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les femmes d’Alphonse Mucha

Posté par francesca7 le 7 août 2014

 

1FRUITS

Considéré comme le Maître de l’art nouveau Alfons Mucha d’origine slave, connu son plus grand succès à Paris.

Il exécuta principalement des affiches publicitaires ou non représentant des femmes séduisantes aux chevelures flottantes et aux vêtements souples.

 

Mucha, La Nature, 1899-1900.

Bronze doré et argenté, 70,7 x 30 x 32 cm. La sculpture de Mucha, baptisée « La Nature », incarne l’Art nouveau. Ce bronze doré et argenté montrant une femme à la poitrine offerte fut souvent considérée comme un portrait de Sarah Bernhardt ou de Cléo de Mérode.

En 1900, l’affichiste Alphonse Mucha réalise un buste en bronze La Nature. Cette œuvre quasiment grandeur nature représente le visage énigmatique d’une femme aux yeux mi-clos. Qui est elle ? Une femme qu’il a aimée ou la représentation tridimensionnelle de ces fameuses femmes fleurs emblématiques de la Belle Epoque.

Cette œuvre allait être amenée à connaître un destin chaotique. Après un succès sans précédent à l’Exposition Universelle 1900, le buste disparaît pendant plusieurs décennies. Son retour sur le devant de la scène est lié à la redécouverte de l’Art Nouveau dans les années 70. Aujourd’hui, ce bronze exceptionnel est la pièce phare du nouveau musée Fin de Siècle qui ouvre ses portes à  Bruxelles.

 Le 24 juillet 1860, Alphonse Maria Mucha naît à Ivancice, dans le sud de la Moravie. Il est le deuxième enfant d’Ondrej Mucha, huissier de justice. Son aptitude au chant lui permet de poursuivre son éducation dans la capitale morave, Brno où il obtient une place dans une chorale de l’église Saint-Pierre. Très peu de ses dessins de jeunesse ont été conservés. Parmi ceux-ci, se trouve Ukřižování (La Crucifixion), dessiné à l’âge de huit ans. À l’occasion d’un voyage, il rencontre le dernier représentant de la peinture sacrale baroque, le vieux maître Umlauf, dont les fresques que l’on pouvait voir dans l’église d’Usti et surtout dans l’église Saint-Ignace de Prague ont profondément marqué Mucha.

220px-Alfons_Mucha_LOC_3c05828uEn 1875 il revient dans sa ville natale où son père lui trouve un emploi de greffier au tribunal. En 1878 Mucha pose sa candidature pour entrer à l’Académie des Beaux-Arts de Prague. Sa demande est rejetée avec la recommandation : « Choisissez une autre profession où vous serez plus utile. » Après avoir réalisé quelques travaux décoratifs en Moravie (essentiellement des décors de théâtre), il émigre en 1879 à Vienne afin de travailler pour la plus grande entreprise de décors de théâtre de la ville, Kautsky-Brioschi-Burghardt, tout en continuant sa formation artistique au cours de laquelle il fut l’élève de Hans Makart. Il se rend à Mikulov où il gagne sa vie comme portraitiste.

Il rencontre le comte Khuen Belasi (le plus gros propriétaire de la région) qui lui passe une commande pour la décoration de son château à Emmahof1. En 1881 le Ringtheater, le meilleur client de son employeur, brûle dans un incendie où 500 personnes trouvent la mort. Mucha, en sa qualité de plus jeune employé, est congédié. Il revient en Moravie et réalise des décorations et des portraits en indépendant. Mucha travaille alors pour Egon Khuen-Belasi, frère du comte Karl, à la décoration du château de Candegg situé dans les Dolomites1. En 1885, parrainé et financé par E. Khuen-Belasi, il commence ses études à l’Académie de Munich (professeurs: Herterich et Lofftzen).

 

les femmes d’Alphonse Mucha dans FONDATEURS - PATRIMOINE 170px-Affiche_Salon_des_Cents_1901

Mucha se rend ensuite à Paris en 1887 pour continuer ses études au sein de l’Académie Julian et de l’Académie Colarossi, tout en produisant une revue, en réalisant des affiches publicitaires et en illustrant des livres, des catalogues ou des calendriers. « Pour un graphiste habile, il n’était pas trop difficile à s’employer dans un Paris à l’activité commerciale stimulée par une nouvelle Exposition Universelle - celle de 1889 »2. En 1888 il quitte l’Académie Julian et devient étudiant à l’Académie Colarossi. L’année suivante, le parrainage du comte prend fin. Il quitte l’Académie Colarossi et cherche du travail comme illustrateur. Les qualités techniques et artistiques de Mucha finissent par être reconnues et il est embauché par la première grande maison d’édition parisienne Armand Colin3.

Il commence à illustrer un magazine de théâtre, dans lequel paraît son premier dessin de Sarah Bernhardt en Cléopâtre. Peu après son arrivée à Paris, conseillé par son camarade de l’Académie Colarossi, Wladyslaw Slewinski, Mucha s’installe au-dessus d’un petit restaurant (on disait une « crèmerie ») situé rue de la Grande-Chaumière, à côté de l’académie. Avec Slewinski, Mucha décore la façade de ce petit restaurant alors tenu par une certaine Charlotte Caron. Cette décoration subsista plusieurs années, mais est aujourd’hui disparue. Seul artiste disponible en décembre 1894, il réalise l’affiche publicitaire de Gismonda, la pièce jouée par Sarah Bernhardt au Théâtre de la Renaissance où il est engagé pour six ans. Son style délié lui vaut une certaine notoriété. Il réalise notamment LorenzaccioLa Dame aux camélias (1896), Hamlet et Médée(1898). En 1896, il participe à l’Exposition du Cirque de Reims et réalise l’affiche du Salon des Cent qui se tient à Paris.

En 1900, il reçoit la médaille d’argent à l’exposition universelle, il est également fait chevalier de la Légion d’honneur. L’année suivante, Mucha conçoit la bijouterie Fouquet au 6 de la rue Royale (la boutique fut démontée en 1923 et est aujourd’hui présentée reconstituée au musée Carnavalet).

illustration vidéo /

Image de prévisualisation YouTube

http://www.youtube.com/watch?v=sI7wcyG6cmA

Le Monde – 11 mars 1966

Un maître de l’art nouveau : Alphonse Mucha

L’art du Tchèque Alphonse Mucha (1860-1939), présenté en ce moment à Paris (Hôtel de Sens – 1, rue du Figuier 4ème, jusqu’au 23 avril – L’exposition a été réalisée par Mlle Andrée David, qui a rédigé les notices) recouvre les années 25 sans être ébranlé en rien par leurs problèmes. Il appartient à l’aspect de l’ « Art Nouveau », qui a trouvé des solutions. C’est un artiste plein de certitudes comme Gaudi ou Guimard, mais dont l’originalité est de ne se fier qu’au décor en y mettant assez de ressources et d’animation pour que ce décor compte exclusivement.

Les compositions sur tissus, des l’entrée de la présentation au rez-de-chaussée de l’Hôtel de Sens, frappent par une apparente répétition de la figure centrale, toujours féminine. Mais le personnage ne tient qu’à son contour, et l’ornementation des marges le soutient et le diversifie presque à l’infini. Mucha n’a pratiquement travaillé que sur l’ornementation comme le démontrent les titres de ses publications dans une salle suivante : « Combinaisons ornementales », « Etudes des applications de fleurs », « Documents décoratifs », etc.

L’univers des formes ne défile que dans l’environnement d’une silhouette centrale qui peut être Printemps ou Eté selon les fleurs qui s’enroulent autour d’elle. Sarah Bernhardt sera, de même, tantôt Médée, tantôt la Samaritaine : il suffit d’un bijou en forme de serpent à son poignet ou de caractères vaguement hébraïques derrière la tête. Inversement, les thèmes publicitaires ou symboliques les plus divers trouvent une unité dans la figure féminine centrale, qu’une grappe, un biscuit ou une floraison de lys dédient au champagne, à la fabrique Lefèvre-Utile ou à la pureté.

C’est dire que le talent de Mucha le porte naturellement à l’affiche, à l’illustration et à la décoration. Son dessin s’attache au mouvement et aux combinaisons de rythmes des végétaux avec une espèce de génie : la fleur du datura sort d’une arabesque tourbillonnante de tiges et de feuilles où surgissent des roses trémières, où passent aussi des baies de groseilles et des boules d’hortensias.

C’est la surface qui compte, même quand il est question d’objets dans l’espace. Les deux paons de cuivre du musée Carnavalet, l’un de face, l’autre de profil, sont incrustés de pâtes de verre dont la couleur et l’épaisseur sont soigneusement prévues par un croquis : ces yeux font vivre le métal et transforment les oiseaux en bijoux.

Ce n’est pas par hasard que Mucha a besoin des pierres fines. Sa couleur est pauvre au point qu’il a été indispensable de placer ses œuvres sur un fond rouge vif. Mais il était à l’aise pour décorer la bijouterie de Georges Fouquet, rue Royale, en 1900.
P.-M. G.

liste des expositions 1966 sur http://sabf.fr/expo/ancien/1966/19663.php

 

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La vie des Enfants Moines

Posté par francesca7 le 2 juillet 2014

 

On peut tenter de décrire le quotidien d’un moine au tournant du premier millénaire à partir des sources disponibles sur les abbayes bénédictines aux XIe et Xlle siècles. La vie des moines est fondée sur l’oeuvre de Dieu, le travail de Dieu, par et pour Dieu, réalisé par la prière, les offices liturgiques et la lecture méditative de la Bible. 

En l’an 1080, un certain Vivien donne son fils Boson au monastère.

moine-vie-enfant

Dans la charte de donation, il explique : Mon fils Boson, que je vous remets à perpétuité, en accord avec mes héritiers et descendants,  est dès à présent et dans l’avenir l’avocat perpétuel pour mes péchés afin d’apaiser la colère du Jugement que j’ai mérité… C’est pourquoi je donne mon fils afin qu’il soit fait moine sous le joug de la Règle de Dieu et qu’en ce lieu, en tout temps, il travaille pour moi et intervienne pour mes péchés. 

Boson devient un oblatus, « donné ». Il ne doit pas être confondu avec le nutritus « nourri », confié aux moines pour être instruit et qui, au terme de son enfance, retourne dans le monde. L’oblat, par volonté parentale, est moine dès l’entrée au couvent. Irrévocablement. La lecture du cartulaire de Nouaillé révèle que Boson n’est pas seul; les petits Constantin, Frodon, Raynaud et Richard sont pueri monaci, enfants moines.

Dans la seconde moitié du XIe siècle, Ulrich de Cluny observe qu’après qu’ils ont une maisonnée de fils et de filles, ou s’ils ont des enfants boiteux ou estropiés, sourds et muets ou aveugles, bossus ou lépreux, ou encore des enfants qui ont la moindre tare qui les rendrait moins désirables dans le monde laïc, [les parents] les offrent comme moines avec les plus pieux des voeux [...] en sorte qu’ils se trouvent dispensés de la peine de les éduquer et de les nourrir, ou parce que cela tourne à l’avantage de leurs autres enfants. 

Les enfants du péché sont légion, et d’abord les enfants de prêtres ou de moines, qui rachètent ainsi à peu de frais une faute qui est aussi sociale. Dans un premier temps, les autorités ferment les yeux, à condition que les rejetons, fruit de pareille pollution, [n'aient] point part aux biens de leurs parents, et [demeurent] à jamais asservis à l’Eglise à laquelle appartient le prêtre ou le religieux qui les a ignominieusement engendrés, comme le prescrit le IX` concile .

Comment vivent ces enfants moines ? En principe, comme leurs frères adultes, « sous le joug de la Sainte Règle ». En réalité, la présence de bambins pleurant, babillant et s’agitant est pour moniales et moines une charge très lourde. Mais c’est aussi, souvent, le seul exutoire à une tendresse humaine qu’il leur est par ailleurs interdit d’exprimer. 

Jusqu’à 15 ans, les enfants sont confiés au cellérier, comme les vieillards et les hôtes. Il leur fournit au réfectoire ce que réclament « les égards dus aux enfants et aux vieillards, surtout pour la nourriture ». Ils ne sont pas dispensés de petit déjeuner, et le lait est autorisé une fois par semaine. Au choeur et à table, les enfants occupent parmi les moines la place qui correspond à leur date d’admission. Au dortoir, on peut ne pas suivre cet ordre mais il convient de ne pas laisser leurs lits trop rapprochés les uns des autres et il est prudent de les intercaler parmi ceux des anciens, qui sont toujours au moins deux. Ils ne doivent jamais être livrés à eux-mêmes ou laissés en compagnie d’un seul maître.

Si, la nuit, un garçon doit sortir pour ses besoins, il doit être accompagné par un maître et un autre garçon avec une lanterne. Enfin, les garçons ne doivent jamais se toucher l’un l’autre et il est interdit à tout moine d’avoir le moindre contact physique avec eux, et même de toucher leurs vêtements.

Comme les adultes, les enfants ne peuvent parler que s’ils en ont la permission. La règle les associe cependant à tous les exercices de la communauté : assis sur des troncs d’arbre, des tabourets ou à même le sol, ils sont témoins d’actes administratifs et participent aux délibérations capitulaires car la sagesse peut sortir de leurs lèvres. C’est ainsi que l’évêque Herman de Verdun demande aux enfants de la communauté de Saint-Vanne de désigner le prochain abbé et suit leur conseil. 
Pendant la liturgie quotidienne, les oblats ont la charge spéciale de réciter le martyrologe où sont mentionnés les moines défunts, liant ainsi la nouvelle génération aux disparus; pendant la messe, même le baiser de paix — le seul contact physique au­torisé aux moines adultes — est explicitement interdit aux oblats. 

S’ils commettent une offense en chantant les psaumes ou de quelque autre façon, on les frappe avec une canne légère et polie. La règle revient plusieurs fois sur les modalités de correction « des enfants d’âge tendre ». Tous les matins, le maître doit brandir sa verge au-dessus de leur tête. L’abbé doit tenir compte de leur âge quand il est obligé de les punir. La règle affirme qu’une peine afflictive impressionne toujours plus les enfants qu’une humiliation. Concernant l’ordre dans la communauté, les petits sont soumis à la surveillance de tous les frères, demandant le plus expressément de les traiter avec modération.

 

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Les philosophes hermétiques

Posté par francesca7 le 25 juin 2014

ou bien encore les nouveaux Alchimistes

Les savants qui se sont adonnés à l’alchimie dans le Moyen Age avaient d’autres noms que celui d’alchimistes ; ils s’appelaient, par exemple, les enfants de l’art, les initiés, les cosmopolites, les adeptes, les rose-croix, les souffleurs, ou les philosophes hermétiques ; ce dernier mot, hermétique faisait allusion à Hermès, ou Mercure trismégiste (c’est-à-dire trois fois grand), fameux philosophe égyptien, qu’on suppose avoir été conseiller d’Isis, femme d’Osiris, et avoir vécu environ 1900 ans avant Jésus-Christ

téléchargement (4)La philosophie hermétique, suivant les écrivains qui ont eu foi dans cette étude, était aussi ancienne que le monde ; elle avait pour objet la recherche de la pierre philosophale, de la panacée universelle, et du grand œuvre ; c’était encore l’art de trouver l’eau merveilleuse qui donne une santé et une jeunesse éternelle, et de changer les métaux en or. Les alchimistes imaginaient qu’il existait des métaux parfaits, comme l’or et l’argent, et des métaux imparfaits, comme le mercure, le plomb, etc., et qu’il était possible de transformer.

« L’or, disaient-ils, est de tous les corps de la nature le plus compact, le plus pesant, le plus inaltérable au feu, à l’eau et à l’air, c’est le roi des métaux. » Ils le désignaient aussi sous le nom de sol ou soleil, et le représentaient sous la figure d’un cercle ; ce n’était là qu’une conséquence de leur doctrine, dont la propagation se faisait entre les sages, seulement par images et comparaisons mystérieuses.

Les Arabes se sont beaucoup occupés d’alchimie ; ils sont les premiers qui aient attribué à l’or les plus grandes vertus médicinales, ils le mêlaient dans leurs compositions chimiques réduit en feuilles ; ils pensaient que l’or fortifie le cœur, ranime les esprits, et réjouit l’âme ; d’après eux l’or serait utile pour la mélancolie, les tremblements et les palpitations du cœur. Les alchimistes qui s’emparèrent de ces idées amplifièrent encore, retournèrent les éloges de mille façons ; ils attribuaient toutes les vertus possibles à cet or mystérieux, qu’ils prétendaient extraire eux-mêmes des métaux imparfaits.

L’or philosophique, la quintessence, l’âme de l’or, la teinture solaire radicale, l’eau du soleil, la poudre de projection, le magistère, l’essence des cèdres du Liban, le restaurant des pierres précieuses, l’élixir universel, toutes ces dénominations étaient également appliquées à la pierre philosophale. Ces noms merveilleux d’un secret imaginaire donnaient aux enfants de l’art un grand crédit, bien que les plus fameux d’entre eux soient morts, comme le célèbre Paracelse, dans les souffrances et la misère.

Il fallait que la croyance en la pierre philosophale fût bien vive et bien enracinée parmi les alchimistes, pour leur donner la persévérance inconcevable qu’ils mettaient dans leurs recherches ; ils entretenaient pendant des années entières des fourneaux allumés, où s’opérait la fusion des métaux et des compositions dont ils faisaient usage. Plusieurs ont eu la renommée d’avoir trouvé la pierre philosophale ; par exemple, on a prétendu longtemps que Nicolas Flamel l’avait découverte le 17 janvier 1332 ; il passait pour immensément riche, et, après sa mort, à diverses reprises, des gens avides firent des fouilles dans une maison qu’il avait possédée, à Paris, rue de Marivaux ; mais ces fouilles furent toujours infructueuses, comme devaient s’y attendre les esprits sensés. Avant Flamel, Raimond Lulle, fameux écrivain du XIIIe siècle, transforma, suivant la rumeur populaire, pendant son séjour à Londres, cinquante mille livres de vif-argent en or, pour le roi Edouard Ier.

Vers le même temps, Alphonse X, roi de Castille, avait écrit dans un de ses ouvrages : « La pierre qu’ils appellent philosophale, je savais la faire. N… me l’avait enseigné ; nous la fîmes ensemble, ensuite je la fis seul, et ce fut ainsi que souvent j’augmentai mes finances. »

Enfin, au XVIIe siècle, Van Helmont fils, le dernier homme remarquable qui se soit occupé de la recherche du grand oeuvre, affirme avoir vu et touché plusieurs fois la pierre philosophale. Elle avait, selon lui, la couleur du safran en poudre, et elle était brillante comme du verre pulvérisé. On lui en donna le quart d’un grain, et ce quart d’un grain, jeté dans huit onces de mercure, les changea en argent très pur.

On compte un nombre infini de traités d’alchimie, presque tous écrits en langage mystique, qui donnent des formules ou recettes pour opérer le grand œuvre. En voici une des plus courtes et des plus claires : « Mettez dans une fiole de verre fort au feu de sable ; de l’élixir d’Aristée avec du baume de Mercure, et une pareille pesanteur du plus pur or de vie ou précipité d’or, et la calcination qui restera au fond de la fiole se multipliera cent mille fois. » En voulant opérer d’après de semblables recettes, les souffleurs se sont toujours ruinés.

La pureté de l’âme était vivement recommandée par les alchimistes, comme une condition essentielle pour le succès de leurs travaux ; quelques-uns d’entre eux, cependant, ne la possédaient nullement. Flamel exerçait l’usure à Paris, et parvint à s’enrichir par ce moyen, beaucoup plus que par la divine pierre.

Paracelse, au XVIe siècle, passa presque toute sa vie dans l’ivresse et la débauche. C’est lui qui, dans les cours qu’il faisait en Allemagne, s’écriait avec une orgueilleuse ironie : « Avicenne, Galien, et vous tous, philosophes et médecins vulgaires, les cordons de mes souliers en savent plus que vous ; toutes les universités et tous les écrivains réunis sont moins instruits que les poils de ma barbe et de mon chignon ; moi, moi seul, je suis le vrai monarque de la médecine ! »

L’extravagance de ces paroles étonne peu lorsque l’on songe que presque tous les hommes de mérite, à cette époque, croyaient fermement aux sciences occultes ; que les moines les plus instruits, dans leurs retraites, en faisaient l’objet des études de leurs veilles, et qu’à la naissance du protestantisme, des thèses sur l’astrologie judiciaire, la cabale et la magie, étaient publiquement soutenues par des philosophes dont le nom est encore, de nos jours, honoré à plusieurs titres.

On peut dire qu’alors les sciences exactes n’existaient pas ; elles sortaient péniblement du chaos de la fable ; les observations ne se ralliaient que lentement pour former les bases de travaux sérieux et incontestablement utiles.

Il est fort heureux, assurément, que, de nos jours, personne ne puisse s’aviser de chercher la pierre philosophale, sans être certainement exposé à passer pour un fou. Toutefois, il faut être sobre de dédain pour ceux des alchimistes du Moyen Age qui étaient de bonne foi ; ils ont ouvert avec beaucoup de peine dans l’obscurité, à leurs propres risques et périls, les premières portes de la science.

D’importantes découvertes sont dues aux manipulations laborieuses et patientes par lesquelles ils faisaient passer une foule de matières avec l’espoir de parvenir à un but fantastique. C’est ainsi, pour citer un seul exemple, qu’on ne peut nier le mérite des efforts de Paracelse pour introduire en médecine l’usage des préparations antimoniales, mercurielles, salines, ferrugineuses, qui ont sur nos organes une action si efficace.

Quant aux alchimistes de mauvaise foi, charlatans avides, qu’on a vus partout se multiplier au XVIe siècle, nous abandonnons volontiers leur mémoire au mépris. C’est tout ce que l’on doit à ces vils escamoteurs, qui s’en allaient par le monde, vendant fort cher aux crédules le secret de faire de l’or, comme si, ayant un secret semblable, ils eussent besoin de le vendre pour s’enrichir.

téléchargement (5)On connaît quelques-unes des ruses de ces fripons. Les uns savaient habilement glisser dans du plomb ou du cuivre en état de fusion, des parcelles d’or contenues dans un bâton creux dont ils se servaient pour mêler leur préparation. D’autres se servaient de creusets dont ils garnissaient le fond d’or ou d’argent amassé en pâte légère ; ils couvraient ce fond d’une autre pâte, faite de la poudre même du creuset et d’eau gommée, qui cachait l’or et l’argent ; ensuite, ils jetaient le mercure ou le plomb, et l’agitant sur un feu ardent, faisaient apparaître à la fin l’or ou l’argent calciné.

(D’après un article paru en 1833)

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Les Aiguilleurs de trains du XIXe siècle

Posté par francesca7 le 25 juin 2014

 

 téléchargement (3)

 

N’avez-vous pas été parfois réveillé en sursaut par l’arrêt subit du wagon dont le mouvement vous avait bercé et endormi ? Qu’arrive-t-il ? Nous ne pouvons être encore au terme du voyage. La nuit est noire, la campagne rase. Il vente, il fait froid. A travers la pluie vous apercevez une lumière rouge : c’est un oeil qui veille sur vous, c’est un signal. Le train sans doute se trouve à un embranchement ; il doit prendre une nouvelle voie, et la sentinelle est là qui attend et va ouvrir le chemin : c’est l’aiguilleur.

Qui de nous n’a cent fois observé, de distance en distance, de petites guérites en planches, un abri tout auprès, quelques fleurs, des liserons, des lierres, une oasis au milieu du chemin aride, un peu de poésie dans la monotone réalité ? Qui n’a jeté un regard de sympathie sur la cabane du pauvre aiguilleur, pilote dont la main éclaire, dirige, arrête ou lance en avant, selon qu’il est nécessaire, la machine et ce qu’elle emporte ?

Deux trains se présentent-ils en même temps, l’aiguilleur arrête l’un des deux, non pas l’un ou l’autre indifféremment, mais celui qui, d’après sa consigne, ne doit passer que le second ; il dirige le premier sur la voie qu’il doit suivre.

Avez-vous remarqué les deux sortes de leviers qui les uns manoeuvrent les signaux et les font parler à distance, les autres qui font mouvoir les aiguilles ? Le langage de l’aiguilleur est bien simple ; tout son vocabulaire se borne à trois mots : Avancez, Arrêtez, Ralentissez ; encore ne les prononce-t-il pas ; il les mime, le jour, à l’aide d’un drapeau qu’il laisse enroulé, ou dont il déploie soit le côté rouge, soit le côté vert ; la nuit, à l’aide d’une lanterne à trois verres, blanc, rouge et vert. Un brouillard épais couvre-t-il la voie, le mécanicien du train qu’il attend court-il le risque de ne pas voir le signal, il a recours à un moyen extrême : il place sur le rail des pétards que la roue de la machine fait éclater en passant ; le mécanicien est averti. Un cornet d’appel complète l’équipement de l’aiguilleur, et lui permet d’avertir le poste le plus rapproché de l’arrivée prochaine du train.

En somme, tout le code de cet utile auxiliaire se borne à trois règlements : celui des aiguilles, celui des signaux et celui de la surveillance de la voie. Ajoutons le tableau de la marche des trains, qui lui indique les heures de passage des divers trains au poste qu’il occupe.

Mais s’il n’a besoin que de peu d’études et de théorie, on exige de lui des qualités morales et physiques peu ordinaires. Ce qu’il faut admirer plus que son langage laconique, plus que sa science modeste, ce sont les qualités particulières dont il est doué : une grande vigueur, une forte constitution, une santé robuste capable de résister à tous les temps, un sang-froid inébranlable, une assiduité sans la moindre défaillance. Ne tient-il pas en ses mains la vie des voyageurs qui vont passer ?

Une fausse manoeuvre, le moindre oubli, une absence de quelques secondes, ne causeraient-ils pas les événements les plus funestes ? L’aiguilleur le sait ; il a le sentiment de toute l’étendue de sa responsabilité ; et quoi qu’il puisse avoir à souffrir du froid, de la faim ou de la fatigue, il reste à son poste toujours ferme et vigilant.

D’ordinaire, les aiguilleurs sont d’anciens soldats, qui ont l’habitude de la consigne militaire. De même qu’autrefois ils ont monté la garde, en se promenant de long en large sur un rempart ou à la porte d’une préfecture, de même ils montent encore la garde près de leurs aiguilles ou de leurs signaux, continuant à s’oublier eux-mêmes pour servir d’instruments dévoués à une volonté supérieure.

téléchargement (2)Dans l’intervalle des trains, leur temps se passe à frotter ces barres de fer comme ils astiquaient autrefois leur fusil, à les graisser comme ils graissaient leur fourniment, à ne laisser sur ces plaques de frottement pas un caillou, pas un grain de sable que l’inspection la plus minutieuse puisse y découvrir.

Si quelque loisir lui reste, et lorsque signaux et aiguilles sont brillants, que l’écoulement de la pluie est assuré, que toutes les petites réparations nécessaires sont faites, il lui est permis de se livrer au jardinage. Comme plus de la moitié de sa vie se passe au dehors, il cherche à se défendre des injures de l’air en se constuisant un petit toit, et des ardeurs du soleil en arrosant un peu de verdure : quelquefois il fait grimper autour de sa maisonnette des volubilis ou de modestes haricots. Le règlement, à la rigueur, n’autorise pas tout ce luxe ; mais on ferme à demi les yeux.

Chacune des factions de l’aiguilleur est de douze heures consécutives pendant huit jours ou pendant huit nuits. Les postes importants sont, en effet, confiés à deux aiguilleurs au moins, qui sont de garde tantôt le jour tantôt la nuit. Le huitième jour, la faction devrait être de dix-huit heures pour chacun d’eux, si un aiguilleur auxiliaire ne venait prendre le service pendant douze heures et réduire le temps de garde des deux titulaires à six heures seulement. Cette mesure est indispensable. Comment un homme qu’on laisserait attaché à son poste durant dix-huit heures pourrait-il toujours répondre d’une présence d’esprit de toutes les minutes ?

Nous citerons comme exemple un gendre d’accident qui se présente de temps en temps, et qui deviendra peut-être plus fréquent par suite de l’extension des lignes à voie unique et de l’adoption plus fréquentes des fortes pentes. Il arrive parfois qu’une des chaînes d’attelage qui réunissent entre eux les wagons d’un train vient à se rompre en gravissant une pente rapide, ou bien que des wagons chargés dans une gare au sommet d’un faîte sont entraînés par le vent. Les véhicules lancés sur la pente descendent alors avec une vitesse vertigineuse et sans cesse croissante.

Qu’un train de voyageurs arrive sur la même voie, et un choc effrayant est inévitable. Un seul homme peut l’empêcher, c’est l’aiguilleur. Il a compris le danger ; il court à son levier, dirige les wagons échappés sur une voie de garage, et les envoie se heurter sur un talus ou dérailler en plein champ.

Ajoutons qu’on a cherché à simplifier la tâche de l’aiguilleur en la rendant pour ainsi dire automatique. On a construit d’ingénieux appareils où, par une combinaison de leviers faisant verrous à mouvements combinés, une voie n’est ouverte que lorsque les voies concurrentes sont fermées, c’est-à-dire protégées par une digue. On arrive ainsi à supprimer tout calcul de la part de l’aiguilleur, et à réduire le travail de ses mains et celui de sa pensée, de manière à rendre toute collision impossible.

 (D’après un article paru en 1870)

 

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Jeanne d’Arc et ses parents

Posté par francesca7 le 7 juin 2014

 

 

Capturée par les Bourguignons à Compiègne, elle est vendue aux Anglais par Jean de Luxembourg, comte de Ligny, pour la somme de dix mille livres, et condamnée à être brûlée vive en 1431 après un procès en hérésie conduit par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais et ancien recteur de l’université de Paris. Entaché de nombreuses irrégularités, ce procès est cassé par le pape Calixte III en 1456 ; un second procès, en réhabilitation, est instruit, conclut à son innocence et l’élève au rang de martyre. Grâce à ces deux procès dont les minutes ont été conservées, elle est l’une des personnalités les mieux connues du Moyen Âge.

En mai 1428, Jeanne d’Arc vint trouver Robert de Baudricourt pour lui demander de la mener à Chinon auprès de Charles VII. Le 13 mai 1428, Jeanne d’Arc franchit pour la première fois la Porte du château, afin de demander une escorte pour rejoindre Chinon. Baudricourt ne cédera qu’à sa troisième requête. Et le 23 février 1429, elle pourra enfin partir. Les habitants de Vaucouleurs lui ont fait forger une épée que lui confiera Baudricourt avec une lettre d’accréditation à remettre au Dauphin à son arrivée.

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JEANNE LA BARROISE

Jeanne est née à Domrémy en 1412, sans que l’on sache exactement quel jour. Un seul  contemporain, Perceval de Boulainvilliers, chambellan du roi, a mentionné une date : le 6 janvier. Mais son récit, très fantaisiste, est rejeté par les historiens. Le village fait alors partie, pour l’essentiel, du duché de Bar (seules quelques maisons au nord de la localité sont rattachées à Greux et relèvent de la France). Le Barrois est un État indépendant, malgré la mouvance de son territoire situé à l’ouest de la Meuse. Les ducs frappent monnaie, rendent la justice et ont autorité pour lever une armée. Le poète Villon écrit « Jeanne la bonne Lorraine », pour rappeler qu’elle était originaire de l’espace lorrain qui englobait les duchés de Lorraine et de Bar ainsi que les Trois Evêchés de Toul, Metz et Verdun. L’auteur du journal du siège d’Orléans précise : « Jeanne, native d’un village en pays Barrois ». De même, le roi Charles VII fait indemniser en 1429 les « gens de la compagnie de la Pucelle naguère venue du pays de Barrois ».

 

De Domrémy à Chinon : 1428 – février 1429 : UN DEBAT SUR L’ORIGINE DE SES PARENTS

Le lieu de naissance du père de Jeanne reste une énigme. Trois hypothèses s’affrontent : Ceffonds (Haute-Marne), Art-sur-Meurthe (Meurthe-et-Moselle), Arc-en-Barrois (Aube). On sait en revanche que sa mère, Isabelle Romée, est native de Vouthon. Plusieurs documents permettent de déduire qu’il s’agit de Vouthon-Haut (à 9 km au sud-est de Gondrecourt-le-Château), village barrois. Jacquemin, un des frères de Jeanne, y réside. À Burey-en-Vaux (à 4 km au sud de Vaucouleurs), village mi-barrois, mi-français, vit la cousine germaine de Jeanne, épouse de Durand Laxart. Celui-ci l’accueillera et l’aidera lorsqu’elle demandera à rencontrer Robert de Baudricourt.

SON DEPART DE VAUCOULEURS

Pour obtenir une escorte afin de se rendre à Chinon, Jeanne vient à Vaucouleurs en mai 1428. Cette petite ville, française depuis 1365, est une des dernières places fortes du nord de la Loire restées fidèles à Charles VII. Robert de Baudricourt, son gouverneur, la renvoie vertement. Obstinée, elle revient au début de l’année suivante et séjourne dans la maison du charron Henri Le Royer, où elle sera exorcisée par le curé de la localité en raison de suspicion de sorcellerie.
Elle réussit à convaincre Jean de Metz, originaire de Nouillonpont (à 3 km au nord-est de Spincourt) du bien-fondé de sa mission. Ce dernier intervient auprès de Robert de Baudricourt qui, après tergiversations, accepte de fournir à Jeanne une petite escorte. Jean de Metz commande la troupe qui comprend notamment Bertrand de Poulangy, habitant de la prévôté de Gondrecourt. L’extraordinaire épopée débute donc à Vaucouleurs, en février 1429. Lors de son procès, Jeanne déclarera « que dans son pays on l’appelait Jeannette et après qu’elle vint en France, on l’appela Jeanne ». Ce 220px-Panthéon_Jeanne_d'Arc_détail6changement atteste que la paysanne entre véritablement dans l’Histoire à Vaucouleurs.

SA CAPTURE ROMANESQUE

Lors de son procès qui dura du 21 février au 23 mai 1431, elle est accusée d’hérésie et interrogée sans ménagement à Rouen. Elle est emprisonnée dans une tour du château de Philippe Auguste, dite plus tard « tour de la Pucelle » ; seul le donjon de la construction est parvenu jusqu’à nous. Il est appelé à tort « tour Jeanne-d’Arc », cependant les substructions de la tour de la Pucelle ont été dégagées au début du xxe siècle et sont visibles dans la cour d’une maison sise rue Jeanne d’Arc. Jugée par l’Église, elle reste néanmoins emprisonnée dans cette prison civile, au mépris du droit canon.

Le 23 mai 1430, Jeanne est capturée à Compiègne par Jean II de Luxembourg-Ligny, seigneur de Beaurevoir, allié des Anglo-bourguignons. Il ne la livre pas immédiatement aux Anglais car sa tante, Jeanne de Luxembourg, marraine de Charles VII, s’y oppose. Mais quatre mois plus tard, à la mort de sa tante, Jean II de Luxembourg sacrifie Jeanne contre une rançon et hérite du comté de Ligny.

 

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Un sculpteur de la Renaissance

Posté par francesca7 le 6 juin 2014

 

Ligier Richier, né vers 1500 à Saint-Mihiel, mort à Genève en 1567, est un sculpteur lorrain du début de la Renaissance. Attaché à la cour de Lorraine et de Bar, il a réalisé plusieurs œuvres majeures conservées dans les départements de la Meuse et de la Meurthe-et-Moselle.

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Ligier Richier, le plus grand artiste lorrain de la Renaissance, est né vers 1500 à Saint Mihiel, dans le milieu actif et ouvert de l’élite artisanale. L’on ne sait rien des années de formation du jeune sculpteur, mais comment n’aurait-il pas bénéficié de la riche tradition des  »imagiers » de la région, des courants d’influences champenoises, bourguignonnes, flamandes, rhénanes qui se croisaient au bord de la Meuse, du climat de renouveau humaniste qui animait la capitale du Barrois  »non mouvant » ? 

Dès 1530, protégé par le duc Antoine de Lorraine, il est présent sur d’importants chantiers princiers. Ligier Richier travaille le bois, mais surtout la pierre calcaire tendre au grain fin, clair, aux veines rares, exploitée à Saint Mihiel et à Sorcy. Il expérimente des techniques raffinées de polissage, par lesquelles il parvient à donner à la pierre l’apparence du marbre. Le génie novateur de Ligier Richier ne manque pas non plus de se nourrir du style et de l’iconographie propagés par les gravures de Dürer et de Mantegna, peut-être aussi par la peinture et le vitrail.

Converti à la Réforme, Ligier Richier finit ses jours à Genève, la cité de Calvin, en 1566 ou 1567. Après lui, ses fils et neveux maintinrent la réputation de son atelier. Les œuvres de Ligier Richier qui nous sont parvenues sont toutes d’inspiration religieuse ou funéraire. Le caractère traditionnel des sujets – la Passion du Christ y occupe une place prédominante – ne doit pas faire oublier l’originalité des grandes dramaturgies du maître lorrain, la hauteur de sa méditation. Elles le rendirent fameux de son vivant déjà, et jusqu’à nos jours frappèrent poètes et voyageurs.

Ses oeuvres : Le Squelette ou Décharné

Vers 1550, Ligier Richier exécuta l’un des monuments funéraires les plus célèbres de la Renaissance. Le Squelette est le  »monument du cœur » de René de Chalon, beau-frère du duc Antoine de Lorraine. Il procède d’une invention radicalement nouvelle, bouleversante.

La Sainte Femme au Bonnet

Provenant peut-être d’un couvent de Verdun, cette statue de pierre est placée dans un ensemble hétérogène composé de six statues à la polychromie récente, de qualité très inégale et d’époques diverses.

La pietà

L’attribution à Ligier Richier de la Pietà de l’église paroissiale d’Etain n’a jamais été discutée, mais sa datation soulève un problème.
L’œuvre est située dans l’église Saint-Martin d’Etain, splendide édifice, qui renferme un chœur gothique flamboyant d’une exceptionnelle beauté.

La Vierge, ou Dame de Génicourt

Tout, dans la belle église de Génicourt sur Meuse, l’architecture, le mobilier, les vitraux, le décor peint donnent encore une idée fort suggestive d’un ensemble paroissial de qualité à l’époque de Ligier Richier.

Le Retable de la Passion

L’attribution à Ligier Richier du retable d’Hatton châtel, l’une des œuvres les plus raffinées de la Renaissance Lorraine, a parfois été écartée, ou âprement discutée, mais son lien avec l’art du sculpteur de Saint Mihiel n’a jamais été franchement mis en doute.

Un sculpteur de la Renaissance dans FONDATEURS - PATRIMOINE 220px-S%C3%A9pulcre_Ligier_Richier_301008_02La Mise au Tombeau

Récemment restaurée, la Mise au Tombeau ou Sépulcre, est à juste titre reconnue comme un sommet de la sculpture lorraine du XVIe siècle, l’un des plus beaux ornements du riche patrimoine de Saint Mihiel, une œuvre capitale de Ligier RichierCette œuvre majeure est située dans l’église Saint-Etienne de Saint-Mihiel aux vitraux très colorés.

Nouveauté : découverte virtuelle en 3D de l’oeuvre.  

Sur la Route Ligier Richier en Meuse

La Route Ligier Richier offre l’occasion de parcourir la Meuse sur le thème des plus belles sculptures de la Renaissance.

Liste des églises de la route Ligier Richier : 
-         Collégiale St Etienne à Bar le Duc 
-         Eglise St Didier de Clermont-en-Argonne 
-         Eglise St Martin d’Etain 
-         Eglise de Génicourt sur Meuse 
-         Collégiale d’Hattonchâtel 
-         Eglise St Etienne de Saint Mihiel 
-         Eglise Abbatiale de St Mihiel 
(Dates d’ouverture variables selon les sites). 

Informations sur le site : 
http://www.tourisme-meuse.com/ligier-richier,98454,fr.html 

Commander la brochure « Route Ligier Richier » :  www.tourisme-meuse.com/brochures-et-documents-meuse.html 

 

 

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Les Femmes dans la guerre

Posté par francesca7 le 1 juin 2014

 

 

téléchargementL’histoire n’a pas voulu prendre en compte les mérites et les souffrances spécifiques des femmes gommées de la mémoire de la guerre de 1914-1918 en faveur des combats des « poilus» relatés dans de nombreux ouvrages et bibliographies. Tandis qu’en 1939-1945, au front, à l’arrière elles sont militantes au service du pouvoir, résistantes espionnes journalistes munitionnettes, infirmières héroïnes de la survie quotidienne : l’engagement des femmes durant ces deux guerres ouvre encore de vastes perspectives de recherches. 

La guerre de 1914-1918

Le déclenchement des hostilités de la première guerre mondiale provoque deux réactions majeures pour les femmes : servir à leur façon au plus près du front ou pallier le manque suscité par l’absence des hommes. La population rurale qui domine démographiquement la majeure partie de l’Europe oblige les femmes à faire face à la gestion du patrimoine familial. 

Pour chaque homme engagé une femme endosse les responsabilités du mari ou du père que ce soit en ville ou à la campagne. Les femmes qui travaillent dans les usines représentent de la main d’œuvre à bon marché car elles sont payées moitié moins que les hommes qu’elles remplacent. La maladie, le surmenage, la faim et la fatigue sont le lot quotidien de ces femmes qui assurent jusqu’à onze heures de travail par jour sans protections contre les nombreux accidents. Le travail d’usine est très dur : chaque obus manipulé pèse sept kilos, vingt cinq mille obus passent dans les mains de l’ouvrière qui doit soulever deux fois chaque engin ce qui fait trente cinq mille kilos en une journée, traitement qui a vite raison de sa santé. 

Le statut des femmes

Les critiques proclament que la participation au monde masculin du travail dénature la féminité et constitue une menace pour l’ordre établi. Ainsi tout travail de guerre se veut subalterne pour la femme : infirmière et non médecin, secrétaire et non gestionnaire ouvrière et non contremaitre … 

De cette façon le statut supérieur de l’homme est préservé. La femme est cantonnée dans deux icônes principales : la première s’apparente à la sainte maternité salvatrice qui soigne et console, c’est l’infirmière appelée « l’ange blanc »ou la chaste marraine de guerre qui incarne la dévotion, l’abnégation l’admiration devant le sacrifice des soldats. La seconde icône est celle de l’ouvrière, soubrette définie par le regard masculin car tout travail de guerre est féminisé par le vocabulaire pour minimiser son importance et le danger encouru. 

Il faudra attendre les années quatre- vingt pour que chercheurs et éditeurs s’intéressent au travail colossal des femmes pendant la guerre. Il existe des témoignages de la pacifiste Véra Brittain (1893-1970) infirmière sur le front qui en décrit toute l’horreur et le dévouement de ses consœurs. A leur retour ces femmes ne sont pas reconnues comme des héroïnes, leurs expériences intéressent peu, elles ont par ailleurs beaucoup de mal à se réinsérer à la vie civile. 

L’exploitation de la sexualité

La sexualité est instrumentalisée par l’état de guerre et les prostitués recrutées par les services de renseignements, car l’armée estime essentielle la satisfaction des pulsions sexuelles pour optimiser le rendement sur les champs de batailles. Le repos du guerrier est perçu comme un droit, dont la contrepartie est la menace de la « chaude-pisse »ou de la vérole tant redoutées par les autorités sanitaires militaires clamant que la maladie risque de tuer plus de soldats que l’ennemi. C’est une façon de placer une fois de plus la femme (vénale ou non) au centre du péril national. L’armée Française installe des BMC (bordels militaires de campagne) dans les cantonnements en 1918. 

L’érotisation violente de la guerre n’est pas nouvelle comme en témoignent ces quelques vers d’Apollinaire :

Les canons membres génitaux

Engrossent l’amoureuse terre

Le temps est aux instincts brutaux

Pareille à l’amour est la guerre

Femmes contre la guerre

 

Il y eut bien sûr des femmes qui prirent position contre la guerre, notamment la militante pacifiste engagée Jeanne Alexandre (1890-1980). Comme d’autres militantes, elle fut active aux associations d’aide aux chômeurs et aux réfugiés. Madeleine Vernet (1918-1949) crée en 1917 la revue intitulée « La mère éducatrice »avec ces arguments issus de Rousseau et de Michelet :  »j’en appelle à vous toutes ô femmes-mères ! Épouses! Amantes! Sœurs! Que la guerre a meurtries hier et qu’elle meurtrira encore demain… C’est à nous les femmes qu’il appartient d’être rédemptrices. Car nous sommes les mères, les créatrices de vie  » 

La guerre de 1939-1945

A la seconde guerre mondiale, la population des pays occupés est précipitée dans des situations d’urgence  plus violentes et extrêmes pour les catégories pourchassées. La survie, la lutte et la résistance sont différentes pour les femmes dans la vie civile et la famille, que ce soit en prison, ou dans un camp d’internement. Le degré de tolérance à la souffrance n’est pas le même en camp de concentration pour les hommes qui supportent mal les privations de nourriture, tandis que les femmes ressentent cruellement le manque d’eau rendant l’hygiène impossible. Dans les associations, au sein de la résistance, elles se dévouent par habitude et restent discrètes, ne revendiquant pas la prééminence (Cécilia Bertin « femmes sous l’occupation ») ce qui vaudra à ces femmes d’être longtemps oubliées par l’histoire officielle de la résistance. 

Victimes absolues de cette guerre contre les femmes, celles qui vécurent les plus grandes souffrances furent sans doute les mères juives contraintes d’assister dans les camps de la mort, à la torture et à l’assassinat de leurs jeunes enfants. Dans le civil, côté occupé comme côté Allemand le quotidien des femmes est fait de compromis perpétuels en fonction des restrictions en tous genre : nourrir sa famille est un souci constant. Mettre au monde un enfant de plus dans ce contexte pousse les jeunes mères à avorter (chose interdite à l’époque) 

Émancipation des femmes, inversion des valeurs

Cependant la possibilité de participer à l’effort de guerre est, pour beaucoup de jeunes filles l’occasion, dans cette société conservatrice de quitter la famille, de se libérer des contraintes. Même s’il domine pour elles l’assignation aux stéréotypes de la mère nourricière, du repos du guerrier ou de génitrice de  »chair à canon » apte à venger leurs pères, un grand nombre de femmes s’engage dans la lutte. Tenue militaire ou bleu de travail cette contribution est appréciée mais demeure subalterne. 

Les repères de la société s’inversent totalement. Dans les pays occupés, sous influence Allemande la trahison devient louable, la délation un acte patriotique qui peut rapporter gros .Le pillage l’escroquerie voire l’assassinat de citoyens Juifs, de résistants ou autres indésirables (handicapés, personnes âgées, communistes, mongoliens, homosexuels, inadaptés, témoins de Jéhovah, Roms ) sont autorisés et même encouragés. L’état Allemand s’approprie la fonction paternelle s’impose dans les familles en créant les organisations de jeunesse. Les jeunes opposants à l’endoctrinement sont sévèrement punis. Des camps d’internement pour adolescents Allemands à partir de dix ans (ni Juifs ni Tziganes) sont construits en 1941: Moringen pour les garçons, Uckemark pour les filles. La majorité de ces jeunes périssent sous les mauvais traitements (ce chapitre de l’histoire nazie n’a pas encore fait l’objet de recherches poussées) En France, Pierre Laval imagine la déportation des bébés et jeunes enfants pour fournir le quota de juifs exigé par les autorités Allemandes. Son intervention lors de la rafle du Vel’ d’hiv en juillet 1942 lève, s’il y en avait, les hésitations des nazis puisqu’à partir de cette date sont établis en Pologne des camps d’extermination pour les jeunes enfants. 

Les centres de reproduction forcée

Parallèlement des maternités de types  »lebensborn » voient le jour dans les pays occupés, en Europe du nord en France, au Pays-Bas au Danemark en Norvège Luxembourg Pologne, pour mettre en place le projet de reproduction forcée. Les jeunes femmes sélectionnées selon des critères raciaux précis (cheveux blonds yeux bleus) doivent œuvrer le restant de leur vie reproductive dans ces institutions. Leurs bébés sont expédiés ensuite dans des familles Allemandes ou dans des centres contrôlés qui reçoivent de strictes consignes d’éducation.

 L’enfant d’entre deux- guerres

Quel est le bébé d’entre deux guerres ? En 1936 Gilberte Bodson de Muyser écrit sur le nourrisson : laisse crier l’enfant, ne pas le bercer, lui attacher les mains afin qu’il ne suce pas son pouce, espacer les tétées, lui faire comprendre que ce n’est pas lui qui commande, le mettre très tôt sur le pot … C’est déjà  »une petite bête » à dresser dès la naissance à la soumission et à l’obéissance, surtout à la propreté, acquis au prix d’une négation systématique de tous les besoins affectifs. .Hitler et ses contemporains auraient-ils vécu ce sadisme de la petite enfance ? 

téléchargement (1)Peux-t-on interpréter l’acceptation du nazisme (en Allemagne comme en France) comme le résultat partiel de la passivité, l’obéissance aveugle, la normalisation de la cruauté produite par cette éducation de la moitié du XX e siècle ? Bruno Bettelheim « comportements dans les situations extrêmes » évoque l’infantilisation sadique des prisonniers des camps torturés comme des enfants sans défense par un père dominateur et cruel. La gestapo fusillait les victimes de la dysenterie (comme si l’apprentissage à la propreté recommençait). L’infantilisation des détenus et la régression qui s’ensuivait sont érigées en technique de soumission et d’humiliation des plus puissantes (Primo levi). 

La psychologie nazie

La seconde guerre mondiale n’est pas une guerre classique opposant des adversaires définis de chaque côté d’une ligne de front, le projet nazi sélectionne les catégories d’ennemis à éliminer au nom d’un idéal racial. Les personnes et groupes humains appartenant aux communautés honnies sont assimilées à des espèces bactériennes nocives, ce qui justifie le discours raciste. Dans le ghetto de Varsovie, (qualifié de zone épidémie) la population est mise en quarantaine. 

Les chambres à gaz sont des  »salles de bains » qui distribuent le zyklon B par les pommeaux de douche et les agents spécialisés à cette fonction portent le nom évocateur de « désinfektoren » ! L’accusation est la même pour ces malheureux, ce sont des « untermensch » des sous-hommes à éliminer. L’Allemagne nazie impose un ordre particulier fondé sur l’inversion de toutes les normes sociales établies, tout à fait unique dans l’histoire. 

La question du viol

La légitimation culturelle du repos du guerrier autorise de tous temps le militaire à assouvir ses besoins sexuels surtout sur les femmes ennemies (donc discréditées). En Allemagne les rapports sexuels sont interdits entre Aryens et personnes de communauté inférieures mais si le crime est sanctionné il concerne l’infraction à cette législation sur la race, non sur le viol en lui-même. Dans les salles de torture le viol est une menace puissante contre les femmes. 

Environ dix-sept mille femmes furent violées par les troupes Américaines entre 1942 et 1945, dont soixante quatre pour cent en Allemagne, vingt deux pour cent en France, quatorze pour cent en Angleterre. La hargne des vainqueurs s’exerce contre les femmes Allemandes, il a été recensé deux millions de viols par les soldats soviétiques après guerre. Comment mettre des mots sur l’indicible et reconstruire une vie où, aux horreurs de la guerre s’ajoute l’outrage absolu à la personne? On ne compte pas les avortements pratiqués dans les pires conditions et les suicides suite à cette infamie ! 

L’après guerre

Au lendemain de la deuxième guerre mondiale les femmes ne demandaient qu’à retrouver leurs repères d’avant guerre avec des exigences de reconnaissance pour les efforts consentis. Mais les ruptures furent plus importantes qu’en 1918, la société fut scindée partout, les hommes séparés des femmes les enfants éparpillés, les familles éclatées par l’emprisonnement, la déportation, la fuite, l’exode, l’envoi des enfants au loin donnant lieu à d’angoissantes recherches. La joie de la libération fut source de douleur. Les rescapés de la déportation qui se retrouvaient seuls survivants de leur famille furent en proie à la culpabilité et à la solitude. 

.A la libération la résistante Lucie Aubrac créa une revue féminine « la femme » dans lequel figure entre autre un reportage sur le camp de femmes de Ravensbrück, écrit par Simone Saint-Clair également déportée dans ce camp. C’est sans doute un des tous premiers témoignages parus sur les camps de  concentration. Elle inséra dans sa revue cette conclusion : Cette paix sanglante et heureuse comme une nouvelle accouchée, nous allons bien la soigner, la fortifier et l’aimer. Tellement l’aimer avec notre labeur et nos désirs joyeux que jamais les petits enfants de Londres, Rouen, Berlin, Leningrad ou Shanghai ne  reconnaîtrons l’horreur des caves sous les bombardements, les parents assassinés, la faim la saleté, toute la fureur guerrière et imbécile du fascisme.

 

Source

Femmes dans la guerre, de Carol Mann, Editions Pygmalion, mars 2010

 

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La marquise Victoire de Donnissan

Posté par francesca7 le 31 mai 2014

 

Quand la Vendée se soulève en 1793, des comtesse, et marquises caracolent en amazone à la tête d’escouades à leur solde, des femmes du peuple, portant habit d’homme, se mêlent aux troupes. Nombre d’entre elles périrent sur le champ de bataille, d’autres furent guillotinées, certaines réussirent à échapper à la mort et nous laissèrent des témoignages. 

Marie Louise Victoire de Donnissan, marquise de Lescure puis de La Rochejaquelein, devenue célèbre par ses infortunes et par la part qu’elle prit aux guerres de la Vendée, née à Versailles le 25 octobre 1772, est décédée le 15 février 1857 à Orléans.

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Victoire de Donnissan, née au château de Versailles le 25 octobre 1772, fille unique du marquis de Donnissan, gentilhomme d’honneur du comte de Provence, frère du roi, épouse le 21 octobre 1791 son cousin germain Louis-Marie de Salgues, marquis de Lescure, gentilhomme poitevin, né en 1766, lui-même cousin d’Henri de La Rochejaquelein.

Au début de mai 1793, Lescure se joint, avec son beau-père, aux Vendéens insurgés et devient commandant de l’armée catholique du Poitou. Il prend part à toutes les campagnes de l’été 1793. Très grièvement blessé à la mâchoire le 15 octobre, l’avant-veille de la bataille de Cholet, il franchit la Loire sur un brancard, avec sa belle-mère, sa femme enceinte et leur fille d’un an (qui mourra quelques semaines plus tard). C’est en cet équipage que Victoire, qui a alors vingt et un ans, entame la virée de galerne.
Le 3 novembre, Lescure meurt près d’Ernée. Sa veuve participe à toute la suite de l’équipée. Le 22 décembre, elle réussit à se cacher, avec sa mère, dans une métairie de l’arrière-pays guérandais. C’est là que, le 19 avril 1794, elle accouche de deux jumelles, dont l’une mourra le 2 mai et l’autre dix-huit mois plus tard. Réfugiée quelque temps au château des Donnissan, près de Bordeaux, elle émigre en Espagne en 1797 et rentre en France en mai 1800. Le 1″ mars 1802, elle épouse Louis de La Rochejaquelein, frère cadet d’Henri (tué en janvier 1794), qui sera lui-même tué lors de l’insurrection de 1815.

C’est en Espagne qu’elle a commencé la rédaction de ses Mémoires, qu’elle achève en 1803. S’étant liée avec le jeune Prosper de Barante, sous-préfet de Bressuire en 1806, elle autorise celui-ci à publier, en 1814, son manuscrit, quelque peu remanié, sous le titre Mémoires de Mme la marquise de La Rochejaquelein écrits par elle-même, rédigés par M. le baron de Barante. Après plusieurs tirages de cette première version, l’édition la plus fidèle au manuscrit original est celle donnée en 1889 par le petit-fils de la marquise et que reprend, en 1984, celle du Mercure de France (présentation et annotation d’André Sarazin).
Ces Mémoires sont d’abord l’écho d’une certaine vision de la guerre de Vendée et de ses origines et, à ce titre, demandent à être soigneusement critiqués ; mais ils sont aussi le reflet fidèle des événements auxquels son auteur a elle-même participé, notamment la virée de galerne, et son récit constitue un témoignage de premier ordre sur la tragédie vendéenne.
Victoire de Donnissan, marquise de Lescure, puis marquise de La Rochejaquelein, est morte le 15 février 1857, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans.

Issue d’une famille influente à la cour de Versailles, elle était fille unique de Guy Joseph de Donnissan, maréchal de camp, grand sénéchal de Guyenne, et de Marie-Françoise de Durfort de Civrac (1747-1839) ; elle appartenait ainsi aux familles les plus distinguées. Élevée avec le plus grand soin, elle n’avait que dix-sept ans lorsque éclatèrent les premiers orages de la Révolution française.

À la fin de 1789, elle vient avec son père et sa mère s’établir au château de Citran, dans le Médoc ; c’est là qu’en 1791 elle épouse son cousin, Louis Marie de Lescure, jeune officier désargenté, dont le nom acquit une grande illustration. C’est à la fois un mariage d’inclination et de convenance. La situation politique de la France devenant de plus en plus critique, Lescure prend la résolution d’émigrer, et, dans ce but, se rend avec sa femme à Paris dans l’été de 1792. Le moment est terrible : il assiste à la journée du 20 juin et à celle du 10 août ; et dans cette dernière, lui et sa femme enceinte de sept mois, forcés de chercher un asile, courent de grands dangers. Renonçant au projet de quitter la France, Lescure pense que le parti le plus sage est de se retirer dans ses propriétés auprès de Bressuire, dans les Deux-Sèvres, au château de Clisson, commune de Boismé (ne pas confondre avec Clisson en Loire Atlantique). M. et Mme de Donnissan y accompagnent leur fille. Ce n’est pas sans de graves difficultés qu’on parvient à quitter Paris le 25 août, quelques jours avant les massacres de septembre, et à accomplir un long voyage au milieu de populations livrées à l’agitation la plus vive.

L’insurrection vendéenne

À Clisson, on se trouve dans une région tranquille ; mais le torrent révolutionnaire monte toujours. Louis XVI a péri sur l’échafaud. Des persécutions sont dirigées contre les prêtres ; le recrutement de 300 000 hommes est l’étincelle qui met le feu aux poudres : le Bocage se soulève ; toute la Vendée prend les armes et bientôt Lescure, suivi de son cousin Henri de La Rochejaquelein, qui est le premier à se mettre à la tête des paysans, Bonchamps,Charette, Elbée, Stofflet, Cathelineau se montrent à l’envi sur les champs de bataille, et la lutte acquiert des proportions gigantesques. Tant qu’elle est favorable aux Vendéens, Madame de Lescure reste éloignée de son mari, et retirée au château de la Boulaye.

Elle rejoint son époux, qui a eu le bras fracassé lors de l’attaque de Saumur ; elle l’accompagne dans ses courses périlleuses. Le château de Clisson est brûlé ; des flots de soldats républicains inondent la Vendée ; le combat de Torfou, funeste aux Mayençais, que commandait Kléber, et bien des rencontres ont lieu avec des succès partagés, lorsque le 17 octobre 1793, à la bataille de Cholet, Lescure reçoit une blessure des plus graves. Les Vendéens, écrasés sous le nombre, décident de chercher un refuge de l’autre côté de la Loire, résolution funeste, puisqu’en s’éloignant de leurs foyers, en s’aventurant dans un pays qui leur est hostile, en s’embarrassant d’une multitude de femmes et de fuyards, de non-combattants qui gènent leurs mouvements, ils ne peuvent échapper à de grands désastres. C’est la « Virée de Galerne ».

Madame de Lescure suit cette expédition avec sa petite fille âgée d’un an, marchant à pied à côté du brancard sur lequel son mari est transporté ; elle est enceinte, et ce n’est que par une sorte de miracle qu’elle survit à de si vives secousses. Le 4 donnissannovembre, le blessé expire. Sa veuve, abîmée de douleur, est entraînée dans la marche de l’armée vendéenne qui, après avoir tenté vers le littoral une pointe impuissante, après avoir vainement attaqué Granville, revient vers la Loire, s’efforçant sans succès de s’emparer d’Angers, livre dans les rues du Mans une bataille acharnée, et finit par voir ses débris succomber à Savenay en décembre 1793.

La mort de de Lescure

Pendant les six semaines qui s’écoulèrent depuis la mort de de Lescure jusqu’à la dispersion de l’armée vendéenne, sa femme eut à endurer le froid, la faim, la fatigue, la misère, les alarmes les plus cruelles ; dévorée par la fièvre, portant un costume de paysanne, pendant plusieurs jours elle n’eut pour nourriture que quelques oignons qu’elle arrachait dans les champs ; accablée de lassitude, elle prit parfois de courts moments de sommeil sur la paille, au bruit du canon dont les boulets tombaient près d’elle. Aux derniers instants de la déroute, elle fut obligée de se séparer de sa fille, qu’elle confia à une famille de paysans près d’Ancenis. À Savenay, elle s’éloigna de son père, qui peu de jours après, fut pris et fusillé ; et, déguisée ainsi que sa mère sous le costume de paysannes bretonnes, elle chercha un refuge dans une ferme écartée dans la région de Prinquiau.

Accueillie avec hospitalité, elle passa l’hiver de 1793 à 1794 avec des cultivateurs que leur pauvreté mettait à l’abri des poursuites révolutionnaires et qui étaient habitués à une vie de fatigues et de privations. Son aspect et celui de madame de Donnissan étaient si misérables, que ces femmes, qui avaient si souvent fait l’aumône, furent plusieurs fois exposées à la recevoir. Souvent obligées de prendre la fuite, de se sauver dans les bois afin d’échapper aux perquisitions des bleus, leur vie ne fut qu’un tissu d’inquiétudes incessantes, d’alertes, de périls, de terreurs de tous les moments. Ce fut au milieu de ces terribles épreuves que Madame de Lescure accoucha de deux petites filles ; elle passa ensuite un mois dans une chaumière inhabitée depuis plusieurs années, et dont elle avait soin de tenir la porte et les fenêtres fermées afin de ne pas attirer l’attention. Elle apprit dans cette misérable demeure la mort d’une des deux jumelles, et, tout en pleurant, elle ne put s’empêcher de dire :

« Elle est plus heureuse que moi ! »

Après bien des périls, après qu’elle eut erré d’asile en asile, le 9 thermidor, en faisant tomber le régime de la terreur, vint rendre quelque sécurité aux proscrits ; mais il fallut du temps pour que la réaction pénétrât dans des provinces écartées. Une amnistie fut enfin proclamée, et madame de Lescure se rendit à Nantes, où elle retrouva des personnes qui avaient éprouvé des malheurs aussi grands que les siens. Elle partit ensuite pour aller habiter le château de Citran dans le Médoc ; là se termina la partie active et pour ainsi dire militante de sa vie. Elle arriva dans sa nouvelle demeure au mois de février et presque aussitôt elle eut une autre mort à pleurer, celle de la petite fille qui lui restait.

L’exil

Après le 18 fructidor, il y eut une recrudescence de persécution contre les royalistes ; madame de Lescure, qui avait été inscrite sur la liste des émigrés, quoiqu’elle ne fût pas sortie de France, dut s’éloigner, et elle passa quelque temps en Espagne ; elle put revenir après le 18 brumaire, et elle rentra en possession de ceux de ses biens qui n’avaient pas été vendus, ainsi que de la fortune de son mari.

Marquise de La Rochejaquelein

Au mois de mars 1802, cédant aux instances de sa mère, elle épousa son cousin Louis de la Rochejaquelein, frère de Henri, le plus célèbre des généraux vendéens. Sa vie s’écoula alors paisiblement, soit à Citran, soit à Clisson, dans le Poitou. En 1808, elle avait déjà cinq enfants. Son mari se refusa à accepter toute fonction pendant l’empire, et, dans les premiers mois de 1814, il travailla à provoquer un soulèvement dans la Vendée ; il contribua puissamment au mouvement qui fit, le 12 mars, proclamer à Bordeaux le retour des Bourbons.

Elle laissait un livre remarquable, des Mémoires qu’elle avait commencés en Espagne et achevés durant les premières années de son second mariage. Communiqués en manuscrits à M. de Barante, alors sous-préfet à Bressuire, ils circulèrent dans quelques sociétés d’élite avant d’être livrés à l’impression, et ils produisirent une sensation profonde. Ils furent enfin imprimés en 1814, après la chute définitive de Napoléon Ier. Traduits en plusieurs langues, ils ont été souvent réimprimés. Une neuvième édition, mise au jour à Paris en 1862 est précédée d’une éloquente oraison funèbre prononcée par l’évêque de Poitiers le 28 février 1857, dans l’église de St-Aubin de Beaubigné. On trouve dans ces récits touchants de grands désastres et des misères infinies, des tableaux saisissants, des mots qui viennent du cœur, des traits qui peignent toute une situation. La franchise de la narration, la simplicité du style donnent un prix tout particulier à ces souvenirs qui ne sont pas une œuvre littéraire, mais qui resteront comme un éloquent témoignage des plus funestes guerres civiles dont l’histoire de la France conserve dans ses annales les fastes sanglants.

Un lien : Mémoires de Madame de La Rochejaquelein

 

 

 

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La HONTE DES LUCS BOULOGNE (Vendée)

Posté par francesca7 le 18 avril 2014

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C’est, le 28, le drame — la honte, la plus grande parmi toutes la honte des Lucs-de-Boulogne, non loin de Legé. Hommes, femmes et enfants ont cherché refuge dans la vénérable église Notre-Dame. aussi modeste qu’une chapelle, située au Petit-Luc, dans un tenare paysage. L’église est bien trop petite pour les contenir tous — ils sont près de six cents. Beaucoup se sont tassés autour du sanctuaire, n’essayant même plus de se cacher dans les fourrés du tertre voisin. L’arrivée, soudain, des Bleus, et le massacre. Sabres, baïonnettes, pics, crosses, souliers, frappent partout avec fureur, égorgent, éventrent, écrasent ; puis, d’une hauteur proche, le tir de canons fait s’écrouler l’église sur les suppliciés. Quatre-cent-cinquante-huit noms sont connus, parmi lesquels ceux de cent-dix enfants de moins de sept ans. Ils sont inscrits sur les murs de l’église actuelle, élevée sur les plans de la précédente. On y voit des familles entières : M. et Mme Renaud, par exemple, et leurs cinq enfants, de dix-sept, quinze, douze, six et quatre ans ; ou M. et Mme Métaireau et leurs sept enfants, de vingt-et-un, treize, dix, sept, six ans, de quinze mois, de quinze jours. D’autres et d’autres encore…

Cependant, timidement, quelques municipalités républicaines commencent à réagir : Fontenay-le-Peuple (ci-devant Fontenay-le-Comte), Les Sables-d’Olonne, Luçon, s’indignent auprès de la Convention des « tueries dont même les patriotes sont victimes Il faut dire en effet que nul n’échappait, en général, à la fureur des Colonnes.

Des maires se portant au devant des tueurs furent souvent massacrés, quelquefois même après leur avoir offert des vivres pour essayer de les amadouer. A une réclamation des deputés du Maine-et-Loire, le représentant Bourbotte avait répondu « que les maisons des patriotes étant toujours devenues des repaires de brigands, devaient ètre détruites puisque l’intérêt public le commandait Et rappelons l’ordre du jour de Grignon, que nous avons précédemment cité : « Je sais qu’il peut y avoir quelques patriotes dans ce pays, c’est égal, nous devons tout sacrifier ”.

Aux réactions des municipalites vont bientôt s’ajouter celles de quelques représentants, Lequinio principalement, député du Morbihan à la Convention après l’avoir été à la Législative. Lequinio s’était pourtant avéré un impitoyable bourreau lorsque, quelques mois auparavant, il n’avait pas hésité à faire fusiller, à Fontenay-le Peuple, quelque cent prisonniers, en tuant un de sa main ; Lequinio qui avait écrit : ‘< Si la population qui reste sur les territoires en insurrection n’était que de quarante mille personnes, le plus court serait de tout égorger ! » Eh bien Lequinio va devenir le grand adversaire de Turreau dans un rapport au Comité de Salut public en date du 12 germinal (1er avril) avec le récit des crimes les plus accablants des Colonnes infernales et en mettant lui aussi l’accent sur les actions contre les patriotes.

Et les sentiments du Comité et de la Convention vont se préciser chaque jour davantage. Ainsi Faurès, député des Sables. s’écrie à la tribune de l’Assemblée :

— Il ne cesse de nous parvenir des détails. plus affreux les uns que les autres, sur les crimes dont se sont souillés quelques généraux indignes de servir la République. Je vous dis, citoyens, qu’il est de l’intérêt de la Nation d’en effacer jusqu’au souvenir. »

turreauBarère à présent, Barère, l’homme du 1er août :
Le Comité de Salut public espérait toujours que l’armée de l’Ouest s’occuperait bien plus de détruire les brigands que de sacrifier les habitants et détruire les fermes, les villages et les récoltes et la troupe royaliste, naguère éparse, s’est grossie de tous les mécontents que l’on doit à l’exécution barbare d’un décret dans un pays qu’il fallait seulement désarmer et administrer avec les bras nerveux d’un pouvoir militaire et révolutionnaire.
Ainsi Barère, fort hypocritement, désavouait les terribles mesures qu’il avait préconisées.

Le comité de subsistance et les colonnes infernales ont été particulièrement efficaces : « Elles ont incendié, se lamente un observateur, toutes les bourgades et chaumières, massacré une partie du reste des laboureurs, brûlé dans les greniers, ou dans les aires, le blé ou les herbes ; égorgé ou dévoré une quantité innombrable de brebis, de moutons et de boeufs, emmené ou détruit tous les chevaux et mulets ; consumé dans les flammes les laines, les lins, les chanvres et tout le mobilier. » La misère du pays est totale. Certes, quelques troupeaux errants ont survécu, mais ils sont ravagés par une épizootie. Les rescapés dépérissent faute de nourriture.

L’eau, déjà traditionnellement de mauvaise qualité, est inutilisable en raison du nombre de cadavres en décomposition qui s’y trouvent. En fait, toutes les descriptions sont identiques : le pays est ruiné, la population décimée connaît la famine à laquelle s’ajoute un autre mal méconnu jusqu’à présent — le mal bleu, entendons les maladies vénériennes.

On dispose de maints témoignages sur l’état extrême dans lequel se trouve la Vendée. Celui du maire de Machecoul ( au dessus ) est éloquent :

« Nos administrateurs vivent dans la détresse pour ne rien dire de plus. Il n’y a rien d’exagéré ni dans le tableau des dévastations que nous avons essuyées, ni dans celui de la dépopulation, ni dans l’idée qui a pu être fournie de la diminution des revenus des immeubles. Nous pouvons vous assu’ rer qu’il est un très grand nombre de propriétés qui n’ont rien produit de net depuis la guerre et pour lesquelles il faut payer des impositions. Ce sont particulièrement les maisons de Machecoul, lesquelles, n’ayant pas été totalement dévastées ont été rendues habitables au moyen de réparations qui ont absorbé les revenus de plusieurs années. Plusieurs propriétaires, qui n’avaient rien touché pendant l’insurrection et qui manquaient de moyens pour réparer, ont affermé ces maisons pour un grand nombre d’années à condition que les locataires emploieraient le montant du prix des loyers de toutes les années à rétablir et réparer.

« Les propriétaires des vignobles non cultivés pendant la guerre qui ont eu l’espoir de les rétablir et les moyens de l’entreprendre sont à peu près dans le même cas. Ils ont beaucoup de peine, n’en ont pour ainsi dire encore rien retiré et courent le risque d’en retirer peu pendant plusieurs années.

«.Les terres du haut comme du bas marais de la commune de Machecoul ne produisent encore rien cette année. Ces terres sont sous les eaux depuis plusieurs mois. Les bleds se trouvent pourris comme l’an dernier. Cependant, lorsque ces terres ne sont point submergées ou ne le sont que momentanément elles sont les plus productives. Mais il y a tout lieu de craindre que les fermiers ne puissent encore payer cette année leur fermage et qu’ils ne recueilleront presque rien. »

La situation générale de la Vendée militaire est identique à cette description locale. De l’aveu même du ministère : « Toutes les campagnes ont été dévastées. Elles ont perdu dans des incendies leurs villages, leurs bâtiments d’exploitation, tous leurs instruments aratoires, dans les combats une grande partie de leurs bestiaux, un tiers de leur population. Les vignes qui couvrent les coteaux de la Sèvre et les deux rives supérieures de la Loire ont péri faute de culture et chargent encore la terre d’un bois inutile faute de bras pour les arracher. Les champs, privés pendant trois ans de labour, sont incultes ou très imparfaitement défrichés. Les cultivateurs de ce département, forcés de venir acheter aux marchés de Nantes leurs denrées de première nécessité, ne se consolent de tant de privations que dans l’espoir toujours éloigné de recevoir des dédommagements et secours (…). »

 

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Claude Monet, figure emblématique de l’impressionnisme

Posté par francesca7 le 16 avril 2014

(Extrait de « Le Gaulois » du 6 décembre 1926)

Claude Monet, figure emblématique de l’impressionnisme dans FONDATEURS - PATRIMOINE 318px-Claude_Monet%2C_Saint-Georges_majeur_au_cr%C3%A9puscule 

 

 
Au lendemain de la mort de Claude Monet survenue le 5 décembre 1926, Louis Gillet, historien d’art et de la littérature ayant rencontré le célèbre peintre à Giverny et qui l’avait encore croisé une semaine auparavant, évoque ce « dernier survivant d’un monde disparu » que révulsaient le snobisme et le charlatanisme en quelques lignes poignantes : au simple égrenage d’événements émaillant son existence, à l’énumération froide des œuvres de cette figure emblématique de l’impressionnisme, il préfère un portrait empreint de poésie, frappé au coin de la nostalgie et pétri de sensibilité

Claude Monet est mort. Depuis huit ou dix jours, je le savais indisposé. Mais il était encore si robuste, il respirait une telle santé, que je ne voulais pas croire qu’il fût vraiment malade. Une grippe ne pouvait avoir de prise sérieuse sur un tel homme. Ses quatre-vingt-six ans l’avaient un peu tassé, sans parvenir à courber cette tête et ces épaules puissantes. Levé à l’aurore, l’année dernière, je le voyais courir encore dans son jardin : je dis courir, du moins l’espace de quelques pas, et se retourner ensuite, du haut du petit perron, un sourire sur sa large face, en plein soleil, dans la gloire de son immortelle vieillesse.

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Claude Monet

 

Rien en lui ne sentait le déclin. L’âge s’ajoutait à sa personne comme une majesté de plus. Le souvenir de sa longue vie, radieuse aujourd’hui, mais longtemps combattue des orages, grandissait sa figure indomptée par les ans. J’avais beau le savoir souffrant, sa vigueur me donnait confiance. Sa mort étonne autant qu’elle afflige : elle me surprend comme si j’apprenais l’écroulement d’un roc, la disparition de ces falaises d’Etretat dont il a tant aimé les formes tourmentées, assiégées par la vague et assaillies par les tempêtes.

Il habitait depuis quarante ans, à une lieue de Vernon, dans la vallée de l’Epte, une maison rendue célèbre dans l’univers par ses peintures et par l’arabesque charmante d’un quatrain de Mallarmé

Claude Monet que l’hiver ni
L’été sa vision ne leurre,
Habite en peignant Giverny,
Sis auprès de Vernon, dans l’Eure.

Je me rappellerai toujours la première visite que je lui fis. C’était à la fin de l’hiver, un jour éclatant de février. Les rivières débordaient, la campagne était inondée. Pour arriver jusqu’au village il fallut faire un long détour par-dessus le plateau. Les collines calcaires du Vexin nageaient seules au milieu des cultures noyées, comme sur un lac resplendissant. Tout avait ce jour-là un aspect sans âge, le sourire d’une nature éblouissante de jeunesse, telle qu’elle pouvait être il y a plusieurs millénaires, à l’aurore du monde primitif : plus rien de mesquin, de caduc ; on ne voyait que les grands traits de la création, la magnifique ampleur de l’ancien golfe de la Seine, avant l’homme et les premiers siècles de l’histoire. Et le vieillard, au milieu de ce monde rayonnant, où il n’y avait de vivants que le soleil et les eaux, semblait le dieu du paysage.

C’est l’été qu’il fallait le voir, dans ce fameux jardin qui était son luxe et sa gloire et pour lequel il faisait des folies, comme un roi pour une maîtresse. Ce jardin de miracle se divisait en deux parties devant la maison ; le parterre s’inclinait doucement en pente vers la rivière. Quatre carrés, séparés par une allée de roses, y formaient autour de pelouses des cadres d’une seule fleur. De quinzaine en quinzaine, à partir du printemps, on renouvelait ce tapis, c’étaient autant de tableaux qui se succédaient dans cet espace, autant de fêtes que le maître se donnait à lui-même, une suite d’enchantements qu’il s’offrait dans ce parterre de Klingsor. Qui n’a pas vu le jardin de Giverny au mois de juin dans le grand flamboiement d’or et le délice des iris, ignore une des féeries des Mille et une Nuits.

De l’autre côté du chemin de fer, que suit la ligne de Gisors, s’étendait un second jardin, d’un caractère tout différent : un bocage, un bosquet touffu, de grands arbres, des ombres où se suspend un clair obscur ému, et, parmi ce demi-jour, une lueur secrète, un miroir de bronze noir réfléchissant le ciel, ce ;jardin d’eau, l’étang des nymphéas. C’était là le joyau du maître, sa passion, la nymphe dont il était épris. Pour agrandir cet étang. il avait dépensé sans compter, élargi son domaine, détourné quatre fois le cours de la rivière.

Deux jardiniers, (il y en avait six à demeure chez Claude Monet) passaient deux heures matin et soir à faire la toilette de cet étang, à ôter les mauvaises herbes, à enlever les feuilles mortes. Tous les jours, le maître descendait là et s’absorbait quelques heures dans une contemplation muette : surface liquide, immobile, où traînaient des ciels à la renverse, des reflets de nuages, de couchants et de crépuscules, miroir des phénomènes, image de l’abîme incertain de la vie, à la surface duquel s’épanouit quelques moments la fleur de songe, le divin rêve du lotus.

D’autres diront la vie de Claude Monet, ses oeuvres admirables, les premières toiles « impressionnistes » (on sait que c’est de Monet que le nom a pris naissance, à cause d’un tableau intitulé Impression soleil levant) ; on dira ces ouvrages, tant bafoués naguère et devenus illustres, la Robe japonaise, la Gare Saint-LazareVétheuilAntibes, la Côte NormandeBelle-lsle, et les étonnantes séries », les Meules, les Cathédrales, les Peupliers au bord de l’Epte, ces poèmes de l’atmosphère, où le grand peintre réussit à fixer l’impalpable, à faire le portrait de l’immatériel, à décomposer le monde solaire en analysant le rayon, et à découvrir cette nuance que chaque heure ajoute à la teinte des choses, cette nuance propre de la lumière que les vieux conteurs appellent la couleur du temps.

Je sais qu’en ces dernières années il était bien porté de médire de l’impressionnisme. Mais je ne veux parler que de l’homme : il était le dernier survivant d’un monde disparu. Né la même année que Rodin, il demeurait seul, après Renoir, après Degas, d’une génération héroïque, une des plus brillantes qu’il y ait eu en France depuis le temps des Boucher et des Fragonard. Par-dessus les faux classiques de l’école impériale, il tendait la main à la pure tradition de chez nous : c’était le même sang qui coulait dans ses veines, la race et le sourire de la France, avec un lyrisme de plus, je ne sais quoi d’inspiré qu’on ne connaissait plus depuis Delacroix et Watteau. Cette impression de continuité, on l’avait en l’écoutant parler : entendre ses récits de jeunesse, entendre parler un homme qui avait connu Courbet et vu peindre Delacroix, qui parlait de ces grands morts comme de maîtres toujours présents, donnait une sensation singulière de grandeur.

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Les Falaises à Etretat, par Claude Monet (1885)

 

Parvenu à l’âge du Titien, il continuait à peindre, toujours avec la même angoisse, le même tremblement, les mêmes accès de désespoir qu’éprouve un débutant qui ne sait rien de l’art. Dans ses dernières années, sa vue s’était trouvée menacée. Il avait subi deux fois l’opération de la cataracte. Il peignait cependant des paysages égarés, d’un aspect de plus en plus fiévreux, halluciné, dans des gammes impossibles, toutes rouges ou toutes bleues, mais d’une tenue magnifique ; on sentait toujours la griffe du lion.

Il était le dernier de sa génération. La gloire était venue, sans qu’il lui eût fait jamais une concession. Les mœurs nouvelles l’étonnaient. Le snobisme, le charlatanisme lui causaient une espèce de scandale et froissaient en lui je ne sais quelle intransigeance d’amour. Il n’aimait pas l’argent. « D’abord, la peinture se vend trop cher ! » s’écriait-il un jour, et il y avait dans sa voix du mépris et de la colère. Il lui semblait que la beauté vaut la peine qu’on souffre pour elle, et que c’était là sa dignité. Tout un hiver il avait vécu de pommes de terre, qu’il faisait pousser lui-même dans son jardin d’Argenteuil : c’est le souvenir dont il était le plus fier.

Dans ce monde moderne auquel il tournait le dos, il se trouvait désormais seul. De rares amis venaient le distraire dans sa retraite de Giverny ; le plus fidèle était M. Georges Clemenceau. On imagine sur le petit banc, au bord de l’étang des nymphéas, la méditation silencieuse des deux vieillards, et le ton dont le grand Vendéen pouvait dire au grand Normand : « Il n’y a plus que nous ! »

M. Clemenceau a fermé aujourd’hui les paupières de son ami. Il a fermé ces yeux qui auraient su voir dans la nature des merveilles nouvelles et arracher des voiles à ce vieil univers. Au bord de l’étang plein de songe, sa rêverie mélancolique se promena solitaire. Pleurez, ô nymphéas ! le maître n’est plus qui venait épier sur vos ondes, parmi les reflets du ciel et des eaux, la figure du rêve éternel de la vie.

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