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    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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Le monde des Fées, des Comtes de Bretagne

Posté par francesca7 le 26 décembre 2015

morgane3Morgane, de la lumière à l’ombre

Voilà un moment que je n’avais pas fait d’article sur la matière de Bretagne. Mais j’ai lu sur un autre blog un article consacré à Morgane, et j’ai eu envie de faire de même. Dans le blog en question, l’article était profondément tourné vers les croyances païennes de la rédactrice, et c’est pour ça que j’ai décidé de refaire des recherches. Car Morgane est un des personnages les plus mystérieux de la matière de Bretagne (à mes yeux, seule Viviane est encore plus difficile à déchiffrer) : son ascendance et sa descendance changent selon les récits et les époques, sa personnalité évolue… Seul point stable au fil des siècles : Morgane est une fille d’Avalon.

Comment est-elle passée d’une innocente sœur à la puissante magicienne œuvrant contre Arthur ?

La prêtresse d’Avalon

Car c’est bien là tout le problème avec Morgane : son rôle est un de ceux qui évoluent le plus au fil du temps et des narrateurs. Chez Geoffroy de Monmouth et son Histoire des Rois de Bretagne, elle est la sœur Anne, simplement mentionnée sans précision aucune. Dans sa Vie de Merlin, on parle d’une Morgane, prêtresse de la mystérieuse île d’Avalon, qui viendrait prendre soin d’Arthur mourant. Ce sont bien deux personnages distincts, et pourtant, dès Chrétien de Troyes, dans Yvain et le Chevalier au Lion, elles seront amalgamées pour n’être que Morgane, la demi-sœur d’Arthur, prêtresse d’Avalon. Cette prêtresse est un personnage positif, qui soigne et aide, savante et respectée. Elle aide les chevaliers en détresse, et surtout, à ce moment du cycle, elle reste encore la magicienne qui transporte Arthur mourant après sa défaite contre Mordred à Avalon, pour qu’il y soit, selon la légende, soigné avant de revenir soutenir les Bretons.

L’intrigante

 Le tournant vers la magicienne sombre telle qu’on la connaît aujourd’hui va se faire lorsque le personnage se précisera, principalement dans le Lancelot-Graal, un des plus grands cycles de la matière de Bretagne. Elle y est alors demi-sœur d’Arthur par leur mère, Ygerne, puisqu’elle est la fille du duc de Gorlois, le premier mari d’Ygerne. Lorsque celle-ci sera mariée à Uther et mère d’un deuxième enfant, Arthur, Morgane sera envoyée au couvent. Suivant les versions, c’est là qu’elle découvrirait la magie, dont elle continuera l’apprentissage avec Merlin. Elle sera mariée ensuite contre son gré à Urien, roi des terres du Nord (l’Ecosse ?), qu’elle trompera sans état d’âme. On lui prête des aventures avec de nombreux chevaliers, le plus célèbre d’entre eux étant Accolon. Elle complotera régulièrement contre Arthur, sa femme Guenièvre et ses Chevaliers de la Table Ronde, en cherchant notamment à exposer l’amour adultère entre la reine et Lancelot du Lac. Certaines versions prêtent même à Morgane une relation (très) brève avec ledit Lancelot. Elle est aussi régulièrement la mère de Mordred, celui qui amènera la perte d’Arthur et dont la haine envers le roi est le résultat de l’éducation de sa mère. Morgane, selon cette version, voulait en effet dé- truire Logres, le royaume d’Arthur, de manière bien plus efficace qu’avec Accolon. Certains racontent même que Mordred n’est autre que le fils incestueux de Morgane et d’Arthur, né au cours de rituels païens.

Une magicienne puissante

Cependant, qu’elle soit bonne ou mauvaise, on constate que Morgane reste toujours liée à la magie d’Avalon. Elle est la principale opposante à Guenièvre, qui représente elle les couleurs du christianisme. C’est la présence de Morgane, plus que de Viviane, qui assure la représentation des traditions païennes bretonnes dans le mythe arthurien. Son nom, Morgane la Fée (ou Lefey, en anglais, par assimilation du nom français), lui vient de cette présence permanente de la magie autour d’elle. Femme de la mystérieuse Avalon, est-elle toujours vraiment humaine ? Sa vie sur cette île quasiment introuvable, sa puissance magique, sa capacité à ensorceler les gens, ne sont-elles pas la preuve que Morgane, plus que la demi-sœur du roi, est devenue une créature magique, au même titre que les Dames fées qui peuplent les châteaux isolés et les forêts reculées dans les récits chevaleresques de la même époque ? Dès le 18è siècle, cette ambiguïté va prendre de l’importance, jusqu’à faire de Morgane le symbole d’un certain féminisme, revendiquant de façon romantique (au sens littéraire du terme) son indépendance et sa puissance, diabolisée par les uns pour cette raison, adorée (non, le mot n’est pas trop fort) par les autres.

Morgane aujourd’hui

 danse-de-morganeC’est pour cela qu’aujourd’hui, elle est souvent reprise par les mouvements néo-païens, comme inspiratrice ou comme modèle. Il est intéressant de remarquer que ce modèle n’est pas toujours sombre, et que ses adeptes ne se tournent pas forcément vers la version la plus connue de Morgane. D’autres, au contraire, tirent ce trait encore plus loin, en l’associant avec la Morrigan celtique, présente dans les panthéons irlandais et bretons, déesse de la passion (guerrière comme charnelle). Bref, à partir de cette trame littéraire que je viens de raconter, de nombreuses interprétations sont possibles.

J’aimerais juste mentionner deux de ces interprétations contemporaines : une qui respecte le mythe tardif de la fée mauvaise, et une autre qui nuance cette version.

La première est le personnage de Morgane dans la série anglaise Merlin, commencée en 2008 (c’est donc vraiment tout récent). Elle y est au début un personnage plutôt positif, quoiqu’un peu transparent, mais lorsqu’elle prendra de l’ampleur, elle ré- vèlera sa nature plutôt haineuse. Une autre série concernant le mythe arthurien sortira prochainement, s’appelant Camelot, mais j’ignore encore quel rôle aura Morgane (elle y est cependant pré- sente, jouée par la belle Eva Green). La deuxième est le roman de Marion Zimmer Bradley, les Dames du Lac. Ce récit est centré sur Morgane, et même s’il respecte tous les détails donnés dans le mythe arthurien, on peut y voir la volonté de rétablir une certaine noblesse à cette fée, en montrant qu’elle n’est pas si mauvaise, et qu’elle avait ses raisons d’agir, et que parfois, contrairement aux apparences, la situation échappait complètement à son contrôle. C’est cette version que j’aimerais retenir pour conclure cet article, car elle permet de nuancer le personnage de Morgane, sans lui retirer ses méfaits, mais en montrant aussi qu’elle a fait du bien, ce qui était son rôle, après tout, chez les premiers narrateurs.

Source : Magazine LUNE BLEUE

Publié dans Bretagne, FONDATEURS - PATRIMOINE, HISTOIRE DES REGIONS, LEGENDES-SUPERSTITIONS, LITTERATURE FRANCAISE | 1 Commentaire »

La Grotte des korrigans

Posté par francesca7 le 22 décembre 2015

 

Image illustrative de l'article Grotte des KorrigansLa grotte des korrigans est un lieu réel : elle fait partie de la vingtaine de grottes dissimulées dans les anfractuosités des rochers, sur la côte du Pouliguen, en Loire-Atlantique. Comportant deux entrées, l’une côté plage et l’autre côté océan, cette grotte n’est accessible qu’à marée basse. Selon les légendes locales, elle cacherait un passage secret jusqu’à la cité médiévale de Guérande. Les korrigans seraient les gardiens de la grotte. Ce conte figure dans un petit ouvrage, paru en 1975 aux éditions des Paludiers, à la Baule, intitulé «Le Bourg de Batz, tradition et actualité», dont l’auteur est Renée Guillemin. Cet éditeur n’existe plus, et l’ouvrage n’a pas été réédité. L’action de cette histoire, qui se situe en partie dans la Grotte des Korrigans sur le territoire du Pouliguen, a pour héros principal un paludier du Bourg-de-Batz, aujourd’hui Batz S/Mer, en Loire-Atlantique.

Ce soir-là, la tempête soufflait si fort et l’eau du ciel tombait avec une telle abondance qu’on aurait pu se croire à la veille d’un cataclysme. Chacun se terrait chez soi, attendant dans l’inquiétude la fin de la tourmente. Chez Pierre Cavalin, dix petits enfants se serraient autour de la table sur laquelle leur maman avait déposé un chaudron plein de bouillie de blé noir; le onzième, tout petit bébé, dormait dans son berceau au pied du lit de ses parents. L’appétit était grand, mais le menu était maigre.

Pierre Cavalin n’avait que peu d’œillets de marais salants et il n’était pas possible de servir sur la table familiale une belle poularde au sel, bien juteuse et dorée, comme cela se faisait chez les riches paludiers du bourg. Sa femme et lui en étaient bien tristes. Un maigre feu de branches mortes ramassées sur la grève éclairait la pièce et les quelques meubles rouges brillaient d’un éclat sombre. Cependant les enfants commençaient joyeusement leur repas, ne remarquant pas, avec l’insouciance de leur âge, que leurs parents s’en privaient. Les coups de boutoir du vent ébranlaient furieusement la grosse porte de bois noir que le paludier avait dû caler pour qu’elle ne s’ouvrît pas.

- Il me semble que l’on frappe à la porte, dit la femme.

- C’est le vent qui veut entrer chez nous… Entre deux rafales, on entendit pourtant quelques petits coups répétés contre l’huis.

- Est-ce possible, un chrétien dehors par ce temps ! Quand Pierre Cavalin ouvrit, le vent s’engouffra avec une telle puissance que la flamme du foyer vacilla. Délaissant leurs écuelles de terre brune, les enfants se précipitèrent autour de leur mère. Apparut alors, s’appuyant sur un bâton, une vieille femme vêtue de haillons, ruisselants de pluie. D’âge, on ne pouvait lui en donner.

KorriganCent ans, peut-être ? Dans son visage raviné, ses yeux imploraient une charité. Plein de pitié pour cette pauvresse errant dans l’obscurité au milieu des éléments déchaînés, Cavalin et sa femme la firent asseoir tout de suite près du foyer dans lequel ils jetèrent quelques sarments bien secs.

La vieille tendit ses mains squelettiques vers le feu et commença à se réchauffer. Une légère vapeur s’éleva de ses vêtements noirâtres. Pendant ce temps, le paludier était allé quérir de la farine dans sa maie, et tandis que sa femme rassurait les enfants, il prépara une pleine écuelle de bouillie pour la vieille pauvresse. Il étendit sur le sol un matelas de varech bien sec pour qu’elle pût se reposer. Le lendemain matin, le temps était clair, le ciel était bleu, et les premiers rayons du soleil répandaient une douce chaleur. La vieille parla alors pour la première fois. – Votre voisin qui a une maie et un charnier bien garnis m’a refusé l’hospitalité hier soir. Vous m’avez recueillie et nourrie. Je suis la reine des korrigans et je veux vous récompenser. Le trésor de mes sujets se trouve dans une grotte de la côte.

Voici une clef que je te donne Cavalin et qui te permettra d’entrer dans la grotte. Voici un anneau magique que tu glisseras à ton doigt et qui te rendra invisible la nuit. Tu pourras prendre tout ce que tu voudras; l’or et les joyaux y sont en abondance. Mais, malheur à toi si tu te trouvais encore dans la grotte au lever du jour ! Cavalin et sa femme étaient remplis d’étonnement, leur geste de charité leur semblait si naturel qu’ils se demandaient s’ils n’avaient pas rêvé. Et pourtant Cavalin avait bien dans sa large main tannée par le sel la grosse clef et un léger anneau doré. Il attendit le soir avec impatience, s’occupant à de menus travaux. Au cours de la soirée les nuages s’étaient amoncelés de nouveau et le soir venu l’obscurité était très opaque.

Cavalin passa par-dessus son sarreau blanc la bretelle d’une grande besace de toile et se dirigea vers la grotte. Au cours de son trajet, l’incrédulité le reprit. Il trouva bien à l’endroit indiqué l’énorme porte qui fermait l’entrée du royaume des korrigans. L’anneau d’or passé au doigt, étreint par l’émotion, il introduisit la grosse clef et la porte tourna silencieusement sur ses gonds. Une lumière qui ne saurait se décrire le frappa à la face et le fit presque défaillir.

Éclairée par plus d’un millier de bougies, la grotte était remplie de tas d’or, de pierres précieuses qui jetaient des feux de toutes les couleurs. Les korrigans s’affairaient dans leur antre, travaillant, ciselant le métal jaune. Invisible, Cavalin emplit sa besace et ses poches le plus qu’il pût et alla cacher son trésor au pied d’un menhir. Il fit ainsi plusieurs voyages, ployant sous la charge. La nuit allait s’achever, déjà les ténèbres commençaient à se dissiper. Mais la tentation était si forte que le paludier crut pouvoir faire encore un dernier chargement. Et pourtant le soleil allait bientôt bondir au-dessus de l’horizon; un peu de rose colorait déjà la crête des vagues.

Une poignée d’or, encore une, encore une, encore… et le soleil darde ses premiers rayons. Cavalin, à cet ultime instant , se trouvait encore dans la grotte, mais son anneau magique avait perdu son pouvoir avec l’apparition de l’aurore. Aussitôt, les korrigans qui avaient tout de suite remarqué sa présence se ruèrent sur lui, et sans qu’il pût esquisser un geste de défense, le traînèrent devant leur roi, assis sur son trône d’or constellé de rubis et de saphirs.

- Cet homme a été pris en train de nous voler; voici la besace qu’il remplissait !

– Enterrez-le sous un tas d’or, c’est le sort qu’il mérite !

A ces mots, Cavalin, glacé par l’effroi, pensa ne jamais revoir sa femme et ses enfants. Pour avoir voulu leur assurer la richesse, il les plongerait par sa mort dans une affreuse misère. Mais une ravissante jeune femme qui siégeait à côté du roi prit la défense du condamné.

- Cet homme n’est pas mauvais. Je demande sa grâce. Qu’il retourne dans son village ! Voici un plat d’étain qui donnera en tous temps une bonne et abondante nourriture à ta famille. Lorsque tu le placeras sur ta table, il se remplira des mets désirés. Mais le trésor que tu as caché au pied du menhir est perdu pour toi. Tu ne le retrouveras jamais ! Cette princesse n’était autre que la pauvresse que Cavalin avait recueillie. Trop heureux de s’en tirer à si bon compte, Cavalin se sauva à toutes jambes, son plat d’étain bien serré sous son bras.

– Quoi ! Un plat d’étain ! Où sont les joyaux et l’or que tu devais rapporter ? s’étonna la femme.

imagesAprès lui avoir narré son aventure et le terrible péril qu’il avait couru, le paludier posa le plat sur la petite table rectangulaire. Les enfants qui avait écouté le récit de leur père souhaitèrent avoir de belles crêpes. Aussitôt une bonne odeur de beurre fondu se répandit et le plat d’étain se remplit d’une pile de belles crêpes bien chaudes et bien dorées. Puis, pour le déjeuner, on demanda une bonne soupe aux choux, avec jambon fumé, saucisses… Tous les jours, le plat se remplissait de mets succulents et copieux, et Pierre Cavalin put élever dignement sa grande famille.

Nul n’a jamais retrouvé le trésor enfoui au pied du menhir. On raconte que la reine des korrigans en fera bénéficier un jour quelqu’un l’ayant mérité. Yann Brekilien propose une autre version intitulée «Le trésor des korrigans» dans ses «Contes et légendes du pays breton», où le héros est un cordonnier, le mégalithe un dolmen, et la pauvresse une «gwrac’h», c’est-à-dire une sorcière en breton, qui va se transformer en un personnage féerique, reine des korrigans, à la fin du récit.

Là encore, en guise de consolation, il est offert au héros qui a manqué sa chance de devenir riche, un plat qui se remplit magiquement de nourriture trois fois dans la journée. Une version de ce conte, un peu différente, a également été publiée par Evelyne Brisou-Pellen, dans son livre «Contes traditionnels de Bretagne», aux éditions Milan. Dans la version adaptée par Jean Muzi sous le titre «L’antre des korrigans», le héros est un chaudronnier. La vieille femme sorcière y est nommée Katel.

SOURCE : https://lunebleuezine.files.wordpress.com

 

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L’Histoire de Iver, le sage

Posté par francesca7 le 22 décembre 2015

IVER le sageNul ne connait son âge.

On dit qu’il parcourt les sentiers de la terre depuis que la verdure existe. Je crois que c’est le faune le plus respecté que je connaisse. L’équivalent d’un sage pour les humains. Ou peut-être d’un fou, ce qui revient au même. On vient le voir avec respect, sans même que les sabots ne bruissent dans le feuillage. Le plus souvent, on s’assied près de lui et on l’observe sans dire un mot. Car lui-même parle peu. Ou alors seulement des langages animaux. Nous le nommons «Iver». Même si lui-même dit qu’il n’a pas de nom.

De nombreux faunes ont des cornes de bélier sur le crâne (comme Urbain). Ou bien de vache (comme moi). Lui a choisi de porter des cornes de cervidé. Des andouillers. Un jour, je lui ai demandé pourquoi. Il m’a regardé très longuement. Puis il a penché sa tête vers moi et ses cornes se sont mêlées aux miennes. Chez nous, c’est un moment très intense. Un acte spirituel d’une rare beauté.

Nos lumières intérieures se précipitent alors au sommet de nos cornes. Elles se mélangent. Elles communient. J’ai fermé les paupières. Et là, soudain, j’ai vu un arbre dans ma tête. Immense. Puis j’ai songé : «C’est vrai, les cervidés portent des branches sur la tête.» Leurs ramures sont des arbrisseaux. Un lien puissant existe entre la tribu verte et eux. D’ailleurs, les cervidés perdent leurs cornes, de la manière dont les arbres perdent leurs feuilles en automne.

Le cycle de la vie se manifeste dans leurs ramures. Iver s’en amuse. Parfois, il perd les siennes aussi. Il reste alors nu tête pendant des semaines et des mois. Parfois, au contraire, il les ramasse et se les renoue dans les cheveux, d’une façon surprenante, inattendue. Il peut même lui arriver de prendre des andouillers trouvés dans la nature. Souvent, il prend alors deux cornes gauches. Ou droites. Et il se les place sur la tête, de sorte qu’une des cornes regarde derrière lui et l’autre devant lui. Ces habitudes étranges lui valent autant sa réputation de vieux fou que de vieux sage. On dit souvent que les faunes ont un rapport privilégié avec le monde animal. Nombreux sont ceux qui veillent sur une espèce en particulier.

D’autres, comme moi, protègent toute la faune d’un jardin, d’une clairière ou d’un bois. Iver, lui, préfère les cervidés. Les chevreuils, les daims, les cerfs, les rennes… Mais ce qu’il aime surtout, ce sont les arbres. Il les connaît et il les aime. Il fait l’amour avec eux. Il se mélange à eux. Il dort en eux. Il a de longs cheveux d’hiver où apparaissent encore les anciennes teintes de sa fourrure. Du blond, du roux, du brun, du noir. Sa chevelure est longue, bouclée.

Elle est blanche également, en de nombreux endroits, témoin de son âge vénérable. Des longues semaines passées à dormir sur la plaine, il ramène des lambeaux moussus, des fragments d’écorce de bouleau. Des rameaux, des feuilles mortes s’y accrochent joyeusement. Il ne les enlève pas, ça non. Il les laisse au contraire se détacher d’eux-mêmes quand bon leur semble. Il dit qu’ainsi, il accueille les cadeaux des arbres dans ses cheveux. Lui-même, souvent, laisse à leurs griffes une touffe épaisse de sa chevelure. Oh oui, il aime les arbres. Il aime les plantes.

Il passe de très longues heures à leur parler. Parfois, nous le voyons, recroquevillé dans les racines d’un hêtre vénérable. Il peut passer de longues semaines ainsi, sans bouger. Laissant son corps fourmiller d’insectes. Totalement immobile. Comme s’il n’était plus de ce monde. Quand nous lui demandons pourquoi il fait cela, il nous répond en souriant : «l’arbre voulait me raconter ses souvenirs». Il a raison. Cela peut être vieux, un arbre. Très vieux même. Il voit beaucoup plus de choses que les humains qui vivent tout près de lui. Il en a des trucs à raconter.

IVERPlus que n’importe quel homme, je vous l’assure. Les historiens ne sont rien à côté des arbres.

Alors, la faune l’écoute.

Il ferme les yeux et se love contre lui, comme un amant. Alors, l’arbre lui caresse le visage ou les cheveux et y laisse quelques feuilles même, parfois. Mais surtout, il lui parle. Dans la langue lente, à la fois sifflante et rocailleuse, qui est celle des arbres. Il lui est arrivé de passer un hiver entier ainsi, couché au pied d’un de ces maîtres de sagesse. Nous avons d’abord cru qu’il était mort. Mais il ne l’était pas.

Iver dormait.

Au printemps, il s’est réveillé avec les premiers bourgeons. Quand nous lui avons demandé ce qu’il lui était arrivé, il nous a répondu : «je voulais savoir ce que les arbres vivent pendant l’hiver». Parfois, nous le voyons, qui écrase des plantes fraîches sur sa peau. Il se met à danser, en extase, et murmure de longues phrases dans un langage étrange, qui nous est totalement inconnu.

Il dit qu’ainsi, il fait l’amour avec la plante. Parfois, encore, il se couche sur la plaine et reste toute une année à recueillir la neige, puis les pétales des fleurs, les graines emportées par le vent, les feuilles mortes. Nous croyons bêtement qu’il est parti en voyage alors qu’il est juste là, couché, à une dizaine de mètres, sans que personne ne l’aperçoive. Puis, soudainement, il se lève en riant et se secoue en dansant comme si de rien n’était. J’aime bien Iver.

C’est mon arbre animal.

Notre père de verdure. C’est mon faune de folie. Mon faune sage. Son visage recouvert d’argile, je le trouve beau. C’est comme ça. Même ses cheveux, je les adore. Ils sont d’une rare beauté. Bien, je vous laisse. Il faut tout de même que je prépare les festivités du début de l’hiver. Bisous cornus à vous.

 Retrouvez les écrits de Fred Lefaune sur http://sentierdesfaunes.canalblog.com

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Philosophie et Druidisme en France

Posté par francesca7 le 14 décembre 2015

 

druidismeLe Druidisme antique est une tradition spirituelle «première», une foi européenne «native» mais aussi une tradition qui honore l’inspiration, l’intuition et qui est connue pour avoir refusé de figer l’esprit dans la lettre. Aujourd’hui, le Druidisme est une tradition vivante, adaptée à notre environnement, à nos rythmes, à nos sensibilités. Nous sommes les héritiers de nos Ancêtres, directement ou indirectement, nous allons sur les mêmes lieux, nous prions les mêmes Divinités, nous nous nourrissons des mêmes énergies et des mêmes symboles. Comme pour nos Ancêtres, notre «pays» n’est pas seulement de ce monde. ; nous sommes comme eux les enfants de la Terre, la Mère qui nous nourrit, mais nous sommes aussi les enfants des Divinités, et le Druide réunis en conscience ces deux aspects de la Vie.  

Pour les Druides, les liens qui unissent le Ciel et la Terre ne sont pas simplement fortuits mais «sacrés». Ils considèrent la Vie sous toutes ses formes comme participant au souffle de la grande force de Vie universelle, qui est le Souffle Divin. Les Druides voient l’expression des Dieux et des Déesses dans le Tonnerre, le Soleil, la Terre et dans toutes les forces de la Nature. C’est en contemplant la Nature et ses Lois que nous pouvons approcher l’Esprit des Déités. Les montages, les rivières, les arbres, les forêts, les sources, les monts sont des lieux considérés comme sacrés. Les lieux de prières ne sont pas uniquement lié à la «topographie», ils ont aussi un sens, une histoire, un «Esprit» ; c’est dans ce sens que le Druidisme est un paganisme car il est lié au « pagus », au « pays », car de la même façon que la Nature d’une Terre influe sur tout ce qui y vit, elle influe également sur nos façons de vivre et de pratiquer la Tradition Druidique. Nos lieux de vie, notre époque, nos environnements expliquent également la diversité de nos pratiques et de nos approches.

Les Druides du passé n’ayant pas transmis d’écrits, il n’y a donc pas de livre « sacré » qui s’imposerait à tous. La principale source d’inspiration et d’enseignement est le Grand Livre de la Nature. Le Druidisme est donc une religion sans dogme, il ne cherche pas à fixer l’Esprit des Dieux dans une seule expression. Il reconnaît volontiers la pluralité et la richesse des diverses expériences spirituelles tout en reconnaissant ce qui fait de lui une voie unique et authentique qui se suffit à elle-même.

Si la plupart des Druides sont polythéistes et se reconnaissent dans ses principes, quelques uns révèrent le Divin sous d’autres formes : déiste, théiste, panthéiste, moniste, animiste. La seule constante reconnue est qu’il s’agit d’un culte païen s’appuyant sur le panthéon celtique. D’autres se sentent moins liés à l’esprit du lieu ou à celui des Ancêtres. Ces différentes approches nous confortent dans l’idée que la Tradition Druidique permet la pluralité des approches qui, loin de s’exclure, s’enrichissent et se combinent comme autant de reflets de la diversité de nos compréhensions. Il n’y a pas de vérité unique et universelle mais plusieurs façons de concevoir le monde et d’honorer les Dieux et Déesses de Celtie. Ces diversités enrichissent nos parcours spirituels, nous incitent à la réflexion, à l’analyse, à la compréhension et à la tolérance. Le Druidisme est donc en capacité d’exprimer toutes les nuances de conception du Divin qui sont autant de facettes d’une réalité inexprimable dans la mesure où sont respectés le sens et la cohérence de l’héritage spirituel de la civilisation celtique.

Le Druidisme offre une certaine lecture du monde, une sapience, une discipline de vie. Il nous invite à la recherche, au travail, à l’ouverture et délivre peu de messages «moraux». Il s’attachera plutôt à comprendre ce qu’est une relation juste et honorable de l’homme avec toute chose, avec toutes les formes de vie et la planète sur laquelle il vit. Il considère que l’homme doit assumer la pleine responsabilité des conséquences de ses actes, indépendamment de l’esprit avec lequel ses actes ont été posés. Parmi les valeurs que respectent les Druides, nous trouvons l’authenticité, le courage, la responsabilité et le respect de la Vie.

A l’instar de nombreuses religions antiques, le Druidisme, est aussi une religion à «mystères» dont certains aspects ne se délivrent que par l’initiation, la progression et le travail individuel. Elle se double donc d’une vision plus «ésotérique» de l’Univers, considérant par exemple que le macrocosme et le microcosme sont faits à l’image l’un de l’autre, sur trois plans: corporel et matériel, spirituel ou informel, animique et subtil. Dans cette vision, tout ce qui vit connaît la transmigration des âmes. Et avec toutes ces formes de vie, le Druide est en empathie. Le Druidisme est donc une religion dont la nature et la portée s’enrichissent, s’éclairent au fur et mesure de notre progression.

De nos jours, comme les Druides antiques nous affirmons régulièrement ses principes en incitant chacun à œuvrer pour le Vrai, le Beau et le Juste.

Extrait du site http://reliance9.free.fr/themes/DRUIDISME.html

 

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Ballade à la lune

Posté par francesca7 le 12 décembre 2015

 

Description de cette image, également commentée ci-après

C’était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d’un fil,
Dans l’ombre,
Ta face et ton profil ?

Es-tu l’oeil du ciel borgne ?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard ?

N’es-tu rien qu’une boule,
Qu’un grand faucheux bien gras
Qui roule
Sans pattes et sans bras ?

Es-tu, je t’en soupçonne,
Le vieux cadran de fer
Qui sonne
L’heure aux damnés d’enfer ?

Sur ton front qui voyage.
Ce soir ont-ils compté
Quel âge
A leur éternité ?

Est-ce un ver qui te ronge
Quand ton disque noirci
S’allonge
En croissant rétréci ?

Qui t’avait éborgnée,
L’autre nuit ? T’étais-tu
Cognée
A quelque arbre pointu ?

Car tu vins, pâle et morne
Coller sur mes carreaux
Ta corne
À travers les barreaux.

Va, lune moribonde,
Le beau corps de Phébé
La blonde
Dans la mer est tombé.

Tu n’en es que la face
Et déjà, tout ridé,
S’efface
Ton front dépossédé.

Rends-nous la chasseresse,
Blanche, au sein virginal,
Qui presse
Quelque cerf matinal !

Oh ! sous le vert platane
Sous les frais coudriers,
Diane,
Et ses grands lévriers !

Le chevreau noir qui doute,
Pendu sur un rocher,
L’écoute,
L’écoute s’approcher.

Et, suivant leurs curées,
Par les vaux, par les blés,
Les prées,
Ses chiens s’en sont allés.

Oh ! le soir, dans la brise,
Phoebé, soeur d’Apollo,
Surprise
A l’ombre, un pied dans l’eau !

Phoebé qui, la nuit close,
Aux lèvres d’un berger
Se pose,
Comme un oiseau léger.

Lune, en notre mémoire,
De tes belles amours
L’histoire
T’embellira toujours.

Et toujours rajeunie,
Tu seras du passant
Bénie,
Pleine lune ou croissant.

T’aimera le vieux pâtre,
Seul, tandis qu’à ton front
D’albâtre
Ses dogues aboieront.

T’aimera le pilote
Dans son grand bâtiment,
Qui flotte,
Sous le clair firmament !

Et la fillette preste
Qui passe le buisson,
Pied leste,
En chantant sa chanson.

Comme un ours à la chaîne,
Toujours sous tes yeux bleus
Se traîne
L’océan montueux.

Et qu’il vente ou qu’il neige
Moi-même, chaque soir,
Que fais-je,
Venant ici m’asseoir ?

Je viens voir à la brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Peut-être quand déchante
Quelque pauvre mari,
Méchante,
De loin tu lui souris.

Dans sa douleur amère,
Quand au gendre béni
La mère
Livre la clef du nid,

Le pied dans sa pantoufle,
Voilà l’époux tout prêt
Qui souffle
Le bougeoir indiscret.

Au pudique hyménée
La vierge qui se croit
Menée,
Grelotte en son lit froid,

Mais monsieur tout en flamme
Commence à rudoyer
Madame,
Qui commence à crier.

 » Ouf ! dit-il, je travaille,
Ma bonne, et ne fais rien
Qui vaille;
Tu ne te tiens pas bien. « 

Et vite il se dépêche.
Mais quel démon caché
L’empêche
De commettre un péché ?

 » Ah ! dit-il, prenons garde.
Quel témoin curieux
Regarde
La Lune perchéeAvec ces deux grands yeux ? « 

Et c’est, dans la nuit brune,
Sur son clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

 

 

  • Alfred de MUSSET   (1810-1857)

 

Né sous le Premier Empire, le 11 décembre 1810, Alfred de Musset appartient à une famille aristocratique, affectueuse et cultivée, lui ayant transmis le goût des lettres et des arts. Il prétend avoir pour arrière-grand-tante Jeanne d’Arc (son ancêtre Denis de Musset ayant épousé Catherine du Lys) et être cousin de la branche cousine de Joachim du Bellay. Une de ces arrière-grand’mères est Marguerite Angélique du Bellay, femme de Charles-Antoine de Musset

Son père, Victor-Donatien de Musset-Pathay, est un haut fonctionnaire, chef de bureau au ministère de la Guerre, et un homme de lettres né le 5 juin 1768 près de Vendôme; aristocrate libéral, il a épousé le 2 juillet 1801 Edmée-Claudette-Christine Guyot-des-Herbiers, née le 14 avril 1780, fille de Claude-Antoine Guyot-Desherbiers. Le couple a eu quatre enfants : Paul-Edme, né le 7 novembre 1804, Louise-Jenny, née et morte en 1805, Alfred, né le 11 décembre 1810 et Charlotte-Amélie-Hermine, née le 1er novembre 1819.

Son grand-père était poète, et son père était un spécialiste de Rousseau, dont il édita les œuvres. La figure de Rousseau joua en l’occurrence un rôle essentiel dans l’œuvre du poète. Il lui rendit hommage à plusieurs reprises, attaquant au contraire violemment Voltaire, l’adversaire de Rousseau. Son parrain, chez qui il passait des vacances dans la Sarthe au château de Cogners, était l’écrivain Musset de Cogners. L’histoire veut que lors d’un de ses séjours dans le château de son parrain, la vue qu’il avait depuis sa chambre sur le clocher de l’église de Cogners lui ait inspiré la très célèbre Ballade à la Lune. Par ailleurs, il retranscrivit toute la fraîcheur du calme et de l’atmosphère de Cogners dans ses deux pièces ce théâtre On ne badine pas avec l’amour et Margot.

En octobre 1819, alors qu’il n’a pas encore neuf ans, il est inscrit en classe de sixième au collège Henri-IV — on y trouve encore une statue du poète —, où il a pour condisciple et ami un prince du sang, le duc de Chartres, fils du duc d’Orléans, et obtient en 1827 le deuxième prix de dissertation latine au Concours général. Après son baccalauréat, il suit des études, vite abandonnées, de médecine, de droit et de peinture jusqu’en 1829, mais il s’intéresse surtout à la littérature. Le 31 août 1828 paraît à Dijon, dans Le Provincial, le journal d’Aloysius Bertrand, Un rêve, ballade signée « ADM ». La même année, il publie L’Anglais mangeur d’opium, une traduction française peu fidèle des Confessions d’un mangeur d’opium anglais de Thomas de Quincey.

 

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QUELQUES LECONS DE SAGESSE FRANCAISE

Posté par francesca7 le 5 décembre 2015

sagesse française

Mardi dernier (5 mai 1778) au parterre de l’Opéra un particulier qui voulut regarder l’heure ne trouva  point sa montre dans son gousset.  Il ne douta point qu’on ne lui eût volée sur le champ, et regardant  fixement  tout  près  de  lui  un  homme  d’assez  mauvaise  mine,  il  lui  dit  :  « Monsieur,  rendez‐moi  ma  montre,  ou je  vous  fais  arrêter ».  L’homme  en  question  s’approche  de lui  et lui  dit  tout  bas:  « Tenez  Monsieur, la voilà, ne me perdez pas ». Le particulier de retour en sa maison est tout étonné de voir sa  montre qu’il avait oubliée à sa cheminée, et de s’en trouver une autre dans la poche. 

 

——–

La nouvelle constitution du  théâtre lyrique n’est point despotique, ni même monarchique, comme ci‐ devant. Le sieur le Breton n’en est que l’administrateur principal; les sujets participent aujourd’hui au  gouvernement intérieur de cette vaste machine : ils ont des assemblées, des jetons et voix délibérative.  Ce spectacle est resté sous les ordres immédiats du secrétaire d’État ayant le département de la ville de  Paris, mais il n’est plus régi intérieurement, comme autrefois, par la volonté seule d’un directeur, qui  était l’âme de la machine, et n’en est plus aujourd’hui que le premier membre. Un comité composé de  six personnes délibère conjointement avec lui sur les opérations à  faire;  tout s’y décide à la pluralité  des voix; le directeur a la prérogative d’en avoir deux6.

———–

Jusqu’à la fin du XIXème siècle, les habitants de Paris, comme ceux des autres villes, jetaient leurs déchets tels quels dans la rue. Ce qui évidemment allait à l’encontre des règles d’hygiène et favorisait la prolifération de maladies tout en encombrant les voies publiques. 

En 1884, le préfet de la Seine (département qui comprenait alors la capitale) prend un arrêté obligeant les Parisiens à utiliser un récipient de bois garni de fer blanc pour y recueillir les ordures ménagères afin de faciliter leur ramassage.

Le nom de ce préfet ? Eugène-René Poubelle : son nom de famille viendra vite désigner le récipient dédié au ramassage des déchets et le mot poubelle passera finalement dans le langage courant.

 

Pour un savoir un peu plus : un article sur la naissance de la poubelle.

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le conte de Pandore

Posté par francesca7 le 18 novembre 2015

 

PandoraLorsque Zeus créa le monde, seuls les hommes peuplaient la Terre. Ils étaient protégés par Prométhée, un Titan farouchement opposé au pouvoir suprême du père des dieux. Dans la guerre qui opposait Zeus aux Titans, le rusé Prométhée parvint à dérober le feu aux divinités de l’Olympe et le donna aussitôt aux hommes. C’est ainsi qu’il subit le terrible châtiment qui l’enchaînait au Caucase.

Mais Zeus ne pouvait en rester là et voulut se venger des êtres humains en leur offrant le plus bel objet de leur désir, afin de leur inspirer passions et tourments. Il créa la première femme, aussi fascinante que capricieuse.

Pandore, c’était son nom, fut façonnée à partir de l’argile. Zeus dut demander à Héphaïstos de l’aider, et ils mirent au jour la créature la plus parfaite au monde. Ainsi, après des jours et des jours de labeur, les dieux, impatients, se pressèrent pour admirer enfin la ravissante jeune femme. Zeus avait intimé l’ordre à Athéna de lui insuffler la vie, et Pandore s’anima, gracieuse et sublime.

Mais elle ne pouvait se présenter ainsi aux hommes, et la déesse dut dissimuler sa nudité sous un voile vermeil et étincelant, alors qu’Aphrodite la parait de somptueux atours et donnait à ses traits le privilège de la beauté, auquel nul être ne saurait résister.
Tous les dieux ajoutèrent à la nouvelle égérie un de leurs agréments pour atteindre à la perfection. Ainsi douée de tous les talents, elle excellait aussi dans l’art du mensonge, telle que l’avait voulu Hermès.

Zeus n’était que trop fier de son admirable créature dont la tendresse n’avait pas d’égal, et il décida de la présenter à l’homme. Or, Prométhée avait un frère, Épiméthée, connu pour être quelque peu déraisonnable. Zeus décida de lui offrir la main de la douce Pandore. À sa vue, Épiméthée fut aussitôt envoûté par le charme de cette créature. Un sentiment jusque-là inconnu l’étreignit. L’éclat du regard de la jeune femme suffisait à inspirer la passion et l’émerveillement. Elle était si somptueuse qu’il en oublia la promesse faite à son frère : il avait fait le serment à Prométhée de ne jamais accepter de présents provenant de Zeus. Mais il avait été foudroyé par l’amour et aurait donné sa vie pour passer le restant de ses jours auprès de la belle Pandore, qu’il gardait alors jalousement près de lui, loin des regards envieux des autres hommes, s’évertuant à satisfaire le moindre de ses désirs.

Avant d’envoyer Pandore sur Terre, les dieux lui avaient remis une boîte, sans lui dire ce qu’elle contenait, et ils lui ordonnèrent de ne jamais l’ouvrir. Aux côtés de son époux, Pandore jouissait de la vie et savourait son bonheur. Elle avait dissimulé la cassette des dieux, mais ses regards intrigués se portaient souvent sur elle, et comme celle-ci n’avait pas de serrure, il lui était difficile de réprimer son désir de connaître son contenu.
Elle passait et repassait devant le coffret sans oser y porter la main, attirée par l’envie de lui ôter son couvercle, mais aussitôt arrêtée par le souvenir de l’interdiction formelle des dieux. Un jour, n’y tenant plus, elle s’approcha irrésistiblement de la boîte, et piquée par une trop vive curiosité, Pandore sentit grincer le délicat objet sous sa main.

Àpeine eut-elle entrouvert la mystérieuse boîte que tous les maux de l’humanité qu’elle renfermait s’échappèrent. Ainsi, la guerre, la maladie, le vice, la vieillesse, la perfidie, la misère et tant d’autres fléaux encore se répandirent. Figée par l’effroi, consciente de son impardonnable faute, Pandore se décida à refermer le funeste coffret, mais en vain, car tout s’était envolé…
Tout, à l’exception de l’espérance qui s’éveillait lentement au fond de la boîte, fragile et solitaire.

Ainsi l’espérance peut être perçue comme un terrible mal, le plus atroce tourment que l’homme garde au fond de lui-même. Pour certains, au contraire, elle suggère que l’homme, lorsqu’il se voit frappé par le malheur, ne doit jamais perdre espoir…

 

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Y aurait-il un Paradis Terrestre dans le Nord de la France

Posté par francesca7 le 3 novembre 2015

 

Jusqu’à la Renaissance, nombre de voyageurs, géographes, savants de tous horizons, ont tenté de déterminer l’emplacement du Paradis terrestre, le situant qui sur la Lune, qui en Afrique, qui en Babylonie ou encore dans le nord de la France, et rivalisant d’imagination pour étayer leur raisonnement, invoquant une série d’étymologies pittoresques

PARADIS

En l’année 1503, comme Varthema, l’aventureux Bolonais, se rendait aux grandes Indes en passant par la Palestine et par la Syrie, on lui fit voir la maison maudite qu’avait habitée Caïn ; ce n’était pas bien loin du Paradis terrestre. Maistre Gilius, le docte naturaliste qui voyageait pour le compte de François Ier, eut la même satisfaction.

La foi naïve de nos pères admettait sans la moindre hésitation ce genre d’archéologie. Ainsi, la fontaine divine dont les eaux rafraîchissaient l’Éden depuis l’origine du monde, donnait, d’après la tradition, naissance au Gange, au Tigre, à l’Euphrate et au Nil ; c’était la fontaine scellée, le fons signatus dont parle Salomon, et qui était le plus bel ornement du Paradis terrestre. On la voyait encore, dit-on, au XVIIee, entre Bethléem et Hébron.

Il serait long d’indiquer toutes les situations géographiques qui ont été assignées au Paradis terrestre depuis les temps antiques jusqu’au XVIIe siècle. Un savant prélat, qui a marqué sa place parmi les écrivains élégants du siècle de Louis XIV, Daniel Huet, évêque d’Avranches, essaya, en 1691, d’éclairer cette question difficile, et il convient lui-même qu’avant de se former sur ce point une opinion admissible, il s’est vu plus d’une fois sur le point de mettre de côté ce sujet de dissertation que lui avait donné à traiter l’Académie française.

« Rien, dit-il, ne peut mieux faire connaître combien la situation du Paradis terrestre est peu connue que la diversité des opinions de ceux qui l’ont recherchée. On l’a placé dans le troisième ciel, dans le quatrième, dans le ciel de la lune, dans la lune même, sur une montagne voisine du ciel de la lune, dans la moyenne région de l’air, hors de la terre, sur la terre, sous la terre, dans un lieu caché et éloigné des hommes. On l’a mis sous le pôle arctique, dans la Tartarie, à la place qu’occupe présentement la mer Caspienne. D’autres l’ont reculé à l’extrémité du midi, dans la Terre de Feu. Plusieurs l’ont placé dans le Levant, ou sur les bords du Gange, ou dans l’île de Ceylan, faisant même venir le nom des Indes du mot Eden, nom de la province où le Paradis était situé.

« On l’a mis dans la Chine et même par delà le Levant, dans un lieu inhabité ; d’autres dans l’Amérique ; d’autres en Afrique, sous l’équateur ; d’autres à l’orient équinoxial ; d’autres sur les montagnes de la Lune, d’où l’on a cru que sortait le Nil ; la plupart dans l’Asie ; les uns dans l’Arménie Majeure ; les autres dans la Mésopotamie, ou dans l’Assyrie, ou dans la Perse, ou dans la Babylonie, ou dans l’Arabie, ou dans la Syrie, ou dans la Palestine. Il s’en est même trouvé qui en ont voulu faire honneur à notre Europe, et, ce qui passe toutes les bornes de l’impertinence, qui l’ont établi à Hesdin, ville d’Artois, fondés sur la conformité de ce nom avec celui d’Éden. Je ne désespère pas que quelque aventurier, pour l’approcher plus près de nous, n’entreprenne quelque jour de le mettre à Houdan. »

En poursuivant, du reste, on voit que l’évêque d’Avranches ne tarde pas à faire un choix au milieu de tant d’opinions diverses se contredisant parfois entre elles. Il place la demeure du premier homme « sur le canal que forment le Tigre et l’Euphrate joints ensemble, entre le lieu de leur conjonction et celui de la séparation qu’ils font de leurs eaux, avant que de tomber dans le golfe Persique. » Et en basant cette donnée sur les plus vastes lectures, le savant prélat n’hésite pas à dire que, de tous ses devanciers, c’est Calvin qui s’est le plus approché de l’opinion qu’il propose ; Scaliger n’a fait que le suivre dans cette voie pied à pied, ajoute-t-il. et l’illustre Bochart se soumet en quelque sorte à la science du réformateur.

Les études du savant prélat trouvèrent, du reste, un continuateur zélé plus d’un siècle après lui. Juan Bautista de Erro y Azpiroz reconnaît toute la valeur des recherches de son prédécesseur ; il modifie seulement d’une manière presque insensible le point où les recherches doivent s’arrêter pour avoir définitivement le lieu d’habitat où vécurent nos premiers parents. Le Paradis terrestre (la chose, selon lui, n’était plus douteuse) se rencontrait un peu au-dessous de l’antique cité d’Apamia, au confluent du Tigre et de l’Euphrate ; et, de même qu’il prouvait que les descendants immédiats d’Adam, si ce n’est Adam lui-même, parlaient la langue escualdunac, de même il n’hésitait pas à tracer d’une main ferme, sur une belle carte géographique dont il orna son ouvrage, les contours du Paradis.

Il faut reconnaître que ces dissertations ont moins d’agrément que les traditions du Moyen Age. A partir du IVe siècle jusqu’à l’époque de la Renaissance, rien n’est plus répandu que les légendes qui portent d’heureux voyageurs aux portes du Paradis terrestre. Ces sortes d’itinéraires sont mêlés ordinairement à d’autres récits.

Dans son fameux voyage, saint Brandan aborde bien le rivage désiré ; mais il n’y trouve plus qu’un désert, les délices en ont disparu pour reparaître un jour : un ange du ciel l’a prédit. Dans la légende plus fameuse encore qui porte le nom de saint Patrick, Oweins, le bon chevalier, quitte un moment l’Enfer et arrive, après maint danger, devant une porte qui s’ouvre pour lui laisser voir des jardins magnifiques : ce sont ceux d’Éden.

Godefroi de Viterbe renverse toutes les idées que ses prédécesseurs avaient réunies : le Paradis terrestre est au delà de la Bretagne, aux confins de la terre. De pieux voyageurs l’ont vu sur une montagne d’or, portant une ville toute d’or elle-même. L’Imago mundi — série de 12 traités du XVe paraissant pour la première fois sous forme imprimée en 1583 — le restitue au monde asiatique ; mais il le rend plus inaccessible encore : il le place derrière un mur de feu qui monte jusqu’au ciel. Jacques de Voragine a orné sa légende dorée de ces poétiques pérégrinations, et le monde oriental a célébré, par la voix de Moschus ou de Pallade, la sainte expédition de Macaire, auquel l’ange vengeur refuse l’entrée de l’Éden.

Rien de plus curieux, dans cet examen philosophique, que la série d’étymologies dont Erro consolide son opinion. L’Euphrates, par exemple, ne veut dire autre chose que jardin abondant en délices. Notre auteur le prouve ainsi : La voyelle e signifie suave, amène, mou, délicieux, et toutes les qualités que rappellent ces expressions ; le u exprime l’abondance ;faratzfaratza, jardin ; et la terminaison e ou es équivaut à l’article de. Le mot E-u-faratz-esou sa contraction Eufratus nous donne donc la signification voulue. Nous faisons grâce au lecteur des autres mots ainsi décomposés.

Mais parmi ces légendes nous ne connaissons en réalité qu’un seul voyage bien caractérisé par son titre, c’est le voyage de saint Amaro au Paradis terrestre. Sant Amaro est un saint voyageur essentiellement portugais, et dont les aventures merveilleuses ont été racontées dans la belle langue de Camoëns. Bien des gens seront surpris, nous n’en doutons pas, de l’aridité que présente le Paradis terrestre sous la main du miniaturiste plein de foi qui a essayé d’en offrir à son siècle une représentation. Ce n’est pas certainement par une fantaisie bizarre d’artiste ou de géographe que Fra Mauro, auquel nous empruntons notre gravure, a entouré de murailles crénelées le jardin où s’élève la fontaine qui devait rafraîchir l’Éden de ses eaux vivifiantes.

En agissant ainsi, il s’est conformé à l’opinion qui plaçait le Paradis terrestre en Judée. Le Cantique des cantiques célèbre, comme on sait, l’hortus conclusus (le jardin fermé). Fra Mauro s’est montré fidèle, sur ce point, à l’opinion répandue parmi les théologiens de son temps, et il ne pouvait pas manquer d’entourer d’une fortification élégante le jardin céleste garde par un ange vigilant.

Du reste, dans toutes les représentations de ce genre on rencontre la même monotonie, la même aridité. Que l’on consulte Lambertus, qui appartient au XIIe siècle, Honoré d’Autun, qui est du XIIIe (nous parlons ici des cartographes datant d’une époque où s’éveille le sentiment pittoresque), Henri de Mayenne, Guillaume de Tripoli, le docte Ranulphus, l’imagination des vieux peintres se montre partout aussi triste, aussi désolée. Il est vrai que c’est la main de l’érudition qui guide leur pinceau.

La poésie du Dante avait sans doute donné du Paradis une idée splendide, mais trop confuse pour inspirer les artistes. Milton leur fut plus favorable ; à sa voix, les murailles féodales s’écroulent, les enchantements du lieu de délices se révèlent, et les peintres modernes réalisent le rêve inspiré de l’illustre aveugle. C’était à peu près ce même Paradis terrestre qu’avait imaginé Colomb, grand poète aussi, quand, remontant le cours paisible de l’Orénoque, il s’attendait, en franchissant ces splendides paysages, à voir s’ouvrir la porte étincelante qui lui cachait le Paradis terrestre et que l’ange devait défendre.

Une des rêveries du grand homme, ce fut, en effet, de croire qu’il était parvenu aux régions où l’Éden doit commencer. Il décrit avec l’exactitude minutieuse d’un topographe la forme que doit nécessairement avoir le Paradis terrestre. Situé à l’extrémité du fleuve, le céleste jardin s’élève, dit-il, insensiblement comme un mamelon affectant la forme arrondie mais pyramidale d’une poire. C’est la dernière forme d’Éden du Moyen Age. Un pauvre Indien que rencontra Humboldt dans ces parages lui en exprima aussi toute la splendeur par ces mots : Es como el Paraiso, Señor ! (C’est comme le Paradis, Monsieur !).

(D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1864)

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Paysages, notre berceau

Posté par francesca7 le 31 octobre 2015

 

Notre berceau« Il est des lieux de vastes ondulations de terre, peuplées de champs et de bois sur lesquels le ciel vient battre et respirer en grandes voiles blanches. Lentes processions alternées de lumières, elles coulent sur toutes choses, effleurant d’un souffle le buisson, l’arbre un peu plus longtemps soupire, déjà l’ombre gravit solennelle la colline, tandis qu’étangs et ruisseaux d’un bref instant s’éclairent. 

Il arrive qu’en ces lieux doués de souffle ainsi que d’apparente consistance, l’on ressente là, mieux qu’ailleurs, si le cœur s’y accorde, la précarité du regard, lui qui touche à l’instant des choses et des êtres, dans la brève conscience du temps, égrené seconde à seconde. Si on perçoit alors en ces moments d’extrême vivacité, ce que d’autres regards ont saisi bien avant nous, comme nous en un éclair, nous recevons comme eux l’ont reçu, la fragilité du monde et son passage, et ces lieux nous entraînent pareils à ces nuages se transformant sans cesse; ils naissent et meurent sous nos yeux, s’excluent hors de portée et dérivent là où nous ne sommes pas, où nous ne sommes pas encore. 

En cet endroit, sous ces arbres, sur ce chemin, des enfants ont couru, ils ont chanté, crié des appels dans la lumière des vents. Ils s’en sont allés, par les herbes froissées des prés saccagés et cueillis, remplis de toutes les musiques et de tous les parfums, hébétés et saoulés, les bras chargés de feuillages odorants. Par les clairières nues et les chemins désertés, je reviens vers eux, paysages silencieux. Ils recèlent toujours autant d’images poignantes pour nourrir en secret bien des enfances. Ils alimentent cette nostalgie des cœurs, quand adulte, une insensibilité, une pudeur peut-être établissent à jamais, le désenchantement, sinon l’amertume, face à ces révélations d’antan où tout avait du goût et s’imprimait dans la violence, l’émotion intacte des sens tout neufs. 

Nous tous, vivants, apparaissons un instant dans le faisceau qui nous fait sortir de l’ombre, un à un, génération après génération. Chaque vie émerge, éblouie dans la lumière pour retourner à l’ombre dans un lent et pathétique échange. Ainsi le soleil en un point du monde se lève là où nous nous tenons, au moment où d’autres yeux ailleurs le contemplent se couchant dans sa gloire. Partout, il est aurore autant que crépuscule, tout autant qu’il est toujours midi successivement. Son faisceau sur terre s’avance, assisté de ses parts d’ombres, celle du jour passé accompagnée de celle de la nuit à venir. Tous les arbres unanimes désignent au matin, de leurs ombres étirées, à l’astre naissant, la direction de son déclin. Au soir ils ne manqueront pas d’inverser l’espérance d’où poindra un jour nouveau. Ces images symboliques semblent bien dérisoires face à l’implacable marche de la mécanique céleste. Elles n’enchantent pas moins le veilleur par la connivence de leurs signes, connivence qui peut le consoler de n’être que le témoin, la fourmi d’une aventure apparemment hors de sa portée, dont toute la création dans sa démesure semble empreinte. 

Hors de portée des hommes ? Alors pourquoi tant de beautés profuses nous sont-elles tendues, dispensées dans un tel foisonnement de sons, de formes, d’harmonies, par la nature toute entière ? Magie sans cesse renouvelée de ramages, de plumages, de frondaisons et de prairies dans le déploiement de ciels de toutes intensités, jusqu’à l’extraordinaire métamorphose de chair que deux plis naissant entre bouche et yeux, trinité du visage, lèvent, sur la face humaine la plus dégradée, l’aurore d’un sourire. 

Nous ignorons de moins en moins de choses, nous commençons à savoir comment s’établirent les montagnes, quand les océans refluèrent, pourquoi ils battent sur nos berges. Nous connaissons mieux les caprices du ciel et de la terre, nos vieilles terreurs semblent reculer à mesure que s’étirent vers le bas autant que vers le haut, nos lunettes du dedans jointes à celles du dehors. De nouveaux aventuriers, guetteurs de vie et nouveaux poètes, du biologiste à l’astrophysicien, scrutent les infinies combinaisons de la matière que voile à voile ils soulèvent alors que le mystère plus encore recule et se dérobe. 

N’y a-t-il pas quelques puérilités à s’attarder ainsi pour vouloir saisir encore les signes anciens des apparences, signes défrichés plus qu’établis depuis qu’au monde un cœur bat, les yeux ouverts pour s’accorder avec la main et tenter de les saisir ? D’autres êtres jamais ne cessèrent de se lever pour arrêter l’insaisissable temps, pour l’immobiliser dans sa course, en filtrer l’écho et l’offrir en partage, toutes fleurs cueillies d’un merveilleux jardin, d’où l’arbre peint ne perdra plus ses feuilles, la musique son silence, le poème, sa prière. 

N’y a-t-il pas quelque effroi à conjurer quand ces quelques-uns découvrent à force de fréquenter les saisons et leur déclin que tout est marqué sur terre d’un signe inéluctable, que peu veulent regarder et voir. Oui, ce qu’ils ont appris à voir, laissera toujours ceux-là aussi démunis devant le bout de bois sec d’un rosier taillé à mort, lorsque la lente procession des sèves suscitera cette infime congestion de vie, promesse d’un bourgeon d’où tant de matières inouïes surgiront. Regard qui pressentira tout autant le tragique d’une saison des lilas quand il mesure que quelques jours suffiront pour que cette grappe miraculeuse, saisie d’éphémères parfums, ne s’affaisse et se décolore en cet amas de pourriture dont la fermentation d’une seule graine assurera la survie. Loterie pour une fécondité promise à des oiseaux distraits, quand cette graine risque de ne pas échapper à la multitude dévoreuse de l’ombre, tapie sous la terre. 

Terre, notre planète, astre unique ! Peut-être le seul vaisseau habité de l’univers, minuscule planète perdue au sein des constellations, elle roule dans l’abîme à tombeau ouvert. Astre couvert d’herbes, de feuilles, de plumes, de poils, piétinant sur l’infime pellicule de vie qui le recouvre. Son terreau n’est que le résidu des milliards d’épaves, naufrages accomplis saison après saison : sables et limons, savanes et forêts, pollens, fleurs, fruits, graines et feuilles dans la chute du bruissement ailé d’insectes et d’oiseaux, joint aux cris des mammifères déchirant de leurs traques, fuites et étreintes, cette implacable décoration de vie. C’est dans ce même terreau d’infime épaisseur, levé par les siècles, couche après couche, que les hommes téléchargementeux-mêmes, s’abîment et se défont, s’y dissolvent. Tous encore demeurent, répandus, enfouis, en cette surface féconde, ils nous accompagnent en notre vaisseau clos, dans sa course éperdue. 

Henri Guérin

Extrait du Texte paru dans la revue Filigrane en mars 1987

(publié avec l’autorisation de l’auteur sur http://www.espritsnomades.com/artsplastiques/artsplastiques.html )

 

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L’arrachement et l’attachement à la terre première qui s’en va

Posté par francesca7 le 30 octobre 2015

 

 Arrachement à la terre

Ne rien oublier du pays premier qui disparaît, de l’univers du Cantal et de la rivière Santoire, est sa démarche. Et par des courts romans, des descriptions de la réalité paysanne en évoquant les gens, les arbres, les bêtes, les objets, les odeurs, les brumes, les enfances et les choses, Marie-Hélène Lafon dans une écriture dense et superbe, dresse un portrait sans nostalgie, mais irrigué de tendresse, de la pesanteur du monde qui aura effacé le monde rural.

«Nous vivons des temps de terrible hâte, de hâte obscène et vulgaire» constate Marie-Hélène Lafon, et elle oppose la lenteur de son écriture, l’intime de ses sentiments. Son écriture précise et poétique à la fois, douce et tranchante, se revendique de l’influence de Pierre Michon, Pierre Bergougnoux, Richard Millet, « son triangle des Bermudes ». Leurs ombres tutélaires planent sur ses mots, aussi celle de Flaubert, celui d’« Un Cœur simple », et de Faulkner, mais l’ombre du Cantal est la plus prégnante.

Elle apporte en plus de cet univers commun de sensations et de la description du jadis, d’un monde qui fut et qui s’en va, « à bas bruit »,une approche vibrante où les odeurs, les bruits, les choses et les non-dits, forment la trame des émotions les plus intimes.
Il s’agit dans son écriture, comme d’un effleurement du monde, et les failles du silence y demeurent intactes, envahissantes.
La rudesse du pays perdu scintille d’éclats soudains, et Marie-Hélène Lafon n’est pas dans une nostalgie élégiaque. Elle restitue ses traversées intérieures, sa géographie intime entre les vallées, la rivière, la maison et la mémoire et ses greniers et le dur apprentissage des villes. Pour parler de ces gens, les siens, reclus dans le silence, elle a pris la parole et le pouvoir des mots.

Son court récit Traversées nous fait revenir au pays d’origine, à ses sources archaïques.
« Quand je commence d’être, je suis plantée au milieu de la vallée, au bord du mouillé de la fente, plantée debout comme un arbre, et je sais, je sens, ça s’impose, que tout ce vaste corps du pays souple et couturé, avec la rivière, les prés, les bois, et par-dessus le ciel tiré tendu comme un drap changeant, je sens que tout ça était là avant moi, avant nous, et continuera après moi, après nous. La vallée, quand on l’envisage depuis le sommet du puy Mary, est inéluctable et vaste, comme si elle avait toujours déjà été là… ».
Marie-Hélène Lafon est « debout comme un arbre » qui se souvient, obstinée, forte, sensuelle, elle est là. Elle est vivante depuis ce pays, sa maison d’enfance, sa traversée des villes, et elle a su se créer une langue originale et forte, dense, éclatante de simplicité, elle qui a su dépasser sa condition sociale originelle.
Si elle a appris à faire la bourgeoise et à ne pas faire de bruit en mangeant sa soupe, elle a aussi appris à faire du bruit en malaxant les mots et en « restituant le monde », comme le titrait une émission d’Alain Finkielkraut avec André Dussolier de février 2013, et qui fit découvrir à beaucoup la langue et l’existence de Marie-Hélène Lafon.

Mon rapport au monde passe par le corps et mon écriture aussi.

 

La biographie de Marie-Hélène Lafon se doit d’être discrète et attentive, comme elle. Aussi on mentionnera juste ceci : 
Marie-Hélène Lafon est née en 1962 à Aurillac dans le Cantal. Agrégée de grammaire, professeur de Lettres, et écrivain, elle vit à Paris où elle enseigne les lettres classiques.
Elle écrit depuis 1996 et publie depuis 2001 chez Buchet-Chastel des romans et des nouvelles.

Elle a obtenu en 2001 le prix Renaudot des Lycéens pour Le soir du chien.
Et il a été glané quelques autres parcelles de son existence dans ses quelques interviews, où elle parle de son arrachement à la terre-mère et au dur apprentissage des villes, là où elle se sent irrémédiablement gauche et étrangère.
Marie-Hélène Lafon raconte de livre en livre ces années de passage, de cette fille de paysans du Cantal, née dans un monde qui disparaît. Son père le dit et le répète depuis son enfance : ils sont les derniers. Très tôt, elle comprend que le salut viendra des études et des livres et s’engage dans ce travail avec énergie et acharnement. Elle doit être la meilleure. Grâce à la bourse obtenue, elle monte à Paris, étudie en Sorbonne et découvre un univers inconnu. Elle n’oubliera rien du pays premier, et apprendra la ville où elle fera sa vie, qu’elle devra apprivoiser avec ses autres odeurs, ses autres paysages et codes.

Marie-Hélène Lafon

Elle nous parle de son pays, lire l’article sur http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/lafon/lafon.html

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