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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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Une vie de Moine

Posté par francesca7 le 11 juillet 2014

moine-jour-maigre1Si le repos pris dans les dortoirs communs semble restreint, que dire de la nourriture? Un seul repas par jour l’hiver, deux l’été, le jeûne étant de mise pendant le Carême et l’Avent. ainsi que les lundis, mercredis et vendredis. Ces jours-là. les portions sont réduites de moitié. Les repas sont à base de légumes secs ou frais, de poisson. d’oeufs, de fromage, de pain et de vin. La viande n’est autorisée que pour les malades. d’où l’intérêt manifeste de certains pour l’infirmerie.

Cette vie ascétique et contemplative est entrecoupée d’activités nécessaires au fonctionnement de la communauté, même si les moines ne travaillent pas au sens productif où nous l’entendons aujourd’hui. Ce travail là vient du mot latin tripalium supplice du pal alors que celui des moines vient de labor qui signifie travail sur soi. Orare et laborare, la devise de Saint-Benoît, signifie prier et se construire.

Il y a fort à faire dans une abbaye qui construit de manière quasi ininterrompue et qui reçoit pèlerins. moines érudits, visiteurs ecclésiastiques et aristocratiques, voire royaux. L’abbé choisit régulièrement parmi les religieux ceux qui vont devenir pour un temps limité des frères officiers.

Le chantre s’occupe du déroulement des cérémonies, enseigne le chant aux enfants que leurs parents nobles ont donné» à Dieu et aux novices (qui entrent au monastère à l’âge de 17 ans). Il a aussi en charge tout ce qui touche aux livres, y compris l’approvisionnement en plumes d’oie, parchemins en peau de mouton, cornes de bovidé servant d’encrier… 

Le chapelain assiste l’abbé dans les tâches administratives. Le cellérier fait office d’intendant pour le boire et le manger, voire de gestionnaire de tous les biens matériels, terres comprises. Le camérier s’occupe des vêtements et de la literie ainsi que des ustensiles nécessaires au mandatum (lavement de pieds rituel pris en communauté le samedi soir). La hôtelier accueille les visiteurs de marque et les pèlerins à cheval. alors que l’aumônier se charge des pèlerins pauvres qui vont à pied. Ces charges (officia) dispensent souvent d’assister aux offices. Et les officiers gèrent un budget propre, prélevé sur les offrandes des pèlerins ou les bénéfices de l’abbaye. L’exercice de ces fonctions ne doit toutefois pas être source d’oisiveté et d’enrichissement personnel car, dit clairement la Règle. « personne n’aura quelque chose à soi, rien, absolument rien: ni livre. ni cahier, ni crayon. rien du tout».

Pour toutes les autres tâches matérielles (cuisine. entretien, services de l’hôtellerie. etc.). l’abbaye emploie des serviteurs laïques en nombre peut-être égal à celui des moines. Ces derniers. en raison même de la configuration particulière du Rocher, n’ont ni potager ni verger à entretenir. En revanche, comme ailleurs, certains moines se consacrent à la copie de manuscrits, activité noble qui revêt une importance toute particulière. Les livres sont en effet consub­stantiels au monachisme bénédictin. Ils servent aux offices, aux lectures édifiantes lors des repas au réfectoire, aux leçons des novices et des enfants… On visite aujourd’hui une salle de la Merveille nom­mée scriptorium, mais en réalité, à l’époque roma­ne, âge d’or des manuscrits montois. il n’y a pas de bibliothèque proprement dite, Les livres sont conser­vés à plat, fermés par des chaînes et disposés dans les lieux où ils sont utilisés (églises, réfectoire. cloître…). Ils sont vraisemblablement copiés dans un endroit où le moine trouve chaleur et lumière. 

Les bénédictins qui se sont retirés du monde n’en voyagent pas moins pour acquérir de nouveaux livres et surtout pour administrer les prieurés dont ils tirent profit. Les retraites dans ces monastères dirigés par des prieurs et dépendant de l’abbaye, non soumis à la rude discipline du monastère, semblent être par­ticulièrement appréciées. Mais c’est surtout l’abbé. élu par le couvent, (lui communique avec le monde extérieur.

http://www.histoire-en-questions.fr

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Le corps de la femme au Moyen Âge

Posté par francesca7 le 11 juillet 2014

 

 

téléchargement (1)Le corps est une donnée capitale, que ce soit pour nous, à l’heure d’aujourd’hui, mais aussi dans l’histoire : il permet de comprendre certains comportements humains, et de les expliquer. Le corps féminin est d’autant plus compliqué à aborder qu’il répond à un manque de sources caractérisé, ou plutôt à des discours qui sont avant toute chose le fait d’hommes eux-mêmes. Dans le cadre de cet article, il s’agit d’essayer de dresser un tableau d’ensemble – et quelque peu généraliste – de la conception du corps féminin au Moyen Âge. 

Le discours théorique et savant sur le corps de la femme au Moyen Âge puise dans deux traditions. Dans les Ecritures, qui vont permettre de construire un discours plutôt religieux, mais aussi dans la pratique de la médecine, d’inspiration antique et  arabe – à partir des années 1100 et du XII è siècle -, qui met au point véritablement une conception particulière du corps de la femme, à la fois axée sur une forme de praxis et de poiesis, d’action et de production, au sens aristotélicien du terme. 

Ces deux courants vont converger pour d’une part lire le corps de la femme selon le référent du corps masculin, et d’autre part pour poser le principe d’une subordination, d’une incomplétude, d’une imperfection du corps féminin par rapport au corps masculin. 

A la source : l’imperfection du corps féminin dans les Ecritures

Deux textes fondateurs existent dès les origines, qui constituent véritablement deux référents majeurs qui animent le discours médiéval concernant les Ecritures : la Genèse, tirée de l’Ancien Testament, ainsi que la première exégèse chrétienne faite sur la Genèse par Saint Paul. Dans un premier temps, il s’agit de s’intéresser au discours proposé par l’Ancien Testament sur la femme, qui perdure jusqu’à Saint Paul de Tarse, au Ier siècle de notre ère, et bien au-delà encore. 

Dans le vocabulaire même, on peut déceler une dépendance évidente de la femme, puisqu’elle a « été prise de l’homme » : d’abord parce qu’elle vient de sa côte, du « côté » d’Adam, mais surtout parce qu’elle a été façonnée à partir d’un morceau de l’homme. De plus, le latin qualifie la femme de « virago », alors que l’homme est « vir » : l’origine étymologique même du terme « virago » vient de son référent masculin. En réalité, la femme a été créée selon l’étalon masculin, sans jeu de mot ; cette extraction suppose une subordination, puisqu’Adam demande une aide, se sentant seul, ayant besoin d’une « auxiliaire ». 

Par exemple, l’iconographie médiévale fait d’Adam celui qui accouche d’Eve, qui sort par son flanc. La perfection de nature, selon les médiévaux, est scellée par l’articulation que les théologiens font entre les deux récits de création, destinés à n’en constituer qu’un seul. Cette particularité finit par conduire à une forme d’incomplétude de nature de la femme, d’une imperfection de son anatomie. 

La femme est une « image d’image », puisqu’elle a été créée à partir de l’homme, qui lui-même a été fait à l’image de Dieu. Par rapport au sens possible du premier récit, on assiste à un véritable déclassement ontologique, qui porte sur l’essence féminine, sur la nature de la femme. Ici, les choses sont de suite beaucoup plus tragiques concernant le sort de la femme, puisqu’il ne s’agit plus simplement d’une quelconque subordination hiérarchique vis-à-vis de l’homme, mais plutôt d’un éloignement caractérisé de la nature et de l’essence féminines de la figure de Dieu : l’on rentre dans un discours de nature, qui fige la nature féminine comme étant plus éloignée de Dieu – dans sa création – que l’homme. 

Saint Paul de Tarse et le corps féminin

Les Epîtres de Saint Paul de Tarse sont antérieurs aux Evangiles, et sont les textes les plus précoces que les historiens possèdent en termes de théologie. Saint Paul fait du couple homme-femme la base de toute la cellule chrétienne : tous deux viennent de Dieu, et sont complémentaires, à la fois dans leur volonté et dans leur(s) action(s). Par exemple, Paul rappelle régulièrement les obligations que le mari a envers sa femme ; il y a une réciprocité – qui ne veut toutefois pas dire égalité ! Ici, il faut être très prudent : Saint Paul s’inspire directement de l’Ancien Testament ; il ne faut pas faire de lui un des précurseurs de l’égalité entre les sexes. En réalité, la relation est nettement dissymétrique, est directement issue de son interprétation et de sa lecture de la Genèse. Même si les hommes doivent aimer leurs femmes – autant qu’ils s’aiment eux-mêmes, cependant – étant des images de Dieu, l’épouse est et reste la « chose » de l’époux. 

Saint Paul accentue le principe de subordination sociale de la femme, construite à partir et sur le récit de la Genèse – tout cela, bien entendu, dans un discours extrêmement péjoratif vis-à-vis du corps féminin. Saint Paul cherche constamment à faire le lien entre la création et le péché originel, et construit la responsabilité d’Eve dans le péché originel en la raccordant au fait qu’elle soit d’une nature dérivée de celle d’Adam. Elle fut séduite en premier parce qu’elle fut d’une nature seconde par rapport à Adam ; Saint Paul est le premier à faire cette jonction entre la responsabilité de la femme dans l’histoire du péché originel avec un discours sur la nature féminine. Saint Paul, par un génie absolu, part d’une infériorité patente de la femme pour la retransposer sur le récit du péché originel. 

Le discours médical sur la femme au Moyen Âge

Tout le Haut Moyen Âge fonctionne sur la tradition du galénisme, sur l’héritage du corpus de Galien (qui est lui-même tiré du corpus d’Hippocrate), que l’on peut toutefois qualifier de figé. Cette médecine galénique est prolongée à partir du XI è siècle par les premières traductions venant de l’arabe, et surtout par celles d’Avicenne (Cf. le Canon d’Avicenne). Au XIII è siècle, par exemple, le De animalibus d’Aristote est traduit. 

Ces traductions galéniques et aristotéliciennes ont une lecture très mécanique du corps, voire même

« hydraulique » : les dynamismes corporels reposent sur la théorie des humeurs et sur les « souffles », les « pneuma », qui font circuler les humeurs à l’intérieur du corps et causent les équilibres mais aussi les déséquilibres. Il s’agit véritablement pour eux d’un « corps machine », qui fonctionne comme un mécanisme. 

Dans cette lecture tout à fait particulière, la femme est perçue comme un « homme en creux », parce que le rapport masculin-féminin est construit dans un réseau d’analogies. Par ailleurs, ceci est un des grands principes de la médecine galénique, dans les rapports entre le microcosme et le macrocosme, entre l’homme et l’Univers, où l’analogie est omniprésente. Nous sommes ici dans un système d’imbrications et de mise en symétrie des organes. Le vagin est par exemple considéré comme un pénis inversé ; le clitoris est comparé au prépuce ; les ovaires aux testicules ; la femme aurait aussi une émission de sperme ; etc.

téléchargement (2)Un autre principe médical sur le corps féminin existe : il s’agit de celui de l’instabilité des organes féminins. La matrice, notamment, n’est pas fixée dans le corps. Suivant son positionnement dans le corps, elle peut avoir une influence sur la santé de la femme, sur ses humeurs au quotidien, sur son caractère, etc. Il ne s’agit ni plus ni moins que la base médicale de l’hystérie, qui a commencé par l’idée de « l’utérus baladeur » ! En réalité, le centre de gravité de la femme est déterminé par rapport à la sexualité. 

Dans la pratique médicale, comme nous pouvons l’observer dans les sources, on constate que les médecins ne traitent pas différemment le corps féminin du corps masculin. Néanmoins, le discours médical pose une infériorité et une imperfection du corps féminin vis-à-vis de celui de l’homme, qui se confirme à la fois dans les principes posés par l’Ancien Testament, et dans le laïus de Saint Paul de Tarse.

 

Pistes bibliographiques :

J. LE GOFF et N. TRUONG, Une Histoire du corps au Moyen Âge, Paris, Liana Levi, 2003.

J.-C. SCHMITT, Le Corps, les rites, les rêves, le temps. Essais d’anthropologie médiévale, Paris, Gallimard, 2001.

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Cloches savoyardes

Posté par francesca7 le 9 juillet 2014

 

220px-Cloche_La_Savoyarde_du_Sacré-Coeur_de_Montmartre-1907La Savoyarde est la plus grosse cloche de France. Elle a été fondue en 1891 par la fonderie Paccard (Dynastie de Georges, Hippolyte-Francisque et Victor (ou G&F)) à Annecy-le-Vieux. Elle se trouve à la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, à Paris.

Ce bourdon, toujours un des plus gros du monde, pèse 18 835 kg, mesure 3,06 m de hauteur pour 9,60 m de circonférence extérieure, avec une épaisseur à la base de 23 cm et un battant de 850 kg.

Elle fut offerte par les quatre diocèses de Savoie et son arrivée à la basilique du Sacré-Coeur le 16 octobre 1895 fut un événement parisien.

Elle sonnait uniquement pour les grandes fêtes religieuses, notamment à l’occasion de Pâques, de la Pentecôte, de l’Ascension, de Noël, de l’Assomption et de la Toussaint ; on pouvait l’entendre à 10 km à la ronde. Malheureusement depuis la fin des années 1990, une fêlure est apparue.

 

Histoire d’une Basilique

Le 8 décembre 1870, deux Parisiens exilés à Poitiers en raison de la guerre, Alexandre Legentil et son beau-frère Hubert Rohault de Fleury, font le vœu de faire ériger à Paris une église dédiée et offerte en réparation des offenses faites au Sacré-Cœur du Christ. Mis en contact avec le P. Ramière, directeur du  » Messager du Sacré-Cœur de Jésus », M. Legentil lance dans cette revue, en janvier 1871, l’idée qui deviendra le Vœu National. Le 18 janvier 1872, Mgr Guibert, archevêque de Paris, approuve le projet. Le 5 mars 1873, il adresse une lettre au ministre des Cultes demandant  » qu’un temple, élevé pour rappeler la protection divine sur la France et particulièrement sur la Capitale, soit placé dans un lieu qui domine Paris et puisse être vu de tous les points de la cité « . C’est ainsi que naquit la Basilique du Sacré-Cœur.

Réalisée par souscription, la construction de la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre à Paris correspond à une des demandes de Sainte Marguerite-Marie (1647-1690) lors des apparitions de la Sainte Vierge à Paray le Monial.

Description de la cloche et de ses accessoires :

Masse en mouvement : 25 765 kg

Poids : 18 835 kg

Hauteur : 3,06 m

Circonférence : 9,60 m

Battant : 850 kg

Joug : 4650 kg

Historique du Musée PACCARD

En 1984, la fonderie PACCARD organisait une journée porte ouverte lors de laquelle se révéla l’intérêt du public pour l’art campanaire. Aussi Pierre Paccard et son épouse Françoise décidèrent-ils de créer un musée dédié aux cloches et plus particulièrement à la fonderie PACCARD, alors installée à Annecy-le-Vieux. Transféré en 1989 à Sevrier, en bordure du Lac d’Annecy, le Musée de la Cloche, expose un ensemble d’outils, de documents, gravures, photos et cloches retraçant l’histoire de la cloche et de la Fonderie Paccard. Un film d’une vingtaine de minutes permet également d’assister à la réalisation ainsi qu’à la coulée de la plus grosse sonnerie en volée du monde. 

Aujourd’hui dirigé par Anne Paccard, belle-fille et épouse de fondeur, re-baptisé musée PACCARD, ce musée pas comme les autres propose un large éventail de visite. : visites guidées du musée et de la fonderie, coulée des cloches, visites pédagogiques…

Depuis Juin 2005, le musée s’enorgueillit également d’une ARS SONORA®, nouveau concept d’urbanisme développé par le groupe PACCARD, aillant la musicalité des cloches au design architectural. Cette ARS SONORA® donne au musée un supplément d’âme et permet l’organisation de concerts chant & carillon ainsi que de nombreuses formules de visite. 

Témoignage rassurant de notre passé, le Musée Paccard se veut également le reflet du présent et de l’avenir du métier de fondeur de cloches, notamment à travers les nouvelles technologies utilisées par la Fonderie Paccard. 

Découvrez le Musée PACCARD en vidéo…

Image de prévisualisation YouTube

http://www.youtube.com/watch?v=yfPmzY97utY

 

 

 

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La vallée du Fango et sa rivière

Posté par francesca7 le 9 juillet 2014

 

280px-Vallee_Fango-Pont_de_MansoL’ensemble de la vallée, soit les 23 500 ha du Filosorma, constitue la réserve de biosphère de la vallée du Fango désignée par l’UNESCO le 1er mars 1977. Sa structure de coordination est le Parc Naturel Régional de Corse (PNRC). Le cœur en est la forêt de Piriu, peuplée d’eucalyptus, de pins maritimes et larici ainsi que de remarquables chênes verts multiséculaires qui, dit-on, seraient les plus vieux du monde. La yeuseraie de Piriu (77,9 ha) n’est pas exploitée depuis 1850. Le fleuve est peu touché par les activités humaines qui résident en l’élevage et le tourisme. Toutefois, la fréquentation touristique s’est fortement développée ces dernières années le long du fleuve, en raison des baignades, créant de nombreuses nuisances au cours d’eau et à ses rives. Le périmètre du bassin versant du Fango est aussi désigné site Natura 2000.

Le Fango a des eaux très claires s’expliquant par leur très faible minéralisation. Les trois quarts des éléments dissous contenus dans les eaux du Fango sont issus de l’atmosphère, ce qui le rend sensible à la qualité de l’air et des pluies, à la pollution atmosphérique et à celle engendrée par les activités humaines proches.

La vallée du Fango abrite la forêt du même nom, la plus vaste forêt de chênes verts de Corse et même d’Europe, ce qui lui vaut d’être classée « réserve de biosphère ». Vous trouverez également pendant votre balade le long du torrent des piscines naturelles se formant à plusieurs endroits. Plus vous avancerez dans la vallée du Fango, plus vous aurez l’impression d’être seul au monde ! Créée en 1977, la réserve de biosphère correspond au bassin versant du fleuve Fango, torrent de montagne se jetant dans le golfe de Galeria en Corse. Elle s’étage de la mer Méditerranée jusqu’à une altitude de 2 556 mètres. Sur 23 400 hectares, on peut observer différents étages d’un paysage de vallée à caractéristique méditerranéenne prononcée, de forêt sclérophylle et maquis méditerranéens.

L’embouchure du Fango est une mosaïque de milieux riche biologiquement : avifaune, amphibiens, reptiles…

La yeuseraie du Fango est une futaie ancienne remarquable où le chêne vert prospère. Les paysages escarpés de la haute vallée sont le domaine du mouflon de Corse, du gypaète barbu et de l’aigle royal. Dans ce cadre grandiose de nature préservée s’écoule le torrent du Fango réputé pour ses eaux limpides, d’excellente qualité chimique, pauvres en sels minéraux, et pour ses truites endémiques.

L’activité humaine est très discrète avec 400 habitants répartis dans différents hameaux des communes de Galéria, Manso et Calenzana.L’économie repose essentiellement sur l’élevage et un tourisme limité à juillet et août concentré sur le littoral et les rives du Fango

Le bassin versant du Fangu enserre les terres du Falasorma et du Marzulinu, encore empreintes des traces de la grande transhumance entre piaghja et muntagna. Ce territoire est aujourd’hui un vaste domaine de nature préservée, désignée Réserve de Biosphère par l’UNESCO, où coexistent habitants, touristes, gestionnaires de l’environnement et chercheurs. Le Fangu draine le versant ouest d’une des parties les plus élevées de la grande dorsale montagneuse corse (Punta Minuta : 2556 m). Ses gorges creusées dans la rhyolithe et ses aires naturelles de baignade engendrent une fréquentation estivale importante.

Une balade de choix consistant à remonter la vallée du Fango à partir de Galeria. Le départ est à 2 km après l’embranchement de la route de Calvi, en allant vers Porto ; on peut aussi faire tout le chemin à pied, en prenant le départ le long du Marsolino, environ 1 km sur la D81, en direction de l’aéroport de Calvi. Très belle route, beaux points de vue, vieux ponts et petites rivières. C’est le paradis pour la baignade, le farniente et le plaisir des yeux. Au programme : eau limpide et chaude, cascades, piscines et toboggans rocheux naturels. On peut suivre en voiture jusqu’à Barghjana, étape importante sur l’ancien chemin de transhumance reliant le Niolu à la Balagne, et continuer jusqu’à cette montagne extraordinaire, scindée en deux par un phénomène naturel, Capo Tafonato à 2 335 m d’altitude. Sur la rive droite du fleuve, la forêt domaniale du Fango

Le Fango (Fangu en corse) est un petit fleuve côtier français de l’île de Corse. Il coule dans le département de Haute-Corse.

 

 

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Histoire de la Penfeld

Posté par francesca7 le 9 juillet 2014

 

Le chanoine Moreau décrit ainsi le port en Penfeld à la fin du xvie siècle :

220px-Chateaubriand_Condé« L’entrée du chenal n’était pas, comme aujourd’hui, fermé par une chaîne [le texte date de 1860]. La rivière la Penfeld n’avait aucun barrage, et la nuit sa navigation demeurait entièrement libre. Aussi les rives, sous le château et du côté de Recouvrance, étaient-elles garnies d’une foule de bateaux parmi lesquels il y avait toujours une grande quantité de barques appartenant aux pêcheurs qui venaient journellement vendre leurs poissons aux Brestois. Les rivages, escarpés, entièrement en terre, étaient couverts à leur sommet de hautes herbes et à leur base de limon fangeux ; la rivière, mal curée, menaçait de se combler en certains endroits à cause de la vase qui obstruait son lit. »

Dans Mémoires d’Outre-Tombe, daté de janvier 1814, François-René de Chateaubriand décrit ainsi les quais côté Recouvrance :

« Souvent, assis sur quelque mât qui gisait le long du quai de Recouvrance, je regardais les mouvements de la foule : constructeurs, matelots militaires, douaniers, forçats, passaient et repassaient devant moi. Des voyageurs débarquaient et s’embarquaient, des pilotes commandaient la manœuvre, des charpentiers équarrissaient des pièces de bois, des cordiers filaient des câbles, des mousses allumaient des feux sous des chaudières d’où sortaient une épaisse fumée et la saine odeur du goudron. On portait, on reportait, on roulait de la marine aux magasins, et des magasins à la marine des ballots de marchandises, des sacs de vivres, des trains d’artillerie. Ici des charrettes s’avançaient dans l’eau à reculons pour recevoir des chargements ; là, des palans enlevaient des fardeaux, tandis que des grues descendaient des pierres, et que des cure-môles creusaient des atterrissements. Des forts répétaient des signaux, des chaloupes allaient et venaient, des vaisseaux appareillaient ou rentraient dans les bassins. »

En 1882, l’École des pupilles de la Marine est transférée depuis Recouvrance sur les bords de la Penfeld, à La Villeneuve.

Dans sa Grande Encyclopédie publiée en 1885, Camille Dreyfus décrit le port en Penfeld, en commençant par la rive gauche, côté Brest même :

1024px-Brest_le_port_en_Penfeld_1777-Louis-François-Cassas_mg_8240« Le port proprement dit s’étend jusqu’à l’ Arrière-Garde dans une longueur de rivière de 2200 mètres. Les deux rives communiquent par deux ponts flottants. Les édifices du port, dont la plupart ont été construits par Choquet de Lindu, n’ont point d’ornements, leurs lignes sont simples.Immédiatement après la porte d’entrée principale, on rencontre la forme de Brest, bassin creusé en 1683 et agrandi en 1864 pour se prêter aux dimensions des navires actuels. Vient ensuite le bel édifice du Magasin général, où l’on remarque la tour carrée de l’Horloge, et dont l’esplanade est décorée d’une gracieuse statue de Costou, l’Amphitrite, qui surmonte une fontaine, et de la Consulaire, canon pris à Alger en 1830. Plus loin est l’ancien bagne qui renferma jusqu’à 3000 forçats, la Corderie, divers magasins et ateliers, tels qu’une scierie mécanique, puis les cales de construction de Brest, au nombre de six (1833-1863), pouvant recevoir les plus grands navires. Entre l’Arrière-Garde, bâtiment flottant, et le poste défensif à terre, est une chaîne de clôture. »

Il poursuit sa description en présentant les installations portuaires de la rive droite, côté Recouvrance :

« Du côté de Recouvrance, à partir du Pont tournant, on trouve les ateliers de l’artillerie, la Salle d’armes, les ateliers de la Madeleine et du plateau des Capucins, les quatre formes de Pontaniou. Aux extrémités de ces ateliers sont deux môles de maçonnerie : l’un d’eux, dit du viaduc, est relié au terre-plein du plateau par une arche en plein-cintre de 30 mètres d’ouverture. Une des curiosités du port est la Grue du viaduc pouvant servir de machine à mâter. Citons encore les deux cales de construction dites des Bureaux, les ateliers de calfatage, les quatre cales de Bordenave. À l’extrémité nord du quai de ce nom se trouvait la colline du Salou, massif de gneiss d’une hauteur de 25 mètres, formant une pointe vers l’est, en forçant la rivière à suivre une courbe prononcée. On l’a complètement dérasée, pour creuser une gigantesque forme double dans l’esplanade obtenue, à des profondeurs qui permettent d’y entrer à toutes marées les plus grands navires tout armés. au-delà, jusqu’à l’ Arrière-Garde, le quai de Quéliverzan sert à déposer les charbons de terre. »

Le même auteur poursuit ainsi sa description à propos de l’arrière-port :

« L’arrière-port, depuis ce point jusqu’à Penfeld, où se termine le bras de mer qui forme le port de Brest, renferme encore, sur une longueur de près de 2 500 mètres, plusieurs établissements. Citons : la Digue, ou Île factice, destinée à accumuler les eaux douces, qui rendent par leur mélange avec l’eau de mer, le séjour des tarets impossible, ce qui a permis d’établir en ce point un dépôt de bois ; la buanderie de la marine, à l’anse Saupin ; l’ancienne usine de la Villeneuve, vaste espace où l’on a placé dernièrement les pupilles de marine. »

Au xixe siècle et au début du xxe siècle, les rives de la Penfeld furent aussi un site de repos et de loisir pour l’aristocratie et la bourgeoisie brestoise : sur ses berges accueillantes et verdoyantes s’implantèrent de nombreuses maisons de campagne, propriété de familles cossues comme les Tremblay, les Bordenave, les De Vassal, les Malmanche, les Riou-Kerhallet (célèbres armateurs de bateaux corsaires).

Une stèle, située face à la cale de Kervallon, rappelle que François-René de Chateaubriand, inscrit à l’école des Gardes de la Marine de Brest afin de devenir officier, se promena sur ses rives en 1783.

En 10193, le fleuve s’appelait en latin Caprella issu de caprae : « chèvre sauvage » ou « chevreuil », en breton c’havr et gavrig : « cabri », « chevrette ». Et Brest s’appelait alors Bresta super caprellam, soit « Brest-sur-Chevrette ». Ici, la logique permet de voir une mauvaise transcription phonétique, par un moine, du breton en latin. Caprella est en fait Kap Uhelañ en breton avec une aspiration bien marquée sur le h qui a pu faire entendre un r. Aujourd’hui on rencontre Cap Uhella dans certains noms de lieux-dits tel qu’à Plougastel-Daoulas. Ce toponyme signifie La Pointe ou Le Promontoire d’en haut.

La Penfeld dans la base navale de Brest.Le latin cap ou caput se traduit par penn en breton, “tête” en français, Caprella est devenu pen-rella, variant au gré des générations en pen-vellapen-fell puis Penfeel en 1248 (du nom du petit village installé au niveau du gué existant à la limite de la remontée de la marée sur le petit fleuve côtier permettant le franchissement par la route, ancienne voie romaine allant de Vorgium à la pointe Saint-Mathieu via Saint-Renan), germanisé plus tard au xviie siècle en Penfeld par un ingénieur de la Marine ou par des brasseurs de bière alsaciens qui installèrent à la fin du xviie siècle une brasserie dans l’anse Saupin (à l’emplacement de l’actuelle buanderie de la marine).

La Penfeld, est un fleuve côtier français, long de 16 km, sur la rive gauche duquel s’est développée la ville de Brest, dans le Finistère.

 

 

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Le guérisseur de l’Yonne

Posté par francesca7 le 7 juillet 2014

 

1Il habitait en haut de la colline à portée de regard du village. Cachée parmi les frondaisons sa demeure croulait sous les ans. Sur le seuil, les ronces et les orties enlaçaient la porte branlante. Il n’avait aucun confort et ne s’en souciait point. Il avait le front des gens têtus et le menton des hommes de caractère. Son regard curieux gardait, en dépit de son grand âge, la pureté des océans. Solitaire, il paraissait apprécier cet isolement. Il avait du caractère le guérisseur, débonnaire et très original, il possédait quelques similitudes avec les gros nounours mais comme les plantigrades, réagissait violemment dès qu’on égratignait sa délicate susceptibilité.

S’il se promenait dans les rues du bourg c’était toujours avec un carnier dans le dos. Il trimbalait parfois un renard mort dans sa musette, la tête passant d’un côté, la queue de l’autre. La bête n’était pas toujours très fraîche et la puanteur persistait après son passage.

Il lui arrivait de refuser la conversation, il prétendait alors avoir l’oreille paresseuse, mais il entendait parfaitement.

Il avait été un garde forestier actif. Très au courant des choses de la nature, il connaissait les plantes qui guérissent. Mais il ne faisait pas le rebouteux, ce n’est pas lui qui aurait manipulé une épaule luxée ou des vertèbres indisciplinées. Il n’avait pas envie de casser du bonhomme. – Laissons ces choses sérieuses aux gens sérieux. Moi si je ne vous fais pas de bien, je ne vous ferai pas de mal, clamait-il, avec un petit sourire amusé.

Les plantes et les remèdes de bonnes femmes, il connaissait. Il ne se faisait pas payer mais la petite pièce ou l’invitation à déjeuner étaient néanmoins bienvenues. Les patients n’étaient point légion et pourtant quand le médecin tardait à trouver le chemin de la guérison, certains lui faisaient confiance et souvent, mystère de la vie, ça marchait 1

Il connaissait les décoctions nécessaires à la confection de la tisane qui guérit la toux et recommandait pour le mal de gorge les gargarismes à la goutte ou au rhum, au choix disait-il et « tu peux avaler mais ne t’éloignes pas trop de ton lit ! Tu peux recommencer le lendemain mais surtout « gargouille » bien tout ça au fond de la gorge ».

Il y avait des adeptes même après le mal dépassé…

– Pour le cholestérol, rien de plus simple. Si ton toubib n’arrive pas à t’en débarrasser fais une cure d’oignons. Pendant quinze jours, tous les matins, tu fais bouillir un oignon bien épluché et froid ou chaud t’en avales un grand verre à jeun. Succès garanti ! C’est vrai ont affirmé les anciens mais ce n’est pas très bon, il faudrait un peu de sel.

– Ah non surtout pas !

– Pour les piqûres de guêpe ou d’abeille: retirer le dard, prendre trois herbes ou plantes différentes, bien montées en sève de préférence, et les écraser sur la plaie en frottant fort, il n’y aura ni enflure ni douleur.

– Pour les orties, frotter la peau avec la terre prélevée sur place ou encore avec des feuilles de plantain..

Pour son conseil le plus judicieux, donné en confidence aux intimes, il était nécessaire de tendre l’oreille afin de capter le précieux message.

– La sciatique ! Ah ! La sciatique ! J’voudrais pas prendre le pain des médecins mais c’est ben simple. Tu t’allonges par terre, les épaules ben calées au sol, en appui avec les mains sous une base solide, un meuble bas par exemple, les jambes repliées sur le thorax, genoux le plus près possible de la poitrine et sans décoller les épaules, tu bascules à droite puis à gauche.

Tu fais ça tous les matins, tu vas bien la décoincer c’te colonne.

Il n’avait pas grosse affluence de patients le guérisseur, c’est surtout à lui-même qu’il appliquait sa thérapie et ça semblait bien lui réussir au père Fouassier, jusqu’au jour où… Mais il était trop tard.

On n’a encore rien trouvé de mieux pour soigner les hommes que la mise en oeuvre des recherches effectuées depuis toujours par des scientifiques longuement préparés. Les êtres sont mortels et le médecin ne peut pas non plus l’impossible. Mais on ne lui reconnaît même plus le droit à l’erreur et la perfection qui n’est point le lot de l’humanité, de lui, est exigée.

Ce n’est pas le père Fouassier qui aurait pratiqué l’exorcisme, avec lui ni prières, ni apposition des mains. Il parlait parfois de ces pratiques avec une petite moue dubitative, aimant à rappeler que jadis on clouait les chouettes sur les portes de la grange pour conjurer la malédiction.

En parlant des « barreux » il avait toujours un petit sourire et son oeil malicieux pétillait de malice.

– Ces gars là, disait-il ont des formules secrètes; chacun a la sienne et s’oblige à en être le gardien. J’en connais cependant quelques-unes que je tiens de l’abbé Bourge, curé de Saint-Martin.

– Par exemple pour guérir les brûlures dites trois fois: Feu de Dieu perd ta valeur. Esoenareth et appliquez dessus de la confiture de groseilles.

– Pour l’amour: Prenez un trèfle à quatre feuilles, mettez-le dans l’eau bénite, faites-le sentir à la personne dont vous voulez être aimé, faites une prière dessus et dites 3 Pater et 3 Ave.

En dépit de ses dénégations on sentait bien que le vieil homme avait testé ces pratiques, par simple curiosité sans doute.

Mais le vieux garde n’était pas sot. Il prétendait que la nature avait prévu le remède pour chacun des maux qu’elle pouvait engendrer et que cette thérapie naturelle se trouvait toujours près du mal.

– La nature, disait-il est bien meilleure chimiste que l’homme.

Mais il disait aussi qu’elle était impuissante face aux pandémies et à l’usure de l’organisme ainsi qu’au disfonctionnement des organes.

C’était un érudit qui avait fait de hautes études à Paris au lycée Condorcet, mais il aimait trop la nature et la solitude pour résister à l’appel des forêts. -

Il savait que notre planète qui compte 800.000 espèces végétales dont 300.000 à fleurs, fournit un dixième de ses ressources à la recherche pharmaceutique et cosmétique.

téléchargement (17)Il prétendait qu’on fabriquait une molécule de synthèse connue sous le nom d’aspirine à partir de la reine-des-prés, encore appelée ulmaire.

Il citait le pavot comme étant la fleur du bien puisque donnant le fruit qui produit l’opium, base de la morphine. On sait depuis qu’elle peut-être également la fleur du mal puisqu’on l’a détournée de son noble destin pour en faire l’héroïne.

Il reconnaissait que les guérisseurs avaient, pour certains, un réel succès auprès des patients pour avoir obtenu des résultats convaincants:

– C’est la foi qui sauve. Ces gens là ne guérissent que les malades imaginaires mais c’est déjà un bon résultat !

Le vieil homme était apprécié pour sa lucidité et son humour, pourtant lorsqu’il est parti pour le dernier voyage, rares ont été ses concitoyens à l’accompagner. Il avait depuis trop longtemps recherché l’isolement.

 

Source : de Pierre JEAUNEAU  - CIEL DE  PUISAYE  Edité en décembre 2001- 

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l’Apocalypse du Pauvre à Saint-Léger-Vauban

Posté par francesca7 le 7 juillet 2014

 

images (26)On voit, d’après ce défilé de pierres animées, que l’on peut à sa suite parcourir une bonne partie de notre département.

Ce n’est cependant qu’à son extrême sud, dans les granites du Morvan, que l’on trouvera une tradition de mégalithe animé parée d’un éventail complet de symboles fantasmagoriques: la légende de la Pierre-qui-Vire de Saint-Léger-Vauban.

La Pierre-qui-Vire, que l’on a considéré quelque temps comme un dolmen, est surmontée depuis 1853 d’une grande statue de la Vierge Marie, érigée par les moines bénédictins du monastère de Sainte-Marie-de-la-Pierre-qui-Vire, en exécution d’un vœu de son fondateur, le Père Muard, décédé peu après en 1854.

Une première version de la légende nous est fournie par l’abbé Louis Brullée dans son Histoire du Père Muard parue en 1864 (39). II s’agit d’un extrait du discours prononcé par le R.P. Saudreau, du monastère de Flavigny, lors de l’érection de la statue.

«Il y a dix-huit siècles, lorsque la main divine de Jésus-Christ n’avait pas encore fixé au ciel du monde le soleil de l’Evangile, qui devait dissiper la nuit du paganisme, et détruire les horreurs de son culte, ce lieu était consacré à l’idolâtrie. Autour de ce dolmen se rassemblaient les peuplades nombreuses des Gaulois; ils venaient offrir leurs hommages, adresser leurs prières à leurs divinités, et assister aux sacrifices qui se faisaient en leur honneur. Là, sur cette pierre, coulait le sang des animaux et quelquefois un sang plus noble, le sang royal de la création, le sang de l’homme. Là, au sein de cette forêt, habitaient les prêtres païens, c’étaient les Druides».

Dans le chapitre V de son ouvrage consacré aux monuments, Paul Sébillot a montré que l’association entre dolmens, gaulois et sacrifices humains avait toutes les caractéristiques d’une légende moderne, forgée par quelques érudits vers 1780 et largement répandue par ceux que l’on a appelés par la suite les «celtomanes». Malgré les nettes réfutations apportées par Cambry et Legrand d’Haussy dès 1800, puis par Prosper Mérimée en 1840, on pouvait lire en 1876 dans le Dictionnaire Breton-Français de Troude, V° Dolmen: «Ils [Les Gaulois] y faisaient des sacrifi­ces humains ou autres, ainsi que semblent l’attester les petites haches et les coins trouvés sous ces monuments, ainsi que les rigoles tracées sur les pierres pour l’écoulement du sang … ».  

Le R.P. Saudreau, en 1853, était manifestement encore sous l’influence celtomane. On peut difficilement lui jeter la pierre quand on pense à quel point cette légende des sacrifices humains sur les dolmens est encore vivace chez certains de nos contemporains de la fin du XXe siècle…

En 1870, Victor Petit, à qui on ne la faisait pas, ouvre une première brèche dans le mur de désinformation qui entoure la Pierre-qui-Vire. D’abord, il relève deux éléments-clefs de l’authentique légende morvandelle: «L’une des légendes relatives à la Pierre-qui-Vire est celle-ci: la pierre virait (tournait) toutes les fois que minuit sonnait au clocher de Vaumarin. Or, à Vaumarin, hameau d’une vingtaine d’habitants, il n’y eut jamais ni église ni chapelle. Ces sortes de jeux de mots sont très nombreux en Morvan et on doit s’en défier sans cesse. Les villageois du Mor­van n’ont pas de plus grand plaisir que de se «gausser des messieurs de la ville». Il ne nous semble pas possible que ce bloc ait jamais pu être tourné ou ébranlé par la main des hommes.» Quant à l’explication celtomane, elle ne convainc pas plus Victor Petit qui rejette en bloc les trous creusés «pour recevoir le sang des victi­mes», les rassemblements de Gaulois, les sacrifices, et ajoute même que la Pierre­qui-Vire «n’offre rien de plus remarquable que d’autres pierres agglomérées sur le sommet d’une petite butte qui domine le petit hameau des Barraques, près de la lisière de la forêt de Saint-Léger … » .

Même traitement pour la «Roche des Fées» de Quarré-les-Tombes, «massif rocheux de granit à gros grain, fort curieux à étudier pour la juxtaposition et la superposition des différents blocs qui le composent. On peut facilement parvenir sur le sommet de ce groupe dans lequel l’imagination populaire locale voit ou croit voir une foule de choses, notamment la table où on égorgeait les victimes, le fau­teuil du juge et surtout les rigoles par lesquelles coulait le sang des victimes. Des villageois raconteront sérieusement tous les détails des sacrifices humains prati­qués par «les prêtres de l’ancien temps». Tous ces récits fantastiques se répètent avec une ténacité singulière. Nulle réfutation n’a chance d’être écoutée et encore moins d’être accueillie comme vraie» 

images (27)La «ténacité singulière» remarquée par Victor Petit n’aurait-elle pas été nourrie des explications distillées par le curé-doyen de Quarré-les-Tombes, l’abbé Henry, qui était présent en 1850 lors de l’installation du Père Muard et écrivait en 1875 : «La Pierre-qui-Vire: roche aplatie et à peu près ronde, qui a plus de 12 m de circonférence… Elle a évidemment servi à faire des sacrifices, car en déblayant le terrain qui l’entoure, on trouva, en 1853, un fragment de coquille marine» (43). L’abbé Henry ne rapporte pas ici une légende, mais contribue à en asseoir une autre. Pourtant le curé-doyen est au courant du fait que «cette pierre tourne toutes les fois que midi sonne à Vaumarin, hameau de six feux, le plus rapproché de la Pierre-qui-Vire, et qui n’a jamais eu d’horloge…»

La thèse de la rotation resurgit, mieux étayée, dans la petite brochure intitu­lée «Une excursion dans le Morvand en 1872», par A L. Morlon (44). «Voici la Pierre­qui-Vire; et tout d’abord, vire-t-elle ? Non. A-t-elle jamais viré ? Je ne le crois pas, puisqu’elle est en équilibre sur deux points. Cependant, cette légende se raconte: quand, à midi, le soleil dardait ses rayons sur le dolmen et que l’Angélus sonnait à Vaumarin, la pierre virait trois fois. Le Père Isidore nous donne une explication aussi simple que juste; si la pierre, dit-il, ne tournait pas sur elle-même, elle oscillait facilement de bas en haut, et il se souvient de lui avoir imprimé avec une seule main un mouvement vertical d’une dizaine de centimètres. Nous regrettons de ne pou­voir en faire autant; la partie jadis branlante a été maçonnée en dessous. Le monu­ment se compose d’une grosse pierre posée sur un rocher; elle a trois mètres de long, deux de large et un mètre d’épaisseur environ. Au dessus les religieux ont placé depuis le 27 septembre 1853 une sainte Vierge de grande dimension.»

A.L. Morlon réfute ensuite l’origine artificielle du mégalithe, qui pour lui n’est que le résultat d’un phénomène classique d’érosion. Mais il ne peut renoncer à évoquer nos glorieux ancêtres: «Ici, nous le croyons, se tint une assemblée de Gaulois; on évoqua Hésus ou Teutatès, et les druides, par leur éloquence, enflam­mèrent le courage des guerriers éduens et leur inspirèrent le goût des combats…»

L’abbé Poulaine, dans son Guide du touriste dans l’Avallonnais , a sim­plement passé sous silence l’aspect légendaire du site, se contentant d’affirmer son origine naturelle.

Retour en scène des druides en 1933, dans le Guide du Morvan, publié par le Comité de Propagande Touristique du Morvan, sous le titre «La Pierre-qui-Vire»: «Remarquable chemin de croix taillé dans le roc : autel celtique supportant une statue de la Vierge»… et à propos des rochers légendaires d’Uchon: «…qui furent utilisés soit comme tombeaux, soit comme autels, par les Druides»…

Les versions de la légende notées par ces auteurs font pâle figure en regard de celles qu’ont rapportées, chacun de son côté, Jean Puissant, G. Bidault de l’Isle  et A. Guillaume.

Les deux premiers textes diffèrent par quelques points, mais l’essentiel est préservé. D’une part, plus question de druides, de gaulois ou de sacrifices san­glants. Le Morvan semble avoir chassé ces fantômes tardifs du Siècle des Lumières et «récupéré ses chaussures». Bidault de l’Isle écrit avoir entendu personnellement cette légende d’un vieux paysan morvandiau, au cours d’une veillée, à St Germain des Champs, à la fin du XIXe Siècle. Or donc, en ce temps-là, chaque nuit de Noël, les fées venaient «…danser en rondes infernales autour de la pierre au-dessus de laquelle trônait le démon lui-même.» Dans l’intervalle des douze coups de minuit sonnant à la chapelle de Vau-Marin, la roche tournait sur elle-même, découvrant une crypte regorgeant de fabuleux trésors. On disait qu’il était possible, durant ce bref laps de temps, d’y puiser à pleines mains.

Une jeune paysanne, Jeannette, décide, malgré la défense maintes fois proférée, de profiter de l’aubaine. Trouvant un prétexte pour ne pas assister à la messe de minuit, elle se rend, portant son bébé avec elle, jusqu’à la roche maudite. Au premier coup de minuit, la crypte s’ouvre, elle descend, pose l’enfant sur le tas – et se sert copieusement, insoucieuse du temps qui s’écoule. Au douzième coup, alors que la roche commence à se remettre en place, elle reprend conscience et s’échappe de justesse, oubliant le bébé au fond du trou. Réalisant trop tard que la cavité est à nouveau scellée, Jeannette tente, mais en vain, de repousser le lourd couvercle.

De retour de la messe de minuit, le mari, furieux contre la jeune mère, jette « l’or du diable» au fumier. Puis, aidé de voisins et amis, il essaie à son tour d’ébran­ler la dalle, sans succès. Quand à l’or maudit, le matin venu, il n’en reste que petits fragments de charbon…

Un an après, une année passée en remords et ferventes prières, la malheu­reuse épouse revient à la pierre, qui s’ouvre à nouveau, découvrant le bébé en train de se réveiller. Alors qu’elle va s’en saisir, un ange apparaît et lui fait un petit sermon dont la conclusion est: «Sache désormais te défendre des tentations que le Diable sème sur la route des âmes pour les mieux entraîner à leur perte!» Puis l’être de lumière interdit, d’un geste de son épée, à la pierre de virer désormais, dérobant à jamais ses trésors aux yeux des hommes. Il trace une croix sur le bloc et disparaît. : la terre tremble alors, secouant les chaumières, faisant déborder le Trinquelin, et le plus étonnant de l’histoire, la chapelle de Vaumarin disparaît sans laisser de trace !

«C’est depuis ce temps là, conclut le conteur, qu’il n’y a plus jamais eu de sabbat dans le voisinage de la Pierre-qui-Vire» . Et de préciser que ce n’est que « bien plus tard» que les moines construisirent là une abbaye et installèrent la grande statue de la vierge à l’enfant sur le «dolmen».

Le texte de Jean Puissant, publié deux ans avant celui de Bidault de l’Isle, comporte quelques éléments supplémentaires. Tout d’abord, le fait que la pierre, avant d’être cimentée, «bougeait au moindre choc». C’est bien ce que racontait le Père Isidore à ses visiteurs de 1872. De plus, elle faisait peur: passer dans ses para­ges exposait à des accidents de toutes sortes. Enfin, contrairement à l’autre version essentiellement moralisatrice, l’auteur insiste fortement sur les distorsions de la perception dont étaient victimes les personnes qui s’attardaient auprès de la Pierre-qui-vire.

La_Pierre_qui_Vire,_à_Saint-Léger-Vauban«Ils sentaient leurs cheveux se dresser sur leur tête, une sueur froide leur le dos, le sang battre leurs tempes, et leurs jambes flageolantes étaient pri­vées de mouvement. Alors ils voyaient d’étranges spectacles. Lesquels ? A leur retour, ils ne se confiaient pas volontiers, mais leurs regards se tournaient en dedans d’eux-mêmes, et ils frissonnaient. Malgré leur discrétion, on avait pu, au cours des ans, recueillir des bribes de renseignements, contradictoires, d’ailleurs. Les uns avaient vu des ombres imprécises environner la pierre; les autres avaient pu distin­guer des faces hideuses de monstres aux yeux luisants et aux becs avides; certains avaient du tourner autour du rocher dans la ronde des fées, et s’y étaient affaissés, évanouis de fatigue; quelques uns parlaient d’un gigantesque vieillard aux traits effrayants qui leur barrait le chemin, ou encore d’une belle jeune femme à la robe blanche et aux bras nus, qui restait assise sur le bloc de granit, les fixant d’un regard étrange qui les faisait défaillir. Mais tous étaient d’accord sur un point. Tous avaient vu la pierre tourner d’elle-même. Une force invisible les clouait au sol et les obligeait à regarder» (50). Et c’est là que se rejoignent Puissant et Bidault de l’Isle: c’est pendant les douze coups de minuit de la nuit de Noël que s’ouvre la crypte, découvrant « des diamants, des rubis, des topazes et des pièces d’or qu’un enchanteur avait entassés là en un trésor fabuleux.» Quelques instants pendant lesquels on perdait ses repères «car à ce moment-là les minutes paraissaient des siècles».

La mise en garde est ici des plus nettes: ceux qui ont essayé de toucher au trésor de l’enchanteur ont disparu à jamais. Un vieillard, «Simon-Bras-de-fer», avoue avoir perdu courage au dernier moment.

Dans le texte de Jean Puissant, la jeune femme, nommée tantôt «Marie de la Roche» tantôt «Marie des Roches», est veuve. Elle méprise tous ces couards d’hommes et croit pouvoir mettre la main sur le trésor. Mais comme la Jeannette, son tablier plein de richesses, elle sort de la crypte en oubliant son enfant. Ce n’est que rentrée dans sa cabane qu’elle s’en rend compte.

Il lui faudra attendre la Noël suivante. Elle passe l’année dans la douleur et la misère, sans profiter de son trésor, et, le moment venu, jette or et pierreries dans l’excavation où l’attendait son fils qui «lui tendait les bras, ses grands yeux bleus ouverts, souriant, tel qu’il était un an auparavant, le jour où elle l’avait perdu.»

Marie saisit son fils et… remercie la «Pierre-qui-Vire» !

La version de Jean Puissant s’arrête ici: point d’ange, point de tremble­ment de terre, point de chapelle évanouie. La pierre garde tous ses pouvoirs.

Une troisième version de la légende, antérieure aux précédentes, présente l’intérêt d’être entièrement écrite en parler morvandiau. Elle fait partie d’un ouvrage intitulé L’Ame du Morvan, édité en 1923 par Mme Gervais, à Saulieu. L’auteur, le docteur A. Guillaume, exerça la profession de vétérinaire à Saulieu de 1901 à 1943.L *Ame du Morvan a été rééditée en 1971 par les «Amis du Vieux Saulieu». Sous le titre «Lai Pierre-que-Vire», l’auteur énonce, dans une version développée, la légende dont Puissant et Bidault de l’Isle ont recueilli, chacun de son côté, des élé­ments différents. En sus, Guillaume pimente son texte d’une série de notations pro­pre à réjouir les folkloristes. Deux éléments retiendront particulièrement notre at­tention.

D’abord, une série d’indices typiquement «sabbatiques». Au milieu des divers cris d’animaux dont retentissaient les bois «jor et neut, mas seurtout de neut», « on entendot étou des autes breuts que venint de por d’ ilai et de lai rivière, qu’on ne saivot pas pair quoué qu’al étint faits! peu, quéque fois des mouénées lumières qu’ ment des luyottes qu’ ai’llint que venint por lâvent dans les fonds. On viot don et on entendot! Les mondes de tot por d’ ilai és ailentours dünt que tot ce qu’on croyot été des bêtes, étint des sorciers et des sorciéres que se chouingint qu’ment çai pou v’ ni an sabbait…» – traduction littérale: «jour et nuit, mais surtout de nuit, on enten­dait aussi d’autres bruits qui venaient de par-là et de la rivière, qu’on ne savait pas par quoi ils étaient faits! Puis, quelquefois des petites lumières comme des vers luisants qui allaient et venaient par là-bas dans les fonds. On «voyait» donc et on «entendait» ! Les gens de la région disaient que tout ce qu’on croyait être des bêtes étaient des sorciers et des sorcières qui se transformaient comme çà pour venir au sabbat.»

On trouve ici, avec les mystérieux bruits nocturnes et les lueurs qui vont et viennent, le thème des animaux qui seraient en fait des sorciers déguisés en route pour le sabbat. Sébillot  a noté parmi ces nocturnes le lièvre, qui nous renvoie quelques instants en Sénonais. Sur les confins de Gron et Collemiers, non loin du sommet boisé du «Bois Gorgon», un climat s’appelle «Les Demoiselles», évoquant les fées; un autre, le «Marchais au Pesme» (du latin «pessimus», le très mauvais, le pire: un des noms du Diable) et un autre enfin la «Côte aux Lièvres». Le «Bois Gorgon» serait-il un nouveau repaire de «sabbatins»?

L’autre élément à retenir concerne un rite particulier de la veillée de Noël, consistant à secouer avec un tison la bûche de Noël dans l’âtre pour la faire «éveyer», c’est-à-dire jeter des étincelles:
«Evêye, évêye, évêyons
Autant de gerbes que de gerbeillons !…»

«Paisse que vous saivez que pus lai cheuche de Noé en breulant, fait d’évêyies vou d’étincelles qu’ment qu’on dit en ville, chi vous eumez mieux, pus a y airé de gerbes tant grousses que p’tiotes ai lai mouéchon.» Autrement dit: «parce que vous savez que plus la souche (ou bûche) de Noël en brûlant fait d’ «évêyies» ou d’étincelles comme on dit en ville, si vous aimez mieux, plus il y aura de gerbes tant grosses que petites à la moisson.»

Ceci pour rappeler que cette nuit, à nulle autre pareille, impose des rites: la veillée, avec les «éveyies» de la «chuche» en prélude â la Messe de Minuit, rite capital auquel il ne faut pas se soustraire. De plus, à cause de la loi sur le jeûne – le prêtre ne pouvait célébrer et les fidèles communier qu’en étant à jeûn depuis mi­nuit -, on n’entrait dans l’église que les douze coups sonnés… laps de temps où s’ouvrait également le monde interdit !

Le Morvandiau – il n’en a pas le monopole – est un chrétien formaliste. A part Noël, il y a d’autres dates sacralisées à l’extrême, et notamment l’une d’entre elles qui, encore de nos jours, semble surpasser la Nativité dans la ferveur popu­laire: les Rameaux.

A ce sujet, la version du docteur Guillaume, la plus ancienne et la plus complète concernant la Pierre-qui-Vire, a un antécédent: curieusement, l’ouvrage de l’abbé Baudiau cité plus haut présente, sous une forme dépouillée bien que paradoxalement noyée dans le mélodrame, les éléments essentiels que l’on retrouve, près d’un siècle plus tard, dans les trois versions du XXème siècle. Il s’agit d’un texte, également rédigé en patois, avec traduction en regard, et intitulé «La veuve et le trésor du dimanche des Rameaux» .

Baudiau ne donne d’abord qu’une localisation vague: «sur le flanc d’une des montagnes du Morvan», sans plus de précision. Ensuite, comme chez Puissant, la pierre est le siège de phénomènes paranormaux: «.., ain groos carté d’raice, lai qu’ot dieient qu’in viot, aine piarre lai voù qu’las fées v’neient las autefois s’aichéte. Ol y fiot toot d’moinme quéequ’fois aine peute çarue !». Baudiau donne en regard une traduction adaptée, dépatoisée pourrait-on dire: «…un bloc de rocher où il se faisait diverses apparitions: une grosse pierre sur laquelle les druidesses du pays venaient s’asseoir autrefois. On y entendait, en effet, de temps en temps, un bruit effrayant.»

En voici une deuxième traduction, plus littérale: «…un gros quartier de roche ­où il se disait qu’on «voyait», une pierre où les fées venaient autrefois s’as­seoir. Il s’y faisait même quelquefois un vilain chahut !»…

Au passage, notons deux termes importants:

- on «voyait»: allusion aux apparitions. Guillaume, rappelons le, en rajoute : « on viot don et on entendot !» et le même mot a été employé (voir supra) à Villlemanoche, sous la plume de Tavoillot à propos d’une série de pierres «où l’on voit encore».

- la «peute çarue»: l’adjectif «peut», au féminin «peute», désigne en Mor­van le diable, dont il ne faut pas prononcer le nom. «Peut» signifie «laid», et «peute çarue» n’est autre qu’un «chahut d’enfer». On retrouve en Sénonais l’adjectif «put»: à Thorigny-sur-Oreuse existe la «Mardelle au Put». A Collemiers, il y a également un Marchais au Pesme». Le Dictionnaire de Jossier ne cite pas «pesme», que l’on trouvera dans le Larousse del’Ancien Français (53) avec le sens de «très mauvais, très méchant», cependant que «put» (id. p. 483) signifie en premier «puant, sale, infect» et en second: «mauvais, méchant». Ces deux climats feraient donc référence au diable et par voie de conséquence, au sabbat !

Ceci pour rappeler que, malgré la distance, le Sénonais est bien le fils du Morvan. L’Yonne ne charrie-t-elle d’ailleurs pas, sous forme de sable, les débris des granites qu’elle caresse dans son cours supérieur ?

Chez Baudiau comme chez Puissant, la jeune femme est veuve, avec un bébé. Le moment est différent: il s’agit de l’«Attolite portas», lorsque, après la procession des Rameaux, le prêtre frappe trois coups à la porte de l’église à l’aide de la croix (pendant quelques minutes a lieu un dialogue, à travers la porte, entre le prêtre et le chantre). La suite est analogue: ouverture de la roche, apparition du trésor… la femme se sert, oublie l’enfant sur le tas d’or et ne peut le récupérer qu’une année après. Enfin, apparition de l’ange qui tire la morale de l’histoire: «Soovins-toi qu’lai plus groosse ricesse d’aine mère, iot son p’tiot» .

L’abbé Baudiau, à l’instar de ses contemporains et confrères les abbés Henry et Brullée et le R.P. Saudreau, déjà cités, y était pourtant allé de son couplet celtomane à propos de la Pierre-qui-Vire: «… cet autel solitaire, où le sacrificateur gaulois immolait, dans les dangers de la patrie, d’aveugles et ignorantes victimes …».

Malgré cette tendance à évoquer le «passé druidique» du Morvan dès qu’il s’agissait de mégalithes, de folklore ou de superstitions, le curé de Dun-les-Places, qui comprenait parfaitement le patois, fut le premier à consigner fidèlement – à une druidesse près -, avec cette tendresse particulière qu’il portait à ses ouailles, la légende du trésor maudit. Qu’il ne l’ait pas localisée montre que peut-être à l’épo­que elle ne l’était pas: l’essentiel du message ne visait pas une pierre particulière. Il s’agissait plutôt d’une mise en garde générale, d’un défaut de la cuirasse humaine contre lequel on devait être prévenu, en Morvan comme ailleurs.

La riche ornementation de ces quatre récits contraste avec le caractère el­liptique des traditions du nord de l’ Yonne, mais peut-être certains éléments recueillis au bord du Trinquelin peuvent-ils servir de clef pour décrypter les «fragments sénonais.», d’autant que la Pierre-qui-Vire n’est pas unique en France: celle de Bussière-Dunoise (Creuse) se soulève également pendant la messe de minuit et laisse voir d’immenses trésors.

D’abord, le thème du sabbat, que l’on retrouve à Villemanoche comme à Theil-sur-Vanne et Vaumort, autour du «Petit doigt de Gargantua» près d’Avallon et du «Marchais Chabot» de Champigny-sur-Yonne, ainsi qu’à Chéu «au Sauvoy, lieu­dit Chaumecey»; la toponymie sabbatique du nord de l’ Yonne pourrait d’ailleurs faire l’objet d’une recherche particulière.

Passons encore quelques instants en compagnie de l’abbé Baudiau. Pour le curé de Dun-les-Places, le sabbat fait partie de l’histoire, et les traditions qui s’y réfèrent reposent sur le souvenir d’événements très réels et relativement récents.

«La croyance aux sabbats, où l’on dansait en rond autour du diable, qui y apparaissait sous la forme d’un bouc et se faisait adorer, était naguère très répandue dans le Haut-Morvan. Son origine remontait au druidisme, qui y conserva, jusque dans ces derniers siècles, d’aveugles sectateurs. Ceux-ci, faisant un odieux mé­lange des pratiques chrétiennes et des superstitions païennes, se rendaient, de nuit et en secret, au fond des forêts les plus sombres, les plus désertes, où quelque vieux druide, déguisé, pendant le jour, en pâtre ou en marchand, leur prêchait l’antique croyance de la caste et les initiait à ses rites.

images (28)«Ces réunions impies furent désignées sous le nom de sabbat, et les sectateurs sacrilèges sous celui de sorciers. L’imagination populaire, qui exagère et défigure tout, tenait pour certain qu’ils s’y transportaient par les airs, au moyen d’ une graisse diabolique, dont ils se frottaient les membres». Les «sabbatins» auraient donc constitué une véritable internationale de la «vieille religion». Cette idée est encore partagée de nos jours par différents auteurs. Ainsi, le celtisant Gwench’lan Le Scouëzec la défend-il avec insistance dans un ouvrage réédité en 1996 .

De même, suivant les auteurs du Guide de la France mystérieuse, qui rap­pellent que les sabbats et autres pratiques de sorcellerie furent sévèrement réprimés jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, «il est vraisemblable que les sorciers et les sorcières ont été groupés, dans toute l’Europe, en sectes ou en sociétés secrètes qui ont op­posé au catholicisme des initiations fondées sur des rites païens archaïques. L’am­pleur des poursuites judiciaires et policières entreprises dans tous les pays de la chrétienté pour exterminer des milliers d’«adorateurs du diable», l’unanimité de la jurisprudence, l’uniformité des aveux et des confessions des accusés sont autant de faits qui démontrent l’existence d’un vaste mouvement de croyances et de prati­ques hérétiques, principalement répandues durant les siècles qui précédèrent et qui suivirent la Réforme» .

Mais la théorie selon laquelle l’«ancienne religion» aurait été organisée par-delà les frontières et ce jusqu’à la fin du XVIIIè siècle, n’est-elle pas, à son tour, une construction d’intellectuels sans rapport avec la réalité?

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Le long de la ruelle Guichard

Posté par francesca7 le 7 juillet 2014

Villemanoche est une commune française située dans le département de l’Yonne en région Bourgogne.

Il y a beaucoup de grosses, très grosses pierres sur les coteaux de Villemanoche et encore plus dans les bois qui les surmontent. C’est, avec Champigny­-sur-Yonne, un prolongement de la forêt de Fontainebleau.

téléchargement (16)Le 9 mars 1991, en fin d’après-midi, par un chaud soleil attirant déjà quelques vipères sur les grès du «Haut pays», j’avais rendez-vous au bout du chemin du Moulin avec M. Jacques Rouif, maire-adjoint de Villemanoche. Après avoir parcouru une centaine de mètres à travers un fouillis de repousses d’acacias, il étendit le bras et annonça: «Voilà le monstre !». J’avais devant moi la «Roche Bran­lante», bloc de «sablon» gris clair de près de 9 mètres de hauteur. La largeur du grès à la base avoisine 6 m d’un côté, 4 à 5 m de l’autre. La face tournée au soleil levant est verticale et évoque un clocher d’église avec son sommet en pyramide, comme – taillé en berceau», écrivait l’abbé Prunier (3).

«Ma mère, ajouta M. Rouif, raconte que la «Roche Branlante» va boire un coup dans l’Yonne une fois par an, pendant la messe de minuit… en passant par la ruelle Guichard!» (Mme Rouif est née en 1907).

La ruelle Guichard prend naissance une vingtaine de mètres à l’ouest de l’église de Villemanoche. Sa largeur n’excède guère 3 mètres au début. Après un parcours sinueux, elle dévale soudain la pente en ligne droite, se rétrécissant constamment, et finit par un goulet d’à peine l m 50 de large entre deux maisons de la rue de Paris. Détail suggestif, la maison de gauche, bombée, présente une large fissure à quelques mètres du sol, comme si une masse énorme l’avait heurtée à plusieurs reprises ! Jean Ray aurait pu en tirer une terrifiante histoire. Remarquons au passage que la ferme de M. Rouif est au chevet de l’église… tout près de la ruelle Guichard !

Face au débouché de la ruelle, rue de Paris, une autre maison. Le passage est donc bouché: c’était déjà le cas sur le cadastre de 1812. Par où la géante rejoi­gnait-elle l’Yonne ? Peut-être, n’en étant plus à un exploit près, sautait-elle par dessus les toits ? L’histoire ne le dit pas…

L’instituteur J.A. Tavoillot écrivait même à propos de la Roche Branlante(4): «Autrefois, dit-on, on pouvait facilement la mettre en mouvement. Cela n’est pas croyable. Il est vrai que cette roche, dans sa partie hors sol, pèse déjà au moins 300 tonnes… (Les anciens, de façon générale, énonçaient les prodiges de la Roche Bran­lante comme des faits authentiques, à l’indignation de ceux qu’Antoine de Saint-­Exupéry eût appelés les «grandes personnes»).

Mais quel rapport entre la nuit de Noël et cette soudaine activité, d’essence païenne, voire animiste, d’une roche que ne surmonte même pas une croix ? Ce n’est pas pour se faire baptiser qu’elle va vers l’eau et l’Yonne n’est pas le Jourdain…

Le message comprend en fait deux éléments: la nuit de Noël, avec son moment fort, la Messe de Minuit, qui commence traditionnellement le douzième coup sonné, et l’éveil de la Roche qui, dans ce cas précis, va «boire à l’Yonne» à deux bons kilomètres… Pour faire bonne mesure, elle évite soigneusement de lon­ger l’église où les fidèles sont censés être en prière et emprunte sans problème apparent un passage trois fois trop étroit pour elle.

Pas question de s’absenter du Saint Office pour voir cela, d’autant plus, comme fit remarquer un petit enfant à qui je racontais cette histoire, que l’on ris­quait fort de se faire écraser !

L’enfant aurait-il spontanément trouvé, sous la légende, le message crypté ? Nous verrons un peu plus loin, en d’autres parages, un avertissement beaucoup plus clair. Notons seulement que cette fameuse nuit, qui suit de peu le solstice d’hiver­ -mort et renaissance de la lumière- est aussi celle où les animaux parlent!

téléchargement (15)G. Bidault de l’Isle note ainsi (5) : «On raconte en Franche-Comté et en Suisse romande qu’un paysan sceptique voulut s’en assurer et pour ce faire n’assista pas à la messe de minuit et se cacha dans l’étable. A l’heure dite, il entendit entre ses boeufs la conversation suivante: «Dis donc, Rousset, nous aurons un rude travail cette semaine! – Comment çà, Rosier, tout notre labeur est pourtant achevé? – Oui, mais nous serons obligés de conduire le cercueil de notre maître qui doit mourir dans trois jours…» On ne dit pas ce qu’en pensa le paysan, ni si le pronostic fut confirmé, mais cette histoire suffit à détourner les gens curieux de la région de répéter l’expérience pour leur compte.»

Bidault de l’Isle ajoute: «Cette croyance en la faculté qu’ont les animaux de parler lors de l’Élévation pendant la messe de minuit est très répandue aussi en Bourgogne, notamment dans l’Yonne. Elle était autrefois très affirmée. Dans l’Auxerrois, le Morvan, l’Avallonnais, nul n’en doutait. Mais personne n’osait s’en assurer, de peur d’apprendre, comme le paysan sceptique ci-dessus, un fâcheux pronostic. A Fulvy, le bétail frappait du pied et à Viviers il fléchissait un genou au moment même où il allait pouvoir parler… Aussi, lorsque le maître apparaissait portant la nourriture de minuit, s’efforçait-il de ne pas demeurer dans l’étable aussitôt la provende déposée au râtelier.»

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Nicolas et le dessin des Montagnes

Posté par francesca7 le 6 juillet 2014

 

J’ai longtemps essayé de dessiner des montagnes, sans jamais être satisfait du résultat.

Elles sont là face à vous, massives et évidentes, à la fois ombre et lumière, axe et façade ; et le dessin de leurs crêtes qui flirtent avec l’apesanteur des nuages est la clarté même, une sur-clarté pourrait-on dire. Et pourtant la forme d’une montagne, et plus encore son volume, avec ses engrenages, ses plis et replis, se laissent difficilement appréhender. Le minéral d’une manière plus générale ne guide pas le trait du dessinateur : sur une falaise, un rocher, ou même la moindre des pierres il y a mille trajets possibles entre lesquels la main qui dessine aura du mal à choisir. Quand on dessine le vivant, les arbres ou les animaux, on dessine un processus en cours, la feuille veut tomber, le tronc tient en terre, le nuage lui-même a un but qu’il remplit impassiblement.

 images (15)

Avec le minéral, et les montagnes, on se retrouve dans le passé, l’archive, les souvenirs. On effleure, parcourt du regard des êtres secs, sans sève, des fossiles vieux de millions d’années ; et on hésite et se perd parmi un labyrinthe de traces. Face à la complexité inouïe du passé où tant de choses ont été, et subsistent encore sur le mode de l’accumulation, on doit être à la fois dans l’improvisation et la méditation.

Plus ces montagnes m’étaient familières et plus il était difficile d’en rendre compte. Je les connaissais en tant que visages, fronts, barrières, falaises sillonnées de signes, crânes bosselés ou fendus, épaules écorchées ou couvertes de sapinières, bêtes fantastiques, géants. Chacune d’entre elles était une borne puissante, une loi qui à la fois pesait lourdement sur la nature, et la transformait en paysage héroïque, la magnifiait.

Autant de montagnes, autant de lois, autant de noms : Cédéras, Grand Ferrand, Obiou, Chaillol, chacune d’entre elles est vivante, réelle, évidente pour moi, mais aussi pour les hommes et les femmes qui vivent en Champsaur, Valgaudemar, Dévoluy. Mais comment rendre ces montagnes ? Par le biais de quels signes faire qu’elles soient reconnaissables, lisibles et surtout, qu’elles aient un sens pour l’ « étranger ». Comment dessiner le Chaillol, cette montagne axiale, ronde en sa base, massive et solitaire, solaire aussi, et autour de laquelle s’enroulent les Tourond, Petarel, Chaperon. Et Céüze ? Comment rendre cette montagne qui est un peu la Sainte Victoire du Gapençais, un grand front au sommet d’une pente qui ressemble à une longue nuque courant du Nord au sud. Céüze sortant du Dévoluy regarde vers la Durance, et au-delà vers la Provence. Céüze de par sa forme si parfaite, tant de face que de profil devait être un Dieu pour les tribus voconces qui peuplaient la région avant l’arrivée des cartographes romains. Mais comment rendre Céüze ?

Heureusement, ou malheureusement, les montagnes sont pleines de plis, de rides qui courent, ondulent, s’enroulent sur eux-mêmes et bien souvent disparaissent, coupés par une force titanesque, brisés dans leur élan par une autre masse qui a fini par imposer sa loi. On peut être alors tenté de suivre ses plis, par fidélité, ou par amour de la complexité et des caprices du temps. Au lieu de dessiner la montagne comme un bloc, on la saisit, la capture alors dans un faisceau de traits, de veines et veinules qui peuvent rappeler ceux d’un écorché. C’est une montagne palpitante que l’on dessine alors, une montagne cristalline, de verre. 

C’est ce que j’ai fait en tentant de rendre le massif de la Chartreuse. C’est-à-dire que je me suis réfugié dans la complexité, la finesse, le détail ; comme si j’avais voulu rendre le trajet, les recoupements, étoiles, hachures, propres aux lignes d’une main.

images (16)Mais les montagnes ne palpitent pas comme une main ; tout comme elles n’ont pas la fragilité du cristal. Elles ont définitivement achevé leur mûrissement, ce qui les rend insensibles à tout choc. Elles dansent comme des blocs. Elles sont des blocs qui dansent.

J’ai aussi dessiné des dentelles, des dentelles de montagnes, qui pourraient aussi être des cardiogrammes, une accumulation de cardiogrammes qui en se croisant et recroisant finiraient par dessiner la forme générale de la montagne. Cela donne une impression de mouvement, de tremblement ; c’est la montagne-scie, la sierra. 

Mais la montagne ne se résume pas au dynamisme nerveux d’un cardiogramme, son rythme est plus général, plus profond. Non la montagne n’est pas cristal net, un écorché, une main ouverte, elle n’est pas seulement, en son sommet, la clarté d’une ligne en dent de scie ou, en sa base, une accumulation de signes compressés par une matrice primitive : elle est un bloc qui danse. La montagne aurait deux aspects : un aspect apollinien consistant dans la clarté des sommets et le cristal des chiffres, et un aspect dionysiaque qui se confond avec la danse profonde, enivrante, primitive, qui fut celle de la terre il y a des millions d’années, et dont elle reste le souvenir et la continuation. Mêmes figées, arrêtés, elles continuent à bouger, danser, les montagnes dansent, du moins les Alpes dansent, et le Caucase, l’Elbourz, l’Hindu Kush sans doute aussi, bien que je ne les aie pas vues danser en réalité. Le massif des Écrins danse ; les beaux engrenages du massif de Belledonne, de L’Oisans ou du Trièves dansent aussi, en Isère. Peut-être même qu’en dansant ainsi elles impriment un rythme général à la surface terrestre, qui sans elles serait une plaine atone. 

C’est alors que j’ai commencé à dessiner des rythmes, des vagues qui sont aussi des lettres. J’ai calligraphié des montagnes, avec des majuscules – traits épais — qui servent à rendre la silhouette générale des monts et éminences, et des minuscules, signes plus ténus qui représentent son cristal, ses faces. Les majuscules sont des ondulations larges qui donnent un rythme d’ensemble, tandis que les signes ténus se répètent, selon des processus d’accélération ou décélération ; ce sont des signes tendus ou détendus, serrés ou desserrés, à l’intérieur d’une trame, d’un rythme, d’une danse majeure. Les montagnes tout comme l’écriture dansent ; réciproquement le sens d’une phrase ondule, a des sommets, est momentanément brisée, en attente avant de reprendre sa course. Ainsi, à cause de son aspect physique et calligraphique, l’écriture en elle-même devient-elle poésie. 

Mais outre la danse quel pourrait être le rapport entre montagnes et écriture ?

Je dirais que c’est le fait de dire et de cacher tout à la fois. Le monde qui est sur le papier, le monde des lettres, des écritures, n’est que l’ombre du monde réel, c’est un monde d’encre qui dans ses enchaînement parfois parfaits, ses chaînes de lettres, son relief, ferait presque oublier le monde réel ; le cosmos entre dans le tabernacle du livre. De même les montagnes disent et cachent tout à la fois. Les Alpes françaises cachent Turin, le Piémont, l’Italie, les Pyrénées cachent et disent tout à la fois l’Espagne, ces montagnes solides, imposantes, anciennes, parlent de la robustesse et de l’ancienneté de l’Ibérie.

Si bien qu’on finit par adorer une montagne pour ce qu’elle cache : un pays, une culture, une civilisation, un au-delà surtout, qui malgré tous les moyens de communication modernes reste encore mystérieux — « Die Bergen verbergen », « les montagnes cachent », on pourrait hasarder ce jeu de mot en allemand. La Suisse entourée de montagnes est un territoire quasi occulte, secret, coffre-fort et château d’eau. Que serait le mythe suisse sans les montagnes ? Un monde s’arrête au pied d’une montagne, un autre commence de l’autre côté.

Prenons encore Grenoble, cette ville cernée par des montagnes qui, si elles servent de beaux piédestaux aux couchers de soleil, lui cachent aussi le restant du monde, si bien qu’on a parfois l’impression que cette ville est à part. A Grenoble on lit le reste du monde dans l’écriture des montagnes, dans leur phrasé, la danse de trois chaînes qui sont trois engrenages ayant pour noms Chartreuse, Belledonne, Vercors.

La Chartreuse c’est la montagne sainte, le Sinaï qu’on monte comme un escalier, comme une échelle, vers la Bastille et au-delà, où se cache un désert à l’extraordinaire verdure. Elle est aussi une coulée de pierre qui rentre dans la ville, la frappe, l’arrête, elle est la dure loi du Nord, de la Savoie, de la Bourgogne ou de la Suisse. La chaine de Belledonne, à l’Est, est au contraire féminine, dentelée, charnelle, païenne, c’est elle qui dit et cache l’Italie. A l’ouest le Vercors, la montagne pauvre plane parallèlement au flux du Rhône, mais à revers de ce flux. Le bateau du Vercors remonte vers le Nord. Le plateau du Vercors cache le Rhône et avance à rebrousse poil de ce fleuve où prend forme et croît la puissance du Sud. Il dit et cache le Sud.

Chaque montagne a son écriture, sa danse. Danse lourde, massive des Pyrénées, danses vertigineuses des Alpes ou de l’Himalaya, mouvements asymptotiques des Dolomites qui sont des montagnes-piliers avançant en groupe vers la Vénétie, chaque chaîne de montagnes développe un style unique au carrefour de plusieurs pays ou cultures, comme les Balkans, ces montagnes conflictuelles, et toujours en guerre : « vounos » grec, contre contre « dag » turc, « planina » bulgare contre « gora » serbe… 

images (17)Les « Vounoi » grecques descendent vers la mer et sont livrées aux flammes.

En partant des montagnes autour de Grenoble j’ai commencé alors à écrire ces montagnes qui dans mon esprit forment une chaîne continue, une chaîne sans fin qui en suscitant, séparant ou protégeant des cultures, des civilisations, finit un peu par former la colonne vertébrale du monde, sa danse. Que serait la terre sans les montagnes, y aurait-il un monde sans elle, un sens au monde, des points de repère, une géographie physique ou religieuse ? Il n’y aurait pas ces signes visibles pour tous.

 

Au début était la danse violente des blocs. Au Sud certaines sont désormais sierras — en Espagne ou Amérique latine — d’autres sont djebel au Maghreb, les formes tout comme les mots qui disent la montagne changent : mons,orosmontagnamuntemall, chacun de ces mots correspond sans doute à une vision culturelle, mythologique, religieuse, historique de ce qu’est la montagne ; dag Turc, Shan en Chine, Yama au Japon. Chacune doit parler à sa façon d’une genèse. gunung indonésien, menez breton vounos grec. Ce sont des mots, des sons, des sens bien particuliers et sans doute intraduisibles, parce que même physiquement la montagne norvégienne entrant dans la mer n’est pas la montagne axiale tibétaine, qui elle-même n’est pas la montagne-volcan de l’archipel indonésien, ou parce que les Apennins servent de colonne vertébrale à un pays, tandis que le Caucase sépare le monde des steppes du Moyen Orient. Leur action, leur fonction n’est pas la même. Et leur nom non plus, en conséquence.

Au nord, même s’il y a peu à cacher et que l’humain se fait rare, les montagnes existent encore : fjall norvégien, islandais, et même danois, mägi estonien, Vuori de Finlande… Après les montagnes de Grèce ou d’Amérique, j’ai continué à calligraphier et suis aussi passé par elles, essayant d’imaginer leur danse arctique qui finit et commence dans la Mer.

D’autres viendront, encore et peut être finiront-elles par former un grand livre qui pourrait s’appeler, sans aller chercher très loin, « Les montagnes du monde ». 

Auteur : Nicolas Boldych

images (18)Son métier de professeur de français langue étrangère lui a permis de connaître de l’intérieur un certain nombre de pays européens dits de l’Est, tandis que l’intérêt profond qu’il porte aux langues slaves, et d’une manière plus générale à la Babel européenne, l’a amené à des travaux de recherche dans ce domaine (mémoire de DEA portant sur les mots d’origine turque dans les langues balkaniques, thèse en cours sur les langues slaves), des traductions (depuis le tchèque et l’italien), ainsi qu’à l’écriture de récits de voyages et de poèmes. Il aime aborder tout un pays de manière transversale de façon à rendre le foisonnement d’informations, d’histoires, de mots nouveaux ou d’images qu’il recèle. Il collabore, par des articles et des traductions, à deux revues : vulgo.net, fondée par des intellectuels pragois et napolitains, et l’Eco delle Dolomiti, revue, locale et européenne, basée dans le Trentino. Hormis les langues et l’écriture, il dessine ses impressions de voyage, les montagnes du monde, les visages qui hantent les villes. Il poursuit actuellement une thèse à Grenoble, ainsi que l’écriture d’un livre sur la Macédoine, ce pays à la fois réel et mythique.

 

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La Tour du Rhin de Victor Hugo

Posté par francesca7 le 6 juillet 2014

Tour des Rats sur le Rhin :
légende évoquée par Victor Hugo

téléchargement (4)

 
De ses voyages sur le Rhin entrepris à la fin des années 1830, Victor Hugo rapporte un recueil publié en 1842 et intitulé : Le Rhin. C’est dans la lettre XX, cependant qu’il s’apprête à découvrir sur le terrain la célèbre Tour des Rats dont on lui a parlé dans son enfance, qu’il évoque la légende attachée à ce lugubre bâtiment et narrée pour le première fois par Belleforest — auteur d’une Cosmographie universelle parue en 1575 — puis souvent reprise depuis par plusieurs écrivains.

Dans mon enfance, écrit Victor Hugo, j’avais au-dessus de mon lit un petit tableau entouré d’un cadre noir que je ne sais quelle servante allemande avait accroché au mur. Il représentait une vieille tour isolée, moisie, délabrée, entourée d’eaux profondes et noires, qui la couvraient de vapeurs, et de montagnes qui la couvraient d’ombre. Le ciel de cette tour était morne et plein de nuées hideuses. Le soir, après avoir prié Dieu et avant de m’endormir, je regardais toujours ce tableau. La nuit je le revoyais dans mes rêves, et je l’y revoyais terrible. La tour grandissait, l’eau bouillonnait, un éclair tombait des nuées, le vent sifflait dans les montagnes et semblait par moments jeter des clameurs. Un jour, je demandai à la servante comment s’appelait cette tour. Elle me répondit, en faisant un signe le croix, la Maüsethurm.

Et puis elle me raconta une histoire. Qu’autrefois à Mayence, dans son pays, il y avait eu un méchant archevêque nommé Hatto, qui était aussi abbé de Fuld, prêtre avare, disait-elle,ouvrant plutôt la main pour bénir que pour donner. Que dans une année mauvaise il acheta tout le blé pour le revendre fort cher au peuple, car ce prêtre voulait être riche. Que la famine devint si grande, que les paysans mouraient de faim dans les villages du Rhin. Qu’alors le peuple s’assembla autour du burg de Mayence, pleurant et demandant du pain. Que l’archevêque refusa.

Ici l’histoire devient horrible. Le peuple affamé ne se dispersait pas et entourait le palais de l’archevêque en gémissant. Hatto, ennuyé, fit cerner ces pauvres gens par ses archers, qui saisirent les hommes et les femmes, les vieillards et les enfants, et enfermèrent cette foule dans une grange à laquelle ils mirent le feu. Ce fut, ajoutait la bonne vieille, un spectacle dont les pierres eussent pleuré. Hatto n’en fit que rire ; et comme les misérables, expirant dans les flammes, poussaient des cris lamentables, il se prit à dire : Entendez-vous siffler les rats ?

Le lendemain, la grange fatale était en cendre ; il n’y avait plus de peuple dans Mayence ; la ville semblait morte et déserte, quand tout à coup une multitude de rats, pullulant dans la grange brûlée comme les vers dans les ulcères d’Assuérus, sortant de dessous terre, surgissant d’entre les pavés, se faisant jour aux fentes des murs, renaissant sous le pied qui les écrasait, se multipliant sous les pierres et sous les massues, inondèrent les rues, la citadelle, le palais, les caves, les chambres et les alcôves. C’était un fléau, c’était une plaie, c’était un fourmillement hideux.

Hatto éperdu quitta Mayence et s’enfuit dans la plaine, les rats le suivirent ; il courut s’enfermer dans Bingen, qui avait de hautes murailles, les rats passèrent par-dessus les murailles et entrèrent dans Bingen. Alors l’archevêque fit bâtir une tour au milieu du Rhin, et s’y réfugia à l’aide d’une barque autour de laquelle dix archers battaient l’eau ; les rats se jetèrent à la nage, traversèrent le Rhin, grimpèrent sur la tour, rongèrent les portes, le toit, les fenêtres, les planchers et les plafonds, et, arrivés enfin jusqu’à la basse-fosse où s’était caché le misérable archevêque, l’y dévorèrent tout vivant.

Maintenant la malédiction du ciel et l’horreur des hommes sont sur cette tour, qui s’appelle la Maüsethurm. Elle est déserte ; elle tombe en ruine au milieu du fleuve ; et quelquefois, la nuit, on en voit sortir une étrange vapeur rougeâtre, qui ressemble à la fumée d’une fournaise ; c’est l’âme de Hatto qui revient.

(Extrait de « Le Rhin » (Victor Hugo), paru en 1842)

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