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A la chasse aux plantes autour de Paris

Posté par francesca7 le 12 septembre 2014

 

(D’après un récit paru en 1902)

images (9)On a déjà écrit bien des livres sur les chasseurs de plantes des forêts tropicales qui, au péril de leur vie, vont chercher les orchidées rares et les liliacées décoratives, dont les horticulteurs font ensuite « leurs choux gras ». On en pourrait écrire presque autant sur les pauvres diables qui doivent chercher leurs moyens d’existence dans la maigre flore parisienne. Non pas en décrivant les dangers courus qui, ici, sont pour ainsi dire nuls, mais en racontant leur mode de vie ; tous, malgré la médiocrité de leur condition, sont des indépendants, assoiffés de liberté et d’air pur. On les croit des paresseux ; il n’en est rien et, en utilisant l’activité qu’ils déploient dans un métier salarié par un patron, ils vivraient grassement. Heureusement pour eux, toutes les plantes ne poussent pas en même temps ; cela leur permet de varier leurs plaisirs et de gagner de quoi vivre à peu près toute l’année. Un métier où il n’y a pas de chômage, voilà, n’est-il pas vrai, qui n’est pas ordinaire ?

Il n’y a guère qu’une plante que l’on rencontre en toutes saisons, c’est le mouron des oiseaux qui constitue le fonds le plus solide des petits commerçants dont nous parlons. On en trouve partout, dans les endroits les plus incultes, le long des murs, sur le bord des chemins qu’il égaie par ses touffes gazonnantes émaillées de fleurs blanches. Mais la corporation des marchands de mouron est si nombreuse, – on dit qu’elle se chiffre par deux mille membres – que les « placers » des environs immédiats de Paris ne tardent pas à être mis à sac. Il faut alors en chercher plus loin, souvent jusqu’à plus de vingt kilomètres.

Les uns se contentent d’emporter avec eux des bâches où ils mettent la récolte au fur et à mesure ; ils rapportent les ballots sur leur dos et je vous prie de croire que ce n’est pas là une sinécure !

J’en ai vu, de ces camelots, qui en rapportaient, – l’homme et la femme réunis, – jusqu’à quatre-vingts kilos ; il est vrai que, pour rentrer dans la capitale, ils prenaient le train, comme des sybarites, mangeant ainsi, – c’est le cas de le dire, – leur récolte en herbe. Les autres emmènent avec eux une brouette ou même une voiture à bras ; ceux-là sont les « gros commerçants » qui n’en sont pas plus fiers pour çà, car, obligés de revenir pedibus cum jambis, ils se voient parfois contraints de loger à la belle étoile.

Tous, d’ailleurs, ne peuvent faire une récolte très abondante, car le mouron n’est vendable que trois, quatre ou cinq jours au plus après la cueillette ; bien que se fanant relativement moins que les autres plantes, il finit, surtout pendant les chaleurs, par prendre un aspect lamentable ; le client n’en veut plus, craignant de faire injure à ses chers petits fifis en leur offrant une marchandise avariée. Ceux qui récoltent le mouron – c’est encore une caractéristique du chasseur de plantes – le vendent eux-mêmes au public. Ils le mettent sur des hottes ou dans des paniers et parcourent les rues en criant la chanson classique : « Voilà du mouron pour les p’tits oiseaux » ! Ou encore ce cri où se révèle l’âme sentimentale des Parisiens : « Régalez vos petits oiseaux » !

Le mouron est particulièrement abondant en été ; les marchands ont alors toutes les peines du monde à écouler leur marchandise à raison de un sou la botte. Au total ils préfèrent l’hiver où ils vendent deux sous la botte la plus insignifiante ; il est vrai que la récolte dans les champs est beaucoup plus maigre et pénible. Mais, au moins, on a la satisfaction de ne pas gâcher le métier par un bon marché excessif. Chaque marchand a son quartier déterminé, qu’il conserve pour ainsi dire toute sa vie, d’abord parce que s’il allait ailleurs, il serait fort mal reçu par ses confrères ; ensuite, parce qu’il a ses clients déterminés, qui lui font des commandes « fermes ».

On connaît son cri joyeux ; on accourt sur le pas de la porte et, tout en vendant sa botte, il a un mot aimable pour chacun. Et je ne serais pas étonné si l’on me disait que les serins et chardonnerets tressaillent d’allégresse quand ils entendent : « Du mouron pour les p’tits oiseaux ! Un sou la botte ! »

Le printemps est l’époque où le chasseur de plantes a le plus à faire. Le Parisien adore les fleurs ; privé de cette joie pendant tout l’hiver, il en réclame dès que les frimas sont passés et que se font sentir les premières effluves, – oh combien troublantes ! – du renouveau de la nature. Ces fleurs, il ne faut guère les demander aux jardins dont la floraison n’arrive que tardivement, et sans nos camelots il risquerait fort de voir ses vases de fleurs vides.

Dès février quelques-uns se rendent à Trianon ou dans les bois avoisinants, pour récolter le gracieux perce-neige qui a d’autant plus de valeur qu’il est plus rare ; sa corolle blanche est du plus charmant effet et n’a que l’inconvénient de se faner assez vite.

Le perce-neige n’est qu’un maigre lever de rideau auquel d’ailleurs ne prennent part qu’un très petit nombre de comparses. Le premier plat de résistance apparaît en mars avec le narcisse jaune que l’on va récolter dans les forêts de Sénart et de Bondy, où il pullule sur d’énormes étendues de terrain. Rien n’est moins gracieux que cette fleur, « mastoc » en diable, dépourvue de légèreté et d’élégance. En plein été, on n’en voudrait pas pour rien ; mais au printemps, on l’accepte avec reconnaissance tant on a été sevré de fleurs pendant la mauvaise saison.

Les camelots le savent bien et en font une ample moisson ; je dois cependant avouer à leur courte honte qu’ils en font des bouquets ignobles, les fleurs collées les unes contre les autres. – telle des sardines dans une boîte, – avec, au milieu et autour, les feuilles mêmes des narcisses qui ressemblent tout à fait à celles, archi-prosaïques, des poireaux. Un bel après-midi de dimanche est, cependant, pour eux un véritable coup de fortune, car ils, vendent sur place les bouquets aux nuées de cyclistes qui reviennent de Fontainebleau par la grand’route. Certains en achètent quatre bonquets, pour placer un au milieu du guidon, deux aux poignées, et, – les farceurs, – un à la selle.

A quatre ou cinq sous le bouquet, vous voyez que cela chiffre vite. Et puis, le soir, on se hâte de faire une nouvelle récolte pour vendre le lendemain dans Paris. Mais sitôt la floraison, d’ailleurs très courte, des narcisses achevée, la forêt de Sénart ne donne pour ainsi dire plus rien. Les chasseurs de plantes transportent leurs pénates dans les bois de Meudon ou de Chaville qui, pour quelques, semaines, vont devenir une mine… de bronze. C’est d’abord l’anémone sylvie, qui est bien l’une des plus aimables fleurs que je connaisse. Est-ce parce que je l’associe dans mon esprit à l’arrivée du printemps, aux bonnes promenades que l’on fait à cette époque dans les bois ; est-ce parce qu’elle me rappelle quelque souvenir agréable ? Je ne sais ; mais ce qui est bien sûr, c’est que nombre de Parisiens partagent mon goût, car au printemps, les bois de Meudon sont envahis par une nuée d’amateurs d’anémones.

images (10)La vente de cette fleur dans Paris même ne va pas toujours très bien, car elle se fane presque aussitôt cueillie et le bouquet prend alors l’aspect d’une botte de foin. Ceux qui savent combien vite elle « revient » dans l’eau l’achètent pour en garnir leur home. Les trois feuilles vertes qui se trouvent sous leurs fleurs se marient agréablement avec le blanc délicat des corolles et en font de charmants bouquets restant frais pendant plus d’une semaine, surtout lorsqu’on a récolté des boutons de cette « Reine des bois ».

Hélas, la floraison de la douce sylvie ne dure guère et ce serait pour les chasseurs de plantes l’abomination de la désolation si elle n’était suivie de très près par la jacinthe des bois encore plus abondante qu’elle dans les bois de Meudon. Ses tiges un peu penchées, couvertes de fleurs violettes, ne sont pas sans charme, bien que n’atteignant pas la maîtrise des jacinthes cultivées, d’autant qu’il leur manque l’odeur qui fait la grande qualité de ces dernières. Quelques personnes seulement… en se suggestionnant à outrance arrivent à lui trouver un léger parfum, mais si faible, si menu.

Mais les amateurs de parfums ne tardent pas à prendre une revanche éclatante avec le muguet qui apparaît vers la fin avril. Encore plus que pour les espèces précédentes il faut, pour savoir où le cueillir, être ferré sur la répartition géographique des plantes, dans les environs de Paris. On peut parcourir d’énormes espaces dans les bois sans en rencontrer un seul pied ; puis, tout d’un coup, on tombe sur une tache où ils abondent d’une manière invraisemblable. Chaque chasseur connaît ainsi quelque « bon coin » et se garde le plus possible de le faire connaître.

C’est que la lutte pour le muguet est aussi âpre que la lutte pour la pièce de cent sous. Le camelot sait bien qu’il a l’écoulement sûr et rapide de sa marchandise ; il en est si certain qu’il cueille même le muguet à l’état de bouton, alors qu’il est pour ainsi dire informe et n’a guère d’odeur. Mais on a l’espoir qu’il fleurira dans l’eau, ce qui arrive en effet souvent, mais pas toujours. Quand il est bien épanoui, le muguet est une des plus admirables fleurs que nous donnent les bois et même les jardins, et à l’élégance de la fleur, à la délicatesse de l’inflorescence, elle joint un délicieux parfum, d’une finesse exquise, d’une persistance rare. Sa récolte est si rémunératrice qu’elle provoque l’apparition, au voisinage des gares et des stations, de bateaux de chasseurs de plantes accidentels, que les « professionnels » regardent d’un mauvais oeil. Et cependant, cette récolte est fort pénible : regardez la minceur d’une hampe de muguet, et supputez la quantité de brins qu’il faut pour faire le moindre bouquet de deux sous !

Les plantes dont avons parlé dans la première partie sont celles qui, au printemps et en été, donnent lieu à un « gros » commerce. A côté d’elles viennent s’en placer d’autres, d’importance moindre, de vente plus aléatoire et que le chasseur rencontre souvent accidentellement dans ses pérégrinations.

Parmi elles il faut citer la primevère officinale et la primevère élevée, vendues toutes deux sous le nom de coucou, et dont les fleurs sont d’autant plus goûtées qu’elles viennent au printemps et que l’on vend fort bon marché ; la pervenche, que certains camelots vont chercher jusqu’aux environs de Dourdan, soit à cinquante kilomètres de Paris ; les violettes, auxquelles malheureusement celles du Midi font un tort considérable, bien que ne les égalant pas, – loin de là – au point de vue du parfum ; les renoncules ou boutons d’or, qui « vont » toute l’année et se vendent facilement à cause de leur longue durée ; le caltha des marais, grandes fleurs jaunes dorées, d’un effet admirable, qui ne pousse qu’aux bords des rivières et que l’on récolte assez abondamment sur les rives de l’Yvette, à Chevreuse notamment ; l’ail des bois qui fait de jolis bouquets blancs, mais qu’il faut bien se garder de sentir ; les genêts, couverts de fleurs jaunes, abondants partout ; l’aubépine, que l’on verrait certainement plus souvent dans les rues de Paris si ses aiguillons n’en rendaient le transport un peu pénible ; les marguerites, bleuets, coquelicots, qui foisonnent dans les champs de blé ou d’avoine, mais pour la récolte desquels le chasseur risque le fâcheux procès-verbal ; les roseaux et les massettes, curieuses plantes communes dans certains étangs ; enfin les bruyères, qui terminent la série au mois d’août et de septembre et que l’on va « chasser » dans le bois de Meudon et la forêt de Fontainebleau, où le stock est inépuisable.

Toutes ces plantes se rapportent coupées pour en faire des bouquets. Quelques camelots s’adonnent aux végétaux enracinés et destinés par suite à être « empotés ». Parmi eux il faut surtout noter les pâquerettes, d’une robustesse remarquable, et qui n’ont pas leurs pareilles pour orner la fenêtre de Jenny l’ouvrière ; diverses fougères, notamment des polypodes, qui « reprennent » très difficilement ; quelques carex ; du lierre, et quelques autres de moindre importance.

D’autres s’adonnent à la récolte des plantes médicinales et doivent, par suite, avoir quelque notions de botanique. Je ne serais pas étonné si certains d’entre eux étaient d’anciens potards ayant trop fait la fête ou des droguistes dont les affaires sont dans le marasme. Près des Halles, rue de la Poterie, se tient sur le trottoir, le mercredi et le samedi, un petit marché d’herbes médicinales où viennent se fournir les herboristes et certains pharmaciens. Les vendeurs se divisent en deux groupes : les cultivateurs qui viennent y vendre la mélisse, la menthe, l’armoise, l’absinthe, la lavande, qu’ils ont fait pousser eux-mêmes, et les camelots qui débottent les plantes cueillies dans les bois.

Celles-ci varient naturellement avec les saisons ; parmi les plus connues, citons la feuille de ronce, si employée dans les maux de gorge ; les feuilles de noyer, « chipées » de-ci de-là ; le chiendent, bien négligé aujourd’hui ; la douce-amère, la petite centaurée, lesfleurs de sureau, le laurier blanc, le coquelicot, la violette, le bouillon blanc ; en un mot toute la série des « simples », dont l’usage, malheureusement pour la corporation qui fait l’objet de cet article, diminue sans cesse.

L’automne et l’hiver n’arrêtent pas les pérégrinations et le commerce des chasseurs de plantes. Au contraire, il leur faut encore plus travailler, non pour récolter des fleurs, – il n’y en a plus – mais des fruits et des plantes vertes que, dans la semaine, ils livrent à leurs clients habituels, et que, le dimanche, ils vont vendre, au marché aux oiseaux. C’est qu’en effet cette flore automnale est très goûtée des diverses catégorie de volatiles. A côté de l’éternel mouron, ils vendent aussi du seneçon, des baies d’épine-vinette, du plantain, des baies de sureau ou de vigne vierge, des graines de chardon ; en somme, tous les fruits sauvages au péricarpe succulent et les graines agréables à grignoter. Tout cela, en raison de la rareté, se vend fort cher ; mais que ne feraient pas les vieilles filles sentimentales pour leurs chers petits musiciens ?

A l’automne, on récolte aussi diverses plantes décoratives, pour leur feuillage ou leurs fruits. Les plus connues sont les houx, aux feuilles luisantes, épineuses, aux fruits rouges, et le gui, la plante de la Noël, le mitstletoé des Anglais, à l’allure un peu mystique. La récolte du gui est des plus pénibles, car il faut aller cueillir cette plante parasite sur les pommiers et les téléchargement (5)peupliers et souvent scier les branches pour s’en emparer. Les camelots rapportent les touffes attachées aux deux extrémités d’une longue gaule qu’ils tiennent sur leur épaule souvent meurtrie.

Ne croyez pas que j’aie terminé la liste des catégories de chasseurs de plantes. Il y en beaucoup d’autres ; mais il serait fastidieux d’y insister. Laissez-moi cependant vous présenter : celui qui récolte les pieds de pissenlits sauvages que certains gourmets adorent en salade ; celui qui cueille les feuilles de plantain et d’érable pour garnir les compotiers de fruits ; cet autre dont la spécialité est de chercher les branches bizarres pour en faire des corbeilles originales ; celui-ci qui s’adonne à la récolte des frêles graminées, Airas, Brizes, Stipes, Bromes, etc., pour en faire des bouquets perpétuels ; celui-là qui travaille – qui l’eût dit ? – pour les passementiers en récoltant des fruits d’aulnes, des glands, etc. dont on fait des garnitures après les avoir dorés ou plutôt bronzés artificiellement ; enfin, ce dernier qui récolte les « coeurs » des coquelicots, bleuets et marguerites, – les trois couleurs du drapeau national – pour les faire entrer dans la confection des fleurs dites artificielles.

Publié dans FLORE FRANCAISE, Paris | Pas de Commentaires »

Aux abords de la Rade de Brest

Posté par francesca7 le 6 septembre 2014

 

220px-Vue_cavalière_de_BrestEn raison de la remontée du niveau des mers après les dernières glaciations quaternaires, les cours d’eau, même les plus modestes, ont de larges et profonds estuaires dénommés rias ou abers, pénétrant profondément à l’intérieur des terres, les parties aval des anciennes vallées ayant été envahies par la mer lors de la montée des eaux consécutive au réchauffement climatique post-glaciaire : c’est ainsi que Landerneau, Daoulas, Le Faou, Châteaulin sont ou ont été des ports de mer et qu’aujourd’hui encore, l’influence des marées se fait sentir jusqu’au niveau de ces localités (sauf pour Châteaulin sur l’Aulne où l’aménagement de l’écluse de Guily-Glas à Port-Launay a justement été fait pour l’éviter). Le port de Brest est né dans la ria de la Penfeld, profitant lui aussi du tirant d’eau important malgré la modestie de ce petit fleuve côtier. Ce n’est qu’à partir duSecond Empire que progressivement le port s’est étendu en rade de Brest.

Depuis de nombreux siècles, Brest est un important port militaire. Ainsi, la rade de Brest possède de nombreuses installations militaires, telles que :

  • l’arsenal de Brest, au nord de la rade ;
  • la base opérationnelle (base sous-marine) de l’île Longue, au sud-ouest ;
  • l’École navale et le groupement des écoles du Poulmic, à Lanvéoc ;
  • le cimetière des navires de Landévennec.

On y trouve également nombre de vestiges de fortifications militaires et de vestiges des siècles derniers, comme les forts du Portzic, de la pointe des Espagnols, de la pointe de Lanvéoc, de lapointe de l’Armorique, de la pointe du Corbeau, les ducs d’Albe près de la pointe de l’Armorique et ceux qui ont servi de support à la construction de l’appontement pétrolier de Lanvéoc, la ligne de fortifications de Quélern…

De nombreux ports sont installés depuis longtemps sur le pourtour en particulier dans les estuaires et plus précisément les fonds d’estuaires qui étaient le lieu d’échange des charges routières et marines. Landerneau, au fond de la ria de l’Élorn en a tiré une grande richesse, dès le Moyen Âge, étant encore, en 1790, la deuxième ville la plus riche du département naissant (après Morlaix), en disputait le chef-lieu à Quimper. Brest n’était alors qu’un port militaire qui offrait peu de place dans le maigre estuaire de la Penfeld aux rares bateaux de commerce.
Ce n’est qu’au milieu du xixe siècle que le remblaiement de la plage de Porstrein permettra de créer des quais utilisant des tirants d’eau exceptionnels allant jusqu’à 20 mètres. On a d’ailleurs envisagé vers 1975 de créer un port spécifique aux énormes pétroliers géants sur la presqu’île de Plougastel. Châteaulin, situé dans l’estuaire le plus long, celui de l’Aulne a également été un lieu commercial très actif, car situé sur un carrefour sur un axe routier majeur reliant le Nord au Sud et ouvert sur de vastes territoires ruraux dans chaque direction.

L’Annuaire de Brest décrit ainsi en 1840 le service de la rade :

« [Pour la rade], les chaloupes partent de la cale aux vivres, à Recouvrance, le lundi et le vendredi de chaque semaine, de 2h à 4h du soir (…); le prix du passage ne s’élève pas au-dessus de 50 centimes. Elles se rendent aux lieux suivants : la côte de Plougastel depuis Saint-Jean, L’Hôpital, Daoulas, Le Faou, Landévennec,Lanvéoc, Le Fret, Rostellec, Quélern, Roscanvel, Camaret. Elles partent des mêmes lieux pour Brest, le lundi et le vendredi, de 4 à 5, 6, 7 ou 8 heures du matin. »

Le petites villes de Daoulas et du Faou gardent aussi les traces bâties d’un important trafic commercial médiéval sur leurs estuaires propres. Les ports de Crozon et de Lanvéocsont directement sur le rivage, mais ont été les points d’appui d’un important et ancien trafic de cabotage pour lesquels des bateau de charge à voile ont été développés. Ce cabotage bénéficiait donc de nombreux lieux d’atterrage d’une grande sécurité sur une très vaste superficie. Les produits transportés étaient essentiellement des produits agricoles et des matériaux de construction (pierre à bâtir, sable, maërl, chaux, bois) et ce trafic a été stimulé par l’ouverture du Canal de Nantes à Brest en 1858 en permettant à des péniches de remonter et descendre dans tout le centre de la Bretagne. Le transport des passagers complétait les charges, car, à la belle saison, il permettait d’éviter de longs déplacements sur des routes souvent de mauvaise qualité.

La rade abritait autrefois en raison de sa configuration une grande diversité d’habitats naturels, une productivité biologique et une biodiversité très élevée. Elle comprend encore des sites d’importance communautaire européenne pour les oiseaux, plusieurs réseaux d’habitats et de corridors biologiques sous-marins et littoraux importants, qui ont été très affectés par les activités humaines pour la partie nord-ouest, mais qui ont justifié le classement d’environ la moitié de la rade en zone Natura 2000.

La_rade_de_Brest_et_l'escadre_cuirassée-Michel_Willenich_mg_8189

Une étude a porté sur l’incidence des cancers des enfants (de 1991 à 2005) autour de la rade, en raison de la proximité d’une base de sous-marins. Un excès d’incidence des leucémies existe dans le Finistère, dû à un excès en 2000-2001 à Brest (qui évoque une cause environnementale ponctuelle dans le temps), sans qu’on ait pu l’associer aux sites nucléaires de défense. L’incidence de tous les cancers (hors leucémie) a également augmenté sur la totalité du Finistère de 1999 et 2004, mais pas localement ; ni dans la rade de Brest ni à Brest.

La rade est également victime des séquelles de guerre et en particulier des séquelles des vagues de pollutions que la rade a connues lors de la Première ou de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). Les pollutions relictuelles liées aux munitions immergées ou non explosées peuvent s’aggraver avec les premières fuites massives, que les experts prédisent dans les années 2000-2010.

La rade abrite encore quelques petits herbiers de zostères (équivalents atlantiques des posidonies de Méditerranée). Ces prairies sous-marines sont peu profondes, dont l’une àKernisi découvre même à marée basse, ce qui est devenu exceptionnel dans le Finistère. Les ancres et leurs chaînes ainsi que les corps-morts et certains matériels de pêche dégradent ces herbiers.

Les zostères sont à la fois abri, zone de frayère et de nutrition, nourricerie pour de nombreuses espèces, constituant un habitat irremplaçable pour certaines et alimentant lalaisse de mer. Elles sont notamment l’habitat exclusif de l’hippocampe, qui régresse à la même vitesse que les herbiers.

La « Légende des Sept-Saints » concerne sept enfants qui auraient erré en rade de Brest de Landévennec, au Faou et à Daoulas, et parvenus jusqu’à Brest. La première paroisse de Brest leur fut consacrée (paroisse des Sept-Saints). Le texte intégral des différentes versions de cette légende est consultable.

La rade de Brest est une grande baie de 180 km² située dans le Finistère en France. Elle est reliée à l’océan Atlantique, nommé à cet endroit la mer d’Iroise, par un passage large de 1,8 km qui se nomme le goulet de Brest.

Ce très grand plan d’eau est navigable toute l’année.

 

Publié dans COURS d'EAU-RIVIERES de France | Pas de Commentaires »

Lâcher d’oiseaux pour la Pentecôte

Posté par francesca7 le 20 juillet 2014

à l’origine de curieuses enseignes

(D’après « Les fêtes légendaires », paru en 1866)

Si l’usage voulait que l’on lâchât des oiseaux pour célébrer l’entrée des rois de France à Paris, la coutume prévalait également dans les églises de la capitale pour la Pentecôte, et fut d’ailleurs à l’origine d’un fait marquant que les marchands de vin du Pont-aux-Oiseaux immortalisèrent en arborant de pittoresques enseignes

Au Moyen Age, dans les fêtes d’hiver, comme l’usage des bancs n’était pas encore introduit, on couvrait les dalles des églises de paille et de foin, afin que le peuple pût s’asseoir et s’agenouiller, et, dans les fêtes d’été, on jonchait l’enceinte sacrée de fleurs et de feuillages. A Noël, on commençait à mettre la paille ; aux Rameaux ou Pâques-Fleuries, comme disaient si poétiquement nos pères, on la remplaçait par des branches de buis ; à la Pentecôte, l’une des premières fêtes du printemps, on jonchait les églises de fleurs.

images (15)Dans celles de Paris, principalement à Notre-Dame et à Saint-Jacques-la-Boucherie, lorsqu’on chantait l’hymne du Veni Creator, une colombe blanche descendait des voûtes sacrées. Au même instant, par des orifices réservés, on lâchait des oiseaux, des fleurs, des étoupes enflammées et des oublies. On donnait à croire à l’assistance que ces différents objets partaient de la voûte céleste, et leur signification était facile à expliquer : les fleurs, les oiseaux et les oublies annonçaient la satisfaction de Dieu et les étoupes enflammées sa colère, selon que chaque assistant avait été assailli par l’un ou par l’autre. C’était un heureux ou mauvais présage. Cette cérémonie, qui prouve la candeur de nos aïeux, se fait encore le jour de la Pentecôte dans quelques églises de Flandre : on y donne la liberté à plusieurs pigeons blancs.

Cet ancien et curieux usage de donner la liberté aux oiseaux, se pratiquait aussi à l’entrée des rois de France dans leur bonne ville de Paris. D’après un édit, les oiseleurs de Paris étaient tenus de donner ce jour-là la clef des champs à des milliers d’oiseaux. C’était à ce prix qu’on leur permettait d’occuper, sur le Pont-au-Change, une place pour exercer leur commerce ; ils n’avaient le droit d’y rester que les jours de fête. En 1461, lors de l’entrée de Louis XI, ils en lâchèrent une si grande quantité que le soleil en fut obscurci. L’entrée des rois se faisait toujours par la porte Saint-Denis, après la station d’usage au clos Saint-Lazare. Singulière coïncidence, c’est aussi par là qu’ils en sortaient, pour aller occuper leur dernière demeure dans les caveaux de cette nécropole royale. Le chemin de la mort était le même que celui du triomphe.

François Ier abolit toute impression de livres dans tout le royaume, sous peine de la hart, fit arrêter tous les protestants, et ordonna, en 1536, une procession extraordinaire dans Paris. Toutes les rues furent pavoisées ; tous les religieux et religieuses, avec leurs bannières et toutes leurs reliques, y assistèrent. Chacun avait une torche à la main. Une grand’messe fut célébrée à Notre-Dame. On laissa échapper plusieurs milliers d’oiseaux, auxquels on avait attaché des petits billets, portant ces mots de sinistre augure : Ipsi peribunt, tu autem permanebis : ils mourront, mais vous resterez. On voulait frapper l’esprit des hérétiques et leur donner l’exemple d’un grand respect pour les reliques, que les protestants ne respectaient guère. Calvin, Clément Marot, Amyot et beaucoup d’autres grands écrivains s’exilèrent pour échapper au bûcher. Rabelais se faufila entre les deux partis en les faisant rire l’un et l’autre.

A cette coutume de donner la liberté aux oiseaux dans Notre-Dame se rattache un fait légendaire, assez curieux pour être raconté, et qui a donné naissance à l’enseigne de plusieurs boutiques de marchands de vin, qui ne se doutent guère de cette respectable origine. Il y avait à Paris un pont, connu sous le nom de Pont Marchand ; il avait remplacé le Pont-aux-Meuniers ; le populaire l’avait baptisé du nom de Pont-aux-Oiseaux. Il avait été construit par le capitaine Marchand, comme l’indiquait une table en marbre, placée à son extrémité, et sur laquelle on lisait ce distique : Pons olim submersus aquis, nunc mole resurgo. Mercator fecit, nomem et ipse dedit. 1609.

Les anciens ponts étaient bordés de maisons, de telle sorte que le passant ne se doutait pas qu’il était sur la Seine, dont la vue lui était cachée par ces bâtisses sur pilotis. Le feu les consumait souvent, comme le Petit-Pont de Paris, qui brûla en 1718 par suite d’une croyance superstitieuse. Une mère dont le fils s’était noyé dans la Seine crut, pour retrouver son corps et lui donner la sépulture, devoir abandonner au cours de la rivière un pain sur lequel était placé une chandelle allumée, et que saint Antoine de Padoue ferait arrêter cette lumière flottante sur l’endroit où serait le corps. La chandelle rencontra un bateau chargé de foin et l’enflamma ; on coupa les cordes qui le retenaient afin qu’il allât brûler au milieu de l’eau, mais il vint s’arrêter sous le pont, qui fut réduit en cendres, ainsi que la plupart des maisons.

Le Pont-aux-Meuniers, qui s’était écroulé le 23 décembre 1598 et que Charles Marchand – constructeur du Pont-Neuf – acheva de réédifier en décembre 1609, avait une particularité remarquable qui lui fit donner le nom de Pont-aux-Oiseaux. Toutes ses maisons, construites en bois, étaient uniformes et peintes à l’huile ; chacune était distinguée par une enseigne représentant un oiseau, d’où son nom : Au Merle-Blanc, au Coulon, au Rossignolet, au Corbeau, au Coq-Héron, au Faucon, au Grand-Duc, au Pivert, au Grand-Pélican-Blanc, au Coq-Hardi, à la Chouette-Huppée…

A l’extrémité s’élevait la taverne d’un marchand de vin et liqueurs, qui prit pour enseigne :A la Descente du Saint-Esprit. Elle représentait une colombe aux ailes déployées, tête en bas, et sortant d’un nuage grossièrement figuré, absolument comme on le voit encore aujourd’hui à la porte de quelques boutiques. Or, voici ce que dit la chronique sur l’origine de cette fameuse enseigne.

Le tavernier, dont la légende n’a pas conservé le nom, avait une fille appelée Colombette, douce, sage et modeste comme son homonyme. La renommée de la maison n’était pas grande. A peine quelques malandrins y allaient par ci par là essayer de boire sans bourse délier. Le guet venait souvent mettre le holà, et conduisait au Châtelet, méditer sur l’utilité des angelots, les truands désargentés.

Or, il advint qu’un jour de Pentecôte, Colombette alla ouïr la grand’messe à Notre-Dame, et, chose singulière, quand, après le Veni Creator, commença la cérémonie des oiseaux, une pauvre colombe toute blanche, effrayée de voir une si grande foule, vint, tête baissée, se cacher dans la capeline de la jeune fille, comme si elle eût compris que là elle aurait un nid sûr et serait bien protégée. C’était une sœur qui venait demander protection à sa sœur ; aussi Colombette se garda bien de la repousser. Comme le populaire croyait que ces oiseaux venaient du ciel, que c’était Dieu qui les envoyait, on regarda cette préférence pour la fille du tavernier comme un fait extraordinaire ; on la crut prédestinée.

téléchargement (8)La jeune fille emporta la colombe à la maison paternelle et en eut un soin extrême. L’événement, raconté et commenté par les commères de la Cité, attira beaucoup de monde. La maison prit pour enseigne : A la Descente du Saint-Esprit et prospéra presque miraculeusement. Colombette ne manqua pas d’épouseurs, choisit bien, et fonda une bonne maison, qui continua de génération en génération.

Par un grossier jeu de mots, on multiplia cette enseigne en disant que c’était à la descente de l’esprit de vin, de l’esprit pur de tout mélange. Plusieurs fois on essaya de former la corporation des marchands de vin et liqueurs, mais ils ne surent jamais se tenir en association ; l’esprit de corps leur a manqué. C’est le seul état important qui ne figure pas dans la liste des corps de métiers au Moyen Age, où l’on voit cependant la corporation des tonneliers. Le Pont Marchand ou Pont-aux-Oiseaux, fut détruit par un incendie en octobre 1621, en même temps que le Pont-au-Change. Le premier ne fut pas reconstruit.

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Les hommes qui vivent en Corse

Posté par francesca7 le 5 juillet 2014

 

L’insularité reste un défi auquel la société corse doit faire face. D’importantes évolutions ont eu lieu ces dernières décennies mais restent insuffisantes. D’ambitieux plans de relance sont prévus, avec l’aide de l’État, pour pallier les principales difficultés structurelles, comme celles des transports.

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La démographie

Les grandes vagues d’ émigration du 20 e s. ont laissé la Corse exsangue. Avec 295 000 habitants, elle détient le record de l’île la moins peuplée de la Méditerranée occidentale et a le plus bas taux de natalité des régions françaises. La densité reste la plus basse de France avec 32 hab./km 2 .

Mais un changement de cap s’est amorcé ces dernières années : la population a enregistré une croissance régulière (+ 1 % par an depuis 1999), l’une des plus élevées du pays. Le solde naturel étant resté quasi nul, c’est le solde migratoire qui explique ce phénomène. La Corse est particulièrement attractive pour la population d’âge actif, mais aussi pour les seniors, qui représentent plus d’un quart de la population (et dans certains villages isolés du centre, le tiers des administrés).

Autre défi démographique : les jeunes de 20 à 24 ans constituent à peine 5 % de la population. Une grande partie d’entre eux gagnent le continent pour leurs études supérieures et leur carrière professionnelle, bien que l’université de Corte apporte une formation supérieure de qualité aux jeunes insulaires.

L’attraction des villes

La Corse du Sud reste le département le moins peuplé de l’île (135 700 hab.). Bastia et Ajaccio, principaux bassins d’emploi, regroupent 40 % de la population. Les villages d’accès facile et situés à quelques kilomètres de ces grands centres reprennent vie. Les familles nombreuses soucieuses de leur environnement y sont majoritaires, et entraînent l’ouverture de commerces de proximité et d’équipements.

L’arrière-pays et les communes du centre, hormis la région de Corte, atteignent en revanche de faibles densités (6 hab./km 2 dans l’Alta Rocca, 7 hab./km 2 dans la microrégion de Ponte-Leccia). Situées à l’ouest dans le massif montagneux du Cinto, à l’est dans la Castagniccia ou plus au sud dans le Haut-Taravo et l’Alta Rocca, de petites communes très enclavées voient leur population diminuer sans répit. La difficulté d’accès, l’absence de transports en commun, la rareté des équipements fragilisent leur situation. Pour lutter contre une désertificationannoncée, des initiatives diverses se sont mises en place : tourisme vert, rénovation du bâti, aménagement des routes, maintien des services minimaux. Toutes n’ont pas encore porté leurs fruits. Ces villages sont égayés en été par les résidents en villégiature qui trouvent là repos et pittoresque, mais le quotidien des habitants reste difficile, à tel point qu’ils sont parfois contraints de rejoindre, pour l’hiver au moins, les villes du littoral.

L’emploi

La fonction publique, avec 95 fonctionnaires pour 1 000 habitants, occupe toujours une place prédominante sur l’emploi. Autrement, la construction et le tourisme demeurent les deux grandes locomotives de l’économie insulaire. Le tourisme, en particulier, représente aujourd’hui 8 à 13 % de l’emploi salarié. L’agriculture et l’artisanat occupent de nos jours une part infime des actifs. Enfin, le chômage touche 10 % de la population active.

Agriculture

L’agriculture corse n’a pas été épargnée ces vingt dernières années par les grandes tendances nationales. Bien que la vie agricole tienne encore une place importante dans l’identité insulaire, elle ne représente plus économiquement un facteur de développement (seulement 2 % du PIB et 3,6 % de la population active). Elle a su cependant conserver des activités ancestrales et en développer les potentiels.

La vie agricole

photo.1398975.18Les petites exploitations familiales se spécialisent dans les productions traditionnelles : élevages porcins et bovins, vergers et châtaigneraies. Elles détiennent près de la moitié des surfaces oléicoles. Attachés aux savoir-faire locaux, ces agriculteurs souffrent de la détérioration sensible de leur environnement. Les terrasses entourant les villages, les jachères et les circuits d’entraide informels n’existent plus. En revanche, la disparition des terres cultivées a permis à un certain nombre d’entre eux de revitaliser l’élevage en libre parcours des animaux qui fait la réputation de la viande corse.

Les grandes exploitations se réservent la viticulture (75 % de la production AOC), l’arboriculture (notamment les clémentines, les kiwis) et la production laitière. La plaine orientale d’Aléria , assainie en 1944 et rénovée en 1957 par la Société d’économie mixte SOMIVAC, concentre une part importante de la production viticole et fruitière. Cependant, ces dernières années, ces surfaces ont sensiblement diminué pour laisser place à des prairies et des pacages. Cette tendance est motivée par le besoin croissant de l’île en fourrage et par les difficiles conditions climatiques de ces dernières années.

La recherche et l’agriculture biologique

En 1965, l’Inra s’implante en Corse en reprenant la station expérimentale d’agrumiculture et d’adaptation de fruits exotiques de San Giuliano dans la plaine orientale. Elle inaugure en 1978 un pôle de recherche sur l’économie rurale et l’élevage à Corte. Depuis 1985, le centre Inra-Corse travaille en liaison avec le CNRS, l’université de Corte et les exploitants.

L’agriculture biologique s’implante sur le territoire depuis quelques années.

La vigne

Forte de ses neuf AOC (ajaccio, patrimonio, calvi, coteaux du Cap Corse, muscat du Cap Corse, figari, porto-vecchio, sartène et corse), la viticulture est l’un des piliers de l’agriculture corse. Elle a subi de profonds bouleversements ces 40 dernières années. De 9 000 ha en 1960, elle culmine à 32 000 ha (soit 50 % de la surface agricole utile !) à la fin des années 1970 suite à l’assainissement de la plaine d’Aléria et à l’investissement massif des rapatriés d’Algérie. Dès les années 1980, les viticulteurs s’engagent dans une politique privilégiant la qualité : l’arrachage de près des trois quarts du vignoble a transformé le visage de la troisième île viticole de Méditerranée, derrière la Sicile et la Sardaigne.

Alors qu’auparavant, la viticulture était souvent le complément d’une activité agricole, elle concerne aujourd’hui des exploitations spécialisées le plus souvent de taille moyenne. La viticulture représente près de 10 % des exploitations insulaires, soit 7 000 ha. Les vignes se concentrent sur le littoral et en particulier dans la zone Aléria-Ghisonaccia (les 2/3 des vignes) suivi de la Balagne, des terres d’Ajaccio, de Calvi et Porto-Vecchio.

Si les viticulteurs n’ont pas cessé de travailler les cépages internationaux (syrah, grenache, cabernet sauvignon), ils donnent dorénavant priorité à la trentaine de cépages insulaires. Ils n’ont pas évité la disparition de certains d’entre eux (dont le muriscu ou le cualtacciu ) mais le nielluccio connaît une belle résurrection ainsi que levermentino et le sciaccarello.

Les vergers

La culture fruitière est la deuxième production agricole de l’île. Dominants depuis plusieurs décennies, les vergers d’agrumes couvrent 1 800 hectares. 80 % sont occupés par les clémentines , bénéficiant de l’IGP (identification géographique protégée). La culture du kiwi qui s’est développée depuis les années 1970 a subi récemment une forte récession (la production a baissé de plus d’un tiers en 10 ans). Les vergers d’oliviers connaissent en revanche une forte progression (+ 74 % entre 1995 et 2008), tout comme les châtaigneraies,dont la rénovation a permis d’augmenter de 50 % la surface récoltée. La production de prune d’ente et l’amande, particulièrement vulnérables au manque d’eau, a régressé d’un tiers suite aux étés secs et chauds des premières années 2000.

L’élevage

Il tient aussi une place prépondérante dans l’agriculture insulaire, avec près de 60 % des exploitations. Plus du tiers sont orientées vers l’élevage des ovins et des caprins, s’inscrivant ainsi dans une tradition ancestrale. Les plus grands troupeaux sont situés en Haute-Corse , pays montagneux et vert. La production laitière permet la fabrication de brocciu et de fromages secs réputés.

Plus récent est l’élevage intensif de bovins, bien qu’il représente aujourd’hui la première production animale de l’île, avec un cheptel qui atteint désormais 74 000 vaches. Les porcins sont élevés pour la plupart en libre pâture et sont réputés de ce fait
pour la qualité de leur chair. Quant aux cultures fourragères , elles constituent plus de 90 % des 300 000 ha agricoles de l’île.

Pêche et aquaculture

Relativement peu développée sur les côtes, la pêche est d’abord une histoire de famille. Artisanale, la flottille se compose d’environ 200 bateaux (700 au début du siècle), recensés sur les deux sites d’Ajaccio et de Bastia. Dans les filets, les poissons de roche abondent (loups et mulets), ainsi que les poissons de sable (daurades et barbets). La production est écoulée sur le marché local.

L’ aquaculture s’est implantée en Corse dans les années 1960 dans les étangs de Diane et d’Urbino. Avec une production annuelle de 2 000 t, la Corse se classe désormais au 3 e rang des régions productrices françaises. La filière conchylicole (moules et coquillages) est implantée sur les étangs de la côte orientale. Ses huîtres creuses sont réputées parmi les meilleures de Méditerranée.

La pisciculture , apparue dans les années 1980, se développe sur l’ensemble du littoral, le plus gros site se trouvant en baie d’Ajaccio. Les élevages sont essentiellement composés de loups et de daurades .

Transport et tourisme, - Transports maritimes

C’est à ce jour un des talons d’Achille de l’île pour les touristes. Il ne manque pourtant pas de navires, tous plus beaux les uns que les autres, rivalisant de confort et de rapidité. Le choix a été fait de privilégier les Navires à Grande Vitesse le jour, tandis que pour les traversées de nuit, les ferries sont devenus de véritables palaces flottants.

Tout irait pour le mieux si les dernières années n’avaient été marquées par des grèves à répétition, des blocages de port qui ont laissé une image négative et ont perturbé l’activité touristique de l’île. La réalité est très contrastée suivant les compagnies qui sont parfois dans des situations économiques préoccupantes (crise de la SNCM en 2005, privatisée en 2007).

Une quarantaine de navires répartis entre 9 compagnies transportent chaque année près de 3 600 000 passagers. Plus de la moitié ont choisi les NGV (Navires à Grande Vitesse) introduits en 1996. Marseille, Toulon et Gênes sont les destinations de départ les plus fréquentées. Ajaccio et Bastia accueillent l’essentiel du trafic. Ajaccio avec 1 400 000 passagers est le principal port de croisière de l’île.

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Transports aériens

Le trafic aérien qui a connu une réelle expansion cette dernière décennie, semble aujourd’hui se stabiliser. Lesquatre aéroports sont dotés inégalement, Ajaccio représentant près de la moitié des passagers. Tous assurent des liaisons directes avec Paris, Marseille, Nice, trois destinations qui représentent près de 90 % du trafic aérien vers le continent. L’activité est donc soutenue même si les tarifs, très chers en saison, pénalisent fortement la destination.

Transports routiers

Les routes corses sont réputées pour leur beauté mais aussi pour leurs difficultés. Avec 7 921 km de réseau (dont seulement 576 km de routes nationales), le manque de liaisons rapides entre les principales villes est un frein au développement économique. La circulation des touristes est également prise en compte et d’importants aménagements, élargissements ont été entrepris ces dernières années, notamment sur la côte.

Tourisme

Alors que la Corse accueillait en 1970 quelque 500 000 touristes, ils sont aujourd’hui 2,75 millions. Une ressource économique qui pèse à hauteur du tiers du PIB corse. Le tourisme balnéaire est le plus recherché, Porto-Vecchio, Bastia, Calvi et Ajaccio restant les zones les plus fréquentées par les estivants.

50 000 résidences secondaires occupent la première place en matière d’hébergement, suivies des campings et des hôtels tandis que la plaisance semble séduire de plus en plus de touristes.

Pourtant, la montagne, moins équipée, présente de nombreux atouts pour un tourisme vert comme le montre la fréquentation des 740 gîtes ruraux de l’île. La randonnée est devenue une valeur sûre qui accueille chaque année bon nombre de passionnés. Les actions menées par les petites communes du centre, le Parc naturel régional et l’ONF ont permis que se développent de nouvelles activités, et l’on découvre aujourd’hui la Corse à vélo, à pied ou à cheval grâce à des sentiers balisés et une grande variété d’itinéraires.

Malgé ces atouts, le bilan n’est pas si rose. Après une longue période d’essor, les dernières années ont marqué un net repli qui inquiète les professionnels du tourisme. Les grèves et le coût des transports, la flambée des prix dans une hôtellerie souvent désuète, ainsi que la concurrence des pays du Maghreb ou d’Europe de l’Est, beaucoup plus abordables, expliquent une bonne part de cette crise qui semble s’installer. Ces difficultés ne sont pas propres à la Corse qui est dans une situation proche du Sud de la France. Mais les difficultés sont ici renforcées par l’insularité et le coût des transports qui grèvent encore plus le budget des familles. De nouvelles solutions doivent être trouvées pour redonner à cette île ce pouvoir d’attraction qui a charmé ses hôtes depuis des années.

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Le Marché des Pommes

Posté par francesca7 le 2 mai 2014

 

 

Tout dernièrement, au cours de l’Assemblée générale du Syndicat de la Graineterie des départements de la Seine-Inférieure, de l’Eure et du Calvados, l’idée fut émise de créer à Rouen, à partir de l’an prochain, un Congrès annuel des graines et fruits à cidre. L’idée est excellente et ne peut que donner d’appréciables résultats. Rouen, il ne faut pas l’oublier, est le deuxième marché de fruits à cidre, après Rennes. On voit donc tout l’intérêt que présenterait, dans la capitale normande, la tenue des « Assises de la Pomme » qui seraient suivies par nombre de Normands spécialisés dans cette branche de commerce. C’est à ce sujet que nous publions une étude succincte du Marché des Pommes à cidre, étude comparative qui expose des problèmes économiques fort importants.

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Deux mauvaises années successives de récolte pour les pommes à cidre se voient assez rarement, et c’est tant mieux pour nos cultivateurs. Ce fut cependant le cas des années 1925 et 1926. Comment s’étonner, dès lors, que bien avant l’ouverture de la campagne 1926, alors que les résultats désastreux de la précédente n’étaient que trop connus et qu’on augurait assez mal de celle qui suivait, des questions fort importantes aient été soulevées autour du marché et qu’elles aient donné lieu à d’acharnées controverses ? Il nous faut bien revenir à une année en arrière et voir d’abord sur quelles bases se fit la campagne de 1926.

Partisans et adversaires de l’exportation étaient aux prises. Car des marchands étrangers parcouraient la Normandie et, bénéficiant du change élevé sur leur pays, se portaient acquéreurs, à des prix satisfaisant les producteurs, de quantités de pommes à utiliser de l’autre côté du détroit.

Pour l’exportation se déclarait par exemple le Syndicat des Agriculteurs de la Manche, présidé par M. le sénateur Damecour, et ses arguments étaient les suivants :

Du jour où l’on découragera les producteurs en interdisant l’exportation, ceux-ci ne produiront plus. Le prix des pommes suit-il les cours du jour ? Non, il en est loin. Alors que le demi-hectolitre – la barattée – valait avant-guerre de 1 fr. 25 à 2 fr. 50, en 1924 il atteignait comme grand maximum 2 francs, et 6 francs en 1925, soit une moyenne inférieure à 4 francs. Ainsi, la pomme, produit de nécessité, n’a pas vu son prix même doubler, alors que toutes les marchandises ont atteint sept à huit fois leur valeur d’avant-guerre. Or, les frais de ramassage et de transport ont suivi cette dernière hausse. Autrefois, on prenait 0 fr. 25 pour ramasser une barattée et aujourd’hui c’est au moins 1 fr. 50. Encore ne trouve-t-on pas toujours de la main-d’œuvre. Et le transport par voiture attelée ? 5 francs le fer à cheval au lieu de 0 fr. 80, et la même hausse chez le bourrelier, chez le charron. Ces prix ne militent-ils pas en faveur du relèvement du prix des pommes et si les offres des marchands étrangers peuvent les provoquer, eh bien, tant mieux !

Contre l’exportation, voici les arguments de la Chambre de Commerce de Cherbourg :

La récolte générale des fruits à cidre est évaluée pour la prochaine campagne – 1926 – à 18 millions de quintaux, soit 6 millions de moins que la récolte moyenne. La culture ne possède plus de réserve de cidre dans ses caves et celliers. Des prix exceptionnels et hors de proportion sont faits pour l’exportation. S’ils sont maintenus, le cidre, boisson de plus d’un tiers des Français, atteindrait un prix qui le mettrait hors de portée de la plus grande partie des consommateurs. L’exportation, même si elle n’affectait qu’une partie plus ou moins forte de la récolte, aurait pour résultat de fausser les cours par répercussion, et ne permettrait plus le libre jeu de la loi de l’offre et de la demande. La culture obtenait, antérieurement aux offres faites par l’étranger, des prix qu’elle considérait comme convenables. Il faut interdire l’exportation.

Bien entendu, les Chambres syndicales de brasseurs et débitants partageaient cet avis. De nombreuses Municipalités – et notamment celles de Rouen, Le Havre, Fécamp, etc… –  avaient voté des adresses au Ministre de l’Agriculture pour demander l’interdiction de l’exportation. Devant cette poussée d’opinion, on assista à un fléchissement des cours. Il y a lieu de dire également que les transactions premières avaient été un peu spéculatives. En Normandie, on avait vu des offres à 350 et 400 francs la tonne, en Bretagne de 375 à 425 francs. La possibilité d’un arrêt diminua d’environ 100 francs ces sommes.

En ce qui concerne l’importance de la récolte des fruits à cidre, celle-ci ne devant être connue que longtemps après la campagne, par les statistiques officielles, certains groupements demandaient, comme pour les vins, le vote d’une disposition dans l’esprit de celle qui inspira la loi du 29 juin 1907, portant obligation de la déclaration de récolte. A ce moment seulement, le commerce aurait trouvé des indications précieuses pour la fixation des cours et n’aurait pas été amené à réclamer, en années de pénurie probable, le vote de dispositions telles que l’arrêt de l’exportation et celui de la distillation.

La consommation du cidre réservée d’abord, l’excédent pourrait, dans des proportions à déterminer, passer la frontière, ou servir à alimenter les industries, celle de la distillerie d’alcool neutre, entre autres.

Cela a l’air très facile : Quand il y aura des pommes, on exportera. Quand il y en aura moins, on exportera moins. Quand il n’y en aura pas assez pour nous, on n’exportera plus…

C’est très facile comme cela, sur le papier. Mais, dans la pratique, quelles luttes, quelles difficultés ! Ah ! Qu’il est donc délicat de savoir s’il y a des pommes  ou s’il n’y en a pas…

*
*   *

Pour « une année où il y a des pommes », on ne peut pas dire que 1926 fut « une année où il y eut des pommes »… Les bons Normands la caractérisèrent : une *petite demi-année*. Et cela, voyez-vous, c’est admirable.

D’une enquête faite par le Comité National du Cidre, il résultait que la récolte de 1926 pouvait être estimée à environ 16 millions de quintaux, très inférieure à la moyenne normale évaluée à 25 millions de quintaux. Certains départements cidricoles, notamment les départements bretons, avaient une récolte nettement déficitaire, ne pouvant suffire aux besoins de la population paysanne et ouvrière, dont le cidre était la boisson principale. Une récolte aussi faible succédant à une mauvaise récolte comme celle de 1925, qui n’avait pas atteint 12 millions de quintaux, ne semblait pas pouvoir permettre de donner satisfaction aux besoins nationaux. Le Comité émettait l’idée de réduire l’exportation, mais que dans le cas où, pour des raisons internationales, l’exportation ne pourrait être interdite, il serait à souhaiter que l’application d’un droit de sortie ad valorem vienne contrebalancer, dans une certaine mesure, l’action exercée sur les cours par les acheteurs étrangers.

kartoffelmarkt_boulevard_foss_hiLe raisonnement des producteurs, partisans de la liberté d’exportation, n’a pas varié une seule fois : « Le cours des pommes a atteint 350 francs la tonne, disait l’un d’eux. Citez-nous, je vous prie, des produits industriels ou autres augmentés dans la proportion de 3,5 et pourtant, on n’en combat pas l’exportation. Prouvez que la pomme, à ce prix, est trop chère à la production. C’est précisément à cause du contraire qu’elle est tentée de quitter la France. Consentez à payer au producteur des prix en rapport avec ceux des produits dix fois plus chers qu’avant-guerre – il n’en demande pas tant – et vous pouvez être persuadé que le producteur ne souhaitera pas plus qu’un autre l’exportation de ses produits. »

C’est là qu’on se trouvait au moment de la campagne de 1926.

*
*   *

Si l’on chiffre la récolte très mauvaise de l’année 1925, par 100, on peut dire que celle de 1926 fut de l’ordre de 130 à 135, alors que celle de 1924 était de 220 à 225.

Il y eut, approximativement, 1.800.000 quintaux en 1924 ; 600.000 quintaux en 1925 ; 1.000.000 en 1926 pour le seul département de la Seine-Inférieure.

En 1924, beaucoup de pommes, les tonneaux sont remplis. En 1925, désastre, pas de pommes, les tonneaux remplis l’année d’avant se vident. En 1926, peu de pommes et plus rien dans les tonneaux.

Au fond, exporte-t-on beaucoup ?

Non. En 1924, année exceptionnellement bonne, on a exporté, par la Seine-Inférieure, dans une proportion infime : 5 pour 1.000.

Mais, l’an dernier, au moment de la campagne, un vent de panique souffle sur le pays. La livre sterling monte, monte… Et c’est à ce moment qu’on lance ce bruit : *la rafle des pommes*… Il faut ramener l’affaire à des proportions justes. On ne rafle pas tant que cela ! Et un autre remède serait bien plus sûr : frapper les pommes d’un droit de sortie…

On épiloguerait longuement sur cette question. Nous n’avons voulu que l’indiquer. Aussi bien, on sait que, selon le vieil adage cher aux Français, tout finit… par se tasser. Et, dans le cas qui nous occupe, « tout se tassa » parfaitement.

Pour pouvoir faire des comparaisons avec la récolte de 1927, exposons brièvement, pour finir cet article, ce que fut la récolte de 1926 dans nos contrées.

Prenons d’abord un exemple typique :

Aux Andelys, la récolte fut mauvaise, mais « il y avait quand même des pommes » ! Elles se vendaient de 12 francs à 13 francs la rasière de 28 kilogrammes. Le prix de 12 francs s’applique à un marchand de cidre, le prix de 13 francs à la distillerie qui fait venir des wagons de Bretagne, au prix de 380 francs la tonne, marchés conclus en mai ou juin. Mais nombreux étaient ceux qui disait : « J’en ai assez pour moi. Cela me suffit. » La densité était satisfaisante : 10 à 11 degrés pour le cidre de novembre. La pomme était petite, mais elle contenait plus de sucre. Aux Andelys, les vieilles traditions sont respectées ! Quand la récolte est bonne, on fait 600 litres de « pur jus ». L’année suivante, si elle est mauvaise, on convertit le « pur jus » en boisson ; si elle est bonne, on fait de la « goutte », ainsi de suite. Il y a dans la commune 11.200 pieds de pommiers.

En 1920, la récolte fut de 1.000 quintaux.
–   1921,    –       9.000         –
–   1922,    –       2.000         –
–   1923,    –       3.000         –
–   1924,    –       5.000      –
–   1925,    –       3.400      –
–   1926,    –       2.500         –

Voilà donc un exemple très net.

Indiquons sommairement les appréciations pour la récolte de 1926 dans les principaux centres. Nous avions l’an dernier :

    Duclair : récolte très inférieure.
    Pavilly : récolte médiocre quant à la quantité, mais supérieure pour la qualité. De 280 à 300 francs la tonne.
    Doudeville : bonne moyenne.
    Fontaine-le-Bourg : le ¼ seulement de la normale.
    Bosc-le-Hard : le ⅓ du rendement.
    Luneray : le 1/10. Les pommes dites « précoces » et dont la qualité est recherchée se vendirent 8 à 9 francs la livre.
    Tôtes : atteignent 360 francs.
    Auffray : récolte moyenne.
    Autour de Dieppe : mauvaise récolte.
    Du côté d’Eu : franchement mauvaise. Cependant, quelques clos abrités favorisés.
    Bolbec : récolte plutôt mauvaise.
    Montivilliers : mieux que ce qu’on croyait…
    Rive gauche de la Seine : mauvaise. Un cultivateur de La Mailleraye, qui fait 300 rasières en temps normal, en eut une dizaine.
    Forges-les-Eaux : mauvais.
    Gournay : plus de réserves.
    Pont-Audemer : passable.
    Louviers : récolte moyenne.
    Lisieux : très médiocre.
    Caen : demi-année.
    Touques : les cultivateurs disent « Pas de pommes à Touques, mais beaucoup à Beaumont-en-Auge.
    Beaumont-en-Auge : les cultivateurs disent « Pas de pommes chez nous, mais beaucoup à Touques… »

 

*
*   *

Nous verrons dans notre prochain article ce qu’a été la récolte de cette année.

Bornons-nous à une simple indication.

Le Bureau de la Confédération Générale des Producteurs de Fruits s’est réuni le 11 octobre, à Lisieux, et a fait deux constatations suivantes :

1° Cette année, pas d’hésitation possible : il y a des pommes ;

2° Il y en a même trop. Il s’en perd.

Que disent les producteurs ?

Ils disent ceci : Le prix de vente ne couvre même plus les frais de ramassage.

Nous demandons qu’on favorise l’exportation et que l’on diminue les tarifs de transport et les droits fiscaux qui frappent les fruits à cidre.

Que disent les consommateurs ?

Ils disent : Nous n’y comprenons plus rien. L’an dernier, mauvaise récolte, les prix montent. Cette année, bonne récolte, les prix vont monter.

Que faut-il penser de cette nouvelle situation ?

La récolte des fruits à cidre de 1927 a été bonne dans l’ensemble, et va en augmentant, de la Normandie vers la Bretagne. La Seine-Inférieure a été un des départements les moins favorisés ; le Calvados est mieux partagé ; dans la Manche, c’est l’abondance et, dans le Finistère, dans l’Ile-et-Vilaine, on ne sait que faire des pommes…

Mais de là à dire que certains cultivateurs préfèrent laisser pourrir les fruits à terre, sous prétexte que les frais de ramassage et de transport enlèvent tout bénéfice… Non. La rasière de pommes s’est négociée à un bon prix, allant de 5 à 7 francs. Or, le ramassage d’une rasière revient à peu près à 0 fr. 60. Comptons 1 franc de frais de transport et il nous reste encore un assez joli gain.

La récolte, pour le seul département de la Seine-Inférieure, a atteint 1.300.000 quintaux. On en a exporté une infime partie. Le tiers environ de la récolte est allé aux distilleries pour la fabrication de l’eau-de-vie et de l’alcool. Le reste, soit à peu près 970.000 quintaux, est passé dans la fabrication du cidre.

Il y a du cidre. Les tonneaux se sont remplis. On en a fait pour deux ans. Et il y a aussi de la goutte…

Le débouché assuré pour le producteur ne réside pas dans l’exportation.

On exporte très peu, nous l’avons dit. On fit, l’année dernière, autour de cette question de l’exportation, beaucoup de bruit pour rien du tout…

On a vu partir un bateau, deux bateaux de pommes pour l’Angleterre… Qu’est-ce que cela signifie ? Pas grand’chose. L’exportation des fruits à cidre est une opération très compliquée, surtout lorsqu’il s’agit de vendre la marchandise dans un pays d’outre-mer. La pomme ne se prête nullement à tant de manipulations : le ramassage ; le chargement à la pelle dans les wagons ; le déchargement à Honfleur ou à Dieppe ; le chargement dans le bateau ; le déchargement au quai destinataire ; le rechargement dans des wagons, etc., etc…

Comptez le nombre de manipulations. La pomme ne supporte pas d’être trop tassée. Dans le bateau, notamment, celles qui sont dans les couches inférieures sont échauffées, fermentent. Il y a énormément de déchet.

Avant la guerre, on exportait en Allemagne ; mais, depuis, les droits, dont nos voisins frappent l’entrée des fruits à cidre, doublent leur prix qui devient par trop onéreux.

Le débouché tout trouvé pour le producteur, c’est la distillerie, c’est l’alcool, ce sont les usines de Bosc-le-Hard, d’Yvetot… S’il n’y avait pas ces usines, c’est alors qu’on ne saurait que faire des fruits.

Les prix des pommes et de l’alcool sont liés entre eux.

Au début de la campagne actuelle, l’alcool valait 700 francs l’hectolitre, les pommes 180 francs. Actuellement, l’alcool vaut 1.000 francs, les pommes près de 300 francs.

Et nos pays font aux viticulteurs du Midi une concurrence extraordinaire.

Le vin ordinaire, à 10°, vaut 140 francs l’hectolitre, ce qui met le degré à 14 francs. Or, les pommes donnent le même alcool, mais le degré ne vaut que 10 francs, ou à peu près.

D’où vives protestations méridionales. Car, de moins en moins, le Midi est assuré de pouvoir faire fonctionner la soupape de la distillation.

C’est la guerre qui a lancé l’industrie de l’alcool en Normandie. Il fallait, pour les poudres, de l’alcool à tout prix. Mais, depuis, toutes les organisations ont été remaniées, les usines refaites, les procédés de distillation améliorés. Aujourd’hui, on fait fermenter du cidre en 48 heures.

*
*   *

BNous ne faisons qu’effleurer toutes ces questions fort importantes. Nous n’avons d’ailleurs désiré que donner un aperçu sur le marché des fruits à cidre et ses débouchés. Traiter la question à fond exigerait un luxe de détails, de chiffres, de réflexions, qui déborderaient du cadre de cette revue. Mais nos lecteurs ont pu suivre à peu près tous les aspects du problème, qui constitue une branche essentielle de l’activité économique de notre province.

La récolte totale de cette campagne, en France, doit dépasser 20 millions de quintaux. C’est une excellente moyenne.

Les agriculteurs, à de rares exceptions près, sont satisfaits. Sans doute, ceux qui ont vendu leur récolte au début de la campagne ont-ils moins réalisé de bénéfices que ceux qui la vendent actuellement. Mais, on ne pouvait prévoir, n’est-ce pas, la hausse de l’alcool dans les proportions où elle s’est produite. On dit, d’ailleurs, que cette hausse n’est que passagère.

Les prix du marché des fruits à cidre ont été sensiblement inférieurs à ceux pratiqués l’an dernier. Nous ne redonnons pas un tableau complet de ce marché, ainsi que nous avions essayé de le faire dans le précédent article, pour la campagne 1926.

Il y a eu progrès partout. Mais nous reprendrons, l’année prochaine, la question sous le même jour et nous pourrons établir un tableau comparatif pour trois années, qui ne manquera pas d’intérêt.

L. G. G[ARROS], L[ouis] (18..-19..) :  Le Marché des Pommes à Cidre (1928).

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la promenade du Rhône

Posté par francesca7 le 15 mars 2014

 

la promenade du Rhône dans Ardèche 317px-Le_Rh%C3%B4ne_%C3%A0_CondrieuLe Rhône

Rapide et majestueux, le Rhône est le plus puissant des fleuves français. Au sud de Lyon, entre les talus du Massif central et des Préalpes, sa course vers le Midi offre l’aspect d’une percée lumineuse d’une ampleur magnifique. Il est une route romantique à lui seul. À chaque instant, à chaque méandre, la vallée se pare sur ses rives baignées de soleil d’une beauté nouvelle parfois appuyée par la violence et la force du mistral.

Un flot rapide et puissant

Le Rhône prend sa source en Suisse au glacier dit « du Rhône ». Il fait son entrée en France après avoir traversé le lac Léman et, jusqu’à son arrivée dans le delta de la Camargue, il n’arrose pas moins de onze départements.

Il est aussi l’un des fleuves français dans lequel se jettent le plus de rivières : l’Ain, le Doubs puis la Saône, l’Ardèche, le Gard, mais aussi l’Arve, le Fier, l’Isère, la Drôme et la Durance. Il draine en toute saison, à vive allure, un important volume d’eau. Son impétuosité est due à sa pente relativement forte : 0,5 m par km entre Lyon et Valence ; elle s’accentue encore entre Valence et le confluent de l’Ardèche (0,77 m) pour retomber entre le confluent de l’Ardèche et celui du Gardon (0,49 m). Plus en aval, la pente diminue fortement.

La puissance hydraulique du Rhône est remarquable : 1 350 m 3 /s en eaux moyennes à Valence. Pour un tel débit, sa vitesse est de l’ordre de 2,50 m/s. Pendant son parcours français, le fleuve reçoit des affluents de régimes différents : rivières alpines en crue au printemps et en été, torrents du Vivarais en automne et en hiver, si bien que, même en été, le Rhône garde un débit important.

Ses crues sont liées à celles de ses affluents. Les plus fortes sont aujourd’hui en bonne partie régulées par les nombreux barrages et autres aménagements répartis sur son cours. Le Rhône n’est plus vraiment cette « grande rivière sauvage » de Chateaubriand ; les « colères terrifiantes du Rhône » évoquées par Clavel se font rares même s’il est encore parfois ce « Rhône puissant, insolent, roulant vers le Midi une eau énorme et boueuse ; une eau à faire trembler tout ce qui (vit) dans la vallée ».

Des nautes aux automoteurs

À l’époque romaine, la navigation y devient très active. Le fleuve est alors la grande voie de commerce du vin ; les grandes villes se créent : Lyon, Valence, Vienne. Les nautes rhodaniens forment les corporations les plus puissantes des villes romaines. Ils ­deviendront, sous l’Ancien Régime, les « coches d’eau » desservant les villes bordières qui ont toutes leur port. La vie marinière est de ce fait intense.

À la fin du 18 e s., les bateliers remplacent les « coches d’eau » : chargés de marchandises, les trains de barques descendent le Rhône au gré du courant et le remontent halés par des chevaux. Le transport est lent et, lorsque les bateaux à vapeur apparaissent en 1829, la concurrence est dure. Le chemin de fer porta ensuite le dernier coup, presque fatal, aux modes de transports fluviaux.

Commence alors l’ère de la « houille blanche », l’hydroélectricité, et les travaux entrepris sur le fleuve redonnent au Rhône toute son importance. Après l’exploitation par remorqueurs , le transport est maintenant assuré, grâce aux travaux d’aménagement de la Compagnie nationale du Rhône (création de 13 biefs et de 12 écluses), par des automoteurs de 1 500 t et des convois poussés de 5 000 t et plus. Le tonnage annuel (4 100 000 t) comprend hydrocarbures, produits métallurgiques et agricoles, matériaux de construction.

320px-Pont_entre_Condrieu_et_les_Roches_detruit_le_20_juin_1940 dans ArdècheAménagement du Rhône

La Compagnie nationale du Rhône a été créée en 1934 en vue de l’aménagement du fleuve. Sa règle d’or se résume en trois mots : navigation, irrigation, électricité. Les ouvrages de la Compagnie font du Rhône un gigantesque escalier d’eau entre le lac Léman et la mer, et fournissent chaque année environ 16 milliards de kWh – le fleuve compte 20 centrales hydroélectriques sur son cours français et 3 sur son cours suisse. De Lyon à la mer, ce sont 330 km de voies navigables.

Des travaux imposants

En aval de Lyon, la vallée large et cultivée, aux berges généralement basses, ne permettait pas l’aménagement de réservoirs artificiels alimentant de hautes chutes comme en montagne. Aussi est-ce le Rhône lui-même que l’on a barré et dérivé dans un lit artificiel. Chaque ouvrage comprend un barrage au travers du fleuve qui dérive l’eau dans un canal d’amenée alimentant une usine « au fil de l’eau » à gros débit. Sortant de l’usine, les eaux rejoignent le Rhône par un canal de fuite. Des écluses équipent ces canaux à hauteur des usines et permettent le passage des bateaux. L’aménagement complet du Rhône de Lyon à la mer a été achevé en 1980 par la mise en service des ouvrages de Vaugris, près de Vienne.

En amont de Lyon, quatre usines de basse chute valorisent l’utilisation de l’ensemble Génissiat-Seyssel.

L’internationalisation du Rhône

Dès 1833, un canal relie les bassins du Rhône et du Rhin à partir de la Saône et jusqu’au port fluvial de Strasbourg. Mais c’est seulement dans les années 1960 que l’on relance l’idée d’un grand axe Rhin-Rhône : il s’agit de concurrencer l’axe Rhin-Main-Danube. Cependant, le projet s’essouffle pour des raisons de rentabilité. Le Rhône n’en reste pas moins un fleuve cosmopolite grâce à la multiplication des croisières pour vacanciers.

L’irrigation, source de richesse

Grâce à l’irrigation de milliers d’hectares, les plaines de la vallée du Rhône sont des terres de bon rendement. La production fruitière, en particulier, bénéficie de cette mise en valeur. Mais ces dernières années ont montré que cette ressource n’est pas inépuisable et qu’elle doit être gérée avec rigueur.

L’expansion industrielle

Le développement industriel de la vallée, lié aux aménagements du fleuve, a profondément modifié l’aspect du couloir rhodanien.

Au sud de Lyon, usines et installations se succèdent : raffineries de Feyzin, constructions mécaniques, verre, engrais, papier, carton de Chasse et Givors, centrale thermique de Loire-sur-Rhône, usines chimiques des Roches, St-Clair-du-Rhône et Le Péage-de-­Roussillon, ensemble industriel de Portes-lès-Valence et Montélimar, textiles de La Voulte, chaux et ciments de Cruas, Le Teil et Viviers.

Dans le domaine nucléaire , les centrales de St-Alban-St-Maurice, de Cruas-Meysse, du Tricastin et l’ensemble des aménagements de Pierrelatte confèrent à la vallée du Rhône un rôle de tout premier plan dans l’approvisionnement énergétique du pays et des États limitrophes.

Les ponts

180px-Vernaison_-_Pont_suspendu_sur_le_Rhône_-1Alors que les Romains n’avaient construit que deux ponts sur le Rhône, dont l’un en pierre à Vienne, les architectes du Moyen Âge , déjouant les difficultés, en lancèrent trois. Ce sont les frères pontifes, un ordre de moines bâtisseurs, qui édifièrent au 13 e s. le pont de la Guillotière à Lyon. Au 19 e s., les frères Seguin, en créant la technique du pont suspendu par câble en fer, apportèrent au problème du franchissement du fleuve une solution économique. Le premier pont suspendu construit sur le Rhône fut celui de Tournon ; inauguré en 1825, il a été démoli en 1965 (celui visible aujourd’hui date de 1846). La dernière guerre a détruit la plupart des ponts suspendus. À l’occasion de leur reconstruction, on a fait appel aux techniques les plus récentes, comme à Tournon, Le Teil, Viviers ; la travée centrale suspendue dépasse souvent 200 m de longueur (Le Teil : 235 m).

Le béton précontraint a été utilisé pour lancer des ponts non suspendus ; le plus remarquable est le pont de chemin de fer de La Voulte (1955). Les derniers ponts routiers ouverts à la circulation sont ceux de la déviation de Vienne (autoroute A 7) en 1973, celui de Chavanay en amont du Péage-de-Roussillon (fin 1977) et le pont de Tricastin sur le canal d’amenée de la chute de Donzère-Mondragon en 1978.

 

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Benodet un petit port du Finistère

Posté par francesca7 le 6 mars 2014

Arrivée_course_croisière_à_Bénodet_en_aout_1936

A 15 km de Quimper, Benodet se présente comme un petit port de charme et une station balnéaire familiale. Le slogan de la ville est « Bénodet. Bonne idée ! » auquel s’est récemment ajouté « la station cinq étoiles ». C’est une station balnéaireclassée. La commune se dénommait Perguet jusqu’en 1878

Le 5 mai 1597 des bateaux appartenant à la troupe du soldat ligueur et brigand Guy Éder de La Fontenelle, qui prend ce jour-là momentanément Quimper avant d’être repoussé, attendaient dans le port de Bénodet pour prendre part au pillage, mais « frustrés de leurs espérances, s’en retournèrent à vide comme ils étaient venus » écrit le chanoine Moreau12.

 Des annotations de Berthou de Launay jointes à une carte datant de 1723 met en avant les qualités nautiques du site de l’estuaire de l’Odet (l’orthographe de l’époque a été respectée):

« Dans les marées ordinaires, il reste dans le canal de la rade cinq ou six brasses d’eau, la brasse de cinq pied de Roy. La coste du bon mouillage depuis l’anse de Sainte-Maraine du costé de Combrit jusqu’à l’anse de la Vieuville est roide (…), ayant au pied des roches qui se découvrent dans les basses mers deux ou trois brasses d’eau, on y pouroit fabriquer de beaux quays et de beaux magazins, la pierre étant sur les lieux. Pareillement depuis la pointe nommée pointe de la Pierre jusqu’à l’autre pointe du nord-est contigu, (…), où on pouroit fabriquer des quays de carrénage et de beaux magazins, ayant la pierre sur l’endroit, et même étant proche de la belle pierrière du manoir de Kergos et des anses du dit Kergos et de Penfoul, où on pouroit former des chantiers de construction et de radoub. Dans le bourg de Saint-Thomas [il s'agit de Bénodet], il y a plusieurs maisons ruinées qu’on pouroit rétablir, outre celles qui sont sur pied qui sont logeables, avec de beaux emplacements pour bâtir. On peut mettre facilement ce port hors d’insulte, bâtissant sur les pointes de saint Gildas et du corps de garde de Combrit des batteries de 30 canons de 24 et en augmentant le fort de 20 pièces de 36 (…). Outre que l’on pourrait fermer le port en cas de nécessité, de bonnes estacades en forme de « V », liées de grosses chaînes dans l’espace de la Pointe du Coq à l’autre pointe oposée du coté de Combrit, qui ne contient de distance que 130 toises. (…) »

Au xviie siècle, Bénaudet (orthographe utilisée à l’époque) est sous la mouvance des seigneurs de Bodigneau (Bodinio) en Clohars-Fouesnant, mais fait partie de la paroisse de Perguet : plusieurs actes notariés des juridictions de Kemper-Corentin et de la baronnie du Pont attestent de l’existence du village à cette époque.

Benodet un petit port du Finistère dans Bretagne 220px-B%C3%A9nodet_au_d%C3%A9but_du_XX%C3%A8me_si%C3%A8cleLe 5 août 1669, Nicolas Euzenou, chevalier, capitaine garde-côte de Bénodet et de l’Île-Tudy, seigneur de Kersalun et du Cosquer (en Combrit), marié avec Claude Guégant de Querpiguet, demande, tant pour lui que pour ses héritiers dont René Euzenou, chevalier, seigneur de la Vieuville, son fils aîné à être reconnus comme « nobles, issus d’ancienne chevalerie et extraction noble ». C’est lui qui fut pendu le 23 juin 1675 à une fenêtre de son château du Cosquer par des paysans révoltés lors de la révolte du papier timbré. Sauvé momentanément par un paysan de Combrit, Mathieu Mendez, il mourut le 1er juillet 1675 à Pont-l’Abbé des suites de ses blessures.

Le bailli de Quimper François-Marie de Kerguélen de Penanjeun écrit en 1709 : « Le port de Benodet est très mal gardé, qu’il vient tous les jours des battaux pecheurs se rendant à Quimper qui y acheptent des blets, du pain et des provisions qu’ils vendent aux grenesiens (Guernesiais) et cela de nuit et de jour. Il parait, Monseigneur, qu’il seroit à propos de faire aborder au fort tous les bataux entrant et sortant. Comme se sont quatre ou cinq péïsants des paroisses voisines mal disciplinés qui montent à leur tour cette garde, si sa Majesté le juge à propos, j’aurez le soin d’en faire la visite toutes les semaines et de remédier à ce désordre, sans en atteindre aucune rétribution que l’honneur de vous en rendre compte, et de marquer par là à votre Grandeur le zèlle que je conserverai toujours pour les intérêts du Roy ».

600px-Plage-Avant-apres-2 dans Finistère

Benjamin Girard, dans son livre « La Bretagne maritime », publié en 1889, décrit ainsi Bénodet les siècles précédents :

« Bénodet était il y a trois siècles un hameau habité par quelques familles de pêcheurs. Dès cette époque, son mouillage offrait un abri précieux aux navires surpris par le mauvais temps entre les Glénan et Penmarc’h. (…) Pendant les guerres du Premier Empire, un grand nombre de navires, chargés d’approvisionnements divers à destination de Brest, purent aborder à Bénodet, en échappant à des croiseurs anglais, obligés, par les dangers de la côte, à se tenir au large. Une corvette de la marine impériale s’y réfugia ; bientôt attaquée par des péniches anglaises armées d’artillerie légère, elle repoussa cette attaque grâce à l’appui des batteries de côte dont les défenseurs furent efficacement secondés par les habitants du pays. (…) Bénodet est un lieu de relâche très fréquenté : le mouillage y est excellent et on y trouve, à certains endroits, plus de 10 mètres d’eau à mer basse. La Compagnie des Indes eut, dit-on, le projet d’y faire un port. Deux fanaux, l’un à la pointe du Coq, l’autre à la Pyramide, indiquent la direction à suivre pour entrer dans l’Odet. Un troisième feu, situé sur la rive de Combrit, près du sémaphore, sera prochainement allumé. (…) Les ouvrages du port actuel comprennent un quai de 53 mètres de longueur et une cale perpendiculaire à ce quai, dont la longueur est de 66,50 mètres. À l’extrémité de cette cale les navires trouvent, à haute mer 4 m en vive eau ordinaire et 2,83 m en morte eau. Le commerce local consiste en quelques expéditions de poteaux de mines vers l’Angleterre et de bois à brûler pour les ports voisins ; 18 chaloupes y font la pêche côtière, principalement celles du congre et duhomard. »

Le bulletin du Conseil général du Finistère de décembre 1877 écrit : « Le conseil municipal de Perguet demande que la commune soit autorisée à échanger le nom de Perguet contre celui de Bénodet » ; le Conseil général donne un avis favorable dans sa séance du 23 décembre 1877.

La commune de Bénodet est née le 15 mars 1878 par décret du Président de la République, maréchal Mac Mahon. Jusqu’à cette date, elle s’appelait Perguet, du nom de la paroisse de Perguet qui, jusqu’au début du xixe siècle, se composait d’une multitude de petits hameaux agricoles, constitués de fermes et de penty à l’intérieur des terres, et d’un hameau de pêcheurs et de marins pratiquant le cabotage, constitué autour de la chapelle Saint-Thomas, au port.

C’est au cours du xixe siècle que ce hameau de pêcheurs devient le centre névralgique de la commune avec la construction de la mairie, de l’école mixte et l’agrandissement de l’ancienne chapelle Saint-Thomas, élevée au rang d’église paroissiale. Bénodet comptait environ 150 habitants en 1878. C’était la seule agglomération de la commune et seules quelques routes encaissées y menaient.

Marius Sepet visite Bénodet en 1894 et en fait cette description : « Environné de belles habitations, Bénodet est fréquenté par les Quimperrois (sic), qui se baignent sur une plage de sable en arc de cercle (grandes cabines), située en avant du petit fort, ou batterie de Bénodet. Deux phares, l’un à feu fixe rouge et haut de 10 mètres, l’autre à feu fixe blanc et haut de 17 mètres, signalent l’entrée de l’Odet. Il existe en outre un sémaphore sur la rive droite. Ce ne sont plus seulement les Quimperrois qui fréquentent la plage de Bénodet et la riante verdure qui la couronne, elle est en train de devenir, grâce aux facilités de circulation, une station recherchée de loin, même des Parisiens et des Parisiennes ».

Cette autre description de Bénodet date de 1899 :

« Bénodet, modeste village, assis au pied des collines de la rive gauche de l’Odet et près de l’embouchure de ce fleuve, n’a été pendant longtemps fréquenté que par les habitants de Quimper ; mais, attirés par ce site ravissant et un climat doux et régulier, des visiteurs de plus en plus nombreux viennent chaque année passer la saison ici ; un très confortable hôtel et plusieurs villas ont été construits de sorte que Bénodet est en passe de devenir une plage à la mode ; il le mérite à tous égards. »

500px-Archives_bac_B%C3%A9nodet dans VILLAGES de FRANCE

En 1890 la mise en service de deux bacs charretiers de 10 mètres de long et trois mètres de large est un grand progrès ; un essai de service assuré par une régie départementale échoue et le bac est à nouveau affermé (à Pierre Caoudal); en 1902 l’un des bacs fait naufrage en raison de son manque d’entretien et de sa vétusté sans faire de victimes et est renfloué, reprenant du service jusqu’en 1905, le second continuant toutefois à fonctionner. En 1906, Adrien de Baroncelli écrit : « Au hameau de Sainte-Marine, un grand bac à rames permet de traverser l’embouchure de l’Odet. Ce bac transporte au besoin des automobiles, néanmoins l’embarquement et le débarquement ne sont pas commodes ; enfin si plusieurs voitures doivent passer, on risque d’attendre longtemps son tour ». Le tarif est alors de 5 centimes pour les piétons, 10 centimespour les bicyclettes, 2 francs pour les automobiles et la durée de la traversée est estimée à six minutes. En 1908, Gordon Sturrock note que le tarif de la traversée est de 30 centimes par personne, mais que ce prix ne comprend pas le passage de la bicyclette.! La différence de tarif indiquée par ces deux auteurs, à deux ans d’intervalle, est surprenante.Le premier bac à vapeur, long de 15 mètres et large de huit mètres, est mis en service le 1er août 1911 : il est tracté par des chaînes mouillées s’enroulant autour d’un tambour, mais il doit cesser son fonctionnement dès 1925 car le mécanisme a mal vieilli et les pannes étaient trop fréquentes.

André Chevrillon décrit ainsi le départ du bac en 1920 :

« Maintenant le bac va partir. Il est amarré à la grève ; on a mis des planches sur les goémons pour que deux chars à bancs qui attendent puissent embarquer. C’est très difficile de caser ces deux hautes voitures, avec leurs chevaux, dans le radeau creux où de massives bigoudens, des pêcheurs avec leurs paniers de poisson, doivent aussi trouver place. Les passeurs crient, les cochers huent en faisant « culer » leurs bêtes : Zous ! An dré ! Chom azé (…) L’ordre est fait ; le calme règne. Les bons chevaux patients sont installés avec les charrettes paysannes dont le devant est peinturluré de fleurs naïves. Il reste même un peu de place entre les coffres et les redoutables bigoudens. Nous embarquons. Penchés en arrière, appuyant ensemble d’un grand effort sur leurs longues gaffes, les rameurs « poussent ». »

Un nouveau bac à vapeur est inauguré le 26 juillet 1929, mais coule lors d’une tempête (le patron aurait oublié de fermer l’un des hublots !) dans la nuit du 4 au 5 décembre 1929 dans le port de Bénodet ; il est renfloué et reprend du service après réparations le 20 avril 1930 jusqu’au 11 octobre 1944, jour où les Allemands le dynamitent. Une vedette à moteur, puis un chaland provisoire en bois le remplacent alors, la liaison n’étant rétablie avec une véritable bac qu’en 1951 : ce bac peut charger un maximum de 20 voitures et, très vite, est engorgé, principalement en saison estivale, en raison de l’accroissement du trafic (28 000 véhicules en 1951, 135 000 en 1964, 290 000 en 1971, le bac fonctionnant alors 18 heures par jour). Le temps d’attente avant d’embarquer peut être supérieur à une heure et de nombreux automobilistes, ainsi que les poids lourds, doivent faire le détour par Quimper où la rocade sud et le pont de Poulguinan (qui permet de traverser l’Odet juste en aval de Quimper) n’existent pas encore (mis en service en 1974).

Bénodet, aujourd’hui station balnéaire réputée de la côte de Cornouaille, a toujours été un lieu reconnu pour son intérêt géographique d’embouchure de l’Odet, navigable jusqu’à Quimper. Sa situation lui vaut son nom en breton de  » tête de l’odet « . Pendant tout le Moyen âge, Bénodet servit d’avant port commercial à Quimper pour le trafic des céréales, vins, toiles, bois, poissons et autres matières de cabotage vers l’Espagne, Bordeaux, l’Angleterre ou les Pays-Bas.

L’essor actuel de Bénodet débuta au début du siècle dernier par le développement du tourisme et la vogue des bains de mer puis du nautisme. Ses charmes alliant les douceurs champêtres de sa rivière à la rudesse de l’océan donnent à Bénodet son climat spécifique si apprécié par tous ceux qui le découvrent.

Des écrivains de talent comme Emile Zola, André Suarez, Frédéric le Guyader, Guillaume Apollinaire y ont traduit leurs émotions. De nombreux artistes-peintres ont idéalisé ces moments de lumière et d’émotions comme André Dauchez, Lucien Simon, Eugène Boudin.

 

L’église Notre Dame de la Mer située sur le port est dédiée à Saint-Thomas Becket. Edifiée au XIIIe siècle, elle ne comptait à l’origine qu’une nef et un petit clocher. Elle fut agrandie au cours du XVIe puis remaniée au XIXe avec réemploi d’éléments anciens.

Eglise d’architecture contemporaine, construite en 1968 sur l’avenue de la Mer.

Curiosité : Une piéta en bois de la fin du XVe siècle.

Musée du Bord de Mer

Un voyage dans le temps est proposé au visiteur pour découvrir la Belle Plaisance, les origines du yachting à Bénodet, ainsi que la magie de l’estuaire de l’Odet.

Exposition permanente : Art de vivre à la mer

Dans une ambiance marine, découvrez le monde des loisirs au bord de mer. Bains de mer, tourisme et hôtellerie se développent au début du XXéme siècle. Films inédits, photos d’époque, bateaux modèles et tableaux des peintres officiels de la marine agrémentent le parcours du visiteur. Un lieu à découvrir en famille!

Nouvelle exposition : A bord des paquebots

Embarquement immédiat pour 2 années de voyage avec l’association French-Lines pour  découvrir l’art de vivre A BORD DES PAQUEBOTS.

Jusqu’au printemps 2014, documents iconographiques, films et maquettes feront revivre au public cette fantastique épopée dans une reconstitution ludique accessible à toute la famille. Les loisirs à bord seront évoqués durant 2012, l’art de la table et la gastronomie à partir d’avril 2013.

Port de Bénodet vu de Sainte Marine.Exposition produite et réalisée par la ville de Bénodet et l’association French-Lines avec le concours de Franck Senant, ingénieur du patrimoine, spécialiste de l’histoire des paquebots.
Le musée est ouvert tous les jours (sauf mardi et mercredi) de 10h à 13h et de 14h à 18h. Ouvert tous les jours en Juillet-Août.

Exposition permanente sur le thème de la Belle Plaisance.

phare de la Pyramide

D’une hauteur de 48 mètres, il fut construit en remplacement d’une ancienne balise en bois en forme de pyramide qui servait d’amer aux marins pour l’entrée de l’Odet.

 

Phare du Coq

Balisage par alignement avec le phare de la Pyramide à l’entrée de l’Odet, il doit son nom à une roche immergée dont la forme étrange évoque un coq.

 

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CHALON SUR SAONE, centre portuaire

Posté par francesca7 le 21 septembre 2013

CHALON SUR SAONE, centre portuaire dans Saône et Loire 320px-chalon-sur-saone

Centre portuaire, industriel et commercial d’une grande activité, Chalon est aussi la capitale économique d’une riche zone de culture et d’élevage, au cœur d’un vignoble dont certains crus sont dignes de leurs grands voisins. Ses foires sont très suivies et les fêtes du Carnaval attirent une foule considérable. Au carrefour de plusieurs nationales et sur le passage de l’A.6. Cavillomum (son nom d’origine) est fondée à l’époque gallo-romaine sur les bases d’un port éduen.

De l’Empire romain à l’empire Schneider – Sa situation en bordure d’une grande voie navigable, et à un important carrefour de routes fit choisir cette place par Jules César comme entrepôt de vivres au temps de ses campagnes en Gaule. Du Moyen âge on retiendra la foire des sauvagines, marque du rôle de carrefour européen joué par la cité.

LES SAUVAGINES : Châlon doit une part de sa célébrité à ses foires aux « sauvagines », peaux de petits animaux à fourrure tels que renards, fouines ou blaireaux… Elles avaient lieu deux fois par an et duraient un mois, comptant parmi les plus fréquentes d’Europe. Mais si la fourrure a longtemps été chez elle à Chalon, le marché du cuir s’est en grande partie substitué aujourd’hui à cette ancienne activité. La mode du vêtement de cuir, lisse ou craquelé, s’est considérablement développée depuis une trentaine d’années.

La création du canal du Centre (fin 18ème, début 19ème siècle) puis celle des canaux de Bourgogne et du Rhône au Rhin ont encore développé le commerce régional par voie d’eau. A la même époque Chalon vit Joseph Nicéphore Niepce (né en 1765, au 15 de la rue de l’Oratoire) faire preuve d’un génie inventif. Il met au point, avec son frère Claude, un moteur dont le principe est celui du moteur à réaction, le Pyréolophore ». Il imagine aussi une sorte de draisienne, l’ancêtre de la bicyclette. Passionné par la lithographie (gravure sur pierre) il réussit, en 1816 à fixer en négatif l’image obtenue au moyen de la chambre noire, puis en 1822, à obtenir une image positive fixée. Après ces résultats, Niepce élabore vers 1826 un procédé de photogravure  : l’héliographie. L’inventeur de la photographie meurt à Chalon en 1833, six ans avant la consécration officielle de sa trouvaille par Arago.

En 1839, les usines Schneider du Creusot installent au débouché du canal du Centre une importante usine dite « le Petit Creusot », devenue « Creusot-Loire ». Les chantiers navals entreprirent dès lors la construction d’une longue série de bateaux métalliques : torpilleurs sous-marins et contre-torpilleurs. C’est ainsi que 81 torpilleurs furent montés pour le compte de la marine nationale et les marines bulgare et turque, entre 1889 et 1906. Plus tard, les habitants de Chalon sur Saône ont pu voir des submersibles de type SC1 croiser le long des quais de la ville. Cette dernière fabrication destinée à la Bolivie et au Japon ne s’arrêta qu’avec la Seconde Guerre mondiale.

Spécialisée dans la métallurgie lourde, Creusot Loire subit de plein fouet la crise sidérurgique de 1984. Cependant d’autres industries se sont implantées depuis les années 1970, dont Kodak (photos), St Gobain, Framatome, L’Air Liquide et Water Queen (leader européen dans la fabrication d’articles de pêche), révélant le dynamisme économique de Chalon.

 dans VILLAGES de FRANCEChalon sur Saône, c’est aussi des Maisons anciennes :

Certaines des nombreuses demeures séculaires du Vieux Chalon présentent un cachet tout particulier et méritent d’être signalées, particulièrement dans le quartier Saint Vincent, où de belles façades à colombage ont été dégagées sur la place du même nom (remarquer également, à l’angle de la rue St Vincent, une statue du saint), dans la rue aux Fèvres, la rue de l’Evêché etc.. ; rue St Vincent carrefours pittoresque à la jonction des rues du Pont et du Châtelet ; rue du Châtelet, au n° 37, belle façade du 17è siècle avec bas-reliefs, médaillons et gargouilles ; Grande Rue : au n° 39, vaste maison du 14ème siècle restaurée.

Cathédrale Saint Vincent :

SANCTUAIRE de l’ancien évêché de Chalon (supprimé en 1790), St Vincent ne présente pas un aspect homogène. Ses parties les plus anciennes remontent à la fin du 11è siècle ; le chœur est du 13è. Sa façade et ses clochers néo-gothiques (1825) lui donnent un air étrange. A l’intérieur, les piliers cantonnés de pilastres cannelés et de colonnes engagées sont dotés pour certains de chapiteaux semblables à ceux d’Autun. Dans la chapelle absidale Nord, remarquez la grande armoire eucharistique contemporaine en bronze doré (1986). Dans le chœur, dais finement sculpté. Dans l’abside, triptyque de 1608 (Crucifixion). Dans la chapelle donnant accès à la sacristie, voûte à cinq clés pendantes et beau vitrail représentant la femme aux douze étoiles de l’Apocalypse. Le bras droit du transept ouvre sur un cloître du 15ème siècle restauré, où se trouvent quatre belles statues en bois ; la cour du cloître a retrouvé son puits. Dans le bas-côté droit, nombreuses pierre tombales et chapelles fermées par des claustras ( grilles de pierre).

L’Hôpital : Seul le bâtiment à degrés d’inspiration flamande date de la construction initiale (1528). Le premier étage, réservé aux religieuses, comprend des pièces lambrissées dont l’infirmerie qui abrite quatre lits fermés de rideaux. Le réfectoire et le couloir des cuisines meublé de vaisseliers remplis d’étains et de cuivres sont particulièrement remarquables. La pharmacie  (1715) présente une collection de pots du 18è siècle classés selon les potions qu’ils contiennent : écorces, racines, bois, feuilles etc.. Les bâtiments s’étendirent à partir du 17è siècle et dès le début du 18ème certaines pièces furent ornées de magnifiques boiseries.

La chapelle, d’architecture métallique (1873) a recueilli des œuvres d’art provenant des parties démolies à l’époque ; boiseries armoriées, chaire du 17è siècle, rare Vierge à l’encrier et verrières Renaissance.

La Tour du Doyenné : Ce beffroi du 15ème  siècle, jadis proche de la cathédrale, puis démonté en 1907, a été réédifié à la pointe de l’île. Du sommet, panorama sur la ville. Non loin, beau tilleul, provenant des pépinières de Buffon.

La Roseraie Saint Nicolas : Des quais, 4 km par les ponts des îles de la Saône, au sud puis la rue Julien Leneuveu, à gauche. Au départ de l’aire de loisirs Saint Nicolas, circuit pédestre de 5 km. Cette prestigieuse roserai (comptant quelque 25 000 plants) dissémine ses parterres au milieu d’immenses pelouses semées de conifères ou de jeunes pommiers.

Puis, l’Eglise Saint Pierre : Construit de 1698 à 1713 dans un style italien, cette ancienne chapelle bénédictine présente une façade imposante (refaite au 19è). A l’intérieur s’ouvrent une vaste nef et un chœur sous coupole peuplés de statues dont certaines sont du 17ème siècle : Saint Pierre et Saint Benoît à l’entrée du chœur, Sainte Anne et la Vierge terrassant le dragon dans le transept. Dans le chœur, stalles sculptées et orgue d’époque Régence surrmonté d’un Saül jouant de la harpe.

 

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Ceux qui possèdent Le Léman

Posté par francesca7 le 27 juillet 2013


Ceux qui possèdent Le Léman dans LACS DE FRANCE images-31

La beauté et la tranquillité du lac attirent de plus en plus d’investisseurs, dont de riches étrangers.

A quelques encablures du centre-ville de Thonon-les-Bains, le parc public de Corzent. Sur 4,7 hectares de verdure au bord du lac Léman s’étendent pelouses, châtaigniers, hêtres, tilleuls. Il y a deux ans, lors de l’ouverture des grilles au public, Jean Denais, le maire de la ville, évoquait son inspiration romantique. »Avec ses cheminements sinueux et son belvédère, le parc était exemplaire de la conception paysagère des propriétés du littoral lémanique du XIXe siècle », lançait-il. Une inauguration hautement symbolique. Le Conservatoire du littoral, le conseil général de Haute-Savoie et la ville de Thonon avaient réussi à réunir 3 millions d’euros pour racheter cette propriété privée, et rendre un petit bout des bords du Léman à ses habitants. Depuis des décennies, boosté par la renommée internationale d’Evian, le Chablais, entre plages et montagnes, attire des populations fortunées venues d’ailleurs… et qui s’approprient les meilleurs terrains au bord de l’eau. « Après les industriels du nord de la France sont arrivés des Iraniens, à la suite du chah d’Iran, propriétaire d’un chalet à Saint-Paul-en-Chablais, puis des émirs du Golfe, et enfin des nouveaux riches russes. Sans oublier les Suisses. Le problème, c’est que l’Etat n’a pas les moyens de renchérir quand une grande propriété est en vente », résume un haut fonctionnaire en poste en Haute-Savoie depuis de nombreuses années.

Petit grain de sable concernant le parc de Corzent : Emmanuel Rouxel, journaliste au Messager, l’hebdomadaire local, après une enquête fouillée auprès de différentes autorités locales, révèle que le cheikh Sultan Ben Hamdan al-Nahyan, proche des dirigeants des Emirats arabes unis, a donné pour cet espace de verdure 700 000 euros, afin de financer les travaux de réaménagement. Le cheikh habite justement à Corzent, dans une demeure en bord de lac, estimée à une douzaine de millions d’euros. Cet attachement à la préservation du patrimoine naturel s’accompagnait tout de même d’une petite contrepartie. Ben Hamdan Al-Nahyan obtenait l’autorisation par la préfecture de Haute-Savoie de faire construire un ponton de 42 mètres sur le lac, alors que la loi de 1976 n’autorise que 15 mètres. Raison invoquée : son très gros bateau risquait de toucher le fond du lac trop près de la rive, à Corzent. De quoi faire hurler les écologistes locaux, les Thononais étant, selon eux, »spoliés des rives de leur lac par un roi du pétrole ».

Crésus. 

Cette « spoliation » ne concerne pas que Thonon, mais aussi les 58 kilomètres de rives françaises du lac Léman, allant de Tougues à Saint-Gingolph. Pour faire simple, au moins la moitié des propriétaires seraient dans l’illégalité. Soit parce que des constructions ne possèdent pas d’autorisation, s’élevant sur le domaine public, version alpine des paillotes méditerranéennes, soit en raison des barrières et des haies empêchant les promeneurs de marcher le long le lac. A Corse-sur-Léman, le fameux « chemin du douanier », qui permet aux piétons de longer un cours d’eau ou un lac grâce à une servitude de 3,25 mètres, a été rangé au rayon des souvenirs. Il n’y a pas dans le Chablais d’écologistes musclés, sur le modèle de l’association suisse Rives publiques, qui mènent des opérations coup de poing, consistant à déboulonner ou à scier les grilles qui bloquent l’accès aux plages. Il est vrai qu’à Genève à peine 37 % des rives sont accessibles.

« Notre programme porte sur 330 hectares et concerne dix communes, comme à La Châtaignière, au Domaine de Guidou, au Pré Curieux. Nous avons déjà acheté 151 hectares. Mais nous sommes freinés par le coût du foncier. Un hectare sur les bords du lac Léman coûte dix fois plus cher qu’ailleurs », constate Jean-Philippe Deslandes, responsable de la délégation sur les Lacs au Conservatoire du littoral, installée au Bourget-du-Lac. Mais, alors, n’y aurait-il plus que l’Etat désargenté et les collectivités locales pour tenter de sauver quelques mètres de berges ? Tout le Chablais serait-il tombé aux mains des étrangers ? Pas tout à fait. Le promoteur André Perracino a la réputation d’être le Crésus savoyard. On raconte que peu d’opérations immobilières d’envergure sont réalisées dans la région sans l’aval de ce monsieur de 80 ans, à la fine moustache, un cigarillo serré entre deux doigts. »Les gens qui me croient aisé ne savent pas ce que je dois. Il me reste encore à payer le prix de la passion avec laquelle j’ai fait mon métier. Et, à mon âge, je commence à passer la main. Je n’ai plus que deux ou trois projets de restauration dans le centre-ville », assure-t-il, modeste. Ses bureaux, avenue des Allobroges, dans le centre de la ville, jouent la discrétion. André Perracino a tout de même construit 1 200 logements à Thonon, et 800 autres entre Evian, Annemasse et Bonneville. »En ajoutant les commerces et les locaux professionnels, j’ai peut-être bâti près de 10 % de cette ville. Mais que me reste-t-il aujourd’hui ? Peut-être quelques dizaines de locaux en location dont je me sépare graduellement pour payer mes impôts », assure le « retraité » de l’immobilier.

Descendance. 

A deux pas des Constructions Perracino, plongé dans de vieux livres au premier étage de la bibliothèque municipale, Joseph Ticon, le président de l’Académie chablaisienne, se veut rassurant. Tous les seigneurs et autres nobliaux de la province n’ont pas disparu sans descendance. Pour preuve, les membres de sa société savante ont fait leur entrée solennelle le 12 janvier au château de Ripaille. Ce château aux quatre tours, le plus célèbre du Chablais, entre Thonon et Evian, est entouré d’un domaine viticole de 22 hectares et d’une forêt de 53 hectares. L’ancienne résidence des ducs de Savoie appartient toujours, du moins en partie, depuis la fin du XIXe siècle, aux Necker-Engel, de la famille du ministre des Finances de Louis XVI. L’histoire retient que le duc de Savoie Amédée VIII s’est retiré dans ce château en 1434 avec six de ses compagnons pour fonder l’ordre de Saint-Maurice. Mais sa retraite n’eut rien de monacale. A-t-il coulé le reste de ses jours « entouré de gais compagnons dans les délices de la bonne chère »? Voltaire assure que l’expression « faire ripaille » viendrait de cette retraite joyeuse sur les bords du lac Léman*. Mais, au hit-parade des châteaux forts du Chablais, celui d’Yvoire, avec son énorme donjon rectangulaire, agrémenté d’échauguettes, n’est pas mal classé non plus. Il a été bâti, lui, au début du XIVe siècle, par le comte Amédée V de Savoie. Comme celui de Ripaille, il est propriété familiale, et ce depuis 1655. Les barons d’Yvoire ne font pas visiter leur château, seulement le jardin labyrinthe des Cinq Sens, riche de 1 300 espèces de plantes et de fleurs. Quant au château de Blonay, sur la commune de Publier-Amphion, il a connu un destin pour le moins original en devenant le siège administratif de l’équipe professionnelle d’Evian Thonon Gaillard Football Club, avec la bénédiction de Franck Riboud, PDG de Danone, propriétaire des eaux d’Evian.

* « Notice historique sur Ripaille », de A. Lecoy de La Marche (Le Livre d’histoire, 2004).

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Tonnelier comme mon Père

Posté par francesca7 le 11 juillet 2013

Tonnelier comme mon Père dans ARTISANAT FRANCAIS 280px-tonneau_et_homme-140x300Le tonnelier est un artisan qui avec une grande précision est chargé de confectionner des fûts en bois. Tout le savoir-faire du tonnelier est réuni dans cet objet pratique et nécessaire. Son coup de main et son coup d’œil feront la bonne barrique qui permettra le vieillissement du vin, de la bière ou de l’alcool.

« Comment a-t-on pu imaginer de faire tenir un liquide dans un montage de morceaux de bois fort difficile à assembler ? La plus grande partie des inventions humaines figurait déjà dans la nature : la maison, c’est la grotte, le bateau, c’est le tronc d’arbre qui flotte, même la roue, c’est le soleil qui roule dans l’espace. Le récipient naturel, c’est l’amphore, le vase fabriqué à l’image d’une pierre creuse, en moulant l’argile humide, ou bien c’est l’outre que l’on trouve toute faite en creusant la peau d’un bouc. Mais la barrique est bien une invention de poètes, l’imagination d’un peuple de rêveurs, insoucieux du temps et de la vie pratique, nos ancêtres les Celtes. »

Mon Grand-père Josèph G. demeurant à Saliins les Bains était lui-même tonnelier. Mon père à ses côtés a lui aussi pu mettre un peu la main à la pâte, mais cela ne l’a finalement motivé car par la suite il est devenu facteur. Mais bon, cette approche lui a permis tout de même à savoir manier les outils car plus tard il s’y était remis rien que pour le plaisir….

Le tonneau est connu en Europe depuis plus de 2 000 ans, inventé par les Gaulois ; il servait à stocker des produits liquides (vin, bière, cidre, eau), mais également solides comme les grains, les salaisons et même les clous. D’abord appelé charpentier de tonneau, les maîtres tonneliers « tonloiers » ou « barilliers » étaient déjà réunis en corporation au ixe siècle. Au xiiie siècle, ils remirent leurs statuts pour approbation en même temps que 121 autres corps de métiers. En 1444, Charles VII de France confirma les statuts des tonneliers ou barilliers (les tonneliers charpentiers ou foudriers ont pour leur part été rattachés à la corporation des charpentiers dès le xe siècle). Il donne par la même occasion aux tonneliers barilliers le privilège de déchargeurs de vin : ils sont les seuls à avoir le droit de débarquer le vin qui arrive par bateau.

Au Moyen Âge, les rois avaient leurs propres tonneliers, chargés d’entretenir les barils et les muids. Ils faisaient aussi fonction d’échanson (fonction historiquement avérée du règne deCharlemagne à celui de saint Louis).

Les maîtres brasseurs, alors organisés en corporation avaient également le métier de tonnelier pendant le saison chaude, durant laquelle le brassage était interdit.

Les fabrications des tonneliers étaient nombreuses : baquets, bailles, baignoires, barattes, barils, barillets, cuveaux, seaux, seillons, hottes et bien sur tonneaux. Le tonnelier de village était pratiquement le seul à fabriquer des tonneaux ou à réparer les vieux fûts des vignerons. Il était payé à la pièce.

La barrique a été inventée par les Celtes et adoptée par les Romains comme l’attestent des bas-reliefs de scènes de hâlage avec les tonneaux bien visibles sur les embarcations datant du ier siècle av. J.-C. Et depuis plus de 2 000 ans, les tonneaux ont servi de contenant à diverses denrées.

Actuellement, le tonneau est principalement utilisé pour les vins et les alcools « vieillis en futs de chêne ».

Bien qu’aucune machine n’ait pu remplacer complètement l’homme dans la fabrication des barriques, il reste aujourd’hui une centaine d’entreprises de tonnellerie en France, ce qui représente environ 400 tonneliers et 500 000 tonneaux. Ces entreprises sont aujourd’hui florissantes, exportent dans le monde entier 80 % de leur fabrication, et certaines sont même cotées en Bourse, ce qui en fait un des métiers les plus dynamiques de l’industrie du bois.

D’immenses tonnelleries mécanisées existent aux USA pour la fabrication des fûts à whisky. Il existe des tonnelleries au Portugal, en Espagne, en Italie, en Irlande, en Suisse, en Autriche, en Hongrie, et dans la plupart des régions vinicoles traditionnelles.

Le tonnelier utilise le plus fréquemment du chêne pour la fabrication d’un tonneau. Le bois est d’abord préparé par un merrandier en douelles, qui seront assemblées, chauffées et resserrées à l’aide de cercles en fer. Sont ensuite insérées les pièces de fond, puis le trou de bonde et de broquereau percés.

 Il faut savoir que la diffusion du tonneau s’est faite tout au long du Moyen Âge, du nord au sud de l’Europe, par le biais des rivières, des fleuves, des mers et des océans, des ports, des routes, des foires, des marchés régionaux ou internationaux (Foires de Champagne). Il accompagne l’essor des premières grandes villes marchandes italiennes, flamandes, allemandes (La Hanse), anglaises (Bristol) ou françaises (La Rochelle, Bordeaux, Nantes), puis se diffuse à d’autres continents, surtout à partir des Grandes découvertes et de l’accélération de la mondialisation, des conquêtes et du commerce transatlantique.

Vers 1650, ce récipient fut associé à une expérience célèbre : le crève tonneau. Il permit d’écrire le Principe de Pascal.

ton dans ARTISANAT FRANCAISHéritée des anciennes mesures médiévales, une grande disparité jointe à un chevauchement des volumes sous des dénominations différentes ne fut pas abolie sous la Révolution. Elle perdura jusqu’au milieu du xixe siècle. Les négociants en vin de Paris, par l’intermédiaire de leur hebdomadaire, nouvellement créé, Le Journal de Bercy et de l’Entrepôt. Le Moniteur Vinicole, lancèrent une pétition à l’adresse de Napoléon III, qui fut publiée le 6 octobre 1856. Au nom des principaux propriétaires et négociants de France, ils demandaient à l’empereur « l’unité des mesures de jaugeage des vins » et l’application du système métrique sur les contenants dont les volumes variaient« d’une contrée viticole à l’autre et souvent dans un même département ». Les pétitionnaires expliquaient qu’ils s’estimaient frustrés, chaque année, d’environ 1 000 000 d’hectolitres et demandaient instamment l’application des textes de lois de 1793, 1812 et 1837.

Durant la Première Guerre mondiale, dès octobre 1914, l’Intendance afin d’améliorer la vie des poilus dans les tranchées ajouta une ration de vin à l’ordinaire des troupes. Tout soldat reçut quotidiennement un quart de vin. Cette ration fut reconnue insuffisante et doublée par le Parlement, en janvier 1916. Ce demi-litre fut augmenté à partir de janvier 1918, et la ration passa à trois quarts de litre par jour. C’est dire l’importance considérable que prit le tonneau pour le transport du vin jusqu’au front.

Or « si le vin ne manque pas, en revanche les tonneaux manquent au vin. Depuis le début des hostilités, la tonnellerie ne fabrique plus, et par contre les besoins qu’elle doit satisfaire ont sans cesse grandi… Si tous revenaient à leur point de départ ! Beaucoup, hélas! une fois vides, s’égarent sur la route du retour ; beaucoup d’autres reviennent, glorieux blessés de guerre, aux douves cassées, brisques coûteuses… Des remèdes ont été cherchés : faute de bois de chêne, on a eu recours au bois du châtaignier dont l’usure sera plus rapide. Malgré tous ces palliatifs, l’Intendance pousse un cri d’alarme: « Si vous voulez du vin, ménagez les tonneaux », clame-t-elle désespérément ».

Pourquoi utiliser un tonneau en bois ? D’abord pour faciliter le transport d’un liquide, mais aussi et surtout aujourd’hui pour donner du goût à une boisson. Le bois du tonneau apporte au bout de quelques mois des tannins aux liquides (vins rouges, spiritueux) qu’il contient, mais aussi des arômes secondaires (vanille, noix de coco, noisette, beurre…) donnant souvent à une boisson plus de complexité et de garde (5 à 10 ans de garde selon les appellations, les cépages…). Cette caractéristique est utilisée aussi pour fabriquer en Italie le célèbre vinaigre balsamique. Cette technique de vieillissement peut être remplacée selon les législations régionales ou nationales dans certains procédés de vinification par l’ajout de copeaux de chêne dans le moût stocké en cuve inox ; le producteur ou le négociant n’a pas le droit alors de mentionner sur l’étiquette que son vin a vieilli en fût de chêne. Cette technique permet surtout une oxygénation contrôlée, mesurable, son utilisation entraînant une évaporation des liquides plus connue sous le nom de part des anges, le tonneau n’étant pas complètement étanche. On recommande le vieillissement en fûts de nombreux vins rouges (Pauillac ou Chianti Classico par exemple) ou blancs (Bourgogne ou Chardonnay américain par exemple), de certains vins mutés ou spiritueux connus mondialement (cherrys, whiskeys, cognacs, armagnac, rhums, calvados) et de certaines bières (lambic, kriek, faro, bière rouge).

Jusqu’au milieu du xxe siècle, les tonneaux étaient le mode de colisage le plus pratique pour le transport ou de stockage, bien que n’étant pas le plus économique. Toutes sortes de produits en vrac, des clous aux pièces d’or, y étaient stockés. Les sacs et les caisses étaient meilleur marché, mais ils n’étaient pas aussi robustes et ils étaient plus difficiles à manipuler à poids égal. En effet, un tonneau roule évidemment très bien comme un cylindre, mais s’il est debout, tout manœuvre adroit réussit à le déplacer sans effort en le roulant incliné, en équilibre sur son arête. Ainsi, des concours d’adresse se déroulaient autrefois aux halles où les livreurs devaient courir avec un tonneau. Les tonneaux perdirent peu à peu leur importance au cours du xxe siècle, en raison de l’apparition de la palettisation et de la conteneurisation de la chaîne logistique.

tÀ la fin du xxe siècle, de tonneaux en tôle d’acier sont toujours utilisés pour le stockage et le transport de nombreux liquides, tels que l’huile, le pétrole et lesdéchets dangereux. La bière sous pression pour les bars est toujours livrée en tonneaux métalliques, soit en aluminium soudé (deux parties embouties ou en métal repoussé), soit en trois parties serties à la façon de certaines boîtes de conserve.

De nos jours, l’entonnage s’est maintenu dans le vocabulaire vinicole, il concerne l’action de remplir un fut de vin, mais peut également être étendu à celui des cuves, ou des camions-citernes et de leurs remorques.

 

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