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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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L’ARC DE TRIOMPHE

Posté par francesca7 le 28 juillet 2013


(D’après Tableau de Paris, par Edmond Texier, paru en 1852-1853)

 

En 1806 Napoléon confie à Chalgrin la construction d’un arc à la gloire des armées françaises. Commencé en 1806, repris en 1825 il n’est achevé qu’en 1836. Sa taille est monumentale, 50 m de haut et 45 m de large. Le 15 décembre 1840, lors de la cérémonie du transfert des cendres de Napoléon le cortège passe sous l’Arc. Le 22 mai 1885 le corps de Victor Hugo est veillé sous l’Arc de Triomphe. Le 14 juillet 1919 les troupes victorieuses défilent sous l’Arc et le 11 novembre 1920 a lieu l’inhumation d’un soldat inconnu mort durant la guerre. Trois ans plus tard une flamme du souvenir est allumée en l’honneur des morts tombés à la guerre.

L'ARC DE TRIOMPHE dans Paris arc-triomphe

Panurge, si j’ai bonne mémoire, fit son entrée dans Paris par la porte Saint-Antoine, et le premier objet qui frappa ses regards, ce fut la tour de la Bastille : une triste entrée en ville et en matière pour un philosophe péripatéticien, qui arrivait en droite ligne du réjouissant royaume de Gargantua.

Nous entrerons, nous, par la porte la plus vaste et la plus monumentale qui soit au monde. De l’aveu de tous les voyageurs, pas un seul de ces nombreux poèmes de pierre qui s’appellent Rome, Naples, Milan, Venise ; Florence, Vienne, Berlin et Saint-Pétersbourg, ne peut offrir un pareil début : l’Arc de triomphe et

les Champs-Élysées. Néron, cet artiste épileptique, n’aurait pas rêvé une plus magnifique avenue pour la ville de marbre et d’or qu’il avait bâtie dans sa tête extravagante et impériale.

Cet arc de triomphe colossal, qui semble la porte d’une ville de géants, est issu d’un décret de Napoléon, lequel décida, en 1806, que cette grande page serait écrite avec le ciseau à la gloire de l’armée française. Mais l’Empire bataillait trop pour trouver le temps de remuer des moellons. En 1814, le chiffre consacré aux constructions n’avait pas dépassé trois millions deux cent soixante-treize mille francs cinquante-six centimes ; or, l’arc triomphal devait absorber trois fois cette somme avant d’être achevé.

La Restauration, qui eut un instant la pensée d’escamoter la construction de l’Empire à son profit, en substituant aux victoires républicaines et impériales la campagne d’Espagne, déboursa, pour son compte, trois millions sept cent soixante-dix-huit francs soixante-huit centimes ; enfin, le gouvernement de Juillet eut la gloire de terminer le monument, en ajoutant aux sommes déjà dépensées trois millions quatre cent quarante-neuf mille six cent vingt-trois francs trente-huit centimes ; l’arc de l’Étoile a donc coûté neuf mil lions sept cent vingt-trois mille quatre cent deux francs soixante deux centimes voilà un vrai compte d’architecte. La gloire et le moellon coûtent cher.

L’exécution de ce monument, grandiose dans l’ensemble, est assez singulière dans les détails, et nos descendants seront exposés à commettre plus d’une erreur, s’ils veulent juger des costumes et des armes des soldats de la République d’après les messieurs revêtus d’un baudrier qui sont sur le premier

plan. Ils auront quelque peine à se retrouver au milieu de ce mélange de sauvages, de soldats romains et de grenadiers.

Par une combinaison malheureuse, ce sont justement les figures qui, par leur masse et leur proximité du spectateur, sont le plus en vue, dont on s’est plu à voiler la réalité par les mensonges mythologiques. Les canons, les sabres, les fusils… tout l’attirail militaire contemporain est relégué au sommet dans les bas-reliefs.

Les cuirassiers, les lanciers, les dragons qui caracolent dans la frise, apparaissent d’en bas comme des bons hommes de pain d’épices. Il semble qu’on se soit attaché à reléguer dans les nuages tous les pittoresques souvenirs qui font battre le cœur du peuple.

Examinons brièvement les quatre groupes où les figures ont dix-huit pieds de proportions. Des soldats pleins d’énergie marchent au combat ; les uns sont couverts de cottes de mailles, de cuirasses ciselées et de boucliers, les autres sont armés de piques.

Comment reconnaître, au milieu de cette panoplie qui semble avoir été ramassée au hasard dans un cabinet d’antiquaire, ces immortels soldats de la République qui s’en allèrent un beau matin conquérir l’Europe ? Et cependant, à part cette critique, disons tout de suite que c’est là une magnifique composition : il y a, dans ces têtes de pierre, de l’élan et de l’enthousiasme. Le génie de la guerre respire bien toutes les tempêtes déchaînées de la révolution. Malheureusement cela n’a pas de date ; celle de 1792 n’existe que dans le livret officiel.

Le Triomphe nous représente l’Empereur couronné par la Victoire, et ayant à ses pieds une ville vaincue. Au-dessus de lui est la Renommée, et à ses côtés la Musede l’Histoire laquelle semble un peu trop occupée à prendre le croquis de

l’Hippodrome. LeTriomphe a tous les défauts du Départ pour l’armée, mais il n’en a pas la verve et la distinction. Ce Napoléon en peignoir, tenant un sabre romain, est surtout d’un assez triste effet.

La Résistance nous offre un jeune homme tout nu, tenant un coutelas à la main. Il est entre son père et sa femme qui porte sur son sein un enfant mort. Ce jeune homme, il faut bien le dire, représente moins la résistance que l’immobilité. Au-dessus de lui est le Génie de l’Avenir. Ce génie est coiffé d’une touffe immense. La Résistance est le plus faible des quatre groupes.

Le quatrième groupe est intitulé la Paix. Le taureau saute au milieu des moissons, pendant que la femme du soldat laboureur allaite son enfant plein de vie. Un homme nu, coiffé d’un casque romain et qui représente le soldat français, remet l’épée dans le fourreau d’un air assez maussade. Évidemment ce guerrier n’est pas satisfait d’une paix qui repose sur les traités de 1815 ; il songe aux limites du Rhin à jamais perdues. La figure endormie de Minerve domine le groupe.

 

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Paris par les Normands

Posté par francesca7 le 28 juillet 2013

(885-886)

Ce n’est pas sans raison que Charlemagne, à la vue des barques normandes qui venaient sous ses yeux tenter quelque pillage, s’alarmait sur le sort de l’empire. Aussitôt qu’il n’est plus, en effet, les pirates renouvellent sans relâche leurs excursions ; vainement les faibles successeurs du grand empereur achètent-ils la paix, les hommes du Nord, encouragés par les riches rançons qu’ils obtiennent, souvent sans combattre, reviennent jusqu’à ce qu’ils aient enfin reçu pour établissement la province à laquelle depuis ils ont laissé leur nom…

Après avoir pillé Rouen, Nantes, Bordeaux, ils s’aventurèrent dans leurs frêles embarcations vers Paris, Orléans et Toulouse en suivant dans l’intérieur du pays le cours des fleuves. Sur leur passage tout éprouvait la férocité de ces barbares ; les riches abbayes, les hameaux étaient incendiés, les habitants emmenés captifs ou tués impitoyablement, et malgré tant d’excès personne n’osait leur résister : « Nul roi. nul chef, nul défenseur ne se levait pour les combattre. »

La plus célèbre de leurs nombreuses expéditions contre Paris fut celle qui les amena en 885 sur les rives de la Seine. Paris, épuisé par trois invasions successives des Normands, n’occupait plus qu’une île jetée au milieu de la Seine comme un vaisseau échoue au lit du fleuve ; au nord et au midi la cité avait jeté, sur les rivages où s’était autrefois étendue dans toute sa splendeur romaine la Lutèce de Julien, deux ponts, chacun défendu à son entrée par une tour.

Les Normands se présentèrent à la fin du mois de novembre 885 au nombre de quarante mille hommes environ, montant sept cents grandes barques et un nombre si considérable de petites, dit Abbon, qui a raconté le siège de Paris dans un long poème, que la rivière en était couverte dans un espace de deux lieues au-dessous de la ville. Cette armée, conduite par quatre chefs, était commandée par l’un d’eux nommé Sigefroy : d’abord il s’adressa à Gozlin, évêque de Paris, et lui demanda le passage pour lui et ses troupes ; l’évêque et le comte de Paris, Eudes, refusent, et le chef normand se retire en proférant d’horribles menaces.

Paris par les Normands dans Paris images-32

Le lendemain, 27 novembre 885, le siège de Paris commença ; les Normands, campés sur la rive du nord, au bas des hauteurs de Montmartre, dirigèrent leurs attaques contre la tour qui de ce côté protégeait l’entrée du pont. Gozlin, l’abbé Ebbles son neveu, le comte Eudes, ces vaillants chefs qui devaient durant treize mois résister aux efforts des Normands, s’y renfermèrent avec les meilleures troupes, les combattants les plus courageux. Un premier assaut fut donné dans lequel les Normands furent repoussés, non pas sans avoir battu à coups de pierres et de flèches l’édifice dont ils voulaient s’emparer.

Le lendemain ils reviennent avec plus d’ardeur encore dès le lever du soleil, et ils trouvent la tour plus forte et plus haute que la veille. Pendant la nuit les assiégés, sans prendre de repos, avaient réparé le dommage causé par les Normands et ajouté de nouvelles constructions. Le succès de cette seconde journée fut vivement disputé ; les assaillants lançaient aux Parisiens des flèches, des pierres, et cherchaient à saper la tour du haut de laquelle les assiégés répandaient de la poix, de la cire fondue, de l’huile bouillante et précipitaient les assiégeants dans le fleuve en s’écriant : « Allez rafraîchir vos brûlures dans la Seine, ses eaux répareront votre chevelure et la rendront plus lisse. »

Vers la fin de la journée, comme les Normands étaient parvenus à ouvrir une brèche, Eudes et Ebbles font une sortie, en tuent trois cents , et rentrent après les avoir encore obligés de reculer. Les Normands, découragés par ces deux tentatives infructueuses, préparèrent des moyens puissants avant d’essayer un troisième assaut. Pendant deux mois ils suspendirent leurs attaques contre Paris ; mais ils mirent à feu et à sang la rive droite de la Seine, profanant les lieux saints, ruinant les principaux édifices, pillant et tuant partout sans miséricorde.

Le 28 janvier 886 ils s’avancèrent vers la tour dont ils voulaient s’emparer, traînant une immense machine en bois montée sur seize roues et portant à chaque étage un bélier manœuvré par soixante hommes ; ils achevaient le dernier étage sous les yeux mêmes des assiégés, quand une pierre lancée par une baliste frappe les deux inventeurs de cette machine et la rend inutile.

Toutefois, sans perdre courage et durant trois jours, ils reviennent à l’assaut ; ils enveloppent la tour de la ville de trois côtés, essaient de rompre le pont par lequel elle communique avec Paris, et avancent sous les murs en lançant des pierres, des flèches, des balles de plomb qui tombent jusque dans la ville. La grandeur du péril appelle tous les citoyens au combat, les cloches sonnent, les trompettes retentissent ; de toutes parts on invoque le nom de saint Germain, le patron de la cité, et on se rend vers le côté que menacent les ennemis.

Eudes, le vaillant comte de Paris, Robert, son frère, donnent à leurs soldats l’exemple du courage ; les assiégeants, animés par l’opiniâtre résistance qu’on leur oppose, égorgent les prisonniers qu’ils ont faits et jettent leurs cadavres dans les fossés, afin de les combler. « A cette vue le saint prélat (Gozlin), rapporte Abbon, ne peut retenir ses larmes ; il invoque à haute voix la mère du Dieu sauveur : à l’instant un trait volant du haut de la tour apporte à un ennemi le sort que lui souhaitait Gozlin. »

Les Normands essayèrent encore d’incendier le pont et la tour : ils remplirent plusieurs barques de bois, de feuillage, de paille, et, y mettant le feu, ils les abandonnèrent au courant du fleuve, mais elles vinrent se heurter contre les piles en maçonnerie du pont sans l’endommager. « Aussitôt le peuple de Dieu, continue le poète historien du siège de Paris, descend auprès de ces feux ennemis, les plonge dans les eaux, s’empare des barques en vainqueur, et trouve sa joie dans ce qui tout à l’heure faisait sa douleur et ses larmes. »

Cependant les Normands commençaient à douter du succès, ils s’étaient retirés dans leur camp, laissant sur place en face de Paris deux béliers, quand la rupture du pont méridional de la ville, renversé par un débordement subit, sépara de la cité la tour de défense, où douze guerriers se trouvaient alors renfermés. Aussitôt les Normands traversent la Seine, se répandent sur la rive du midi, et attaquent avec énergie la tour à laquelle on ne pouvait plus porter aucun secours.

Abandonnés de leurs concitoyens, en face de ces bandes de barbares qui se renouvellent incessamment pour l’assaut, les douze guerriers ne perdent pas courage et ils résistent avec une admirable fermeté : « Les citoyens voudraient en vain courir à la tour, dit Abbon, ils voudraient porter le secours de leurs armes à ces défenseurs qui, haletants, au nombre de douze, combattent vaillamment sans avoir craint jamais les formidables épées des Normands. Il est difficile, ajoute-t-il, de raconter leurs combats, mais voici leurs noms : Ermenfred, Ervée, Ériland, Odoacre, Ervic. Arnold, Solie, Gozbert, Uvid, Ardrade, Eimard et Gozsuin » ; noms d’intrépides combattants qui méritent d’être en effet conservés dans l’histoire.

Au milieu de l’incendie qu’allumaient les Normands, enveloppés par les flammes et la fumée, ces douze braves combattirent toute une journée. Enfin vers le soir leurs adversaires leur crient : « Guerriers, venez vous remettre à notre foi, vous n’avez rien à craindre. » Ils sortent alors de la tour, espérant se racheter par une rançon ; mais quand leurs ennemis les voient en leur pouvoir, trahissant la parole qu’ils viennent de donner, ils massacrent ces hommes, dont ils n’avaient pu loyalement triompher.

Depuis plusieurs mois, les Parisiens luttaient avec une admirable persévérance contre les Normands ; toujours ils avaient espéré que le roi Charles le Gros viendrait les secourir, mais rien n’arrivait. Les Normands étaient maîtres des deux rives de la Seine ; au loin on n’apercevait que le camp des barbares, et cependant les ressources diminuaient : les maladies, la famine épuisaient les forces des assiégés ; l’un des chefs, le courageux Gozlin, était mort.

Dans cette extrémité, le comte de Paris se dévoua afin d’aller presser l’arrivée du roi ; de grand matin il traverse au galop le camp ennemi et va trouver Charles le Gros. Au mois d’avril, Eudes, de retour de sa mission, paraissait sur les hauteurs de Montmartre : les Normands veulent s’opposer à son passage, le vaillant comte de Paris se jette parmi eux, franchit leurs rangs, et rentre dans la ville. Charles avait promis de prompts secours, mais l’indolent monarque n’arriva que dans les derniers jours d’octobre 886 ; encore n’osa-t-il pas combattre, il préféra payer de sept cents livres d’argent l’éloignement des barbares qui étaient depuis une année devant Paris.

C’est à ce moment que commence l’illustration des Capétiens ; tandis que Charles le Gros se déshonore par sa lâche insouciance, le courage et l’activité du comte de Paris lui gagnent une influence qui prépare l’avènement de sa famille au trône jusqu’alors occupé par les Carolingiens.

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La ménagère parisienne

Posté par francesca7 le 11 juillet 2013


par

M.-J Brisset

~ * ~

La ménagère parisienne dans ARTISANAT FRANCAIS menage-179x300LES femmes de province ont pendant longtemps paru posséder des droits exclusifs au titre glorieusement bourgeois de bonne ménagère. Et, en effet, la régularité des habitudes intérieures, la rareté de distractions extérieures, les traditions léguées de mère en fille, le besoin d’une occupation, d’une activité journalière, la nécessité d’entretenir et de consolider par les minutieux efforts de chaque jour une fortune à laquelle le temps ne semble devoir apporter aucun accroissement soudain, par-dessus tout le désir ardent qu’elles ont de surpasser ou d’égaler, à force d’économies intérieures, le luxe des femmes plus riches qu’elles, et de pouvoir soutenir sans crainte la surveillance inquisitoriale qu’elles exercent sans cesse les unes sur les autres, tout contribue à faire des femmes de province les ménagères par excellence, ménagères corps et âme, esprit et coeur, dans toutes les circonstances de la vie, et à toutes les heures de la nuit et du jour.

Mais, après avoir ratifié les droits incontestables de nos Françaises de province, qu’il nous soit permis de retracer ici le type modeste et jusqu’à présent ignoré de la ménagère parisienne.

Si Paris est l’Eldorado des femmes frivoles, s’il est le paradis des femmes riches, belles et coquettes, s’il est plein d’entraînements, d’enivrements, d’hommages et de séductions pour les femmes faibles et vaines, il est aussi le lieu des souffrances, des privations, de l’isolement et des angoisses intérieures, le lieu des épreuves et des travaux amers pour les femmes pauvres, honnêtes et fières. Les soins du ménage de la jolie Parisienne s’engourdissent au contact de l’eau froide qui doit purifier les légumes, ou se gercent et se crispent à l’action contraire de l’eau bouillante si nécessaire pour entretenir autour d’elle une rigoureuse et appétissante propreté. Mais il lui faut allumer le feu, préparer la viande saignante ; il lui faut apprêter l’éclairage du soir ; tout cela se fait promptement, proprement, avec activité, courage… et la jeune femme achève allégrement sa tâche, en songeant au retour de son époux aimé.

Après avoir, non sans un gros soupir, déjeuné seule à la hâte, elle procède maintenant à l’arrangement de son intérieur élégant. Le balai, le plumeau en main, elle range, remue, nettoie ; elle époussette et frotte avec amour chacun de ces meubles dans lesquels elle se mire ; elle les soigne avec un sentiment de reconnaissance, car tous font partie de son bonheur. Quelques-uns ont été apportés dans la communauté par le mari. C’était son ménage de garçon. Voici le petit bureau sur lequel il écrivait ces lettres d’amour si tendres, voici la toilette à glace mouvante qu’il interrogeait avec crainte, se demandant si sa figure d’austère et laborieux étudiant pourrait plaire à une jeune fille ; voilà sa pipe, ses pistolets, armes de vaurien, placées à tout jamais dans ce coin, où il a juré de les oublier, trophées conquis par l’amour, et auxquels la jeune femme adresse un sourire de triomphe et de défi.

D’autres meubles plus riches ont été donnés à la pauvre fille sans dot par quelque bonne parente morte depuis : leur vue attire souvent dans ses yeux quelques pieuses larmes de regret et de reconnaissance ; d’autres ont été achetés depuis son mariage du fruit de ses économies, et ceux-là, on le pense bien, ne sont pas les moins aimés.

Tout est en ordre maintenant ; les croisées, ouvertes un instant pour laisser entrer l’air libre qui doit renouveler l’atmosphère, sont refermées avec soin ; les blancs rideaux se drapent devant elles, élégamment relevés ; le lit, propret et rebondi, est recouvert d’une coquette enveloppe ; les fauteuils sont rangés, le feu est reconstruit, et voici que la jeune femme se met gaiement à sa toilette.

Alors s’opère une transformation prompte et complète, qu’étudierait avec intérêt le spectateur le plus indifférent. Le bonnet du matin, jeté avec mépris, laisse flotter les trésors d’une riche chevelure, et, de son habile main, l’adroite parisienne la dispose avec art en tresses, en bandeaux. Bientôt sa tête lisse, bouclée, élégante, semble sortir des mains du plus renommé des coiffeurs ; sa taille souple, qu’on devinait à peine sous l’ample manteau du marché, ou sous le peignoir de la balayeuse, enlacée à présent par un corset magique qui la maintient sans la gêner, et révèle ses formes sans les exagérer ni les comprimer, paraît dans toute la grâce de ses élégantes proportions ; une robe d’une étoffe peu coûteuse, mais bien faite et faite par elle ; un fichu frais, clair et léger, le tablier de soie à pochettes garnies, les fines mitaines recouvrant des mains auxquelles le citron et la pâte d’amande ont rendu toute leur blancheur primitive ; et voilà notre ménagère aussi coquette, aussi pimpante que pas une femme de Paris. Aussi digne qu’une duchesse, aussi gracieuse qu’une grisette ; vienne maintenant qui voudra la visiter !

Après un dernier coup d’oeil jeté à son miroir, elle dispose avec promptitude son établissement de travail. Une petite table est devant la fenêtre, une chaise de paille est auprès ; elle s’y installe, un tabouret sous ses pieds. A l’oeuvre, ma jolie couseuse, faites paraître les merveilles que savent créer vos doigts délicats ! A la fois couturière, lingère, modiste, brodeuse, ravaudeuse et quelquefois tailleur, la ménagère parisienne, entourée d’étoffes achetées au rabais, déploie ses multiples talents, ses industries innées. Voyez éclore sous ses doigts ce ravissant bonnet qui doit, le soir, parer sa jolie tête, et rivaliser de goût et de fraîcheur avec les coiffures des Simon, des Tulasne ! Plus de vingt fois essayé, le gracieux chiffon s’harmonise enfin avec la douce physionomie qu’il doit embellir encore ; ces fleurs légères se mêleront heureusement aux boucles soyeuses de la chevelure, les plis de ce tulle nuageux entoureront d’une auréole transparente ces jolis traits dont ils feront ressortir les lignes fermes et pures, et ce noeud de satin, jeté négligemment sur le côté, caressera, de ses bouts flottants, une blanche épaule découverte.

Comme pour calmer ensuite son imagination vivement surexcitée par ce travail d’inspiration, ou peut-être pour secouer l’enivrement de la coquetterie et ramener son esprit à de plus solides idées, la jeune femme se livre maintenant à un travail plus sévère. Avec une patience laborieuse, avec une agilité presque mécanique, elle conduit et ramène d’un mouvement uniforme l’aiguille qui traverse le lin. Il y a dans cette occupation des idées d’ordre, d’avenir, de durée : ce sont les premiers fondements matériels d’une bonne maison, ce sont là les oeuvres simples et graves de la femme forte de l’Écriture.

C’est maintenant au tour du mari. Il s’agit de déployer à son profit les talents si divers des industries parisiennes. Par où commencera la jeune femme, qui voudrait faire pour lui tant de choses à la fois ? Travaillera-t-elle au bonnet qu’elle lui brode en secret pour sa fête ? ou plutôt, s’occupant d’une nécessité plus pressante, sacrifiera-t-elle son chapeau de velours noir de l’année dernière, dont la forme est un peu passée de mode, pour renouveler le collet de l’habit qui, rajeuni par ce changement, les dispensera quelque temps encore d’une visite dispendieuse au tailleur.

Un coup de sonnette la tire de son hésitation. Elle va ouvrir. Ce sont deux jeunes femmes de son âge, deux compagnes de pension.

« C’est toi, Lise ! c’est toi, Hortense ! Que je suis aise de vous voir !

– Bonjour, ma bonne Maria ! Combien il faut monter pour arriver chez toi ! nous en sommes tout essoufflées.

– Entrez, venez, asseyez-vous ! »

Les jeunes femmes s’installent au coin du feu, ravivé par la ménagère. Elles jettent un regard d’inspection curieuse sur cet intérieur irréprochable pour le bon ordre, mais qui semble bien mesquin et bien triste à des filles de riches négociants, à des femmes de banquiers ou d’agents de change. On parle d’abord des anciennes compagnes qu’on a rencontrées dans le monde : ces deux dames en ont revu beaucoup, car, n’ayant rien à faire et s’ennuyant chez elles, elles sont à l’affût de toutes les occasions qui leur procurent l’emploi de quelques heures dans la journée.

Satisfaite de la comparaison intérieure qu’elle vient d’établir entre son riche hôtel et la modeste mansarde de celle qu’elle vient visiter, Hortense parle complaisamment de ses chevaux, de ses équipages, de ses tableaux, des riches tentures de ses appartements et du grand monde qui les assiége dans ses jours de réunion. La maîtresse de logis, avec une fierté douce, empreinte d’un sentiment vrai, lui répond par l’éloge de son mari qui, dit-elle, sera un jour, est déjà un homme de mérite, de son mari dont l’amour et les tendres soins l’empêchent de songer à désirer jamais une autre position que la sienne ! Puis, à chaque question, à chaque remarque faite par la curieuse Lise, ou par la dédaigneuse Hortense, et tendant à faire ressortir la pauvreté de leur compagne, elle répond par de malicieuses questions sur la beauté, le caractère, l’élégance, la tendresse ou l’esprit de ceux dont elles portent le nom. L’une est obligée de convenir que son marie est gros et lourd : il s’endort chaque soir près d’elle, il abhorre la musique, exècre la littérature, fait fi de la conversation !…

L’autre a épousé un avoué qui est aussi sur le chemin de la fortune. Petit, mince, actif et remuant, il a le génie des procès, et son grand art consiste à en inventer sans cesse pour le compte de ses clients. Il est vrai que, quand le procès ne donne pas, toute son activité, tant soit peu tracassière, se reporte sur son ménage où il contrôle tout ce qu’on fait.

A ces aveux, la ménagère sourit et répand un regard d’amour sur l’heureux asile de sa douce pauvreté.

Les jeunes femmes se retirent, non sans avoir fait promettre à l’humble maîtresse du lieu d’aller à son tour revoir ses jeunes amies : elle accepte l’expectative d’une visite pénible peut-être pour son amour-propre, mais son mari l’accompagnera ; une fois au bras de celui que son amour a choisi, elle sent qu’elle n’enviera rien à personne. C’est que son époux tant chéri, c’est là toute sa richesse, c’est là son luxe, son orgueil… orgueil sublime de la femme pauvre, dont toute la gloire est dans celui qu’elle aime !

Cependant l’heure du dîner s’approche, et la visite un peu longue des camarades de pension a peut-être nui au pot-au-feu abandonné depuis le matin à lui-même. Vite un coup d’oeil et un coup de main pour les derniers travaux de la cuisine ! Le maître va bientôt rentrer, il faut qu’il trouve tout en ordre, et que sa femme, libre de tout soin du ménage, soit alors entièrement à lui. Il faut qu’à peine il se doute que sa gracieuse compagne est aussi sa servante, triste idée qui gâterait pour lui les joies du retour et troublerait le bonheur de la réunion. Sa femme lui épargnera autant qu’elle le pourra l’aspect des travaux grossiers, des privations nombreuses qu’une position modeste impose à celle qu’il voudrait environner des prestiges de la gloire et des jouissances de la richesse. Cette pénible vérité glacerait  ses inspirations, empoisonnerait ses travaux et finirait trop brusquement ce rêve d’avenir, où, d’avance, il acquitte toutes les dettes que son coeur a contractées envers l’ange de son propre foyer.

Toujours est-il que, patiente et résignée, elle a interrompu plus d’une fois ses travaux de la journée pour aller ouvrir avec préoccupation le meuble qui contient toute la fortune du ménage. Elle a souvent tourné machinalement entre ses doigts quelques pièces restées au fond d’un tiroir, en se chicanant elle-même avec une sorte de remords sur les dépenses faites, et en se demandant avec crainte qui pourvoira aux exigences de l’avenir ! Elle a bien cherché dans son esprit quelle économie nouvelle elle pourrait encore inventer, quelle privation nouvelle elle pourrait encore supporter. N’a-t-elle pas supprimé à l’insu de son mari la femme de ménage qui, le mois dernier encore, venait la soulager des travaux les plus pénibles ? N’a-t-elle pas renoncé à nombre d’habitudes prises, à nombre de petites douceurs dont le bien-être lui était personnel ?… N’a-t-elle pas abandonné et la lecture, et le dessin, et la musique, doux passe-temps de sa vie de jeune fille, pour ne rien dérober aux travaux utiles de ces heures dont elle leur a fait l’abandon ? Que peut-elle faire de plus, elle pauvre femme, dont l’inépuisable industrie, dont l’imagination infatigable ne trouvent à s’exercer que sur l’emploi de rares et chétives finances, que sur les infimes économies de chaque jour ?

Pour ceux que la terre nourrit, le temps, en épuisant les provisions amassées par une sage prévoyance, ramène de nouveaux produits, et tandis que le laboureur, retenu chez lui par le froid, par la neige, qui contristent la campagne, voit baisser avec peine le blé qu’enserre sa grange, il se ranime à l’idée que, cachée sous la terre durcie, une nouvelle moisson se prépare pour lui.

Mais pour l’habitant des grandes villes qui voit s’épuiser les ressources du passé, sans que l’avenir lui offre aucune promesse, pour le malheureux citadin qui n’a devant lui que quelques pièces de monnaie au fond d’une bourse légère, qui n’a pour tout domaine que les murs inféconds d’un quatrième étage dont on viendra bientôt réclamer le lourd loyer, il y a des moments d’angoisse inexprimable, et chaque jour qui s’enfuit, en enlevant une parcelle de l’irretrouvable métal, semble un pas de fait vers l’horrible abîme de la misère et de la faim.

Personne ne comprend, ne ressent mieux ce supplice que la femme parisienne. Élevée dans une atmosphère d’élégance et de délicatesse, loin de l’air libre des champs et des travaux vivifiants de la campagne, elle a acquis en finesse de perceptions, en vivacité d’émotions, en délicatesse d’organes, tout ce qui lui manque en richesse de santé et en énergie musculaire. Sur cette organisation irritable et nerveuse, les chagrins ont plus de prise ; pour cet être faible et impressionnable les inquiétudes sont plus poignantes et les travaux plus accablants.

Pourtant une énergie sublime vient tout à coup en aide à la femme honnête et pure, qui souffre ainsi sous les yeux de Dieu seul, et lorsque le coup de sonnette attendu lui annonce le retour de son mari, elle court lui présenter un visage joyeux, plein de confiance et d’espoir.

Ce sont là ses moments de bonheur. Voici enfin celui au bien-être duquel elle a travaillé tout le jour, celui pour lequel elle trouve tous les sacrifices doux et faciles à remplir, celui sur la tête duquel reposent tant de rêves de gloire et d’avenir. Il y a bien encore au milieu des joies de la réunion quelques moments pénibles et qui réveillent dans le coeur de la pauvre femme tout un monde de chagrins oubliés ; soit que le mari se plaigne doucement de l’exiguité de son repas, soit qu’il trouve moins gai que de coutume le feu dans lequel une main prévoyante a ménagé le bois qui se fait rare au logis ! Mais il y a tant de foi dans l’avenir chez cet homme sûr de lui-même, il y a tant de nobles intentions, tant d’idées créatrices, tant d’amour stimulant au coeur, que sa douce et faible compagne se retrempe à ce feu sacré et puise de nouveau, près de celui qu’elle aime, la force et la confiance qui doivent alimenter son dévouement de chaque jour.

Aussi, combien la soirée sera douce ! Ira-t-on dans le monde où, déjà le mérite du mari et les grâces de la femme leur assurent un accueil flatteur ? Affrontera-t-on, à l’aide du manteau, des socques et de toutes les précautions bourgeoises employées en pareille circonstance, le froid, l’humidité d’une soirée d’hiver, si hostile pour la femme légèrement vêtue qui se rend à pied dans ces fêtes parfumées où les autres n’arrivent qu’en voiture ?…. ou, sans quitter les vêtements chauds de la saison, profitera-t-on de ces deux billets de spectacle donnés au mari, et qu’il a rapportés tout triomphant ?

menagere dans LITTERATURE FRANCAISEEh bien, non ! Il fait bon dans la chambre échauffée, le vent souffle au dehors froid et aigre, et il y a du bruit et de la boue dans rues… Ils sont si bien là tous les deux ! Ils ont tant de moyens d’employer agréablement cette soirée !… Et ce piano, sur lequel les doigts de la jeune femme s’exerçaient autrefois avec tant de succès, et ces livres nouveaux qu’ils veulent lire ensemble, et ce travail important qu’il a, lui, entrepris et d’où dépend peut-être tout son sort à venir, et l’ouvrage qu’elle n’a pas pu, elle, achever dans la journée !…

Ainsi se passe la soirée du ménage parisien. Assis au coin du feu devant la table qu’ils ont approchée, l’un écrivant, et s’interrompant plus d’une fois de son grand travail pour contempler à ses côtés cette chaste et suave figure qui resplendit aux reflets de la lampe, s’interrompant aussi pour lire ou pour communiquer à celle qu’il aime la pensée éclose sous l’inspiration qu’elle a fait naître ; l’autre cousant, simple ménagère, et laissant tomber, à l’appel de son époux, avec un doux regard, un bon conseil, une parole encourageante, un jugement judicieux et sain.

Et après ces travaux si doux, faits qu’ils sont en commun, la table est éloignée, les siéges se rapprochent, une main cherche une autre main. En regardant luire les derniers tisons qui achèvent de se consumer, on parle de l’avenir, on parle de ses espérances, de ses projets, on se console, on s’encourage, on rêve à deux les honneurs, la gloire et la fortune. On a des protecteurs, des amis, du talent !

Mais plus rien ne brûle dans l’âtre. Les charbons qui, tout à l’heure, faisaient briller leurs formes capricieuses, sont maintenant réduits en poussière ; les bruits lointains de la rue sont assoupis, et minuit sonne à la petite pendule en palissandre placée sur la cheminée.

« Il est tard ! dit le jeune homme.

– Il est tard ! » répète faiblement la jeune femme.

Au bout de quelques instants, les conversations ont cessé, la lampe n’éclaire plus la petite chambre bien close, et l’enivrement du bonheur, des illusions, des espérances règne seul dans ce modeste réduit.

Bientôt l’ange qui veille sur les amours bénis du ciel salue le doux sommeil des époux, en leur répétant ces bonnes et saintes paroles de la Bible : « La femme forte est la joie de son mari, elle lui fera passer en paix toutes les années de sa vie… Comme le soleil se levant dans le ciel, qui est le trône de Dieu, orne le monde, ainsi le visage d’une femme vertueuse est l’ornement de sa maison. »

Texte établi sur un exemplaire (BM Lisieux : 4866 ) du tome 3 des Francais peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle publiée par L. Curmer  de 1840 à 1842 en 422 livraisons et 9 vol. 

 

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joyeux Bercy à Paris

Posté par francesca7 le 14 juin 2013

 

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Quand les Parisiens s’encanaillaient au marché du vin.

La caricature est savoureuse. On y voit un bourgeois passablement saoul, la main appuyée à une commode pour se maintenir en équilibre devant sa dame en pleurs. »Est-il permis de revenir de Bercy dans un état pareil ? Un homme établi  » (…),fait dire la légende à la femme. »Eh ben quoi ? Puisque j’aime l’eau ! On ne peut plus aimer l’eau, à présent ? » répond l’homme. Le dessin est signé du caricaturiste Honoré Daumier (1808-1879). Il rappelle ce qu’était Bercy au XIXe siècle : un lieu où les Parisiens venaient en masse pêcher et faire du canotage les dimanches et jours fériés. Un lieu, surtout, où l’on buvait, souvent en quantité, le vin étant ici moins cher que dans la capitale. Car le quartier, où s’était développé un marché de négoce de vin, était alors en dehors de Paris et, donc, exempt des taxations appliquées sur les marchandises entrantes. Clin d’oeil de l’Histoire, l’impôt était prélevé au mur des Fermiers généraux, situé à la place de l’actuel ministère de l’Économie et des Finances.

 joyeux Bercy à Paris dans Paris bercy

« Quand on se promène aujourd’hui sur la terrasse dominant la voie sur berge ou sur les gradins extérieurs du Palais Omnisport de Paris Bercy, on a du mal à imaginer l’effervescence qui régnait au XIXe siècle le long du quai et dans les rues occupées à présent par le paisible parc de Bercy », note Lionel Mouraux, président de la Photothèque des jeunes Parisiens, dans son ouvrage « Bercy, au fil du temps »(Parimagine). Il y retrace l’histoire de ce quadrilatère d’une quarantaine d’hectares qui n’a guère été modifié au cours du temps. C’est à partir de la Révolution qu’un marché de dépôt de vin s’y installe, en raison de la proximité de la Seine. Bercy n’abrite alors que des résidences, dépendances du château de Bercy situé plus à l’est. Cédées à la haute bourgeoisie désireuse d’avoir un pied-à-terre à la campagne, elles seront transformées en entrepôts avec leurs jardins et deviendront, un siècle plus tard, le plus grand marché viticole du monde.

Si Bercy est avant tout un lieu de travail, il attire rapidement les Parisiens, qui y achètent leur vin à moindres frais. Son cadre champêtre en fait une destination de promenade. Guinguettes et auberges s’installent du pont de Bercy à l’actuelle avenue des Terroirs de France. Fondé en 1784, le Rocher de Cancale était l’un des plus célèbres établissements. »C’est la véritable Bourse de Bercy,écrit Alfred Sabatier, un journaliste et négociant de l’époque.Ici, vous pouvez savoir si le temps ou l’oïdium va avoir une importance quelconque sur le margaux ou le minervois ; si le brouilly va cette année détrôner le sauternes. » Un autre lieu, les Terrasses (voir illustration), deviendra le rendez-vous attitré des canotiers. C’est l’époque du « joyeux Bercy », pour reprendre l’expression de Lionel Mouraux. Une époque avec laquelle le cours Saint-Emilion, aujourd’hui centre commercial à ciel ouvert, entend renouer, dans une version néanmoins bien plus aseptisée. Seul le musée des Arts forains, par sa nature populaire et festive, semble en reprendre l’héritage (voir encadré).

Insouciance. 

Au XIXe siècle, les affaires se concluaient souvent autour de la table. Les guinguettes sont réputées pour les fritures et les « matelotes », bouillabaisses de poissons d’eau douce. »Chacune d’elles possédait à l’arrière sa tonnelle(…),propice à l’idylle, à l’aventure galante », écrit Lionel Mouraux. C’est dans le quartier qu’est mise au point la recette de l’entrecôte Bercy (cuite sur les douelles) ou celle de l’entrecôte Marchand de vin (sauce aux échalotes, beurre et vin). Dans ce cadre en apparence idyllique, deux fléaux menacent néanmoins l’insouciance ambiante : les inondations et les incendies parfois considérables, attisés par la présence de l’alcool, du bois et de la chaume des toits.

Ce « joyeux Bercy » prend fin en 1860, quand, désireux de s’agrandir, Paris englobe vingt-quatre communes périphériques. Le quartier tombe alors sous le régime fiscal commun. Des entrepôts de plus grande importance sont construits, les restaurants et les guinguettes détruits. Un nouveau quai est aménagé, capable de protéger des inondations. Des grilles délimitent le périmètre, conférant au lieu un caractère autarcique. Elles viennent s’ajouter aux barrières que constituent au sud la Seine, au nord la ligne de chemin de fer (1847), à l’est les fortifications de Thiers (1842) et enfin, à partir de 1906, le viaduc aérien du métro. »Depuis leur annexion jusqu’à leur complète disparition, en 1990, les entrepôts ne connurent pas de profondes mutations », note Lionel Mouraux.

Source http://www.lepoint.fr/villes/au-bon-temps-du-joyeux-bercy-22-11-2012-1567886_27.php

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le Pétomane

Posté par francesca7 le 8 juin 2013

 1er mai 1894. Pujol, le Pétomane, fait souffler un vent de folie sur Paris. Vidéo

 

Sous contrat au Moulin-Rouge, Joseph Pujol produit son anus à la Foire du Trône. Le voilà avec un procès aux fesses !

le Pétomane dans FONDATEURS - PATRIMOINE petomane1

Chaque soir, ils sont des centaines à s’entasser dans la salle du Moulin-Rouge pour se tordre de rire aux performances de l’anus de Joseph Pujol. Cet immense artiste pète comme il respire. C’est-à-dire à volonté. Le Pétomane entame son récital par une cavalcade de prouts tous plus stupéfiants les uns que les autres. Interminables, trépidants, aigus, graves, écrasés, détonants, fringants, craintifs, colériques, conquérants, coulants, caquetants, il en a pour tous les goûts. Jean-Marie Bigard lui écrit ses dialogues…

Chaque salve déclenche un mistral de rires. À s’en péter les boyaux. Son anus a également l’oreille musicienne, il joue La Marseillaise et même « ‘O Sole Mio » en soufflant dans un ocarina par l’intermédiaire d’un tuyau relié à son fondement. Lequel tuyau sert aussi à souffler une chandelle située à plusieurs mètres de distance ou encore à fumer. Dans la salle, le public hurle de rire à s’en faire exploser les côtes. Un journaliste écrit : « Il avait su attirer au Moulin-Rouge, nez au vent et bouche bée, les foules idolâtres. » Le prince de Galles, le roi des Belges, Léopold, et même Sigmund Freud font partie de ses plus fervents admirateurs. Sur Europe 1, Jean-Marie Le Pen se lâche : « Maintenant, je n’ai plus honte en société ! » 

« Vous chantez aussi du derrière ? »

Comment est-il devenu l’attraction principale du célèbre établissement parisien ? Dans ses Mémoires, Yvette Guilbert narre son audition par le directeur, M. Zidler : « C’est au Moulin-Rouge que j’ai entendu les plus longs spasmes du rire, les crises les plus hystériques de l’hilarité. Zidler reçut un jour la visite d’un monsieur à visage maigre, triste et pâle, qui lui confia qu’étant un phénomène, il voulait vivre de sa particularité.

- En quoi consiste-t-elle, votre particularité, monsieur ?

- Monsieur, explique l’autre en toute gravité, figurez-vous que j’ai l’anus aspirateur…

Zidler, froidement blagueur, fit :

- Bon, ça !

L’autre continua, d’un ton de professeur :

- Oui, monsieur, mon anus est d’une telle élasticité que je l’ouvre et le ferme à volonté…

- Et alors…, qu’est-ce qui arrive ?

- Il arrive, monsieur, que par cette ponction providentielle j’absorbe la quantité de liquide qu’on veut bien me confier…

- Comment ? Vous buvez par le derrière ? dit Zidler, effaré et aguiché. Qu’est-ce que je puis vous offrir, monsieur ? fit Zidler, cérémonieux…

L’autre, de même :

- Une grande cuvette d’eau, monsieur, si vous le voulez bien…

- Minérale, monsieur ?

- Non, merci, naturelle, monsieur.

Quand la cuvette fut apportée, l’homme, enlevant son pantalon, fit voir que son caleçon avait un trou à l’endroit nécessaire. S’asseyant alors sur la cuvette remplie jusqu’au bord, il la vida en un rien de temps et la remplit de même.

Zidler constata alors qu’une petite odeur de soufre se répandait dans la chambre : « Tiens, vous fabriquez de l’eau d’Enghien ! »

L’homme sourit à peine.

- Ce n’est pas tout, monsieur… Une fois ainsi rincé, si j’ose dire, je puis, et c’est là où est ma force, expulser à l’infini des gaz inodorants, car le principe de l’intoxication…

- Quoi ? Quoi ? interrompit Zidler, parlez plus simplement… Vous voulez dire que vous pétez ?

- Heu… Si vous voulez, concéda l’autre, mais mon procédé, monsieur, consiste dans la variété sonore des bruits produits.

- Alors, quoi ? Vous chantez aussi du derrière ?

- Heu… Oui, monsieur.

- Eh bien, allez-y, je vous écoute !

- Voici le ténor… un ; 
voici le baryton… deux ;
 voici la basse… trois ;
 la chanteuse légère… quatre ; celle à vocalises… cinq.

Zidler, affolé, lui cria :

- Et la belle-mère ?

- La voici ! dit le Pétomane. »

Et sur ce, Zidler l’engage, faisant inscrire sur les affiches :

« Tous les soirs, de 8 à 9, 
LE PÉTOMANE, 
le seul qui ne paie pas de droits d’AUTEUR ! »

Sans trucage

Dès le premier soir, une femme enserrée dans son corset rit tellement fort qu’elle ne parvient plus à retrouver son souffle. La voilà qui tombe évanouie, il faut la faire évacuer. Depuis ce soir-là, le patron du Moulin-Rouge place une infirmière en habit blanc dans le public. Pour couper à toute rumeur de trucage, Pujol accepte de se produire lors de spectacles privés, en présence d’hommes exclusivement. Il troque alors son habit rouge pour un costume de bain doté d’un trou assez large pour laisser apparaître le véritable « performer ».

Durant deux ans, le Pétomane connaît au Moulin-Rouge un succès phénoménal. Son cachet est dix fois supérieur à celui de Sarah Bernhardt. Mais, bientôt, le voilà qui fait un pet de travers : en 1894, pour faire plaisir à un ancien camarade, malgré son contrat d’exclusivité signé avec le Moulin-Rouge, il se produit à la Foire du Trône. Furieux de cette prestation, la considérant comme une rupture de son contrat, Zidler lui intente un procès le 1er mai 1894. Joseph Pujol prend le vent du large pour se produire, dès lors, dans son propre théâtre, le Pompadour. Son succès dure jusqu’à la guerre de 1914. Son anus expire son dernier vent en 1945. Il a 88 ans. Une école médicale parisienne offre à ses héritiers de racheter le rectum du pétomane pour 25 000 francs. Mais Louis, son fils aîné, refuse : « Il y a des choses dans la vie qui doivent être simplement traitées avec révérence. »

Regardez le vrai Pétomane filmé par Thomas Edison. Muet…

http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/1er-mai-1894-depuis-deux-ans-le-petomane-fait-souffler-un-vent-de-folie-sur-paris-video-01-05-2012-1456867_494.php

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Les Lavoirs ou les blanchisseuses à Paris

Posté par francesca7 le 30 mai 2013

 

Histoire du blanchissage du linge à Paris

Jusqu’au XVIIIème siècle, le linge parisien se blanchit dans les faubourgs Saint-Marcel et dans le quartier des Gobelins.

D’autre part, dès le début du XVIIIème siècle, les blanchisseuses disposent de petits bateaux et l’obligation de laver dans des bateaux spéciaux s’étend. 

On construit alors des bateaux selles, plats et couverts, dont les bords sont garnis de tablettes. Les propriétaires des bateaux perçoivent une taxe de quatre sous par personne, plus un sou de location pour l’indispensable baquet. 

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Petit à petit, le métier s’organise et les premiers entrepreneurs s’installent, notamment sur les berges de la Seine à Paris. Moyennant un salaire mensuel, ils blanchissent chaque jour le linge des grandes maisons qui les emploient. 

Par mesure d’hygiène, un édit du 26 février 1732 interdit « à tous les blanchisseurs de lessive de continuer leur blanchissage dans le lit de la Bièvre, au-dessus de la Manufacture Royale [des Gobelins] et du clos Payen ». Les blanchisseurs se transportent extra-muros et s’installent à Gentilly, Arcueil et Cachan. En 1837 on compte 113 blanchisseries à Gentilly. La Bièvre commence à n’être plus qu’un égout à ciel ouvert. 

Le développement de l’hygiène et des soins de propreté, la réduction du temps de travail (loi du 30 mars 1900) entraînent un énorme développement de la profession.  [...] En 1900, les patrons blanchisseurs d’Arcueil-Cachan fondent avec ceux de Gentilly, Bourg-la-Reine, Bagneux, l’Hay-les-Roses et Antony, le Syndicat des Patrons-Blanchisseurs d’Arcueil-Cachan. 

A  Boulogne, près de Paris, où l’eau est réputée très peu calcaire, on creuse des trous dans la berge de la Seine. Les blanchisseuses descendues dedans, ont le linge posé sur le sol, juste à la bonne hauteur pour le laver. 

L’Illustration, en mars 1874, publie un dessin montrant le marché aux blanchisseuses dans la rue aux Ours, où celles-ci vont chercher du travail.

Les ouvrières blanchisseuses, à l’exception de celles employées dans la grande industrie et les vastes établissements, travaillent en général pour deux ou trois patrons. Elles touchent un salaire, plus le droit au lavage gratuit de leur linge personnel et de celui de leur famille. Les hommes, très minoritaires, sont presque exclusivement employés comme garçons de lavoir, livreurs ou attachés à des travaux mécaniques trop durs pour les femmes. 

Les ateliers de petite blanchisserie sont insalubres, au rez-de-chaussée, dans des ruelles où l’air ne pénètre jamais. Les buanderies sont uniquement aérées par la porte, le linge blanchi bouchant les fenêtres. La vapeur qui se dégage des fers chauffés au charbon de bois et au gaz pollue l’air de ces bouges étroits et encombrés. La législation visant à améliorer les conditions de travail reste mal appliquée. 

Il faut du courage pour accomplir, par tous les temps et dix heures par jour, en bord de Seine ou à la buanderie, ce labeur consistant à battre le linge, à le tremper, le tordre, le savonner, l’essorer, le plier. Le seul moment de détente est l’heure de la collation, vers 3 heures et demie ou 4 heures de l’après-midi, lorsque la patronne offre aux laveuses le verre de vin ou le café. Mais le linge doit être prêt si l’on veut conserver
sa place. Une place qu’il faut payer 5 centimes de l’heure et qui rapporte de 3 F à 4 F par jour. 

On travaille de très longues heures, six jours sur sept, sans congés payés, retraites ou congés maladies. Le travail des blanchisseuses et garçons de lavoirs est très physique. Celles qui pratiquent ce travail deviennent rarement centenaires. Très tôt, elles souffrent de rhumatismes, occasionnés par l’eau glaciale, ou de pleurésie, provoquée par les courants d’air. Les buandières meurent à 50 ou 60 ans, quelquefois plus jeunes, épuisées par l’effort ou rongées par l’alcool. 

L’alcoolisme constitue un grand fléau : les trois quarts des ouvriers absorbent régulièrement apéritifs, rhum du matin et absinthe. De nombreux cafés s’installent dans les grands centres de blanchissage. ** cf note Extrait de « les Faits-Divers Illustrés » du 14 janvier 1909. 

La profession est par ailleurs éprouvante. « Toute la journée dans un baquet jusqu’à mi-corps, à la pluie, à la neige, avec le vent qui vous coupe la figure ; quand il gèle, c’est tout de même, il faut laver… On a ses jupes toutes mouillées dessus et dessous » écrit V. Hugo dans Les misérables. 

En outre, le linge souillé augmente les risques de tuberculose, ce fléau du siècle. 

laverie dans Paris

La tuberculose est responsable de plus de la moitié des décès chez les blanchisseuses et repasseuses contaminées par le linge, rarement désinfecté à son arrivée. Les lésions de la peau, dues à l’emploi de lessives corrosives, les lombalgies, les varices, les accouchements prématurés sont le lot commun de ces femmes qui portent des charges trop lourdes et travaillent sans cesse debout. 

Le danger est tel que, en 1905, l’Administration estime nécessaire d’intervenir dans les lingeries industrielles, pour sauvegarder tant la santé du public que celle des blanchisseuses. 

Déjà, le transport en vrac du linge sale dans les trains de voyageurs, qui se faisait sans précaution aucune, est interdit. Désormais, ce linge ne pourra être introduit dans les ateliers qu’enfermé dans des sacs soigneusement clos. Avant tout triage et toute manipulation, le linge devra être désinfecté, en particulier celui en provenance des hôpitaux. Les ouvrières devront être pourvues de surtouts de protection et seront tenues de se laver à chaque sortie de l’atelier. Enfin, il leur sera interdit de consommer un quelconque aliment ou une quelconque boisson dans les ateliers de linge sale… 

  Un rapport de la chambre syndicale des blanchisseurs, adressé vers 1880 au ministère de l’intérieur, évalue à 104 000 personnes la population que le blanchissage fait vivre à Paris. Il y a, parmi elles, 94 000 femmes et 10 000 hommes, soit presque 10 femmes pour un homme.     

Au début du XXème siècle, l’entretien du linge de la capitale occupe 35 000 personnes à Paris et 25 000 en banlieue, dont une majorité de femmes. 

  
La corporation des blanchisseuses 

  Autrefois, les corporations féminines étaient le seul cadre où les femmes échappaient à la lourde tutelle masculine. 
La corporation des blanchisseuses est très importante, non seulement en nombre, mais aussi par sa présence quotidienne dans la rue. Car elles lavent mais aussi livrent le linge. Voir ainsi passer de nombreuses femmes et jeunes filles seules transportant du linge fait rêver plus d’un homme sur leur passage. Le linge transporté, entre autres, permet de les identifier. En 1868, Adrien Marx, pour Le Petit Journal parle de blanchisseuses : 

  « Vous avez certainement remarqué, comme moi, les voitures de blanchisseuses que la banlieue nous expédie tous les jours et qu’on voit stationner à Paris devant la porte des maisons. Ce sont, pour la plupart, d’énormes carrioles à deux roues recouvertes d’une bâche qui protège les paquets de linge contre les intempéries de l’air. Le cheval qui traîne cette cargaison immaculée est généralement dirigé dans les rues par une grosse femme dont les façons sont légèrement brusques… Observez la commère, lorsqu’elle ravive par un coup de fouet l’énergie défaillante de son vieux bidet. Ses traits se contractent, son visage prend une physionomie virile, et sa bouche lâche un Hue ! qui fait trembler les vitres d’alentour. Eh bien ! Ne vous y trompez pas : ces luronnes sont presque toutes d’excellentes mères de famille cachant sous la rudesse de leur allure des sentiments exquis, un cœur d’or et de précieuses qualités, dont beaucoup de belles dames sont dépourvues, Elles ne craignent pas, j’en conviens, de laisser voir leurs chevilles empâtées quand elles quittent ou gravissent le haut marchepied de leurs carrosses. La peau de leurs bras hâlée par le grand air et les vagues du fleuve n’a aucune analogie avec le satin, et leurs doigts macérés dans l’eau de savon manquent de la distinction et de la grâce, inhérentes aux mains des duchesses. Mais les blanchisseuses de la campagne ont d’autres avantages… »

  Octave Uzanne, dans  « Parisiennes de ce temps », ouvrage paru en 1900, parle de la dure vie des femmes de lavoir, « située au plus bas degré de la corporation. (…) Le lavoir où elle se casse les reins, ployée en deux, à rincer à grands coups de chien, à taper à larges coups de battoir le linge étuvé, est un vaste hangar, ouvert à tous les vents, où en toute saison elle vit, les bras plongés dans l’eau, suant et grelottant à la fois, tant elle met d’action à tremper, couler, savonner, frotter, essorer, sécher et plier la marchandise ».

C’était un métier de maîtresses femmes, de femmes fortes, courageuses et costaudes. C’était un métier de « fortes en gueule ». 
Elles avaient même la réputation d’être de sacrées buveuses, si l’on en croit Octave Uzanne : « La femme de lavoir ne supporterait pas cette existence enragée si elle ne buvait ; l’alcool la brûle et la soutient. C’est une pocharde terrible, et elle ne sort guère d’un état de demi-ébriété furibonde. » Uzanne poursuit son étude de mœurs et reconnaît en elles des dames plutôt dévergondées, ce qui n’était pas sans déplaire aux hommes. Elles battaient la mesure à grands coups de battoir. Les langues y étaient aussi agiles que les bras qui lavaient. Elles maniaient le cancan aussi sûrement que la brosse. Et, les crêpages de chignon n’étaient pas rares. Témoin la scène racontée par Zola, cette bagarre mémorable entre une Gervaise offusquée et une dénommée Virginie, jolie fille impudente, dont la sœur venait de conquérir Lantier, l’amant de Gervaise. Commencée à coups de seau d’eau, l’échauffourée se termina par une retentissante fessée administrée par Gervaise sur le derrière rebondissant de Virginie.

  De condition très modeste, ces ouvrières et ouvriers sont des personnes énergiques, faisant un travail physique et aimant bien s’amuser ; car la vie des blanchisseuses et des rares hommes présents dans les blanchisseries, garçons de lavoirs qui portent l’eau et patrons, ne comporte guère de loisirs. 

Or, la Mi Carême (jadis aussi la fête des débitants de charbon et des porteurs d’eau) est une grande fête féminine. Qui plus est, populaire. L’importante corporation des blanchisseuses va l’organiser. 

Une fois par an donc, la Mi Carême, qui fait partie de la grande fête populaire du Carnaval de Paris, sera la journée des blanchisseuses. 

blanchisseurs

Lieux de travail pénible, les Halles, lavoirs et marchés deviennent pour elles, lieux de liberté en ce jour de fête et de congé. En 1868, Timothée Trimm appelle la Reine du lavoir, « souveraine du battoir» et une coupure de presse du 26 mars 1870, conservée dans les dossiers Actualités Carnaval de la Bibliothèque historique de la ville de Paris, appelle la fête des blanchisseuses « la fête des battoirs ». 

En 1868, Timothée Trimm appelle la Reine du lavoir, « souveraine du battoir» et une coupure de presse du 26 mars 1870, conservée dans les dossiers Actualités Carnaval de la Bibliothèque historique de la ville de Paris, appelle la fête des blanchisseuses « la fête des battoirs ». 
Ce jour-là, comme l’écrit Le Constitutionnel en 1846, les blanchisseuses élisent leur reine dans chaque grand lavoir, et vont ensuite à l’église, vêtues de blanc. Aux blanchisseuses de Paris, viennent se joindre celles de la banlieue, que l’on voit arriver par toutes les barrières avoisinant la Seine, vêtues de blanc aussi, et voiturées dans les charrettes de leurs patron. 

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Les coquettes parisiennes

Posté par francesca7 le 1 mai 2013

  LA MODE de PARIS

(D’après Les Modes de Paris 1797-1897, par Octave Uzanne, paru en 1898)

Les coquettes parisiennes dans HUMEUR DES ANCETRES mode-paris-158x300Elle en avait constamment un toute la matinée qu’elle drapait sur ses épaules, avec une grâce que je n’ai vue qu’à elle. Bonaparte, qui trouvait que les châles la couvraient trop, les arrachait et quelquefois les jetait au feu ; alors elle en redemandait un autre. Elle achetait tous ceux qu’on lui apportait, de quelque prix qu’ils fussent ; je lui en ai vu de huit, dix et douze mille francs. Au reste, c’était un des grands luxes de cette Cour : on dédaignait d’y porter ceux qui n’auraient coûté que cinquante louis, et on se vantait du prix qu’on avait mis à ceux qu’on s’y montrait. »

La fureur des châles de cachemire, de Perse et du Levant, ainsi que tout le goût oriental qui dominait alors dans le monde des grandes coquettes, provenaient de l’expédition d’Egypte et des étoffes que nos vaisseaux avaient rapportées du Caire et d’autres lieux.

Joséphine qui avait déjà, à son retour d’Italie, mis en vogue les modes antiques dans les parures et principalement pour les bandeaux en camées, les bracelets et les pendeloques d’oreille, devait être aussi la première à faire circuler les broderies orientales, les turbans tissés d’or et toutes les soieries des Indes. D’humeur oisive et paresseuse, n’ayant aucun goût pour la littérature, ne lisant jamais, écrivant le moins possible, peu faite pour les travaux intellectuels, sa nature passive s’était entièrement donnée aux jouissances de la toilette et à l’ornementation de ses jardins et appartements.

Elle fuyait le théâtre et n’y allait guère qu’en compagnie de l’Empereur ; mais, sans sortir de son cercle, elle avait l’art de gaspiller l’or à pleines mains, au point d’en irriter Bonaparte qui cependant calculait peu et ne refusait rien à sa femme. La journée se passait en toilettes diverses ; le soir, elle apportait plus de recherche et d’élégance encore dans la disposition de ses robes ; généralement Joséphine se coiffait simplement, à la manière antique, entremêlant dans ses beaux cheveux noirs, relevés sur le haut de la tête, des guirlandes de fleurs, des résilles de perles ou des bandelettes constellées de pierres précieuses.

Le plus souvent elle portait ces robes blanches dont Napoléon raffolait et qui étaient faites d’un tissu de mousseline de l’Inde si fin et si clair qu’on eût dit une robe de brouillard ; ce tissu oriental ne coûtait pas moins de cent à cent cinquante francs l’aune. Au bas de la jupe se trouvaient des festons d’or brodé et de perles, et le corsage, drapé à gros plis, laissait les bras nus et était arrêté sur les épaules par des camées, des boucles de diamants ou des têtes de lion d’or formant agrafes.

L’Impératrice avait, comme la plupart des grandes élégantes de l’Empire, la curieuse préoccupation d’assortir toutes ses toilettes à la couleur du mobilier qui devait lui servir de décor et de repoussoir ; une robe d’un bleu mourant convenait aux salons de brocatelle jaune et une robe de Cour en velours vert myrte s’encadrait seulement dans des tentures de damas de soie ponceau. C’était là un grand souci pour toutes les dames aimant à paraître dans le triomphe de leurs atours, et, assure-t-on, lorsque la princesse Borghèse, ci-devant Mme Leclerc, fut reçue à Saint-Cloud, au lendemain de son mariage, elle faillit mourir de dépit en étalant sur le bleu profond des divans une somptueuse tunique de brocart vert entièrement brodée de brillants. Cette délicatesse était exquise ! que ne s’est-elle perpétuée !

Mme de Rémusat, à qui il faut bien revenir pour tous les petits bavardages de toilette et les commérages du Palais, ne cache rien des prodigalités de Joséphine. « La moindre petite assemblée, le moindre bal lui étaient une occasion, dit-elle, de commander une parure nouvelle, en dépit des nombreux magasins de chiffons dont on gardait les provisions dans tous les palais, car elle avait la manie de ne se défaire de rien. Il serait impossible de dire quelles sommes elle a consommées en vêtements de toute espèce : Chez tous les marchands de Paris on voyait toujours quelque chose qui se faisait pour elle. Je lui ai vu, poursuit sa Dame du Palais, plusieurs robes de dentelle de quarante, cinquante et même cent mille francs. Il est presque incroyable que ce goût de parure si complètement satisfait ne se soit jamais blasé. Après le divorce, à la Malmaison, elle a conservé le même luxe, et elle se parait même quand elle ne devait recevoir personne… Le jour de sa mort, elle voulut qu’on lui passât une robe de chambre fort élégante, parce qu’elle pensait que l’Empereur de Russie viendrait peut-être la voir. »

Elle a donc expiré, – la sympathique femme ! – toute couverte de rubans et de satin couleur de rose. On conçoit que cette passion de l’Impératrice pour le luxe et la dépense devait causer d’émulation à la Cour et ce qu’il fallait chaque jour inventer, combiner, faire exécuter pour paraître honorablement autour d’elle, sans risque de faire tache ou d’indisposer Sa Majesté. La reine Hortense, la jeune épouse de Louis Bonaparte, déployait une grande richesse dans sa mise selon le ton de la Cour ; mais elle apportait dans son luxe beaucoup de discrétion, d’ordre et d’économie. Tel n’était pas l’esprit de Caroline Murat et de la princesse Pauline Borghèse, qui étaient prises de la fureur d’éclipser leur belle-sœur et qui mettaient toute leur vanité, tout leur plaisir dans la parure et l’ostentation.

Furieuses d’être placées… elles, – des Bonaparte, – au-dessous d’une Beauharnais dans la hiérarchie de l’Empire, elles ne savaient que trouver pour accentuer leur rivalité avec Joséphine et la piquer au jeu sous des allures cordiales et affectueuses. Elles ne paraissaient jamais aux Tuileries que dans des habits de cérémonie qui coûtaient pour le moins quinze à vingt mille francs et qu’elles avaient parfois la fantaisie de surcharger, au milieu de mille torsades de broderie, de tous les joyaux les plus rutilants de leurs cassettes. C’était là une note comique.

Parmi les grandes coquettes de la cour, Mmes Savary, plus tard duchesse de Rovigo, et Maret, future duchesse de Bassano, ainsi que Mme de Canisy, étaient mises au premier rang après les princesses ; on comptait qu’elles dépensaient annuellement plus de vingt mille écus pour leur toilette, ce qui était, relativement à la valeur de l’argent au commencement de ce siècle, une somme considérée comme excessive. Dans le fameux quadrille exécuté par la suite : Les Péruviens allant au Temple du Soleil, on calcula que le nombre de diamants porté par les dames de l’Empire se chiffrait par une somme de vingt millions de francs ; on ne manqua pas de crier à l’impossible, à la féerie, comme si Aladin en personne fût venu aux Tuileries. – A la fin de ce siècle, en ce moment même, nous serions plus croyants et médiocrement ébourriffés par ce chiffre de pierreries.

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Paris en querellles

Posté par francesca7 le 23 avril 2013

(D’après Paris à travers les âges, depuis la fondation de Lutèce jusqu’à nos jours, paru en 1879)

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 Le dauphin, instruit des soupçons qu’il éveillait, résolut de les dissiper, et, pour cela, il fit assembler le peuple aux Halles, le 11 janvier 1358, et s’y rendit accompagné seulement de cinq personnes et sans escorte armée. Cette confiance lui gagna les esprits, et il acheva de les conquérir en expliquant ses vues et ses projets, et l’opinion publique se disposa en sa faveur, mais, le lendemain, le prévôt des marchands parla à son tour dans l’église Saint-Jacques-l’Hôpital et son discours détruisit l’effet produit la veille par celui du prince. Le dauphin, informé de ce qui se passait, courut à Saint-Jacques pour rassurer le peuple son chancelier voulut aussi parler en sa faveur, mais on refusa de l’écouter, et il dut se retirer ; alors l’échevin Roussac prit la parole et fit l’éloge de la conduite du prévôt, et soutint que si la paix se trouvait de nouveau rompue avec le roi de Navarre, c’était par la faute du dauphin qui n’avait pas tenu sa promesse de lui restituer ses biens.

Il n’en fallut pas davantage pour que le mécontentement redoublât. On sentait que chacun était inquiet de savoir comment cette situation se terminerait, un incident précipita les événements.

Le 14, Jean Baillet, trésorier général des finances, passait dans la rue Neuve-Saint-Merri ; il fut assassiné par un changeur du nom de Perrin Macé qui, le meurtre commis, se réfugia dans l’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie. Le dauphin, irrité par ce crime commis sur l’un de ses officiers, envoya Robert de Clermont, maréchal de France, et Jean de Chillon, avec Guillaume Staise, prévôt de Paris, à la recherche du meurtrier. Ils le trouvèrent dans l’église, l’en arrachèrent et le firent enfermer au Châtelet.

Le lendemain, on lui coupa le poing sur le lieu même où le crime avait été commis, puis on le mena au gibet où il fut pendu. L’évêque de Paris prétendit qu’on avait violé l’immunité ecclésiastique, en arrêtant Macé dans une église et demanda qu’on lui livrât le corps ; il lui fut remis, et des funérailles lui furent faites dans Saint-Merri. Le prévôt des marchands y assista, tandis que, de son côté, le dauphin honorait de sa présence celles de Baillet. La querelle s’envenimait de plus en plus.

Quelques jours plus tard, des docteurs de l’Université, Etienne Marcel et plusieurs bourgeois vinrent trouver le dauphin au palais et le mirent en demeure de s’exécuter envers le roi de Navarre. Cette démarche acheva de monter les têtes.

Le 22 février, Etienne Marcel dont la popularité augmentait sans cesse, assembla sur la place Saint-Eloi, devant le palais, environ 3,000 hommes armés et recrutés parmi les artisans de Paris, et, sur son ordre, la demeure royale fut envahie. Marcel pénétra jusque dans la chambre où se tenait le dauphin et sous ses yeux, fit tuer Robert de Clermont et Jean de Conflans, sénéchal de Champagne. Saisis de terreur, les officiers qui entouraient le dauphin se hâtèrent de sortir, dans la crainte d’être traités de la même façon, de sorte que le duc de Normandie se trouvant seul au milieu du populaire furieux, demanda à Marcel s’il en voulait à sa personne. — Non, monseigneur, répondit celui ci, mais pour plus grande sûreté, prenez mon chaperon. Et, en disant ces paroles, il présenta au dauphin sa coiffure rouge et bleue. Celui-ci le prit, s’en coiffa et donna en échange le sien broché d’or à Marcel qui le plaça sur sa tête et l’y garda tout le jour.

Pendant ce temps, les cadavres du maréchal et du sénéchal étaient traînés ignominieusement par l’escalier du palais jusque sur la place, afin d’être offerts en spectacle à la populace. Renaud d’Arsy, avocat au conseil du roi et conseil du dauphin, essaya de quitter le palais, mais il fut reconnu et mis à mort, à deux pas de sa maison, proche Saint-Landry. Il était neuf heures du matin.

Après cette sanglante tragédie, Marcel se rendit à la maison aux Piliers, et de l’une des fenêtres raconta au peuple assemblé sur la place de Grève ce qui venait de se passer, et l’exhorta à demeurer calme, ses intérêts étant en bonnes mains. Des applaudissements saluèrent les paroles du prévôt des marchands qui retourna aussitôt au palais pour informer le dauphin des dispositions populaires et pour lui faire excuser les meurtres commis, les rejetant sur l’exaltation du moment et sur la conduite répréhensible dont les victimes étaient accusées par l’opinion publique. Le dauphin, comme toujours, approuva tout et consentit même à recevoir deux heures plus tard deux pièces de drap, l’une rouge et l’autre bleue, dont il fit faire des chaperons mi-parties qu’il distribua à tous les gens de sa cour.

En même temps, Marcel donnait des ordres pour que les deux cadavres étendus sur la place du palais fussent portés à l’église Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers, pour y être inhumés, mais l’évêque de Paris s’opposa a l’inhumation de Robert de Clermont, parce qu’il le considérait comme excommunié, depuis qu’il avait violé les franchises de l’Église, en procédant à l’arrestation de Perrin Macé. Cependant, Marcel passa outre et les deux cadavres furent inhumés, mais secrètement, le soir, dans l’église Sainte-Catherine. Ce soin accompli, Marcel se rendit aux Augustins où il convoqua les députés des villes qui étaient restés à Paris pour l’assemblée des Etats et leur rendit compte de sa conduite, puis, revenant vers le dauphin, il l’obligea à changer divers conseillers.

Les choses en étaient là lorsque le roi de Navarre, accompagné d’une troupe de gens d’armes arriva à Paris le 26 février et alla se loger à l’hôtel de Nesle, où il reçut plusieurs fois la visite d’Étienne Marcel, qui lui demanda de vouloir bien, en cas de besoin, protéger les Parisiens. Le roi de Navarre et le dauphin se virent, dînèrent plusieurs fois ensemble et parurent vivre en parfaite intelligence, jusqu’au 12 mars, époque à laquelle Charles le Mauvais quitta Paris.

Le surlendemain, le dauphin, qui jusqu’alors n’avait porté que le titre de lieutenant du roi de France, se fit proclamer régent du royaume et appela Etienne Marcel à faire partie de son conseil, ainsi que Robert de Corbie, Charles Roussac, échevin, et Jean de Lisle, qui étaient les promoteurs de toute l’opposition. Tout paraissait calmé, lorsque soudain le dauphin quitta Paris le 25 et se retira à Compiègne, où une quantité de nobles allèrent le retrouver. Etienne Marcel dépêcha plusieurs membres de l’Université vers le régent pour le prier de revenir à Paris. Celui-ci reçut ces envoyés et leur promit d’oublier le passé, mais à la condition qu’on lui livrerait cinq ou six bourgeois qui avaient pris part au meurtre de ses officiers, promettant d’ailleurs ne pas en vouloir à leur vie.

Le prévôt des marchands et les échevins refusèrent d’accéder à cette demande, et, craignant que le régent, aidé de sa noblesse ne vînt attaquer Paris, ils appelèrent immédiatement les habitants à la défense de la ville et commencèrent par s’assurer la possession du château du Louvre ; après en avoir chassé ceux qui le gardaient, ils en enlevèrent l’artillerie et en bouchèrent les portes du côté de la rivière.

Alors, la ville présenta le curieux spectacle d’une population absorbée tout entière par le souci de sa sécurité et se livrant avec une ardeur fiévreuse à l’achèvement de travaux de fortifications commencés. De tous côtés on réparait des brèches, on creusait des fossés, on élevait des remparts (ce fut en creusant un fossé vis-à-vis les Jacobins, qu’on trouva les fondations de l’ancien château d’Hautefeuille) ; puis le soir venu, on tendait dans les rues de grosses chaînes qui, solidement attachées aux murs des maisons d’encoignures, défendaient qu’on y pénétrât.

Après avoir pris de la sorte toutes les mesures de défense, Étienne Marcel commit la faute d’appeler le roi de Navarre comme capitaine et gouverneur de la ville ; Charles le Mauvais n’attendait que cette occasion pour faire la guerre au régent. Il entra à Paris le 4 mai et fut reçu, lui et ses troupes, par des acclamations. Les Parisiens considéraient le roi de Navarre comme un protecteur désintéressé. Ils allaient bientôt apprendre à qui ils avaient affaire. Cependant, il faut le reconnaître, nombre de gens sensés et expérimentés, blâmèrent hautement le titre de gouverneur de Paris, donné à un ennemi du royaume, et ils jugèrent qu’Étienne Marcel était grandement coupable de le lui avoir octroyé. Les hostilités ne tardèrent pas à éclater.

La guerre civile commença par de petits combats aux environs de Paris. Le régent, pour se rendre maître des deux rives du fleuve, avait fait faire un pont entre Corbeil et Paris ; le prévôt des marchands marcha à la tête d’une troupe de soldats et de bourgeois, força Corbeil, détruisit le pont et rentra triomphant à Paris. Quant aux troupes du roi de Navarre, elles pillaient, brûlaient, ravageaient et saccageaient tout aux environs de Paris, au grand déplaisir des habitants qui s’aperçurent qu’en voulant échapper à l’autorité du régent, ils étaient tombés sous la domination tyrannique du roi de Navarre.

La reine douairière Jeanne, qui voyait avec un profond chagrin tout ce qui se passait, essaya de réconcilier le régent avec les Parisiens, et une entrevue fut fixée sur un pont de bateaux auprès de Vitry, entre le régent, Charles le Mauvais, Jean Belot, échevin de Paris, l’évêque de Paris, l’archevêque de Lyon, le prieur de Saint-Martin-des Champs et quelques autres personnages. On y parla de paix et le régent déclara qu’il s’en rapportait aux conditions que dicteraient la reine Jeanne et le roi de Navarre ; puis il fit publier dans son camp que la paix était faite ; alors plusieurs de ses officiers prirent la route de Paris, mais arrivés aux portes on refusa de les leur ouvrir, et en ce moment une émeute grondait au sein de la ville. On pillait les maisons des partisans du dauphin.

La rentrée du roi de Navarre fit cesser ces désordres, mais le peuple demanda hautement à aller combattre les troupes du régent, la multitude animée déclarait qu’il fallait en finir et réclamait impérieusement la bataille. Étienne Marcel et Charles le Mauvais consentirent alors à opérer une sortie. 700 cavaliers et 7000 fantassins sortirent le dimanche 22 juillet 1358, et se dirigèrent vers Saint-Cloud, mais là ils trouvèrent les troupes anglaises qui leur tuèrent 600 hommes. Surprise par cette agression, la colonne de marche rentra vite à Paris et se plaignit amèrement au prévôt et au roi de Navarre ; le mécontentement augmenta lorsque le 27 juillet, on vit Etienne Marcel à la tête de 200 hommes, aller délivrer des prisons du Louvre 48 prisonniers anglais et les faire conduire à Saint-Denis, où se tenait le roi de Navarre.

Ce jour-là, lorsque le prévôt parut dans les rues de Paris, au lieu des vivats auxquels il était accoutumé, il n’entendit que des plaintes et des murmures. Ce coup d’autorité ne laissa plus aucun doute aux bourgeois qui tenaient pour le dauphin, et c’est évidemment ici qu’il faut placer la première pensée du soulèvement dont l’exécution eut lieu quelques jours plus tard.

Marcel sentit le danger de la situation et, réduit à abandonner une autorité qu’il ne pouvait plus défendre, il alla trouver le roi de Navarre pour le supplier de le soutenir et on prétend même qu’il lui offrit la couronne de France, mais cette assertion n’est pas prouvée. Ce qui est certain, c’est qu’il s’engagea à le faire entrer dans Paris.

Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, les Anglais et les Navarrais devaient trouver les portes ouvertes, depuis celle Saint-Denis jusqu’à celle Saint-Antoine, ce qui leur permettrait d’entrer dans la ville et de faire main basse sur tous les partisans du régent dont les maisons devaient être désignées par une marque particulière.

Mais ceux-ci qui surveillaient les agissements de leurs ennemis, surent ce qui se tramait et Jean Maillard et son frère Simon se préparèrent à faire échouer le plan de Marcel ; ils s’armèrent et firent armer le plus de bourgeois qu’ils purent. Pendant ce temps, Etienne était allé dans la soirée à la porte Saint-Denis et il demanda qu’on donnât les clefs à Josseran de Mâcon, trésorier du roi de Navarre. Celui qui gardait la porte refusa net. Une altercation s’ensuivit Jean Maillard un des quatre capitaines quarteniers de la ville qui commandait dans le quartier Saint-Denis, accourut au bruit et approuva le refus du chef de poste et montant aussitôt à cheval ; il parcourut les rues, la bannière de France déployée, publiant que le prévôt des marchands voulait ouvrir les portes aux troupes anglaises et en arrivant aux Halles, il s’écria que Marcel avait résolu de livrer Paris aux Anglais.

Un frémissement d’indignation courut dans la foule. – Montjoye Saint-Denis ! au roi et au duc ! cria alors Maillard en agitant sa bannière. Aussitôt une troupe de bourgeois l’entoura et répéta le cri. La contre-révolution était faite. Etienne Marcel se voyant refuser l’entrée de la porte Saint-Denis pour son allie Charles, s’était alors adressé au commandant de la porte Saint-Martin ; on lui avait fait la même réponse et il se dirigea en toute hâte vers la porte Saint-Antoine où il espérait être plus heureux.

Mais Maillard qui avait deviné son dessein l’avait devancé, et accompagné d’une respectable escorte de gens armés et de bourgeois, il garda lui-même la porte Sainte-Antoine tandis que d’autres partisans du régent se rendaient à l’hôtel de Josseran de Mâcon situé près de Saint-Eustache dans le but de tuer le trésorier ; celui-ci était absent, alors ils suivirent le quai et sous la conduite de deux gentilshommes Pépin des Essarts et Jean de Charny, ils allèrent à l’hôtel Saint-Paul, prendre une bannière de France et se dirigèrent vers la porte Saint-Antoine où ils trouvèrent Marcel qui venait d’arriver et qui était parvenu à s’emparer des clefs.

— Etienne, Etienne que faites-vous ci à cette heure ? lui demanda Jean Maillard.
— Jean à vous qu’en monte le savoir ? je suis ci, pour prendre garde de la ville dont j’ai le gouvernement.

— Par Dieu ! répondit Jean Maillard, il ne va mie ainsi ; mais n’êtes ci à cette heure pour nul bien et je voûs montre, ajouta-t-il à ceux qui l’entouraient, comment il tient les clefs des portes en ses mains pour trahir la ville.

Le prévôt des marchands fit un pas vers lui et s’écria.
Vous mentez !
— Par Dieu, repartit Maillard, traître, c’est vous qui mentez !

Puis se tournant vers ses hommes :
— A mort, cria-t-il, à mort ! tout homme de son côté, car ils sont traîtres.

Un grand tumulte suivit ces paroles.

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Paris et les aléas historiques

Posté par francesca7 le 23 avril 2013

 

Fichier: Berthault - Das Volk von Paris vor dem Rathaus.jpg

(D’après Paris à travers les âges, histoire nationale de Paris et des Parisiens depuis la fondation de Lutèce jusqu’à nos jours, paru en 1879)

Catherine de Bourbon, duchesse de Bar, créancière de Catherine de Médicis, l’acheta en 1601 ; trois ans plus tard Catherine de Bourbon étant morte, l’hôtel fut vendu à Charles de Bourbon, comte de Soissons. Depuis lors il fut désigné sous le nom d’hôtel de Soissons. De la branche royale de Soissons, il passa dans la maison de Savoie. Le prince de Carignan, mort le 4 avril 1741 à Paris, chargé de dettes, ses créanciers firent démolir l’hôtel et le terrain fut vendu à la ville et par les ordres de M. de Pontcarré de Viarmes, prévôt des marchands, s’éleva sous la direction de M. Le Camus de Mezières, architecte, une halle incombustible, destinée à la conservation et à la vente des blés et des farines, on la nomma la halle aux Blés ainsi qu’on le verra plus loin.

Ce fut vers la même époque que la porte Saint-Germain située rue Saint-André-des Arts vendue par l’abbé de Saint-Germain-des-Prés à Simon de Buci en  1352 prit le nom de son nouveau possesseur et devint la porte Buci.

Au moyen âge, le pain était taxé, mais au XIVe siècle ce n’était pas le prix qui variait, c’était le poids. Au mois de juillet 1372, on décida que le pain dit de Chailly (c’était à Paris le pain de première qualité), valant un denier, pèserait tout cuit neuf onces un quart (à quinze onces la livre) ; le pain bourgeois ou de deuxième qualité, douze onces ; le pain de brodes ou pain bis, vingt-quatre onces. Les pains de deux deniers pesaient le double ; au reste, on taxait tout alors.

En 1351, le roi Jean ordonna que les cordonniers ne pourraient vendre les souliers d’homme plus de deux sous quatre deniers, que les chambrières ne recevraient pas plus de cinquante sous de gages pour une année, que les tondeurs ne feraient pas payer plus de quatre deniers pour une aune de drap ordinaire, et qu’enfin les nourrices à domicile ne seraient payées qu’à raison de cinquante sous, et celles qui nourrissaient chez elles cent sous.

En 1356, le lundi 19 septembre, fut perdue par l’armée française la terrible bataille de Poitiers, où le roi Jean II s’était rendu prisonnier au prince de Galles. Ces nouvelles avaient jeté la consternation dans tout le royaume ; le dauphin Charles et ses deux frères, le duc d’Anjou et le duc de Berry étaient revenus en toute hâte à Paris.

Charles assembla les États généraux le 15 octobre et fut déclaré lieutenant du roi et défenseur du royaume pendant l’absence du roi Jean II, son père, on lui adjoignit un conseil composé de douze prélats, douze gentilshommes et douze bourgeois qu’on nomma les Trente-Six.

Or, ce conseil ne tarda pas à se trouver en opposition avec les idées du dauphin. On discuta la question de savoir si on ne ferait pas le procès au chancelier Pierre de la Forest, au premier président du parlement, Simon de Buci, au trésorier de France, Nicolas de Braque, au général des monnaies, Jean de Poillevilain, et à quelques autres qui avaient, sous le gouvernement de Jean II, excité le mécontentement du peuple ; le dauphin s’opposa vivement à cette mesure comme à celle de mettre en liberté le roi de Navarre, prisonnier depuis environ six mois, et ne craignit pas de congédier les Etats et de quitter Paris, prétextant un voyage à Metz. Quant à ceux qu’on voulait poursuivre, prévenus à temps, ils gagnèrent la frontière. Ce fut alors le duc d’Anjou qui gouverna.

Le 10 décembre, parut une ordonnance qui donnait cours à une nouvelle monnaie, le dauphin ayant donné des ordres avant son départ pour qu’on fît une refonte des anciennes. Les marchands la trouvèrent inférieure à la précédente, sous le rapport du titre et du poids et refusèrent de la recevoir ; furieux de la voir refusée, ceux qui en avaient accepté se soulevèrent et des scènes tumultueuses commencèrent à se produire dans Paris. Ce fut alors qu’Étienne Marcel, en sa qualité de prévôt des marchands, alla, accompagné de plusieurs de ses conseillers, trouver le duc d’Anjou, afin de lui exprimer les plaintes de la population et lui demander le retrait de l’ordonnance relative aux monnaies.

Le duc, frappé de l’énergie et de la fermeté que montrait le prévôt, déclara suspendre l’effet de l’ordonnance jusqu’au retour de son frère qui eut lieu dans le mois. L’agitation populaire se calma. Le dauphin, revenu à Paris, essaya d’amener Étienne Marcel à le seconder dans ses vues, et à cet effet, il l’invita à se trouver dans une maison du cloître Saint-Germain-l’Auxerrois, afin de conférer avec lui de choses importantes. Marcel s’y rendit et rencontra là deux membres du conseil des Trente-Six qui entreprirent, en présence du dauphin, de le sermonner sur la nécessité absolue qu’il y avait de donner cours à la nouvelle monnaie, lui faisant entendre que, s’il le voulait, son autorité sur le peuple lui donnerait facilement le moyen de la faire accepter.

Étienne Marcel répondit nettement que jamais il ne se prêterait à ce qu’il considérait comme une chose indélicate et accompagna son refus de paroles un peu vives, dont l’écho se répandit au dehors et provoqua une excitation fiévreuse dans le peuple. Les boutiques se fermèrent, les bourgeois coururent aux armes et le dauphin effrayé, fit publier dans Paris qu’il supprimerait la nouvelle monnaie. Le lendemain il se rendit au parlement, Marcel y vint de son côté, escorté de gens armés et demanda une nouvelle convocation des Etats généraux, ainsi qu’un ordre de poursuites contre les personnages qu’il avait déjà désignés comme prévaricateurs. Le parlement accorda tout, le dauphin fit de même et Marcel fit alors séquestrer les biens de ceux qui avaient pris la fuite.

Pendant ce temps, se formait à Notre-Dame une confrérie de bourgeois dont Marcel fut déclaré le chef, et qui avait pour but de surveiller les agissements du gouvernement. Les Etats généraux convoqués se réunirent à Paris aux Cordeliers, le 5 février 1357, puis le 3 mars, au Palais ; le dauphin, son frère et des personnages de marque s’y trouvèrent. Robert Le Coq, évêque de Laon, après avoir exposé la situation, demanda que le dauphin destituât de leurs charges les officiers que nous avons nommés, et promit, au nom des Etats, de mettre sur pied une armée de 30,000 hommes, si le dauphin ne faisait circuler que de bonne monnaie. Celui-ci consentit à ce qui lui était demandé, et vingt-deux officiers de la couronne furent destitués. En même temps, la cour du parlement fut réduite à seize présidents et conseillers.

Le 5 avril, fut publiée à Paris une trêve de deux ans avec l’Angleterre, afin de pouvoir traiter de la rançon du roi. Le dauphin congédia de nouveau les États. Or, pendant que tout ceci se passait, Paris avait été mis en état de défense ; dès le 18 octobre 1356, le prévôt des marchands qui craignait de voir les troupes anglaises marcher sur la capitale, avait ordonné la réparation des fortifications et l’extension de l’enceinte qui protégeait Paris, surtout du côté du nord, de façon à y enserrer tous les édifices élevés depuis Philippe-Auguste.

Les travaux furent menés avec une grande activité : voici quel fut le parcours de cette enceinte. De l’ancienne tour de Billy, près l’Arsenal, partait une muraille flanquée de tours carrées, qui allait gagner la place de la Bastille, et suivant à peu près la ligne des boulevards, parallèlement à la rue Meslay, venait à 1a rue Saint-Martin, où on bâtit une porte, puis à la rue Saint-Denis, où on en bâtit une autre, suivait la rue d’Aboukir (une porte coupait la rue Montmartre), et aboutissait à la Banque de France, puis tournant un peu à droite, traversait le jardin du Palais-Royal, à peu près vers le milieu, coupait la rue Richelieu, traversait la place du Théâtre-Français et arrivait à la rue Saint-Honoré, à la naissance de l’avenue de l’Opéra ; rue Saint-Honoré était une porte, le mur traversait la galerie nord du Louvre et finissait à la Seine, à la tour de Bois.

L’enceinte méridionale ne fut pas changée ; seulement de grosses réparations furent faites, les portes furent mises en bon état, on recreusa les fossés, dans quelques-uns on fit venir l’eau de la Seine, puis on mura les portes Saint-Victor, d’Enfer et de Saint-Germain ; de sorte que de ce côté on n’avait rien à redouter.

L’île Notre-Dame (Ile Saint-Louis) fut protégée par un fossé qui la coupait en deux et par une tour appelée tour Loriaux. Le cours de la Seine était fermé par des chaînes tendues à travers la rivière.

Ces travaux nécessitèrent une dépense de 462,520 livres tournois, ce qui équivaudrait aujourd’hui à 4,300,000 francs. Pour la couvrir, on établit un impôt sur les boissons. De plus, Étienne Marcel avait fait fabriquer 750 guérites en bois qui étaient fixées aux créneaux des murailles par de forts crochets de fer. Tout cela demanda quatre années pour être achevé.

Donc, au moment où on publia la trêve, les travaux étaient en pleine activité et quand les Parisiens virent que les Etats étaient de nouveau dissous par le dauphin, ils se mirent avec une ardeur sans pareille à travailler à la défense de leur ville. « Ils élevèrent en même temps sur les murs, d’autres petits murs en forme de parapets, avec des portes et des tours qu’ils munirent de canons (c’est douteux), de balistes et d’autres anciennes machines de guerre dont l’on se servait toujours depuis même l’invention du canon, (ce fut à Crécy, en 1346, qu’on le vit fonctionner aux mains des Anglais) encore peu en usage. Il fallut pour cela démolir quantité de grandes et belles maisons, soit au dehors, soit au dedans de la ville, mais on n’épargna rien pour les fortifications nécessaires à la sûreté publique. » Paris était en ébullition.

Les bourgeois s’attroupaient dans les rues, sur les places, dans les tavernes et s’entretenaient avec animation des affaires publiques ; il y avait deux partis bien distincts : celui du dauphin, qui comprenait les gens de la cour et la noblesse ; et celui de la bourgeoisie, représenté par Étienne Marcel, les boutiquiers, artisans et menu peuple en étaient. La ville avait l’apparence d’une place de guerre. On y montait la garde nuit et jour et l’on veillait scrupuleusement à ce que personne n’entrât ou sortît sans s’être fait reconnaître, et il arrivait nombre de gens s’y réfugier, par suite des ravages qu’exerçaient dans les environs les troupes du roi de Navarre et des bandes de pillards qui volaient tout ce qu’ils pouvaient.

Ce fut ainsi que les religieuses de Longchamps, de Poissy, de Maubuisson, de Saint-Antoine et les cordeliers du bourg Marceau vinrent y chercher un asile et comme Paris s’emplissait ainsi de nouveaux habitants, les vivres y enchérissaient de jour en jour. Cependant, les gens paisibles, les commerçants, se lassaient de cet état d’antagonisme entre le corps municipal et le dauphin ; et, on conseilla à celui-ci de ne pas se laisser intimider par le prévôt des marchands et les échevins. Le dauphin manda alors à l’hôtel Saint-Paul Étienne Marcel et ses amis et leur reprocha l’ingérence qu’ils prenaient dans les affaires de l’État, puis il termina l’entretien en leur faisant connaître qu’il était disposé à se passer de leurs conseils et à gouverner comme bon lui semblerait. Puis il les congédia et lui-même s’éloigna de Paris pour se rendre compte de l’état des provinces et voir s’il pourrait y trouver de nouveaux secours.

Alors, les Parisiens prirent peur et firent prier le dauphin de revenir, promettant qu’ils se conformeraient à ses volontés. Le dauphin revint et s’occupa de convoquer encore les Etats généraux ainsi que les députés des diverses villes en avaient témoigné le désir ; les États pouvant seuls voter les subsides que le dauphin demandait, et une assemblée fut tenue aux Cordeliers au commencement de novembre.

Mais un nouvel incident vint grandement compliquer la situation.
Le roi de Navarre se sauva de prison et arriva à Paris le 29 novembre, accompagné de l’évêque de Paris et d’Étienne Marcel qui était allé au-devant de lui jusqu’à Saint-Denis. Il alla loger à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

Il y avait au nord et hors des murs du monastère, du côté du Pré-aux-Clercs une sorte d’estrade qui servait à la famille royale lorsqu’on donnait dans le clos des joutes et des tournois, et où les juges prenaient place dans les combats singuliers. Le 1er décembre, Charles le Mauvais monta sur cette estrade et là, en présence d’une foule considérable évaluée à 40,000 personnes assemblées par les soins du prévôt des marchands, il fit un discours pour démontrer qu’il était innocent de tout ce dont on l’avait accusé et que les seuls coupables étaient ceux qui gouvernaient la France.

Il fut acclamé par ses auditeurs dont « la plupart étaient touchés jusqu’aux larmes » ; aussi, le lendemain Marcel se rendit au palais où se trouvait le dauphin et le mit en demeure de rendre au roi de Navarre ses bonnes grâces et les terres qu’il lui avait confisqués. La réconciliation se fit, le dauphin et le roi de Navarre, dînèrent ensemble et ce fut à qui féliciterait Étienne Marcel de sa bonne entremise.

Les Parisiens satisfaits, mais regrettant toujours l’absence forcée du roi Jean II, imaginèrent alors d’offrir à Notre-Dame une bougie démesurément longue, puisqu’elle avait 4,455 toises de longueur, ce qui était exactement celle du tour de Paris (si nous relatons ce fait qui paraît passablement empreint d’exagération, c’est que nous le trouvons mentionné par la plupart des historiens ; citons seulement Félibien et Lobineau :

« la ville, alarmée tant de la prison de son roy que des troubles domestiques qui faisoient appréhender les dernières extrémitez, présenta à Notre-Dame une bougie aussi longue que Paris avoit de tour, pour brûler jour et nuit devant l’image de la Vierge. Elle a toujours continué la mesme offrande tous les ans jusqu’au temps de la Ligue, que cette pieuse coutume fut interrompue pendant vingt-cinq ou trente ans. Miron, prévôt des marchands, substitua à cette longue bougie, en 1605, une lampe d’argent avec un gros cierge qui brûle incessamment devant l’autel de la Sainte-Vierge. » (En tous cas, il est bien entendu qu’il s’agit, non d’une bougie proprement dite, mais de ce qu’on appelle vulgairement un rat de cave.)

Réconcilié avec le roi de Navarre, le dauphin jugea à propos de faire néanmoins quelques nouvelles levées de soldats afin de mettre Paris en sûreté, et cette mesure de prudence renouvela les craintes des Parisiens qui s’imaginèrent qu’on les voulait opprimer par la force. Etienne Marcel avait exprimé hautement cette opinion, et, afin que tous ceux qui tenaient pour le parti populaire pussent se reconnaître à première vue s’il arrivait quelque événement, il les exhorta à porter un chaperon rouge et bleu.

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Paris, toute une histoire

Posté par francesca7 le 23 avril 2013

 Fichier: Tour Eiffel 3b40739.jpg

(D’après Paris à travers les âges, histoire nationale de Paris et des Parisiens depuis la fondation de Lutèce jusqu’à nos jours, paru en 1879)

L’abbé de Saint-Denis rendit sa sentence à l’occasion des désordres qui s’étaient produits au convoi du feu roi ; il ordonna que les chanoines accusés d’avoir frappé le recteur et ses suppôts, feraient serment sur les saints Évangiles qu’ils ne s’étaient point portés à cette violence. Ils jurèrent et furent absous. En revenant de la cérémonie de son sacre, le nouveau roi se rendit selon la coutume à Notre-Dame, mais avant que d’y entrer, il fit entre les mains de l’archevêque de Sens, qui tenait la place de l’évêque absent, le serment de conserver les privilèges de l’Église de Paris.

Quelques jours plus tard, il fit arrêter dans l’hôtel de Nesle, Raoul comte d’Eu, connétable de France, qu’il accusa de haute trahison. Raoul, comte d’Eu et de Guines, connétable de France, avait été fait prisonnier par les Anglais ; à son retour de Londres, il se présenta devant le roi, qui le fit arrêter, et le troisième jour on lui trancha la tête dans l’hôtel qui lui servait de prison, en présence de plusieurs seigneurs, dont le duc de Bourbon, le comte d’Armagnac, le comte de Montfort, mais sans que son procès eût été rendu public. Le connétable était accusé de s’être laissé gagner par Édouard, comme Robert d’Artois et Geoffroi d’Harcourt sous le règne précédent : l’exemple de ces deux coupables, qui s’étaient échappés et qui ensuite causèrent tant de mal à la France, décida le roi à brusquer la mort du connétable. Il confisqua ses biens, donna son comté à son cousin Jean d’Artois et garda le reste.

Puis, il fonda un ordre de chevalerie à l’imitation de celui de la Jarretière que venait d’instituer le roi Edouard, en Angleterre, et qu’il nomma ordre de Notre-Dame de la Noble maison, désigné aussi sous le nom d’ordre royal de l’Etoile ; c’était, selon Froissart, « une compagnie sur la manière de la Table ronde, de laquelle devaient être trois cents chevaliers des plus suffisants. » Il donna aux membres de cet ordre la demeure royale de Saint-Ouen près Paris. Les chevaliers s’engageaient à ne pas fuir en bataille plus loin de quatre arpents et alors mourraient ou se rendraient prisonniers.

Le roi pour compléter cette oeuvre, pourvut en 1352 la chapelle de châtelains et de clercs. Les chevaliers portaient une bague sur le chaton de laquelle était une étoile. Au reste, Jean II affectionnait l’étoile, car on vit vers la même époque

circuler à Paris des pièces de monnaie portant une étoile et qu’on appelait gros blanc (10 deniers) petit blanc (6 deniers).

Une ordonnance du mois de janvier 1351, fut rendue contre les mendiants de toute espèce qui pullulaient dans Paris ; il leur fut enjoint de vider la ville dans les trois jours, à peine de prison au pain et à l’eau pendant quatre jours, et en cas de récidive du pilori ; s’ils rentraient à Paris une troisième fois, ils étaient passibles de la marque au fer chaud. Défense était faite de recevoir dans les hôpitaux les truands valides et de les assister, soit par aumônes, soit autrement.

Une commission fut nommée pour la vérification du pain des boulangers de Paris ; elle était composée de quatre bourgeois et du maire, du panetier de France. Cette commission confisquait tout pain n’ayant pas le poids légal et l’envoyait moitié à l’Hôtel-Dieu, moitié aux Quinze-Vingts. La police intérieure de la ville était règlementée par cette ordonnance qui visait toute espèce de commerce, et certaines habitudes à réformer, etc. — A ses termes, tout le monde avait le droit de tuer les cochons qu’il rencontrait dans les rues ; elle défendait de balayer les rues pendant la pluie afin de ne pas salir la rivière. Le prix des journées des artisans, les gages des serviteurs et jusqu’au gain des revendeurs, tout fut réglé dans cette ordonnance demeurée célèbre.

Les célestins vinrent s’établir à Paris au commencement du règne du roi Jean II, ils occupèrent le local que les carmes avaient abandonné pour se loger près de la place Maubert. Les six célestins qui arrivèrent venaient du monastère de Saint-Pierre fondé par le roi Philippe le Bel dans la forêt de Guise. Le collège des notaires, secrétaires du roi, leur donna une bourse et ils reçurent plusieurs autres
dotations, surtout, comme on le verra plus tard, du roi Charles V qui leur donna dix mille francs d’or pour bâtir leur église.

Ce fut aussi en 1353, que les carmes achevèrent de bâtir leur église qui fut dédiée dans la même année ; cette église était vaste, mais n’offrait rien de remarquable si ce n’est le portail ; on y voyait les statues de quelques reines, entre autres celle de Jeanne d’Evreux leur bienfaitrice, et quelques monuments funéraires assez curieux, entre autres celui du libraire Jacques Corrozet sur lequel on lisait :

L’an mil cinq cent soixante-huit,
A six heures avant minuit,
Le quatrième de juillet,
Décéda Gilles Corozet,
Agé de cinquante-huit ans.
Qui libraire fut en son temps.
Son corps repose en ce lieu ci
A l’âme Dieu fasse merci.

On y admirait aussi le monument élevé à la mémoire de M. Boullenois, avocat, vingt-deux ans après sa mort et qui n’avait pas coûté moins de cent mille écus à sa famille. La bibliothèque du couvent des Carmes renfermait douze mille volumes. Les carmes furent supprimés en 1790 ; leur église, après avoir servi d’atelier pour une manufacture d’armes, a été démolie en 1811 et sur l’emplacement du couvent fut établi le marché des Carmes.

Plusieurs collèges furent aussi fondés en 1353 :

Le collège de Boncourt, rue Bordet ou Bordeille (rue Descartes depuis 1813), sur la montagne Sainte-Geneviève, établi par Pierre Becoud pour l’entretien de huit écoliers du diocèse de Thérouenne. C’est du nom de Becoud que devint par altération celui de ce collège. Au XVIe siècle on y joua souvent des comédies et des tragédies, entre autres la tragédie de Jodelle : Cléopâtre. Il fut reconstruit en 1688 par Pierre Galand, son principal. Dans ses bâtiments furent placés les bureaux de’ l’Ecole polytechnique.

Le collège de Tournai, même rue, contigu au précédent et fondé la même année par l’évêque de Tournai, dans une maison qui lui appartenait. Il fut réuni au collège de Navarre.

Le collège des Allemands, rue Pavie-Goire, près la place Maubert (cette rue devint plus tard la rue du Mûrier). Elle fut supprimée en ces dernières années, lorsqu’on établit un square devant l’Ecole polytechnique. Fondé en 1353, le collège fut supprimé au XVIIe siècle.

En 1354, fut aussi fondé le collège de Justice rue de la Harpe par Jean de Justice, chanoine de Notre-Dame. Pierre Lizet de Salers en Auvergne, qui devint premier président au parlement de Paris, fonda cinq bourses dans ce collège, dont deux en faveur de ses parents ou alliés, ou, à leur défaut, pour des écoliers de la ville de Salers, et les trois autres en faveur d’écoliers de Paris. Il fut réuni en 1764 à l’Université et les bâtiments démolis.

Enfin, en 1358, fut fondé, dans la rue du Cimetière Saint-André-des-Arts (devenue rue Suger en 1844), le collège de Boissi par Étienne Vidé. Il fut réuni en 1764 à l’Université.

Félibien, en parlant des petites écoles de Paris, ignore à quelle époque elles furent établies, mais dit qu’elles existaient en 1357, et qu’elles étaient alors réparties dans les divers quartiers de Paris ainsi que le constate un règlement qui en cette année fut fait pour les écoles. C’était le chantre de Notre-Dame qui donnait la permission d’enseigner. En 1380, fut tenue une assemblée générale de tous les maîtres et maîtresses d’école ; ils s’y trouvèrent au nombre de 63, dont 41 maîtres et 22 maîtresses. Les maîtres étaient bacheliers ou maîtres ès arts ; les écoliers leur payaient une rétribution et une au chantre. Quelques maîtres, pour se soustraire à la domination de ce chantre, tinrent des écoles dans des lieux secrets ou écartés, ce qui les fit nommer écoles buissonnières. Rien ne prouve la solidité de cette assertion, dont nous laissons la responsabilité à son auteur.

La première année du nouveau règne fut marquée par une grande disette dont on se plaignit fort à Paris ; le prix des denrées subit une augmentation énorme ; ainsi le setier de froment qui se vendait deux livres fut élevé à huit, et tous les autres objets de consommation furent augmentés de prix dans la même proportion, aussi la misère était-elle grande et le menu peuple très malheureux, et l’horizon était loin de s’éclaircir.

On craignait de nouveau la guerre avec l’Angleterre, et pour comble de mauvaise fortune, des dissensions éclatèrent entre le roi de France et le roi Charles de Navarre, surnommé le Mauvais, qui commença parfaire assassiner le connétable de France, Charles de Castille, qui fut égorgé dans son lit le 8 janvier 1353. Appelé à comparaître devant un lit de justice tenu par le parlement de Paris, le 4 mars, il fut contraint à demander pardon au roi, à genoux, en présence des pairs, des présidents et des conseillers, et ce fut tout. On craignait en le condamnant à quelque peine afflictive d’exciter son courroux, et on se contenta d’exiger qu’il fondât quelques messes pour le repos de l’âme de sa victime.

Les craintes que l’on concevait touchant une prochaine rupture avec l’Angleterre, ne tardèrent pas à se réaliser ; en 1354, la guerre éclata. La France se trouva attaquée à la fois par deux armées, l’une opérant en Picardie sous les ordres du roi d’Angleterre, l’autre en Gascogne, commandée par le prince de Galles. Pour résister à de si puissants ennemis, il fallait des troupes et de l’argent. Le roi assembla à Paris les trois corps du royaume : clergé, noblesse et bourgeoisie, et
obtint d’eux la levée d’une armée de trente mille hommes qui serait entretenue pendant un an au moyen des fonds provenant de la gabelle (c’est-à-dire de l’impôt sur le sel) et d’un impôt extraordinaire de huit deniers par livre sur toutes les marchandises.

Cette assemblée fut tenue dans la chambre du parlement, en la présence du roi. L’archevêque de Reims, Pierre de Craon, y assista au nom du clergé, Gaucher de Brienne, duc d’Athènes, au nom de la noblesse, et Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, pour le tiers état. Nous allons voir le rôle considérable que ce dernier joua dans les événements importants qui suivirent cette réunion des États généraux.

Mais d’abord quelques mots sur l’hôtel de la municipalité parisienne, théâtre principal de ces événements. On sait que la hanse des marchands de l’eau occupait anciennement une maison dans la vallée de Misère, sur le bord de la Seine, à l’ouest du Grand-Châtelet.

Plus tard elle tint ses assemblées successivement dans deux locaux appelés le Parloir aux Bourgeois, le premier entre le Grand-Châtelet et la chapelle Saint Leufroy, le second près de l’enclos des Jacobins entre la place Saint-Michel et la rue Saint-Jacques. Mais cet emplacement étant devenu insuffisant par suite de l’accroissement de la population de la ville et de l’importance des affaires soumises à la juridiction du prévôt des marchands et des échevins, on résolut d’en choisir un plus convenable ; or, il existait à la place de Grève une maison qui en portait le nom et que le roi Philippe Auguste avait achetée de Suger Clayon, chanoine de Paris, vers 1212. L’abbé de PreuiIly reconnut que le roi y avait droit de haute, basse et moyenne justice. Cette maison était appelée la maison aux Piliers, parce qu’elle était portée sur une suite de gros piliers.

Philippe de Valois avait fait don de cette maison en 1322 à Clémence de Hongrie, veuve et seconde femme de Louis le Hutin ; il la lui reprit en échange d’une autre, pour la donner en 1324 à Guy Dauphin de Viennois et en renouvela le don en 1335 au dauphin Humbert. Ce fut alors que cette maison fut désignée sous le nom de maison au Dauphin. En 1336, elle changea encore de mains, elle devint la propriété de Jean d’Auxerre, receveur des gabelles de la prévôté et vicomté de Paris, qui la reçut en 1356 de Charles de France, dauphin, duc de Normandie, en considération des services qu’il lui avait rendus. Ce fut cette maison qui fut vendue à la ville de Paris par Jean d’Auxerre et Marie sa femme, par contrat du 7 juillet 1357, moyennant la somme de 2,880 livres parisis ; elle fut payée 2,400 florins d’or au mouton du coin du roi, par Etienne Marcel, prévôt des marchands et des échevins.

L’hôtel au Dauphin n’était alors qu’un petit logis borné par deux pignons et situé entre plusieurs maisons bourgeoises. « Il y avait deux cours, un poulailler, des cuisines hautes, basses, grandes et petites, des étuves accompagnées de

chaudières et de baignoires, une chambre de parade, une d’audience appelée plaidoyer, une salle couverte d’ardoises, longue de cinq toises et large de trois, et plusieurs autres commodités. » Ce fut donc la Maison de ville qui devait, rebâtie en 1553, devenir l’Hôtel de Ville.

Un autre hôtel, réuni à la couronne par le roi Jean, fut aussi donné en 1354 par ce prince au comte de Savoie, Amédée VI ; l’hôtel de Behaigne, qu’on appela aussi l’hôtel de Nesle, du nom de son possesseur, Jean de Nesle, qui le céda en 1232 à saint Louis et à la reine Blanche. En 1296, il passa des mains de Philippe le Bel à celles de Charles de Valois, son frère ; Philippe de Valois le donna en 1327 à Jean de Luxembourg, roi de Bohême. Ce fut par corruption, que ce nom de Bohême se transforma en celui de Behaigne. Entré dans la maison de Savoie par le don du roi Jean, cet hôtel fut plus tard racheté par Charles VI moyennant la somme de 12,000 francs, il le donna à son frère le duc d’Orléans qui, en 1492, en céda une partie aux filles repenties et donna le reste en 1498 et 1499 à Jean Lebrun, son valet de chambre et à Robert de Framezelles, son chambellan.

L’emplacement de l’hôtel Behaigne plut à Catherine de Médicis ; les filles repenties reçurent l’ordre de se retirer dans la rue saint Denis au prieuré de Saint-Magloire dont on transféra les religieux à Saint-Jacques-du-Haut -Pas, et Catherine put se faire bâtir un palais à la place de l’hôtel Béhaigne. On lui donna le nom de l’hôtel de la Reine (31 octobre 1572) et les travaux commencèrent en 1573. En mourant, elle le légua à Christine de Lorraine, mais ses dettes absorbèrent toute sa succession et le duc de Mayenne fit de cet hôtel sa demeure ordinaire.

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