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    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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Les Pigeons voyageurs : messagers durant les guerres

Posté par francesca7 le 1 février 2014

 
 
250px-Bundesarchiv_Bild_183-R01996,_Brieftaube_mit_FotokameraLors du siège de Paris en 1870-1871, les ballons ont permis à la capitale d’envoyer des messages en province, aux amis du dehors ; mais pour que le système de la poste aérienne fût complet, il fallait que le chemin du retour fût assuré comme celui de l’aller. C’est le bon office qu’ont rendu les pigeons voyageurs.

L’usage des pigeons messagers se perd dans la nuit des temps. Sans parler de l’arche de Noé et de la colombe au rameau béni, nous rappellerons l’histoire de la première croisade, pendant laquelle le sultan de Damas envoya aux assiégés de la ville de Tyr un pigeon annonçant à ceux-ci qu’une armée allait arriver à leur secours. Ce pigeon tomba entre les mains des croisés, qui enlevèrent le message léger attaché à la patte de l’oiseau, et le remplacèrent par un billet où ils faisaient dire au sultan de Damas que, vaincu et terrassé, il lui était impossible de venir délivrer la ville assiégée.

Cette fraude a été imitée par les Prussiens avec les pigeons du ballon leDaguerre, fait prisonnier pendant le siège de Paris. Mais les soldats de Bismarck ne furent pas aussi habiles que les croisés, qui avaient su imiter l’écriture et le style des Sarrasins. Les pigeons du Daguerre apportèrent à Paris une lettre écrite en un français ridicule ; cette épître avait, en outre, le malheur d’être signée du nom d’un personnage politique qui était à Paris auprès du gouvernement de la défense nationale. En 1849, les Vénitiens assiégés se servirent avec succès des pigeons pour donner de leurs nouvelles en Italie ; plus anciennement, en 1574, les messagers ailés avaient été utilement employés par les habitants de la ville de Leyde, investis par l’armée espagnole ; mais jamais, dans aucun temps, ils ne jouèrent un rôle aussi considérable que pendant le siège de Paris.

Plusieurs personnes revendiquent aujourd’hui le mérite d’avoir créé à Paris le service des oiseaux messagers ; nous croyons pouvoir affirmer en toute certitude que l’honneur des résultats acquis revient à M. Rampont, directeur général des postes, et aux membres de la Société colombophile l’Espérance, notamment MM. van Roosebeke et Cassiers, qui sont partis de Paris en ballon avec leurs oiseaux.

Toutefois nous devons reconnaître dans l’intérêt de la vérité que, trois semaines avant l’investissement, M. Ségalas avait songé aux pigeons voyageurs, et qu’il avait même installé soixante de ses élèves dans la tour de l’administration des télégraphes. Mais ce sont principalement les pigeons de la Société l’Espérance, dont l’existence à Paris était bien obscure et bien ignorée, qui ont fonctionné pendant la guerre.

La façon d’organiser le service était très simple : les ballons emportaient de Paris les pigeons voyageurs, que l’on remettait, à Tours, à la direction des postes et des télégraphes. Là, les hommes spéciaux, MM. van Roosebeke, Cassiers, se chargeaient de lancer les pigeons à Orléans, à Blois, le plus près possible de Paris. Ils attachaient préalablement une dépêche à une des plumes de la queue de l’oiseau voyageur.

Il y avait déjà fort longtemps, avant le siège de Paris, que des sociétés belges s’étaient préoccupées de l’élevage des pigeons voyageurs, et avant l’apparition du télégraphe électrique, plus d’un spéculateur de Paris a profité des renseignements que lui donnaient les colombes en lui apportant avec une rapidité étonnante le cours de la Bourse de Bruxelles. On ne se doutait pas alors du rôle que l’Histoire réservait à ce service de la poste généralement peu connu.

Tous les pigeons ne sont pas doués au même degré de cette faculté de revenir à leur colombier. Le pigeon voyageur est une espèce spéciale. Certains pigeons voyageurs, nés dans un colombier et emportés au loin, y sont revenus d’un seul trait, sans éducation préalable. Mais ce fait est très rare et même contesté. On dresse généralement les pigeons et on les habitue peu à peu à des voyages de plus en plus importants. On les élève dans un colombier semblable à celui que représentent nos gravures, et on leur laisse leur liberté ; ils voltigent autour du colombier, et s’éloignent parfois à une distance assez considérable de leur asile ; il est probable que dans ces promenades de chaque jour, ils apprennent à connaître les environs ; leur vue très perçante leur permet de retrouver certains points de repère qui les orientent et les mettent dans la bonne voie pour le retour.

Quand des pigeons ont ainsi vécu pendant quelque temps dans ces conditions, on les emporte dans des cages d’osier, à une dizaine de lieues de leur colombier, et on les lâche. La plupart rentrent au logis dans un espace de temps assez court. Quelques jours après, on les transporte à vingt lieues de leur colombier, puis à trente ou quarante lieues, et ainsi de suite, en augmentant les distances. On arrive ainsi à pouvoir lâcher à Bordeaux des pigeons voyageurs élevés à Paris ou à Bruxelles.

La vitesse du vol des pigeons voyageurs est très variable ; par un temps calme, ils font généralement douze ou quinze lieues à l’heure. Cette vitesse augmente ou diminue suivant qu’ils volent avec le vent, ou qu’ils sont obligés de remonter des courants aériens. Un fait très remarquable est l’influence de la direction du vent sur le retour des pigeons. Ceux-ci s’égarent presque toujours quand règnent les vents d’est. Les vents du sud et du sud-ouest sont au contraire très favorables au vol de ces messagers. Quand le temps est brumeux, quand il gèle et surtout quand la terre est couverte de neige, les pigeons voyageurs perdent leurs facultés ; on comprend combien l’hiver si rigoureux de 1870-1871 a nui à la poste aérienne.

 Trois cent soixante-cinq pigeons ont été emportés de Paris en ballon, et lancés sur Paris. Il n’en est rentré que cinquante-sept, savoir : quatre en septembre, dix-huit en octobre, dix-sept en novembre, douze en décembre, trois en janvier, trois en février. Quelques-uns d’entre eux se sont égarés pendant très longtemps ; c’est ainsi que, le 6 février 1871, on reçut à Paris un pigeon qui avait été lancé le 18 novembre 1870. Il rapporta la dépêche n° 26, tandis que celui de la veille avait apporté la dépêche n° 51. Le 28 décembre, on reçut un pigeon qui avait perdu sa dépêche et trois plumes de sa queue. Il avait été sans doute atteint par une balle prussienne. Ce fait semble prouver que plusieurs de nos messagers du siège ont été tués par l’ennemi.

Les Parisiens n’oublieront jamais la joie que leur causait la vue d’un pigeon s’arrêtant sur les toits. Quel bonheur ineffable ! disait-on, voilà des nouvelles de province. Et les commentaires marchaient leur train. Nous devons toutefois faire observer à ce sujet que les pigeons voyageurs rentrent généralement tout droit au colombier, sans s’arrêter. Il est à supposer que, pendant le siège, les pigeons du jardin des Tuileries ont obtenu souvent un succès peu mérité.

Pigeons voyageurs.jpgIl existe à Paris, dans certains quartiers, notamment du côté des Halles, du Temple, des colombiers perchés sur les toits de vieilles maisons. Avant la guerre, nul ne soupçonnait l’existence de ces petits établissements privés, qui ont contribué à assurer les communications de Paris avec la province. Nos gravures représentent le colombier de M. van Roosebeke, un des membres les plus actifs et les plus intelligents de la Société colombophile l’Espérance. On a pu tirer un parti vraiment merveilleux des pigeons voyageurs, en employant la photographie microscopique, pour faire tenir une innombrable quantité de dépêches sur une légère pellicule de collodion. Il serait utile d’encourager l’élevage de pigeons, et d’étudier un art peu connu qui a prouvé son importance par les services qu’il a rendus pendant la guerre. On parlait autrefois de construire aux pigeons du siège une volière d’honneur, mais nous paraissons avoir déjà oublié nos promesses.

« Comme les cigognes des villes du Nord, a dit avec raison M. de Saint-Victor, comme les pigeons de Venise, ils méritent de devenir, eux aussi, des oiseaux sacrés. Paris devrait recueillir les couvées de leur colombier, les abriter, les nourrir sous les toits de l’un de ses temples. Leur race serait la tradition poétique de ce grand siège, unique dans l’Histoire. »

Publié dans AUX SIECLES DERNIERS, FAUNE FRANCAISE, Paris | Pas de Commentaire »

Les animaux malades de la peste

Posté par francesca7 le 1 février 2014

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

250px-Les_Animaux_malades_de_la_Peste

 

 Pour traiter les thèmes de la culpabilité et de la justice qui concernent l’être humain de tous les temps et qui sont incompatibles avec le monde animal, La Fontaine, s’il conserve encore cette apparence, a en fait, comme Molière et La Bruyère, observé la société de son temps qui était fortement organisée selon une hiérarchie.

La fable illustre le fonctionnement de cette société en faisant intervenir des animaux qui ont une signification symbolique très nette. Le lion, le roi des animaux, représente le roi. Il est orgueilleux de son autorité quasi divine, exerce majestueusement son «métier», aime étaler sa puissance dans de pompeuses cérémonies, méprise ses sujets qui redoutent sa colère terrible et sa cruauté impulsive, se conduit en despote, abuse de sa force au service de ses appétits.

Il est entouré d’une cour où les principaux courtisans sont le renard et le loup et que La Fontaine présente, avant La Bruyère, comme un pays de parasites «machinateurs d’impostures», où règnent la servilité et l’hypocrisie, où les rivalités entraînent des dénonciations, des calomnies, des vengeances implacables.

On assiste à un grand conseil politique dont dépend le sort du royaume dans une circonstance grave. C’est l’heure où les âmes se dévoilent. Le roi «fait un beau discours sur le bien public mais ne songe qu’au sien» (Taine). Cynisme ou naïveté? il adopte une noble attitude, mais il sait qu’il ne risque rien. Les courtisans trouvent mille arguments juridiques en sa faveur et s’entendent comme larrons pour accabler le pauvre hère sans défense qu’est l’âne. C’est la loi générale du monde : la raison du plus fort.

C’est bien des humains qu’il s’agit, et pourtant la fiction animale reste présente à nos esprits, tant le choix des personnages s’accorde avec le rôle et le langage que leur prête le poète dans cette petite pièce de théâtre en plusieurs actes où alternent récit et paroles :

- premier acte : les ravages de la peste (vers 1-14) ;

- deuxième acte : le raisonnement du lion et sa confession (vers 15-33) ;

- troisième acte : le plaidoyer du renard et la disculpation de tous les puissants (vers 34-48) ;

- quatrième acte : la confession de l’âne ( vers 49-55) ;

- cinquième acte : sa condamnation et son exécution (vers 56-62).

 

les animaux malades de la peste (Foujita)Il se déroule, comme toujours chez La Fontaine, à travers des vers de longueurs variées, coupés avec une grande liberté et marqués d’enjambements hardis, qui rendent la forme très expressive.

Un préambule qui, par son ton, son allure mystérieuse, son ambiance pesante, attire l’attention sur les ravages de la peste avant d’oser la désigner. Elle imposa sa terreur au Moyen Âge, mais sévissait encore au XVIIe siècle. L’esprit religieux en faisait un fléau que la divinité ferait subir aux humains pour les punir. « Terreur» rime de façon significative avec «fureur». Aussi, dans les premiers vers, est-elle désignée avec réticence, tant elle inspire un effroi dont l’auteur a créé l’impression par le ton, les mots mis en valeur. Le lecteur est intrigué par le mot «mal» qui est répété avant qu’il ne soit clairement identifié, et, quand il l’est, la parenthèse du vers 4 est empreinte de crainte superstitieuse (nommer le mal, c’est risquer de le faire apparaître : ainsi, on ne parlait qu’indirectement du diable). Le vers 5 marque le grand accroissement du nombre des morts par cet enrichissement de l’Achéron (à prononcer «Akéron»), qui était le fleuve qu’il fallait traverser pour atteindre les enfers, le séjour des morts. La structure de cette phrase, riche en propositions incises qui l’allongent, qui retardent la révélation essentielle, permet de mettre en valeur le mot «guerre» qui est rejeté à la fin et à la rime, qui fait de la peste une puissance ennemie, qui menace toute la «terre», qui est dotée d’une personnalité et qu’on peut combattre.

Puis, dans ce vers 7 qui est construit en chiasme et qui est devenu une sorte d’adage qu’on utilise en maintes occasions, la répétition de «tous» (renforcée ensuite par «ne [...] point», «nul», «ni [...] ni»,  «plus») rend bien l’idée du fléau auquel nul n’échappe. Le poète ménage une progression dans son tableau de ces ravages : la mort, mais pire qu’elle, le dégoût de la vie chez les survivants : l’abandon au mal, le dépérissement volontaire, l’absence d’activité, le renoncement à l’amour, cette carence étant pour le libertin auteur des “Contes”, la carence la plus grave. Ce que la situation a de dramatique est mis en relief par l’enjambement du vers 8 au vers 9, le passage d’un octosyllabe énergique à un alexandrin dont le rythme alangui rend, au contraire, la résignation qu’entraîne l’absence d’appétit qui est rendue habilement par la périphrase, «le soutien d’une mourante vie» qui éloigne le plus possible ce dernier mot qui est le plus important. Le sens de ce vers est développé dans le morceau des octosyllabes que sont les vers 10 à 15 : ils évoquent une vie normale qui est justement ici contredite. La perte par les «loups» et les «renards» de leur instinct de prédateurs est mise en valeur par l’enjambement expressif du vers 11 au vers 12. À la faim, le poète se plaît à joindre un autre instinct fondamental : l’amour. Si les tourterelles, oiseaux amoureux par excellence, y renoncent, tous les êtres le font, et cette absence a, pour lui, cette conséquence (c’est le sens de «partant», du latin «per tantum», «à cause de») : la perte de la «joie», ce trait valant plus qu’une longue description.

Le lion, c’est le roi qui, ici, tient conseil, la fiction animale s’estompant devant le tableau des moeurs contemporaines. Habitué à se prêter à ces comédies de justice où les faibles sont écrasés, il se sert d’une langue recherchée, adopte un ton ému, attristé, qui sied dans les circonstances pénibles (bien que le fléau ne soit plus dans sa bouche qu’une «infortune»), marqué de bienveillance, d’onction religieuse pour invoquer, afin de trouver une parade au fléau, la notion théologique de la réversibilité des fautes comme de l’expiation. La faute commise par tous pourrait être rachetée, ce qui serait «la guérison commune», par un volontaire qui, jouant le rôle de bouc émissaire, s’offrirait aux projectiles (les «traits») lancés par un dieu en colère. Un glissement s’opère d’un «nous» généralisant à une troisième personne : «le plus coupable» – «Peut-être il obtiendra». Il se réfère à l’Histoire qui rapporte de tels événements malheureux (c’est le sens d’«accidents») et de tels «dévouements» (consécrations aux dieux pour les apaiser). Avec une grande habileté, se soumettant hypocritement à la volonté divine, se montrant soucieux de justice, il examine d’abord son propre cas, utilisant le pluriel de majesté («nous»), refusant de s’embelllir («Ne nous flattons donc point»), de faire preuve d’«indulgence» à son égard (en fait, c’est à l’égard d’un autre, l’âne, faible et innocent, qu’il n’en aura pas). Mais il ne fait pas vraiment une confession humiliée et repentante, sa référence à ses «appétits gloutons», sur un ton d’évidence, étant  l’imposition d’emblée de sa nature de prédateur, de la nécessité de sustanter sa corpulence, qui n’ont donc pas à être mises en question. Il tire ainsi avantage du fait de s’être accusé le premier, faisant accepter, dans cet aveu dédaigneux où il trouve même l’occasion de se vanter, d’exposer sans vergogne ses méfaits (dont la nature contraste avec l’air de solennité qu’il se donne), de dresser un orgueilleux tableau de chasse, l’élimination des moutons, puis, au détour d’un changement de mètre très accentué et, de ce fait, très surprenant, entre le vers 28 et le vers 29, donc avec quelque hésitation dans l’aveu, celle du berger. Aussi le lion doit-il accepter d’être châtié, mais le vers 30 qui s’allonge est fortement coupé par des restrictions («s’il le faut» – «je pense») qui lui permettent d’étudier les réactions de l’auditoire. Le voyant se récrier, il peut alors inviter à d’autres confessions, son ton se raidissant avec «ainsi que moi». À la fin de sa déclaration, entre le vers 33 et le vers 34, on peut imaginer un silence embarrassé.

La réplique du renard est celle du courtisan par excellence que cet animal est habituellement chez La Fontaine, possédant l’art de flatter le roi dans son faible, de prendre toujours son parti, en employant un vocabulaire élogieux. Avec habileté, il justifie les actes commis par le lion, en lui trouvant trop de «scrupules» ; en feignant la forte conviction par son exclamation : «Eh bien !» ; en s’empressant obséquieusement de rejeter l’idée de «péché» par la question et la réponse martelée : «Non, non» ; en manifestant sa condescendance pour ses victimes animales dont il fait une masse indistincte et anonyme, impersonnelle, par l’absence des articles ; en voyant les moutons (victimes désignées dans la chaîne alimentaire et dont il est lui-même un égorgeur) comme «des magasins de côtelettes» (Taine), sujets d’un roi dont la fonction même, dans une société aristocratique, est d’être croqués (délicatement donc, alors que le lion disait les avoir «dévorés») ; en marquant  péjorativement, avec «ces gens-là», l’éloignement, la distance, qu’on a pour des étrangers, des gens avec lesquels on ne veut avoir rien à faire ; en accablant de son mépris le berger qui n’a, par rapport au lion, qu’un «chimérique empire», une illusion de pouvoir, sur les animaux et qui, par cet argument «juridique», mérite d’être condamné. Finalement, ayant montré beaucoup d’imagination pour se tirer de cette situation difficile, il a consacré son discours à un habile plaidoyer en faveur du lion, non sans prudence aussi, car il faut craindre la duplicité du prince et garder la mesure jusque dans la flatterie ; surtout, il a ainsi trouvé le moyen de ne pas se confesser, de faire oublier ses propres crimes. Le tour elliptique «et flatteurs d’applaudir», qui est vif, expressif, parce qu’il introduit un infinitif plus concis qu’un verbe conjugué, est demeuré dans la langue.

 

Publié dans FAUNE FRANCAISE, POESIE FRANCAISE | Pas de Commentaire »

Les Cygnes de la Seine sous Louis XIV

Posté par francesca7 le 1 février 2014

 

par

Georges Dubosc

~*~

320px-Cygne_VidyLouis XIV eut de nombreux amours, mais il aima surtout… les cygnes. La noblesse majestueuse de ce bel oiseau, glissant sur les eaux, lui plaisait et là-dessus, il aurait volontiers partagé le sentiment d’un des grands écrivains de son temps, Buffon, qui a écrit : « Le cygne plaît à tous les yeux ; il décore et il embellit les lieux qu’il fréquente. » Aussi, le Roi-Soleil voulut-il parer et animer de beaux cygnes argentés, voguant en liberté, non seulement le miroir tranquille des pièces d’eau des palais et des maisons royales, mais aussi la Seine, dans la plus grande partie de son cours, de Corbeil jusqu’à Rouen. Si l’on s’en rapporte aux Comptes des Bâtiments du Roi, il y avait plus d’un millier de cygnes, pendant tout l’été, descendant le cours du fleuve, contournant les îles, passant sous les ponts. C’était là un spectacle curieux et superbe, surtout aux approches de notre cité, où le Pont-de-Bateaux formait une barrière à leur course vagabonde.

Dès 1672, Colbert, qui ohéissait à toutes les fantaisies royales, avait été chargé de recruter cette troupe de cygnes. A cette date, il écrivait à notre ambassadeur en Danemark, Hugues de Terlon, pour lui demander d’envoyer deux ou trois cents de ces beaux cygnes blancs descendant tous les ans des mers boréales dans les îles des détroits danois. Il voudrait qu’on les mit sur un navire, dans de grandes cages et qu’on en prit soin. Terlon ne put réunir qu’une quarantaine de cygnes, qu’il envoya sur un navire de Lubeck à Rouen, puis adressa dans une voiture, accompagnée d’un commis, une centaine d’oeufs « qu’on fera couver à Versailles ». En même temps, Colbert s’informait auprès de Ribeyre, l’intendant de la Touraine, pour qu’il lui envoyât aussi, avant les grandes gelées, une centaine de cygnes du pays. Deux années se passèrent encore, pendant lesquelles on mobilisa tous les cygnes disponibles…

Enfin, en 1676, était promulguée une ordonnance de Louis XIV où est exposée très clairement la pensée du monarque, qui veut protéger les cygnes royaux contre la cupidité ou la malice des riverains et des passants.

Sa Majesté, dit l’ordonnance, ayant fait venir des cygnes des pays étrangers pour servir d’ornements sur les canaux des maisons royales et, « voulant aussy embellir la Seine, dans l’estendue, de Paris et au-dessus et au-dessous. Elle donne l’ordre de les mettre dans l’isle en face du Cours-la-Reine, l’île Maquerelle. Défense est faite d’y entrer, aux basteliers y aborder, prendre des oeufs, faire du mal, avec des filets, bâtons, à peine de 300 livres d’amende et punition corporelle, en cas de récidive. »

En suite de cette ordonnance, par lettre du 16 septembre 1676, le lieutenant-général de police La Reynie, était nommé pour faire exécuter les mesures protectrices des cygnes royaux, de préférence aux Officiers des Capitaineries du Bois de Boulogne et. de la Garenne du Louvre.

Ce quartier général, ce rendez-vous, ce port d’attache des cygnes de la Seine, grands et petits, c’était une longue île parisienne, formée au Moyen-Age de plusieurs petites îles soudées ensemble, séparées par un étroit bras d’eau, de la plaine de Grenelle et du Gros-Caillou. On l’appelait L’Ile aux Cygnes et, bien que réunie à la terre depuis 1773, elle a gardé ce nom. C’est dans le voisinage actuel du pont d’Iéna, où se trouvent encore la Manufacture des tabacs, le Dépôt des Marbres et les antiennes Ecuries de l’Empereur.

L’île aux Cygnes, sous Louis XIV, devenue le refuge inviolable de leurs flottilles, défendue aux deux bouts par des palissades, était une île… sacrée. Défense aux bate liers, voituriers d’eau, pêcheurs, d’y aborder avec bateaux ou chevaux. Défense d’y pêcher dans le voisinage, du Pont des Tuileries à Auteuil. Défense de toucher à aucuns cygnes, de leur jeter du pain. Défense de pêcher dans le petit bras. Défense de laisser approcher les chiens, sous peine d’être tués, avec amendes aux propriétaires. Défense, du mois d’avril au mois de juin, à aucun bateau de circuler dans les parages. Pour plus de sûreté, les barques étaient cadenassées au rivage. Colbert, on le voit, n’y allait pas de main morte !…

Ainsi protégés, les cygnes pullulèrent dans leur île. De là, leurs escadrilles séparées, remontaient par le pont de Charenton, jusque dans la Marne et par la Seine, poussaient par Choisy, Villeneuve-Saint-Georges, Draveil, jusqu’à Juvisy, jusque dans les petites rivières :de l’Orge et de l’Essonne. De ce côté, ils ne dépassaient pas Corbeil. En aval de Paris, ils suivaient tous les méandres de la Seine, passaient sous les ponts de Sèvre, de Saint-Cloud, de Bezons, de Meulan, de Vernon, de Mantes et de Pont-de-l’Arche. Leurs flottes, trouvaient des abris de verdure dans les longs chapelets d’îles, dans les roseaux des berges, à peine génés par les gords ou barrages des pêcheurs. La Seine, à cette époque, était du reste à peine troublée par quelques barquettes de pêcheurs, par des galiotes paisibles, par les coches d’eau, traînés par les chevaux de halage, et par les trains de bois descendant vers Rouen, en longues files.

Pour surveiller un pareil domaine aquatique, il fallait une sorte de ministre… des cygnes, un inspecteur et un conservateur des rives de la Seine. On le nomma. Ce fut, dès 1677, un sieur Ballon, ancien huissier de la chambre du roi, dont les pouvoirs furent définis par une ordonance spéciale du 18 avril 1681. Il lui fallait avoir 1′oeil sur tout ce long parcours de la Seine et sur les petites rivières, surtout sur l’Oise, l’Epte, l’Eure, l’Andelle, on trouva des cygnes égarés à Pont-Saint-Pierre et sur les étangs voisins, comme le lac d’Enghien. Partout, en tous lieux et en tout temps, il lui fallait assurer la conservation des cygnes ; empêcher qu’on ne touchât aux jeunes comme aux vieux, écarter les chiens. Pour toute cette tâche, il avait le droit de dresser procès-verbaux et contraventions.

A Ballon revenait aussi la tâche d’assurer, par de longues tournées, en bateau, la conservation des nids où les cygnes déposaient leurs gros oeufs verdâtres. Il plaçait dessous de petits pontons en bois qui, en cas de crue, empêchaient les nids d’être détruits et emportés. A certaines dates, M. le Conservateur des cygnes devait encore éjointer les jeunes cygnes, c’est-à-dire, rogner une de leurs ailes, suivant un terme de fauconnerie. Et la besogne devait être dure, quand il fallait éjointer une centaine de jeunes oiseaux.

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Les Cygnes de la Seine sous Louis XIV dans COURS d'EAU-RIVIERES de France 220px-Isle_Maquerelle_ou_des_CignesChaque saison ramenait une besogne nouvelle. A l’approche de l’hiver, quand la Seine menaçait d’être prise et commençait à charrier les glaçons, Ballon devait rentrer les cygnes royaux dans leurs quartiers d’hiver de l’Ile aux Cygnes. Sur la Seine, il lui fallait prendre les cygnes, malgré leur rude résistance, et les ramener en bateau, si la navigation n’était pas interrompue, ou en voitures, à l’Ile des Cygnes. Parfois on les hospitalisait, dans des stations intermédiaires, au château de Chatou, à Rueil ou aux Carrières-Saint-Denis, ils étaient alors nourris avec de l’avoine, dont les septiers apparaissent souvent dans les comptes. A Ballon revenait aussi le soin de surveiller les poteaux plantés le long de la Seine et où étaient placardées les ordonnances concernant les oiseaux.

A Ballon succéda, en date du 6 septembre 1689, Henri Le Venneur, garde-cygne du roi, qui demeurait à Chatou. Détail curieux : sa nomination fut proclamée au prône de l’église en même temps que les ordonnances sur la conservation des cygnes. En plus, Henri Le Venneur était exempt de toutes charges, comme syndic ou collecteur. On voulait qu’il soit tout à sa fonction !

Toute une équipe de gardes-cygnes subalternes parcourait la Seine et ses bords. Pour la plupart, c’étaient d’anciens jardiniers de Versailles : Octavien Herny et sa veuve ; Jacques Foubert, Louis Germain, Pierre et Claude Le Cochois. Tour à tour, on les rencontre en tournées, à Melun, Corbeil, au pont de Saint-Maur, à Villeneuve-Saint-Georges, à Chatou, à Saint-Cloud, à Suresne, à la Roche-Guyon, à Mantes, à Vernon. Eux-mêmes ont des aides : le batelier Ledru, qui pose les poteaux le long du fleuve en 1685 ; le charpentier Brassard, qui construisit les petits pontons, placés sous les oeufs de cygne ; les anciens soldats invalides Jacques Bobert et Paul Letellier, qui, en 1687, sur leur canot à rames, remontent l’Eure à la poursuite des cygnes ; la veuve Denis, qui fournit les livraisons d’avoine pour la nourriture des cygnes royaux.

Mais le principal inspecteur des cygnes de notre région rouennaise est Jean Frades, qui est garde de la section entre Suresne et Rouen. C’est lui qui, en 1689, court après 76 cygnes qui voguant entre Pont-de-l’Arche et Oissel, se sont échappés vers Rouen ; en 1694, il en fait reprendre une centaine, bloqués dans les glaces à Eauplet, et les ramène dans l’Ile des Cygnes à Paris ; au printemps de 1695, il parcourt toutes les berges pour assurer la conservation des oeufs.

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Colbert, au surplus, veillait lui-même sur les cygnes de la Seine, surtout à Rouen. En veut-on une preuve Le 25 décembre 1678, il écrivait maintes lettres à l’intendant de Rouen, Louis Le Blanc :

« On m’a prévenu, dit-il, que nombre de cygnes sur 1a rivière de la Seyne, pour l’ornement public, sont descendus cette rivière dans toute l’étendue de la généralité de Rouen. Comme ils sont icy conservés sous l’autorité publique et que qui que ce soit n’ose y toucher, Sa Majesté veut que vous envoyiez promptement les deux gardes de la Prévosté de l’Hôtel de l’Intendance, l’un d’un côté de la rivière et l’autre de l’autre, s’informer soigneusement des endroits où ils sont sur la rivière de Seyne, soit dans celles qui y descendent, m’ayant été dit qu’il y en avait sur celle d’Epte, et qu’on donne tous les ordres pour les reprendre et les rapporter. »

COLBERT.

220px-Cygne_nid_2 dans FAUNE FRANCAISEEn 1679, le puissant ministre s’adressa encore à l’Intendant Le Blanc pour qu’il renvoie immédiatement les cygnes pris à la Roche-Guyon. Plus tard, ce sera au successeur de Le Blanc à Rouen, à l’intendant Meliande, que Colbert fera ses recommandations touchant les cygnes : « Car le Roy veut que chacun prenne plaisir à voir un ornement de cette qualité, et le prie de veiller sur les cygnes qui sont, en cet été de 1683, arrêtés à Pont-de-l’Arche. Il lui faut, surtout, ajoute-t-il, prendre des mesures pour empescher qu’ils ne passent le Pont-de-Rouen, parce qu’ils pourraient descendre jusqu’au Havre, ces sortes d’animaux ayant une inclination naturelle pour se retrouver vers le Nord ! »

Comme on le voit, les cygnes de la Seine étaient bien gardés ! Ils se contentaient la plupart du temps de voguer le long des rives de Longboel, du Cours de la Reine et de l’île de La Mouque, alors l’île Lacroix, arrêtés par les pontons assez reserrés, qui supportaient le Pont de Bateaux. Une fois, cependant, profitant que celui-ci était ouvert, pour laisser passer quelque navire, les cygnes s’étaient enfuis rapidement vers d’autres climats.

Mais déjà les grands jours du règne s’évanouissaient. Le roi sexagénaire devenu plus retiré, ne s’intéressait plus à ces grands spectacles d’embellissement des rivières de son royaume. Peu à peu, les cygnes disparurent  des fleuves français. Valenciennes, seule, cité héroïque, qui dans les supports de ses armoiries, porte deux cygnes d’argent, en garda ainsi le souvenir. Et puis les bons Boches, les Berlinois de Frédéric II, s’avisèrent de copier les modes de Louis XIV. Ils couvrirent les eaux fétides de la Sprée, la rivière prussienne par excellence, de flotilles de cygnes… manoeuvrant comme à la parade. Ce fut la fin ; ce fut le dernier chant du cygne !

GEORGES DUBOSC

Source : DUBOSC, Georges (1854-1927) :  Les Cygnes de la Seine sous Louis XIV (1919).

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Salamandre et son histoire

Posté par francesca7 le 1 février 2014

220px-Nutrisco_et_extinguo_Salamandre_de_François_I_AzayLa salamandre, pour la définir tout de suite familièrement, est une sorte de crapaud ayant une queue. Les mœurs de cet animal ne présentent aucune propriété extraordinaire, et cependant, sur la foi de quelques observations d’une très faible portée, il s’est accumulé peu à peu autour de son nom une réputation immense, notamment celle de posséder la vertu d’éteindre le feu.

Lorsqu’on blesse ou qu’on irrite ce petit animal, il suinte de sa peau, visqueuse comme celle du crapaud, une humeur laiteuse, amère, d’une odeur forte et tout à fait repoussante. Cette propriété est fort simple, et évidemment destinée dans le plan de la nature à écarter de lui les ennemis que la paresse de sa marche ne lui permet pas de fuir. C’est là cependant ce qui est devenu le principe de toutes les fables qui se sont répandues sur le compte de la salamandre.

D’abord, il est incontestable que cette humeur est légèrement vénéneuse : elle fait périr, en effet, les insectes et les petits animaux ; mais on s’est assuré, par des expériences positives, qu’elle est sans aucune action délétère sur l’homme et sur les animaux d’une certaine taille. Cependant, chez les anciens, son poison a passé pour un des plus redoutables du monde. Pline assure qu’il suffit que la salamandre ait touché un fruit en passant pour que ce fruit se change aussitôt en un poison violent. Je croirais volontiers que dans l’empire romain on en était venu à forger une multitude de poisons que l’on rapportait à la main de la nature précisément parce qu’il y en avait un trop grand nombre qui ne sortaient que de celle des hommes.

Quoi qu’il en soit, cette mauvaise réputation de la salamandre, qui n’aurait guère le droit de régner que parmi les mouches et les autres insectes, s’est conservée dans nos campagnes. La salamandre est rangée presque partout par les paysans parmi les animaux les plus venimeux, et quand on en découvre quelqu’une on s’en débarrasse aussitôt avec une sorte d’horreur. Elle ne mérite cependant pas une réprobation plus énergique que le crapaud, car à l’égard des mœurs et de son venin elle est presque en tout pareille.

Mais cette faculté d’empoisonnement n’est que la moindre merveille de la salamandre. Sa plus fameuse propriété est d’éteindre le feu ; et l’on a vu au Moyen Age des savants qui, se fondant sur cette antipathie naturelle, prétendaient éteindre les incendies en jetant au milieu des flammes des salamandres. Ce préjugé a ses racines dans l’Antiquité. « La salamandre, dit Pline, est un animal si froid que rien qu’à toucher le feu il l’éteint comme le ferait de la glace. » Aristote enseigne à peu près la même chose, mais avec plus de réserve : « Cet animal, dit-il, à ce que l’on prétend, éteint le feu lorsqu’il y entre. »

Il y a là quelque vérité, mais il faut la bien préciser pour ne s’y point méprendre. Il est certain que si l’on met une salamandre sur quelques charbons, comme il se dégage immédiatement de son corps cette humeur laiteuse dont nous avons parlé, les charbons qui la touchent, s’ils ne sont pas trop forts et trop ardents, s’éteignent promptement ; mais cela ne tient nullement à la froideur de l’animal, car cette humeur serait toute chaude qu’elle n’éteindrait pas moins le feu sur lequel elle se répandrait, comme l’eau qui n’éteint pas moins le charbon quand elle est bouillante que quand elle est à la glace.

Mais de ce fait si simple, grâce aux exagérations de la théorie des sympathies et des antipathies, si puissante dans l’ancien état de la science, est sortie l’idée que la nature de la salamandre était antipathique à celle du feu, et de là la persuasion que la salamandre repoussant absolument le feu, cet agent ne saurait la consumer. Telle a été l’opinion vulgaire au Moyen Age ; et, pour la détruire, il a fallu que les savants de la Renaissance se livrassent à cet égard à des expériences positives.

Salamandre et son histoire dans FAUNE FRANCAISE 220px-FeuersalamanderMathiole rapporte qu’il vit une salamandre mise dans un brasier et brûlée en très peu de temps. Picrius et Amatus font des déclarations semblables. Galien, chez les anciens, avait observé la même chose, car il dit que la salamandre supporte à la vérité l’action du feu, mais qu’elle finit bientôt par y être consumée ; et il recommande même ses cendres comme un médicament utile.

Certes, une si grande autorité aurait dû mettre entrave à l’exagération ; mais le merveilleux, une fois né, s’arrête rarement avant d’être parvenu au terme de la carrière. L’incombustibilité de l’animal une fois implantée de cette manière dans les imaginations, on a oublié bien vite la pauvre petite salamandre des fossés et des caveaux humides, et l’on est allé jusqu’à donner à l’animal lui-même une organisation franchement fantastique. On lui a attribué le feu pour séjour habituel, comme l’eau aux poissons ou l’air aux papillons ; on a voulu qu’il y puisât sa nourriture ; on lui a fait souffler et vomir la flamme ; on lui a supposé des ailes pour se mouvoir plus à l’aise dans cet élément subtil ; on lui a ôté son humble figure, et on en a fait un dragon : voilà la généalogie de cette furieuse salamandre du blason de François Ier.

Il se conçoit que l’on ne se soit pas arrêté en si beau chemin. Les voyageurs, qui pouvaient prétendre avoir rencontré des salamandres aux pays lointains, n’avaient pas à se faire grand scrupule de rapporter des preuves matérielles de leur mensongère trouvaille. Aussi vit-on circuler pendant un temps, dans le commerce des curiosités naturelles, des étoffes faites avec de la laine de salamandre : on en était venu à donner de la laine à ce dragon. Cette laine, ou plutôt encore cette soie, était blanche, fine, d’une assez grande souplesse, et résistait en effet parfaitement bien à l’action du feu le plus ardent. On pouvait en faire des tissus, et, à l’aide de ces tissus, braver non pas la violence du feu, mais le danger de voir les vêtements s’enflammer au simple contact de la flamme : aussi la laine de salamandre eut-elle un moment une célébrité rare.

Le fait est que si l’on avait dû juger de l’incombustibilité de la salamandre d’après celle de cette prétendue laine, il aurait fallu regarder l’animal comme réellement doué de la propriété prodigieuse que le vulgaire lui attribuait. Mais cette substance provenait-elle réellement d’un animal ? Là était la question, et, malheureusement pour les amis du merveilleux, il s’est trouvé que la laine de salamandre était tout simplement un minéral filamenteux bien connu des naturalistes, et connu même des anciens sous le nom d’asbeste.

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Napoléon et Sissi y ont vécu

Posté par francesca7 le 1 février 2014

 

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 (Source : La Voix du Nord)

 Condamné pendant près d’un siècle aux oubliettes de l’Histoire, le Palais royal de Venise, construit sur ordre de Napoléon et habité par l’impératrice Sissi, a enfin rouvert ses portes au public sur la célèbre place Saint-Marc

Comment expliquer un si long silence ? « Dans la conscience populaire des Vénitiens, Napoléon reste avant tout celui qui a décrété la fin de la glorieuse République de Venise (697-1797) », explique Andrea Bellieni, directeur du Musée Correr, dont dépendent les appartements royaux. Quant à Sissi, elle reste avant tout un symbole du joug de l’occupant autrichien, une page de l’Histoire que les Vénitiens ont longtemps préféré ne pas mettre en avant.

Jusqu’à ce que le Comité français pour la Sauvegarde de Venise, présidé par Jérôme Zieseniss, décide de financer la restauration de ces somptueux appartements, réduits en piteux état après des décennies d’abandon. Grâce à un budget de 2,5 millions d’euros provenant entièrement de mécènes privés, il a pu restituer les salles de réception et l’appartement de l’impératrice tels qu’ils furent découverts en 1856 par Sissi (elle avait alors 19 ans !) et François-Joseph, deux ans seulement après leur mariage.

Les meubles de l’appartement respectent le goût de cette époque, notamment le style néo-baroque en vogue à la cour de Vienne. Une mention particulière pour le délicieux boudoir de l’impératrice, un petit bijou décoré d’allégories féminines et de guirlandes de bleuets et de muguets.

Même s’il n’y séjourna jamais, c’est Napoléon, proclamé roi d’Italie en 1805, qui décida en 1807 lors de sa venue à Venise la construction du palais au cœur même de la Cité des Doges, face à la célèbre basilique Saint-Marc. Edifié en six ans, le palais est aujourd’hui le seul palais royal néoclassique intact en Italie, oeuvre du décorateur Giuseppe Borsato, disciple des Français Percier et Fontaine, les pères du style Empire. L’escalier et le vestibule d’honneur, la salle de bal, la salle du trône et les appartements offrent aux visiteurs un beau panorama.

Le souvenir de Napoléon
« Nous sommes arrivés ici par pur hasard, nous sommes agréablement surpris, on pensait trouver simplement un musée avec des peintures. La salle de bal est très très belle », s’extasient Marc et Marie, un couple de trentenaires de Nîmes (sud-est de la France) en week-end à Venise. Le legs de Napoléon à la Sérénissime a donc retrouvé toute sa splendeur. « Napoléon, c’est sûr, a envoyé au Louvre nombre d’œuvres appartenant à l’histoire de Venise, à commencer par les chevaux de la place Saint-Marc, mais c’est aussi grâce à lui que beaucoup d’œuvres furent sauvées », souligne Andrea Bellieni.

S’il évoque le souvenir de Napoléon et de son beau-fils Eugène de Beauharnais, fils de l’Impératrice Joséphine et vice-roi d’Italie, le palais porte aussi la marque de la légendaire Sissi. « Une femme extraordinaire, non seulement belle mais d’une très grande sensibilité, et qui, dans ce lieu, a réussi à convaincre son mari de faire libérer des prisonniers politiques », note Jérôme Zieseniss. Après le retour de Venise dans le giron italien, Sissi, en route pour sa villa de Corfou, sera d’ailleurs reçue pour une dernière fois au palais en 1895 pour un thé par le roi Humbert Ier et la reine Marguerite. Parmi les autres hôtes célèbres de ce palais figurent des personnages controversés comme Hitler et Mussolini, mais aussi le dernier roi d’Italie Humbert II, qui y fit un bref séjour en 1946 avant son exil au Portugal.

Après les neuf pièces ouvertes au public cet été, Jérôme Zieseniss veut maintenant s’attaquer à l’appartement de l’empereur : quatre pièces dont la restauration nécessite 800.000 euros. Un oligarque russe et une maison de luxe se sont déjà engagés à participer au financement, et Jérôme Zieseniss espère bien pouvoir ouvrir deux et même peut-être trois pièces d’ici le printemps 2013. Un défi car « il faut tout reprendre, y compris les fenêtres et les portes… » soupire ce gentleman amoureux de Venise, que rien ne semble pourtant décourager.

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La Loueuse de chaises

Posté par francesca7 le 29 janvier 2014

 

par

François Coquille

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La Loueuse de chaises dans ARTISANAT FRANCAIS 324px-Rencontre_d%27Aubert_avec_son_bienfaiteurA ne considérer une église que sous le point de vue terrestre et temporel (notre profond respect nous commande d’écarter l’autre avec soin), on pourrait la désigner ainsi : – un édifice orné d’une loueuse de chaises.

Aujourd’hui que la forme d’architecture ne dit plus rien, ce signe est fidèle et sûr. Voyez nos modernes basiliques : elles veulent, les orgueilleuses, se passer de cloches et de clocher, cette enseigne longtemps proverbiale ; mais aucune ne prétend se passer de loueuse de chaises. C’est l’être nécessaire sans lequel une église ne se conçoit pas, qui la distingue des autres monuments, qui lui donne le mouvement et la vie, en un mot, qui la fait église.

Quand la nuit a rempli de ses ombres la nef immense, l’édifice tout entier dort enseveli dans un profond repos. Par intervalle, quelque bruit du dehors, que l’écho répète sourdement, expire et s’éteint dans un long murmure. Le jour va poindre : la cité s’éveille, et la cloche annonce l’Angelus. Le sacristain est à son poste. Le donneur d’eau bénite arrive en grelottant, et avec cette mine gelée qui est un de ses attributs. La vendeuse de cierges prépare une illumination complète ; de pauvres femmes prient, agenouillées, en attendant la première messe. Cependant l’église sommeille encore. – Tel un homme s’agite et respire avec effort longtemps avant son réveil.

Enfin la loueuse paraît à son tour : aussitôt l’édifice, qui semblait l’attendre, s’anime et prend un nouvel aspect. La voilà qui commence par visiter son domaine en tous sens. Les dalles retentissent du bruit des chaises qu’elle range avec symétrie, ou qu’elle amoncelle en piles élevées. Il en est, dans le nombre, qui ne portent point sa marque, et dont le brillant acajou tranche sur le blanc uniforme des autres. La paille en est plus fine et plus serrée, la forme plus gracieuse, le dos plus élevé, et surmonté d’une espèce de pupitre où les bras viennent s’appuyer commodément. Ces chaises aristocratiques sont, en outre, garnies d’un coussinet épais qui appelle les genoux, et fait trouver du plaisir à prier Dieu. La loueuse n’a garde de les remuer d’une main irrévérencieuse et brutale. Elle les soulève, les pose avec précaution, et calcule en les rangeant les bénéfices qu’elles lui valent : – tant pour le droit d’avoir un siége particulier ; – tant, chaque dimanche, pour le plaisir de trouver sa chaise à la même place ; – tant aux étrennes et à la fête de la paroisse, – sans compter les petits profits.

En femme qui sait le prix du temps, elle vaque à plusieurs choses à la fois, et trouve, en passant, l’occasion de saluer le bedeau et le sacristain, et de recevoir les civilités de la vendeuse de cierges. Tous ces habitants de l’église ont entre eux des affinités de moeurs, de langage, de manières et d’intérêts. On les voit le matin, dans le coin d’une chapelle, qui se communiquent les intrigues de la sacristie et les rivalités du choeur, et qui sautent, par de hardies transitions, de l’histoire sacrée à l’histoire profane, souvent même à de très-profanes histoires. Le bedeau, justement scandalisé, fait signe aux interrupteurs. Il affecte de passer et de repasser à côté d’eux. Mais, ô fragilité humaine ! ce pesant personnage, après avoir essayé vainement d’attraper quelques mots de la conversation en prêtant l’oreille et en allongeant le col, finit par grossir le petit groupe ; et, comme il parle rarement, et qu’il n’est pas habitué à régler la tempête de sa voix, il fait lui-même plus de bruit que tous les autres.

La loueuse ne se laisse pas retenir longtemps dans ces conférences. Alors même qu’elle raconte ou qu’elle écoute, elle conserve son air affairé, et paraît toujours sur le qui-vive. Sa main s’agite avec impatience dans la poche vide de son tablier. Enfin l’officiant monte à l’autel, et la voilà qui s’éloigne et retourne à ses chaises.

Tandis qu’elle poursuit sa ronde, disons quelques mots de ses fonctions et de ses priviléges.

Nos lecteurs seront sans doute édifiés d’apprendre que la location des chaises, dans le églises de Paris, rapporte à la fabrique des sommes considérables, et qu’il y a telle paroisse où cette location ne s’élève pas à moins de 25,000 francs par année. Ce n’est pas ici le lieu de discuter les avantages ou les inconvénients de cette espèce d’impôt levé sur la piété des fidèles. Nous espérons que le temps viendra où il sera permis de s’asseoir gratis dans la maison de Dieu.

En attendant, ce bail est l’objet des plus ardentes convoitises, des brigues les plus fortes. MM. les Marguilliers n’en dorment pas de quinze jours. A voir les efforts des compétiteurs, on dirait qu’il s’agit d’emporter une de nos sinécures les plus largement rétribuées. Ce n’est pas une sinécure pourtant. Ce fonds ressemble à tous les autres, et veut être travaillé sans relâche. Aussi le fermier qui en obtient l’exploitation, ne le quitte-t-il pas du matin au soir. Incessamment il le remue, il ne lui donne ni repos ni trève. Mais les autres fonds se fatiguent et s’épuisent ; celui-ci ne se lasse pas de produire, – champ merveilleux qu’on ne sème jamais, et qu’on moissonne toujours !

Le plus souvent ce précieux privilége est accordé à une femme. Pour l’emporter sur ses rivaux, que de titres ne lui a-t-il pas fallu réunir ! Elle n’est rien moins que la veuve d’un sacristain mort en odeur de sainteté, la filleule d’un marguillier, ou la nièce d’un grand vicaire. Un prédicateur en renom, un banquier fameux l’a soutenue de son patronage et de son crédit. M. le curé a été chaudement sollicité en sa faveur. Les puissances de la terre et du ciel lui sont venues en aide. Son talent pour l’intrigue et ses ruses diplomatiques ont fait le reste. La voilà donc investie de ce titre glorieux qui va devenir son seul nom. Ses voisines, ses parents l’appellent peut-être encore madame veuve Groslichard, ou madame Piedfort ; mais les habitués de l’église diront désormais en parlant d’elle : la loueuse de chaises !

Madame veuve Groslichard a passé la trentaine. De combien d’années ?.. Peu vous importe. C’est un mystère dont elle garde pour elle seule le secret, et, sur ce point délicat, elle mentirait à Dieu lui-même, – nous ne disons rien de son confesseur, le moins favorisé de ses confidents. – On n’a jamais, répète-t-elle, que l’âge qu’on paraît avoir ; et elle s’efforce d’être le plus jeune possible. C’est une femme petite, potelée, fleurie, d’une minutieuse propreté, vive, remuante et bien conservée. On assure que la chronique s’est longtemps égayée sur son compte. La haute position que madame Groslichard s’est faite ne contredit aucunement la chronique, – au contraire.

324px-Violoneux_mendiant_1843_-_2 dans ARTISANAT FRANCAISGardez-vous bien de la juger d’après cette toilette simple, qu’elle a faite à la hâte, pour ne pas perdre la première messe (il ne s’agit ici que du produit monétaire de la messe). Elle sait tout ce qu’une femme peut devoir à la parure ; – non pas cette parure mondaine qui scandalise au lieu de plaire, qui effarouche les regards au lieu de les attirer et de les retenir. Il est un art savant dans sa simplicité, discret dans ses licences mêmes, qui se cache et se montre à propos : c’est cette fine coquetterie des gens d’église, qui laisse bien loin derrière elle la coquetterie des gens du monde. Madame Groslichard participe du caméléon. Elle change de visage suivant les messes et les offices. On dirait même qu’elle a un visage différent pour chaque personne. Elle ne prend pas les sous des pauvres femmes du même air qu’elle reçoit ceux des riches dévotes. Il y a, dans ses façons avec les premières, quelque chose de dur et d’impérieux. Sa voix, qu’elle sait si bien assouplir, est sèche et vibrante. Ses yeux, qui deviennent si doux et si patelins dans l’occasion, sont menaçants, et de la manière dont elle dit : « Vos chaises, s’il vous plaît, » ce s’il vous plaît est plus exigeant qu’un je le veux. Ses doigts crochus s’allongent incessamment vers vous. N’espérez pas échapper à cette distraction ; vous ne voyez, et vous n’entendez que la loueuse qui s’approche peu à peu, qui vous enveloppe dans ses longs circuits, et qui viendra, – qui viendra certainement, dans une minute, dans une seconde peut-être… machinalement vous interrogez vos poches, et malheur à vous si elles sont vides ! La loueuse n’est pas prêteuse, c’est là son moindre défaut. Voilà ce que vous vous dites en vous-même, et, en attendant, plus de méditation, plus de recueillement, plus de prières ! Vainement vous cherchez à lui échapper en vous réfugiant dans une chapelle obscure ; elle vous guette, elle vous suit, elle est derrière vous, et vous n’êtes pas encore assis que vous tressaillez d’effroi au fatal - votre chaise, s’il vous plaît.

Voyez comme, dans une position pareille, les dames les plus élégantes lui demandent, d’une voix humble et douce, crédit jusqu’au prochain dimanche. Presque toujours, madame Groslichard se résigne, et consent à cet emprunt forcé. Elle tâche même de grimacer un sourire, bien qu’au fond du coeur elle déteste celles qui oublient leur bourse pour venir prier Dieu. Elle se console par le beau côté de son rôle ; elle se drape dans sa confiante magnanimité. Toutefois elle ne néglige pas de prendre le signalement exact des emprunteuses, et, en les quittant d’un air protecteur, elle semble se dire : « Telle dame, de tel âge, de telle figure, de telle toilette… me doit deux sous. »

Derrière elle, à une distance convenable, s’avance d’un pas de procession le grave bedeau ou le suisse majestueux. Il annonce sa venue en frappant à coups de hallebarde les dalles sonores, et en criant d’une voix flûtée « Pour les pauvres, s’il vous plaît », et plus souvent encore : « Pour les frais de l’église ! » A ce sujet, nous relèverons une particularité essentielle. Bien des gens s’imaginent qu’il y a rivalité et lutte de vitesse entre les quêteurs et la loueuse. C’est une erreur qu’il importe de détruire. L’ordre dans lequel ils se suivent a été savamment calculé. Comme le tribut levé par celle-ci est forcé, et que l’autre est volontaire, les fidèles, perdus dans leurs dévotions, ne tireraient point leur bourse pour les pauvres, encore moins pour les frais de l’église ; mais ils sont tenus de la tirer pour payer leur chaise, et, pendant qu’ils ont encore l’argent à la main, le quêteur survient à propos sur les pas de la loueuse, qui joue ainsi le rôle du pilote devant le requin. Elle n’y perd pas, et les pauvres y gagnent, – sans compter la fabrique.

Autrefois, cependant, Jésus-Christ avait chassé du temple les vendeurs qui s’y étaient établis…

A l’aisance de sa démarche, à son allure libre et dégagée, on comprend tout d’abord que madame Groslichard est chez elle. Les soins d’un ménage lui sont inconnus : elle vit de l’église et dans l’église. C’est à peine si elle mange ou si elle couche ailleurs, et elle se ferait volontiers écrire à l’adresse suivante : Madame, madame Groslichard, à l’église de Saint-… Elle a la conscience de sa dignité, et porte haut la tête. Elle affronte le vicaire dans ses humeurs, et le curé dans ses caprices. Ces grands dignitaires ont toujours pour elle un regard et un sourire. Faut-il l’avouer ? madame Groslichard ne se confond pas assez dans les sentiments de respect et de vénération qui leur sont dus. Elle vit trop près du sanctuaire. Nul n’est prophète en son pays, a dit la sagesse des nations. Nous hasarderons ici cette variété du proverbe : « Nul n’est saint dans la sacristie de son église. »

Certes, madame Groslichard, élevée à ce comble d’honneur et à ce haut crédit, partageant l’encens du prêtre et les bénéfices de la fabrique, est bien excusable de ne pas daigner apercevoir l’humble donneur d’eau bénite, et de traiter sans façon l’important sacristain, les chantres enroués qui la complimentent d’une voix de plain-chant, et le serpent lui-même, qu’on s’étonne d’entendre parler comme les autres hommes. Ce sont autant d’aspirants à sa main ou à ses bonnes grâces. Avec eux elle fait sa coquette, elle minaude, et les tient en haleine par ses promesses et ses refus. Elle accorde seulement au frais enfant de choeur une tape sur ses joues roses et potelées, et au suisse superbe un coup d’oeil en tapinois. – Les suisses auront à répondre de bien des choses !

Quoi qu’on ait pu dire autrefois, madame Groslichard jouit d’une réputation de vertu : elle a des moeurs, – c’est une des conditions de son bail ; – et, en femme qui a vécu longtemps et beaucoup, elle sacrifierait ses passions à son intérêt. Heureusement le sacrifice n’est pas toujours nécessaire ; et puis, écoutez sa maxime favorite (la maxime fait les femmes supérieures !) : « On n’a jamais, disait-elle tantôt, que l’âge qu’on paraît avoir. » Elle ajoute encore : « On n’est jamais que ce qu’on paraît être. »

Avec elle, il ne faut donc pas trop approfondir les choses. Par exemple, elle affecte les dehors convenables de la piété. Jamais elle n’oublie, en passant devant l’autel, de le saluer d’une humble révérence. Vous la voyez, au commencement des offices, saintement agenouillée et plongée dans un dévot recueillement ; mais remarquez comme, de la place qu’elle a choisie, elle domine toute l’église. Suivez ses yeux sans cesse en mouvement, ses yeux perçants et inquisiteurs qui prennent note du nombre, de la figure et de la position relative des assistants. Vous ne l’entendrez pas unir sa voix à celle de l’auditoire pour célébrer les louanges de Dieu. Si elle chante, c’est en elle-même, quand la messe a été bonne, quand la collecte a été abondante, et que, dans sa grande poche de toile, les pièces d’argent se mêlent joyeusement aux pièces de cuivre.

Elle voit passer toutes les pompes humaines ; elle assiste aux différents spectacles qui marquent la destinée de l’homme. Le sonneur, qui, du haut de sa tour, annonce stupidement les décès et les baptêmes, ressemble à l’employé des télégraphes, qui ne comprend rien aux nouvelles qu’il transmet. La loueuse joue un rôle intelligent dans ces diverses cérémonies, et elle apporte à chacune d’elles un extérieur d’à-propos. Comme elle s’empresse autour de ce nouveau-né ! que d’attentions elle prodigue au parrain et à la marraine ! A la joie pure et bien sentie qui rayonne dans ses yeux, à son air maternel, on dirait une respectable tante, une grand’maman, ou, tout au moins, une dame de la parenté. Ces démonstrations font partie de l’appareil déployé par l’église. Tout cela est coté d’avance, et sera payé au prix du tarif.

La scène change brusquement. La nef s’est tendue de noir. Une famille, des amis prient et pleurent autour d’un cercueil. La loueuse prend son visage le plus affligé ; elle a les yeux rouges ; elle marche d’un pas silencieux, et semble dire à chacun : « Quel malheur !… Votre chaise, s’il vous plaît. »

Mais tandis qu’un de ses yeux pleure encore avec les amis du défunt, l’autre sourit déjà à la noce qui s’avance. C’est une noce brillante. La mariée est jolie. Le marié, dans son bonheur, sera sans doute généreux. Madame Groslichard se multiplie : elle est radieuse ; elle a un petit air fin qui dit bien des choses. Sans elle la cérémonie serait pleine d’embarras et de dangers. Qui viendrait au secours de la mariée ? qui la recevrait défaillante dans ses bras ? qui rendrait mille petits offices dont une mère troublée est incapable, que les messieurs ne doivent pas connaître, et auxquels le nouvel époux ne saurait encore prendre part. Il suffira qu’il les paie. Dans ces occasions difficiles, la loueuse est une mère donnée, ou plutôt vendue par la sacristie.

Madame Groslichard ne comprend ni l’amour du pays, ni la vanité nationale. Mais elle est fière de son église. Parlez-lui d’un chantre à la voix tonnante, d’un maître-autel richement décoré, d’un orgue merveilleux, d’un saint en réputation. Ce chantre, cet autel, cet orgue, ce saint lui-même seront moins bruyant, moins riche, moins sonore et moins fécond en miracles que les siens. L’église lui appartient : tout ce qui s’y fait se fait pour elle. C’est pour elle que la messe se dit, que l’autel se pare et s’illumine, que les cloches sonnent à grandes volées, que les chantres s’égosillent, et que l’orgue éclate en concerts harmonieux. C’est pour elle aussi que l’on naît et que l’on meurt ; et ces prédicateurs en vogue, qui réunissent au pied de leur chaire un auditoire nombreux, qui tonnent et fulminent contre les vices, qui s’emportent avec véhémence contre l’intérêt et la cupidité, travaillent sans doute à féconder le champ du ciel, mais avant tout ils fécondent le champ de la loueuse. Elle a une manière infaillible d’apprécier les orateurs sacrés, et ne se fait jamais illusion sur leur mérite. Elle ne les estime pas sur ce qu’ils disent, mais sur ce qu’ils rapportent. Elle pèse leur réputation : elle la suppute en pièces sonnantes. Que des auditeurs légers oublient les pieuses paroles qu’ils viennent d’entendre ; la loueuse emporte et serre soigneusement le fruit qu’elle en a retiré.

Il faut voir madame Groslichard aux grandes fêtes, dans ces jours solennels qui rappellent la naissance, la mort et la résurrection de Jésus-Christ, où l’église fait éclater ses joies et ses douleurs, – et où le prix des chaises est doublé ! Époques véritablement importantes, fêtes à bon droit réservées, si seulement elles étaient plus nombreuses ! Pour madame Groslichard ce sont les plus beaux jours de l’année. Elle les attend avec impatience. Elle calcule d’avance l’argent qu’ils lui promettent. Elle espère que la paroisse montrera un pieux empressement, et qu’une foule de curieux, attirés par la pompe des cérémonies, viendront grossir l’assemblée et la recette. Dès le matin elle apparaît dans une toilette éblouissante. Elle a amené, comme un auxiliaire indispensable, comme un lieutenant fidèle, sa fille ou sa nièce qui rougit de pudeur et d’embarras. Elle commence par assigner aux loueuses en sous-ordre les postes les moins importants. La nef, entourée d’une balustrade en bois, ressemble à une citadelle. Tout au fond, sous l’orgue mugissant, un étroit passage est ménagé aux élus de ce monde qui seront aussi les élus et les bien-aimés de l’ouvreuse. C’est là qu’elle établit sa fille. Elle reste quelques instants à ses côtés pour l’aider de ses avis et de son exemple ; puis, comme un général habile, elle court visiter les différents postes et se réserve le plus difficile de tous. Elle exploite les bas côtés et les contre-allées. Elle circule à travers ce public mouvant qui se renouvelle sans cesse. Les masses les plus compactes ne sauraient lui faire obstacle. Elle est partout : faut-il placer un vieillard goutteux, une vénérable matrone qu’intimide une telle affluence, elle les conduit, elle les fait passer au milieu de la foule, elle les porte et les pose comme par enchantement à l’endroit le plus commode. Les petits scrupules de femme, elle les foule aux pieds. Sa riche toilette, elle n’y pense plus. Toute cette élégance, cette recherche de parure, elle la sacrifie. Qu’elle-même soit heurtée, froissée dans ces groupes épais, où elle se jette hardiment ; peu lui importe. Ce n’est plus le moment d’être prude et vaine, et de s’arrêter aux misères de la modestie. – Ce temps précieux veut être mieux employé.

téléchargement (10)Voyez-la, quand l’office touche à sa fin, et que sa moisson n’est qu’à moitié achevée : quelle inquiétude ! quelle agitation ! ses yeux surveillent à la fois ceux qui restent, ceux qui partent, et ceux qui menacent de partir. Elle ne marche pas, elle glisse légèrement. Ne la retenez point par le change d’une pièce d’argent, ou craignez qu’elle ne vous rende autant de malédictions que de sous…. Mais le dernier son de l’orgue vient d’expirer. Madame Groslichard, épuisée de fatigue, abandonne enfin quelques femmes qui s’échappent sans payer, et elle demeure haletante sur le champ de bataille. Bientôt elle disparaît avec sa recette, et les pauvres qui dressent l’oreille au bruit métallique de ses poches, la poursuivent longtemps de leurs supplications, et reviennent sans avoir rien obtenu, qu’une pièce de cinq centimes qu’on lui a frauduleusement glissée, et qu’elle soupçonne d’être un sou de Monaco - Le monde est si méchant !

Cependant elle amasse des rentes, elle établit solidement sa fille, et lui donne pour cadeau de noces le privilége du bail qu’elle-même exploita si longtemps. Elle quitte l’église pour le monde ; et, plus elle vieillit, plus elle se montre coquette, friande de douceurs, amoureuse de parure, de petites médisances et d’anecdotes scandaleuses.

Seulement elle déteste qu’on la dérange à l’église pour lui demander le prix de sa chaise, et elle ne peut souffrir qu’aux grandes fêtes le tarif soit doublé.

On prétend que, par un mélange coupable du sacré et du profane, la loueuse de chaises de nos églises exploite aussi le jardin des Tuileries, les Champs-Élysées et les boulevarts. Nous refusons de le croire : passer de l’ombre et du frais à la poussière et au grand soleil, craindre pour sa recette les caprices de la mode et les caprices du temps, ce serait au-dessous de sa dignité, et puis – ce ne serait pas si profitable.

Cependant, si la loueuse de chaises qui fait l’ornement des promenades publiques n’appartient pas à l’église, plusieurs indices sembleraient établir qu’elle y a jadis appartenu. La fuite d’un notaire ou d’un banquier, une spéculation malheureuse sur les rentes d’Espagne, sur les bitumes ou les chemins de fer, lui aura enlevé ce qu’elle avait amassé sou par sou ; et elle se sera vue réduite, sur ses vieux jours, à reprendre sa grande poche de toile et ses allures d’autrefois.

Mais elle a le sentiment de sa dégradation. Elle ne sympathise pas avec cette foule rieuse au milieu de laquelle elle passe et repasse. Vieille et ridée, le spectacle de la jeunesse et de la beauté offusque ses regards. Ces brillantes toilettes, ces groupes animés, le murmure confus de cent conversations différentes, les divers accidents d’ombre et de lumière que produit le feuillage mouvant des arbres, les riches lueurs d’un beau soleil couchant : toute cette gaieté de la terre et du ciel l’attriste et l’importune. Elle trouve un plaisir cruel à troubler les plus douces rêveries, et à se jeter au milieu des tête-à-tête les plus intimes et les plus tendres. Elle apparaît soudainement, et se tient devant vous comme un reproche vivant, droite, immobile, avec sa mine sévère et renfrognée. A son approche, on se tait : les figures s’assombrissent, le rire expire sur les lèvres. On croit devoir respecter la présence d’une femme qui a éprouvé des malheurs.

Triste retour des choses humaines ! elle était mondaine dans l’église : la voilà rigoriste dans le monde. Les messages galants dont elle se chargeait si volontiers et par charité, elle les accepte encore, mais par intérêt. De cet extérieur si leste et si pimpant d’autrefois, elle n’a gardé que son nez rouge et ses doigts crochus : on dirait qu’ils deviennent plus longs chaque année.

C’est une manière de Juif errant. Rien ne l’arrête, rien ne la distrait de sa tâche. Elle va étudiant les physionomies et prenant le signalement des promeneurs. Elle les compte, et distingue aussitôt les nouveaux venus. Quant à ceux qui s’établissent sur ses chaises pendant des heures entières, et qui menacent de les occuper tout le jour, elle leur jette en passant des regards d’indignation, et semble toujours tentée de leur faire payer deux fois leur place. Vous arrive-t-il de vous oublier dans une conversation intéressante, ouvrez les yeux et revenez à vous. La loueuse est là qui vous observe. Vous croyez qu’elle cherche à saisir ce que vous dites : point ; elle se demande : « M’ont-ils payée ? »

Ces promeneurs inconstants qui changent vingt fois de place dans une heure, et que la loueuse retrouve au milieu, et aux deux bouts d’une allée, la jettent dans une pénible perplexité. Vous avez payé, dites-vous. Elle vous croit, et pourtant elle ne saurait retirer sa main tendue, et réclame son dû, même en s’excusant.

L’année n’a qu’une saison pour elle, saison bien courte, et que les jours de pluie et de brouillard diminuent encore de moitié. Quand les arbres jaunissent, et que leurs feuilles, en tombant, couvrent ces allées naguère si fréquentées et si productives, la loueuse disparaît de nos promenades. On ne la voit plus que le dimanche au jardin des Tuileries. Elle y erre tristement comme une âme en peine. Rentrée à sa mansarde, les pieds placés sur sa chaufferette, elle se console en rêvant au retour de l’été, de l’été qu’elle ne reverra peut-être plus ; car semblable aux malades attaqués de la poitrine, elle meurt presque toujours – à la chute des feuilles – cette date lui est funeste jusqu’au dernier moment.

Mentionnons encore, pour que cette galerie soit complète, les industriels qui colportent leur mobilier aux courses de chevaux et aux revues du Champ-de-Mars, aux feux d’artifice du quai d’Orsay et de la barrière du Trône. Bancs chancelants, tables vermoulues, chaises à moitié dépaillées, vingt fois exposés à la même épreuve, et que tant de service n’a pas rendus plus solides ! place à vingt sous ! place à dix sous ! arrivez, messieurs et mesdames. Voici l’instant, on va commencer. En effet le bouquet éclate : le cheval touche au but : le général paraît. On se lève sur la pointe des pieds : on allonge le col, on se foule, on se presse. La loueuse de chaises elle-même tâche de prendre une petite part du spectacle… Malheur ! un craquement se fait entendre ; les tables et les bancs s’affaissent, et les spectateurs tombent pêle-mêle, dans un désordre qui n’est pas celui de l’art. Mille réclamations s’élèvent. On parle de faire rendre l’argent. Mais, à ce mot, les propriétaires de mobilier s’esquivent avec la recette, abandonnant des débris que l’on n’emportera pas. Les blessés ont bien assez de se porter eux-mêmes. Homme vraiment industrieux ! femme étonnante ! ils trouvent le secret de changer leur vieux mobilier contre un neuf, – encore ont-ils du retour -.

de COQUILLE,  François : La Loueuse de chaises (1840).


Saisie du texte : S. Pestel pour la collection électronique de la Médiathèque André Malraux de Lisieux (07.IV.2006)
Relecture : A. Guézou.
Adresse : Médiathèque André Malraux, B.P. 27216, 14107 Lisieux cedex

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L’histoire des premiers éboueurs

Posté par francesca7 le 29 janvier 2014

 

images (5)Au temps de Philippe-Auguste, en 1184, on avait commencé timidement à faire paver la ville, du moins certaines rues exceptionnelles, avec de petits carreaux de grès, dont le nom se retrouve dans une rue du centre de Paris…

La grande ville était d’ailleurs bien petite à cette époque, car son enceinte ne renfermait que les quartiers de Saint-Jacques, de la Grève, de la Boucherie et de la Verrerie. En voyant les rues transformées si avantageusement, les habitants des voies pavées se réunirent en groupe pour louer des tombereaux qui reçurent mission d’enlever tous les jours les ordures ménagères, et de les transporter au pourtour de la ville, dans les champs.

Un certain gentilhomme, Girard de Gouet, qui devait être fort riche pour l’époque, donna à la ville de Paris dans le but de faciliter ce service de voirie et d’enlèvement des ordures. Mais il n’est pas probable que la générosité des particuliers eût pu continuer de suffire aux besoins de ce service ; et il arriva un moment où l’administration dut frapper chaque maison d’une taxe pour assurer l’entretien des rues et l’enlèvement des ordures.

En 1539, François Ier modifia et améliora considérablement la situation. Précurseur du préfet Poubelle, qui, en 1884, eut l’honneur d’attacher son nom aux boîtes, métalliques ou non, que l’on dépose devant les maisons et qui sont destinées à recevoir les ordures en attendant le passage des « boueux », François Ier avait, par une ordonnance, décidé qu’on ferait usage de paniers dans lesquels les habitants devraient déposer les ordures, au lieu de les jeter purement et simplement dans la rue en attendant le passage des tombereaux.

L’ordonnance régla minutieusement les dimensions et les dispositions de ces tombereaux. Que l’on remarque bien que le souverain avait ordonné qu’ils fussent entièrement fermés. Il était spécifié que le service d’enlèvement se ferait, l’été, entre dix heures et onze heures du matin et entre trois heures et sept heures du soir, et à des heures un peu différentes pour la saison d’hiver.

Il est à remarquer que, vers le milieu du XIXe siècle, Paris se trouvait à cet égard fort en retard sur l’époque de François Ier. En 1853 par exemple, on autorisait le dépôt des ordures dans les rues de Paris à partir de quatre heures du matin, ces ordures étant déposées sur la chaussée ou même sur les trottoirs, sans le moindre panier ou la moindre boîte. En fait, dès neuf heures du soir on déposait les immondices.

Aussi les Parisiens qui rentraient tard chez eux rencontraient des milliers de chiffonniers occupés toute la nuit à remuer et à éparpiller ces ordures ménagères, pour y trouver les détritus, débris et déchets dont ces intéressants industriels savaient tirer parti, quelque peu aux dépens de l’hygiène.

 

(D’après « Le Journal de la jeunesse. Nouveau recueil hebdomadaire illustré », paru en 1904)

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L’oiseleur de Maupassant

Posté par francesca7 le 29 janvier 2014

 

L’oiseleur Amour se promène
Lorsque les coteaux sont fleuris,
Fouillant les buissons et la plaine ;
Et chaque soir sa cage est pleine
Des petits oiseaux qu’il a pris.

Aussitôt que la nuit s’efface
Il vient, tend avec soin son fil,
Jette la glu de place en place,
Puis sème, pour cacher la trace,
Quelques brins d’avoine ou de mil.

Il s’embusque au coin d’une haie,
Se couche aux berges des ruisseaux,
Glisse en rampant sous la futaie,
De crainte que son pied n’effraie
Les rapides petits oiseaux.

Sous le muguet et la pervenche
L’enfant rusé cache ses rets,
Ou bien sous l’aubépine blanche
Où tombent, comme une avalanche,
Linots, pinsons, chardonnerets.

Parfois d’une souple baguette
D’osier vert ou de romarin
Il fait un piège, et puis il guette
Les petits oiseaux en goguette
Qui viennent becqueter son grain.

Étourdi, joyeux et rapide,
Bientôt approche un oiselet :
Il regarde d’un air candide,
S’enhardit, goûte au grain perfide,
Et se prend la patte au filet.

Et l’oiseleur Amour l’emmène
Loin des coteaux frais et fleuris,
Loin des buissons et de la plaine,
Et chaque soir sa cage est pleine
Des petits oiseaux qu’il a pris.

 

Guy de MAUPASSANT   (1850-1893)

220px-Maupassant_2Henry-René-Albert-Guy de Maupassant , est un écrivain français né le 5 août 1850 au château de Miromesnil à Tourville-sur-Arques (Seine-Inférieure) et mort le 6 juillet 1893 à Paris.

Lié à Gustave Flaubert et à Émile Zola, il a marqué la littérature française par ses six romans, dont Une vie en 1883, Bel-Ami en 1885, Pierre et Jean en 1887-1888, mais surtout par sesnouvelles, (parfois intitulées contes), comme Boule de suif en 1880, les Contes de la bécasse (1883) ou Le Horla (1887). Ces œuvres retiennent l’attention par leur force réaliste, la présence importante du fantastique et par le pessimisme qui s’en dégage le plus souvent mais aussi par la maîtrise stylistique. La carrière littéraire de Guy de Maupassant se limite à une décennie – de 1880 à 1890 – avant qu’il ne sombre peu à peu dans la folie et ne meure à quarante-trois ans. Reconnu de son vivant, Guy de Maupassant conserve un renom de premier plan, renouvelé encore par les nombreuses adaptations filmées de ses œuvres.

Dans la nuit du 1er janvier au 2 janvier 1892, il fait une tentative de suicide au pistolet (son domestique, François Tassart, avait enlevé les vraies balles). Il casse alors une vitre et tente de s’ouvrir la gorge. On l’interne à Paris le 8 janvier dans la clinique du docteur Émile Blanche, où il meurt de paralysie générale un mois avant son quarante-troisième anniversaire, le 6 juillet 1893, après dix-huit mois d’inconscience presque totale. Sur l’acte de décès figure la mention « né à Sotteville, près d’Yvetot », ce qui ouvre la polémique sur son lieu de naissance.

Il est enterré au cimetière du Montparnasse à Paris (26e division).

En 1891, Guy de Maupassant avait confié à José Maria de Heredia : « Je suis entré dans la littérature comme un météore, j’en sortirai comme un coup de foudre ».

Maupassant a publié certains textes sous pseudonymes :

  • Joseph Prunier, pour son premier conte, La Main d’écorché en 1875 ;
  • Guy de Valmont pour Gustave Flaubert en 1876. Il utilisa ce pseudonyme jusqu’en 1878 ;
  • Chaudrons-du-diable, qu’il utilisa pour signer en 1880 la chronique Étretat dans la revue Gil Blas du 20 août 1880.
  • Maufrigneuse, qu’il utilisa de 1881 à 1885 pour signer ses chroniques ou nouvelles dans Gil Blas, étant sous contrat avec la revue Le Gaulois. Le choix de ce pseudonyme vient du personnage de Diane de Maufrigneuse, dans La Comédie humaine de Balzac.

 

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L’Homme de Lamartine

Posté par francesca7 le 29 janvier 2014

 

(À Lord Byron)
Toi, dont le monde encore ignore le vrai nom,
Esprit mystérieux, mortel, ange, ou démon,
Qui que tu sois, Byron, bon ou fatal génie,
J’aime de tes concerts la sauvage harmonie,
Comme j’aime le bruit de la foudre et des vents
Se mêlant dans l’orage à la voix des torrents !
La nuit est ton séjour, l’horreur est ton domaine :
L’aigle, roi des déserts, dédaigne ainsi la plaine
Il ne veut, comme toi, que des rocs escarpés
Que l’hiver a blanchis, que la foudre a frappés ;
Des rivages couverts des débris du naufrage,
Ou des champs tout noircis des restes du carnage.

Alphonse de LAMARTINE   (1790-1869)

220px-Lamartine,_par_DecaisneAlphonse Marie Louis de Prat de Lamartine dit Alphonse de Lamartine, né à Mâcon le 21 octobre 1790 et mort à Paris le 28 février 1869, est un poète, romancier, dramaturge et prosateur en même temps qu’un homme politique français, l’orateur d’exception qui fut l’âme de la révolution de février 1848 et qui proclama la Deuxième République. Il est l’une des plus grandes figures duromantisme en France.

Alphonse de Lamartine naît à Mâcon dans une famille de petite noblesse attachée au roi et à la religion catholique ; il passe son enfance en Bourgogne du sud, en particulier à Milly. Un temps en collège à Lyon, il poursuit son éducation à Belley, où il rencontre Aymond de Virieu. Après son retour à Mâcon, une aventure sentimentale avec une adolescente incite ses parents à le divertir de cette liaison précoce. « Une diversion naturelle [lui] était nécessaire » : ce fut un voyage en Italie, effectué en compagnie de Virieu et évoqué plus tard dans le roman Graziella. Après son voyage en Italie et une éphémère fonction militaire auprès de Louis XVIII, il revient en Bourgogne, où il mène une vie de jeune homme oisif et séducteur.

En octobre 1816, il rencontre Julie Charles à Aix-les-Bains et vit avec elle un amour tragique puisque Julie meurt en décembre 1817. Il écrit alors les poèmes des Méditations dont le recueil est publié en 1820 et obtient un grand succès. Alphonse épouse Marianne-Elisa Birch, une jeune Anglaise, en 1820, et occupe des fonctions de secrétaire d’ambassade en Italie avant de démissionner en 1830. Il publie alors d’autres poèmes comme, en 1823, les Nouvelles Méditations poétiques et La Mort de Socrate, ou, en juin 1830, les Harmonies poétiques et religieuses après avoir été élu à l’Académie française en 1829.

En 1830, il entre en politique et se rallie à la Monarchie de juillet mais échoue à la députation. Il voyage alors en Orient visite la Grèce, le Liban et les lieux saints du christianisme. En 1833, il est élu député et le restera jusqu’en 1851 : il évolue du royalisme au républicanisme et prononce des discours remarqués. Il joue un rôle important au moment de la Révolution de 1848, proclamant la République ; il est pendant trois mois chef du gouvernement provisoire, mais se retire de la politique après sa lourde défaite, n’obtenant que 0,26 % des suffrages, lors de l’élection présidentielle qui porte au pouvoir Louis Napoléon Bonaparte en décembre 1848.

Lourdement endetté, il doit vendre Milly en 1860 et écrire des œuvres alimentaires comme de nombreuses compilations historiques (peu solides aux yeux des historiens d’aujourd’hui) ou sonCours familier de littérature (1856-1869) à côté de textes plus réussis mais mineurs comme Le Tailleur de pierre de Saint-Point (1851). Son dernier grand poème La Vigne et la Maison est écrit en 1857. Alphonse de Lamartine meurt en 1869 presque octogénaire et repose dans le caveau familial au cimetière communal, le long du mur du parc du château de Saint-Point qu’il a habité et transformé depuis 1820.

Le lyrisme associé à une expression harmonieuse fait la qualité des meilleurs poèmes de Lamartine, la partie la plus marquante de son œuvre étant constituée par les poèmes pleins de sensibilité inspirés par Julie Charles, avec les thèmes romantiques de la nature, de la mort, de l’amour (Le LacL’IsolementL’Automne…) mais l’œuvre – immense : 127 volumes – est parfois, dans sa forme, considérée comme vieillie. Admiré et salué par toute la génération, romantique (Victor Hugo, Nodier, Sainte-Beuve), Lamartine est parfois jugé plus sévèrement par les générations suivantes : Flaubert parle de « lyrisme poitrinaire » et Rimbaud écrit : « Lamartine est quelquefois voyant, mais étranglé par la forme vieille » (Lettre du voyant). Lamartine reste cependant largement – et légitimement – admiré pour la puissance de son génie poétique et compte indiscutablement parmi les plus grands poètes français du 19ème  siècle.

 

 

 

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Les Favoris des Rois

Posté par francesca7 le 28 janvier 2014

 

  

170px-Anjou_1570louvreAu bout de deux ans de règne, les mignons sont une vingtaine à graviter autour du roi. Ces jeunes que le roi appelle volontiers « ma Troupe » sont des fils de gentilshommes jouant un rôle de premier plan dans les provinces, employés de manière à renforcer l’autorité royale en France. Les mignons forment un groupe où doit régner la fraternité, l’amitié et l’égalité, servant à orner «sa majesté ». Le roi exige la fidélité à sa personne, l’exclusivité et une présence assidue.

Leur mission

Les mignons commencent par obtenir des charges de gentilshommes ordinaires de la chambre, puis gravissent les échelons et reçoivent pour certains des commandements militaires comme capitaines, maitres de camp, commandant de compagnie d’ordonnance ou de régiment d’infanterie ou de chevau-légers pour d’autres, afin de refidéliser la noblesse de province. Pourtant, dans ces régions, ils ne peuvent s’imposer, mal acceptés, voire repoussés par les anciens en place qui ne veulent pas céder leur poste.

Mais leur principale mission est de faire face aux autres partis concurrençant l’Etat, notamment en détournant la noblesse passant chez Monsieur (le frère du roi) ou chez les Guise.

En fonction du degré de confiance, certains favoris sont admis au Conseil d’Etat (gestion de la politique quotidienne de la monarchie) ou au Conseil des Affaires nommé Conseil Secret où sont prises les véritables décisions politiques. Ils reçoivent alors des missions spéciales telles des négociations importantes, un rôle d’ambassade vers les Guise, l’intermédiaire entre le roi et la reine mère, la rédaction du courrier et des dépêches. Les premiers à y participer sont Saint Luc, Joyeuse, Villequier participant aussi au Conseil des Finances, avec d’O responsable des finances royales, Epernon prend le titre de Conseiller d’Etat et des Affaires en 1582.

Les faveurs accordées

Bien sur, ils reçoivent les revenus de leurs charges de base, mais le système de faveur ne repose par sur un statut social, ni sur des charges officielles mais sur le lien affectif et sur la fidélité. Les dons et gratifications pour services rendus prouvent la faveur auprès du roi. Ainsi, les jeunes obtiennent des terres et les parents de grandes charges en province, afin de consolider le pouvoir et de contrôler les opposants au régime dans les régions de France.

Pour augmenter les alliances dans les provinces, et surtout en fonction du mérite des mignons (ce qui prouve leur ascension rapide), le roi leur propose des mariages considérables comme ce fut le cas pour Caylus, Saint Sulpice et Saint Mégrin. C’est une distinction par rapport aux autres gentilshommes et Monsieur tente souvent de faire échouer ces mariages pensant perdre sa noblesse de province, ceci entrainant les duels entre mignons.

Et pourtant, la majeure partie des mignons sont perclus de dettes. Saint Luc et François d’O sont les seuls de cette génération à s’en sortir financièrement grâce à leurs postes de gouverneurs et les revenus d’abbayes…en contrepartie, ils devaient aussi faire des prêts importants à l’état, d’O et le futur prévôt Richelieu s’y sont ruinés sans jamais être remboursés. Les mignons devant « paraître » ont énormément de dépenses somptuaires, se créant des maisons avec laquais et intendants, menant un train de vie au-dessus de la norme, mais ils n’ont pas de revenus suffisants n’ayant pas de charges importantes à leur nom en province. Le roi leur offre quelques fois des gratifications, dont ils ne pourront pas profiter…ils meurent trop jeunes !

Les rivalités entre mignons des deux partis jusqu’au fameux duel.

Les Favoris des Rois dans FONDATEURS - PATRIMOINE 220px-Jacques-d-AlbonNous l’avons vu plus haut, il y a une rivalité récurrente entre Henri III et son frère et par contre coup, une rivalité constante entre les mignons des deux partis et des combats incessants, entrainant la disparition des mignons à partir de 1575 jusqu’au fameux duel collectif de 1578. La cohabitation à la cour est difficilement vivable en hiver, au retour de guerre, la violence s’exprime par des envies de combattre. Les mignons rivalisent aussi pour conserver la faveur du roi et cela devient une lutte de tous les jours. Le duel est une sorte de dévouement personnel, mais dans le cas présent, cette mort collective est plus grave, les mignons sont animés d’une communauté d’esprit, ils se sacrifient et meurent en martyrs, mais l’honneur est lavé !

Le mois de janvier 1578 se passe en harcèlement entre Bussy le « champion » de Monsieur et Gramont l’un des mignons du roi. Les mignons forment alors un groupe composé de Gramont, Saint Luc, Caylus, Saint Mégrin, Mauléon, Livarot, Maugiron, auquel se rajoutent début février d’O, les frères Schomberg et Joyeuse. Après quelques attaques, Bussy réclame justice, Caylus est condamné officiellement, mais tout dégénère après le mariage de Saint Luc où Monsieur ne se présente pas puisqu’il quitte la cour. Suite à une nouvelle querelle entre Caylus et Entraguet, un groupe de six mignons appartenant au roi et à Monsieur, s’affrontent le 26 avril 1578, journée appelée « la journée des pourceaux » sur le Marché aux chevaux près de la porte Saint Antoine.

Caylus, Maugiron et Saint Mégrin sont enterrés avec de grands honneurs. Ronsard chante leurs louanges, des sonnets sont gravés sur les tombeaux, les éloges sont exprimés en terme de beauté, vaillance, courtoisie, honneur, vertu. Le roi entend assimiler les défunts aux dignitaires du royaume, voire aux enfants royaux et fait installer des mausolées en marbre dans l’église Saint Paul, qui seront détruits par le peuple en janvier 1589, sous l’impulsion de prédicateurs ; ces honneurs rendus accentuent la dégradation de la popularité du roi.

Le roi est abattu, a beaucoup changé et va restreindre le nombre d’individus autour de lui. Il souhaite n’avoir plus que deux interlocuteurs à qui il confie des missions politiques.

C’est la fin du groupe de jeunesse et les derniers favoris Souvré, Châteauvieux, Guiche et Beauvais-Nangis qui étaient au siège de La Rochelle, qui ont suivi le roi en Pologne, qui n’ont obtenu que des charges de gentilhomme de la chambre constituent la « cabale contraire » pour contrecarrer la puissance d’un nouveau groupe montant dénommé les « archi-mignons ».

Les archi-mignons

A partir de 1581, date de la disgrâce des anciens, c’est une période de paix dans le royaume et le roi, qui depuis 1577 s’est attaché un petit groupe de trois personnes Anne de Joyeuse d’Arques et ses frères du Bouchage, Jean Louis de Nogaret de La Valette et ses frères, ainsi que François d’O, se sent bien, est serein, équilibré, en bonne santé, est à nouveau accessible à la noblesse. Compagnons de la vie privée du roi, ils le suivent partout, le servent à table,  l’accompagnent dans les réceptions et les cérémonies publiques et permettent le maintien d’un équilibre entre vie privée et vie publique d’Henri III. Malgré tout, ils font office de rempart face aux quémandeurs et tout le monde doit passer par eux pour obtenir ne serait-ce qu’un entretien avec le roi.

Leurs missions

Servant d’intermédiaires entre le roi et la noblesse, ils cumulent les charges de la cour, avec des responsabilités officielles administratives et des commandements militaires identiques pour éviter les dissensions, à la différence des premiers mignons. Tous deux nommés premier gentilhomme de la chambre en 1582, au service constant du roi, ils ont accès aux appartements privés même en l’absence du roi. Ayant un rôle de courtier du pouvoir et d’agent d’exécution du roi, ils doivent subvenir aux besoins de leurs maisons, de leurs compagnies en temps de campagne, prêter à l’état, acquérir une clientèle et offrir leur protection à des poètes, des lettrés, des gens d’Eglise important pour les sermons et les prêches, racheter des charges aux opposants (surtout aux ligueurs) et à eux de redistribuer les honneurs.

Leur implantation en province est quasi impossible. Tout comme les mignons, Joyeuse et Epernon auront du mal face aux Montmorency et aux Navarre, car pour y arriver, il faudrait rester en permanence dans les régions mais leur position dépend de leur fidélité et de leur présence permanente auprès du roi.

Parmi les recrutements réalisés, Epernon a constitué la troupe des « Quarante-Cinq » en décembre 1584, originaire du Sud-ouest. En effet, à partir de 1584, le roi se sent en insécurité ; en 1586 des placards sont collés dans Paris menaçant de mort le roi. Les Quarante-Cinq sont attachés en permanence au roi avec mission de surveiller les membres de sa maison, mais doivent palier aux frais de leur compagnie.

Les faveurs

Placés au dessus de leur noblesse d’origine, les terres des archi-mignons sont élevées en duchés-pairies, pour attirer la noblesse face à la montée en puissance des protestants, du parti de Monsieur et de la menace lorraine.

C’est aussi l’occasion de grands mariages octroyés pour les archi-mignons : Joyeuse réalise une alliance dans le nord contre Montmorency et la Ligue, en devenant le beau-frère du roi ; Epernon dans le sud pour maintenir le côté protestant contre les Guise ; les frères de chacun auront droit également à des alliances de choix, avec obligation pour eux de service auprès du roi. Les deux archi-mignons seront aussi en parenté, le frère d’Epernon ayant épousé la tante de Joyeuse.

135px-Artus%2C_Thomas-Les_Hermaphrodites%2C_1605 dans FONDATEURS - PATRIMOINELa fin des archi-mignons

Dès que Joyeuse est envoyé en campagne, Epernon en profite pour se rapprocher du roi. Il reçoit des missions de confiance vers Navarre dès 1584, puis vers les Guise. Les rivalités naissent et Joyeuse commet l’erreur de se rapprocher de la Ligue en 1587, perdant son crédit auprès d’Henri III. Joyeuse n’a plus qu’une solution : combattre victorieusement les huguenots à Coutras en septembre 1587. S’il gagne, il rentre en grâce et peut chasser Epernon…mais il perd le 20 septembre : en trois heures de temps, l’armée royale est défaite, Joyeuse meurt.

Joyeuse est ramené à Paris en mars 1588, son effigie est exposée dans une salle de parade, revêtue d’un habit de pénitent, pendant trois jours ; un repas funéraire est organisé où l’effigie est assise. Le dernier jour Epernon et le roi lui rendent des honneurs funèbres, l’effigie étant placée dans une chapelle ardente avec requiem et oraison le lendemain. Joyeuse est un « chevalier mort pour la foi, considéré comme un archi-martyr ».

A partir de ce moment, Epernon est seul courtisan et tous les espoirs mis sur Joyeuse vont vers lui. Il n’a plus de limite et réussit à se mettre à dos tous les conseillers du roi qui demandent son éloignement dès mai 1588, à tel point que les Grands sont « prêts à mourir pour le roi » à condition qu’Epernon soit disgracié. Il se réfugie en Navarre avant d’être arrêté.

Le dernier favori

Le roi remanie son gouvernement, se débarrasse de tous les anciens placés par sa mère et curieusement s’entoure de gens poussés par Epernon, dont Roger II de Bellegarde, dernier favori.

Bellegarde s’occupe de la vie domestique du roi, celui-ci ayant besoin d’un confident disponible à ses côtés. Fin 1588, le roi reprend en main la distribution des charges, surtout celles d’Epernon, renoue avec les gentilshommes des provinces, tente de s’attacher le duc de Nevers (seul militaire capable) qu’il pousse à s’introduire parmi les catholiques. Nevers refuse, en découle l’assassinat du duc de Guise. Nevers meurt en 1595 à 56 ans avec tous les honneurs dus à un excellent militaire.

La fin de l’âge d’or des favoris

C’en est fini des mignons et archi mignons. Pourtant frères et cousins des mignons d’Henri III sont à la base de l’aristocratie du début du XVII è siècle, la faveur du roi ayant attiré des lignages anciens vers la capitale, servant dans l’armée et formant la vraie noblesse de cour autour de Louis XIII. A l’avènement du Roi Soleil, en 1661, c’est définitivement la fin de l’âge d’or des favoris en France.

Pour aller plus loin  - A Lire :

 « La faveur du roi, Mignons et courtisans au temps des derniers Valois (vers 1547-vers 1589)» – Nicolas Le Roux

« Fortune de France » – Robert Merle

« La Guerre des Trois Henri » – Jean D’Aillon

« La Dame de Monsoreau » et les « Quarante-cinq » – Alexandre Dumas

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