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La grande Histoire des Confitures

Posté par francesca7 le 9 avril 2016

 

 
 
La confiture, qui est aujourd’hui le dessert populaire par excellence, écrit en 1920 le chroniqueur Ernest Laut, était autrefois un mets de luxe, le sucre étant cher : on n’en mangeait pas une once par an, car on eût considéré comme pure folie d’employer cette denrée précieuse à la conservation des fruits qui n’avaient aucune valeur marchande.

Si dans les pays de vignobles on mangeait du raisiné, si dans les villes on pouvait trouver, chez le confiseur et à des prix abordables, quelques confiseries au miel, les pâtes de fruits au sucre de canne étaient coûteuses. Rabelais, en son quatrième livre de Pantagruel, qui fut écrit vers 1550, parle des confitures.

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C’est apparemment le premier de nos grands auteurs qui leur fasse cet honneur. Pantagruel, visitant l’île des Papimanes, et devisant de bonne chère, déclare que l’abondance des « confitures » sur une bonne table lui apparaît comme le complément indispensable d’un repas « resjouy ».

Et si l’hygiéniste averti qu’est Rabelais fait dire à son héros que les fruits cuits « en casserons, par quartiers, avec un peu de vin et de sucre, sont viande très salubre, tant ès malades comme ès sains ». Malheureusement, à l’époque où écrit Rabelais, cette « viande très salubre » n’est pas à la portée de toutes les bourses. Pantagruel est un grand seigneur bon vivant qui peut souffrir les plus coûteuses fantaisies ; mais les bourgeois, même aisés, ne mangent de fruits confits au sucre que dans les grandes occasions. Le saccharum ne se vend que chez l’apothicaire ; c’est assez dire qu’il se vend très cher. Ce n’est pas un aliment ; ce n’est pas même un condiment ; c’est un médicament.

Cent ans après Rabelais, le sucre commença seulement à entrer dans l’alimentation ; mais il demeura très coûteux, attendu qu’il fallait le faire venir des Indes occidentales. Et la confiture ne devint un mets bourgeois et familial qu’au début du XIXe siècle, après que benjamin Delessert eut trouvé, avec l’encouragement de l’empereur, l’art d’extraire le sucre de la betterave.

Cependant, si nos lointains aïeux n’avaient pas le sucre, ils savaient tirer parti du miel et le mélanger agréablement aux fruits. La Provence, notamment, avait gardé la recette des confitures au miel que les Romains lui avaient enseignée naguère. Elle appliqua cette recette à la confiserie des prunes de Damas que les seigneurs croisés rapportèrent dans le Midi au XIIIe siècle ; et ce fut, au dire des chroniqueurs, la plus délicieuse friandise qui se pût imaginer. Aix et Apt étaient alors, en ce pays, les deux villes les plus renommées pour leurs confitures.

On sait qu’en ce temps-là, lorsque quelque dignitaire ou quelque prince entrait dans une ville, il était d’usage que le Magistrat vînt en corps l’accueillir aux portes et lui offrir les produits les plus renommés de la cité. Quand le roi allait à Reims, les échevins le recevaient en disant : « Sire, voici nos vins, nos pains d’épice au miel et nos poires de rousselet. » Quand il allait à Aix, les capitouls lui disaient : « Sire, nous vous offrons nos cœurs et nos confitures. »

Les papes d’alors, qui étaient de fins gourmets, avaient à leur service toutes sortes d’écuyers de bouche spécialisés dans la fabrication des plats, des condiments et des friandises. Le moutardier du pape n’est point un personnage de légende, non plus que « l’écuyer en confitures ». En 1403, pendant le schisme d’Avignon, c’était un confiseur d’Apt, nommé Batarelly, qui remplissait à la cour papale ce rôle.

A Paris, dès le XVe siècle, les confitures tenaient une place importante dans les menus de la table royale. Nos aïeux, gros mangeurs de venaison et de pâtés, mangeaient, par contre, fort peu de légumes. Il est vrai de dire qu’ils ne connaissaient guère que le chou. Pour combattre l’échauffement qui résultait fatalement d’une consommation excessive de viande, de volaille et de gibier, ils n’avaient que les fruits.

Dans tous les repas d’apparat, on passait des marmelades et des confitures à la fin de chaque service. Ces confitures et ces marmelades, avec les pâtisseries diverses, composaient ce qu’on appelait le dormant, c’est-à-dire les plats qu’on mettait sur la table dès le début du repas et qui garnissaient le surtout. Ainsi, les convives avaient tout loisir de les contempler longuement et de s’en repaître la vue avant de les déguster.

Paris avait même des confiseurs en renom qui tenaient boutique et chez lesquels on allait savourer gâteaux et confitures. Parmi les vieilles rues parisiennes dont le nom ne dit rien à notre souvenir, il en est une qui consacre la mémoire d’un de ces confituriers en renom : c’est la rue Tiquetonne. Au temps du roi Charles V, en cette rue voisine de l’Hôtel de Bourgogne, rendez-vous de tous les beaux seigneurs et de toutes les gentes damoiselles, maître Roger de Quiquetonne, pâtissier-confiseur, avait sa boutique.

La compagnie la plus illustre et la plus galante y venait chaque jour déguster les produits de son art, lesquels, à ce que dit la chronique, étaient si parfaits, que le roi, voulant faire au pape et au connétable Duguesclin quelques présents savoureux, chargea maître de Quiquetonne de leur expédier un choix de ses meilleures confitures. La notoriété du confiturier devint telle, après qu’il eût reçu ce témoignage flatteur de la confiture royale, que la rue qu’il habitait prit son nom. Elle l’a gardée depuis lors, avec, toutefois, une légère altération qui transforma Quiquetonne en Tiquetonne.

Si l’on en juge par les menus qui nous sont parvenus des festins du temps passé, l’art des confituriers d’alors ne devait pas manquer de ressources. Taillevent, maître-queux de Charles VI, ne servit-il pas un jour à son maître tout un repas composé uniquement de gelées et de pâtes de fruits ? Ce cuisinier fameux faisait même entrer les fruits dans les sauces. Parmi les dix-sept sauces qui constituaient le fonds de la cuisine royale et dont il nous a laissé la liste dans son Viandier, figure une sauce aux mûres.

A Bar-le-Duc, à Apt, dans toutes les villes célèbres par la fabrication des confitures, on exploitait les recettes les plus variées. Cette dernière ville, au XVIIe siècle, était, suivant l’expression de Mme de Sévigné, « un vrai chaudron à confitures ». A Paris, les dames soucieuses d’avoir une bonne table, faisaient confectionner des confitures chez elles. Celles de Mme de Sablé étaient fort renommées. Louis XIV, que sa complexion et son alimentation prédisposaient aux inflammations d’intestin, consommait, de par l’ordre de la Faculté, force compotes, marmelades et pâtes de fruits. Toute la cour l’imitait. Les confitures n’eurent jamais plus de succès qu’en ce temps-là.

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 Elles prospérèrent plus encore du jour où nos colonies commencèrent à produire la canne à sucre. Mais elles demeuraient toujours d’un prix assez élevé et n’apparaissaient guère que sur la table des riches. Elles ne devaient se démocratiser qu’avec l’emploi de la betterave dans la fabrication du sucre. A partir du XIXe siècle, la confiture devint le dessert familial par excellence, à tous les foyers, celui du pauvre comme du riche. Symbole de la tranquillité des parents et de la joie des enfants, la tartine de confitures est le bon goûter dont les petits ne se lassent jamais.

Dans nos provinces, l’art des confitures est pratiqué partout : savez-vous que George Sand, en sa vieillesse, était plus fière de ses confitures que de ses romans ? A Nohant, elle manipulait magistralement la grande écumoire de cuivre ; et elle montrait, avec orgueil, soigneusement étiquetées et rangées sur des tablettes, toutes les confitures possibles et imaginables qu’elle avait faites de ses mains.

La fabrication familiale n’empêche pas l’industrie confiturière d’être prospère. Il y avait en France, avant la Première Guerre mondiale, des fabriques qui travaillaient de trois à cinq tonnes de fruits par jour. La consommation des confitures dépassait même, à ce qu’il paraît, la production des fruits, car on trouvait parfois certaines confitures d’importation qui n’avaient de confitures que le nom.

Ces marmelades étaient faites avec du fucus spinosus ou agar-agar, une sorte de colle qu’on extrait d’une algue fort commune dans les mers d’Extrême-Orient. Sucrée et colorée, cette gelose était traitée avec des essences constituées par des éthers formique, butyrique, acétique, benzoïque, oenanthique, amylvalérique, dilués dans un peu de glycérine, et qui lui donnaient vaguement le goût de prunes ou d’abricots, de groseilles ou de framboises, de pommes, de poires, de cerises ou de pêches.

(D’après « Le Petit Journal illustré », paru en 1920)

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LES BONS REPAS D’AUTREFOIS EN BOURGOGNE

Posté par francesca7 le 5 septembre 2015

 
Comme bien d’autres, les anciens usages relatifs à l’alimentation, spécifiques à chaque ancienne province de France, tendent rapidement à disparaître. L’alimentation était jadis des plus primitives et des moins variées. La viande de boucherie, le pain blanc, le café, qui n’apparaissaient jadis sur les tables qu’une ou deux fois dans l’année, dans les grandes circonstances, sont aujourd’hui d’un usage très répandu.

BOURGOGNE

Dès le milieu du XIXe siècle, dans les localités qui ne sont pas encore desservies par les chemins de fer, les voitures de bouchers, d’épiciers, de marchands de fruits vont offrir à domicile tout ce qu’on peut retrouver dans le village. Il n’est pas rare de voir dans les communes de la montagne, où l’on ne connaissait d’autre boisson que l’eau claire, des habitants se réunir pour envoyer à frais communs un des leurs dans le Midi, avec mission de revenir avec une cargaison de raisin frais dont ils feront un premier et un second vin, sans compter l’eau-de-vie de marc si chère aux palais franc-comtois. En présence de ces commodités d’approvisionnements de toutes sortes, il est naturel que la cuisine de nos ménagères rustiques se soit notablement améliorée.

Au commencement du XIXe siècle, les paysans franc-comtois vivaient fort chichement et des mets les plus grossiers. Leur pain d’orge ou d’avoine mélangé de lentilles et de vesces était détestable. Une omelette était un luxe qu’on se permettait rarement. On rapportait de la ville aux enfants, comme une friandise, un morceau de pain blanc. Les paysans, même aisés, vivaient aussi frugalement que les autres ; ils se seraient fait scrupule de se nourrir mieux que leurs parents.

On mangeait beaucoup de bouillies de farine, de millet, de maïs (gaudes), de gruaux d’orge, beaucoup de courges, le tout délayé dans l’eau avec du sel et parfois un peu de lait ; beaucoup de légumes : haricots, fèves, pois, simplement avec un peu de graisse et du sel ; de la chicorée des champs, des jeunes pousses d’ortie (picon), des oignons, des raves, des choux-raves, surtout des pommes de terre et des choux. Ajoutons le brési et le porc salé, le lard fumé ou non, la létio ou létia (petit-lait) et le serret ou la cancoyotte suivant la région. Le fromage de Gruyère était rarement consommé parce qu’il était de bonne vente.

 

Ceux qui avaient un peu d’aisance mangeaient de la viande de vache et de mouton et du lard, mais seulement le dimanche. Le vin n’apparaissait sur la table que des plus riches. Les journaliers et les simples cultivateurs n’en buvaient qu’au cabaret. Les femmes s’en abstenaient totalement.

Voici comment, en général, s’ordonnaient les repas dans la journée. Le matin : les gaudes ou la soupe. A midi : une soupe aux légumes ou aux grus (gruaux) avec un plat maigre. Souvent on ne mangeait que la soupe et ensuite du pain et du fromage. Dans l’après-midi : pain, fromage ou lait caillé. Ce repas s’appelait : nounâvêprutâmarandâcrouboutâschtolâ,quatrela, selon les localités. Le soir on servait une soupe, le plus souvent aux pommes de terre, et pour toute pitance du pain avec un morceau de lard. Quand le lait manquait on le remplaçait, pour graisser la soupe, par de l’huile de navette.

Pendant la fenaison ou la moisson, on prenait un repas de plus, à dix heures. Dans la moyenne montagne, du temps où la « mécanique » était encore inconnue ou à peu près, on se levait à minuit pour battre le blé dans la grange, éclairée par une lampe fumeuse. A quatre heures avait lieu le premier déjeuner ; il se composait généralement de pommes de terre cuites à l’eau et d’un morceau de galette. Cette galette rustique était confectionnée avec de la pâte sans levain. Comme elle était très mince, on la faisait cuire simplement sur la plaque de la cheminée, en la recouvrant d’une feuille de choux sur laquelle on étendait un lit de cendres chaudes. Dans tous les repas l’eau figurait comme unique boisson.

Voici déjà un siècle, on ne se contentait déjà plus de menus aussi frugaux que ceux dont nous venons de donner la composition ; voici, à quelques variantes près, comment se nourrissent, en 1910, les travailleurs des champs : le matin, la ménagère sert une soupe ou du café au lait. Le café a remplacé à peu près totalement les gaudes, ou bouillie de maïs, dont l’usage était si répandu qu’il avait fait donner aux franc-comtois le surnom de « mangeurs de gaudes ».

A midi, encore de la soupe, mais accompagnée d’un morceau de porc salé, d’une andouille ou d’un saucisson, avec légumes. Les salaisons figurent particulièrement sur un plat de choucroute de choux ou de choucroute de raves. A la fin du repas, il n’est pas rare de voir apparaître, dans les pays à fruits, une espèce d’entremets sous forme de prunes cuites avec du lard. Le soir, du lait avec des pommes de terre en robe de chambre et du serret ; une soupe claire à la fin avec un peu de pain.

Voici d’autres menus également en usage au début du XXe siècle. En été, on se lève à 4 heures : café noir avec « goutte », eau-de-vie ou lait. A 8 heures, soupe et lard. A midi, lait avec pain et fromage, parfois salade. Le soir, soupe, légumes et lard. Pendant les moissons, le repas de midi consiste souvent en bouillie de farine de froment, lait et oignons verts hachés. Vers 4 heures, au goûter ou goûtillon : pain et fromage de tome (fromage nouveau peu salé), ou encore café noir, pain et beurre.

Dans la haute montagne, on mange alors : le matin, une soupe aux pommes de terre ou du café au lait ; à midi, soupe, viande et légumes : choucroute et andouilles, choux, raves salées, poires cuites et lard. Les dimanche, mardi et jeudi, sont les jours où l’on sert le porc salé. Le soir, bol de lait et pommes de terre en robe de chambre. Dans les pays de fruitières (fromageries) au lieu de lait, on mange la létialétio, petit-lait et le serra ou serret.

 

Les gaudes, spécialité franc-comtoise

 les gaudes bourguignones

Pendant la fenaison et la moisson, les repas sont plus substantiels : viande et vin et, en plus, deux repas supplémentaires : à 10 heures du matin et à 4 heures du soir. Le bon pain a remplacé le pain noir et le bôlon.

Les divers noms donnés aux repas sont : Tout au matin : la réveillotte (Mouthe). Le déjeuner : déjeunondéjunondéjundedzûnon (Mouthe). A 10 heures : dihêures (Mouthe) ;déhouresmimotnau, demi-matinée. On dit « faire les dix heures », « porter les dix heures aux champs ». A midi : dîner, grand déjunmarandamainedaienounâ (Besançon). A quatre heures : cépronvêprenonvêpratacourbottechetolâmi-vêpraumiaiprau (Les Fourgs) ;remarandaremarandonquatreûrânorainouene ; nonâ haorânonaienônâréprila,marandacroubouta. Le soir, après la veillée, c’est le recenion (recaenare, dîner à nouveau). Cette collation se compose généralement de saucisse et de fromage arrosé d’un verre de vin. A Montbéliard, « reciniouler » se dit d’un repas quelconque.

Une envelle, à Montbéliard, est un goûter de femmes. Faire les quatre heures, c’est vêprener,vêprionnervêprolâvêprioulâcourbottâremarandonnerroubeler. On dit « porter à nônes », pour porter les quatre heures aux champs. Pendant la vendange, à quatre heures, on fait la mouillotte. Ce repas consiste en un ou plusieurs verres de vin sucré dans lequel maîtres, ouvriers ou journaliers trempent leur pain. On sonne la cloche pour annoncer la « mouillotte ».

Quand on tue un cochon, on ne saurait manquer d’inviter les parents et les amis. C’est le repas de boudin. Ces dîners pantagruéliques, où l’on reste à table toute la journée et souvent bien avant dans la soirée, ont été chantés par de nombreux poètes francs-comtois. Généralement, les convives se préparent à ces boustifailles en se privant, chez eux, du repas qui précède. Ce sont les filets de cochon (l’eppenau) qu’on distribue aux amis avec quelques morceaux de boudin. Pour le curé, on réservait jadis un jambon de derrière. Quand il en avait reçu de toutes les familles qui avaient tué un porc, il donnait un grand dîner qu’on appelait le « dîner des jambons ». Aujourd’hui, cette dîme de cochonnaille a notablement diminué avec la foi.

Quand un gros travail est terminé, après les foins, les moissons ou les vendanges, on fait un repas de réjouissance qui s’appelle le tue-chien ou le tue-chat. Il y a le chat des foins, le chat des moissons, le chat des vendanges. Cette expression rappelle-t-elle une époque où le chien et le chat étaient considérés comme des comestibles de luxe ? Nous ne saurions le soutenir, au moins pour le chien. Quant au chat, c’est encore un aliment fort apprécié de l’habitant des campagnes.

Au commencement du XIXe siècle, le pilé était d’un usage à peu près général : des marchands le vendaient dans les rues de Besançon en criant :

Au plâ, au plâ
Trôs sou, trôs ias (liards)
Quat’sous main, in ia.

On en mangeait dans toutes les familles, presque autant que de gaudes. On le faisait bouillir avec du lait et ce mets s’appelait blanc manger ou simplement pilé. Quand il était cuit à l’eau et au beurre, c’était le porâ. Écrasé dans un mortier à farine et délayé avec de l’eau et du lait, le millet constituait une bouillie comme les gaudes de maïs.

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Rabelais, vous aimez ?

Posté par francesca7 le 10 juin 2015

RabelaisFrançois Rabelais ! Le merveilleux François Rabelais. Écrivain, moine, philosophe, médecin, notre Shakespeare ! Attention : Rabelais n’était pas rabelaisien, du moins pas au sens où le sens commun a fait échouer l’image d’un Rabelais ripailleur et grossier. En France, par ignorance ou légèreté, on confond souvent l’auteur et son oeuvre.

 Il faut lire Rabelais entre les lignes. Au-delà du spectacle, au-delà des excès calculés, il y a une pensée humaniste exceptionnelle, une finesse et une intelligence rares. Il déteste, il hait tout ce qui lui apparaît « bas et malfaisant ». Il aime la sincérité dans le rire – ce qu’on a perdu –, le rendant parcellaire, étroit, acide, souvent stupide, soumis à des censures. Rabelais ne s’est jamais vautré dans la luxure, dans l’ordure, ne s’est jamais abreuvé comme un porc. Ce n’est pas lui qu’il décrit dans ses oeuvres, il pointe le doigt vers ses contemporains, vers la nature humaine.

On ne possède de lui aucun portrait. Tous ceux que vous pouvez voir dans les dictionnaires ou les histoires de la littérature sont des faux : on a imaginé qu’il pouvait avoir ce visage bien longtemps après sa mort ! Rabelais, l’ami du roi François Ier qui l’appréciait pour sa conversation brillante, son élégance, sa délicatesse. Et vous, Rabelais, vous aimez ?

 

François Rabelais entre dans les ordres, chez les cordeliers, puis chez les bénédictins (1524). Il s’inscrit à l’école de médecine de Montpellier (1530) et obtient le grade de docteur en médecine en 1537. 
Médecin errant de France et d’Italie protégé par la famille Du Bellay, il encourt la censure de la Sorbonne pour son Pantagruel et son Gargantua.

Témoignant d’un don prodigieux pour l’invention verbale dans ses romans parodiques Gargantuaet Pantagruel, François Rabelais a donné à la langue française ses lettres de noblesse. « Guerre picrocholine  », « moutons de Panurge », « abbaye de Thélème », « Dive Bouteille » et « substantifique moelle » sont autant de traces que les aventures de ses géants ont laissées dans la langue. 

Rabelais, vous aimez ? dans FONDATEURS - PATRIMOINE 220px-Pantagruel%27s_childhoodPublié en 1532, Pantagruel raconte sur un mode burlesque la vie du héros éponyme, reprenant la trame des romans de chevalerie : naissance, éducation, aventure et exploits guerriers. Le géant, fils de Gargantua et de Badebec, vient au monde lors d’une période de sécheresse qui lui donne son nom. Après une enfance placée sous le signe d’une faim insatiable et d’une force démesurée, il entreprend le tour des universités françaises. À Paris, l’épisode fameux de la librairie Saint-Victor écorne les adversaires des humanistes, comme Duns Scot ou Noël Béda, au travers d’un catalogue imaginaire. La lettre de Gargantua rend un hommage vibrant à la renaissance du savoir par-delà le Moyen Âge, exhortant son fils à devenir un « abysme de science ». Puis apparaît Panurge, qui devient le fidèle compagnon de Pantagruel. Ce personnage fourbe multiplie les farces cruelles, les tours pendards et les bouffonneries. Pantagruel prouve son talent de juge dans l’inintelligible procès entre Humevesne et Baisecul avant que Panurge ne montre sa propre habileté dans un simulacre de controverse enlangue des signes avec Thaumaste. Les Dipsodes, gouvernés par le roi Anarche, envahissent le pays des Amaurotes, à savoir l’Utopie sur lequel règne Gargantua. Pantagruel part donc en guerre. Lui et ses compagnons triomphent de leurs ennemis par des ruses invraisemblables : piège de cordes pour faire chuter les 660 cavaliers, livraison d’euphorbe et de « coccognide » pour assoiffer l’ennemi contraint de boire. Peu après, Pantagruel triomphe de Loup Garou et de trois cents géants. Epistémon, soigné après une décapitation, raconte son séjour aux Enfers, où toute la hiérarchie terrestre est inversée. Les combats terminés, Pantagruel prend possession des terres des Dipsodes. Le narrateur explore ensuite le corps du géant, découvrant un autre monde. Il conclut l’ouvrage en promettant de raconter d’autres prouesses extraordinaires tout en invitant le lecteur de se garder des nuisibles hypocrites hostiles aux livres pantagruéliques.

Gargantua

220px-Gustave_Dor%C3%A9_-_Gargantua dans LITTERATURE FRANCAISELe second roman de Rabelais, toujours publié sous le nom d’Alcofribas Nasier, pose des problèmes de datation, la critique actuelle hésitant entre 1533-1534 et 1535. En raison de la répression royale de 1534, cette question importe pour évaluer la hardiesse du propos. Gargantua, longtemps jugé mieux construit que Pantagruel, s’en démarque moins par une supériorité stylistique que par son didactisme plus prononcé. Dans le célèbre prologue, le narrateur avertit ses lecteurs de ne point s’arrêter au sens littéral mais d’interpréter le texte au-delà de son apparence frivole, et de chercher la « substantifique moelle » de ses écrits. L’auteur multiplie en effet les allusions aux événements ou interrogations de son époque. Le récit commence par annoncer la généalogie du héros mais ne donne à lire qu’un poème illisible, Les Franfreluches antidotées.

Le passage suivant évoque la grossesse de Gargamelle, mère de Gargantua, en affirmant la possibilité de porter onze mois l’enfant dans son ventre. Au fur à mesure qu’il grandit, le géant se révèle ingénieux, en particulier lorsqu’il invente le torchecul, ce qui convainc son père Grangousier de lui trouver un précepteur. Il subit alors une éducation formaliste fondée sur un apprentissage mécanique, ce qui met en cause l’enseignement de la Sorbonne. Thubal Holoferne lui impose d’apprendre des traités par cœur et à l’envers, maître Jobelin lui lit une série d’ouvrages de scolastique médiévale. L’entrée en scène du précepteur Ponocrates est l’occasion d’introduire les idées humanistes en matière de pédagogie, substituant la rhétorique argumentative aux procédés syllogistiques. Gargantua, son nouveau maître et le page Eudemon sont envoyés à Paris au moyen d’unegigantesque jument. La curiosité étouffante des Parisiens contraint le prince à se réfugier sur les tours de Notre-Dame, avant de submerger la foule de son urine. Gargantua ayant dérobé les cloches de la cathédrale afin d’en faire des grelots pour sa monture, le sophiste Janotus de Bragmardo déclame une harangue maladroite pour qu’il les restitue, tournant involontairement en ridicule le style des sorbonnards. Ponocrates met en œuvre une éducation inspirée entre autres de Vivès et probablement de théoriciens italiens comme Vittorino de Feltre. Gargantua se livre aussi bien à des exercices intellectuels que physiques, apprenant à manier les armes comme à jouer de la musique.

Les fouaciers de Lerné génèrent une rixe avec les viticulteurs du royaume. Vaincus, ils se plaignent au roi Picrochole qui décide de partir en guerre. L’attaque contre le clos de Seuillé échoue en raison de la défense de Frère Jean des Entommeures, moine haut en couleur qui rejoint les compagnons de Gargantua. Le regret de Grandgousier de partir au combat et ses tentatives diplomatiques pour l’éviter rejoignent les convictions d’Érasme. En revanche, les conseils expansionnistes des gouverneurs de Picrochole recèlent une satire des visées impérialistes de Charles Quint. Gargantua remporte l’assaut de la Roche Clermaud en suivant les progrès de l’art militaire, avec la rationalisation des manœuvres subordonnées au terrain. Gargantua se montre clément et magnanime en n’imposant que le travail de l’imprimerie à ses rivaux défaits et généreux envers ses alliés.

Gargantua ordonne la construction de l’abbaye de Thélème pour récompenser Frère Jean, dont le nom signifie « volonté » dans le grec du Nouveau Testament. Cet édifice à la forme d’hexagone regorge de richesses, par opposition à l’austérité traditionnelle en vigueur dans les ordres monastiques. Sa seule règle réside dans la formule « Fay ce que vouldras » inscrite sur son fronton. Michael Screech pense que « L’atmosphère générale de l’Église est celle d’un christianisme platonisant », et cela exprimerait, selon lui, les positions de Rabelais quant à la religion, s’intéressant principalement « à la liberté du chrétien qui a été libéré de la loi mosaïque ». Michael Screech rappelle également que « la liberté chrétienne était le cri de ralliement de tous ceux qui croyaient avec saint Paul que le Christ avait libéré l’homme de sa sujétion à la loi ». Ainsi Rabelais prônerait avant tout un retour aux valeurs essentielles du christianisme, se rattachant aux idées humanistes de son époque. La liberté des Thélémites va paradoxalement de pair avec une vie presque toujours partagée. Ils sont « biens naturés », c’est-à-dire vertueux, donc leur sens de l’honneur contrebalance la permissivité de la maxime

Contemporain de François Ier, premier monarque de la Renaissance française, et des premières tensions avec la religion réformée naissante, Rabelais est un écrivain humaniste à la curiosité pétillante. Son rire paillard d’érudit bon vivant résonne encore.

François Rabelais (également connu sous le pseudonyme Alcofribas Nasier, anagramme de François Rabelais, ou bien encore sous celui de Séraphin Calobarsy) est un écrivain français humaniste de laRenaissance, né à La Devinière à Seuilly, près de Chinon (dans l’ancienne province de Touraine), en 1483 ou 1494 selon les sources, et mort à Paris le 9 avril 1553.

Rabelais consacre l’essentiel de sa carrière à la médecine, y développant son érudition sans apporter d’innovations majeures.

Le 17 septembre 1530, Rabelais s’inscrit à la Faculté de médecine de Montpellier, où il est reçu bachelier six semaines après. Le baccalauréat, correspondant alors au premier grade universitaire, suppose généralement plusieurs années de formation. Son obtention rapide s’explique par des connaissances livresques ou par d’hypothétiques études parisiennes antérieures. L’université jouit alors d’une excellente réputation parce qu’on y valorise l’expérience et, plus globalement, s’y joue le renouvellement de la discipline. Au printemps 1531, il consacre un enseignement aux commentaires des textes grecs des Aphorismes d’Hippocrate et de l’Ars parva de Galien. L’originalité de Rabelais ne tient pas dans le choix de ces auteurs, qui font autorité, mais dans la préférence qu’il accorde aux manuscrits grecs plutôt qu’à la vulgate latine découlant de traductions arabes. Il s’intéresse également à la botanique médicale, qu’il étudie avec Guillaume Pellicier, ou encore à l’anatomie, assistant au moins à une dissection organisée par Rondelet le 18 octobre 1530.

Description de l'image Francois Rabelais - Portrait.jpg.Au printemps 1532, Rabelais s’installe à Lyon, grand centre culturel où fleurit le commerce de la librairie. Le 1er novembre, il est nommé médecin de l’Hôtel-Dieu de Notre-Dame de la Pitié du Pont-du-Rhône, où il exerce par intermittence. D’après le témoignage de ses amis, il acquiert une solide notoriété dans son domaine, comme l’atteste l’ode élogieuse de Macrin. Ces années lyonnaises s’avèrent fécondes sur le plan littéraire. Il publie chez l’imprimeur Sébastien Gryphe un choix des œuvres médicales précédemment annotées à Montpellier, édite les Lettres médicinales de Manardi et le Testament de Cuspidius. Cet opuscule juridique, comportant le testament d’un Romain et contrat de vente de l’Antiquité, s’avère être une supercherie de deux humanistes italiens, découverte à la fin du xvie siècle. En 1532, Pantagruel sort des presses de Claude Nourry, sous le pseudonyme et anagramme d’Alcofribas Nasier, parodiant l’ouvrage anonyme Grandes et inestimables chroniques du grant et enorme geant Gargantua, un recueil de récits populaires, de verve burlesque, s’inspirant de la geste arthurienne. Peut-être que Rabelais n’est pas étranger à l’écriture ou à l’édition de cet ouvrage encore énigmatique mais d’une qualité littéraire médiocre. Le succès immédiat de son premier roman l’incite sans doute à écrire, début 1533, la Pantagrueline Prognostication, almanach moqueur à l’égard des superstitions.

Le pseudonyme, dont le prénom est repris dans Gargantua, laisse supposer un désir de ne pas confondre ses ouvrages savants et ses fantaisies gigantales : « un savant médecin ne pouvait inscrire son nom sur la couverture d’un ouvrage si peu sérieux ». La mention « abstracteur de quintessence » tient, elle, de l’alchimie à la mode au xvie siècle. Si ce premier roman s’inscrit dans une verve burlesque, il témoigne également déjà de la grande érudition de son auteur qui s’est plu à farcir le texte de références antiques et contemporaines

En 1548, onze chapitres du Quart Livre sont publiés. Le 6 août 1550, Rabelais obtient du roi un privilège d’édition pour toutes ses œuvres, avec interdiction à quiconque de les imprimer ou de les modifier sans son consentement. Dans la même période, le contrôle s’accentue sur l’imprimerie avec l’édit de Châteaubriant dont une clause impose que chaque librairie détienne une copie du catalogue des livres interdits par la Sorbonne. Il y figure les trois premiers romans rabelaisiens. La condamnation par l’université n’empêche pas la circulation d’ouvrages bénéficiant d’un privilège royal.

La version intégrale du Quart Livre paraît en 1552, avec une lettre dédicacée à Odet de Châtillon le remerciant pour ses encouragements. Le Quart livre est censuré par les théologiens de la Sorbonne, et la publication en est suspendue pour deux semaines, par un arrêt du Parlement en date du 1er mars 1552, en attendant une nouvelle confirmation du roi.

Le 7 janvier 1553, Rabelais résigne ses cures. Il meurt à Paris, rue des Jardins, le 9 ou 14 avril 1553, sa mort donnant lieu à de nombreuses légendes et anecdotes invraisemblables, telles ce testament burlesque « Je n’ai rien, je dois beaucoup, je donne le reste aux pauvres » ou cette déclaration apocryphe : « Tirez le rideau, la farce est jouée ». Il est enterré dans le cimetière de l’église Saint-Paul des Champs au pied d’un grand arbre.

Neuf ans après sa mort, seize chapitres d’un Cinquième Livre sont publiés, puis une publication intégrale en 1564, sans indication de lieu, ni de librairie. L’authenticité, partielle ou entière, de ce livre est un sujet de débats récurrents depuis lors. Toujours est-il qu’avec lui se termine la geste pantagruélique et la quête de la Dive Bouteille.

En 1562, soit neuf années après la mort de Rabelais, paraît L’Isle Sonnante, édition partielle du Cinquième Livre, constituée des 16 premiers chapitres. Une version de 47 chapitres voit le jour deux ans plus tard. Un manuscrit se trouve également conservé à la Bibliothèque Nationale. Dès le xviie siècle, l’authenticité de ce dernier opus se trouve remise en question. À la fin du xxe siècle coexistent encore des positions contraires en faveur ou non de l’attribution du texte à Rabelais, même s’il s’avère probable qu’il s’agisse de brouillons remaniés par les éditeurs.

Le Cinquième Livre voit la poursuite et l’aboutissement de la quête de la Dive Bouteille pour laquelle Pantagruel et ses compagnons voyagent en mer. Le récit alterne des épisodes satiriques et de purs exercices d’imagination, sur une tonalité souvent plus violente que les précédents romans. Le passage dans l’Île Sonnante, habitée par des oiseaux tels que les Cardingaux ou les Evesgaux, dénonce l’organisation temporelle d’un clergé oisif et sectaire. Après l’île des Ferrements, aux arbres à armes, et l’île de Cassade, évoquant les jeux de hasard, l’arrivée sur l’île des Chats-fourrez dresse un portrait sombre d’une justice corrompue et versatile. La navigation mène l’équipage vers le royaume de la Quinte Essence, pays où la reine Entéléchie cultive un art de la sagesse aux raffinements subtils, voire excessifs. Après être passé au large de l’île d’Odes, où « les chemins cheminent », le groupe rencontre les frères Fredons, moines au formalisme rigide, prétendument austères et vrais jouisseurs. Dans la terre d’illusion qu’est le pays de Satin, Ouy-dire dirige une école de rumeurs, d’opinions toutes faites et de calomnies. Après ces étapes teintées d’opprobres, les protagonistes se voient guidés par un habitant du Lanternois vers le temple de l’oracle, recouvert d’une fresque bacchique. Arrivés devant une fontaine, la prophétesse Bacbuc aide Panurge à recevoir le mot de la Dive Bouteille : « trinch », ce qui signifie Buvez, et, par cette exhortation à boire, incite à la recherche personnelle de la vérité.

Textes pararabelaisiens

Plusieurs ouvrages contemporains gravitent autour de l’imaginaire pantagruélique, attestant de son retentissement précoce. Inspiré par l’évangélisme de Rabelais, François Habert publie en 1542 un poème pastoral de 684 vers décasyllabiques où Gargantua prend la défense de la possibilité pour les prêtres de se marier, avec en toile de fond le discrédit jeté sur les abus ecclésiastiques. Une version du Disciple de Pantagruel, redevable davantage aux récits de voyage et à Lucien pour ce qui concerne le pays des Lanternes qu’à l’univers originel de l’écrivain, est fautivement attribuée à celui-ci par une édition pirate d’Étienne Dolet en 1542. Ces deux textes trouvent néanmoins une vie nouvelle comme sources dans le Tiers Livre et le Quart Livre : le premier préfigure les conseils sur les femmes tandis que le second décrit Bringuenarilles et l’Île Farouche. En revanche, les Songes drolatiques de Pantagruel, ensemble de gravures attribuées à Rabelais à titre posthume, ne semblent avoir de relation avec l’auteur que leur exubérante fantaisie.

 dans POESIE FRANCAISELe nom de Rabelais revient très souvent dans la région tourangelle : il se trouve ainsi attribué à une rue, à un collège, à l’université François-Rabelais de Tours, à des enseignes d’hôtels… Non loin de Chinon se trouve également le musée de la Devinière, fondé en 1951 sur le lieu d’enfance de Rabelais réhabilité, à proximité de plusieurs hauts-lieux de la guerre picrocholine comme l’abbaye de Seuilly ou le château de la Roche-Clermaut

Admirateur d’Érasme, maniant la parodie et la satire, Rabelais lutte en faveur de la tolérance, de la paix, d’une foi évangélique et du retour au savoir de l’Antiquité gréco-romaine, par-delà ces « ténèbres gothiques » qui caractérisent selon lui le Moyen Âge, reprenant les thèses de Platon pour contrer les dérives de l’aristotélisme. Il s’en prend aux abus des princes et des hommes d’Église, et leur oppose d’une part la pensée humaniste évangélique, d’autre part la culture populaire, paillarde, « rigolarde », marquée par le goût du vin et des jeux, manifestant ainsi une foi chrétienne humble et ouverte, loin de toute pesanteur ecclésiastique.

Son réquisitoire à l’encontre des théologiens de la Sorbonne et ses expressions crues, parfois obscènes, lui attirent les foudres de la censure des autorités religieuses, surtout à partir de la publication du Tiers Livre. Il partage avec le protestantisme la critique de la scolastique et du monachisme, mais le réformateur religieux Jean Calvin s’en prend également à lui de manière très virulente.

Ses œuvres majeures, comme Pantagruel (1532) et Gargantua (1534), qui tiennent à la fois de la chronique, du conte avec leurs personnages de géants, de la parodie héroï-comique, de l’épopée et du roman de chevalerie, mais qui préfigurent aussi le roman réaliste, satirique et philosophique, sont considérées comme une des premières formes du roman moderne.

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UN PAUVRE HERE

Posté par francesca7 le 31 mai 2015

 

EXPRESSION FRANCAISE

Dans la même série des parias (du « tamoul parayan ! homme de la dernière caste des Indiens, qui est un objet de mépris et d’exécration ») « le pauvre hère » a sa place assurée.

Quittez les bois, vous ferez bien,

Vos pareils y sont misérables,

Cancres, hères et pauvres diables

 

1617095880_smalldit le gros chien de La Fontaine au loup maigre et affamé.

Deux hypothèses sont en présence pour ce hère unique. Traditionnellement on le fait venir de l’allemand Herr, « seigneur » employé par dérision, mais pour Bloch et Wartburg « il n’est pas impossible qu’il se rattache plutôt à haire » et ce serait alors un pèlerin, un moine mendiant ou autre pénitent de choc portant la « haire ».

Un usage bien oublié que cette chemise en crin ou poil de chèvre, appelée aussi cilice, mise à même la peau pour se faire mal, pour se torturer, s’écorcher l’épiderme en marchant, dans la plus pure tradition masochiste appelée gaiement « esprit de mortification »…. Certains y ajoutaient même les clous pour être bien sûrs de leur effet. Saint Louis, monarque passablement réactionnaire et confit en dévotion, était friand de ces plaisirs – d’où son grade posthume : « En l’abeïe du Lis sont les heres que Saint Loys portait, une faite à la manière de garde-corps longue jusque desouz la ceinture, et l’autre faite à la manière de ceinture »….

Pourtant, la haire était un objet décrié depuis longtemps et le symbole de l’hypocrisie religieuse de celui qui « en fait trop ». Molière a repris cette notion-là dans Tartuffe : « Laurent donnez-moi ma haire avec ma discipline » mais la plaisanterie comme le personnage étaient traditionnels depuis des siècles. En 1225, alors que Saint Louis était encore un gamin, le Roman de la Rose présente Papelardie, l’hypocrite, la bigote, la fausse marmiteuse toujours occupée :

De fere Deu prieres faintes

et d’apeler et sainz et sainttes

fu par samblant ententive

don tot a bones ovres faire,

et si avoit vestue haire.

 

En tout cas c’est bien dans le sens de pèlerin, de moine errant et faux dévot, que Rabelais emploie le mot. Il défend l’entrée de son abbaye de Thélème à beaucoup de gens, mais en tout premier lieu il est écrit sur la porte :

 

Cy n’entrez pas, hypocrite, bigot

Ny Ostrogots, precurseurs des magots

Haires, cagotz, caffars empantouflez

Geux mitouflez, frapars escorniflez

Befflez, enflez, fagoteurs de tabus, etc…

(Gargantua, chap. XXII)

Il est vrai qu’il emploie aussi ailleurs, « pauvre haire » pour désigner un pénis. Panurge ayant manqué d’ être rôti à la broche par les Turcs raconte : « Un jeune Tudesque … regardoit mon pauvre haire esmouché, comme il s’estoit retiré au feu ; car il ne me alloit que jusques sur les genouls » (Pantagruel, chap.II). A moins que justement son zizi, avec son capuchon, ne lui fasse penser à un moine…

Enfin le pauvre hère est un minable. A la même époque Bonaventure Des Pétriers parle d’un « renard qu’il avait fait nourrir petit ; et lui avait-on fait couper la queue, et pour cela l’appelait-on le hère ».

Remarque pratique, qui peut rendre service à certains : « Here, est aussi un jeu de cartes, où l’on ne donne qu’une carte à chaque personne. On la peut changer contre son voisin et celui à qui la plus basse carte demeure perd le coup. Le here est le jeu des pères de famille, parce qu’ils y font jouer jusqu’aux plus petits enfants » (Furetière).

 

Extrait de La Puce à l’Oreille de Claude Dunetton 

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UN HOMME DE PAILLE

Posté par francesca7 le 12 mai 2015

 

EXPRESSION FRANCAISE

La paille, opposée au grain, et même au foin, a toujours été le symbole du déchet, du rebut, des choses de peu de valeur. Déjà au XIIè siècle un texte fustigeant les couards dit :

Ils s’enfuiront, sur qui que la perte aille

[Ils] n’auront de gent vaillant une paille.

 

l'homme-de-pailleUn homme de paille a d’abord été pendant longtemps à la fois un pauvre et un pauvre type. « …. Afin que vous ne pensiez point que je sois un homme de paille, sachez que j’ai fait acquisition en ma patrie, d’une maison qui vaut dix mile écus », dit un personnage Sorel (XVIIè).

Il a été aussi un mannequin, appelé aussi parfois « homme de foin » ; ainsi Rabelais parle d’une bataille de foin, c’est à dire entre mannequins : « Voyant frère Jan ces furieuses Andouilles ainsi marcher dehoyt, dist à Pantagruel : Ce sera icy une belle bataille de foin, à ce que je voy ».

Autrefois les jeunes filles dont l’amoureux ne donnait aucune suite à ses engagements fabriquaient, paraît-il un mannequin de paille et le brûlaient devant leur porte le jour de la Saint Valentin.

Cependant, depuis des temps immémoriaux, la paille a joué un rôle symbolique important dans les relations humaines – je dirai un rôle juridique. Pour un transfert, une donation, une vente, un partage, les anciens Germains et les hommes du Moyen Age offraient et recevaient un fétu en signe d’accord, reprenant par là une vieille tradition romaine ; l’expression rompre la paille signifiait autrefois « annuler un accord, radier une convention ».

Il est probable qu’il s’est produit un croisement entre l’idée du pantin et la coutume des transactions liée à la paille pour donner l’homme de paille, le prête-nom, le fantoche un peu méprisable, mis en avant pour la galerie et les documents officiels par un puissant anonyme qui détient le pouvoir et les capitaux. L’image est d’autant plus facile que l’on pense à la fois à la souplesse d’un mannequin et à l’inconsistance du faible que l’on peut briser « comme un fétu ».

L’anglais dit dans le même sens et par une évolution identique : a man of straw. Le développement international de cette langue risque donc d ‘assurer une belle et durable carrière à l’expression, au moment où le domaine des opérations financières de grande envergure devient le royaume des prête-noms.

Tout évolue ; Les hommes de paille, aujourd’hui, font beaucoup de blé.

Extrait de La Puce à l’Oreille de Claude Dunetton 

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François Rabelais – plusieurs cordes à son arc

Posté par francesca7 le 18 mars 2015

 

écrivain (La Devinière, près de Chinon, 1483 ou 1484 - Paris 1553).

Si les personnages et les épisodes de l’œuvre rabelaisienne sont devenus, au fil des siècles, des repères « mythologiques » de la culture nationale, l’existence de leur créateur continue, pour une large part, à se dérober aux recherches érudites.

RabelaisPrêtre, moine, médecin et … écrivain.

• « Ce que nous en savons le mieux, écrivait Michelet, c’est qu’il eut l’existence des grands penseurs du temps, une vie inquiète, errante, fugitive. » On sait que l’éducation du jeune Rabelais est confiée aux moines, et l’on suppose qu’aux alentours de 1510 il est novice dans un couvent de cordeliers près d’Angers. Vraisemblablement ordonné prêtre dans les années qui suivent, il s’initie aux langues anciennes et adresse au célèbre humaniste Guillaume Budé, en 1521, une lettre respectueuse qui nous apprend qu’il est moine franciscain au couvent de Fontenay-le-Comte. Budé encourage l’activité littéraire et philologique du néophyte, mais, en 1523, les supérieurs de Rabelais, sensibles au vent d’obscurantisme qui souffle de la Sorbonne, lui confisquent ses livres de grec. Il passe alors chez les bénédictins, moins fermés aux innovations culturelles. En 1528, il abandonne le froc pour l’habit de prêtre séculier. Deux ans plus tard, il est inscrit sur le registre des étudiants de la faculté de médecine de Montpellier. Commence alors une période d’intense activité éditoriale, qui témoigne d’une curiosité encyclopédique. En 1532, il publie une traduction latine des Aphorismes d’Hippocrate, puis lesEpistres médicinales de l’Italien Manardi. Nommé médecin à l’hôtel-Dieu Notre-Dame de la Piété du Pont-du-Rhône, il publie Pantagruelvraisemblablement à la fin de la même année, sous le pseudonyme d’Alcofribas Nasier (anagramme de François Rabelais). En 1533, l’ouvrage est condamné par la Sorbonne pour obscénité. Le cardinal Jean du Bellay prend alors Rabelais sous sa protection et l’emmène à Rome comme médecin et secrétaire. Rabelais y réédite la Topographia antiquae Romae de l’érudit milanais Marliani. De retour à Lyon en 1534, il publie Gargantua et la Pantagruéline Prognostication. Reçu docteur en médecine à la faculté de Montpellier en 1538, il exerce désormais dans cette ville. L’imprimeur et humaniste Étienne Dolet écrit alors que Rabelais est l’« un des meilleurs médecins du monde ». En 1543, Pantagruel et Gargantua sont censurés par le parlement de Paris à la demande des théologiens. Le Tiers Livre, qui paraît à Paris en 1546, est immédiatement condamné par la Sorbonne. Rabelais quitte alors la France pour Metz, ville d’Empire, qui lui offre un poste de médecin. En 1547, il accompagne une nouvelle fois à Rome, le cardinal Jean du Bellay qui lui fait conférer les cures de Meudon et de Saint-Christophe-du-Jambet quelques années plus tard. En 1552, paraît le Quart Livre, également vite censuré par les théologiens. L’année suivante, Rabelais meurt après avoir résigné ses deux cures. L’Isle Sonnante - seize chapitres du futur Cinquième Livre - est publiée en 1562, et deux ans plus tard paraît l’intégralité duCinquième Livre, dont la paternité reste aujourd’hui encore sujette à discussions.

Verve, fantaisie et sagesse.

François Rabelais – plusieurs cordes à son arc dans FONDATEURS - PATRIMOINE 220px-Gustave_Dor%C3%A9_-_Gargantua• Effervescente, chaotique et multiforme, jouissant de hautes protections et frôlant sans cesse les flammes du bûcher, l’existence de Rabelais est sans doute la meilleure introduction à une œuvre qui se dérobe à toute signification univoque. Si les histoires des géants et de leurs compagnons - Panurge, Frère Jean des Entommeures - se sont inscrites avec une telle force dans la mémoire collective, c’est qu’elles gardent, par-delà les sages morceaux choisis auxquels la tradition scolaire les a trop souvent réduites, une insolence verbale et une puissance de questionnement intacte. Après la relative éclipse des siècles classiques, l’esprit de Pantagruel et de Gargantua n’a cessé de souffler sur les grands créateurs de la littérature française – Victor Hugo, Balzac, Céline et Claudel. L’adjectif « rabelaisien », passé dans le langage courant pour qualifier une verve truculente, apparaît finalement restrictif au regard d’une œuvre dans laquelle Michelet voyait l’Iliade et l’Odyssée du patrimoine littéraire français.

 

Sources encyclopédiques

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ETRE FAUX COMME UN JETON

Posté par francesca7 le 8 février 2015

 

images (3)On dit « franc comme l’or » et « faux comme un jeton ».

Pourquoi une réputation aussi fâcheuse s’attache-t-elle à ce malheureux objet ?… Un jeton est une « petite pièce ronde faite en guise de monnaie, d ont on se sert pour calculer plusieurs sommes, ou pour marquer son jeu ou autres choses » (Furetière). Il faut savoir que les chiffres romains (LXXIII, etc) ne permettent pas les opérations, avec ou sans retenue, telles que nous les apprenons à l’école. Les Romains et leurs descendants comptaient donc avec des bouliers. L’introduction au Moyen Age des chiffres arabes (ceux que nous utilisons) ouvrit une ère nouvelle au calcul arithmétique, mais il y a loin de la théorie à l’usage, et jusqu’à la fin du XVIIè siècle les additions « à la plume » furent réservée à de rares initiés ; Il est vrai que le système monétaire de l’Ancien Régime ne facilitait pas les choses pour le compte des sommes d’argent, principal, sinon unique objet de calcul dans la vie courante ; La livre (ou franc) valait 20 sols (sous), le sol valait 12 deniers ; 3 livres faisaient 1 écu, et 11 livres 1 pistole ou 1 louis…. Le très grand public compta donc son argent avec la méthode archaïque du « jet » (d’où jeton), pratiquement jusqu’à la révolution de 1789 qui instaura le système décimal, plus facile à manier « sur le papier ».

Le principe de ces anciennes additions consiste à tracer sur une planchette (ou sur une feuille) des lignes horizontales dont chacune représente une valeur donné ; par exemple une ligne pour les derniers, une autre pour les sols, une troisième pour les livres, etc.. Un objet placé sur la ligne des deniers – on peut faire d’opération avec des boutons ou des haricots – vaut symboliquement 1 denier. Quand on arrive à une rangée de 12 boutons on les enlève tous et on les remplace par un seul bouton sur la ligne des sols ; chaque fois que l’on atteint 20 boutons sur cette dernière, on les remplace par un seul sur la ligne des livres, ainsi de suite. (Dans la pratique les valeurs des lignes tenaient compte des pièces de monnaie réellement en usage : 6 deniers, 15 sols etc). Bref, si en fin de compte on se retrouve avec 8 boutons sur la ligne supérieure, 15 sur celle au-dessous, et 6 sur la dernière, cela veut dire que le total de la somme est 8 livres, 15 sols et 6 deniers.

C’est, comme l’indique Gougenheim ; à ce genre de calcul que se livre précisément Argan, avec jetons et planchette, quand au tout début du Malade imaginaire, il fait le total de la note qu’il doit à son apothicaire. Les metteurs en scène modernes de Molière, ignorant l’usage historique et embarrassés par ce monologue de départ, tout à fait abscons s’il n’est pas replacé dans sa manipulation précise, font dire le texte à l’acteur au petit bonheur la chance, en tripotant par acquit de conscience quelques piécettes inutiles ou une plume d’oie hors de saison.

Donc, les jetons, de cuivre ou en argent, utilisés pour ces opérations n’avaient aucune valeur propre. Ils « ne prennent de valeur que par la place qu’ils occupent sur la table ». Montaigne dit d’un homme dont le crédit s’accroît ;  « Nous jugeons de lui, non selon sa valeur, mais à la mode des jetons, selon la prérogative de son rang ».

Ces jetons avaient « la dimension et l’aspect d’une pièce de monnaie… Le roi, les cours, les divers offices avaient des jetons particuliers portent l’effigie du souverain ou des allégories et ornés de devises latines ou françaises ; Les particuliers en trouvaient dans le commerce ». (Gougenheim).

Naturellement l’aspect réaliste de ces « fausses pièces » incitait les aigrefins à les faire passer auprès des gens simples pour monnaie courante, d’où l’expression faux, comme un jeton. Panurge use déjà du subterfuge lorsqu’il propose à une grande dame de Paris de « frotter son lart » avec elle ; « Après disner, Panurge l’alla veoir, portant en sa manche une grande bourse pleine de gettons ». Il offre d’acheter ses faveurs en lui promettant, si elle consent, un riche présent de pierreries : « Et ce disoit, faisant sonner ses gettons comme si ce feussent escus au soleil » (Pantagruel, XIV, 141).

Il faut ajoute que le raccourci de la locution, un faux jeton, n’a guère de sens, puisqu’ils l’étaient tous par définition.

issu du livre : « La puce à l’Oreille » aux éditions Stock 1978

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EXPRESSION : Se mettre à poil

Posté par francesca7 le 15 décembre 2014

 

images (11)« A poil ! Tout le monde à poil » chantait P.Perret. L’expression, dans son acception tout à fait ordinaire de « nu comme un ver », paraît s’entendre d’elle-même puisque dans la tenue d’Adam et Eve tout un chacun montre ses poils là où ils sont. Il s’agit pourtant là d’une motivation secondaire qui fait aujourd’hui la drôlerie et peut-être le plaisir du mot ;

En réalité à poil s’est d’abord appliqué aux chevaux, et constitue une variation de l’expression à cru, qui signifie à même le poil, sans selle ni couverture ; « On dit aussi qu’on monte un cheval à poil, quand on le monte sans selle, et le dos tout nu » (Furetière »). Autrefois les deux expressions s’employaient indifféremment en équitation. Ne pas confondre ; « un garçon d’écurie vint à poil et au grand galop me trouver » (Bavey d’Aurevilly) ne veut pas dire que le gaillard était tout nu.

Cela dit, à cru s’employait également pour les personnes dès le XVIIè siècle pour « à peau nue ». « Leurs transparents seraient plus beaux si elles voulaient les mettre à cru », suggère Mme de Sévigné (les transparents étant des robes de dentelles portées sur des habits de brocard). Il est difficile de savoir si l’on disait également «à poil » dans le même sens dès cette époque, mais il est probable que non. A poil avait alors un tout autre sens ; celui de « brave, courageux ». « Un homme à poil, un homme résolu » dit Littré. C’est ce sens qui a donné les fameux « poilus » (les intrépides), dès avant la guerre de 14-18.

Le poil de la virilité, de la bravoure, le poil guerrier – lequel a donné aussi avoir du poil au ventre, et même « au cul » (avec son euphémisme : « aux yeux ») – nous vient de loin.

Si notre estomac est velu.

Mars, comme nous, l’avait pelu.

dit du Bellay, évoquant le dieu de la Guerre. Avant lui Rabelais rapporte la tradition de vertu et de force accordée à la pilosité. Lorsque Pantagruel naquit, les sages-femmes s’éemerveillèrent : « … Voicy sortir Pantagurel, tout velu comme ung ours, dont dist une d’elels en esperit prophétique : « Il est né à tout le poil : il fera choses merveilleuses ; et s’il vit, il aura de l’eage [âge]« . 

 images (13)En tout cas les deux sens de à poil – force et nudité – ont coexisté un certain temps avant que le second l’emporte. En 1889, Le Père Peinard use simultanément des deux acceptions – d’abord dans le récit d’une bagarre ; « [les petits crevés des cercles catholiques] avaient à faire à des gars à poil et qui ne sont bougrement pas manchots ; les chaises volent que c’est un vrai beurre » – puis dans le compte rendu d’une expositions de peinture ; « [Vallotton] nous montre une tripotée de femmes, des jeunes et des vieilles à la baignade, y en a à poil, d’autres en chemise « . On ne saurait être plus clair.

On peut toutefois être certains d’une chose : dans les salles de garde de la cavalerie, la perspective de monter tantôt un cheval à poil, tantôt une femme de même, a du faire rire aux larmes plus d’un grenadier.

issu du livre : « La puce à l’Oreille » aux éditions Stock 1978

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EXPRESSION : TIRER A HUE ET A DIA

Posté par francesca7 le 15 décembre 2014

 

téléchargement (2)Cette expression vient de notre ami le cheval – La plus noble conquête de l’homme a été mise un peu sur la touche par les temps modernes. A part le prodigieux intérêt pour les courses télévisées, et dans une moindre mesure les randonnées forestières des dimanches d’été, le rôle et le prestige du cheval se sont réduits comme peau de chagrin au cours de ce siècle.

Pourtant, principale source d’énergie pendant un millénaire et moyen de transport presque unique, le cheval qui a révolutionné en son temps aussi bien la manière de cultiver la terre que de se batte aux armées a joué dans le développement de la civilisation occidentale un rôle aussi capital que celui de l’électricité depuis une centaine d’années. Il n’est pas étonnant qu’il soit resté de ses bons et loyaux servies un nombre remarquable de façons de parler.

Ce n’est pas le signe d’une bonne organisation dans aucun domaine que de tirer sans cesse à hue et à dia !…

Ce sont là des termes, dit Furetière, « dont se servent les chartiers pour faire avancer les chevaux par le droit chemin. Il est venu en usage dans cette phrase figurée et proverbiale : Il n’entend ni à dia, ni à hurhaut ; pour dire. C’est un brutal qui n’entend point la raison, quelque parti qu’on lui propose. Les Chartiers se servent de dia pour faire aller leur cheval à gauche, et de hurhaut pour les détourner à droite ». En effet, Roger de Collerye disait très justement au XVIè siècle :

A propos un chartier sans fouet

Qui ne dit dea ni hirehau

Pourrait-il toucher son chevau ?

 

Droite ou gauche, un choix capital certes, mais souvent difficile à opérer. « Il est normal que les uns tirent à hue et les autres à dia – disait R. Escarpit dans un de ses billets du Monde ; A ne pas vouloir choisir, au mieux on reste immobile, au pire, on est écartelé ».

 

Dia ! Dia !… criaient donc les cochers, claquant leur fouet en guise d’accélérateur. Da ! Da !…  reprenaient les bambins, dès le plus jeune âge. C’est ainsi que le noble animal est devenu dada dans la langue enfantine, dès les temps anciens, comme naguère l‘automobile était devenue « toto ».

Il est naturel qu’un animal à la fois aussi prestigieux pour un enfant et aussi familièrement quotidien ait toujours constitué le jeu favori et obstiné des petits garçons, sous la forme de substituts divers, allant du simple bâton empanaché au cheval de bois, toutes catégories, dont la chaise à bascule ornée d’une tête de bidet constitue la version bébé. Selon Rabelais un ancêtre de Pantagruel avait échappé au Déluge en chevauchant l’arche de Noé dans laquelle vu sa teille, il n’avait pu trouver place ;  »Il estoit dessus l’Arche à cheval, jambe deça, jambe delà, comme les petitz enfants sus des chevaux de boys« .

téléchargement (3)La fascination pour le jouet s’est transportée naturellement sur les amusettes et autres idées fixes du monde adulte, qu’il s’agisse d’une collection de castagnettes andalouses, ou bien des obscures branchements des radio-amateurs. Notons en passant que l’anglais Hobby, de hobby-horse (cheval de petite taille), a exactement le même sens et la même évolution.

Enfourcher son dada est donc à peine une métaphore : « Un homme qui ‘na point de dada ignore tout le parti que l’on peut tirer de la vie » affirme Balzac. Je dirai que dans bien des cas un dada aide à vivre, tout simplement.

issu du livre : « La puce à l’Oreille » aux éditions Stock 1978

 

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Pourquoi un Coq sur les Clochers

Posté par francesca7 le 6 novembre 2014

 

par le chanoine R. Gaudin

coq 5Pourquoi met-on, depuis longtemps, un coq sur le clocher des églises? 

Ecartons résolument la légende selon laquelle saint Pierre, pour empêcher les coqs de lui rappeler sa faute par leurs chants, aurait empalé l’un d’eux et, ainsi, rendu les autres, muets d’épouvante. Saint Pierre avait d’autres soucis que de faire taire les coqs et pratiquait trop l’humilité pour ne pas leur  être, au contraire, reconnaissant de lui remémorer sa faiblesse. Le coq des clochers n’est pas une perpétuation du légendaire coq empalé de saint Pierre. 

Pourquoi met-on, depuis longtemps, un coq sur le clocher des églises? 

Voyons ce que l’antiquité païenne et les premiers temps du Christianisme pensaient du coq. Un rappel de ce genre peut nous mettre sur la voie d’une réponse plausible. 

A – Le Symbolisme du Coq dans les Civilisations Anciennes.

Partout et toujours, le coq a eu pour qualités proverbiales la fierté, le courage et la vigilance. Aussi bien, dès avant le VIe siècle antérieur à notre ère, le trouvons-nous dans les arts des civilisations les plus évoluées sur les monnaies grecques, sur les monuments protohistoriques de la Gaule, sur la céramique cyrénéenne, sur des objets précieux de Babylonie, de l’Inde, de l’Extrême-Orient. Chez les Grecs et les Latins, le coq blanc fut consacré à Zeus-Jupiter. Voilà pourquoi Pythagore défendait à ses disciples de les tuer et de s’en nourrir. Le même coq blanc fut aussi l’oiseau d’Hélios Apollon. Il n’était pas rare de voir un coq aux pieds ou dans la main du dieu sur les bas-reliefs ou autres sculptures. Il y eut un rapprochement naturel de la divinité de la lumière et de l’oiseau qui, avant tous les autres, appelle l’aurore de ses cris impérieux et qui est ainsi une sorte de « prophète de la lumière ». 

Le chant du coq, explosion matinale de la vie qui commence, fit adopter le coq comme emblème de la vigilance. Une fable grecque veut que le soldat Alectryon, qui avait manqué d’attention dans la surveillance qu’Arès et Aphrodite lui avaient confiée, fut métamorphosé en coq, pour qu’il apprenne ainsi la vigilance. 

C’est encore parce que le coq sonne le réveil à tout ce qui l’entoure, qu’il fut associé au culte d’Hermès-Mercure, le dieu du commerce. Le musée Guimet conserve un curieux autel, découvert à Fleurieu (Ain). C’est un autel à Mercure. Sur l’une de ses faces, on voit un coq. 

Chacun sait que le coq était aussi l’oiseau d’Esculape et de son temple d’Epidaure. Dans les représentations du dieu de la médecine, l’oiseau de lumière et de vie est assez souvent opposé au serpent silencieux, sournois et porteur d’un mortel venin. Le serpent rappelle la maladie et la mort et le coq la guérison qui conserve la vie. Sur l’actuel blason de la Faculté de Médecine de Lyon figurent coq et serpent. 

Les Chaldéens, frappés de son activité matinale, crurent que le coq recevait, chaque jour, un influx divin, qui le poussait à chanter avant tout autre. Une monnaie grecque du VIe siècle avant J-C. porte un coq surmonté d’un signe astral, d’où partent des rayons. 

Les Grecs firent du coq l’emblème du courage militaire. Thémistocle sur le point de livrer bataille aux Perses, harangua ses hommes en leur recommandant l’exemple des coqs. En souvenir de ce fait, Athènes créa une fête annuelle, qui comportait principalement des combats de coqs. Les Gaulois eurent la même idée que les Grecs. On a des monnaies portant un coq. Des bijoux en forme de coqs furent trouvés dans les sépultures. Quelques bas-reliefs révèlent des enseignes militaires surmontées de coqs. Notons en passant que le coq ne fut pas l’ordinaire enseigne des Gaulois, comme on l’a souvent dit. Le sanglier est plus fréquemment employé que le coq. 

Tant de qualités chez le coq contribuèrent à en faire partout, chez les Anciens, une sorte de messager des dieux. Aussi bien eut-il le douloureux privilège — surtout le coq blanc — de servir, par ses entrailles ouvertes, à la révélation des volontés des dieux et à l’annonce des bonheurs ou malheurs futurs. C’est ce qu’exprime Rabelais quand il parle dans « Pantagruel » du « coq vaticinateur ». Le nom d’alectryomancie désigne cette pratique sanglante. 

Toujours à cause de ses qualités proverbiales, les Anciens croyaient que les entrailles du coq renfermaient une pierre mirifique: la « pierre alectorienne », talisman supposé de l’audace, de la vigueur, de la décision. N’a-t-on pas raconté que Milan de Crotone, qui tuait un taureau de son poing prodigieux, devait à la pierre alectorienne sa force surhumaine. Il est curieux de trouver un  archevêque de Rennes: Marbode, mort en 1123, qui rappelle cette légendaire tradition et ajoute que le même talisman donne l’éloquence aux orateurs et la fidélité aux époux. 

On a cru très longtemps que le gésier d’un coq castré contenait parfois une autre pierre  merveilleuse, capable de procurer à qui la portait, la sagesse et le bon sens. Le Moyen Age appelait ce talisman la « pierre de chapon » ou « chaponnette ». Un inventaire — celui du duc de Berry, oncle de Charles VI dressé en 1416, fait état « d’une pierre de chappon, tachée de blanc et de rouge, assize en un annel d’or: prisée quatre livres tournois ».

 

B – Le Coq dans les plus Anciennes Symboliques du Christianisme. 

Le caractère d’ « oiseau de la lumière » a été gardé au coq pendant tout le premier millénaire chrétien. A l’exemple des Egyptiens, qui avaient des lampes de terre ou de bronze en forme de coqs, les potiers chrétiens de Grèce et de Rome réunirent, eux aussi, le coq à l’idée de la lumière et donnèrent, entre autres sujets symboliques, à leurs lampes la représentation du coq. Sur l’une, le coq est accompagné d’une croix; sur une autre, il semble diriger une barque vers le port; sur une troisième, il porte une palme de triomphateur, telle la lampe trouvée à Ardin (Deux-Sèvres). A n’en pas douter, le coq est là l’emblème du Christ, chef de l’Eglise, guide et défenseur des fidèles. Sur une barque, il est le Christ dirigeant l’Eglise. Surmonté d’une palme, il est le Christ ressuscité, vainqueur de la mort. 

Depuis longtemps un beau témoignage a été rendu au coq. L’auteur du « Livre de Job » se demande si le Créateur ne lui a pas donné plus que de l’instinct:  « Qui a mis la sagesse au cœur de l’homme?

Qui a donné l’intelligence au coq? » (XXXVIII – 36). 

Le « Dictionnaire d’Archéologie Chrétienne » cite une ampoule en terre cuite des premiers siècles du Christianisme, sur laquelle on peut voir la Vierge Marie présentant son Fils nouveau-né à quelque personnage placé devant elle; au-dessus un coq bat des ailes et chante; à leurs pieds est un autre coq. 

512333053Le symbole est net: l’avènement de Jésus est pour le monde, au moral, ce qu’est l’apparition matinale du soleil, matériellement, pour la terre, apparition que chantent les coqs. La symbolique chrétienne ne s’est pas contentée de voir dans le coq l’emblème du Christ ou de l’associer à l’avènement du Messie. Elle l’a également uni à la Résurrection. N’est-ce pas à l’aube pascale que le miracle s’est accompli, c’est-à-dire au moment où retentit le chant du coq? Les lampes chrétiennes, décorées d’un coq porteur de palme, lui donnent l’insigne honneur de rappeler le Christ ressuscité.

Le chant du coq devient la voix du Christ. Le sens poétique de Prudence a fait ce rapprochement.

Dans son « Cathemerinon » (chants pour toute la journée), publié au début du IVC siècle, le poète chrétien consacre sa première hymne à « l’oiseau annonciateur du jour » (« Ales diei nuntius ») dont la voix sonore « appelle les âmes à la vie » chrétienne (« … ad vitam vocat »). Racine nous en a traduit les strophes: 

« L’oiseau vigilant nous réveille; Et ses chants redoublés semblent chasser la nuit; jésus se fait entendre à l’âme qui sommeille Et l’appelle à la vie où son jour nous conduit… » 

Saint Ambroise, évêque de Milan, lui aussi consacre au coq sa première hymne: « Le coq réveille les dormeurs Et presse les mal-éveillés… «  

Et l’on pourrait citer Denis d’Alexandrie, saint Basile… 

Le coq garde l’actualité dans la symbolique liturgique puisque, encore maintenant, l’Eglise fait réciter au bréviaire l’hymne de saint Ambroise dans les « Laudes » du dimanche et celles de Prudence, dans les « Laudes » du mardi. 

Quant à donner le coq en modèle aux prédicateurs, c’était chose facile. Saint Hilaire de Poitiers l’a fait dans une hymne:

« Le coq qui chante et qui bat des ailes

Ressent l’approche du jour.

Nous aussi, avant la lumière,

Annonçons au monde le Christ… » 

Saint Grégoire-le-Grand n’y a pas manqué: 

« Le prédicateur a le devoir de s’animer… comme le coq qui bat des ailes avant de pousser son chant… » (Morales: XXX). 

Le coq a même été associé à la fin du monde, en faisant de lui l’image du Juge suprême. La nuit rappelle la mort, mais le jour évoque la résurrection. Le chant du coq fait à l’aube ce que fera l’appel de l’ange de la résurrection, au jour où s’accomplira la définitive destinée des hommes. Mais le coq dressé au milieu d’une nature encore endormie entraîne à lui faire représenter le Christ lui-même.

Prudence, dans une hymne, écrit en effet le coq « est la figure de notre Juge ». Nous avons là l’explication de ces coqs gravés sur les plus anciennes sépultures chrétiennes; par eux s’expriment l’espérance et la foi dans la résurrection future. Nous donnons la même signification au petit coq en os, trouvé dans une sépulture mérovingienne de Blaye. 

La place du coq sous la tradition chrétienne ne se limite pas à des considérations mystiques. Elle s’étend aussi à la liturgie pratique. Dans la vie romaine, les « heures » — comme chacun sait — étaient des périodes de temps d’une certaine longueur et non pas de soixante minutes seulement. La première division légale de la journée ou « première heure » était au chant du coq. On l’appelait, à cause de cela, le « Gallicinium ». Elle allait d’environ une heure (style moderne) à trois ou quatre heures en été, à quatre ou six en hiver. L’Eglise, soucieuse de faire donner par ses fidèles les prémices du jour à Dieu, fit du « Gallicinium » l’heure de la prière par excellence. Les « canons d’Hippolyte », écrits à la fin du IIe ou au début du IIIe siècle, indiquent expressément qu’une assemblée de prières aura lieu au « Gallicinium ». La « Peregrinatia Etherioe », de la fin du IIIe siècle, nous apprend qu’à Jérusalem le coq donne le signal de l’assemblée du dimanche. Des « Constitutions apostoliques » des IV et Ve siècles déclarent que, après la longue veillée pascale, les Baptêmes étaient conférés au chant du coq et qu’aussitôt après le « Gallicinium » il était permis de rompre le jeûne.

En Orient, le « Gallicinium » faisait partie de l’horaire monastique quotidien. Au Ve siècle, notamment chez les moines égyptiens, nous dit Dom Leclercq, certains monastères consacraient particulièrement deux temps à la prière en commun le « Gallicinium », au matin, et le « Lucernarium », le soir autrement dit: l’heure du coq et l’heure de la lampe.

 

Le plus ancien coq de clocher connu est celui de la cathédrale de Brescia. Il remontait au IXe siècle. Il était en cuivre doré. Le poète anglais Wolstan, au Xe siècle, parle du coq de la cathédrale de Winchester. La vieille chronique de Coutances nous apprend que le coq de la cathédrale fut frappé par la foudre en 1091. 

Mais pourquoi des coqs sur les clochers? 

Nous ne pouvons répondre que par des conjectures. Cependant tout ce que nous avons dit de l’emblématique du coq chez les anciens et dans les premiers temps du christianisme, nous permet de croire que la tradition concernant le coq a continué de s’affirmer, mais sous une forme différente, par son installation au faîte des édifices saints. 

Lorsque nous avons sous les yeux de vieilles estampes, représentant les instruments de la Passion, accompagnant toujours la lance, l’éponge, les clous, le marteau, la couronne d’épines, la lanterne, nous voyons un coq perché sur une colonne. Il n’est pas tellement rare, non plus, de découvrir, sur des monuments chrétiens, un coq toujours perché sur une colonne. Il s’agit ou bien du coq qui a chanté au moment du reniement de Pierre, début de la Passion du Christ, ou bien de l’emblème, parmi les instruments de douleur, de la Résurrection proche. L’idée du coq sur le clocher a pu venir de cette figuration du coq de la colonne. La transition ne paraît pas impossible. 

téléchargement (1)Ce qui semble plus évident, après tous les symboles du coq dans l’emblématique chrétienne et les allusions poétiques ou mystiques des premiers chantres et orateurs du christianisme. C’est que le coq, haut placé, rappelle le Christ protecteur vigilant et défenseur de ses enfants, engagés dans la lutte contre le mal dont ils doivent sortir vainqueurs. Le coq-girouette toujours face au vent, est le Christ face aux péchés et aux dangers du monde et, par similitude, le chrétien face aux mêmes dangers et aux mêmes péchés. 

Une explication subsidiaire vaut d’être donnée. On a remarqué que souvent l’intérieur du coq des clochers contenait des reliques. Ainsi, le coq de Notre-Dame de Paris, descendu, il y a quelques années, pour une remise en état, renfermait des ossements. Cette constatation est à rapprocher des talismans légendaires attribués aux coqs blancs. On a imaginé que les ossements trouvés devaient appartenir à des saints locaux, protecteurs de la cité. Peut-être peut-on penser qu’autrefois,   lorsqu’on mettait une sainte émulation à se voler d’église à église les reliques vénérées, le reliquaire le mieux protégé était au sommet quasi-inaccessible du clocher.

 

Mémoires de la Société Archéologique et Historique de la Charente – année 1956

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