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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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La légende du Mari aux deux femmes

Posté par francesca7 le 10 février 2014

 
 
220px-Female_pirate_Anne_BonnyMettant en scène Eliduc, vassal du roi de la Petite-Bretagne, un conte du XIIe siècle, récit paradoxal où ce qui dans d’autres circonstances s’appellerait crime est présenté comme le comble de la vertu, présente la belle et amusante légende du mari aux deux femmes, dont les traits essentiels se retrouveront plus tard et notamment en Allemagne avec un bas-relief du Moyen Age immortalisant cette étrange aventure…

Les voyageurs qui visitent la ville allemande d’Erfurt, en Thuringe, s’arrêtent, dans l’église de Notre-Dame, devant un bas-relief du Moyen Age, d’exécution assez grossière, qui est encastré dans le mur ; il était auparavant dans l’église Saint-Pierre, aujourd’hui démolie, et formait, horizontalement posé, le dessus d’une tombe. On y voit un chevalier de haute taille étendu entre deux femmes. Le sacristain ne manque pas d’expliquer que ce chevalier est un comte de Gleichen — le château de Gleichen est près de là, la famille n’existe plus — qui eut une étrange aventure. Gaston Paris, de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, nous rapporte ainsi cette légende :

 « Parti pour Jérusalem, il fut fait prisonnier et employé, chez le Soudan, aux travaux du jardinage. La fille du Soudan le vit, fut frappée de sa bonne mine, puis, quand elle eut lié entretien avec lui, charmée de ses discours, touchée du récit de ses malheurs. L’amour la disposait à se faire chrétienne ; les exhortations du comte l’y décidèrent. Elle proposa au prisonnier de l’épouser devant l’Eglise. Grand fut l’embarras du comte, car il avait laissé en Thuringe une épouse aimée. Mais le désir de la liberté l’emporta sur toutes les autres considérations : il fit à la sultane la promesse qu’elle exigeait.

« Elle sut préparer et exécuter son hardi dessein, et bientôt les fugitifs arrivèrent à Rome. Le comte de Gleichen alla trouver le pape et lui exposa le cas. Le mariage promis n’ôtait-il pas sacré ? La princesse qui avait risqué ses jours sur la foi d’un chevalier chrétien et qui demandait le baptême en même temps que le mariage, pouvait-elle être déçue dans sa confiance ? Le pape fut touché de cette situation. C’était peut-être le même pape qu’un miracle avait si sévèrement réprimandé pour n’avoir pas admis à la pénitence le chevalier Tanhauser, qui, désespéré, était retourné chez dame Vénus et s’était damné pour toujours.

« Le pape montra cette fois plus d’indulgence. Il permit au comte de Gleichen de contracter un nouveau mariage sans rompre le premier, et d’avoir en même temps deux femmes légitimes. Nos vieux conteurs n’auraient pas manqué de se demander si c’était en récompense de ses prouesses ou en expiation de ses péchés. Le baptême et le mariage accomplis, le comte reprit le chemin dé la Thuringe, ne sachant trop comment il se tirerait de la seconde partie, et non la moins difficile, de sa tâche. La Sarrasine, habituée à la polygamie, ne voyait rien de choquant dans le fait d’avoir une partenaire ; mais que dirait l’Allemande ?

« Le comte laissa sa compagne un peu en arrière, et vint seul au château de Gleichen, où sa fidèle épouse l’attendait en priant pour lui. Quand les premiers transports de joie furent passés, il lui raconta toutes ses aventures, lui peignit l’horreur de sa captivité, lui apprit par quels prodiges de courage et d’adresse la fille du Soudan l’avait délivré, lui dit qu’elle l’avait suivi et s’était faite chrétienne, enfin lui avoua la promesse de mariage et l’exécution que cette promesse, du consentement du pape, avait reçue à Rome.

« La comtesse, après l’avoir écouté en pleurant, déclara que celle à qui elle devait de revoir son mari s’était acquis sur lui des droits égaux aux siens propres, et demanda à l’embrasser. Il courut la chercher, la comtesse alla au-devant d’elle et se jeta dans ses bras, et la vallée, située au pied du château, où les deux femmes se rencontrèrent, prit alors et a gardé jusqu’à présent le nom de Val de Joie. Ils vécurent longtemps heureux dans cette union à trois que rien ne troubla. Au siècle dernier, on montrait encore à Gleichen le grand lit où le comte reposait entre ses deux femmes, comme il repose en effigie sur la pierre sépulcrale d’Erfurt. »

Cette légende se présente à nous pour la première fois en 1639. Elle était si connue en Allemagne et si peu discutée que Luther l’accepta comme précédent pour autoriser le mariage du landgrave Philippe de Hesse. Les variantes et les incertitudes du récit démontrent, suivant Gaston Paris, que nous avons là un des exemples si nombreux de ce qu’on a nommé la mythologie iconographique ; le peuple éprouve toujours le besoin d’expliquer les œuvres d’art dont le sens est perdu. Le tombeau à trois personnages, parmi les sépultures de la famille de Gleichen, ne portant aucun nom, on imagina que c’était un comte qui avait eu deux femmes, avec l’autorisation du pape, dans des circonstances extraordinaires, et telles que les croisades pouvaient en fournir.

En 1836, le tombeau fut déplacé, on fouilla le caveau sous-jacent, et un médecin, après avoir examiné les crânes qui s’y trouvaient, déclara que l’un d’eux présentait les caractères anatomiques d’une femme de race orientale. Or, il n’est pas même certain que ce crâne soit celui d’une femme.

On retrouve les traits essentiels de celte légende dans un roman français du XVe siècle ; le héros est un seigneur de Trasignies en Hainaut. La même donnée se rencontre, traitée un peu diversement, dans un conte emprunté au XIIe siècle, par une poétesse française, Marie de France, aux traditions celtiques. Ce conte est le plus beau lai d’Eliduc. Gaston Paris analyse ce récit breton.

Eliduc, vassal du roi de la Petite-Bretagne est disgracié ; il quitte sa dame Guildeluec, bien qu’il l’aimât, et s’embarque pour la Grande-Bretagne. Là, il délivre la belle Guilliadon, qui lui déclare son amour et lui offre sa main. Il n’ose dire qu’il est marié. Ils s’aiment platoniquement. Eliduc est rappelé dans son pays ; il va partir. « Emmenez-moi, dit la belle, ou je me tuerai ! » Il l’emmène. Un orage éclate sur mer pendant le voyage ; elle tombe inanimée. Il ne peut se résoudre à l’enterrer ; une fois à terre, il la place sur un lit.

« Belle, dit-il, à Dieu ne plaise que je continue à vivre dans le siècle ! Douce chère, c’est moi qui ai causé votre mort. Le jour où je vous mettrai en terre, je prendrai l’habit de moine, et je n’aurai d’autre adoucissement à ma douleur que de venir chaque jour à votre tombe. » Puis il gagne son manoir, où sa femme l’accueille avec grande joie ; mais il ne lui montre qu’un visage triste et ne lui dit pas une parole d’amitié. Chaque jour, dès le matin, il s’enfonçait dans la forêt et venait à la chapelle où gisait son amie. Il la contemplait longuement, émerveillé de lui voir toujours les couleurs et l’apparence de la vie, pleurait, priait pour son âme et ne rentrait chez lui qu’à la nuit close.

« Un jour qu’Eliduc avait été obligé de se rendre à la cour du roi, sa femme prit elle-même le chemin de la forêt et arriva dans la chapelle. En apercevant le corps étendu sur le lit, elle comprit tout ; mais quand elle vit la merveilleuse beauté de Guilliadon, encore fraîche comme une rose nouvelle et joignant sur sa poitrine ses mains blanches et ses doigts effilés, la jalousie fit place aussitôt dans son âme à un tout autre sentiment : C’est pour cette femme, dit-elle à l’écuyer qui l’accompagnait, que mon seigneur mène un si grand deuil. Sur ma foi, je le comprends. En voyant une telle beauté en proie à la mort, mon cœur se serre de pitié, en même temps que l’amour le remplit de douleur. Et s’asseyant devant le lit, elle se mit à pleurer celle qui avait été sa rivale. »

Elle est rappelée à la vie. Elle se réveille.

« — Dieu ! que j’ai dormi ! La dame l’embrasse et lui demande qui elle est : Dame, je suis de Logres et fille d’un roi. J’ai aimé un chevalier appelé Eliduc, qui m’a emmenée avec lui et cruellement trompée. Il avait une femme et ne me le dit pas. En l’apprenant, j’ai perdu connaissance, et voilà qu’il m’a abandonnée sans secours dans une terre inconnue. Il m’a trahie, et je n’ai d’autre tort que de l’avoir aimé. Folle est celle qui se fie à un homme !

 « — Belle, répond Guildeluec, vous vous trompez. Eliduc, à cause de vous, ne connaît plus de joie dans ce monde. Il vous croit morte, et chaque jour il vient ici vous contempler en pleurant. C’est moi qui suis son épouse. La douleur où je le voyais vivre me brisait le cœur ; j’ai voulu savoir où il allait, je l’ai suivi, je vous ai trouvée, je vous ai rappelée à la vie et j’en ai grande joie. Soyez heureuse : je vous rendrai à celui que vous aimez ; je vous le laisserai et je prendrai le voile.

« Elle fait chercher Eliduc ; en voyant les transports de joie des deux amants qui se retrouvent, elle lui demande de la laisser partir, se faire nonne et servir Dieu, afin qu’il puisse prendre celle qu’il aime ; car il ne convient pas à un homme de garder deux femmes, et la loi ne peut le permettre. Elle se fait construire une abbaye autour de l’ermitage, et s’y enferme avec trente nonnes. Eliduc épouse la belle Guilliadon, et ils vivent longtemps heureux.

La légende du Mari aux deux femmes  dans LEGENDES-SUPERSTITIONS 300px-Hommage2« Enfin tous deux sont las du siècle. Eliduc bâtit à son tour un couvent où il se retire ; Guilliadon va rejoindre dans son monastère Guildeluec, qui la reçoit comme une sœur : elles priaient pour leur ami et leur ami priait pour elles. Ainsi tous trois finirent leurs jours. De leur aventure, les anciens Bretons courtois firent un lai, dont Marie a mis le thème en vers dans la douce langue de France. »

Gaston Paris conclut en exprimant l’opinion que la légende a pris naissance dans l’Europe orientale. Il y voit surtout un exemple de vertu féminine et de tendresse conjugale, un pendant à l’histoire célèbre de la patience de Grisélidis. Paris se demande s’il ne serait pas possible de moderniser ce vieux conte si touchant. Il ne le croit guère : Goethe a échoué avec son drameStella, qui n’était pas autre chose que le Mari aux deux femmes.

« Notre bizarre légende semble donc bien morte, au moins pour la poésie dramatique. Elle contient cependant un élément vraiment poétique, je ne sais quoi de touchant et de rare ; dans le lai de Marie de France, elle nous apparaît belle et fraîche encore, comme Guilliadon dans la chapelle, et qui sait si la fleur merveilleuse qui lui rendrait la vie est introuvable ? C’est le secret de ces enchanteurs qu’on appelle des poètes. »

Gaston Paris a voulu seulement constater le succès qu’obtint jadis ce récit paradoxal où ce qui dans d’autres circonstances s’appellerait crime, est présenté comme le comble de la vertu, et rapprocher l’une de l’autre les diverses formes qu’il a prises, en se modifiant suivant les temps et les lieux, en Allemagne, en Bretagne et en France.

(D’après « La Tradition », paru en 1888)

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Merlin dans la forêt de Brocéliande

Posté par francesca7 le 10 février 2014

 

220px-Idylls_of_the_King_18Voilà bien longtemps que l’enchanteur Merlin s’évertue à unifier le Royaume de Bretagne aux côtés du bon roi Arthur. Voilà aussi bien longtemps qu’il ne s’est pas reposé en sa chère forêt de Brocéliande. C’est ici, en Bretagne, au milieu des grands arbres et des lacs qu’il se sent le mieux.

En cette belle matinée de printemps, Merlin, sous la forme d’un jeune homme plein de vie, se rend au cœur de Brocéliande. Non loin de la fontaine de Barenton, il aperçoit une jeune fille dont la beauté n’a d’égal que la grâce.

– Damoiselle, qui es-tu ? demande-t-il avec curiosité.
– Je suis Viviane, fille du seigneur de Comper.

Tous deux s’installent sur un rocher et conversent pendant des heures. Pour faire plaisir à la belle, Merlin fait apparaître une foule de musiciens, de danseurs et un château enchanté entouré de fleurs et d’arbres fruitiers. « Cette magie est sans aucun doute celle du grand Merlin », pense alors Viviane, émerveillée. La fête dure toute la nuit, puis le château disparaît.

– Mon doux ami, moi qui m’ennuie souvent, laissez-moi au moins le beau jardin que vous avez créé, le supplie-t-elle.
– Il m’est si difficile de vous résister. Soit, le « Jardin de joie » restera.
– J’aimerais tant connaître vos secrets. Me les apprendrez-vous ?
– Je pourrais, douce demoiselle, mais il faudrait alors me promettre votre amitié éternelle.

Viviane donne sa parole et Merlin s’engage à lui enseigner sa magie. Même fort amoureux, il sent que le royaume est en péril et n’oublie pas son devoir auprès du roi Arthur. Il quitte donc la belle à regret pour retourner à la cour.

À force de sages conseils et de quelques magies, Merlin aide Arthur à chasser les envahisseurs saxons et à réunifier le royaume. Avec hâte, il retourne au Jardin de joie où Viviane lui réserve un accueil si chaleureux qu’il s’en éprend encore plus.
Comme promis, il lui enseigne le pouvoir des plantes, la maîtrise des éléments, la métamorphose et le sort qui plonge quiconque dans un sommeil profond. L’esprit insatiable de Viviane en demande toujours plus tandis que l’amour grandissant de Merlin le fait céder à tous les caprices de la belle.

– Mon bel ami, j’aimerais tant posséder mon propre château, lumineux et plein de joie.
À ces mots, un château de cristal jaillit soudain au bord du lac.

– Douce Viviane, voici votre demeure. Nul autre que vous et votre cour ne pourrez la voir, vous serez ainsi en sécurité pendant mon absence.

– Me laissez-vous encore ? demande Viviane, désespérée.
– Je reviendrai vite.
– Promettez-moi qu’à votre retour, vous m’apprendrez le sort d’enserrement, lui demande-t-elle avec une infinie douceur.
– Qu’il en soit ainsi, répond Merlin dans un soupir.

De retour à la cour, Merlin prodigue ses derniers conseils au roi. Conscient des desseins de Viviane, il annonce à Arthur qu’il retourne définitivement en forêt de Brocéliande, où la belle l’attend, impatiente.

– Vous êtes enfin de retour, mon doux ami, s’écrie-t-elle avec joie. Vous rappelez-vous votre promesse ?
– Comment l’oublier ? répond Merlin.

L’enchanteur dévoile à sa belle le sortilège qui enserre un homme à jamais, puis s’endort profondément. Quelques heures plus tard, il se réveille dans un endroit merveilleux, mais entouré d’une paroi d’air infranchissable. À ses côtés, Viviane le regarde avec tendresse.

– Vous m’appartenez désormais comme je vous appartiens, Merlin. Nous vivrons heureux à tout jamais réunis, murmure-t-elle.

Ainsi, par amour, le grand Merlin renonce à sa liberté. Dans la forêt de Brocéliande se trouvent encore aujourd’hui quelques rochers que l’on appelle « le tombeau de Merlin ». Mais l’enchanteur n’y est pas enterré, il vit encore dans cette prison dorée que nul ne peut voir.

 

Textes : Aurélie Garnier, TV5.ca

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Mélusine, la fée serpent

Posté par francesca7 le 10 février 2014

 

220px-BookofmelusineAu cœur de la nuit, dans la forêt de Coulombiers, des bruits de sabots retentissent. C’est la monture du jeune Raymondin qui galope à vive allure. Le jeune homme vient de tuer par accident son oncle, le Comte de Poitiers, pendant une partie de chasse. Son chagrin se mêle à la peur. Il sait qu’il sera pendu aussitôt qu’on apprendra la nouvelle.

Soudain, des rires de femmes le tirent de ses sombres pensées. Près d’une fontaine, il aperçoit trois jeunes filles d’une beauté époustouflante. L’une d’entre elles, Mélusine, remarque sa présence et s’approche de lui :
– Quelle est donc la raison de tant de peine, beau chevalier ?

Mélusine écoute attentivement l’histoire de Raymondin. Elle comprend que ce jeune homme pourrait bien être celui qui la délivrera de sa terrible malédiction. Mélusine est condamnée à vivre éternellement en voyant, chaque samedi, ses jambes se transformer en une monstrueuse queue de serpent. Une punition infligée par sa mère alors que la jeune fille, pour la défendre, avait emprisonné son père dans les rochers d’une montagne. « S’il accepte de m’épouser et de ne jamais me surprendre le samedi dans mon triste état, le sort sera rompu et je pourrais vivre heureuse comme n’importe quelle mortelle », se dit-elle.
De sa voix la plus douce, elle réconforte Raymondin et lui promet de l’aider :

- Accepte de m’épouser. Je t’innocenterai et ferai de toi un homme riche et puissant. En échange, tu dois me promettre de ne jamais me voir le samedi, ni même chercher à savoir ce que je cache.

Subjugué par la beauté et la douceur de la jeune femme, Raymondin n’hésite pas une seconde. Le mariage est somptueux. Mélusine tient ses promesses. Grâce à ses pouvoirs de fée, elle édifie chaque nuit de grands monuments pour son mari, dont le château de Lusignan, près de la fontaine de leur rencontre.

Mélusine donne naissance à dix fils. Huit d’entre eux sont affublés d’une tare physique rappelant leur origine magique, mais leur destin grandiose est assuré. Bientôt, on ne parle plus que de la prospérité et du bonheur du couple. Mais, cela finit par attiser les plus viles jalousies. C’est le cas du Comte de Forez, frère de Raymondin.

Un beau jour, alors qu’il rend visite au couple, il voit Mélusine se retirer discrètement et s’enfermer dans une pièce à double tour. Il interroge Raymondin :
– Comment peux-tu être aussi aveugle ? Une épouse qui se cache est une épouse qui trahit. Ne vois-tu pas qu’elle rejoint un autre homme, tous les samedis ?

Peu à peu, le compte de Forez réussit à faire naître le doute dans l’esprit de son frère. « Et s’il avait raison ? Si toute cette richesse promise n’était que de la poudre aux yeux pour dissimuler sa trahison ? » Un samedi, c’est plus fort que lui. Il s’approche de la pièce où Mélusine s’enferme chaque semaine. Le cœur battant, il colle d’abord son oreille contre la porte, mais n’entend que la douce voix de sa femme qui chantonne. Il perce alors un petit trou dans le bois, à l’aide de sa dague. Après une grande inspiration, il ose y jeter un œil.

« Seigneur, quel horreur ! Ma femme est une serpente ! ». Au même instant, Mélusine aperçoit le trou dans la porte. Raymondin l’a trahie ! Les yeux plein de larmes, elle pousse un cri désespéré et s’envole par la fenêtre, éternellement transformée en femme-serpent.

Depuis ce jour, on raconte qu’elle survole la région et pousse un cri de lamentation chaque fois que ses biens changent de propriétaire ou qu’un membre de sa lignée est proche de la mort.

 

Textes : Aurélie Garnier, TV5.ca

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LE MARCHAND DE PEAUX DE LAPIN

Posté par francesca7 le 8 février 2014

 

 

31D’antan dans les campagnes, dans les bourgades, on voyait passer des « Marchands de peaux de lapin », qui achetaient les fameuses peaux de lapin aux campagnards, ces derniers les élevaient pour leur consommation personnelle et celle de leur famille. Les lapins, étaient tués et mangés, on gardait précieusement leur pelage que l’on faisait séché. 

Dans les années 1950-1955, il n’y avait pas de supermarchés pour acheter les volailles, on élevait soi-même, les animaux dans la basse-cour, tels les pigeons, les poules, les coqs, les canards, les oies, les cailles, les pintades, les dindons, les lapins. C’était souvent une volaille ou un lapin qui faisait, le repas du dimanche. Quand on tuait un lapin, il était dépeçait et on faisait sécher sa peau.  

Pour se faire la peau du lapin était retournée, poils au dedans, et on la suspendait à l’abri, dans une grange ou un atelier, afin que la peau, soit bien sèche, pour bien la détendre et pour qu’elle soit plus grande, elle était mise sur une fourche réalisée avec des branches de noisetier. Quand le marchand de peaux de lapin faisait sa tournée, on lui vendait les peaux, pour quelques francs de l’époque, le marchand de peaux de lapins, payait en fonction de la beauté du poil, et du nombre de peaux. C’est un souvenir d’enfance, mais je me rappelle que les peaux de lapins blancs étaient achetées plus chères, car elles étaient plus rares et plus belles.. Le marchand de peaux de lapins achetait aussi la peau d’autres animaux, telles les peaux de chèvres, de moutons, de taupes, etc…Ces marchands, annonçaient leur arrivée, en criant dans les rues, « Peaux d’lapins Peaux »… peau de lapins …cela d’ une voie forte et tonitruante. Ce dont, je me souviens aussi, c’est que ce marchand, avait une charrette tirée par un petitcheval, les peaux de lapins étaient suspendues, après achat, tout au long de cette carriole, à la vue de tous. Les marchands de peaux de lapins faisaient aussi le négoce de vieux papier, notamment les vieux journaux les vieux chiffons et la ferraille. Mais le marchand de peau de lapin, qui était un marchand ambulant, en faisait lui-même commerce, il allait ensuite revendre ces peaux ramassées à droite et à gauche, à des tanneurs, afin que ces derniers les travaillent et en fassent de belles vestes, de beaux manteaux ou des bonnets pour l’hiver. Dans ledépartement du Nord-Pas de Calais, c’était souvent les femmes qui ne travaillaient pas qui attendaient avec impatience, « el marchand d’piaux d’lapin », pour se faire quelques sous de plus. A cette époque, il y avait déjà le recyclage !!! quoique les jeunes puissent penser.

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LES MARCHANDS D’HABITS

Posté par francesca7 le 8 février 2014

 

(D’après Tableau de Paris, paru en 1782)

téléchargement (2)Le marchand d’habits est un industriel adroit et retors, qui parcourt incessamment les rues pour acheter les vieux vêtements, les vieux souliers, les vieux chapeaux, même les neufs si l’occasion s’en présente, sans excepter les cannes, les schakos, les épaulettes et les parapluies.

Il y a deux classes de marchands d’habits ; il y en a même d’avantage ; mais je le réduis à deux pour simplifier : les plébéiens et les aristocrates. Les premiers se recrutent parmi les rares individus de la race intelligente et tenace des Auvergnats, qui ne sont point entrés dans la corporation des charbonniers et des porteurs d’eau. Ils sont sales ; ils professent un dédain complet pour la mode et le luxe scandaleux du costume ; ils font leur ronde en chapeaux roux et défoncés, en paletots gras, ou même en blouse d’une teinte équivoque. La femme exerce la même profession que le mari, et son cri a quelque chose d’aigre et de résigné qui m’a toujours fait penser à la voix de quelque chouette mélancolique. Le couple s’avance d’un pas lent et pénible, les épaules courbées sous un long sac grisâtre, où s’entassent pêle-mêle les débris les plus divers. Il a sa clientèle toute faite dans les mansardes et les bouges garnis.

Les seconds s’adressent à un public plus relevé, surtout aux étudiants. Ceux-là sont « fashionables », coquets même, surtout quand ils sont jolis garçons, et ils le sont quelques fois : j’en ai vu. Ils portent le chapeau sur l’oreille, ils ont des moustaches gommées et des favoris en côtelette ; ils se parent des plus voyantes dépouilles de la veille, qu’ils revendent le lendemain, surtout des pantalons à larges carreaux, que, par un trait général et caractéristique, ils affectionnent tous, à l’instar des marchands de contremarques. S’il n’avait sur l’épaule gauche un trophée de gilets et de redingotes qu’il drape avec prétention, on prendrait cet industriel pour un jeune premier des Délassements qui parade dans la rue, ou pour un garçon de restaurant qui, un jour de sortie, fait le joli cœur dans un quartier éloigné de son établissement.

Mais non, le marchand d’habits a dans sa démarche, dans sa pose, dans ses airs de tête, dans l’expression de sa physionomie aussi bien que dans l’accent particulier de son organe, un cachet qui n’appartient qu’à lui et le fait reconnaître au premier coup d’œil.

Lorsqu’on l’envisage avec tant soit peu d’imagination, le marchand d’habits est une figure d’un symbolisme effrayant. Dans le secret de l’intimité, son masque facial doit avoir le ricanement railleur et dédaigneux de Méphistophélès. Il a vu de si près la misère en gants paille ; il a tant palpé de bottines vernies sans semelles et de belles redingotes retournées ; il a entassé sur son épaule et jeté dans son panier la défroque de tant d’illustres personnages, l’habit doré du ministre de l’an dernier, le pantalon trop étroit du dandy qui prend du ventre, les riches épaulettes du chef de bataillon de la garde nationale retombé au rang de sergent-major, l’avant-dernier gilet du bohème dont le roman vient d’être refusé sur toute la ligne, qu’un peu de scepticisme lui est bien permis. Et ils poursuit sa route, le philosophe cynique, riant dans sa barbe et répétant sa mélopée moqueuse et lugubre : « Vieux habits ! vieux galons ! »

Mais toute sa philosophie ne l’empêche point d’être un homme pratique avant tout. Il faut le voir à l’œuvre, palpant et soupesant un paletot, découvrant les moindres taches dans les replis les plus inaccessibles, inventant des trous où il n’y en a pas, tandis qu’il s’exclame en monosyllabes plaintifs et hoche la tête d’un air désolé. Il parvient ainsi à vous plonger dans la consternation : découragé d’avance, vous lui demandez timidement le tiers de ce que vous aviez rêvé d’abord, et il vous offre le quart de ce que vous lui demandez. D’autres vous en offriraient le dixième peut-être ; vous passez donc sous les Fourches Caudines, et le marchands d’habits, toujours ricanant dans sa barbe, s’en va redire ailleurs son refrain, que vous entendez comme une raillerie monter jusqu’à votre fenêtre : « Vieux habits ! vieux galons ! »

Du reste, gai, jovial, prompt à la riposte, mais sans jamais blesser une pratique, il supporte avec une inaltérable belle humeur les farces et les sobriquets dont toutes les Facultés l’accablent à l’envi. On le traite de voleur, et il ne cherche pas à s’en défendre, sachant bien que c’est vrai ; mais il exploite ses clients en les laissant rire, et en riant lui-même de l’innocent triomphe qu’il leur abandonne, car il a la vengeance entre ces mains.

Telle est la providence vivante du quartier latin. Voilà le mont-de-piété ambulant auquel l’étudiant peut, sans se déranger, accrocher sa garde-robe et même sa montre, car la plupart des marchands d’habits achètent tout ce qui se vend et peut se revendre. Il est vrai que ce mont-de-piété, comme l’avare Achéron, ne lâche point sa proie ; mais l’étudiant y tient peu, et pourvu qu’il ait le droit de vendre, il se passe du droit de racheter.

Il y a aussi le marchand d’habits en boutique : c’est généralement un type effacé. Je signale pourtant à l’attention des amateurs, Blancard, le marchand d’habits illustré, comme il s’intitule, de la rue de l’Ecole de médecine. Cet industriel facétieux, cachant sa ruse normande sous une faconde gasconne, a toujours à sa devanture un riche assortiment d’étiquettes en prose et en vers, dont quelques-unes sont des modèles accomplis d’éloquence burlesque et gouailleuse.

Blancard s’y moque du public, et quelquefois de lui-même, avec une désinvolture et une belle humeur dont la fantaisie de son orthographe accroît encore le charme, et il a une manière tout à fait réjouissante de mettre la main sur son cœur et de donner sa parole d’honneur (de marchand d’habits). Je ne sais s’il vend beaucoup, mais on s’arrête à son étalage, on le lit et le savoure, et cela le console, car Blancard me fait l’effet d’un artiste déclassé, que dévore l’amour de la gloire.

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Ce que les Aveugles Voient

Posté par francesca7 le 8 février 2014

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On considère ordinairement l’aveugle comme un être inférieur, borné, inutile à la société, fatalement voué à la mendicité s’il est pauvre, à l’oisiveté s’il est riche, dans les deux cas, à l’ignorance. C’est là une profonde erreur.

Les aveugles ont une foule de jouissances dues à la finesse de leur ouïe qui leur permet d’être excellents musiciens, et de perceptions délicates dues au toucher qui leur permet de lire, d’écrire et de se rendre compte de bien des choses mystérieuses que nous ne soupçonnons pas. L’histoire de ces sensations est pleine de merveilles inconnues des « clairvoyants » et comme la clef d’un nouveau monde.

Depuis cent ans, grâce à Valentin Haüy, le fondateur de l’éducation des aveugles, grâce à Louis Braille, l’inventeur de l’écriture des aveugles, et spécialement, depuis quelques années, grâce à l’Association Valentin Haüy, des milliers d’aveugles sont instruits, pourvus d’une profession et gagnent leur vie par leur travail. Pour que cette œuvre remplisse complètement son but, qui est d’arracher tous les aveugles à la mendicité, il suffira que tous ceux qui ont des yeux pensent quelquefois à ceux qui n’en ont pas.

°°°

LA CÉCITÉ ! quelles privations elle implique ! 

Ne plus pouvoir se conduire, quelle calamité ! Ne pas voir la nature, quelles ténèbres ! Être incapable de lire et d’écrire, quel silence et quel cachot !

« Par la lecture, le sourd peut vivre en communication constante avec la pensée humaine tout entière, historiens, poètes, philosophes, artistes. L’aveugle dépend de tout et de tous : c’est le mendiant par excellence, c’est le prisonnier suprême ! »

Ainsi s’exprimait une fois le célèbre compositeur Gounod, à qui l’on demandait s’il aimerait mieux être sourd ou aveugle. Et l’on voit que, même pour ce grand musicien éprouvant tant de jouissances par l’oreille, la surdité ne semblait pas un malheur comparable à la cécité.

Cependant on remarque souvent que les sourds sont tristes et que les aveugles sont gais, et non seulement gais, mais bavards, curieux de toutes choses, amateurs de voyages, aimant à « voir du pays ». On leur entend dire : « J’ai vu [t]elle personne… », ou bien : « telle personne a l’air bon, l’air bien vieilli…. » « Cet enfant a bien grandi…. Quelle bellemaison, quel beau soleil ! Quelles jolies fleurs » ! Que signifient, dans leur bouche, toutes ces expressions ?

Par quels moyens perçoivent-ils tant de choses ? Qu’est-ce que voient les aveugles ?

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* *

Voici quelques exemples d’aveugles fameux qui semblent démentir l’opinion qu’on a sur l’infériorité de ces emmurés, comme les a éloquemment appelés M. Lucien Descaves. Sans parler d’Homère et de Milton, qui étaient aveugles tous les deux, et dont l’un récitait ses chants, et l’autre dictait ses poèmes à ses filles, on a connu à l’Université de Cambridge un professeur de mathématiques aveugle, Nicolas Saunderson. Et, chose curieuse, il professait des lois de l’optique, exposant la nature de la lumière et des couleurs, expliquant la théorie de la vision, traitant de la marche des rayons lumineux à travers les lentilles.

Plus récemment, les Anglais ont choisi pour diriger le ministère des postes et télégraphes un aveugle, M. Fawcett, qui est mort depuis à Cambridge en 1884. A vingt-cinq ans, il entrait dans la carrière politique, lorsqu’un accident de chasse lui fit perdre la vue.

Dans une conférence électorale qu’il fit à Brighton, en 1864, il dit : « L’accident qui m’a ôté la vue m’est arrivé il y a cinq ans seulement. Je chassais les perdrix. Deux coups de fusil, partis par malheur de l’arme d’un camarade, me frappèrent au visage. Chaque œil fut atteint, et le résultat, vous le voyez. Je me rappelle parfaitement ce moment. C’était par un splendide après-midi d’automne, et je me tenais là, debout, contemplant avec ravissement une des plus riantes vallées de l’Angleterre. Ce décor s’illuminait de tout l’éclat d’un soleil d’automne. Je compris que toutes ces beautés de la nature s’étaient évanouies dans une nuit qu’aucune adresse humaine ne pourrait éclairer. C’était un coup terrible pour un homme, mais, en dix minutes, je fus maître de moi et résolu à braver toutes les difficultés avec courage et résolution. Je me décidai à faire, autant que possible, ce que j’avais fait jusque-là et à donner à ma vie future le même but, les mêmes espérances et les mêmes aspirations. Cette résolution ne m’a jamais quitté. »

Pendant les loisirs que lui laissait sa charge, M. Fawcett montait à cheval, patinait, pêchait le saumon tout comme un autre, et le bonheur voulut qu’il ne lui arrivât jamais de grave accident durant ces imprudentes récréations. Comme ministre des postes, il était très attentif, bien qu’aveugle, avait « l’œil à tout », et a laissé à ses subordonnés le souvenir d’un fonctionnaire très « regardant ».

Mais un exemple encore bien plus étonnant de ce qu’on peut faire sans les yeux devait être fourni, dans ce pays, par l’aveugle américain Campbell, qui est monté au sommet du Mont-Blanc. M. Campbell, aujourd’hui directeur du magnifique « Royal Normal College » pour les aveugles de Londres, est né en 1834, dans le comté de Franklin en Tennesse. Son père était un farmer, ardent abolitionniste. L’enfant avait trois ans et demi, quand, blessé à l’œil par une épine d’acacia, il devint aveugle. Il fut élevé à Nashville, apprit la musique et devint lui-même professeur.

Image illustrative de l'article BrailleDès lors, il se dévoua aux enfants aveugles de sa contrée. Puis il vint à Londres, fonder son collège. Mais comme, lorsqu’il parlait des capacités physiques et intellectuelles des aveugles, il trouvait beaucoup d’incrédules, il voulut frapper un grand coup sur les imaginations britanniques. Accompagné de son fils et de plusieurs guides, il fit une chose considéré comme difficile aux voyants, impossible aux aveugles. Il tenta l’ascension du Mont-Blanc. Il réussit à souhait. Toute la presse anglaise l’acclama. Son œuvre était définitivement fondée.

M. Campbell est-il une exception ? Non. Au collège qu’il a fondé à Londres, et où les exercices physiques sont dirigés par son fils, M. Guy Campbell, un distingué sportsman, on voit des aveugles faire de la gymnastique, patiner, aller en traîneau apprendre à nager, ramer, monter à vélocipèdes par bandes de dix ou douze et faire ainsi des centaines de kilomètres à travers l’Angleterre étonnée.

En France, cet exemple a été suivi. Au mois de septembre 1888, trois aveugles, tous trois professeurs à l’Institution nationale des jeunes aveugles de Paris, MM. Syme, Vielhomme et Guilbeau, faisaient l’ascension de Champrousse, en Dauphiné, accompagnés de trois guides.

A l’Institution nationale de Paris, les élèves font également du tricycle.

Ces différents faits attestés par de nombreux témoins – des témoins oculaires – sont surprenants. Mais on admet encore qu’il puisse exister des « alpinistes » aveugles. Ce qu’on n’admet point sans protestation, c’est qu’il ait pu exister des sculpteurs aveugles. Cela est pourtant. Un de nos meilleurs « animaliers », Vidal, était tout à fait privé de la vue. Cela ne l’empêcha pas de modeler de petits chefs-d’œuvre : le Cerf blessé, le Lion, le Taureau. Vif, preste, alerte, Vidal était constamment entouré d’animaux : il les touchait, les caressait, les examinait longuement dans toutes sortes de poses, puis saisissait sa terre, et se mettait à modeler. Lorsqu’il étudiait les jambes d’un cheval, par exemple, il s’agenouillait auprès de son modèle, lui parlant sans cesse, le flattant, afin que l’animal ne bougeât pas, et il le tâtait, en disant : « Vois, j’examine tes jambes…, ne bouge pas, j’ai besoin de regarder ton encolure….  Mon ami cheval, tiens-toi tranquille ou je vais manquer ton portrait ! »

Lorsqu’il s’agissait d’une bête féroce, l’étude d’après nature était plus difficile à réaliser. Vidal s’inspirait alors d’œuvres d’art précédentes, de squelettes, de têtes empaillées. Un jour, cependant, comme il avait imaginé de sculpter un lion, il sentit qu’il ne pourrait y parvenir sans recourir au modèle vivant. Il n’hésita pas devant une entrevue dangereuse et entra dans la cage d’un de ces animaux, accompagné d’un dompteur. Longuement, attentivement, en artiste, il caressa le lion, jusqu’à ce qu’il se fût rendu maître de son anatomie. En sortant, il fit le Lion rugissant qui est un de ses plus étonnants morceaux.

Quand il était dans son atelier en train de travailler, on n’aurait pas dit qu’il fût aveugle. Seulement, de temps en temps, lorsqu’il voulait juger de l’ensemble, il se reculait et regardait son œuvre avec ses deux mains étendues, dont les dix doigts semblaient autant d’yeux….

C’est qu’en effet, les doigts sont les yeux de l’aveugle. « La vue, a-t-on dit, est un toucher de loin. » De même, le toucher est une vue de près. Nous sommes volontiers portés à croire que la vue seule nous fait connaître les choses qui nous entourent : c’est une erreur. Plongez un bâton à moitié de sa longueur dans l’eau : vous le verrez tout cassé ; mais, en mettant votre main dans l’eau et en suivant le bâton, vous sentirez qu’il est droit, bien qu’aux yeux il paraisse tordu.

Quand l’eau courbe un bâton, ma raison le redresse,

                                                
a dit le Fabuliste. Mais ce n’est pas la raison qui l’a redressé : c’est le toucher.

Dans la connaissance que nous avons des choses, le toucher a une part beaucoup plus grande que nous le supposons. Tant que nous n’avons pas touché une chose, nous ne la connaissons pas. C’est pour cela que les petits enfants sont des touche-à-tout. La preuve nous en est donnée chaque fois qu’un miracle de la science rend la vue à un aveugle. Ces choses-là arrivent quelquefois, et alors le plus extraordinaire, ce n’est pas que l’aveugle voit, mais c’est que, dans les premiers jours, il ne sait que faire de sa vue.

Un médecin qui a assisté à la guérison d’une paysanne aveugle de dix-sept ans, Despa Christea, à Bucarest, dit : « J’étais présent quand les parents sont venus voir l’enfant après l’opération, et j’ai assisté au spectacle le plus extraordinaire qu’il fût possible de voir. La malade a regardé fixement son père, puis elle a tâté le visage de sa mère pour s’assurer de la forme de sa figure. Elle a regardé leurs vêtements, nommant les couleurs de chaque partie du costume. Elle tenait sa mère par la main, comme si elle avait peur de perdre des yeux un être qu’elle aimait et avec qui elle vivait depuis sa plus tendre enfance et qu’elle voyait pour la première fois…. »

Un autre aveugle guéri subitement, Nicolas Joan, âgé de vingt-cinq ans, avoua n’avoir pu reconnaître ses anciens amis jusqu’au moment où il entendit leurs voix. Du temps où il était aveugle, il s’en allait seul, par les rues, se rendait sans difficulté dans tous les quartiers de la ville. Quand il lui fut possible de se servir de ses yeux, il s’égara d’abord et fut obligé de demander son chemin. Les objets les plus familiers dont il se servait journellement lui paraissaient inconnus. Il voyait bien une forme, une couleur, mais n’imaginait pas que cela représentât telle ou telle chose. On lui présentait une cuiller en lui demandant :

« Voyez-vous cela ?

– Oui.

– Qu’est-ce que c’est ?

– Attendez. Donnez-le-moi. »

Il fermait les yeux, prenait l’objet, le tâtait, puis aussitôt :

« C’est une cuiller, » disait-il.

Tel est l’homme quand on le replace brusquement dans l’état où il était en venant au monde, ouvrant les yeux pour la première fois devant les mille objets qui l’entourent. La vue lui servira plus tard à les reconnaître de loin, mais il ne les connaît bien pour la première fois que par le toucher.

Donc le toucher a une immense importance. Or, les aveugles conservent ce sens du toucher. Ils l’ont même à un point beaucoup plus affiné que les « clairvoyants ». L’aveugle Saunderson distinguait, en les touchant, les médailles fausses des vraies.

                Quand l’œil du corps s’éteint, l’œil de l’esprit s’allume,

a dit Victor Hugo. C’est exagéré comme toutes les métaphores ; mais ce qui est vrai, c’est que la « vue » des yeux s’éteignant, la « vue » des autres sens s’affine. L’ouïe devient plus sensible, le tact plus délicat, l’odorat plus compréhensif.

*
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Ce que les Aveugles Voient dans FONDATEURS - PATRIMOINE Ben_underwoodAinsi s’expliquent les prodiges que réalisent les aveugles et aussi les jouissances qu’ils trouvent encore à la vie. Puisqu’ils ont l’oreille plus exercée, ils apprécient davantage l’harmonie des sons ; puisqu’ils ont l’odorat plus sensible, ils respirent mieux les parfums, comme ils entendent mieux les sons. De là, des sources nombreuses de renseignements et de plaisirs que nous connaissons mal. Voilà pourquoi les aveugles aiment à voyager, à gravir les montagnes, à visiter des villes nouvelles. Au premier abord, il semble que tout pour eux doit se ressembler. La nuit ressemble partout à la nuit. Il n’en est rien.

Comme le dit M. Maurice de la Sizeranne dans son livre : Les aveugles par un aveugle, « le toucher n’est pas localisé dans la main ; il est répandu sur tout le corps. Même à travers le soulier, le pied distingue le genre de sol qu’il foule. Bouchez les oreilles à un aveugle attentif, et il saura très bien s’il marche sur du pavé plat ou pointu (italien, languedocien ou parisien), sur du grès ou sur du bois, sur du macadam ou de l’asphalte, s’il passe sur une plaque d’égout, s’il est sur un sentier battu, dans une terre labourée ou sur un chaume.

« Les odeurs aussi sont bien différentes et bien caractéristiques : la viande fraîche, la pommade, le tabac mouillé, le cuir frais, le poisson, le foin, les plantes pharmaceutiques, les coulis aux truffes, le papier nouvellement imprimé, les fleurs, que sais-je encore ! ont des parfums très divers qui permettent de savoir, sans l’ombre d’un doute, si l’on passe devant un boucher, un coiffeur, un marchand de tabac ou de souliers ; si on longe de grandes halles ou un quartier de cavalerie ; si le soupirail qui vous envoie ses bouffées en pleine figure aère la cave d’un pharmacien ou la savante officine d’un Chevet ; si vous êtes en face de la vendeuse de journaux chantée par Coppée, ou de la bouquetière du coin ».

De cette sorte un aveugle peut se conduire seul dans les rues d’une grande ville.

« A tous les renseignements que donnent le toucher et l’odorat se joignent ceux apportés par l’ouïe : Ici, c’est la cloche d’un couvent, là l’horloge d’une église, d’un hôpital ; ailleurs, un menuisier, un tailleur de pierres, une maison en construction. Tout est remarqué, associé et mis à profit. Tout cela est pour la ville ou le village ; mais, en pleine campagne, la nature prend soin de donner à l’aveugle bien des indications, bien des jouissances qui sont autant de jalons pour sa route. Ici, c’est un mouvement de terrain, une ornière, un passage rocailleux ou sablonneux, une clairière tapissée de gazon, de mousse, d’aiguilles de pin ; là, c’est un bois résineux, un pré, une meule de foin, une touffe de genêts ou de fleurs sauvages ; ailleurs, ce sera les chuchotements d’un ruisseau, le bruit des arbres ou des arbustes. Le lilas et le chêne ne disent pas la même chose lorsque le vent passe ; ils ne frissonnent pas de la même manière en mai et en octobre. Autres sont les oiseaux qu’on entend, lorsqu’on est assis au pied d’un vieil orme, au milieu d’un grand bois ou sur la berge de la rivière qui traverse la prairie…. »

Tout ce que les aveugles devinent, c’est donc par l’ouïe, le toucher et l’odorat. Si ces sens leur manquent ou sont affaiblis, ils ne perçoivent plus rien. Ainsi, en bateau à vapeur ou en wagon, ils ne voient rien : l’odeur de la fumée de charbon, le bruit du train sont de perpétuels matelas entre eux et la nature ; de même, si leur épiderme est momentanément insensibilisé. Un aveugle américain qui est grand négociant, et qui se conduit dans la vie avec une singulière aisance, M. Hendrickson dit : « Une fois ayant été piqué par une abeille, je fus un instant étourdi, vraiment « aveugle », ne pouvant plus rien percevoir, ni distinguer ». Ainsi, pour un aveugle, l’obscurité ce n’est pas l’obscurité : c’est le bruit ou la douleur.

Leur façon de voir est donc de comparer leurs sensations avec les nôtres.

Écoutons un aveugle, M. Guilbeau, décrire une jeune femme qu’il a rencontrée en voyage : « Son regard, il me semblait le sentir quand elle m’interrogeait. Sa voix de méridionale, bien timbrée, avait des sonorités de loriot. Son rire faisait comme une roulade de pinson. La note dominante était l’o, ce qui indique la bonté et la franchise. Avait-elle vingt-cinq ans, avait-elle trente ans ? Je ne saurais le dire. La voix ne donne que des approximations d’âge. »

On comprend maintenant comment une femme aveugle, Mme Galeron de Calonne, poète de grand talent et de grand cœur, a pu écrire sur elle-même, sur ses joies d’aveugle et sur sa vie, ces vers délicieux :

            QU’IMPORTE !

                    A mon mari.

Je ne te vois plus, soleil qui flamboies,
Pourtant des jours gris je sens la pâleur,
J’en ai la tristesse ; il me faut tes joies.
Je ne te vois plus, soleil qui flamboies,
    Mais j’ai ta chaleur.

Je ne la vois pas, la splendeur des roses,
Mais le ciel a fait la part de chacun.
Qu’importe l’éclat ? J’ai l’âme des choses.
Je ne la vois pas, la splendeur des roses,
    Mais j’ai leur parfum.

Je ne le vois pas, ton regard qui m’aime.
Lorsque je le sens sur moi se poser.
Qu’importe ! Un regret serait un blasphème !
Je ne le vois pas, ton regard qui m’aime,
    Mais j’ai ton baiser….

Sentez-vous après ces vers, pourquoi les aveugles semblent gais quand les sourds paraissent généralement tristes ? C’est qu’au moment où l’on parle à un aveugle, on s’adresse au sens qui est éveillé en lui : à ce moment-là, il voit. Au contraire, quand on parle à un sourd, on lui rappelle davantage son infirmité.

*
* *

Comment peut-on rendre ainsi une ombre de bonheur à l’aveugle ? Comment arrive-t-on à d’aussi surprenants résultats ? Tout simplement en se servant des facultés précieuses que nous venons de décrire. Puisque les aveugles ont le toucher très délicat, pourquoi ne les ferait-on pas lire sur des lettres figurées en relief, s’est demandé, en 1784, Valentin Haüy, le frère de l’abbé Haüy, en rencontrant un aveugle intelligent qui en était réduit à mendier son pain. Et il inventa l’impression en relief. Plus tard, en 1829, un aveugle français, Louis Braille, imagina un alphabet conventionnel formé de points, qui porte son nom, et qui, aujourd’hui, est adopté dans le monde entier. Avec six points au plus, diversement placés, on figure toutes les lettres de l’alphabet, toutes les notations musicales.

On écrit, selon ce système, toutes les poésies de Victor Hugo, tout le Parsifal de Wagner. L’aveugle, en promenant ses deux mains sur ces gros livres piqués de points en relief, se met en communication avec la pensée écrite et la musique écrite de toute l’Humanité. Aujourd’hui, la bibliothèque Braille fondée par M. Maurice de la Sizeranne ne compte pas moins de 4000 volumes ainsi écrits en relief.

De même, puisque l’aveugle a l’oreille très exercée, pourquoi ne pas lui apprendre sérieusement la musique ? Le même Valentin Haüy passait, en 1771, dans une foire. Il vit là dix aveugles affublés de robes et de bonnets à oreilles d’ânes et le nez chaussé de grosses lunettes de carton sans verre, placés devant des pupitres, chantant et jouant du violon. Cette indécente parodie indigna Valentin Haüy, et il jura, ce jour-là, d’arriver à transformer cette fiction en une réalité.

En effet, l’Institution des jeunes aveugles fondée par lui, et établie aujourd’hui, 56, boulevard des Invalides, forme, après cent ans de progrès, des musiciens de premier ordre. Là, les aveugles apprennent tout ce qui concerne l’art musical. Il y a des classes d’orgue, de piano, de tous les instruments d’orchestre ; on enseigne aussi la théorie de la musique, fugue et contrepoint. Bien des fois, les jeunes aveugles sortis de cette institution ont remporté les premiers prix du Conservatoire, et, en ce moment, plusieurs des principales églises de Paris possèdent des aveugles comme organistes : M. Marty à Saint-François-Xavier, M. Mahaut à Saint-Vincent de Paul, M. Dantot à Saint-Etienne-du-Mont, M. Vierne, organiste suppléant à Saint-Sulpice. Une jeune fille, Mlle Boulay, professeur aveugle à cette institution, a remporté les premiers prix d’orgue, d’harmonie et de fugue au Conservatoire. Sous l’intelligente direction du chef de cet établissement de l’Etat, M. Émile Martin, l’Institution des jeunes aveugles est parvenue à un haut degré de perfection.

Une fois instruit, l’aveugle peut gagner sa vie par son travail, soit comme musicien, organiste, professeur de musique, accordeur de pianos, soit comme ouvrier, filetier, brossier, rempailleur de chaises. On compte actuellement en France plusieurs centaines d’aveugles qui se suffisent entièrement par leur industrie. On ne rencontre plus ces bandes d’aveugles allant par les chemins, comme ceux que Breughel le Vieux a peints dans la Parabola dei Ciechi, ou comme on en trouve encore au Soudan et à Pékin ; mais on rencontre des aveugles travailleurs autant que des mendiants.

Les métiers que peuvent exercer les aveugles sont relativement nombreux et quelques-uns assez bizarres. Au Japon, tous les aveugles sont masseurs, tous les masseurs sont aveugles, en sorte qu’on demande indifféremment « l’aveugle » ou « le masseur » ! Au Caire, ils récitent le Coran, accroupis devant le lit funèbre des grands personnages.

On cite un aveugle, à Évian, qui est marchand de journaux. Au toucher, il distingue un Intransigeant d’une Libre Parole et une Autorité d’un Temps. Jamais il ne tendrait à un acheteur radical la Gazette de France : cet aveugle, en vérité, distingue les couleurs….

Lorsque les ouvriers ou les artistes aveugles ont quelque loisir, ils s’amusent comme nous, à peu près aux mêmes jeux. Ils jouent aux cartes avec des cartons piqués de points en relief, aux échecs avec des pièces qui s’enfoncent par le pied dans les casiers, afin que les mains puissent se promener sur elles sans les renverser. Ils jouent même aux boules et au billard. Un clairvoyant frappe deux bâtons l’un contre l’autre ou un timbre juste au-dessus de la boule qu’il s’agit d’atteindre et l’aveugle, guidé par le son, projette assez exactement sa bille au but. Mais ce qu’ils préfèrent surtout, dans les écoles d’aveugles, c’est jouer la comédie. A l’institution de Paris, on a vu les jeunes filles aveugles jouer avec beaucoup d’entrain le Menuet de l’impératrice, opéra-comique en un acte et à sept personnages.

images (7)L’aveugle une fois instruit et pourvu d’un métier, il faut trouver un débouché à son travail. C’est dans ce but qu’a été fondée l’Association Valentin Haüy pour le bien des aveugles, dont le président est M. François Coppée, de l’Académie française, et le secrétaire général M. Maurice de la Sizeranne, qui, étant aveugle lui-même, connaît mieux que personne les besoins des aveugles.

Cette association, qui compte déjà 7 000 membres répandus dans toute la France, a pour but de venir en aide aux 40 000 aveugles français, et elle obtient d’excellents résultats. Dans la maison qu’elle occupe, 31, avenue de Breteuil, à Paris, et qui est réellement la Maison des aveugles, il y a un musée de toutes les inventions faites pour l’instruction des aveugles et de tous les objets fabriqués par eux. Il contient 100 appareils à écrire différents et 150 cartes de géographie en relief.

Là est aussi la bibliothèque Braille, alimentée par le zèle de 250 copistes et contenant 4000volumes en points saillants, dont 1 100 environ sont couramment en circulation, non seulement à Paris, mais en province, où 18 dépôts fonctionnent régulièrement pour permettre aux aveugles instruits de toute la France de lire ce qui paraît d’intéressant dans la littérature. Là enfin, on s’occupe de trouver des écoles pour les enfants, du travail pour les adultes, des asiles pour les vieillards. Dans la seule année 1898, l’Association Valentin Haüy s’est occupée de 1 526 aveugles, a entretenu 26 pensionnaires adultes dans les ateliers, aidé de 371 vieillards, obtenu pour les aveugles voyageant pour accorder des pianos 539 permis de chemin de fer, aidé enfin 140 travailleurs, musiciens ou ouvriers dans leur carrière.

Pour que cette Œuvre remplisse complètement son but, qui est d’arracher l’aveugle à la mendicité, il suffira que tous ceux qui ont des yeux pensent quelquefois à ceux qui n’en ont pas !

Terminons par un souvenir historique et par une application à l’heure présente. Un vieux chroniqueur raconte que dans le Paris du moyen âge, où les quinquets étaient rares et point vite allumés, les brouillards subits étaient des calamités publiques. Ils transformaient le jour en nuit. Alors les pensionnaires des Quinze-Vingts, pour qui l’obscurité était « règlement ordinaire », devenaient fort utiles aux « clairvoyants ». Habitués à tous les tours et détours des rues, ils les guidaient à travers la Grand’Ville aussi sûrement qu’en plein jour un clairvoyant guide un aveugle.

Aujourd’hui, le gaz et l’électricité nous épargnent ces étranges secours. Mais, qui sait si, dans le domaine infini de l’intelligence et du cœur, les aveugles ne pourraient pas nous guider encore ? Qui sait si, en observant tout ce que font ces hommes privés de la vue, mais doués de volonté et de persévérance, nous ne pourrions pas apprendre beaucoup, et profiter davantage des forces latentes qui ont été déposées en nous !

consultez l’original : http://www.bmlisieux.com/curiosa/cecite.pdf

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LA LEÇON DE LATIN

Posté par francesca7 le 6 février 2014

 

LA LEÇON DE LATIN dans FONDATEURS - PATRIMOINE 220px-Rome_Colosseum_inscription_2Dans l’effort, d’ailleurs agréable, que j’accomplis afin de revoir clairement les images de ma vie d’enfant, je suis amené à faire cette remarque : toutes les périodes pendant lesquelles j’ai été ou bien seul ou bien participant à la vie normale de famille, les champs et la maison de Courance, la maison Colivaut et la petite ville de Beaumont, d’autres circonstances qui viendront plus tard, – et par exemple lorsque j’habitai chez l’abbé Daru à Poitiers, ou à Tours dans la maison contiguë à celle de Mlle Cloque, – je me les rappelle parfaitement et avec les plus minimes détails. Au contraire, toutes les périodes durant lesquelles j’ai été un interne, un numéro au milieu de quarante, soixante ou cinq cents gamins de mon âge, je ne les revois que par tableaux peu nombreux que je pourrais appeler : « le dortoir », « le réfectoire », « la récréation », « la classe », « la promenade ». Dans ces tableaux, il me semble que je ne figure seulement pas. Je n’étais que la partie d’un tout ; le tout me frappait à la fois, comme une grande masse écrasante ; ma personnalité de gosse y souffrait, y était étouffée, anéantie. Ce sont les seules époques de ma vie dont il ne me reste à peu près aucune mémoire de détail.

Ainsi, de ces sombres époques mêmes, je me rappelle, comme des lanternes sous un tunnel, les jours de sortie, chaque période de vacances, les jours d’infirmerie – où l’on était relativement isolé – et jusqu’à toutes les heures consacrées à l’étude du piano ou à la répétition d’allemand, que je passais, seul, ou dans une pièce avec un professeur.

Le reste du temps, pendant cinq années, j’ai vécu de la vie collective qui m’est tellement contraire, probablement, que je m’y ferme, m’y enclos, m’y endors comme une marmotte. Peu importait que l’on m’appelât par mon nom, me fît lever, réciter ma leçon, aller au tableau noir : je récitais ma leçon, j’allais au tableau ; j’étais plongé dans un mauvais rêve. Jamais je ne parvins à m’intéresser à quoi que ce fût.

Mon pauvre père, peu ouvert à l’intelligence d’un tel cas, me voyant si terne et si démoralisé, ne manqua pas de consulter un médecin, lequel ne manqua pas de commettre sur mon cas la plus lourde erreur. J’étais fatigué, prononça l’homme de science, par la multiplicité des sujets d’étude auxquels ma vie à la campagne m’avait trop peu préparé. On en conclut qu’il était prudent de remettre les études de latin, que l’on avait hésité à me faire entreprendre avant qu’on eût tâté mes forces, et qui, en s’ajoutant aux autres matières enseignées, constitueraient pour moi ce qu’on nommait déjà le surmenage.

J’eus un tel déplaisir de cette mesure que je tombai sérieusement malade. Ce n’était pas que j’eusse pour le latin un amour, mais voici quel était l’humble secret de mon désappointement. Je savais que les élèves admis à aller prendre des leçons de latin chez l’abbé Daru y étaient conduits tantôt par un bonhomme surnommé Mac-Mahon, tantôt par une vieille femme que l’on appelait la mère Guette. Mac-Mahon était incorruptible, l’on ne pouvait obtenir de lui aucune complaisance ; c’était entendu ; mais la mère Guette, moyennant finance, procurait quelques friandises et notamment – c’était ainsi – de la moutarde de Dijon, extrêmement prisée parce qu’elle aidait à avaler les mets insipides et en particulier les îlots de veau errant dans la sauce gluante.

Mon père fit le voyage de Poitiers pour venir me voir à l’infirmerie, et même, comme j’étais malade d’une façon inquiétante, il vint avec sa seconde femme, ma belle-mère, qui, n’ayant pas encore elle-même d’enfants, était très gentille pour moi. La vue d’une femme, et jeune, en ma prison, me produisit un effet extraordinaire. Je n’espérais pas revoir jamais de ces images qui mettent au milieu de la triste humanité comme un sourire. Ils eurent une conférence avec le médecin qui hochait la tête de façon peu encourageante ; et j’avais, très nette, l’assurance que ni les uns ni les autres n’entendaient rien à mon état. Ils parlaient de « stimulants », « d’exercice », de « grand air », etc. ; et moi je leur disais : « Je m’ennuie et je veux prendre des leçons de latin. »

« Je m’ennuie » était une expression vague et qui résumait tout ce que je ne comprenais qu’à demi. Cela voulait dire : « Il m’est insupportable de n’être qu’un numéro dans une maison dépourvue d’herbe, de fleurs et ne serait-ce que d’une niche où je puisse, comme un chien, me retirer – mais tout seul – pour penser à mes petites affaires. » Prendre des leçons de latin, cela voulait dire « j’aurai », mais surtout « je me procurerai » de la moutarde, par mes moyens personnels et en usant de ma particulière industrie. Grâce à un effort individuel, sans doute j’aurai moins de dégoût à manger le veau poisseux, mais je me sentirai un petit bonhomme vivant de sa vie propre au milieu de ce troupeau. Nul instinct naturel de rébellion, chez moi, mais possibilité très caractérisée de révolte pour peu qu’on portât atteinte à des inclinations particulières qui m’apparaissaient intransigeantes.

Je crois que j’effrayai ou bien apitoyai mon père par une détermination aussi prononcée. J’étais tellement déprimé qu’il me promit ce que je lui demandais, et il fut convenu avec le Frère Directeur qu’aussitôt rétabli j’irais aux leçons de latin. Alors je calculai si j’aurais assez d’argent pour acheter un pot de moutarde.

Mon bonheur fut si grand que je fus promptement debout, et, dès que je pus sortir, j’accompagnai ceux de mes camarades qui « séchaient » une classe ou deux pour se rendre chez l’abbé Daru.

Hors des portes du pensionnat, avec une douzaine d’élèves seulement et Mac-Mahon, – hélas ! ce n’était pas, ce jour-là, la mère Guette ! – sentiment de libération et de triomphe. Je me demande encore aujourd’hui comment ma joie put être aussi grande ; elle était invraisemblable.

J’étais dans la rue ! Nous ne marchions pas en rang ; nous étions comme des enfants ordinaires accompagnés seulement d’un vieux bonhomme en pantalon pareil à celui de n’importe qui ! Notre groupe n’était pas assez nombreux pour que je fusse confondu, perdu, réduit à l’état neutre ! Je ne contenais ni mon bavardage ni mes cris ; j’étais guéri – même sans moutarde ; mes camarades ne me reconnaissaient pas. L’un d’eux me dit : « Oh ! toi, tu n’es « empoté » que quand tu le veux bien ! »

On descendait la rue d’Orléans, puis, tout au bas, proche d’un vieux temple romain, on tournait à droite dans la rue Sainte-Croix, en passant devant une église. Il y avait des églises, des chapelles et des couvents un peu partout. A l’extrémité de cette petite rue bordée de hauts murs s’offrait en saillie une maison modeste, à un seul étage, et couverte en vieilles briques hémicylindriques, à la mode du Poitou. C’était là qu’habitait l’abbé Daru, l’aumônier du couvent dont nous avions longé les murs d’une altitude propre à garantir les recluses contre les enlèvements les plus romanesques.

On entrait chez l’abbé par le jardin.

293px-Pompeji_vesuvUn jardin ! Je voyais, je foulais du pied un jardin ! Cet enclos me parut et m’est demeuré dans la mémoire comme l’image du Paradis retrouvé. Point de cours de « récréation » ici ! Un jardin avec des plates-bandes, des arbres, des allées désignées par des cordons de buis, des salades sous la paille, une tonnelle en treillage, où s’entrelaçaient des tiges de clématite desséchée ! Toute cette merveille était en tenue d’hiver ; oui, pardieu ! mais je savais ce que c’était que des arbres dépouillés, que des choux gelés et que des légumes qu’on abrite sous des carrés de briques ou des bourrées de bruyère. N’y avait-il pas une serre où l’on apercevait des boutures ! J’aimais l’abbé Daru avant de l’avoir vu : je plaignais tous les enfants qui ne prennent pas de leçons de latin. Et, de la porte d’entrée à celle qui nous introduisait dans la classe, je me remémorai les paroles que m’adressait autrefois le bon curé de Beaumont sur cette langue ancienne et vénérable, que n’était pas seulement celle de l’Eglise, celle de la prière, mais celle de la Beauté, de l’Intelligence et de la Sagesse. Je superposais le jardin fleuri, feuillu, sauvage et si charmant du curé de Beaumont et sa balustrade sur la Creuse, au jardin rigide, glacé, géométrique et contenu par des murs gigantesques, de l’abbé Daru. Mais qu’est-ce que ce fut, quand je vis l’abbé Daru lui-même ! 

Il nous attendait dans une petite salle basse, en demi-sous-sol, où l’on accédait par cinq ou six marches. Il était debout, lisant son bréviaire ; il était rasé de frais, maigre et grand, soigneusement peigné ; d’une propreté méticuleuse ; portait des lunettes, et j’admirai les boucles d’argent, brillantes, de sa chaussure. Il portait aussi en lui je ne sais quel esprit d’ordre, de précision et d’application qui m’influencèrent pour toujours. Cet homme-là savait ce qu’il avait à faire et il le faisait bien. Aucun doute, sur quoi que ce soit, ne se logeait dans sa cervelle équilibrée. Il me baisa sur le front, en m’y faisant du doigt un petit signe, une croix probablement. Je me croyais marqué, et cela seul me parut répréhensible ; mais je pouvais bien lui pardonner cela en faveur de ce qui en lui me plaisait. D’ailleurs j’étais déjà assis à une longue table noire, d’où l’on voyait le jardin, et la leçon commencée. L’abbé, exhaussé légèrement par une petite estrade, était à l’autre bout, appuyé à une table à part. Il ne me laissa guère le temps de contempler la nature, car il m’interrogeait constamment. Mais mes déclinaisons, mes pronoms, mes adjectifs, mes verbes, je savais tout ça : le curé de chez moi, avec sa poésie et son amour de tout, m’avait inculqué ces choses en me charmant et sans que j’y prisse seulement garde. L’abbé Daru me fit avancer vers lui de trois rangs : j’étais plus fort que la moitié de mes camarades. Il me dit :

– Mercredi prochain, vous commencerez le grec.

Le grec ! Ah ! par exemple, j’en oubliai la moutarde qui, pourtant, était la cause très innocente de mon bonheur.

L’avenir des enfants, on est tenté de dire qu’il dépend d’un hasard ; en réalité, il dépend d’une certaine marque d’attention particulière, de quelque satisfaction donnée, qui varie avec les individus, et principalement d’un ascendant qu’on ne saurait définir, qui ne se rencontre, lui, que par hasard, et qui fait miracle s’il se trouve chez celui qui doit former un petit homme.


Extrait de La Touraine. de René BOYLESVE,  Tardiveau, dit René (1867-1926) :  Paris : Emile-Paul, 1926.- 112 p.-1 f. de pl. en front. : couv. ill. ; 20 cm. Saisie du texte et
Adresse : Médiathèque André Malraux, B.P. 27216, 14107 Lisieux cedex Diffusion libre et gratuite (freeware)

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La fête des Morts

Posté par francesca7 le 6 février 2014

 

 220px-Wszystkich_swietych_cmentarzLe 2 novembre : sous un ciel généralement gris qui annonce le début de l’Hiver, les allées des cimetières balayées par les vents se remplissent de vivants et les tombes se couvrent de chrysanthèmes… Si toutes les religions ont un rapport particulier à la mort, la croyance chrétienne en l’immortalité de l’âme et en la communion des saints fut en son temps une véritable révolution spirituelle. Ce jour est l’occasion de revenir sur ces notions clefs du Christianisme et sur cet office des morts qui plonge ses racines dans le Haut Moyen-âge.

Le principe de la communion des saints

Célébrée le 2 novembre, la fête des défunts s’enchaine avec la fête de Toussaint qui a lieu la vieille. La fête de Toussaint célèbre tous les saints chrétiens, dont l’Église a eu connaissance ou non, les cite en exemple pour l’ensemble des fidèles et revient sur le principe d’intercession dans le cadre de la communion des saints. Lors de la fête des Morts, l’Église revient sur ce principe de communion des saints de façon beaucoup plus générale. La communion des saints est la réunion de tous les baptisés en Christ, vivants ou morts, dans le cadre d’une vaste communauté solidaire passant outre les bornes de l’espace et du temps. Pour les Catholiques, les défunts qui ont déjà rejoint le Royaume de Dieu (comme les saints fêtés la veille) peuvent directement intervenir pour aider les vivants en intercédant pour eux auprès de Dieu. Mais pour les Catholiques la solidarité va aussi dans l’autre sens, des vivants vers les défunts.

En effet, certains défunts ne peuvent accéder directement au Royaume de Dieu et doivent d’abord passer par une mystérieuse étape de purification que l’on appelle le purgatoire. Le purgatoire fut longtemps fantasmé, notamment au Moyen-âge et durant la Renaissance. Certains Papes peu scrupuleux sont allés jusqu’à vendre des indulgences aux vivants pour raccourcir leur temps (ou le temps d’un proche défunt) au purgatoire. Cette aberration entraina, entre autres, les récriminations du moine Luther qui, faute d’être entendu, créa un schisme dans l’Église et donna naissance au

Protestantisme. Aujourd’hui le purgatoire est bien considéré comme un état, et non un lieu, un processus de purification où le défunt peut être soutenu par les vivants qui prient pour lui. Le principe de communion des saints est très étroitement lié à l’image du corps du Christ formé par l’Église des baptisés de tous les temps. La fête des défunts n’est donc pas une fête macabre, il s’agit de rappeler la continuité du peuple des baptisés par delà le décès, le maintien de l’unité et des liens de solidarité entre ceux qui ne sont que nés sur Terre et ceux qui sont déjà nés au Ciel.

L’Histoire d’une fête

La fête des Morts dans HUMEUR DES ANCETRES 220px-Catrinas_2Croyant à l’immortalité de l’âme les Chrétiens ont toujours prié leurs morts, mais certains jours leur furent consacrés plus particulièrement. On a souvent tendance à parler de christianisation de fêtes païennes plus anciennes, comme Samain, mais la chose est plus que discutable. En effet, il est indéniable que la fête des Morts succède à d’autres fêtes plus anciennes dédiées aux trépassés. D’ailleurs, toutes les cultures et toutes les religions ont généralement une ou des célébrations liées à cette interrogation universelle et à cette fatalité qu’est la mort.

Toutefois, certaines de ces célébrations, notamment dans le monde romain, servent avant tout à se protéger des morts dont on craint le retour. On leur fait des offrandes, on effectue des rites, avant tout pour qu’ils restent bien à leur place… Le monde des morts, les Limbes, est vu comme sans espoirs (chose qui change doucement avec l’arrivée des cultes à mystères). Le rapport des premiers Chrétiens à la mort est tout autre, ils ne considèrent la mort que comme un passage vers le Royaume de Dieu et croient qu’une solidarité peut être entretenue entre morts et vivants. La logique devient tout autre, il n’est plus question de satisfaire les morts, mais tout simplement de continuer à vivre avec eux. Ainsi, il semble plus correct de dire que la fête chrétienne des défunts succède aux fêtes païennes, plutôt que de dire qu’elle en hérite. La concordance des dates est une évidence symbolique, puisque dans beaucoup de culture l’entrée dans l’hiver est liée à l’entrée dans la mort.

Si les défunts font partie des prières quotidiennes des Chrétiens, ils font très tôt l’objet d’une messe particulière. Déjà en 820 Amalaire, abbé de Metz, évoque l’existence d’un office spécifiquement dédié aux morts. En 998, l’abbé de Cluny Saint Odilon impose à tous ses monastères la date du 2 novembre, au lendemain de la fête de Toussaint qui fait appel à la même notion de communion des saints. Dans la foulée le Pape Léon IX (1049 – 1054) approuve cette date qui devient récurrente dans le monde Chrétien. Tant est si bien qu’au XIIIe siècle le 2 novembre devient officiellement le jour de la fête des morts dans toute la Chrétienté (du moins celle dépendant de Rome, les Arméniens par exemple célèbrent leurs morts à Pâques).

De nos jours en France, le jour de la fête des Morts (ou par défaut le jour de Toussaint, qui est férié) les croyants ont coutume de se rendre sur les tombes des proches pour les fleurir. Au Mexique la fête prend une ampleur particulière, mais sous forme d’un syncrétisme où les Mexicains perpétuent de vieilles traditions précolombiennes consistant à apporter des offrandes aux morts.

source : http://www.histoire-pour-tous.fr/

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Aux origines de la Saint Valentin

Posté par francesca7 le 6 février 2014

 

Carte de Saint-Valentin, vers 1910.Le 14 février est fêté comme étant le jour des amoureux. Alors qu’il est devenu coutume d’offrir quelques attentions particulières à sa moitié, on peut légitimement se poser la question du choix de cette date et du lien avec Saint Valentin. D’ailleurs que sait-on de ce saint que l’Église a remplacé dans son calendrier par Saint Cyrille et Saint Méthode à la fin des années soixante ? Voici quelques éléments de réponse.

 Saint Valentin de Terni

Le 14 février, plusieurs Valentin béatifiés sont célébrés. Toutefois Saint Valentin de Terni est celui le plus généralement assimilé à la fête des amoureux. Selon le Martyrologue romain, Saint Valentin de Terni était un prêtre thaumaturge qui vivait sous le règne de l’empereur romain Claude II, dit le Gothique. En 269, Saint Valentin aurait été arrêté, flagellé, emprisonné puis décapité sur la voie Flaminienne à Rome par ordre de Placide, préfet de Terni. Trois chrétiens (Saints Procule, Éphèbe et Apollône) venus prier de nuit auprès de son corps furent également exécutés. D’autres disciples de Saint Valentin auraient été victimes des persécutions antichrétiennes comme Saint-Craton, dit « l’Athénien », un professeur de rhétorique baptisé par Saint Valentin qui fut exécuté avec sa famille à Rome.

Quand le Christianisme ne fut plus persécuté et devint religion d’état le culte de Saint Valentin se répandit, notamment en Bavière. En effet, des reliques furent apportées à Mais, puis à Passau en 764. Le Saint patron y est là-bas représenté avec un enfant infirme couché à ses pieds rappelant que le saint fut thaumaturge. Il est d’ailleurs invoqué pour la guérison des épileptiques. Mais outre ses talents de guérisseur, Saint Valentin est également le patron des apiculteurs et des fiancés.

La fête des amoureux

Le lien entre Saint Valentin et les amoureux n’est pas tout à fait éclairci et plusieurs hypothèses sont avancées et se complètent.

On a parfois fait remarquer que Saint Valentin patron des amoureux avait été le fer de lance de l’Église, et plus particulièrement du Pape Gelase Ier (vers 498) pour contrecarrer la fête païenne des Lupercales. Durant cette fête en l’honneur de Faunus un bouc était sacrifié dans la grotte du Lupercal (au pied du mont Palatin), puis les prêtres de Faunus enivrés couraient dans les rues avec des lambeaux de peau de chèvre avec lesquels ils touchaient les passants. Pour une jeune femme, être touchée devait assurer une meilleure fertilité et faciliter l’accouchement. Toutefois, et même si la fête païenne fut progressivement éclipsée par la fête chrétienne, la fête de la Saint Valentin ne semble pas avoir était consacrée aux couples à cette époque ce qui contredit l’idée d’une fête antipaïenne faite sur mesure.

220px-St-Valentine-Kneeling-In-SupplicationEn effet, le lien entre Saint Valentin et l’amour courtois ne semble faire son apparition qu’au Moyen-âge, vers le XIVe siècle, alors que l’on considérait que le 14 février (date certainement fixée au Vème siècle), correspondait à la période où les oiseaux commencent à s’apparier : la fête du saint correspondait donc à une période naturelle de mise en couple. En référence à cette vision naturaliste et poétique de l’amour, les jeunes gens s’échangeaient alors des billets en s’appelant mutuellement leur Valentin(e). Cette tradition principalement anglo-saxonne se diffuse sur le continent par des poètes comme Othon de Grandson.

Dans un même temps naissent diverses légendes autour de Saint Valentin qui rapprochent le Saint des jeunes amoureux : ainsi raconte-t-on qu’il fut arrêté parce qu’il célébrait des mariages alors que Claude II les avait interdits à ses soldats. On raconte également qu’il rendit la vue à la fille de son geôlier qui venait le visiter quotidiennement pour qu’il lui décrivît le monde : avant d’être décapité, le saint lui aurait fait parvenir un billet signé « Ton Valentin ». La ferveur nouvelle des amoureux envers Saint Valentin aurait entrainé l’officialisation de ce patronage par l’Église à la fin du XIVe siècle sous le Pape Alexandre IV.

Au XIXe et au XXe la Saint Valentin se popularise crescendo avec l’envoi de cartes entre amis et entre amoureux, puis presque exclusivement entre ces derniers. Toutefois, en 1969, l’Église catholique retira de son calendrier la fête des saints considérés comme légendaires : Saint Valentin, dont l’histoire restait obscure, fit partie du lot. C’est ainsi que contrairement à ce qu’annonce peut-être votre calendrier le 14 février est devenu la fête de Saints Cyrille et Méthode (deux frères qui évangélisèrent les Slaves au IXe siècle) ! Cela n’empêche pas que Saint Valentin de Terni reste célébré ce jour-là dans quelques paroisses et fait partie intégrante de la culture occidentale chrétienne.

Source :

- Martyrologue romain de l’Église catholique

- BAUDOIN Jacques, Grand livre des saints. Culte et iconographie en Occident, Créer, 2006.

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Château de l’Ours à Montluçon

Posté par francesca7 le 4 février 2014

 

 

Le chevet de l'égliseAu temps des premières croisades – l’Histoire ne précise pas la date – la vieille cité de Montluçon était gouvernée par Archambaud, comte de Montluçon, qui, comme beaucoup d’autres paladins, s’en alla combattre en Palestine, où il succomba. En partant pour la Terre Sainte, Archambaud avait laissé au Château de Montluçon, sous la garde de son écuyer Raimbaud, qu’il croyait fidèle, sa femme Ermengarde et ses enfants. Odile de Montluçon, charmante blonde de seize ans en était l’aînée.

Tant qu’Ermengarde vécut, Raimbaud dissimula ses noirs desseins. Mais la veuve d’Archambaud mourut et dans la nuit qui suivit son trépas, l’écuyer indigne ne craignit pas de satisfaire, par la violence, la brutale passion qu’il avait pour Odile. Afin de cacher son forfait, Raimbaud fit boire un narcotique à sa victime, l’enferma dans un cercueil et simula des obsèques.

Peu de temps après, par une nuit noire, il enferma Odile, en compagnie d’une vieille servante, dans le sauvage château des sires de Lignerolles, dont il voulait en faire son tombeau et où elle mit au monde un fils. L’enfant, élevé au milieu des bois, grandissait et errait souvent sur les rochers d’alentour, vêtu d’une peau de fauve, effrayant par sa vue les pâtres du voisinage, qui baptisèrent alors le manoir du nom de Château de l’Ours.

Un jour, sur les bords du Cher, il fit la rencontre d’un vieil anachorète habitant l’ermitage de Ste-Radegonde, auquel il conta les souffrances et la triste odyssée de sa mère. L’ermite, un ancien preux qui avait porté la colichemarde et la cotte de mailles, en informa quelques seigneurs voisins, vassaux de celui de Montluçon, les conduisit au Château de l’Ours et, tous ensemble, s’emparèrent de Raimbaud, au moment où celui-ci venait une fois de plus torturer ses victimes. Le crime de l’écuyer traître et félon, ayant été dévoilé aux habitants de la cité, on le pendit, haut et court, aux créneaux du château de Montluçon.

Odile, ramenée dans la demeure seigneuriale, se retira ensuite dans un couvent de la ville, où elle finit ses jours. Quant à son fils, il s’illustra plus tard en Palestine sous le nom de chevalier Sarrazin.

Telle est la tragédie dont furent témoins les quelques murs qui subsistent encore. Pour l’édification des touristes, promeneurs ou pêcheurs qui hanteront encore ces parages, nous avons tenu à rappeler la légende qui flotte autour de ces ruines archéologiques.

La ruine du château de l’Ours s’élève dans la vallée du Cher, à 9 Km au Sud de Montluçon; et dans un site sauvage aux confins des communes de Sainte-Thérence et de Saint-Genest, à l’extrémité d’une arrête rocheuse étroite, au confluent du Che! et de son affluent le ruisseau de l’Ours. Malgré les efforts des historiens, le passé du château de l’Ours est mal connu…

 

Son nom même a donné lieu à des tentatives d’explication qui, en l’état de nos connaissances, sont autant d’hypothèses. L’Ours pourrait être le nom de la première famille noble qui occupa le château mais on ne sait rien d’elle. Montusés fait remonter le mot à Orcus, autre nom de Pluton, roi des enfers et dieu des morts, et le mot désignerait par extension un lieu sauvage. Selon le docteur Piquand, un ours pyrénéen aurait pu être amené par un membre de la colonie maure rescapée de la bataille de Poitiers (732) et installé dans la vallée de ruisseau de l’Ours, non loin du château, où elle teignait la laine, de la légende .

 La légende ne s’est pas privée d’inventer d’autres explications, toute fantaisistes: le nom proviendrait de l’ours diabolique dompté par Sainte Thérence ou de la peau d’ours dont était vêtue la pitoyable Odile de Montluçon emprisonné dans le donjon.

 

L’explication la plus simple et la plus vraisemblable sans doute est d’ordre étymologique : l’Ours ou Lource, Lource dériverait de la racine préceltique OURS OURCE qui désignait l’eau tumultueuse: le château aurait tout simplement pris le nom du ruisseau de l’Ours qu’il surplombe. L’occupation première du site pourrait remonter à la naissance de la féodalité, aux IXe -Xe siécles, époque à laquelle certains individus ont subjugué les populations locales par leur puissance relative et cherché à asseoir leur sécurité en des lieux naturellement protégés.

Le donjon datant du début du XIIIe siècle, il est toutefois plus vraisemblable de penser que c’est à cette époque que le site fut fortifié dans le cadre d’une politique défensive du Bourbonnais menée par Philippe Auguste et son fidèle vassal Guy de Dampierre contre la menace anglaise venue d’Aquitaine (les anglais ont occupés Montluçon de 1170 à 1188). En récompense de ses loyaux services, Guy de Dampierre reçut alors la châtellenie de Montluçon en augmentation de fief et étendit ses terres vers l’ouest; il lui fallait des défenses solides dans la région de Marcillat, zone limite avec l’Aquitaine; il fit donc construire vers 1210 sans doute le château de l’Ours et celui de Ronnet, places fortes d’un ensemble fortifié s’étendant de Montaigut-en-Combraille à Nouhant.

Toutefois la situation du château de l’Ours au fond d’une vallée étroite difficile à franchir à cet endroit n’étant guère stratégique, on peut imaginer que la forteresse fut construite par le sire de Bourbon à la demande des moines de Menat et pour leur protection; ils étaient en effet établis en aval, à Saint-Genest-Vieux-Bourg, à Polier et à Lavault-Sainte-Anne: le fond de la vallée conduisait tout droit à leurs prieurés.

260px-Le_chateau_de_l'ours_au_début_du_XX_siècleLE SITE / Protégé naturellement par d’impressionnants à-pics du côté des vallées du Cher et du Ruisseau de l’Ours, ce site de confluence ne l’était pas au sud, du coté de l’unique accès possible par l’arrête rocheuse sur laquelle le château fût construit; un ensellement profond, creusé de main d’homme dans le rocher, permit de renforcer ce point faible en même temps qu’il procurait la pierre nécessaire à l’édification de la forteresse: le château de l’Ours est construit sur un éperon barré.

Les gravures du XIXè siècle et les photographies prises au début du XXè montrent les abords du château complètement dénudés. Les troupeaux de bovins, de chèvres et de moutons qui paissaient sur les communaux des Côtes empêchaient alors la repousse de la végétation.

Sauvage et pittoresque le site fut classé en 1941, surtout à cause de l’originalité de sa  végétation : le buis, qui aime le sol calcaire, y prolifère sur le sol granitique.

 Le donjon / II est le vestige essentiel de cet ensemble fortifié. On en remarque la maçonnerie soignée, les rares ouvertures aux jambages et linteaux taillés, les chaînages de pierres équarries séparant les trois niveaux de la tour, qui mesure aujourd’hui 19 mètres de haut et 9,50 m de diamètre à la base.

Une ouverture pratiquée dans la muraille au sud, après l’abandon du château, permet d’entrer dans la salle du rez de chaussée (diamètre: 2.55m), d’apprécier l’épaisseur de la muraille (3.40m) et de constater que l’accès à cette salle se faisait uniquement par l’oculus percé 7 m plus haut au centre de la voûte en forme de goulot de bouteille (diamètre: 0.47).

Cette salle était la cave, le magasin à vivre du château et non, comme on l’imagine souvent, une oubliette abondamment évoquée dans les légendes. Elle servit pourtant de prison au moins une fois, en 1422, lorsque Guillaume du Betz, à la fois seigneur brigand de l’Ours et capitaine gouverneur de la justice de la ville de Montferrand, se vengea de ses administrés qui l’avaient mis à la porte en y enfermant deux otages.

D’un diamètre intérieur de 3.26 m la salle circulaire du premier étage n’est éclairée que par deux couloirs rayonnants la reliant à travers la muraille aux deux seules grandes ouvertures du donjon dominant le Ruisseau de l’Ours; celle de l’Est était agrémentée d’une bretèche en planches reposant sur les deux pierres apparentes en saillie et servait de latrines ; seule entrée possible, l’ouverture nord était accessible par une rampe fixe en bois prenant appui sur le sol et reposant sur le pilier, continuée jusqu’à la porte d’entrée, par une passerelle amovible, conformément au principe des donjons romans .

Par un escalier à vis construit dans l’épaisseur de la muraille et éclairé par deux petites ouvertures, on accédait du premier au second étage, quasiment borgne, circulaire lui aussi à l’origine, transformé plus tard en salle rectangulaire de 3 mètres sur 4, pourvue d’une _cheminée. LBIERJEON (exemple ancien doryon)

La hauteur de la tour jadis était de 24mètres, quand elle était coiffée de hourds en bois débordant du donjon. Au haut de la muraille on voit les trous où prenaient appuis les jambes de force qui soutenaient la courtine couverte de tuiles, poste d’observation idéal, moyen de défense vertical aussi.

Les propriétaires du château de l’Ours

Le château de l’Ours appartint dès le XIIIe siècle à la famille noble de la Voreille (Mazirat), puis passa par mariage en 1350 à la famille du Betz, propriétaire d’une seigneurie dont le siége primitif se tenait en face, sur Saint-Genest, entre Pégut et Rillat. Il passa à la couronne avec le rattachement du Bourbonnais à la France (1531).

Le château a pu être occupé jusqu’au XVIIe siècle au plus tard; il fut sans doute rarement, sinon jamais, résidence seigneuriale. Bastion défensif de la châtellenie de Montluçon, il abrita le plus souvent une garnison, une cinquantaine d’hommes d’armes au plus.

Le château de l’Ours est aujourd’hui propriété de la commune de Sainte Thérence, qui se soucie de la sauvegarde de ce bel exemple d’architecture militaire inscrit au « Monuments Historiques» (1995) d’une conception déjà archaïque d’une cinquantaine d’années quand il fut construit, au début du XIue siècle.

Après avoir mis la ruine hors d’eau en 1993 en faisant couler au sommet du donjon une dalle de béton, tâche délicate confiée à des alpinistes en bâtiment, le béton étant apporté par hélicoptère, la commune de Sainte-Thérence a fait réaménager en 1996 le chemin d’accès à cet imposant vestige historique.

Les légendes

Château de l’Ours à Montluçon dans CHATEAUX DE FRANCE 1-3Une telle forteresse rumée se dressant en un site aussi sauvage devait solliciter l’imagination et engendrer des légendes, recueillies par le docteur Piquand.

- On raconte que le château fut construit en peu de temps par le maure I1dérim (alias le malin) pour le compte de Humbaud, moitié seigneur moitié brigand qui lui avait vendu son âme et qui, ayant assassiné son diabolique ami, le rejoignit accidentellement dans l’immense cave qui occupe tout le rocher, dit-on; sa descendance en fut maudite et la foudre détruisit le château.

- Eprise de son cousin Rodolphe, Emma d’Artonne avait dû épouser le sire de Lignerolles qui tue Emma et jette son amant dans les oubliettes du château de l’Ours. Depuis, dit on, la fantôme implacable du sire erre désespérément dans lesruines.

- La pure Odile, fille d’Archambaud de Montluçon parti en Terre Sainte, est l’héroïne d’une légende à peu près semblable, et d’une autre au dénouement moins tragique: elle subit les outrages de Rambaud, homme de confiance de son père absent; Rambaud l’enferme dans le château de l’Ours où elle enfanta un fils; vêtue seulement d’une peau d’ours, elle survécut à une longue et dure captivité et Rambaud fut pendu à Montluçon.

SOURCE : ASSOCIATION Combraille Environnement 03420 Marcillat Mise à jour par la Commnnauté de Communes du Pays de Marcillat en Combraille, décembre 2006                                                                                             

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