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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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Légende de la Cloche Firmine

Posté par francesca7 le 1 juin 2013

Légende de la Cloche Firmine

de Saint-Sulpice d’Amiens
et malédiction des gens de Saint-Leu

 

Légende de la Cloche Firmine dans CLOCHES de FRANCE st-sulpice-198x300Les géologues vous diront que les sources d’eau ferrugineuse sont dues à de vieilles éruptions volcaniques, à des gisements de fer et autres choses semblables ; mais allez répéter cela aux bonnes vieilles gens de Saint-Leu, à Amiens, à propos de la source de la rue des Hûchers. Voici ce qu’ils racontent à ce sujet…

Jadis, sur l’emplacement de la citadelle, il existait une paroisse, celle de Saint-Sulpice, sur laquelle on abattit 500 maisons pour construire le fort. L’église remontait aux premiers siècles de l’ère chrétienne. Elle avait été bâtie par les habitants, de pauvres saitiers, en dehors de leurs heures de travail. Pour l’édifier, ils trouvèrent des pierres dans les carrières de Saint-Maurice, et du bois dans les forêts de Saint-Pierre.

Quand le clocher fut terminé, on pensa à une cloche. On ne s’embarrassa pas pour si peu ; le curé, un saint prêtre, se mit en prières et eut une révélation divine ; c’était en plein été, la neige se mit à tomber et couvrit un espace d’environ vingt pieds carrés. Les fidèles se mirent à le fouiller sur le champ, et découvrirent une colossale statue du dieu Mars, toute en fer, enfouie là depuis des siècles. Ils comprirent que c’était un don du ciel ; ils l’enlevèrent et en firent une cloche qu’ils nommèrent Firmine. Ils la montèrent dans un beau clocher en pierre blanche. Les gens de Saint-Leu les raillaient !

« Peuh ! disaient-ils, leur cloche sera tout au plus bonne à réveiller les chouettes et les hiboux endormis ; mais jamais à appeler d’honnêtes chrétiens aux offices ! » Ils se trompaient, car la cloche de fer avait une douceur et une puissance extraordinaires ; elle était harmonieuse comme une musique et portait le son comme la trompette du Jugement dernier ; on l’entendait sur tous les monts et dans tous les vaux à une très grande distance.

Les cloches de Saint-Leu qui étaient en airain pur, jalousaient celle de Saint-Sulpice qui les couvrait toujours, quoiqu’elles fussent trois et qu’elles sonnassent la plupart du temps à toute volée. Elles ne pensaient qu’à lui jouer un vilain tour, et comptaient pour cela trouver l’occasion pendant leur voyage à Rome.

Chaque année, le jour du Jeudi-Saint, après le Gloria chanté à la messe, les cloches s’envolent vers Rome. Toutes celles de la catholicité se réunissent au-dessus de la ville Eternelle ; et, à trois heures de l’après-midi, à l’heure où le Christ est mort, elles font entendre des gémissements qui jettent quelques fois la terreur parmi les gens de la campagne. Quand les ténèbres couvrent la terre, le dernier pape entré au ciel descend et bénit les cloches.

Parfois il arrive que certaines ne sont pas touchées de l’eau Sainte ; malheur à celles-là, car leur retour est plein de périls : le bon Dieu est mort, les anges prient à son tombeau, ils ne peuvent veiller sur elles, et le Diable toujours aux aguets leur joue des tours pendables. Tous ses démons sortent de l’enfer ; ils font monter le brouillard pour que les cloches s’égarent en route ; ils se roulent sur la neige des hautes montagnes : leur corps toujours rouge fait bouillir la glace, et la vapeur qui s’en échappe forme des nuages épais à travers lesquels on ne peut s’orienter.

L’adversité voulut qu’en l’an 1581, le pape chargé de l’aspersion exerçât ses fonctions pour la première fois ; nombre de cloches ne reçurent pas d’eau bénite ; celles de Saint-Sulpice et de Saint-Leu ne furent pas mouillées d’une goutte ! D’affreux projets ruminèrent alors dans la tête de ces dernières. Si, avec l’aide du Diable, elles allaient perdre ou briser Firmine !

Les trois voisines partirent ensemble. Firmine, qui tenait les devants, était la plus exposée au danger. A Turin, elle se fût broyée contre l’église San-Martino, si elle n’avait été prévenue à temps par les cloches qui réintégraient leur clocher ; en traversant le mont Saint-Bernard, elle se perdit dans les nuées pendant une heure ; à Troyes, elle n’évita la tour de l’église Saint-Urbain que grâce à des corbeaux qui la prévinrent à temps. Déjà on apercevait Amiens, et les trois cloches d’airain voyaient leur vengeance leur échapper ; alors elles se concertèrent et mûrirent un plan diabolique dont l’exécution ne se fit pas attendre.

En passant au-dessus de la porte de Noyon, elles s’espacèrent en triangle autour de Firmine, puis, près de la Cathédrale, elles se rapprochèrent soudain. Sous la poussée, la cloche de fer alla donner un coup terrible, épouvantable, sur le clocher qu’elle ébranla. C’est depuis cette époque que la flèche penche vers Saint-Pierre. La pauvre Firmine, fêlée et avariée en mains endroits, tourna sur elle-même et alla tomber dans le jardin de Jacques le Hûcher. Elle fit un trou énorme que les démons qui la suivaient s’empressèrent de combler, pour qu’on ne pût l’en sortir

Les cloches de Saint-Leu rentrèrent dans leur clocher et carillonnèrent à toute volée, pour s’étourdir et oublier leur mauvaise action, sans doute. Les gens de Saint-Sulpice attendirent en vain Firmine ; ceux de Saint-Leu, jaloux et méchants, vinrent les houspiller et ravagèrent l’église sous prétexte que c’était la maison du Diable, puisque la cloche s’en était allée avec lui.

La colère de Dieu ne tarda pas à se manifester. Le lendemain, jour de Pâques, un ouragan effondra le clocher qui tua 68 personnes dans sa chute. Ce sinistre événement a été décrit en vers dans un petit poème du XVIe siècle intitulé Recueil de ce qui est advenu de plus digne de mémoire, par frère Jehan Balin, religieux de Clairmarais, près de Saint-Omer. On y lit :

Dans Amiens (ô chose pitoyable !)
Un beau clocher de grandeur admirable
Est trébuché dans l’église Sainct-Leu
Tuant maint hommes qui prioient en ce lieu.

Toutes les familles furent éprouvées ; le chagrin rendit les survivants comme des squelettes. Ils firent tant pénitence que le Seigneur fut enfin touché de leurs prières. Un jour qu’ils étaient réunis à l’église dans une demi-obscurité, un vieillard leur apparut et leur dit : « Dieu est touché de votre repentir ; allez dans le jardin de Jacques le Hûcher ; sous le sycomore, vous creuserez jusqu’à ce que l’eau jaillisse de la terre. »

Ils s’y rendirent et leur surprise fut grande lorsqu’à vingt pieds de profondeur ils reconnurent la cloche de fer de Saint-Sulpice ; un liquide s’échappait de son intérieur ; les malades en burent et reprirent leurs forces comme par enchantement, mais Dieu, pour rappeler leur crime, condamna leurs descendants à être les moins robustes de tous les enfants d’Amiens.

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La légende de La Soupe au caillou

Posté par francesca7 le 26 mai 2013

 

 

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une très ancienne légende portugaise ramenée en Bourgogne.

 

 La légende de La Soupe au caillou dans Bourgogne moine

Il était une fois un moine qui demandait l’aumône. Il arriva chez des paysans, mais ils ne voulurent rien lui donner. Le moine qui était mort de faim leur dit :

« Bien, je vais voir si je peux faire un bouillon de pierre. »

 Il ramassa un caillou sur le sol, secoua la terre, et se mit à regarder le caillou pour voir s’il était à sa convenance pour faire la soupe. Les paysans se mirent à rire et se moquèrent de lui. Le moine leur dit :

« Alors, vous n’avez jamais mangé un bouillon de pierre ? ».

 Ils lui répondirent :

« On voudrait bien voir ça. »

 C’était ce que le moine souhaitait entendre. Il lava le caillou et dit :

« Si vous pouviez me prêter une marmite ? »

 Ils lui donnèrent la marmite. Il la remplit d’eau et mit le caillou au fond.

« Maintenant si vous me laissiez mettre la marmite sur le feu. »

 Quand l’eau commença à bouillir, il dit :

« Avec un peu de lard, la soupe serait meilleure. »

 Les paysans allèrent chercher un morceau de lard. Les paysans ébahis, regardaient la soupe qui bouillait. Le moine goûta la soupe, et dit :

« Elle est un peu fade. Il lui manque un peu de sel. »

Ils lui donnèrent du sel. Il sala, goûta et dit :

« Maintenant si on rajoutait un cœur de choux, même les anges en mangeraient. »

 La maîtresse de maison fut au jardin et en ramena deux choux. Le moine les lava et les mit dans la marmite. Quand les choux furent en train de bouillir, il dit :

« Avec un petit morceau de saucisson fumé, ce serait parfait… »

 Ils lui donnèrent un peu de saucisson, qu’il mit dans la marmite et pendant que la soupe finissait de cuire, il alla chercher un morceau de pain dans sa besace et se prépara pour se mettre à table. La soupe sentait si bon que c’était un régal. Il mangea toute la soupe et se lécha les babines. La marmite était vide, et il n’y restait que le caillou. Les paysans, qui ne le quittaient pas des yeux, lui demandèrent :

« Monsieur l’Abbé, alors ce caillou ? »

 Le moine leur répondit :

« Le caillou, je vais le laver, et l’emporter pour une autre fois. »

Et de cette façon, le moine mangea, partout où les gens ne voulaient rien lui donner.

 

L’histoire d’un conteur de Bourgogne : Etienne BRETON-LEROY

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La légende de La pierre à faire de la soupe

Posté par francesca7 le 26 mai 2013

 

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 Cette légende que vous allez lire n’est pas de moi. Mais j’ai envie de vous la raconter tellement son personnage principal est un bel exemple de débrouillardise mercurienne. Je me souviens l’avoir lue il y a de cela très, très longtemps lorsque j’étais enfant. Malheureusement, le nom de l’auteur m’échappe et si jamais quelqu’un le connaît, je serai heureuse qu’il ou elle me le fasse savoir.

Je vous demanderai également de me pardonner si ma mémoire, ma subjectivité et mon trop-plein d’imagination me font broder des détails un peu farfelus et pas toujours exacts.

La légende disait à peu près ceci :

La légende de La pierre à faire de la soupe dans Bourgogne legendesIl y a très longtemps, dans les campagnes, vivait un mendiant qui parcourait les fermes et devait compter sur la charité des bonnes gens pour se nourrir et se loger. Plus souvent qu’autrement, lorsqu’il frappait aux portes, il se voyait refuser l’asile car la plupart des habitants du pays étaient très pauvres et avaient eux-mêmes plusieurs bouches à nourrir.

Puis un jour, il eut une idée géniale. Il frappa à la porte d’une ferme et demanda à la brave dame qui lui ouvrit (sans doute la femme du fermier parti aux champs) si elle avait quelques vieilles croûtes de pain à lui donner. Comme il s’y attendait, elle lui dit d’un air penaud « Je suis vraiment désolée, mon bon monsieur, mais nous sommes très pauvres et avons nous-mêmes à peine de quoi nous mettre sous la dent. » Et pendant qu’elle se confondait en excuses il voyait, dans l’entrebâillement de la porte, une demi-douzaine d’enfants en haillons et pieds nus qui s’avançaient timidement pour voir de plus près ce curieux personnage qui parlait à leur mère. Juste comme elle allait refermer la porte, il lui dit « Attendez, je pourrais peut-être vous être utile. » Il sortit alors de son baluchon un gros caillou arrondi, de la grosseur d’une pomme de terre, et le lui montra en disant « J’ai ici une pierre merveilleuse : c’est une pierre à faire de la soupe. » Perplexe, la mère examinait et tâtait le caillou pendant qu’il poursuivait son boniment :

« Bien sûr, je ne voudrais pas abuser de votre temps mais si vous me le permettez, je pourrais vous montrer comment il fonctionne. »

 La mère hésitait encore mais la curiosité l’emportant, elle ouvrit la porte toute grande et le fit entrer dans la chaumière.

 À son invitation, il s’assit à la grande table, au milieu de l’unique pièce de la maison, et toute la famille s’y attroupa, curieuse de voir de plus près cette pierre merveilleuse. Puis il demanda à la mère si elle aurait bien l’amabilité de lui faire bouillir une marmite d’eau. Toujours un peu perplexe, elle acquiesça tout de même de bonne grâce et pendant qu’elle s’affairait, il fit aux enfants le récit de ses nombreuses aventures.

 Quand l’eau commença à bouillir, il déposa la pierre à faire de la soupe au fond de la marmite et tous les yeux s’y rivèrent en même temps. Après de longs moments sans résultats, l’on commençait à croire à une supercherie et à douter du pouvoir magique du caillou. Puis soudain, quelqu’un crut voir flotter quelques débris de matière à la surface. Était-ce de simples poussières qui se détachaient du caillou? L’imagination aidant sans doute, quelqu’un d’autre affirma « Si, si, il y a bien quelques morceaux minuscules qui commencent à apparaître là, au fond du chaudron. Regardez! ».

 Profitant de la bousculade générale et de l’excitation montante, il dit à la mère « Je ne voudrais surtout pas abuser de votre générosité, madame, mais… vous n’auriez pas un peu de sel ? Ça rehausserait grandement le goût de la soupe. » Et la mère, peu à peu gagnée par l’enthousiasme général et plutôt fière de participer à ce moment magique, alla prestement aux armoires et revint avec trois grosses pincées de sel qu’elle versa dans le chaudron. Quelques instants plus tard, tandis que tous anticipaient le miracle, il dit à mi-voix, comme s’il se parlait à lui-même « Ah, quel dommage que nous n’ayons aucun légume. Vous n’avez pas idée comme cette soupe peut avoir bon goût lorsqu’on y ajoute ne serait-ce qu’un petit morceau de légume. » En moins de deux, la mère courut chercher quelques vieux morceaux de navets défraîchis qu’elle découpa et jeta à la marmite.

 Enhardie par ce geste, l’aînée des filles dit « Nous avons aussi quelques pommes de terre et trois carottes un peu molles, et puis un demi chou un peu flétri mais qui ferait sûrement l’affaire dans cette soupe. » Puis regrettant sa témérité, elle jeta nerveusement un coup d’œil à sa mère qui acquiesça tout de même de la tête. Et la jeune fille accourut chercher les légumes et les ajouta au bouillon, qui commençait à sentir drôlement bon.

 Et puis à force d’imagination, on finit bien par dégoter quelques pois, fèves, oignons et tomates, des épices, un peu de vinaigre et même, puisque le cœur était à la fête, un beau morceau de bœuf qu’on ajouta au pot-au-feu, qui dégageait à présent un fumet des plus appétissants. Et petit à petit, la marmite se remplit tant et si bien qu’à la fin, tout le monde put manger à sa faim. En fait, tous se régalèrent d’un festin tel qu’ils n’en avaient pas mangé depuis bien longtemps. À la fin du repas, il se leva et remercia chaleureusement ses hôtes. Il ouvrit son baluchon et y glissa la pierre à faire de la soupe, que tous reluquaient timidement.

 Puis lorsqu’il leur serra la main un à un sur le seuil de la porte, il vit passer dans les yeux de la mère un tel nuage qu’il ne put s’empêcher de rouvrir son baluchon.

 Il en ressortit le précieux caillou et le lui déposa au creux de la main, en guise de remerciement.

Sur ce, il les salua tous une dernière fois et s’en fut au loin, de par le vaste monde.

Et jamais plus on n’entendit parler de ce mystérieux personnage qui leur avait fait cadeau de la fameuse « pierre à faire de la soupe ».

 

L’histoire d’un conteur de Bourgogne : Etienne BRETON-LEROY

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la soupe au caillou en Bourgogne

Posté par francesca7 le 26 mai 2013

 

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la soupe au caillou en Bourgogne dans Bourgogne histoire-de-choux

Dans notre sujet du 26 janvier dernier, sur les veillées qui n’ont pas disparu en Bourgogne, nous évoquions un certain nombre de contes et d’histoires.

Aujourd’hui, nous dressons le portrait d’un conteur d’une autre époque et une histoire parmi les plus racontées de nos jours. Retour à la version originale.

Beaucoup d’histoires racontées lors des veillées se retrouvent non seulement en Bourgogne, mais aussi dans le Jura, en Lorraine, Franche-Comté ou même en Suisse. Autrefois, les colporteurs et autres marchands ambulants, qui vendaient des almanachs, des revues ou des livres (sous forme de cahiers que les plus riches faisaient relier), traversaient une bonne partie de ces coins. Un peu partout où il s’arrêtaient, afin de gagner quelque argent, ils racontaient les histoires entendues çà et là ou lues dans les ouvrages qu’ils vendaient, lorsque les populations illettrées le leur demandaient. Tous les colporteurs, pourtant, ne savaient pas lire. Quant à la comptabilité, elle était parfois spéciale…

Récolteurs de mémoires, assimilateurs d’historiettes, parleurs à la belle voix grave, rusés au point d’adapter leurs récits en fonction de leur auditoire, le visage buriné par les vents des quatre chemins à force de les parcourir et de dormir à la belle étoile ; leurs paroles, leur barbe longue, leur odeur de tabac à pipe et leurs gestes sont restés profondément gravés dans les esprits.

La disparition des colporteurs et de bien d’autres métiers date des années 1950, avec l’arrivée massive des automobiles à faible prix et la reconstruction d’après-guerre, véritable restructuration de la société. Au tout début des années 1980, il restait quelques-uns de ces commissionnaires pour les anciens des villages qui n’avaient plus la force d’aller au marché. Arrivés en fin de vie, ils trouvaient refuge dans les foyers des environs de Dijon. L’un d’eux, en particulier, traînait dans le quartier du Port du Canal, quémandant du pain à la boulangerie face à l’église Sainte-Chantal, racontant à qui voulait l’entendre qu’il était venu en ville parce que son logeur du côté de Corcelles-lès-Monts avait vendu la grange qu’il lui prêtait jusque-là pour la nuit.

« la rude vie d’un porteur de mémoire »

Ne pouvant plus vivre de son métier de porteur-livreur, il avait passé une vingtaine d’années à vivoter, rendant de menus services dans le coin, entre Chenôve, Marsannay et Corcelles. Ses plus grosses rentrées d’argent était durant les vendanges. Bien entendu, aucune cotisations sociales ni de déclarations de revenus. Pas même un nom : fils d’immigrés venus de Pologne avec cet unique enfant dans les années 1910 en Lorraine, il avait été placé çà et là dans des fermes jusqu’à finir en Bourgogne. On l’appelait le gamin, puis le gars et enfin, le vieux. Un repas par-ci par-là, issu du braconnage de lièvres et d’oiseaux ou d’une part offerte par une bonne âme locale. L’homme n’avait qu’une existence précaire, mais il ne voulait connaître que cela. Il déplorait la construction de maisons neuves, sans grange, avec des garages fermés et sans paille : le monde avait pris une accélération qui le dépassait. Tout ce qu’il avait dans ses dernières années, âgé d’à peu près soixante-dix ans faute d’avoir une date de naissance établie, c’était des histoires qu’il racontait aux gamins du coin.

Il arrivait souvent que les parents des rejetons, à la sortie de l’église, lui donnent la pièce. En échange, debout devant un auditoire composé des enfants les plus jeunes du quartier, il racontait en toute simplicité, citant les personnes et les lieux d’où il les tirait, des histoires de la Côte, de la Bresse, du Morvan et du Jura.

Aujourd’hui, à l’écoute d’une histoire d’un conteur moderne, il ne fait aucun doute que ces histoires-là sont toujours vivantes. Ce sont les mêmes et cela est conforté par les recherches actuelles : d’un bout à l’autre de notre région, les traditions orales se sont transmises. Le plus curieux est de constater que ce sont souvent des personnes d’origine étrangère à la Bourgogne qui transmettent le mieux cette mémoire. La Bourgogne reste fidèle à sa tradition de terre de passage : en récompense de cet accueil, les passants respectent les valeurs et l’identité de cette région en oeuvrant pour qu’elle garde ses qualités.

Aujourd’hui, alors que le métier de conteur a refait surface depuis les années 1990, bien que quelques-uns des chantres de nos contrées font figure de vieux de la vieille en revendiquant à juste titre une ancienneté plus lointaine, les centaines d’histoires différentes qui font nos contes et légendes sont facilement dénichables et de nombreux recueils en gardent la trace écrite. Certaines de ces histoires sont communes aux quatre départements et ne varient que dans quelques détails.

L’histoire qui suit se retrouve un peu partout, notamment dans divers albums pour enfants, avec des protagonistes bien différents de la version d’origine. Elle serait basée sur une histoire vraie et s’intitule : la soupe au caillou (au singulier, s’il vous plaît). Chose rare dans le monde des contes (mais fréquente dans celui des anecdotes), la soupe au caillou peut être datée des années 1870, même si aucune preuve ne l’atteste formellement.

« une histoire vraie et datée »

Un soldat se retrouve démobilisé, sans son arme qu’il a rendue aux Prussiens ou à ses supérieurs Français. La guerre est finie, ou du moins une trêve a-t-elle été signée. Nous serions donc en février ou mars 1871. Le soldat doit rentrer chez lui. Sa maison, son pays, sont par-là : il entend le nom d’une ou de deux grandes villes par lesquelles il lui faudra passer. Ensuite, il se reconnaîtra bien. Il garde l’uniforme, qu’il a acheté lui-même en juillet 1870 comme cela se faisait, ainsi que son paquetage, c’est à dire une couverture roulée sur un sac bien maigre.

Hélas, le bout de pain et la gourde de vin donnés au moment du départ sont vite passés dans son estomac qui grogne et gargouille à tire-larigot. La neige des chemins lui offre une bien maigre consolation.

Arrivant dans une ville, il constate qu’elle a été en partie incendiée : ils ont eu l’Alsace et la Lorraine, se dit-il, comprenant que les combats qu’il a menés ne se sont sans doute pas déroulés au bon endroit ni au bon moment. La désorganisation continue : il dort là où il peut, dans une maison en ruines. Il marche sans presque s’arrêter, sans reconnaître les terres sur lesquelles il passe, perdu face à l’immensité blanche de la neige, incapable le plus souvent de se diriger dans la brume. Mais il marche toujours par là-bas, dans la direction du bras de cet officier dont il n’a même pas su le nom.

Après des collines et des vallons, comme un décor minuscule se répétant sur nombre de kilomètres, il arrive dans un village. C’est là que les versions diffèrent en indiquant que c’est dans le Châtillonnais, le Beaujolais, dans le nord de l’Yonne, perdu dans la Nièvre, sur les hauteurs du Morvan, dans le Jura ou la Bresse du côté de Beaurepaire. Enfin, c’est tout de même un village et la disposition des maisons lui rappelle quelque chose : son pays n’est plus très loin, juste une bonne centaine de kilomètres !

Tout semble désert, sauf la dernière maisonnée faite de petites pierres grises entassées comme on monte une cabotte, une cadole, une cabioute. La mousse du toit fait l’étanchéité et permet de garder la chaleur donnée par la cheminée qui laisse s’échapper de la fumée dont l’odeur promet une bonne soupe. Le soldat tape à la porte et doit insister pour qu’elle s’ouvre. Une vieille femme est là, qui ne veut pas le laisser entrer. Après une âpre discussion, elle accepte qu’il aille dormir dans la grange, s’il trouve de la paille. Mais elle n’a rien à lui donner à manger. Elle lui concède cinq minutes près du feu, le temps qu’il sèche ses affaires trempées par la brume verglacée. Dommage qu’il n’y ait qu’une toute petite bûche et rien dans la marmite. La guerre a tout pris à la vieille femme. Elle a juste un peu de neige à faire fondre et la solution de boire cette eau chaude. Le jeune homme lui propose alors de faire une soupe de chez lui ou, selon les versions, une soupe à soldats. Il sort et va choisir dans la cour devant la petite maison un caillou, rond, blanc ; bref, un beau petit caillou qui donne envie. Le caillou est mis dans la marmite et le soldat touille avant de goûter : « c’est bon, mais chez nous, on mettrait juste un peu de sel ». La vieille hésite et demande : « du sel ? il doit m’en rester une poignée.

Si je t’en donne, tu me feras goûter ? ». Le soldat acquiesce et voit l’ancienne ouvrir une boîte remplie à ras-bord. Il prend une pincée, la met dans la marmite, tandis que son autre main met une pleine poignée de sel dans la poche de sa veste. La grande louche en bois remue l’eau, le sel et le caillou. 

La vieille s’impatiente : « c’est prêt ? ». Pas encore, répond notre malin, et puis, chez nous, on y mettrait un bout de pain, même dur, pour que ce soit meilleur. Tu me feras goûter ? Bien sûr ! Et la villageoise de dénicher un pain entier, rond, presque trop frais pour être mis dans une soupe. Le soldat coupe la miche en deux, en met la moitié sous sa veste et découpe l’autre pour en plonger les morceaux dans la marmite.

La scène se poursuit avec les différents composants d’une bonne et vraie soupe : pommes de terre, carottes, vin qui remplissent autant la marmite que les poches ou le sac à dos du soldat. De quoi manger pour le dernier trajet jusqu’à chez lui.

Lorsque tout les ingrédients sont là (et le conteur peut se faire un malin plaisir de demander à son auditoire ce que chacun rajouterait pour annoncer que, justement, la petite vieille en a !), le soldat déclare que, chez lui, une bonne soupe se mange correctement, avec une nappe sur la table, des bougies pour éclairer et de la belle vaisselle. La brave vieille s’exécute, sort sa nappe blanche qu’elle a reçue lors de son mariage, et paix à son défunt mari, ses couverts en argent (que le soldat ne vole pas, s’il vous plaît), et le jeune homme invite la vieille femme à s’asseoir.

Alors, il lui offre le meilleur et le plus beau repas qu’elle n’a jamais eu de toute sa vie. C’est la première fois qu’elle se voit invitée à une si belle table ! Après le repas, partagé en parts égales, et le soldat tient à ce partage équitable, la bonne dame prête l’un de ses deux matelas au jeune homme qui passe la nuit près de la cheminée. Au petit matin, il remet veste et sac sur le dos et laisse la veuve avec ses larmes comblant les rides d’un visage usé par les petits malheurs du monde de ce temps-là. La silhouette s’éloigne dans le brouillard : elle voit partir celui qu’elle aime comme un fils maintenant, en serrant le poing dans la poche de son tablier. Dans le creux de cette main hier encore froide, une chaleur énorme dégagée par un tout petit rien : le caillou de la soupe au caillou. Avec tout ce que la guerre a pris, c’est toujours ça de gagné !

 Etienne BRETON-LEROY

Note : il semblerait que le soldat ne soit pas rentré chez lui et qu’il soit mort en chemin. Du moins les villages où la scène se serait déroulée n’ont-ils plus jamais eu de nouvelles de lui. La soupe au caillou s’est répandue, certainement parce que la vieille dame de l’histoire en a transmis la recette à ses voisins ou des proches. C’est aujourd’hui un grand classique des contes, que nombre d’enfants connaissent, sans se douter que les protagonistes ont sans doute réellement existé. Pour certains, cette histoire date de bien avant 1871 et serait une reprise d’une tradition du moyen-âge ayant subi une adaptation. Les versions que nous avons recueillies sont suffisamment précises pour que l’histoire se déroule effectivement en hiver 1871. Elle est à rapprocher de contes traditionnels russes, similaires sur bien des points… dont un exemple concerne un soldat napoléonien de 1812 !

L’histoire d’un conteur de Bourgogne 

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La Mariée morte

Posté par francesca7 le 26 mai 2013

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La Mariée morte ou La Morte Fiancée est une légende juive remontant au XVIe siècle, racontant l’union malencontreuse d’un jeune homme et d’une jeune fille morte. Cette légende a connu de très nombreuses versions et variantes dans les pays de tradition juive, Europe de l’Est, Allemagne, et des développements littéraires à partir de la fin du XVIIIe siècle avec le Romantisme et le goût pour le fantastique.

La Mariée morte dans LEGENDES-SUPERSTITIONS mariee-morte

Origine

La première version connue de l’histoire se trouve dans le Kitvey HaArizal, recueil de textes du XVIIe siècle en l’honneur du kabbaliste Isaac Louria(1534-1572), où ce saint personnage est sollicité pour donner son avis : l’histoire étant donnée pour véridique, il s’agit bien d’une légende, et non d’un conte (le conte étant toujours admis comme une fiction). Les récits de mariages surnaturels de ce genre sont vraisemblablement antérieurs : Howard Schwartz, spécialiste des mythologies juives, les fait remonter à Lilith, première femme d’Adam, qui revendique égalité et indépendance et passe du côté des forces maléfiques. Des récits de mariages entre un homme et une créature démoniaque, la volonté de se libérer de vœux faits dans l’insouciance, le recours au tribunal rabbinique sont des constantes. La légende sert d’avertissement contre les conduites inconsidérées1. Logiquement, la légende est véhiculée dans tous les pays où vivent des communautés juives, notamment en Russie et en Europe de l’Est. Les pogroms du XIXe siècle y auraient ravivé l’image de la jeune fille assassinée et enterrée dans sa robe de mariée.

Un jeune homme de Safed (la ville où vécut Isaac Louria) va se marier. La veille de son mariage, il se promène avec deux amis. Ils voient, émergeant du sol, une sorte de tige qui ressemble à un doigt. Pour plaisanter, le jeune homme passe sur ce doigt l’anneau nuptial, et en fait le tour en prononçant les formules rituelles de la cérémonie. Aussitôt, à sa grande frayeur, une main surgit de la terre, puis le corps décharné d’une jeune fille qui était enterrée là, portant les restes d’une robe de mariée, et qui réclame maintenant son époux légitime. Les jeunes gens épouvantés s’enfuient. Le lendemain, le jeune marié et sa fiancée officielle sont devant le rabbin, quand la morte surgit et fait valoir ses droits : les rites ont été effectués en présence de deux témoins, son mariage est donc valide. Le rabbin (ou Isaac Louria lui-même) doit reconnaître que le mariage est valide, mais il ajoute qu’il y a des éléments qui doivent être pris en compte, d’abord que les vœux du fiancé n’étaient pas sincères, alors que son engagement était connu de tous, et surtout que les morts ne peuvent pas intervenir parmi les vivants. Dans certaines versions, le fiancé doit prononcer des formules de divorce ou de répudiation. Ainsi déboutée de ses prétentions, la morte retombe inanimée, on la fait enterrer profondément, et le jeune couple officiel peut enfin se marier.

De nombreux contes en Russie et Europe de l’Est, Scandinavie, des contes d’Angleterre, d’Islande, et un conte inédit des frères Grimm : L’Abbesse et le Diable, s’y rattachent. En Allemagne également, c’est le thème de laBallade de Lénore de Gottfried August Bürger (1778) : son fiancé, mort à la guerre, vient la chercher à cheval et il l’entraîne avec lui dans la tombe après une chevauchée fantastique. En France, le conte existe sous plusieurs versions en Bretagne, recueillies par Souvestre, Paul Sébillot, Le Braz, Cadic. On y retrouve souvent la chevauchée sous la lune et la terreur croissante de la jeune fille, emportée dans la tombe ou sauvée de justesse.

Beaucoup de ces contes sont localisés et peuvent s’apparenter à des légendes. Dans chacun c’est le fiancé qui est mort, et il est toujours mû par un esprit maléfique. Aussi y a-t-il peu de relation directe avec la légende de la Mariée morte.

Le thème de la relation entre vivant et mort est un des plus anciens qui soient. Phlégon raconte dans Le livre des Merveilles l’histoire d’un jeune homme, invité dans la maison d’un couple qui vient de perdre sa fille. Dans la nuit, il reçoit dans son lit une jeune fille, qui disparaît le matin. Avertie par la servante, la mère guette et la nuit suivante, elle reconnaît sa fille morte. Goethe reprend l’histoire en 1797 dans son poème Die Braut von Korinth. Alexandre Dumas (La Femme au collier de velours, histoire qui fait référence à Charles Nodier et dont le personnage central s’appelle Hoffman comme l’écrivain E.T.A Hoffmann), Prosper Mérimée (La Vénus d’Ille), Washington Irving (Le Cas de l’étudiant allemand — amoureux d’une femme décapitée), etc. ont écrit des variations sur le thème.

« La Mariée morte » (Die Todtenbraut), inspirée assez librement d’une des versions de la légende originale, est un des récits du recueil Das Gespensterbuch (« Le livre des fantômes »), de plusieurs auteurs parmi lesquels se trouvaient Friedrich Laun (pseudonyme de Friedrich August Schulze) et de Johann August Apel, paru à partir de 1811. L’année suivante, paraît en France Fantasmagoriana, ou Recueil d’histoires d’apparitions de spectres, revenans, fantômes, etc., traduit de l’allemand par un amateur, Schoell édit., 1812, en réalité une traduction par Jean-Baptiste Benoît Eyriès). Du français, le recueil est traduit en anglais (anonymement), sous le titre Tales of the Dead (« Contes des Morts ») par Sarah Elizabeth Uttison (1781-1851) qui élimine certains récits du recueil français, et en rajoute de son cru. Cette édition anglaise connaît un succès auprès d’auteurs comme Mary Shelley, dont certains passages du Frankenstein sont clairement inspirés de Fantasmagoriana, ou John William Polidori. Ces recueils n’ont pratiquement pas connu de rééditions, mais beaucoup de récits ont été republiés séparément ou dans des anthologies.

La légende a inspiré Tim Burton pour l’histoire des Noces funèbres. Le texte d’origine, sans nom d’auteur ni sources, est donné sous la forme littéraire d’un conte russe. Un commentaire ajoute que lors des pogroms contre les Juifs dans la Russie du XIXe siècle, une jeune mariée pouvait avoir été assassinée et ensuite enterrée dans sa robe de mariée ensanglantée.

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Salaün le Fou

Posté par francesca7 le 5 mai 2013

Vie de Salaün ar Foll
ND du Folgoët
Récit d’Albert Le Grand publié en 1636

Salaün le Fou dans Bretagne salaun

L’histoire Miraculeuse de Nostre Dame du Follcoat, au Diocese de Leon, a esté ecrite par Jean de Land-Goëznou, Abbé du Monastere de Land-Tevenec, Ordre de S. Benoist, Diocese de Cornoüaille, lequel est témoin oculaire; & de luy l’a prise Messire René Gaultier (1) qui l’a insérée en sa Legende, & est telle: Environ l’an de grace 1350, seant en la Chaire Apostolique le Pape Clement VI, Charles IV du nom tenant les resnes de l’Empire, & le Roy Jean regnant en France, durant le plus fort des guerres Civiles entre le Duc Jean de Montfort (depuis surnommé le Conquerant) et Charles de Chastillon, dit de Blois, Comte de Penthévre, devers sa femme, pour la Duché de Bretagne, Guillaume de Roche-fort estant Evesque de Leon, vivoit, au territoire de Les-Neven, un pauvre garçon idiot, nommé Salaun, qui signifie Salomon, lequel avoit l’esprit si grossier, qu’encore qu’il fust envoyée de bonheur aux écolles, jamais il ne peut apprendre autre chose que ces deux mots: Ave Maria; lesquels il récitoit continuellement avec grande devotion & consolation de son Ame.

II. Ses parens estans decedez, il fut contraint de mendier sa vie, ne sçachant aucun mestier pourrait gagner. Il faisoit sa demeure dans un bois, à l’extrémité de la Paroisse de Guic-Elleaw, prés d’une fontaine; n’usant d’autre lict que la terre froide, sur laquelle il se couchoit, à l’ombre d’un arbre tortu, qui luy servoit de Ciel & de pavillon. Il estoit pauvrement vestu, deschaux la plus part du temps. Il alloit, tous les matins, à la Ville de Les-neven, distante de demie lieuë de son bois, où il entendoit la Ste Messe, pendant laquelle, il prononçoit continuellement ces mots: Ave Maria, ou bien en son langage O! Itroun Guerhez Mari, c’est-à-dire: O! Dame Vierge Marie! La Messe oüye, il alloit mendier l’aumône par la ville de Les-Neven, que luy donnoient volontiers les Citoyens & Soldats de la Garnison; puis; s’en retournant à son Hermitage, rompoit son pain & le trempoit dans l’eau de sa fontaine & le mangeoit sans autre assaisonnement que le saint Nom de Marie, qu’il repetoit à chaque morceau. Lorsqu’il faisoit froid, il se plongeoit dans l’eau de sa fontaine jusques aux aisselles et y demeuroit longtemps, chantant toûjours quelque couplet ou rythme Breton à l’honneur de N. Dame: puis, ayant repris ses accoutremens, il montoit dans son arbre, &, empoignant une branche, se bransloit en l’air, criant à pleine teste: O! Maria, O! Maria!

III. Les villageois du voisiné, voyans ses déportements, le jugerent fol, & ne l’appeloit-on partout autrement que Salaun-ar-foll, c’est à dire, Salomon le fol. Une fois, fut rencontré par une bande de Soldats qui couroient la poule sur la campagne, lesquels l’arresterent & luy demanderent qui vive: « Je ne suis (dit-il) ny Blois, ny Mont-fort (voulant dire, qu’il n’estoit partisan ny de Charles de Blois, ni du Comte de Mont-fort), VIVE LA VIERGE MARIE! » A ces paroles, les Soldats se prirent à rire, l’ayant foüillé, ne luy trouvant rien qui leur fust propre, le laisserent aller. Il mena cette maniere de vie l’espace de 39 ou 40 ans, sans jamais avoir offensé ny fait tort a personne. Enfin, environ l’an 1358, il tomba malade, & ne voulut, pour cela, changer de demeure, quoy que les habitans des villages circonvoisins luy offrissent leurs maisons. Il demanda le Curé de Guic-Elleaw, auquel il se confessa, &, peu aprés, deceda paisiblement, le premier de Novembre, jour de Toussaints. Son corps fut enterré dans le cimetiere de Guic-Elleaw (& non au lieu où il mourut, qui estoit terre prophane) sans autre solemnité. Mais Dieu vouloit que sa sainte Mere fust glorifiée en ce sien serviteur, & fit paroistre aux yeux de tous combien cette devotieuse affection qui portoit à la glorieuse Vierge Marie luy avoit esté agreable.

IV. Car, comme on ne parloit plus de Salaun & que sa memoire sembloit avoir esté ensevelie dans l’oubliance, aussi-bien que son corps dans la terre, Dieu fit naistre sur sa fosse un Lys blanc, beau par excellence, lequel répandoit de toutes parts une fort agreable odeur; &, ce qui est plus admirable, c’est que dans les feuilles de ce Lys estoient écrites en caractere d’Or ces paroles: AVE MARIA! Le bruit de cette merveille courut, en moins de rien, par toute la Bretagne, de sorte qu’il s’y transporta une infinité de monde pour voir cette fleur miraculeuse, laquelle dura en son estre plus de six semaines, puis commença à se flétrir; & lors fut advisé, par les Ecclesiastiques, Nobles & Officiers du Duc, qu’on fouiroit tout à l’entour de sa tyge, pour sçavoir d’où elle prenoit sa racine, & trouva-t-on qu’elle procedoit de la bouche du corps mort de Salaun; ce qui redoubla l’estonnement de tous les assistans, voyans un témoignage si grand de la Sainteté & Innocence de celuy que, quelques années auparavant, ils estimoient fol. Lors, par deliberation commune des Seigneurs qui se trouverent là & des Officiers du Duc, fut conclu est arresté qu’en memoire de cette merveille on édifieroit, au lieu mesme où Salaun avoit fait son Hermitage, une Chappelle en l’honneur de Nostre-Dame, qui seroit appelée Ar-Follcoat, c’est à dire le bois du fol. Le Duc Comte de Mont-fort, adverty de ces merveilles & de la deliberation de ces Seigneurs, approuva leur dessein, & promit à Dieu & à la Glorieuse Vierge, que si, par son assistance, il devenoit paisible possesseur de son heritage de Bretagne, il lui édifieroit l’Eglise du Follcoat, la dotteroit & donneroit salaire aux Ecclesiastiques pour y faire le divin Service.

V. Et de fait, ce Prince, ayant deffait ses ennemys à la bataille d’Auray, l’an 1364, où son competiteur Charles de Blois fut tué, s’alla faire reconnoistre par toutes les villes de son Duché, &, estant à Les-Neven, au mois de Janvier 1365, il fit ladite fondation, & assigna des rentes pour les Doyens, Chanoines, Chappellains &, Sallette du Follcoat, fit prendre les fondemens de l’Eglise & y posa la premiére pierre. On continua le bastiment jusqu’à l’an 1370, que la guerre commença entre le Roy de France Charles VI (1) & le Duc, de l’obeïssance duquel la plupart de ses sujets se revolterent, en haine de ce qu’il avoit logé des Garnisons Angloises à Morlaix, Kemper & Les-Neven, où ils commirent des insolences si grandes, que tout le païs se rua sur eux & les chasserent hors. Cette guerre dura jusques à l’an 1381; pendant laquelle, l’ouvrage ne s’avança aucunement, les deniers qui y estoient destinez ayant esté divertis pour subvenir aux frais de la guerre, laquelle estant sur le point de se rallumer, l’an 1388, à cause de l’emprisonnement du Connestable Olivier de Clisson au Chasteau de l’Hermine, à Vennes; &; l’an 1392, le Roy de France Charles VI menaçant de fondre sur la Bretagne, les susdits deniers furent de rechef arrestez pour survenir aux necessitez occurrantes du païs; enfin, le Duc, mourant au Chasteau de Nantes, l’an 1399, le jour de Toussaints, enchargea trés-expressement à son fils, le Comte de Mont-fort, qu’au plustost que faire se pourroit il s’aquitast de cette fondation; à quoy il ne manqua.

VI. Car, incontinent qu’il fut de retour de France, en l’an 1404, il vint à Les-Neven; il fit son entrée & reçeut les hommages des Nobles de la Comté de Leon, fut au Follcoat, fit venir des ouvriers de toutes parts et y fit continuellement travailler, en sorte que l’Eglise, parfaite, fut dédiée, l’an 1419, par Allain, Evesque de Leon, peu avant qu’il fut transféré à l’Evesché de Treguier par le pape Martin V. Cette Chapelle est l’un des plus devots Pelerinages de toute la Bretagne, renommée par tout pour les grands Miracles que Dieu y a opéré par l’intercession de sa sainte Mere. Tous nos Princes, depuis Jean le Conquereur jusques à François II, y ont fait plusieurs voyages, &, en leurs affaires les plus urgentes, s’y sont voüez. La Reyne Anne de Bretagne, estant venue faire un tour en son païs de Bretagne, y vint en Pelerinage, l’an 1506, y fit sa neufvaine, y laissa de riches presens, comme aussi le Roy François Ier, en Septembre l’an 1532, à l’issuë des Estats de Vennes, où la Duché de Bretagne fut incorporée & inseparablement unie à la Couronne de France.

Cette Histoire est prise de René Benoist, en sa legende, laquelle il a tiré d’un extrait authentique tiré du manuscrit Original, à luy envoyé par feu Rolland de Neufville, Evesque de Leon et Abbé de Mont-fort, partie aussi des memoires manuscrits de Messire Yves le Grand, Chanoine de S. Paul de Leon, Recteur de Ploudaniël, Aumosnier et Conseiller du Duc François II, le tout rendu conforme aux Annales de Bretagne.

Frère Albert Le Grand
Religieux, Prêtre de l’Ordre des Frères Prêcheurs de Morlaix
Vie des Saints de la Bretagne Armorique - 1636

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La Roche-aux-Fées

Posté par francesca7 le 28 avril 2013

 

 La Roche-aux-Fées dans Bretagne roche-aux-fees

La Roche-aux-fées est un monument mégalithique situé dans la commune d’Essé (Ille-et-Vilaine).
C’est un des 1034 monuments historiques classés dans la première liste de 1840, un des quatre situé en Ille-et-Vilaine.
Son nom vient d’une légende qui prétend que les pierres qui constituent ce dolmen auraient été apportées par des fées dans leur tablier.

Une particularité de ce mégalithe est que le soleil se lève dans l’alignement de celui-ci lors du solstice d’hiver.

« Les fées, au temps où elles vivaient, honoraient après leur mort ceux qui avaient fait quelque bien pendant leur vie, et bâtissaient des grottes indestructibles pour mettre leurs cendres à l’abri de la malveillance et de la destruction du temps, et dans lesquelles elles venaient la nuit causer avec les morts.
Et l’on dit que leur influence bienfaitrice répandait dans la contrée un charme indéfinissable, en même temps que l’abondance et la prospérité.

C’est dans ce but et dans ces féeriques intentions qu’elles bâtirent la Roche-aux-Fées que nous avons dans un de nos champs. Ces fées, dit-on, se partagèrent le travail : quelques-unes d’entre elles restèrent au lieu où devait s’élever le monument, en préparaient les plans et l’édifiaient ; les autres, en même temps, tout en se livrant à des travaux d’aiguille, allaient dans la forêt du Theil, chargeaient leurs tabliers de pierres et les apportaient à leurs compagnes ouvrières, qui les mettaient en oeuvre. Mais elles ne comptèrent pas à l’avance ce qu’il leur en fallait.

Or, il advint que le monument était terminé et que les fées pourvoyeuses étaient en route, apportant de nouveaux matériaux ; mais, averties que leurs matériaux étaient inutiles, elles dénouèrent leurs tabliers, les déposèrent là où elles étaient quand l’avertissement leur parvint. Or, il y en avait dans la lande Marie ; il y en avait près de Rétiers ; il y en avait à Riche-bourg et dans la forêt du Theil. De là vient qu’on trouve dans tous ces endroits des pierres de même nature et provenant du même lieu que celles qui forment notre Roche-aux-Fées. Depuis longtemps les fées ont malheureusement disparu ; mais le monument est resté. Dans la nuit, quand la bise souffle au-dehors, on entend comme des plaintes dans la Roche-aux-Fées, et l’on dit que ce sont là les morts qui reposent là qui appellent les fées protectrices, et que ces plaintes se renouvelleront jusqu’à ce qu’elles soient revenues.« 

“Histoires et Légendes de la Bretagne Mystérieuse”, de G. Kogan aux éditions “Aux quais de Paris”

Plusieurs croyances ont pour sujet la Roche-aux-Fées :

L’une veut que les jeunes mariés doivent faire le tour de ce dolmen chacun de son côté, en compter le nombre de pierres, et s’ils obtiennent le même nombre alors leur union sera durable.
Il est aussi dit que « celui qui détruira le dolmen d’Essé mourra dans l’année ».
Il existe aussi une croyance qui fait de la structure le tombeau d’un général romain. Un ingénieur géographe du XVIIIe siècle indique :

    « Les gens des environs veulent que ce soit un ancien temple des Fées pour lesquelles leurs ancêtres avaient beaucoup de vénération ; opinion ridicule, mais peu étonnante si l’on fait attention que ce sont des paysans les plus grossiers qui pensent ainsi. […] Les gens sensés croient que ce monument est le tombeau d’un général romain. »

Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, En 1904, Adolphe Orain en donne une description en introduction de son conte La Fée des Houx.

 

Source : “Histoires et Légendes de la Bretagne Mystérieuse”, de G. Kogan aux éditions “Aux quais de Paris”

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La Pierre qui croule de Uchon

Posté par francesca7 le 28 avril 2013

La « pierre qui croule »

 (Uchon se situe en Saône-et-Loire)

Au milieu du XIXe siècle, la « pierre qui croule » d’Uchon, galet de granit de huit mètres de large et de 2 mètres 30 de haut, pesant plus de 20 tonnes et situé à l’orée du bois d’Escrots, jouissait jadis d’une propriété curieuse, celle d’osciller du nord au sud à la moindre pression. C’était mystérieux et divertissant. Les savants expliquaient déjà prosaïquement le phénomène : la « pierre qui croule » et son support, appartenant à la catégorie des granits porphyroïdes tendant à se décomposer, les parties exposées aux intempéries, depuis des siècles, s’effritèrent peu à peu. Seuls, les points de contact échappant à cette décomposition, formèrent un pivot naturel qui, par sa position légèrement oblique, permettait un déplacement facile du centre de gravité.

La Pierre qui croule de Uchon dans LEGENDES-SUPERSTITIONS uchonMais pour les habitants, la « pierre qui croule » était auréolée de surnaturel. Les anciens, paraît-il, la consultaient comme un oracle, et leurs descendants, vigilants gardiens des traditions ancestrales, la prenaient encore pour arbitre. Seulement, par une singularité de leur nature, ils l’avaient transformée en juge spécialiste de la fidélité conjugale. Quelque mari jaloux concevait-il des doutes sur la sagesse de son épouse ? Il l’amenait de gré ou de force à la « pierre qui croule ». Et là, de son doigt tremblant, l’inculpée devait mettre le juge en mouvement. Le nombre des oscillations fixait, sans erreur possible, le soupçonneux conjoint sur son bonheur ou son infortune.

Que de drames, que de comédies se jouèrent à l’ombre du rocher ! Les bonnes langues disent même que certaines villageoises à l’âme inquiète venaient en cachette s’exercer à risquer l’épreuve. Néanmoins, la « pierre qui croule » était la terreur des petites Morvandelles à tête folle, la bête noire aussi de tous les coqs de village. Une longue rancune s’amassait contre elle et devait, tôt ou tard, causer sa perte.

C’est en l’année 1869 que l’événement survint. Mortifiés par les méfaits de la pierre, naïvement curieux, surtout, d’en connaître le secret, les gars du pays, par un beau matin, s’acheminèrent au bois d’Escrots avec des cordes, une paire de bœufs et des leviers solides. Ils arrivent, lient étroitement le roc et attellent les bœufs à la corde. Puis, les leviers posés, l’attaque commence dans un effort combiné de pesées et de tractions. Comme surprise d’abord, la pierre vacille désespérément, mais résiste, Et c’est en vain que, tendue par les bœufs, la corde grince ; c’est en vain que les hommes halètent dans une poussée rageuse, le bloc les nargue et paraît inébranlable.

Alors les assaillants se piquent au jeu. On court chercher du renfort, l’attelage est doublé, l’assaut recommence furieux. Cette fois, la pierre, lasse de tant d’affronts, après une oscillation suprême, quitte son pivot, se déplace de quelques pouces et se condamne pour toujours à l’immobilité. Ce fut tout ! Une bande de niais venait, en une heure, de détruire l’œuvre patiente des siècles. A présent, rien n’est changé. Le roc est toujours là, énorme sur son socle de granit. Mais, ne l’interrogez plus, son âme est absente. Absente ? En est-on sûr ? Arc-boutez-vous contre la pierre ; imprimez-lui une secousse et vous la sentirez tressaillir. Un rien, peut-être lui rendrait la vie, et quelque puissant vérin, prudemment secondé par des coins mis à propos, suffirait sans doute à rétablir l’oracle.
Un peu plus bas que l’église, à une centaine de mètres de celle-ci, l’oratoire présente un singulier aspect. Il est une sorte de guérite en pierres de taille ouverte d’un côté, et dont les parois latérales construites en encorbellement sont ornées de deux petites niches en accolades. On y accède par quatre marches disjointes, mais sa toiture en pinacle se compose de mœllons bien équarris et d’une conservation parfaite. La croix, déposée à l’intérieur, remplace une stèle à tablette circulaire d’un usage indéterminé, provenant sans doute du château. Le pinacle lui-même était probablement amorti par une croix monumentale, car de tout temps l’édicule porta le nom de Belle-Croix.

Son histoire est intéressante. Les seigneurs d’Uchon gardaient jalousement, paraît-il, dans leur chapelle, quelques ossements de saint Sébastien. Or, saint Sébastien, comme on le sait, détournait la peste. Ses statues s’étaient multipliées au XVe et au XVIe siècle dans nos églises de campagne, lorsque le fléau grandissant menaçait de devenir endémique. Autun fut, à maintes reprises, particulièrement éprouvé, et les habitants se rendirent plus d’une fois, au cours du XVIe et du XVIIe siècle, en pèlerinage aux reliques d’Uchon.  

L’affluence était grande et l’église trop étroite. Aussi s’avisa-t-on de construire, au XVIe siècle, le petit édifice de Belle-Croix, afin que le prêtre y célébrât la messe et que tous les pèlerins pussent y assister en plein air. La chronique rapporte qu’en 1637, « sous la conduite de leur évêque, Messire Claude de la Magdelaine, 4 500 pèlerins d’Autun passèrent la planche de Mesvres » pour monter à Uchon. Et toute la région suivait l’exemple. Saint-Nizier, Montcenis, Luzy, Blanzy, Saint-Bérain, Charmoy, Arnay-le-Duc, venaient à tour de rôle prier saint Sébastien, chaque fois que la peste faisait de nouvelles victimes. Les habitants de Montcenis, même, offrirent longtemps en reconnaissance, à l’église d’Uchon, un pain bénit le lendemain de la Trinité.

Une après-midi suffit à l’excursion de la montagne rocheuse. Elle n’est d’ailleurs pas éloignée du village. Mais, quel étrange spectacle ! On a comme une impression de chaos. Il semble que ces blocs ont été projetés là, en de bizarres amoncellements, par des Titans en délire. On admire et on a le cœur serré devant ce bouleversement de la nature sur un sol aride et escarpé. Ces masses de granit grisâtres affectent les formes les plus hétéroclites. Imaginez-les en silhouette sur une demi-clarté lunaire, projetant leurs grandes ombres et vous aurez le décor le plus fantastique qu’il soit donné de rêver.

Ici, un sphinx pose éternellement son énigme ; plus bas, un monstrueux éléphant paraît s’être couché complaisamment pour présenter sa croupe aux visiteurs. Voyez cette grotte : longtemps elle servit d’asile à une pauvre vieille qui inspirait à tous crainte et respect. Sa demeure a conservé le nom de Celle aux fas (fas pour fées). Plus loin, c’est la chambre du loup de la Gravelière qui garde encore un mauvais renom. D’autres anfractuosités prêtent moins à la légende. Les tapis de plumes de volailles et de perdrix qui en garnissent l’entrée dénoncent assez les repaires du renard, le damné rôdeur de la montagne. Tout en haut dominent les amas gigantesques de la Ravière arrondis et patinés par le temps. Et, comme pour ajouter un attrait au paysage, certaines cavités circulaires ou elliptiques auxquelles on donne le nom d’écuelles ou de bassins, se rencontrent à la surface de gros blocs ; elles affectent la forme d’une demi-sphère concave ou la disposition de sièges.

Les savants expliquent la présence des écuelles et chaises d’Uchon par l’action des premiers rayons du soleil sur l’eau congelée dans quelques dépressions naturelles qui se creusent ainsi progressivement. Mais les pâtres y voient tout autre chose. S’ils jouent sur les rochers tant que le soleil brille, ils s’en éloignent avec crainte dès que la nuit tombe. Des êtres fallots, croient-ils, farfadets et lutins, rôdent dans ces solitudes, s’installent dans les fauteuils de granit, se baignent dans les bassins, hantent les grottes, agitent les pierres dans l’ombre.

Au fait, voici la griffe du Diable qui n’est rien moins que rassurante. C’est une roche haute de trois mètres et mesurant douze mètres de tour, tombée, on ne sait comment, en équilibre sur un socle. Elle porte dans ses flancs une large empreinte produite par des érosions naturelles et qui ressemble à une griffe colossale. A ses pieds, l’amoncellement des pierres donne l’impression d’un caméléon apocalyptique préposé à sa garde.

Comment une pareille mise en scène n’inspirerait-elle pas la légende ? Et celle que l’on conte est si vieille, qu’elle est, depuis bien longtemps, reçue dans la tradition. Pour Uchon, c’est de l’histoire. L’action se perd dans la nuit des temps, mais on sait qu’elle se passait à l’époque lointaine où les habitants de Toulon avaient décidé de jeter, sur l’Arroux, un solide pont de pierre. On procédait alors à peu près comme aujourd’hui, et plusieurs concurrents briguaient l’adjudication des travaux. Or, si le prix proposé paraissait rémunérateur, les conditions étaient dures. L’une d’elles notamment, plus dangereuse, fixait, pour l’achèvement du pont, un délai trop court à dire d’experts. L’inexécution de cette dernière clause entraînait retenue de la moitié du paiement.

Effrayés par ces exigences, les entrepreneurs d’alentour s’étaient retirés les uns après les autres, peu soucieux de risquer la ruine pour un gain peut-être illusoire. Un jour, survint à Toulon une sorte d’aventurier, maître maçon ambulant, comme il s’en trouvait au Moyen Age, habile de son métier, d’ailleurs, et confiant en son expérience. D’où venait-il ? Du Nord, croit-on. Il menait à sa remorque une gracieuse enfant, sa fille, à qui de grands yeux bleus dans un visage pâle auréolé de cheveux d’or donnaient un charme indéfinissable.

A peine arrivé, le maçon s’enquiert. Il apprend qu’un pont est à construire, examine les charges imposées, et, plus audacieux que ses confrères, prend l’engagement de livrer le travail en temps voulu. Il se met à l’œuvre, engage ses ouvriers et pousse activement les travaux. Cependant, le temps presse et bien que l’arcade soit menée bon train sur ses étais habilement combinés, voici venir la veille de l’échéance fixée pour la livraison du pont, et, par une erreur incompréhensible, la clef de voûte manque. Il faudrait une énorme pierre pour combler le vide et parachever l’œuvre.

Où la trouver ? On n’en connaît pas sur place ; Uchon seule pourrait la fournir. Mais Uchon n’est pas proche et le transport d’une telle masse, si tant est qu’il soit possible, exigerait plusieurs jours. Le maçon perdra-t-il donc le bénéfice de son industrie ? Le pauvre homme se désespère et s’arrache les cheveux. Au demeurant, il n’était point dévot et plutôt que d’invoquer le secours du Ciel : « Holà ! s’écrie-t-il, Messire Satan, venez à mon aide, et vous n’en serez point leurré. » Rarement le diable se mêle ostensiblement des affaires des hommes. Il n’en finirait plus de répondre à tous les mécréants qui l’invoquent. Mais il a parfois son idée et se montre quand il lui sied.

Cette fois, Satan mûrissait un projet. Ce maître en laideur et en corruption voyait d’un œil haineux croître en sagesse et en beauté la fille du constructeur. Rebelle à ses instigations, la belle enfant nourrissait en son cœur l’amour le plus chaste pour un brave garçon qui secondait son père avec intelligence. Le jeune homme, violemment épris de ses charmes lui avait demandé sa main et tous deux, fiancés désormais, n’attendaient que l’achèvement de l’entreprise pour obtenir le consentement paternel.

Trop favorable était l’occasion, le diable parut. Dans sa hâte, il n’avait pas pris le temps de se donner une apparence décente. Aussi n’était-il pas beau ! Sa longue tête grimaçante, ornée d’une barbe de bouc, d’oreilles de loup et de deux cornes sinistres, ballottait sur un corps noir efflanqué, de stature colossale. Ses pieds et ses mains se terminaient en griffes, et, sur son dos, deux longues ailes nervées comme celles des vampires, se repliaient, au repos, avec un bruit de papier froissé. « Or ça ! tu réclames mes services ? Je suis à toi, bonhomme ; mais rien pour rien, à bon entendeur salut ! » 

Puis, de sa voix tantôt rauque, tantôt glapissante : « Je vois d’ici, parmi les roches d’Uchon, la pierre qui, sans équarrissage, sera ta clé de voûte. Demain je te la baillerai avant l’aurore. » Tremblant, d’abord, et médusé par la frayeur, le maçon s’était ressaisi. L’appât du gain l’endurcissait. « Oui bien, fit-il, mais qu’exigerez-vous en échange ? Mon âme, peut-être ? – Ton âme ne vaut pas qu’on se dérange. Non, ce qu’il me faut, c’est ta fille. – Ma fille ? vous plaisantez, elle n’a point seize ans ! – Il me la faut, te dis-je, ou tire-toi d’affaire. »

Certes, le constructeur n’était pas un père modèle, mais la prétention du diable lui parut si monstrueuse, qu’il résista longtemps. Cependant, Satan voulait sa proie. Tantôt persuasif, tantôt menaçant, il fit tant et si bien que le malheureux père, grisé par ses promesses de fortune, se laissa tenter. Au bout d’une heure, il apposait sa signature sur le contrat livrant sa fille au diable, à condition que la clé de voûte lui serait apportée secrètement la nuit suivante, avant que le coq n’eût chanté. Satan avait partie gagnée. Satisfait, il étendit ses ailes et prit son vol en ricanant. A peine eut-il franchi l’horizon qu’un homme effaré surgit d’un buisson et prit sa course vers la ville. C’était le triste fiancé, involontaire témoin du marché criminel qui allait briser sa vie.

Haletant, il accourt près de la jeune fille, et lui conte tout ce qu’il vient de voir et d’entendre. Terrorisés, les pauvres enfants vont se jeter aux pieds de la Madone. Et soudain, le jeune homme se relève, une inspiration lui vient. Sans perdre une minute, il se munit d’un sac, glisse au fond le coq le mieux gorgé du bourg et s’élance vers le pays d’Uchon. Cinq lieues l’en séparent, mais le danger lui donne des ailes. Avant minuit, il atteint le sommet de la montagne et se blottit contre un rocher. La nuit est belle, la lune étend partout ses rayons blafards. Bientôt, un gigantesque oiseau de nuit grossit dans le ciel et vient planer sur la montagne. Il tournoie, descend et s’abat sur une roche comme un vautour sur sa proie.

C’est Satan. Il saisit le bloc entre ses griffes et, de nouveau, s’élève dans les airs. De sa cachette, le jeune homme a tout vu. Prestement, il tire du sac le coq endormi, le secoue et, bien en face de la lune, le perche sur le roc. Réveillé en pleine nuit, le chanteur matinal s’imagine voir l’aurore, et, de sa voix la plus claironnante, jette vers le ciel son cri de triomphe. Tout aussitôt déchire l’espace un affreux blasphème répercuté par les échos de la montagne. Dupe de l’ingénieux fiancé, Satan croit son marché rompu. Ses griffes se détendent, ses bras s’ouvrent et le rocher fend les airs pour retomber avec fracas sur le granit qui, depuis lors, lui sert de piédestal.

Telle était la dureté de la pierre, que le choc ne la brisa point ; mais, la griffe du diable, brillant des ardeurs de l’enfer, s’y était incrustée. L’empreinte en est visible et demeure en témoignage de l’histoire. Vainement, au point du jour, le constructeur attendit sa clé de voûte. Satan fut infidèle et le maçon encourut la déchéance. Mais, tandis qu’il se lamentait, vinrent à lui les deux fiancés. La joie qui rayonnait sur leur visage avait assez d’éloquence. Et comprenant enfin son ignominie, le père dénaturé implora son pardon. Ici se termine le récit.

(D’après « Revue de Bourgogne » paru en 1911) 

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La Vouivre de Bourgogne

Posté par francesca7 le 28 avril 2013

La Vouivre de Bourgogne dans Bourgogne vouivre

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De nombreuses vouivres sont représentées comme une sorte de dragon ailé qui porte une escarboucle sur le front. Cet œil, une gigantesque pierre précieuse, est parfois caché dans les roseaux des berges d’une rivière ou d’un lac tandis que la vouivre y pêche, et peut être subtilisé par un voleur audacieux.

 Cette pierre a fasciné les hommes. Leur convoitise se retrouve dans de nombreuses légendes de nos provinces et les amène à la tuer pour s’emparer du diamant comme dans les contes similaires du Cantal, du Puy-de-Dôme, de Vienne, de Basse-Normandie, de Bresse, du Revermont… Paul Sébillot, dans Le Folklore de France, a recensé beaucoup de légendes ainsi qu’Henri Dontenville dans sonHistoire et géographie mythiques de la France.

À Brétigny en Côte-d’Or, « Lai Sarpan du Bois du Roz » avait une couronne sur la tête, un œil de diamant, des écailles brillantes et sonores et un anneau à la queue.

 Dans le conte, Le Serpent au diamant, le bûcheron qui dérobe l’escarboucle apprend de la bouche du roi qu’elle a le pouvoir de transformer le fer en or.

 Les serpents volants ne sont pas rares. Tels ceux du château de la Fraudière à Jouhet (Côte-d’Or) et de Presly (Cher), la serpente volante du château de Rosemont à Luthenay-Uxeloup (Nièvre), la couleuvre volante du château de la Motte-Chevagnes (Allier) entre autres.

Toutefois, la vouivre peut avoir d’autres formes : on conte que les habitants du Valais se débarrassèrent d’un monstrueux serpent nommé la Ouïvra qui enlevait les bestiaux de la montagne de Louvye… La Ouïvra avait une tête de chat sur un corps de serpent…

 Les légendes locales gardent le souvenir de la vouivre de Blamont (Doubs) qui lavait ses ailes brillantes à la source de la Fuge, de celle qui hantait les forêts du mont Bleuchin (Doubs), de celle de Gémeaux (Côte-d’Or) qui se baignait dans la fontaine Demelet, de celles encore de Couches-les-Mines (Saône-et-Loire), de Vitteaux   (Côte-d’Or), de Beaulon (Allier), de Fleury-sur-Loire(Nièvre)…

 Dans Le Pape des escargots d’Henri Vincenot, le héros se déplace en suivant les chemins de la vouivre, les chemins qui serpentent dans les campagnes, ce que font traditionnellement tous les pèlerins.

 Dans les temps reculés, il y eut sans aucun doute en France, en de nombreux endroits, de culte à la Terre-Mère dont le serpent est l’attribut. Certains, comme à Longpont-sur-Orge ou à Montmorillon, furent des lieux de culte à Isis.

 Le serpent a été associé au féminin, et tout particulièrement aux Déesses-Mères. Son mouvement ondulatoire et sa forme l’associent à l’énergie sexuelle ; ses résurrections périodiques et ses mues l’associent aux phases de la lune qui incarnent le pouvoir régénérateur des eaux, mais aussi énergies latentes renfermées dans le sein de la terre. Il représente la force vitale, étant à la fois créateur et destructeur. Salus, déesse de la Santé et de la Guérison chez les Romains, a comme attribut le serpent. Asclépios, dieu de la médecine, est celui qui trouva comment faire revivre les gens en voyant un serpent amener une feuille dans la bouche d’un autre, le relevant en même temps.

 Les déesses-mères étaient souvent souterraines. La déesse au serpent du Fâ de Barzan est peut-être la transposition d’une déesse chthonienne gauloise.

Autrefois la vouivre était effectivement reconnue comme étant un grand serpent, avec une pierre précieuse sur son frond.

Un jeune homme était amoureux de la fille d’un notable du village. Le jeune homme étant pauvre, tenta quand même de demander la main de la jeune fille.
Le père refusa catégoriquement. Prétextant que la dot serait trop faible.
Le jeune fermier resta plusieurs jours à se morfondre. Il ne savait plus quoi faire.
Un jour il rencontra un vieil homme. Un ancien qui connaissait toutes les histoires de la région. Il lui dit de ne pas aller du coté des marais s’il tenait à la vie car la vouivre surveil son trésor. Le jeune homme cru d’abord à une légende de plus. Mais la curiosité le poussa à aller vérifier. Il aperçu effectivement l’animal. Après plusieurs jours d’observation, il constata un fait étonnant.
La vouivre lache sa pierre précieuse avant de se baigner dans le marécage.
Il se dit qu’il n’était pas assez fort pour l’affronter. Alors il retourna voir le père dont la réponse fut définitive. 
Il prit donc la décision de dérober la pierre afin d’obtenir gain de cause.
Il se rendit dans le marais, attendit que la vouivre s’éloigne et déroba l’objet avant de repartir le plus vite possible. Il courrut de toute ses forces.
Mais la vouivre s’en aperçut et le rattrapa. Il n’eut d’autre choix que de lacher la pierre afin de pouvoir s’échapper.
Une journée passa avant que le père ne vienne à la ferme.
Il dit au jeune fermier : « j’ai appris ce que tu as fait. Je sais également que tu n’a pas réussi à rapporter cette pierre. Alors, sois tu es fou, sois tu es vraiment amoureux. Afin de saluer ton courage, je t’accorde donc la main de ma fille »

Ce conte est relativement populaire, il y a évidemment des variantes.
Mais dans l’ensemble, c’est ainsi que se racontait cette histoire dans les campagnes.

Chez moi, en  Franche-Comté, on a nos légendes féeriques  venues d’Orient par les pèlerins, par les croisades ; celles qui sont venues du Nord par les guerres et les voyages ; et celles dont l’origine est si incertaine, dont la forme est si bien appropriée au caractère franc-comtois, que la région les revendique comme lui appartenant réellement. En voici donc une parmi d’autres….. 

Ainsi dans ses forêts, ses rivières, au fond de ses vertes vallées, au sein de ses lacs bleus, habitent les fées et les génies, les sylphes et les kobolds. Sur le plateau de Haute-Pierre, on a vu quelquefois passer une autre Mélusine, un être moitié femme et moitié serpent. C’est la Vouivre. Elle n’a point d’yeux, mais elle porte au front une escarboucle qui la guide comme un rayon lumineux le jour et la nuit. Lorsqu’elle va se baigner dans les rivières, elle est obligée de déposer cette escarboucle à terre, et, si l’on pouvait s’en emparer, on commanderait à tous les génies, on pourrait se faire apporter tous les trésors enfouis dans les flancs des montagnes. Mais il n’est pas prudent de tenter l’aventure, car au moindre bruit la Vouivres’élance au dehors de la rivière, et malheur à celui qu’elle rencontre. Un pauvre homme de Moustier, qui l’avait suivie un jour de très loin, et qui l’avait vue déposer son escarboucle au bord de la Loue, et plonger ses écailles de serpent dans la rivière, s’approcha avec précaution du bienheureux talisman ; mais, à l’instant où il étendait déjà la main pour le saisir, la Vouivre, qui l’avait entendu, s’élance sur lui, le jette par terre, lui déchire le sein avec ses ongles, lui serre la gorge pour l’étouffer ; et n’était que le malheureux eût reçu le matin même la communion à l’église de Lods, il serait infailliblement mort sous les coups de cette méchante Vouivre. Mais il rentra chez lui le visage et le corps tout meurtris, se promettant de ne plus courir après l’escarboucle.  

Dans la grange de Mont-Nans, il y a, depuis trois ou quatre générations, un esprit servant comme les kobolds de l’Allemagne et les trolls du Danemark, qui fait la bénédiction de la maison. C’est lui qui prend soin de l’étable, conduit les bestiaux au pâturage, protège la grange, prépare la litière des chevaux, et remplit chaque matin l’abreuvoir d’une eau pure et limpide. On ne le voit pas, mais sans cesse on reconnaît ses bons offices ; on s’aperçoit qu’il a veillé sur les récoltes et sur les moissonneurs. Pour le conserver, il ne faut que lui abandonner une légère part des produits de la ferme, lui garder à la grange ou au foyer une place très propre, et ne pas médire de lui, car il entend tout ce qu’on dit, et se venge cruellement de ceux qui l’injurient. Quant à la Dame verte, c’est la sylphide, la déesse, la fée des prairies de Franche-Comté : elle est belle et gracieuse ; elle a la taille mince et légère, comme une tige de bouleau, les épaules blanches comme la neige des montagnes, et les yeux bleus comme la source des rochers. Les marguerites des champs lui sourient quand elle passe ; les rameaux d’arbres l’effleurent avec un frémissement de joie, car elle est la déesse bien-aimée des arbres et des fleurs, des collines et des vallées. Son regard ranime la nature comme un doux soleil, et son sourire est comme le sourire du printemps.  

Le jour, elle s’assoit entre les frais taillis, tressant des couronnes de fleurs, ou peignant ses blonds cheveux avec un peigne d’or, ou rêvant sur son lit de mousse au beau jeune homme qu’elle a rencontré. La nuit, elle assemble ses compagnes ; et toutes s’en vont, folâtres et légères, danser aux rayons de la lune, et chanter. Le voyageur qui s’est trouvé égaré le soir au milieu des montagnes de Franche-Comté a souvent été surpris d’entendre tout à coup des voix aériennes, une musique harmonieuse, qui ne ressemblait à rien de ce qu’on entend habituellement dans le monde : c’étaient les chants de la Dame verte et de ses compagnes. 

Quelquefois aussi les malines sylphides égarent à dessein le jeune paysan qu’elles aiment, afin de l’attirer dans leur cercle, et de danser avec lui. Que si alors il pouvait s’emparer du petit soulier de verre d’une de ces jolies Cendrillon, il serait assez riche ; car, pour pouvoir continuer de danser avec ses compagnes, il faudrait qu’elle rachetât son soulier, et elle l’achèterait à tout prix. 

L‘hiver, la Dame verte habite dans ces grottes de rochers, où les géologues, avec leur malheureuse science, ne voient que des pierres et des stalactites, qui sont pourtant toutes pleines de rubis et de diamants dont la fée dérobe l’éclat à nos regards profanes. C’est là que, la nuit, les fêtes recommencent à la lueur de mille flambeaux, au milieu des parois de cristal et des colonnes d’agate. C’est là que la Dame verte emmène, comme une autre Armide, le chevalier qu’elle s’est choisi. Heureux l’homme qu’elle aime ! C’est pour cet être privilégié qu’elle a de douces paroles, et des regards ardents, et des secrets magiques ; c’est pour lui qu’elle use de toute sa beauté de femme, de tout son pouvoir de fée, de tout ce qui lui appartient sur la terre.  

Une autre fée franc-comtoise mérite que nous parlions d’elle, la fée Arie. Celle-ci n’a ni l’humeur aussi folâtre, ni la vie aussi joyeuse que la Dame verte ; mais c’est la bonne fée de nos chaumières ; elle aime l’ordre, le travail ; partout où elle reconnaît de telles vertus, elle répand ses bienfaits ; elle soutient dans ses devoirs la pauvre mère de famille et les jeunes gens laborieux. Presque jamais on ne la voit, mais elle assiste à tout ce qui se fait dans les champs ou sous le toit du chalet ; et si le blé que le paysan moissonne est mieux fauché, si la quenouille de la jeune fille se file plus vite et donne un fil plus beau, c’est que la fée Arie était là, et qu’elle a aidé le paysan et la jeune fille. C’est elle aussi qui récompense les enfants obéissants et studieux ; c’est elle qui fait tomber sur leur chemin les prunes des arbres voisins, et leur distribue, à Noël, les noix sèches et les gâteaux ; ce qui fait que tous les enfants connaissent la fée Arie, et parlent d’elle avec espoir. 

Une petite ville des montagnes de Franche-Comté a été plusieurs fois témoin d’une apparition merveilleuse. A un quart de lieue du Maiche, au-dessus d’une colline, on aperçoit les restes d’un château entouré de broussailles et de sapins. Là vivait jadis un seigneur avare, dont le coeur était fermé à tout sentiment d’équité, et qui, pour assouvir sa passion sordide, soumettait sans cesse ses vassaux à de nouvelles exactions, et volait le bien de ses voisins. Il est enterré au milieu de ses trésors, mais il ne peut y trouver le repos. Il voudrait pouvoir échanger son sépulcre splendide contre la tombe de terre fraîche où dort si bien le paysan ; mais il est condamné à rester là où il a vécu, et il passe la nuit à se rouler sur son or et à gémir

Dieu, touché de ses souffrances et des prières que ses descendants ont fait faire pour lui, a cependant ramené l’espoir dans son coeur, et lui a permis de venir dans ce monde chercher quelqu’un qui le délivre. Tous les cent ans, à jour fixe, quand l’obscurité commence à envelopper les campagnes, le vieux seigneur sort de son manoir, tenant une clef rouge et brûlante entre les dents. Il rôde dans les champs, entre dans les enclos, et s’approche de la ville, offrant à tout le monde son visage cadavéreux et sa clef enflammée. Celui qui aurait le courage de prendre cette clef et de le suivre deviendrait à l’instant même possesseur d’immenses trésors, et délivrerait cette pauvre âme des tourments qu’elle endure. Jusqu’à présent, personne n’a encore osé se rendre à son appel…  

En Franche-Comté, lorsqu’une femme veut devenir sorcière, le diable, pour ne pas l’effrayer, lui apparaît sous la figure humaine et quitte son vilain nom de Belzébuth ou de Satan pour en prendre un qui caresse mieux l’oreille, tel que Vert-Joli, Joli-Bois, Verdelet, Joli, etc. Les sorciers sont tenus d’aller au sabbat. Ceux de la contrée de Saint-Claude avaient rendez-vous dans un champ écarté de toute habitation, et près d’une mare d’eau. Ils s’y rendaient habituellement le jeudi et les veilles de grandes fêtes, les uns en se mettant à cheval, les autres en montant sur un mouton noir.

Là se trouvait Satan, le monarque des enfers ; Satan, sous la forme d’un bouc, tenant une chandelle allumée entre ses cornes. Chaque sorcier était obligé de lui offrir une chandelle verte, et de lui faire une autre politesse, fort peu récréative. Puis, toute la gente ensorcelée chantait, buvait, mangeait, parodiait les prières de l’église et la messe, et l’orgie durait jusqu’au jour, jusqu’à l’heure où le coq chantait ; car on sait que le chant du coq a un grand pouvoir sur les mauvais esprits. Quelquefois l’âme seule s’en allait au sabbat. Le corps restait immobile et comme endormi ; l’âme s’échappait à la dérobée et passait la nuit dans son infernale réunion.  

Un jour, un paysan s’aperçut que sa femme couchée à côté de lui ne bougeait, ni ne soufflait. En vain, il l’appelle à haute voix ; en vain, il la tire par les bras. Impossible de l’éveiller. Mais, aux premiers rayons du matin, elle se leva en poussant un grand cri. Le paysan, tout troublé, s’en alla raconter cet événement : la femme fut interrogée, et déclara qu’il ne fallait attribuer son profond sommeil qu’à la fatigue qu’elle avait éprouvée la veille en travaillant tout le jour dans les champs. On ne la crut pas, et elle fut brûlée.  

Dans ces nuits passées au sabbat, on ne s’occupait pas seulement de boire et de manger. Il y avait quelquefois de graves conciliabules, où Satan donnait à ses adeptes des leçons de science cabalistique. Les vieilles sorcières racontaient avec orgueil leurs méfaits, et les jeunes s’instruisaient à cette édifiante école. A la fin de la séance, Satan avait coutume de demander aux jeunes femmes nouvellement enrôlées sous sa bannière une mèche de cheveux, ce qui fit dire que la façon de faire que les amoureux observent parfois d’avoir quelques bracelets de cheveux de leurs maîtresses procède du démon, les boucles de cheveux étant peut-être des chaînes magiques liant la conscience…      

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La petite fille aux allumettes

Posté par francesca7 le 28 avril 2013

La petite fille aux allumettes

Contes et Histoires

Andersen

Il faisait effroyablement froid ; il neigeait depuis le matin ; il faisait déjà sombre ; le soir approchait, le soir du dernier jour de l’année. Au milieu des rafales, par ce froid glacial, une pauvre petite fille marchait dans la rue : elle n’avait rien sur la tête, elle était pieds nus.

Lorsqu’elle était sortie de chez elle le matin, elle avait eu de vieilles pantoufles beaucoup trop grandes pour elle. Aussi les perdit-elle lorsqu’elle eut à se sauver devant une file de voitures ; les voitures passées, elle chercha après ses chaussures ; un méchant gamin s’enfuyait emportant en riant l’une des pantoufles ; l’autre avait été entièrement écrasée.

La petite fille aux allumettes dans LEGENDES-SUPERSTITIONS bougieVoilà la malheureuse enfant n’ayant plus rien pour abriter ses pauvres petits petons. Dans son vieux tablier, elle portait des allumettes : elle en tenait à la main un paquet.

Mais, ce jour, la veille du nouvel an, tout le monde était affairé ; par cet affreux temps, personne ne s’arrêtait pour considérer l’air suppliant de la petite qui faisait pitié. La journée finissait, et elle n’avait pas encore vendu un seul paquet d’allumettes. Tremblante de froid et de faim, elle se traînait de rue en rue.

Des flocons de neige couvraient sa longue chevelure blonde. De toutes les fenêtres brillaient des lumières : de presque toutes les maisons sortait une délicieuse odeur, celle de l’oie, qu’on rôtissait pour le festin du soir : c’était la Saint Sylvestre. Cela, oui, cela lui faisait arrêter ses pas errants.

Enfin, après avoir une dernière fois offert en vain son paquet d’allumettes, l’enfant aperçoit une encoignure entre deux maisons, dont l’une dépassait un peu l’autre. Harassée, elle s’y assied et s’y blottit, tirant à elle ses petits pieds : mais elle grelotte et frissonne encore plus qu’avant et cependant elle n’ose rentrer chez elle. Elle n’y rapporterait pas la plus petite monnaie, et son père la battrait.

L’enfant avait ses petites menottes toutes transies. « Si je prenais une allumette, se dit-elle, une seule pour réchauffer mes doigts ? » C’est ce qu’elle fit.

Quelle flamme merveilleuse c’était ! Il sembla tout à coup à la petite fille qu’elle se trouvait devant un grand poêle en fonte, décoré d’ornements en cuivre. La petite allait étendre ses pieds pour les réchauffer, lorsque la petite flamme s’éteignit brusquement : le poêle disparut, et l’enfant restait là, tenant en main un petit morceau de bois à moitié brûlé.

Elle frotta une seconde allumette : la lueur se projetait sur la muraille qui devint transparente. Derrière, la table était mise : elle était couverte d’une belle nappe blanche, sur laquelle brillait une superbe vaisselle de porcelaine. Au milieu, s’étalait une magnifique oie rôtie, entourée de compote de pommes : et voilà que la bête se met en mouvement et, avec un couteau et une fourchette fixés dans sa poitrine, vient se présenter devant la pauvre petite. Et puis plus rien : la flamme s’éteint.

L’enfant prend une troisième allumette, et elle se voit transportée près d’un arbre de Noël, splendide. Sur ses branches vertes, brillaient mille bougies de couleurs : de tous côtés, pendait une foule de merveilles. La petite étendit la main pour saisir la moins belle : l’allumette s’éteint. L’arbre semble monter vers le ciel et ses bougies deviennent des étoiles : il y en a une qui se détache et qui redescend vers la terre, laissant une traînée de feu.

« Voilà quelqu’un qui va mourir » se dit la petite. Sa vieille grand-mère, le seul être qui l’avait aimée et chérie, et qui était morte il n’y avait pas longtemps, lui avait dit que lorsqu’on voit une étoile qui file, d’un autre côté une âme monte vers le paradis. Elle frotta encore une allumette : une grande clarté se répandit et, devant l’enfant, se tenait la vieille grand-mère.

– Grand-mère, s’écria la petite, grand-mère, emmène-moi. Oh ! tu vas me quitter quand l’allumette sera éteinte : tu t’évanouiras comme le poêle si chaud, le superbe rôti d’oie, le splendide arbre de Noël. Reste, je te prie, ou emporte-moi.

Et l’enfant alluma une nouvelle allumette, et puis une autre, et enfin tout le paquet, pour voir la bonne grand-mère le plus longtemps possible. La grand-mère prit la petite dans ses bras et elle la porta bien haut, en un lieu où il n’y avait plus ni de froid, ni de faim, ni de chagrin : c’était devant le trône de Dieu.

Le lendemain matin, cependant, les passants trouvèrent dans l’encoignure le corps de la petite ; ses joues étaient rouges, elle semblait sourire ; elle était morte de froid, pendant la nuit qui avait apporté à tant d’autres des joies et des plaisirs. Elle tenait dans sa petite main, toute raidie, les restes brûlés d’un paquet d’allumettes.

– Quelle sottise ! dit un sans-cœur. Comment a-t-elle pu croire que cela la réchaufferait ? D’autres versèrent des larmes sur l’enfant ; c’est qu’ils ne savaient pas toutes les belles choses qu’elle avait vues pendant la nuit du nouvel an, c’est qu’ils ignoraient que, si elle avait bien souffert, elle goûtait maintenant dans les bras de sa grand-mère la plus douce félicitée.

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