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LA PLANTE de VENUS

Posté par francesca7 le 10 février 2016

 

 le-tilleul-ami-

Le tilleul est efficace pour soigner la grippe, l’insomnie, les troubles du système nerveux, les vertiges et bien plus. Découvrez ses nombreuses autres propriétés ainsi que les différentes manières de l’utiliser. Cet hiver, le tilleul,  vous ne pourrez pas vous en passer.

Pour des raisons qui échappent encore en partie, ayant passé l’année dernière un hiver d’enfer, criblé d’insomnies pendant lesquelles je restais allongé dans mon lit, alerte, bien trop alerte… Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, une grippe agressive m’a cueilli par surprise pendant les fêtes. Il fallait bien que ça arrive.

En essayant de régler le premier problème, j’ai réussi, à mon grand étonnement, à bien canaliser le second. Comment je me suis soigné ? Avec des infusions de tilleul, tout simplement.

Bien sûr, le tilleul, ce n’est pas que des infusions, et ses pouvoirs curatifs rentrent depuis longtemps dans de nombreux remèdes hivernaux.

S’il est vrai que l’hiver ne nous a pas encore amené la grippe, je ne doute pas qu’elle se tienne en embuscade et ne tardera pas à nous tomber dessus. Quant à l’insomnie, elle ne connaît hélas pas de saison. Heureusement, le tilleul est là…

La plante de Vénus

Le tilleul était dédié à Vénus et a toujours été très utilisé en Europe continentale, tant en médecine qu’en sorcellerie.

Seuls soignent les tilleuls à grandes ou petites feuilles. Il existe aussi une variété de type intermédiaire, le tilleul argenté. Seul connu des Grecs et des Latins, ses propriétés thérapeutiques l’étaient moins.

Il faudra attendre la Renaissance pour que ses usages curatifs soient consignés. Pierandrea Matthioli, dit Matthiole (1501-1577), utilisait l’écorce mâchée en emplâtre sur les plaies, ainsi que les fleurs broyées sur les tumeurs. Dans ces mêmes années, on commença à utiliser les fleurs de tilleul contre les troubles nerveux, les vertiges et l’épilepsie, même si cette dernière vertu est aujourd’hui désavouée.

Le tilleul est aussi un bois de sculpture, très apprécié en papeterie et dont le charbon sert à la fabrication de la poudre et du fusain des dessinateurs. Son écorce était très utilisée en Russie et en Scandinavie pour fabriquer des cordes, des cordages, des paillassons, des filets de pêche, des chaussons et des sandales. Le jute (Corchorus capsularis), dont on fait la célèbre toile, est une variante orientale du tilleul.

En outre, ce grand arbre pousse dans la forêt, le long des avenues, dans les jardins. Très commun en France, il mesure de 20 à 30 mètres de haut et sa longévité peut dépasser 1000 ans.

Les fleurs renferment des tanins condensés, des acides-phénols et des flavonoïdes, dont la quercétine et le kaempférol, deux excellents antioxydantsElles contiennent aussi une huile essentielle, le farnésol, utilisée dans l’industrie de la parfumerie.

Riches en vitamine C, les fleurs se consomment jeunes, en salade. On peut également en aromatiser les salades de fruits, les desserts et les boissons.

 

 TILLEUL

Cet arbre est probablement le champion de son espèce. Selon Thomas Parkenham, auteur du Tour du monde en 80 arbres, c’est l’un des plus beaux arbres qu’il lui a été donné de voir. Pendant plus d’un siècle cet arbre porta le nom de Wolframslinde, c’est-à-dire le tilleul de Wolfram von Eschenbach, troubadour auteur de la version originale allemande de Parzival. Le poète fit de longs séjours au château voisin de Haidstein, où il tomba amoureux de la châtelaine. Certains prétendent que quantité de ses poèmes, y compris Parzival, ont été écrits en son honneur, dont certains alors que le poète était installé sous ce tilleul.

Selon l’estimation des historiens, cet arbre aurait mille ans. Il semble que ce soit là un maximum, le bois de tilleul étant trop tendre pour être résistant. Toutefois, il possède une capacité de régénération importante qui lui permet de rétablir une tête arrachée par une tempête. La majorité des tilleuls ne dépassent guère 400 ans, et les tilleuls à grandes feuilles semblent être les plus résistants

 

Le bois de tilleul est homogène, aux limites de cernes peu marquées. L’aubier et le bois de cœur sont non distincts. Il est jaunâtre à roussâtre, blanchâtre ou rosâtre, parfois veiné de vert avec quelques taches médullaires. Il a une odeur de poussière.

Le bois est de densité faible pour les espèces européennes, et moyenne pour celles d’Amérique du Nord. Il est tendre et facile à travailler, à scier, tourner et sculpter. Au séchage, il se rétracte fortement. Une fois sec et mis en œuvre, il est très stable. Ce bois est peu durable et inadapté aux utilisations extérieures, mais est correctement durable à l’état sec.

En Europe, le bois de Tilia cordata est plus apprécié que celui de Tilia platyphyllos, car ce dernier est réputé pour être plus tendre et moins résistant, le tronc souvent plus large mais présentant des formes moins satisfaisantes. Faute d’étude scientifique, il est actuellement impossible de distinguer avec certitude le bois de Tilia platyphyllos de Tilia cordata.

Apprécié pour son homogénéité et son travail facile, le bois de Tilia cordata ne convient pas là où une forte résistance mécanique est nécessaire. Il a néanmoins de nombreuses utilisations.

 

Contre la grippe et l’insomnie

Le docteur Henri Leclerc, éminent phytothérapeute et médecin du général Foch durant la Première Guerre mondiale, le prescrivait en cas d’artériosclérose afin de fluidifier le sang. Il préparait également des boissons à base de tilleul pour calmer les soldats et les aider à dormir.

Le tilleul est efficace pour soigner la grippe, entre autres parce qu’il favorise la transpiration. L’ethnobotaniste Pierre Lieutaghi nous fait remarquer qu’en 1957, année de forte grippe, on en infusa en France 500 tonnes (100 de plus que la consommation annuelle moyenne).

Il est surtout reconnu pour ses propriétés sur le système nerveuxHypnotique et sédative douce, la tisane de fleurs de tilleul est particulièrement recommandée pour rentrer dans le sommeil, en particulier pour les personnes qui ont une fâcheuse tendance à cogiter.

La plante apaise plus globalement le stress dû au surmenage intellectuel, en ne causant ni accoutumance, ni dépression par contrecoup. Toutefois, une mise en garde : des dosages trop forts peuvent au contraire exciter et provoquer des insomnies.

Ses fleurs ont en outre des vertus antispasmodiquesElles favorisent les digestions difficiles, surtout celles dues à la nervosité, ainsi que les spasmes gastriques.

Pour l’infusion de fleurs, il suffit de prendre 3 tasses par jour d’une infusion de 50 g de fleurs. Cela soigne les troubles digestifs d’origine nerveuse, les migraines, les palpitations, les vertiges et l’insomnie.

On retrouve ces deux propriétés des fleurs de tilleul,antispasmodique et hypnotique, dans son bourgeon, comme le relève le spécialiste de gemmothérapie Max Tétau. Particulièrement douce, cette forme n’a pas de contre-indication et conviendra bien aux enfants ou aux personnes âgées.

Diurétique, draineur et protecteur

Le tilleul est par ailleurs l’ami de vos reins et de votre foie du fait de ses propriétés drainantes. Pour ces indications, on s’orientera plus particulièrement vers l’aubier de tilleul, en décoction ou en ampoules.

C’est donc d’abord un diurétique de premier choix. De ce fait, une cure d’aubier de tilleul constituera un remède de fond pour accompagner toutes les pathologies liées à l’excès d’acidité telles que la goutte, les excès d’acide uriquel’arthrite ou les rhumatismes.

Tilia_cordata,_inflorescenceMais c’est également un draineur hépatobiliaire et un protecteur vasculaire, réduisant le mauvais cholestérol et la tension artérielle. Par extension, ces propriétés pourront s’avérer utiles en réponse aux digestions paresseuses et aux migraines, souvent liées aux surcharges hépatiques.

Enfin, c’est un antispasmodique puissant qui soulagera les colites hépatiques et néphrétiques. Un de ses principes actifs, le phloroglucinol, est d’ailleurs aussi celui du Spasfon.

On l’aura compris : l’aubier de tilleul sauvage nettoie l’organisme en profondeur. Il augmente le filtrage des déchets et des toxines en soutenant les fonctions essentielles de nos reins et de notre foie. Même s’il devient plus difficile à dénicher de nos jours, on pourra en trouver ici.

Pour profiter des vertus de l’infusion d’aubier, versez 20 grammes dans un demi-litre d’eau froide puis faites bouillir et laissez frémir une dizaine de minutes. Buvez deux à trois tasses par jour, sucrées au miel, pour profiter de ses effets purificateurs.

Un bain apaisant

Une utilisation originale des inflorescences de tilleul consiste à l’utiliser en externe. Leur richesse en mucilages apaisants les rend particulièrement utiles pour les affections dermatologiques comme les prurits ou les démangeaisons de l’eczéma, voire pour apaiser les brûlures.

Contre la nervosité, pourquoi ne pas essayer le bain de tilleul, ce remède ancien conseillé par Pierre Lieutaghi ? Faites infuser 500 g de fleurs protégées par un sachet de toile lâche ou de mousseline que vous plongerez dans 10 litres d’eau très chaude pendant une demi-heure. Ensuite, ajoutez cette préparation à l’eau de votre bain et prélassez-vous le plus longtemps possible dedans… Ce bain pourrait bien aussi apaiser les enfants un peu trop turbulents !

 source : http://www.plantes-et-sante.fr/

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L’Histoire de Iver, le sage

Posté par francesca7 le 22 décembre 2015

IVER le sageNul ne connait son âge.

On dit qu’il parcourt les sentiers de la terre depuis que la verdure existe. Je crois que c’est le faune le plus respecté que je connaisse. L’équivalent d’un sage pour les humains. Ou peut-être d’un fou, ce qui revient au même. On vient le voir avec respect, sans même que les sabots ne bruissent dans le feuillage. Le plus souvent, on s’assied près de lui et on l’observe sans dire un mot. Car lui-même parle peu. Ou alors seulement des langages animaux. Nous le nommons «Iver». Même si lui-même dit qu’il n’a pas de nom.

De nombreux faunes ont des cornes de bélier sur le crâne (comme Urbain). Ou bien de vache (comme moi). Lui a choisi de porter des cornes de cervidé. Des andouillers. Un jour, je lui ai demandé pourquoi. Il m’a regardé très longuement. Puis il a penché sa tête vers moi et ses cornes se sont mêlées aux miennes. Chez nous, c’est un moment très intense. Un acte spirituel d’une rare beauté.

Nos lumières intérieures se précipitent alors au sommet de nos cornes. Elles se mélangent. Elles communient. J’ai fermé les paupières. Et là, soudain, j’ai vu un arbre dans ma tête. Immense. Puis j’ai songé : «C’est vrai, les cervidés portent des branches sur la tête.» Leurs ramures sont des arbrisseaux. Un lien puissant existe entre la tribu verte et eux. D’ailleurs, les cervidés perdent leurs cornes, de la manière dont les arbres perdent leurs feuilles en automne.

Le cycle de la vie se manifeste dans leurs ramures. Iver s’en amuse. Parfois, il perd les siennes aussi. Il reste alors nu tête pendant des semaines et des mois. Parfois, au contraire, il les ramasse et se les renoue dans les cheveux, d’une façon surprenante, inattendue. Il peut même lui arriver de prendre des andouillers trouvés dans la nature. Souvent, il prend alors deux cornes gauches. Ou droites. Et il se les place sur la tête, de sorte qu’une des cornes regarde derrière lui et l’autre devant lui. Ces habitudes étranges lui valent autant sa réputation de vieux fou que de vieux sage. On dit souvent que les faunes ont un rapport privilégié avec le monde animal. Nombreux sont ceux qui veillent sur une espèce en particulier.

D’autres, comme moi, protègent toute la faune d’un jardin, d’une clairière ou d’un bois. Iver, lui, préfère les cervidés. Les chevreuils, les daims, les cerfs, les rennes… Mais ce qu’il aime surtout, ce sont les arbres. Il les connaît et il les aime. Il fait l’amour avec eux. Il se mélange à eux. Il dort en eux. Il a de longs cheveux d’hiver où apparaissent encore les anciennes teintes de sa fourrure. Du blond, du roux, du brun, du noir. Sa chevelure est longue, bouclée.

Elle est blanche également, en de nombreux endroits, témoin de son âge vénérable. Des longues semaines passées à dormir sur la plaine, il ramène des lambeaux moussus, des fragments d’écorce de bouleau. Des rameaux, des feuilles mortes s’y accrochent joyeusement. Il ne les enlève pas, ça non. Il les laisse au contraire se détacher d’eux-mêmes quand bon leur semble. Il dit qu’ainsi, il accueille les cadeaux des arbres dans ses cheveux. Lui-même, souvent, laisse à leurs griffes une touffe épaisse de sa chevelure. Oh oui, il aime les arbres. Il aime les plantes.

Il passe de très longues heures à leur parler. Parfois, nous le voyons, recroquevillé dans les racines d’un hêtre vénérable. Il peut passer de longues semaines ainsi, sans bouger. Laissant son corps fourmiller d’insectes. Totalement immobile. Comme s’il n’était plus de ce monde. Quand nous lui demandons pourquoi il fait cela, il nous répond en souriant : «l’arbre voulait me raconter ses souvenirs». Il a raison. Cela peut être vieux, un arbre. Très vieux même. Il voit beaucoup plus de choses que les humains qui vivent tout près de lui. Il en a des trucs à raconter.

IVERPlus que n’importe quel homme, je vous l’assure. Les historiens ne sont rien à côté des arbres.

Alors, la faune l’écoute.

Il ferme les yeux et se love contre lui, comme un amant. Alors, l’arbre lui caresse le visage ou les cheveux et y laisse quelques feuilles même, parfois. Mais surtout, il lui parle. Dans la langue lente, à la fois sifflante et rocailleuse, qui est celle des arbres. Il lui est arrivé de passer un hiver entier ainsi, couché au pied d’un de ces maîtres de sagesse. Nous avons d’abord cru qu’il était mort. Mais il ne l’était pas.

Iver dormait.

Au printemps, il s’est réveillé avec les premiers bourgeons. Quand nous lui avons demandé ce qu’il lui était arrivé, il nous a répondu : «je voulais savoir ce que les arbres vivent pendant l’hiver». Parfois, nous le voyons, qui écrase des plantes fraîches sur sa peau. Il se met à danser, en extase, et murmure de longues phrases dans un langage étrange, qui nous est totalement inconnu.

Il dit qu’ainsi, il fait l’amour avec la plante. Parfois, encore, il se couche sur la plaine et reste toute une année à recueillir la neige, puis les pétales des fleurs, les graines emportées par le vent, les feuilles mortes. Nous croyons bêtement qu’il est parti en voyage alors qu’il est juste là, couché, à une dizaine de mètres, sans que personne ne l’aperçoive. Puis, soudainement, il se lève en riant et se secoue en dansant comme si de rien n’était. J’aime bien Iver.

C’est mon arbre animal.

Notre père de verdure. C’est mon faune de folie. Mon faune sage. Son visage recouvert d’argile, je le trouve beau. C’est comme ça. Même ses cheveux, je les adore. Ils sont d’une rare beauté. Bien, je vous laisse. Il faut tout de même que je prépare les festivités du début de l’hiver. Bisous cornus à vous.

 Retrouvez les écrits de Fred Lefaune sur http://sentierdesfaunes.canalblog.com

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Sur les bords du Tarn

Posté par francesca7 le 28 juillet 2015

 

 

albi-les-bords-du-tarnAux environs d’Albi, à l’endroit appelé le Saut du Sabotet où la rivière se trouve resserrée entre deux énormes barrières de rocher, les villageois et villageoises du XIXe siècle pleuraient encore en écoutant le récit de la mort du berger Saho : il allait voir sa mie qui bientôt accepta le mariage. Mais dans l’ombre, un certain Guillaume, guidé par la jalousie, ne l’entend pas ainsi et décide de mettre à profit le dangereux passage tombant à pic sur le cours d’eau

Sur les rives ombragées de la Garonne, sur les bords de la Durance, l’habitant des campagnes transmet à ses enfants les chants de ses aïeux. Sous le ciel méridional, comme sous le ciel de la Grèce, plusieurs poètes inconnus ont célébré le dévouement et les malheurs de l’amour. Sur les rivages de l’Hellespont, de nombreuses générations se sont raconté d’âge en âge la gracieuse et touchante histoire de Léandre et de Héro. Sur les bords du Tarn, à l’endroit où cette rivière se trouve resserrée entre deux énormes barrières de rocher — appelé aujourd’hui Saut de Sabode Sabot ou du Sabot –, on se souvenait jadis du tragique récit de la mort du berger Saho.

Voyez-vous ce village caché comme un nid de tourterelle au milieu des arbres touffus qui le couvrent de leur ombrage ? Là vivait autrefois une jeune bergère qui portait le nom d’Indie. Elle était la fleur du hameau ; elle avait à peine seize ans lorsque tous les bergers des environs la demandèrent en mariage à sa vieille mère. Mais les joues d’lndie devenaient rouges comme la cerise printanière, toutes les fois qu’elle entendait les doux propos d’amour.

— Je ne veux point quitter ma mère, disait-elle, ma vieille mère qui n’a d’autre soutien que moi.

Quelques années s’écoulèrent, et lorsque le joli mois de mai revenait avec les beaux jours et les fleurs, tous les bergers allaient, la nuit, planter devant la petite maison d’Indie un jeune arbrisseau qu’ils couvraient de rubans et de guirlandes. lndie avait déjà vingt ans, lorsque revenant du village où elle avait communié, le saint jour de Pâques, elle rencontra un berger qui habitait le hameau voisin.

Ce berger avait nom Saho. Il était beau comme un ange du paradis, et son troupeau prospérait, parce que Dieu veillait sur lui pour récompenser la piété du berger. Toutes les jeunes filles en âge d’être mariées s’asseyaient, le soir, sur leurs portes, pour voir passer Saho quand il ramenait son troupeau du pâturage. Mais Saho baissait modestement les yeux et récitait ses oraisons. Cependant, il aimait la belle lndie de l’amour le plus tendre.

— Indie, lui dit-il, en revenant du village, le saint jour de Pâques, lndie, vous avez communié aujourd’hui, et je suis sûr quo vous aimez bien le bon Dieu.

— Et vous aussi, Saho, répondit la bergère.

— Longtemps j’ai cru qu’il ne fallait aimer que le bon Dieu et ma mère, répondit Saho ; mais plus souvent je vous vois, plus je sens que mon cœur s’ouvre à un autre amour. Quand vous passez près de moi, je n’ose pas vous regarder, je tremble, et puis je pleure lorsque vous vous éloignez. Demain je viendrai voir votre mère, je lui dirai si elle veut nous marier ensemble.

— Nous marier ! fit lndie en rougissant.

— Si vous ne m’aimez pas encore, lndie, vous m’aimerez plus tard.

lndie et Saho se séparèrent à l’instant ; ils avaient aperçu quelques villageois au détour du sentier. A quelque temps de là, des pleurs se firent entendre dans la maison d’Indie ; la jeune bergère avait perdu sa mère, et longtemps elle fut inconsolable. Saho ne quittait plus le village ; il craignait qu’il n’arrivât quelque malheur à celle qu’il appelait déjà sa fiancée.

Sur les bords du Tarn dans COURS d'EAU-RIVIERES de France 550px-Gorges_du_Tarn_Point_Sublime

Mais le curé du village blâma ces assiduités, et Saho revint dans son hameau, de l’autre côté de la rivière. lndie éprouva bientôt le besoin de revoir son berger bien-aimé ; elle dépérissait, la pauvre colombe, depuis qu’elle n’entendait plus la musette de Saho. Par une belle soirée d’été, la bergère s’assit sur un des rochers qui s’élèvent aux bords du Tarn, et chanta la ballade des trois jeunes filles à marier :

« Sur le bord de la rivière, sur le bord fleuri, il y a trois jeunes filles, filles à marier. Celle qui est la plus jeune ne fait que pleurer. Pourquoi pleurer, fillette, pourquoi tant soupirer ? Si je pleure, pauvrette, j’en ai bien raison ; les glands de ma ceinture dans l’onde sont tombés. Que donnerez-vous, brunette, à celui qui ira les chercher ? Je lui donnerai une rose avec un doux baiser.

« Alors le galant tire ses chausses et se lance dans l’eau ; dans l’onde le galant s’est enfoncé. La dernière vague a fait flotter les glands ; tenez, tenez, brunette, voici vos glands dorés. »

Puis lndie ajouta : « Quand j’étais petite, je gardais les agneaux ; parmi les fleurs de la prairie je ne pensais pas aux amours. Maintenant que je suis grande, je garde les moutons ; je les fais paître sur l’herbette, dans ces champs si doux. Un jour, je les ai conduits à l’onde de ce petit ruisseau ; là j’ai trouvé sur la prairie trois chevaliers gracieux.

« L’un me dit : adieu, Indie ; l’autre : adieu, amour ; l’autre me pousse dans le ruisseau comme un pêcheur jette sa ligne. Il y avait peu d’eau, je ne me suis point mouillée ; au pied du beau pommier je me suis assise. Pommier divin, qui charmes, tu as de bien belles fleurs, mais tu n’en as pas autant que mon cœur a d’amours. »

Saho tressaillit d’amour et de joie entendant les douces paroles d’Indie. La rivière n’était pas large à cet endroit, et il sauta d’un bord à l’autre avec la légèreté d’un jeune chevreau. Le lendemain, il franchit aussi la rivière ; la bergère et le berger ne pouvaient plus passer un jour sans se voir.

— Indie, ma douce amie, dit un jour Saho, marions-nous ensemble ; nous n’aurons plus qu’un seul troupeau ; nous cultiverons ensemble nos petits champs, lorsque nos en fans seront en âge de garder nos moutons.

— La volonté de Dieu soit faite, répondit Indie, et vos vœux accomplis, berger Saho.

Quelques jours après, le bruit courut dans le village que l’heureux Saho était à la veille d’épouser Indie. Tous les voisins se réjouirent, car le berger et la bergère étaient purs et innocents, comme au jour de leur baptême, et tout le monde les aimait. Un seul berger détestait Saho : ce berger s’appelait Guillaume. Il était laid à faire peur à toutes les filles, et cependant il avait osé tenir propos d’amour à Indie. Mais la bergère s’était moquée de lui.

Guillaume dissimula ses projets de vengeance ; il s’aperçut que le rocher formait une pente rapide jusqu’au bord de la rivière. Pendant le jour, il sema de petits cailloux ronds sur cette surface unie, et il se dit en riant aux éclats, comme un démon : « Ce soir, galant Saho, tu ne verras pas Indie, ta douce amie ; tu tomberas dans le gouffre, et demain j’annoncerai ta mort à l’orgueilleuse bergère. »

Quelques instants après le coucher du soleil, le berger Saho aperçut une quenouille plantée sur le rocher de la rive opposée ; c’était le signal si désiré du rendez-vous. Il voulut s’élancer pour franchir la rivière, mais les petits cailloux roulèrent sous ses pieds ; il ne put garder l’équilibre, et après avoir chancelé pendant quelques instants, il tomba dans l’abîme en criant : « Indie, je meurs, Indie, adieu pour toujours. »

La bergère entendit ce cri de désespoir qui la glaça de terreur. Elle courut au bord de la rivière, mais elle ne vit rien dans le gouffre. Le chapeau de Saho restait seul sur la rive opposée. Deux jours après on trouva le cadavre de Saho au-dessous du pont d’Albi. On le porta au village où il fut enseveli près du tombeau de la mère d’Indie.

La pauvre bergère ne pleura pas longtemps son fiancé. Elle s’endormit du sommeil du juste, et toutes les jeunes filles du village portèrent le deuil. Guillaume fut maudit ; on le chassa du pays, et l’endroit où le fiancé d’Indie avait trouvé la mort fut appelé le Saut du Sabot, où l’on construisit un pont peu avant 1840.

 

(D’après « Mosaïque du Midi », paru en 1840)

Publié dans COURS d'EAU-RIVIERES de France, HISTOIRE DES REGIONS | Pas de Commentaires »

La Glace et le Roitelet

Posté par francesca7 le 5 décembre 2014

 

Conte traduit du breton par Kazh ar c’hoad

Dans l’ancien temps, il y a très, très longtemps, une dispute éclata entre la Glace et le Roitelet. Personne ne sait vraiment pourquoi ! 

3roitelet huppeDSC_6285- Je viendrai à bout de toi ! dit la Glace.

- On verra ! dit le Roitelet. 

Il gela tellement cette nuit-là que les pierres se fendaient. Le lendemain, la Glace, en voyant le Roitelet bien vivant et tout joyeux :

- Où étais-tu donc cette nuit ?

- Là où étaient les femmes à faire la lessive.

- Ah ! Oui ! Bien ! Ce soir, je t’aurai !

- On verra. 

Cette nuit-là, il gela tellement que l’eau gelait sur le feu. Le lendemain matin, le Roitelet se leva aussi joyeux et en bonne santé que jamais.

- Quoi ? dit la Glace, surprise, tu n’es pas mort encore ?

- Comme tu vois.

- Où étais-tu donc la nuit passée ?

- Entre la femme et le marié !

- Regardez donc où se fourre ce sale oiseau-ci ! Mais qu’importe, je viendrai à bout de toi, puisque je l’ai dit ! 

Cette nuit-là, il gela tellement que furent raidis la femme et le mari dans leur lit.

- Cette fois-ci, il doit en être fait de mon ami, le Roitelet, se dit la Glace en elle-même. 

Mais quand elle le vit le lendemain matin aussi joyeux et vigoureux que jamais, elle fut très surprise.

- Où donc, par la foudre, étais-tu cette nuit ?

- Entre la queue de la vache et le trou de son cul !

- Bien ! Bien ! Voyez donc ! Qu’importe, cette nuit-là on verra

; fais bien attention !

- Oui, oui, joue bien ! 

Le Roitelet se retira dans un trou, dans le mur de la cheminée, proche du four. Et il y trouva une souris, et dispute entre eux ! Comme ils ne pouvaient s’entendre, il fut convenu qu’il y aurait un grand combat le lendemain entre tous les animaux à plumes et les animaux à poils qu’il y avait dans le pays, sur le Menez Bré (ndt : une haute colline du pays du Trégor dans le 22, un vieux site sacré où se trouve maintenant une chapelle, dédiée à St Hervé. Sous ce lieu est sensé dormir le devin Gwenc’hlan en attendant son retour). 

Le jour assigné, dès le matin, aussitôt que descendent les poules des perchoirs, ils allèrent tous vers le Menez Bré ; les vaches, les boeufs, les cochons, les moutons vinrent au-dehors de leurs crèches, les chevaux, de leurs écuries, et ils prirent tous le même chemin, et personne ne put les en empêcher. Aucun oiseau ne fut aperçu dans la campagne ce jour-là, ni corbeaux, ni merles, ni moineaux, ni pies, ni pinsons, ni roitelets ; ils étaient tous allés à Menez Bré. Il y eu là un terrible combat ! Comme on n’en vit jamais. Partout, des poils, des plumes, des cris, des plaintes. Les animaux à poils étaient sur le point de vaincre, lorsqu’arriva aussi l’aigle. Alors il en fut tout autrement ! Celui-ci mettait en pièce et charcutait tous les animaux poilus, coup sur coup. 

Le fils du roi était en train de regarder par une des fenêtres du château, et lorsqu’il vit cela, il descendit et avec un coup de sabre, il cassa une des ailes de l’aigle. Ce fut alors la fin du combat. Les animaux à plume avaient gagnés, et on entendit le Roitelet chanter sur l’eau de la chapelle Saint Hervé, qui est au sommet de la colline. 

- Maintenant, dit l’aigle au fils du roi, il te faudra me nourrir pendant neuf mois, avec de la viande de lièvre et de la viande de perdrix. 

- Je le ferai, dit le fils du roi, viens avec moi au palais. 

Au bout de neuf mois, l’aigle était bien rétabli, et il dit au fils du roi :

- Viens avec moi maintenant, pour voir mon château.

- Moi, je ne demande pas mieux, dit-il, mais comment y aller ? 

Toi tu voles par les airs ; et je ne pourrai jamais te suivre.

- Viens sur ma nuque. 

Il alla donc sur le cou de l’aigle. L’aigle monta si haut dans le ciel, que le fils du roi en vint à avoir peur, et dit :

- Je ne désire pas aller plus loin ; descends-moi en bas !

- Non ! Non ! Tu dois aller jusque mon château ! Nous ne sommes plus loin !

 

Et celui-ci de continuer à voler, par-dessus les bois, les mers.  Ils arrivèrent enfin :

- Bonjour ma mère, dit l’aigle.

- Comment ? tu es revenu mon fils ? Tu as été bien longtemps à faire ton tour ; j’ai eu bien du souci de voir que tu ne revenais pas. 

- J’avais été bien empêché, ma pauvre mère : mais voici le fils du roi qui est venu avec moi ici.

- Le fils du roi ? Celui-ci est bien nourri, et nous ferions avec lui un bon repas !

- O ! Non, ma mère, nous ne lui ferons aucun mal ; j’ai été bien nourri pendant neuf mois dans son palais, et je l’ai invité à venir ici passer un moment dans notre château ; il faudra bien se conduire à son égard. 

L’aigle avait une soeur qui était très belle… aussi belle qu’une jeune fille puisse être. Le fils du roi la regarda, et la voulut pour épouse. Mais la vieille lui répondit que celle-ci n’était pas pour son bec. Et voici qu’il ne se fatiguait pas à être chez l’aigle, trois mois, quatre, cinq, six ! Il ne parlait pas de retourner chez lui. Tant et si bien que la vieille se fatigua de lui, et lui dit qu’il fallait qu’il parte, ou il serait mangé. Un jour, l’aigle lui dit : 

- Allons jouer aux boules, pour passer le temps.

- Oui donc, dit l’autre.

- Quelle sera la récompense ?

- Ta soeur si je gagne, et ma vie si je perds.

- C’est dit ; allons jouer. 

Ils allèrent dans une grande allée, où étaient les boules. Hélas ! Quand le fils du roi vit ces boules-là ! Elles étaient en fer, et chacune pesait cinq cent livres ! L’aigle prit sa boule, et jouait avec elle, la jetait en l’air comme si c’eût été une pomme. Le pauvre prince ne put même pas bouger la sienne. 

 - Ta vie est à moi, dit l’aigle.

- Je demande ma revanche.

- Et tu l’auras ; cependant ce n’était pas dit ! Demain, nous jouerons à nouveau. 

images (7)Le prince alla trouver la soeur de l’aigle en gémissant, pour lui raconter ses malheurs.

 - Ce n’est pas grave, répondit-elle, tu serais prêt à m’être fidèle ?

- Oui ! Jusqu’à la mort !

- Bien ! Laisse-moi faire. J’ai ici une vessie, je la peindrai en noir et je la mettrai à côté de la boule de mon frère. Quand tu la prendras, tu n’auras qu’à dire :« Chèvre, cours à ton pays ; Tu es ici depuis sept ans, Tu n’as pas eu de bout de fer à manger !» Aussitôt, tu la verras s’élever, et elle ira en Egypte. Mais fais bien attention de prendre ta boule en premier. 

Le lendemain, ils allèrent de nouveau dans l’allée de boules. Le fils du roi prit tout de suite la vessie, comme si ç’avait été une boule, et il se mit à jouer avec, à la lancer en l’air, comme une vessie qu’elle était. Et voilà très surpris l’aigle, et inquiet : 

- Comment cela se fait-il ? dit-il. 

L’aigle joua en premier, et jeta si fort sa boule, qu’elle fut bien un quart d’heure avant de retomber sur terre. 

- Beau jeu ! dit le fils du roi ; à mon tour maintenant. Et il dit doucement :

« Chèvre, cours à ton pays ; Tu es ici depuis sept ans, Tu n’as pas eu de bout de fer à manger !» Et aussitôt, la boule s’éleva dans les airs, si haut, si haut, que l’on ne la vit plus, et on avait beau attendre, elle ne retomba pas. Elle était partie en Egypte. 

- Nous avons joué chacun notre tour ! dit le fils du roi. 

Et l’aigle retourna chez lui en criant, et partit conter ce qui était arrivé à sa mère, pour se plaindre ; sa boule était perdue, qui était si belle ; il ne pourrait plus jouer quand il aurait envie ; une sorcière devait être avec lui…. 

- Il faut le tuer, dit la vieille, pourquoi attendre plus longtemps ?

- Mais, je n’ai pas encore vaincu sur lui, ma mère, et je dois le faire. Demain, nous jouerons un autre jeu, et nous verrons comment il s’en tirera cette fois-là ! 

- Va me chercher de l’eau, je n’en ai plus du tout à la maison.

- Très bien ! Demain matin nous irons ! 

Et l’aigle dit au fils du roi :

- Demain matin, nous devrons aller chercher de l’eau pour ma mère, il n’y en a plus au château.

- Bien, comme tu veux ! Mais montre-moi avant les pots.

- Les voici. 

Et l’aigle lui montra deux cuviers de cinq barriques chaque ; sur chaque paume de la main il en tenait un sans mal. Le prince alla trouver la sœur de l’aigle, très inquiet, vous pouvez croire ! 

- Tu me seras fidèle ? lui demanda-t-elle.

- Oui, jusqu’à la mort !

- Bien ! Demain matin, quand tu verras mon frère prendre son cuvier, dis-lui : «Ba ! Laisse ici ces cuviers, et donne-moi une pioche, une pelle et une brouette.» 

«Pour faire quoi ?» répondra-t-il. «Pour quoi ? Pour ramener ici la fontaine, afin que nous ne soyons pas obligés d’y aller trop souvent, nigaud !» Quand il entendra ça, il ira chercher l’eau lui-même, car il désirera pas voir détruite la fontaine, ni ma mère non plus. 

Le lendemain matin :

- Bien ! Allons chercher l’eau, dit l’aigle.

- Oui, oui, quand tu veux.

- Prend ton cuvier alors !

- Des cuviers comme ça ? A quoi ça sert des cuviers comme ça ? A perdre son temps.

- Comment veux-tu faire ?

- Donne-moi une brouette, une pioche et une pelle.

- Pour quoi faire ?

- Pour quoi faire, nigaud ? Pour ramener ici la fontaine et ne plus être obligé d’y aller trop souvent. 

- Hola ! Hola ! Cette fontaine ne sera pas détruite ! Une si belle fontaine.

- Bien ! Va donc chercher l’eau toi-même si tu veux ; moi, je n’irai pas ! 

Et l’aigle alla chercher l’eau lui-même, avec ses deux cuviers, et très en colère.

- Comment de défaire de lui ? dit-il le soir à sa mère.

- Le mettre à la broche et le manger ! répondit la vieille.

- Non ! Non ! Demain je l’enverrai abattre des arbres avec une hache de bois, et nous verrons. 

Il lui dit avant d’aller se coucher :

- Aujourd’hui, j’ai fait le travail moi-même, et demain, ce sera ton tour.

- Qu’y aura-il à faire demain ?

- Ma mère a besoin de bois pour faire du feu dans la cuisine, et tu devras aller abattre une allée de chênes qui sont là, et avant le coucher du soleil, ils devront être tous abattus. 

- S’il n’y a que ça ! dit le fils du roi ; mais il était en fait très inquiet, bien qu’il ne le montrât pas. 

Il alla alors trouver à nouveau la soeur de l’aigle.

-Tu me seras fidèle ? dit-elle.

- Oui ! jusqu’à la mort.

- Bien ! Quand tu seras arrivé dans le bois, avec ta hache de bois sur l’épaule – car il ne te donneras qu’une hache de bois – retire ta veste, metsla sur le tronc d’un vieux chêne que tu verras là, déterres ses racines, prends ta hache de bois et frappe sur l’arbre, et tu verras ce qui arrivera. Il alla le lendemain matin au bois, sa hache en bois sur ses épaules ; il retira sa veste, la jeta sur le tronc d’un vieux chêne, déterra ses racines ; il prit alors sa hache de bois : 

- Une hache de bois, pour abattre de si grands arbres ! Mais qu’importe, je verrai.

Il frappa un coup sur le tronc de l’arbre, et aussitôt, il tomba, avec un grand bruit.

- Très bien, dit-il.

 images (9)

Il alla vers un autre, et pareil ! Chaque coup, il tomba un arbre, et ainsi, en peu de temps, l’allée d’arbres fut abattue. Quand vint l’aigle, pour voir, vers le coucher du soleil, il fut très surpris. Il se mit à geindre, et alla trouver sa mère : 

- Hélas, chère maman, je suis vaincu ! Je ne puis plus jouer avec cet oiseau-là : un sorcier ou un magicien quelconque doit être avec lui ; voici abattu l’allée d’arbres jusqu’au dernier ; je suis très chagriné avec lui ! 

Pendant qu’il était ainsi à se plaindre, le fils du roi arriva :

- Je t’ai vaincu trois fois, dit-il, et ta soeur est à moi !

- Oui, hélas ! Envoie-la avec toi, et pars le plus tôt possible !

 Le prince retourna au château de son père, et avec lui, la soeur de l’aigle. Mais celle-ci ne demandait pas à être mariée tout de suite, ni même aller avec lui au palais du roi ; elle dit alors qu’elle irait servir dans une maison quelconque en ville pendant deux ans, sans dire qui elle est, pour voir s’il lui restera fidèle, comme il lui avait juré par trois fois. 

- Voici, dit-elle, avant de se quitter, la moitié de mon anneau et la moitié de mon mouchoir, afin que tu penses toujours à moi. » 

Elle fut prise comme femme de chambre chez un riche orfèvre, et le prince retourna au palais de son père. Il oublia rapidement la soeur de l’aigle, et il vint à tomber amoureux d’une princesse qui était à la cour. Voici qu’ils furent fiancés, le jour du mariage fut décidé, et les anneaux furent donnés à faire chez l’orfèvre chez lequel travaillait la soeur de l’aigle. Et il fut invité beaucoup, beaucoup de monde aux fêtes du mariage ; l’orfèvre et sa femme furent invités aussi, et même leur femme de chambre, étant donné qu’elle était une fille avait de très bonnes façons. 

Celle-ci demanda alors à son maître de lui faire un petit coq et une petite poulette d’or.

- Pour quoi faire donc ? dit sa maîtresse.

- Laissez-moi faire, ma petite maîtresse, vous verrez très bientôt pourquoi. 

Et il fut fait comme elle avait demandée. Lorsque le jour du mariage fut arrivé, l’orfèvre, sa femme et leur femme de chambre allèrent au palais, et comme le prince et sa future femme étaient très contents des anneaux et des bijoux qui avaient été fait pour eux, ils en furent très bien accueillis. La soeur de l’aigle avait emmené le coq et la poulette d’or, ainsi que les moitiés de l’anneau et du mouchoir dont le prince avait les autres moitiés. A la fin du repas, elle fut à côté de la nouvelle épouse ; et elle tira alors la moitié du mouchoir de sa poche.

- Tiens ! dit la future épouse, j’en ai un pareil au vôtre ! 

- Montrez un peu !

- Tenez ! Oui, ils sont identiques !

Et aussitôt que les deux moitiés furent rejointes, elles se recollèrent !

- Ceux-ci ont toujours été ensemble, dit la femme de chambre. 

En retirant le mouchoir de sa poche, le demi anneau tomba sur la table. La future épouse, quand elle le vit, le prit et l’approcha de l’autre moitié qui était avec elle ; et ils se recollèrent aussitôt, comme le mouchoir. Elle en fut très surprise :

 - Ne vous étonnez pas, Princesse, ceux-ci ont toujours été ensemble !

Elle sortit alors de sa poche le petit coq et la petite poulette d’or, et elle les mit sur un plateau d’étain.

- Quelles belles choses ! dirent-ils tous. 

Elle tira alors un petit pois d’or de sa poche et le mir sur le plat. Aussitôt, le petit coq l’attrapa et l’avala.

- Il est encore parti avec toi, dit la poulette.

- Chut ! la prochaine fois, il ira avec toi.

- Oui ! le fils du roi me disait aussi qu’il me serait fidèle, quand il était en train de jouer aux boules avec l’aigle. 

Le prince, quand il l’entendit, se retourna pour voir. La femme de chambre mit un deuxième pois d’or sur le plat. Le coq l’avala aussitôt : 

 - Il est encore parti avec toi, dit la poulette.

- Chut ! La prochaine fois, il ira avec toi.

- Oui ! le fils du roi m’a aussi dit qu’il me serait fidèle, quand il lui avait été dit par l’aigle qu’il devait aller chercher de l’eau.

 Tout le monde fut très surpris, et se demandèrent les uns aux autres :

- Qu’est-ce donc que ceci ? 

Le prince écoutait et était plus attentif que les autres. La femme de chambre retira un troisième pois de sa poche et le mit dans le plat, et, pour la troisième fois, le coq l’avala aussitôt.

- Il est encore parti avec toi ! dit la poulette.

- Chut ! la prochaine fois, tu l’auras.

- Oui ! le fils du roi me disait aussi qu’il me serait fidèle, lorsqu’il a été envoyé par l’aigle abattre une allée de chênes, avec une hache de bois !

 - Hola ! dit le fils du roi, en se levant, il en est assez !

Et de se tourner alors vers son beau-père et de dire :

- J’avais, mon beau-père, un trésor qui était tenu sous une petite clef parmi les plus belles ; je perdis ma clef et j’en fis faire une nouvelle ; peu de temps après, je trouvais mon ancienne clef ; me voici maintenant avec deux clefs, de laquelle dois-je me servir, de la neuve ou de l’ancienne ? 

- Respect et honneur sont toujours dus aux anciens.

 - Bien ! Mon beau-père, gardez votre fille, car j’en ai aimé une autre avant elle : elle était perdue, et je l’ai retrouvée, la voici ! 

Et alors ils se jetèrent dans les bras l’un l’autre, en pleurant de joie ! Ils furent fiancés et mariés, et pendant trois mois, il y eu des fêtes et des jeux, des danses et de la musique, et toujours du bruit !

Conte Breton paru au Magazine Lune Bleue 2007

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Les Fées : enquête

Posté par francesca7 le 27 novembre 2014

Mythologies, Contes et Apparences

S’il y a des êtres qui nous accompagnent depuis notre enfance, au travers des histoires, des légendes, des romans et des films, ce sont bien les fées. Partenaires des sorcières et des mages, des artistes et des chamans, leurs relations sont souvent intenses, toujours imprévisibles.

Mais qui sont les fées ? D’où viennent-elles ? A quoi ressemblent-elles ?

Cette première partie tentera de répondre de fa­çon résumée à ces trois questions. La seconde traitera plus en avant de la magie des fées selon un point de vue pratique. Enfin, une troisième partie viendra étayer ce dossier en abordant l’aspect spirituel d’une relation avec les fées.

les-fees• Qui sont les fées ?

Il semblerait, tout d’abord, que ces êtres qu’on nomme fées n’aiment pas être appelés ainsi. A juste titre d’ailleurs. C’est en réalité tout un peuple aux races et moeurs différentes qui porte cette appellation. Leur seul point commun réside dans la capacité à se fondre dans l’invisible. Certains elficologues en ont déduit que ces êtres appartenaient au monde éthérique (situé entre le monde physique et le monde astral) et n’étaient discernables qu’avec la vision psychique (par le 3ème OEil ou double vue). Bien que la plupart des fées ne sont pas censées discerner le bien du mal de la même façon que les humains, elles aimeraient se faire appeler plutôt « les bonnes gens » ou « le bon petit peuple » – même si certains membre sont bien plus grand qu’un humain.

Le plus souvent, les fées sont consi­dérées comme ou associées aux esprits de nature (esprit des fleurs, des arbres, esprits des éléments…). Elles sont parfois confondues avec certaines divinités voire avec les anges et ont bien sou­vent été diabolisées par les cultures patriarcales répressives.

D’où viennent les fées ?

Si nous sommes familiers, en France des contes de fées, des légendes et des lieux portant leur nom (la roche aux fées, ainsi que tous les noms comportant fées, fey, fay, fata, fada, fae…), la plupart des cultures de par le monde font aussi allusion à leur consoeurs et leurs confrères. Ainsi, avec quelques différences dans l’apparence et les moeurs, nous retrouvons largement en Europe les Fées (Fatas, Fairies…), les Elfes (Elves, Elben…), différentes sortes de Lutins (Korrigan, Kobold, Leprechauns, Brownies…), les Ondines et Sirènes (Nymphes, Néréïdes, Naïades, Mary Morgan, Selkie…) etc.

En Inde, il est souvent question des Dévas pour parler d’esprits des bois. Le terme, cependant, désigne un être lumineux et spirituel, une description qui n’est pas souvent utilisée pour dépeindre les fées en occident. Les amérindiens, eux, les appelaient, dans certaines nations, les Kachinas. De façon générale, chaque culture anciennes fait référence aux esprits de la nature. Certaines mythologies sont même principalement basées sur eux. Quant aux autres, nous trouvons fréquemment une divinité1, un saint ou un avatar qui y est rattaché. Et lorsque ce n’est pas le cas, les fées prennent alors l’apparence de démons2.

Les sceptiques verront une personnalisation des forces inexpliquées de la nature par les humains d’antan, peu au fait des manifestations physiques de la nature. Certains considéreront qu’il s’agit en réalité d’énergies conscientes, capables de se jouer des formes et des époques. D’autres enfin, ont pris le parti de croire que les fées telles que dépeintes par les contes, les mythes et les légendes existent vraiment. Mais, hormis les clairvoyants ou les personnes chanceuses – ou malchanceuses selon les cas – ayant pu les rencontrer, d’où nous viennent les images des fées telles que nous les connaissons ?

La Mythologie : dans le monde occidental, l’image des fées est clai­rement influencée par la mythologie celtique et celle nordique.

→ Dans la mythologie celtique, les fées prennent principalement deux aspects. Tout d’abord, nous trouvons le mythe des Tuatha de Danan (les enfants de la Déesse- Mère Terre Dana – Anu ou Eriu comme l’Irlande, aussi nommée Eire). Ce peuple considéré tantôt comme des dieux, demi-dieux ou des mages aurait repoussé et vaincu les Formoires et Fir Bolgs, anciens habitants de l’Irlande, prenant leur place et instaurant la paix dans ce pays. Lorsqu’arrivèrent ensuite les Gaëls (autre peuple celte venu d’Espagne), les Tuatha de Danan s’exilèrent sous terre et se fondirent dans la nature, devenant ainsi des esprits de l’Irlande.

Une autre vision des fées, alimentée par la mythologie celtique serait les Dames-Fée. En dehors des esprits et consciences qui animent chaque chose (animisme), il est souvent fait allusion à des femmes aux pouvoirs étonnants, habitant les bois et étant reliées à l’Autre-Monde. Outre leur grâce exceptionnelle et leurs pouvoirs semi divins, nous pouvons bien sûr songer que ces femmes se révélaient, en réalité, des sorcières, magiciennes ou guérisseuses ayant impressionné des esprits simples. Toutefois, ces récits ont continué de se multiplier. Avec le christianisme et l’image négative de la femme, les Dames-Fée ont souvent laissé la place à des esprits féminins séduisants mais violents et démoniaques. Autre fait intéressant concernant ce type de fées : il est très rarement fait allusion à des représentants mâles contrairement aux Elfes dans la mythologie nordique3.

→ Dans la mythologie nordique : parmi les neuf mondes soutenus par l’Arbre/ Axe cosmique de vie (Yggdrasill), nous trouvons le royaume des Elfes lumineux (Ljosalfheim) et celui des Elfes ténébreux (Svartalfheim). La notion de lumière et d’obscurité peut être largement discutée. Ainsi, les Elfes lumineux seraient tout simplement ceux qui vivent à la lumière du jour (les grands Elfes tels que nous les connaissons). Les Elfes ténébreux seraient ceux qui vivent sous terre (les Nains pour une bonne part)4.

 

Les contes et Légendes

wcztz2l5Sur la base de croyances et d’expériences, d’inspiration et d’intuition (n’oublions pas que l’imagination est fortement reliée tant à l’inconscient personnel et collectif qu’à l’intuition qui perçoit le vrai et l’invisible), les contes de fées naquirent. Des histoires de plus en plus nombreuses furent écrites et racontées sur les Fées et les êtres féeriques. Les images se multiplièrent. Avec le développement des communications, de nombreuses informations devinrent accessibles, occasionnant – hélas – des canulars et occultant parfois les données les plus essentielles. Néanmoins, nous retrouvons certains traits et aspects, moeurs et attitudes dans les histoires sur les Elfes et les Fées.

→ Les Contes de fées : malgré leur nom, ces derniers seraient bien loin d’être les plus réalistes concernant nos amies. Toutefois, l’aspect initiatique et symbolique est un élément clé de la tradition féerique. Ainsi nous retrouvons les notions de quête d’identité, l’importance des choses simples (celles naturelles), les valeurs sûres (la pureté, la confiance, l’amitié…) et la nécessité de voir au-delà des apparences.

→ Les légendes du terroir : bien que les témoi­gnages évoluent avec les époques, il s’agit d’une source importante d’informations sur les fées. Toute légende comporte une part de fabulation, de symboles mais aussi de vérité. Il est d’ailleurs amusant d’observer que certaines croyances se perpétuent dans plusieurs pays aux cultures différentes. Ainsi, on retrouve régulièrement la croyance qu’une offrande de beurre, de lait ou de miel (voire de chocolat pour les Brownies) est une offrande appréciée par les esprits féeriques.

→ Les récits actuels : avec les ouvrages fantastiques et l’avènement en puissance de la Fantasy, les fées ont vu leur portrait dessiné sous tous les angles et toutes les couleurs. Ainsi certains auteurs réinventent les moeurs et apparences des fées (selon leur fantaisie ou leur expérience), d’autres tentent d’être fidèles à la tradition ainsi qu’à leurs lectures et le reste se livrent à un mélange joyeux entre les deux principes. De cette façon, il devient difficile de s’y retrouver. A moins, bien sûr de partir de l’idée que les fées se jouent des apparences5.

 

Apparences des différentes fées :

A travers les mythes, les récits, les témoignages et les romans, voici une possible distinction des fées par race (la liste n’est qu’une partie émergée de l’iceberg) :

¤ Les Fées ou Dames-Fée ressemblent à de splendides femmes. Elles habitent les bois. A l’instar des êtres féeriques, elles possèdent de nombreux pouvoirs et peuvent se rendre invisibles ou non.

¤ Les Pixies sont les petites fées ailées, parfois assimilées aux libellules et papillons dont elles possèdent les ailes. Vulgarisées à l’époque victorienne, elles ont souvent l’apparence de fillettes joueuses.

¤ Les Elfes sont de taille humaine (souvent plus grands), avec des cheveux longs et les oreilles pointues (propres à la plupart des êtres féeriques). Créatifs et sages, ils sont d’une grande habileté.

¤ Les Lutins mesurent généralement de 10 à 50 cm. Cependant il en existe de toutes sortes. Souvent jovials et facétieux, ils jouent parfois des tours pendables.

¤ Les Dryades sont souvent considérées comme étant les esprits des arbres. Elles sont omniprésentes dans les bois.

 

¤ Faunes et Satyres sont des musiciens joueurs. S’ils ne sont pas particulièrement beaux, ils se révèlent de gais compagnons et des artistes inspirés. 

¤ Les Nains sont travailleurs. D’un caractère souvent bougon ils font néanmoins preuve d’une  force exceptionnelle. A l’instar des Lutins et d’autres fées, on trouve de petits et de grands nains. 

¤ Les Gnomes sont souvent travailleurs. Reliés à l’élément terre, il en existe de nombreuses races. ¤ Les Ondines sont sensuelles et délicates. Si les fées des eaux sont réputées pour leur humeur changeante, elles n’en restent pas moins d’une beauté sans pareille. 

¤ Les Salamandres se révèlent les moins connus des élémentaux. Liés au feu, ils possèdent d’étonnants pouvoirs magiques. 

 ¤ Les Sylphes sont gracieux et plein de sagesse. Ces fées de l’air sont souvent associées aux esprits des fleurs.

 

Résumé

Pour conclure cette brève présentation, nous pouvons remarquer que les fées sont souvent associées aussi aux esprits des morts (Dames blanches, Banshees…), aux aliens (cercles de fées et agroglyphes) ou à des phénomènes tout simplement physique (exemple des lucioles). Toutefois écarter leur existence par simple scepticisme serait faire acte de mauvaise volonté. L’une des meilleurs façons de comprendre et découvrir ce que sont les fées est justement d’aller à leur rencontre.

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1 Déesses et Dieux liés aux fées : Cernunnos, Dagda, les Dakinis, Epona, Faunus, Frey et Freya, l’Homme Vert, les Khadromas, Inanna, Pan…

2 Le terme démon, vient du grec « daemon », cor­respondant en réalité au génie, la part divine présente en chaque être.

3 On peut penser que les fées sont et ont été des transpositions du mythe de la princesse charmante tout comme les vampires (créatures souvent associées aux fées) ont parfois pris la place du mythe du prince charmant à l’heure actuelle.

4 Dans cette mythologie, nous retrouvons aussi les dragons et les géants parmi d’autres êtres magiques et féeriques.

5 La glamour, ou voile magique utilisé par certaines fées, consiste justement à tromper les apparences.

Pour aller plus loin :

Elfes et Fées, de Sirona Knight, éditions Marabout

Enquête sur l’existence des Fées et des Esprits de la nature, d’Édouard Brasey, éditions J’ai Lu ; Histoires de Fées, de Doreen Virtue, éditions Exergue

SOURCE : Texte issu du Mag des Païens d’Aujourd’hui

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Château de la Reine des Fées

Posté par francesca7 le 2 octobre 2014

près de Blaye (Gironde)

 
 
téléchargement (7)Au XIXe siècle, on pouvait encore voir près de Blaye (Gironde) un dolmen que la légende populaire affirmait être l’entrée du château des Fées dont nul être humain y pénétrant ne sortait vivant car dévoré par ses occupantes, à l’exception d’un pasteur, voyageur acceptant de relever un défi en partant à la conquête d’un œuf magique détenu par le plus puissant des mauvais génies

Il est incontestable que les traditions populaires ont une certaine importance historique ; car elles sont presque toujours un mélange de roman et d’histoire. L’on voit que ce n’est pas d’hier que la vérité se cache sous le manteau de la fable.

Il existait au XIXe siècle à Saint-Ciers-de-Canesse, près de Blaye (Gironde), un remarquable dolmen, sur lequel l’imagination populaire nous a légué une légende curieuse qui rappelleles Mille et une nuits : c’est le même mélange de merveilleux et de terrible. Ne parlez pas aux habitants de ces contrées des druides et de leurs terribles mystères célébrés sur ces blocs géants, ils vous riraient au nez sans merci. « Ces pierres levées (peyres lebades), vous diront-ils, ne voyez-vous pas que ce sont les ruines de l’entrée du castel de las Hagues (du château des Fées). »

Ils vous feront observer que tout prouve que ces pierres ont été habitées ; et, en effet, la science vous dira, avec M. Jouannet : « Que trois blocs énormes servaient de murs à ce château des Fées ; qu’il avait pour toit une pierre gigantesque, et que cette masse reposait, à sept pieds du sol, sur trois blocs et sur une pierre plus petite placée à l’entrée ; que le support du nord avait été entamé par la main de l’homme ; qu’on y avait ouvert une porte qui depuis a été bouchée. Cette particularité fait présumer qu’à une époque inconnue cet étrange réduit a été habité. Un puits, creusé auprès, semble venir à l’appui de cette conjecture. » Pour les habitants, c’est plus qu’une conjecture, c’est une incontestable réalité ; écoutez plutôt ce qu’ils racontent :

Un jeune et beau pasteur, coupable d’indépendance envers son tyrannique patron, avait franchi le support d’entrée et s’était réfugié dans cet antre maudit, dont nul être humain n’osait approcher ; car on n’avait jamais revu ceux qui y étaient une fois entrés. Ces blocs énormes étaient, en effet, la porte gigantesque du puits de l’abîme qui communiquait jusque dans les entrailles du monde, et sous laquelle passaient les mauvais génies pour se rendre dans leur empire souterrain. A peine le pasteur avait-il mis le pied sur la pierre d’entrée, que le plus affreux spectacle frappa ses regards : des ossements humains jonchaient le sol de cette horrible caverne, et, à sa voûte, des gouttes de sang figé pendaient en stalactites.

Saisi d’horreur, il détourne ses regards et se rejette en arrière ; le sol semble céder sous lui, et il se sentit aussitôt descendre. L’éclat extraordinaire du lieu où il arrive si mystérieusement le force de fermer ses yeux éblouis. Tout à coup, des bras invisibles le saisissent, l’enchaînent, l’enlèvent, et le transportent dans une salle non moins magnifique. Des colonnes d’albâtre en soutenaient la voûte de cristal. Au milieu s’élevait un trône resplendissant, ombragé par deux arbres aux rameaux d’or et couverts de rubis.

Le pasteur se croyait le jouet d’une illusion, et son admiration redoubla lorsqu’il vit entrer une gracieuse phalange de femmes, qui vinrent, une à une, prendre rang autour de lui. Elles étaient toutes d’une merveilleuse beauté. Il se crut transporté dans la demeure céleste des déesses. Mais son enthousiasme n’eut plus de bornes quand il aperçut une femme mille fois plus belle que ses compagnes.

C’était Fréa, la Reine des fées, qui suivait ses gracieuses soeurs ; Fréa, à la robe blanche et flottante, aux souliers d’or, qui portait ses noirs cheveux flottants sur ses belles épaules, et qui ornait son front pur d’une chaîne d’or et de diamants. Elle s’avançait, dans sa démarche pleine de grâce et de majesté ; quand ses beaux yeux s’arrêtèrent sur le jeune homme, un nuage de tristesse vint les voiler. Le pasteur, nourri dans la vénération religieuse de ses pères, qui adoraient la femme comme une divinité, se jeta aux pieds de ce trône, où elle vint s’asseoir. Fréa pensa qu’il implorait sa clémence : « Non, non, dit-elle, il faut mourir. »

Mais le pasteur ne l’entend pas ; saisi d’admiration, il contemple avec amour cette beauté merveilleuse et toujours jeune, dont les hommes n’ont pas idée. La reine était fée, et les fées sont femmes ; elle eut pitié de ce beau et naïf jeune homme, qui oubliait son sort pour la regarder.

– « II faut mourir », répéta-t-elle enfin d’une voix triste et émue.
– « Ah ! les dieux sont donc aussi cruels que les hommes », s’écria le pasteur avec amertume et comme sortant d’un rêve ; j’ai fui la mort pour aller au devant de la mort ; mais, du moins, je serai moins malheureux de la recevoir de votre main.
– « Ah ! ce n’est pas une même mort ! celle qui t’est préparée est horrible, épouvantable : tu seras dévoré vivant. »

La Reine des fées s’arrêta et détourna la tête pour cacher une larme, et cette larme était d’or pur. Elle reprit bientôt :

– « C’est là le tribut fatal que nous payons à Rimer, le plus puissant des mauvais génies. Ces blocs debout, sous lesquels tu t’es réfugié, malheureux enfant, sont la table où ses victimes lui sont offertes. Nul homme ne lui est échappé et ne lui échappera, s’il n’a conquis l’œuf des serpents.
– « Si c’est là une conquête qu’un homme puisse entreprendre, je l’entreprendrai, dit en se relevant le pasteur, d’un air résolu. J’ai souvent dompté les taureaux sauvages, lutté avec les ours et les loups-cerviers de nos forêts ; tombe sur moi le ciel, je ne crains rien ! »

Le courage plaît aux fées ; dans leur cœur, il est souvent le voisin de l’amour, et l’amour est bien fort. La Reine des fées, séduite, voulut sauver le pasteur. Quand fée le veut, Dieu le veut. Fréa lui donna un anneau mystérieux qui rendait invisible, pour qu’il pût échapper à la vue perçante des serpents et à leur active poursuite.

Grâce à ce puissant secours, il pénétra sans danger dans l’horrible caverne où mille serpents entrelacés avaient, de leur bave, composé l’œuf magique. Le pasteur s’en empara aussitôt, et, montant sur la table du sacrifice, il attendit sans terreur Rimer le dévorant. Au moment où la nuit devient de plus en plus sombre et où la clarté des étoiles va pâlissant peu à peu, il entendit dans les airs un bruit sourd comme un battement d’ailes, et il vit approcher, monté sur un monstrueux loup ailé, se servant de serpents en place de brides, le terrible génie de l’abîme, qui descendait sur lui avec la rapidité de la foudre pour le dévorer, comme sa victime inévitable.

téléchargement (8)Mais le pasteur, le touchant soudain avec l’œuf magique, le terrassa, le vainquit, et l’enchaîna pour l’éternité. Alors cessèrent les sacrifices humains, et le vaillant pasteur fut béni par les fées et par tous les pères qu’il arrachait à ce tribut fatal. Il ne retourna cependant pas avec les hommes, demeurant toujours avec Fréa, la Reine des fées, son sauveur. Il eut une longue et heureuse vie, car son épouse lui donna des pommes d’or qui avaient la vertu de conserver une éternelle jeunesse.

Mais comme il ne pouvait se nourrir des célestes aliments des fées, il se creusa un puits près de la porte des Géants ; avec une hache de pierre précieuse, don magnifique de sa compagne, il tailla dans le bloc du nord un réduit où il déposait le produit de sa chasse.

Telle est la tradition très peu connue du castel de las Hagues, de ce château des Fées, où nous ne voyons, nous, qu’un dolmen. A travers les festons et les gracieuses découpures du manteau de la fable apparaît la vérité toute nue. L’œuf des serpents, les sacrifices humains ; d’un autre côté, la victoire par l’amour d’un allié du ciel sur les antiques divinités ; tout cela frappe d’étonnement et nous autorise peut-être à conclure que les traditions populaires ont leur importance historique.

(D’après « L’Éducation. Gazette des femmes », paru en 1842)

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Nostalgie DU PAYS de RETZ (Bretagne)

Posté par francesca7 le 24 septembre 2014

 

téléchargement (2)MAINTENANT le Pays de Retz est dans mes mains comme un objet menu, ramassé, précieux. Je le tiens tout entier entre mes doigts et je le tourne ainsi qu’une de ces noix sculptées sur lesquelles on découvre des palmiers, des singes, des navires ou les travaux d’Hercule. Il me suffit d’un regard pour l’embrasser, d’un geste pour le parcourir. Si je veux m’arrêter sur un détail, il me faut me baisser. J’ai l’impression d’être un géant chaussé de ces terribles bottes de sept lieues qui nous privent de flâner aux lacis du paysage.

Comme la quarantaine rapetisse le champ de notre enfance ! Cet univers qui m’a dominé, je le domine à mon tour. La rivière n’est plus que ruisseau, la montagne simple mamelon, et la distance s’est repliée sur elle-même à la façon d’un décamètre que l’on met dans sa poche. J’ai grandi en âge, en compréhension, en méthode. Mon service d’imagination est à l’ordre et il suffit d’un déclic pour qu’il déploie ses synthèses. J’ai grandi en moyens aussi, étant armé de l’automobile, arpenteuse implacable des routes.

Montez à côté de moi et je vous emmène à Paimboeuf. Nous n’irons pas en festonnant la côte, par Pornic, Sainte-Marie, Préfailles, et cette baie en croissant - la concha - qui arrondit sa courbe blonde de la pointe Saint-Gildas à Mindin. C’est le trajet du touriste, la route d’émeraude, en bordure des falaises, des sables, des pinèdes, sans quitter le leitmotiv du vieil Océan jongleur qui soutient le film. Non, nous irons au plus court. Nous couperons d’un trait la presqu’île, du sud au nord, en passant par le Clion, Saint-Père-en-Retz. Il y a là des petites routes, empierrées d’une silice blanche, qui éblouissent au soleil et donnent une poussière dure comme de l’émeri, mais qui savent, au gré des ondulations, emmêler aimablement les points de vue aux bocages.

Voilà le pays : des houles successives, très douces, allongées dans le sens de la Loire, dernières rides, semble-t-il, du Sillon de Bretagne. Autour du Clion dont l’église porte clochette à l’extérieure de son bonnet pointu comme une folie, la terre est encore rabougrie par le voisinage de la mer. On franchit le canal de Haute-Perche, couleuvre jaune tapis dans les prés bas, sur un ponceau encadré de platanes malingres. Un carrefour. La route monte, l’humus paraît, roux et fort, chargé de choux bleus, de betteraves vertes ou d’emblavures fleuries de coquelicots. La haie devient plus dense, fournie d’ajoncs, d’aubépines, de genêts au coeur sucré et de saules. Des chênes bien faits, des frênes d’une belle venue, que l’on sent les pieds à l’aise dans une humidité grasse, abritent des fermes puissantes, baignées d’un fumier corsé. Les troupeaux sont nombreux, nets, riches : grands boeufs vendéens couleur froment, vaches claires aux lourdes tétines, baudets fringants et courts de garrot, encombrent les chemins à la douzaine. Une petite fille les mène, ébouriffée, joufflue, en tablier à carreaux, la voix aigre. Elle prend son chien dans ses bras au premier coup de trompe – « Ici, Bas-Blanc ! Ici, Pataud ! » – et se réfugie au fossé, vous laissant tranquillement aux prises avec les cornes.

Soudain la Loire, le paysage déchiré, la presqu’île qui s’abaisse, l’horizon dilué dans une brume opaline, et les beaux nuages bretons, denses et arrondis comme des nefs à l’ancre dans un ciel perlé ! Vous êtes au plus haut de l’échine, sur la butte qui dévale à Saint-Père-en-Retz, village de lait, de beurre et de fourrage, comme Saint-Viaud, Frossay, Vue, dont les pointes saillent dans l’est parmi les vergues blanches des trois-mâts voués à la mort. Le grand fleuve se devine, plutôt qu’il ne se voit, dans l’immense vallée que les prairies, les îles, les marais poussent à plat jusqu’aux premières côtes du Morbihan, et un dernier souffle de l’antique émotion, qui figea la horde à la vue de l’eau qui marche, vous passe encore au visage. La Loire des châteaux et des grâces, la Loire royale, couronnée par la renaissance tourangelle, l’amour des Valois, les grappes angevines, grouille là béante, limoneuse, en gésine. Plus de peupliers tremblants et virginaux, plus de sables en fuseaux d’or, plus de détours bleus sous le roc féodal, plus de mirages rêveurs aux quais d’une province qui file son rouet – Rochefort, Chalonnes, Ancenis, – et bavarde au verre de vin. La Loire, ici, engraisse de ses limons des herbagers millionnaires qui la parfument de foin coupé au mois des roses.

Pour arriver à Paimboeuf il faut reprendre la plaine, et tout, de nouveau, devient gris, ras, amer, comme au revers de la presqu’île, là-bas, au bord de la baie de Bourgneuf. Un soleil d’été foudroie un sol qui craque. Des touffes de ces tamaris ascétiques qui vivent sans eau, sans terre, sans abri, végètent le long de la route en compagnie de joncs flétris. On renifle déjà l’odeur des vases, cette odeur douceâtre et pourrie, que les roseaux cachent en eux comme un vice et qui me rappelle ma petite enfance, – je n’avais pas quatre ans, – du temps que nous habitions Trentemoult, au sud de Nantes, en bordure de ces marécages d’où les osiers étirent leurs fronts vultueux comme des victimes de Dante. La ville est là, basse, sans relief, derrière deux ou trois bouquets d’arbres et des usines rouges hors d’échelle.

Mais c’est une feinte, ces usines, chimie de guerre démobilisée à l’armistice qui n’a pu secouer le sommeil de la cité ! Paimboeuf est morte, à jamais morte, d’une mort légère, muette et poussiéreuse de vieille demoiselle, jadis courtisée, qui a fermé sa porte sur le monde et ses souvenirs. Dès l’abord les ruelles ont froid, le pavé cahote, l’herbe pousse, et vous voyez les façades aveuglées par des rideaux blancs conventuels qu’une main de cire écarte à la dérobée. L’humidité verte coule aux murs ; les mousses prospèrent. Au fond de couloirs tristes vous découvrez des intérieurs quiets, fanés, – comme celui de Tante Bougie, mon cher Octave, – que des capitaines au long cours ont ornés jadis de nattes, de fétiches, de coffrets en bois de santal, de bouddhas et de navires sous voiles insérés dans des bouteilles. Les épices d’Orient, affadies, ont fait place aux relents terreux des moisissures. A peine si l’on retrouve l’écho d’une essence de rose au fond d’un cristal capillaire. Sur les armoires il y a des pots de confiture à la rangette et, au seuil du jardin, une paire de socques, une canne, un chapeau à brides.

téléchargement (3) Le carreau, sous les pieds, est d’une pâleur agonisante à force d’être lavé, tandis que les planchers sont noirs. Même l’été l’atmosphère garde ce goût de fumée qu’elle prend aux âtres d’hiver où le cotret crachote. On écoute. Des fantômes, qui se nomment Zulma, Nathalie, Mariette, traversent le silence aux minces craquements de leurs souliers de soie, et vous n’êtes point tenté de les saisir. Mais, en rêvant, vous nouez autour de leurs ombres quelque roman d’attente, dolent et menu, où l’on voit fondre lentement un coeur en sucre.

Une sirène érafle l’air !… Ah ! le port ! le port de Paimboeuf, un des plus actifs du royaume au temps du Bien-Aimé où les corsaires rentraient des prises en pantenne, les négriers la cargaison des Indes occidentales, sur une rade encombrée de vaisseaux, de brigs, de flûtes, de panses hollandaises, de polacres espagnoles et des frégates de sa Majesté, l’accastillage ras sur les lisses de vibord. Maintenant le désert. Les gabarres, qui déchargeaient les navires pour remonter la rivière de Nantes, ont disparu. Les cargos portent à domicile. Et si on les entend siffler par le vent d’ouest, ce n’est pas qu’ils se soucient de Paimboeuf, mais parce qu’ils demandent un pilote ou l’entrée de Saint-Nazaire.

Les quais, plantés d’ormes magnifiques, regardent à vide le va-et-vient méthodique de la Loire qui, deux fois par jour, remonte vers sa source. L’immense estuaire se déplace d’un bloc, en nappe gaufrée, jaunâtre, que perce par endroits la vrille d’un tourbillon. A perte de vue l’eau coule, toute chargée des boues du vieux continent rodé depuis tant de siècles, absorbant les rives, les îles, les tours, et l’horizon en amont et en aval. Impression de mer plutôt que d’inondation, impression grise, poignante, aggravée par ce mouvement fluide, sans fin, qui étourdit. Les roseaux sont gris, l’herbe est grise, les cales sont grises, sauf les vases, miroir merveilleux des nues fastueuses. En face, dans les buées changeantes, on découvre, inscrites au ciel, les géométries terribles des chantiers de Trignac et le clocher de Donges, guindé sur l’eau comme un menhir. Les porteurs des Ponts et Chaussées, silhouettes déséquilibrées par la machine arrière, circulent d’une drague à l’autre, ces dragues hérissées, montueuses, dont la masse féodale surprend toujours lorsqu’on hante le fleuve au crépuscule.

La vie a deux sens comme la marée. Voiles et fumées montent au flux, descendent au jusant, bref passage analogue à celui d’un vol de canards.  Cargos, lougres, trains de péniches, tout se meut à la file, et les pêcheurs de plies dans leurs canots qui traînent des chapelets de bottereaux et lèchent les berges. La caravane se faufile entre les bouées du chenal, Pierre-à-l’oeil, Brillantes, Saint-Nicolas. Un ressac dur fouette les estacades, remue des croupissures écoeurantes. Paimboeuf contemple de ses vieilles façades rongées ces navires, qui ne toucheront plus jamais sa rade, et dont le choeur des retraités accompagne la manoeuvre. De-ci, de-là, entre les môles en beau granit, surmontés de petits phares blancs comme des cierges, une barque échoue, un homme tend son carrelet, le douanier flâne…

Si vous avez admiré le bel autel Louis XIII de l’abbaye de Busay, réfugié aujourd’hui dans l’église de la ville, avec ses angelots aimables et soufflés, allez vous asseoir sous les ormes et regardez à votre tour passer la vie. Elle va et vient, tout là-bas, sur le grand fleuve, insaisissable, et faisant des gestes que vous finissez par ne plus comprendre. L’eau dérive, sans hâte mais sans répit, avec une force indestructible, les roseaux dodinent, le vent soupire, le ciel bâille. Il faut prêter l’oreille pour discerner le clapotis du flot, le murmure des feuillages dans le silence bruissant où s’épanche parfois l’appel d’un navire. Un engourdissement lent et doux vous envahit. Le grand fleuve jongle devant vos yeux de ses innombrables facettes et vos paupières s’alourdissent. Pas de voix humaines, rien qu’un vieux couple en noir, qui sort du passé, foule les herbes à pas tremblants, s’efface. Derrière vous les mains de cire soulèvent des rideaux blancs, mais vous ne pouvez imaginer qu’un oeil regarde. Une glycine en fleurs, un pot de géraniums roses, et cette minuscule boutique, soigneusement close, qui porte le nom de Banque de France, vous étonnent. L’oubli s’infiltre, vous dissout, oubli du temps, des choses, de soi-même. Ah ! oui, des bateaux s’en vont au loin – vers quoi, Seigneur ! – sur cette eau étourdissante, mais, par bonheur, ils ne feront jamais escale ! Bienheureuse préfigure du néant, Paimboeuf dort et ne rêve pas.

EXTRAIT de ELDER, Marcel Tendron pseud. Marc (1884-1934) : Pays de Retz.- Paris : Emile-Paul, 1928.- 99 p.-1 f. de pl. en front. : couv. ill. ; 20 cm. - (Portrait de la France

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Gui, houx et sapin de Noël des années 1900

Posté par francesca7 le 12 septembre 2014

 

(D’après « Fêtes et coutumes populaires », paru en 1911)

 
 
2082494740_9f106c906b_oLe gui, que l’on vendait jadis pendant la semaine de Noël et du Jour de l’An, a un concurrent redoutable dans un autre végétal d’hiver, auquel on l’associe de plus en plus dans la décoration des frairies « noélesques » : le houx ; sans compter l’incontournable sapin qui, suivant sa taille, tient dans un petit pot grand comme le pouce ou pourrait abriter toute une famille à son ombre

« Au gui nouveau ! Au gui fleuri ! » Voilà qu’il retentit une fois de plus à nos oreilles, l’appel des vendeurs ambulants de mistletoe. Pendues à un gros bâton de frêne ou de bouleau, les jolies touffes vertes du viscum album balancent au pas du marchand les fines opales de leurs baies, Noël est proche. C’est un peu de l’âme de la forêt, un peu aussi de l’âme du passé, qui revit dans ce naïf appel d’un petit détaillant.

Jadis, nos aïeux s’en allaient par les rues criant l’antique Aguilané, corruption probable d’Eguinaned (le blé germe) ou, suivant d’autres, d’Acquit l’an neuf, dont le sens est plus aisé à entendre. Le gui parisien nous arrive de Meudon, de Chaville, de Verrières : il appartient à qui veut le cueillir. Les errants du pavé le savent et, confiants dans la tolérance de l’administration domaniale, ils se font une ressource, décembre venu, de la cueillette du joli végétal.

On vend bien du gui, pendant la semaine de Noël et du Jour de l’An, au pavillon des Halles ; mais ce n’est plus là du gui parisien. Importé par chemin de fer, il arrive de Normandie et de Bretagne ; il n’a point poussé sur les peupliers, comme le gui parisien, mais sur les pommiers, dont il est pourtant un dangereux parasite. Vainement, nos professeurs d’agriculture mettent-ils en garde contre ses ravages les cultivateurs normands, et bretons : le gui s’obstine ; et il est vrai que les bénéfices de sa cueillette compensent largement le mal qu’il fait aux arbres. Ce n’est pas seulement sur Paris qu’on l’expédie : l’Angleterre en fait une consommation prodigieuse. De Granville et de Saint-Malo partent chaque hiver, à destination de Southampton et de Londres, des chargements complets de gui.

Mais le gui a un concurrent redoutable dans un autre végétal d’hiver, auquel on l’associe de plus en plus dans la décoration des frairies noélesques : le houx. Cette iliacée n’a pas d’histoire ; elle ne joue pas, comme le gui, un rôle important dans nos traditions nationales. Les druides ne la coupaient pas, avec une faucille d’or, la sixième nuit du solstice d’hiver, la nuit mère, et les eubages ne la recevaient pas dans un drap de lin d’une blancheur immaculée. Mais le houx, si son passé manque de lustre, n’en est pas moins un fort aimable arbrisseau, dont les feuilles d’un vert sombre, lisses et comme vernissées, surtout les baies d’un rouge vif, font un contraste à souhait pour les yeux avec le pâle feuillage et les baies laiteuses du gui.

C’est cette opposition, vraisemblablement, qui a déterminé sa vogue. Sur les 175 espèces de houx connues, une seule habite la France, l’ilex aquifolium, au tronc droit, chargé de feuilles épineuses et persistantes, qui s’accommode des terrains les plus ingrats. Il vit en liberté dans nos forêts, où il atteint quelquefois huit et dix mètres de haut ; mais on le cultive aussi en buisson dans nos jardins. Ses applications sont fort variées : de sa seconde écorce, on tire la glu ; l’ébénisterie recherche son bois, qui prend au polissage la teinte de l’ébène ; avec ses jeunes rameaux, souples et résistants à la fois, on fabrique des manches de fouets et des houssines ; enfin, avec ses feuilles, que l’ancienne médecine utilisait comme fébrifuge, on obtient des sparadraps très adhésifs.

C’est surtout comme une plante ornementale que le houx est apprécié. D’où vient celui qu’on vend dans nos rues aux alentours de la Saint-Sylvestre ? Un peu de toutes les régions, des forêts du Morvan et de Bretagne, des boqueteaux normands, du Jura, des Vosges, même de la banlieue parisienne. Les Halles en reçoivent chaque matin de pleins chargements, que se disputent les petits détaillants du pavé.

Mais le gui, le houx, ne sont pas les seules plantes noélesques. Comment oublier encore le sapin ? Il a toutes les dimensions, ce sapin de Noël : il est tantôt un géant et tantôt un nain ; il tient dans un petit pot grand comme le pouce et, d’autres fois, il pourrait abriter toute une famille à son ombre. Mais, énorme ou minuscule, artificiel ou naturel, il porte toujours les mêmes fruits étranges : des joujoux, des sucreries, des oranges, des gâteaux, et il est tout illuminé par des cordons de lanternes vénitiennes.

Encore est-il bon de remarquer que, pour répandue qu’elle soit aujourd’hui, cette coutume des arbres de Noël était à peu près ignorée chez nous (sauf dans le Berry) avant la guerre de 1870. C’est à l’Alsace que nous l’avons empruntée, et il y a quelque chose de touchant dans cette adoption par toute la France d’une coutume restée purement locale jusqu’alors. A l’arbre de Noël s’attache le souvenir du grand Klaus, bien connu, lui aussi, des anciennes familles alsaciennes.

« Toc ! Toc ! – Qui frappe à la porte ? – C’est moi, le grand Klaus, patron des petits enfants sages, qui leur apporte un sapin tout chargé de bonbons et de jouets et qui réserve aux méchants une dégelée de coups de gaule… » Et l’huis bâillait tout large, et mein Herr Klaus entrait avec sa longue barbe de dieu polaire, ses sourcils embroussaillés, sa robe de futaine, sa hotte et son sapin. Klaus, en Alsace, est le petit nom d’amitié du vénérable évêque de Myre, saint Nicolas. Les enfants ouvraient de grands yeux, se serraient peureusement contre leurs mères, et la poignée de genêts que brandissait le bon saint leur communiquait un effroi salutaire.

C’est tout ce que voulait mein Herr : le rôle de croquemitaine lui convenait assez peu et il ne l’acceptait qu’à son corps défendant. Combien il préférait les cris de joie et les claquements de mains qui succédaient à l’émotion paralysante du premier moment, quand, de sa hotte vidée sur le parquet, sortaient, pendus aux branches du fatidique sapin, les beaux polichinelles, les sacs de pralines et les ménageries d’arches de Noé ! En Lorraine, il reprenait son nom français et faisait sa tournée accompagné du père Fouettard, qui portait des verges de bruyère et prononçait des paroles sévères dont l’à-propos étonnait les esprits enfantins.

Saint Nicolas est un peu parent du bonhomme Noël : leurs physionomies du moins se ressemblent et leurs fêtes ne sont séparées que par un léger intervalle. Et, à mesure que l’année perdait de son caractère religieux, qu’on restreignait le nombre des fêtes chômées, il arrivait qu’on ne sentait plus la nécessité d’un dédoublement de cérémonies : c’est ainsi que le grand Klaus s’effaça peu à peu devant le vieux Noël. Mais, si saint Nicolas nous a brûlé la politesse, son sapin magique a survécu. Il est, avec le gui et le houx, l’élément décoratif par excellence des veillées de Noël. C’est rarement un arbre, le plus souvent une branche fichée dans une caisse en bois, avec un peu de mousse au pied. Et il se fait, chaque année, de ces branches de sapin, un trafic considérable.

Magnifique puissance de la tradition ! Noël est vieux comme le monde : avant de devenir une fête chrétienne, il fut, chez les Celtes nos pères, la grande fête de la germination. Et le gui, le houx, les branches de sapin, qu’on vend par les rues de ce Paris sceptique et gouailleur, mais si candide au fond, attestent la persistance du sentiment ancestral. Le nom même de Noël vient du latin novellum, qui nous a donné novel, nouvel, nouveau. Sol novus, qu’on retrouve dans l’office de Noël, fut longtemps le nom du 25 décembre. Et les vieux cantiques consacrent à leur tour cette étymologie :

« Hâtons-nous de nous rendre
Près du soleil nouveau… »

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Jardin des Plantes : lieu de tout temps à la mode

Posté par francesca7 le 12 septembre 2014

(D’après « Promenades dans Paris », paru en 1906)

 

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C’est à un émouvant voyage au coeur du Jardin des Plantes, ouvert au public en 1634, que le peintre, illustrateur et écrivain Georges Cain, conservateur du musée Carnavalet pendant quelque vingt ans, nous convie en 1906, évoquant quelques souvenirs de son enfance qui s’y rattachent etretraçant l’histoire de ce lieu unique niché au sein de la capitale

Le meilleur de la vie est peut-être fait de souvenirs, écrit en 1906 Georges Cain, fils du sculpteur animalier Auguste Cain : aussi ne saurais-je franchir sans être délicieusement impressionné les grilles du vieux Jardin des Plantes où, tout enfant, un livre à images sous le bras, j’accompagnais mon père qui, comme Delacroix, comme Barye, comme mon grand-père P.-J. Mène, comme Gérôme, comme Frémiet, comme Rosa Bonheur, y installa si souvent sa petite selle à modeler à quelques centimètres des tigres et des lions qu’il copiait.

Nous y arrivions de bon matin, vers huit heures, avant l’invasion des visiteurs ; le gardien, qui s’appelait Bocquet, un grand diable, maigre, avec des yeux de flamme, caressait ses fauves, les interpellait, leur jetait de menus morceaux de viande pour leur faire donner le mouvement voulu, et ’mon père, familier par habitude avec ces belles bêtes, aux yeux parfois si doux et si profonds, leur tapotait la tête qu’elles venaient, câlines, frotter contre les barreaux.

L’odeur alcaline était violente, la chaleur lourde ; on entendait le sifflement des mangoustes et des fouines installées dans les rotondes de sortie ; parfois un rugissement de colère faisait trembler les vitres. Qu’elles étaient amusantes ces heures de travail devant les cages des fauves, dans l’arrière-couloir de la ménagerie, tout près d’une petite cour où hurlaient des chiens à l’attache !

Souvent aussi c’était dans le jardin même, sur l’herbe, devant les cerfs, les biches, les échassiers ou les vautours que ces grands travailleurs dressaient leurs petits ateliers portatifs, leurs chevalets et leurs sellettes, ou parfois à la ménagerie des reptiles, un antique bâtiment croulant de vétusté. Les crocodiles y reposaient, enserrés dans des caisses étroites comme en des cercueils ; on y voyait encore des pythons, des aspics de Cléopâtre, de hideuses araignées velues, des salamandres, des caméléons, et une couverture de laine avalée puis… rendue à peu près intacte par un serpent boa ; le directeur nous donnait des lézards verts et d’inoffensifs orvets qui causaient de folles terreurs en passant leurs fines têtes hors des poches de nos tuniques de collégiens ! Et ces courses échevelées autour du labyrinthe et du cèdre que M. de Jussieu — assure une légende dont il serait criminel de douter — rapporta « du Liban dans son chapeau », en 1735… Que c’est loin tout cela, et que de jeunes souvenirs évoque ce vieux Jardin des Plantes !

461008AnimalartistsattheJardindesPlantesAu milieu des transformations qui chaque jour modifient Paris, c’est un des rares coins qui aient heureusement gardé leur caractère ancien et charmeur ; M. de Buffon pourrait encore s’y croire chez lui ; il retrouverait même sa table de travail, reléguée dans un vague cabinet d’étude, non loin d’un groupe de marbre merveilleux, Chèvre et Enfants, dont la place devrait être au musée du Louvre et non dans un corridor. Peu de planches, d’ailleurs, seraient « à moderniser » dans le bel ouvrage que publia Curmer en 1842 : les « Huttes aux chèvres d’Abyssinie », les « Cabanes des hérons », la « Ménagerie des féroces », sont telles que les dessinaient alors Daubigny et Ch. Jacque.

Le public ne semble pas modifié : ce sont les mêmes badauds de Paris qui, penchés sur les mêmes fosses aux ours, continuent à engager l’éternel « Martin » à refaire l’ascension de l’arbre ébranché qui se dresse au milieu de la fosse. Les fleurs d’eau s’épanouissent dans les mêmes serres étouffantes et basses, près des orchidées aux formes étranges, et c’est dans le vieil amphithéâtre où professèrent tant d’illustres savants que Mme Madeleine Lemaire — qui parle des roses, des pavots et des pensées aussi merveilleusement qu’elle sait les faire revivre sur ses toiles — initie un auditoire attentif et charmé à la divine beauté des fleurs.

Dans les volumes de Curmer, de beaux messieurs vêtus comme Musset échangent avec de jolies dames drapées dans des « schalls Ternaux » de cérémonieux saluts devant « l’Entrée des grandes serres » : le décor est intact, les enfants jouent aux mêmes places, et sur les mêmes chaises de bois les mêmes grisettes, avec des costumes presque identiques, lisent les mêmes romans-feuilletons. En 1842, c’étaient les Mystères de Paris, d’Eugène Sue ; en 1906, c’est la Môme aux beaux yeux, de Pierre Decourcelle.

De tout temps, ce superbe jardin fut à la mode : Fondé en 1633 par Louis XIII sur un terrain abandonné qui servait de voirie, et dirigé par Gui de la Brosse, le Jardin des Plantes médicinales — ce fut son premier nom — eut des commencements difficiles ; mais Fagon, Tournefort, Vaillant, puis Antoine et Bernard de Jussieu, et enfin Buffon — qui mourut au Jardin des Plantes, dans le bâtiment faisant face à la rue Geoffroy-Saint-Hilaire —, coordonnent, augmentent et embellissent le « Jardin du Roi ».

Arrive la Révolution : la Nation met la main sur le « Muséum d’histoire naturelle » auquel on adjoint une ménagerie constituée avec les débris des collections royales installées par Louis XIV au bord du Grand Canal, à Versailles. Bernardin de Saint-Pierre plaida en 1792 la cause des pauvres animaux qui mouraient de faim. « Les tuerons-nous, s’était-il écrié, pour exposer leurs squelettes ? Ce serait leur faire injure ! » et le 4 septembre 1793 la collection augmente subitement ; Geoffroy Saint-Hilaire, travaillant dans son cabinet, apprend que deux ours blancs, une panthère, deux mandrilles, un chat-tigre et quelques aigles sont en bas, à sa porte, réclamant l’hospitalité.

Ces animaux, en effet, se trouvaient en état de vagabondage : à la suite d’une ordonnance de police, trois ménageries foraines avaient été saisies et expédiées au Muséum sous la conduite de leurs propriétaires indemnisés. Geoffroy Saint-Hilaire fait remiser les cages sous ses fenêtres, nourrit de ses deniers les malheureuses bêtes affamées et élève les saltimbanques à la dignité de gardiens !

Napoléon adresse à la Ménagerie les éléphants du stathouder de Hollande et les ours de Berne. Chaque année apporte sa contribution d’animaux rares et de minéraux précieux. Le Jardin des Plantes est fêté, agrandi, embelli. Le 9 juillet 1827, la girafe est présentée au Roi, et c’est un événement parisien : tout est à la girafe, on a des peignes, des broches, des manches et des ombrelles « à la girafe », son nom sert d’enseigne à un magasin de modes du passage du Saumon ; on chante même une complainte qui commence par ce vers, si j’ose dire : « C’est de l’acacia qu’elle aime à se nourrir », et se termine ainsi :

Enfin dans tout Paris on aime sa présence
Et son séjour promet la paix et l’abondance.

Sur tous les points du monde, d’intrépides et modestes savants français s’expatrient pour enrichir le Jardin des Plantes ; Duvaucel, Chapelier, Jacquemont, combien d’autres encore, sont morts sous les flèches des sauvages, les morsures dès serpents, les coups de soleil de l’Inde ou les fièvres des tropiques pour doter leur pays de bêtes inconnues, de plantes mystérieuses, de papillons féeriques, d’oiseaux rares, de brins d’herbes manquant à des herbiers. Un peu de leur âme héroïque, simple et charmante, flotte sur ce beau jardin dont quelqu’un disait : « C’est un paradis terrestre un peu vieilli : fleurs, bêtes et gens ; il y a même le serpent, et l’on y cueille des pommes inoffensives ».

Taine écrivait en 1849 à Paradol : « J’étais hier au Jardin des Plantes ; je regardais dans un endroit isolé un monticule couvert d’herbes des champs, vertes, jeunes, non cultivées, fleuries ; le soleil brillait au travers et je voyais cette vie intérieure qui circule dans ces minces tissus et dresse les tiges drues et fortes ; le vent soufflait et agitait toute cette moisson de brins serrés d’une transparence et d’une beauté merveilleuses… et j’ai senti mon cœur battre !… »

L’étroitesse des rues de Paris jusqu’au XIXe siècle, la difficulté des voyages, le peu d’élévation des maisons empêchaient les vues d’ensemble, les longues perspectives ; or le Jardin des Plantes possédait un labyrinthe, aussi ce labyrinthe, surmonté d’un belvédère, était-il, dès le XVIIIe siècle, assiégé, les jours de fête : les Parisiens découvraient Paris ! on se signalait Vincennes avec son donjon et ses tours carrées, le Père-Lachaise, les coteaux de Meudon, les ondulations de la Seine, les lointains bleus de Gentilly…

Le labyrinthe existe encore et le spectacle n’a pas varié : la foule échange à la même place les mêmes exclamations qu’aux siècles derniers !… Un public bon enfant, confondu dans le plus amusant pêle-mêle, continue à s’esclaffer aux gambades des singes, aux plongeons des otaries, aux bâillements énormes de l’hippopotame ; l’éléphant persiste à engloutir des kilos de petits pains et le chameau promène ses yeux doux et bridés sur un petit monde admiratif et joyeux ! Devant les sinistres cages, trop sombres, trop étroites, indignes de Paris, où sont prisonniers les grands félins, c’est une stupeur ; et d’odieux imbéciles agacent d’un grotesque parapluie l’animal captif qui se meurt d’étisie derrière des grilles noires.

images (8)Au muséum d’anthropologie, la foule défile, intimidée, parlant plus bas, devant ces successions de squelettes, ces ostéologies bizarres et compliquées, et ce troupeau d’ignorants nous rappelle une stupéfiante réponse faite il y a vingt ans au peintre Vibert par un vieux modèle :

— Venez travailler demain dimanche, père Sauvage, j’aurai besoin de vous pour achever mon tableau.

— Impossible, monsieur Vibert, demain je vais avec les enfants voir mon grand-père.

— Votre grand-père ? Quel âge avez-vous donc ?

— Soixante-dix-sept ans.

— Et vous avez encore votre grand-père ?

— Mais oui… au Jardin des Plantes… Il est squelette… pas loin de l’assassin de Kléber… Sauvage le Marin… Alors tous les mois je vais le voir avec mes petits-fils. Oh ! les gardiens nous connaissent, ils nous disent : « Vous venez pour le grand-père ; il est toujours-là, dans la pièce à côté ! »

De grands et vastes bâtiments contiennent d’admirables collections, présentées avec un ordre merveilleux par le savant directeur M. E. Périer, des évocations d’un autre âge, des mammouths, des bolides… Mais les amoureux du Passé regretteront toujours les adorables petites pièces Louis XV aux plafonds tapissés de crocodiles empaillés, de poissons volants, d’espadons, où se classaient les anciennes collections du « Jardin du Roi ».

Quelle intimité discrète et charmeuse ! Quel cadre idéal que ces fines boiseries grises si délicatement ouvragées ; on y admirait les plus beaux lépidoptères de tous les pays, depuis les fulgurants papillons aux éclats métalliques des Grandes Indes et des Amériques jusqu’aux phalènes de Fontainebleau qui ressemblent à des feuilles mortes jaunies et desséchées ; on y rencontrait le « grand sphynx à tête de mort » comme le minuscule papillon bleu de nos prairies de France ! Le temps avait comme poudré et légèrement terni l’éclat merveilleux de leurs colorations premières, et cela valait mieux ainsi : trop éclatants, ils auraient détonné dans ce milieu un peu vieillot, et c’était un charme de plus que d’admirer ces joyaux de l’air si légèrement recouverts d’un rien de la poussière du Passé !…

Mais le soir tombe : les rires d’enfants et les chants d’oiseaux s’éteignent ; on perçoit au loin le rugissement plaintif d’un grand félin prisonnier, une tourterelle sauvage regagne hâtivement son nid enfoui dans les branches d’un marronnier rose ; l’air est comme embaumé ; toutes les fleurs de tous les arbres exhalent vers les premières étoiles leurs derniers souffles parfumés, et la nuit bleue descend sur le Jardin qui s’endort…

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La rentrée des classes de 1912

Posté par francesca7 le 24 août 2014

Article paru dans Le Figaro du 28 septembre 1912.

images (11)Voici le temps où les enfants vont retourner au collège: une fois qu’ils y seront rentrés, ils trouveront mille choses pour les agiter et pour les distraire. Mais au moment d’y revenir, leur tristesse est grande et je les plains me souvenant de ce qu’était ma propre souffrance en de pareils jours. Dès le début de septembre, il me suffisait d’apercevoir le bout de cette large étoffe d’or des vacances pour que tout mon plaisir en fût gâté. Pourtant j’essayais de ruser, de laisser passer les journées sans les compter, de ne rien prévoir hors du présent. Mais une date prononcée devant moi par quelqu’un, ou lue par moi sur un journal, et ne fût-ce que l’inévitable retour du dimanche, repoussant toute une semaine dans le passé, cela suffisait à m’ébranler brusquement et à me tirer de ma torpeur volontaire.

La nuit, je m’éveillais en sursaut. La pensée que les vacances allaient finir m’étouffait. Je ne voyais plus dans cette fin rien de régulier: c’était pour moi comme une calamité affreuse qu’on aurait dû m’épargner. Alors, me rappelant brusquement tout ce qu’elles avaient représenté pour moi, pendant l’année qui les avait précédées, de bonheur possible, je craignais de n’en avoir pas assez joui, de n’en avoir pas fait quelque chose d’assez splendide; et comparant les plaisirs tranquilles dont elles avaient été pleines avec tout ce qu’elles m’avaient promis de vague, d’indicible et de merveilleux, je les regrettais moins dans ce qu’elles m’avaient donné que dans leur nom même, dans je ne sais quelle idée d’elles, folle, abstraite, ardente.

Mais ce qu’il fallait quitter quand venait leur terme, c’était la campagne. Les derniers jours de septembre étaient pour moi comme des amis magnifiques et faibles auxquels on allait m’arracher. C’était le moment où tout s’enflamme et s’atténue à la fois, où tout devient rose, rouge et doré. Les pampres craquaient sur les murs. Tandis que le feu, allumé dans les cheminées, donnait déjà un autre centre à la vie, dehors, comme pour rivaliser avec lui, tout brûlait aussi; les arbres, dans leur feuillage jusqu’alors commun, concentraient une richesse ardente. Les papillons et les guêpes, attirés par la tiédeur, volaient plus près des maisons. Les compagnies de perdreaux s’enfuyaient devant les chasseurs et se perdaient dans la brume irisée. Les vols d’hirondelles manoeuvraient dans le ciel avant de partir. Et il fallait quitter tout cela. Parfois aussi il faisait mauvais, et ce mauvais temps était considéré par tout le monde comme un signe et un avertissement opportun qu’il fallait revenir à la ville et que le spectacle auquel on avait assisté était terminé, puisque la pluie baissait son rideau.

Moi seul, je n’étais pas conforme à ce sentiment. Je sentais que toute l’histoire à laquelle je m’étais intéressé un instant continuait. Il ne me suffisait pas d’avoir reçu les dons publics des beaux jours d’été. Je pressentais que j’aurais goûté un âpre plaisir à respirer, dans le paysage débarrassé, le large vent de novembre. Ainsi, une fois, le matin même du départ, je voulus retourner à un petit bois où j’étais allé souvent. Je partis à bicyclette, poussant les pédales avec violence. Il tombait une pluie fine. J’arrivai au bois. J’étais inquiet, fiévreux, et lui calme, paisible, gorgé d’une verte humidité, plein de la grande lenteur de la nature, qui a tout le temps. Sur la terre sourde s’étendaient des traînées de champignons. Pour rendre moins absolue ma séparation d’avec tout ce que j’avais aimé, je m’étais promis d’emporter des plantes. Je commençai donc d’en déterrer quelques-unes, de ces fougères qui sont plus légères que des plumes. Certaines cédaient tout de suite si facilement que je sentais qu’elles ne revivraient plus ailleurs et qu’elles étaient déjà mortes. D’autres résistaient tellement qu’elles semblaient liées à toute la forêt, et j’avais la tristesse de les mutiler sans les arracher. Alors, soudain, je les laissai toutes et je revins impétueux, palpitant, amer, sans que la pluie qui tombait sur mon visage abattît ma fièvre.

* * *

téléchargement (8)Quand on était rentré au lycée, l’événement se trouvait beaucoup moins pénible que son attente. Non point que l’édifice lui-même nous disposât en rien à la belle humeur. Nous avons le secret, en France, de donner à tout ce qui est bâtiments publics l’aspect le plus froid et le plus ingrat. On dirait que nous voulons avertir ceux qui y pénètrent qu’ils ne doivent plus s’attendre au moindre agrément. Mais notre plaisir était de nous retrouver entre camarades de l’année d’avant, ayant le ton et les airs de la maison, et de faire sentir notre avantage aux véritables nouveaux, qui arrivaient on ne savait d’où, et qui étaient encore empruntés, isolés, timides. On a beaucoup écrit, dans la littérature moderne, sur les enfants, et principalement sur les enfants solitaires; on les considère comme des sources de poésie et, en effet, cela peut être. Mais dans les petites sociétés qu’ils forment ensemble, je doute qu’on trouve rien de bien romanesque et d’attendrissant. La dispute des vanités y est aussi aigre que dans le monde des grandes personnes. Comme l’a dit La Bruyère, «ce sont déjà des hommes». Toute l’affaire, pour chacun de nous, était de faire, de ses vacances, des récits capables d’éclipser ceux des autres ; aussi s’agissait-il bien moins de raconter des émotions que nous avions eues, que des prouesses que nous avions faites. Tandis que nous parlions ainsi, avec une faconde où l’invention se substituait de plus en plus au souvenir, les plus belles joies que nous avions ressenties étaient déjà perdues pour nous et au moment même où nous étions dans toute l’ébullition de nos vanteries, comme ils étaient loin de nous, les vrais plaisirs de nos vacances!

* * *

La rentrée aussi comportait des plaisirs qui lui étaient propres, et dont le plus grand était celui de tout commencer, d’être sans passé et, pour ainsi dire, sans reproche. Nous faisions presque tous le ferme propos de n’encourir aucune punition, de ne pas souiller d’une tache notre netteté, et le paresseux lui-même se jurait d’être exact et diligent. L’achat de cahiers, de livres nouveaux, tout concourait à confirmer cette illusion. En feuilletant les livres d’histoire dont nous venions de faire emplette, nous regardions les portraits de personnages dont nous ne savions rien encore, leur air sombre ou rechigné. Nous pensions que nous allions les connaître. Les sciences dont nous devions entamer l’étude n’exerçaient pas sur nous moins d’attraits. La géologie parlait de volcans, de grands pays vaseux et encore informes où des monstres balourds marchaient entre d’immenses fougères, mais elle se signalait surtout par les couleurs vives et tranchées de ses belles cartes. L’histoire naturelle nous promettait la révélation des secrets de notre corps. La physique se représentait à nous par tout un jeu de miroirs, se renvoyant des rayons avec une vigueur splendide. Mais la chimie l’emportait sur tout le reste. C’était la science par laquelle ce qui est jaune vient bleu, qui fait brûler du feu dans l’eau et qui travestit et intervertit tous les objets comme les personnages d’un bal masqué. Tout fiers d’accéder à ces connaissances sévères qui faisaient de nous des hommes, nous n’en portions pas moins, dans le temple austère des sciences, des âmes d’enfants, encore avides de merveilles. Mais bientôt nous étions déçus. Dans la géologie ou la botanique nous retrouvions le même ennui que dans nos autres études. Le professeur de chimie était fort chiche d’expériences et, lors même qu’il en tentait quelques-unes, il arrivait qu’il les manquât et nous devions constater que tout ne se passait point avec la promptitude magique que nous escomptions et que les choses tenaient plus que nous n’aurions cru à leur forme et à leurs couleurs coutumières. Enfin, nos belles résolutions s’amollissaient, nos livres devenaient sales, et dans la marge d’abord intacte de nos cahiers rentrait tout un peuple de bonshommes et de fantoches qui narguaient le texte qui leur faisait face. Chacun de nous reprenait son caractère. Le paresseux retombait dans ses ruses et dans ses détours. Ainsi notre vie d’écoliers perdait peu à peu la franchise et l’éclat des premiers jours et nous nous apercevions que ce que nous avions pris d’abord pour une année nouvelle n’était qu’une année de plus.

Dans nos études, ce qui restait bon, solide, excellent, c’était le grec, le latin, le français. Je n’ai rien retenu des sciences dont on m’a frotté. Mais à ma ceinture pendant encore les trois clefs d’or qui m’ouvrent les trois langages superbes. Je revois la classe tranquille et studieuse, où, dans la lumière de l’après-midi, nous expliquions les vers de Virgile. La voix de l’élève s’élevait, reprise de temps en temps par celle du maître. Alors, comme sous un cristal infrangible, ces mêmes images de la nature que nous avions eues devant les yeux, pendant nos vacances, se représentaient à nous, fixées, éternelles. Nous revoyions les troupeaux, les bergers, le hêtre et le chêne. Nous apprenions que ce qui avait ébranlé nos cœurs avait déjà ému, dans des temps lointains, une âme auguste. Nous nous apercevions que nous n’étions pas les premiers à vivre. L’oeuvre d’un poète nous reliait à toute l’humanité. Ces impressions de la campagne, qui auraient risqué d’être en nous légères et fugitives, prenaient plus d’autorité et d’importance, grâce aux vers qui nous les rendaient. Dans la petite classe ensoleillée, il y avait là des moments dont j’admire à présent toute la beauté, quand, à travers les siècles vaincus, ce grand Virgile arrivait jusqu’à nous et caressait gravement nos âmes enfantines.

Je ne sais point ce que sont les professeurs en 1912, mais je souhaite seulement qu’ils vaillent les maîtres qui nous instruisaient il y a quelque quinze ans. Ils avaient plus ou moins d’esprit, mais il n’en était pas un, pour ainsi dire qui fût destitué des vertus de son état. Ils étaient très consciencieux, et si naturellement, qu’ils n’y prenaient même plus garde. Un de leurs travers était dans une sorte de dédain pour les exercices du corps et pour la vigueur physique, où ils voyaient toujours une menace de brutalité: ils avaient tort ; mais dans cette erreur même il ne faut trouver qu’une conséquence de la haute idée qu’ils se faisaient de l’esprit. Ils avaient la grande qualité de n’être pas à la mode, et se souciant peu de ce dont on téléchargement (9)parlait sur le moment, ils nous entretenaient seulement de ce qui ne passe point. Ils étaient, pour la plupart, assez au-dessus de l’argent, sans envie, et si bien à leur place, qu’il émanait d’eux une autorité morale qui rendait leur enseignement plus efficace. Car pour apprendre quelque chose aux enfants, ne fût-ce que des règles de grammaire, il ne suffit point de les savoir. Il faut être probe, sérieux, désintéressé, attentif enseigner est une si belle fonction qu’elle ne peut s’exercer sans le secours de toute l’âme.

Je ne prétends point avoir des idées sur l’éducation, c’est un sujet trop grave. Je me contente de faire des rêves. Je voudrais que les enfants fussent élevés hors des villes, dans l’amitié de la nature, du ciel et du vent. L’enfance est comme un torrent superbe, tous les gens et tous les partis ne songent qu’à le capter, pour qu’il vienne féconder leurs champs stériles. On ne devrait, au contraire, élever les enfants que pour ce qu’il y a en eux de plus personnel et pour ce qui s’y trouve de plus permanent, pour eux-mêmes et pour leur pays. À l’âge où ils sont le plus sensibles, il faudrait imprimer dans leur âme quelques marques ineffaçables. Il ne s’agirait pas de leur faire du monde et des hommes une fade image qui serait démentie à leur premier regard, mais seulement de leur assurer que, quelles que soient la médiocrité et la bassesse communes, la vie la plus réelle est dans ce qu’il y a de plus beau. C’est ainsi, et non autrement, qu’on les placerait vraiment sous l’invocation des poètes.

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