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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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Superstitions lorraines de l’ancien temps

Posté par francesca7 le 9 octobre 2014

(D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1904)

 
téléchargement (4)Les fontaines réputées miraculeuses ne manquent point dans les trois départements lorrains, et nombre de gens n’ont pas cessé d’avoir en la vertu de leurs eaux la même confiance que les ancêtres…

Au sud-ouest de la Meuse, entre Gondrecourt et Ligny surtout, à Reffroy, à Badonvilliers, à Tourailles, saint Christophe, sainte Anne, saint Michel ont gardé leurs partisans convaincus. Là-bas, lorsqu’un jeune enfant souffre et languit, sa mère ou quelque autre de ses proches s’achemine, avec une chemise du malade, vers l’une des sources consacrées à ces élus.

La chemise est jetée sur l’eau du bassin. Surnage-t-elle ? L’enfant est condamné comme ne tenant pas du saint. Si, au contraire, elle coule à fond tout entière, l’enfant tient tout entier du saint, patron de la fontaine ; il est sauvé, immanquablement, il guérira ! Dans l’un et l’autre cas, la famille fait une neuvaine de prières qui hâtera la mort ou le rétablissement de l’enfant. Il se peut qu’une partie seulement de la chemise soit immergée : l’eau est si capricieuse ! Il est dès lors certain que seule la partie correspondante du corps est atteinte ; toutefois la neuvaine s’impose encore.

En d’autres villages de la Meuse, si la chemise plonge, c’est au contraire de mauvais augure. A Vaux-la-Petite, jusqu’en 1865, on faisait sécher, sans la tordre, la chemise immergée dans la fontaine consacrée à saint Julien et l’on en revêtait le petit malade pour assurer la guérison. Ces usages ne sont pas particuliers au département de la Meuse ; ils existent aussi en Meurthe-et-Moselle, près de Toul.

Il serait oiseux de citer les sources de Lorraine réputées miraculeuses, celles qui passent pour souveraines contre la fièvre, les maux d’yeux et d’oreilles, les coliques. Contentons-nous d’indiquer la fontaine de la Pichée, près de Pintheville (Meuse), douée d’innombrables vertus curatives, parce que la Vierge y est venue se laver les pieds. Ne demandez pas aux gens du village dans quelles circonstances la Vierge procéda à ces ablutions ; vous risqueriez de vous faire écharper. Par contre, les habitants d’Arrancy, tout au nord de la Meuse, près de Longuyon, ont perdu toute confiance en saint Martin.

La légende rapporte que le saint voyageait en ces parages, quand le pied de sa monture, rencontrant un caillou, y creusa un trou de 12 centimètres de diamètre en forme de fer à cheval. Toujours, même par les plus grandes sécheresses, cette cavité contient de l’eau, une eau curative, ou plutôt qui l’était jadis. Saint Martin a eu évidemment à se plaindre des gens du cru, puisque l’eau du caillou ne guérit plus. Le Caillou de saint Martin n’est aujourd’hui qu’un but de promenade et un objet de curiosité.

Chaque saint a naturellement sa spécialité ; le même ne saurait tout faire. Mais il est des cas embarrassants où l’on ignore lequel il faut invoquer pour obtenir la guérison d’une personne gravement malade. Cruelle perplexité ! La famille devra recourir à la tireuse de serviette. Voici, dit M. Labourasse (Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de Bar-le-Duc), comment on procède au centre de la Meuse, notamment dans les cantons d’Étain, de Fresnes et de Spincourt : « Une espèce de mégère tend au consultant une serviette dont il prend l’un des bouts, tandis qu’elle tient l’autre ; elle la tord, puis en mesure la longueur à la coudée.

Elle pose alors diverses questions à la serviette, et suivant que celle-ci, par quelque habile tour de main de l’opératrice, se raccourcit ou s’allonge, elle est censée répondre oui ou non. Et l’on est obligé, si le malade est taché du bain de tel ou tel saint, d’entreprendre un pèlerinage vers celui qu’elle indique, de lui faire des offrandes, de brûler des cierges et d’accomplir en son honneur des neuvaines dont, moyennant finances, se charge la sybille, hâtant la mort ou la guérison du malade. Plus on est généreux, plus les prières sont efficaces. Le bon billet ! »

Tout le monde ne tire pas la serviette : c’est une spécialité ; on naît tireuse de serviette, on ne le devient pas ; c’est un don, quoi ! Une femme de Béchamp (Meurthe-et-Moselle) excellait, il y a quelques années, dans cet art facile de rançonner, en frisant la correctionnelle, les paysans plus que naïfs. Dans quelques localités du canton de Fresnes-en-Woëvre, à Haudiomont par exemple, la serviette est remplacée par une nappe. Partout, qu’il s’agisse d’une serviette ou de sa grande sœur la nappe, si le malade ne guérit pas, c’est que lui ou son délégué manque de foi.

Au sud de Verdun, à Génicourt-sur-Aleuse, et près de Vaucouleurs, le secret a conservé de chauds adeptes parmi ceux qui sont affligés d’entorses, de foulures, etc. ; mais ici, c’est un homme qui opère. Après avoir mis à découvert la partie malade, il se déchausse le pied droit et fait sur le siège de la douleur un signe de croix avec le gros orteil en disant : Panem nostrum quotidianum ; puis il marmonne une formule composée de mots absolument incohérents. D’un linge trempé dans l’urine d’un homme (quel que soit cet homme) il fait une compresse qu’il chauffe sous la cendre et qu’il applique ensuite sur le point douloureux. Le patient est tenu de réciter cinq pater et autant d’ave en mémoire des cinq plaies du Christ, ou de faire à heures fixes une neuvaine de prières déterminées. La guérison survient après un laps de temps égal à celui qui s’est passé entre l’accident et l’intervention de l’opérateur. Le traitement par le secret s’étend également aux animaux atteints de coliques, de tranchées.

Les oraisons varient ; chaque guérisseur par le secret a la sienne. Qu’il nous suffise de citer deux de ces prières, celle qui vous délivrera, non des rhumatismes ou de la teigne, mais du mal de dents, et celle qui débarrassera, le cas échéant, votre cheval des tranchées.

Voici la première, pour guérir le mal de dents. « Sainte Apolline, assise sur la pierre de marbre, Notre-Seigneur passant par là, lui dit : Apolline, que fais-tu là ? — Je suis ici pour mon chef, pour mon sang, pour mon mal de dents. — Apolline, retourne-t’en… Si c’est une goutte de sang, elle tombera ; si c’est un ver, il mourra. » Réciter ensuite cinq pater et cinqave, puis faire le signe de la croix, avec le doigt, sur la joue en face du mal que l’on ressent, en disant : « Dieu t’a guéri par sa puissance. »

L’oraison suivante chassera les tranchées des chevaux : « Cheval noir ou gris (il faut indiquer soigneusement la couleur du poil de la bête) appartenant à N…, si tu as les avives de quelque couleur qu’elles soient, ou les tranchées rouges, ou trente-six sortes d’autres maux, en cas qu’il y soit, Dieu t’a guéri et le bienheureux saint Éloi. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Ensuite cinq pater et cinq ave pour remercier Dieu de sa grâce.

On voit que la sorcellerie n’est pas morte, dans un pays où jadis sorciers et sorcières étaient assez malmenés puisque, en 1583, deux sorciers et huit sorcières furent brûlés vifs à Saint-Mihiel, en une seule fois.

Dans une des plus charmantes communes de la Meuse, aux Islettes, quand un jeune enfant a des convulsions, la mère prend son petit bonnet et le jette au feu. Si les douleurs sont aussi intenses après la combustion complète, inutile d’appeler le docteur, toute médication est superflue. Si vous souffrez de points de côté, écrit l’instituteur de Mogeville, mettez sur un verre d’eau autant de grains d’avoine que vous ressentez de ces points, puis faites le signe de la croix à rebours chaque fois qu’un grain descendra au fond du verre ; autant de grains immergés, autant de points disparus. Si vous trouvez une taupe vivante, sans la chercher, tuez-la et mettez dans un sachet son museau et ses pattes ; suspendu au cou d’un enfant, ce sachet lui épargne toute douleur à l’époque de la dentition. A Lunéville, pour faciliter la dentition des bébés, on leur pend au cou certains os de poisson.

A Landrecourt, près de Verdun, on se débarrasse des verrues en jetant des pois dans un puits. Aux environs de Vaucouleurs, quelques personnes mangent, le jour de Pâques, des œufs pondus le Vendredi saint dans la matinée ; elles s’imaginent ainsi se préserver de la fièvre pendant toute l’année. D’autres jeûnent ou font simplement abstinence, le jour de Pâques, pour conjurer le mal de dents. Ce sont celles qui n’ont aucune foi dans l’efficacité de l’oraison à sainte Apolline.

téléchargement (5)Enfin, croirait-on que, dans le nord de la Meuse, on se figure qu’en disant, le jour de la Saint-Nicaise (11 octobre), une oraison spéciale, vous pouvez envoyer chez un de vos ennemis les rats et les souris qui vous gênent chez vous ? Voici une sommation aux rongeurs : « Rat, rate ou souriate, souviens-toi que sainte Gertrude est morte pour toi dans un coffre de fer rouge ; je te conjure, au nom du grand Dieu vivant, de t’en aller hors de mes bâtiments et héritages. » Si l’on ne tient pas à envoyer rats et souris chez un voisin dont on a à se plaindre, on ajoute : « et d’aller aux bois sous les trois jours. » Dans le cas contraire, c’est en somme assez peu compliqué : on écrit sur de petits morceaux de papier des signes cabalistiques, et l’on fait pour les souris un pont formé d’une simple planche ; elles ne sont pas exigeantes.

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Quenouille de Fer et pacte avec le Diable

Posté par francesca7 le 9 octobre 2014

(D’après « Légendes et traditions populaires de la France », paru en 1840)

 
 
téléchargement (3)Jolie bergère du hameau de Saissac (Aude) mue par une ambition démesurée, Jeanne voit en l’anneau mystérieux dont un moine lui fait un jour miraculeusement don sans sembler rien exiger en retour, un moyen d’assouvir son désir de puissance et de richesse. Son caractère change, ses amis ne la reconnaissent plus, et si elle épouse le comte de Saissac avant d’imposer impitoyablement sa volonté par les armes, elle doit bientôt rendre quelque compte à son « généreux » donateur…

Jeanne Lambert était une jeune fille, née au hameau de Saissac ; elle était aimée, parce qu’elle était sage ; admirée, parce qu’elle était belle. Cette beauté devait la perdre. Souvent elle avait passé de longues heures à regarder dans l’eau d’un ruisseau sa figure blanche et noble comme celle d’une châtelaine ; souvent elle avait admiré la petitesse et la forme exquise de ses pieds et de ses mains, la finesse et l’élégance de sa taille.

Alors elle soupirait de n’être vêtue que de simple camelot de laine, tandis que l’or et les pierreries ruisselaient sur les robes de brocard de la vieille dame de Saissac, lorsque, suivie de ses pages et de ses varlets, elle venait à l’église s’agenouiller sur un somptueux coussin de velours. Pauvre Jeanne ! elle ignorait que lorsque le cœur de la femme s’ouvre à la vanité, son ennemi le serpent veille et rôde autour d’elle…

Un jour, elle avait vu dans l’église du village le châtelain de Saissac, entouré de pages et de varlets. Elle n’avait pas prié ; de coupables désirs étaient entrés dans son coeur. « Ah ! disait-elle, que me sert d’être belle pour garder des moutons ? Ne serais-je pas plus heureuse d’être faite comme les autres paysannes ? Oh ! je voudrais devenir laide, ou bien riche et noble… »

Comme elle parlait encore, un moine d’une haute stature se trouva debout devant elle dans sa petite chambre. « Je viens exaucer ton désir : je puis te rendre laide ou riche à ton choix. » Jeanne ne répondit pas ; la peur l’avait comme pétrifiée. « Prends cet anneau, ajouta le moine ; tu n’as qu’à prononcer les paroles gravées autour, et ce que tu auras souhaité sera accompli. » En disant ces mots, il disparut. Cependant l’anneau était resté au doigt de Jeanne ; elle hésita long-temps à le garder. D’abord, elle voulut le jeter loin d’elle ; mais elle était curieuse. Au don de cet anneau, le moine mystérieux n’avait attaché aucune condition ; d’ailleurs, en le gardant, elle était forcée de s’en servir. Elle le garda.

Depuis huit jours que le fatal anneau est en son pouvoir, Jeanne n’est déjà plus la même. Autrefois, ses compagnes l’aimaient, car elle était bonne, et savait se faire pardonner sa beauté ; maintenant, toutes l’accusent d’être devenue fière et hautaine, et toutes la fuient ; et pourtant elle ne s’est pas encore servie de son talisman. Mais elle est devenue rêveuse et distraite : quand on lui parle, elle n’entend pas et ne répond pas ; les plaisirs qu’elle aimait, elle les dédaigne aujourd’hui ; car elle sait qu’elle n’a qu’à vouloir pour jouir de tous les plaisirs de la terre ; elle ne voit pas même que ses compagnes la fuient. Son anneau occupe toutes ses pensées ; elle brûle d’essayer sa puissance ; mais une voix secrète la retient encore, et lui dit qu’elle fera mal. Elle lutte contre ses désirs ; mais chaque jour elle est fascinée davantage par le mystérieux pouvoir de l’anneau.

Un soir, retirée dans sa petite chambre, assise sur un escabeau, elle considérait ce funeste présent et songeait. Tout à coup ses cheveux se déroulèrent comme dénoués par une main invisible ; ils inondèrent son cou de leurs flots de soie. « Comme mes cheveux sont beaux ! s’écria-t-elle involontairement. » Puis elle dit tout bas : « Si je voulais, je pourrais me couronner d’un chaperon de velours surmonté d’une couronne de comtesse. Oh ! que je serais belle, et que je voudrais me voir ainsi ! »

Et machinalement elle lut les toutes-puissantes paroles de l’anneau. Aussitôt la chambre fut éclairée d’une vive lumière, et Jeanne se trouva assise devant un miroir curieusement ciselé. Ses beaux cheveux s’échappaient d’un chaperon de velours ; une robe, brodée de perles et bordée de menu-vair, dessinait les gracieux contours de sa taille. Et une voix lui disait : « Jeanne, tu es aussi belle qu’une reine, et tu es plus pauvre qu’une paysanne. Il est beau d’être servie sous un dais par des pages blasonnés ; il est beau d’être, dans un tournoi, saluée reine de beauté. Vois comme ces parures vont bien à ta figure, comme ces riches atours semblent faits pour toi ; demande, et tout cela t’appartiendra. »

Puis il lui sembla qu’un lourd sommeil s’appesantissait sur ses yeux. La voix devint de plus en plus faible ; enfin elle cessa tout à fait. Le lendemain, la jeune fille se réveilla toute brisée ; il ne lui restait qu’un souvenir confus de toutes ces magnificences et un désir cuisant de les acquérir. Quinze jours après , dans la chapelle du château de Saissac, un vieux chapelain bénissait le mariage du jeune comte de Saissac et de la belle Jeanne. La voilà donc comtesse ; la voilà riche et parée, cachant sous un antique blason et sa naissance obscure et les humbles travaux de son enfance. Mais le bonheur ne l’a pas suivie en cette haute fortune.

Gauthier de Saissac aime Jeanne avec passion ; mais qu’importe à Jeanne d’être aimée : l’ambition n’a pas laissé dans son cœur de place pour l’amour. Ce qu’elle veut maintenant, ce n’est plus un bel habit pour rehausser sa figure ; c’est la puissance d’une châtelaine, l’obéissance de nombreux vassaux, l’admiration de hauts et puissants seigneurs. Elle est bien comtesse de Saissac, mais ce n’est qu’un titre ; au vieux sire de Saissac appartient le commandement. Cette pensée devint son idée fixe, et elle n’était pas femme à s’arrêter devant un désir qu’il dépendait d’elle de satisfaire. Quel moyen employa-t-elle pour anéantir une puissance qui lui faisait ombrage ? Usa-t-elle du pouvoir de l’anneau ? Nul ne le sait.

Six mois s’étaient écoulés. Dans la grande cour du château, quatre cents hommes d’armes étaient réunis. A la mine hardie des soldats , à leur joie mal comprimée par la discipline, il était aisé de voir qu’ils allaient tenter quelque aventureuse expédition ; enfin leur chef parut : il était couvert d’une riche armure damasquinée en or, et tenait à la main une masse d’armes ; son casque était ombragé de plumes aux couleurs de Saissac ; la visière en était levée ; il laissait voir le visage de Jeanne. A la douce physionomie de la jeune bergère avait succédé un air sévère et hautain ; elle s’élança légèrement sur son palefroi, se tourna du côté du château, fit de la main un signe d’adieu à Gauthier de Saissac, qui parut pâle et souffrant à un balcon, et partit au galop.

Ce n’était là que le prélude de ses courses guerrières. Gauthier ne tarda pas à s’éteindre dans une maladie de langueur. Jeanne devint souveraine maîtresse de la châtellenie. Pour en arriver là, elle avait prononcé plus d’une fois les paroles magiques de l’anneau ; mais le succès n’avait pas assouvi sa dévorante ambition. Assise seule et toute-puissante sur son fauteuil seigneurial, la fière comtesse jeta d’avides regards autour d’elle, des regards d’aigle qui cherche sa proie. La première victime qu’elle choisit fut le sire de Montolieu, son voisin ; elle entama une discussion de limites, et envoya sommer le baron de Montolieu de venir lui rendre hommage comme à sa suzeraine.

 « Dites à la comtesse de Saissac, répondit le baron, qu’en la terre de France la quenouille ne doit jamais se heurter contre l’épée. » En entendant cette réponse, l’orgueilleuse châtelaine répondit : « C’est bien ; la quenouille de Jeanne de Saissac est plus lourde que l’épée du sire de Montolieu. » Et, en effet, elle arma ses vassaux, et au lieu d’une masse d’armes elle prit pour elle-même une quenouille de fer. Le pouvoir de l’anneau ne laisse aucun doute sur l’issue du combat. Le chevalier fut vaincu ; terrassé par l’arme redoutable de Jeanne, il put encore entendre les paroles railleuses qu’elle lui adressa en lui assénant un dernier coup de sa terrible quenouille.

Cependant, au milieu des agitations de cette vie de sang et de combats, le cœur de Jeanne s’était endurci ; elle devint injuste, farouche, cruelle, impitoyable. Ses conquêtes la rendirent puissante, sa bravoure célèbre ; mais le bonheur s’obstina à la fuir. Elle était haïe comme sont haïs les tyrans ; ses gens d’armes seuls l’aimèrent pour sa rudesse et son courage, qui la rapprochaient d’eux.

Un soir, comme à son ordinaire, elle était assise sous la vaste et gothique cheminée de la grande salle du manoir ; la nuit était noire, et la lampe appendue à la voûte jetait autour d’elle une incertaine lueur. La châtelaine était triste et grave, mais son cœur était inaccessible à la crainte. Tout à coup le vent redouble de fureur, les armures rendent un son lugubre, la tempête semble vouloir anéantir les vieilles murailles du château. A la lueur d’un éclair, Jeanne aperçoit une ombre immense se dresser devant elle ; elle reconnaît le moine.

« Qui es-tu ? », s’écrie Jeanne en saisissant sa fidèle quenouille. « Laisse cette arme inutile contre moi », lui dit le terrible spectre. Et aussitôt la masse d’armes tombe brisée à ses pieds. « Tu ne me reconnais pas, ajouta-t-il. Je viens chercher l’anneau que je t’ai donné il y a vingt ans ; il t’a assez servi, j’espère. » Jeanne, épouvantée, voulut arracher l’anneau de son doigt ; elle ne put y réussir. « Oh ! pas ainsi, dit le moine ; cet anneau est le premier de la chaîne qui te lie à moi. »

images (11)Jeanne voulut essayer de lutter. « Quel pacte me lie à toi ? s’écria-t-elle ; t’ai-je rien promis en retour de l’anneau ? – Non, certes, dit le moine ; je ne t’aurais pas proposé un marché que tu aurais repoussé ; humble et simple bergère que tu étais alors, je savais quel usage tu ferais de la puissance, et je te l’ai donnée. Tu n’es point à moi pour l’anneau ; tu es à moi parce que tu es parricide, parce que tu as sucé le sang de tes vassaux, parce que tu as versé celui de tes voisins. Tu m’appartiens par tes crimes ; je viens te réclamer. »

En disant ces mots, il posa sa main brûlante sur l’épaule de Jeanne, puis il la saisit dans ses bras, et prenant son élan, il repoussa du pied le manoir, qui s’écroula sous ce puissant effort. On dit dans le pays que le château n’a pu être reconstruit, et lorsque, par une sombre nuit de novembre, on entend le vent gémir en s’engouffrant dans les ruines du manoir, les vieillards disent à leurs petits-enfants effrayés : « Prenez garde ! c’est la châtelaine qui file sa quenouille ! »

 

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Malédiction du cruel Juhel

Posté par francesca7 le 2 octobre 2014

et château de Mayenne

(D’après « La Tradition », paru en 1905)

 
 
images (10)La légende affirme que longtemps on vit voler le soir, dans la forêt de Mayenne, deux oiseaux blancs comme des colombes poursuivis par un vautour, suite à la cruauté dont fit preuve le maître des lieux, Juhel qui, à la faveur d’une fugue de ses filles, incrimina les religieux du monastère voisin et jeta sur eux l’opprobre

Près du château de Mayenne du baron Juhel – Juhel III de Mayenne (1168-1220), était un moûtier – monastère – habité par des moines qui étaient de ses amis. Ses deux filles s’y rendaient souvent et la méchanceté s’en mêla. On disait tout bas que le Prieur aimait la blonde et le Cellerier la brune. C’était mal parler, car il n’en était rien. Nos damoiselles de Mayenne, en ces temps de rudesse, allaient trouver au moûtier des heures de paix, des conseils, confier au plus quelques-unes de ces pensées intimes mi-pieuses, mi-tendres, qui tournoient parfois dans l’âme des jeunes filles.

Mais un matin, dès l’aube entrouverte, les jeunes châtelaines passèrent le pont-levis. Le guetteur de la haute tour les vit et en fut un peu surpris ; elles allaient, pensa-t-il, beaucoup plus tôt que de coutume visiter les manants pauvres du voisinage. D’ordinaire elles ne sortaient, en effet, à cette heure hâtive, que lors des chasses au lanier. Le jour s’écoula, le soir vint et une nuit noire où ne pointait pas une étoile, enveloppa les tours et les créneaux des murailles, sans qu’elles fussent rentrées. On les avait vainement cherchées dans le château, dans le bourg et aux environs l’inquiétude était à son comble.

Un page jaloux et mauvais finit par dire qu’il les avait vues, le long des lices, avec deux moines prendre le chemin de la campagne. C’était de la scélératesse de sa part et il ouvrait le champ à la calomnie qui avait été contenue jusqu’alors. Leur mère tomba en pâmoison, le baron, outré de colère et d’indignation, appela ses chevaliers : « Chevauchez, leur dit il, jusqu’à ce que vous les trouviez. » Ils partirent ; lui alla droit au moûtier pour s’emparer des moines, mais ils connaissaient sa violence et ils s’étaient enfuis.

Les hommes de Juhel chevauchèrent toute la nuit, parcoururent les hameaux, frappèrent à toutes les portes ; ils ne trouvèrent pas les fugitifs. Le Bouteiller, qui avait pris le chemin du Fauconnier – commune de Saint-Georges-Buttavent – pour gagner la forêt, découvrit au lever du jour les deux Juhelettes à l’ermitage du Hec, sous des habits de paysannes. Elles dormaient sur un lit de feuillage. Ramenées aussitôt au château, leur père ne voulut pas les voir. Dans son courroux, il les eut tuées peut-être ? Non. Il méditait un projet plus atroce. Elles crièrent aux chevaliers qu’elles étaient innocentes, qu’elles allaient, pieds nus, faire en pauvresses un pèlerinage à Saint-Michel-du-Mont. On ne les écouta pas et elles furent descendues dans une basse-fosse du donjon.

Juhel devint très sombre, réunit toute sa maison et dit : « Mes filles sont mortes, qu’on ne m’en parle jamais, ni des moines non plus. » Et sa femme comme ses chevaliers gardèrent le silence, car il était terrible. Lorsqu’il avait donné un ordre, aucun de ses familiers n’eût osé le discuter. Le baron fit bâtir deux tours dans la forêt de Mayenne, l’Artoire et la Réhette, et y enferma ses filles. Les portes en furent murées, et chaque jour un de ses sergents leur passait du pain, des racines et de l’eau, par une étroite ouverture. Pour achever sa vengeance, il mit de sa propre main le feu au moûtier abandonné, ricana d’une façon horrible pendant qu’il brûlait. L’évêque voulut intervenir, il le repoussa. Le pape le menaça, ce fut inutile ; il l’excommunia, dès lors Juhel devint abhorré de tout le pays du Maine.

Vingt ans se passèrent. Les recluses devenues des squelettes à cheveux blancs, ne poussaient que de faibles et rares gémissements, qui ne dépassaient guère les murs de leur prison. Il n’y avait pas eu un chevalier assez hardi pour braver les ordres de son maître et sauver les deux infortunées. Leur jeunesse s’était écoulée dans les tortures d’un long désespoir. Au gré de leurs désirs, elles mouraient trop lentement. En devenant vieux, Juhel s’apaisa, pensa à son âme, à la miséricorde divine dont il aurait besoin. Avait-il été un justicier selon le droit et la charité ? La voix de sa conscience longtemps étouffée lui affirma sa faute et il ne tarda pas, quand il voulut se renseigner, à reconnaître qu’il était criminel vis-à-vis de ses filles et vis-à-vis des moines.

Poussées par un sentiment de piété et aussi de folle aventure, les deux damoiselles avaient en effet entrepris le voyage du Mont-Saint-Michel, et dans la crainte de rencontrer des obstacles à leur projet, étaient parties seules à l’insu de tous. Défaillantes et les pieds ensanglantés, il leur avait fallu se réfugier pour la nuit chez l’ermite du Hec. Juhel pleura, il était trop tard ; il rappela ses filles, il était trop tard. Elles avaient souffert dans leur cœur et dans leur corps et ne pouvaient vivre longtemps : à peine parlaient-elles. Leur seul plaisir consistait à se retrouver sur la haute terrasse de la forteresse ; elles avaient là sous les yeux la vallée de la Mayenne qui leur rappelait sans doute quelques heures riantes de leur jeunesse et aussi la place vide de ce cloître du moûtier dont elles aimaient jadis à respirer les lys et les roses.

Peu de temps après, elles moururent épuisées, trop faibles pour supporter l’air et la lumière. Pas un reproche ne sortit de leurs lèvres, et elles eurent encore des sourires de consolations pour le pécheur repentant elles étaient de ces bons et doux êtres que Dieu épure dans les souffrances et dont il fait des anges. Personne n’eut pitié de Juhel, qui sous le poids de ses crimes partit pour Rome, afin d’en demander au pape la rémission. A son retour, il rendit aux moines tous leurs biens dont il s’était emparé et leur donna de l’argent pour bâtir un nouveau monastère (1205), près de la forêt de Mayenne, à Fontaine-Géhard – commune de Châtillon-sur-Colmont.

On a vu pendant longtemps voler le soir, dans le voisinage de l’Artoire et de la Réhette, deux oiseaux blancs comme des colombes poursuivis par un vautour. C’étaient les Juhelettes de Mayenne et leur père qui revenaient sous ces formes représentant la douceur et la cruauté. Les prières des moines de Fontaine-Géhard finirent par racheter les forfaits du baron de Mayenne, et dès lors la vision disparut.

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Sur les abords de la Fontaine hideuse

Posté par francesca7 le 2 octobre 2014

Fontaine hideuse (La) de Beuvry, maudite depuis la veille de la Noël 1493

 

 
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Si la route de Lille à Béthune fait un coude à l’extrémité nord du terroir de Sailly-la-Bourse, c’est, selon la légende, pour éviter la Fontaine hideuse, maudite depuis la veille de la Noël 1493 lorsqu’elle eût englouti un convoi de voyageurs dans ses profondeurs insondables. Pas un brin d’herbe ne poussa depuis, pas un poisson ne fendit ses eaux qui acquirent la réputation de glacer les cœurs

La route de joignant Lille à Béthune partait autrefois du moulin de Bellenville, en serpentant à travers des mares et des fossés, droit au mont de Beuvry. Elle était, entre ces deux endroits, en bien mauvais état pendant la saison pluvieuse, parce que le terrain y est marécageux et tourbeux.

Les habitants de Vermelles, de Cambrin et d’Annequin se rendant au marché de Béthune, devaient alors y transporter leurs produits à dos de cheval ou à demi-chargement de voiture. Le coche qui y passait deux fois par mois, avait soin de prendre à La Bassée, au Cheval Rouge, deux bons chevaux de relais, et ses six chevaux flamands, aux jours pluvieux, avaient bien de la peine à franchir ce passage.

Or, en l’an 1493, la veille de Noël, une pluie fine et glaciale tombant toute la matinée, avait fondu la neige qui couvrait la terre depuis huit jours, et rendait cet endroit difficile et dangereux. A cause des fêtes de Noël, le coche était bondé de voyageurs. Deux chartreux, deux nonnes, et deux moines, emplissaient le coupé ; quatre bons marchands se serraient dans l’intérieur à côté de deux jeunes fiancés ; l’impériale regorgeait de bagages et de marchandises.

Le phaéton, trompé par la lueur vacillante d’un feu follet, quitta la route empierrée et la voiture s’embourba. Sous le fouet et les jurons du conducteur, les chevaux se cabraient, frémissaient, piaffaient, mais le coche ne bougeait pas. Les hommes descendirent et délibérèrent. Les moines et les chartreux prirent chacun une roue, leurs bras nerveux se tendirent, les jantes craquèrent ; le coche ne bougea pas davantage. Les marchands et les religieux firent un suprême effort, mais encore en vain. « Que le diable emporte tout, dit le cocher, hors de lui même ! »

Quand les moines, les chartreux et les marchands voulurent rebrousser chemin, ils sentirent qu’ils s’enlisaient, que l’eau et la boue leur montaient jusqu’aux genoux. Les malheureux, désespérés, glacés d’effroi, s’enfonçaient toujours lentement, graduellement, fatalement. Déjà l’enlisement gagnait leur poitrine. « Salva nos Domine », dit une voix. « Miserere mei », dirent les moines. Et des lèvres brûlantes des marchands sortaient les noms bénis de fils et d’épouses.

Quand, vers minuit, entre deux nuages, la lune apparut, on ne vit plus que l’impériale du coche et des bras s’agitant convulsivement au-dessus de l’abîme dans lequel les nonnes étaient descendues évanouies, et les fiancés endormis, rêvant à l’hyménée. La neige recommença à tomber pour couvrir les victimes d’un blanc linceul. Deux pêcheurs qui tendaient près de là leurs filets, assistèrent pétrifiés à cette scène lugubre ; ils coururent, revenus à eux-mêmes, conter l’aventure à Beuvry. La foule, venant de toute la contrée, ne vit au milieu du grand chemin vert, au lieu du sinistre, qu’une fontaine de plus de 200 pieds de tour, claire, bleue, ovale, semblable à l’œil immense d’un monstre souterrain guettant sa proie.

On voulut sonder la fontaine : tous les câbles de la contrée, bout à bout, n’en trouvèrent pas le fond. On voulut, pour leur donner la sépulture, pour leur dire les prières des morts, pour qu’un ami pût venir sur leurs tombes, arracher les victimes au gouffre béant ; mais l’abîme est sans fond, et, malgré tous les efforts, il n’a rendu ni un cadavre, ni un lambeau de froc. On l’appela « la Fontaine hideuse ». Depuis ce jour lamentable, tous les ans, dans la nuit de Noël, de la onzième à la douzième heure, on entend sans cesse au fond de la Fontaine hideuse, claquer le fouet d’un postillon, et, les âmes pieuses voient dans une sorte de coche lumineux : Jésus dans la crèche, Joseph et Marie, l’âne, les bœufs, les bergers et, l’étoile.

Depuis quatre siècles, pas un brin d’herbe n’a poussé dans la fontaine, pas un poisson n’a fendu ses eaux, pas une goutte de son onde n’a été réchauffée par les feux des étés les plus brûlants. Tous les monts de la Savoie ne pourraient combler cet abîme ! Tout le foin de la Normandie y disparaîtrait en un clin d’œil, comme englouti par un monstre invisible !

Deux tourbiers sont perclus aujourd’hui pour s’être baignés dans la fontaine. Ils ne doivent la vie qu’à la précaution qu’ils avaient prise de s’être fait attacher par une corde à l’aide de laquelle on les retira du danger qu’ils couraient de disparaître aussi. Malheur à ceux qui se sont désaltérés à la Fontaine, ils n’ont jamais connu les joies de l’hymen, ou les ont oubliées s’ils les avaient éprouvées déjà : quelques gouttes de son eau glacent encore les plus férus d’amour.

téléchargement (6)Que de jouvenceaux prêts à aller à l’autel ont pris le chemin du cloître ou du monastère. Les abbayes de Gonnay et de Choques en comptèrent par certaines. Que d’amantes jalouses ont glacé, avec de l’eau de la fontaine, malicieusement, méchamment le cœur de leurs amants !

Le propriétaire actuel de l’ancienne abbaye de Choques – village situé à une demi-lieue de Béthune – a retrouvé on 1866 sous le taillis d’un bosquet formé sur les ruines des bâtiments de ce monastère, six pierres tombales en marbre blanc et en grès sculpté encore visibles aujourd’hui, de Francicus Pruvost, d’Andreas Dessain, de Ludovicus Gouillart, d’Elegicus de Baillencourt-Courcol, d’Ambroise Rattel et de Prosper Bonvalet, pieuse relique, morts dans cet asile de paix en odeur de sainteté, grâce à l’eau miraculeuse de la Fontaine hideuse, suivant l’épitaphe libellée en latin.

Depuis que cette source est là béante, la route de Lille à Béthune fait un coude à l’extrémité Nord du terroir de Sailly-la-Bourse, les voitures ne passent plus par Werquin pour se rendre à Béthune, et les roseaux, la ciguë aquatique croissent dans les mares du Grand Chemin Vert qui partait, avant la Fontaine hideuse, d’Annequin au mont de Beuvry.

(D’après « La Tradition », paru en avril 1892)

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Riquet : le génie des eaux

Posté par francesca7 le 3 septembre 2014

 

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 A l’âge de 51 ans, où beaucoup de personnes meurent au XVII è siècle, Pierre Paul Riquet entreprend sa « grande œuvre », la construction du canal des Deux Mers reliant l’Atlantique à la Méditerranée.

Deuxième grand chantier sous Louis XIV, classé au patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco en 1996, le plaçant au même niveau que la Grande Muraille de Chine, le Mont Saint Michel ou Versailles, cette construction fut menée à bien, grâce à la volonté et le talent de Riquet. Qui était cet homme trop méconnu du public ?

Ses origines

Pierre Paul Riquet nait en 1609 à Béziers ; son ancêtre appartenant à la classe supérieure des romains au XII è siècle est venu s’installer à Marseille ; élu Premier Consul de la ville de la Seyne en Provence en 1346, il devient gentilhomme de la maison du comte de Provence et crée deux lignées de « Riquet » : Honoré Riquety qui donnera Mirabeau en 1789 et Noble Reynier Riquety de Béziers, ancêtre de Pierre Paul Riquet.

Son grand père possédait une boutique d’étoffes, son père était notaire à Béziers et excellent homme d’affaires, mais condamné pour faux en écritures. Pierre Paul est rapidement initié au commerce ; il ne fait pas d’études supérieures, mais apprend l’art de calculer et est attiré par la mécanique ; il s’exprime en langue d’oc et ne parle ni latin, ni grec.

De gabelou à Directeur de la Ferme du Languedoc

Il entre dans l’administration des gabelles du Languedoc dans les années 1630-1632 pour apprendre le métier de gabelou ou agent de la gabelle ; au poste de grenatier, il s’occupe de la gestion du grenier à sel, de l’achat et la vente du produit, de la vérification des faux, trafiquants et contrebandes. De receveur, il passe sous-fermier de tous les greniers du Haut Languedoc en 1648, puis fermier en 1652.

Constatant que le prix du transport est exorbitant, il monte une entreprise, mais les routes sont presque inexistantes, peu sûres et en piteux état. Ayant entendu parler à l’âge de 9 ans d’un projet de canal reliant Toulouse à Béziers, il pense que par ce biais, le coût du transport serait diminué de beaucoup.

Fermier général dans le Languedoc en 1661, il est recruté par la province du Roussillon et de Cerdagne afin de mettre en place cet impôt puisque la région précédemment espagnole et exempte de la gabelle, est devenue maintenant française depuis le mariage du roi. Les problèmes surviennent vite, le pauvre peuple est récalcitrant et gronde devant cette nouvelle taxe. Colbert à qui Riquet doit rendre des comptes suite à l’arrestation de Fouquet lui demande d’intervenir par la force. Il préfère négocier pour calmer les récalcitrants, malgré les révoltes, malgré l’assassinat de ses commis, jusqu’en 1670 où il doit accompagner les 4 000 soldats envoyés par le roi pour mater les rebelles. Colbert est clair « il faut absolument récolter la gabelle pour financer l’Etat, les guerres et le canal des Deux-Mers ».

Jusqu’en 1678, il gravit tous les échelons pour arriver au poste de Directeur de la Ferme du Languedoc malgré tous les soucis rencontrés, mais en amassant une belle fortune.

Le père de famille et l’homme

Après Béziers, il s’installe à Mirepoix, épouse une fille de contrôleur des tailles en 1638 lui donnant la même année Jean Mathias futur président à mortier de Toulouse, Pierre en 1641 qui meurt 15 mois plus tard, Elisabeth en 1645, Pierre Paul futur capitaine des gardes du roi et futur comte de Caraman baptisé en 1646. De constitution solide, ils échappent presque tous à plusieurs épisodes de peste qui déciment plus du cinquième de la population de la région de Toulouse. A la mort de son père en 1646, il déménage vers la Montagne Noire à Revel pour être à proximité des localités concernées par la collecte de la gabelle, aux environs de Castres et Mirepoix. Là, il commence à faire des essais pour « son futur canal », tout en ayant la joie d’avoir encore quatre nouveaux enfants.

Ce travailleur acharné se fait une bonne réputation, devient banquier privé, prêtant aux consuls de la ville, parfait homme d’affaires écrivant jusqu’à dix lettres par jour à différentes personnes pour des sujets variés, se déplaçant constamment d’une ville à l’autre, négociateur hors pair pour éviter des procès sans fin, constructeur, propriétaire du canal et chef d’entreprise proche de ses ouvriers, rationalisant le travail, fidélisant ses salariés en leur assurant une « mini sécurité sociale » et en les logeant, n’ayant jamais eu à faire face à des révoltes ni rebellions sur ses chantiers, constant dans ses projets et s’efforçant de les mener à terme, travaillant toujours dans un souci d’économie et de rentabilité, tout en gérant ses affaires de gabelles puisqu’il devient directeur de la ferme des gabelles du Languedoc et en obtenant la charge de munitionnaire des armées du roi ;  n’étant ni ingénieur, ni architecte, ni géographe mais avec du talent, une volonté de fer, beaucoup de capacités, une passion et un grand courage, parti de rien ou presque… il fait fortune.

Il peut acheter le « Fort de Bonrepos » et son domaine à environ 20 kms de Toulouse, se lancer dans sa reconstruction, ce château médiéval étant en très mauvais état. L’endroit considéré comme lieu stratégique de défense doit être réparé par la ville et l’entretien réglé par les Consuls ; grâce à ses négociations, il obtient le domaine, le château à vie de manière perpétuelle, à condition d’assurer la protection des villageois en cas d’attaque extérieure. Là, il achète des parcelles supplémentaires, fait abattre des morceaux de bâtiments en ruine, embellit la demeure à partir de 1654, conservant les matériaux pour les réutiliser, remettant en état des moulins et la briqueterie, logeant les principaux artisans pour les avoir sous la main, faisant office de maître d’ouvrage. En 1666, Bonrepos est presque habitable et Riquet est réhabilité dans sa noblesse, ne signera jamais « baron de … », mais écrira toujours Seigneur de Bonrepos, voulant rester discret, car dans sa jeunesse il a appris deux choses : ne jamais trahir son roi et ne jamais faire étalage de ses biens et sa fortune.

Riquet : le génie des eaux dans LEGENDES-SUPERSTITIONS 192px-FR06_P1100932cDans le but d’installer ses enfants, il acquiert aussi une maison dans Toulouse ainsi qu’un hôtel particulier à l’extérieur de la ville sur un domaine de quatre hectares avec une orangerie, des jardins, des prés et une glacière, sans oublier un hôtel à Paris. Un père aimant et soucieux de ses enfants, réalisant de belles alliances pour ses filles, toujours présent en cas de maladie ou lors d’un procès, ou encore pour sauver de la ruine et du déshonneur son second fils poursuivi pour dettes au jeu ; Riquet est jovial, bon vivant, d’un naturel franc ce qui lui apporte des ennemis mais aussi de fidèles amis.

La grande œuvre de Riquet

Le canal reliant les Deux-Mers fut un chef d’œuvre au temps de Louis XIV, le second chantier grandiose au temps du Roi Soleil…après Versailles. Tout le monde avait échoué pour construire le canal du Midi, Riquet a réussi à monter un projet « en béton », en insistant sur l’utilité économique et l’intérêt stratégique du canal, reliant l’Atlantique et la Méditerranée, en évitant le détroit de Gibraltar, en évitant le pillage de la marchandise et les taxes à payer à l’entrée ; il a été suffisamment persuasif pour le faire accepter par Colbert, malgré les 17 millions de livres, le financement du canal se faisant en trois parts : le roi, les états du Languedoc et Riquet ; son projet fut « choisi par le roi, de préférence à tout autre ». Il a su s’appuyer sur des personnes influentes à la Cour, il a su s’entourer d’une équipe compétente en qui il avait confiance.

Toujours présent sur le terrain, il entreprend le piquetage du canal de Sète à Toulouse, balisant les sources et les ruisseaux, payant mieux ses ouvriers pour les retenir et accélérer les travaux, de quelques centaines d’hommes il en géra 12 000 qui ne rechignaient pas à la tâche. Sur tous les fronts, il s’occupe aussi du creusement du port de Sète, du recrutement du personnel, de la construction de logements pour les ouvriers, des écuries, des magasins, assiste à toutes les réunions, organise le travail, répond à toutes les lettres à Colbert, trouve une solution lorsqu’une église se présente sur le tracé du canal (il la fit démonter, garder les matériaux pour être remontée un peu plus à l’écart) ou lorsqu’il faut traverser une montagne sablonneuse en faisant creuser un tunnel de 165m avec consolidation de la voute en 8 jours.

Concessionnaire du canal, il prend en charge la construction et l’entretien, investissant sa fortune personnelle, devant très souvent emprunter à des tiers et rembourser les dettes, l’argent du roi ne venant pas régulièrement ; en échange il perçoit les taxes, les péages, les redevances sur le transport des marchandises ; il doit faire face aux jaloux et tourmenteurs ainsi qu’à la pression exercée par les contrôleurs de Colbert, à ses récriminations, mais il peut compter sur ses fils qui sont présents, qui l’aident dans son travail et qui le soutiennent. Il pourrait être fatigué, stressé, épuisé, débordé, mais il tient bon malgré sa maladie, malgré les suspicions de Colbert qui le soupçonne de puiser dans la caisse du canal pour installer ses fils !

Ce fut la passion et l’œuvre de la vie de Riquet, une affaire de famille où les fils, les gendres, les beaux parents ont participé et travaillé, les descendants de Riquet continueront à le gérer jusqu’au XX è siècle. De même, ce sont des familles entières, de pères en fils qui y ont travaillé, des éclusiers aux magasiniers… Une réussite humaine car les travaux furent faits à la force du poignet.

Ce fut un moment de bonheur en 1667 où la première pierre est posée avec la bénédiction de l’archevêque de Toulouse, mais Riquet ne verra jamais naviguer les barques, il meurt en octobre 1680, l’inauguration se faisant en mai 1681, il ne restait que 5.5 kms à construire sur les 240 kms de la longueur du canal…Riquet est alors porté très haut, par son opiniâtreté, sa force de caractère, son talent, son génie.

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Les autres réalisations de Riquet

Parallèlement au canal des Deux Mers, Riquet s’est occupé de la construction des 328 ouvrages d’art jalonnant le canal (aqueduc, moulins, déversoirs, scieries, auberges, écuries, forges, magasins, logements…) ; du port de Sète qui fut une réussite, une beauté d’après les constations du fils de Colbert (missionné pour vérifier !) ; de l’aqueduc de Répudre dans l’Aude qui a servi de modèle à Vauban, sans oublier la demande expresse de Colbert pour Versailles : amener l’eau aux fontaines, reliant les eaux de la Loire au dessus de Briare à l’aide d’un pont canal. Trop long, trop coûteux, on fait construire la machine de Marly ; de l’aqueduc de Castries près de Montpellier sur 7 kms ; du canal de l’Ourcq qui approvisionnera Paris en eau potable pour les habitants et les industries dont les travaux sont lancés en 1677 mais le chantier interrompu «qualifié d’inutile » à la mort de Riquet ; en 1670, le roi demande la distillation de bouteilles d’eau minérale des stations thermales de Balaruc-les-Bains ; Colbert, ne pouvant le laisser travailler en paix et accomplir sa « grande œuvre » le charge encore de faire une étude en 1676 pour le futur canal de Bourgogne (réalisé sous Louis XV), puis le futur canal du Centre (réalisé sous Louis XVI), ainsi que le canal de Provence reliant le Rhône à la Méditerranée qui deviendra l’actuel canal du Rhône à Sète.

Après Riquet

Riquet s’éteint donc le 1er octobre 1680, à 71 ans à Toulouse. Placé dans un caveau de l’Elise Saint Etienne, en toute discrétion, sans cérémonie, ses enfants installés à Paris ne purent être présents ; Colbert s’inquiétant de la fin des travaux, fait mettre des scellés sur les biens de la famille ! A force de plusieurs demandes de la famille, de l’entourage de Riquet et de personnes bien introduites à la Cour, Colbert envoie à Jean Mathias (le fils Riquet) les fonds nécessaires à l’achèvement du canal, le roi assurant la famille de sa protection.

Les deux fils s’entendant à merveille, agissant de concert, toujours en accord dans les décisions à prendre (chose rare pour l’époque dans des familles ayant des biens), firent achevés les travaux afin d’inaugurer le canal en mai 1681, avec la première barque voguant de Sète à la Garonne. De même qu’ils aidaient leurs sœurs en versant les dots prévues, aimables et conciliants avec tous, ne lésant personne lors du partage de l’héritage, malgré les 4 millions de livres de dettes laissées par Riquet, dont deux furent quand même prises en charge par Colbert.

Louis XIV dans ses Mémoires pour l’instruction du dauphin mentionnait « le canal avait permis au royaume de devenir le centre du commerce de toute l’Europe » ; il fut une mine d’or pour les enfants, mais il fallut encore attendre 44 ans pour être rentable !

 Pour aller plus loin

- Riquet, le génie des eaux : Portrait intime, de Mireille Oblin-Brière. Editions Privat, avril 2013.

- Le canal du Midi : Histoire d’un chef-d’oeuvre, de René Gast. Editions Ouest-France, Janvier 2006.

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Légendes et littérature Bretonoise

Posté par francesca7 le 16 août 2014

 

D’est en ouest et du nord au sud, la Bretagne regorge de récits merveilleux. Croyances, rituels et contes ont ainsi créé au fil des siècles tout un univers, folklorique pour les uns, mystérieux pour les autres. Les légendes ont surtout su conserver la fraîcheur de mythes très anciens qui n’ont pas été sans imprégner la vie littéraire bretonne, du Moyen Âge à nos jours.

220px-Leighton-Alain_Chartier-1903Une terre de légendes

L’âme bretonne a toujours incliné au rêve, au fantastique, au surnaturel. C’est ce qui explique l’étonnante abondance et persistance des légendes.

La Table ronde

Après la mort du Christ, Joseph d’Arimathie, un de ses disciples, quitte la Palestine en emportant quelques gouttes du sang divin dans la coupe où le Rédempteur a bu lors de la Cène. Il débarque en Bretagne, séjourne en forêt de Brocéliande, l’actuelle forêt de Paimpont, puis disparaît sans laisser de traces.

Au 6 e s., le roi Arthur et 50 chevaliers entreprennent de retrouver la précieuse coupe. Elle constitue à leurs yeux le Saint-Graal , que seul pourra conquérir un guerrier au cœur pur. Cet homme idéal est Perceval, le Parsifal de Wagner. La recherche du Graal a donné naissance à d’inépuisables récits d’aventures médiévaux qui forment le cycle de la Table ronde. Ronde parce qu’Arthur et ses chevaliers s’assemblaient autour d’une table qui, par sa forme, supprimait toute préséance.

Merlin et Viviane

Un des compagnons du roi Arthur, Merlin l’Enchanteur, vient en forêt de Brocéliande. Dans sa retraite, il rencontre Viviane… et l’amour d’exalter l’enchanteur et la fée ! Pour garder plus sûrement Merlin, Viviane lui soutire un à un ses secrets et l’enferme dans un cercle magique. Il pourrait certes se libérer, mais il accepte avec joie, et pour l’éternité, cette captivité amoureuse.

Tristan et Iseult

Tristan, prince de Léonois envoyé par son oncle Mark, roi de Cornouaille, ramène d’Irlande Iseult, que Mark va épouser. Sur le navire, Tristan et Iseult boivent par erreur le philtre destiné à lier d’un amour inaltérable Iseult à son époux. La passion éclate dans les deux cœurs. Les récits font varier les dénouements : tantôt Tristan est tué par Mark, ulcéré de sa trahison ; tantôt il se marie et meurt dans son château de Bretagne. À chaque fois, Iseult le suit invariablement dans la tombe. L’opéra de Wagner et le livre de Joseph Bédier ont célébré ce drame de l’amour.

La ville d’Ys

Au temps du bon roi Gradlon , vers le 6 e s., Ys est la capitale de la Cornouaille : la baie des Trépassés et la baie de Douarnenez en revendiquent les vestiges. La ville est protégée de la mer par une digue, et le roi garde toujours sur lui la clef d’or qui ouvre les écluses.

Sa fille, la belle Dahut, appelée encore Ahès, mène une vie de débauche et rencontre le diable sous la forme d’un séduisant jeune homme. Comme preuve d’amour, il lui demande d’ouvrir les portes aux flots. Dahut dérobe la clef pendant le sommeil du roi et bientôt la mer se rue dans la ville. Gradlon fuit à cheval, sa fille en croupe. Mais les vagues le poursuivent et vont l’engloutir. À ce moment, une voix céleste lui ordonne, s’il veut être sauvé, de jeter à l’eau le démon qu’il porte derrière lui. Le cœur serré, le roi obéit, et la mer se retire aussitôt. Mais Ys est détruite.

Gradlon, qui choisit Quimper comme nouvelle capitale, finira ses jours en odeur de sainteté, guidé par saint Corentin. Quant à Dahut, changée en sirène, elle est devenue Marie-Morgane et entraîne depuis lors au fond de la mer les marins attirés par sa beauté. Il en sera ainsi jusqu’au vendredi de la Croix où la messe du rachat sera célébrée dans la cité engloutie. Alors Ys ne sera plus maudite et Morgane reprendra sa première forme.

La vie littéraire - Moyen Âge et Renaissance

Aucune œuvre rédigée en vieux breton n’ayant été conservée, seuls ont traversé les siècles des ouvrages en latin, ayant le plus souvent pour thèmes l’histoire de l’Église ou de la Bretagne, la morale et la vie des saints. D’un côté, la littérature bretonne disparue a inspiré le cycle arthurien ; de l’autre, il nous reste des écrits de moines.

La grande figure médiévale est Pierre Abélard (1079-1142), brillant philosophe, natif du Pallet, près de Nantes, qui fut abbé de St-Gildas-de-Rhuys. Il y reçut la correspondance passionnée de la jeune Héloïse, épousée secrètement, et relata l’histoire de ses malheurs. On peut citer aussi Guillaume Le Breton , poète et historiographe de Philippe Auguste, auteur de douze volumes de Philippide où il exalte les événements du règne avec patriotisme. Ce n’est qu’aux 15e et 16 e s. qu’on cerne une véritable école d’historiens et de poètes, née après la création de l’université de Nantes au 15 e s.

Aux 17e et 18 siècles

Bretonne par alliance, Mme de Sévigné a, de son château des Rochers-Sévigné, daté maintes lettres décrivant Rennes, Vitré, Vannes et Port-Louis où elle a fait « le plus joli voyage du monde ». Alain René Lesage , spirituel auteur de Gil Blas , connut le succès avec ses œuvres réalistes où il transposa des souvenirs de son Vannetais natal. Élie Fréron s’est illustré à travers ses démêlés avec Voltaire, et fut le brillant directeur du périodique parisien, L’Année littéraire .

Du romantisme aux romans du terroir

« Il inventa la mélancolie et la passion moderne. » Cette opinion de Théophile Gautier souligne à quel pointFrançois René de Chateaubriand a eu un rayonnement immense. Sa sensibilité, son éloquence passionnée, servies par un talent et un style brillants, expliquent l’influence qu’il exerça sur ses contemporains. Ses Mémoires d’outre-tombe évoquent son enfance à St-Malo et sa jeunesse au château de Combourg. Royaliste et théocrate,Lamennais devint un démocrate convaincu. L’évolution de sa philosophie se reflète dans ses œuvres, de l’ Essai sur l’indifférence au Livre du peuple paru en 1837. Philologue, historien et philosophe, Ernest Renan fut un esprit critique professant une foi absolue dans la science. Il écrivit de nombreux ouvrages parmi lesquels sesSouvenirs d’enfance et de jeunesse rappellent sa Bretagne natale. La jeunesse et la famille ont également été les thèmes de prédilection de Zénaïde Fleuriot dont les romans ont largement été publiés dans la seconde moitié du 19 e s.

Probablement moins puissants, mais fidèles interprètes du terroir, quelques auteurs ont bien traduit la pensée bretonne : Auguste Brizeux (1803-1858), auteur des poésies Telen Arvor ; le conteur Émile Souvestre qui écrivitLes Derniers Bretons ; Hersart de La Villemarqué et ses recueils poétiques de chants populaires, Barzaz Breizet Myrdhinn ou l’Enchanteur Merlin ; le chantre du cidre Frédéric Le Guyader ; le folkloriste et poète Anatole Le Braz (1859-1926) avec Les Légendes de la mort ; le romancier Charles Le Goffic (1863-1932), également poète avec L’Amour breton ; le chansonnier Théodore Botrel (1868-1925) qui célébra Les Chansons de chez nous etLes Chants du bivouac .

Quelques auteurs célèbres

Parmi le grand nombre d’auteurs que l’on pourrait citer ici, dégageons les poètes symbolistes Villiers de L’Isle-Adam et Tristan Corbière , les romanciers Paul Féval, auteur du Bossu , et Jules Verne (1828-1905), précurseur des découvertes modernes et traduit dans le monde entier, ainsi que J.-P. Calloc’h, poète lyrique qui s’exprimait dans le dialecte de Vannes. Pierre Loti doit également être mentionné pour Mon frère Yves et Pêcheur d’Islandequi a Paimpol pour cadre. Enfin, il faut encore évoquer le poète surréaliste Saint-Pol-Roux , dit « le Magnifique », Marseillais mais Breton de cœur, le romancier et nouvelliste Jakes Riou (1899-1937), auteur de Nominoé qui écrivait en breton, le journaliste, essayiste et écrivain Louis Guilloux (1899-1980), originaire de St-Brieuc (ville qui apparaît souvent en filigrane dans Le Sang noir , Le Pain des rêves et Le Jeu de la patience ), et le poète René-Guy Cadou (1920-1951) qui chanta sa Brière natale.

Littératures d’aujourd’hui

Littérature, essais, contes et récits, BD, divers : les auteurs bretons publient chaque année plusieurs centaines d’ouvrages, dont beaucoup sont désormais aussi édités en langue bretonne (le catalogue de Coop Breizh est riche de centaines de titres). Le dynamisme littéraire de la région se mesure aussi à la popularité du festival Les Étonnants Voyageurs , qui se tient à St-Malo depuis 1990.

Description de cette image, également commentée ci-aprèsHenri Queffélec (1910-1992) est un des auteurs ayant le plus célébré la Bretagne. Son roman le plus populaire reste Un recteur de l’île de Sein , adapté au cinéma en Dieu a besoin des hommes . Son fils Yann a brillamment pris la relève et a reçu d’ailleurs le prix Goncourt en 1985 pour son roman Les Noces barbares.

Pierre Jakez Hélias (1914-1995) a consacré toute son œuvre à la Bretagne, publiant plus de 60 ouvrages, dontLe Cheval d’orgueil , publié en breton sous le titre Marh .

Glenmor (1931-1996), de son vrai nom Émile Le Scanff ou Milig ar Scanv, fut un inlassable défenseur de la culture bretonne. Ce chanteur a laissé de nombreux disques et recueils de poèmes.

Irène Frain , née en 1950 à Lorient, est une romancière et historienne parmi les plus lues du grand public. Elle a reçu le Grand prix du roman historique en 2009 pour Les Naufragés de l’île Tromelin .

Claire Bretécher , née en 1940, est une dessinatrice de BD rendue célèbre notamment par ses albums Agrippine ou Les Frustrés.

 

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Trésors maudits de la Pierre qui Vire

Posté par francesca7 le 2 août 2014

 

 à la «Pierre-qui-Vire»,  il y a un trésor, mais il est maudit, et celui qui veut y puiser, dans le meilleur des cas, se retrouve, à l’aube, Grosjean comme devant, les mains pleines de petits bouts de charbon, ou, en d’autres lieux, de feuilles mortes. S’il ne prend garde à s’échapper à temps, il peut perdre ce qui lui est le plus précieux, ou même la vie. Cet avertissement a été largement diffusé dans les campagnes françaises.

téléchargement (1)Le thème du trésor dévoilé pendant un bref et solennel instant, mais qu’il est interdit de toucher, est complémentaire de celui des prodiges accomplis par les pierres en ce «temps hors du temps» délimité par les douze coups de midi ou de minuit, l’angélus, le premier chant du coq, le lever du soleil au solstice d’été, les trois coups de l’ « attolite portas» aux Rameaux, l’évangile de la Résurrection (qui, rappelons le, était récité à l’origine au cours de la Veillée Pascale, cérémonie riche en symboles)…

On ne retrouve cependant d’exemples clairs et circonstanciés de cette asso­ciation des deux éléments de la légende que dans un secteur limité de notre dépar­tement: la Puisaye.

André Bourgeois, dans Contes et légendes de Puisaye’ raconte une his­toire de trésor maudit: «Le Champ de l’Homme Mort». Entre Villiers-St-Benoît et Toucy, c’était autrefois un bois, un enchevêtrement d’épines acérées cachant un souterrain. Dans ce souterrain, un trésor fabuleux, gardé par le démon lui-même, sous forme d’un loup géant. La terre ne s’entrouvrait qu’au dimanche des Rameaux «lorsque, après la procession, le prêtre, revenu devant la porte de l’église, frappe trois coups avec la croix, et demande à entrer, alors que la voix du chantre répond à l’intérieur. Au premier coup frappé sur la croix, le trésor s’ouvrait, mais il se refer­mait au troisième coup, et le temps était court, malgré les répons en latin qui l’allon­geaient un peu. Pendant ces brefs instants, on pouvait y puiser à même.» Un pauvre «fondeur de chandelles», Marien Milandre, pressé par la misère et malgré le dan­ger, veut tenter sa chance.

Au premier coup, «les ronces s’écartent, le souterrain noir se montre, deux vantaux glissent et s’ouvrent tout au fond. Marien se hâte, il saute dans le trou, il court… et s’arrête, ébloui par la splendeur des pièces entassées. Il en saisit à poignée et, conscient du retard pris à admirer, il se retourne pour fuir. Trop tard ! Les vantaux se referment; contre lui, dans l’obscurité maintenant com­plète, il sent la gueule rouge et infernale du carnassier aux yeux de feu. L’homme est pris.» …On ne le retrouva que le mercredi suivant, «tout en lambeaux, le visage ensanglanté par les ronces; il écartait désespérément deux bras nus d’où les mains manquaient et d’où le sang dégoulinait abondamment…» Peu après, épuisé par l’horreur et l’hémorragie, Marien trépasse.

André Bourgeois note qu’une histoire identique lui a été contée: «le trésor était caché dans le «Bois du Guimiot», à Saint-Fargeau, et la victime, une femme Greslin.»

Quant à son éditeur, il ajoute en note: «Une histoire identique est située par les Toucycois au terrier des Cornillats. Le temps imparti au «candidat» expirait avec le dernier coup de cloche qui sonnait la messe de minuit.»

Charles Moiset rapporte une légende identique à celle de «l’Homme Mort», localisée à Tannerre-en-Puisaye, dans les ruines de l’ancien fort de la Motte-sous-­Champlay, à cette différence près qu’il n’y a pas de gardien du trésor et qu’il est recommandé à l’audacieux de se retirer avant que la procession ne soit rentrée dans l’église, sinon «la porte du trésor se refermerait et l’ensevelirait vivant» ».

Ainsi, Morvan et Puisaye ont nourri des traditions de trésors maudits dont il faut se garder d’approcher lorsque, suivant l’expression du chanoine Grossier «le rideau fragile des faits régis par les lois de la nature se déchire».

Il nous faut à présent remonter jusqu’à Verlin, en pays saltusien, pour nous retrouver en terre de féérie. L’abbé Désiré Lemoine, curé de Verlin, écrivait en 1853 à son supérieur hiérarchique, le curé-doyen Girard, de Saint-Julien-du-Sault, à propos du hameau des Guillots : «C’est dans ce village qu’un chasseur distingué tira plus de trente coups de fusil sur un lièvre boîteux et, quand il voulut mettre la main dessus pour le prendre, le lièvre s’avisa de parler comme un homme. C’est encore là que l’on voit, pendant la messe de minuit, la terre s’entrouvrir et que l’on aperçoit un trésor qui ferait la fortune de tout le monde, si on pouvait s’en emparer…» . Ainsi le modeste hameau des Guillots nous rappellera-t-il, d’un double clin d’oeil malicieux, le souvenir du bestiaire satanique et du trésor de Noël évoqués notamment à propos de la Pierre-qui-Vire.

Il n’a pas été possible jusqu’ici de relever une tradition équivalente en Sénonais, à l’exception de la légende du Biquin d’Or, et encore se situe-t-elle en marge du territoire sénon. A Ferrières-en-Gâtinais, le Biquin donc le chevreau, est censé apparaître dans des conditions précises. Le bon moment, c’est pendant la Messe de Minuit, au moment de l’élévation. L’enfant de choeur commence par donner un coup de sonnette et les fidèles, agenouillés, doivent baisser la tête et regarder vers le sol. Suivent trois coups brefs pendant lesquels le prêtre élève une grande hostie et le calice. Enfin une dernière sonnerie autorise les téléchargement (2)fidèles à se redresser. Mais atten­tion. précise la légende, c’est sur la route du Biquin d’or que la terre s’ouvrira, à une condition expresse, que tous les habitants se donnent la main autour du village ! Le plus étonnant dans ce «cercle magique», qui suppose l’absence de toute la commu­nauté d’une des cérémonies les plus importantes du cycle chrétien, est que cette légende soit citée au présent et non comme une superstition d’autrefois… (rapporté par Mme Françoise Souchet). Ferrières a intégré le fabuleux animal dans son patrimoine: il y a dans cette ville une rue du Biquin d’Or.

A cette exception non icaunaise près, on peut seulement signaler quelques particularités toponymiques évoquant les trésors cachés sous des pierres, comme les lieux-dits «La Pierre l’Argent», à la Chapelle-sur-Oreuse et la «Pierre aux Ecus» à Saint-Maurice-aux-Riches-Hommes.

 

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Pierres légendaires de Bourgogne

Posté par francesca7 le 2 août 2014

Dès que l’on quitte Villemanoche, la mémoire se fait plus hésitante. Plusieurs pierres tournaient, d’un côté de l’Yonne comme de l’autre, mais le souvenir en est controversé, quand il n’a pas disparu.

01A Champigny-sur-Yonne, en haut de la «Vallée des Moulins», le «Che­min de la Procession», venant du village, faisait un brusque coude vers le sud­-est. en un point où le cadastre de 1812 indiquait le climat de la «Pierre qui tourne». De ce point, dans la direction opposée, vers le nord-ouest, se dirige vers Chaumont le «Chemin de la Pierre qui Tourne» (la partie inférieure du chemin de la Procession a disparu, absorbée par les cultures). La pierre devait se trouver sur le coude, non loin de l’aqueduc de la Vanne, à 100 m au nord-­ouest de la cote 103.2. Plus rien n’indique qu’il y ait eu quoi que ce soit à cet endroit. Tout au plus pouvait-on voir sur la carte IGN au 1/25000 de 1981 une petite tache verte, indiquant un bosquet d’une dizaine d’ares.

En 1855 et 1856, l’abbé Prunier, sur ses deux fiches consacrées à Champigny, écrivit successivement sous la mention «La Pierre qui Tourne»: -n’existe plus», «sans renseignements» et «on tournait autour», en précisant tenir cela de l’instituteur du village (17).

Pour M. Marcel Courtial, maire adjoint de Champigny, la pierre a dû être cassée lors de la construction de l’aqueduc, vers 1865.

Ce n’est pas l’avis de M. Daniel Picot, de Chaumont, né en 1919, pour qui elle a subsisté jusqu’au remembrement de 1956: «J’ai idée de l’avoir vue: c’était un sablon de forme ronde, pas très haut: on disait qu’elle tournait. Elle a dû être enlevée au bulldozer.» M. Marcel Courtial, contacté au téléphone, con­teste la version de M. Picot et affirme ne rien avoir vu en cet endroit. Peut-être pourrait-on contacter la personne qui exploitait la parcelle en 1956?…

Dans un cas comme dans l’autre, ne reste de la Pierre que le toponyme, et à peine l’ombre d’une légende. Comme l’écrivait Charles Moiset: «Hâtez­-vous; les heures sont comptées. Encore un peu, traces et souvenirs de la vie de nos pères seront allés rejoindre les neiges d’antan ».

Il arrive par bonheur qu’une trace existe sur le papier: le monument, même cassé, survit ainsi durablement aux injures du temps. A la limite de Sôgnes et Grange-le-Bocage, à l’est de la route D 939, dans un vallon enclavé entre deux bois, se trouvait une roche ovale, posée debout, de 2,20 m de hauteur. On l’appelait la «Pierre qui Tourne» ou la «Pierre aux Prieux».

François Lallier, un des premiers présidents de la Société Archéologi­que de Sens, la dessina vers 1845 de face et de profil (19). Sur le dessin des faces nord et sud on voit une roche en forme de raquette, présentant un étranglement vers sa base. Le profil ouest, lui, est plat et étroit: il s’agit vraisemblablement d’une dalle posée debout. Joseph Perrin écrivit en 1915 qu’elle avait été dé­truite une vingtaine d’années auparavant.

Remarquons ici le terme de «prieux» qui évoque les processions et nous renvoie au «chemin de la Procession» de Champigny. La pierre tournait-elle ? L’abbé Prunier a noté seulement ceci: «Curieux dicton: Va voir sentir la pierre aux Prieux, il paraît qu’elle sent l’huile». La fantasmagorie laisse ici place à la farce: celui qui flai­rait la paroi de trop près pour vérifier devait recevoir une bonne tape derrière la tête. La même plaisanterie était d’ailleurs pratiquée à la «Pierre Sonnante» de Champigny-sur­Yonne. dont on disait qu’en y appliquant l’oreille on pouvait «entendre les cloches de la Cathédrale de Sens» (rapporté par Jean-Yves Prampart), et qui, elle aussi «sent l’huile» (témoignage de M. Marcel Courtial, de Champigny)… 

De façon tout à fait inattendue, le 18 avril 1998, lors d’un repas organisé à Coulours par Louisette Frottier, Monsieur Jean Lemaire, de Rigny-le-Ferron, m’a posé la question suivante : «Connaissez-vous la Pierre Qui Sent l’Huile ?» J’en avais plu­sieurs à lui proposer de cette espèce, lorsque mon interlocuteur s’empressa de préci­ser : «Quand j’étais gamin, on montait depuis Villeneuve-sur-Yonne jusqu’à la ferme du Champ-du-Guet et mon père nous disait: «On va voir la Pierre Qui Sent l’Huile !» C était cet énorme bloc qui se trouve à droite du chemin en montant. A l’époque, il était dans les ronces et on ne pouvait pas vérifier s’il sentait l’huile… au risque de se faire écraser le nez ! C’était mon oncle Adrien Laforgue, du Champ-du-Guet, décédé en 1944 qui l’appelait ainsi…»

Les Villeneuviens reconnaîtront ici la «Grosse Pierre», poudingue de 3,50 m x 2.50 m, d’une hauteur de 1,80 m, visible au bord du chemin du même nom, à exacte­ment 200 m au sud de l’ancienne chapelle Saint-Martin.

A propos, pourquoi ces pierres sentent-elles l’huile ? Et la «Pierre au Gras», de Fleurigny, détruite vers 1830, que sentait-elle donc ? N’y aurait-il pas un rapport avec ce qu’écrivait Fernand Nie1 : «Dans le Quercy, on avait coutume, certains jours de l’année, de verser de l’huile sur des menhirs et de les couvrir de fleurs. Cela avait lieu encore au commencement du XVIIIe siècle, et un évêque de Cahors fit abattre ces menhirs.»

A Saint-Martin-sur-Oreuse, plus d’odeur d’huile, mais on retrouve la contro­verse déjà rencontrée à Champigny. Sur le territoire de cette commune, écrit Salmon, -en 1865, on a détruit, pour en faire des pavés, un menhir, la «Pierre Tournante» ou la «Pierre qui Tourne», énorme monolithe qui était sur le bord du chemin de Sergines; la tradition rapporte qu’il tournait une fois tous les cent ans…».

Or, de nos jours, à une vingtaine de mètres au sud du «chemin de Sergines», au lieudit «La pierre qui tourne», on peut voir un grès massif, rougeâtre, au sommet ar­rondi qui domine les champs de quelque trois mètres. Celui qui monte dessus remar­quera une cavité en forme de pied, taille adulte, non loin du bord à pic qui regarde 1′Oreuse. Que l’on place le pied dans l’empreinte, et on domine la vallée.

Quelqu’un a soigneusement gravé sur la face sud de la pierre la date de 1920. Ne serait-ce pas la véritable «Pierre qui Tourne», et le grès détruit en 1865 ne serait-il pas l’un des nom­breux blocs cyclopéens qui parsèment le coteau de Saint-Martin ? A l’appui de cette thèse, une lettre de Joseph Perrin à Armand Lapôtre, datée du 6 octobre 1930: «Pour mon compte, je suis obligé de garder la chambre en ce moment. Etant allé vendredi dernier reconnaître et photographier, près de Saint-Martin-sur-Oreuse, un mégalithe légendaire dit «la Pierre Covêclée, la Pierre qui Tourne», j’ai dû revenir rapidement chez moi pour me mettre au lit, en proie à un malaise extrême. La fièvre s’est déclarée. C’est  je crois, un petit accès de grippe produit par le changement de saison…».Quelle roche Perrin a-t-il photographiée ? J’ai interrogé M. Jacques Perrin, neveu de Joseph, qui n’a pas trouvé la photo en question. Par ailleurs, le climat dit .Pierre Covêclée» se trouve de l’autre côté du vallon, deux cents mètres plus à l’ouest, et une roche de ce nom figure sur une carte postale ancienne: elle ne ressemble guère à la roche marquée «1920».

02Reste la tradition: la fameuse pierre tournait une fois par siècle, mais quand ? Qu’une pierre tourne chaque midi, ou même seulement une fois par an, passe encore: il reste possible de tenter de vérifier, même si c’est réputé dangereux. Mais une fois par siècle, allez savoir ! 

Et surtout, qu’est-ce que cette empreinte de pied ?… La réponse semble à ja­mais perdue. Deux autres roches à cuvettes pédiformes sont connues dans l’Yonne : le Pas-Dieu» de Sôgnes, avec l’empreinte de l’Enfant Jésus, et le Rocher Sainte-Catherine à Sainte-Magnance, avec les pieds de la sainte. Aux confins de la Seine-et-Marne et de l’Yonne, à Chevry-en-Sereine, on connaît également le «Pied de femme», qui associe empreinte de pied et roche à glissade. A Nanteau-sur-Essonne (Seine et Marne), sur la pierre dite «Pas de Sainte-Anne» on voit deux em­preintes en creux, de pas humains. L’un de grandeur naturelle à bout effilé serait l’empreinte du pas de Sainte-Anne. L’autre, plus petit, serait l’empreinte du pas de la Vierge encore enfant… Des processions avaient lieu jadis en ce point … D’après les croyances populaires, les jeunes gens, pour se marier dans l’année, montaient sur cette pierre et mettaient les pieds dans les deux empreintes à la fois». On connaît un cas similaire en Provence. Au village de Fours (Alpes de Haute­ Provence), au sortir de l’église, un parent de la mariée la conduisait «vers une pointe de rocher qui s’élève au milieu d’une petite place, non loin de la paroisse, et qu’on appelle la «pierre des épousées». Il l’y assied lui-même, en ayant soin de lui faire placer un pied dans un petit creux de la pierre. Là, elle reçoit les embrassements de toute la noce …».

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Lac d’Issarlès

Posté par francesca7 le 30 juillet 2014

 (Ardèche), cratère d’un ancien volcan

 
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Au nord-ouest de l’Ardèche, sur les limites de la Haute-Loire et de la Lozère, dans la commune d’Issarlès, on remarque un des plus vastes lacs qu’ont formés les bouches de volcan des Cévennes du Nord. L’origine de ce lac est ainsi racontée dans une légende rapportée au XIXe siècle par une vieille femme de Sainte-Eulalie, commune voisine d’Issarlès…

Il y a près de chez moi une vaste paroisse qui, aux temps anciens, se composait de maisons éparses dans la campagne et d’une ville qu’on nommait Issarlès, explique Nannette Lévesque au XIXe siècle. Un jour, un pauvre vint en cette paroisse demander l’aumône. Il commença par la campagne. A la première maison qu’il rencontra :

— Donnez-moi quelque chose, dit-il, j’ai faim !

— Oh ! mon ami, je n’ai rien pour vous donner, dit avec pitié une femme.

— N’auriez-vous pas quelques pommes de terre dans votre marmite ?

— Oui, répondit la femme, en voilà deux, si vous voulez.

Le pauvre en prit une et s’éloigna. Il poursuivit son chemin et arriva sur le seuil d’une autre maison.

— Donnez-moi quelque chose pour l’amour de Dieu !

La femme se leva et dit :

— Mon ami, nous n’avons point de pain, mais la pâte est dans la maie [vaisseau de bois où l’on tient la pâte et les pains avant de les enfourner] toute prête, le four est presque chaud, nous allons enfourner et nous vous ferons une petite pompe [sort de pain au lait plus délicat que le pain ordinaire], asseyez-vous et attendez.

Le pauvre dit : « Votre pain est cuit. » La femme dit à son mari : « Mon mari, le pauvre dit que notre pain qui est dans la maie est cuit, comment cela se pourrait-il, nous ne l’avons pas mis au four ! » Le mari regarde la maie, il voit le pain cuit, et près des grands pains il voit une petite pompe : « Ce que vous avez annoncé est arrivé, dit-il au pauvre, le pain est cuit sans avoir été enfourné ; c’est une permission de Dieu. Asseyez-vous à notre table et mangez avec nous. » Le pauvre refusa. « Prenez, dit le mari, la pompe que ma femme voulait préparer pour vous et qui est cuite avec les grands pains. » Le pauvre prit la pompe et avant de s’éloigner, il dit aux époux : « Dans peu de temps, vous entendrez un grand bruit, soyez sans inquiétude. »

A quelque distance de la maison, le pauvre rencontra deux petits enfants qui jouaient.

— Que faites-vous là, mes enfants ?

— Nous nous amusons.

— Vous n’avez pas faim ?

— Non.

— Si vous voulez un peu de pompe, je vous en donnerai.

— Tout de même, nous en mangerons bien.

Le pauvre partagea la pompe et en donna la moitié à chacun des enfants qui se mirent à courir auprès de leur mère : « Maman, un pauvre nous a donné à chacun une moitié de pompe. » La mère les gronda : « Il ne faut jamais prendre le pain des pauvres , il n’est pas propre, je vous défends de manger de cette pompe. » « Maman, elle est bien bonne, elle est meilleure que notre pain. » « Je vous défends d’en manger, je ne connais pas celui qui vous l’a donnée. » Et ce disant, elle prit les morceaux de pompe des mains des enfants et les jeta dans l’auge aux cochons.

Quelques instants après, le pauvre se présentait à la porte de la maison de cette femme, située à l’entrée même de la ville. Les enfants l’indiquèrent à leur mère qui s’écria : « Vous demandez l’aumône, vous qui distribuez votre pain aux enfants que vous rencontrez en chemin ! Votre pain, vous feriez bien de le garder. Ce n’est pas une nourriture faite pour mes enfants. Pour moi, je n’ai rien à donner à ceux qui donnent. »

Le pauvre se retira, il pénétra dans la ville, implora la charité de maison en maison et partout fut rebuté. Il allait quitter la ville, quand, sur les confins, il aperçut deux petites maisons ; il voulut tenter une nouvelle épreuve en s’y adressant. De la première maison vers laquelle il s’était dirigé une femme sortit : « Je n’ai point de pain, dit-elle, je n’ai que du levain ; en voulez-vous, je vous en donnerai ? » « Je ne puis manger le levain, répondit le pauvre. » Cette femme mentait, elle avait du pain, mais n’en voulait pas donner.

Le pauvre fit quelques pas plus avant et fut bientôt vers la seconde maison. Assise près de la muraille, une femme trayait une chèvre.

— J’ai bien soif, fit le pauvre, me donneriez-vous un peu de lait ?

— Ah ! mon ami, je vous donnerai tout le lait de ma chèvre, si vous voulez.

— Je ne veux point tout le lait de votre chèvre, un peu me suffira.

La femme alla chercher un verre, le remplit de lait et l’offrit au pauvre.

— Voulez-vous y tremper du pain, dit la femme.

— Non, je n’ai pas faim , je n’ai que soif et j’ai plus qu’il ne me faut pour boire.

Il but, et comme la femme continuait à traire sa chèvre, Jésus s’approcha d’elle (car le pauvre c’était Jésus) et lui dit : « Vous allez entendre un grand bruit, si grand qu’il soit et de quelque côté qu’il vienne, ne vous retournez pas, continuez à traire votre chèvre. »

Au même instant, un grand bruit éclata. C’était la ville d’Issarlès qui s’enfonçait dans la terre béante. La femme tourna à demi la tête pour voir d’où venait le brait, elle n’avait pas encore achevé ce mouvement, qu’elle fut engloutie avec la ville. Une nappe d’eau ne tarda pas à recouvrir toutes ces ruines. Par un temps clair, on aperçoit, au fond du lac, les débris de la ville d’Issarlès et on distingue, à côté d’une petite maison, la dernière de la ville, une femme qui, de ses deux mains, trait une chèvre.

(D’après « Mélusine : Revue de mythologie,littérature populaire, traditions et usages », paru en 1878)

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Sur la route de la Roche de Solutré

Posté par francesca7 le 24 juillet 2014

 

 

téléchargementL’oiseau-bête faramine volait de la butte de la roche de Solutré à la butte de la roche de Vergisson. Dans cette dernière commune, il planait et tombait sur un cabri, une chèvre, un agneau. L’oiseau faisait tellement de bruit avec ses ailes que, depuis la fontaine au Ladre jusqu’à la pierre Cale, les animaux s’enfuyaient. Le pays était terrifié. On réunit donc un  jour les chasseurs du village qui, armés de fusils, partirent à la roche. La bête, perchée, s’envola et l’un des chasseurs tira et la blessa. Le monstre tombé était encore menaçant et on dut l’achever en faisant feu directement dans le bec géant, ce que l’on ne réussit que lorsque la bête faramine fut acculée contre la roche puis le monstre fut plumé et brûlé sur la place publique.

Légende mâconnaise du 18ème siècle, écrite par l’abbé Ducrost publiée pour la première fois dans les Annales de l’Académie de Mâcon en 1888. Le titre local « Peteu de Vergisson » est le nom patois du « roitelet », petit passereau qui affectionne les endroits à végétation dense au sol : « repteu, peteu ou encore p’teu ».

Journal de Saône-et-Loire, N°261 du 23 septembre 1895, d’après Les Annales de l’Académie de Mâcon en 1888, par L’Abbé DUCROST :

Au ciel dès que cet oiseau point
D’où vient que le soleil s’éclipsa ?
Ce monstre ne serait-il point
La Bête de l’Apocalypse ?
Tremblez, fuyez, Vergissonnais !
Avec raisons vous frissonnez :
Au ciel que l’éclair illumine,
Voici la bête pharamine.

 

Le vieux savant qui se promène
Tenant en main son manuscrit
Se croit bien seul dans son domaine :
Dans l’air, la Bête a fait son cri,
Et cet animal amphibie
Sur le cahier fait, cadédis !
Ce qu’une hirondelle jadis
Fit dans les yeux du vieux Tobie.

 

Sur la route de la Roche de Solutré dans Côte d'Or BF-3

Quand la patrie est en danger
Ses fils savent mourir pour elle :
Tes fils, épousant ta querelle,
O Vergisson, vont te venger…
Dans la nuit propice aux grands coups
Ils arrivent l’un après l’autre :
Quand le soleil luit sur le plateau
Pas un ne manque au rendez-vous.

 

 

 

 

 

 

 

BF-4 dans LEGENDES-SUPERSTITIONS

« Braves chasseurs », leur dit le maire
Quand il les voit tous réunit,
« C’t'usiau-là n’est pos un’chimère,
« On en parle tant qu’à Cluny :
« Vous ai du plomb dans v’tes gibernes,
« Vous ai du coeur sous v’tes tetons,
« Et, quand ça s’rait l’hydre de Lerne,
« Astujord’hi nous l’abattons. »

 

 

 

 

 

 Où courent-ils, tous ces grands coeurs ?

Est-ce à la mort ? à la victoire ?
En tous les cas c’est à la gloire :
Ils reviendront morts ou vainqueurs…
Ils vont, déchirants aux bouchures
Leur culotte et même leur peau ;
Et plus d’un dans cette aventure
Perd son sabot ou son chapeau.

Les bons chasseurs ont vu la Bête,
Mais la Bête aussi les a vus :
A les combattre elle s’apprête,
Elle pousse des cris aigus.
La troupe aussitôt se rassemble,
Tous les héros sont sur les lieux
Et pas un seul d’entre eux ne tremble…
Que va-t-il se passer, grands dieux ?

Mais les chasseurs de Vergisson

Ne sont pas des couyons, ma chère :
Sans un émoi, sans un frisson
L’un d’eux fait feu sur l’adversaire ;
L’oiseau crie, atteint en plein vol,
Et de Tramayes à Serrières
Quand il s’écroula sur le sol
Chacun sentit trembler la terre.

BF-8Le bec ouvert, l’oeil en furie,
On voit contre eux l’oiseau bondir :
C’est une effroyable tuerie,
Car il faut vaincre ou bien mourir…
Homère, il me manque ta lyre
Pour chanter ce combat fameux !…
Mais enfin l’animal expire,
Et le soleil lui, radieux.

A l’aide de grands « pots » de benne,
Joyeux, chantant sous le ciel bleu,
Quatre hommes portent avec peine
La dépouille du noir Peteu…
Et vous, femmes de Vergisson,
Arrachez-lui plume après plume :
Et, pour le bucler sans façon,
Allons ! que le bûcher s’allume !

 

BF-10Mais quand on eut plumé la Bête,
Le monstre jadis triomphant,
Il n’étit pas, foi de poète,
Gros comme le poing d’un enfant ;
Et cette bête épouvantable
Qui fit trembler les environs
(La chose est à peine croyable)
Ne pesait pas un quarteron.

 

 

 

 

 

 

Sources : http://membres.multimania.fr/vouivredetremontagne/article_de_robert_michelin.htm
               http://www.vergisson.fr/

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