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Quand les cristaux font des amateurs en France

Posté par francesca7 le 24 janvier 2016

 

L’intérêt du public pour la minéralogie ne se dément pas. La profusion des expositions et bourses aux minéraux en témoigne. Des bourses de village à celles de dimension internationale comme Ste Marie-aux-Mines, plus de 250 bourses de ce type se sont déroulées en France en 2005. C’est, avec les prêts aux musés, une bonne occasion d’observer les spécimens des collections privées. Alors que de grosses pièces de plusieurs milliers d’euros enflamment la presse et l’imaginaire populaire, les prix dans les bourses tournent très souvent autour de quelques dizaines d’euros. » Il n’y a pas de tradition d’élitisme dans les collections naturalistes en France. Ce sont plus des collections d’instituteurs, explique en amateur érudit F. Delporte. En terme monétaires, les minéraux sont bien moins important que les champignons ou les myrtilles ! Un quartz des Alpes c’est entre 3 et 30 € ! » On peut distinguer deux types de collectionneurs que ces pièces intéressent. Le collectionneur « global » est intéressé avant tout par l’espèce minérale, ou le cristal en lui-même. Peu soucieux de l’origine, il n’hésitera pas à acquérir des pièces de l’étranger. Mais de plus en plus de collectionneurs s’intéressent à la provenance des minéraux. « Certains se rendent compte du manque de sens de disposer de pièces du Brésil, du Mexique, etc. Alors qu’avec une collection de cristaux de tel massif, ils connaissent la montagne, les endroits, ils savent par qui ça a été trouvé… ça leur parle plus » témoigne un cristallier.

cristaux-copie

Collecte de minéraux : vide ou trop plein réglementaire ?

Si les cristaux exposés font consensus et sont admirés de tous, l’activité de collecte prête elle à polémique. Ces dernières années l’incompréhension va croissante entre le monde judiciaire et celui de la minéralogie. Frédéric Delporte est l’un des experts les plus au point sur les aspects juridiques et sociaux de la minéralogie. Pour lui, « les textes ont été conçus pour des exploitations industrielles [de minerais]. C’est tellement évident à l’époque qu’aucun tonnage minimum n’est prévu. Il n’y a rien d’adapté à la collecte de minéraux ! » . En effet, « Le volume exploité, et la valeur des découvertes restent minimes par rapport aux exploitations industrielles que sont les carrières et les mines, qui nécessitent des autorisations officielles très difficiles et coûteuses à obtenir ». Ce « trop plein juridique », comme l’appel M. Delporte, ne laisse aucune place ni au « glanage des amateurs », ni à « l’artisanat des « pros » pour qui un régime de « micro-concession » paraît indispensable. Et les paradoxes se multiplient. Alors que les habitants de l’Oisans prospectaient les cristaux en vertu d’un « droit ancestral […] confirmé formellement au XVIème siècle », les cristalliers d’aujourd’hui sont assimilés par la presse locale à des trafiquants.

Extrait de l’article à lire ICI : http://www.geopolis.fr/joomla/index.php/dernieres-actualites/103-cueilleurs-de-cristaux.html

La France est extrêmement riche en gisements sources de spécimens de minéraux. Certains de ces gisements ont produit des spécimens remarquables, parfois même les meilleurs connus pour une espèce minérale donnée. Un « tour de France » par quelques gîtes célèbres est ici proposé, mais ils ne sont qu’une illustration limitée des nombreux gisements français.

 

A Paris même, bien que la géologie du sous-sol soit très peu propice à la formation de minéraux intéressants, des spécimens de calcite ont été trouvés. Ces spécimens ont surtout un caractère anecdotique eu égard au lieu de découverte. On peut citer comme site le Trou des Halles où des découvertes ont eu lieu à la fin des années 1970. La calcite jaune miel de quelques millimètres couvrait des surfaces de plusieurs dizaines de centimètres carrés. Elle était associée à de petits cristaux de célestite bleue, de quartz et de fluorite. On peut citer d’autres sites comme le chantier Opéra Bastille, les abattoirs de Vaugirard, les travaux « Eole » du quartier Saint-Lazare, les travaux du RER de la rive gauche de la Seine, etc. Des découvertes similaires ont été faites dans des carrières souterraines dans les environs de Paris, plus particulièrement en Val-d’Oise. A la fin du XVIIIème siècle/début XIXème siècle, les cristaux de gypse des carrières de Montmartre étaient réputés dans le monde entier.

 

Dans les Ardennes, un petit gisement de fluorite a été exploité artisanalement de manière épisodique du début du XXème siècle aux années 1960/1970. Les spécimens de fluorite sont ici avant tout intéressants dans une optique de systématique régionale ou de l’espèce, ils présentent des faciès variés et inhabituels, avec des couleurs telles que le violet/mauve profond ou le vert.

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Dans le nord de la France, entre Boulogne-sur-Mer et Calais, le cap Blanc-Nez produit sporadiquement des cristaux de marcasite. Ceux-ci ont cristallisé dans le calcaire, généralement cénomanien et turonien, en adoptant une forme particulière. En effet, la plupart des cristaux sont groupés en macle de la « sperkise », ce qui rend ces spécimens si curieux. Ce gisement a produit de remarquables spécimens qui peuvent être classés dans les meilleurs qu’a donné l’espèce, un des spécimens les plus remarquables se trouve dans la collection de la faculté de Jussieu (Université Pierre et Marie Curie). Il a d’ailleurs servi à illustrer un des quatre timbres édités en 1987 sur les minéraux.

 

La côte du pays de Caux est riche en nodules de silex, certains présentent en leur sein de superbes concrétions de calcédoine. Dans le Calvados, à Soumont-Saint-Quentin, un gisement de fer a été exploité. De bons spécimens de calcite ont été extraits, associés à la pyrite mais aussi et surtout de remarquables spécimens de barite bleu, parfois gemme, et des spécimens de galène, totalement inattendus étant donné le cadre géologique de la région, surtout sédimentaire.

Vers Laval, en Mayenne, la Mine de la Lucette a produit au début du siècle de bons spécimens de stibine, et surtout des spécimens d’or, associés au quartz ou à la stibine.

 

Au sud de Rennes, les mines de Pontpéan ont produit entre autres des spécimens de galène.

A La Villeder, au nord de Vannes, un important gisement a été exploité pour l’étain dès sa découverte en 1834. Des indices laissent à penser que des exploitations plus anciennes aient pu avoir lieu. Cent quarante tonnes d’étain métal ont été extraites. Le gisement a fourni de beaux et nombreux spécimens de cassitérite, très appréciés et réputés dès la fin du XIXème siècle. La cassitérite est en plus associée au quartz, parfois « fumé » voire « morion », mais aussi et surtout à l’apatite et au béryl.

 

En Bretagne, dans le Finistère, les mines de Huelgoat-[Poullaouen]] ont produit des spécimens à la fin du dix-huitième siècle faisant dès lors leur réputation. De bons spécimens de galène y ont été découverts, de même que des spécimens de pyromorphite verte ou brune, parfois pseudomorphosés en galène. Ces pseudomorphoses sont appelées « sexangulite ». Ce type de cristallisation est des plus remarquables. Il est décrit dans la « Minéralogie » d’Haüy publiée en 1801. L’anglésite et la cérusite y ont été trouvées, mais aussi et surtout la bromargyrite, la chlorargyrite et la plumbogummite, dont ce gisement est la localité type, suite à sa découverte par Romé de l’Isle en 1779 (« Lettre Minéralogique ») et sa réétude par Gillet de Laumont en 1786 (Journal de Physique). Damour, en 1840, démontre que la plumbogummite est un phosphate, en l’occurrence de plomb et d’aluminium.

 MINERAUX

En Indre, deux gisements sur la même commune, celle de Chaillac, produisent d’excellents spécimens. Le gisement du Rossignol est exploité en galerie souterraine, le filon est identifié sur près de 1 000 mètres de longueur, et 250 mètres de profondeur. Il a produit de bonnes fluorites, jaunes, violacées, parfois rosées, plus ou moins saupoudrées de pyrite. La mine a surtout produit de très agréables spécimens de pyromorphite « vert-herbe » sur barite, et de très bonnes cérusites, souvent maclées. Le Muséum à Paris a acheté dernièrement un très gros cristal maclé de cérusite de Chaillac de près de 7cm de diamètre.

Non loin, la mine à ciel ouvert des Redoutières produit des spécimens de barite bleuâtre, recouverts d’oxyde de fer d’une sympathique nuance de marron-rouge. La mine produit aussi de bons spécimens de goethite, avec des cristaux très allongés, groupés en « touffes », généralement gemmes.

 

Dans les monts d’Ambazac, une petite centaine d’exploitations dans des pegmatites ont permis d’extraire des feldspaths au XIXème siècle, et ce parfois jusqu’à la seconde guerre mondiale, afin d’approvisionner les fabriques de porcelaine de Limoges. Ces exploitations étaient généralement artisanales et individuelles. De rares et esthétiques minéraux y ont été découverts. Il est possible de citer notamment le béryl, avec des cristaux jusqu’à 30 cm. Un cristal de 65 kg est même découvert à Vedrenne où, lors de la reprise de 1934 par M. Merguillier, 1 800 kg de béryl ont été extraits. Certains cristaux de béryl, dans les monts d’Ambazac, sont de la variété héliodore (jaune), comme à Venachat. Il a été également trouvé de l’apatite, de la triplite, de la vivianite, de la dufrénite, de la columbite (notamment à La Vilate, près de Chanteloube), du grenat, etc.

Ces petites exploitations, d’ampleur limitée, ont quasiment disparu, certaines ne sont malheureusement plus localisables. Il aurait été intéressant pour la connaissance de la minéralogie de la France qu’un inventaire exhaustif de ces gisements et de leur minéralisation soit réalisé, par la reprise artisanale des exploitations dans une perspective de production de spécimens minéralogiques. Les beaux spécimens de scorodite vert-bleu de Vaulry, trouvés vers 1840 sont à rappeler. D’autres gisements moins intéressants de ce minéral sont à Puy-les-Vignes et à Cieux.

 

Dans les Hautes-Pyrénées, plus particulièrement dans le massif du Néouvielle, de bons spécimens d’axinite ont été trouvés, associés à la préhnite, au quartz, à l’épidote, à la calcite, et même, exceptionnellement, à des cristaux de galène. L’axinite dans les Pyrénées est signalée par le minéralogiste Lacroix dans sa « Minéralogie de la France » dès 1893. Il témoigne de découvertes faites en 1793 par Picot de Lapeyrouse et Dolomieu au pic d’Eres lids. Ces découvertes entraînent l’exploitation des gisements, et déjà la commercialisation de spécimens, ce qui en permet la diffusion, l’étude et la préservation dans diverses collections.

La vallée d’Aure, également dans les Hautes Pyrénées, a été le siège d’exploitation pour le manganèse, plus particulièrement aux mines de Vielle-Aure (Coustou), du Louron et d’Azet. L’exploitation de ces gisements a démarré dès le milieu du XIXème siècle, pour se poursuivre jusqu’aux années 1930. Une espèce a été découverte pour le première fois au Pla de Labasse, près des granges de Nabias par une équipe Suisse dans les années 1990, poursuivant les travaux d’Alain Ragu. Elle fut appelée nabiasite, c’est un vanadate de baryum et de manganèse. A la mine de Coustou, sur la commune de Vielle-Aure, de magnifiques spécimens de rhodocrosite ont été découverts. Les cristaux sont petits (2/3 cm maximum) eu égard aux cristaux de gisements étrangers mais c’est le seul gisement en France à produire des spécimens agréables de ce minéral.

 

Un gisement français majeur est celui de la mine d’Irazein, en Ariège, qui a produit des « monstres » mondiaux. La mine fut en activité de 1865/1870 à 1922. Une seule découverte de spécimens est à noter, en 1906, celle d’énormes cristaux de tétraédrite. Les circonstances de la découverte sont mal connues. Seuls quelques rares cristaux sont là pour témoigner : cristal de 25 cm d’arête, gravé de la date 1906 et du nom de son premier propriétaire et/ou découvreur, cristal de 15 cm dans la collection de l’université Pierre et Marie Curie (Jussieu), cristal de 13 cm au Muséum à Paris. Ces spécimens sont recouverts d’un voile d’altération, constitué entre autres d’azurite et de malachite. Les spécimens connus du gisement se comptent sur les doigts de la main, mais ils permettent au site d’être mondialement connu car nulle part ailleurs des cristaux aussi grands n’ont été découverts.

Également en Ariège, la mine de Trimouns est l’une des plus importantes exploitations de talc au monde. Sa production est d’environ 400 000 tonnes. Cette mine produit de rares minéraux, tels que la bastnäsite (cristal jusqu’à plus de 2 cm), la parisite (un peu plus d’un cm), la synchisite, la monazite, l’allanite, la dissakisite, le xénotime, l’hingganite (cristaux jusqu’à 8 mm), l’iimoriite et la trimounsite (jusqu’à 3 cm), découverte à Trimouns pour la première fois. Un nouveau minéral a été découvert à Trimouns récemment, la gatélite. Ce minéral a été nommé en l’honneur de P. Gatel, président-fondateur de l’Association Française de Microminéralogie (A.F.M.). Cette association a grandement contribué à la connaissance de la minéralogie de la France, notamment par ses nombreuses études et publications. Plusieurs espèces nouvelles ont, en effet, été découvertes grâce à la passion et au dynamisme des membres de l’A.F.M.

Le Tarn se distingue par ses nombreux gisements de fluorite, certains sont la source de spécimens exceptionnels de ce minéral. A noter les mines de Montroc, du Burc, de Peyrebrune, du Moulinal. D’autres minéraux très intéressants accompagnent la fluorite dans ces gisements, comme le quartz, la sidérite, la sphalérite, la bournonite ou la galène. Vers Castres, la mine de Saint-Salvy a produit de remarquables spécimens de pyromorphite verte, en « touffes » de très fines aiguilles « vert-herbe ».

La France a eu de nombreuses exploitations pour l’uranium à partir des années 1950. De très nombreuses découvertes minéralogiques ont pu être faites. Notons plus particulièrement en Aveyron, l’indice de Margabal, exploré de 1957 à 1960, qui a produit à l’époque, mais surtout ces dernières années lors de travaux faits par des collectionneurs, d’incroyables spécimens. Un des meilleurs spécimens a été acheté par le Muséum à Paris, c’est une stalactite de torbernite de près de 50 cm !!! Toujours en Aveyron, d’excellents gisements de fluorite sont à signaler, tels que Valzerge et Le Kaymar (réputé, aussi, pour ses quartz babéliens).

 

En Lozère, la Mine de Sainte_Lucie, exploitée depuis la fin du XIXème jusqu’aux années 1940, pour le plomb, fut retravaillée vers la fin des années 1980 pour les spécimens minéralogiques. Le gisement était connu pour un minéral peu commun, la stolzite, un tungstate de plomb. Il fut découvert alors les meilleurs spécimens connus de l’espèce, aussi bien en taille, jusqu’à 7 cm, qu’en esthétique. Les cristaux de stolzite sont parfois associés à des cristaux de cérusite, plus rarement à la pyromorphite ou à la galène. Diverses équipes de prospecteurs courageux ont prospecté cette mine. Elles ont pu ainsi enrichir la connaissance de la minéralogie de la France et contribuer à la protection du patrimoine minéralogique. Suite à ces découvertes, de nombreuses publications ont pu être faites.

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Dans le Gard, la mine des Malines, à Saint-Laurent-le-Minier couvre une surface de 3 km par 2,5 km, et les travaux représentent environ 300 km de galerie. La mine ferma en 1994, après avoir produit presque un million de tonnes de métaux, dont du zinc, du plomb, et 250 tonnes d’argent. Le gisement est réputé pour ses spécimens de barite blanche sur lit de sphalérite brune ou rouge, associées à la bournonite grise. La bournonite de Saint-Laurent peut atteindre d’importantes dimensions, les cristaux de plus ou moins 5 cm sont un classique apprécié pour le site, certains cristaux allant jusqu’à 10 cm, ce qui pour l’espèce est proche du record. Les Malines ont produit aussi de curieux spécimens de galène réticulaire.

En Corrèze, près d’Ussel, la Mine des Farges fut exploitée de 1972 à 1984. Dès le début de l’exploitation, mais surtout dans les années 1976-1979, de fantastiques spécimens de pyromorphite ont été découverts, notamment dans de variées et vives nuances de vert, très appréciées. Une véritable ruée à la pyromorphite se déclencha, et les spécimens des Farges furent diffusés dans le monde entier. Tous les collectionneurs connaissent le nom de ce lieu dit plus que perdu, et tous les musées de minéralogie se doivent d’en avoir des spécimens, tant leur qualité est exceptionnelle. De récentes découvertes en Chine et aux USA remettent en cause la suprématie des Farges en tant que meilleure source de pyromorphite. Les Farges ont donné également de sympathiques spécimens de wulfénite orange vif sur pyromorphite verte.

 

Dans le massif du Forez, Puy-de-Dôme, les pegmatites de Beauchaud sont un des hauts lieux de la minéralogie de la France. Les béryls (bleutés, jusqu’à 7 cm), tourmalines (jusqu’à 12,5 cm !) et grenats (maximum 1,7 cm de diamètre) qui ont été découverts sont des plus remarquables. Certains spécimens de grenat sur tourmaline sont époustouflants ! Le gisement n’a été que très superficiellement exploré, la possibilité de fouille de plus grande dimension apporterait beaucoup à la connaissance de la minéralogie de la France.

Toujours dans le Puy-de-Dôme, les mines de Pontgibaud et plus particulièrement la mine du Pranal, ont produit de bons spécimens de galène, de bournonite et surtout de remarquables spécimens de tétraédrite riche en argent, variété freibergite.

 

En Saône-et-Loire encore, le gisement de manganèse de Romanèche est célèbre pour deux minéraux qui y ont été découverts, la romanèchite et l’arsénosidérite. Les meilleurs spécimens de ces espèces y ont été trouvés vers le milieu du XIXème siècle. L’arsénosidérite le fut en 1841 par Tony Lacroix, grand-père d’Alfred Lacroix, le célèbre professeur de minéralogie du Muséum de Paris. L’espèce fut décrite et nommée par Dufrenoy.

 

En haute-vallée du Var (Alpes-Maritimes), dans les gorges de Daluis, les anciennes mines du dôme de Barrot ont produit une exceptionnelle minéralogie. En effet, pas moins de six espèces nouvelles depuis moins de 10 ans ont été identifiées. De plus, de très beaux spécimens de cuivre natif y ont été découverts, notamment lors de l’activité minière de la fin du XIXème siècle, plus particulièrement aux indices de Roua.

 

Dans les Alpes-de-Haute-Provence, à Saint Pons, d’importantes lentilles de sidérite contenues dans des marnes callovo-oxfordiennes contiennent une minéralisation sulfurée. Vers la fin des années 1980, de fabuleuses découvertes de rares sulfosels de plomb et de cuivre ont été faites. Les meilleurs spécimens connus de chalcostibite sont découverts, de même que de très bons spécimens de zinkénite et dadsonite, Gîte de Saint-Pons étant la cinquième référence mondiale pour l’espèce. Plus classique, la paragénèse comprend également de la bournonite, de la boulangérite et de la tétraédrite.

 

L’Oisans, en Isère, est depuis la fin du XVIIIème siècle un paradis pour les minéralogistes. De nombreux gisements s’y trouvent et produisent des spécimens remarquables. Citons la mine d’or de La Gardette, exploitée dès 1781, qui n’a jamais produit beaucoup d’or mais qui, par contre, a produit de fantastiques spécimens de quartz, parmi les meilleurs au monde. Les cristaux de quartz sont parfois maclés à 84°33, en macle dite de La Gardette. Cette macle a été décrite pour la première fois à partir de spécimens de cette mine par Weiss en 1829, puis réétudiée par Des Cloizeaux vers la fin du XIXème siècle. Cette mine a produit également de gros cristaux de chalcopyrite, de la brannérite, de l’aïkinite, de la sidérite, des spécimens d’or, etc.

Le quartz est recherché depuis des siècles dans le massif du Mont-Blanc, des documents l’attestent dès le dix-septième siècle. A cette époque les cristaux sont recherchés pour être vendus aux tailleries, notamment de Paris, Genève et Milan. Les hommes exploitant les cristaux de quartz pour en faire le commerce sont appelés « cristalliers ». L’intérêt pour les spécimens de collection n’apparaîtra qu’à la fin du dix-huitième siècle. De nos jours encore, d’intrépides cristalliers parcourent le massif du Mont-Blanc à la recherche de spécimens. La pratique de l’alpinisme est de rigueur. Cette collecte permet de sauver de très nombreux spécimens, qui sinon seraient détruits par l’érosion, notamment le gel, la glace et les éboulements. Le massif produit de fantastiques cristaux de quartz fumé et incolore, parfois avec une cristallisation particulière appelée gwindel, et d’inouïs cristaux de fluorite rose, les meilleurs connus. De très nombreuses autres espèces ont été découvertes. Diverses publications existent à ce sujet, dont un remarquable hors-série de la revue « Le Règne Minéral ».

 

En Alsace, les mines de Sainte-Marie-aux-Mines sont depuis longtemps réputées pour les nombreuses espèces de minéraux qui s’y trouvent. Le célèbre Monnet écrivait, suite à sa visite de la vallée Ste-Marie, en 1757 : « au nom des mines de Ste Marie, ceux qui ont quelques connaissances dans l’histoire de l’exploitation des mines, reconnaîtront une des plus renommées, des plus anciennes et des plus considérables du monde et qui les surpasse peut-être toutes par la variété et la quantité prodigieuse de mines et minéraux qu’elle a fournie. Si quelqu’un en doutait, il n’a qu’à consulter les catalogues des cabinets minéralogiques des princes. Il se convaincra que presque les plus beaux morceaux de toutes les espèces qui composent les collections sortent de cette exploitation. En effet, si l’on excepte l’or et l’étain, il n’y a point d’espèces de métal, mines et minéraux que les filons de Sainte-Marie n’aient fournis…».

Monnet nous dit également : « en 1770, on trouva une grande quantité de terre molle, ou ce que les mineurs appellent gur d’argile ou letten, dans laquelle on découvre environ 60 marcs d’argent vierge, sous forme de filets entortillés les uns autour des autres et formant des paquets, ou de petites branches fort fines. On n’eut que la peine d’emporter par le lavage cette terre et d’en séparer l’argent, qu’on vendit presque entièrement aux amateurs d’histoire naturelle…».
Mühlenbeck rapporte que l’on découvrit dans la mine « Glückauf » en 1772 « de l’argent natif arborescent d’une telle beauté qu’on ne le fondit point, mais qu’on le vendit tel quel ».

 

De nombreuses espèces ont été découvertes pour la première fois au monde en vallée de Sainte-Marie-aux-Mines, dont une bonne partie ces dernières décennies, notamment à la mine Gabe-Gottes, niveau -40 (www.gabe-gottes.com). Notons la dervillite, la ferrarisite, la fluckite, la mcnearite, la phaunouxite, la rauenthalite, la sainfeldite, la villyallenite et la weilite. Le filon Saint-Jacques dans la vallée de Sainte-Marie est réputé pour la lautite, dont il constitue l’un des meilleurs gisements connus au monde. Différentes mines de la vallée sont célèbres pour les minéraux de néoformation, notamment des arséniates calciques et calcomagnésiens tels que la pharmacolite et la picropharmacolite, ou encore la monohydrocalcite.

 D’autres sites seraient à développer pour les Vosges, comme la mine Saint-Nicolas à Steinbach, près de Mulhouse, où l’association « Potasse » réalise un colossal travail de mise en valeur du site (www.kalitroc.com), ou encore Framont-Grandfontaine pour ses scheelites et phénacites, Maxomchamps pour ses fluorites, etc.

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En conclusion, un état de l’étude de la minéralogie de la France peut être donné par Henri-Jean Schubnel, Professeur au muséum à Paris, et Pierre-jacques Chiappero, maître de conférence au muséum à Paris : « A partir des années 1980, l’activité de minéralogie descriptive a diminué jusqu’à disparition quasi complète en France. Depuis lors, très peu de scientifiques ou universitaires en France s’intéressent à la minéralogie descriptive, de sorte que les nombreux amateurs existants se tournent de plus en plus vers l’étranger. Les résultats sont particulièrement impressionnants. De 1985 à 1995, environ 1/4 des 84 espèces nouvelles découvertes pour la première fois en France ont été décrites par des chercheurs étrangers consécutivement à des envois faits par des amateurs. Ce chiffre peut être expliqué en partie par l’existence d’une technologie permettant de décrire des minéraux de plus en plus petits. Mais il est aussi lié à la maturité intellectuelle de la communauté des minéralogistes amateurs qui avec le développement des bourses et la facilité des échanges internationaux a acquis une grande expérience visuelle, apte à reconnaître bien souvent le caractère si ce n’est nouveau tout au moins intéressant des minéraux qu’elle recueille. Par leur grand nombre, ces amateurs multiplient les observations et donc les chances de rencontrer de nouvelles espèces, ce que les résultats prouvent depuis de nombreuses années ».

 

Ces vingt dernières années, le nombre de publications sur la minéralogie de la France écrites par des non professionnels, seuls ou en collaboration avec des professionnels, est particulièrement important : articles dans des revues spécialisées, édition d’ouvrages particuliers, etc. La minéralogie de la France et en France a ainsi bénéficié d’un phénoménal renouveau, et d’un dynamisme extrêmement soutenu.

Passage Extrait d’un forum…

Livres pour aller plus loin :

Roger Canac, « L’or des cristalliers », éditions Denöel – 1980, « Des cristaux et de hommes », édition Glénat – 1997
Pascal Entremont, « Chasseur de pierres », éditions Robert Laffont – 1992
Walter Schumann, « Collectionner minéraux, roches et fossiles » – éditions Bordas 1993
Revues spécialisées : « Le Règne Minéral », « Le Cristallier Suisse », « Minéraux et Fossiles »
Site web : www.geopolis-fr.com  et www.geologie-info.com

Publié dans Alpes Haute Provence, ARTISANAT FRANCAIS, Bretagne, Gard, HISTOIRE DES REGIONS, Isère, Paris, VILLAGES de FRANCE | Pas de Commentaire »

LA CREPE, une grande histoire d’amour

Posté par francesca7 le 7 janvier 2016

 

On distingue les crêpes de couleur claire préparées à partir de farine de froment, de lentille, de maïs, de riz, de semoule, de teff ou de pois chiche, et celles, beaucoup plus brunes, réalisées avec de la farine de sarrasin (ou farine de blé noir).

Pour les crêpes de froment consommées en dessert, les ingrédients généralement utilisés pour la pâte sont la farine, les œufs, le lait, le sucre et parfois l’eau et la bière. On y rajoute parfois des arômes comme de la vanille, de la fleur d’oranger, du rhum ou de l’alcool de cidre (lambig, calvados).

CREPE

Pour les crêpes de blé noir dites aussi galettes de sarrasin, les ingrédients de base sont la farine de blé noir, l’eau et du sel. On y rajoute parfois de la bière, un peu d’huile, d’autres farines en quantité moindre (froment, châtaigne), et du poivre. Cependant, chaque crêpier / crêpière à sa propre recette.

Une crêpe s’obtient en étalant une portion de pâte, sous la forme d’un disque, sur un ustensile de cuisine préalablement graissé et chauffé (plaque de fonte, crêpière, poêle ou billig), et en la faisant cuire alternativement sur ses deux faces.

La crêpe française se prépare sans levain, contrairement par exemple au pancake américain ou au blini russe ou ukrainien.

La crêpe est un mets composé d’une très fine couche de pâte faite à base de farine (principalement de blé ou de sarrasin) agglomérée à un liquide (lait, parfois mélangé à de l’eau ou de la bière). Elle est généralement de forme ronde.

La crêpe est cuite dans une crêpière (ou une poêle ordinaire), ou sur une plaque chauffante, appelée billig en Bretagne, galettoire ou galetière en Haute-Bretagne et tuile (poêle sans rebord ou à rebord très bas) en Normandie.

La crêpe se mange chaude ou froide, sucrée ou salée, comme plat principal ou comme dessert, mais peut aussi constituer un en-cas. Elle est servie telle quelle, agrémentée d’une garniture ou encore fourrée. On la déguste chez soi ou au restaurant, et on en trouve à emporter sur les marchés, lors d’évènements festifs, comme dans les fêtes foraines. Selon les habitudes et la garniture, elle peut être d’épaisseur variable.

La crêpe peut se consommer seule, mais est souvent nappée d’une garniture telle que le sucre, de la confiture, du chocolat à tartiner, de la crème chantilly, du fromage, du jambon, voire des légumes cuits et assaisonnés. La crêpe est généralement sucrée pour les crêpes de froment et plutôt salée pour les crêpes de sarrasin.

La crêpe peut aussi être fourrée et gratinée au four. Elle se présente pliée en quatre, roulée, en demi-lune, en triangle, en pannequet (la garniture est placée au centre et on rabat deux bords opposés puis les deux autres pour former un petit paquet) ou « en aumônière ».

Elle peut être aussi utilisée comme base d’autres recettes (exemples : le gâteau de crêpes ou la ficelle picarde).

Enfin, on peut aussi la flamber : on verse sur la crêpe chaude un alcool chauffé (souvent du Grand Marnier) auquel on met le feu). Ces crêpes sont servies de suite, souvent encore en train de flamber dans l’assiette. On peut accompagner d’une boule de glace (souvent parfumée à la vanille).

À la fête de la Chandeleur ou au Mardi Gras, il est fréquent de cuisiner des crêpes en France et en Belgique. Cette tradition est immortalisée dans le canon traditionnel français. La légende dit que pour assurer une prospérité toute l’année, il faut faire sauter les crêpes avec une pièce de monnaie dans la main en récitant cette chanson :

La veille de la Chandeleur…
L’hiver se passe ou prend rigueur
Si tu sais bien tenir ta poêle
À toi l’argent en quantité
Mais gare à la mauvaise étoile
Si tu mets ta crêpe à côté.

LA CREPE, une grande histoire d’amour dans Autre région 1024px-Crepes_dsc07085

En France

Une crêpe chocolat-noix de coco servie dans une crêperie proche du Panthéon à Paris.

C’est la Crêpe Suzette.

dessertfrançais créé par Auguste Escoffier composé d’une crêpe au beurre Suzette, une sauce à base de sucre caramélisé et de beurre, de jus de mandarine ou d’orange, de zeste et de liqueur Grand Marnier ou de Curaçao. Les crêpes Suzette sont généralement servies flambées, même si certains ouvrages de cuisine notent que dans la recette originale, elles sont servies non flambées. mais cette dernière étape est sujette à controverse entre partisans et opposants du flambage de la crêpe

Quoi qu’il en soit, Sucrée ou salées, les crêpes sont traditionnellement consommées chaudes accompagnées de beurre. La garniture la plus fréquente des crêpes dites « salées » est constituée de fromage râpé, de jambon, d’un œuf et elle est dite « complète » lorsqu’on y retrouve les trois ingrédients simultanément. Pour les crêpes dites « sucrées » les ingrédients couramment utilisés sont : le beurre, le sucre, le chocolat, le nutella, la confiture, le miel, le caramel au beurre salé, le citron, la crème de marron, etc.220px-Cr%C3%AApe_Suzette-01 dans Bretagne

On cuisine également des crêpes dans le Nord-Pas-de-Calais et en Alsace, en incorporant de la bière dans la pâte, ce qui améliorait sa dégustation ; en Normandie on y incorpore un peu de calvados et éventuellement de la pomme.

Les crêpes de sarrasin existent sous diverses formes et noms : la galette en Haute-Bretagne, le tourtou ou galetou en Limousin, le bourriol ou pompe en Auvergne, la pascade en Aveyron, etc.

Le Galichon ou crêpe du chat est la toute dernière crêpe réalisée, souvent de petite taille du fait du manque de pâte.

Les crêpes bretonnes (krampouezh en breton) sont une spécialité culinaire bretonne très renommée, et la Bretagne compte de nombreuses crêperies.

Il existe deux sortes de crêpes :

  • à la farine de froment ou bleud gwinizh. La pâte traditionnelle se compose d’œufs, de farine, de sucre et de lait.
  • à la farine de blé noir (ou sarrasin) ou bleud ed-du. La pâte traditionnelle se compose exclusivement de farine, d’eau et de sel, bien que certains ajoutent des œufs ou du lait.

Les premières sont surtout consommées sous une forme sucrée. Mais certains les dégustent avec des garnitures salées. Les secondes se consomment la plupart du temps sous une forme salée. Quelques recettes sucrées sont récemment apparues avec les crêpes de blé noir.

Sur la carte des crêperies, les crêpes de blé noir sont parfois appelées galettes, ce qui est la terminologie haute-bretonne de cette crêpe salée, les deux étant appelées uniquement crêpes en Basse-Bretagne, découlant la traduction du seul mot krampouezh qui désigne les deux.

La galette est l’élément de base, ainsi que le beurre. On rajoute ensuite divers ingrédients (saucisse, jambon, fromage, tomates, champignons, etc.), quoique traditionnellement ce soit l’œuf seul qui l’accompagnait.

Avec la crêpe, on boit de l’eau, du cidre (boisson à base de pommes fermentées) ou sistr ou du lait ribot (lait aigre) en breton laezh ribod ou laezh trenk. La plaque sur laquelle se font les crêpes se nomme en breton la billig, ar billig ou encore ar gleurc’h; on tourne la crêpe à l’aide de la rozell, on la décolle et la retourne à l’aide de la skliñsell.

Dictons bretons à propos des crêpes : « Ar grampouezhenn gentañ, ‘vit ar c’hazh, pe ‘vit ar c’hi, pe ‘vit an inosant zo ‘barzh an ti » = la première crêpe (souvent ratée), pour le chat, pour le chien ou pour l’innocent de la maison. « Ar grampouezhenn diwezhañ zo koll pe c’hounit » = celui qui mange la dernière crêpe est perdant ou gagnant (selon qu’il reste trop peu de pâte ou trop)

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Ce que la Bataille Magique de Bretagne peut nous apprendre aujourd’hui : Sorciers et Mages de France

Posté par francesca7 le 27 décembre 2015

 

1 LutinContrairement aux attaques de Charlie Hebdo, cette fois, pour les attaques de Paris, je suis restée silencieuse (ou presque), incapable de dire, d’écrire quoi que ce soit qui me semble approprié, juste, ou sur lequel je ne changerais éventuellement pas d’avis par la suite. Je suis passée par toutes les émotions, et c’est normal quand l’actualité est encore chaude bouillante, quand on est dans le choc et la stupeur. J’ai vu différentes personnes en appeler aux armes ou à l’amour inconditionnel ; je ne me sentais ni de l’un, ni de l’autre. J’avais envie d’écrabouiller DAECH comme un écrase un moustique qui nous tourne depuis trop longtemps autour et qui finit par nous piquer alors que jusque là, on se défendait de tuer. J’avais envie de prier pour les victimes et leurs proches. J’avais besoin de trouver un moyen de mettre à l’abri mes proches, ceux qui sont dans la ré- gion parisienne et qui sont bien plus exposés que moi. Tous les jours depuis cette attaque, il ne s’est pas passé un matin sans que je me réveille en me demandant si aucune nouvelle attaque n’aurait été sur la route de ces proches qui se rendent à leur travail. On répète qu’il ne faut pas avoir peur, mais on sait tous qu’on a aussi besoin de faire ce pied de nez pour continuer à vivre en dépit des risques qu’on connaît désormais tous et qui planent, comme nous le rappellent chaque jour les informations de tous les médias, et qu’on ne peut pas éviter. Et je sais aussi qu’avec un peu de chance, avec du temps, on retournera tous à nos occupations habituelles et on laissera cette peur s’évaporer, sans oublier pour autant. Parce que c’est ça, la vie. Elle finit toujours par reprendre ses droits sur la peur et la mort.

Plongée dans mon propre silence et dans mon intériorité, j’ai été amenée à repenser aux raisons qui m’ont conduite à prendre la route de la magie et de la sorcellerie, et pas une autre. Alors que certains suivent avant tout une quête du pouvoir, pour moi, parmi ces raisons, il y a à la base | le refus de l’impuissance. A mon sens, c’est très différent. Je me suis rendue compte combien le poids de la transmission familiale était grande aussi, puisque dans ma famille, ça a toujours été aux femmes qu’incombait la protection spirituelle, quasi magique, de l’ensemble des membres de la famille. Je pense que les hommes ont aussi prié, bien entendu, mais les plus engagées ont toujours été les femmes, surtout côté maternel. J’ai grandi dans les jupes de ma grand mère qui ne cessait de parler de ses prières aux saints pour nous protéger tous, ma mère a suivi le même chemin. Elles ont été des guerrières spirituelles infatigables, malgré tous les revers de la vie. Ma grand mère n’est plus, mais ma mère continue. Et moi, je comprends aujourd’hui à quel point j’ai intériorisé cette «tradition».

Je me rappelle comment, à certains moments, ma mère et moi avons agi de concert, chacune avec ses «armes», et bien qu’elle soit catholique pratiquante, elle m’a alors toujours soutenue et même, m’a encouragée. Il y a de la solidarité inconditionnelle qui dépasse toutes les croyances dans ces moments de lutte pour protéger ce qui nous est le plus cher. La pleine lune approche, et nous avions déjà pré- vu de nous réunir pour un rituel en coven. Au programme, ce sera protection pour nos proches et pour nous-mêmes, mais aussi de la guérison. Cependant, ce sera réalisé séparément pour bien rester concentré sur chacune des intentions. Cette pleine lune, c’est un peu la pleine lune des mesures d’urgence, et dont les objectifs seront restreints pour la plupart à l’instinct égoïste de préservation des siens.

Oui, mais une fois les devoirs qu’on doit à nos familles et nos proches rendus, je sais que moi, je ne pourrai m’arrêter là. Ce matin, alors que je laissais mes pensées vagabonder, le souvenir d’un épisode de l’Histoire a d’un coup émergé. Soudain, je me suis rappelée de cet épisode quasi anecdotique de la seconde guerre mondiale et qui est resté connu sous le nom de «The Magical Battle of Britain». Alors que les nazis gagnaient inexorablement du terrain en Europe, et qu’ils bombardaient massivement Londres pour obliger l’Angleterre à capituler, tout le monde s’attendait à les voir vaincre et envahir la Grande-Bretagne. Or, comme on le sait tous (j’espère), ça ne s’est jamais produit.

Des raisons très diverses ont été avancées pour expliquer cela, notamment bien entendu les choix stratégiques d’Hitler. Certains avancèrent que peut-être, cet échec pouvait être aussi lié à une autre cause, beaucoup plus … occulte. En effet, en 1939, l’occultiste et magicienne Dion Fortune, à la tête de sa Fraternity of Inner Light, avait appelé divers occultistes anglais de son temps (il y eut notamment Aleister Crowley et Gerald Gardner qui participèrent, et bien d’autres moins cé- lèbres) à participer à un «combat» magique destiné à empêcher l’invasion de la Grande-Bretagne et à affaiblir les nazis. Immédiatement après la déclaration de guerre de l’Angleterre en 1939, Dion Fortune commença une série de lettres régulières aux membres de son ordre magique, la Fraternity of Inner Light, qui se retrouvaient dans l’incapacité de tenir des réunions à cause des restrictions de déplacements mises en place en ce temps de guerre.

Alors que les avions ennemis grondaient dans le ciel, elle organisa une série de visualisations pour planter « les germes d’idées dans l’esprit collectif de la population », des visions archétypales pour invoquer la protection angélique et pour rehausser la morale britannique alors qu’ils étaient sous le feu de l’ennemi. « La guerre devait être combattue et gagnée sur le plan physique avant qu’une manifestation physique puisse être donnée aux idéaux archétypaux », écrivit-elle. « Ce qui a été semé poussera et portera des fruits ». Alors que la guerre se poursuivait, cela fut consolidé avec d’autres travaux destinés au renouvellement des accords nationaux et internationaux. Pour la première fois, les portes de la Fraternité furent ouvertes à quiconque voulait se joindre et apprendre les méthodes de travail ésotérique par influence de l’esprit, auparavant gardées secrètes. Avec un optimisme inébranlable, elle guida la fraternité à travers les jours sombres du Blitz de Londres, continuant d’envoyer ses lettres hebdomadaires même lorsque les bombes s’abattirent sur le toit de sa propre maison.

Extrait de l’introduction de The magical Battle of Britain, à partir des lettres de Dion Fortune, éditées par Gareth Knight. Sans aller jusqu’à dire que l’échec des nazis serait dû à cette entreprise, bien entendu, on ne peut écarter la contribution de cette influence. L’article sobrement intitulé «The Magical Battle of Great Britain», providentiellement publié récemment et également republié par le site patheos.com, présente notamment les méthodes d’action employées :

Une méthode pour contrer leur folie Méditons sur les Présences angéliques, habillées de robes rouges et armées, patrouillant de long en large de notre pays. Visualisez la carte de la Grande-Bretagne, et voyez ces grandes Présences se mouvoir telle une vaste forme obscure le long des côtes, et de haut en bas, du nord vers le sud, et d’est en ouest, gardant et protégeant le territoire de sorte qu’aucune chose venant de l’étranger ne puisse avancer sans avoir été remarqué. Extrait de The Magical Battle of Britain de Dion Fortune Les actes magiques de Dion Fortune fonctionnaient sur la base de plusieurs théories solides :

- Elle croyait que des ritualistes entraînés pouvaient combiner leurs efforts pour influencer la Volonté collective du peuple anglais, et non pas un individu seul.

- Elle utilisait des esprits facilement reconnaissables et fondés sur sa culture, ainsi que des égrégores dont la signification serait comprise intuitivement par des milliers de personnes.

- Elle se tourna vers des esprits et des égrégores qui étaient déjà associés au but pour lesquelles ils avaient été appelés.

- Elle créa des actes de magie simples qui puissent être facilement imités et réalisés par un grand nombre d’individus dispersés dans de nombreux endroits.

– Elle faisait un Travail sur une cause qui préoccupait des milliers de personnes.

 «L’analyse que l’auteur de cet article fait non seulement de la contribution de Dion Fortune, mais aussi du système d’action magique dans le cadre d’une lutte défensive, est très juste. Réaliser des rituels collectifs n’est depuis lors pas rare, et des exemples tous récents peuvent être cités avec les initiatives de la Ligue Wiccane Eclectique pour la paix en Syrie puis pour les attaques de Paris. Mais compte tenu de la situation actuelle, il apparaît que les initiatives ne peuvent se limiter à des rituels ponctuels.

Tous ceux qui voudraient contribuer à la protection de la France (et de l’Europe) contre DAESH et le terrorisme pourraient s’inspirer des techniques de Dion Fortune. Les moins avancés peuvent contribuer par des prières et des intentions, mais les plus avancés pourraient, eux, suivre les pas de Dion Fortune, en fonction de leurs propres pratiques et systèmes spirituels. Je parle ici de protection de la France et de l’Europe, comme «niveau n°2» après la protection de sa famille et de ses proches. Cicéron (Des Lois, II) déjà avait noté que les êtres humains s’organisent de manière naturelle autour d’une vision multiscalaire de la «patrie» (je reprends ici sa propre expression), vision que Napoléon lui-même avait reprise et qui connut ses heures de gloire au XIXe siècle. Le premier niveau est la famille et les proches, le deuxième niveau est le pays dans lequel on vit (qui peut s’étendre facilement à l’Europe de nos jours).

eau et femmesUn troisième niveau a émergé avec la mise en relation du monde globalisé. Il n’est bien entendu pas question ici de faire l’apologie du nationalisme en dépit d’un légitime intérêt pour la «paix dans le monde», ou la reconnaissance que tout individu a le même droit de vivre et d’être protégé. Les victimes de Paris ne sont pas moins tragiques que celles du Liban ou d’ailleurs. Seulement, il s’agit simplement de reconnaître un principe simple de la magie, voulant que moins on est précis dans le but défini, et plus l’action sera diluée, et moins les chances de réussite seront grandes. De sorte qu’agir globalement pour «la paix dans le monde», ou «la paix partout où DAECH est une menace» manquerait purement et simplement de point central pour fixer son esprit, qui se perdrait dans l’immensité de ce que cela représente. Dion Fortune ne s’y est pas trompée en se concentrant sur son propre pays. Je me suis rendue compte ces derniers jours que quelque part, il y a comme un malaise à l’idée de vouloir «égoïstement» protéger les siens (famille, pays, Europe), comme si ce serait au détriment de l’esprit humaniste d’équité entre les peuples, voir que cela pourrait cacher des relents puants de nationalisme et d’extrémisme. On est tous tellement et légitimement révulsés par ces mouvements qu’on ose à peine penser qu’on puisse ou doive, pour un temps, se replier un peu pour se protéger, nous, avant les autres. A cela, je dirai qu’il est humain de chercher à protéger ce qui nous est proche, et que cela ne nous empêche en rien, à côté, de mener des actions magiques ou de simples prières dans des directions plus larges.

Seul le pragmatisme magique, et non pas une quelque idéologie nauséabonde, conduit à se restreindre à un espace donné et précis. Maintenant, ceci étant dit, il reste donc à faire. Je suis persuadée que nous sommes nombreux parmi les sorcières, sorciers, mages et magiciennes, en France, en Europe et dans le monde, à pouvoir et vouloir contribuer à cette lutte. Si nous tous, chacun où nous sommes (et pas uniquement en France), étions en mesure de dresser un rempart magique contre le terrorisme extérieur et intérieur, quels effets à terme cela pourrait-il avoir?

Si des sorciers et des mages de France, de Belgique, du Liban, du Moyen-Orient, d’Angleterre, d’Allemagne, d’Afrique, d’Amérique ou d’où que ce soit participaient, qui sait ce que cela pourrait changer? A ma petite échelle, moi, j’apporterai ma contribution. A notre échelle, je ne doute pas qu’en coven, on fera de même. Et vous ?

Retrouvez les articles de Hédéra sur son blog http://discoreloaded.canalblog.com

 

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Le monde des Fées, des Comtes de Bretagne

Posté par francesca7 le 26 décembre 2015

morgane3Morgane, de la lumière à l’ombre

Voilà un moment que je n’avais pas fait d’article sur la matière de Bretagne. Mais j’ai lu sur un autre blog un article consacré à Morgane, et j’ai eu envie de faire de même. Dans le blog en question, l’article était profondément tourné vers les croyances païennes de la rédactrice, et c’est pour ça que j’ai décidé de refaire des recherches. Car Morgane est un des personnages les plus mystérieux de la matière de Bretagne (à mes yeux, seule Viviane est encore plus difficile à déchiffrer) : son ascendance et sa descendance changent selon les récits et les époques, sa personnalité évolue… Seul point stable au fil des siècles : Morgane est une fille d’Avalon.

Comment est-elle passée d’une innocente sœur à la puissante magicienne œuvrant contre Arthur ?

La prêtresse d’Avalon

Car c’est bien là tout le problème avec Morgane : son rôle est un de ceux qui évoluent le plus au fil du temps et des narrateurs. Chez Geoffroy de Monmouth et son Histoire des Rois de Bretagne, elle est la sœur Anne, simplement mentionnée sans précision aucune. Dans sa Vie de Merlin, on parle d’une Morgane, prêtresse de la mystérieuse île d’Avalon, qui viendrait prendre soin d’Arthur mourant. Ce sont bien deux personnages distincts, et pourtant, dès Chrétien de Troyes, dans Yvain et le Chevalier au Lion, elles seront amalgamées pour n’être que Morgane, la demi-sœur d’Arthur, prêtresse d’Avalon. Cette prêtresse est un personnage positif, qui soigne et aide, savante et respectée. Elle aide les chevaliers en détresse, et surtout, à ce moment du cycle, elle reste encore la magicienne qui transporte Arthur mourant après sa défaite contre Mordred à Avalon, pour qu’il y soit, selon la légende, soigné avant de revenir soutenir les Bretons.

L’intrigante

 Le tournant vers la magicienne sombre telle qu’on la connaît aujourd’hui va se faire lorsque le personnage se précisera, principalement dans le Lancelot-Graal, un des plus grands cycles de la matière de Bretagne. Elle y est alors demi-sœur d’Arthur par leur mère, Ygerne, puisqu’elle est la fille du duc de Gorlois, le premier mari d’Ygerne. Lorsque celle-ci sera mariée à Uther et mère d’un deuxième enfant, Arthur, Morgane sera envoyée au couvent. Suivant les versions, c’est là qu’elle découvrirait la magie, dont elle continuera l’apprentissage avec Merlin. Elle sera mariée ensuite contre son gré à Urien, roi des terres du Nord (l’Ecosse ?), qu’elle trompera sans état d’âme. On lui prête des aventures avec de nombreux chevaliers, le plus célèbre d’entre eux étant Accolon. Elle complotera régulièrement contre Arthur, sa femme Guenièvre et ses Chevaliers de la Table Ronde, en cherchant notamment à exposer l’amour adultère entre la reine et Lancelot du Lac. Certaines versions prêtent même à Morgane une relation (très) brève avec ledit Lancelot. Elle est aussi régulièrement la mère de Mordred, celui qui amènera la perte d’Arthur et dont la haine envers le roi est le résultat de l’éducation de sa mère. Morgane, selon cette version, voulait en effet dé- truire Logres, le royaume d’Arthur, de manière bien plus efficace qu’avec Accolon. Certains racontent même que Mordred n’est autre que le fils incestueux de Morgane et d’Arthur, né au cours de rituels païens.

Une magicienne puissante

Cependant, qu’elle soit bonne ou mauvaise, on constate que Morgane reste toujours liée à la magie d’Avalon. Elle est la principale opposante à Guenièvre, qui représente elle les couleurs du christianisme. C’est la présence de Morgane, plus que de Viviane, qui assure la représentation des traditions païennes bretonnes dans le mythe arthurien. Son nom, Morgane la Fée (ou Lefey, en anglais, par assimilation du nom français), lui vient de cette présence permanente de la magie autour d’elle. Femme de la mystérieuse Avalon, est-elle toujours vraiment humaine ? Sa vie sur cette île quasiment introuvable, sa puissance magique, sa capacité à ensorceler les gens, ne sont-elles pas la preuve que Morgane, plus que la demi-sœur du roi, est devenue une créature magique, au même titre que les Dames fées qui peuplent les châteaux isolés et les forêts reculées dans les récits chevaleresques de la même époque ? Dès le 18è siècle, cette ambiguïté va prendre de l’importance, jusqu’à faire de Morgane le symbole d’un certain féminisme, revendiquant de façon romantique (au sens littéraire du terme) son indépendance et sa puissance, diabolisée par les uns pour cette raison, adorée (non, le mot n’est pas trop fort) par les autres.

Morgane aujourd’hui

 danse-de-morganeC’est pour cela qu’aujourd’hui, elle est souvent reprise par les mouvements néo-païens, comme inspiratrice ou comme modèle. Il est intéressant de remarquer que ce modèle n’est pas toujours sombre, et que ses adeptes ne se tournent pas forcément vers la version la plus connue de Morgane. D’autres, au contraire, tirent ce trait encore plus loin, en l’associant avec la Morrigan celtique, présente dans les panthéons irlandais et bretons, déesse de la passion (guerrière comme charnelle). Bref, à partir de cette trame littéraire que je viens de raconter, de nombreuses interprétations sont possibles.

J’aimerais juste mentionner deux de ces interprétations contemporaines : une qui respecte le mythe tardif de la fée mauvaise, et une autre qui nuance cette version.

La première est le personnage de Morgane dans la série anglaise Merlin, commencée en 2008 (c’est donc vraiment tout récent). Elle y est au début un personnage plutôt positif, quoiqu’un peu transparent, mais lorsqu’elle prendra de l’ampleur, elle ré- vèlera sa nature plutôt haineuse. Une autre série concernant le mythe arthurien sortira prochainement, s’appelant Camelot, mais j’ignore encore quel rôle aura Morgane (elle y est cependant pré- sente, jouée par la belle Eva Green). La deuxième est le roman de Marion Zimmer Bradley, les Dames du Lac. Ce récit est centré sur Morgane, et même s’il respecte tous les détails donnés dans le mythe arthurien, on peut y voir la volonté de rétablir une certaine noblesse à cette fée, en montrant qu’elle n’est pas si mauvaise, et qu’elle avait ses raisons d’agir, et que parfois, contrairement aux apparences, la situation échappait complètement à son contrôle. C’est cette version que j’aimerais retenir pour conclure cet article, car elle permet de nuancer le personnage de Morgane, sans lui retirer ses méfaits, mais en montrant aussi qu’elle a fait du bien, ce qui était son rôle, après tout, chez les premiers narrateurs.

Source : Magazine LUNE BLEUE

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La Grotte des korrigans

Posté par francesca7 le 22 décembre 2015

 

Image illustrative de l'article Grotte des KorrigansLa grotte des korrigans est un lieu réel : elle fait partie de la vingtaine de grottes dissimulées dans les anfractuosités des rochers, sur la côte du Pouliguen, en Loire-Atlantique. Comportant deux entrées, l’une côté plage et l’autre côté océan, cette grotte n’est accessible qu’à marée basse. Selon les légendes locales, elle cacherait un passage secret jusqu’à la cité médiévale de Guérande. Les korrigans seraient les gardiens de la grotte. Ce conte figure dans un petit ouvrage, paru en 1975 aux éditions des Paludiers, à la Baule, intitulé «Le Bourg de Batz, tradition et actualité», dont l’auteur est Renée Guillemin. Cet éditeur n’existe plus, et l’ouvrage n’a pas été réédité. L’action de cette histoire, qui se situe en partie dans la Grotte des Korrigans sur le territoire du Pouliguen, a pour héros principal un paludier du Bourg-de-Batz, aujourd’hui Batz S/Mer, en Loire-Atlantique.

Ce soir-là, la tempête soufflait si fort et l’eau du ciel tombait avec une telle abondance qu’on aurait pu se croire à la veille d’un cataclysme. Chacun se terrait chez soi, attendant dans l’inquiétude la fin de la tourmente. Chez Pierre Cavalin, dix petits enfants se serraient autour de la table sur laquelle leur maman avait déposé un chaudron plein de bouillie de blé noir; le onzième, tout petit bébé, dormait dans son berceau au pied du lit de ses parents. L’appétit était grand, mais le menu était maigre.

Pierre Cavalin n’avait que peu d’œillets de marais salants et il n’était pas possible de servir sur la table familiale une belle poularde au sel, bien juteuse et dorée, comme cela se faisait chez les riches paludiers du bourg. Sa femme et lui en étaient bien tristes. Un maigre feu de branches mortes ramassées sur la grève éclairait la pièce et les quelques meubles rouges brillaient d’un éclat sombre. Cependant les enfants commençaient joyeusement leur repas, ne remarquant pas, avec l’insouciance de leur âge, que leurs parents s’en privaient. Les coups de boutoir du vent ébranlaient furieusement la grosse porte de bois noir que le paludier avait dû caler pour qu’elle ne s’ouvrît pas.

- Il me semble que l’on frappe à la porte, dit la femme.

- C’est le vent qui veut entrer chez nous… Entre deux rafales, on entendit pourtant quelques petits coups répétés contre l’huis.

- Est-ce possible, un chrétien dehors par ce temps ! Quand Pierre Cavalin ouvrit, le vent s’engouffra avec une telle puissance que la flamme du foyer vacilla. Délaissant leurs écuelles de terre brune, les enfants se précipitèrent autour de leur mère. Apparut alors, s’appuyant sur un bâton, une vieille femme vêtue de haillons, ruisselants de pluie. D’âge, on ne pouvait lui en donner.

KorriganCent ans, peut-être ? Dans son visage raviné, ses yeux imploraient une charité. Plein de pitié pour cette pauvresse errant dans l’obscurité au milieu des éléments déchaînés, Cavalin et sa femme la firent asseoir tout de suite près du foyer dans lequel ils jetèrent quelques sarments bien secs.

La vieille tendit ses mains squelettiques vers le feu et commença à se réchauffer. Une légère vapeur s’éleva de ses vêtements noirâtres. Pendant ce temps, le paludier était allé quérir de la farine dans sa maie, et tandis que sa femme rassurait les enfants, il prépara une pleine écuelle de bouillie pour la vieille pauvresse. Il étendit sur le sol un matelas de varech bien sec pour qu’elle pût se reposer. Le lendemain matin, le temps était clair, le ciel était bleu, et les premiers rayons du soleil répandaient une douce chaleur. La vieille parla alors pour la première fois. – Votre voisin qui a une maie et un charnier bien garnis m’a refusé l’hospitalité hier soir. Vous m’avez recueillie et nourrie. Je suis la reine des korrigans et je veux vous récompenser. Le trésor de mes sujets se trouve dans une grotte de la côte.

Voici une clef que je te donne Cavalin et qui te permettra d’entrer dans la grotte. Voici un anneau magique que tu glisseras à ton doigt et qui te rendra invisible la nuit. Tu pourras prendre tout ce que tu voudras; l’or et les joyaux y sont en abondance. Mais, malheur à toi si tu te trouvais encore dans la grotte au lever du jour ! Cavalin et sa femme étaient remplis d’étonnement, leur geste de charité leur semblait si naturel qu’ils se demandaient s’ils n’avaient pas rêvé. Et pourtant Cavalin avait bien dans sa large main tannée par le sel la grosse clef et un léger anneau doré. Il attendit le soir avec impatience, s’occupant à de menus travaux. Au cours de la soirée les nuages s’étaient amoncelés de nouveau et le soir venu l’obscurité était très opaque.

Cavalin passa par-dessus son sarreau blanc la bretelle d’une grande besace de toile et se dirigea vers la grotte. Au cours de son trajet, l’incrédulité le reprit. Il trouva bien à l’endroit indiqué l’énorme porte qui fermait l’entrée du royaume des korrigans. L’anneau d’or passé au doigt, étreint par l’émotion, il introduisit la grosse clef et la porte tourna silencieusement sur ses gonds. Une lumière qui ne saurait se décrire le frappa à la face et le fit presque défaillir.

Éclairée par plus d’un millier de bougies, la grotte était remplie de tas d’or, de pierres précieuses qui jetaient des feux de toutes les couleurs. Les korrigans s’affairaient dans leur antre, travaillant, ciselant le métal jaune. Invisible, Cavalin emplit sa besace et ses poches le plus qu’il pût et alla cacher son trésor au pied d’un menhir. Il fit ainsi plusieurs voyages, ployant sous la charge. La nuit allait s’achever, déjà les ténèbres commençaient à se dissiper. Mais la tentation était si forte que le paludier crut pouvoir faire encore un dernier chargement. Et pourtant le soleil allait bientôt bondir au-dessus de l’horizon; un peu de rose colorait déjà la crête des vagues.

Une poignée d’or, encore une, encore une, encore… et le soleil darde ses premiers rayons. Cavalin, à cet ultime instant , se trouvait encore dans la grotte, mais son anneau magique avait perdu son pouvoir avec l’apparition de l’aurore. Aussitôt, les korrigans qui avaient tout de suite remarqué sa présence se ruèrent sur lui, et sans qu’il pût esquisser un geste de défense, le traînèrent devant leur roi, assis sur son trône d’or constellé de rubis et de saphirs.

- Cet homme a été pris en train de nous voler; voici la besace qu’il remplissait !

– Enterrez-le sous un tas d’or, c’est le sort qu’il mérite !

A ces mots, Cavalin, glacé par l’effroi, pensa ne jamais revoir sa femme et ses enfants. Pour avoir voulu leur assurer la richesse, il les plongerait par sa mort dans une affreuse misère. Mais une ravissante jeune femme qui siégeait à côté du roi prit la défense du condamné.

- Cet homme n’est pas mauvais. Je demande sa grâce. Qu’il retourne dans son village ! Voici un plat d’étain qui donnera en tous temps une bonne et abondante nourriture à ta famille. Lorsque tu le placeras sur ta table, il se remplira des mets désirés. Mais le trésor que tu as caché au pied du menhir est perdu pour toi. Tu ne le retrouveras jamais ! Cette princesse n’était autre que la pauvresse que Cavalin avait recueillie. Trop heureux de s’en tirer à si bon compte, Cavalin se sauva à toutes jambes, son plat d’étain bien serré sous son bras.

– Quoi ! Un plat d’étain ! Où sont les joyaux et l’or que tu devais rapporter ? s’étonna la femme.

imagesAprès lui avoir narré son aventure et le terrible péril qu’il avait couru, le paludier posa le plat sur la petite table rectangulaire. Les enfants qui avait écouté le récit de leur père souhaitèrent avoir de belles crêpes. Aussitôt une bonne odeur de beurre fondu se répandit et le plat d’étain se remplit d’une pile de belles crêpes bien chaudes et bien dorées. Puis, pour le déjeuner, on demanda une bonne soupe aux choux, avec jambon fumé, saucisses… Tous les jours, le plat se remplissait de mets succulents et copieux, et Pierre Cavalin put élever dignement sa grande famille.

Nul n’a jamais retrouvé le trésor enfoui au pied du menhir. On raconte que la reine des korrigans en fera bénéficier un jour quelqu’un l’ayant mérité. Yann Brekilien propose une autre version intitulée «Le trésor des korrigans» dans ses «Contes et légendes du pays breton», où le héros est un cordonnier, le mégalithe un dolmen, et la pauvresse une «gwrac’h», c’est-à-dire une sorcière en breton, qui va se transformer en un personnage féerique, reine des korrigans, à la fin du récit.

Là encore, en guise de consolation, il est offert au héros qui a manqué sa chance de devenir riche, un plat qui se remplit magiquement de nourriture trois fois dans la journée. Une version de ce conte, un peu différente, a également été publiée par Evelyne Brisou-Pellen, dans son livre «Contes traditionnels de Bretagne», aux éditions Milan. Dans la version adaptée par Jean Muzi sous le titre «L’antre des korrigans», le héros est un chaudronnier. La vieille femme sorcière y est nommée Katel.

SOURCE : https://lunebleuezine.files.wordpress.com

 

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Le savoir-faire des faïenciers de Quimper

Posté par francesca7 le 10 novembre 2015

 

 

FAIENCERIEC’est en 1690 que le maître faïencier Jean-Baptiste Bousquet quitte le Var pour s’installer à Locmaria et marque ainsi le début de l’histoire de la faïencerie quimpéroise. La région offre effectivement de grands avantages : argile en abondance, rivière navigable, grand bois pour alimenter les fours et une main-d’oeuvre bon marché. Son fils reprend le flambeau, puis Pierre Bellevaux, un nivernais et enfin Pierre Clément Caussy de Rouen qui apporte la décoration polychrome très à la mode au XVIIIe siècle.

Face à la Révolution, la production d’objets luxueux n’est plus favorable et on voit surgir la fabrication d’objets usuels. La production de grès s’intensifie. Les motifs très simples sont peints directement au doigt.

En 1872, le peintre et photographe Alfred Beau révolutionne l’art du décor de la faïence en y réalisant de véritables tableaux. Il développe également des décors botaniques et animaliers et se trouve très certainement à la naissance des scènes de genre bretonnes toujours très prisées aujourd’hui, sur lesquelles on peut admirer des personnages aux costumes traditionnels.

Au début du XXe siècle, les manufactures quimpéroises font appel à de nombreux artistes afin de se renouveler et de produire de nouvelles oeuvres. Cependant, la thématique bretonne représente toujours l’essentiel de leur succès.

Fort d’une passion et d’une connaissance longue de trois siècles d’expériences, la faïencerie de Quimper enrichie par de nombreux artistes, se dirige vers de nouveaux horizons comme le bijou, la décoration ou les objets d’art en série limitée.

La poterie berbère

La poterie berbère est un art authentique exclusivement pratiqué par les femmes des sociétés rurales. Elle s’étend du Maroc à la Tunisie et au nord de l’Algérie. C’est en Kabylie qu’on trouve les décors et les formes les plus élaborés.

Généralement conçus pour les besoins quotidiens du foyer, ces objets modelés aux formes arrondies et au décor peint se rapprochent de certaines pièces du néolithique. Découvertes au moment de la colonisation il y a 130 ans, les origines de la poterie berbère remontent très loin. La fragilité des pièces n’a pas permis une longue sauvegarde, et on ne trouve pas de pièces très anciennes. Nonobstant, ses techniques de fabrication en font un art archaïque, et malgré l’influence méditerranéenne et africaine qu’on peut y déceler, il reste difficile de tracer son parcours.

Certains symboles de décoration ont traversé les âges, inchangés. Les motifs souvent géométriques et les couleurs sont porteurs de symboles aux significations ancestrales. Richesse de la culture berbère, ces objets sont non seulement utilitaires, décoratifs, mais également identitaires, chaque village ayant ses propres symboles.

Pour les femmes berbères, la poterie est une tâche ménagère. Les pièces conçues sont utilisées dans leur foyer et ne sont vendues qu’en cas de réel besoin.

quimper_1« Tout au long de son histoire, Quimper a été à la fois un abri et un lieu de passage. Au fond d’une ria d’une vingtaine de kilomètres, un site vallonné entouré de collines abrite dès l’époque gauloise différents lieux de peuplement sur les hauteurs. La conquête romaine fait de Locmaria au bord de l’Odet et à proximité d’un gué, un lieu urbanisé où s’organise un port.

Les Bretons christianisés, après l’effondrement du monde romain, privilégient un autre centre urbain en amont au niveau du confluent (Kemper : confluent en breton). La puissance du comte de Cornouaille et la naissance du siège épiscopal (sans doute vers le IXe siècle) tout en renforçant le rôle de la ville, déterminent une véritable partition du sol entre pouvoir laïque et pouvoir religieux : une ville épiscopale et, sur l’autre rive du Steïr, un faubourg organisé autour d’une place dépendant du duc de Bretagne (la terre au Duc). Sous la même dépendance ducale à Locmaria, une abbaye bénédictine regroupe autour d’elle une petite urbanisation.

La construction de la cathédrale structure la ville au croisement de deux axes de circulation où se rencontrent toutes les activités.

Le XVIe siècle et le rattachement de la Bretagne à la France vont après les guerres de religion modifier cet équilibre urbain. La mise en place de l’administration royale, notamment l’installation du présidial dans la terre au Duc, cherche à concurrencer et à limiter le pouvoir des évêques. Au XVIIe siècle, les ordres religieux liés à la Contre-réforme s’installent eux aussi sur la terre au Duc. À Locmaria, la reconstruction du prieuré va de pair avec le développement des manufactures de faïence (1690).

À partir de la Révolution, Locmaria est rattaché à la commune de Quimper. Le développement du port favorise l’aménagement des quais tandis que le choix de la ville comme chef-lieu du département puis comme préfecture inaugure un siècle de constructions et d’aménagements. La préfecture (1802) et le tribunal (1829) s’établissent à l’extérieur du rempart, le long de l’Odet qui devient l’axe de développement de la ville. À l’intérieur de la vieille ville, mairie (1831) et halles (1843) sont à l’origine de vastes opérations d’urbanisme.
L’arrivée du chemin de fer en 1864 entraîne le prolongement du quai le long du rempart sud. Dans le même temps, les premières implantations industrielles alliées aux lotissements ouvriers au cap Horn en face de Locmaria accentuent le développement de la ville vers l’ouest le long de la rivière.

En 1960, la ville se dote de moyens pour son expansion en s’associant aux communes voisines de Ergué-Armel, Kerfeunteun et Penhars. Le grand Quimper passe alors de 20.000 à 60.000 habitants.

Le port du Corniguel, la Zac de Creach Gwen se développent vers l’ouest, tandis que la route à quatre voies Nantes-Brest suscite une nouvelle extension vers le nord avec la cité administrative de Ty Nay et la zone commerciale de Gourvilly. Les projets actuels tendent à relier tous ces pôles entre eux sans perturber l’équilibre du centre ancien. »

Ville de Quimper. -L’histoire de Quimper. -[réf. du 26 août 2011], [en linge], disponible sur internet :http://www.mairie-quimper.fr/40010299/0/fiche___pagelibre/&RH=DECOUVQUIMP&RF=DECOUVHISTOIRE

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LE MARI AUX DEUX FEMMES

Posté par francesca7 le 19 octobre 2015

 

 
 
Mettant en scène Eliduc, vassal du roi de la Petite-Bretagne, un conte du XIIe siècle, récit paradoxal où ce qui dans d’autres circonstances s’appellerait crime est présenté comme le comble de la vertu, présente la belle et amusante légende du mari aux deux femmes, dont les traits essentiels se retrouveront plus tard et notamment en Allemagne avec un bas-relief du Moyen Age immortalisant cette étrange aventure…

Eliduc

Les voyageurs qui visitent la ville allemande d’Erfurt, en Thuringe, s’arrêtent, dans l’église de Notre-Dame, devant un bas-relief du Moyen Age, d’exécution assez grossière, qui est encastré dans le mur ; il était auparavant dans l’église Saint-Pierre, aujourd’hui démolie, et formait, horizontalement posé, le dessus d’une tombe. On y voit un chevalier de haute taille étendu entre deux femmes. Le sacristain ne manque pas d’expliquer que ce chevalier est un comte de Gleichen — le château de Gleichen est près de là, la famille n’existe plus — qui eut une étrange aventure. Gaston Paris, de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, nous rapporte ainsi cette légende :

 

« Parti pour Jérusalem, il fut fait prisonnier et employé, chez le Soudan, aux travaux du jardinage. La fille du Soudan le vit, fut frappée de sa bonne mine, puis, quand elle eut lié entretien avec lui, charmée de ses discours, touchée du récit de ses malheurs. L’amour la disposait à se faire chrétienne ; les exhortations du comte l’y décidèrent. Elle proposa au prisonnier de l’épouser devant l’Eglise. Grand fut l’embarras du comte, car il avait laissé en Thuringe une épouse aimée. Mais le désir de la liberté l’emporta sur toutes les autres considérations : il fit à la sultane la promesse qu’elle exigeait.

« Elle sut préparer et exécuter son hardi dessein, et bientôt les fugitifs arrivèrent à Rome. Le comte de Gleichen alla trouver le pape et lui exposa le cas. Le mariage promis n’ôtait-il pas sacré ? La princesse qui avait risqué ses jours sur la foi d’un chevalier chrétien et qui demandait le baptême en même temps que le mariage, pouvait-elle être déçue dans sa confiance ? Le pape fut touché de cette situation. C’était peut-être le même pape qu’un miracle avait si sévèrement réprimandé pour n’avoir pas admis à la pénitence le chevalier Tanhauser, qui, désespéré, était retourné chez dame Vénus et s’était damné pour toujours.

« Le pape montra cette fois plus d’indulgence. Il permit au comte de Gleichen de contracter un nouveau mariage sans rompre le premier, et d’avoir en même temps deux femmes légitimes. Nos vieux conteurs n’auraient pas manqué de se demander si c’était en récompense de ses prouesses ou en expiation de ses péchés. Le baptême et le mariage accomplis, le comte reprit le chemin dé la Thuringe, ne sachant trop comment il se tirerait de la seconde partie, et non la moins difficile, de sa tâche. La Sarrasine, habituée à la polygamie, ne voyait rien de choquant dans le fait d’avoir une partenaire ; mais que dirait l’Allemande ?

« Le comte laissa sa compagne un peu en arrière, et vint seul au château de Gleichen, où sa fidèle épouse l’attendait en priant pour lui. Quand les premiers transports de joie furent passés, il lui raconta toutes ses aventures, lui peignit l’horreur de sa captivité, lui apprit par quels prodiges de courage et d’adresse la fille du Soudan l’avait délivré, lui dit qu’elle l’avait suivi et s’était faite chrétienne, enfin lui avoua la promesse de mariage et l’exécution que cette promesse, du consentement du pape, avait reçue à Rome.

« La comtesse, après l’avoir écouté en pleurant, déclara que celle à qui elle devait de revoir son mari s’était acquis sur lui des droits égaux aux siens propres, et demanda à l’embrasser. Il courut la chercher, la comtesse alla au-devant d’elle et se jeta dans ses bras, et la vallée, située au pied du château, où les deux femmes se rencontrèrent, prit alors et a gardé jusqu’à présent le nom de Val de Joie. Ils vécurent longtemps heureux dans cette union à trois que rien ne troubla. Au siècle dernier, on montrait encore à Gleichen le grand lit où le comte reposait entre ses deux femmes, comme il repose en effigie sur la pierre sépulcrale d’Erfurt. »

Cette légende se présente à nous pour la première fois en 1639. Elle était si connue en Allemagne et si peu discutée que Luther l’accepta comme précédent pour autoriser le mariage du landgrave Philippe de Hesse. Les variantes et les incertitudes du récit démontrent, suivant Gaston Paris, que nous avons là un des exemples si nombreux de ce qu’on a nommé la mythologie iconographique ; le peuple éprouve toujours le besoin d’expliquer les œuvres d’art dont le sens est perdu. Le tombeau à trois personnages, parmi les sépultures de la famille de Gleichen, ne portant aucun nom, on imagina que c’était un comte qui avait eu deux femmes, avec l’autorisation du pape, dans des circonstances extraordinaires, et telles que les croisades pouvaient en fournir.

 

hiteSnakeEn 1836, le tombeau fut déplacé, on fouilla le caveau sous-jacent, et un médecin, après avoir examiné les crânes qui s’y trouvaient, déclara que l’un d’eux présentait les caractères anatomiques d’une femme de race orientale. Or, il n’est pas même certain que ce crâne soit celui d’une femme.

On retrouve les traits essentiels de celte légende dans un roman français du XVe siècle ; le héros est un seigneur de Trasignies en Hainaut. La même donnée se rencontre, traitée un peu diversement, dans un conte emprunté au XIIe siècle, par une poétesse française, Marie de France, aux traditions celtiques. Ce conte est le plus beau lai d’Eliduc. Gaston Paris analyse ce récit breton.

Eliduc, vassal du roi de la Petite-Bretagne est disgracié ; il quitte sa dame Guildeluec, bien qu’il l’aimât, et s’embarque pour la Grande-Bretagne. Là, il délivre la belle Guilliadon, qui lui déclare son amour et lui offre sa main. Il n’ose dire qu’il est marié. Ils s’aiment platoniquement. Eliduc est rappelé dans son pays ; il va partir. « Emmenez-moi, dit la belle, ou je me tuerai ! » Il l’emmène. Un orage éclate sur mer pendant le voyage ; elle tombe inanimée. Il ne peut se résoudre à l’enterrer ; une fois à terre, il la place sur un lit.

« Belle, dit-il, à Dieu ne plaise que je continue à vivre dans le siècle ! Douce chère, c’est moi qui ai causé votre mort. Le jour où je vous mettrai en terre, je prendrai l’habit de moine, et je n’aurai d’autre adoucissement à ma douleur que de venir chaque jour à votre tombe. » Puis il gagne son manoir, où sa femme l’accueille avec grande joie ; mais il ne lui montre qu’un visage triste et ne lui dit pas une parole d’amitié. Chaque jour, dès le matin, il s’enfonçait dans la forêt et venait à la chapelle où gisait son amie. Il la contemplait longuement, émerveillé de lui voir toujours les couleurs et l’apparence de la vie, pleurait, priait pour son âme et ne rentrait chez lui qu’à la nuit close.

« Un jour qu’Eliduc avait été obligé de se rendre à la cour du roi, sa femme prit elle-même le chemin de la forêt et arriva dans la chapelle. En apercevant le corps étendu sur le lit, elle comprit tout ; mais quand elle vit la merveilleuse beauté de Guilliadon, encore fraîche comme une rose nouvelle et joignant sur sa poitrine ses mains blanches et ses doigts effilés, la jalousie fit place aussitôt dans son âme à un tout autre sentiment : C’est pour cette femme, dit-elle à l’écuyer qui l’accompagnait, que mon seigneur mène un si grand deuil. Sur ma foi, je le comprends. En voyant une telle beauté en proie à la mort, mon cœur se serre de pitié, en même temps que l’amour le remplit de douleur. Et s’asseyant devant le lit, elle se mit à pleurer celle qui avait été sa rivale. »

Elle est rappelée à la vie. Elle se réveille.

« — Dieu ! que j’ai dormi ! La dame l’embrasse et lui demande qui elle est : Dame, je suis de Logres et fille d’un roi. J’ai aimé un chevalier appelé Eliduc, qui m’a emmenée avec lui et cruellement trompée. Il avait une femme et ne me le dit pas. En l’apprenant, j’ai perdu connaissance, et voilà qu’il m’a abandonnée sans secours dans une terre inconnue. Il m’a trahie, et je n’ai d’autre tort que de l’avoir aimé. Folle est celle qui se fie à un homme !

« — Belle, répond Guildeluec, vous vous trompez. Eliduc, à cause de vous, ne connaît plus de joie dans ce monde. Il vous croit morte, et chaque jour il vient ici vous contempler en pleurant. C’est moi qui suis son épouse. La douleur où je le voyais vivre me brisait le cœur ; j’ai voulu savoir où il allait, je l’ai suivi, je vous ai trouvée, je vous ai rappelée à la vie et j’en ai grande joie. Soyez heureuse : je vous rendrai à celui que vous aimez ; je vous le laisserai et je prendrai le voile.

« Elle fait chercher Eliduc ; en voyant les transports de joie des deux amants qui se retrouvent, elle lui demande de la laisser partir, se faire nonne et servir Dieu, afin qu’il puisse prendre celle qu’il aime ; car il ne convient pas à un homme de garder deux femmes, et la loi ne peut le permettre. Elle se fait construire une abbaye autour de l’ermitage, et s’y enferme avec trente nonnes. Eliduc épouse la belle Guilliadon, et ils vivent longtemps heureux.

« Enfin tous deux sont las du siècle. Eliduc bâtit à son tour un couvent où il se retire ; Guilliadon va rejoindre dans son monastère Guildeluec, qui la reçoit comme une sœur : elles priaient pour leur ami et leur ami priait pour elles. Ainsi tous trois finirent leurs jours. De leur aventure, les anciens Bretons courtois firent un lai, dont Marie a mis le thème en vers dans la douce langue de France. »

Gaston Paris conclut en exprimant l’opinion que la légende a pris naissance dans l’Europe orientale. Il y voit surtout un exemple de vertu féminine et de tendresse conjugale, un pendant à l’histoire célèbre de la patience de Grisélidis. Paris se demande s’il ne serait pas possible de moderniser ce vieux conte si touchant. Il ne le croit guère : Goethe a échoué avec son drame Stella, qui n’était pas autre chose que le Mari aux deux femmes.

« Notre bizarre légende semble donc bien morte, au moins pour la poésie dramatique. Elle contient cependant un élément vraiment poétique, je ne sais quoi de touchant et de rare ; dans le lai de Marie de France, elle nous apparaît belle et fraîche TOMBEAUencore, comme Guilliadon dans la chapelle, et qui sait si la fleur merveilleuse qui lui rendrait la vie est introuvable ? C’est le secret de ces enchanteurs qu’on appelle des poètes. »

Gaston Paris a voulu seulement constater le succès qu’obtint jadis ce récit paradoxal où ce qui dans d’autres circonstances s’appellerait crime, est présenté comme le comble de la vertu, et rapprocher l’une de l’autre les diverses formes qu’il a prises, en se modifiant suivant les temps et les lieux, en Allemagne, en Bretagne et en France.

(D’après « La Tradition », paru en 1888)

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Ouessant, réserve naturelle de la biosphère

Posté par francesca7 le 4 septembre 2015

Vue aerienneOuessant est labellisée « réserve naturelle de la biosphère » depuis les années 1980. Cette île, la dernière à l’ouest du continent européen, jouit en effet d’une qualité environnementale exceptionnelle et mérite bien son titre de haut lieu de protection de la biodiversité.

L’île d’Ouessant est devenue le sanctuaire de l’Apis mellifera mellifera, une espèce d’abeille productive et en bonne santé, protégée à la fois de la pollution et des hybridations dues aux importations d’abeilles étrangères.

À l’initiative de quelques apiculteurs bretons, les abeilles d’Ouessant sont protégées. Depuis 1978, ils veillent à la sauvegarde de cette abeille noire, considérée comme une part du patrimoine local, mais aussi l’une des rares espèces en Europe à n’être porteuse d’aucun virus ou maladie.

Ni culture, Ni pesticide
Juste des fleurs sauvages, de la bruyère, et un bon air insulaire qui lui épargne toute contamination avec ses congénères désorientées… C’est dans le Finistère, à la pointe de la Bretagne, bordée par la Manche et l’océan Atlantique, que l’abeille noire d’Ouessant prospère depuis les années 1980. Cette espèce d’abeille résiste à la mortalité hivernale qui décime partout ailleurs les ruches pour la plus grande désolation des apiculteurs, des botanistes … et des gourmands !

L’île d’Ouessant peut être fière d’être dotée du Label de réserve naturelle de la biosphère, depuis les années 1980. Cette île, la dernière à l’ouest du continent européen, jouit en effet d’une qualité environnementale exceptionnelle et mérite bien son titre de haut lieu de protection de la biodiversité. Elle est même devenue LE sanctuaire de l’Apis mellifera mellifera, une espèce d’abeille aussi industrieuse et productive qu’en bonne santé, protégée à la fois de la pollution et des hybridations dues aux importations d’abeilles étrangères.

Si la côte est découpée par les caprices de la mer, l’herbe couchée et la terre écorchée de rochers griffés par les vents, il y fait doux, loin des rumeurs de la ville et du reste du monde. Y poussent la scille de printemps, le silène maritime, la jasione du littoral, la criste marine et la bruyère… des fleurs que butine, en toute quiétude, l’Abeille noire !

« Le continent est trop éloigné pour que la petite butineuse puisse survoler la mer ou que des colonies étrangères lui rendent visite, et puis comme il n’y a plus de culture sur l’île, elle n’est pas contaminée non plus par les produits phytosanitaires ou autre insecticide comme ceux abondamment répandus sur les cultures intensives du continent », explique Ondine Morin, animatrice de visites culturelles à Ouessant et dont le frère est apiculteur.

C’est au retour des beaux jours, explique Ondine Morin, lorsque les fleurs commencent à sortir de terre, que l’abeille noire d’Ouessant reprend la collecte du pollen, tôt le matin et même par mauvais temps car sa taille, ses ailes et ses longs poils lui permettent de travailler dans le vent ! « Son miel de printemps a une couleur chêne clair, celui d’été une couleur ambre clair et celui d’automne, brun foncé. C’est un miel de bruyère, à la fois fort et doux, à l’image même de notre île !… », ajoute-t-elle.

Principales sources :
• Abeille Noire Ouesssant : www.abeillenoireouessant.fr
• Mieux vivre autrement : www.mieux-vivre-autrement.com
• Races de Bretagne : www.races-de-bretagne.fr
• RFI : www.rfi.fr

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Une étape bretonne pour Compostelle

Posté par francesca7 le 29 août 2015

 

 

La chapelle de Lizio,

 

chappelle IZIO

L’âge d’or des tisserands – Pendant longtemps le pays de Lizio fut très pauvre. La terre était ingrate, les familles vivaient chichement en élevant quelques moutons et vaches sur les landes. La plupart des habitants vivaient dans des maisons en bois. Or, voici qu’un jour à Lizio les paysans apprirent à cultiver le lin et le chanvre et à tisser. Toute la région de Malestroit, Ploërmel et Josselin se mit à fabriquer des draps que des courtiers allaient vendre en Angleterre et en Espagne. Au cours de cette période de prospé- rité, paysans et tisserands s’enrichirent et commencèrent à construire des maisons en pierre. C’était dans les années 1620-1720. Une période de reconstruction intensive et de renouveau spirituel s’ouvrit pour la région. Les trois édifices religieux de Lizio, l’église paroissiale, la chapelle Sainte-Catherine et une chapelle de dévotion près du manoir de la Ville Guéhard, datent de cette période

À 300 mètres de l’arrivée, le pèlerin trouvera tout d’abord, une imposante borne comportant plusieurs inscriptions. Elle indique les directions de Josselin, Le Roc, Malestroit d’une part et de Serent, Tromeur et la ville Guéhard d’autre part. Entre les deux, on lit : «chemin du ciel et de 1763». Inscription énigmatique, mais qui donne un premier indice sur l’invitation qui est faite au passant. C’est un premier signe qui indique qu’il faut lire entre les lignes. L’inscription 1 763 ainsi que d’autres que l’on découvrira au cours du parcours semblent indiquer une date. Mais le nombre peut signifier autre chose que le chiffre. Voilà un premier clin d’œil qui nous invite à nous pencher sur la symbolique des nombres. Voyons pour exemple ce que signifie 1763. Le nombre 4 étant celui de la matière, on a traditionnellement utilisé, pour symboliser la terre, un carré de 4 x 4, ce qui permet de dire que 16 est le nombre de la Terre. Par ailleurs, les bâtisseurs utilisaient le «carré long » qui est en fait un double carré de côté = 3. Habité par le chiffre 3, symbole de l’esprit, ce carré long de 6 x 3 avait pour surface 18, qui est donc considéré comme le nombre du Ciel. Seize étant l’en bas et dix-huit l’en haut, 17 est le passage de l’un à l’autre c’est-à-dire la Porte. Quant à 63, il faut le lire de droite à gauche, comme l’écriture arabe, donc 36, c’est-à-dire 18 + 18. Pythagore et Platon l’appelaient le nombre parfait ou la grande Tetraktys qui donne la connaissance de soi et du monde. C’était donc également un chiffre du ciel. La pierre indique par conséquent : «le chemin du ciel et de la porte du ciel» Par cette formule est annoncée la proximité d’une chapelle.

Au Moyen Âge, il était courant de dire les choses par énigmes, devinettes, rébus, proverbes… Pour piquer la curiosité, on ne craignait pas de «chiffrer» un message, de mélanger français, latin, grec ou hébreu, de transformer des lettres, de jouer avec les mots, de les mettre à l’envers, d’écrire les nombres arabes à la manière des Arabes. Le chemin proposé au pèlerin avait pour but la remise en forme du corps après une marche fatigante de 30 km. Le parcours comportait trois parties : – Le tour de la chapelle, le passage à la fontaine pour la remise en forme du corps. C’est ce que les latins appelaient la recreatio.

 - Le tour du narthex sous la forme de ce qu’on appelait le chemin de Jérusalem pour l’ouverture de l’esprit. C’était la dilatatio mentis.

- L’entrée dans la nef et la fin du parcours, sur le modèle de l’arbre des Séphiroth de la tradition hébraïque pour l’ouverture du cœur, en latin la dilatatio cordis.

 

PARCOURS CHAPELLE

La circumambulation Le parcours se fait dans le sens inverse du parcours du soleil ; c’est une démarche involutive. Il est en quelque sorte proposé au pèlerin de remonter le temps, de retrouver ses origines.

C’est ce que font les pèlerins musulmans autour de la Kaaba à La Mecque. Nous ne pouvons ici reproduire la totalité du parcours proposé. Il faudra pour cela vous procurer la brochure publiée par Auguste Coudray. Nous allons toutefois vous en donner quelques aperçus. Le chemin commence au pied de l’escalier, à droite lorsque l’on regarde la chapelle. Nous allons dès le départ être invités à regarder tantôt vers la terre, tantôt vers le ciel, Le chemin oblige à s’arrêter fréquemment, parce qu’il faut enjamber une pierre, comprendre une énigme, accomplir un rituel. Le parcours, fait avec le calme qui convient, permet à l’organisme de se recharger en énergie positive. On doit tantôt lever les yeux vers le ciel pour voir ce qui est en haut, le clocher ou une inscription, tantôt baisser les yeux vers le sol pour voir les pierres, le fond du bassin, l’eau qui s’écoule. Le pèlerin est ainsi amené à tisser des liens invisibles entre le haut et le bas, retrouvant par ces gestes sa juste place. Dans un lieu sacré, nous sommes invités à considérer le moindre signe ou geste comme chargé de sens. Ainsi, il nous est proposé de toucher deux types de pierres. En touchant le schiste, dont la formation par sédimentation a commencé il y a 800 millions d’années au fond des fleuves, nous sommes en quelque sorte replongés dans les eaux primordiales. En touchant le granit, issu du centre incandescent de la terre, nous sommes ramenés à une époque encore plus ancienne.

source Sacrée Planète 2015

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Chateaubriand : un homme de plume Saint-Malo

Posté par francesca7 le 28 juillet 2015

 

220px-Chateaubriand_CondéLe Grand-Bé. C’est là que François-René de Chateaubriand (1768 – 1848), le vicomte, a désiré être enterré, debout, face à la mer. Depuis, il a reçu des milliers de visiteurs, pas toujours très romantiques – Jean-Paul Sartre, par exemple…

Le vicomte a vécu son enfance et son adolescence dans le lugubre château de Combourg, non loin de Rennes. Devenu sous-lieutenant, il a effectué un voyage en Amérique pour fuir la Révolution, avant de se rallier à l’armée du prince de Condé et d’être blessé au siège de Thionville. Il se rapproche du consulat et du consul Bonaparte avec qui il n’entretiendra jamais de bons rapports, celui-ci ne l’estimant guère, le considérant surtout vaniteux et opportuniste. Après un voyage en Orient, Chateaubriand se retire dans sa propriété de La Vallée-aux-Loups près de Sceaux. Toutes les gloires de l’Empire lui échappent et excitent en lui une jalousie qui éclate à la Restauration dans le pamphlet De Buonaparte et des Bourbons.

Nommé pair de France, il devient ministre des Affaires étrangères de Louis XVIII, après la réussite d’une expédition en Espagne où les libéraux sont vaincus grâce au duc d’Angoulême à la bataille du Trocadéro – la place qui commande l’accès à la baie de Cadix. Congédié comme un laquais – ce sont ses mots… –, il passe dans le parti libéral ! Après l’avènement de Louis-Philippe, il revient dans le camp royaliste. Accusé de complot et arrêté en 1833, il va connaître la gêne matérielle, vivant des avances de son éditeur pour lequel il écrit les Mémoires d’outre-tombe. On connaît le succès de cette oeuvre ! Elle montre assez que, si Chateaubriand ne fut pas forcément un homme de poids, il fut au moins un homme de plume…

Il débute sa carrière politique en tant que secrétaire de légation à Rome (1803-1804), avant d’être nommé dans le Valais, poste qu’il ne rejoint pas : il donne sa démission quand il apprend l’exécution du duc d’Enghien (mars 1804). À l’été 1806, il entreprend son voyage en Orient, qui le mène jusqu’à la Terre Sainte et d’où il rapporte l’Itinéraire de Paris à Jérusalem(publié en 1811).

À son retour, il publie dans le Mercure de France (juillet 1807) un virulent article où il stigmatise le despotisme de l’Empereur. Contraint de s’éloigner de Paris, il achète la Vallée-aux-Loups. En 1814, il publie deux brochures politiques qui lui ouvrent à nouveau – brièvement – la carrière politique. Il suit Louis XVIII à Gand puis est nommé ministre et pair de France (1815).

Après la publication de la Monarchie selon la Charte (1816), où il condamne la dissolution de la Chambre dite « introuvable », il est destitué et contraint de vendre la Vallée-aux-Loups. Cofondateur du journal Le Conservateur, il y collabore de 1818 à 1820 et se fait un ardent défenseur de la liberté de la presse (1824).

Ambassadeur à Berlin (1821) puis à Londres (1822), il est ministre des Affaires étrangères en 1823-1824. En 1826, il signe un contrat avec Ladvocat pour l’édition de ses Œuvres complètes. Ambassadeur à Rome (1828-1829), il refuse de se rallier au nouveau régime après la chute de Charles X et se retire de la vie politique.

Il donne la première lecture publique des Mémoires d’outre-tombe chez Juliette Récamier, en 1834. L’ouvrage est publié après sa mort (4 juillet 1848), d’abord en feuilleton dans la Presse, puis en librairie (1849-1850).

« Chateaubriand aurait pu être un grand ministre. Je l’explique non point seulement par son intelligence aiguë, mais par son sens et sa connaissance de l’histoire, et par son souci de la grandeur nationale. J’observe également combien il est rare qu’un grand artiste possède des dons politiques à ce degré ».

Charles de Gaulle cité par Philippe de Saint-Robert (op. cit., p. 28 et 29).

De plus en plus opposé aux partis conservateurs, désabusé sur l’avenir de la monarchie, il se retire des affaires, après la Révolution de 1830, quittant même la Chambre des Pairs. Il ne signale plus son existence politique que par des critiques acerbes contre le nouveau gouvernement (De la Restauration et de la Monarchie élective, 1831), par des voyages auprès de la famille déchue, et par la publication d’un Mémoire sur la captivité de la duchesse de Berry(1833), mémoire pour lequel il est poursuivi, mais acquitté. Il publie également en 1831 des Études historiques (4 vol. in-8º), résumé d’histoire universelle où il veut montrer le christianisme réformant la société. Cet ouvrage aurait dû être le frontispice d’une Histoire de France, méditée depuis longtemps mais abandonnée.

Ses dernières années se passent dans une profonde retraite, en compagnie de son épouse. Il ne quitte guère sa demeure, un appartement au rez-de-chaussée de l’Hôtel des Missions Étrangères, au 120 rue du Bac à Paris, que pour aller à l’Abbaye-aux-Bois toute proche, chez Juliette Récamier, dont il est l’ami constant et dont le salon réunit l’élite du monde littéraire.

Il reçoit de son côté de nombreuses visites, tant de la jeunesse romantique que de la jeunesse libérale, et se consacre à l’achèvement de ses mémoires commencées en 1811.

Ce vaste projet autobiographique, ces Mémoires d’outre-tombe, ne devra paraître, selon le vœu de l’auteur, que cinquante ans après sa mort.

Il en sera finalement autrement puisque, pressé par ses problèmes financiers, Chateaubriand cède les droits d’exploitation de l’ouvrage à une « Société propriétaire des Mémoires d’outre-tombe », constituée le 21 août 1836, qui exigera que l’œuvre soit publiée dès le décès de son auteur, et y pratiquera des coupes franches, afin de ne pas heurter le public, ce qui inspirera d’amers commentaires à Chateaubriand :

« La triste nécessité qui m’a toujours tenu le pied sur la gorge, m’a forcé de vendre mes Mémoires. Personne ne peut savoir ce que j’ai souffert d’avoir été obligé d’hypothéquer ma tombe [...] mon dessein était de les laisser à madame de Chateaubriand : elle les eût fait connaître à sa volonté, ou les aurait supprimés, ce que je désirerais plus que jamais aujourd’hui.
Ah ! si, avant de quitter la terre, j’avais pu trouver quelqu’un d’assez riche, d’assez confiant pour racheter les actions de la Société, et n’étant pas, comme cette Société, dans la nécessité de mettre l’ouvrage sous presse sitôt que tintera mon glas ! »

— Chateaubriand, Avant-Propos aux Mémoires d’outre-tombe, 1846

Son dernier ouvrage, une « commande » de son confesseur, sera la Vie de Rancé, une biographie de Dominique-Armand-Jean Le Boutillier de Rancé (1626-1700), abbé mondain, propriétaire du château de Véretz en Touraine, et réformateur rigoureux de la Trappe, qu’il publie en 1844. Dans cette biographie, Chateaubriand égratigne une autre personnalité de Véretz, son contemporain Paul-Louis Courier, le redoutable pamphlétaire qui avait critiqué mortellement le régime de la Restauration soutenu par le vicomte, et brocardé celui-ci dans plusieurs de ses écrits.

Chateaubriand : un homme de plume Saint-Malo dans Bretagne

En 1847, Céleste meurt : « Je dois une tendre et éternelle reconnaissance à ma femme dont l’attachement a été aussi touchant que profond et sincère. Elle a rendu ma vie plus grave, plus noble, plus honorable, en m’inspirant toujours le respect, sinon toujours la force des devoirs. »

Chateaubriand meurt à Paris le 4 juillet 1848.

Ses restes sont transportés à Saint-Malo et déposés face à la mer, selon son vœu, sur le rocher du Grand Bé, un îlot dans la rade de sa ville natale, auquel on accède à pied depuis Saint-Malo lorsque la mer s’est retirée.

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