt de tout le pays. Dans la suite, il fit la paix avec Bernard et lui donna un fief.

A sa mort, arrivée en 886, il eut pour successeur Guillaume Ier le pieux qui était déjà comte d’Auvergne. Guillaume II, qui succéda à ce dernier, fut souvent en guerre avec la roi Raoul ; ce dernier lui enleva même son comté et le lui rendit en 927, après l’avoir forcé à lui rendre hommage. Après la mort de Guillaume Il, arrivée en 926, .le roi Raoul supprima le titre de comte de Berry, donna la propriété de Bourges au vicomte de cette ville et décida qu’à l’avenir ce vicomte, le seigneur de Bourbon, le prince de Déols et les autres barons du Berry relèveraient immédiatement de la couronne.

Geoffroy, dit Papabas, que quelques historiens font fils de Guillaume II, fut le premier vicomte de Bourges. C’est pendant son gouvernement que la France fut envahie et dévastée par les Hongrois, dont les contemporains nous ont fait un portrait si effroyable que le souvenir s’en est conservé dans la tradition de l’Ogre, terreur de notre enfance. Geoffroy eut trois successeurs du même nom que lui : Geoffroy II, dit Bosebebas ; Geoffroy III, le Noble ; Geoffroy IV, le Meschin ; tous prirent part aux grands événements qui signalèrent l’enfantement de la monarchie capétienne.

Étienne, fils de Geoffroy IV, était vicomte de Bourges en 1061 et mourut sans postérité. Eudes Herpin ou Arpin lui succéda dans la vicomté de Bourges ; il avait épousé Mahaud de Sully, fille et héritière d’Étienne ; d’ailleurs, il prétendait lui-même descendre de Guillaume Ier, le Pieux. Ce sixième et dernier vicomte de Bourges vivait en 1090, lors de la ferveur des premières croisades. En 1101, se disposant à partir pour la terre sainte avec le duc d’Aquitaine, il vendit au roi Philippe Ier sa vicomté pour soixante mille sous d’or. Il se distingua pendant la croisade, fut pris à la bataille de Rama, le 27 mai 1102, et eut beaucoup de peine à se racheter. Enfin il revint en France et se fit moine dans la célèbre abbaye de Cluny, fondée par Guillaume Ier environ 180 ans auparavant ; il n’y mourut qu’en 1109 et y fut enterré. Le Berry fut la première province réunie au domaine de la couronne.

A l’époque où la vicomté de Bourges rentrait ainsi au domaine royal, sa juridiction ne s’étendait pas sur tout le Berry ; les possesseurs des grands fiefs du pays s’étaient rendus indépendants, et l’on avait vu s’élever les seigneurs de Sancerre, de Montfaucon, de Charenton, de Germigny, de Vierzon, de Mehun, etc. Les maîtres de ces fiefs, suzerains eux mêmes d’un grand nombre de vassaux, couvrirent le pays d’un réseau de forteresses, destinées à la fois à protéger les campagnes et à les maintenir dans l’obéissance. Les rois, devenus maîtres du Berry, durent forcer ces fiers barons à rentrer dans le devoir et à leur prêter hommage.

En 1140, le diocèse de Bourges fut violemment troublé à la mort de l’archevêque Albéric. Dès le temps de Charlemagne, les évêques de Bourges avaient pris le titre d’archevêques et de primats d’Aquitaine, ce qui leur donnait des droits sur les quatre archevêchés de Bordeaux, d’Auch, de Narbonne et de Toulouse. Les chanoines du grand chapitre, dont l’institution remontait à Charlemagne, ayant demandé au roi la permission d’élire un nouvel archevêque, celui-ci les y autorisa, à condition qu’ils ne nommeraient pas Pierre de La Châtre, neveu du chancelier de l’Église romaine ; mais le pape Innocent II investit lui-même ce prélat du pallium, prétendant qu’il fallait « accoutumer ce jeune homme (le roi de France) à ne pas prendre la licence de se mêler ainsi des choses de l’Église. »

images (19)Louis VII, furieux, jura que, tant qu’il porterait la couronne, Pierre ne posséderait l’église de Bourges ni autre en son royaume. Il ordonna la confiscation du temporel de l’archevêché et mit garnison dans le château de Saint-Palais et dans plusieurs autres places. Pierre de La Châtre, à son retour de Rome, se vit donc refuser l’entrée de Bourges par les gens du roi et fut obligé de se retirer sur les terres que possédait en Berry le vieux comte de Champagne Thibaut, grand ami du clergé et brouillé alors avec le roi. Le pape, de son côté, fulmina une bulle contre Louis le Jeune et mit en interdit tous les lieux habités par ce prince, qui, de même que son aïeul Philippe Ier, ne put, trois ans durant, mettre le pied dans une ville ou dans une bourgade sans que le service divin y fût à l’instant suspendu.

Louis VII, pour se venger, dévasta la Champagne, prit d’assaut la forte place de Vitry et l’incendia ; plus de treize cents personnes qui s’étaient retirées dans la principale église périrent alors dans les flammes. Cependant, après trois ans de résistance, le roi se soumit et rétablit lui-même Pierre de La Châtre dans son siège. Depuis ce temps, ils vécurent en bonne intelligence, et le roi abolit même en sa faveur une coutume des temps barbares, qui permettait de piller la maison de l’archevêque après sa mort et d’en emporter les meubles. Les guerres suscitées entre Louis VII et Henri Il d’Angleterre, à la suite de la répudiation d’Éléonore de Guyenne, eurent des suites sanglantes pour les pays du Cher, qui alors limitaient les possessions françaises et anglaises. Les citadelles furent souvent prises et reprises, les villes et les villages livrés aux flammes, les campagnes ravagées. Des bandes de pillards, connues sous les noms de cottereaux, routiers, brabançons, parcouraient le pays, dévastant et tuant sans pitié. Les seigneurs du Berry, effrayés, prirent les armes pour les repousser et les mirent complètement en déroute près de Dun-le-Roi, en juillet 1183. Au XIVe siècle, les combats recommencèrent avec les Anglais. Le Prince Noir, fils d’Édouard III, ’traversa le Berry, brûla les faubourgs de Bourges. Mais le duc Jean, dont nous allons parler, aidé par le comte de Sancerre et Du Guesclin, les chassa du pays.

Le Berry, rentré sous le gouvernement royal, demeura pour toujours partie intégrante de la France ; les rois le firent administrer par des baillis, des prévôts et des gouverneurs ; Bourges conserva cependant quelques privilèges de son ancienne juridiction municipale jusqu’en 1474, époque à laquelle le Berry fut assigné comme apanage par le roi Jean à son troisième fils, Jean, après avoir été érigé en duché-pairie. Il y eut alors à Bourges deux juridictions : celle du duc, qui était exercée par son sénéchal et ses autres officiers, et celle du roi, qui était représentée par le bailli de Saint-Pierre-le-Moutiers, qualifié juge des exemptions du Berry, et qui siégeait pour cela à Sancoins. Les causes d’exemption concernaient les cas royaux et les procès des principales églises et monastères du diocèse de Bourges.

Jean Ier, duc de Berry, était né en 1340. Ce jeune prince s’était trouvé à la désastreuse bataille de .Poitiers, n’y avait pas été fait prisonnier, mais avait été donné en otage pour son père. Il resta neuf ans en Angleterre et n’en revint qu’en 1365, après la mort du roi Jean. Pendant tout le cours du règne de Charles V, son frère, il combattit les Anglais en Guyenne comme lieutenant du brave Du Guesclin. Sous Charles VI, il fut gouverneur du Languedoc, et il exerça de grandes vexations dans cette province et dans quelques autres qui n’étaient pas de son apanage ; mais il ménagea toujours le Berry comme son patrimoine et y rit même beaucoup de bien en le dotant de grands établissements et de bâtiments considérables. C’est à lui que la ville de Bourges fut redevable d’une Sainte-Chapelle, bâtie, dit-on, sur le modèle de celle de Paris, et d’un palais magnifique dont il ne reste plus de, traces. Pendant les premiers accès de la terrible maladie de Charles VI, son neveu, il gouverna absolument le royaume.

Lorsque la funeste rivalité des Armagnacs et des Bourguignons eut éclaté au commencement du XVe siècle, le haut Berry, qui compose le département du Cher, fut le théâtre de grands événements. Jean, duc de Berry, alors fort âgé, ayant pris parti pour le duc d’Orléans, concentra à Bourges toutes ses forces militaires, et tint garnison dans toutes les places fortes du pays. Alors Jean sans Peur, duc de Bourgogne, sous prétexte de faire respecter l’autorité royale, amena l’infortuné Charles VI à la tête d’une armée considérable pour soumettre le duché.

Après avoir pris les villes de Montfaucon et de Dun-le-Roi, les châteaux de Beaugy, de Fontenay et plusieurs autres, il arriva devant Bourges en juin 1412 et en fit le siège, qui dura jusqu’au mois d’octobre suivant. Alors les deux partis s’accordèrent, au grand déplaisir des Anglais, qui comptaient profiter de cette triste rivalité pour s’emparer de la province. Le duc Jean étant mort sans enfants mâles en 1416, le Berry retourna à la couronne, mais non pour longtemps ; Charles VI le donna d’abord au troisième de ses fils et ensuite au quatrième, qui fut depuis le roi Charles VII. Ce prince fit de Bourges son séjour ordinaire et conserva même, étant dauphin, le Berry, qui fut son asile et le centre de ses possessions. A la mort de son père, en 1422, le roi de Bourges, comme l’appelaient par dérision les Anglais, se mit en devoir de recouvrer l’héritage de ses aïeux. Les barons du Berry demeurèrent, en cette occasion, loyalement dans son parti et contribuèrent puissamment au rétablissement de son autorité.

Charles VII affectionna toujours le Berry et y mourut en 1461, au château de Mehun-sur-Yèvre, sa résidence favorite, des soucis que lui causait la mauvaise conduite de son fils, le dauphin Louis. L’année même de sa mort, il l’avait donné le Berry en apanage à son second fils Charles. Ce prince, qui, à l’avènement de Louis XI, avait à peine seize ans, était d’une grande faiblesse de caractère ; il s’ennuyait à la cour de son frère, sérieuse et économe, de laquelle avaient disparu les somptueux banquets, les bals et les tournois qui, au temps du roi Charles VII, répandaient la richesse et la joie dans les campagnes du Berry ; il se laissa entraîner dans la révolte que les princes et seigneurs ourdirent contre Louis XI, sous prétexte du bien public.

Louis déploya beaucoup d’activité dans ce moment critique et vint lui-même en Berry à la tète d’une vingtaine de mille hommes ; il soumit successivement les villes et les châteaux du pays, mais il échoua devant Bourges et ne put s’emparer de la Grosse-Tour. On sait comment se termina cette ligue du Bien publie les traités de Saint-Maur et Conflans, qui, en 1465, suivirent la bataille de Montlhéry, satisfirent momentanément l’ambition et la rapacité des seigneurs. Charles reçut un autre apanage, et le Berry rentra encore une fois aux mains de la royauté, à laquelle il fut fidèle. Louis XI constitua cependant cette province tour à tour en apanage pour François son troisième fils, qui mourut jeune, et pour sa seconde fille, Jeanne, qu’il avait mariée à Louis d’Orléans. Lorsque ce dernier parvint à la couronne sous le nom de Louis XII, en 1498, il répudia Jeanne et dut lui restituer son domaine du Berry, où elle se retira, pratiquant les bonnes œuvres et répandant autour d’elle les bienfaits de la charité la plus sincère ; elle mourut en 1504, après avoir fondé l’ordre des religieuses Annonciades. Elle fut dans la suite béatifiée sous le nom de sainte Jeanne de Valois. Elle était petite, contrefaite, niais d’une grande douceur de caractère et d’une éducation aussi solide que variée.

Après la mort de cette princesse, le duché de Berry étant encore retourné à la couronne, le roi François Ier en donna l’usufruit, l’an 1527, à sa soeur Marguerite de Valois, épouse de Philibert-Emmanuel de Savoie, et qui mourut en 1574. Cette femme célèbre, l’un des plus beaux esprits de son siècle, et que son frère chérissait et qualifiait de Marguerite des Marguerites, fut la protectrice de Calvin, qui étudiait alors dans la célèbre université que le saint roi Louis IX avait créée à Bourges. A l’aide de la faveur dont il jouissait, il essaya, avec succès, de répandre ses idées réformatrices dans le village d’Asnières et dans la petite ville de Lignières ; enhardi bientôt par le succès, il s’avança jusqu’à Sancerre et essaya de gagner à la cause dont il se faisait l’apôtre les habitants de cette importante cité ; cette fois, le clergé s’émut, de vives remontrances furent faites aux magistrats, et bientôt il fallut que Calvin quittât la province ; il laissait derrière lui des germes nombreux de sa doctrine.

Ce ne fut qu’en 1561 que, pour la première fois, un prêche fut ouvert à Bourges ; les protestants n’y étaient pas encore les plus forts ; en mai 1561, lorsque le massacre de Vassy eut donné le funèbre signal de ces guerres civiles, dites de religion, les calvinistes, réunis en nombre dans les villes voisines, marchèrent sur Bourges, sous la conduite du comte de Montgomery s’emparèrent de la ville et la saccagèrent. Alors furent commises bien des profanations sacrilèges ; les églises et les monastères furent pillés, on dispersa les prêtres et les moines, et, lorsque les victimes humaines vinrent à manquer, les fanatiques s’en prirent aux tombeaux : les cendres de saint Ursin, l’apôtre du Berry, furent jetées au vent, ainsi que celles de sainte Jeanne de France.

Maîtres de Bourges, les calvinistes se répandirent dans les campagnes, ravageant les prieurés et les monastères, pillant les églises et incendiant les châteaux de la noblesse catholique. Il fallut que le duc de Guise en personne et le maréchal de Saint-André accourussent protéger le haut Berry. Bourges fut assiégée, tint quinze jours et se rendit. Rappelé sur les bords de la Loire, le duc de Guise abandonna le pays, et bientôt la guerre civile recommença avec toutes ses misères et ses excès.

images (20)Le Berry et plus particulièrement les pays qui composent le département du Cher se partagèrent en deux camps : Bourges fut le centre des catholiques, Sancerre devint la principale place d’armes des protestants. Cette guerre impie dura pendant les règnes de Charles IX et de Henri III (de 1560 à 1589). La Saint-Barthélemy eut, en août 1572, un funeste retentissement à Bourges ; malgré les efforts des catholiques les plus modérés, de grands massacres eurent lieu ; mais, proportion gardée, ils ne furent pas aussi multipliés que ceux qui avaient ensanglanté Paris. Quelques victimes purent s’échapper ; entre autres les jurisconsultes Hugues Doneau et François Hotman, qui parvinrent à gagner Genève.

Dès l’an 1568, et à l’imitation de la ville de Péronne et des autres villes du nord de la France, une ligue catholique s’était formée à Bourges pour défendre la religion catholique ; l’archevêque en fut le chef. Dès que la but de cette association fui connu, de toutes parts les communes et les bourgs du Berry voulurent s’y associer ; cependant quelques-uns restèrent fidèles aux prêches calvinistes ; d’autres furent tenus dans l’indécision par la conduite irrésolue et cauteleuse de Henri III. Mais lorsque ce malheureux prince fut tombé, en 1589, sous le couteau de Jacques Clément, le Berry se partagea en deux camps bien distincts : le sire de La Châtre, gouverneur de la province, tint pour la Ligue, ainsi que les villes de Bourges, de Dun-le-Roi, de Mehun-sur-Yèvre et de Vierzon ; tandis que le comte de La Grange-Montigny, les seigneurs de Gamaches, d’Arquian, de Marcilly et autres prirent le parti de Henri IV, ainsi que les villes de Sancerre et d’Issoudun, où ils se fortifièrent.

Pendant cinq années, le pays fut complètement ravagé ; les barons assouvirent les uns contre les autres leurs haines réciproques, détruisant les récoltes des fiefs de leurs rivaux, brûlaient les villages et ruinant les châteaux. C’est surtout de cette époque que date la destruction des forteresses féodales dont les ruines couronnent d’une manière si pittoresque les coltines, ou qui se cachent au fond des plaines, mirant leurs débris moussus et couverts de lierre dans les eaux qui jadis en défendaient les approches. Le jeune duc de Guise, fils du Balafré, vint en 1591 chercher un asile dans le Berry, après s’être échappé de prison ; le baron de La Châtre le reçut magnifiquement, et sa présence, qui dura plus d’un mois, servit à fortifier son parti.

Cependant l’archevêque Regnault, que l’on avait forcé de jurer fidélité à la Ligue, était parvenu à s’évader ; il rejoignit Henri IV, lui fit sa soumission, et ses sages conseils contribuèrent puissamment à faire rentrer le roi dans le giron de l’Église catholique. Ce fut entre ses mains qu’en 1594 Henri IV fit son abjuration à Saint-Denis. Cet événement dut nécessairement modifier la position des partis dans les pays qui composent le département du Cher, et la plupart des barons se soumirent individuellement à Henri IV. Le sire de La Châtre, qui était à la fois gouverneur de Bourges et d’Orléans pour la Ligue, traita avec le roi et lui remit les clefs de ces villes, moyennant huit cent quatre-vingt-dix-huit mille neuf cents livres.

Sous la sage administration de ce prince, le Berry jouit d’un repos dont il avait bien besoin. Henri IV affecta les revenus de cette province à l’entretien de Louise de Lorraine, veuve de Henri III. A la mort de cette princesse, en 1601, le Berry fit de nouveau retour à la couronne, et le roi en donna le gouvernement à Henri de Bourbon, prince de Condé. Le sage et intègre Sully contribua, à cette époque, à cicatriser les plaies de la guerre civile dans ce beau pays ; il y possédait les terres de Mont-Rond, de Montfaucon et d’Henrichemont ; il fit accorder quelques indemnités à ceux des habitants des campagnes qui avaient le plus souffert.

Les troubles de la minorité de Louis XIII devaient replonger le Berry dans l’anarchie. La reine mère, Marie de Médicis, avant fait arrêter Condé au Louvre, une certaine agitation se manifesta dans la province où ce prince était fort aimé. Le sire de La Grange-Montigny, le vieux capitaine ligueur, que l’on venait de récompenser en lui donnant le bâton de maréchal, fut chargé de reprendre successivement, à la tête d’une armée royale, les places qui tenaient pour le prince ; il en vint à bout presque sans coup férir ; cependant la Grosse-Tour de Bourges, qui avait bonne garnison dévouée au prince de Condé, résista d’abord ; mais ce fut en vain ; le Berry resta définitivement dans l’obéissance royale.

Après quelques années d’une prospérité que rien ne vint troubler, sous la sévère administration de Richelieu, ce pays vit, sous la Fronde, se renouveler ces cruelles alternatives de misère et de désolation que la guerre civile faisait peser sur lui. Le grand Condé, ancien élève du collège de Bourges, avait succédé à son père dans le gouvernement du Berry ; il devint suspect à la reine mère Anne d’Autriche, et à Mazarin, qui, au nom de Louis XIV, enfant, régnait sur la France ; il fallut l’arrêter. Les troupes royales entrèrent à cette occasion dans la province, pour y tenir en respect la noblesse, à cause de son attachement à la maison de Bourbon. Il se forma alors deux partis qui se tinrent en échec dans le pays. Le prince de Condé, à sa sortie de prison, chercha à ressaisir son gouvernement ; il leva des troupes dans quelques cantons du Berry ; n’ayant pu détacher Bourges du parti du roi, il établit ses ligues depuis le château de Mont-Rond, dont il avait fait sa place d’armes, jusqu’à Sancerre. La guerre, qui du reste ne se fit que par surprises et escarmouches, ne dura que quelques mois ; force resta à l’autorité royale.

C’est alors que furent détruites les forteresses féodales qui étaient restées debout après les guerres de religion ; les châteaux de Mont-Rond, de Beaugy furent démantelés ; la Grosse-Tour de Bourges, l’orgueil de celte vieille cité, fut rasée et ses matériaux employés à la construction d’un hôpital Sous l’administration éclairée de Colbert, les campagnes du Cher redevinrent calmes et prospères mais les habitants eurent plus d’une fois à gémir des taxes et des impôts extraordinaires que nécessitaient les grandes guerres de Louis XIV.

Colbert avait acquis dans le pays les terres de Lignières, de Bois-sire-Aimé et de Châteauneuf. Louis XIV et les rois qui lui succédèrent donnèrent plusieurs fois le Berry en apanage à des princes de la famille royale ; mais cette province n’eut aucun rapport avec ces différents princes apanagistes, qui n’en portèrent que le nom ; elle fat administrée jusqu’en 1789 par des gouverneurs royaux. Bien qu’ils changeassent trop souvent pour le bonheur et la tranquillité des campagnes, cependant rien d’important ne signala leur administration. Louis XVI, qui méditait d’utiles réformes, choisit, en 1778, cette paisible province pour y faire l’essai d’une administration provinciale, qui fut appliquée en grand à toutes les provinces de la France en 1787. La direction des affaires de la contrée fut confiée à une assemblée provinciale, composée de quarante huit membres, douze de la noblesse, douze du clergé et vingt-quatre du tiers état. Sous cette administration d’essai, d’utiles réformes, que la marche des idées avait rendues nécessaires, furent entreprises. En 1790, un nouveau changement eut lieu, et les administrations provinciales furent remplacées par les administrations départementales.

Le département du Cher fut alors formé du haut Berry (690 410 hectares) et de quelques portions du Bourbonnais (29 333 hectares). Pendant la Révolution, il fut entraîné dans le mouvement général ; cependant les anciennes populations du Berry, fidèles et religieuses, ne se laissèrent pas gagner aux excès qui signalèrent cette époque de notre histoire ; il y eut bien, en 1196, une tentative de chouannerie ; Phélippeaux et quelques royalistes cherchèrent à soulever les départements du Centre, la Loiret, l’Indre, la Nièvre et le Cher ; mais le Directoire envoya sur les lieux les généraux Desanfants et Chezin, (lui eurent bientôt rétabli la tranquillité. Avec elle, le département du Cher vit, pendant le Consulat et l’Empire, son antique prospérité renaître ; quelques grands travaux d’utilité publique furent entrepris, et pour la première fois des voies de communication s’ouvrirent au centre de ces contrées, que quelque temps auparavant Mirabeau avait qualifiées de Sibérie de la France.

A la suite des désastres de 1814 et de 1815, les armées étrangères pénètrent en France ; le département du Cher fut préservé des maux de l’invasion par sa position centrale. C’est sur son territoire que furent licenciés en partie les débris de cette armée héroïque qui avait parcouru l’Europe avec ses aigles victorieuses. Le département du Cher n’eut heureusement pas à souffrir de la guerre de 1870-1871 ses forges, ses fonderies contribuèrent pour une large part à la défense nationale, et les mobiles du Cher se signalèrent par leur bravoure au combat de Toury et à la défense de Paris.

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Le Passeur d’eau de Sougnez

Posté par francesca7 le 1 octobre 2013


Les légendes du Val d’Amblève  par Marcelin La Garde.

Le Passeur d'eau de Sougnez dans LEGENDES-SUPERSTITIONS images-5Lorsqu’en hiver, à la nuit tombante, je quittais l’école que tenais le vénérable M. Evrard, curé dé Dieupart, pour m’en revenir au village de Sougnez, où demeuraient mes parents, une de mes plus grandes terreurs d’enfant c’était de passer à côté de deux croix qui s’élevaient non loin de l’Amblève, le long du sentier qu’une belle route a aujourd’hui remplacé. J’avais entendu de si étranges récits sur les événements à la suite desquels ces croix avaient été placées là !

L’une, en calcaire du pays, avait la forme ordinaire et portait ces mots : « Ici est mort, le 17 février 1785, à l’âge de 49 ans, Jean-Baptiste Piret, de Sougnez. Priez Dieu pour son âme. »

L’autre, en schiste noir, était fort basse, tandis que la ligne horizontale s’étendait démesurément dans le sens de l’orient à l’occident. On connaissait bien le fait tragique qu’elle rappelait : il se liait mystérieusement à celui dont l’autre croix consacrait le souvenir; elle recouvrait les restes d’un inconnu, et l’on ignorait qui l’avait plantée. Enfin, elle portait une inscription écrite en caractères que nul n’avait pu jusque là déchiffrer. Je me souviens même d’avoir un jour entendu un fort savant homme, ami de mon père, dire en hochant la tête : «Ce n’est pas là une croix ! » et parler ensuite de carrés magiques, de monuments cabalistiques, que sais-je ?

Toujours est-il qu’aucun Segnien ne serait passé par là sans se signer ni sans se hâter, surtout le soir. Qu’on juge donc de ce que je devais ressentir les jours où de noirs nuages parcouraient le ciel, où le vent soufflait dans les arbres dépouillés du bois de Mont jardin, et où les eaux de l’Amblève grondaient sourdement, moi dont l’enfance avait été bercée par des contes de revenants, de sorciers, de sotais, de feux-follets, de loups-garous. Bien souvent, Marie-Jeanne, notre portière, m’avait parlé de la mort malheureuse du diseur de bonne aventure, et de la vengeance posthume, exercée par lui sur le passeur d’eau.

L’Amblève, cette rivière aux eaux basses et limpides en été, grossit, à l’époque où fondent les neiges des Fagnes, au point d’inonder souvent toute la vallée; et alors son courant, en certains endroits, a une rapidité qui rend le passage en nacelle extrêmement dangereux. Aussi, avant l’établissement du pont qui existe aujourd’hui entre Remouchamps et Sougnez, les communications entre les deux rives étaient-elles parfois interrompues durant des semaines entières. Cependant, le 1772 à 1785, si grosse qu’eut été la rivière, on l’avait toujours passée, grâce à la vigueur et l’audace des frères Jean-Baptiste et Pierre Piret, auxquels le passage d’eau était affermé, et qui semblaient se faire un jeu des dangers que présentait la traversée.

Ils avaient fait la guerre de Sept ans et étaient sortis des dragons pour venir achever leur existence dans le village qui les avait vu naître. On comprend qu’ayant assisté à beaucoup de combats, ayant vu du pays et ayant reçu de la nature une taille de six pieds, il devaient jouir dans l’endroit d’une très grande influence, ce que, il faut bien le dire, le curé ne voyait pas sans peine, car ils avaient rapporté de la vie des camps certaines habitudes qui étaient d’un mauvais exemple pour ses paroissiens. Ils juraient, ils étaient joueurs et hantaient beaucoup le cabaret, où ils attiraient du monde par les histoires, d’ordinaire peu édifiantes, qu’ils racontaient. A part cela, on les tenait pour de braves gens, incapables de nuire au prochain.

Il y avait toute une semaine que la rivière offrait un aspect tel que les vieillards ne se rappelaient point l’avoir vue en cet état; et pas un jour les frères Piret n’avaient cessé de se mettre à la disposition de ceux qui pouvaient requérir leurs services. Le nombre en était fort petit, il est vrai, car le passage était dangereux, et les deux bateliers, dans ces circonstances exceptionnelles, se faisaient largement payer.

Voilà qu’un soir du mois de février de l’année 1784, comme ils étaient attablés au cabaret de devant l’église, occupés à faire une partie de cartes, près d’un bon feu, un voisin vint leur dire qu’un individu s’impatientait à les attendre près de leur demeure, pour qu’ils le conduisissent à l’autre bord.
— A-t-il l’air d’avoir la bourse bien garnie ? demanda Jean-Baptiste.
— Ma foi, répondit le voisin, je n’ai pas fait grande attention à sa mise.
— Alors, dis-lui de venir ici : nous l’examinerons à la lampe et verrons combien de pintes il y aura à tirer de lui.
Un instant après parut un homme d’une quarantaine d’années, au teint basané, aux cheveux crépus, pauvrement, bizarrement habillé et ayant un sac de cuir sur le dos. Son entrée suscita un murmure d’étonnement.
— Tiens, dit à voix basse Bertirie la cabaretière à son mari, je parie que c’est un joueur de tours et qu’il fait partie de la troupe d’Egyptiens qui a passé par ici il y a quinze jours: car une des femmes m’a dit qu’elle attendait son mari, resté malade à Verviers.
— Eh bien ! camarade, vous voudriez donc passer l’eau ? demanda Jean-Baptiste à l’inconnu.
— Oui, et vous me feriez bien plaisir, reprit celui-ci avec un accent qui trahissait son origine étrangère.
— Mais il est huit heures et demie et la rivière a l’air d’une mer : c’est dangereux et ça coûte cher. Combien pouvez-vous donner ?
A ces mots, la figure du voyageur se couvrit d’une teinte de tristesse.
— Je ne suis, dit-il, qu’un pauvre homme; je sors de maladie, j’ai une femme et des enfants que je dois rejoindre et auxquels je ne puis même apporter un morceau de pain.
— Dans ce cas-là, vous nous demandez donc de travailler pour le roi de Prusse, nous qui avons servi l’Autriche… Vous êtes mal tombé.
— J’ai une « plaquette »; je vous la donnerais bien volontiers, mais je ne posseède que cela au monde et j’ai encore douze lieues à faire.
— Une plaquette ! s’écria Jean-Baptiste en éclatant de rire. Vous m’offririez deux beaux escalins que je refuserais. Ecoutez donc un peu cette musique…
Le bruit du vent se mêlait, en effet, au clapotement lugubre des flots, battant le rivage.
— O mes braves gens ! dit le malheureux d’une voix suppliante, en s’adressant à deux ou trois buveurs qui avaient paru prendre, quelque intérêt à son sort, intercédez pour moi… Si vous saviez… Je dois absolument être demain au point du jour à Houffalize pour y rejoindre ma famille. Oh ! oui, je dois y être absolument… sans cela, Dieu sait ce qui peut y arriver… Voyez, ne suis-je pas déjà assez à plaindre ? Je viens de Verviers, sortant de maladie, je n’ai rien pris en route et je dois marcher encore toute la nuit, par un temps pareil ! Tout le monde était attendri, et il n’y eut pas jusqu’à Pierre Piret, quoique cependant il n’osât jamais contrarier son frère, qui ne dit :
— Allons, Baptiste, le bon Dieu nous paiera.
 Le bon Dieu, dis-tu ? Est-ce que le bon Dieu se mêle des affaires de ces nécromanciens-là ? Ne vois-tu donc pas que c’est un Egyptien ? Bien sûr qu’il veut se rendre au sabbat… Merci que j’y prête les mains. Qu’il s’adresse au diable pour que le diable le porte sur son dos. Satan fera bien cela pour un de ses serviteurs.
Ces paroles, dites très sérieusement par un homme écouté d’ordinaire comme un oracle, changèrent soudain les dispositions des naïfs auditeurs; et il en fut même parmi eux qui jetèrent un regard furtif sur les pieds de l’étranger pour s’assurer qu’ils n’étaient pas fourchus.

telechargement dans LEGENDES-SUPERSTITIONSDe grosses larmes vinrent aux yeux de l’infortuné resté debout, et dont les jambes chancelèrent.
— Est-ce possible, dit-il, ne pourrais-je continuer ma route ?… Ciel, secourez-moi !
Il se laissa tomber sur une chaise et parut en proie au plus violent désespoir. Puis, se levant tout à coup, il se jeta aux pieds de Jean-Baptiste et joignit les mains :
— Ah ! s’écria-t-il, je vous en conjure, par ce que vous avez de plus sacré, aidez-moi à poursuivre mon chemin. Il y va du bonheur ou du malheur de toute une pauvre famille qui demandera aux esprits célestes de veiller sur vous jusqu’à la fin de vos jours. Que vais-je devenir, que deviendront-ils si je dois m’arrêter ici, ajouta-t-il avec une sorte d’égarement.
— Mon cher, dit Baptiste, vous autres qui faites métier de prédire l’avenir, vous auriez dû prévoir cela.
Et il poussa un éclat de rire auquel répondit toute la compagnie.
L’étranger se redressa et, se dirigeant vers la porte, il prononça ces paroles avec une dignité qui avaient quelque chose d’imposant : — Eh bien! votre refus inhumain ne m’arrêtera pas, mais que je succombe ou que je survive au danger que je vais braver, vous n’échapperez point à la punition qui frappe tôt ou tard ceux qui manquent de charité.
Il y eut, après la sortie du voyageur, un silence de quelques minutes.
— 
Après tout, dit Pierre Piret, qui sentait le besoin de raffermir sa conscience, ces Egyptiens ne méritent aucune pitié; ils vivent de ruses et de rapines, et volent même des enfants.
— Oui, reprit la femme du cabaretier, mais j’ai entendu dire qu’ils jettent aussi des sorts, et savent faire revenir ceux qui sont dans l’autre monde.

Tous se regardèrent en frissonnant, excepté Jean-Baptiste qui haussa les épaules et proposa de faire une nouvelle partie; mais ses partenaires, visiblement troublés, manifestèrent l’intention de se retirer, et chacun regagna sa demeure comme dix heures sonnaient.

Le lendemain matin, tous les habitants de Sougnez étaient réunis près du passage d’eau, et les rumeurs les plus confuses circulaient dans cette foule. Des deux nacelles appartenant aux frères Piret, l’une avait disparu, quoiqu’elle fût solidement attachée à un anneau de fer fixé dans le mur du cimetière. La scène qui avait eu lieu la veille au cabaret de devant l’église était déjà connue de tout le village, et l’opinion unanime était que le bohémien avait voulu se transporter lui-même à l’autre rive.

— Il devait être tout de même bien pressé de rejoindre sa famille, disait une bonne femme, pour s’être exposé tout seul à un pareil danger.
— Il n’y a pas d’inquiétude à avoir, reprenait un vieillard; ces gens-là connaissent, pour se tirer d’affaire, mille moyens ignorés des bons chrétiens.
— Pauvre homme ! pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé, disait un troisième interlocuteur.
— Qu’est-ce que j’entends là ? s’écria tout à coup Jean-Baptiste d’une voix tonnante : pauvre homme ! Comment, vous êtes assez sans cœur pour plaindre un suppôt de l’enfer qui a causé ma ruine ? Car que sera devenue ma nacelle ? Perdue à jamais !… Si, grâce à ses maléfices, il a échappé, lui, il aura laissé méchamment aller ma Jeannette, qui est probablement brisée en mille pièces à l’heure présente.
— Toujours faut-il, dit Pierre, que nous allions faire quelques recherches. Voyons, Baptiste, explorons d’abord les deux côtés de la rivière jusqu’à Aywaille. Moi, mon idée était de passer cet individu, et je me disais que Dieu nous en récompenserait. Nous devons bien le croire, puisque déjà il nous punit.
— Va chercher les ferrés et les avirons, dit Baptiste d’un ton brusque.
Les deux frères allaient quitter le rivage lorsque quelqu’un s’écria :
— Mais voyez donc là-bas derrière l’île de la Madeleine, au milieu des aulnes et des peupliers, voyez ce point noir; ne serait-ce pas la nacelle, qui se sera accrochée là ?
Tous les yeux se portèrent dans la direction indiquée, où se trouvait un massif d’arbre dont les eaux baignaient le pied. Les uns déclarèrent que c’était une grosse pièce de bois flottante, d’autres soutinrent que c’était quelque animal noyé; car parfois, quand les eaux s’étaient retirées, on retrouvait des moutons, des chèvres, des porcs et jusqu’à des vaches et des chevaux, que le courant avait surpris et entraînés la nuit.
— Nous passerons par là, dit Baptiste en s’éloignant du rivage, et nous saurons ce que c’est.

La frêle barque fendit obliquement les flots auxquels, grâce aux poignets vigoureux des frères Piret, elle opposa une résistance qui lui permit de gagner l’autre bord en moins de dix minutes, mais beaucoup en aval du point d’où elle était partie. Là, elle se trouvait à peu de distance du bouquet d’arbres dont nous avons parlé, et on put voir Pierre et Baptiste faire de grands gestes et causer d’une façon très animée.

Ils se dirigèrent enfin vers l’objet qui semblait avoir excité leur surprise, le recueillirent dans leur nacelle et cinglèrent vers l’autre rive ; mais on remarqua, à la manière dont ils manœuvraient, qu’il y avait en eux une sorte de défaillance. Ils abordèrent enfin tout au bas du village, où se porta la foule, avide d’avoir le mot de l’énigme.

Au fond de la nacelle gisait le cadavre de l’infortuné qui la veille avait tant supplié les frères Piret de le transporter de l’autre côté de la rivière. L’émotion fut vive parmi ces braves gens, et tous s’exhalèrent en plaintes sur son sort, sur le sort de sa famille qu’il était si désireux de rejoindre. Baptiste, qui avait l’air très sombre, jeta sur le cadavre un regard plein de colère.

— Et ma nacelle ! ma nacelle ! murmura-t-il, les poings crispés et d’une voix étouffée.
En ce moment arrivait le curé, M. Labeye, véritable type du bon pasteur du village :
— Baptiste, dit-il d’un air sévère, le ciel vous punit justement; priez-le pour qu’il ne se montre pas plus rigoureux à votre égard.
— Bah ! un vagabond, peut-être un païen.
— Et la parole du bon Samaritain, que j’ai expliquée dimanche au prôme ?… Vous n’en avez guère profité, paraît-il.

Cependant, divers objets découverts dans le sac de l’inconnu, certaines figures dont certaines parties de son corps étaient tatouées, ne laissèrent aucun doute sur sa race ni sur sa profession.

Il appartenait évidemment à ces tribus errantes de Bohémiens ou Egyptiens, peu connus aujourd’hui, mais qui, au dix-huitième siècle encore, parcouraient les villages reculés, et surtout ceux des Ardennes, où elles pratiquaient la chiromancie et la cartomancie et se livraient à l’art de guérir les hommes et les animaux. Quelle sépulture devait-on lui donner ? Les eaux s’étant retirées, le lendemain, de l’endroit où il avait été retrouvé, il fut décidé que sa dépouille mortelle y serait déposée.

Le vagabond eut donc pour lieu de repos la lisière d’un chemin. On remarqua, à partir de ce moment, un grand changement chez Jean-Baptiste Piret : il n’avait plus sa gaieté habituelle et on le voyait souvent tout pensif. Les uns disaient que c’était à cause de la perte de sa barque, dont quelques fragments avaient été aperçus du côté de Douxflamme ; d’autres soutenaient que la mort de l’étranger entrait pour la plus grande part dans son chagrin, qu’il avait du reste coutume de noyer par des libations fréquemment répétées, car, quoiqu’il ne se fût jamais montré sobre, on fit également la remarque qu’il buvait bien plus qu’auparavant.

Le 17 février 1785, un an jour pour jour après la mort du bohémien, vers 9 heures du soir, Jean-Baptiste et Pierre buvaient dans le même cabaret où nous les avons vus déjà, et qu’ils n’avaient guère quitté de la journée. Ils semblaient plongés dans une espèce d’abrutissement. Deux habitués seulement se trouvaient avec eux et ne rompaient le silence qu’à de rares intervalles. Le temps était calme et l’on n’entendait guère au dehors d’autre bruit que celui des eaux de l’Amblève, bien moins grosses cependant que l’année précédente.

Tout à coup, le cri « A l’aiw ! » se fit entendre dans le lointain. Tous prêtèrent l’oreille.
— Il y a une pratique, Baptiste, dit le cabaretier.
— C’est une idée, répondit Baptiste. Quelque chouette dans le clocher de l’église.
Mais le cri « A l’aiw ! » retentit de nouveau avec plus de force.
— C’est tout de même quelqu’un qui nous appelle de l’autre bord, dit Pierre. Allons, frère, en marche.

Baptiste fit un long et sonore bâillement et s’étendit sur sa chaise sans répondre.
— Lève-toi donc ! continua Pierre; es-tu sourd ?
— Non, mais je ne me dérange pas si tard sans savoir qui c’est… Il n’y a peut-être que deux à trois liards à recevoir. Merci.
— Et quand même, allons à tout hasard ! Si, comme dit notre curé, Dieu nous tient compte d’un verre d’eau donné en son nom, il sera bien autrement content d’un passage d’eau… pour l’amour de lui.
— Laisse-moi tranquille, répliqua Baptiste : quand je te dis que je n’y vais pas.
On cria une troisième fois « A l’aiw ! » avec un accent qui tenait de la détresse.
— Le pauvre homme se désespère de ne rien voit venir, dit la cabaretière. Par pitié, vous devriez bien aller le prendre, Baptiste. Vous ne voudriez pas, sans doute, avoir sur la conscience un nouveau malheur…

A ces mots, le front de Baptiste se plissa. Il resta quelques secondes irrésolu et finit par sortir en grommelant, suivi de son frère. Or, un drame terrible et mystérieux allait s’accomplir.

Les deux passeurs d’eau étaient à peine sortis depuis un quart d’heure que des cris lamentables se firent entendre et jetèrent l’épouvante dans tout le village.
— Au secours ! au secours ! criaient deux voix qui semblaient sortir du sein des eaux.
Et à la faible clarté de la lune, on vit une nacelle renversée descendre le courant, et deux hommes se débattant au milieu de la rivière. On n’avait aucun moyen de les secourir et leur mort était considérée comme inévitable. Bientôt, en effet, l’un d’eux disparut, et un cri d’épouvanté frappa l’air, tandis qu’on suivait avec anxiété les mouvements de l’autre, qui parvint enfin à atteindre miraculeusement le rivage. C’était Pierre Piret, mais il tomba aussitôt dans un évanouissement suivi d’un délire qui dura jusqu’au lendemain.

Que s’était-il donc passé ? Pierre raconta que lorsqu’ils étaient arrivés au milieu de la rivière, ils avaient vu distinctement une forme humaine sur l’autre bord ; mais qu’à mesure qu’ils approchaient, cette forme paraissait vouloir se dérober à leurs regards en se plaçant derrière un buisson; ils n’en avaient pas moins avancé et, au moment où la nacelle allait aborder, ils se trouvèrent face à face avec le bohémien mort l’année précédente.

La terreur leur fit tomber gaffes et avirons des mains. Le fantôme, dont les yeux flamboyaient, sauta sur l’avant de la barque et la fit chavirer, en poussant un éclat de rire infernal, pendant qu’une volée d’oiseaux de nuit semblait quitter le rivage et se diriger vers le bois de Mont jardin. Pierre ne vit plus rien; mais il entendit Baptiste lui crier d’une voix expirante :
— Adieu, frère !… C’en est fait… il m’entraîne…
Et comme Pierre Piret achevait son récit, on vint annoncer que le corps de Jean-Baptiste avait été jeté par les eaux juste à la place où le diseur de bonne aventure avait été enterré,
— Je l’avais bien prédit ! s’écria Bertine la cabaretière. Et l’on se moquait de moi quand je parlais de sortilèges et de morts sortant du cercueil !
— Ah ! dirent les anciens à Pierre, tu l’as échappé belle, toi, mais tu avais intercédé pour lui auprès de ton frère, et il t’a été tenu compte de tes bonnes intentions : ta charité t’a sauvé.

Le pauvre Pierre, conformément à la vieille coutume qui, dans nos campagnes, veut qu’un monument pieux rappelle toute mort arrivée par accident, fit élever à son frère une croix à l’endroit où le noyé avait été retrouvé. Mais peu de jours après, une main restée inconnue plaça aussi un monument sur la tombe du diseur de bonne aventure, et ce monument singulier, objet d’une superstitieuse terreur, a été respecté pendant plus d’un demi-siècle. Les deux croix, élevées en même temps et rappelant des catastrophes si étrangement liées, ont disparu le même jour, lorsque la route de Louveigné à Aywaille a été construite; et c’est le long de cette route, assis sur un tertre, ayant sous mes pieds la tombe oubliée du pauvre bohémien, que j’ai écrit la présente histoire.

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