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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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L’homme, parfois héros

Posté par francesca7 le 21 juillet 2013


Description de l'image  Resistance.jpg.Ceux qui furent résistants, sous l’Occupation, n’avaient pas eu une bonne fée penchée sur leur berceau pour leur prédire leur destin. Ils n’étaient pas passés non plus par une grande école où leur auraient été enseignées les mille et une ficelles de la lutte clandestine. C’est dire si Jean Moulin, fondateur du Conseil national de la Résistance, le 27 mai 1943, à Paris, dut puiser en lui-même le sang-froid et l’intelligence nécessaires. Le courage aussi: arrêté à Caluire le 16 juin , affreusement torturé, Max (son dernier pseudonyme) allait mourir en martyr sans révéler aucun secret à son bourreau, Klaus Barbie.

Comment ce Méridional, né à Béziers le 20 juin 1899, en est-il venu au sacrifice suprême? Par des voies détournées, du moins en apparence. Rien ne prédisposait en effet Moulin à devenir, selon la magnifique expression de Malraux, lors du transfert de ses cendres au Panthéon, en 1964, «le chef d’un peuple de la nuit». Antonin Moulin, son père, enseignant et journaliste engagé, militant radical, élu conseiller général, lui fit certes téter, dès l’enfance, le lait du républicanisme militant le plus anticlérical. Mais beaucoup des camarades de lutte de Max s’abreuvèrent à des sources intellectuelles et spirituelles opposées, et ne s’en montrèrent pas moins patriotes que lui.

Enfant, Jean Moulin est de ceux qui cherchent longtemps leur voie

Gamin et bientôt adolescent, Jean Moulin est de ceux qui cherchent longtemps leur voie. L’école? S’il est intelligent, notent ses enseignants, le garçon serait plutôt adepte du «service minimum». Sa passion, très précoce, c’est le dessin. Des caricatures dont le livre-hommage abondamment illustré de Christine Levisse-Touzé, directrice du musée du Général-Leclerc et du musée Jean-Moulin à Paris, et Dominique Veillon, directrice de recherches au CNRS, donnent un aperçu saisissant (1). Moulin est doué, c’est certain. Une âme d’artiste porté sur le dessin, la peinture, la poésie, mais peu sensible à la musique.

Œuvres patriotiques de jeunesse

Ses jeunes années courent… dans les Alpilles. Au cœur du bourg de Saint-Andiol, la maison familiale des Moulin restera son port d’attache, même dans les pires moments de la guerre. Brun et râblé, Jean est gai et charmeur. Un jeune homme du Sud, ravi de retrouver ses parents et sa soeur, Laure, son aînée de sept ans. Les liens très étroits qui rapprochent le frère et la soeur tiennent beaucoup, sans doute, à la disparition prématurée de leur frère, Joseph, disparu de maladie dès 1907.

Sept ans plus tard, c’est la Grande Guerre. Trop jeune, le lycéen devenu bachelier sans mention en 1917 (section philosophie) y participe, à sa manière, par ce qu’il sait faire de mieux: le dessin. Des œuvres patriotiques de jeunesse, publiées dans l’hebdomadaire La Baïonnette ou dans La Guerre sociale, journal autrefois anarchisant, maintenant gagné à la défense nationale.

L’homme, parfois héros dans FONDATEURS - PATRIMOINE pho468574b6-c2c1-11e2-b146-724e156c1cb3-805x453-300x168

Va-t-il s’engager dès l’âge atteint? Pas vraiment, puisqu’en usant sans complexe du «piston» paternel, Jean Moulin entre, le 1er septembre 1917, à la préfecture de l’Hérault en qualité d’attaché au cabinet du préfet. Dans un livre qui est un portrait fouillé du Moulin inconnu, le journaliste Thomas Rabino ne cache pas que le futur résistant a retardé autant que possible sa mobilisation au 2e régiment du génie de Montpellier, «affectation fort commode» qui «doit beaucoup aux fonctions occupées par le jeune appelé» (2). Moulin ne connaîtra donc pas l’épreuve du feu, pas cette fois en tout cas…

En 1925, le plus jeune sous-préfet de France

 Car c’est décidé, il ne s’adonnera pas aux arts, même s’il va continuer à publier des dessins et à réaliser des eaux-fortes sous un pseudonyme. La raison et la pression familiale l’ayant emporté, il embrasse la carrière administrative, moins exaltante mais plus sûre, tout en rêvant, qui sait, de devenir un jour ministre des Beaux-Arts. En octobre 1925, le voici le plus jeune sous-préfet de France. Mais comme le note Alain Minc dans un ouvrage qui se penche sur les itinéraires croisés de Jean Moulin et de René Bousquet, deux hauts fonctionnaires radicaux que la Seconde Guerre orientera dans des directions opposées, Moulin a obtenu sa nomination par ses relations, et non par son talent. «Ce n’est pas, à l’époque, un homme très sympathique», commente Alain Minc (3).

Mais dynamique, si. Après un mariage raté ponctué par un divorce, le jeune haut fonctionnaire lie son destin à l’avocat Pierre Cot. Ils se sont connus en Savoie, où Moulin était sous-préfet, et Cot, député. Pas de meilleure manière de renouer avec l’héritage familial que cet engagement à gauche. Très à gauche même car Cot, tout à son projet de rénovation du Parti radical, entend gauchir considérablement cette formation. Et Moulin suit. Directeur de cabinet de Cot quand celui-ci devient ministre de l’Air du Front populaire, c’est lui qui va organiser la fourniture secrète d’appareils aux républicains espagnols.

Une expérience de clandestinité précieuse pour la suite. Elle ne l’empêche pas de côtoyer encore et toujours les milieux artistiques – la bohème de Montparnasse par exemple. Ni de jouer les séducteurs, tout en nouant une amitié amoureuse durable avec un peintre de deux ans plus âgé que lui, Antoinette Sachs, «financièrement très à l’aise», comme l’écrit Rabino.

Cet homme-là est doué pour la double, la triple et même la quadruple vie

Jean veut des enfants. Il propose le mariage à Antoinette qui, soucieuse de sa liberté, refuse. Tant pis. Passionné par l’automobile, dont il est grand consommateur, Moulin skie avec les époux Cot, entame une collection de tableaux.

Cet homme-là est doué pour la double, la triple et même la quadruple vie. Pour autant, il n’oublie jamais son devoir de haut fonctionnaire. Nommé préfet d’Eure-et-Loir, à Chartres, en janvier 1939, Jean Moulin saura administrer avec talent son département, occupé le 17 juin 1940 par l’ennemi. Le courage est à l’avenant: plutôt que d’attribuer faussement la mort de femmes et d’enfants à des tirailleurs sénégalais et de céder à la pression des Allemands, il se tranche la gorge dans sa cellule avec un éclat de verre. Son premier acte de résistance…

250px-Les_Clayes_sous_Bois_Monument_Jean_Moulin dans HUMEUR DES ANCETRESSauvé de justesse, mis en disponibilité par Vichy, Moulin se ressource à Saint-Andiol, avant d’entreprendre une enquête sur les mouvements de Résistance de la zone non occupée, à base de confidences des uns et des autres. Notamment celles d’Henri Frenay, le fondateur de Combat. Ayant gagné Londres via Lisbonne, en octobre 1941, il soumet, fort de son expérience administrative, ce panorama au général de Gaulle. Les deux hommes tombent assez vite d’accord sur l’essentiel: la Résistance intérieure doit être unifiée sous le commandement du chef de la France libre. Délégué personnel du Général en France, Jean Moulin s’emploie à appliquer ce programme. Sa «couverture» de dirigeant clandestin? Une galerie d’art à Nice! Mais les heurts avec les chefs de mouvements soucieux de maintenir leur indépendance – en particulier Frenay et Emmanuel d’Astier de la Vigerie, le patron de Libération -, se font terribles. Terrible aussi la pression nazie. L’étau se resserre sur le mystérieux Max. Son meilleur allié, le général Delestraint, patron de l’Armée secrète, arrêté, il faut lui trouver un successeur d’urgence. Or l’enjeu est tel, la tension si forte qu’on néglige les mesures de sécurité. Trop de personnes sont au courant du lieu et de la date du rendez-vous de Caluire. Parmi elles, René Hardy, arrêté une semaine plus tôt par Klaus Barbie mais qui a préféré le cacher: un excellent candidat au rôle de Judas, le meilleur sans nul doute. Face à l’officier SS, Moulin, dont la fausse identité de «Jacques Martel, décorateur» tient la route, tente de gagner du temps. L’heure de la vérité sonne, hélas, bientôt. Une vérité qui s’appelle coups, torture, mort héroïque, pour finir au Panthéon.

(1) Jean Moulin, artiste, préfet, résistant, de Christine Levisse-Touzé et Dominique Veillon, préface de Jean-Pierre Azéma et postface de Daniel Cordier, Tallandier, 192 p., 31,90 €.

Publié dans FONDATEURS - PATRIMOINE, HUMEUR DES ANCETRES | Pas de Commentaire »

La journée d’un journaliste

Posté par francesca7 le 30 juin 2013

par Gustave Planche

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La journée d’un journaliste dans ARTISANAT FRANCAIS journaliste

Le journalisme est une royauté nouvelle, la plus jeune à coup sûr de toutes celles qui couvrent aujourd’hui l’Europe ; plus vivace et plus hardie, plus souple et plus alerte que toutes les cours et tous les cabinets qui se liguent sans pouvoir se soutenir, qui prodiguent les serments et les parjures, les protestations de franchise et les arrière-pensées sans réussir à se tromper ; elle est née le jour où la vieille royauté a reçu le premier coup, le coup mortel qui a blessé à mort, en 1789, sa légitimité de quatorze siècles.

Et cependant quoique née d’hier, elle n’a pas moins de courtisans que ses soeurs aînées. Faudrait-il en conclure qu’elle est réservée au même sort ; que l’aveuglement et l’ignorance la menacent, comme les majestés auxquelles elle succède, d’une mort prochaine et désastreuse ; qu’elle entrera comme elles dans l’oubli et le néant ? Je ne sais. Mais si nos yeux ne suffisent pas à prévoir de si loin la catastrophe qui doit dénouer sa vie, au moins pouvons-nous contempler à loisir, et dans ses plus secrets détails, cet élément de la société moderne, inconnu jusqu’à la fin du dernier siècle, que Lesage et La Bruyère n’auraient pas oublié dans les Caractères ou le Gil Blas, s’il y avait eu de leur temps une classe d’improvisateurs appelés journalistes, prêts à toute heure à prendre la parole, à faire de la colère ou de la pitié, de l’admiration ou de la sympathie, de l’indignation et du dédain, sur tous les hommes et toutes les choses qui passent devant les yeux avec une rapidité kaléidoscopique.

La journée d’un journaliste est singulière et ne ressemble à aucune autre ; elle est pleine et rapide, pensive et hâtée, distraite et concentrée, sérieuse et dissipée, mêlée de courage et d’insouciance, d’inquiétude et d’apathie, laborieuse et active au-delà de toutes les prévisions, mais parfois aussi ressemblant assez bien à l’oisiveté officielle, aux bras croisés des philosophes du dix-huitième siècle, ou des rhéteurs d’Athènes et de Rome.

A son réveil, le journaliste ne peut pas, comme les heureux du siècle, promener sa rêverie sur l’emploi de sa journée, jeter la plume au vent, comme on dit, et se demander indolemment s’il ira gagner l’appétit de son déjeuner dans une promenade à cheval, ou s’il attendra midi en promenant paresseusement ses yeux sur les feuilles humides d’un livre nouveau, sans s’imposer aucune autre tâche que celle de le trouver ennuyeux ou amusant, de le fermer et de le jeter de dépit ou de dégoût à la trentième page.

Il a son grand et son petit lever comme les majestés de Windsor ou de Vienne. Il donne audience, écoute les solliciteurs, accueille ou répudie les demandes. Il subit des tortures qui ne sont qu’à son usage, et dont l’ingratitude des lecteurs ne lui tient pas compte. C’est pour lui que la vanité, sorte d’épidémie morale qui n’a jamais exercé sur les cervelles humaines d’aussi déplorables ravages qu’aujourd’hui, réserve ses formes les plus douloureuses et les plus affligeantes. Il prête une oreille docile aux conseils d’un auteur qui déguise son orgueil et son intolérance sous le masque de la prière. « J’ai eu, dit le suppliant, d’une voix humble et douce, l’intention de renouveler la face de la littérature. Scott n’a pas compris le parti qu’on pouvait tirer du quinzième siècle. J’ai voulu montrer ce qu’il y avait d’énergique et de grand dans le moyen âge. Quant au style, je n’en parle pas. C’est une affaire à part, et qui ne fera pas question. Ivanhoé n’est pas écrit. J’ai donné à mon livre une valeur épique. » Et ne croyez pas qu’on puisse répondre à ces impertinentes suppliques, autrement que par le silence le plus impassible. N’espérez pas qu’on déroute cette arrogante hypocrisie qui relève la tête au moment où vous croyez qu’elle va fléchir le genou. Je ne sais qu’un moyen de mystifier dignement ces courtisans d’une nouvelle espèce, qui croient vous fléchir en brûlant eux-mêmes l’encens qui manque à leur divinité, c’est de les écouter jusqu’au bout. Si vous avez la maladresse de les interrompre quand ils récitent leur panégyrique, vous êtes perdu sans retour, votre matinée est dévorée.

Ou bien c’est la visite d’un candidat politique, qui n’a pas, pour siéger à la chambre, d’autres titres que son extrait de naissance, et le bulletin de ses contributions… ; dans l’embarras de trouver un moyen plausible pour émouvoir celui dont la parole doit le condamner ou l’absoudre, lui retirer ou lui donner les voix toutes-puissantes après lesquelles il soupire, il énumère timidement tous les noms recommandables qu’il a pu coudoyer dans le monde, et qui souvent n’ont jamais fait connaissance qu’avec sa mémoire.

Si vos souvenirs, précis et multipliés comme ceux de Périclès, le ramènent aux premières années de sa vie, aux apostasies de toutes sortes, à l’aide desquelles il a successivement occupé les premiers emplois sous deux ou trois gouvernements contradictoires, il vous parlera, soyez-en sûr, de son dévouement au pays, de ses principes inflexibles, de sa conscience rigoureuse et sévère. Il vous expliquera comment et pourquoi il a dû préférer le sacrifice momentané de sa fierté personnelle à l’avenir de la nation, et peut-être de l’humanité. Sous l’Empire, il s’est conservé pour les Bourbons ; sous la Restauration, il s’est maintenu pour l’avènement de la monarchie républicaine. Il n’a jamais eu devant les yeux qu’une idée grande et féconde, le bien public ; le reste, trahison ou fidélité, service ou mépris des personnes, ne mérite pas ses regards. Il ne se repent pas ; il ne cherche pas à s’excuser ; il se vante et se déifie. Sans lui, la représentation législative doit demeurer incomplète ; au besoin il vous laisse, avant de vous saluer, un programme détaillé des promesses qu’il adresse, en forme de circulaire, aux électeurs de son département.

Ici encore le silence et l’approbation de la lèvre et du regard sont la seule arme que vous puissiez opposer aux flots de son éloquence. Ne l’arrêtez pas ; prenez patience. Il faudra bien qu’il se taise. Sa parole finira par se figer dans son gosier.

Heureux, trois fois heureux, si, après avoir prêté l’oreille à ces deux candidats, vous n’avez pas à subir le début anticipé d’un héritier de Molé ou de Talma. S’il vous arrive de province un acteur à la voix creuse et sourde, muni d’une lettre de recommandation ouverte, qu’il a relue plusieurs fois en montant l’escalier, dont il a calculé avec confiance la valeur et la portée, tenez-vous bien, et gardez-vous surtout de plisser votre front, de froncer le sourcil, de serrer les lèvres, et de témoigner en aucune manière votre impatience. Ne l’éconduisez pas ; et, s’il vous propose gracieusement de vous donner, à l’instant même, un échantillon de son débit, répondez : oui, comme un homme charmé et curieux. S’il écorche et déchire en lambeaux le Misanthrope ou Andromaque, ne craignez pas de lui dire que Molière et Racine lui devront un nouveau triomphe ; autrement il ira dire partout que vous êtes vendu à son chef d’emploi, que vous touchez une prime sur les appointements de l’acteur qu’il vient doubler.

Midi sonne. A peine avez-vous le temps de regarder le ciel, de compter les nuages qui flottent à l’horizon. A l’oeuvre ! voici que la journée commence. Il faut monter sur le trépied. Feuilletez les gazettes de l’Europe. Parcourez les colonnes du Globe et du Courier, triez les injures que Wellington jette à lord Grey, gargarisez votre mémoire des scandales que les réformistes ne ménagent pas à leurs adversaires ; n’oubliez pas, dans cette lecture à la course, où les minutes sont comptées, la vanterie de la gazette impériale de Nicolas, ni les caquets jactantieux des publicistes d’Augsbourg. Préparez les entrailles de votre cerveau, déblayez les avenues qui pourraient ralentir la marche de vos pensées ; car le sacerdoce que vous avez choisi ne permet ni cesse ni repos. Ce n’est pas demain ni après-demain que vous devez parler et donner votre avis ; vous ne pouvez pas, comme les honorables du Palais-Bourbon ou du Luxembourg, attendre huit jours pour prononcer votre harangue, et consulter l’écho de votre cabinet sur l’harmonie et la sonorité de vos périodes. Si, pour parler, vous avez besoin de mettre en usage la maxime du philosophe grec, si, avant de tremper votre plume, vous récitez seulement les vingt-cinq lettres de l’alphabet, jetez votre plume, brisez-la, jetez au feu le papier qui attend votre volonté pour ranimer les haines, pour éteindre les jalousies, renouer des amitiés languissantes, rallumer les enthousiasmes attiédis. Mettez vos gants ; assurez-vous du noeud de votre cravate ; passez la main dans vos cheveux, prenez votre canne ; allez comme un oisif inutile promener votre figure aux Tuileries ou aux boulevarts : vous ne serez jamais journaliste.

gazette dans FONDATEURS - PATRIMOINESi vous n’avez pas meublé à l’avance votre mémoire de plusieurs milliers de volumes, si vous ne pouvez pas, en tournant la dernière page d’un livre, formuler un jugement précis et net, n’essayez pas, comme le font quelques intelligences rétives, qui meurent à la tâche d’épuisement et de lassitude, n’essayez pas de feuilleter la conversation de vos amis et les rayons de votre bibliothèque. N’allez pas entamer la lecture de Clarisse ou de Tom-Jones, pour commencer une comparaison laborieuse et pédantesque. La Bibliopée, qui rivalise avec les machines de Birmingham et de Manchester, vous débordera, et se raillera de vos efforts.

Avant de glisser le couteau d’ivoire entre les feuillets du premier chapitre, prenez la mesure de vos forces ; faites le recensement de vos lectures précédentes ; dressez la statistique et le dénombrement de votre pied de guerre ; relevez militairement les idées valides et vives que vous pouvez sacrifier et dépenser librement, sans concevoir aucune inquiétude pour la lutte du lendemain. Mesurez la profondeur de vos lignes de bataille ; et, si vous n’avez pas sous la main tous les parallèles, toutes les citations historiques, toutes les dates, toutes les biographies dont vous prétendez composer votre avant-garde ; si vous n’avez pas en portefeuille dans votre cerveau tous les noms illustres de villes ou de héros dont vous espérez garnir vos bastions, quittez la partie, croyez-moi, formez à loisir le plan d’un livre ou d’un poème ; écrivez pour l’Académie des Inscriptions quelque dissertation érudite ; relisez le programme des jeux floraux ; concourez pour le prix de Beaune ou de Cambrai, mais sortez de la lice où vous ne savez tenir ni la lance ni l’épée.

Une fois que vous avez mis le pied sur les marches de la tribune, vous n’avez plus à reculer ni à délibérer. Il ne s’agit plus, comme aux temps de vos études latines, de caresser amoureusement une phrase, de composer votre style comme une mosaïque, en dérobant une ligne aux Catilinaires, une épithète à la la Guerre de Jugurtha ; d’emprunter le début d’une page à Tacite, et la péroraison du Pro Milone.

Le journaliste n’a d’enseignement et de maître que ses improvisations quotidiennes. Le temps lui manque pour calculer la parure de sa pensée, pour imposer à ses idées une coquetterie invitante et lascive. Chaque fois qu’il écrit, il doit croire qu’il parle, il doit se placer face à face avec son auditoire idéal, ne pas craindre les redites et la diffusion. Demain, ce soir même n’est rien pour lui ; il faut qu’il fasse abnégation de lui-même et de sa vanité ; qu’il abdique sa personnalité d’écrivain, pour ne garder que celle de sa pensée. Peu importe, pour la tâche qu’il entreprend, qu’il manque de grâce et de pureté, pourvu qu’il porte coup, qu’il blesse ou qu’il sauve, qu’il renverse ou qu’il édifie.

Ce qui serait une profanation dans l’art littéraire, ce qui serait une folie pour une idée long-temps méditée, et qui prétendrait à la durée, à la consécration, est une nécessité, un devoir impérieux, une fois qu’on s’est dévoué à la presse quotidienne.

Dans cet abîme sans fond, où tant d’éloquences se sont enfouies sans laisser un nom qui pût les révéler à la postérité, dans ce gouffre avide qui a dévoré tant de Mirabeaux que nous ne soupçonnons pas, on a compté parfois des gloires illustres, qui ne dédaignaient pas la prodigalité et qui risquaient l’oubli, en ne tenant compte que du but qu’ils voulaient atteindre, Fielding et Châteaubriand, deux génies que l’Angleterre et la France s’envient mutuellement.

Qu’ils se consolent donc ceux que la presse épuise et moissonne, qui agissent sur les destinées du pays, qui le conseillent et le gouvernent, sans recevoir en échange les mesquines flatteries qui forment l’apanage du moindre conteur ! Qu’ils se consolent devant ces grands exemples !

Car depuis quarante ans les plus hautes et les plus durables gloires, les noms les plus imposants, ont mis leur plume au service du pays et de leur volonté. Tous les hommes d’énergie et de caractère, d’ambition et de savoir, avant de siéger dans nos assemblées, ou dans les conseils, avant de soulever et de contenir sous le vent de leur parole la foule qui ne refuse jamais son obéissance quand elle devine la supériorité, et qui se trouve ailleurs que dans la rue ou dans un salon, parmi les législateurs comme parmi les écoliers, les plus habiles ministres et les premiers orateurs des parlements de Londres et de Paris ont été journalistes.

Ne croyez-vous pas que celui-là gouverne vraiment son pays, qui tous les jours pose et soutient une thèse, interpelle sur leur conduite les cabinets de l’Europe, invoque la lettre et l’esprit des traités qu’on viole ou qu’on prétend éluder, donne aux plus sérieux enseignements une forme populaire et vive, et se place par l’indépendance publique de ses opinions et de sa vie au-dessus de tous les pouvoirs qu’il censure ; qui peuvent le contrarier, mais non pas lui imposer silence ?

Sans doute, et ce serait folie de le nier, sans doute, ce règne a comme tous les autres son aveuglement et son ivresse. Dans son ardeur de critique, dans son enthousiasme de principes, il lui arrive parfois de franchir les limites de la vérité possible et réalisable, de résoudre sur le papier, de trancher d’un trait de plume les difficultés que vingt-quatre heures de gouvernement lui montreraient comme insolubles pour quelque temps, de conseiller des manoeuvres et des négociations qui remettraient tout en question, et joueraient sur un dé la destinée des peuples.

Cela est vrai. Mais n’en peut-on dire autant de bien des harangues législatives ? Êtes-vous bien sûrs que chez les excellences, le despotisme oratoire soit plus rare que, chez les journalistes, les déclamations libérales ? Pour mon compte, vous me permettrez d’en douter.

Je ne sais d’impartiales et de sensées que les intelligences qui dépensent vingt-quatre heures par jour à délibérer sans exprimer jamais leur avis, sans jamais rencontrer ni contradiction ni puissance, qui vivent dans une contemplation éternelle, en dehors de l’espace et du temps.

Mais soyez riche, l’or vous enivre. Soyez aimé, vous devenez fat. Soyez ministre, vous devenez sourd à l’opinion publique. Soyez journaliste éloquent, vous croirez à la toute-puissance et à la souveraine sagesse de vos paroles.

C’est une triste vérité, mais qu’il faut reconnaître : il n’y a de sages que ceux qui ne sont pas ; que les sagesses qu’on rêve et qu’on ne verra jamais.

La science elle-même, la plus profonde et la plus étendue, porte à la tête comme le rum et les bonnes fortunes. En Allemagne, il y a des professeurs de chimie qui espèrent créer dans leurs creusets des corps organisés, une rose, un cheval peut-être, une femme, qui sait ? on perdrait son temps à compter les folies.

Achevons l’inventaire de la journée.

Le soir, qui, pour les oisifs eux-mêmes, est une heure de délassement et de repos ; le soir, qui clôt leur journée autour d’une table de jeu ou d’une théière, ou dans une loge aux Italiens, le soir est, pour le journaliste, l’occasion et l’heure d’une tâche nouvelle. Il faut qu’il se rende au théâtre pour écouter le nouveau chef-d’oeuvre, et cette tâche ne promet pas de s’épuiser prochainement. Si Moïse eût vécu de nos jours, je m’assure qu’il eût mis au nombre des fléaux qu’il infligeait à l’ingratitude publique, les couplets qui glapissent tous les soirs entre les murs de nos théâtres, et qu’il n’eût pas oublié non plus les mille formes poétiques ou frénétiques, que l’adultère, l’inceste et le viol prennent tous les soirs, pour distraire, à ce qu’on dit, notre satiété, pour surprendre et concentrer notre attention.

Le public bourgeois, le public sensé, le public qui a femme et enfants, ne va plus guère au théâtre que pour entendre Paganini ou madame Malibran, ou pour contempler à loisir la danse gracieuse et pudique de mademoiselle Taglioni, la pudeur grave et antique de ses attitudes, pour étudier dans cette figure italienne, si chaste et si voluptueuse à-la-fois, le secret des danses merveilleuses de Corinthe et d’Athènes. Mais de pareils bonheurs ne sont qu’une exception rare et violente dans la journée d’un journaliste. Comme il écrit jour par jour l’histoire de l’esprit et de la sottise publique, il n’a pas un moment à perdre. Il faut qu’il suive à la trace le retentissement d’une pointe, d’un quolibet, ou d’une tirade, comme le basset le gibier, ou comme le picador la mule qu’il vous a louée ; il faut qu’il assiste au partage de toutes les curées littéraires, qu’il compte les blessés et les morts, qu’il dénombre, comme fait Homère au second livre, pour les vaisseaux de la flotte grecque, toutes les idées glorieuses et pures que l’ineptie et la cupidité dérobent effrontément et flétrissent sur la scène, toutes les inventions sérieuses et recueillies, nées dans le silence et la méditation, et qui viennent expirer à la lueur de la rampe, s’imprégner d’huile et de poussière, et rendre l’âme entre un manteau de serge et une couronne de carton.

Et, pour que rien ne manque à sa joie, il a suivi les répétitions de la pièce qu’il écoute ; il sait ce qu’ont coûté les dents du jeune premier, et les cheveux de l’amoureuse. Il sait par coeur toutes les aventures de l’ingénue, toutes les querelles qui divisent le père noble et le scapin. Il a compté, sur ses doigts, avant que la toile se lève, toutes les mailles du tamis dramatique par lesquelles a dû passer le nouvel ouvrage avant d’arriver sur la scène, armé de toutes pièces, avec une cuirasse de soie, un poignard de bois, une voix enflée et creuse, un langage qui dérouterait bien d’autres sagacités, ma foi, que celle de M. Jourdain, qui ne ressemble ni aux vers ni à la prose, sorte de parole indisciplinée, qui se joue avec une égale licence des lois de la grammaire, de l’analogie des images, de la déduction logique des idées, de toutes les règles enfin dont se compose une langue. Il sait, jour par jour, comme le télégraphe, quand, pour la première fois, un livre, qui n’y songeait pas, est devenu l’objet d’une convoitise dramatique, quand il a été dépecé par deux ou par trois chasseurs de ces sortes de proie ; qui a coupé les scènes, qui a donné le dialogue, qui a brodé les tirades, qui a fourni la couleur locale, les mots historiques.

Aussi, dès que le pied de l’acteur a frappé sur les planches les trois coups solennels, dès que l’orchestre a laissé dormir en paix la symphonie de Mozart ou d’Haydn, qu’il écorche depuis vingt ans, au moment où le plaisir des badauds commence, le journaliste se résigne courageusement au supplice de ses réminiscences. Il reconnaît, dans la voix enrouée d’une duègne, dont l’accent n’est guère plus intelligible que celui d’une chatte enrhumée sur une gouttière, le premier chapitre d’un roman publié il y a quinze jours, et qui espérait échapper à cette odieuse profanation. Dans les fanfaronnades d’opéra-comique débitées par un officier mal à l’aise dans son hausse-col, et fort embarrassé dans le ceinturon de son épée, qu’il ne peut remettre au fourreau sans interrompre son débit, il retrouve une scène ingénieuse et concise destinée par son auteur aux lectures patientes.

Il n’a pas même la ressource d’une dame spirituelle qui s’ennuyait d’une sonate, et prenait son plaisir en patience. Chaque fois qu’il entre au théâtre, il y a cent contre un à parier qu’il va voir l’exécution dramatique d’un livre. Car, par une singulière application de la théorie d’Adam Smith sur la division du travail, il y a aujourd’hui deux parts bien distinctes dans la littérature, l’art et l’industrie. Les artistes trouvent une idée, la creusent, la décomposent, la reconstruisent à leur guise pour lui donner plus de valeur et de beauté. Quand ils ont achevé les dernières ciselures de leur statue, bronze ou marbre, ils lèvent le voile, et disent : « Venez voir. » La foule inattentive passe, et oublie.

Viennent ensuite quelques hardis maraudeurs qui fondent sur l’ignorance l’impunité de leur fraude. Ils fabriquent une misérable copie, qu’ils affublent de clinquant, d’oripeaux et de pierres de couleur. Ils lui mettent du fard au visage ; ils la hissent sur le théâtre, et disent : « Voilà mon ouvrage. »

Or le public encourage de ses battements de mains, de sa présence, de son rire et de ses lèvres béantes, cette piraterie littéraire. Il oublie l’art, et applaudit l’industrie. Il ne lit pas, et se contente d’aller voir l’histoire qu’on lui fait, d’écouter les passions qu’on lui récite. Si Paris, comme on le dit, rappelle la patrie de Périclès, pour dieu ! qu’on me dise où est le peuple d’Athènes ?

Si ce tableau paraissait exagéré, si l’on m’accusait d’assombrir à dessein les traits de cette esquisse, je répondrais franchement que je sais plusieurs exceptions aux généralités que je viens de montrer, mais qu’elles sont loin de suffire à prouver l’inexactitude de mon récit. Il y a sans doute en France quelques génies dramatiques que je n’ai pas besoin de nommer. Les traditions de Talma et de Molé ne sont pas absolument perdues. Messieurs Ligier, Bocage, Frédérick et Lockroy, mademoiselle Mars, madame Dorval, mademoiselle Léontine Fay, mademoiselle Jenny Vertpré, madame Albert, sont là pour répondre.

Mais il est malheureusement trop vrai, pour les journalistes surtout, placés de manière à tout voir par leurs yeux et de près, que le théâtre est arrivé à une déplorable décadence. Après les lions, sont venus les éléphants. J’imagine que nous verrions bientôt les poissons en scène, si les brochets pouvaient jouer un rôle ! Attendons ! 

Au sortir du théâtre, mon héros, puisque aussi bien j’écris la biographie d’une de ses journées, n’est pas quitte encore des exigences de sa profession. Ne croyez pas qu’en mettant le pied hors de cette espèce d’άγορά, qu’on nomme les coulisses, il puisse rentrer chez lui, et oublier dans de paisibles rêves les tumultueuses études qui ont dévoré toutes ses heures. Détrompez-vous ! Il a maintenant un autre rôle à jouer. Son épreuve quotidienne n’est pas encore achevée. Onze heures sonnent : il faut qu’il aille dans le monde pour se mêler aux causeries, aux médisances et aux calomnies ; il faut qu’il prête l’oreille au bruit imperceptible encore des réputations politiques et littéraires qui vont naître ce soir, grandir pendant trois jours, pour expirer peut-être la semaine prochaine.

Le voici qui entre dans le salon. Il a beau faire pour passer à la dérobée, saluer simplement, sans guinderie et sans manière, la maîtresse de la maison, s’asseoir, sans mot dire, près d’un ami qui l’aborde, il ne réussit pas à déguiser son arrivée. Il est bientôt entouré de prévenances et de questions, de compliments et de prières comme pourrait l’être un ministre. Quoi qu’il arrive, depuis onze heures du soir jusqu’à trois heures du matin, il faut qu’il subisse jusqu’au bout sa destinée de journaliste ; au milieu de la danse, de la walse et du galop, au plus beau morceau d’un duo, d’une symphonie ou d’une sonate, il faut qu’il accueille, le sourire sur les lèvres, toutes les apostilles qui lui arrivent, en robe de gaz et en souliers de satin, avec des fleurs dans les cheveux et des perles au cou ; il faut qu’il trouve pour toutes ces jolies suppliantes, des promesses et des protestations d’indulgence ; qu’il distribue à toutes ces têtes dont l’importunité ne lui laisse pas un instant de répit, des espérances intarissables ; et s’il lui arrive de manquer de présence d’esprit, comme je l’ai vu récemment, s’il complimente un député sur les vers d’un poète, ou le poète sur le discours d’un député, ne craignez pas qu’on rie, qu’on plisse même ses lèvres en signe de moquerie. On y met plus de réserve et de modestie. On ne s’étonne pas qu’il y ait quelque désordre dans un cerveau où les souvenirs sont entassés pêle-mêle, comme les parures dans l’arrière-boutique d’un fripier. On le ramène peu à peu à des idées plus précises. Il ne prend pas même la peine de s’excuser. Le député se rejette sur ses vers de jeunesse, le poète sur ses vues politiques ; tout s’arrange et se concilie.

C’est un rude métier, vous le voyez, et qui ne devrait tenter personne. Mais une fois qu’on a en main la parole, une fois qu’on a pris place à la tribune, on y renonce difficilement. Une fois que le clavier de la pensée s’est mis d’accord avec la gamme élevée de cette existence, on a grand’-peine, croyez-moi, à changer les habitudes de l’instrument.

Et si vous me demandez quelle moralité je prétends tirer de cette face particulière de la vie parisienne, ce que j’en pense, et ce que j’en veux conclure ; je répondrai par les paroles de l’Écriture : « Contristata est anima mea. »

images-11 dans LITTERATURE FRANCAISEEn effet je ne sais rien de plus triste et de plus amer que ce perpétuel dévouement, ce tourbillon au milieu duquel l’âme n’a pas un instant de repos. Ce que j’ai dit ne s’applique peut-être pas à plus de douze personnes à Paris. Mais qu’importe ? Notre vie est ainsi faite que ceux qui ne réalisent pas encore le portrait, aspirent à le réaliser. Sont-ils fous ? Sont-ils sages ? Je ne sais : ils suivent leur étoile ; leurs pieds sont endurcis aux ronces du sentier. Ailleurs ils trouveraient peut-être des cailloux aigus et tranchants, qui rouvriraient de nouvelles plaies. Ils ne veulent pas abandonner la récompense de l’épreuve, la puissance et l’autorité.

A vrai dire, je ne crois pas qu’il y ait au monde une manière de dépenser ses facultés plus ruineuse et plus hâtive, pas même la royauté ou le Conseil. Prenez dans le passé tel homme que vous voudrez, habile et hardi, improvisateur infatigable, penseur encyclopédique ; prenez Voltaire, Beaumarchais ou Diderot, d’Aubigné, Pascal ou Bossuet, et je défie qu’au bout de cinq ans ils n’aient pas épuisé le meilleur de leur verve et de leur éloquence.

Donc, vous tous qui enviez le sort d’un journaliste, qui le prenez innocemment pour un homme privilégié, réservé au plaisir, aux joies de vanité, plaignez-le ! Toute sa vie n’est qu’un perpétuel holocauste. Chaque jour qu’il ajoute aux jours précédents emporte une de ses plus chères illusions. Il sait bien souvent de l’histoire ce que la postérité n’apprendra pas, le prix qu’on a payé tel article d’un traité, tel succès éclatant auquel Paris croit sincèrement. Il a vu faire le génie d’un musicien, la grâce d’une danseuse ; à trente ans, il est sexagénaire.

Mais si, par impossible, on se retire à temps de ce monde d’exception, de scepticisme, de tristesse et d’incrédulité, si, après avoir fait provision de désabusement et de défiance, on rentre dans la vie ordinaire, on y apporte, croyez-moi, quelque chose d’impassible et de réfléchi, de sentencieux et de grave ; quoi qu’on fasse et qu’on tente, on ne ressaisit pas sa jeunesse évanouie. On garde au visage et au coeur les rides que la réflexion y a mises. Les cheveux ont blanchi, comme dans une nuit de jeu et de ruine, comme autrefois les cheveux d’une reine, la veille de sa mort. Alors il ne faudrait jamais dire son âge : personne ne vous croirait.                        

GUSTAVE PLANCHE.

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Arbois, ville de Pasteur

Posté par francesca7 le 28 juin 2013


 Arbois, ville de Pasteur dans FONDATEURS - PATRIMOINE mairie

Au seuil d’une belle « reculée », à cheval sur la Cuisance, encadrée de vignes, Arbois est une petite ville pittoresque, un centre de tourisme attrayant. Certaines caves peuvent être visitées et les armateurs y dégusteront le fameux vin du pays ; depuis le sentier qui serpente sur la rive gauche de la Cuisance, une belle vue s’offre sur l’église St Just, le château Bontemps – ancien château d’Arbois qui fut résidence des comtes de Bourgogne – les vieux moulins et la ville.

 Henri IV et les Arboisiens – en 1595, Henri IV prenant prétexte de l’appui donné par les Comtois aux ligueurs, envahit la province. « Je veux bien, dit-il, que la langue espagnole demeure à l’Espagnol, l’allemande aux Allemands, mais toute la française doit être à moi ». Le maréchal de Biron, qui mène la campagne, assiège Arbois, défendue par le capitaine Morel. Après trois jours d’assauts infructueux, le maréchal offre la vie sauve à la petite garnison et à son chef, s’il y a reddition immédiate. Les gens d’Arbois capitulent et, malgré la parole donnée, Morel est aussitôt saisi et pendu. Il faut toute la diplomatie gourmande d’Henri IV, grand amateur de vin d’Arbois, pour apaiser la rancune des Arboisiens.

 Les Arboisiens sont restés célèbres dans toute la Comté pour leur ardeur à manifester un esprit volontiers frondeur et indépendant. Les vignerons d’Arbois ont toujours eu la tête près du bonnet ; leurs séditions ne se comptent plus. En 1834, lorsque Lyon se soulève, ils proclament la République. Mais il restent tout interdits quand ils s’aperçoivent  que les limites du nouveau régime ne dépassent pas les murs de leur petite cité. Il leur faut revenir à Louis Philippe. C‘est lors de cette insurrection que les habitants d’Arbois, venus réclamer de la poudre à la sous préfecture de Poligny, et sommés de désigner ceux qui les avaient entraînés à la révolte, firent cette réponse demeurée célèbre : « Nos san toutchefs » (nous sommes tous chefs). De nos jours, la force explosive des vinerons ne se manifeste plus qu’à l’encontre de la Régie. En 1906, 1907, 1921, 1922, les bouilleurs de cru se lèvent, chantent pouilles à leur vieille ennemie et, soulagés, reprennent le collier.

 

pasteur dans JuraLa jeunesse de PASTEUR – Louis Pasteur est né à Dole, mais sa véritable petite patrie comtoise est Arbois. Il a passé là sa jeunesse, ses parents y sont morts et jusqu’à la fin de sa vie, il n’a jamais manqué d’y venir en vacances. Les Pasteur s’installent dans la ville en 1827, dans une tannerie que le savant transformera, plus tard, en maison bourgeoise. Le père exécute tous les travaux du cuir ; la mère tient le ménage, soigne les enfants et fait les comptes ; la vie familiale, étroite, d’une tenue morale exceptionnelle, marque le jeune Louis d’une empreinte indélébile.

Il fréquente d’abord l’école primaire, puis le collège (dans la cour, on peut voir encore un cadran solaire de sa fabrication). Réfléchi jusqu’à donner l’apparence de la lenteur, travailleur, consciencieux, il ne compte que parmi les bons élèves moyens ; son goût le plus accusé est le dessin. Il fait le portrait de ses parents, de ses amis, en des pastels et crayons qui ne manquent pas d’accent ; pour passer son baccalauréat, le jeune homme entre au lycée de Besançon comme répétiteur.

 L’œuvre géniale – En 1843 commence, avec l’école normale, la carrière qui a fait de pasteur un des plus grands hommes que  l’humanité ait produits. Il débute par la science pure ; ses études sur la géométrie des cristaux sont remarquées. Puis aborde les problèmes pratiques ; par ses recherches sur les fermentations, il réserve le vin, la bière, le vinaigre des maladies ruineuses ; par ses observations sur le ver à soie, il sauve la sériciculture. Par ses vaccins, il guérit la rage chez l’homme, le charbon chez les animaux. Ses théories microbiennes ont révolutionné la chirurgie et la médecine : l’antisepsie, l’asepsie, l’isolement des malades en découlent ; Pasteur a également ouvert la voie à la thérapeutique par les sérums.

 Quand, chaque année, entouré de sa famille, le savant revient à Arbois, il continue son travail, sans lequel la vie pour lui, n’aurait plus de sens, mais alors qu’à Paris l’accès de son cabinet et de son laboratoire est condamné, son logis d’Arbois s’ouvre à tout le monde. Les gens s’empressent de venir solliciter son appui ou demander un conseil. Les vignerons le considèrent comme le sorcier des vins et, dès qu’une bouteille se pique, viennent frapper à sa porte ; la patience et l’obligeance de Pasteur sont inépuisables. On le croit aussi médecin et l’espoir d’une consultation gratuite conduit vers son cabinet les Arboisiens économes. A la procession du « Biou », il prend place dans le cortège et retrouve une âme d’enfant pour fêter la nouvelle vendange. En 1895, le grand savant, malade ne peut se rendre à Arbois, le 28 septembre, il n’est plus.

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Un dramaturge breton

Posté par francesca7 le 23 juin 2013


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Tanguy MALMANCHE

Un dramaturge breton dans Bretagne tangyEn 2003, la Bretagne honorait Auguste BRIZEUX à l’occasion du bicentenaire de sa naissance, la médiathèque de Lorient organisa des conférences et une exposition, le petit monde des généalogistes se souvint lui aussi, ainsi qu’en 2002 bicentenaire de la naissance de  » Marie » la muse du poète. L’année 2003 fut également celle du cinquantenaire de la disparition du dramaturge breton Tanguy MALMANCHE, mais l’évènement fut du plus discret. Ces deux écrivains proviennent de familles de notables, pour le premier de la ville de Lorient et le second de celle de Brest, ce qu’ils ont de commun : un père dans la marine militaire, une mère d’origine extérieure à la Bretagne, ils passèrent une partie de leur jeunesse à travers les landes d’une Bretagne celtique mystérieuse et poétique, Auguste BRIZEUX chez l’abbé LE NIR, frère d’un oncle paternel par alliance, au presbytère d’Arzano et Tanguy MALMANCHE chez sa grand-mère paternelle, née Marie-Thérèse LE BESCOND de COATPONT, au manoir du Rest, à Plabennec, leur inspiration provenant d’une  » Marie « , Marie PELLAN la fillette du Moustoir pour le romantique, Marie ROUS, la conteuse du moulin du Rest pour le dramaturge. Des compositeurs s’intéressèrent à leur œuvre, Hector BERLIOZ écrivit une musique pour deux poèmes de Marie et Jean CRAS nous laissa « deux chansons » de Gurvan.

Un ensemble scolaire de Quimper porte le nom d’Auguste BRIZEUX, verrons-nous bientôt un groupe scolaire dénommé Tanguy MALMANCHE ?

Tanguy MALMANCHE 1875 – 1953 : Tanguy MALMANCHE vit le jour à Saint-Omer (Pas-de-Calais) le 7 septembre 1875, chez ses grands-parents maternels, le grand-père étant un colonel d’artillerie en retraite. Son père Gustave MALMANCHE, originaire de Brest, commissaire de marine, demeurant à l’époque à Paris, sa mère Marie Louise PIEDALU originaire de Douai (Nord). Il est enregistré sous le prénom de Tanneguy, nous retrouvons cette orthographe dans le Guide Pittoresque du voyageur en France édité en 1838, parlant de Landuvez à 6 lieues de Brest et où « sont les vastes souterrains d’un château où naquit, dit-on, le fameux Tanneguy du Châtel », ce prénom est toujours donné de nos jours, par exemple nous relevons le général Tanneguy LE PICHON, qui en 1996 fut commandant de la région militaire Ouest, Tanneguy DE KERROS et Véronique DE LAVERGNE proposant des chambres d’hôtes au château de Saint Gabriel Percy dans le Calvados. Ces informations nous indiquent, qu’il n’y a pas eu d’erreur de compréhension du prénom lors de la rédaction de l’acte de naissance, car Tanneguy est dérivé de Tanguy. Les bretonnants actuels l’écrivent Tangi, mais nous respecterons la forme Tanguy. Laissons-lui la parole, il saura mieux que nous, décrire ce qu’il était :

Je suis, de métier, maître-forgeron.

Mon tablier n’a pas de trous.

Je sais comme un chacun,

construire une batteuse, ou des automobiles.

Tout le long du jour je travaille ;

je travaille âpre et dur : il faut gagner ma vie.

Mais, quand descend le soir, quand mon corps engourdi

pèse lourdement vers la terre,

quand se ferme mes yeux devant la vilenie

du monde, et devant sa misère,

mon esprit aime à s’envoler

de l’autre côté des étoiles

pour contempler mon pays tant aimé,

là-bas, et pour y conserver

d’anciennes choses disparues

avec nos grands-parents, ceux du très, très vieux temps

 

Ce que nous pouvons dire de Tanguy MALMANCHE, est que son ascendance provient d’horizons divers, celle-ci est plus bourgeoise que paysanne, mais en sortant de la ville sa sensibilité s’est développée par la découverte d’une Bretagne celtique, il s’imprégna de sa mythologie et de son légendaire, au contact des êtres et de leur lieu de vie où il a mûri. Son éducation, lui a permis d’observer, de réfléchir et de rêver sur ce qui l’entourait, ce que les enfants d’autres milieux ne pouvaient découvrir, leur horizon se limitant aux travaux des champs rythmés par le clocher de l’église de leur paroisse, comme  » Kou le corbeau  » qui fut amené à franchir les frontières de son univers restreint, pour découvrir d’autres réalités.

 

 

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La France en bref !

Posté par francesca7 le 14 juin 2013

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La France en bref ! dans AUX SIECLES DERNIERS imageoff_1_3-300x225

La découverte de fossiles sur le site de la Caune de l’Arago, près de Tautavel (Pyrénées-Orientales), témoigne d’une présence humaine sur le territoire actuel de la France environ 450 000 ans avant Jésus-Christ. Au Paléolithique moyen, entre -90 000 et -40 000 ans, les hommes de Néandertal s’installent dans l’ensemble du pays. Ces chasseurs laissent derrière eux les traces des plus vieilles sépultures recensées en France, notamment sur le site de Regourdou, en Dordogne. Plus encore que celui de Néandertal, l’Homme de Cro-Magnon, qui apparaît vers -33 000, va laisser son empreinte sur le sol français. De nombreux sites attestent du travail de ces artistes, le plus célèbre étant la grotte de Lascaux, en Dordogne, richement décorée de gravures et d’une centaine de peintures aux couleurs éclatantes.

Entre le Vème et le IIème millénaire avant Jésus-Christ, des communautés sédentarisées vivant dans le sud de la Bretagne érigent sur plusieurs kilomètres des milliers de menhirs et de dolmens à proximité de plusieurs tumulus. Ces files de mégalithes étaient sans doute liées à des rites religieux basés sur l’observation du mouvement des astres. Le site le plus réputé est celui de Carnac, dans le Morbihan.

Les Celtes arrivent en Gaule vers 1 500 avant Jésus-Christ. De leur présence sur le sol français, on retient la création vers -600 du comptoir grec de Marseille et d’autres villes de Provence pour développer les relations commerciales sur les bords de la Méditerranée. Au VIème siècle avant Jésus Christ, ils s’installent en Auvergne, faisant de cette région de volcans éteints et de sources vives l’une des plus florissantes de toute la Gaule.

La défaite des Arvernes contre les Romains en -52, à l’issue de la bataille d’Alésia, marque la fin de l’indépendance gauloise. L’empereur Auguste réorganise le territoire en quatre provinces (Narbonnaise, Aquitaine, Lyonnaise et Belgique). Routes pavées, aqueducs (pont du Gard), amphithéâtres (Nîmes, Arles), arcs de triomphe, villes construites selon un plan à la romaine (forum, temples, thermes) : les vestiges de la Gaule romaine sont encore très nombreux dans le sud de la France.

Après les invasions germaniques du Vème siècle, qui mettent un terme à l’hégémonie romaine sur la Gaule, les Francs conquièrent une grande partie du territoire sous l’autorité de leur roi Clovis Ier, dont le règne marque le début de la christianisation véritable du territoire. C’est en 709, à la fin de la dynastie mérovingienne, que le mont Saint Michel voit le jour. Après l’élévation d’une abbaye bénédictine en 966, le petit village devient un lieu de pèlerinage très fréquenté. Le site, qui est aujourd’hui l’une des principales attractions touristiques de France, est enrichi par la construction à flanc de rocher d’un bâtiment double, la Merveille, au nord de l’église Saint Pierre, véritable chef-d’oeuvre de l’architecture gothique flamboyante. La petite cité fortifiée établie autour résistera aux Anglais pendant la guerre de Cent Ans (1337-1453).
Autour de l’An Mil, la France se couvre de constructions chrétiennes. Les églises romanes sont plus grandes et plus solides, la charpente en bois étant délaissée au profit de la voûte de pierre. L’abbaye de Cîteaux et celle de Cluny, la plus grande d’Europe, font de la Bourgogne l’un des centres de la vie religieuse médiévale. En Provence, la cité d’Avignon connaît son apogée. Devenue possession de la papauté, elle servira de refuge à Clément V en 1309 avant que ses successeurs ne construisent le Palais des Papes et ne couvrent la ville d’églises et de couvents avant d’y élire résidence.

Au XIème siècle, sous l’impulsion de Saint-Louis, est lancée la première des neuf croisades pour reprendre Jérusalem et la Terre sainte aux musulmans. En 1246, le roi fait construire la Sainte-Chapelle dans le palais de la Cité. Berceau des premiers rois capétiens, l’Ile-de-France devient alors le centre du royaume en imposant sa langue, le français, et sa capitale, Paris. Le XIIIème siècle est celui des cathédrales. Des édifices majestueux se dressent partout en France (Albi, Soissons, Strasbourg, Chartres, Bourges, Amiens…). Mais la cathédrale la plus emblématique de l’art gothique est celle de Notre-Dame de Paris, sur l’île de la cité, au coeur de la capitale. Construite pendant près de deux siècles, elle n’est achevée qu’en 1345.

A la fin du XVème siècle, François Ier fait construire une trentaine de châteaux dans le Val de Loire, entre Gien et Angers. Azay-le-Rideau, Amboise, mais surtout Chambord, en bordure de la forêt de Sologne, et Chenonceau, avec son jardin à la française : ces édifices souvent décorés par des artistes italiens, plus spacieux et lumineux que les châteaux forts, serviront de résidences royales durant toute la Renaissance. Le « roi chevalier » transforme également le château de Fontainebleau (Seine-et-Marne) et modernise le Vieux Louvre, qui deviendra un musée, aujourd’hui le plus fréquenté du monde.

Au début du XVIIème siècle, le style baroque, tout en exubérances, se diffuse en France. Mais s’il rencontre un vif succès ailleurs en Europe (Italie, Allemagne), il n’influence au pays de Louis XIII que la construction de quelques églises et palais, dont le fameux dôme de l’Eglise du Val-de-Grâce, à Paris. Pour des raisons militaires, Richelieu dote la France de ses trois grands arsenaux (Brest, Rochefort, Toulon) avant que Louis XIV ne crée à Paris en 1670 l’hôtel des Invalides pour accueillir les soldats blessés à son service. Le règne du « Roi Soleil » est également marqué par la construction de somptueux édifices civils et utilitaires pour accueillir les principales manufactures de France, comme les Gobelins à Paris ou de la corderie de Rochefort. Souhaitant gouverner le royaume ailleurs qu’à Paris après les événements de la Fronde, Louis XIV ordonne en 1661 le lancement des travaux du château de Versailles, qui dureront plus trente ans. Avec son jardin dessiné par Le Nôtre et son édifice très sobre, il impose le style classique qui servira de modèle à de nombreux palais construits en Europe.

Durant le règne de Louis XV, Paris acquiert ses lettres de noblesse, grâce à la construction du palais de l’Elysée et de l’Ecole militaire, et l’aménagement de la place de la Concorde. En 1786, trois ans avant la prise de la Bastille, le sommet alpin du Mont Blanc, qui culmine à 4 807 mètres, est atteint pour la première fois.

Au début du XIXème siècle, durant le règne de l’empereur Napoléon Bonaparte, les petits bourgs ruraux des bassins miniers du Nord, de l’Est et du Massif Central se transforment en grandes cités ouvrières, à l’image du Creusot (Saône-et-Loire), qui devient en quelques années la capitale de la métallurgie française et l’un des emblèmes de la Révolution industrielle. 

Après la construction de l’Arc de Triomphe et de la Place de l’Etoile, Paris change de visage durant le Second empire (1852-1870), sous l’impulsion du baron Hausmann. Celui-ci fait raser les quartiers insalubres, construit les Halles et les gares, creuse les égoûts et fait tracer de larges avenues. A la Belle Epoque, Paris exhibe les prouesses des ingénieurs français à l’occasion de l’exposition universelle de 1900, en faisant ériger le Petit et le Grand Palais et surtout la Tour de fer conçue par Gustave Eiffel. La capitale devient l’emblème d’une France dont la politique coloniale a fait un véritable empire outre-mer (Afrique noire, Indochine…)

La France sort épuisée de la Première Guerre mondiale. La coût humain et matériel du conflit est considérable. Dans les années 1930, de jeunes architectes formés dans la première école d’arts appliqués, le Bauhaus de Dessau et de Weimar, vont apporter des changements radicaux dans la conception urbaine pour mettre en accord architecture et civilisation industrielle. Les plus importants sont Tony Garnier (les cités-jardins) et Le Corbusier, avec ses unités d’habitation (la Cité radieuse de Marseille).

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, les villes sont reconstruites dans l’urgence. Les « Trente glorieuses » (1945-1974) sont également marquées par la construction de villes loisirs comme la Grande Motte (Languedoc Roussillon). Dans les années 1980, plusieurs projets ambitieux voient le jour, comme l’arche de la Défense de Paul Andreu, le centre culturel Georges Pompidou de Richard Roger et Renzo Piano, la Fondation Cartier de Jean Nouvel ou la Bibliothèque Nationale de France conçue par Dominique Perrault. Dernière prouesse architecturale en date : le viaduc de Millau, un pont autoroutier ouvert long de 2,5 km qui surplombe la vallée du Tarn.

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Victorieux Alexandre Le grand

Posté par francesca7 le 13 juin 2013

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Victorieux Alexandre Le grand dans FONDATEURS - PATRIMOINE legrand-300x130 

Le guerrier invaincu rend les armes devant une simple fièvre, abandonnant son empire à un frère débile et à un enfant encore à naître.

À 32 ans, Alexandre le Grand n’a connu que la victoire. Les Perses, les Égyptiens, les Indiens, les Phéniciens…, tous se sont inclinés devant sa fureur guerrière. En comparaison, Napoléon n’est qu’un gamin qui joue aux billes. Malgré ce palmarès incomparable, le fier conquérant macédonien trouve, le 13 juin 323 avant notre ère, son maître, celui qui va le jeter à terre, le piétiner et le tuer en quelques jours.

Cet assassin n’est ni un homme ni un dieu, mais un tueur microscopique et invisible. On hésite encore entre le virus du Nil occidental et le parasite du paludisme. À moins qu’il ne soit mort d’une pancréatite provoquée par ses beuveries excessives, de la typhoïde ou tout simplement empoisonné par un de ses généraux. Quoi qu’il en soit, la mort du prince des conquérants est peu glorieuse. À quoi cela lui a-t-il servi de se décarcasser ? Il laisse son royaume à un fils encore en train de se la couler douce dans le ventre de sa mère et à un frère débile.

L’agonie d’Alexandre nous est connue grâce aux Éphémérides royales tenues, à sa demande, par son chancelier, Eumène de Cardia. Mégalo comme un Sarko au sommet de sa puissance, le jeune Alex a voulu imiter les rois perses qui font consigner leurs faits et gestes pour l’éternité. Voici les faits : au printemps – 323, après avoir cassé du Perse dans le sud-ouest de l’actuel Iran, notre héros décide de recharger ses batteries à Babylone, dont il a fait sa nouvelle capitale. Il en profite, vers la mi-mai, pour faire un crochet dans les marais de l’Euphrate afin d’inspecter les canaux qu’il fait construire pour endiguer les inondations. Est-ce là qu’il est contaminé par le virus du Nil occidental ? Ou par un palu foudroyant ? C’est bien possible, d’autant que son biographe rapporte que de nombreux corbeaux sont ramassés, morts, sur le sol. Or, il n’y a pas meilleur vecteur du virus du Nil que les oiseaux. 

Agonie

Dans le palais de Nabuchodonosor II, qu’il squatte, Alex s’adonne à une troisième mi-temps que même Sébastien Chabal aurait eu du mal à suivre. Il enchaîne beuverie sur beuverie, partouze sur partouze et banquet sur banquet. Il peut compter sur Néarque, son amiral préféré, et sur Médios de Larissa pour le pousser aux excès. Le 30 mai – 323, au lendemain d’un banquet chez ce dernier, Alexandre se réveille avec une fièvre de cheval. Il a mal partout, à la colonne vertébrale et aux articulations. Pas fringant, le grand guerrier.

On dirait Mélenchon au lendemain des législatives. Cela ne l’empêche pourtant pas de faire ses ablutions, de mener ses sacrifices habituels et de convoquer ses généraux qui pensent que leur chef a une sacrée gueule de bois. C’est qu’il ne tient pas en place, déjà il prépare sa prochaine expédition. Vers l’Arabie ou vers Carthage, on ne sait pas trop. En tout cas, il a programmé le départ de son armée pour le 7 juin. Rien que sa flotte compte mille nefs. Même si la fièvre ne le quitte plus, il parvient à poursuivre ses préparatifs. 

Mais, au fil des jours, ses forces déclinent. Et personne pour répondre au Samu. Le 3, Alexandre reste prostré sur sa couche toute la journée. Le lendemain, il convoque de nouveau ses généraux, car il ne renonce pas encore à sa prochaine expédition. Mais très vite son état empire, au point qu’il doit repousser la date de départ des fantassins, puis celle de sa flotte. Les médecins, devins et autres sorciers se succèdent devant sa couche sans réussir à ralentir le mal.

Le 9 juin, sentant sa fin venir, il ordonne à ses généraux de rester fidèles à la cour. Le 10 juin, il ne parvient même plus à s’exprimer. Le 12, les soldats macédoniens, qui le croient mort, exigent de voir son corps. Ils découvrent un homme en train d’agoniser qui les salue par un faible mouvement de tête ou un clignement des yeux. Alexandre le Grand expire le 13 juin 323 avant notre ère, à la tombée du jour. Selon Plutarque, juste avant sa mort, Perdiccas interroge Alexandre : « À qui entends-tu léguer l’empire ? » Il aurait répondu : « Au plus digne. » Comprenne qui pourra. 

Détournement de momie

À peine froid, le cadavre d’Alexandre est embaumé, puis déposé dans un sarcophage de forme humaine, en or. La famille ne recule pas devant les frais d’obsèques. Une famille qui se résume à un frère attardé (ou bien épileptique), à son épouse Roxane et à l’héritier royal qu’elle porte encore en son sein. Autant dire que la dynastie des Argéades est mal partie. Qui va s’emparer du pouvoir ? Ils sont plusieurs diadoques (les généraux légitimes pour gouverner) à rêver de remplacer leur leader naturel. Finalement, c’est Perdiccas, le maître de la cavalerie, qui l’emporte en se faisant nommer régent de l’empire pour le compte du tandem royal Philippe III (le frère handicapé) et Alexandre IV (déclaré roi in utero). Il condamne les trois cents officiers qui avaient contesté son pouvoir à danser une bourrée auvergnate avec les éléphants de guerre de l’armée. Le problème, c’est que, enchaînés au sol, leurs partenaires pachydermiques leur marchent sur les pieds et sur le reste…

e-grand-300x207 dans FONDATEURS - PATRIMOINEReste à décider de l’avenir de la momie d’Alexandre. Qui la détient possède les clefs de l’empire. Perdiccas et Roxane décident d’exaucer les voeux d’Olympias, la mère d’Alexandre, désireuse de déposer le corps de son fils dans le mausolée d’Aigai, en Macédoine, où tous ses ancêtres l’attendent pour taper une belote. Comme il ne s’agit pas d’expédier le roi des rois par colis postal, on lui construit un corbillard constitué d’un temple sur roues. Le cercueil est déposé sur un char d’apparat surmonté d’un toit soutenu par un péristyle ionique. Un an de travail !

Sous le commandement d’un officier, le convoi funéraire, tiré par plusieurs dizaines de chevaux et accompagné par un cortège de soldats, se met en route vers la Macédoine. Mais, arrivé à Damas, au lieu de prendre la route du nord, l’officier file vers le sud en direction de Memphis, en Égypte. Le traître a passé un accord avec Ptolémée Ier Sôtêr, le satrape d’Égypte, pour détourner le corps. La raison en est simple : de son vivant, Alexandre avait manifesté son envie d’être enterré au pays des pharaons. Or, Ptolémée, qu’il a mis sur le trône égyptien, est probablement son demi-frère. L’armée de Perdiccas se précipite, mais elle est défaite par les hommes de Ptolémée. 

Souvenir

Alexandre passe une quarantaine d’années à Memphis, mais, comme il commence vraiment à se lasser du paysage, Ptolémée II l’envoie se changer les idées dans un temple d’Alexandrie. Plus tard, Ptolémée IV Philopator lui fait ériger un mausolée somptueux au sommet d’un tumulus. Imaginez une tour de marbre coiffée d’une pyramide appelée Sôma. C’est moche à en pleurer, mais ça en jette. Ce monument est ceinturé de chapelles funéraires destinées à accueillir les dépouilles des pharaons ptoléméens.

Durant plusieurs siècles, la momie d’Alexandre reçoit la visite des généraux et des dirigeants grecs et romains. Selon Suétone, l’empereur Auguste serait venu se recueillir devant la momie, lui posant une couronne d’or sur la tête et des fleurs sur le corps. Cela dit, l’empereur romain lui écorche le nez au passage. D’autres empereurs montrent moins de respect, n’hésitant pas à emporter une babiole en guise de souvenir. Caligula aurait fait main basse sur la cuirasse d’Alexandre, tandis que Caracalla s’est emparé de sa tunique, d’une bague et de la ceinture. Aujourd’hui, le Sôma a totalement disparu. Plus aucune trace d’Alexandre le Grand. On le cherche… 

source : http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/

 

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le Pétomane

Posté par francesca7 le 8 juin 2013

 1er mai 1894. Pujol, le Pétomane, fait souffler un vent de folie sur Paris. Vidéo

 

Sous contrat au Moulin-Rouge, Joseph Pujol produit son anus à la Foire du Trône. Le voilà avec un procès aux fesses !

le Pétomane dans FONDATEURS - PATRIMOINE petomane1

Chaque soir, ils sont des centaines à s’entasser dans la salle du Moulin-Rouge pour se tordre de rire aux performances de l’anus de Joseph Pujol. Cet immense artiste pète comme il respire. C’est-à-dire à volonté. Le Pétomane entame son récital par une cavalcade de prouts tous plus stupéfiants les uns que les autres. Interminables, trépidants, aigus, graves, écrasés, détonants, fringants, craintifs, colériques, conquérants, coulants, caquetants, il en a pour tous les goûts. Jean-Marie Bigard lui écrit ses dialogues…

Chaque salve déclenche un mistral de rires. À s’en péter les boyaux. Son anus a également l’oreille musicienne, il joue La Marseillaise et même « ‘O Sole Mio » en soufflant dans un ocarina par l’intermédiaire d’un tuyau relié à son fondement. Lequel tuyau sert aussi à souffler une chandelle située à plusieurs mètres de distance ou encore à fumer. Dans la salle, le public hurle de rire à s’en faire exploser les côtes. Un journaliste écrit : « Il avait su attirer au Moulin-Rouge, nez au vent et bouche bée, les foules idolâtres. » Le prince de Galles, le roi des Belges, Léopold, et même Sigmund Freud font partie de ses plus fervents admirateurs. Sur Europe 1, Jean-Marie Le Pen se lâche : « Maintenant, je n’ai plus honte en société ! » 

« Vous chantez aussi du derrière ? »

Comment est-il devenu l’attraction principale du célèbre établissement parisien ? Dans ses Mémoires, Yvette Guilbert narre son audition par le directeur, M. Zidler : « C’est au Moulin-Rouge que j’ai entendu les plus longs spasmes du rire, les crises les plus hystériques de l’hilarité. Zidler reçut un jour la visite d’un monsieur à visage maigre, triste et pâle, qui lui confia qu’étant un phénomène, il voulait vivre de sa particularité.

- En quoi consiste-t-elle, votre particularité, monsieur ?

- Monsieur, explique l’autre en toute gravité, figurez-vous que j’ai l’anus aspirateur…

Zidler, froidement blagueur, fit :

- Bon, ça !

L’autre continua, d’un ton de professeur :

- Oui, monsieur, mon anus est d’une telle élasticité que je l’ouvre et le ferme à volonté…

- Et alors…, qu’est-ce qui arrive ?

- Il arrive, monsieur, que par cette ponction providentielle j’absorbe la quantité de liquide qu’on veut bien me confier…

- Comment ? Vous buvez par le derrière ? dit Zidler, effaré et aguiché. Qu’est-ce que je puis vous offrir, monsieur ? fit Zidler, cérémonieux…

L’autre, de même :

- Une grande cuvette d’eau, monsieur, si vous le voulez bien…

- Minérale, monsieur ?

- Non, merci, naturelle, monsieur.

Quand la cuvette fut apportée, l’homme, enlevant son pantalon, fit voir que son caleçon avait un trou à l’endroit nécessaire. S’asseyant alors sur la cuvette remplie jusqu’au bord, il la vida en un rien de temps et la remplit de même.

Zidler constata alors qu’une petite odeur de soufre se répandait dans la chambre : « Tiens, vous fabriquez de l’eau d’Enghien ! »

L’homme sourit à peine.

- Ce n’est pas tout, monsieur… Une fois ainsi rincé, si j’ose dire, je puis, et c’est là où est ma force, expulser à l’infini des gaz inodorants, car le principe de l’intoxication…

- Quoi ? Quoi ? interrompit Zidler, parlez plus simplement… Vous voulez dire que vous pétez ?

- Heu… Si vous voulez, concéda l’autre, mais mon procédé, monsieur, consiste dans la variété sonore des bruits produits.

- Alors, quoi ? Vous chantez aussi du derrière ?

- Heu… Oui, monsieur.

- Eh bien, allez-y, je vous écoute !

- Voici le ténor… un ; 
voici le baryton… deux ;
 voici la basse… trois ;
 la chanteuse légère… quatre ; celle à vocalises… cinq.

Zidler, affolé, lui cria :

- Et la belle-mère ?

- La voici ! dit le Pétomane. »

Et sur ce, Zidler l’engage, faisant inscrire sur les affiches :

« Tous les soirs, de 8 à 9, 
LE PÉTOMANE, 
le seul qui ne paie pas de droits d’AUTEUR ! »

Sans trucage

Dès le premier soir, une femme enserrée dans son corset rit tellement fort qu’elle ne parvient plus à retrouver son souffle. La voilà qui tombe évanouie, il faut la faire évacuer. Depuis ce soir-là, le patron du Moulin-Rouge place une infirmière en habit blanc dans le public. Pour couper à toute rumeur de trucage, Pujol accepte de se produire lors de spectacles privés, en présence d’hommes exclusivement. Il troque alors son habit rouge pour un costume de bain doté d’un trou assez large pour laisser apparaître le véritable « performer ».

Durant deux ans, le Pétomane connaît au Moulin-Rouge un succès phénoménal. Son cachet est dix fois supérieur à celui de Sarah Bernhardt. Mais, bientôt, le voilà qui fait un pet de travers : en 1894, pour faire plaisir à un ancien camarade, malgré son contrat d’exclusivité signé avec le Moulin-Rouge, il se produit à la Foire du Trône. Furieux de cette prestation, la considérant comme une rupture de son contrat, Zidler lui intente un procès le 1er mai 1894. Joseph Pujol prend le vent du large pour se produire, dès lors, dans son propre théâtre, le Pompadour. Son succès dure jusqu’à la guerre de 1914. Son anus expire son dernier vent en 1945. Il a 88 ans. Une école médicale parisienne offre à ses héritiers de racheter le rectum du pétomane pour 25 000 francs. Mais Louis, son fils aîné, refuse : « Il y a des choses dans la vie qui doivent être simplement traitées avec révérence. »

Regardez le vrai Pétomane filmé par Thomas Edison. Muet…

http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/1er-mai-1894-depuis-deux-ans-le-petomane-fait-souffler-un-vent-de-folie-sur-paris-video-01-05-2012-1456867_494.php

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Les Grands Voyageurs

Posté par francesca7 le 5 juin 2013

20 avril 1828. René Caillié est le premier Européen à atteindre Tombouctou et à en revenir vivant.

 

Il apprend l’arabe, étudie le Coran et se fait passer pour un Égyptien pour parvenir à ses fins sans se faire massacrer.

Les Grands Voyageurs dans FONDATEURS - PATRIMOINE lewino

Quand, le 20 avril 1828, le jeune René Caillié, 28 ans, découvre enfin Tombouctou, on peut dire que rarement un explorateur aura autant souffert pour atteindre son but. Il en a bouffé du sable, des injures et du Coran. Sans parler du scorbut, de la faim et des blessures. Même un chameau n’aurait pas résisté. Caillié, si ! Jamais il ne renonce à atteindre la ville mythique nichée au coeur du continent noir, même mourant sur sa couche. Il est animé par une énergie indomptable. Il veut être le premier Européen à visiter Tombouctou et à en revenir vivant. La ville aux 333 saints de l’islam ! La cité recluse !

Aussi, devant la cité interdite, il ressent une immense satisfaction : « Je n’avais jamais éprouvé une sensation pareille, et ma joie était extrême. [...] Avec quelle ardeur je le [Dieu] remerciai de l’heureux succès dont il avait couronné mon entreprise ! Que d’actions de grâce j’avais à lui rendre pour la protection éclatante qu’il m’avait accordée… » La joie candide d’un François Hollande au soir du 6 mai 2012…

Après quelques minutes d’exaltation, Caillié revient à la réalité des choses. Ce qu’il a sous les yeux, ce n’est qu’une bourgade misérable. « Je trouvai que le spectacle que j’avais sous les yeux ne répondait pas à mon attente ; je m’étais fait de la grandeur et de la richesse de cette ville une tout autre idée ; elle n’offre, au premier aspect, qu’un amas de maisons en terre, mal construites ; dans toutes les directions, on ne voit que des plaines immenses de sable mouvant, d’un blanc tirant sur le jaune, et de la plus grande aridité. » Terrible désillusion. Après tout ce qu’il a souffert ! Le pingouin est bien d’accord…

Malaria

La grandeur de Caillié ne vient-elle pas de ce terrible parcours du combattant qu’il accomplit seul, sans argent, sans porteurs, sans protection armée, comme ces Livingstone, Mungo Park ou autres Brazza ? Des explorateurs devenus célèbres, alors que lui reste dans l’ombre. Injustice. Rien ne prédestinait cet apprenti cordonnier à courir le monde, sinon les chaussures. Et encore n’en porte-t-il pas lors de sa balade africaine… Déjà, gamin, il dévore Robinson Crusoé et tous les autres romans d’aventures qu’il trouve. Ils lui permettent d’oublier un père boulanger (dans les Deux-Sèvres) condamné au bagne. Une fois que le poison de l’aventure a commencé à couler dans ses veines, il ne s’est plus arrêté.

À 17 ans, il entre au service d’un officier de marine d’une flûte - La Loire - qui s’apprête à lever l’ancre pour le Sénégal. Elle appartient à une escadre de quatre navires envoyée par Louis XVIII pour récupérer cette nation africaine rétrocédée par les Britanniques. C’est au cours de ce voyage que la frégate La Méduse fait naufrage sur le banc d’Arguin, obligeant l’équipage à embarquer à bord du fameux radeau… de La Méduse.

La Loire, elle, arrive sans encombre à Saint-Louis du Sénégal, où le jeune Caillié, après quelques mois, est libéré de son service. Il se met alors en tête d’aller secourir le major Gray retenu au royaume du Boundou. Accompagné de seulement « deux nègres », il s’enfonce dans la forêt, mais la marche forcée lui provoque de telles souffrances qu’il doit abandonner son projet. Un ami officier qui le prend sous son aile lui offre un passage gratuit pour la Guadeloupe afin d’y chercher des aventures plus à sa portée.

Au bout de six mois, le voilà de retour à Bordeaux, puis à Saint-Louis en 1818. Il se joint alors à une caravane partant approvisionner en marchandises, toujours le même major Gray. Un calvaire ! Le jeune homme, obligé de suivre à pied les membres de l’expédition perchés sur des chameaux, privé d’eau, est vite à bout de forces. Ses compagnons boivent de l’urine en désespoir de cause. Le major Gray est retrouvé. Le retour à la civilisation est un autre enfer. Épuisé par la malaria, Caillié rallie Saint-Louis dans un tel état qu’il doit rentrer en France.

Caillié perd la raison

Durant quatre ans, il travaille pour un négociant en vins de Bordeaux, mais garde l’Afrique en tête. Il devient littéralement obsédé par Tombouctou, d’autant que la Société de géographie promet 10 000 francs à l’explorateur qui atteindra la ville et, surtout, qui en reviendra vivant. En 1824, Caillié débarque une fois de plus à Saint-Louis avec un plan parfaitement au point dans sa tête. Puisqu’il n’a pas un sou et que personne ne veut l’aider, le prenant pour un illuminé, il voyagera seul, en se mêlant aux innombrables caravanes de marchands qui sillonnent le continent.

Pour passer inaperçu, il décide de se faire passer pour un musulman d’Égypte qui regagne sa patrie après avoir été capturé, enfant, par l’armée de Bonaparte. Pour peaufiner sa couverture de musulman, il effectue un stage de formation de huit mois chez les Maures Brakna de l’actuelle Mauritanie. Caillié y apprend des rudiments d’arabe, étudie le Coran et les principales coutumes locales. Il en sait bientôt davantage que Merah… Le voilà fin prêt à entreprendre son expédition, mais le gouverneur du Sénégal, qui lui avait promis 6 000 francs, lui fait faux bond. Commence alors pour lui une longue période d’attente durant laquelle il devient la risée des Occidentaux avec son déguisement d’Arabe qu’il ne quitte pas.

Lire la suite ici………. 

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Les Frères Lumière

Posté par francesca7 le 5 juin 2013

19 mars 1895 – VIDÉO. Tournage de la première des trois versions de « La sortie des usines Lumière ».

Les Frères Lumière dans FONDATEURS - PATRIMOINE mars1 

Celui qu’on présente comme le premier film des frères Lumière est, en réalité, la troisième version, objet d’une mise en scène.

Quel cinéphile n’a pas écrasé une larme émue en visionnant La sortie des usines Lumière, tout premier film projeté sur un écran ? Qu’elles sont mimi, ces ouvrières lyonnaises surprises après une journée de dur boulot ! On ne voudrait pas jouer les rabat-joie, mais tout ce que vous voyez à l’écran, c’est de la mise en scène ! Premiers réalisateurs au monde, les frères Lumière ont également été les premiers menteurs du cinéma. Les premiers manipulateurs. Louis et Auguste ont tourné trois versions de leur Sortie des usines Lumière. La première, datée du 19 mars 1895, ne leur convenant pas, ils l’ont retournée à deux reprises, l’été suivant. C’est l’une d’elles qu’ils utiliseront lors de la première projection commerciale du film à Paris et des suivantes.

Reprenons depuis le début. Le 13 février 1895, les frères Lumière déposent le brevet d’un « appareil servant à l’obtention et à la vision des épreuves chronophotographiques ». À plusieurs reprises, ils essaient avec succès leur caméra-projecteur, saisissant ainsi quelques secondes de film. Ils veulent maintenant tourner quelque chose d’un peu plus consistant. Ils se mettent d’accord pour filmer la sortie de leur usine, dans laquelle les ouvrières fabriquent des plaques photographiques. Mais il faut beaucoup de lumière pour impressionner les premiers films en celluloïd, qu’un de leurs contremaîtres est allé acheter directement chez le fabricant, à New York. Or, la météo n’est pas d’humeur cinématographique. Les giboulées ne cessent d’obscurcir le ciel. Il faut patienter. Enfin, le mardi 19 mars 1895, en se levant, les deux frères Lumière découvrent un ciel bleu !

Silence, on tourne !

En fin de matinée, Lumière et Lumière installent leur caméra dans la salle à manger de leur contremaître Vernier, dont la fenêtre donne sur leur usine. Elle ressemble à un gros moustique avec un corps constitué d’une lourde boîte en bois portant un gros oeil de verre sur l’avant et une manivelle sur le côté. À l’intérieur, des rouages savants pour faire défiler derrière l’objectif le film perforé ; une bande de celluloïd de 17 mètres de long. L’inventeur du mécanisme, c’est Louis, qui a trouvé l’inspiration dans une machine à coudre… À midi, la sirène de l’usine libérant le personnel retentit. Le soleil est toujours présent. Silence, on tourne ! 

Louis attrape la manivelle pour la tourner aussi régulièrement que possible à raison de deux tours par seconde, ce qui permet d’impressionner quinze images, toujours par seconde. Il a calculé que c’est amplement suffisant pour assurer une fluidité des mouvements tout en disposant d’une quarantaine de secondes de tournage. Les ouvrières, pas conscientes de poser pour l’éternité, sortent pour se répandre dans la rue. Au milieu d’elles, quelques hommes à la belle moustache. Les femmes sont en blouse blanche et coiffées de grands chapeaux. Les hommes portent la casquette. Le gros chien du concierge, cabot comme pas un, traverse la scène en jappant. Une voiture attelée à un cheval noir se fraie un chemin entre les ouvriers. Soudain, la manivelle tourne dans le vide. La bobine est arrivée en fin de course avant la fin de la sortie. Dommage.

Choc

La première projection officielle du film se déroule trois jours plus tard lors d’une conférence tenue à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, rue de Rennes, à Paris. Louis y évoque le développement de l’industrie photographique. Et pour esquisser l’avenir de celle-ci, il convoque son petit film. En vedette américaine. La projection fait un carton. Tous les vieux messieurs présents ce jour-là sont émoustillés par ces petites jeunettes si vivantes à l’écran. C’est un choc. Léon Gaumont, alors directeur du Comptoir général de la photographie, est époustouflé.

Les frères Lumière, qui ont la bosse du commerce, comprennent qu’avec leur modeste invention ils tiennent un bon filon pour faire de l’argent. Comme Thomas Edison, avec son kinétoscope qui montre des images animées dans une lunette. Ou comme d’autres inventeurs encore qui expérimentent des procédés différents, tombés dans l’oubli. 

Mise en scène

Alors, ils se mettent à tourner d’autres petits films documentaires avec une version améliorée de leur caméra : La voltigeLes forgeronsLa pêche aux poissons rougesL’incendie d’une maisonLe jardinierLe repas de bébé… Une douzaine de projections privées sont organisées, à Paris, à La Ciotat, à Bruxelles, à Lyon, à Grenoble… Puis ils décident de retourner leur Sortie des usines Lumière,car sa fin tronquée ne les satisfait pas. En mai ou en juillet, on ne sait pas trop, 1895, ils sont de nouveau chez leur contremaître, la caméra braquée sur le portail de leur usine. 

Mais, aujourd’hui, c’est un dimanche, et on ne travaille pas. Aussi, les frères Lumière ont demandé à leurs ouvriers de simuler la scène après avoir assisté à la messe. Voilà pourquoi sur le film on les voit endimanchés. On ne met pas de grands chapeaux et des robes amples pour travailler en usine ! Avec, déjà, l’habileté des frères Coen, les frères Lumière ont savamment pensé la mise en scène. Ils demandent à leurs employés de partir vers la droite ou vers la gauche pour bien se montrer et d’accélérer la manoeuvre afin de pouvoir refermer le portail avant la fin de la bobine. Ils font même une deuxième prise. C’est finalement celle-ci qui est choisie pour la première projection publique et payante au monde, dans le Salon indien du Grand Café de Paris, le 28 décembre 1895. Sacrés frères Lumière !

REGARDEZ les trois versions du film des Lumière : http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/19-mars-1895-video-tournage-du-premier-film-par-les-freres-lumiere-et-premiers-remakes-19-03-2012-1442643_494.php

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Salaün le Fou

Posté par francesca7 le 5 mai 2013

Vie de Salaün ar Foll
ND du Folgoët
Récit d’Albert Le Grand publié en 1636

Salaün le Fou dans Bretagne salaun

L’histoire Miraculeuse de Nostre Dame du Follcoat, au Diocese de Leon, a esté ecrite par Jean de Land-Goëznou, Abbé du Monastere de Land-Tevenec, Ordre de S. Benoist, Diocese de Cornoüaille, lequel est témoin oculaire; & de luy l’a prise Messire René Gaultier (1) qui l’a insérée en sa Legende, & est telle: Environ l’an de grace 1350, seant en la Chaire Apostolique le Pape Clement VI, Charles IV du nom tenant les resnes de l’Empire, & le Roy Jean regnant en France, durant le plus fort des guerres Civiles entre le Duc Jean de Montfort (depuis surnommé le Conquerant) et Charles de Chastillon, dit de Blois, Comte de Penthévre, devers sa femme, pour la Duché de Bretagne, Guillaume de Roche-fort estant Evesque de Leon, vivoit, au territoire de Les-Neven, un pauvre garçon idiot, nommé Salaun, qui signifie Salomon, lequel avoit l’esprit si grossier, qu’encore qu’il fust envoyée de bonheur aux écolles, jamais il ne peut apprendre autre chose que ces deux mots: Ave Maria; lesquels il récitoit continuellement avec grande devotion & consolation de son Ame.

II. Ses parens estans decedez, il fut contraint de mendier sa vie, ne sçachant aucun mestier pourrait gagner. Il faisoit sa demeure dans un bois, à l’extrémité de la Paroisse de Guic-Elleaw, prés d’une fontaine; n’usant d’autre lict que la terre froide, sur laquelle il se couchoit, à l’ombre d’un arbre tortu, qui luy servoit de Ciel & de pavillon. Il estoit pauvrement vestu, deschaux la plus part du temps. Il alloit, tous les matins, à la Ville de Les-neven, distante de demie lieuë de son bois, où il entendoit la Ste Messe, pendant laquelle, il prononçoit continuellement ces mots: Ave Maria, ou bien en son langage O! Itroun Guerhez Mari, c’est-à-dire: O! Dame Vierge Marie! La Messe oüye, il alloit mendier l’aumône par la ville de Les-Neven, que luy donnoient volontiers les Citoyens & Soldats de la Garnison; puis; s’en retournant à son Hermitage, rompoit son pain & le trempoit dans l’eau de sa fontaine & le mangeoit sans autre assaisonnement que le saint Nom de Marie, qu’il repetoit à chaque morceau. Lorsqu’il faisoit froid, il se plongeoit dans l’eau de sa fontaine jusques aux aisselles et y demeuroit longtemps, chantant toûjours quelque couplet ou rythme Breton à l’honneur de N. Dame: puis, ayant repris ses accoutremens, il montoit dans son arbre, &, empoignant une branche, se bransloit en l’air, criant à pleine teste: O! Maria, O! Maria!

III. Les villageois du voisiné, voyans ses déportements, le jugerent fol, & ne l’appeloit-on partout autrement que Salaun-ar-foll, c’est à dire, Salomon le fol. Une fois, fut rencontré par une bande de Soldats qui couroient la poule sur la campagne, lesquels l’arresterent & luy demanderent qui vive: « Je ne suis (dit-il) ny Blois, ny Mont-fort (voulant dire, qu’il n’estoit partisan ny de Charles de Blois, ni du Comte de Mont-fort), VIVE LA VIERGE MARIE! » A ces paroles, les Soldats se prirent à rire, l’ayant foüillé, ne luy trouvant rien qui leur fust propre, le laisserent aller. Il mena cette maniere de vie l’espace de 39 ou 40 ans, sans jamais avoir offensé ny fait tort a personne. Enfin, environ l’an 1358, il tomba malade, & ne voulut, pour cela, changer de demeure, quoy que les habitans des villages circonvoisins luy offrissent leurs maisons. Il demanda le Curé de Guic-Elleaw, auquel il se confessa, &, peu aprés, deceda paisiblement, le premier de Novembre, jour de Toussaints. Son corps fut enterré dans le cimetiere de Guic-Elleaw (& non au lieu où il mourut, qui estoit terre prophane) sans autre solemnité. Mais Dieu vouloit que sa sainte Mere fust glorifiée en ce sien serviteur, & fit paroistre aux yeux de tous combien cette devotieuse affection qui portoit à la glorieuse Vierge Marie luy avoit esté agreable.

IV. Car, comme on ne parloit plus de Salaun & que sa memoire sembloit avoir esté ensevelie dans l’oubliance, aussi-bien que son corps dans la terre, Dieu fit naistre sur sa fosse un Lys blanc, beau par excellence, lequel répandoit de toutes parts une fort agreable odeur; &, ce qui est plus admirable, c’est que dans les feuilles de ce Lys estoient écrites en caractere d’Or ces paroles: AVE MARIA! Le bruit de cette merveille courut, en moins de rien, par toute la Bretagne, de sorte qu’il s’y transporta une infinité de monde pour voir cette fleur miraculeuse, laquelle dura en son estre plus de six semaines, puis commença à se flétrir; & lors fut advisé, par les Ecclesiastiques, Nobles & Officiers du Duc, qu’on fouiroit tout à l’entour de sa tyge, pour sçavoir d’où elle prenoit sa racine, & trouva-t-on qu’elle procedoit de la bouche du corps mort de Salaun; ce qui redoubla l’estonnement de tous les assistans, voyans un témoignage si grand de la Sainteté & Innocence de celuy que, quelques années auparavant, ils estimoient fol. Lors, par deliberation commune des Seigneurs qui se trouverent là & des Officiers du Duc, fut conclu est arresté qu’en memoire de cette merveille on édifieroit, au lieu mesme où Salaun avoit fait son Hermitage, une Chappelle en l’honneur de Nostre-Dame, qui seroit appelée Ar-Follcoat, c’est à dire le bois du fol. Le Duc Comte de Mont-fort, adverty de ces merveilles & de la deliberation de ces Seigneurs, approuva leur dessein, & promit à Dieu & à la Glorieuse Vierge, que si, par son assistance, il devenoit paisible possesseur de son heritage de Bretagne, il lui édifieroit l’Eglise du Follcoat, la dotteroit & donneroit salaire aux Ecclesiastiques pour y faire le divin Service.

V. Et de fait, ce Prince, ayant deffait ses ennemys à la bataille d’Auray, l’an 1364, où son competiteur Charles de Blois fut tué, s’alla faire reconnoistre par toutes les villes de son Duché, &, estant à Les-Neven, au mois de Janvier 1365, il fit ladite fondation, & assigna des rentes pour les Doyens, Chanoines, Chappellains &, Sallette du Follcoat, fit prendre les fondemens de l’Eglise & y posa la premiére pierre. On continua le bastiment jusqu’à l’an 1370, que la guerre commença entre le Roy de France Charles VI (1) & le Duc, de l’obeïssance duquel la plupart de ses sujets se revolterent, en haine de ce qu’il avoit logé des Garnisons Angloises à Morlaix, Kemper & Les-Neven, où ils commirent des insolences si grandes, que tout le païs se rua sur eux & les chasserent hors. Cette guerre dura jusques à l’an 1381; pendant laquelle, l’ouvrage ne s’avança aucunement, les deniers qui y estoient destinez ayant esté divertis pour subvenir aux frais de la guerre, laquelle estant sur le point de se rallumer, l’an 1388, à cause de l’emprisonnement du Connestable Olivier de Clisson au Chasteau de l’Hermine, à Vennes; &; l’an 1392, le Roy de France Charles VI menaçant de fondre sur la Bretagne, les susdits deniers furent de rechef arrestez pour survenir aux necessitez occurrantes du païs; enfin, le Duc, mourant au Chasteau de Nantes, l’an 1399, le jour de Toussaints, enchargea trés-expressement à son fils, le Comte de Mont-fort, qu’au plustost que faire se pourroit il s’aquitast de cette fondation; à quoy il ne manqua.

VI. Car, incontinent qu’il fut de retour de France, en l’an 1404, il vint à Les-Neven; il fit son entrée & reçeut les hommages des Nobles de la Comté de Leon, fut au Follcoat, fit venir des ouvriers de toutes parts et y fit continuellement travailler, en sorte que l’Eglise, parfaite, fut dédiée, l’an 1419, par Allain, Evesque de Leon, peu avant qu’il fut transféré à l’Evesché de Treguier par le pape Martin V. Cette Chapelle est l’un des plus devots Pelerinages de toute la Bretagne, renommée par tout pour les grands Miracles que Dieu y a opéré par l’intercession de sa sainte Mere. Tous nos Princes, depuis Jean le Conquereur jusques à François II, y ont fait plusieurs voyages, &, en leurs affaires les plus urgentes, s’y sont voüez. La Reyne Anne de Bretagne, estant venue faire un tour en son païs de Bretagne, y vint en Pelerinage, l’an 1506, y fit sa neufvaine, y laissa de riches presens, comme aussi le Roy François Ier, en Septembre l’an 1532, à l’issuë des Estats de Vennes, où la Duché de Bretagne fut incorporée & inseparablement unie à la Couronne de France.

Cette Histoire est prise de René Benoist, en sa legende, laquelle il a tiré d’un extrait authentique tiré du manuscrit Original, à luy envoyé par feu Rolland de Neufville, Evesque de Leon et Abbé de Mont-fort, partie aussi des memoires manuscrits de Messire Yves le Grand, Chanoine de S. Paul de Leon, Recteur de Ploudaniël, Aumosnier et Conseiller du Duc François II, le tout rendu conforme aux Annales de Bretagne.

Frère Albert Le Grand
Religieux, Prêtre de l’Ordre des Frères Prêcheurs de Morlaix
Vie des Saints de la Bretagne Armorique - 1636

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