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La compagnie des Lavandières

Posté par francesca7 le 31 octobre 2013

La compagnie des Lavandières dans LAVOIRS DE FRANCE images-22

La Compagnie Ô et la cie Battement d’Elle vous présentent leur création : Paroles de lavandières

Aujourd’hui la machine à laver le linge, autrefois le lavoir et les lavandières …

Les comédiennes des compagnies Ô et Battement d’Elle se mettent en scène pour faire revivre l’espace d’un instant l’âme des lavoirs.

« Quatre femmes arrivent, chargées de linge. Elles viennent troubler le sommeil du lavoir. 

Au rythme des brosses et des battoirs, elles retrouvent les gestes des lavandières. Elles cancanent, rient, pleurent, chantent… réveillant les mémoires embuées. Elles partagent avec nous ce moment de travail où s’étalent, se lavent nos vies. Leurs paroles rebondissent sur les murs, leurs reflets dans l’eau rejoignent les lavandières du passé… »

Ce spectacle original est le moyen pour Rose, Solange, Louise et Margot (les quatre lavandières) d’exhumer leurs souvenirs enfouis dans l’eau trouble du lavoir. Les langues se délient, les rumeurs se chuchotent, les histoires d’amour s’entrecroisent laissant éclater des vérités amères… et finalement tout finit par se savoir.

Elles parlent des hommes qui sont partis à la guerre, les laissant seules face à leurs destins. Elles parlent des enfants qu’elles rêvent un jour de serrer dans leurs bras ou de ceux qu’elles ont à leurs côtés. Elles parlent de leurs songes qui parfois les emmènent vers d’autres horizons. Elles parlent de « ceux d’à côté » qui ont la vie facile. Finalement, elles parlent pour être moins seules. Leur cœur et leur esprit s’ouvrent, s’embrasent et se confondent. Elles incarnent Rose, Solange, Louise et Margot, mais bien plus encore. Elles sont aussi Marie, Suzanne, Mélanie, Léon, Bruno ou Paco ; enfin elles sont l’âme de nos ancêtres, de la campagne, de la vie d’autrefois.

Ces femmes nous touchent, nous interpellent, nous font rire, nous inspirent ; un sentiment de proximité s’installe… On y reconnaît une mère, une grand mère, une tante, une sœur… c’est bien ça : ces femmes sont universelles.

Par le biais de portraits de femmes fortes et fragiles à la fois, de récits, d’anecdotes, de chansons et de contes traditionnels, les quatre comédiennes invitent petits et grands à partager un morceau de notre patrimoine : le quotidien de ces femmes.

 A partir de collecte de témoignages de lavandières, de fils et filles de laveuses, ce spectacle s’ancre dans le passé pour mieux résonner dans le présent et continuer à faire vivre la mémoire collective. Ce spectacle est aussi l’occasion de valoriser le patrimoine rural des villes et des villages.

Créée en septembre 1998 à St Jean de Braye (Loiret) sous l’impulsion de Nathalie Chartier et Serge Royer, la Compagnie Ô est à la croisée des Arts du spectacle et des Arts plastiques.  Si ses créations sont essentiellement théâtrales, la Compagnie Ô emprunte volontiers les chemins de traverse pour s’enrichir de pratiques artistiques aussi diverses que : l’art de la marionnette, le masque, le conte, la peinture, la photographie, la musique, l’art du mouvement… 

Chaque spectacle est l’occasion de questionner la relation Jeu – Forme – Sens pour trouver le ton le plus juste et donner naissance à de vrais univers intimes et touchants. 

Ses thèmes de prédilection sont l’HUMAIN, ses caractères et ses sentiments, ses incohérences et ses dérèglements. Ardent défenseur d’un Théâtre d’éducation populaire, la Compagnie Ô va à la rencontre des publics dits « exclus » (quartiers difficiles, milieu rural, milieu carcéral…) et mène des actions de sensibilisation dans les écoles, collèges, lycées, centres d’animations… 

Signataire de la Charte «Culture en partage», elle défend l’idée que le théâtre doit rester un espace privilégié d’échanges, de vie, d’exercice de la mémoire, de réflexion et de résistance.

Quelques-unes de ses créations : 

Comme des images (2008), Larmes au Poing (2007), Paroles de lavandières

(2007) ,  les Justes  (2005),  Factices Factrices (2005)  Bonne nuit, monsieur

Etriqué ! (2004),  Bruissements d’Elles (2004),  Quelques conseils utiles aux

élèves huissiers (2003), Beurk ! (2003), Trouille et fripouille (2003) …

CONTACT : 

Compagnie Ô – Catherine Ménard

25, venelle des Grands Champs

45800 St Jean de Braye

tél.fax : 02.38.70.02.37

mail : compagnie.o@wanadoo.fr

site internet : www.compagnie-o.com

 

Un lien en PDF : http://www.compagnie-o.com/dossierlavandieres.pdf

 

Publié dans LAVOIRS DE FRANCE, LITTERATURE FRANCAISE | Pas de Commentaires »

Les premières machines à laver le linge

Posté par francesca7 le 6 octobre 2013

 Les premières machines  à laver le linge dans AUX SIECLES DERNIERS telechargement1 Si la naissance de la machine à laver est difficile à dater, du moins peut-on connaître son histoire à travers ses emprunts, sa lente évolution au gré des progrès des techniques et de la chimie, de l’apparition de nouveaux tissus… 

   Elle cherche d’abord à reproduire les gestes de la laveuse. Les rainures des battoirs et des planches à laver se retrouveront sur les premières cuves en bois ou les autres tambours pour permettre le frottement du linge sur les parois. 

   La connaissance des différentes phases du blanchissage permit aux ingénieurs et industriels d’apporter des améliorations aux travaux de blanchissage. Utilisant les sciences de l’hydraulique et de la métallurgie, ils perfectionnèrent les différentes phases : lessivage – lavage – essorage. On distingue dans ses premiers objets, quatre origines : travail de la fonte, outillage agricole, travail de la chaudronnerie et de l’électricité. 

   Les recherches menées sur la machine à laver ont été initialement le fait de petites entreprises locales pour lesquels cet objets était davantage un sous-produit d’activité principale qu’une préoccupation majeure (par exemple Miele qui à l’origine produisait des barattes à beurre). 

   Les premières fabrications françaises viennent du Nord : industrie du chemin de fer, du charbon, production agricole… Cela explique la structure des machines du Nord (Speed de Calais) plutôt massive, utilisant la plupart du temps des bielles manivelles ou des manivelles à entraînement démultiplié. Ces machines s‘efforcent de reproduire les gestes de la lavandière tout en écartant ceux qui brutalisent le linge. 

   De plus les constructeurs, très souvent au fait des objets liés à l’exploitation agricole, se réfèrent à la baratte. Trois principaux types leur servent de modèle, soit dans la forme, soit dans les mécanismes : 

 - La baratte avec agitateur en bois, que la fermière remue dans un tonneau à fût évasé, donne naissance à un premier système de lavage, composé d’un baquet de bois dans lequel on plonge le linge et d’un agitateur à bout conique ou à trois branches, auquel on communique un mouvement rotatif alterné. 
 - La baratte normande à tonneau horizontal fonctionnant avec une manivelle, est sans aucun doute l’ancêtre de la machine à laver à tambour. 
 - La baratte à manivelle placée sur un engrenage ; le bac en bois et l’agitateur sont réunis en un seul appareil. Ce système typique du nord, implique l’utilisation de bielles-manivelles ou de manivelles d’entraînement démultiplié. Il permet en outre de créer un mouvement alternatif propre à éviter l’enroulement du linge et son tassement. 
    Tout commence en fait à la fin du 18ème siècle dans les campagnes sous l’impulsion des menuisiers, forgerons, tonneliers, certainement influencés par l’esprit de l’Encyclopédie. La baratte sert à battre le lait ; les femmes battent le linge. De cette correspondance naît l’idée de la baratte à linge. 

   Les solutions mécaniques performantes de l’industrie ne sont pas adoptées tout de suite : on reste longtemps à l’essoreuse à rouleaux, on respecte l’ébullition de la lessive, on bat le linge d’abord avec un agitateur, on s’ingénie à trouver des correspondances entre frottements d’un mouvement rotatif avec les frottements de la laveuse sur une planche. 
   Les Françaises recherchent au travers de l’entretien du linge la blancheur, la propreté, l’économie et le respect du trousseau. Leur attitude de méfiance face à la machine s’explique par la crainte de la déchirure, d’usure, d’une restitution insatisfaisante de la blancheur. A cela s’ajoute le poids de la tradition et les habitudes d’inconfort enracinées. 

On trouve différents types de machines jusqu’à l’adoption du tambour sur axe horizontal. Le linge est soumis à des malaxages obtenus par des dispositifs variés. En 1930 quatre types sont présentés dans l’Encyclopédie des familles. 


Les machines à barboteuses – tambour
 : 

Ces appareils comprennent en général un tambour cylindrique placé sur une cuve. Le linge baigne à l’intérieur du cylindre ; par des ouvertures pratiquées dans les parois, la lessive bouillante arrive sur le linge. Lorsque le tambour tourne, le linge est soulevé jusqu’à une certaine hauteur, d’où il retombe sur la lessive par son propre poids. Le mouvement de rotation est effectué dans les deux sens. 

telechargement-3 dans LAVOIRS DE FRANCE

Les machines à oscillations : 
Ces laveuses sont constituées par un récipient à double fond oscillant autour d’un axe. Le linge, ainsi que la lessive, sont précipités de l’un à l’autre fond par la rotation du récipient, ce qui provoque un brassage contenu qui libère les impuretés des pièces à laver. 

Les machines à succion ou à compression : 
Le lavage est obtenu par aspiration ou par succion. Le linge est placé entre le fond d’un récipient et un plateau perforé. Le fond du récipient est fixe, tandis que le plateau perforé est mobile. Le linge est compressé entre le fond et le plateau mobile. Le linge subit ainsi un foulage qui exprime le liquide par intermittence. 

Machines à palettes ou agitateurs : 
Ces machines sont constituées par une cuve ordinaire en bois, à l’intérieur de laquelle tournent soit des palettes, soit une planchette. Ces palettes ne tournent jamais plus d’un tour dans le même sens pour éviter l’enroulement du linge. Elles reçoivent un mouvement alternatif par l’action d’un volant manivelle. A chaque changement de rotation des palettes, il se forme un courant liquide en sens inverse et le linge est traversé par la lessive savonneuse. 
 Documents source : 

- Pour une histoire de la lessive en Nivernais au XIXe siècle Guy Thuillier.Annales. Économies, Sociétés, Civilisations.1969 Vol. 24 N°2 pp.377-390 
- Le savoir faire de nos grands parents : la bue ou la grande lessive - Mémoires vivantes /bulletin18   
- Un siècle de lavage du linge 
- Jours de lessive…Les techniques de lavage 
- Histoire de la machine à laver française, musée du lave linge
- La bugée, bughée, buée ou lessive à la cendre 

Publié dans AUX SIECLES DERNIERS, LAVOIRS DE FRANCE, MUSEES de FRANCE | 2 Commentaires »

La grande lessive d’autrefois

Posté par francesca7 le 30 août 2013

La grande lessive d'autrefois  dans LAVOIRS DE FRANCE telechargement-42

  Le terme « lessive », caractérise à la fois l’action de laver le linge, l’eau de lavage et le linge lui-même (du latin lineus, lin ; le linge désignant au départ la toile de lin) : on fait la lessive au lavoir, dans une buanderie, une laverie, à la main, dans une lessiveuse ou une machine à laver, encore appelée lave-linge. 

De tout temps la lessive fut l’apanage des femmes : laveuses, lavandières, blanchisseuses et repasseuses. Corvée autrefois longue et pénible, malsaine, le lavage du linge s’est transformé en une tâche quotidienne simple, rapide et relativement bon marché, et moins polluante qu’elle ne le fut autrefois, suite aux nombreux progrès technologiques qui se sont opérés au cours du siècle dernier. La lessive est devenue, de nos jours, une opération banale, pratiquée quotidiennement. 
Chaque jour, en France, on estime à 20 millions le nombre de lessives effectuées. 

  La plus ancienne description de lavage est faite par Homère (Odyssée chant V) : Nausicaa et ses compagnes apportent le linge du palais sur le fleuve. 

 A l’origine, la lessive se faisait avec les pieds : on foulait le linge. Le verbe “laver », en hiéroglyphes égyptiens, est représenté par deux pieds dans l’eau. C’est également avec les pieds que les foulons romains détergeaient le suint (matière grasse animale attachée à la laine des moutons).

   Mais la grande affaire de nos proches ancêtres, était la lessive à la cendre que l’on pratiquait dans tous les villages et les petites villes, deux fois l’an, au printemps avant les Rameaux, et à l’automne vers la Toussaint, selon les régions. 
C’était un événement important de la vie communautaire, un acte social qui rassemblait les femmes et donnait lieu à une vraie fête, avec repas, chants et danses qui faisaient oublier la fatigue.      

 Faire la buée [bue, bues, buées, bui(e)s), bugée ou bughée en Poitou-Charente], avec de l’eau portée à ébullition donc, désignait l’ensemble de l’opération, qui, à l’extérieur ou dans une pièce spécialement préparée (chambre à four, fournil, atelier, appentis ou coin de grange), se déroulait sur trois ou quatre jours, voire une semaine, suivant le volume de linge à laver  : une grande buée comptait en moyenne 70 draps, autant de chemises, et des dizaines de torchons et de mouchoirs. 

Les 3 grandes opérations de la buée

 Le tri se pratiquait dans les foyers : d’un côté le linge blanc, et de l’autre, les lainages et le linge fin. Le blanc lui-même étaittrié, car sa place dans le cuvier était conditionnée par sa finesse et son degré de saleté. 

  1) le trempage [échangeage, essangeage, essoinguage ou échange], correspondait au prélavage.
  Dans un baquet, à la maison, ou au lavoir (à la fontaine, au bord de la rivière, du ru, de l’étang ou de la mare), l’opérationconsistait à décrasser à l’eau, sommairement, pour en faire tomber les matières peu adhérentes et solubles (poussières, boues), le linge que l’on avait amassé, voituré en ballots ou brouetté. Ainsi, la crasse était-elle dissoute dans l’eau froide alors que les matières qui la constituaient auraient coagulé dans l’eau bouillante. 
Les saletés ou « sanies » les plus tenaces étaient frottées à la brosse sur une planche à laver striée. 

  2) Le lessivage
 Il s’opérait en 2 temps :


- L’encuvage
 

 Le grand cuvier (cuveau, bugadier ou bougadou dans le Sud-Ouest, biré ou biri en Bourgogne du sud) en bois cerclé de douelles comme un tonneau (il est parfois en terre cuite et s’appelle la ponne – en tôle zinguée au début du xxème siècle), pouvant atteindre 1,20 m à 2 m de diamètre sur un peu plus d’un demi-mètre de hauteur et contenir jusqu’à 400 litres d’eau, était sorti (ou loué) chez le tonnelier (après avoir été rempli d’eau un mois avant pour faire gonfler le bois) et posé sur un trépied (en bois ou en métal).  
   Si le cuvier disposait d’un trou de vidange, au fond, (vide-lessive, pissette, pisserotte, pissoir), on le bouchait avec une poignée de glui (paille de seigle longue et non brisée) ou de paille de blé, qu’on tordait avant de l’introduire en force ; dépassait alors un faisceau d’une dizaine de centimètres qui servait de bouchon filtrant ; le jus de lessive (le lissieu, le lessi) recueilli goutte à goutte tombait sous le trépied dans un bac de récupération, la jalle, (ou jarle) ou tinotte où on le puisait pour le réchauffer en permanence, dans la marmite, jadis accrochée à la crémaillère de la chemnée, ou, plus récemment, sur le fourneau situé à proximité, lequel servait aussi à cuire la nourriture des animaux. Dans bien des maisons, la place étant comptée, la cuisine pouvait avoir été débarrassée de ses meubles et transformée en buanderie.

  On mettait des branchages au fond du cuvier pour maintenir un écart entre le linge et la goulotte et faciliter l’écoulement futur de l’eau. Puis on disposait dans le cuvier, un grand vieux drap (généralement une grosse toile de chanvre), appelé charrier (cendrier ou, encore, flairé), pour envelopper la lessive : il servirait de filtre pour retenir les cendres et ne laisserait passer que le produit lessiviel bouillant, lors du coulage à chaud.  On déposait, après les draps (les linceux), généralement brodés aux initiales de la mariée, le linge de corps et les vêtements (chemises,  bonnets de nuit), puis les vêtements de travail, les blouses (bliauts, biauds ou biaudes), le linge de maison, les nappes et les serviettes, les torchons, jusqu’à ce que le cuvier soit plein ; des lamelles de savon et des racines d’iris (du fenouil ou de la lavande), étaient disposées entre chaque couche pour parfumer le linge. Pour ne pas laisser la lessive s’écouler sans traverser les tissus, les petites pièces étaient placées au fond, avant les plus grosses et tout le linge qu’on avait amassé était tassé au maximum.

Lorsque le linge recouvrait entièrement le charrier, on disposait, sur toute la surface, la charrée, soit dix à quinze centimètres de cendres qu’on avait retirées de la cheminée ou de la cuisinière et tamisées soigneusement, pour en éliminer les morceaux noirs de charbon de bois ; longtemps préparée à l’avance, elles provenaient d’arbres fruitiers, de châtaigniers, de frênes, de charmes, d’ormes, de peupliers ou de sapins : étaient proscrites les cendres de chêne, qui tachent, comme celles de tout bois dur*. Puis on ramenait les coins du charrier sur les cendres. 

« Châtaignier… : (ce) mot évoque une des deux maximes pratiques qui ont régi mon enfance : « ne mange pas la bouche ouverte, et ne jette jamais dans la cendre les épluchures de châtaigne ! » C’est que la cendre, fine mouture, était promise à la lessive. Où vous-a-t-on élevés pour que vous ignoriez qu’une pelure de châtaigne, un brandon de chêne mal carbonisé, peuvent tacher toute une lessive ? » (Colette,Prisons et paradis, p. 110) 

   Si le cuvier avait une bonde, on y enfonçait soit une cannelle reliée à une gouttière (ou coulotte), soit un drain en bois de sureau ou un tuyau, qu’on inclinait vers la casse de la chaudière (ou cassin – en fonte à la fin du XIXème siècle), contenant l’eau en train de chauffer à laquelle le jus de lessive, ainsi canalisé, se mêlerait directement. 

 - Le coulage ( ou échaudage ou ”bugade”) 
Pour que la bue fût bonne, la première coulée se faisait avec de l’eau chaude (surtout pas bouillante pour ne pas cuire la saleté) ; puis on faisait, lentement, couler l’eau (une soixantaine de litres environ), de plus en plus chaude, puis bouillante sur la charrée. La solution alcaline qui résultait de la macération des cendres végétales dans l’eau agissait comme lessive. 
Parfois, on y ajoutait des orties en décoction qui forçaient plus encore le blanchissage. 

  Le charrier finissait par être complètement recouvert et l’eau nettoyait lentement le linge qu’elle traversait ; puis, par la goulotte, elle retournait à la casse où elle chauffait de nouveau ; on la puisait (ou la « puchait »)  à l’aide du coule-lessive, (puisard ou puisette, sorte de godet ou de louche, en cuivre parfois, pourvu d’un long manche), puis on la réchauffait jusqu’à ébullition et reversait, toujours avec la puisette, au sommet du cuvier sur le charrier. 

On recommençait l’opération de transvasement pendant des heures, jusqu’à ce que la maîtresse de maison estimât que le linge devait être propre. Il était alors retiré brûlant du cuvier avec une pince en bois à longues branches ou un bâton fourchu et mis à égoutter sur des tréteaux.  

  On ne prétendait pas, en procédant ainsi, avoir éliminé la saleté ; mais, répandue sur l’ensemble du linge elle était rendue soluble par les cendres, et plus vite éliminée dans l’eau de la rivière. 

  Si l’ouvrage n’était pas achevé quand tombait le soir, la laveuse, pour conserver la chaleur et retenir dans le linge la vapeur active, couvrait le cuvier avec des sacs à grains, ou avec un couvercle fabriqué en paille de seigle et en noisetier, appelé le fleuriot, ou une grosse couverture. Après avoir macéré toute la nuit, le linge était dépoté le lendemain. 

Les cendres lessivées étaient récupérées au jardin (mélange de carbonate de potassium et de chlorure de potassium, la potasse est utilisée comme engrais et le bicarbonate de potassium est aussi un fongicide ["le terme potasse provient du néerlandais « potas » ou de l'anglais "pot ash" littéralement «cendre de pot»] wikipedia.

  3) Le rinçage et le battage du linge sur les bords de la rivière ou au lavoir 

L’opération du « retirage » (le troisième jour de la bue en général) était le fruit d’un effort harassant qui durait toute une journée : les lavandières transportaient le  » butin  » mouillé soit sur une brouette, dans des sacs de grosse toile ou des paniers d’osier, soit dans une hotte portée à dos. 

Les laveuses procédaient alors au dégorgeage à l’eau courante, à l’aide d’un battoir en charme ou en châtaignier, ou mieux, à l’aide d’une brosse de chiendent, le “chient”, au rinçage, agenouillées dans leur boîte à laver (ou carrosse ou cabasson – un coffre en bois de sapin) garnie de chiffons ou de coussins de paille, qui servaient de protection, munie d’une planche ou non.. Elles tendaient le linge à bout de bras, le laissaient flotter dans l’eau froide, le frottaient et le pressaient sur la selle avec la brosse, le rinçaient en le tordant et en le frappant avec le battoir pour le débarrasser de l’eau de lessive. 
 Elles pouvaient aussi travailler debout, la selle posée sur des tréteaux. [cf les accessoires des laveuses]

 L’azurage : on plongeait dans l’eau de chaque baquet de rinçage un sac de bleu contenant une poudre bleue provenant de l’indigotier ou de l’outremer, pour rendre le linge encore plus blanc. 

images-61 dans LAVOIRS DE FRANCE Le blanchissage : tout aussi éreintant que la précédente, l’opération consistait à étendre le linge au soleil, en plein champ, et à lui faire subir une série de manipulations pouvant durer  2 à 3 jours. Conformément aux préceptes de Diderot et d’Alembert, le linge était étendu à plat sur un pré, arrosé à plusieurs reprises avec un arrosoir de jardinier et retourné deux ou trois fois sens dessus dessous. Pendant trois jours, le soleil et l’eau achevaient « de lui donner un lustre et un blanc très parfait ».

 Le séchage  
– couvert : le linge était mis à sécher au grenier, aéré par des lucarnes, en mauvaise saison. 
– à air chaud, devant le poêle ou la cheminée. 
– en plein air, directement étendu sur l’herbe (ce qui présente l’avantage du blanchiment) pour les grandes pièces telles que les draps ou étendu sur des cordes, en plein vent, fixé par des pinces à linge qui n’étaient, avant les pinces à ressort, que de simples fourches de bois taillé ; et si la corde fléchissait, on la relevait à l’aide de perches en bois fourchues.  

L’expression « pendre le linge », utilisée autrefois, a été supplantée par celle, plus logique, « d’étendre le linge » et le terme « étendoir », remplacé par « séchoir », bien que ce dernier désigne plus souvent un système mécanisé de séchage (par une source artificielle de chaleur et/ou d’aération). 

Cette méthode de lavage, plus ou moins perfectionnée au cours du temps, fut pratiquée jusqu’après la première guerre mondiale : le linge sale passant ainsi, en plusieurs jours, de l’enfer (passage dans le cuvier) au purgatoire (séance de battoir au lavoir ou à la rivière), puis au paradis (rinçage, séchage, repassage et blanchiment). 

 Documents source : 

- Pour une histoire de la lessive en Nivernais au XIXe siècle Guy Thuillier. Annales. Économies, Sociétés, Civilisations.1969 Vol. 24 N°2 pp.377-390 
- Le savoir faire de nos grands parents : la bue ou la grande lessive - Mémoires vivantes /bulletin18   
- Un siècle de lavage du linge 
- Jours de lessive…Les techniques de lavage 
- Histoire de la machine à laver française, musée du lave linge
- La bugée, bughée, buée ou lessive à la cendre 

Publié dans LAVOIRS DE FRANCE | 1 Commentaire »

 

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