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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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Pourquoi les chiens n’aiment ni les chats ni les souris

Posté par francesca7 le 18 septembre 2013


Pourquoi les chiens n'aiment  ni les chats ni les souris dans FAUNE FRANCAISE images1Depuis des temps très anciens, les paysans ne s’entendaient pas avec les loups, car ils décimaient leurs troupeaux de moutons. Ils se firent une guerre si longue qu’ils voulurent un jour  la paix. Alors, ils passèrent un accord . Le dernier article de ce contrat disait que les chiens, alliés des paysans, auraient le droit de protéger tout ce qui serait interdit aux loups. Quant à ceux-ci, ils auraient la possibilité de chasser dans les champs et les forêts tout ce qui n’appartenait pas aux gens. Ce qu’ils décidèrent ainsi, ils le mirent par écrit en jurant de le respecter.

Quand l’accord fut signé, les chiens se mirent à réfléchir au moyen de le mettre en sécurité. Ils discutèrent longtemps sur le point de savoir qui en serait le gardien. Puis ils finirent par reconnaître que personne ne convenait mieux que le chat, car il y voyait aussi bien la nuit que le jour. Ils lui confièrent donc le précieux document, afin qu’il en prenne soin et puisse le rendre sur demande quand le besoin s’en ferait sentir.

Le chat accepta, prit le traité et promit de le garder fidèlement et avec vigilance. Par mesure de sécurité, il cacha même le papier dans un coin isolé où il pensait que jamais personne n’allait et il crut ainsi avoir écarté tout danger.

Mais il se trompait : personne ne venait dans ce coin, sauf les souris. L’une d’entre elles le trouva. Et elle ne put résister à la curiosité de le lire. Comme le papier était plié et cacheté, elle ne trouva rien de mieux que de le grignoter  pour voir ce qui était écrit à l’intérieur. Cependant, la paix entre les paysans et les loups ne fut pas de longue durée. Les loups ne la prirent pas au sérieux et ne respectèrent pas leurs engagements. Les chiens furent affaiblis par la faim car ils avaient accepté d’aider les paysans contre les loups et, pour tout remerciement, les paysans les chassèrent et refusèrent de les nourrir. Il ne resta plus aux chiens qu’à s’attaquer seuls aux loups.

Ils se battirent si bien qu’ils triomphèrent. Après la défaite, les loups se dirent : «  Comme il y a beaucoup de sortes de chiens ! Les uns sont roux, les autres sont blancs, les autres encore sont noirs ou tachetés. N’ayons plus peur et attaquons-les à nouveau ! » 

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Comment la mer devint salée

Posté par francesca7 le 15 septembre 2013

 Comment la mer devint salée dans LEGENDES-SUPERSTITIONS telechargement-41

Selon un grand nombre de traditions, l’eau de la mer, au commencement du monde, était douce comme celle des rivières et de fontaines, avant de devenir salée, des récits divers attribuant des causes surnaturelles à la salaison de cette immensité d’eau.

Voici donc Une légende :

Il y a fort longtemps vivaient en Chine deux frères. Wang, l’aîné, était le plus fort et brimait sans cesse son cadet. À la mort de leur père, les choses ne s’arrangèrent pas et la vie devint intenable pour Wang-cadet. Wang-l’aîné accapara tout l’héritage du père : la belle maison, le buffle et tout le bien. Wang-cadet n’eut rien du tout et la misère s’installa bientôt dans sa maison.
Un jour, il ne lui resta même plus un seul grain de riz. Il fut donc obligé de se rendre chez son frère pour ne pas mourir de faim. Arrivé sur place, il le salua et lui parla en ces termes : « Frère aîné, prête-moi un peu de riz. » Mais son frère, qui était très avare, refusa tout net de l’aider et le cadet repartit bredouille.

Ne sachant que faire, Wang-cadet s’en alla pêcher au bord de la mer jaune. La chance n’était pas de son côté, car il ne parvint pas à attraper le plus petit poisson. Il rentrait chez lui les mains vides, la tête basse, le cœur lourd quand soudain, il aperçut une meule au milieu de la route. « Ça pourra toujours servir ! » pensa-t-il en ramassant la meule, et il la rapporta à la maison.
Dès qu’elle l’aperçut, sa femme lui demanda : « As-tu fait bonne pêche ? Rapportes-tu beaucoup de poissons ?

— Non, femme ! Il n’y a pas de poisson. Je t’ai apporté une meule.
— Wang-cadet, tu sais bien que nous n’avons rien à moudre : il ne reste pas un seul grain à la maison. »

Wang-cadet posa la meule par terre et, de dépit, lui donna un coup de pied. La meule se mit à tourner, à tourner et à moudre. Et il en sortait du sel, des quantités de sel. Elle tournait de plus en plus vite et il en sortait de plus en plus de sel.

Wang-cadet et sa femme étaient tout contents de cette aubaine tandis que la meule tournait, tournait et le tas de sel grandissait, grandissait. Wang-cadet commençait à avoir peur et se demandait comment il pourrait bien arrêter la meule. Il pensait, réfléchissait, calculait, il ne trouvait aucun moyen. Soudain, il eut enfin l’idée de la retourner, et elle s’arrêta. À partir de ce jour, chaque fois qu’il manquait quelque chose dans la maison, Wang-cadet poussait la meule du pied et obtenait du sel qu’il échangeait avec ses voisins contre ce qui lui était nécessaire. Ils vécurent ainsi à l’abri du besoin, lui et sa femme.

Mais le frère aîné apprit bien vite comment son cadet avait trouvé le bonheur et il fut assailli par l’envie. Il vint voir son frère et dit : « Frère-cadet, prête-moi donc ta meule. » Le frère cadet aurait préféré garder sa trouvaille pour lui, mais il avait un profond respect pour son frère aîné et il n’osa pas refuser.

Wang-l’aîné était tellement pressé d’emporter la meule que Wang-cadet n’eut pas le temps de lui expliquer comment il fallait faire pour l’arrêter. Lorsqu’il voulut lui parler, ce dernier était déjà loin, emportant l’objet de sa convoitise.

Très heureux, le frère aîné rapporta la meule chez lui et la poussa du pied. La meule se mit à tourner et à moudre du sel. Elle moulut sans relâche, de plus en plus vite. Le tas de sel grandissait, grandissait sans cesse. Il atteignit bien vite le toit de la maison. Les murs craquèrent. La maison allait s’écrouler.

Wang-l’aîné prit peur. Il ne savait pas comment arrêter la meule. Il eut alors l’idée de la faire rouler hors de la maison, qui était sur une colline. La meule dévala la pente, roula jusque dans la mer et disparut dans les flots.

Depuis ce temps-là, la meule continue à tourner au fond de la mer et à moudre du sel. Personne n’est allé la retourner.
Et c’est pour cette raison que l’eau de la mer est salée.

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Les Fées de Bretagne

Posté par francesca7 le 5 septembre 2013

Les Fées de Bretagne dans Bretagne images-13En Haute-Bretagne, on parle très souvent des fées. Outre les légendes nombreuses qu’on raconte à leur sujet, plusieurs proverbes où elles figurent sont restés dans la conversation courante ; on dit : « Blanc comme le linge des fées » pour désigner du linge d’une blancheur éclatante ; « Belle comme une fée » pour exprimer une beauté surhumaine.

Elles se nomment généralement Fées, parfois Fêtes, nom plus voisin que fée du latin fata ; on dit une Fête et un Fête ; de Fête dérive vraisemblablement Fuito ou Faitaud, qui est le nom que portent les pères, les maris ou les enfants des fées (Saint-Cast). Vers Saint-Briac (Ille-et-Vilaine), on les appelle parfois des Fions ; ce terme, qui s’applique aux deux sexes, semble aussi désigner les lutins espiègles.

Vers le Mené, dans les cantons de Collinée et de Moncontour, on les appelles des Margot la Fée, ou ma commère Margot, ou bien la bonne femme Margot. Sur les côtes, on les désigne assez souvent sous le nom debonnes dames ou de nos bonnes mères les fées ; en général on parle d’elles avec certains égards.

Les fées étaient de belles personnes. Il y en avait toutefois des vieilles qui paraissaient avoir plusieurs centaines d’années ; quelques-unes avaient les dents longues comme la main, ou leur dos était couvert de plantes marines, de moules ou de vignots ; c’est une manière de désigner leur ancienneté. A Saint-Cast on dit qu’elles étaient habillées de toile, sans que j’aie pu obtenir des détails plus précis ; dans l’intérieur on est plus affirmatif, et voici la déposition textuelle qui m’a été faite, en 1880 : « Elles étaient faites comme des créatures humaines ; leurs habits n’avaient point de coutures, et on ne savait lesquels étaient des hommes, lesquelles étaient des femmes. Quand on les apercevait de loin, elles paraissaient vêtues des habits les plus beaux et les plus brillants. Quand on s’approchait, ces belles couleurs disparaissaient ; mais il leur restait sur la tête une espèce de bonnet en forme de couronne, qui paraissait faire partie de leur personne. » (Conté par François Mallet du Gouray, laboureur)

Sur la côte, on prétend que les fées appartenaient à une race maudite, et qu’elles avaient été condamnées à rester sur la terre pendant un certain temps. Vers le Mené, canton de Collinée, les anciens disaient que lors de la révolte des anges, ceux qui étaient restés dans le paradis se divisèrent en deux : les uns prirent parti pour le bon Dieu ; les autres restèrent neutres. Ces derniers furent envoyés sur la terre pour un temps, et ce sont ces anges à moitié déchus qui étaient les fées. Un conte recueilli à Saint-Suliac par Mme de Cerny raconte que la fée du Bec-du-Puy fut exorcisée par le curé de Saint-Suliac. On ne vit rien ; mais on entendit un cri de douleur (Saint-Suliac et ses légendes).

En général on croit que les fées ont existé, mais qu’elles ont disparu à des époques qui varient suivant les pays. Dans l’intérieur, vers le Mené, d’après ce que j’ai entendu personnellement, depuis plus d’un siècle il n’en existerait plus. Il en est de même aux environs d’Ercé (Ille-et-Vilaine).

Sur la côte, où l’on croit fermement que les fées ont habité les houles ou grottes des falaises, l’opinion générale est qu’elles ont disparu au commencement du siècle. Nombre de personnes, âgées aujourd’hui d’une soixantaine d’années, ont entendu raconter à leurs pères ou à leurs grands-pères qu’ils avaient vu les fées. Jusqu’à présent, j’ai rencontré une seule personne qui croyait à leur existence contemporaine : c’était une ancienne couturière de Saint-Cast ; elle en avait si peur que, lorsqu’elle allait coudre dans les fermes, elle faisait un grand détour pour éviter de passer à la nuit close auprès d’un champ qu’on nomme dans le pays le Couvent des Fées.

Les fées ont disparu depuis que l’on sonne l’Angelus et qu’on chante le Credo ; mais par la suite des temps la religion s’éteindra, on ne chantera plus le Credo, on ne sonnera plus l’Angelus, et les fées reviendront. Les anciens disaient avoir entendu dire à leurs anciens à eux qu’il y en avait eu jusqu’à une certaine époque. Alors elles avaient disparu ; mais au bout d’un certain temps elles devaient revenir. Elles sont toutes parties la même nuit ; elles reviendront aussi la même nuit. J’ai retrouvé la même croyance, avec plus de précision, vers Ercé-près-Liffré (Ille-et-Vilaine).

Les fées reviendront le siècle prochain, parce que les chiffres du prochain siècle est un chiffre impair. Le siècle invisible, c’est-à-dire celui où on ne voit pas les esprits : on les reverra dans le prochain.

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Légendaires Dames Blanches

Posté par francesca7 le 5 septembre 2013

C’est à Saint-Germain-de-Clairefeuille, en Normandie, à proximité de la Dieuge, ruisselet dont le cours est rompu par un ancien dolmen couché en travers de son lit, que les lavandières du XIXe siècle qui s’attardaient le soir prétendaient encore voir la dame Blanche, présage de bonheur que, loin de fuir, on cherchait à voir. Se pourrait-il qu’il s’agisse de Tiphaine de Sourure, morte de chagrin en 1570, après que son fiancé eût été brûlé vif sous ses yeux durant les guerres de religion ?…

                                                                                                       Légendaires Dames Blanches dans LEGENDES-SUPERSTITIONS telechargement-7

Eglise Saint Germain de Clerefeuille

Il n’est point en Normandie de plus charmant village que Saint-Germain-de-Clairefeuille. Son nom seul présente à l’imagination un gracieux tableau que la réalité laisse loin derrière elle. Petite Suisse en miniature, son territoire renferme, dans un faible rayon, toute une variété de sites pittoresques. Quand, au printemps ou en été, on arrive du bourg de Nonant et que, près de la vieille église, on prend le chemin qui conduit à la Boutonnière, près de l’ancien manoir de la maison de Fréville, on se trouve dans une véritable charmille que les rayons du soleil ont peine à percer. Il y a là de délicieux effets de lumière que vainement chercherait à reproduire un décor d’opéra ; les rayons du soleil pénétrant à travers le feuillage semblent autant de diamants couchés sur un écrin de velours vert.

Çà et là, comme enfouis dans la verdure, au milieu de gras pâturages, une ferme, un vieux manoir rappellent plus de souvenirs qu’un volumineux in-folio. Comme fond au tableau, les hauteurs des Orgeries et de Moutchauvel, au pied desquelles serpente sur un lit de blancs cailloux un ruisselet qui a nom la Dieuge. Le débris d’un antique dolmen, gisant au travers de son lit, vient rompre le cours de ses eaux. Leur clapotement semble une protestation vaine contre l’usurpation du géant.


Au commencement de mars 1563, on était bien inquiet à Saint-Germain-de-Clairefeuille. Les Huguenots venaient de s’emparer de la ville et du château d’Exmes et une de leurs bandes, disait-on, marchait sur la paroisse. Elle était déjà à une lieue de là, à Malnoyer, où elle avait mis à mort, sous le portail même de l’église, un pauvre religieux cordelier. En cette grave occurrence, le curé Messire Mathurin Hirot — nommé deux ans plus tôt à Saint-Germain-de-Clairefeuille — réunit le conseil des notables et envoya à la découverte le vieux Fabian Quinart, franc archer d’un courage dès longtemps éprouvé.
De nos jours, les visites de la dame Blanche sont bien rares ; plus d’un pourtant prétend l’avoir aperçue, laissant traîner sa longue robe blanche sur les flots cristallins, quand l’astre des nuits semble y baigner ses rayons. Forme transparente et lumineuse, elle glisse lentement au-dessus des eaux et, si elle rencontre, dans sa mélancolique promenade, quelque habitant du pays, elle arrête sur lui avec complaisance ses grands et beaux yeux dans lesquels plus d’un a vu, dit-on, briller des larmes. De préférence, elle apparaît à l’endroit où s’élevait le manoir de Sourure ; là elle s’arrête, contemple cet espace vide et pour elle sans doute si plein de souvenirs, puis, peu à peu, elle semble se fondre dans le léger brouillard du matin.

Grand était l’émoi dans tous les manoirs : à la Boutonnière, à Montchauvel, on se préparait à la résistance, on fourbissait avec ardeur les vieilles armures et les vieilles épées. On avait foi dans la bonne cause qui était la cause commune, car il n’y avait pas un Huguenot dans toute la population. Dans un manoir, le plus exposé de tous, à Sourure, on était sans crainte et on semblait ne pas songer aux graves périls du moment. Le vieux seigneur Richard de Sourure était sur le point de marier son fils Robert à la damoiselle de Clairefeuille et, tout entier aux préparatifs du grand jour, il n’avait pris d’autre précaution que de fermer ses portes, croyant n’avoir à redouter que quelques pillards.

Robert de Sourure, lui, se rendait à Clairefeuille auprès de sa belle cousine et fiancée, Tiphaine. Il ne songeait certes pas aux Huguenots et avait bien autre chose à penser vraiment qu’aux bruits sinistres répandus dans le pays. On finissait par s’accoutumer à ces paniques et puis, fort et intrépide comme il l’était, il ne redoutait qu’une chose : c’est que le moindre mal n’arrivât à sa Tiphaine. Elle était si bonne, si jolie et il l’aimait tant sa fiancée ! Le fait est qu’à dix lieues à la ronde, on n’eut pu trouver plus charmante damoiselle. Ses grands yeux mélancoliques et rêveurs illuminaient d’un rayon de haute intelligence ce front de dix-neuf ans que couronnaient les boucles soyeuses de ses cheveux bruns. Son visage s’éclaira d’un radieux sourire à la vue de Robert.

— J’ai eu bien peur pour vous, cousin, fout à l’heure. Comment vous exposer au péril d’une rencontre fatale pour venir jusqu’à nous et prendre à travers les herbages encore ?

— Tiphaine, il y avait de ci de là quelques fleurs nouvelles qui appellent le printemps ; j’en voulais faire une gerbe et vous l’apporter. Du reste, je n’avais point peur et je n’ai qu’un regret, c’est que les Huguenots vous mettent au cœur une si grande crainte. Le mien n’a de place que pour mon affection pour vous.

A peine ces mois venaient-ils d’être échangés que l’archer Quinart, dépêché par le curé, entra dans la salle du manoir et demanda à parler à Robert : les Huguenots approchaient, il était urgent de rentrer en toute hâte à Sourure.

— Tiphaine, dit Robert, celte fois la chose n’est que trop vraie. Les Huguenots marchent sur Sourure. Je dois aller rejoindre mon père et, sans doute, combattre avec lui. Cousine, quoi qu’il arrive, gardez-moi votre amour et, si je meurs, que mon père remplace auprès de vous celui que vous avez perdu.

— Robert, ne laissez pas une pauvre orpheline comme moi abandonnée dans ce manoir, seule avec une vieille tante. Emmenez-nous, de grâce, avec vous, je serai fière et heureuse d’être protégée par votre bras et de partager vos dangers.

Voilà comment, deux heures plus tard, à Sourure, Tiphaine et sa tante, escortées par Robert, arrivaient en hâte.

Ouvrons ici une parenthèse et remontons deux années en arrière : Robert de Sourure et Tiphaine de Clairefeuille accompagnée par son père, cheminaient sur la route de la Corbette. Ce chemin qui conduisait de l’église de Saint-Germain au fief de la Corbette et de là aux Orgeries, à la Briquetière et à Exmes est très ancien. On l’appelait au XIVe siècle le chemin à aller au Moutier. Le fief de la Corbette appartenait en 1563 à Gilles Cavey, écuyer, garde du Corps du Roi. Robert avait alors vingt-six ans ; il était homme d’armes d’une compagnie d’ordonnance et était sur le point de quitter le pays. Il était triste et, sans s’expliquer à lui-même la cause de cette mélancolie, de temps en temps il regardait sa cousine :

— Ah ça ! Robert, lui dit le vieux seigneur de Clairefeuille, tu as quelque chose sur le cœur que tu voudrais bien dire à moi et… à ta cousine, peut-être, avant ton départ . Voyons, voyons, fais-nous un peu ta confession, viens ça beau sire !

Dame-Blanche dans LEGENDES-SUPERSTITIONS

Robert regarda sa cousine en riant et en rougissant à la fois ; il avait compris ce qu’il ne demandait qu’à comprendre, mais surpris et charmé à la fois de cette subite question, il considérait son oncle sans répondre.

— Ecoute, lui dit Clairefeuille, voilà longtemps que tu aimes ta cousine, elle t’aime. Avant ton départ nous passerons chez le curé qui vous fiancera et, à ton retour, si le cœur vous en dit, vous vous marierez et voilà.

Robert partit et revint deux ans plus lard apportant à sa cousine, devenue orpheline, son inaltérable affection et le brevet de Cornette dans la compagnie de cinquante hommes d’armes du maréchal de Fervaques. Le fait est que leur amour datait de longtemps, il n’était point le résultat égoïste de calculs intéressés et n’avait point été pesé à la balance de la fortune. L’un et l’autre étaient riches surtout de leur attachement ; dans ce temps-là, c’en était assez et le bonheur n’avait pas de louis d’or pour contrepoids.

Huit jours après les événements que nous venons de rapporter, Messire Mathurin Hirot, curé de Saint-Germain-de-Clairefeuille, ouvrait son grand registre d’inhumation relié en parchemin et écrivait : « Le Lundy, vingt et septiesme jour de Mars, l’an 1563, noble homme Robert de Sourure, escuyer, sieur du lieu, aagé de 27 ans, malemenl mis à mort par les Huguenots et ardé vif est allé de « vie à trépas. Son corps a esté par nous, curé de ce lieu, ensépulturé dans cette église, présence d’honnestes hommes Pierre des Douits et Guillaume Collet ». Ces actes sont supposés, car les plus anciens registres paroissiaux de Saint-Germain ne remontent qu’au commencement du XVIIe siècle. Il en est de même du testament, calqué pourtant sur un testament de l’époque.

Nos lecteurs ont compris cet acte éloquent dans son laconisme. Les Huguenots s’étaient emparés du castel de Sourure, avaient pris Robert et l’avaient brûlé vif sous les yeux de sa fiancée. Tiphaine tint la parole qu’elle avait donnée à Robert de Sourure d’être une fille pour son père et, le 26 juillet 1565, le vieillard dictait dans les ternies suivants ses dernières volontés au tabellion de Nonant :

« Ce 26 juillet de l’année 1565, au village de Sourure. Paroisse de Saint-Germain-de-Clairefeuille, nous nous sommes transportés en la maison de noble Richard de Sourure, escuyer, sieur du lieu, pour recueillir sa volonté dernière, où estant, avons trouvé le dict fort débile, attendu son antiquité et impuissance de pouvoir se gouverner sans aide et assistance, mais, toutefois, sain d’esprit et de corps, lequel nous a dit estre sa volonté et estre agréable — attendu la reconnaissance qu’il a des services et assistance à lui rendus par sa bien amée fille damoiselle Tiphaine de Clairefeuille, fille de défunt Richard, en son vivant escuyer, sieur du lieu et fiancée de son fils — de lui laisser tous ses biens. — A charge de faire célébrer à l’intantion de son dict fils et de lui 10 messes chacung an, à la feste de la Toussaint et faire prier Dieu suivant sa possibilité et puissance. »

Le vieillard mourut cette année même et, peu de temps après, le successeur de messire Hirot ouvrait de nouveau son registre et écrivait :

« Le huistiesme jour de juin, l’an 1570, fut inhumée dans l’église de ce lieu, damoiselle Tiphaine de Clairefeuille, tuée de grande douleur ; elle fut la fiancée de Robert de Sourure dont Dieu ait l’âme ».

Telle est l’histoire de la dame Blanche de la Dieuge. Poétisée par ses malheurs et par son amour, son souvenir est resté vivace chez les habitants de Saint-Germain-de-Clairefeuille. Son ombre, croient ils encore, aime à venir errer sur les flots de cette Dieuge qui coule non loin de Sourure et de Clairefeuille ; pour eux l’apparition de cette image si pure doit être un présage de bonheur.

Précisons que la dame Blanche de la Dieuge n’est pas, comme on le pourrait croire, une œuvre de pure imagination. Cette nouvelle repose sur une tradition et sur une légende. Une tradition très ancienne à Saint-Germain-de-Clairefeuille, mais malheureusement vague comme tout ce que les générations se transmettent de bouche en bouche rapporte qu’un sieur de Sourure, catholique fervent, après une résistance désespérée, fut pris par les Huguenots et brûlé vif dans son four. De semblables atrocités étaient trop communes dans la seconde moitié du XVIe siècle pour qu’on puisse considérer ce fait comme invraisemblable. Les protestants, nous l’indiquons, avaient, dans une paroisse voisine, à Malnoyer (ancienne paroisse depuis réunie à Courmesnil), pendu un religieux qu’une de leurs bandes avait rencontré.

Malnoyer appartint au moins pendant cinq cents ans aux seigneurs de la Boutonnière. D’une note insérée par le curé de Malnoyer dans un registre de baptêmes, mariages et inhumations, il résulte que le 27 mars 1563, les Huguenots partirent d’Exmes dont ils s’étaient évidemment emparés. Ils marchèrent sur Courmesnil et Malnoyer et rencontrèrent dans cette dernière localité un religieux cordelier qu’ils pendirent « au porche de la tour de l’église. » Il est fort probable qu’excités par cet exploit, ils attaquèrent le manoir de Sourure, situé à une très faible distance de Malnoyer et que cette même journée vit le martyre de son malheureux seigneur.

Sourure est quant à elle une terre située au Nord de Saint-Germain, en contrebas de la rivière d’Ure, d’où l’on a fait Sous-Ure, puis Sourure pour l’euphonie. Cette terre était au XVIIe siècle une vavassorerie relevant en foi et hommage du fief très important de la Boutonnière ; peut-être avait-elle eu, les gens du pays le disent, à une époque antérieure une importance féodale plus considérable. Le manoir du sieur de Sourure dont on voit l’emplacement très facile à reconnaître à des ondulations de terrain, à des restes de fossés, était situé dans l’herbage de la Liette.

A quelle famille appartenait le sieur de Sourure dont la fin fut si tragique ? Une famille fort ancienne dans le pays habita et posséda Sourure : la famille du Hamel. On la rencontre à Saint-Germain dès le commencement du XVe siècle, représentée par un Guillot (Guyon) du Hamel. Ses membres prenaient au XVIIe siècle la qualification de sieurs de Sourure que portèrent Bonaventure et Henry du Hamel. Nous trouvons pour la dernière fois en 1701, la trace de Louis du Hamel, sieur de Sourure et de damoiselle Marie du Hamel, sa sœur, qui épousa un membre de l’antique famille de Guerpel. Les de Guerpel étaient originaires de Saint-Germain et remontaient à Guillaume Guerpel, sénéchal du fief de la Boutonnière en 1418. Ils acquirent vers 1450 le fief de Montchauvel que Guillaume de Guerpel vendit le 6 septembre 1617.

La famille du Hamel avait pour chef au XVIIe siècle Jacques du Hamel, écuyer, sieur de Corbonnais qui épousa Marguerite du Mesnil, fille de Léon, seigneur du lieu et d’Argentelles en partie. La terre de Clairefeuille dont nous avons donné le nom à la fiancée de Robert de Sourure appartenait en 1587, à noble homme Robert. Leleu, sieur de Clairefeuille, archer du bailli d’Alençon.

Quant à la légende, les vieillards de Saint-Germain racontent que, par les beaux soirs d’été, une dame blanche d’une beauté merveilleuse apparaît sur les bords de la Dieuge. Cette fable gracieuse est bien placée dans un village situé à peu de distance d’Avenelles qui a donné, dit-on, son nom à la famille anglo-normande dans laquelle Walter Scott a pris le héros de « la dame Blanche ».

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ETRE HARASSE ! ah bon !

Posté par francesca7 le 21 août 2013


ETRE HARASSE ! ah bon ! dans EXPRESSION FRANCAISE images-5Parmi ceux qui emploient le mot harassé, bien peu savent que ce mot fait allusion à une ancienne coutume judiciaire aujourd’hui entièrement disparue.

On sait que le duel judiciaire a longtemps subsisté dans nos mœurs, non seulement pour les accusations de meurtre, de trahison ou de lèse-majesté, mais encore pour les contestations purement civiles : on appelait cela le jugement de Dieu, et on était persuadé que la victoire restait toujours au bon droit.

Ceux qui ne pouvaient soutenir leur cause par les armes, tels que les moines, les veuves, les mineurs, choisissaient un champion qui allait sur le terrain à leur place. Un moment le champion fut un personnage public, comme l’est aujourd’hui l’avocat. Les chevaliers se battaient armés de toutes pièces, avec la lance, la dague et le poignard ; quant aux vilains, à qui l’usage des armes était interdit, ils se battaient à coups de bâton.

Ils avaient devant eux une espèce de grande planche qui leur servait de bouclier et qu’ils pouvaient opposer aux coups de leur adversaire. Cette planche était percée de deux trous pour les yeux, afin qu’ils pussent diriger leurs coups et voir les mouvements de leur ennemi.

Cette sorte de bouclier, appelé harasse, était fort lourd, de sorte que celui qui l’avait porté longtemps se trouvait harassé, c’est-à-dire épuisé. L’usage a disparu, mais le mot est resté.

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le langage et la raison des animaux

Posté par francesca7 le 17 août 2013


le langage et la raison des animaux dans FAUNE FRANCAISE corbeau2x-300x240Le sujet d’une émission raisonnée chez l’animal n’est point nouveau. Dans l’antiquité, on croyait à leur âme : ainsi de Platon et Flavius Josèphe qui ont cru au langage et à la raison des bêtes. Saint Basile lui-même dit dans son Homélie du Paradis terrestre, dont il fait une belle description, qu’il était peuplé de bêtes qui s’entendaient entre elles et qui parlaient sensément.

Nous pourrions citer bien d’autres auteurs, mais cela nous mènerait trop loin. Dupont de Nemours a cherché à comprendre et à traduire la langue de quelques animaux et surtout le chant des oiseaux ; et, bien que ses opinions soient hasardées, elles doivent du moins fixer l’attention sur une foule de faits curieux, car il est certain que les animaux, vivant en société ou en famille, doivent avoir quelques moyens de s’entendre et de se communiquer leurs idées.

C’est, selon cet observateur curieux, une erreur de croire que les oiseaux répètent toujours le même son. II assure que le croassement des corbeaux ne comprend pas moins de vingt-cinq mots différents, que voici :

Cra, cré, cro, cron, cronon.
Grass. gress, gross, gronss, grononess.
Crac, crea, crae, crona, groness.
Crao, creo, croe, crone, gronass.
Craon, creo, croo, crono, gronoss.

« Si nous pensons, ajoute Dupont, qu’avec nos dix chiffres arabes, qui sont dix lettres, dix mots, en les combinant deux à deux, trois à trois, quatre à quatre, on forme les chiffres diplomatiques de 100, de 1000, de 10000 caractères, et si on les combinait de cinq à cinq, on en ferait un chiffre de 100000 caractères, ou de plus de mots que n’en a aucune langue connue, on aura moins de peine à comprendre que les corbeaux puissent se communiquer leurs idées. Leurs vingt-cinq mots suffisent bien pour exprimer là, droite, armé, froid, chaud, partir, je t’aime, moi de même, un nid, et une dizaine d’autres avis qu’ils ont à se donner, selon leurs besoins. »


A propos du chant des oiseaux, Dupont continue ainsi : « Cette énergique accentuation du discours tient à la surabondance de l’amour. Les oiseaux ne peuvent trouver cette force énorme dans leurs muscles, si frêles, que par un excès de vie dont les éléments donnent à leur amour une extrême ardeur. En pareil cas, il ne suffit pas d’aimer, il faut ajouter à la pensée même par les intonations et le rythme. C’est ce qui fait nos poètes et ce qui rend nos oiseaux musiciens. »
Le chien n’emploie que des voyelles, et quelquefois, mais seulement dans la colère, les deux consonnes g et z. Le chat emploie les mêmes voyelles que le chien, et de plus six consonnes, m, n, g, r, v, f. Les araignées emploient deux voyelles et deux consonnes, puisqu’elles prononcent les mots tak et tok.

Le coq parle la langue de ses poules, mais, de plus, il chante sa vaillance et sa gloire. Le chardonneret, la linotte, la fauvette, chantent leurs amours. Le pinson chante son amour et son amour-propre ; le serin, son amour et son talent réel. Le mâle alouette chante un hymne sur les beautés de la nature, et déploie toute sa vigueur lorsqu’il fend les airs et s’élève aux yeux de la femelle qui l’admire. L’hirondelle, toute tendresse, toute affection, chante rarement seule, mais en duo, trio, en quatuor, en sextuor, en autant de parties qu’il y a de membres dans la famille sa gamme n’a que peu d’étendue et pourtant ce petit concert est plein de charmes.

Le rossignol a trois chansons : celle de l’amour suppliant, d’abord langoureuse, puis mêlée d’accents d’impatience très vive, qui se termine par des sons filés, respectueux, qui vont au cœur. Dans cette chanson, la femelle fait la partie en interrompant le couplet par des sons très doux, auquel succède un oui timide et plein d’expression. Elle fuit alors, mais les deux amants voltigent de branche en branche, le mâle chante avec éclat très peu de paroles rapides, coupées, suspendues par des poursuites qu’on prendrait pour de la colère : aimable colère !… C’est sa seconde chanson, à laquelle la femelle répond par des mots plus courts encore : Ami, mon ami.

Enfin on travaille au nid : c’est une affaire trop grande, on ne chante plus. Le dialogue continue, mais il n’est que parlé, et on y distingue à peine le sexe de ces interlocuteurs. C’est après la ponte que, perché sur une jeune branche voisine de celle qui porte sa famille, un peu au-dessus d’elle, battant la mesure par le petit mouvement qu’il imprime au rameau, et quelquefois par un léger mouvement des ailes, il distrait sa compagne des soins pénibles de l’incubation par les charmes d’une harmonie indicible.

Les deux couplets suivants rappelleront peut-être les vers de Du Bartas, qui essaya par des onomatopées bizarres de figurer le chant de l’alouette : du moins ceux-ci rendent en partie ce qu’en musique on appelle motif : c’est tout ce qu’il était possible de faire.

Dors, dors, dors, dors, ma douce amie,
Amie, amie,
Si belle et si chérie ;
Dors en aimant,
Dors en couvant,
Ma belle amie,
Nos jolis enfants,
Nos jolis, jolis, jolis, jolis, jolis,
Si jolis, si jolis, si jolis
Petits enfants.
(Un silence)Mon amie,
Ma belle amie,
A l’amour,
A l’amour ils doivent la vie.
A tes soins ils devront le jour.
Dors, dors, dors, dors, ma douce amie,
Auprès de toi veille l’amour,
L’amour,
Auprès de toi veille l’amour.

Le rossignol cherche la solitude. Cependant on ne trouve point cet oiseau dans l’intérieur des grandes forêts, ni surtout dans les montagnes couvertes de sapins. Cet oiseau sédentaire se tient dans les-bosquets ou sur la lisière des bois.

Un observateur s’est assuré que la sphère remploie par la voix du rossignol n’avait pas moins d’un tiers de lieue de diamètre, lorsque l’air était calme, et Beichstein est parvenu à rendre assez exactement, par les combinaisons de nos lettres, l’effet produit par le rossignol. Beichstein recommande de les siffler et d’essayer de prononcer en sifflant les sons indiqués par les lettres.

Voici la chanson du rossignol dans la langue de ces oiseaux. C’est vraisemblablement l’original rossignolier dont Dupont nous a donné la traduction en français.

Tiouou, tiouou, tiouou, tiouou,
Shpetiou tokoua,
Tio, tio, tio, tio,
Kououtio, kououtio, kououtio, kououtio,
Tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii,
Kouorortiou, Tskoua pipistkouisi,
Tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tsirrhading !
Tsisi si tosi si si si si si si si,
Tsorre tsosrre tsorse tsorrchi ;Tsatn, tsatn, tsatn, tsatn, tsatn, tsatn, tsatn,tsi.
Dlo dlo dlo dla dlo dlo dlo dlo dlo
Kouioo trrrrrrrrtzt.
Lu lu lu ly ly ly lil li li li
Kouio didl li loulybi.
Ila guour guour, koui kouio !
Kouio, kououi kououi kououikoui koui koui koui
Ghi, ghi, ghi.
Gholl gholl gholl gholl ghia hududoi.
Koui koui horr ha dia dia dillhi !
Hets, hets, hets, hets, hets, hets, hets, hets, hets,
hets, hets, hets, hets, hets, hets.
Touarrho hostehoi.
Kouia kouia kouia kouia kouia kouia kouia kouiati ;
Koui koui koui io io io io io io io koui
Lu lyle lolo didi io kouia.
Higuai guai guay guai guai guai guai guai kouior tsio tsiopi.

Jeunes lecteurs, chantez, égayez-vous en accompagnant les oiseaux qui s’ébattent au printemps.

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le duc Eudes IV de Bourgogne

Posté par francesca7 le 17 août 2013

Ne se considérant pas comme battu bien que défait le 25 juillet 1261 par Michel VIII Paoléologue, le dernier empereur latin de Constantinople, Baudouin II de Courtenay, donne en 1265 le royaume de Thessalonique (Grèce) à Hugues IV, duc de Bourgogne, contre la promesse de participer à une croisade nécessaire au recouvrement de l’empire

Dernier empereur latin de Constantinople (empire éphémère né de la prise de Constantinople en 1204 suite à la quatrième croisade), Baudouin II, après une résistance éperdue, après des appels désespérés aux souverains chrétiens restés sourds, vit en effet Michel VIII Paléologue s’emparer de ses Etats et en forcer la capitale en 1261. Baudouin dut fuir ; mais il ne se considérait pas pour battu et ne désespérait pas de chasser l’usurpateur byzantin. Il visita les princes d’Europe, leur exposant la nécessité du recouvrement de l’empire de Constantinople, cherchant au total à organiser une croisade. Hugues IV, duc de Bourgogne, se laissa convaincre et manifesta son intention prochaine de prendre la croix.

Michel VIII Paléologue

Michel VIII Paléologue

C’est alors que, pour l’encourager dans cette sainte entreprise, Baudouin lui promit quantité d’argent et lui donna par acte passé à Paris en janvier 1265, pour lui et ses successeurs, le royaume de Thessalonique (l’un des Etats apparus au lendemain de la quatrième croisade) ainsi que plusieurs baronnies à condition de tenir le tout en fief de l’empire. A la vérité, Baudouin ne donnait que la peau de l’ours, restait à l’aller chercher ; peut-être le duc Eudes IV de Bourgogne, petit-fils de Hugues IV, s’en rendit-il compte ; toujours est-il que lorsqu’il hérita en 1316 du titre de roi de Thessalonique à la mort de son frère Louis, il n’entreprit pas le voyage pour aller prendre possession de sa nouvelle couronne, et vendit ses droits à Philippe Ier de Tarente, qui fut le dernier à porter ce titre.

La transcription de l’acte passé en janvier 1265 et consigné sur un parchemin jauni que possèdent les archives de la Côte-d’Or, stipule que Baudouin « considérant et véant le bien, l’onor, le porfit et l’avancement qui nos puet venir en l’empire de Romanie dou noble baron Hugue, duc de Borgoigne, nos por ce si donons et otroions au devantdit duc et a ses hoirs perpétuelment le roialme de Salonique et les apartenences ou toutes les droitures et les raisons qui apartienent au devantdit roialme, et li donons la baronie d’Amnes et les apartenences, et li donons encore par desus ce une des autres plus granz baronies qui soit en l’empire, cele que il mieuz amera, et se il amoit mieuz a avoir la baronie de Mauditon et la baronie de Laliet et de la Marguerie o toutes leur apartenences que la devantdite grant baronie, si volons que il les ait en leu de cele grant baronie desus dite ».

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dans la vallée de l’Orge, des légendes

Posté par francesca7 le 6 août 2013

Les Tribulations  de Gargantua

(D’après « Bulletins et Mémoires de la
Société d’anthropologie de Paris », paru en 1932)

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Le personnage de Gargantua marqua tant les esprits que furent forgées au fil du temps des légendes qu’on tenait encore pour des faits certains au XIXe siècle malgré leur patente invraisemblance, attribuant notamment au géant de se défaire de graviers de sable ou encore d’être à l’origine de buttes parsemant la vallée de l’Orge

Le fameux géant Gargantua est resté trop vivant dans les souvenirs des paysans du Hurepoix pour qu’il n’ait point eu une existence antérieure à l’épopée rabelaisienne. C’est ainsi qu’au confluent naturel de l’Orge et de la Remarde, près de l’étang d’Ollainville, se trouve une roche fichée en terre, haute de 1m95 au-dessus de la prairie et bien connue localement sous la désignation de « Pierre Mirou » ou « Beau Mirou ».

Le confluent véritable de l’Orge et de la Remarde se trouve, géographiquement parlant, au bas de Villelourette, vers la Pierre Mirou. La Remarde a été canalisée jusqu’à Arpajon, comme on peut nettement le constater à Egly. Cette canalisation dallée (en partie) pourrait bien dater de l’époque gallo-romaine étant donnée sa proximité avec la Grande Cité de Fréville, près d’Egly, qui florissait dans la région au troisième siècle de l’ère chrétienne.

On désigne encore cette roche par le nom de Pierre Mirau ou Beaumirault. Il faut comprendre que dans la langue française, jusqu’au dix-huitième siècle, l’o existait à la place de l’a. Nous avons la localité Arny, dans la région de Bruyères, que les vieux paysans nomment, Orny. Ce menhir, car c’en est un, atteste par son appellation la possibilité d’avoir pu servir à se mirer jadis dedans. Il est en grès quartzeux lustré et trois légendes s’y rattachent depuis sans doute fort longtemps.

Voici d’ailleurs la première : Gargantua, emportant un jour à Paris une hottée de sable et se sentant gêné par un gravier qui s’était glissé entre le pied et le patin, voulut s’en débarrasser. Il le jeta alors dans les prés situés entre Dourdan, Etampes et Châtres (aujourd’hui Arpajon). Ce gravier, c’est la Pierre Mirou. Signalons que Châtres faisait partie, au IIIe siècle, du « Territorium Castreuse ». Le nom de Châtres ne se mua en celui d’Arpajon, localité du Cantal, qu’au XVIIIesiècle, en raison de la possession de ce fief par Louis de Séverac, marquis d’Arpajon.

La seconde légende veut que Gargantua, pour se reposer, mit sa tête sur la butte du Panthéon, puis allongeant ses pieds sur les sommets de Saint-Nicolas et de Torfou, il laissa choir, près de Bruyères-le-Chatel, une défécation qui se pétrifia dans la suite en Pierre Mirou.

Enfin, la troisième est la suivante : Gargantua partant de Marcoussis, passe à Orny (lisez maintenant Arny), puis il jette au loin, dans les prés, le gravier qui lui blessait le pied : c’est le menhir, dit la Pierre Mirou.

Ce n’est point tout. Dans la première légende, tandis que Gargantua transportait à Paris une hotte pleine de sable, une des bretelles cassa et une portion de son contenu se répandit sur le sol en formant la butte Saint-Nicolas. Or, le géant n’eut pas de chance : à peine avait-il rebuté dans les prés de Saint-Sulpice le gravier qui l’incommodait, que la seconde bretelle cassa et que ce qui restait dans sa hotte, venant à tomber, décida de la butte Saint-Yon.

Dans la troisième légende, Gargantua, après avoir retiré le gravier qui le gênait, se sent fatigué ; il décharge une partie de son fardeau consistant en une hottée de terre. C’est ainsi qu’il créa la butte Saint-Nicolas. Un peu plus loin, il vida tout ce qui restait dans sa hotte et constitua ainsi la butte Sainte-Marguerite. Les deux buttes Saint-Nicolas et Sainte-Marguerite forment en réalité les deux buttes-témoins de Bâville, près de Saint-Chéron, dans les Yvelines actuelles.

Aux environs de Rambouillet, il a été rencontré naguère une nécropole appelée « Les Gargans ». Cette dernière renfermait des tombes romaines et mérovingiennes. Le nom de « Gargans » rappelle bien le souvenir de l’existence de géants dans la contrée. Dans la vallée de l’Orge, on cite volontiers les noms de certains individus doués d’une force musculaire herculéenne dans le genre de celle que devait posséder Gargantua et qui pouvaient effectivement porter sur leurs épaules deux sacs de farine de 159 kilos chaque et en plus un homme d’au moins 70 kilos en poids.

Dans une zone voisine d’Etampes, entre les stations de Tourz et d’Angerville, nous rencontrons un dolmen qui représente, suivant la légende, un gravier qui blessait le pied de Gargantua : c’est la pierre clouée ou « Kélouée », à Erceville, canton d’Outarville. A quelques centaines de mètres, au sud de ce dolmen, s’élève un grand tumulus dit la butte d’Halemont. Cette butte résulte des dépatures du géant. Gargantua, en se dépatant, ou si l’on veut en enlevant la boue, attachée à ses sabots, forma ainsi le tumulus. Le tumulus d’Halemont remonterait à l’âge de la pierre polie.

D’après des recherches sur les légendes se rattachant à Gargantua, ce géant aurait eu une taille aussi grande que celle des plus grands arbres de nos forêts. Il plaçait tous ses serviteurs dans ses poches. En outre, il était toujours suivi d’un jeune valet ou drôle qui portait sur son dos la farine et le vin pour son prochain repas. Quand Gargantua avait choisi un endroit propre pour établir sa cuisine et sa table, il s’arrêtait.

A ce moment, le drôle déchargeait les vivres et se mettait à construire un fourneau, très grand, de quoi cuire, cent pains. Les serviteurs du géant sortaient de ses poches ; en moins d’une demi-heure, ils disposaient et servaient la table. Le repas se composait ordinairement d’un bœuf rôti, de quelques veaux, moutons et cochons. Un des gens de Gargantua, monté sur la table, remplissait les fonctions d’écuyer tranchant ; pendant ce temps, les autres, au moyen d’échelles appuyées sur les épaules du géant, introduisaient dans sa bouche la viande et le pain ; le drôle y versait le vin.

Après le repas, Gargantua dormait trente à quarante heures ; le drôle veillait sur lui et les autres domestiques faisaient

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 disparaître les reliefs du repas. Les gens s’en allaient ensuite chercher de nouvelles et abondantes provisions.

Comme Gargantua était d’aucunes fois pris de violentes coliques, il poussait de si formidables cris que les régions qu’il traversait à ce moment-là demeuraient incultes et inhabitées. C’est ainsi que Gargantua parvint à épuiser toutes les ressources des contrées qu’il parcourait. Ces croyances pourraient bien constituer une réminiscence du passage terrible des Sarrasins au huitième siècle dans la Gaule romaine : toute la cité de Fréville, près d’Egly, construite sur plus de 4 kilomètres autour d’un Forum, a été anéantie par le feu en 732.

Gargantua fut, affirme-t-on encore, enterré sous une grosse pierre (dolmen), avec force flacons pour lui servir en l’autre monde. La vie, dès lors, reprit normalement son cours.

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Plantes et pierres magiques de nos ancêtres

Posté par francesca7 le 6 août 2013

                                                                                         

 Plantes et pierres magiques de nos ancêtres dans FLORE FRANCAISE images-31

Passant pour être excessivement rares, les plantes magiques du Bocage vendéen exigent pour être débusquées de longues et patientes recherches, la récompense valant amplement la peine : Fortune, Santé et Amour, affirme la légende. Sur cette terre pétrie de superstitions, gare aux bêtes à queue blanche, aux pierres qui se déplacent et qui croissent tels des êtres humains, aux sources dont il faut boire l’eau dans le creux de la main et non en s’étendant sous peine d’être happé…

Le nombre des plantes magiques du Bocage vendéen n’est pas considérable : ce ne sont pas des plantes aux couleurs magnifiques, à la tige majestueuse. Ce sont des herbes toutes petites et sans fleurs. Leur habitat est partout et nulle part. Elles déroutent le chercheur, par leur extrême rareté et leurs habitudes changeantes.

Elles sont un peu fées et ne se montrent à l’homme que suivant leur désir et à certaines heures de la nuit. Toutes les nuits ne sont pas favorables à leur recherche : certaines époques sont plus propices que d’autres, mais personne n’est d’accord, pour déterminer ces particularités. Pour les trouver, il n’est pas mauvais de prononcer certaines paroles, que seuls les sorciers connaissent. En définitive, pour s’emparer d’une de ces plantes, il faut être un peu sorcier. Les plus importantes sont : l’herbe de l’égaille, l’herbe de la détourne, l’herbe du pic vert, l’herbe du sorcier, le gui du chêne.

L’herbe de l’égaille
C’est la plus fameuse. Son nom vient, probablement, du mot « égaille », terme qui, en patois vendéen, signifie « rosée du matin ». Même pendant les grandes chaleurs de l’été, cette plante est toujours humide, et ses feuilles recouvertes de gouttelettes d’eau. Elle est excessivement rare et croît, dans certaines régions du pays, surtout dans les contrées humides.

Les vertus de cette plante sont nombreuses ; elle guérit presque toutes les maladies des hommes et des bestiaux, prise en infusion, ou mise en cataplasmes, sur la peau. Elle a également une vertu particulière, sans prix, pour son heureux possesseur. La personne qui en est munie — et il suffit d’en avoir une petite feuille — exerce, vis-à-vis du sexe contraire, une irrésistible attraction.

L’herbe de la détourne
Elle pousse partout, mais surtout dans les bois. Elle est naturellement rare et difficile à discerner des autres plantes. Du reste, elle ne se recherche pas, étant données ses extraordinaires vertus. Au cours d’une promenade dans les bois, si, par malheur, on marche sur cette herbe, il est impossible de retrouver son chemin, pendant de longues heures.

L’homme le plus habitué aux sentiers d’une forêt, qui saurait les parcourir, les yeux fermés, devient comme un insensé, si son pied touche la plante de la détourne. Il va et vient, sous les arbres, passant et repassant aux mêmes endroits, sans les reconnaître, inquiet de ne pouvoir trouver un point de repère, vite oublié. Après des heures de courses éperdues, la raison lui vient, il semble sortir d’un rêve et localise sa situation.

Trois ouvriers bûcherons, très habitués aux routes d’une forêt du Bocage, marchèrent, une fois, sur l’herbe néfaste. Une partie de la journée et toute la nuit, ils errèrent, inconscients, dans les bois. Ce ne fut qu’au matin, à l’aurore, qu’ils reconnurent les sentiers et purent regagner leur maison, les habits en lambeaux. L’herbe de la détourne se trouve, également, sur les chemins et les routes, mais elle y pousse très rarement.

L’herbe du pic-vert
Le pic-vert (picus viridis) est un oiseau d’élégant plumage, diversement coloré, très commun dans le Bocage vendéen. Il est gros comme une tourterelle, vert en dessus, la calotte rouge, le croupion jaune d’or. Vivant exclusivement d’insectes qui rongent le bois des arbres, il est armé en conséquence, pour cette chasse spéciale. Il possède, en effet, un bec droit, anguleux, propre à attaquer l’écorce, et une langue grêle, enduite d’une liqueur visqueuse.

De son bec, il explore, sonde, percute un arbre, de façon à déceler une caverne. Souvent, après avoir frappé un point du tronc d’un arbre, il va brusquement du côté opposé, comme pour juger de la profondeur de son travail. Le trou ainsi pratiqué est circulaire, comme taillé à l’emporte-pièce. Les habitudes de cet oiseau ont, de tout temps, préoccupé l’esprit des paysans. Comment un oiseau de taille si réduite pouvait-il faire, pour creuser, dans des arbres parfois très durs, des cavités si régulières ? Il lui fallait un instrument merveilleux, d’une dureté sans égale.

L’observation attentive des mœurs de l’oiseau montrait que ce dernier, au cours de son travail, descendait souvent dans les prairies. Prompt à formuler une conclusion, le paysan pensa que le pic-vert allait ainsi aiguiser son bec, à une plante spéciale. Dès lors, la légende de l’herbe du pic-vert suivit son cours.

Cette plante serait extrêmement petite et rare. Elle se trouve dans les prairies humides et dans les troncs des vieux arbres. Celui qui la trouve peut s’en servir pour aiguiser n’importe quel métal, elle défie la meilleure meule. Une faucille « afutée » (aiguisée) par elle coupe comme un rasoir. Celte plante, qui possédait des vertus si magnifiques, devait avoir d’autres propriétés. On découvrit que, prise en infusion, elle quintuplait la force d’un homme. Quand un gars possède un peu d’herbe de pic-vert dans sa poche, il ne fait pas bon se frotter à lui.

L’herbe du sorcier
C’est une plante, paraît-il, très commune, en certaines régions. Par elle-même, elle n’a pas beaucoup de vertu ; elle sert à la préparation de remèdes et potions préparés mystérieusement, en prononçant des mots consacrés par les livres de magie. Elle ne présente aucun intérêt.

Le gui de chêne
De tout temps, le gui de chêne fut considéré comme une plante aux vertus thérapeutiques puissantes. Cette croyance est peut-être le dernier vestige de la religion des Celtes et des Gaulois, qui le considéraient comme un arbuste sacré.

Le gui de chêne est très rare, certains même ont mis en doute son existence. Au début, le gui de chêne devait guérir, sans doute, un bon nombre de maladies ; de nos jours, il est assez dédaigné. Est-ce sa rareté qui en est cause, ou bien sa faible puissance thérapeutique ?

Le gui de chêne paraît avoir été employé, autrefois, contre l’épilepsie. Mais au début du XXesiècle les empiriques, à défaut de gui de chêne, employaient celui des autres arbres, dans la composition de leurs remèdes. Son usage paraît presque abandonné, en médecine humaine.

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Citons encore, parmi les plantes et arbustes merveilleux, le coudrier, nommé aussi noisetier, corylus, en botanique, et qui ne présente, par lui-même, rien de particulier. Le fait le plus important qui se rattache à lui est la baguette magique, en coudrier, dont l’usage est encore très répandu, pour découvrir la nappe d’eau souterraine, les mines, les trésors cachés.

Ces faits, de coutume courante, ont été depuis longtemps signalés. Il faut retenir que la baguette ne tourne pas dans toutes les mains ; qu’elle tourne également mieux dans les mains de certaines personnes, qu’elle tourne plus ou moins vite, selon la profondeur de la source et son débit. On creuse rarement un puits sans avoir recours, au préalable, à la baguette de coudrier. Les personnes qui la font tourner ont, par une expérience prolongée, acquis un véritable talent ; c’est un métier.

Au nombre des superstitions du Bocage, signalons les abeilles qui piquent plus volontiers les hommes qui jurent, ou les femmes qui se conduisent mal. Les ânes portent une croix sur leur échine depuis le jour où Jésus-Christ est entré à Jérusalem, monté sur un âne.

Les araignées portent bonheur dans les étables et purifient l’air.

Araignée du matin,
Signe de chagrin ;
Araignée du tantôt,
Signe d’eau ;
Araignée de midi,
Signe de pluie ;
Araignée du soir,
Signe de bon espoir.

L’odeur du bouc est saine, comme celle du fumier. Méfiez-vous des petits œufs que l’on trouve parfois dans les nids des poules. Ils renferment des crapauds et des vipères, animaux qui peuvent, vis-à-vis des poules, se conduire comme un vulgaire coq ! Les vaches peuvent se faire téter par des crapauds ou des serpents. Les bœufs, les chevaux, les gros mammifères nous voient plus grand que nature, c’est pourquoi ils nous craignent, affirme-t-on également. Le chat se passe la patte de devant sur les oreilles : signe d’eau prochaine. Il faut toujours couper la queue des chats, soit parce qu’elle renferme un ver, soit parce que ces félins sentent mieux les souris, après cette opération.

Autrefois on barbouillait la face et la poitrine d’un nouveau-né avec le sang du cordon ombilical ; dans le but de lui blanchir la peau, certains ayant même lavé un enfant nouveau-né avec de l’eau mélangée de vin. L’usage prolongé de l’huile peut donner des hernies. L’odeur des menstrues fait cailler le lait, corrompt les viandes et fait avorter les melons. La rage des chiens peut provenir du gel de leur cervelle. Les enfants qui naissent coiffés, c’est-à-dire avec la tête recouverte d’une partie u délivre, sont prédestinés au bonheur. Les boiteux sont paillards et les bossus intelligents. Renverser une salière, mettre un couvert en croix est signe de malheur. Satisfaire toujours les envies de femmes enceintes.

Bêtes à queue blanche, loups-garous, lutins, fadets, feux follets, pierres qui se déplacent, morts qui reviennent, fontaines mystérieuses, arbres étranges, bêtes possédées, chasse Gallery, Juif errant, dames blanches, âmes en peine, chandelles qui se promènent, fées, sabbats, rondes infernales, cris horribles, tout cet effrayant cortège peuplait l’imagination inquiète des paysans du Bocage vendéen.

Les bêtes à queue blanche sont des galipotes qui courent la nuit. On conte l’histoire du père C… qui, revenant de la foire et passant un « échallier » entendit, derrière lui, un bruit de trot et vit une grosse bête qui le suivait. Quand elle passa l’échalier, à son tour, il lui asséna un grand coup sur la tête. La bête ne dit rien, ne poussa pas un cri, lui sauta sur le dos et l’obligea à la porter, jusqu’à ce qu’il fût arrivé à la maison.

Les loups-garous sont des mauvais chrétiens que le diable oblige à se promener la nuit, de minuit au chant du coq. Le jour, les loups-garous sont des hommes ordinaires : ce sont des gens bien malheureux. Chaque nuit, ils se réunissent, à une croisée de chemins ; en règle générale, tous les sabbats ont lieu à une croisée de routes, à un carrefour, près d’un calvaire en ruines ou d’un dolmen, menhir, pierre levée.

Les lutins sont de mauvais esprits, sortis de l’enfer, pour causer des ennuis aux paysans ; ce sont eux qui mêlent le poil et le crin des chevaux, ou qui font prendre des vices aux bêtes.

Les fadets, ou farfadets, sont des petits gnomes ; ils ne sont pas méchants, si on ne les attaque pas. Ils habitent des trous, des souterrains creusés dans le sol. Les soirs d’hiver, quand il faisait bien froid, ils venaient parfois se chauffer au foyer. Ils étaient muets, riaient souvent sous cape. Ils sortaient spontanément de terre et y rentraient de même. Ils étaient de la taille d’un enfant de 6 ans, mais leur physionomie était celle d’un vieillard. Ils étaient habillés.

Les feux follets, les chandelles qui marchent sont des manifestations du diable, ou des âmes qui reviennent. Un feu follet peut nous poursuivre. Ils se rencontrent près des cimetières.

Il y a des bêtes possédées. On raconte que le père B…, brave homme et très sensé, a vu une vache se tenir debout sur la tête et les pattes de devant, pendant un quart d’heure ; elle faisait le « chègne dret » (le chêne droit). Les lièvres, les chats sont possédés également. Ces derniers sont parfois obligés de se faire ferrer les pattes.

Les pierres se déplacent : il en est qui sont un peu fées, comme Mélusine, et y vont de leur petit voyage, une ou deux fois l’an. Les cloches de l’Eglise ne partent-elles pas pour Rome, le Jeudi Saint ? Seulement, quand elles se déplacent, il ne fait pas bon se trouver devant elles : on serait infailliblement écrasé ! Elles abondent, dans le Bocage vendéen, ces grosses pierres de granit, blocs erratiques abandonnés, amas de rochers énormes, dolmens celtiques, pierres branlantes, tournantes, levées, menhirs, etc., et toutes inspirent au paysan des idées superstitieuses, quelque-unes de ces pierres passant pour avoir servi jadis à faire des sacrifices humains.

Au Chiron, commune de Saint-André-sur-Sèvre, il existe une pierre bizarrement taillée. On y a sculpté l’emplacement d’un corps humain, c’est ainsi qu’on y distingue parfaitement la place de la tête, des épaules, du dos et des cuisses. On dirait une table d’opération, mise dans la position de Trendelembourg, le rocher étant incliné à 45 degrés au moins. On rencontre également, dans les fermes du Bocage, de gros blocs de rochers, arrondis à la main, et dont la partie supérieure est taillée en excavation circulaire, en forme de calotte.

Ces pierres, de formes bizarres, sont fréquentées, la nuit, par les sorciers. La pierre, du reste, n’est pas inanimée, elle vit, puisqu’elle pousse. Tous les paysans, tous les tailleurs de pierre de la contrée soutiendront cet axiome : « les rochers poussent. » Il y en a de plus âgés que d’autres, de plus durs, au grain plus compact, plus serré. C’est au son qu’ils rendent, en les percutant, qu’on peut apprécier leur vitalité. Quoi d’étonnant, puisque les pierres vivent, qu’elles puissent se mouvoir ? Mélusine n’avait qu’à commander aux rochers, ils venaient, tout seuls, s’entasser, les uns sur les autres, pour construire ces châteaux enchantés dont les ruines persistent, de nos jours, et défient encore la tempête.

Au débbut du XXe siècle, un habitant du Bocage, racontait l’histoire suivante : entre Châtillon et Cerizay, se trouve, dans un champ, une pierre, de dimension raisonnable, qui repose sur une autre pierre, beaucoup plus petite ; elle y tient par un prodige d’équilibre, mais elle ne remue point. Une bergère gardait, par là, ses moutons, autrefois ; en jouant, elle mit deux gros cailloux, l’un sur l’autre. Ces pierres, depuis, ont poussé d’une façon inégale d’ailleurs, la supérieure se développant plus vite que l’autre. Ces pierres sont fées.

Les pierres vivent, les fontaines aussi. Les sources sont fées : leur onde, claire et pure, est parfois mortelle. Il y a des fontaines auxquelles, ayant bien chaud, on peut boire sans inconvénient ; il en est d’autres dont l’eau est pernicieuse et vous « glace les sangs ». Quelques-unes émettent, l’hiver, des vapeurs étranges : il ne faut pas s’attarder trop près d’elles, le brouillard se convertit peu à peu en dame blanche qui vous prédit de mauvaises choses. II ne faut pas s’étendre à plat ventre, pour s’abreuver aux sources : il faut boire dans le creux de la main, ou avec une paille, en s’agenouillant. En s’étendant complètement, on risque d’être fasciné par les esprits, et entraîné, la tête la première, dans la fontaine.

Quelques sources ont des vertus curatives. La plupart des lieux de pèlerinages possèdent des sources, souvent bien pittoresques. Quelques-unes auraient jailli spontanément, à l’occasion d’un miracle.

Les arbres ont parfois des vertus bizarres. A Maison-Pré, une vache tournait toujours avec insistance, près d’un vieux chêne : elle ne mangeait pas, et pourtant elle ne maigrissait pas et se portait bien. Ce manège durait depuis longtemps, lorsqu’un jour des paysans, intrigués, se décidèrent à visiter l’arbre. Dans une anfractuosité du tronc, ils découvrirent une statue de la Sainte Vierge, fort ancienne. En grande pompe, on la transporta, dans une chapelle, bâtie tout exprès, à quelques pas, près d’une fontaine. Dans la suite, il y eut de nombreux miracles.

La lune n’est pas dépourvue d’un certain pouvoir. Elle mange les pierres, hâte ou détruit, à son gré, les bourgeons des arbres ; elle loge, dans son sein, l’apôtre illustre de Jésus, saint Jean, comme dit la chanson : « Lune, Lune, Belle brune, Saint Jean, Qui est dedans, Baptisant Les p’tits enfants, Quatre à quatre, Sur un banc… »

Le ciel est, du reste, habité par de nombreux personnages légendaires. Lorsque le vent souffle en tempête, brise les arbres, arrache les tuiles des toits, c’est Gallery, seigneur sans religion, qui poursuit son cerf, avec sa suite de démons et de sorciers. Parfois, le tonnerre gronde, l’éclair zèbre la nue. Les enfants se cachent, craintifs, dans la chambre : la mère de famille les rassure, se signe à chaque éclair et murmure cette prière :

Sainte Barbe et Sainte Fleur ( ?),
Implorez notre Seigneur !
Partout où cette prière se dira,
Jamais tounère ne tombera !

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superstitions et croyances autour du Lait

Posté par francesca7 le 30 juillet 2013


Le lait joue un rôle trop considérable dans l’alimentation des hommes et des bêtes, et aussi dans le bien-être des fermiers, pour n’être pas l’objet d’attentions particulières, superstitions et croyances relatives à sa qualité, et chaque région possédait ses recettes spécifiques pour préserver les bêtes des mauvais sorts jetés par des voisins cupides

Des siècles durant, on estima que la production du lait pouvait être influencée en bien, et surtout en mal, par des actes accomplis en dehors de l’étable. On prétendait en Brie que les vaches donnaient plus abondamment le lait quand, le premier jour de mai, on en avait laissé manger à discrétion aux gens de la maison. Dans le Loiret, pour qu’une vache qui vient de faire son premier veau soit bonne laitière, il faut exposer sur l’autel de la Vierge, sans l’avoir pesé, environ une livre de beurre fait avec son lait.

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Au XVe siècle, des herbes, même sans être mangées, influaient sur la production du lait : « femme qui désire que ses vaches donnent chascune autant de lait comme celles de ses voisines, elle doit par chasque jour son vaissel à moudre froter de bonnes herbes cueillies sur la nuit de sainct Jehan tandis qu’on sonne nonne… Qui metteroit ces herbes deseure l’uys de l’estable où tes vaches couchent en disant : Que Dieu les sauve et saincte Bride, elles donneront lait tousjours de bien en mieulx. »

Deux cents ans plus tard, on frottait les pieds (sic) des vaches, des truies, des cavales, etc. avec un certain simple qui devait avoir été cueilli ce même jour avant le soleil levé. Dans le Loiret, c’est avec de la rosée de mai qu’on frotte le pis des laitières le matin du premier mai. En Poitou, pour que la vache se laisse traire sans difficulté, on doit lui faire boire le premier lait que l’on tire après qu’elle a vêlé.

Certaines circonstances peuvent amener le tarissement des vaches : il se produit en Poitou si on les trait sur la litière ; en Haute-Bretagne si elles ont été mises dans une maison bénite ; dans le Tarn, si on laisse tomber le lait à terre et qu’on mette le pied dessus, ou si on le renverse dans le feu. Suivant la croyance la plus répandue, lorsqu’elles cessent sans cause apparente de donner du lait, ou qu’il se présente sous un aspect anormal, elles ont été l’objet d’un maléfice. Il y a longtemps que l’on accuse les sorcières de s’adonner à ces pratiques coupables ; c’était au XVIIe siècle une de leurs malfaisances habituelles, Richer écrivant en 1651 dans L’Ovide bouffon :

Elle sçavoit par artifice
Nouer l’aiguillette et bien pis
Elle faisoit tarir le pis
Tant des asnesses que des vaches.

Quelques-uns de ces actes s’accomplissent à l’intérieur des maisons ou dans l’étable même ; au XVIIe siècle, une herbe séchée à la cheminée amenait le tarissement des vaches. On attribuait autrefois, dans les environs de Sarrebourg, à certaines gens la puissance de soustraire le lait d’un village à un autre ; on les avait vus le recevoir dans un seau en trayant le cramait de la cheminée. En Auvergne, des personnes peuvent, rien qu’en entrant dans l’écurie et en regardant la vache, faire passer son lait chez elles ; lorsque celle qu’on soupçonne est partie, il faut prendre une touffe de poil de la bête et la cacher dans un trou du mur.

Plusieurs de ces pratiques sont en relation avec les eaux ; mais des femmes ont recours à d’autres sortilèges pour détourner la crème d’autrui en Anjou, elles doivent opérer le 1er mai, avant le lever du soleil ; elles traînent avec une ficelle leur couloir (filtre à lait) en disant à mi-voix : « Lait et beurre, viens tout chez moi, et rien chez mes voisines. » Aux environs de Quintin (Côtes d’Armor) elles courent toutes nues, la nuit, emplissant leur baratte de la rosée prise dans les champs.

Des fermières de la Mayenne font la même promenade nocturne : celle qui l’accomplit marche toute nue, traînant après elle par terre les chiffons qui servent au nettoyage du four, et elle fait le tour des maisons et des étables des fermes voisines ; elle enlève au lait des vaches comprises dans ce circuit les principes qui forment le beurre, et elle le fait passer dans son étable ; n’eût-elle qu’une seule vache, elle fera du beurre en abondance, et il n’y aura qu’elle à pouvoir en faire, jusqu’à ce qu’une autre ménagère, plus puissante dans l’art des sorciers, ne délivre les villages et les femmes du sort qui pèse sur eux.

On peut aussi détruire ce maléfice en allant dans un champ à trois cornières où l’on jette du sel derrière soi en disant : « Crème pour moi, et lait pour ma voisine ! » Le sel est un préservatif contre le tarissement : en Franche-Comte, la femme à laquelle une voisine vient demander du lait pour ses besoins en jette une pincée dans le vase qu’elle va remplir, de peur que sans cette précaution sa vache ne devienne tout à coup stérile. En Normandie, pour empêcher qu’une vache que l’on vient d’acheter n’ait reçu un mauvais sort qui tarisse son lait, on lui met du sel fondu au pis et à la naissance de la queue, ainsi que dans le vase où elle doit être traite la première fois. Pour obtenir du lait de la vache tarie les paysans du Coiron (Ardèche) mettent entre ses cornes deux branches de genêt en croix et placent deux branches de buis sur la queue en disant :

Crous de saint André
Duono dé lé,
Crous de Baraba
N’en douno pas.

puis ils tirent un crin de sa queue qu’ils conservent pour le brûler dès que la vache mettra bas. La recette, employée dans le pays de Liège, est plus compliquée : il faut entrer à reculons dans l’écurie après s’être signé, et dire : « Bonjour, ma vache. » Ensuite on se met à la traire. Le lait qui sort le premier jour doit passer par la fenêtre avec précaution ; on le dépose sur le four du coté de l’orient, puis on dit : « Sois bonne, ma vache ! » et on la trait de nouveau. On revient une troisième fois à l’étable en marchant obliquement, on pose la main gauche sur la corne droite en disant : « Merci, ma vache. » Alors on peut traire ; après ces prescriptions, le lait sort en abondance.

En Haute-Bretagne, on fait faire le tour d’un champ à trois cornières, c’est-à-dire en triangle, à vache dont le lait a disparu par ensorcellement. En Bourbonnais, le défaiseur de sort donne le conseil de se rendre avant minuit au carrefour de la place de l’église, et d’y poser un petit pot neuf de six sous plein de la mauvaise crème ; quand sonnent les douze coups de minuit, on tourne douze fois autour de ce pot en traînant, au bout d’une corde de six pieds de long, les chaînes d’attache des vaches ; au douzième coup on s’arrête net, on fait quatre fois le signe de la croix dans quatre directions opposées, et l’on part au grand galop, abandonnant le pot et rapportant les chaînes.

Un autre remède consiste à couper à chaque bête un bouquet de poils de la tête, un du garrot, un de la queue, à les tremper dans l’abreuvoir tous les jours de la semaine sainte avant le lever du soleil, et à les porter à la messe le jour de Pâques ; au retour on les fait briller sans être vu. Dans les Vosges, si en se disposant à traire une vache on a soin de former une croix avec ses trayons en les prenant deux par deux, au cas où quelque sorcier en aurait empoisonné le lait, on voit le poison monter en bouillonnant à la surface du liquide et prendre l’apparence d’une couche d’huile.

En Normandie, lorsqu’une vache cesse de donner du lait ou qu’il ne produit plus de crème, elle a été ensorcelée par un homme qui a le cordeau, et qui, par cette possession, fait passer tout le lait et tout le beurre de la bête maléficiée. Pour dissiper cet enchantement et en punir l’auteur, le maître de la vache achète un cœur de bœuf dans lequel il enfonce un paquet d’aiguilles ; puis il chauffe le tout à grand feu dans sa marmite : l’ensorceleur est obligé de venir à merci. En Ille-et-Vilaine on fait bouillir des épingles dans le lait de la bête ; elles piquent celui qui a jeté le sort, et il se hâte de l’enlever. Dans le Montalbanais, où l’on croit que certains individus peuvent faire perdre le lait aux vaches rien qu’en les regardant d’une certaine façon, on va les chercher, et d’un simple regard, ils font cesser cette stérilité.

 images-23-300x136 dans Les Fromages

Des consultations et des présages sont en rapport avec le lait. En Lorraine, une jeune fille qui en mange peut apprendre par le nombre des gouttes qu’elle laisse involontairement tomber à terre, quel sera celui des enfants qu’elle aura quand elle sera mariée. Il arrivera infailliblement malheur à la personne qui laisse choir un vase rempli de lait. Quand le lait qu’on a mis sur le feu n’entre pas promptement en ébullition, c’est d’un mauvais augure pour ta maison.

Le lait, outre ses vertus thérapeutiques, possède certains privilèges : en Lorraine celui des vaches noires peut seul éteindre le feu allumé par la foudre, en Haute-Bretagne, il est efficace contre tous les incendies. Il influe aussi sur les aptitudes physiques des nourrissons ou même des adultes. On prétend en Ille-et-Vilaine que les enfants élevés avec du lait de chèvres sont lestes et sautent comme l’animal qui les a nourris.

Cette croyance était courante autrefois : le médecin Joubert qui la rapporte, parle d’une fille qui, pour cette raison, voulait toujours grimper et sauteler ; il ajoute qu’on disait que ceux qui, adultes, en usent longuement, deviennent si remuants qu’ils ne font que sauter, danser, monter et courir, et Vigneul-Marville raconte qu’un enfant repris par son père de quelques légèretés, lui répondit en avouant sa faute : « Souvenez-vous s’il vous plaît, que j’ai été nourri par du lait de chèvre. » C’est en raison de cette prétendue vertu que, dans un conte littéraire du XVIIIe siècle, on voit donner du lait de chèvres à trois princesses pour les corriger de leur lenteur. Dans Renard le Nouvel, II, br. 31, un enfant nourri avec du lait de truie a pris le caractère d’un cochon.

Le beurre est l’objet de maléfices assez nombreux : on croyait au XVIIe siècle que des gens pouvaient l’empêcher de se faire en frappant trois fois avec un bâton, sur la baratte, et en disant un verset du psaume 31 ou en récitant à rebours Nolite fieri. Bodin raconte qu’a Chelles en Valois une chambrière dont le beurre ne prenait pas à cause d’un charme jeté par un petit laquais, l’ayant menacé de le faire fouetter s’il ne l’était, il dit à rebours !e verset du psaume, et le beurre se fit aussitôt.

Dans plusieurs pays, le mendiant qui se présente quand la ménagère baratte est assuré de recevoir quelque chose, dans la crainte que si on le repoussait, il ne jette un sort sur ce beurre. Dans le Finistère la femme qui s’aperçoit que le sien est lent à se faire, ne tarde pas à comprendre qu’elle est le jouet de quelque sorcier ; pour couper court au sortilège, elle n’a qu’à changer son ribot de bout. Dans le Maine on croit qu’une femme qui a ses règles ne peut faire de beurre.

Au XIIIe siècle certains prétendaient que le fromage qui avait été fabriqué par une personne venant de commettre un adultère ne se conservait pas et était à bref délai envahi par les vers. Suivant l’époque à laquelle il a été fait, le beurre jouit de plusieurs privilèges ; dans le Finistère le beurre fait pendant les Rogations ne se corrompt jamais, et constitue le baume par excellence pour panser les plaies ou pour rendre au corps fatigué son élasticité et sa vigueur. En Auvergne et en Berry celui de mai guérit certaines blessures, et il est aussi employé pour panser les bêtes à cornes qui ont les pieds blessés. En Berry, il sert aux coquettes de village qui veulent donner du brillant à leur teint. Au XVIe siècle, les dames employaient dans le même but « de la graisse de loup et du beurre de may », et d’après Brossette, le commentateur de Régnier, on en préparait encore pour le visage à l’époque de la Régence.

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