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    « La restauration est une opération qui doit garder un caractère exceptionnel. Elle a pour but de conserver et de révéler les valeurs esthétiques et historiques du monument et se fonde sur le respect de la substance ancienne et de documents authentiques. Elle s’arrête là où commence l’hypothèse, sur le plan des reconstitutions conjecturales, tout travail de complément reconnu indispensable pour raisons esthétiques ou techniques relève de la composition architecturale et portera la marque de notre temps. » citation Charte de Venise, art. 9, ICOMOS, 196.

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    Citation sur la France.
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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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L’épanouissement de la correspondance

Posté par francesca7 le 19 mai 2015

L’épanouissement de la correspondance dans LITTERATURE FRANCAISE telechargement-13

Mallarmé

 

Au xviiie siècle, les Lettres de Voltaire représentent la correspondance la plus volumineuse qui ait jamais existé : ses 18 000 lettres, adressées à toute l’Europe pendant plus de soixante ans, forment un document essentiel, sans lequel l’histoire du xviiie siècle serait imparfaitement connue. Désormais, tous les grands esprits du siècle de l’Encyclopédie, Denis Diderot, Jean-Jacques Rousseau, Charles de Montesquieu, se chargent de renseigner les princes, les grands seigneurs, les rois et les ministres des grandes nations de l’Europe sur l’évolution du goût, les manifestations littéraires et les événements artistiques. Les Lettres à Sophie Volland (1759-1774) de Diderot permettent de comprendre son dévouement à l’égard de l’Encyclopédie, œuvre à laquelle il sacrifia le meilleur de lui-même. Celles de Mademoiselle de Lespinasse, publiées en 1809, constituent un des documents les plus vivants et les plus tumultueux sur l’amour féminin : elles rapportent, dans un style direct, ses terreurs, ses exaspérations, ses excès et ses manques.

 

Au xixe siècle, les accents lyriques de la correspondance des grands poètes et écrivains tels que Johann Wolfgang von Goethe, Friedrich von Schiller, John Keats, Honoré de Balzac (Lettres à l’Étrangère)expriment les confidences intimes ou les détails les plus quotidiens de l’existence, les étapes d’un travail ou les passions amoureuses. Ainsi, la Correspondance de Gustave Flaubert, publiée en quatre volumes de 1887 à 1893, permet de comprendre son œuvre romanesque : il y expose la nécessité de l’union intime entre la pensée et la forme et celle de l’objectivité de l’art. Tout autant que la Vie de Henri Brulard, les Lettres de Stendhal constituent l’histoire de sa vie, mais aussi la chronique de son époque.

 

Des hommes politiques comme Napoléon, des écrivains comme Charles Baudelaire, Prosper Mérimée, George Sand, François René de Chateaubriand, Benjamin Constant, Victor Hugo, des peintres tels que Eugène Delacroix, Vincent Van Gogh, Paul Cézanne, des musiciens comme Richard Wagner, Robert Schumann, Franz Liszt, des philosophes comme Joseph Ernest Renan, Hyppolite Taine apparaissent comme de remarquables et prodigieux épistoliers. La Correspondance de Stéphane Mallarmé, qui permet de suivre l’une des aventures poétiques les plus audacieuses, domine la fin du xixe siècle et annonce les grandes préoccupations duxxe siècle : elle révèle non seulement la configuration d’une époque, mais aussi celle d’une ascèse.

 

Marquise de Sévigné

Marquise de Sévigné

Parmi les correspondances célèbres du début du xxe siècle, il faut surtout retenir celle d’André Gide et de Paul Valéry, qui ne cessèrent de s’écrire de toute leur vie, celle de Paul Claudel, qui, tenu éloigné de France par ses fonctions diplomatiques, fut naturellement amené à entretenir un abondant commerce épistolaire, et celle de Marcel Proust, indispensable pour qui veut connaître intimement l’énigmatique personnage, le « Je » insaisissable de À la recherche du temps perdu. Romain Rolland correspondit quant à lui avec Hugo von Hofmannsthal,Hermann Hesse, Rabindranath Tagore. Dans les admirables Lettres à un jeune poète, Rainer Maria Rilke révèle ses plus hautes conceptions de l’art, alors que dans les Lettres à Lou Andreas-Salomé, où perce une passion brûlante, et les Lettres françaises à Merline, qui portent l’écho de ce qui fut le plus poignant roman d’amour, le poète des Élégies de Duino livre les secrètes intuitions de l’artiste. Des écrivains en exil comme James Joyce, Hermann Broch, Robert Musil se livrent entièrement dans leurs lettres. Franz Kafka décrit avec une précision incomparable, dans les Lettres à Milena, ses fantasmes et ses rêves. En Grande-Bretagne ont été publiées les Lettres de T. E. Lawrence et de D. H. Lawrence, aux États-Unis les nombreuses correspondances de Francis Scott Fitzgerald et d’Ezra Pound.

 

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LES PETITS LORRAINS

Posté par francesca7 le 9 mai 2015

 

imagesles historiens déplorent le peu de renseignements vraisemblables concernant Saint-Nicolas. Mais ils s’accordent tous sur les quelques faits suivants : Saint-Nicolas est né vers 270 à Patare, en Lycie (Turquie actuelle). Plus tard , il fut évêque de Myre. On fixe sa mort au 6 décembre 343. Pendant sa vie, un certain nombre de miracles lui sont attribués. Ces miracles ont donné naissance à plusieurs légendes. Voici l’une d’elles :

Un jour, un paysan demanda à ses enfants d’aller dans les champs pour glaner les épis de blé laissés par les moissonneurs. Les heures passèrent et la nuit les surprit. Ils comprirent très vite qu’ils s’étaient perdus, mais ils continuèrent à marcher… Soudain, l’un d’entre eux aperçut une lueur dans le lointain. Ils se dirigèrent dans cette direction et arrivèrent devant une maison isolée dans la campagne. Ils frappèrent à la porte et un homme de forte corpulence leur ouvrit. « - Pourriez-vous nous loger ? demandèrent les enfants. 

 Entrez, entrez, petits enfants, répondit l’homme, je suis boucher et je vais vous donner à souper. » A peine étaient-ils entrés que le boucher les tua, les découpa en petits morceaux et les mit dans son saloir.

Sept ans plus tard, Saint Nicolas passa devant cette maison et demanda à souper. « - Voulez-vous un morceau de jambon ?, dit le boucher. 

 Je n’en veux pas, il n’est pas bon ! 
 Peut-être une tranche de veau ? 

 Tu te moques de moi, il n’est pas beau ! Du petit salé, je veux avoir, qui est depuis sept ans dans ton saloir ! » Entendant cela, le boucher s’enfuit en courant.

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Le grand saint, alla s’asseoir sur le bord du saloir, il leva trois doigts et les enfants se levèrent tous les trois.

De cette légende est née la chanson suivante :
Ils étaient trois petits enfants
Qui s’en allaient glaner aux champs
Tant sont allés, tant sont venus
Que le soir se sont perdus
Ils sont allés chez le boucher
Boucher, voudrais-tu nous loger ?

Ils étaient trois petits enfants
Qui s’en allaient glaner aux champs
Ils n’étaient pas sitôt entrés
Que le boucher les a tués
Les a coupés en p’tits morceaux
Mis au saloir comme pourceaux

Ils étaient trois petits enfants
Qui s’en allaient glaner aux champs
Saint Nicolas au bout d’sept ans
Vint à passer dedans ce champ
Alla frapper chez le boucher
Boucher, voudrais-tu me loger ?

Ils étaient trois petits enfants
Qui s’en allaient glaner aux champs
Entrez, entrez Saint Nicolas
Il y a de la place, il n’en manque pas
Il n’était pas sitôt entré
Qu’il a demandé à souper

Ils étaient trois petits enfants
Qui s’en allaient glaner aux champs
Du p’tit salé, je veux avoir
Qu’il y a sept ans qu’est dans le saloir
Quand le boucher entendit ça
Hors de la porte il s’enfuya

Ils étaient trois petits enfants
Qui s’en allaient glaner aux champs
Boucher, boucher, ne t’enfuis pas
repens-toi, Dieu te pardonnera
Saint Nicolas alla s’assoir
Dessus le bord de ce saloir

Ils étaient trois petits enfants
Qui s’en allaient glaner aux champs
Petits enfants qui dormez là
Je suis le grand Saint Nicolas
Et le Saint étendant trois doigts
Les petits se lèvent tous les trois

Ils étaient trois petits enfants
Qui s’en allaient glaner aux champs
Le premier dit « j’ai bien dormi »
Le second dit « Et moi aussi »
Et le troisième répondit
« Je me croyais au Paradis »

(D’après un récit du XIXe siècle)

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Une cloche pour ADANO

Posté par francesca7 le 9 mai 2015

 

 1 CLOCHE

Comment la ville se procurait-elle de l’argent en 1943 ? Eh bien voici l’affaire des balles de mousseline. Un vaisseau de la liberté était arrivé au port d’Adano et avait déchargé une cargaison de matériel de guerre : machines à cintrer, traverses de ponts, tentes et munitions. Au fond de la cale, les débardeurs avaient trouvé des ballots de mousseline blanche. Le capitaine du bateau voulait qu’on les déchargeât. Le quartier-maître du port en le voulait pas, car il n’y avait ni papiers ni lettres de consignation concernant ces ballots. Comme ils portaient l’estampille du Trésor des Etats Unis c’étaient évidemment des marchandises envoyées en lend-lease et égarées. Le commandant Joppolo, sachant que les gens de la ville s’en allaient en guenilles, dit qu’il les utiliserait. Il appela au téléphone le chef des Fournitures civiles et obtint la permission de vendre cette mousseline à un prix équitable. Il en avait mis deux ballots en vente et les quatre autres en réserve. Le manque d’étoffes dans la ville était si grand que les deux ballots avaient disparu en un rien de temps.

-          Voilà du bon travail Joppolo, dis Sa Seigneurie. Et puis ?

Venais ensuite la question des réfugiés. Le jour de l’invasion, il n’y avait que six ou sept mille habitants dans la fille, les autres s’étant réfugiés dan la montagne. Peu de jours après, on en comptait trente-deux mille environ. Cet afflux de population, très gênant pour Adano, s’expliquait par le fait qu’un grand nombre de ces réfugiés étaient des habitants de Vicinamare qui avaient fui leur ville lors des bombardements. A présent, la bataille se livrait au-delà de Vicinamare. Les réfugiés auraient voulu rentrer chez eux, mais il n’y avait pas de moyen de transport. Le commandant, rencontra un jour dans la rue un autocar allemand conduit par un soldat américain, avait eu l’idée de s’en servir. Renseignements pris l’autocar appartenait au génie ; L’officier en charge, consulté par téléphone, lui avait permis moyennant l’autorisation officielle du commandant de la base, de le mettre en circulation une fois par semaine. Quelques jours plus tard, l’autocar partait bondé d’Italiens ravis et exubérants. Mais ce rapatriement n’avait pas continué, parce que le colonel Sartorius, chef des Affaires civiles pour la province de Vicinamare, ayant appris cette initiative, s’en était montré très blessé.

-          je me demande, dit le commandant Joppolo, si le colonel Sartorius n’est pas une véritable dope !

-          Vous voulez dire qu’il prend de la drogue ? demanda lord Runcin, puisant dans sa tabatière.

-          Oh non lord. Je veux simplement dire qu’il est un abruti.

-          Dope c’est ça ? dit Sa Seigneurie qui inscrivit le mot dans son carnet. Très bon, et puis ?

-          Eh bien, lors, les habitants d’Adano étaient si contents de l’administration américaine qu’ls avaient offert, tout à fait spontanément, d’entretenir à leurs frais le petit cimetière américain aux portes de la ville ; Ils avaient construit une barrière tout autour et l’avaient peint en blanc et Russo, le vieux tailleur de pierres, faisait les dalles. Tous les dimanches, les gens de la ville portaient des fleurs sur les tombes des soldats américains morts en prenant la ville.

-          Mais dites, c’est diablement touchant, commenta Sa Seigneurie. Et puis ?

Le ravitaillement marchait bien. Un des premiers jours, le commandant avait trouvé cinq wagons de blé sur une voie de garage. Il avait fait moudre le blé et avait pu en garder un peu pour les villages voisins qui en manquaient. Il avait imposé une très lourde amende – trois mille lires – à un boulanger pour avoir fait du pain spongieux, refusé de vendre à crédit, refusé d’accepter les lires américaines et parce qu’il avait les mains sales. A partir de ce moment, le pain avait été tolérable chez tous les boulangers. Il prenait des mesures pour que les pêcheurs puissent retourner en mer. Grâce à lui, on recommençait à manger des pâtes dont on avait été privé pendant huit mois. La situation alimentaire était bonne.

-          Bravo dit Lors Runcin. Chaque fois que Sa Seigneurie prenait une prise, le commandant Joppolo la regardait avec des yeux ronds et oubliait de quoi il parlait.

-          Quoi d’autres ?

Mon Dieu, veiller à la propreté de la ville ressemblait pas mal au travail d’Hercule dans sa fameuse écurie. Heureusement, le commandant était au courant des questions sanitaires ; Lorsque les Américains étaient arrivés, le vieux balayeur chargé de l’entretien des rues avait juste assez de force pour balayer devant le palazzo et vider la boîte aux ordures du maire Nasta. Le commandant Joppolo avait à présent une équipe de quarante-cinq hommes, huit voitures pour le service de la voirie et un camion itialen qu’il avait fait transformer en voiture d’arrosage. On arrosait les rues tous les matins.

-          De l’eau ! dit Sa Seigneurie. Mais c’est absolument efféminé.

Le commandant ne compris pas l’expression, mais il la prit pour son compliment .

[…]

D’abord, on peut se rassembler dans la rue et parler comme on veut ; Il est permis d’écouter la radio. On sait que je suis juste et qu’on peut venir me trouver à toute heure à l’hôtel de ville. Le maire Nasta avait mis son heure de bureau de midi à lune heure et il fallait lui demander un rendez-vous des semaines à l’avance. Je vous ai parlé de l’entretien des rues. Oh il ya beaucoup d’améliorations et il y en aura bien d’autres, lord, si je continue à m’en occuper.

Joppolo commençait à ennuyer légèrement sa Seigneurie qui puisait de plus en plus souvent dans sa tabatière et regardait par la fenêtre :

-          Une seule chose, lord.

-          Je souhaiterais que toutes les villes n’en aient pas davantage, Joppolo.

-          Mon Dieu ce n’est pas d’une importance immédiate, lord, et je crains que cela ne vous paraisse un peu ridicule.

-          Ma mission, dit lord Runcin, en prenant majestueusement du tabac, est de donner un sens aux choses ridicules. qu’est-ce, Joppolo ?

-          La ville a besoin d’une cloque.

-          Une cloche ? Mais commandant, j’ai entendu de tels carillons ce matin que je me suis cru à Noël.

-          Celle-ci était du XIIIè siècle. A entendre parler des habitants, c’était ce que la ville possédait de plus beau. Mussolini à la prise…

Et le commandant raconta comment la cloche avait été mise en caisse et expédiée pour faire des canons, comment les habitants lui en avaient parlé, comment il avait fait une enquête et établi que la cloche avait été très probablement fondue, en tout cas se trouvaient en territoire occupé.

Le Colonel, en la personne de Sa Seigneurie, montra le bout de l’oreille .

-          Ces gens, du lord Runcin, doivent se suffire avec les cloches qu’ils ont. Nous ne pouvons nous permettre d’être sentimentaux, vous savez Joppolo. C’est une faute d’amollir la discipline en rendant les gens trop heureux.

 

Pour lire l’intégralité de ce livre de John Hersey, rejoindre le site : http://bibliothequecder.unblog.fr/2015/05/08/une-cloche-pour-adano/

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PORTRAIT DE JOHN HERSEY Par Daniel Bénédite

Posté par francesca7 le 9 mai 2015

A l’heure où je trace ces lignes, le soleil se couche avec une sorte de tendresse derrière l’église de Louviers. La douceur du soir enveloppe les grasses prairies de Seine normande ; Au loin, un clocher égrène l’angélus. John HERSEY, je crois, aimerait cette paix, en bon Américain qui n’affronte les orages du monde qu’avec la nostalgie de son confortable cottage, du petit bourg où il a établi sa demeure, des voisins débonnaires avec qui l’on échange les outils du jardinage et les premiers fruits du verger.

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  »Ce jeune homme, dit un jour quelqu’un qui l’avait rencontré, est le type d’américain que le président Lincoln devait avoir été. Il ressemble même aux portraits que j’avais vus sur les livres d’histoire. Il est grand et mince, c’est un des hommes les plus grands que j’aie jamais vus. Et il est compréhensif et sympathique. Plus tard, Joseph Kessel le décrira en ces termes : « C’était un grand garçon mince et fin, élancé à l’américaine, avec un visage très jeune, très droit, un peu timide, presque naïf. Il avait de beaux yeux bruns, chauds, mélancoliques et plein d’une compréhension, d’une compassion infinies… » Homme d’action et de conviction à la fois, par conséquent amoureux de sa patrie et plus encore fier de l’idéal démocratique qu’elle incarne et qu’elle a mission, lui semble-t-il d’apporter au reste de l’univers.

Cet Américain exemplaire, cependant a vu le jour à T’ien-tsin le 17 juin 1914, et a commencé par parler la langue des mandarins bien avant de s’exprimer en anglais ; son père, Roscoe Monroe Hersey était en effet secrétaire de l’YMCA en Chine  où il s’efforçait de lutter contre les effets de la famine dans les provinces de l’Est. Le petit John vécu en Extrême Orient jusqu’à sa dixième année, non sans voir à l’âge du complexe d’Œdipe, quelque peu parcours le monde en compagnie de sa mère ; Nous avons maintenant combien sont déterminants les événements du premier âge. Est-ce trop se hasarder que de voir, dans la passion déambulatoire de Hersey, l’empreinte de ses moments privilégiés et le désir inlassable et inconscient de les réitérer ?

En 1924, la famille de John Hersey regagne les Etats-Unis. C’est pour celui-ci le temps des études sérieuses. Il les poursuit avec succès, à Hotchkiss School et à Yale dont il sort diplômé en 1935, puis à Cambridge, en Angleterre, où il demeure un an. De retour en Amérique, il devient le secrétaire de Sinclair Lewis, avant d’opter pour le journalisme, vers quoi le conduit sa vocation profonde. Il entre ainsi à Time et à Life dont il sera, durant la Seconde Guerre mondiale, le correspondant de guerre. IL est envoyé au Japon et en Chine, « couvre » les opérations du Pacifique, de Tunisie et d’Italie, puis en 1944, et 1945 séjourne en URSS.

C’est de cette activité mouvementée et périlleuse – « Le plus grand reporter de notre temps » dit de lui Joseph Kessel – qu’en John Hersey naît l’écrivain ; comme l’ont fait observer maints critiques, l’écriture romanesque, chez lui, dégage et cristallise les éléments éthiques sous-jacents à ses grands reportages ; n’est-ce pas dire, du même coup, que le regard de Hersey journaliste dépasse d’emblée l’événementiel et le pittoresque qui constituent la matière immédiate de tout reportage, que c’est pour l’homme, finalement qu’il est requis, l’homme de notre temps et les tourments qui lui viennent de sa condition ? C’est bien en tout cas, ce que comprirent les jurés du prix Pulitzer lorsqu’ils couronnèrent en 1945, Une Cloche pour Adano que l’écrivain avait rédigé en partant d’un reportage adressé à  Life.

PORTRAIT DE JOHN HERSEY Par Daniel Bénédite dans FONDATEURS - PATRIMOINE 300px-Stroop_Report_-_Warsaw_Ghetto_Uprising_06b

John Hersey, à ce moment avait déjà écrit deux romans, Men on Bataan (1942) et Dans la vallée (1943), récit d’une échauffourée à Guadalcanal, où il avait accompagné une attaque des « marines » : il était tombé avec eux, dans un piège tendu par les Japonais et s’était avec héroïsme, employé à secourir les blessés, ce qui lui avait valu d’être décoré. On raconte aussi qu’il avait été à deux doigts de perdre toutes les notes qu’il avait prises durant cette extraordinaire équipée. L’avion qui le ramenait avait en effet piqué du nez dans le Pacifique, mais Hersey, alors qu’il se démenait dans les flots, avait pu récupérer ses papiers qui flottaient à la crête d’une vague. Une cloque pour Adano (1943) porté successivement au théâtre et au cinéma, demeure son livre le plus connu. Mais il est l’auteur, également de trois autres romans de très haute valeur, Hiroshima, ville où il se rend en 1946 et dont le martyre nous est conté à travers le témoignage de six survivants, la Muraille (1950) où la vie intérieure du ghetto de Varsovie sous la botte nazie ainsi que son martyre sont reconstitués avec une hallucinantes vérité et la Chasse à la marmotte (1953) un libre assez différent des précédents et dont le caractère allégorique déconcerta la critique. 

Description de cette image, également commentée ci-aprèsMais il me semble que c’est bien dans une Cloche pour Adano que son généreux message retentit le plus haut et le plus fort, et tout d’abord parce que le livre, littérairement, est des mieux venus ; découpé, selon la technique journalistique, en brefs tableaux qui s’enchaînent avec un rythme irrésistible, il est étincelant de couleur et de vie, comme cette petite communauté italienne dont il nous dépeint les heurs, malheurs et soucis aux première heures de sa libération par les troupes américaines. Et puis, ne peut-on voir, en la personne du commandant Joppolos, court de taille et brun de poil comme ne l’est pas John Hersey (mais le contraste est délibéré, puisque c’est le propre de l’idéal américain que d’avoir fondu les origines les plus diverses), un porte-parole singulièrement émouvant de l’auteur ?

N’est-ce pas non plus un admirable symbole que cette cloche, l’âme d’Adano, qui plus profondément résonne en chacun de nous comme notre conscience d’homme semble chanter la gloire d’une civilisation- avant, peut-être d’en sonner le glas ?

Daniel Bénédite – extrait du livre UNE CLOCHE POUR ADANO

 

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Les hérésies médiévales

Posté par francesca7 le 18 mars 2015

 

Saint_Augustine_of_Hippo• Entre le IVe et le VIIe siècle, c’est surtout autour de l’arianisme et du nestorianisme que se cristallisent les querelles majeures relatives à la nature divine et humaine du Christ. La lutte contre les hérésies est dès lors étroitement liées à la définition du monothéisme d’État en Orient et à la constitution des royaumes en Occident (Gaule franque, par exemple, où les Mérovingiens s’appuient sur l’épiscopat pour étendre leur domination). Les hérésies continuent néanmoins de se multiplier pendant tout le haut Moyen Âge, et prennent une forme de contestation multiforme, allant de la réaction théologique à la revendication sociale, voire à une forme de résistance de type national (pauliciens ou bogomiles en Flandres, Rhin, Champagne, par exemple).

 

Dans la lignée des hérésies récusant l’autorité de l’apôtre Pierre, de nombreux courants dissidents aux tendances manichéennes sont liés aux mouvements réformateurs du XIe siècle. Leurs revendications de nature évangélique se mêlent à des critiques d’ordre moral, qui ajoutent au discrédit de l’Église, critiquée pour ses mœurs dépravées et l’immoralisme de son clergé (simonie, nicolaïsme). Les hérésies, dans l’ensemble, ne remettent plus en cause les fondements dogmatiques du christianisme et les grands mystères de la foi chrétienne (Trinité, Eucharistie, Salut, etc.) mais prennent pour cible la décadence de l’Église par rapport aux temps évangéliques, et ses structures institutionnelles. Dans le sillage des premiers réformateurs inspirés (Éon de l’Étoile, Pierre de Bruys ou Henri du Mans, etc.), surgissent, au XIIe siècle, des mouvements de laïcs prêchant l’Évangile au nom de leurs pratiques apostoliques et de leur pauvreté volontaire. Parmi eux, les « pauvres de Lyon », ou vaudois (du nom de leur prédicateur Pierre Valdo), très présents dans la région lyonnaise et le monde alpin, sont condamnés en 1184. À la différence de celle des vaudois, la doctrine des cathares est incompatible avec le dogme du christianisme. La simplicité apparente du catharisme, professant notamment le dualisme et l’ascétisme, trouve de nombreux adeptes, surtout dans le midi de la France et en Italie. En pleine phase d’expansion après 1140, l’hérésie cathare est violemment réprimée par l’Église. Dès le concile de Tours (1163), les cathares sont menacés d’excommunication, mais aussi de peines de prison ou de confiscations de biens. Après l’appel à la guerre sainte par le pape Innocent III, la croisade contre les albigeois est lancée par le roi Philippe Auguste à partir de 1208. En 1231, le pape Grégoire IX institue une juridiction d’exception, l’Inquisition, qui constitue alors l’instrument majeur de la répression contre les hérétiques. Ainsi, le catharisme disparaît dans la première moitié du XIVe siècle.

 

Non moins virulentes à la fin du Moyen Âge, les hérésies continuent d’affronter le pouvoir ecclésiastique par des attitudes proches du prophétisme ou de la vision inspirée. Le mouvement du Libre-Esprit s’inscrit dans cette forme de dissidence, qui prône le pur amour de Dieu en refusant l’idée d’un salut suspendu à la seule médiation de l’Église visible. Le succès de ces idées auprès des béguines et des bégards suffit à désigner comme dissidentes ces communautés spirituelles à la frontière du traditionnel clivage entre les clercs et les laïcs. Ordonné par l’inquisiteur de Paris en 1372, le supplice des hérétiques « turlupins », qui préconisent une même absence de médiation, est emblématique de l’efficacité de la répression mise en place par une Église attaquée de toutes parts. L’annonce, pour les millénaristes, de la venue d’une église spirituelle et égalitaire dans la ligne de pensée ouverte par les écrits du Calabrais Joachim de Flore (vers 1130-1202), continue ainsi d’allumer des foyers de dissidence. Les « spirituels » de l’ordre franciscain, restés fidèles à l’esprit de pauvreté de François d’Assise, sont ainsi condamnés comme hérétiques pour leurs prophéties sur la fin de l’Église et l’avènement du règne de la bonté, de la paix et de la sainteté. Cette branche dissidente est dissoute en 1341. La crise institutionnelle traversée par l’Église au moment du grand schisme d’Occident (1378-1417) concourt à la multiplication de petits groupes hérétiques informels. Leurs aspirations, empreintes le plus souvent de violentes revendications sociales ou nationales, rappellent les amalgames et les syncrétismes caractéristiques des hérésies médiévales : rejet de l’Église institutionnelle, aspiration à l’évangélisme, exaltation de l’amour divin, etc.

Réformes et dissidences.

• Insatisfaits des compromis mise en œuvre par les différents conciles de la fin du XIVe et du XVe siècles pour réduire la fracture ecclésiale, les courants réformateurs adoptent des positions de plus en plus radicales à l’égard de l’Église romaine. Considéré par les catholiques d’alors comme une hérésie majeure, le protestantisme (sous ses diverses formes de luthéranisme et de calvinisme) donne lieu à l’organisation de véritables Églises. L’orthodoxie protestante engendre à son tour ses propres dissidences et ses propres formes de répression pour affirmer l’absolue vérité de son dogme (supplice du médecin Michel Servet à Genève en 1553, qui confirme le passage d’une doctrine persécutée en religion persécutrice). 

Les hérésies médiévales dans HUMEUR DES ANCETRES 220px-Miguel_de_Molinos_1687Les hérésies connaissent une recrudescence au XVIIe siècle : « piétisme » visionnaire annonçant la venue d’une ère nouvelle, « quiétisme » de Miguel de Molinos (1628-1696) ou de ses émules, tels que la Lilloise Antoinette Bourignon (1616-1680), exaltant l’abandon total en Dieu et le retour à l’androgynat originel, etc. Sur le front catholique, la hantise d’autres dissidences conduit la Contre-Réforme à une opposition radicale à toute forme de déviance, voire de mysticisme suspect. Très violente en Espagne et en Angleterre, cette répression, qui condamne notamment les hérétiques « illuminés » (alumbrados) ou les « libertins » au bûcher, voit l’Église s’installer dans une forme d’immobilisme et de conformisme.

En France, le jansénisme fait ainsi l’objet de « tests d’orthodoxie » mis en place par l’Église pour éprouver la cohérence de ses formulations théologiques. Le dogme catholique se durcit dans des propositions autoritaires et démonstratives dénuées de toute souplesse théologique. L’exécution en 1766 du jeune chevalier de La Barre pour « crime d’impiété » constitue l’un des derniers sursauts de cette lutte séculaire contre les déviances doctrinales. L’incroyance et l’athéisme du siècle des Lumières, en prônant une émancipation à l’égard de toute religion, prend autant pour cible les hérésies que l’Église. Le déisme des Philosophes n’en constitue pas moins, par définition, … une hérésie ! La Révolution française supprime l’existence juridique de l’hérésie en mettant fin au pouvoir répressif et pénal de l’Église.

 

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François Rabelais – plusieurs cordes à son arc

Posté par francesca7 le 18 mars 2015

 

écrivain (La Devinière, près de Chinon, 1483 ou 1484 - Paris 1553).

Si les personnages et les épisodes de l’œuvre rabelaisienne sont devenus, au fil des siècles, des repères « mythologiques » de la culture nationale, l’existence de leur créateur continue, pour une large part, à se dérober aux recherches érudites.

RabelaisPrêtre, moine, médecin et … écrivain.

• « Ce que nous en savons le mieux, écrivait Michelet, c’est qu’il eut l’existence des grands penseurs du temps, une vie inquiète, errante, fugitive. » On sait que l’éducation du jeune Rabelais est confiée aux moines, et l’on suppose qu’aux alentours de 1510 il est novice dans un couvent de cordeliers près d’Angers. Vraisemblablement ordonné prêtre dans les années qui suivent, il s’initie aux langues anciennes et adresse au célèbre humaniste Guillaume Budé, en 1521, une lettre respectueuse qui nous apprend qu’il est moine franciscain au couvent de Fontenay-le-Comte. Budé encourage l’activité littéraire et philologique du néophyte, mais, en 1523, les supérieurs de Rabelais, sensibles au vent d’obscurantisme qui souffle de la Sorbonne, lui confisquent ses livres de grec. Il passe alors chez les bénédictins, moins fermés aux innovations culturelles. En 1528, il abandonne le froc pour l’habit de prêtre séculier. Deux ans plus tard, il est inscrit sur le registre des étudiants de la faculté de médecine de Montpellier. Commence alors une période d’intense activité éditoriale, qui témoigne d’une curiosité encyclopédique. En 1532, il publie une traduction latine des Aphorismes d’Hippocrate, puis lesEpistres médicinales de l’Italien Manardi. Nommé médecin à l’hôtel-Dieu Notre-Dame de la Piété du Pont-du-Rhône, il publie Pantagruelvraisemblablement à la fin de la même année, sous le pseudonyme d’Alcofribas Nasier (anagramme de François Rabelais). En 1533, l’ouvrage est condamné par la Sorbonne pour obscénité. Le cardinal Jean du Bellay prend alors Rabelais sous sa protection et l’emmène à Rome comme médecin et secrétaire. Rabelais y réédite la Topographia antiquae Romae de l’érudit milanais Marliani. De retour à Lyon en 1534, il publie Gargantua et la Pantagruéline Prognostication. Reçu docteur en médecine à la faculté de Montpellier en 1538, il exerce désormais dans cette ville. L’imprimeur et humaniste Étienne Dolet écrit alors que Rabelais est l’« un des meilleurs médecins du monde ». En 1543, Pantagruel et Gargantua sont censurés par le parlement de Paris à la demande des théologiens. Le Tiers Livre, qui paraît à Paris en 1546, est immédiatement condamné par la Sorbonne. Rabelais quitte alors la France pour Metz, ville d’Empire, qui lui offre un poste de médecin. En 1547, il accompagne une nouvelle fois à Rome, le cardinal Jean du Bellay qui lui fait conférer les cures de Meudon et de Saint-Christophe-du-Jambet quelques années plus tard. En 1552, paraît le Quart Livre, également vite censuré par les théologiens. L’année suivante, Rabelais meurt après avoir résigné ses deux cures. L’Isle Sonnante - seize chapitres du futur Cinquième Livre - est publiée en 1562, et deux ans plus tard paraît l’intégralité duCinquième Livre, dont la paternité reste aujourd’hui encore sujette à discussions.

Verve, fantaisie et sagesse.

François Rabelais – plusieurs cordes à son arc dans FONDATEURS - PATRIMOINE 220px-Gustave_Dor%C3%A9_-_Gargantua• Effervescente, chaotique et multiforme, jouissant de hautes protections et frôlant sans cesse les flammes du bûcher, l’existence de Rabelais est sans doute la meilleure introduction à une œuvre qui se dérobe à toute signification univoque. Si les histoires des géants et de leurs compagnons - Panurge, Frère Jean des Entommeures - se sont inscrites avec une telle force dans la mémoire collective, c’est qu’elles gardent, par-delà les sages morceaux choisis auxquels la tradition scolaire les a trop souvent réduites, une insolence verbale et une puissance de questionnement intacte. Après la relative éclipse des siècles classiques, l’esprit de Pantagruel et de Gargantua n’a cessé de souffler sur les grands créateurs de la littérature française – Victor Hugo, Balzac, Céline et Claudel. L’adjectif « rabelaisien », passé dans le langage courant pour qualifier une verve truculente, apparaît finalement restrictif au regard d’une œuvre dans laquelle Michelet voyait l’Iliade et l’Odyssée du patrimoine littéraire français.

 

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La presse et ses Libertés

Posté par francesca7 le 14 mars 2015

 

 

250px-CBC_journalists_in_MontrealLa presse française contemporaine est le produit d’une histoire qui débute au XVIIe siècle.

L’État, décidé à la contrôler ou soucieux d’assurer les conditions de son développement, joue un rôle majeur dans sa consolidation progressive. La loi de 1881 fonde la liberté d’une presse moderne qui, depuis plus d’un siècle, semble s’interroger, sans trouver de réponse à une question centrale : comment concilier indépendance de l’information et contraintes économiques ?

Politique, littérature et liberté

Si la naissance de la presse en France se situe au XVIIe siècle, il faut en chercher les racines deux siècles plus tôt. Le XVe siècle, en effet, voit l’apparition de deux innovations majeures : tandis que l’imprimerie permet la reproduction des nouvelles à grande échelle, la poste en favorise la plus large diffusion. Bientôt se multiplient les supports occasionnels d’information : « canards » illustrés, ancêtres des journaux à sensations, qui se repaissent de crimes odieux, d’accidents sanglants et d’histoires fabuleuses supposées vraies ; libelles et autres pamphlets qui accompagnent les crises politiques et religieuses du royaume ; feuilles « volantes » en tout genre. Aux imprimés destinés au plus grand nombre s’ajoutent les « nouvelles à la main » qui alimentent régulièrement la haute société en indiscrétions glanées dans les couloirs des puissants.

En 1631, les Nouvelles ordinaires de divers endroits, de Jean Epstein, et la Gazette, de Théophraste Renaudot, introduisent en France une forme de nouvelles imprimées et périodiques qui, depuis deux décennies déjà, connaissent un vif succès en Europe du Nord, et singulièrement en Allemagne. Bénéficiant d’un privilège royal de vente et de distribution, forte d’un millier d’abonnés, la Gazette, qui a absorbé son concurrent, sert de relais à la propagande monarchique. Le monopole de l’hebdomadaire de Renaudot sur les informations politiques est cependant entamé, dès l’origine, par les gazettes étrangères qui pénètrent sur le territoire français sans obstacles grâce à la poste royale. La pratique du privilège est, un siècle plus tard, également étendue aux annonces, avecles  Affiches de Paris (1745).

 

Privés d’actualité politique par le privilège de la Gazette, les imprimeurs rivaux consacrent l’avènement des journaux qui, tels le Journal des savants (1665) ou le Mercure galant (1672), développent le commentaire scientifique et littéraire. Ces liens entre presse et littérature, première grande caractéristique française, sont définitivement établis à l’époque des Lumières. Les Encyclopédistes, de même que leurs adversaires, se regroupent autour de revues qui animent leur polémique. Au Nouvelliste du Parnasse de l’abbé Guyot-Desfontaines (fort véhément à l’égard de Voltaire), ou à l’Année littéraire de Fréron, répond avec pugnacité le Mercure galant, transformé enMercure de France, qui, sous la conduite de Marmontel, accueille d’Alembert, Condorcet, La Harpe ou Voltaire. 

Grâce à la poste, qui réduit et uniformise les tarifs, la presse pénètre rapidement la province dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. La baisse des prix d’expédition assure à la première le monopole de distribution des journaux, et permet à la seconde d’offrir des abonnements à des coûts plus attractifs. En 1777 apparaît le premier quotidien français, le Journal de Paris, fondé trois quarts de siècle après le Times de Londres ! Les monopoles résistent mal au temps et à la pression de libraires qui, comme Panckoucke, lancent des organes de presse où l’on évoque tout autant l’actualité politique que les nouvelles littéraires. Le rythme de création des « feuilles » s’intensifie (plus d’une centaine de journaux voient le jour dans les années 1780) ; les pratiques de lecture collective favorisent la diffusion de l’information imprimée et, à la fin de l’Ancien Régime, le mot même de « journal » acquiert son sens moderne. 

220px-GazettedeFranceLa Révolution donne à la presse française son autre trait majeur : en instaurant la liberté d’expression, elle suscite le jaillissement des feuilles politiques. 158 journaux se créent au cours de la seule année 1789, et 1 400 titres nouveaux jusqu’à la fin du siècle. La demande est telle qu’une même feuille peut connaître trois éditions quotidiennes (matin, soir, et départements). Les tirages atteignent parfois 10 000 exemplaires et, dès 1791, la poste diffuse chaque jour plus de 100 000 journaux, auxquels s’ajoutent les numéros vendus par les colporteurs.

Les parlementaires influents utilisent la presse comme une arme de propagande : Mirabeau (le Courrier de Provence), Brissot (le Patriote français), Marat (l’Ami du peuple), Hébert (le Père Duchesne), Desmoulins (les Révolutions de France et de Brabant), etc. Jusqu’en 1792, ils jouissent d’une liberté presque illimitée. Mais, une fois la République fondée, la lutte des factions se traduit par des persécutions contre les journalistes, qui souvent paient de leur vie un engagement sans réserve.

Jusqu’aux débuts de la IIIe République, le destin des journaux est commandé par l’évolution heurtée de la liberté de la presse, que le pouvoir cherche périodiquement à museler. Dès 1800, Bonaparte supprime cinquante feuilles parisiennes pour n’en autoriser que treize, dont le Moniteur, devenu journal officiel. Frappées du droit de timbre, alourdies par une taxe postale en augmentation, étroitement surveillées par la censure, elles disparaissent les unes après les autres. En 1811, on n’en compte plus que quatre. En revanche, l’Empereur épargne la presse de province, qui assure la diffusion, auprès de la population, des décisions de l’État. 

Avec la Restauration, la presse d’information bénéficie d’un certain répit. Les journaux, dont le lectorat n’excède guère la couche des notables, renaissent : c’est le cas du Conservateur de Chateaubriand ou de la Minerve française de Benjamin Constant. La politique libérale se révèle cependant de courte durée : une ordonnance de 1820 rétablit la censure. Dix ans plus tard, en prétendant établir une législation particulièrement répressive contre la presse, Charles X provoque une réplique des journalistes groupés autour de Thiers et du National, prélude à une révolution qui aboutit à la chute des Bourbons. Quant à Louis-Philippe, il finit par renouer avec l’attitude de ses prédécesseurs. Cinq ans après avoir proclamé, par la Charte de 1830, la fin de la censure, il tente de se débarrasser des feuilles de l’opposition légitimiste ou républicaine en aggravant les délits de presse, en favorisant la suspension des journaux par les tribunaux et en alourdissant le cautionnement.

Exception faite de la brève IIe République qui rétablit la liberté (au printemps 1848, plus de 170 feuilles se créent à Paris), la politique répressive se poursuit jusqu’à la fin du Second Empire. Si Napoléon III tolère certains organes légitimistes (la Gazette de France), orléanistes (le Journal des débats), libéraux et républicains modérés (le Sièclela Presse), il n’adoucit le sévère régime de la presse qu’en 1868. Il supprime alors l’autorisation préalable et l’avertissement (qui pouvait entraîner l’interdiction du journal), mais maintient le cautionnement, le droit de timbre, et conserve aux tribunaux correctionnels le pouvoir de statuer sur les délits.

 

Industrialisation de la presse et avènement d’une culture de masse

Malgré tout, par la richesse de ses innovations, la période prépare la révolution de la presse qui marque la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Trois domaines connaissent une sensible transformation. D’abord, celui de la fabrication du journal : la mécanisation, de plus en plus sophistiquée, favorise l’accroissement des tirages, la chute des coûts de revient, l’augmentation de la pagination. En 1867, le Petit Journal adopte la rotative Marinoni, qui peut imprimer jusqu’à 10 000 pages à l’heure. La pâte à bois remplace le papier chiffon. La lithographie, qui a permis l’introduction de l’illustration dans les journaux des années 1830, laisse bientôt la place à d’autres procédés (zincogravure, similigravure, héliogravure). En revanche, devant la résistance des ouvriers du Livre, la linotype ne s’impose guère avant 1905.

 

Ensuite, l’information se rationalise. L’agence Havas, créée en 1835, profite des progrès du réseau télégraphique pour s’imposer comme la source essentielle des nouvelles. À la veille de la Grande Guerre, une quarantaine de quotidiens bénéficient des services de la puissante agence de presse.

 

Enfin, le siècle innove en matière de modes de vente et de diffusion. En 1836, Girardin, avec la Presse, et Dutacq, avec le Siècle, inventent la presse à bon marché. Le principe en est simple : diminuer le prix de l’abonnement par l’augmentation du tirage et le recours aux annonceurs (publicité). Girardin parvient ainsi à réduire de moitié le tarif de ses abonnements. En innovant dans le contenu (roman-feuilleton), la presse à bon marché conquiert de nouveaux publics. À partir de 1856, les feuilles non politiques peuvent être transportées par des messageries privées aux tarifs attractifs. C’est ce qui permet au Petit Journal, lancé en 1863 par Millaud, de connaître son essor. Grâce au chemin de fer, il se répand sur tout le territoire. Prototype du « journal à un sou », le Petit Journal, qui mise d’emblée sur un public populaire friand de faits divers (comme l’affaire Troppmann, en 1869) et de romans-feuilletons, use des méthodes nouvelles de la publicité, tire bientôt à des centaines de milliers d’exemplaires et bouleverse l’histoire de la presse mondiale.

 

La dernière impulsion à l’avènement de la presse moderne est fournie par la République. Non seulement la loi du 29 juillet 1881 met en place un régime de liberté mais, en supprimant toutes les entraves financières qui pesaient jusqu’alors sur les journaux, elle ouvre totalement le marché de l’information. Grâce à l’abolition du timbre, la vente au numéro se généralise promptement : le Petit Journal est le premier à en bénéficier. La presse peut désormais répondre à la demande croissante, conséquence de l’alphabétisation des Français. Les tirages des quotidiens parisiens ne cessent d’augmenter : 200 000 exemplaires en 1863 ; 1 million en 1870 ; 2 millions en 1880 ; 5,5 millions en 1910. Entre-temps, le nombre de titres a quintuplé (de seize à quatre-vingts). Ces mutations profitent surtout à la grande presse d’information populaire, qui, avec ses éditions quotidiennes ou ses suppléments hebdomadaires illustrés, finit par supplanter les feuilles d’opinion. Les quatre « majors », le Petit Journalle Petit Parisien (1876),le Matin (1883), le Journal (1892), contrôlent 40 % du marché des quotidiens en 1914. À lui seul, le Petit Parisien diffuse, à la même date, 1,5 million d’exemplaires chaque jour. Les publications de province (la Petite Girondele Progrès de Lyonla Dépêche de Toulouse, etc.) profitent, à leur tour, de l’envolée. De 1880 à 1914, leur tirage total passe de 700 000 à 4 millions d’exemplaires.

 

Le contenu même de l’information se modifie en profondeur : les genres traditionnels (chronique, critique) cèdent le pas aux grand et petit reportages. Des feuilles spécialisées apparaissent, qui visent des publics particuliers, comme les femmes (le Petit Écho de la mode), les enfants (le Journal de la jeunessela Semaine de Suzette) ou les amateurs de sport (le Vélol’Auto). La photographie conquiert les magazines en images (l’Illustration, en 1890) avant la grande presse ; elle donne même naissance à un quotidien qui l’utilise comme argument de vente (Excelsior, 1910). Le Rire et l’Assiette au beurre renouvellent le genre caricatural.

 

Portée par la vague des changements économiques et sociaux du XIXe siècle, la presse est sortie de l’âge de l’artisanat pour entrer dans l’ère de l’industrie. Les grands journaux sont devenus de vastes entreprises qui exigent de puissants capitaux, aiguisent l’appétit des milieux d’affaires, attirent les annonceurs. Dès 1881, le Petit Journal s’est constitué en société anonyme au capital de 25 millions de francs. Le Matin, dirigé par un entrepreneur en travaux publics, Bunau-Varilla (lui-même associé à un banquier et courtier d’assurances, Poidatz), emploie 900 personnes en 1914. La concentration qui s’est engagée dès les années 1880 touche jusqu’à la distribution. À la veille de la guerre, la maison Hachette, après avoir acheté une à une les messageries concurrentes, a établi un quasi-monopole sur la diffusion de l’information.

 

La dérive capitalistique de la presse inquiète d’autant plus les journalistes - désormais relégués au rang de simples employés - que les scandales politico-financiers révèlent une corruption organisée. Une série de rapports publiés entre 1889 et 1892 montre que la presse a reçu près de 60 % des 22 millions affectés à sa publicité par la Société du canal de Panamá. Du Temps au Gaulois, duFigaro au Radical, la liste est longue des titres compromis dans le trafic. Dès 1896, de semblables procédés se développent pour les emprunts étrangers (russes, notamment) ; mais le scandale n’éclatera qu’après guerre, en 1923. À ces sommes s’ajoutent celles des fonds secrets gouvernementaux dont bénéficient des feuilles comme l’Ordrel’Écho de Paris ou l’Opinion.

 

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L’HABIT NE FAIT PAS TOUJOURS LE MOINE

Posté par francesca7 le 2 février 2015

 

 

imagesSi les artistes et les littérateurs avaient le pouvoir de faire la mode, il est très probable que ceux de la Renaissance auraient ressuscité le costume antique, et qu’on eût vu les gens aller par les rues, habillés comme les personnages héroïques qui décorent toutes les productions du règne de François Ier, monuments, meubles, vaisselle. Mais le goût en matière d’habits opère ses évolutions en dehors de l’école, et son indépendance défie les doctrines régnantes au point de se soustraire à celles dont l’empire est le plus irrésistible.

Autre part est la loi d’après laquelle il se gouverne. On l’accuse de suivre sottement la fantaisie d’un petit nombre d’hommes désœuvrés et frivoles ; en y regardant de plus près, on s’apercevrait que c’est l’industrie sans cesse en travail qui le pousse, qui lui impose ses continuels changements. Ceux qui passent pour les rois de la mode n’en sont que les propagateurs ; ils ont au-dessus d’eux le fabricant appliqué à mettre en circulation des produits nouveaux, l’ouvrier industrieux qui sait changer le jeu de son métier, de ses ciseaux, de son aiguille.

Au commencement du seizième siècle, la fabrication des draps, jusque-là si active, se mit à baisser tout d’un coup pour faire place à celle de lainages sans souplesse, comme la serge et l’étamine. Cette révolution fit que nobles et riches n’admirent plus dans leur toilette que le velours et les draps de soie ; et l’on conviendra que de pareilles étoffes se prêtaient moins aux chutes naturelles qu’aux façons ajustées et tourmentées. D’autre part, l’idée de crever les habits pour faire parade du linge de corps s’était développée, depuis Charles VIII, en raison des progrès accomplis par le travail de la toile, de telle sorte qu’on en était venu à ouvrir toutes les pièces du costume, depuis les pieds jusqu’aux épaules. Or eût-il été possible de faire comprendre l’avantage de la simplicité grecque ou romaine à tant d’industriels que cette mode occupait ?

Quant au costume féminin, la recherche des plis factices l’éloigna encore davantage des traditions antérieures. C’est alors que, pour favoriser l’effet de l’étoffe, on imagina de déformer le corps en le tenant emprisonné dans des appareils qui eussent passé auparavant pour des instruments de supplice. Sous les noms de basquine et de vertugale, le corset et les fausses tournures commencèrent leur interminable règne. Une fois le goût porté aux tailles fines, adieu tout espoir de retour au péplum et à la chlamyde.

Voilà comment il est arrivé que les coupes antiques, dont le Moyen Age, dans ses plus grands écarts, avait toujours conservé quelque chose, disparurent pour toujours à la Renaissance ; et comment le costume moderne, si dénué de la grâce antique, date son avènement de l’époque même où tant d’artistes éminents ranimèrent par leurs chefs-d’œuvre le sentiment du beau. François Rabelais, auteur si minutieux lorsqu’il décrit, nous a laissé une très longue énumération des pièces qui composaient avant 1530 le costume des deux sexes. Il suffit de rajeunir un peu le style de ce passage pour avoir un des chapitres les plus instructifs de l’histoire des modes.

Il écrit en effet que les dames (en galant homme, il donne le pas aux dames) portaient chausses (bas) d’écarlate ou de migraine (vermeil), chausses qui montaient au-dessus du genou juste de la hauteur de trois doigts, et la lisière était de quelque belle broderie ou découpure. Les jarretières étaient de la couleur de leurs bracelets, et serraient le genou par-dessus et par-dessous. Les souliers, escarpins et pantoufles, de velours cramoisi, rouge ou violet, étaient déchiquetés à barbe d’écrevisse.

Par-dessus la chemise, ajoute-t-il, elles vêtaient la belle vasquine, de quelque beau camelot de soie ; sur la vasquine vêtaient la vertugale de taffetas blanc, rouge, tanné (saumon), gris, etc. Au-dessus, la cotte de taffetas d’argent, faite à broderies de fin or entortillé à l’aiguille ; ou bien, selon que bon leur semblait et conformément à la disposition de l’air, de satin, damas, velours orangé, tanné vert, cendré, bleu, jaune clair, rouge cramoisi, blanc ; de drap d’or, de toile d’argent, de cannetille, de broderie, selon les fêtes. Les robes, selon la saison, de toile d’or à frisure d’argent, de satin rouge couvert de cannetille d’or, de taffetas blanc, bleu, noir, tanné ; de serge de soie, camelot de soie, velours, drap d’argent, toile d’argent, or tiré, velours ou satin pourfilé d’or en diverses portraitures.

Puis Rabelais nous révèle qu’en été, quelquefois, au lieu de robes, elles portaient belles marlottes des étoffes mentionnées précédemment, ou des bernes à la mauresque, de velours violet à frisure d’or sur cannetille d’argent, ou à filet d’or garni aux rencontres de petites perles indiennes. Et toujours le beau panache, selon les couleurs des manchons, bien garni de papillettes d’or. En hiver, robes de taffetas de couleur comme dessus, fourrées de loup cervier, genette noire, martre de Calabre, zibeline, et autres fourrures précieuses.

On apprend enfin que les patenôtres, anneaux, jazerans, carcans, étaient de fines pierreries, escarboucles, rubis balais, diamants, saphirs, émeraudes, turquoises, grenats, agates, bérils, perles et unions d’excellence. L’accoutrement de la tête était selon le temps : en hiver, à la mode française ; au printemps, à l’espagnole ; en été, à la turque ; excepté les fêtes et dimanches, où elles portaient accoutrement français, parce qu’il est plus honorable et sent mieux sa pudicité matronale.

Avant d’aller plus loin, il est bon de préciser par quelques explications la forme des principaux objets que nomme notre vieil auteur. Les chaussures dont il entend parler, souliers, escarpins ou pantoufles, étaient très épatées du bout, très découvertes et crevées, ce qui constituait la déchiqueture. L’imitation des barbes d’écrevisse était produite par une engrêlure sur le bord des crevés. La vasquine ou basquine était un corset en forme d’entonnoir, muni de pans ou basques tombant sur les hanches. Il était rembourré et monté sur une armature en fils de laiton, avec un busc de baleine sur le devant. On le serrait à la taille au point de mettre la chair à vif ; ce qui est exprimé en termes très peu attiques dans un méchant poème du temps, intitulé le Blason des basquines et vertugalles.

La vertugalle faisait par en bas le même office que la basquine par en haut, mais en sens contraire, car elle était destinée à donner à la jupe le maintien d’un entonnoir renversé. Elle consistait en un tour de corps muni d’appendices qui descendaient sur les côtés comme les paniers de l’ancien régime, sauf qu’ils ne bombaient pas. A cause de la figure que prenait la cotte ou robe de dessous posée sur cet appareil, on l’appelait godet, parce que godet, dans l’ancienne langue, exprimait un vase de la forme de nos verres à vin de Champagne.

La robe de dessus, appelée proprement robe, était taillée en carré et assez décolletée sur la poitrine. Elle couvrait tout le corsage et s’ouvrait en pointe à la taille comme une redingote. C’est seulement par cette ouverture que la cotte était apparente. Les manches de la robe n’allaient que jusqu’à la saignée, où elles formaient un large retroussis et tombaient sons le coude en manière de sacs. Par-dessous ces manches, le bras était couvert d’abord de la chemise, qui finissait au poignet par des manchettes, et ensuite de manchons ou manches postiches en plusieurs brassards qui se nouaient les uns aux autres par des rubans. Ce que nous appelons brassard était bracelet du temps de Rabelais ; c’est pourquoi sa description nous montre les jarretières appareillées de couleur avec les bracelets.

images (1)La marlotte était un pardessus plus léger que la robe, à peu près de la forme des caracos que l’on porta quelques siècles plus tard, mais plus ample de basques et garni de tuyaux par-derrière. La berne était une marlotte sans manches, portée de Maroc en Espagne et d’Espagne en France. Les cottes portées sous la marlotte et sous la berne étaient pourvues d’un corsage, ce qui les faisait appeler des corsets ; car ce n’est qu’au dix-septième siècle que ce mot de corset a voulu dire la même chose que basquine. Au contraire, les cottes portées sous la robe consistaient en une simple jupe. Les manchons, dans ce cas, s’attachaient, non pas à la robe de dessous, mais aux épaulettes de la basquine.

Par « le beau panache » dont il est parlé immédiatement après les marlottes et les bernes, il faut entendre, non pas un ajustement de tête, mais un bouquet de plumes d’autruche qui servait d’éventail en été et d’écran en hiver. C’était encore un objet d’importation étrangère, emprunté aux dames italiennes. Le panache s’appelait aussi contenance, dénomination qu’il partageait avec divers petits objets comme pelotes, flacons à parfums, clefs, qui étaient suspendus à la ceinture, et qu’on prenait à la main pour se donner une contenance.

La reine Éléonore, seconde femme de François Ier, mit à la mode, en fait de contenance, le miroir, auquel on n’avait pas songé jusque-là. Il se peut que le portrait que nous donnons de cette princesse la représente avec cet objet favori, qu’une erreur de l’artiste employé par Montfaucon aura transformé en une pierre à facettes. Les patenôtres étaient les chaînes ou chapelets d’où pendaient les contenances, au contraire des jazerans qui étaient les chaînes de cou. Les carcans d’alors seraient aujourd’hui des colliers.

Nos deux figures de femmes font saisir mieux que toute description la différence qu’il y avait entre la coiffure française et la coiffure italienne ou à la turque. La reine Claude est coiffée à la française, avec templettes et chaperon, suivant la mode du temps de Louis XII, tandis que la reine Éléonore porte le bonnet italien dépourvu de toute espèce de garniture, si ce n’est qu’une passe d’orfèvrerie l’assujettissait sur la tête. Quant à la coiffure espagnole, elle consistait en une toque posée sur des cheveux en bandeaux.

Reprenons maintenant le texte de Rabelais, pour qu’il nous apprenne la composition du costume masculin : les hommes étaient habillés à leur mode : chausses, pour les bas, d’étamet ou de serge drapée, en écarlate, migraine blanc ou noir ; pour les hauts, de velours des mêmes couleurs, ou bien près approchant ; brodées et déchiquetées selon leur invention ; le pourpoint de drap d’or, d’argent, de velours, satin, damas, taffetas des mêmes couleurs, déchiqueté, brodé et accoustré à l’avenant ; les aiguillettes de soie des mêmes couleurs, avec les fers d’or bien émaillés.

Puis l’auteur mentionne les saies et chamarres de drap d’or, drap d’argent, velours pourfilé à plaisir ; les robes autant précieuses comme celles des dames ; les ceintures de soie, des couleurs du pourpoint ; et chacun la belle épée au côté, la poignée dorée, le fourreau de velours de la couleur des chausses, le bout d’or et d’orfèvrerie ; le poignard de même ; le bonnet de velours noir, garni de force bagues et boutons d’or ; la plume blanche, mignonnement partagée de paillettes d’or, au bout desquelles pendaient en papillettes beaux rubis, émeraudes, etc.

La première chose qui apparaît, c’est que l’on commença sous François Ier à se servir du mot bas pour désigner la partie des chausses qui couvrait la jambe. Les étoffes indiquées pour faire les bas font voir qu’il n’était pas encore question de bas de mailles. L’étamet, la serge drapée, étaient des laines croisées analogues à nos mérinos, et par conséquent la confection des bas appartenait encore aux tailleurs.

Les hauts de chausses, que l’on ne tarda pas à appeler simplement des chausses, admettaient vingt sortes de façon : les unes bouffantes, les autres collantes, celles-ci longues, celles-là courtes, toutes déchiquetées, tailladées, balafrées avec des flocards ou bouffants de toile fine d’abord, plus tard de satin, qui passaient à travers les ouvertures. Des noms bizarres dont il serait difficile aujourd’hui de préciser le sens, s’appliquaient aux diverses variétés de chausses : chausses à la martingale, à la bigote, à la bougrine, à la garguesque, à la gigote, à la marinière, à la suisse, à queue de merluche, etc., etc.

Le pourpoint, après lequel les aiguillettes tenaient les chausses attachées, continua d’être ce qu’il avait été du temps de Louis XII, un gilet agrafé par-derrière ou sur le côté. A l’encolure se montraient un ou deux doigts d’une chemise froncée, qu’on voyait reparaître sur la poitrine à travers les crevés et balafres du corsage.

Un portrait de François Ier, au Musée du Louvre, le représente avec un pourpoint fait de cannetille tressée en filet ; dernier perfectionnement où dut s’arrêter la mode des habits percés à jour.

Les saies et chamarres étaient le vêtement par excellence, l’équivalent du frac moderne. La saie consistait en une tunique ouverte en pointe jusqu’à la ceinture, avec une jupe à tuyaux. La chamarre était une veste longue, très ample et sans ceinture, formée de bandes de soie réunies par du galon. C’est d’elle que dérive l’ancien habit galonné des valets de grande maison. Après 1530 commença la mode des casaques, qui étaient de la forme des chamarres, mais se ceignaient à la taille et étaient coupées en plein velours. Aux saies, chamarres et casaques s’attachaient par des aiguillettes de larges mancherons découpés et crevés comme les autres pièces du costume. La robe, plus longue que la casaque, descendant jusqu’au jarret et non ceinte, était l’habit d’hiver. On la garnissait ordinairement de fourrure.

C’est du règne de François Ier que date l’introduction des armes dans la toilette. Rabelais s’en est moqué dans un autre endroit, en mettant au flanc de son pacifique Gargantua une belle flamberge de bois doré avec un poignard de cuir bouilli. Selon lui, les Français tenaient cette mode des « Indalgos bourrachous », nom sous lequel il désigne ces aventuriers espagnols, vantards, querelleurs et ivrognes, dont les guerres du seizième siècle avaient inondé le continent.

Le bonnet dont parle notre auteur était la toque. Il est singulier qu’il ne fasse pas entrer dans sa description le chapeau, coiffure aussi fréquemment portée que la toque, à en juger par les monuments. Le Titien a peint François Ier avec un chapeau.

images (2)Ces chapeaux-là différaient de ceux du règne précédent en ce qu’ils avaient les bords rabattus. Jusqu’en 1521, bonnet et chapeau se posèrent sur une chevelure longue par-derrière et taillée sur le front, selon la vieille mode du quinzième siècle. Un accident arrivé au roi mit les cheveux ras en faveur. Dans une partie de jeu, et d’un jeu très sot à coup sûr, un de ses gentilshommes, l’ayant atteint d’un tison allumé, pour panser la plaie il fallut lui raser la tête. Par respect pour leur maître, les courtisans se firent tondre comme lui, et tout le monde ne tarda pas d’en faire autant.

Des auteurs mal informés prétendent que la barbe fut reprise en même temps que l’on quittait les grands cheveux. C’est une erreur qui ne peut tenir contre le témoignage de quantité de portraits où l’on voit la barbe et les cheveux portés simultanément ; tous ceux de la jeunesse de François Ier sont dans ce cas. Nos lecteurs en ont un exemple par la figure équestre que nous leur donnons d’après le bas-relief du Camp du Drap d’or, exécuté dans la cour de l’hôtel du Bourgtheroulde, à Rouen. Or le congrès connu sous le nom de Camp du Drap d’or eut lieu, comme on sait, en 1520, c’est-à-dire un an avant l’époque où l’on dit que François Ier reçut cette blessure qui l’obligea au sacrifice de ses cheveux.

 

(D’après un article paru en 1852)

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La Sorcière, le Chenapan et le Korrigan

Posté par francesca7 le 21 décembre 2014

24359460Un Conte Moderne par Gwenael

il était une fois, dans une ville pas bien grande, une sorcière d’âge moyen, de taille moyenne, d’intelligence moyenne, de beauté moyenne… Bref, une femme qui ne cassait pas des briques mais dont les connaissances, plus que le physique, semblaient attirer la gent masculine. Par une soirée de pleine Lune, cette sorcière prit connaissance des textes d’un homme, un homme charmeur, que l’on aurait nommé «prince charmant» dans un autre temps. Mais autre temps, autre moeurs. 

Cet homme était certes très agile de la plume et semblait sortir de son ordinaire, peuplé de guerriers, de chamans, de scientifiques ou de mâles bassement pragmatiques… Un corbeau, oui, on aurait pu le surnommer ainsi ; sage mais espiègle et à la mémoire terriblement efficace. Après quelques semaines d’échanges de mots intelligents, bien que parfois inintelligibles pour le commun des mortels, étranger à leurs jeux de lettres, ils décidèrent qu’il était temps pour eux de faire plus ample connaissance. Ils se rencontrèrent donc le lendemain autour de quelques bières ; une agréable soirée, pendant laquelle cet homme, au doux nom de Chenapan, profita de l’ivresse de la sorcière et de quelques tours de cartes ayant impressionné la Dame, pour lui soutirer quelques secrets… Et un baiser.  

Satisfait d’avoir réussi ce joli tour de passe-passe, il se dit qu’il serait sans doute amusant de jouer avec elle, comme il avait l’habitude de le faire avec les Dames. Mais il oubliait qu’elle était une sorcière, une suivante de la Déesse et de ce fait, l’amie des Korrigans. Elle-même avait parfois tendance à l’oublier ou préférait ne pas prêter  attention aux avertissements de ces derniers. 

Quelques jours plus tard, elle se rappela que Chenapan lui avait proposé de la revoir et que c’était à elle de le rappeler. Ce qu’elle fit, se disant qu’elle avait apprécié leurs discussions et qu’il serait intéressant de prolonger l’expérience entamée quelques jours auparavant. Ils se donnèrent donc rendez-vous la semaine suivante. Dans les jours qui précédèrent, notre sorcière se mit à perdre régulièrement sa bague et sa montre qui réapparaissaient là où elle les avait cherchés quelques minutes auparavant. Pas de doute, les Korrigans essayaient de lui faire passer un message… Son article les concernant sans doute, qui tardait à être écrit ? 

Elle resta dubitative et s’en alla donc demander conseil à son ami, un chouette viking de Bretagne ; après analyse des faits, ce dernier lui dit «les Korrigans ne volent jamais sans raison ; c’est un message pour te prévenir que ton prochain rendez-vous sera vraiment foireux. Un conseil, évite d’y aller». Elle préféra ne pas écouter ce conseil, y alla… Et se fit gentiment poser un beau lapin. Moralité, il faut toujours être attentif aux messages que tentent de nous faire passer les Korrigans, surtout lorsqu’on est l’une des suivantes de la Déesse-Mère…

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Le Divertissement de Blaise

Posté par francesca7 le 6 décembre 2014

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Pascal4Quand je m’y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes, et les périls, et les peines où ils s’exposent dans la Cour, dans la guerre d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place; on n’achèterait une charge à l’armée si cher que parce qu’on trouverait insupportable de ne bouger de la ville et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne demeure chez soi avec plaisir. Etc.

Mais quand j’ai pensé de plus près et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs j’ai voulu en découvrir les raison(s), j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près.

Quelque condition qu’on se figure, si l’on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde et cependant, qu’on s’en imagine, accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s’il est sans divertissement et qu’on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu’il est – cette félicité languissante ne le soutiendra point – il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables, de sorte que, s’il est sans ce qu’on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets qui joue et qui se divertit.

(L’unique bien des hommes consiste donc à être divertis de penser à leur condition ou par une occupation qui les en détourne, ou par quelque passion agréable et nouvelle qui les occupe, ou par le jeu, la chasse, quelque spectacle attachant, et enfin par ce qu’on appelle divertissement.)

De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n’est pas qu’il y ait en effet du bonheur, ni qu’on s’imagine que la vraie béatitude soit d’avoir l’argent qu’on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu’on court; on n’en voudrait pas s’il était offert. Ce n’est pas cet usage mol et paisible et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition qu’on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c’est le tracas qui nous détourne d’y penser et nous divertit. Raison pourquoi on aime mieux la chasse que la prise.

De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement. De là vient que la prison est un supplice si horrible, de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible. Et c’est enfin le plus grand sujet de félicité de la condition des rois, de ce qu’on essaie sans cesse à les divertir et à leur procurer toutes sortes de plaisirs. Le roi est environné de gens qui ne pensent qu’à divertir le roi et à l’empêcher de penser à lui.

Car il est malheureux tout roi qu’il est s’il y pense.

Voilà tout ce que les hommes ont pu inventer pour se rendre heureux et ceux qui font sur cela les philosophes et qui croient que le monde est bien peu raisonnable de passer tout le jour à courir après un lièvre qu’ils ne voudraient pas avoir acheté, ne connaissent guère notre nature. Ce lièvre ne nous garantirait pas de la vue de la mort et des misères qui nous en détournent, mais la chasse nous en garantit. Et ainsi le conseil qu’on donnait à Pyrrhus de prendre le repos qu’il allait chercher par tant de fatigues, recevait bien des difficultés.

(Dire à un homme qu’il soit en repos, c’est lui dire qu’il vive heureux. C’est lui conseiller A. – A. d’avoir une condition toute heureuse et laquelle il puisse considérer à loisir, sans y trouver sujet d’affliction.

(- Ce n’est donc pas entendre la nature.)

Aussi les hommes qui sentent naturellement leur condition n’évitent rien tant que le repos; il n’y a rien qu’ils ne fassent pour chercher le trouble.

Ainsi on se prend mal pour les blâmer; leur faute n’est pas en ce qu’ils cherchent le tumulte. S’ils ne le cherchaient que comme un divertissement, mais le mal est qu’ils le recherchent comme si la possession des choses qu’ils recherchent les devait rendre véritablement heureux, et c’est en quoi on a raison d’accuser leur recherche de vanité de sorte qu’en tout cela et ceux qui blâment et ceux qui sont blâmés n’entendent la véritable nature de l’homme.) Et ainsi quand on leur reproche que ce qu’ils recherchent avec tant d’ardeur ne saurait les satisfaire, s’ils répondaient comme ils devraient le faire, s’ils y pensaient bien, qu’ils ne recherchent en cela qu’une occupation violente et impétueuse qui les détourne de penser à soi et que c’est pour cela qu’ils se proposent un objet attirant qui les charme et les attire avec ardeur ils laisseraient leurs adversaires sans répartie… – La vanité, le plaisir de la montrer aux autres. – La danse, il faut bien penser où l’on mettra ses pieds – mais ils ne répondent pas cela parce qu’ils ne se connaissent pas eux-mêmes. Ils ne savent pas que ce n’est que la chasse et non la prise qu’ils recherchent. – Le gentilhomme croit sincèrement que la chasse est un plaisir grand et un plaisir royal, mais son piqueur n’est pas de ce sentiment-là. – Ils s’imaginent que s’ils avaient obtenu cette charge, ils se reposeraient ensuite avec plaisir et ne sentent pas la nature insatiable de la cupidité. Ils croient chercher sincèrement le repos et ne cherchent en effet que l’agitation.

Ils ont un instinct secret qui les porte à chercher le divertissement et l’occupation au-dehors, qui vient du ressentiment de leurs misères continuelles. Et ils ont un autre instinct secret qui reste de la grandeur de notre première nature, qui leur fait connaître que le bonheur n’est en -effet que dans le repos et non pas dans le tumulte. Et de ces deux instincts contraires il se forme en eux un projet confus qui se cache à leur vue dans le fond de leur âme qui les porte à tendre au repos par l’agitation et à se figurer toujours que la satisfaction qu’ils n’ont point leur arrivera si en surmontant quelques difficultés qu’ils envisagent ils peuvent s’ouvrir par là la porte au repos.

Ainsi s’écoule toute la vie; on cherche le repos en combattant quelques obstacles et si on les a surmontés le repos devient insupportable par l’ennui qu’il engendre. Il en faut sortir et mendier le tumulte.

Car ou l’on pense aux misères qu’on a ou à celles qui nous menacent. Et quand on se verrait même assez à l’abri de toutes parts l’ennui de son autorité privée ne laisserait pas de sortir du fond du coeur où il a des racines naturelles, et de remplir l’esprit de son venin. B.

B. Ainsi l’homme est si malheureux qu’il s’ennuierait même sans aucune cause d’ennui par l’état propre de sa complexion. Et il est si vain, qu’étant plein de mille causes essentielles d’ennui, la moindre chose comme un billard et une balle qu’il pousse, suffisent pour le divertir.

C. Mais direz-vous quel objet a(-t-)il en tout cela? celui de se vanter demain entre ses amis de ce qu’il a mieux joué qu’un autre. Ainsi les autres suent dans leur cabinet pour montrer aux savants qu’ils ont résolu une question d’algèbre qu’on n’aurait pu trouver jusqu’ici, et tant d’autres s’exposent aux derniers périls pour se vanter ensuite d’une place qu’ils auront prise aussi sottement à mon gré. Et enfin les autres se tuent pour remarquer toutes ces choses, non pas pour en devenir plus sages, mais seulement pour montrer qu’ils les savent, et ceux-là sont les plus sots de la bande puisqu’ils le sont avec connaissance, au lieu qu’on peut penser des autres qu’ils ne le seraient plus s’ils avaient cette connaissance.

Tel homme passe sa vie sans ennui en jouant tous les jours peu de chose. Donnez-lui tous les matins l’argent qu’il peut gagner chaque jour, à la charge qu’il ne joue point, vous le rendez malheureux. On dira peut-être que c’est qu’il recherche l’amusement du jeu et non pas le gain. Faites-le donc jouer pour rien, il ne s’y échauffera pas et s’y ennuiera. Ce n’est donc pas l’amusement seul qu’il recherche. Un amusement languissant et sans passion l’ennuiera. Il faut qu’il s’y échauffe, et qu’il se pipe lui-même en s’imaginant qu’il serait heureux de gagner ce qu’il ne voudrait pas qu’on lui donnât à condition de ne point jouer, afin qu’il se forme un sujet de passion et qu’il excite sur cela son désir, sa colère, sa crainte pour cet objet qu’il s’est formé comme les enfants qui s’effraient du visage qu’ils ont barbouillé.

D’où vient que cet homme qui a perdu depuis peu de mois son fils unique et qui accablé de procès et de querelles était ce matin si troublé, n’y pense plus maintenant. Ne vous en étonnez pas, il est tout occupé à voir par où passera ce sanglier que ses chiens poursuivent avec tant d’ardeur depuis six heures. Il n’en faut pas davantage. L’homme, quelque plein de tristesse qu’il soit, si on peut gagner sur lui de le faire entrer en quelque divertissement le voilà heureux pendant ce temps-là, et l’homme quelqu’heureux qu’il soit s’il n’est diverti et occupé par quelque passion ou quelque amusement, qui empêche l’ennui de se répandre, sera bientôt chagrin et malheureux. Sans divertissement il n’y a point de joie; avec le divertissement il n’y a point de tristesse. Et c’est aussi ce qui forme le bonheur des personnes., D.

D. de grande condition qu’ils ont un nombre de personnes qui les divertissent et qu’ils ont le pouvoir de se maintenir en cet état.

Prenez-y garde, qu’est-ce autre chose d’être surintendant, chancelier, premier président sinon d’être en une condition où l’on a le matin un grand nombre de gens qui viennent de tous côtés pour ne leur laisser pas une heure en la journée où ils puissent penser à eux-mêmes, et quand ils sont dans la disgrâce, et qu’on les renvoie à leurs maisons des champs où ils ne manquent ni de biens ni de domestiques pour les assister dans leur besoin, ils ne laissent pas d’être misérables et abandonnés parce que personne ne les empêche de songer à eux.

La mort est plus aisée à supporter sans y penser que la pensée de mort sans péril.

extrait des Pensées de Blaise Pascal  sur la religion et sur quelques autres sujets

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