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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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L’origine des Journées du patrimoine

Posté par francesca7 le 28 décembre 2013

L’origine des Journées du patrimoine dans FONDATEURS - PATRIMOINE 330px-Aquarelle_de_l%27%C3%A9glise_de_Carcar%C3%A8s-Sainte-Croix

 
 
Le 31 décembre 1913 était promulguée la loi sur les monuments historiques. Les Journées du patrimoine, les samedi 14 et dimanche 15 septembre, fêtent le centième anniversaire de cette loi ainsi que leur propre trentième anniversaire. C’est l’occasion, comme tous les ans, de visiter des tas de lieux insolites à travers tout le territoire français.

Douze millions de visiteurs sont attendus pour ce rendez-vous pendant lequel 16.000 monuments et sites publics et privés sont ouverts à la visite. La loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques a donné naissance à un système de dispositifs de protection du patrimoine, du recensement à l’inscription et au classement.

Les Journées portes ouvertes des monuments historiques, grande fête du patrimoine, sont nées en 1984 à l’initiative de l’ex-ministre de la Culture Jack Lang. Elles sont devenues européennes en 1991. Tous les ans, elles sont l’occasion, le plus généralement gratuitement, d’avoir accès à des monuments habituellement fermés au public et aussi d’entrer dans les coulisses, les cours cachées et les recoins secrets d’institutions plus ouvertes.

426176f9ffffd360754b52e71f52c602-Les Journées stimulent, selon les autorités de la Culture, la fréquentation des monuments accessible toute l’année et sensibilisent les citoyens à la protection des monuments. Aujourd’hui, plus de 44.000 immeubles et 132.000 objets sont protégés au titre des monuments historiques. La valorisation du patrimoine implique de nombreuses restaurations. Le public pourra visiter cette année un certain nombre des chantiers en cours, comme celui des toitures de l’abbaye de Corbigny (XVIIIe siècle), dans la Nièvre, avec une démonstration du travail des maîtres charpentiers. Ou assister à une démonstration de taille de pierre par les artisans qui réalisent les dalles commémoratives du parvis de la cathédrale Saint Jean Baptiste de Perpignan (Pyrénées-Orientales).

Le patrimoine, une notion née avec la Révolution française
Exceptionnellement, on peut voir le travail des ateliers d’art de la Réunion des musées nationaux, à Saint-Denis, où sera proposé un atelier de moulage de statue pour les enfants. La notion de patrimoine est née au lendemain de la Révolution française. Elle est étroitement liée au sentiment d’appartenance à une nation. Dès 1830, François Guizot, ministre de l’intérieur, crée une inspection générale des monuments historiques. Une commission supérieure des Monuments historiques est instituée en 1837 et une première liste des monuments protégés est établie en 1840.

La première loi sur la conservation des monuments et objets d’art ayant un intérêt historique est celle du 30 mars 1887. Elle ne concerne que le patrimoine appartenant à des personnes publiques. Le public est toujours nombreux pour visiter les grandes institutions, comme le Sénat ou l’Hôtel Matignon ou le Palais de l’Elysée, lors des Journées du Patrimoine.

La vision du patrimoine en constante évolution
C’est la loi du 31 décembre 1913 qui a réellement fondé la politique de protection des monuments historiques et institué les pratiques qui forgent la pensée du patrimoine en France. Elle rend possible le classement d’un bâtiment ou d’un objet sans l’accord de son propriétaire, même s’il est privé.

La vision du patrimoine a ensuite évolué, tout le long du XXe siècle, incluant les champs de bataille de la Grande Guerre, puis la protection des abords des monuments classés à partir d’une loi de Vichy, celle du 25 février 1943.

Le patrimoine, ce n’est pas que les antiquités. Des bâtiments du XXe siècle comme ceux d’Auguste Perret sont classés dès 1957, ainsi que ceux de Le Corbusier ou Robert Mallet-Stevens. On peut ainsi visiter la Fondation Le Corbusier, installée dans la Maison La Roche, qui après un an de restauration vient d’ouvrir ses portes, dans le 16e arrondissement de Paris. On peut aussi découvrir les espaces communs et certains appartements de la Cité radieuse à Marseille. Ou encore le Palais idéal du Facteur Cheval à Hauterives (Drôme).

Plus tard, ce sont des ensembles urbains entiers qui sont pris en compte, avec la loi Malraux du 4 octobre 1962 sur les secteurs sauvegardés. Avec la désindustrialisation, ce sont les usines ou les mines qui ont rejoint le patrimoine national. Comme les forges et moulins de Pinsot, dans l’Isère, où on peut voir comment on faisait la farine et l’huile de noix. Enfin, après le patrimoine industriel, scientifique et technique, depuis les années 1990, on s’intéresse au patrimoine immatériel, incluant pratiques, représentations ou savoir-faire.

Le patrimoine matériel et immatériel
Patrimoine industriel mais aussi patrimoine vivant, la clouterie Riverre à Creil (Oise) est la dernière clouterie française en activité. Elle fournit des clous à de nombreux artisans et industriels… et aussi pour la restauration de monuments historiques, avec des machines centenaires. Des visites guidées sont organisées samedi et dimanche. Autre usine labellisée EPV (entreprise du patrimoine vivant), la savonnerie Le Fer à cheval à Marseille.

Les monuments racontent l’histoire en Seine-Saint-Denis, comme l’hôpital Avicenne à Bobigny : inscrit dans la politique coloniale française, il est construit entre 1931 et 1935 en style néo-mauresque, et destiné aux malades maghrébins de la région parisienne avant de s’ouvrir à tous et d’être rattaché, en 1962, à l’Assistance publique / Hôpitaux de Paris. Et l’http://www.journeesdupatrimoine.cul…, près du camp de Drancy, d’où des milliers de juifs furent déportés à Auschwitz.

Patrimoine en devenir, les anciens magasins généraux de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, à Pantin (Seine-Saint-Denis) sont ouverts au public pour le première et la dernière fois avant transformation. Ces énormes entrepôts construits sur le canal de l’Ourq au début des années 1930 ont cessé d’être utilisés au milieu des années 2000 et, investis par les graffeurs, ils sont devenus un spot d’art éphémère. Avant d’être mis en chantier le mois prochain pour devenir des bureaux, ils proposent pendant trois jours des visites, des illuminations et des concerts.

Et s’il fait beau, le patrimoine est aussi naturel. Pour la première fois, l’Arboretum et herbier Roger de Vilmorin, à Verrières-le-Buisson (Essonne) participe aux Journées du patrimoine. Classé Réserve naturelle régionale, il conserve 200 arbres et 200 arbustes. L’herbier retrace quatre siècles de recherche en botanique et en amélioration des plantes.

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Les Monuments transformés : une nouvelle vie aux bâtiments

Posté par francesca7 le 28 décembre 2013

 

 

Une tendance de fond : la nouvelle vie des bâtiments historiques qui, une fois réinventés, abritent désormais des hôtels de luxe.

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Sous la verrière du vieux palais de justice de Nantes, deux avocats devisent autour d’une tasse de café. Ils retrouvent leurs souvenirs entre les colonnades de la salle des pas perdus. Dans une heure, ils iront dîner sous les impressionnantes boiseries de la cour d’assises. Voilà douze ans que la justice ne se rend plus entre les murs de ce monument construit au coeur de la ville en 1852. Après trois ans et plus de 30 millions d’euros de travaux, le palais vient de rouvrir sous la forme d’un hôtel de 142 chambres, géré par la chaîne Radisson Blu.

Châteaux, moulins, abbayes, monastères, citadelles, prieurés, donjons… On ne compte plus les lieux et sites historiques qui jouent désormais la carte de l’hôtellerie de charme et de l’art de vivre à la française. « À une époque où prime l’instantanéité, nos établissements invitent à retrouver le sens de l’authenticité, de la mémoire et de l’intemporalité. Ici, pas de standardisation ou de projet architectural clés en main. Seule l’histoire des lieux dictera l’aménagement et la décoration », explique Aurélien Lecomte, le directeur des Hôtels particuliers, regroupant onze demeures authentiques en France. Depuis l’acquisition en 1969 de l’Hôtel du général d’Elbée sur l’île de Noirmoutier, l’enseigne s’emploie à sauver et faire revivre l’âme de bâtiments classés ou situés dans des sites protégés. « Lorsqu’il n’y a pas de fortune personnelle ou d’aides publiques, l’hôtellerie est le seul moyen économique viable pour transformer et réactiver ces monuments », ajoute-t-il.

Le patrimoine préservé. 

Rouverte l’an dernier sous la bannière Mercure, la chapelle du Gesu, à Poitiers, est une rescapée. Sans l’intervention du groupe Accor, cet ancien lieu de culte datant du XIXe siècle, qui abrita également les archives départementales pendant près d’un demi-siècle, serait tombé en désuétude. « Face aux coûts exorbitants de rénovation et de mise aux normes qui s’annonçaient, ni la mairie ni les collectivités locales n’étaient prêtes à investir », constate Christophe Alaux, le directeur général pour l’Europe de Mercure et MGallery, une collection d’hôtels historiques à qui l’on doit la renaissance de La Cour du corbeau à Strasbourg, un ancien relais de poste du XVIe siècle classé monument historique.

Il y a eu en 2009, sous l’impulsion du ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, une volonté d’animer le patrimoine public à travers la filière hôtelière. Quatre ans plus tard, seuls deux projets subsistent. Le premier, à Versailles, avec l’hôtel du Grand Contrôle (fin du XVIIe siècle), qui, après avoir menacé ruine, accueillera dès le printemps 2014 un hôtel de charme de 23 chambres ouvertes, pour certaines, sur l’Orangerie ou sur la pièce d’eau des Suisses. Et le second, au château de Fontainebleau, avec Les Héronnières (les anciennes écuries de Louis XV), qui, face à une dégradation avancée, devraient lancer, d’ici à la fin de l’année, un appel à candidatures. »Nous avons pris conscience que le parc hôtelier de Fontainebleau était sous-estimé par rapport au potentiel du château et de la destination », confie Jean-François Hébert, le président de l’ancienne demeure de François Ier.

Un marché international. 

De quoi conforter une clientèle en quête de proximité, d’insolite et d’expériences et qui n’en finit pas de chercher à se réinscrire dans le temps, le terroir et les vieilles pierres. « Ici, ce n’est pas la destination qui motivera le voyage, mais le lieu et l’histoire qu’il y a autour », atteste Fabien Bénétreau, directeur associé de Symboles de France. Créée en 1999, la chaîne rassemble aujourd’hui 72 établissements – dont la moitié est classée monument historique ou inscrite à l’Inventaire – et ne compte pas s’arrêter là. En janvier, elle a rejoint le groupement des Hôtels historiques d’Europe, soit 650 membres répartis dans 22 pays, parmi lesquels l’Espagne, l’Italie, l’Autriche, l’Irlande, la Norvège, la Suisse et la Pologne.

Le marché – en majeure partie hexagonal – s’ouvre de plus en plus à l’international. Ce phénomène n’a pas échappé aux groupes hôteliers. Après avoir acquis le superbe couvent Santa Paula, à Grenade, en Espagne, le groupe hôtelier Marriott vient ainsi de ressusciter le bâtiment historique de la Banque de France à Boulogne Billancourt, près de Paris. A Marseille, Intercontinental ouvrira, fin avril, un nouvel hôtel 5 étoiles au coeur de l’hôtel-Dieu. La vie de château ne fait que commencer.

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Le Paon était un met au Moyen Age

Posté par francesca7 le 26 décembre 2013

 

 
220px-Peacock_served_in_full_plumage_(detail_of_BRUEGHEL_Taste,_Hearing_and_Touch)Chez nos vieux romanciers, le paon est qualifié du titre de noble oiseau, et sa chair y est regardée comme la nourriture des amants, et comme la viande des preux. Il y avait très peu de mets alors qui fussent aussi estimés.

Le paon eut tous les honneurs dans les jours brillants de la Chevalerie. Plusieurs grandes familles, parmi lesquelles celle des Montmorency, avaient placé son effigie, en cimier, sur leur heaume. Aux cours d’amour de nos provinces méridionales, la récompense que recevaient les poètes ayant remporté le prix était une couronne faite de plumes de paon, qu’une dame du tribunal portait elle-même sur leur tête.

Un de nos poètes du XIIIe siècle, voulant peindre les fripons, dit qu’ils ont autant de goût pour le mensonge, qu’un affamé en a pour la chair de paon. Enfin les rois, les princes et grands seigneurs, donnaient très peu de festins d’appareil où le paon ne parût comme le plat distingué. La coutume, dans ces sortes d’occasions d’éclat, était de le servir rôti ; mais on le servait entier avec tous ses membres, et même avec ses plumes.

Selon Platine de Crémone, auteur qui énonça les mêmes principes que ceux que Brillat-Savarin publiera deux siècles plus tard, « au lieu de plumer l’oiseau, il faut l’écorcher proprement, de manière que les plumes s’enlèvent avec la peau ; il faut lui couper les pattes, le farcir d’épices et d’herbes aromatiques, lui envelopper la tête d’un linge, et le mettre à la broche. Pendant qu’il rôtit, vous arroserez continuellement le linge avec de l’eau fraîche, pour conserver son aigrette. Enfin, quand il sera cuit, rattachez les pattes, ôtez le linge, arrangez l’aigrette, rappliquez la peau, étalez la queue, et servez ».

« Il y a des gens, ajoute Platine, qui, au lieu de rendre à l’animal, lorsqu’il est rôti, sa robe naturelle, poussent l’ostentation de magnificence jusqu’à le faire couvrir de feuilles d’or. D’autres emploient, pour réjouir les convives, un moyen plaisant. Avant que le paon soit rôti, ils lui emplissent le bec de laine imprégnée de camphre. En le plaçant sur la table, on met le feu à la laine, et l’oiseau alors semble un petit volcan qui vomit des flammes ». Au reste, ce n’étaient point les écuyers-servants qui avaient l’honneur de poser le paon sur la table. Cette cérémonie glorieuse regardait les dames ; ordinairement elle était déférée à celle d’entre elles que distinguait le plus sa naissance, son rang, ou sa beauté. Suivie d’un certain nombre d’autres femmes, accompagnée d’instruments de musique, cette reine de la fête entrait ainsi en pompe dans la salle du festin, portant en main le plat d’or ou d’argent dans lequel était l’oiseau. Le paon

Là, au bruit des fanfares, elle le portait devant le maître du logis, si ce maître était d’un rang à exiger un pareil hommage ; ou devant celui des convives qui était le plus renommé pour sa courtoisie et sa valeur. Quand le banquet se donnait après un tournoi, et que le chevalier ayant remporté le prix du combat se trouvait à la table, c’était à lui, de droit, qu’on déférait l’honneur du paon. Son talent alors consistait à dépecer l’animal avec assez d’adresse pour que toute l’assemblée pût y goûter. Le Roman de Lancelot, dans un repas qu’il suppose donné par le roi Arthus aux chevaliers de la Table-Ronde, représente le monarque découpant lui-même le paon ; et il le loue d’avoir fait si habilement ses distributions que cent cinquante convives, qui assistaient au festin, apprécièrent.

Le Paon était un met au Moyen Age dans AUX SIECLES DERNIERS 262px-Peacock_courting_peahenSouvent l’enthousiasme qu’excitait tant de gloire dans le chevalier tranchant, enflammait tout à coup son courage. Il se levait ; et, la main étendue sur l’oiseau, faisait à haute voix un vœu d’audace ou d’amour, capable d’augmenter encore l’estime qu’avait inspirée pour lui ses hauts faits. Par exemple, il jurait de porter, dans la plus prochaine bataille, le premier coup de lance aux ennemis ; de planter le premier, en l’honneur de sa mie, son étendard sur le mur d’une ville assiégée. Quant à la formule du serment, elle était conçue en ces termes : « Je voue à Dieu, à la Vierge Marie, aux dames, et au paon, de… »

Le vœu du premier preux étant achevé, on présentait successivement le plat aux autres convives, qui tous, chacun à leur tour, faisaient un serment du même genre. Mais, comme en pareille circonstance, les têtes s’échauffent aisément, et qu’alors on se pique toujours d’outrepasser ceux qui parlent avant nous, il devait résulter, de ce moment d’effervescence, les promesses les plus téméraires, et souvent les plus extravagantes. Les romanciers et les historiens en offrent des exemples nombreux. Cette cérémonie portait le nom de Vœu du paon.

Quant à cette sorte d’aliment, on y a renoncé peu à peu. En 1560, Champier marque beaucoup de surprise d’en avoir vu en Normandie, près de Lisieux, des troupeaux considérables : « On les y engraisse avec du marc de pommes, dit-il, et on les vend aux marchands de poulaillers, qui vont les vendre dans les grandes villes pour la table des gens riches ». Champier était Lyonnais, avait étudié à Orléans, et était attaché au service de François Ier. La manière dont il parle des paons, l’étonnement que lui causèrent ceux de Normandie, donnent à penser qu’on n’en mangeait déjà plus dans le Lyonnais, dans l’Orléanais, ni à la Cour. Cependant de Serres écrivait encore en 1600 que « plus exquise chair on ne peut manger ». Mais rien n’indique où de Serres avait mangé du paon.

(D’après « Histoire de la vie privée des Français depuis l’origine de la nation jusqu’à nos jours », paru en 1782)

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L’INTELLIGENCE DE L’OIE, SON CARACTÈRE ET SES VERTUS

Posté par francesca7 le 26 décembre 2013

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Pourquoi dit-on : bête comme une oie ? Rien n’est plus injuste que cette expression proverbiale. L’oie surpasse, au contraire, en intelligence la plupart des autres oiseaux domestiques ; elle ne cherche querelle à aucun d’eux, ni à personne ; elle a l’instinct éminemment sociable et docile ; elle est enfin, comme l’a dit Buffon, « dans le peuple de la basse-cour, un habitant de distinction. »

Quand on la conduit au pâturage, un seul gardien suffit pour toutes les oies du village ; le matin, il les réunit au son de son cornet, et quand il les ramène à l’heure où le jour tombe, chaque bande sait bien retrouver son logis . Une oie qu’on emporte dans un panier bien fermé, bien enveloppé, vers une nouvelle habitation, sait parfaitement s’orienter et revenir chez son ancien maître, en dépit des précautions qu’on a prises pour l’empêcher de reconnaître son chemin.

Ni le temps, ni la distance ne lui font perdre le souvenir de ce maître, de sa demeure et de ses bons procédés. Le savant docteur Sanchez raconte que, revenant d’Azof, dans l’automne de 1736, et voyageant à petites journées sur les bords du Don, il prenait gîte, chaque nuit, dans des villages de Cosaques. Tous les jours, au coucher du soleil, des troupes d’oies, arrivant des contrées septentrionales les plus éloignées où elles avaient vécu tout l’été à l’état sauvage, venaient s’abattre dans les habitations qui les avaient reçues et hébergées l’hiver précédent. Elles amenaient avec elles toute leur progéniture de l’année. « J’eus constamment ce spectacle, chaque soir, durant trois semaines, dit-il ; l’air était rempli d’une infinité d’oies, qu’on voyait se partager en bandes. Les filles et les femmes, chacune à la porte de leur maison, les regardant, se disaient : Voilà mes oies, voilà les oies d’un tel ; et chacune de ces bandes mettait, en effet, pied à terre dans la cour où elle avait passé l’hiver précédent. »

Chez l’oie, le sentiment de l’amour maternel est développé au plus haut degré. Quoiqu’elle ne doive faire qu’une ponte par an, elle en fait une seconde si ses oeufs lui sont enlevés, et parfois même une troisième. Elle couve si assidûment qu’elle en oublie le boire et le manger. « Elle conduit ses petits avec une sollicitude affectueuse, leur indique avec tendresse et empressement la nourriture de choix, les rappelle au moindre danger et montre une véritable intrépidité quand il s’agit de les défendre contre les oiseaux de proie ou contre toute agression étrangère » Parmi ces bonnes bêtes, pas de mères dénaturées, jamais de petits abandonnés, tandis que chez d’autres bipèdes, les hospices d’enfants-trouvés sont toujours insuffisants.

Nulle sentinelle n’est plus sûre et plus vigilante. Vous ne verrez jamais plusieurs oies réunies dormir toutes à la fois : il y en a toujours une qui, le cou tendu, la tête en l’air, examine, écoute, veille et jette, à la moindre apparence de danger, le cri d’alarme. Une acclamation générale y répond, et le salut de tous est assuré. On a vu des gardes nationaux s’endormir dans une guérite. Jamais une oie en faction n’a commis cette énormité. Aussi, les rondes de jour et de nuit sont-elles inconnues parmi les palmipèdes, tandis qu’elles sont indispensables pour assurer l’insomnie réglementaire de la garde civique et même des meilleures troupes !

L’oie a sur les soldats un autre avantage. Les étapes de ceux-ci ne dépassent guère sept à huit lieues par jour ; l’oie domestique, malgré la lenteur apparente de sa marche, en fait, à pied, jusqu’à douze ou quinze, et même davantage, sans avoir l’air de se presser ; c’est ce qu’atteste Salerne, dans son Histoire des Oiseaux .

Tous les naturalistes anciens et modernes ont rendu hommage à la sobriété de l’oie. « Les bonnes ménagères, disait Belon, au XVIe siècle, sachant bien que la nourriture des oies est de moult grand profit, en font une grande estime pour ce qu’elles ne font aucune dépense. » Beaucoup de profit et peu de dépense ! O Harpagon ! combien tu devais en avoir dans ta basse-cour ! O fainéants, qui dépensez beaucoup et ne produisez rien… rougissez ! et n’ayez pas la présomption de vous comparer à l’utile animal, que vous poursuivez aussi de vos sarcasmes !

L’oie est d’une propreté recherchée. Sa toilette n’est pourtant pas compliquée : une petite vésicule de graisse, placée près de la queue, suffit à lustrer tout son plumage ; mais c’est bien d’elle que l’on peut dire, avec le poète latin : Simplex munditiis ! Quelle petite-maîtresse, avec son blanc et son rouge sur les joues, son noir autour des yeux (on revient, hélas ! à ces affreux badigeonnages), avec tous ses cosmétiques, toutes ses pâtes, toutes ses odeurs et tous ses bains parfumés, enfin, avec tout son mundus muliebris, je veux dire avec tout son matériel de toilette et ses atours, approchera jamais de la blancheur irréprochable, simple, unie, virginale et surtout inodore de la robe de notre aimable oiseau ?

Ces détails de coquetterie nous conduisent naturellement à expliquer, ce que l’on entend par la petite oie. Au propre, ce sont les ailerons, le cou, le foie, enfin ce qu’on appelle en langage vulgaire les abatis. Au figuré, ce sont les rubans, les gants et les menus accessoires d’un habillement. « Que vous semble de ma petite oie ? » demande le marquis de Mascarille à Cathos et à Madelon, « la trouvez-vous congruente à l’habit ? » Et, pour répondre lui-même à sa question, il vante aux précieuses ridicules la richesse de ses plumes, l’élégance de ses rubans et de ses canons. Il les invite même à « attacher la réflexion de leur odorat » sur ses gants et jusque sur la poudre de sa perruque. Cette expression « la petite oie » avait aussi une signification dans le vocabulaire de la galanterie ; mais cette acception est tout-à-fait tombée en désuétude. Quel plus bel hommage pouvait-on rendre, cependant, à la pureté du sentiment des oies que de donner leur nom aux « faveurs légères »  par allusion, sans doute, aux gracieuses caresses que se prodiguent nos chers oiseaux dans leurs innocentes tendresses ?

L'INTELLIGENCE DE L'OIE, SON CARACTÈRE ET SES VERTUS dans FAUNE FRANCAISE 320px-OieL’oie a le coeur tendre, je viens d’en convenir ; mais il ne faut pas croire qu’elle s’abandonne pour cela aux égarements et aux entraînements instantanés des sens ! Ses moeurs sont pures. Tous ceux qui ont eu le bonheur de fréquenter les bêtes, savent qu’elle connaît la pudeur et ne s’écarte point des lois de la décence. Jamais on ne l’a vue suivre, à cet égard, les déplorables exemples des gallinacées. Ne craignez pas non plus que son heureux vainqueur célèbre impudemment ses succès, comme le coq, par ses chants de victoire ! Non ! Les amours de l’oie sont essentiellement honnêtes et discrètes. Les oies du frère Philippe pourraient-elles toutes en dire autant ?

Si l’amour est commun à tous les hommes et à toutes les bêtes, il n’en est pas de même de la reconnaissance et de l’amitié, sentiments plus élevés et qui n’appartiennent qu’aux espèces d’élite. O ma bonne oie !

Viens, reconnais la voix qui frappe ton oreille….

Oui, tu mériterais, comme Arcas, d’entendre ces paroles du Roi des rois, car tu es, comme lui, fidèle et dévouée. N’en riez pas, Messieurs : l’oie s’attache à son maître, le reconnaît, accourt au son de sa voix, lui témoigne sa joie de le revoir après quelques heures d’absence et le suit comme un chien. « Elle est capable, dit Buffon, d’un attachement personnel très-vif et très-fort, et même d’une amitié passionnée qui la fait languir et dépérir loin de celui qu’elle a choisi pour l’objet de son affection. » En veut-on un exemple ? Le voici : Le concierge du château de Ris, appartenant à M. Anisson-Duperron, avait sauvé des dangers d’un combat inégal, un jars (oie mâle), qui s’en montra profondément reconnaissant. Du plus loin qu’il apercevait son libérateur, Jacquot (c’était le nom du jars) accourait à lui, tendait son cou pour solliciter une caresse et s’en montrait joyeux dès qu’on la lui avait accordée. Le concierge, se rendant un jour aux bois d’Orangis, avait enfermé l’oiseau dans le parc. Jacquot parvint à passer par-dessus les murs, rejoignit son ami qui avait déjà parcouru plus d’un kilomètre, le suivit partie à pied, partie au vol, depuis dix heures du matin jusqu’à huit heures du soir, dans toutes les allées du bois, et dès lors ne voulut plus le quitter, l’accompagnant partout, au point d’en devenir importun, et d’aller, un jour, le rejoindre jusque dans l’église ; puis, un autre jour, dans la chambre de M. le curé où Jacquot, en retrouvant son maître, jeta un cri de joie si bruyant qu’il fit grand peur au pauvre pasteur.

« Je m’afflige, dit une notice du brave concierge, quand je pense que c’est moi qui ai rompu une si belle amitié… Le pauvre Jacquot croyait être libre dans les appartements les plus honnêtes comme dans le sien, et après plusieurs accidents de ce genre, on me l’enferma et je ne le vis plus ; mais son inquiétude a duré plus d’un an, et il en a perdu la vie de chagrin. Il est devenu sec comme un morceau de bois, et l’on m’a caché sa mort jusqu’à plus de deux mois après qu’il a été défunt… Il est mort dans la troisième année de son règne d’amitié ; il avait en tout sept ans et deux mois . »

Je pourrais citer d’autres preuves de l’intelligence et de la bonté des oies.

« Le docteur Jonathan Franklin a vu une oie d’Écosse qui suivait son maître comme le chien le plus fidèle, et qui le reconnaissait toujours, quelque travestissement qu’il prît.

Une autre oie (et le fait est plus touchant encore) se voua au service de sa pauvre vieille maîtresse, devenue aveugle, au point de la tirer par la robe avec son bec, pour la conduire sûrement partout où elle voulait aller. C’était en Allemagne. Un jour, dit Franklin, le pasteur alla rendre visite à la dame, qui était sortie ; mais il trouva la fille et lui témoigna quelque surprise de ce qu’elle laissait sa mère s’aventurer ainsi toute seule. – Ah ! Monsieur, répondit-elle, nous ne craignons rien ; ma mère n’est pas seule, puisque le jars est avec elle ! – Les dimanches, l’oiseau conduisait l’aveugle à l’église, puis se retirait dans le cimetière pour brouter l’herbe en attendant l’issue du service divin. »

Qu’on m’aille soutenir, après un tel récit,
Que ces bêtes n’ont point d’esprit  !

Mais alors, encore une fois, pourquoi dit-on bête comme une oie ? Serait-ce, par hasard, parce qu’elle se dandine un peu en marchant ? Mais le canard, plus bas sur pattes, se dandine bien davantage !….. Et puis, après tout, le dandinement de l’oie n’est pas absolument dépourvu de grâce. Le plus élégant écrivain du siècle dernier a mis au nombre des caractères qui constituent la distinction de cet oiseau « sa contenance, son port droit, sa démarche grave . »

Le dandinement appartient, parmi les hommes, à presque tous les gros personnages. Il contribue à leur donner un air d’importance et de gravité en rapport avec leurs fonctions, et peut-être ne faut-il pas chercher d’autre raison du nom de Dandin, donné par Racine à toute une dynastie de respectables magistrats :

Regarde dans ma chambre et dans ma garde-robe,
Les portraits des Dandins ; tous ont porté la robe ! .

Description de cette image, également commentée ci-aprèsPlus vous monterez les degrés de l’échelle sociale, plus vous serez frappés de la vérité de l’observation que je viens de vous soumettre. Et s’il vous est jamais arrivé de vous trouver sur le passage d’un roi très-puissant, vous avez dû remarquer qu’il ne marchait pas autrement. Je suis même persuadé qu’à sa cour, le dandinement devait être de très-bon goût, et qu’il n’était pas de courtisan, si maigre fût-il, qui ne marchât en écartant les jambes, et en portant alternativement à droite et à gauche le poids de son corps. Là, tous les gens bien pensant se dandinaient indubitablement, et la démarche sui generis, qu’on reproche chez nous aux palmipèdes, y serait restée en honneur si tous les rois avaient la même corpulence. Malheureusement, il en est des souverains comme des jours de la semaine ; ils se succèdent et ne se ressemblent pas : les uns sont gras, les autres sont maigres, en sorte que la mode la plus élégante n’a le temps de se fixer nulle part…..

Mais encore un coup, me dira-t-on, vous n’avez pas résolu la question posée en tête de ce chapitre : Pourquoi dit-on bête comme une oie ?… – Pourquoi ?… Messieurs, je l’ignore absolument, et si quelqu’un de vous le sait, il me fera plaisir de me l’apprendre.

Source : BATAILLARD, Ch. : L’Oie réhabilitée.- Caen : F. Le Blanc-Hardel, 1865.- 40 p. ; 22,5 cm.- (Extrait des Mémoires de l’Académie impériale des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen).

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Question chevaline texte de 1860 par Le Comte d’Aure

Posté par francesca7 le 26 décembre 2013

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Encore une commission chargée d’élucider la question chevaline !

Il semblerait que l’élevage du cheval en France fût une chose toute nouvelle ["En effet on n'a jamais bien élévé."]. Cependant, depuis longtemps tout a été dit sur cette question ["Non"]. Ce qui doit aujourd’hui servir de guide, c’est le souvenir de ce que l’on a fait jadis, et de ce qui a amené les changements qui ont eu lieu en France depuis deux siècles.

Quand l’ordre social, en se modifiant, a changé ses usages et ses habitudes, il a dû également influer sur la création des races chevalines employées par la haute classe de la société.

Dans les temps féodaux, le seigneur était aussi bien cultivateur qu’homme de guerre : il créait du cheval pour lui et ses vassaux ; il le fabriquait suivant son goût, ses besoins, et avait des écuyers et des pages pour son dressage. Quand la féodalité disparut, disparurent aussi les chevaux de guerre et de luxe ; l’élève du cheval resta dès lors presque uniquement dans les mains des paysans, qui continuèrent, comme par le passé, à élever des animaux qui étaient pour eux ce qu’ils sont encore aujourd’hui dans les trois quarts de la France, des instruments de travail, dont les qualités premières, pour la plupart d’entre eux, sont la sagesse et la pesanteur.

Question chevaline texte de 1860 par Le Comte d'Aure dans FAUNE FRANCAISE 220px-Rokvit1On s’aperçut bientôt de la lacune laissée dans l’élevage par ce changement politique : le destrier et le palefroi, qui du temps de la chevalerie avaient une réputation européenne ["Non !"], s’étaient abâtardis et avaient perdu leur prestige. Tous les mémoires du temps signalent ce fait, et expriment les inquiétudes du gouvernement de cette époque. On chercha donc alors les moyens de remédier au mal dont le pays était frappé.

Après bien des tâtonnements, on finit par comprendre que du moment où le cultivateur, le paysan, était devenu le seul éleveur possible, il fallait compter avec lui, et que, pour l’amener à créer le cheval tel que le luxe le désirait, il était nécessaire de lui en donner les moyens, en lui fournissant des étalons convenables, qu’il était impuissant à se procurer lui-même ; et il fallait encore se borner souvent à améliorer les animaux qui devaient rester dans ses mains des instruments de travail, dont l’avantage alors était d’avoir sur le marché une valeur plus élevée.

Il était parfaitement rationnel de comprendre que, la féodalité abattue, le grand seigneur, le grand éleveur, abandonnant ses terres pour venir à la cour, c’était à la couronne à le remplacer en ce qui concernait l’élevage et le dressage du cheval de luxe. C’est ce qui explique la création des haras royaux, des écoles d’équitation, des primes pour assurer au sol les meilleures juments, etc., etc., etc.

Les fondations qui furent faites à la fin du règne de Louis XIV et les résultats qui en découlèrent, prouvent de la façon la plus évidente que l’on était entré dans le vrai ; car nos races limousines et normandes avaient reconquis leur ancienne réputation, et les hommes représentant en France l’art équestre étaient considérés comme les plus célèbres de l’Europe. ["Il n'y a jamais eu que des rosses en France."]

Cet état de choses dura jusqu’à la révolution de 89 : comme alors on commençait à saper la royauté, on devait aussi saper les institutions qui en dépendaient. On crut, comme certaines personnes le pensent encore aujourd’hui, que les haras étaient inutiles, qu’il fallait laisser à chacun la liberté de ses oeuvres, et que les choses iraient beaucoup mieux et plus économiquement.

On sait ce qui arriva : les meilleurs reproducteurs disparurent ; les juments de tête, n’ayant plus raison d’être, furent vendues, et l’éleveur retomba, comme devant, à créer du cheval pour ses besoins, ne s’inquiétant pas autrement de la décadence imminente qui allait arriver.

Ce nouvel état de choses dura assez longtemps pour amener des résultats qui ne manquèrent pas de frapper la haute sagacité de Napoléon Ier, qui, dès 1806, reconstitua les haras, créa et subventionna des institutions équestres.

Bien que l’Angleterre nous fût fermée, quoique les bons reproducteurs fussent très-difficiles à trouver, les mesures énergiques qui furent prises, sans effacer tout le mal qui avait été fait, l’avaient beaucoup réparé.

C’est à cette organisation que nous avons dû toutes les ressources qui alimentèrent les besoins de la guerre et assurèrent le service des écuries de l’Empereur.

La puissance de cette organisation fut telle, que malgré les exigences des dernières guerres, dès 1816 les pays d’élèves regorgeaient de chevaux.

Pendant les premières années de la Restauration, le luxe employait le cheval de selle indigène, et pendant toute sa durée, les carrossiers normands conservèrent leur vogue. ["On n'était pas difficile."]

220px-Encyclopedie_volume_6-061 dans FAUNE FRANCAISELouis XVIII, comme l’Empereur et comme ses devanciers, conserva les haras et les institutions équestres ; et si ces établissements ne furent pas réintégrés, comme autrefois, dans le service du grand ­écuyer, c’est que le prince de Monbazon, titulaire de cette charge, ne rentra pas en France.

Toutefois, comme le roi comprenait toute l’utilité des haras et la nécessité de leur donner de l’importance, il en forma une administration à part et en donna la direction à des hommes haut placés, indépendants et spéciaux. ["Stupides."]

La tâche du chef de l’administration des haras devint de plus en plus difficile à cette époque ; car l’Angleterre, qui par le fait du blocus continental regorgeait de chevaux et des meilleurs, vint nous faire une concurrence fatale quand les portes de la France lui furent ouvertes.

Les chevaux de main amenés de la Grande-Bretagne portèrent un coup presque mortel à notre cheval de selle indigène, et il était impossible de mettre en doute notre infériorité en regard de la supériorité de l’Angleterre ["Vous en convenez !"]. Ce n’était pas avec les étalons pris au Danemark et au Hanovre et avec quelques chevaux orientaux, que l’on pouvait créer des animaux capables de soutenir la concurrence : beaucoup cependant étaient très-bons, mais ils étaient généralement trop petits pour le goût et les besoins du jour, et de plus ils avaient le désavantage de sortir comme autrefois de chez l’éleveur sans avoir été pratiqués, tandis que les chevaux anglais, en outre des qualités de construction et d’élégance qui les distinguaient, avaient de plus l’avantage de pouvoir être mis de suite en service. Tout venait donc concourir à développer le goût de l’anglomanie.

L’administration des haras, qui mieux que personne comprenait la nécessité de modifier l’élevage du cheval de luxe, profita, aussitôt qu’elle le put, de ce que l’Angleterre nous était ouverte, pour y aller chercher des étalons de mérite, et certes, les choix qui furent faits à cette époque prouvent la capacité de l’homme chargé de cette mission, car ce sont les étalons ramenés de 1816 à 1820 qui ont fondé la race de toutes les meilleures poulinières de nos pays d’élèves et des reproducteurs les plus utiles et les plus goûtés encore aujourd’hui. Malheureusement, une race ne se transforme pas du jour au lendemain ; il fallait plusieurs années pour pouvoir présenter sur le marché les résultats de cette transformation ; mais pendant ce temps, de nouvelles habitudes étaient prises par le commerce, et malgré les changements heureux qui s’étaient opérés dans nos races de luxe, elles restaient en souffrance.

D’un autre côté, vers la fin de la Restauration, une sorte de révolution eut lieu dans la carrosserie : elle devait réagir aussi d’une façon néfaste sur nos grandes espèces de carrossiers. Ces chevaux gigantesques, si beaux, si bien appropriés aux voitures dont on s’était servi jusqu’alors, n’avaient plus raison d’être le jour où l’on allégeait et rapetissait les équipages. De ce côté encore, c’était une transformation à opérer, pendant laquelle l’Allemagne fournissait des chevaux plus en harmonie avec la carrosserie nouvelle, et qui, de plus, avaient l’avantage d’être sages et bon marché.

On peut donc juger quelle a été la tâche des haras à cette époque et ce que seraient devenues nos races de luxe, si l’on eût laissé l’industrie chevaline livrée à elle-même. Leur mission fut de modifier les espèces pour les ramener à un type plus parfait. Une oeuvre semblable ne pouvait s’accomplir sans de grandes difficultés, ni s’improviser. Il était matériellement impossible, quand bien même les détenteurs de juments s’y fussent prêtés, ce qui était loin d’exister dans le principe, de présenter au commerce, à la deuxième ou à la troisième génération, autant de chevaux nouveau modèle qu’on en avait présenté de l’ancien, quinze ans auparavant. Un tel changement ne pouvait se faire qu’avec du temps et de la suite.

Pour faire valoir et mettre en évidence les produits de cette métamorphose, l’administration des haras avait les maisons royales et les institutions équestres pour auxiliaires. La mission de ces dernières était de répandre le goût du cheval de selle et de former des hommes d’écurie en état de donner à nos chevaux indigènes une préparation semblable à celle des chevaux qui venaient de l’étranger. Les maisons royales, plaçant la production chevaline sous l’égide de la couronne, devaient ainsi infailliblement lui rendre la vogue qu’elle avait perdue.

La révolution de 1830 vint tout remettre en question : le luxe fit place aux habitudes et aux idées mesquines d’une royauté bourgeoise ; l’aristocratie, qui aurait pu suivre l’exemple donné par la Restauration, se retira dans ses terres et mit bas son luxe : l’administration des haras, devenue une simple division du ministère du commerce, perdit de son importance, enfin toutes les institutions équestres furent supprimées. L’art équestre, ce corollaire obligé de l’élève du cheval de selle, fut complètement méconnu, et le cheval ne fut plus qu’un moyen de transport ayant d’autant plus de mérite qu’il avait moins de qualités et d’énergie.

Ces besoins bourgeois, qu’avait enfantés la révolution de juillet, ne cadraient guère avec les idées qui tendaient à répandre dans nos espèces le sang et la vigueur, et l’on conviendra que ce n’était pas le moyen d’encourager l’élevage du cheval de luxe. Toutefois, comme on pensait qu’un tel état de choses ne pouvait durer, l’administration des haras persista dans son système d’amélioration. Sous le ministère d’un homme dont la sagacité élucidait les questions qui lui étaient le plus étrangères, cette administration fit deux créations importantes et utiles : l’École des haras et les Jumenteries. La première de ces deux créations avait pour mission de faire revivre quelques traditions équestres et de faire l’instruction des jeunes gens destinés à entrer dans l’administration. La seconde avait pour but de faire naître en France un plus grand nombre de chevaux de sang et des étalons comme ils conviennent au croisement, c’est-à-dire n’ayant pas perdu, par les fatigues d’un long entraînement et par des courses prématurées, leurs qualités reproductives.

Les éleveurs de chevaux de course, en obtenant la suppression des jumenteries ont voulu faire tomber une concurrence qu’ils redoutaient, et placer l’administration des haras dans l’obligation d’acheter leurs produits, vaille que vaille.

220px-Radio_ant_profil_01L’industrie du cheval de sang a sa raison d’être, et les encouragements qu’elle reçoit en prix de course et en primes prouvent assez l’importance qu’on y attache ; mais si l’on doit acheter à un prix élevé et rémunérateur les produits utiles qu’elle présente et qui ont fait leurs preuves, une administration responsable devant le pays et les éleveurs sérieux doit refuser l’achat de chevaux étiolés, qui peuvent être vites, mais qui n’ont pas les qualités d’un reproducteur. Ces chevaux ne peuvent servir qu’à déconsidérer l’emploi du sang. Cependant, le grand grief contre l’administration des haras est le refus qu’elle fait journellement de semblables acquisitions. ["Ceci n'est pas élucidé"]

Que l’on supprime cette administration, et que l’on offre aux éleveurs tous les produits du turff, qui sont repoussés par elle aujourd’hui, le procès du cheval de sang sera bientôt jugé, et les races communes se propageront de plus belle.

Plus que personne nous sommes partisan du sang, et c’est pour cela aussi que nous sommes partisan d’une administration des haras, parce qu’elle est plus en mesure que personne de pouvoir collectionner les types les plus beaux de l’espèce et de les mettre en outre à l’abri des spéculations particulières, qui peuvent les faire sortir du pays. Avec leurs jumenteries et les meilleurs produits achetés à l’industrie particulière, les haras pouvaient créer une source de richesses intarissables, où les éleveurs de chevaux de pur sang auraient trouvé, plus tard, d’immenses ressources. L’École des haras et les jumenteries étaient deux créations parfaitement logiques, et nous ne craignons pas de dire que c’est un tort de les avoir supprimées.

En tout état de choses, ce qu’il ne faut pas ignorer, c’est qu’annuellement plus de vingt millions sont portés à l’étranger par les marchands qui vont y chercher huit ou dix mille chevaux que le luxe demande et que la France est impuissante à fournir aujourd’hui. Il faut donc chercher à se mettre en mesure de répondre un jour à de semblables demandes, si l’on veut ramener d’une façon durable le commerce sur notre marché, et ce n’est point avec les étalons d’espèce que la France possède actuellement que l’on obtiendra jamais ce résultat.

En effet, voici la situation de l’administration des haras : sur onze ou douze cents étalons qu’elle possède pour travailler à l’amélioration de toutes les espèces, il y en a trois cent quatre-vingt-deux de pur sang anglais, arabes ou anglo-arabes, et cent cinquante-trois de demi-sang. Il faut ajouter à ceci quatre-vingts chevaux de race pure, approuvés.

Nous n’avons donc en France que six cent quinze étalons pour produire des chevaux de luxe ; ce chiffre, tout infime qu’il est, doit encore se réduire, car les étalons arabes employés dans le midi de la France ne donnent guère que des chevaux propres à la cavalerie légère, et qui n’offrent aucune ressource à la grande consommation du luxe. Si nous défalquons maintenant les chevaux de premier ordre, employés très-utilement, mais particulièrement pour créer des chevaux de course et augmenter notre famille de pur sang, nous verrons que nous avons tout au plus cinq cents étalons purs ou améliorés pour produire des chevaux comme le commerce les demande à l’Angleterre ou à l’Allemagne.

Bien que ce nombre soit inférieur à ce qu’il devrait être, il est peu probable que l’administration des haras une fois effacée, l’industrie particulière fût en état d’en offrir autant à la reproduction, et surtout d’une aussi bonne qualité.

Chacun des cinq cents étalons dont nous venons de parler peut féconder annuellement, au plus, trente juments, ce qui donne quinze mille naissances et ne présente pas plus de sept à huit mille chevaux ou juments réussis à l’âge adulte. Que l’on retire maintenant les jeunes bêtes gardées pour la reproduction et les mâles entiers qu’achètent, l’administration des haras et l’étranger, enfin les chevaux nécessaires à la remonte de l’armée, et l’on verra ce qui reste pour le commerce de luxe. Rien, ou bien peu de chose, et cependant six cent mille juments sont livrées aujourd’hui à la reproduction, et si besoin était et que l’on trouvât un intérêt à en augmenter le nombre, il pourrait s’élever encore dans des proportions considérables.

La France a toutes les conditions voulues pour ["Sauf l'instinct de l'éleveur."] devenir le grand marché de l’Europe, parce qu’elle peut créer toutes les variétés de l’espèce chevaline, et il serait grand temps de tirer parti de ses moyens, car il existe un fait incontestable, c’est que les chevaux que nous tirons d’Angleterre sont très-inférieurs à ce qu’ils étaient il y a quinze ou vingt ans. A quoi attribuer ce changement ? Est-ce à l’emploi d’étalons énervés par des courses prématurées? Est-ce parce que la demande du cheval anglais s’est généralisée dans toute l’Europe ? ["C'est à notre bêtise qui nous fait acheter les mauvais de préférence."] Nous n’en chercherons pas la cause, nous nous contenterons de constater le fait. Aujourd’hui, un cheval de selle ayant de grandes qualités est une rareté en Angleterre.

Cherchons donc, plus que jamais, à modifier le système qui nous régit actuellement, afin de ne pas rester perpétuellement tributaire de l’étranger, qui ne répond plus à nos demandes que d’une façon imparfaite. Tâchons, enfin, d’élever assez pour offrir des éléments d’amélioration dans des provinces qui, n’ayant pas de producteurs convenables, voient naître tous les ans des milliers de chevaux sans aucune valeur, qui, ne trouvant pas de débouchés, restent dans les mains de ceux qui les ont élevés, de détestables instruments de travail.

Le moyen de sortir de cette position, c’est de se procurer le nombre d’étalons de mérite suffisant pour atteindre un effectif, qu’il faut calculer, quant à présent, sur une création nouvelle de dix à douze mille chevaux par an.

L’industrie étalonnière sera-t-elle jamais en mesure de satisfaire à de pareilles exigences ? Non, certainement. Elle ne subsiste que parce qu’elle est assurée du débouché que les haras lui offrent ; elle ne consentira jamais à garder pour son propre compte, afin de les offrir à la reproduction, les étalons qu’elle a élevés. Elle ne renoncera jamais aux encouragements qu’elle reçoit de l’administration des haras. Elle n’achètera jamais, comme l’État le fait, à des prix exorbitants, les étalons qui lui paraissent utiles à l’amélioration. Si, par impossible, elle était en mesure de faire ces frais, de consentir à tous ces abandons, qu’est-ce qui la dédommagerait de tous les avantages qu’elle aurait perdus ? Serait-ce le prix élevé auquel elle coterait le saut de ses étalons ? Mais alors on verrait bientôt les détenteurs de juments renoncer à l’élevage de chevaux, qui, de prime abord, leur ferait faire des déboursés au-dessus de leurs moyens, et dont la rentrée ne reposerait que sur des éventualités fort douteuses.

En présence des faits que nous venons de signaler, nous croyons avoir prouvé l’indispensabilité d’une administration des haras. Si elle a été en butte aux attaques souvent les plus injustes, si quelquefois elle a manqué d’initiative, c’est que depuis trente ans elle n’a pas été placée dans des mains assez puissantes ["Ni assez capables."]. Mais qu’on reste bien convaincu qu’aujourd’hui rien ne peut la remplacer. Mieux que personne, elle connaît les besoins de chaque localité et peut y subvenir. Partisante tout aussi éclairée du cheval de sang qu’elle doit l’être des races qui en émanent, comme des races communes, elle fera toujours équitablement la part de chacun, parce qu’elle n’a pas de parti pris ni de système exclusif, parce qu’elle travaille dans l’intérêt de tous et connaît les besoins de chacun. Il ne faut à cette administration qu’une haute autorité qui puisse marcher d’un pas ferme vers son but, sans craindre les attaques, et qui soit assez forte pour les mépriser. S’il en était ainsi, on verrait bientôt grandir la prospérité chevaline depuis si longtemps en souffrance dans notre pays.

Pourquoi des luttes déplorables ont-elles existé sous Louis-Philippe entre les haras et les remontes ? C’est parce que ces administrations, chacune de son côté, voyant les choses à son point de vue, s’étaient faites rivales, et qu’il manquait une main ferme pour les réunir et les faire marcher d’accord.

Pourquoi ces systèmes plus ou moins erronés, mis en avant de nos jours, dont le but caché est de renverser l’administration des haras pour s’emparer de ses dépouilles ? C’est parce qu’on la croit trop faible pour se défendre.

Loin d’affaiblir cette administration, qu’on la rende forte et par l’autorité et par l’argent, et l’on pourra bientôt apprécier toute son utilité ; on verra que la création de Louis XIV, reconstituée par Napoléon Ier, était digne de l’intérêt et de la sollicitude de son successeur.

Nous avons dit qu’au moment des événements de 1830, les pays d’élèves créaient déjà quelques chevaux tout aussi remarquables que ceux ramenés d’Angleterre par les marchands ["Avec une pipe !"]. Le cheval de guerre s’était également amélioré ; il s’agissait donc de rouvrir d’autres débouchés pour remplacer ceux qui avaient disparu.

C’est alors qu’on institua les dépôts de remonte. 

220px-Horse_PlayC’était une bonne création, puisqu’on assurait ainsi un débouché régulier à la production ; mais ceci ne suffisait pas : il fallait, en outre, se servir des moyens d’action que l’on avait en main, pour forcer en quelque sorte le commerce à revenir sur notre marché. Malheureusement, l’administration de la guerre n’a pas compris, dès le principe, le service qu’elle pouvait rendre à l’industrie chevaline. Au lieu d’associer le commerce aux opérations de la remonte, ce qui le ramenait dans le pays et l’engageait à nouveau avec les éleveurs, on le repoussa en le stigmatisant : on fit de la remonte une affaire de famille, où l’achat direct fut offert comme mesure toute paternelle.

On créait ainsi, tout d’abord, un monopole ayant pour résultat de réduire l’élevage aux simples besoins de la remonte ; on arrêtait toute idée d’amélioration, car le cheval d’espèce n’est pas plus goûté dans la cavalerie qu’il n’y est utile. De cette mesure si fâcheuse pour le développement de la prospérité chevaline, il résultait des inconvénients graves pour l’administration de la guerre. Ne se trouvait-elle pas engagée moralement vis-à-vis des éleveurs, dont elle voulait seule accaparer les produits ? N’était-­elle pas forcée de faire une foule de concessions aussi préjudiciables à son budget qu’à l’organisation de la cavalerie ? Aujourd’hui encore, afin de complaire aux éleveurs et d’éloigner la concurrence, on achète tous leurs produits de trois à quatre ans ; pour que leurs écuries ne s’encombrent pas, on prend annuellement le même nombre de chevaux, que l’on en ait ou non besoin, ce qui oblige à réformer dans les régiments, des animaux en plein service que l’on remplace par des poulains incapables d’en rendre aucun, et qui sont pour les corps de détestables embarras.

C’est ainsi qu’avec des effectifs considérables en apparence, le tiers et souvent la moitié d’un régiment ne peut monter à cheval.

Par le fait même de cette coupe réglée et prématurée, on ne trouve plus dans le pays, en cas de guerre, que des chevaux de deux à trois ans ; alors, force est d’avoir recours au commerce, que l’on ne dédaigne plus, parce qu’on en a besoin.

L’administration de la guerre doit renoncer à exercer son monopole et son protectorat, ce qui ne l’empêchera pas de rendre de grands services et de conserver une salutaire influence ; il faut aujourd’hui qu’elle s’efface davantage, qu’elle se considère comme un consommateur ordinaire ayant besoin de chevaux en âge de travailler et assez préparés pour pouvoir rendre des services immédiats, qu’elle les prenne à qui les lui offre, qu’elle se borne enfin à acheter, aux conditions les plus avantageuses pour son budget et pour les besoins de la cavalerie. En agissant ainsi, elle contribuera à ramener le commerce, que sa concurrence et le jeune âge auquel elle achète les chevaux, à présent, tiendraient toujours éloigné.

Que cette nouvelle manière d’opérer ne fasse pas craindre à l’administration de la guerre de voir se tarir la source à laquelle elle puise seule aujourd’hui ; les chevaux ne lui feront jamais défaut : restant un an de plus chez l’éleveur, ils y seront utilisés, et s’ils sortent de ses mains, ce sera pour passer dans d’autres qui sauront bien les ramener en temps utile à la remonte.

Du moment où l’on cherche à augmenter la création du cheval de luxe, il faut, pour lui assurer un large débouché, former des hommes qui sachent mettre ses qualités en évidence et rendre les consommateurs capables de les utiliser et de les apprécier. C’est dire assez qu’il faut reconstituer les écoles d’équitation. C’était autrefois dans ces établissements que la jeunesse, tout en pratiquant un exercice très-salutaire à sa santé, prenait de bonne heure le goût du cheval. Elles étaient alors très-largement soutenues, parce que l’on comprenait toute leur utilité. Rien n’existe plus de ce passé ; et cependant toutes les sciences, tous les arts, tous les métiers reçoivent aujourd’hui du gouvernement un tutélaire appui. Nous avons des académies de peinture, d’architecture, de chant, de danse, de musique, des écoles d’arts et métiers, etc.; et dans ce pays si grand, si riche, il n’existe pas une académie d’équitation où l’on puisse conserver intactes les traditions d’un art si utile et en si grand honneur autrefois !

C’est l’incapacité des consommateurs et l’absence des hommes en état de mettre en valeur les chevaux distingués, qui ont favorisé cette propension vers les races communes. A quoi peut servir, en effet, l’amélioration des espèces, si en même temps on ne forme pas des hommes capables d’apprécier et d’utiliser les brillantes qualités du cheval de race ?

Source AURE,  Antoine, d’(Cte) : Question chevaline, 1860.- Paris : Imprimerie de Napoléon Chaix et Cie, [1860].- 32 p. ; 23 cm.

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Les réjouissances de Noël de nos ancêtres

Posté par francesca7 le 25 décembre 2013

 

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Une notice sur Beaufort, commune de l’Anjou, mentionne une très ancienne coutume dont il ne reste pas trace dans les traditions du pays. C’était, à Beaufort, un usage que tous les jeunes gens mariés dans l’année se réunissent la veille de Noël, pour offrir au public un grand divertissement. A l’heure indiquée, ils se rendaient, escortés de toute la foule, sur un pont situé sur une petite rivière, à l’extrémité de la ville.

Là, au signal donné par les premiers magistrats de la cité, et en présence du seigneur du lieu qui présidait la cérémonie, ils se précipitaient dans l’eau pour y saisir, en nageant, une pelote que l’on avait jetée dans le courant. Les nageurs avaient la liberté d’arracher la pelote des mains de ceux qui l’avaient saisie les premiers ; c’était, on peut le penser, une lutte fort longue et fort distrayante. Celui qui, le plus fort ou le plus adroit, parvenait à se rendre maître de la pelote était proclamé le vainqueur. Il recevait cinquante livres pour « monter son ménage » et était reconduit chez lui au son de la trompe, au bruit des tambours, des fifres et des hautbois. Ceux des jeunes gens qui, n’étant pas malades, « ne voulaient pas grelotter en nageant après la pelote », payaient une amende au profit du vainqueur.

Une coutume à peu près semblable avait lieu en Normandie, au Mesnil-sous-Jumièges et à Yville. La dernière mariée de l’année – et c’était à qui se marierait la dernière pour avoir cet honneur -, en présence de toute la paroisse assemblée, jetait par-dessus l’église une boule ou une pelote où était enfermée une somme d’argent. Chacun faisait ses efforts pour s’en emparer. Or, pour en demeurer maître, il fallait rentrer chez soi et faire baiser la pelote à la bûche de Noël, dans la cheminée. Quiconque touchait le porteur, lui criait : « Lâche la pelote », et de nouveau la pelote était lancée. Souvent cette partie de balle lancée durait fort longtemps, et parfois l’heureux possesseur de la balle demeurait éloigné du village deux eu trois jours avant de rentrer chez lui, attendant que ses adversaires, lassés, aient abandonné la partie. Une sorte de superstition s’en mêlait, la pelote portant bonheur au hameau qui la possédait. C’était un talisman qui assurait de belles récoltes à celui qui pouvait la garder. Le supplément du 25 décembre 1898 du Journal de Rouen rapporte que tout cela était très inoffensif, mais les bousculades, les batteries qui s’ensuivaient, l’étaient moins, et, en 1866, on a supprimé définitivement cette originale coutume normande.

Voici, d’après Carnandet, bibliothécaire de la ville de Chaumont, ce qui se passait, la veille de Noël, dans les villages de Champagne. C’est à la nuit tombante que commencent les réjouissances de la fête de Noël. Dès que la dernière lueur du jour s’est fondue dans l’ombre, tous les habitants du pays ont grand soin d’éteindre leurs foyers, puis ils vont en foule allumer des brandons à la lampe de l’église. Lorsque ces brandons ont été bénits par le clergé, ils les promènent par les champs : c’est ce qu’on appelle la fête des flambarts. Ces flambarts sont le seul feu qui brûle dans le village : ce feu bénit et régénéré jettera de jeunes étincelles sur l’âtre ranimé dans quelques instants, image symbolique de la renaissance spirituelle apportée au monde par le Christ.

images (8)Puis on allume la bûche de Noël. Pendant la veillée, les paysans, sur l’esplanade et dans les cours, se livrent à mille passe-temps agréables et se divertissent au jeu des folles entreprises. Les uns feignent de vouloir prendre la lune avec les dents, les autres de rompre une anguille avec les genoux, les autres d’étouper les quatre-vents, d’autres, enfin, de faire taire les femmes qui coulent la buie (la lessive). Mais tous les jeux cessent à minuit, alors que les cloches tintent dans les airs obscurcis. De tous côtés, s’en viennent à l’église de longues files de paroissiens portant des brandons goudronnés, des torches de paix ardente qui répandent de larges clartés sur les campagnes éblouissantes et font scintiller le givre aux baissons des clôtures.

Voici la description d’une veillée de Noël dans le Rouergue. Dans les vastes plaines arides du Causse, comme sur les montagnes du Levézou et les mamelons boisés du Ségala, il fait grand froid vers la fin de décembre ; aussi on ne ménage pas le bois dans la vaste cheminée autour de laquelle se groupe toute la famille pour la veillée. Autrefois, les voisins arrivaient, eux aussi ; on se réunissait, ainsi, nombreux, tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre, on devisait joyeusement, sans contrainte ni gêne aucune, grignotant de savoureuses châtaignes grillées et les arrosant de cidre ou du petit vin blanc qu’on récolte dans les vallons.

Groupée autour d’un grand feu, la famille cause doucement : tout à coup, les cloches se font entendre. « Les carillons ! » dit l’un des anciens, et là-dessus, pour satisfaire l’avide curiosité des jeunes, on rappelle toutes les antiques légendes de la fête de Noël, que tout le monde sait déjà, mais qui plaisent toujours. On raconte que les cloches de telle ancienne paroisse détruite, jetées dans quelque gouffre profond par les protestants ou les révolutionnaires, se mettent à sonner d’elles-mêmes pour répondre aux joyeux carillons de leurs sœurs qui chantent si gaiement dans le clocher du village.

Viennent ensuite les récits les plus variés sur la naissance du Sauveur… Presque toujours ces récits se terminent par un cantique de Noël – en patois, bien entendu :

Au miezo mièch,
Lous pastrès quitou lou lièch,
Per ona audoura la noissenço,
Moun Dious !
D’un Dious plé de puissenço
Benez esse Dious !

A minuit,
Les bergers quittent le lit,
Pour aller adorer la naissance, Mon Dieu !
D’un Dieu plein de puissance,
Venez être Dieu !

Avant de partir pour la Messe de minuit, on plaçait la bûche de Noël (souquo naudolenquo). D’après la tradition, la bûche de Noël, dans toute maison qui se respecte, doit durer jusqu’au 1er janvier, et même, pour s’assurer une heureuse et prospère année, il faut qu’elle brûle sans s’éteindre jusqu’à l’Epiphanie, afin que, si les Rois Mages viennent à passer par là, ils aient de quoi réchauffer leurs membres fatigués et glacés par l’âpre bise de nos montagnes. Aussi ce sont des arbres entiers ou d’immenses souches de chêne qu’on fait porter par trois ou quatre valets de ferme dans la gigantesque cheminée de la cuisine.

La plume très exercée de Marie de Lacertelle a su mettre en scène l’antique veillée de Noël au pays lorrain, qu’on retrouve dans le numéro du 7 janvier 1905 des Annales d’Orléans.

« C’était la veillée de Noël en pays lorrain. Dans la grande salle du château, maîtres et serviteurs sont rassemblés, le souper vient de finir ; les pages apportent les galettes dorées et les aiguières de vin vermeil qui doivent égayer la soirée. Au haut de la table, le comte Raoul de Briamont a présidé le repas sur le grand fauteuil seigneurial sculpté aux armoiries de sa maison ; il a crié Noël ! en élevant gaiement la coupe d’argent, et sa voix sonore a éveillé, en même temps que les échos de la grande salle, la joie dans tous les cœurs des convives. Car tous les serviteurs de Briamont présents au festin de Noël aiment leur jeune maître de quinze ans et respectent sa tête blonde, comme ils respectaient jadis les cheveux blancs de son aïeul.

« A la droite du comte Raoul se trouvent : le chapelain, messire Didier, qui, tout à l’heure, célébrera dans la chapelle la Messe de minuit ; puis Alain, le vieil écuyer du défunt seigneur ; dame Pernette, qui a nourri et élevé l’enfant ; les servantes, les hommes d’armes de la petite garnison qui défend le château pendant ces jours troublés ; les varlets, les pages et, enfin, une famille de pauvres laboureurs qui est venue le jour même chercher derrière les murs de Briamont un abri contre la fureur des bandes pillardes qui dévastent la campagne. Et tous ont répété : Noël ! Vive notre jeune seigneur !. Merci à vous, mes bons serviteurs et amis, reprend le comte Raoul ; merci de votre affection et des soins dont vous m’avez entouré pendant toute cette année, la dernière que je passe parmi vous et sous le toit de mes pères. Bientôt sonnera l’heure du départ ; bientôt, sous la conduite de mon suzerain, j’irai trouver notre sire le roi Charles ; bientôt je serai chevalier, je pourrai courir sus à l’Anglais et aider, s’il plaît à Dieu, à le chasser hors du royaume de France. Criez donc : Noël ! mais aussi : Vive notre gentil dauphin Charles VII ! »

A Paris, comme dans toutes les grandes capitales, le mouvement et l’animation redoublent la veille de Noël et se prolongent non seulement fort avant dans la soirée, mais encore une partie de la nuit. La Noël, l’une de nos plus grandes fêtes religieuses, l’une des plus touchantes fêtes de famille, est en même temps la plus franchement joyeuse des fêtes populaires. Dès la nuit tombée, les rues sont envahies par la foule : sur les boulevards, auxquels les petites boutiques provisoires prêtent la physionomie d’une tête enfantine, c’est un flot toujours croissant, toujours renouvelé de promeneurs.

Les terrasses des cafés s’encombrent à vue d’œil ; à tous ces gens attablés, des camelots, viennent proposer le jouet du jour, Les réjouissances de Noël de nos ancêtres dans HUMEUR DES ANCETRES 220px-Julaftonen_av_Carl_Larsson_1904en accompagnant leur boniment des facéties les plus originales. Des mendiants cherchent à exploiter la pitié des passants et des industriels sans ressources s’improvisent artistes pour la circonstance. Ces sortes de ménestrels pullulent depuis quelques années. Certains exercent leur talent sans collaboration, mais la plupart sont groupés en duo ou trio pour donner leur concert. Ils débitent leur répertoire, généralement insignifiant, devant un public peu exigeant, car c’est d’une façon bien distraite qu’on les écoute. Ces virtuoses du pavé, pauvres « cigales » de l’art, auxquelles la lumière électrique tient lieu de « soleil », accompagnent souvent leurs chants de « danses » qui ne leur assurent pas toujours ce qu’il faut pour « subsister ».

Un usage des plus édifiants et des plus touchants existe encore au village de Montsecret, dans l’Orne. La veille et le matin du jour de Noël, une jeune fille pieuse et estimée de tous va par les maisons porter l’Enfant-Jésus de la Crèche et le fait baiser aux petits enfants. Les parents remettent alors une offrande pour l’entretien de la lampe qui, pendant tout le mois de janvier, brûle à l’église devant la Crèche. Cette visite est regardée comme un honneur et une bénédiction par les familles : les enfants l’attendent avec impatience et l’accueillent avec joie.

(D’après « La nuit de Noël dans tous les pays » paru en 1912)

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Les premiers contes de Noëls

Posté par francesca7 le 25 décembre 2013

La nuit de Noël est celle du merveilleux, des prédictions, des lumières symboles d’espérance et des contes faits à la veillée. Au fil des ans et des hommes qui les ont racontés, ces contes ont évolué, passant progressivement de Dieu à l’homme.

Les premiers contes de Noëls dans LEGENDES-SUPERSTITIONS houx

Les premiers contes de Noëls

img-noel-04 dans LEGENDES-SUPERSTITIONSLes premiers contes de Noël étaient colportés par les troubadours au Moyen Âge. Les anciens les racontaient ensuite à la veillée, notamment avant la messe de minuit. Ces contes médiévaux, liés à l’Histoire sainte et à la nativité, sont souvent inspirés des Évangiles apocryphes. Que racontent ces jolies légendes ? Des histoires d’animaux au grand cœur et des récits effrayants sur les envies meurtrières du roi Hérode… On y décrit comment le rossignol a pu endormir l’enfant Jésus dans sa crèche grâce à son chant aussi doux que celui de Marie ; comment le rouge-gorge s’est roussi le jabot en battant des ailes pour empêcher le feu de s’éteindre ; comment une araignée a tissé sa toile vite, vite, à l’entrée d’une grotte où s’était réfugiée la Sainte Famille pour que les soldats d’Hérode n’aient pas l’envie d’y entrer ; comment du blé semé a poussé et mûri en un seul jour pour que le paysan puisse répondre aux soldats, sans mentir, qu’il n’avait pas vu passer d’enfant depuis les semailles…

 

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Du premier Noël aux Noëls miraculeux

img-noel-02Ensuite, progressivement, les contes de Noël ont inscrit le merveilleux dans le quotidien : on racontait les miracles qui survenaient la nuit de Noël, les trésors cachés qui se découvraient, assurait-on dans de nombreuses régions, au moment de l’offertoire de la messe de minuit, le don de la parole dont les ânes et les bœufs se trouvaient pourvus cette nuit-là et qu’il ne fallait surtout pas surprendre (ça porterait malheur !), les morts qui reviennent, l’espace de quelques heures, se réchauffer ou dîner à la table des vivants… Dans de nombreuses provinces françaises, les familles laissaient d’ailleurs pour ceux de l’autre monde un peu de pain et de beurre sur la table avant de partir pour la messe de minuit.

 

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Noël dans le cœur de l’homme

img-noel-06À partir de la fin du XVIIIe siècle, les contes de Noël racontent moins la naissance de l’Enfant Jésus ou les miracles de cette nuit magique. Ils évoquent plutôt ce que Noël met alors de bonté et de merveilles dans le cœur des hommes. Le conte de Noël se développe au XIXe siècle au point de devenir un genre littéraire qui va se maintenir jusqu’à l’Entre-Deux-Guerres. Chaque année à Noël, les journaux et revues, tant pour adultes que pour enfants, vont publier le leur. Elles en demandent la rédaction à un journaliste, un romancier pour la jeunesse ou parfois à un écrivain de renom. On y découvre ainsi comment un homme dur peut retrouver la tendresse de son enfance (L’étrange Noël de M. Scrudge), comment rien n’est perdu en ce jour d’espérance (Les deux sapins de l’église Sainte-Aurélie, de Jean Variot), comment la pauvreté s’efface derrière l’amour ou la charité (Quand un mendiant devient père Noël, Les petits souliers…). Même un conte « dur» comme La petite fille aux allumettes d’Andersen sauve la noirceur du monde par la lumière de l’au-delà.

img-noel-07Évoquons aussi le souvenir de Charles Dickens : il avait écrit des contes de Noël tellement beaux qu’un industriel anglais, bouleversé à leur lecture, décida de donner tous les ans un jour de congé à ses employés pour Noël. Cela semble bien peu aujourd’hui, mais c’était beaucoup à l’époque : la magie de Noël avait joué son rôle…

 
Texte : Marie-Odile Mergnac

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AU TEMPS DES BERCEUSES

Posté par francesca7 le 24 décembre 2013

 

 
170px-William-Adolphe_Bouguereau_(1825-1905)_-_Lullaby_(1875)  

Quelle est la condition essentielle que doit remplir avant tout la berceuse, premier poème de l’enfant, premier chant au travers duquel, peut-être, l’imagination naissante a pu foire entrevoir à quelque prédestiné le prestige d’un art que la suite lui aura montré si complexe ? Cette condition première, c’est la régularité du rythme, la monotonie du dessin mélodique, dont le retour périodique et incessant, agissant chaque fois plus vivement sur les sens, calme les nerfs et provoque le repos.

Si déjà l’enfant parle, il faut en outre que les vers, par leur peu de signification, ne tiennent pas son attention en éveil : une série de syllabes formant des semblants de mots, comme les tra la la et les autres onomatopées déjà rencontrées, mais avec des sonorités plus voilées ; quelques paroles sans suite, des images très simples surtout, avec force diminutifs, et cela répété indéfiniment, comme un refrain auquel on revient sans cesse, refrain sans chanson, en quelque sorte, voilà ce qui convient à la berceuse.

 

La monotonie est donc la première condition requise pour la berceuse ; elle se complaît dans des formules musicales rudimentaires et incessamment répétées, des paroles sans lien ni sens, comme dans l’exemple suivant :

Tête à tête,
Tête-bêche,
Au berceau,
Dodo mon poulot.
Où es-tu né ?
Dans un fossé.
Qui t’y plaça ?
Un vieux chevâ.
Qui t’en sortit ?
Une brebis qui crie :
Ma mère, béée !
Apportez-moi du lolo
Pour la soupe à mon poulot,
Là-bas dans un petit pot, etc.

Rimes et jeux de l’enfance, E. Rolland

La mélodie, devant être chantée à mi-voix, doucement, mystérieusement, en quelque sorte, se meut habituellement sur un très petit nombre de notes, de façon à ne pas dépasser des intervalles que la voix ne puisse franchir sans changer de timbre ou d’intensité. C’est le triomphe de la formule mélodique de trois ou quatre notes marchant par degrés conjoints et tournant pour ainsi dire sur elles-mêmes.

Avec cela, la berceuse populaire trouve encore parfois le moyen d’avoir de l’intérêt et du charme, et de conserver dans la mélodie quelque chose de la nature et du tempérament du pays dans lequel elle est en usage. Voici, par exemple, une berceuse basque donnée par Vinson dans Pays basque, et dont la traduction est : « Pauvre enfant, dodo et dodo ! Il y a une bonne envie de dormir : vous d’abord et moi ensuite, tous deux nous ferons dodo ! dodo, dodo, dodo ! Le méchant père est à l’auberge, le coquin de joueur ! Il reviendra vite à la maison, ivre de vin de Navarre. »

images (7)Il y a aussi des berceuses en Bretagne, avec des paroles en bas breton ; tel est par exemple le Son al Laouënanic (Chant du roitelet), dont la musique est peut-être moins caractéristique, mais dont les paroles sont curieuses : les versiculets de la berceuse bretonne font apparaître à l’enfant qui s’endort un roitelet imaginaire, dont le plumage pèse cent livres et qu’on a mené à l’abattoir pour le faire égorger par le boucher ; c’est ainsi que la chanson mène tout d’abord l’enfant au pays des rêves. Les animaux, les oiseaux surtout, sont les personnages de prédilection de la berceuse. Bujeaud, dans Ouest, cite comme telles le Chat à Jeannette, la P’tit’ poul’ grise, le Bal des souris et les Noces du papillon.

Le recueil languedocien de Montel et Lambert, dont le premier volume (le seul paru) est une véritable encyclopédie des berceuses et chansons enfantines populaires dans les pays de langue d’oc, consacre toute une série aux pièces de cette nature : il s’y trouve onze versions différentes de la chanson des mariages d’oiseaux ; d’autres sont intitulées l’Hirondelle, la Chèvre, les Bêtes, le Chant de l’oiseau, etc. Citons, à ce sujet, une chanson de même forme et de même caractère que plusieurs des chansons citées dans Montel et Lambert, et appropriée au même usage :

Dedans le bois
Savez-vous ce qu’il y a ?
Il y a un arbre,
Le plus beau des arbres,
L’arbre est dans le bois,

Refrain.
Oh ! oh ! oh ! le bois,
Le plus joli de tous les bois.

Dessus cet arbre
Savez-vous ce qu’il y a ?
Il y a un’ branche,
La plus bell’ des branches,
La branche est sur l’arbre,
L’arbre est dans le bois.

Oh ! oh ! etc.

A chaque couplet, on ajoute un nouveau vers désignant un nouvel objet, en répétant une fois de plus la portion de la formule mélodique suivante : « Il y a un arbre, / Le plus beau des arbres / L’arbre est dans le bois ». De sorte qu’après avoir énuméré successivement la branche qui est sur l’arbre, le nid sur la branche, l’œuf dans le nid, l’oiseau dans l’œuf et la plume sur l’oiseau, on arrive au dernier couplet suivant :

Sur cette plume
Savez-yous ce qu’il y a ?
Il y a un’ fille,
La plus bell’ des filles,
La fill’ sur la plume,
La plum’ sur l’oiseau,
L’oiseau dedans l’œuf,
L’œuf dedans le nid,
Le nid sur la branche,
La branche sur l’arbre,
L’arbre dans le bois.
Oh ! oh ! oh ! le bois, etc.

Cette forme de chanson est connue sous le nom de randonnée, ou chanson énumérative, forme non spéciale à la berceuse, mais qui lui convient parfaitement, à cause de la monotonie résultant de la répétition continuelle des mêmes paroles et de la même formule mélodique. On assure que le type réputé pour le plus ancien du genre, la chanson des Séries (Ar Rannou), où de Villemarqué croit pouvoir retrouver des vestiges des pratiques des druides de l’antique Bretagne, n’est restée dans le souvenir des habitants de la presqu’île armoricaine qu’à titre de berceuse : la mélodie, composée de deux courtes formules et d’une conclusion qui, dans les derniers couplets surtout, ne revient qu’à des intervalles très éloignés, a rendu cette appropriation toute naturelle.

Personne n’a songé encore à recueillir les berceuses populaires des provinces qui sont les véritables pépinières des interprètes naturelles de ces sortes de chansons (nous voulons parler des nourrices), Bourgogne et Nivernais notamment. Un exemple semblant des mieux appropriés à la nature du genre, et en même temps des plus généralement répandus, est la berceuse suivante, de provenance dauphinoise :

Néné petite
Sainte Marguerite
Endormez-moi mon enfant
Jusqu’à l’âge de quinze ans.
Quand quinze ans seront passés,
Il faudra la marier,
Avec un garçon sage,
Qu’ils fassent bon ménage,
Dans une chambrette,
Pleine de noisettes :
Un marteau pour les casser,
Du pain blanc pour les manger.

Le mot néné, par lequel commence cette berceuse, ou, sous d’autres formes, nono,nenna, correspondant au non moins populaire dodo, est en usage dans toute la région méridionale de la France. Montel et Lambert désignent sous le nom de nennastoute la première série des berceuses de leur recueil languedocien ; une autre série est, pour la même raison, intitulée : Som-som ; les pièces qui composent cette dernière sont, dit le collectionneur, de simples invocations au sommeil, avec un caractère païen assez prononcé. On les chante d’ailleurs bien loin du Languedoc proprement dit.

Voici un Som-som de l’Auvergne dont la mélodie représente assez bien la caractéristique du genre :

Som-som, beni, beni, beni,
Som-som, beni, beni, donc.
Lou som-som pas beni,
L’éfon tou bou pas durmi.
Som-som, beni, beni, beni,
Som-som, beni o l’éfont.

Dans un recueil comprenant une série consacrée aux berceuses alsaciennes, Weckerlin constate la fréquence d’un dessin de deux notes représentant presque à lui seul le thème, le sujet de la mélodie. Voici la traduction d’un exemple : « Tombez, tombez, gouttes de pluie. Il faut fouetter les garçons ; les filles, on les met dans le lit céleste ; les garçons, on les met dans des sacs remplis de crapauds. »

Mais le type par excellence du genre, la véritable berceuse populaire, celle qui nous a endormis tous, tant que nous sommes (qui ne s’en souvient ?), c’est le Dodo, l’enfant do, l’enfant dormira tantôt. Ici, la même succession de deux notes placées à intervalles de seconde se présente encore : il semble qu’il y ait dans ce minuscule parcours de la voix quelque chose de calme, de reposant. Il n’est pas moins curieux d’observer que, dans les nombreux airs du sommeilcomposés pour des opéras ou autres productions d’un ordre tout artistique, le procédé que nous venons de constater pour les berceuses populaires se retrouve, employé par des maîtres, et cela, à coup sûr, spontanément, sans la moindre arrière-pensée d’imitation.

images (8)Nous le trouvons pour la première fois, à notre connaissance, dans un air d’opéra italien du dix-septième siècle, l’Orontea de Cesti : « Dormi, dormi ben mio ». Dans le trio des songes deDardanus de Rameau, le chœur répond de même à l’incantation des solistes par le refrain :Dormez, dormez, murmuré sur deux notes à distance de seconde mineure. C’est également par seconde mineure que procède la mélodie du premier vers de la berceuse du Pardon de Ploërmel : Dors, petite, dors tranquille, l’ut dièze qui succède au  (en sol majeur) donnant à la tonalité quelque chose de doux et de vague qui ajoute à l’expression de la cantilène.

Au second acte de l’Armide de Gluck, même procédé, mais, cette fois, à l’orchestre : dans la dernière ritournelle de l’air de Renaud : Plus j’observe ces lieux, pendant laquelle le sommeil gagne le héros, les seconds violons répètent six fois de suite la succession sol fa dièze, enlacée dans les contrepoints de la flûte et des premiers violons qui vont s’éteignant peu à peu jusqu’à la fin ; de même, dans une scène de l’Éclair pendant laquelle un des personnages s’endort sur le théâtre, le même dessin de deux notes, le leitmotiv du sommeil, se fait entendre, et cette fois-ci, non moins de trente-trois fois de suite, passant des flûtes aux hautbois, puis à la clarinette, au cor, et allant se perdre enfin dans les bassons et les violoncelles.

Dans le domaine purement instrumental, Couperin, sous le titre du Dodo, a composé une fort délicate pièce de clavecin en se servant du même procédé ; une berceuse pour violon et piano, de Reber, commence par les notes si sol, si sol, se succédant en temps égaux et auxquelles répond, dans la reprise suivante, le dessin ré mi bémol, ré mi bémol, plus conforme encore au caractère du morceau.

Ainsi la simple intuition, le sentiment juste de l’expression a conduit des musiciens d’expérience à employer, et, nous le répétons, sans parti pris d’imitation, instinctivement, un procédé que l’on retrouve, exactement pareil, dans la chanson populaire. En faut-il davantage, et peut-on trouver des exemples plus frappants pour caractériser un genre que l’instinct populaire et le génie des maîtres de l’art ont formé de traits absolument semblables ?

 (D’après « Histoire de la chanson populaire de France », paru en 1889)

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ORIGINE des CHANTS DE NOEL

Posté par francesca7 le 24 décembre 2013

 

Noël et chants de Noël au Moyen Age 

(D’après « Recherches sur nos vieux noëls
considérés comme chants populaires » paru en 1864)

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Les anciens « Noëls » au sein desquels le latin le céda peu à peu aux différents patois, sont sans doute ceux qui offrent le plus d’intérêt parmi les chants populaires du Moyen Age et de la Renaissance ; et par chants populaires, il convient d’entendre ces productions naïves de l’esprit public, où se reflètent l’histoire, les mœurs et les croyances de nos aïeux

Le Moyen Age nous paraît embrasser, en littérature et dans les beaux-arts, non pas la durée qui sépare historiquement la chute de l’empire romain et celle de l’empire d’Orient (416-1453) ; mais les beaux siècles de la chevalerie et des croisades, des trouvères et des troubadours, de l’architecture ogivale et du symbolisme chrétien, sans lequel nos cathédrales seraient un corps sans âme.

L’âge d’enfance de notre langue commence, pour ainsi dire, avec la monarchie française, mais le serment de Charles le Chauve est peut-être le plus ancien monument que nous en ayons. Sous les derniers Carolingiens et les premiers Capétiens, l’État fut désolé par des troubles et des guerres dont le contrecoup affaiblit les études ; la langue latine, jusqu’alors très en vogue, se dénatura, et cette corruption, jointe à celle du celtique, enfanta une multitude assez confuse de patois tudesques et romans. Cependant l’idiome populaire, avec ses nombreux dialectes, fut admis dans le temple pour la prédication ; et les motifs de cette concession, réclamée par les besoins de la classe illettrée, s’étendirent aux cantiques spirituels : c’est qu’ils interprétaient aux fidèles les psaumes et les hymnes liturgiques, dans un langage qui leur devenait plus familier que le texte. Peu à peu, le latin se vit réduit à demander un asile aux cloîtres, aux chancelleries du royaume et aux écoles du clergé séculier.

Ces modifications de la langue. usuelle dans le domaine religieux, donnèrent une physionomie nouvelle à ses produits. Ainsi, bien que le cantique soit en général toute poésie sacrée qui se chante, il devint, dans un sens plus restreint, une composition en langue vulgaire sur divers sujets de morale et de piété. Le Noël, destiné à célébrer la naissance du Christ et les mystères qui s’y rattachent, n’est donc qu’une espèce originale, une nuance du cantique fait de main d’homme. L’absence d’inspiration divine, le tour de phrase et la rime inhérente à notre versification, le distinguent largement du cantique sacré des Hébreux. Abstraction faite du nom, qui n’apparaît que plus tard, le Noël existait au moins dès la fin du XIe siècle. Lambert, prieur de Saint-Wast d’Arras, en parle au siècle suivant comme d’une pratique universellement reçue, c’est-à-dire antérieure au temps où il privait. D’après lui, « les fidèles se consolaient des ténèbres de la nuit de Noël par l’éclat d’un nombreux luminaire, et, d’une voix vibrante, ils chantaient des cantiques populaires selon l’usage des Gaulois : Lumine multiplici noctis solatia praestant, / Moreque Gallorum carmina nocte tonant.

 ORIGINE des CHANTS DE NOEL dans CHANSON FRANCAISE 220px-Gelati_Gospel_%28A%29Mais ne serait-ce alors qu’une pieuse innovation de cette époque ? Il ne semble pas, car saint Paul écrivait aux Ephésiens : In psalmis, et hymnis, et canticis spiritualibus… cantantes Domino. Cette gradation est digne de remarque ; d’abord les psaumes, puis les hymnes, enfin les cantiques, peut-être même non inspirés. Pour nous borner aux Noëls sous forme d’hymnes latines, nous dirons que beaucoup de celles-ci furent chantées primitivement comme de simples cantiques ; ce n’est qu’au XIIe siècle qu’on les aurait insérées dans le corps de l’office romain. Quant aux séquences ou proses rimées, qui surgirent en masse depuis les Carolingiens, elles n’étaient souvent que des chants monastiques ou populaires, consacrés ensuite par la liturgie. Et comme la langue latine fut généralement celle du peuple jusqu’à la formation du patois rustique et des patois romans, il en résulte que ces hymnes et ces proses étaient à l’instar de vrais cantiques vulgaires, spécialement à son usage.

On ne saurait donc révoquer en doute que ces cantilènes, d’un genre mixte, n’eussent déjà leur place marquée dans les mœurs et coutumes de nos bons aïeux ; l’anniversaire de la Nativité dut surtout en fournir le motif. Depuis le IIe siècle, il jouissait d’une grande popularité. Clément d’Alexandrie, qui mourut en 217, en fait mention comme d’une immense fête de famille, introduite dès l’origine au foyer domestique. Saint Jean-Chrysostome se félicitait, dans une homélie de circonstance, du zèle des Orientaux à célébrer Noël ; mais il ajoutait que ce culte leur venait des contrées de l’Occident. Plus tard, nous voyons que ce jour de liesse ouvrait l’année civile des Francs, et qu’on y échangeait les souhaits d’usage à cette occasion. Le Pape Léon III l’avait choisi pour le sacre impérial de Charlemagne ; ce monarque ceignit le nouveau diadème au milieu de vivat où transpirait notre vieux cri de joie. Flodoard, écrivain du Xe siècle et chanoine de Reims, y fait allusion dans sa chronique si intéressante.

Ce serait ici le lieu de rechercher l’étymologie du mot Noël, employé pour désigner le mystère de la Nativité, les chants qui le traduisent par les rythmes de l’harmonie et l’un de nos cris nationaux du Moyen Age. Sous ce dernier aspect, nous le constatons au baptême de Charles VI. Monstrelet nous apprend que lorsque Philippe le Bon, duc de Bourgogne, ramena sa sœur à son beau-frère le duc de Bedfort, « y fut faicte grand’joie des Parisiens : si crioit-on Nouëlpar les carrefours où ils passoient ». A-peu près vers le même temps, lors du sacre de Charles VII à Reims, « tout homme cria Noël, et les trompettes sonnèrent en telle manière, qu’il sembloit que les voultes de l’église se dussent fendre ».

Le primitif Nouël selon l’ancienne prononciation latine, appartient a l’époque de formation de notre idiome national. Les uns y ont vu une abréviation d’Emma-nuel (Dieu avec nous), par suppression des deux premières syllabes, pour avoir un cri de joie populaire vif et dégagé. D’autres le font dériver de Natale, le jour natal ou la nativité du Christ ; le patois bourguignon l’avait corrompu en naunadau et naulet, expressions qui se retrouvent souvent dans les Noëls de La Monnoie ; les Bisontins disaient Nouë, les Picards noë ou simplement no, etc. Enfin il en est qui le prennent pour synonyme de nouvel, en latin novus, le nouveau-né par excellence, le nouvel Adam ; c’est ainsi que nos pères disaient encore le renouveau pour le printemps, et, dans la Bretagne, on continue à désigner le Christ au berceau sous le nom d’Enfant-Noël. Aucune de ces étymologies ne paraît improbable, et peut-être faut-il les voir toutes réunies dans une sorte de synthèse. Quoi qu’il en soit, le mot Noëlfut affecté de bonne heure aux cantiques sur les mystères de la Crèche, et ces compositions naïves ont revêtu trois formes successives : les proses rimées, les farcis et les noëls proprement dits.

On appelle proses, en liturgie, des cantiques affranchis de toute règle métrique. Régulièrement, elles sont en latin, et, quand on les insérait dans le Missel, elles prenaient le nom de seqentia, séquence, ou ce qui suit le Graduel avant l’Evangile. D’Ortigue pense que le Moyen Age composa quelques proses en langue vulgaire, pour l’instruction du peuple qui n’entendait pas le latin ; mais il ne nous en est parvenu aucune, à moins qu’on ne veuille entendre par là des cantiques où le compositeur ait fait bon marché de la rime et de la cadence. Du reste, on voit que l’étymologie du mot prose est une abréviation de pro sequentia.

 dans CHANSON FRANCAISELe Missel romain, qui renferme d’admirables séquences pour les fêtes de Pâques, de Pentecôte, du Saint-Sacrement et des Trépassés, n’en a point sur la Nativité ; mais il en était autrement dans presque tous les diocèses qui suivaient un rit particulier. Le supplément au Glossaire de Ducange nous apprend qu’aux Matines de Noël, on chantait vers le XIIe siècle, à Cambrai, trois proses latines. Ailleurs on les remplaçait par une cérémonie dont il sera question aux Noëls farcis. Ajoutons que presque tous nos vieux eucologes, même selon le rit romain, ont une prose attribuée à saint Bernard et traduite en vers français qui sont loin d’être irréprochables. En voici une imitation du début, insérée dans un ancien Recueil des Noëls de Langres : « Déjà le feu dont la minuit / Se trouve richement peinte, / Verse le sommeil et sans bruit / Roule sur la Terre-Sainte, / Quand, par miracle non pareil, / D’une étoile naquit le soleil ». Saint Bernard avait dit : « Res miranda ! / Natus est… sol de stella : / Sol occasum nesciens, / Stella semper clara ».

Plusieurs strophes de cette prose nous montrent déjà un gracieux mélange de rimes accouplées et de rimes croisées. Or c’est une probabilité qu’il existait alors - nous sommes toujours au XIIesiècle - des cantiques en dialecte vulgaire, et surtout des Noëls, les uns et les autres frappés au coin de ce cachet propre à la Muse gauloise. La rime est chez nous, plus que partout ailleurs, une sorte de produit de terroir. Aussi la retrouve-t-on chez nos poètes primitifs, tels que Pierre-le-Troubadour. Des philologues vont même jusqu’à en faire honneur à Bardus V, roi des Gaules, de qui nos bardes auraient pris leur nom.

Le latin perdit souvent, au Moyen Age, sa physionomie de langue transpositive, pour mieux s’identifier avec notre génie national. On pensait en français et l’on écrivait en latin calqué sur la pensée. La basse latinité de cette époque nous en fournirait une foule d’exemples. Citons, du XIIIe siècle, le Puer nobis nascitur et le Votis Pater annuit, toujours à rimes croisées. Enfin, nous signalerons comme un des morceaux les plus populaires du genre, l’Adesle fideles. Le XIevolume des Annales archéologiques de Didron renferme un mystère dramatique, tout en latin, de la Nativité. On le jouait dans l’Armorique, au XlVe siècle. Tous les dialogues sont rimés et plusieurs se chantaient sur des airs spéciaux, qui se rapprochaient du plain-chant. D’abord écrits par des moines et des clercs, ces drames furent représentés par eux, et cette circonstance nous explique pourquoi l’idiome vulgaire n’y parut que lorsque les bourgeois prirent part à ces jeux spirituels. Ces proses et ces mystères ou drames religieux sont un prélude au second type de Noëls, les farcis.

Les premières compositions romanes que nous ayons, en fait de Noëls, sont mélangées de latin et ont produit ce qu’on appelle des pièces farcies ou simplement des farcis. Nous en signalerons une qui date du XIIIe siècle et qu’a signée Pierre Corbeil, archevêque de Sens. La moitié de cette pièce est une prose latine et rimée sur l’un des animaux que la tradition populaire a placés dans l’étable de Bethléem. Elle est ordinairement désignée par son début Orientis partibus, et se trouve, avec le refrain en vieux français, dans l’ouvrage de M. d’Ortigue, cité plus haut. Cette composition a servi d’accompagnement, sinon de thème, à une cérémonie bizarre en l’honneur de la Nativité du Christ. On l’a baptisée du nom de fête des fous, parce que le peuple s’y abandonnait aux transports d’une gaîté folle, en dédommagement des anciennes saturnales. Dans le principe, l’Eglise ne jugea point à propos d’interdire ces réminiscences païennes, mais elle ne les tolérait qu’en les épurant, au pied de la Crèche, et en leur donnant une autre direction. Cependant il y eut des abus où les clercs se laissèrent parfois entraîner, et plus tard on dut les supprimer.

Les divers épisodes de la fête des fous se prolongeaient jusqu’au 14 janvier, avec changements de scènes et de mystères dramatisés. Les animaux légendaires de Bethléem y jouaient un rôle important. Comme ils avaient réchauffé l’Enfant-Dieu de leur haleine, nos candides aïeux ne pouvaient les oublier, et chacun d’eux avait sa prose et sa fête particulière. Leur naïve reconnaissance aimait donc à les associer aux effusions de leur joie ; aussi le bœuf et son compagnon recevaient-ils une véritable ovation les deux premiers jours de la Nativité. Dès que, pour annoncer la cérémonie, un héraut avait crié Noël, « aussitôt, disent les chroniqueurs du temps, le peuple se mettait en liesse ». Puis l’on amenait l’un après l’autre, sous le porche de l’église, les élus de cette fête populaire, auxquels on chantait des couplets farcis.

Quelle est, maintenant, leur valeur morale et littéraire ? Comme moralité, on y pressent certaines analogies avec les aphorismes de La Fontaine ; témoin ce passage de l’Orientis : « Dùm trahit vehicula, / Dura terit pabula ». C’est la devise : « Travail et sobriété ». Ils y trouveraient un double élément d’amélioration dans leur sort. D’un autre côté, il était bien légitime de se livrer aux plus gais transports, puisque les hôtes naturels de l’étable semblaient les partager, et que leur exemple eût fait rougir les indifférents. Quant au cachet littéraire de ces poésies mixtes, il nous offre cette curieuse progression de notre idiome national, cherchant à évincer la langue latine : d’abord l’élément latin y domine, mais il laisse empiéter sur son terrain ; puis, les deux langues rivales, la mère et la fille, y occupent une place à-peu près égale ; en dernier lieu, le français reste maître du champ de bataille, après six siècles d’antagonisme.

Citons pour exemple de la phase intermédiaire, un Noël rajeuni par la Renaissance, mais dont l’original datait du vrai Moyen Age ; il est intitulé : La joie des bestes à l’advenement de Jésus-Christ :

Comme les bestes autrefois
Parloient mieux latin que françois,
Le coq, de loin voyant le faict,
S’ecria : Christus natus est !

Le bœuf, d’un air tout ébaubi,
Demande : Ubi ? ubi ? ubi ?
Et la chèvre, à ce Tu autem,
Respond que c’est à Beth…lé…hem

Maistre baudet, curiosus Eamus !
Et droit sur ses pattes, le veau
Mugit deux fois : Volo, volo ! 

C’est bizarre et moins que poétique, surtout si l’on y joint l’harmonie imitative usitée alors au foyer domestique (le Christus natus est du coq se chantait d’une voix stridente ; le triple oubi du bœuf imitait bien son mugissement ; le bêlement de la chèvre était rendu par la prononciation chevrotante de Bethléem ; etc.) ; mais n’oublions pas que ces chants furent créés par les masses d’un peuple encore peu civilisé. Il ne faut pas s’y méprendre : les vrais chants populaires sont l’œuvre successive de plusieurs générations, sans auteurs connus. Cependant, un jour donné survient un collecteur qui les met en ordre, les édite et parfois les corrige maladroitement.

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Sylvie de Fée. Conte du second Empire

Posté par francesca7 le 24 décembre 2013

 

par

Émile Bergerat

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 La peinture montre une fée regardant vers le peintre. Elle est habillée d'une robe décolletée et des ailes sont visibles dans son dos. Sur sa tête, des papillons multicolores forment un bandeau. Ses longs cheveux dorés sont bouclés. Elle tient entre ses mains un sachet.

Pendant les dix-huit années dites « de corruption » pour les distinguer des dix-neuf cents autres de notre vertueuse ère chrétienne, soit exactement de 1852 à 1870, il y avait d’honnêtes femmes parmi nos mères.

Il y en avait, à dire de statistique, juste autant qu’aujourd’hui, plus une, qui s’appelait la marquise de Fée et dont le petit nom était Sylvie. Elle était de Paris, comme ses père et mère et toute sa lignée, les Tristan Houleviche, opulents drapiers du quartier du Mail, qui, pendant quatre siècles et davantage, de père en fils, ont honoré le haut commerce de la ville. Sylvie, unique rejeton des derniers de la souche, princièrement dotée, et charmante, avait épousé par amour le brillant officier d’Afrique Albert, marquis de Fée, et elle lui était passionnément fidèle.

Ce fut à titre de colonel que son mari, déterminé sabreur du reste, prit part au coup d’État du 2 décembre, et « du côté du manche », comme disait le comte de Morny, son camarade de régiment à Constantine. Le comte l’avait acquis aisément, malgré ses attaches royalistes, à l’aventure de la restauration napoléonienne, le père du marquis ayant été lui-même l’une des belles épées de l’Iliade moderne. Ce n’était pas qu’ils crussent l’un plus que l’autre à la réussite, mais les temps étaient plats, les salons mornes, la France bâillait à son parlement d’avocats, il fallait s’amuser ou mourir. – Ça manque de femmes, s’était écrié l’un des lions du Grand Seize en montrant le boulevard d’une fenêtre du Café anglais. – Vous en aurez, avait répondu Morny, augure flegmatique.

Ils en eurent. En outre, le comte passa duc et le colonel, général. Ils étaient contemporains, quarante-deux ans. Or, de même qu’à l’imitation de l’Oncle, le Neveu s’improvisait un État-major et une noblesse, il se formait aussi une Cour impériale, et peuplait les Tuileries conquises « d’honnestes dames » de tout rang et de toutes vertus. La marquise de Fée y fut des premières appelées. Pour l’élégance, le charme et la beauté, la fille des drapiers n’en laissait rien aux mieux nées, même aux ralliées du Faubourg, et, par l’esprit, elle en rendait aux plus fines. Sa causerie était délicieuse, pleine de traits barbelés, lancés sur l’arc du sourire. Elle enchantait Morny, expert et profès en la matière, qui saluait en elle une autre Du Deffand et ne cachait pas le goût que lui inspirait la femme de son vieux camarade d’Algérie.

Le maître, d’autre part, en tenait sensiblement pour elle. Il s’inscrivait plus souvent qu’à son tour sur son carnet de valse, car on valsait beaucoup, aux Tuileries, au début du second Empire et Louis-Napoléon se piquait, non sans raison, d’en remontrer à tous les Vestris de cette danse voluptueuse.

Sylvie aimait et n’aimait que son mari. En dépit de la différence d’âge, elle avait cinq lustres seulement, – leur lune de miel avait dépassé les plus longues, et, pour elle, elle brillait encore au firmament nocturne des nuits conjugales. Mais les chevaliers Renaud ne restent pas toujours enfermés dans les jardins d’Armide, et le bel « africain » reprit, sans la demander, cette clef des champs où Vénus sème mille bocages. La légende confie à l’histoire que l’exemple sonnait le carillon d’en haut et qu’il n’y avait pas à sortir de l’ombre du chef pour ramasser bague à son doigt. Vous en aurez ! avait promis le double Richelieu du règne, et personne n’en manquait. Le général courut donc à la noce.

180px-Falero_Luis_Ricardo_Lily_Fairy_1888Ce que la marquise en souffrit, ce n’est pas à dire. Elle était de celles pour qui partager l’être aimé c’est le perdre. Elle endura d’abord cette « trahison à l’ennemi » avec la crânerie joviale qui est le style des grandes dames. Le péril pour elle était de verser dans une jalousie bourgeoise où s’avouerait la mésalliance. Une Du Deffand n’en perd ni le sommeil, ni le bon mot, ni le sourire. Le moment psychologique serait celui où le général de cour afficherait une maîtresse en titre. Là était l’injure publique. Il la lui jeta sans pitié, d’autant plus outrageusement que celle qui gagnait la partie était la meilleure amie de Sylvie. Cette fois il fallait se défendre et vaincre.

Morny, qui guettait l’heure depuis longtemps, s’offrit à la consoler. – Je m’y attendais, lui dit-elle, mais vous manquez le coche. Je vous fais mes adieux. Le second Empire aura été bien amusant ! – Mais ce n’est pas fini, releva le sceptique. – Pour moi, si, je m’en vais. – Où ? – De l’éventail dressé elle montra le ciel, élément des oiseaux et des âmes. – Ah ! pas encore. D’abord vous savez que je vous aime ; ensuite il y a, samedi, aux Tuileries, grand bal paré et costumé, et, si vous ne devez pas le fleurir, je le décommande. Nous ne le donnons que pour vous. – Vous tenez à m’y voir ? – Lui aussi. Ordre de l’Empereur ! – Soit, j’irai.

Elle y alla en effet. A minuit, heure des fantômes, une forme féminine, drapée d’un suaire, couronnée de fleurs tombales et portant de ses mains croisées un petit crucifix d’ivoire sur la poitrine, apparut au seuil de la galerie, et l’huissier, confident gagné, annonça d’une voix stentorique :

- Feue la générale marquise de Fée.

Napoléon III était très superstitieux. Il pâlit et s’avança, tout vacillant, vers sa valseuse macabre. – Ah ! madame, quel est ce déguisement pour une fête ?… – Ce n’est pas un déguisement, Sire, c’est l’uniforme. Je suis morte. – Morte, et depuis quand ?… – Depuis que je ne suis plus aimée.

L’aventure, étouffée par ordre, ne transpira pas hors du palais, mais « la meilleure amie », craignant le ridicule plus que le scandale peut-être, congédia d’elle-même le général et prit quelque autre amant, je pense.

Peu accoutumé à la résistance des « honnestes dames » de sa jeune cour et d’ailleurs, celle de la marquise de Fée commençait à irriter le fataliste couronné, qui, il faut le dire à sa décharge, y voyait moins un défi au souverain qu’à l’homme à femmes dont il s’arrogeait le renom, il brusqua les choses, se déclara et demanda un rendez-vous. Elle le lui accorda, à date fixe et chez elle. Il y vint incognito et sans suite. Elle l’attendait, comme on dit sous les armes, étendue sur un lit de repos à l’antique que flanquaient deux sièges bas disposés par elle dans un ordre voulu et symétrique, à droite et à gauche, sous le portrait de son mari.

- Sire, commença-t-elle, asseyez-vous et causons. Malgré la peine que l’on a à se défendre de l’homme séduisant entre tous que vous êtes, j’aurais depuis longtemps accueilli vos hommages si mon coeur n’était trop petit pour faire honneur à trois amours.

- Comment trois ?

- Sans doute, comptez : mon mari, vous et l’autre.

- Quel autre, madame ?

- Vous avez un compétiteur aussi pressant que vous, non moins irrésistible, et favoriser l’un c’est être injuste pour son digne rival, puisque la gloire de l’amant est d’être seul à l’être. Quant à moi, je n’incline à aucun, de préférence, le beau soldat, dont voici le portrait, ayant le privilège de les fixer toutes, quoiqu’il fasse. Puisqu’il s’agit de le tromper en me trompant moi-même, excusez-moi de lui économiser une trahison sur deux et de m’en tenir au moins, dans le péché, à celui qui m’aura le mieux convaincue de le commettre. Je vous écouterai l’un et l’autre avec le plus grand soin, sans la moindre partialité, et je serai, puisqu’il le faut, à celui qui m’aura persuadée et vaincue, Sire.

- Je ne crains personne à vos pieds, mais quel étrange tournoi est-ce là ? Mon rival et moi, devons-nous parler ensemble ?

- Ensemble, non, mais tour à tour.

Et elle lui montra les deux sièges disposés à chaque flanc de la chaise longue.

- Est-il donc ici déjà et comptez-vous nous mettre ce soir même en présence ?

- Sire, il attend depuis plus longtemps que Votre Majesté.

- Allons, mais qui est-ce ? En vérité, je suis curieux de le connaître.

La marquise se leva, souleva une tenture et amena le compétiteur par la main. C’était Morny.

Les deux fils de la reine Hortense se regardèrent interloqués d’abord, puis ils partirent ensemble d’un grand éclat de rire. Ils étaient joués, et combien bellement ! L’Empereur tira son étui à cigarettes et l’ouvrit à son frère.

- C’est de la grande comédie, fit-il, et la scène est pour M. de Saint-Rémy. (Saint-Rémy était le pseudonyme dont le duc signait les vaudevilles qu’il donnait aux petits théâtres.)

- Eh bien, Sire, répétons-la.

Sylvie reprit sa pose à la Récamier sur le lit de repos ; l’Empereur s’assit à droite, le duc à gauche, et ils alternèrent leurs déclarations.

Dans un bois, une fillette vêtue de blanc aux cheveux longs est précédée d'un troll monstrueux, et un autre troll ferme la marche.Certes, tous les deux savaient parler aux femmes, mais fort différemment. Louis-Napoléon, conformément à sa nature rêveuse, procédait par la méthode sentimentale. Il était « romance » en amour. Charles-Auguste, homme d’action, accoutumé à des victoires plus libres, y employait à l’habitude une diplomatie assez expéditive. Mais la scène à trois n’est pas le tête-à-tête ; ils se gênaient, ne se retrouvaient plus, exagéraient l’attaque, et le volant tombait entre les deux raquettes. La fine marquise leur tendait attentivement tantôt une oreille, tantôt l’autre, et paraissait pénétrée de la gravité de la situation. Par moments, elle soupirait et jetait un coup d’oeil suppliant au portrait du général, qui, le poing sur la garde de son épée, présidait au combat dont son honneur était le prix et la timbale. C’était d’une drôlerie extraordinaire. Au bout de cinq minutes, ils bafouillaient, se coupaient, troquaient leurs manières, et le maître parlait en maître et le diplomate en poète élégiaque. Selon toutes les lois de la nature comme du théâtre, le débat ne pouvait se terminer que par une querelle, et c’était bien là-dessus que comptait la marquise.

- Assez, Morny !… cria l’Empereur.

- Sortons, Sire !…

Elle se jeta entre eux comme la Sabine du tableau : – Ah ! messieurs, de grâce, deux frères ! D’ailleurs, mon choix est fait, l’avantage reste à…

- A qui, madame ?

- A mon mari.

Et le duc disait en sortant à son compagnon de défaite :

- Elle est de première force, cette petite Tristan Houleviche.

- Oui, c’est une parisienne, résuma le fataliste, mais de Paris, celle-là, une vraie !

source :  BERGERAT, Émile (1845-1923) : Sylvie de Fée : Conte du second Empire (1919).

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