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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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Le Divertissement de Blaise

Posté par francesca7 le 6 décembre 2014

.

Pascal4Quand je m’y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes, et les périls, et les peines où ils s’exposent dans la Cour, dans la guerre d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place; on n’achèterait une charge à l’armée si cher que parce qu’on trouverait insupportable de ne bouger de la ville et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne demeure chez soi avec plaisir. Etc.

Mais quand j’ai pensé de plus près et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs j’ai voulu en découvrir les raison(s), j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près.

Quelque condition qu’on se figure, si l’on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde et cependant, qu’on s’en imagine, accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s’il est sans divertissement et qu’on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu’il est – cette félicité languissante ne le soutiendra point – il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables, de sorte que, s’il est sans ce qu’on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets qui joue et qui se divertit.

(L’unique bien des hommes consiste donc à être divertis de penser à leur condition ou par une occupation qui les en détourne, ou par quelque passion agréable et nouvelle qui les occupe, ou par le jeu, la chasse, quelque spectacle attachant, et enfin par ce qu’on appelle divertissement.)

De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n’est pas qu’il y ait en effet du bonheur, ni qu’on s’imagine que la vraie béatitude soit d’avoir l’argent qu’on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu’on court; on n’en voudrait pas s’il était offert. Ce n’est pas cet usage mol et paisible et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition qu’on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c’est le tracas qui nous détourne d’y penser et nous divertit. Raison pourquoi on aime mieux la chasse que la prise.

De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement. De là vient que la prison est un supplice si horrible, de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible. Et c’est enfin le plus grand sujet de félicité de la condition des rois, de ce qu’on essaie sans cesse à les divertir et à leur procurer toutes sortes de plaisirs. Le roi est environné de gens qui ne pensent qu’à divertir le roi et à l’empêcher de penser à lui.

Car il est malheureux tout roi qu’il est s’il y pense.

Voilà tout ce que les hommes ont pu inventer pour se rendre heureux et ceux qui font sur cela les philosophes et qui croient que le monde est bien peu raisonnable de passer tout le jour à courir après un lièvre qu’ils ne voudraient pas avoir acheté, ne connaissent guère notre nature. Ce lièvre ne nous garantirait pas de la vue de la mort et des misères qui nous en détournent, mais la chasse nous en garantit. Et ainsi le conseil qu’on donnait à Pyrrhus de prendre le repos qu’il allait chercher par tant de fatigues, recevait bien des difficultés.

(Dire à un homme qu’il soit en repos, c’est lui dire qu’il vive heureux. C’est lui conseiller A. – A. d’avoir une condition toute heureuse et laquelle il puisse considérer à loisir, sans y trouver sujet d’affliction.

(- Ce n’est donc pas entendre la nature.)

Aussi les hommes qui sentent naturellement leur condition n’évitent rien tant que le repos; il n’y a rien qu’ils ne fassent pour chercher le trouble.

Ainsi on se prend mal pour les blâmer; leur faute n’est pas en ce qu’ils cherchent le tumulte. S’ils ne le cherchaient que comme un divertissement, mais le mal est qu’ils le recherchent comme si la possession des choses qu’ils recherchent les devait rendre véritablement heureux, et c’est en quoi on a raison d’accuser leur recherche de vanité de sorte qu’en tout cela et ceux qui blâment et ceux qui sont blâmés n’entendent la véritable nature de l’homme.) Et ainsi quand on leur reproche que ce qu’ils recherchent avec tant d’ardeur ne saurait les satisfaire, s’ils répondaient comme ils devraient le faire, s’ils y pensaient bien, qu’ils ne recherchent en cela qu’une occupation violente et impétueuse qui les détourne de penser à soi et que c’est pour cela qu’ils se proposent un objet attirant qui les charme et les attire avec ardeur ils laisseraient leurs adversaires sans répartie… – La vanité, le plaisir de la montrer aux autres. – La danse, il faut bien penser où l’on mettra ses pieds – mais ils ne répondent pas cela parce qu’ils ne se connaissent pas eux-mêmes. Ils ne savent pas que ce n’est que la chasse et non la prise qu’ils recherchent. – Le gentilhomme croit sincèrement que la chasse est un plaisir grand et un plaisir royal, mais son piqueur n’est pas de ce sentiment-là. – Ils s’imaginent que s’ils avaient obtenu cette charge, ils se reposeraient ensuite avec plaisir et ne sentent pas la nature insatiable de la cupidité. Ils croient chercher sincèrement le repos et ne cherchent en effet que l’agitation.

Ils ont un instinct secret qui les porte à chercher le divertissement et l’occupation au-dehors, qui vient du ressentiment de leurs misères continuelles. Et ils ont un autre instinct secret qui reste de la grandeur de notre première nature, qui leur fait connaître que le bonheur n’est en -effet que dans le repos et non pas dans le tumulte. Et de ces deux instincts contraires il se forme en eux un projet confus qui se cache à leur vue dans le fond de leur âme qui les porte à tendre au repos par l’agitation et à se figurer toujours que la satisfaction qu’ils n’ont point leur arrivera si en surmontant quelques difficultés qu’ils envisagent ils peuvent s’ouvrir par là la porte au repos.

Ainsi s’écoule toute la vie; on cherche le repos en combattant quelques obstacles et si on les a surmontés le repos devient insupportable par l’ennui qu’il engendre. Il en faut sortir et mendier le tumulte.

Car ou l’on pense aux misères qu’on a ou à celles qui nous menacent. Et quand on se verrait même assez à l’abri de toutes parts l’ennui de son autorité privée ne laisserait pas de sortir du fond du coeur où il a des racines naturelles, et de remplir l’esprit de son venin. B.

B. Ainsi l’homme est si malheureux qu’il s’ennuierait même sans aucune cause d’ennui par l’état propre de sa complexion. Et il est si vain, qu’étant plein de mille causes essentielles d’ennui, la moindre chose comme un billard et une balle qu’il pousse, suffisent pour le divertir.

C. Mais direz-vous quel objet a(-t-)il en tout cela? celui de se vanter demain entre ses amis de ce qu’il a mieux joué qu’un autre. Ainsi les autres suent dans leur cabinet pour montrer aux savants qu’ils ont résolu une question d’algèbre qu’on n’aurait pu trouver jusqu’ici, et tant d’autres s’exposent aux derniers périls pour se vanter ensuite d’une place qu’ils auront prise aussi sottement à mon gré. Et enfin les autres se tuent pour remarquer toutes ces choses, non pas pour en devenir plus sages, mais seulement pour montrer qu’ils les savent, et ceux-là sont les plus sots de la bande puisqu’ils le sont avec connaissance, au lieu qu’on peut penser des autres qu’ils ne le seraient plus s’ils avaient cette connaissance.

Tel homme passe sa vie sans ennui en jouant tous les jours peu de chose. Donnez-lui tous les matins l’argent qu’il peut gagner chaque jour, à la charge qu’il ne joue point, vous le rendez malheureux. On dira peut-être que c’est qu’il recherche l’amusement du jeu et non pas le gain. Faites-le donc jouer pour rien, il ne s’y échauffera pas et s’y ennuiera. Ce n’est donc pas l’amusement seul qu’il recherche. Un amusement languissant et sans passion l’ennuiera. Il faut qu’il s’y échauffe, et qu’il se pipe lui-même en s’imaginant qu’il serait heureux de gagner ce qu’il ne voudrait pas qu’on lui donnât à condition de ne point jouer, afin qu’il se forme un sujet de passion et qu’il excite sur cela son désir, sa colère, sa crainte pour cet objet qu’il s’est formé comme les enfants qui s’effraient du visage qu’ils ont barbouillé.

D’où vient que cet homme qui a perdu depuis peu de mois son fils unique et qui accablé de procès et de querelles était ce matin si troublé, n’y pense plus maintenant. Ne vous en étonnez pas, il est tout occupé à voir par où passera ce sanglier que ses chiens poursuivent avec tant d’ardeur depuis six heures. Il n’en faut pas davantage. L’homme, quelque plein de tristesse qu’il soit, si on peut gagner sur lui de le faire entrer en quelque divertissement le voilà heureux pendant ce temps-là, et l’homme quelqu’heureux qu’il soit s’il n’est diverti et occupé par quelque passion ou quelque amusement, qui empêche l’ennui de se répandre, sera bientôt chagrin et malheureux. Sans divertissement il n’y a point de joie; avec le divertissement il n’y a point de tristesse. Et c’est aussi ce qui forme le bonheur des personnes., D.

D. de grande condition qu’ils ont un nombre de personnes qui les divertissent et qu’ils ont le pouvoir de se maintenir en cet état.

Prenez-y garde, qu’est-ce autre chose d’être surintendant, chancelier, premier président sinon d’être en une condition où l’on a le matin un grand nombre de gens qui viennent de tous côtés pour ne leur laisser pas une heure en la journée où ils puissent penser à eux-mêmes, et quand ils sont dans la disgrâce, et qu’on les renvoie à leurs maisons des champs où ils ne manquent ni de biens ni de domestiques pour les assister dans leur besoin, ils ne laissent pas d’être misérables et abandonnés parce que personne ne les empêche de songer à eux.

La mort est plus aisée à supporter sans y penser que la pensée de mort sans péril.

extrait des Pensées de Blaise Pascal  sur la religion et sur quelques autres sujets

Publié dans FONDATEURS - PATRIMOINE, LITTERATURE FRANCAISE | Pas de Commentaire »

Coq dans la culture

Posté par francesca7 le 7 novembre 2014

 

images (6)Le coq, animal familier qui sait se faire entendre, a trouvé une place importante dans de nombreuses religions et traditions. Symbole universel, les vertus qu’on prête à ces animaux, qualifiés de solaire, sont en effet innombrables. Porte-bonheur, prophète guérisseur, le coq incarne souvent le courage, l’intelligence, et on l’associe volontiers à la résurrection.

On attribue au coq de nombreuses qualités en rapport avec ses caractéristiques physiques ou son comportement.

Un symbole de virilité

Sa démarche, le buste en avant, le fait passer pour fier. Parce qu’il a pour lui seul de nombreuses poules, on en a fait un symbole de virilité : il est d’usage de dire d’un homme qui cherche à séduire les femmes qu’il fait le coq.

Un symbole de bravoure : les combats de coq

Parce qu’il porte à ses pattes de dangereux ergots et qu’il ne rechigne pas à se battre dans des combats à mort, on a fait du coq un symbole de bravoure. Dans l’Antiquité grecque, le coq représentait le courage militaire. Les Romaines sacrifiaient un coq à Mars, le dieu de la guerre, chaque premier jour du mois qui porte son nom. La plume de coq noir était, en Chine, l’emblème du guerrier courageux et intrépide.

Un symbole identitaire

•             le coq gaulois : symbole national de la France.

•             le coq de Barcelos : symbole de la ville de Barcelos et, par extension, emblème touristique du Portugal.

•             le coq hardi (patte droite levée et bec clos) : emblème de la région wallonne et de la communauté française de Belgique. Ces couleurs rouge sur fond jaune prennent leur origine de la ville de Liège. Il est également utilisé par le mouvement wallon.

Mythologie grecque

Un symbole religieux en tant qu’animal solaire : Le coq est universellement un symbole solaire parce que son chant annonce le lever du soleil, l’arrivée du jour si bien qu’on a pu croire que c’était lui qui le faisait naître. Cette tradition est explicite dans le Chantecler de Edmond Rostand.

On le croyait aussi capable d’écarter les fantômes au lever du soleil. En effet, le poète Serge Venturini a écrit le « Coq coloré du transvisible », bête solaire surgie des « nuits glaciales de l’enfance. Un joyeux clairon ».

220px-Katedrala_sv_Vit_cock_Praha_3926Symbolique chrétienne

Pour les chrétiens, le coq est l’emblème du Christ (« oiseau de lumière » que l’on retrouve dans la forme donnée aux lampes des potiers chrétiens de Grèce et de Rome2 et oiseau de résurrection3) et symbole de l’intelligence venue de Dieu. On lui prête le pouvoir de chasser les démons.

Au Moyen Âge, le coq symbolise le prédicateur qui doit réveiller ceux qui sont endormis.

Le coq est aussi le symbole du reniement de saint Pierre (il est un attribut récurrent du saint) qui, selon l’Évangile, aurait renié Jésus trois fois avant que le coq chante deux fois. Par la suite, chaque chant du coq rappelle au saint sa trahison3. Le coq, témoin de la trahison de Pierre, serait placé sur les clochers pour rappeler aux hommes leur faiblesse4. Comme le Christ, il annonce l’arrivée du jour après la nuit, c’est-à-dire, symboliquement, celle du bien après le mal. Le coq-girouette du clocher, toujours face au vent, symboliserait ainsi le Christ rédempteur qui protège le chrétien des péchés et dangers. Toujours est-il que la tradition du coq de clocher est attestée au IXe siècle, puisque le plus ancien coq de clocher connu, qui se trouve à Brescia, en Italie, date de 820, et qu’une bulle pontificale du Xe siècle aurait imposé le coq sur les clochers en souvenir de saint Pierre.

Il est comparé au muezzin, le religieux chargé d’appeler aux cinq prières quotidiennes de l’islam : comme lui, il réveille les croyants et les invite à la prière. Le muezzin remplit son devoir depuis une tour de la mosquée appelée minaret.

Un animal sacrifié dans les rites païens

Symbole solaire adoré par de nombreuses civilisations, le coq est aussi l’objet de rituels sanglants.

Rituels protecteurs

Les sacrifices d’animaux, en particulier de volailles, sont fort nombreux dans l’histoire de l’humanité. Ils ont pour but de s’attirer la faveur des dieux. Les Romains sacrifiaient des coqs aux dieux pour obtenir la protection de leur maison. Au XVIIe siècle, les marins de l’île de Ceylan, au sud de l’Inde, offraient des coqs au roi des vents pour s’assurer une navigation sans encombre. En Algérie, avaient lieu des sacrifices rituels de milliers coqs, le mercredi, dans le lieu-dit des Sept-Sources ou Sept-Fontaines, Seba-Aïoun, aux sept Djinns 

Symbole de vie dans les rites vaudou

Au Bénin où l’on pratique un culte appelé Vodoun, le coq est un symbole de vie. Selon la tradition, pour faire revenir à la vie quelqu’un qui est mort violemment, il convient de faire tournoyer un coq vivant par les pattes au-dessus de la dépouille. L’animal est ensuite sacrifié, et son foie est mangé cru. Ces rites ont traversé l’Atlantique avec les esclaves africains et survivent, en Haïti notamment, sous le nom de Vaudou.

Messager des dieux

En Guinée-Bissau, au sud du Sénégal, le peuple des Bijogos se sert de poulets pour savoir si les étrangers sont les bienvenus. Leur roi ne peut décider seul d’accueillir un visiteur : il doit demander à l’esprit protecteur du village sa bienveillance. Pour cela, il saisit un poulet et lui tranche le cou d’un geste sûr. Quand le poulet s’immobilise, le roi verse les dernières gouttes de son sang sur une statuette représentant l’esprit protecteur. Une prêtresse l’aide à interpréter la réaction de l’esprit.

Un animal fabuleux et de légende

Le coq a donné naissance à des chimères, monstres à l’aspect composite.

Le basilic est un animal fabuleux qui a l’apparence d’un coq à queue de dragon ou d’un serpent aux ailes de coq. Pour le voir naître, il faut qu’un coq âgé de sept ans ponde un œuf, le dépose dans du fumier et le fasse couver par un crapaud ou une grenouille. La bête qui en sort, mi-coq, mi-reptile est redoutable : son regard ou son souffle suffit à tuer quiconque l’approche.

Un cocatrix est un animal fabuleux qui possèderait une tête de coq, des ailes de chauve-souris et un corps de serpent.

L’hippalectryon est un animal fabuleux de l’antiquité grecque, qui possède l’avant d’un cheval et l’arrière d’un coq.

Chantecler est un coq dans le Roman de Renart.

Vidofnir est, dans la mythologie nordique, un coq perché au sommet de l’arbre Yggdrasil.

La légende de St Tropez, en France

Caïus Silvius Torpetius, né à Pise, grand officier de la cour de Néron, fut séduit par les idéaux pacifistes. Converti par Saint Paul en l’an 68, il engendra la colère de l’empereur par son refus d’abjurer sa foi chrétienne. Il fut torturé, martyrisé et décapité à Pise et son corps jeté dans une barque sur l’Arno en compagnie d’un coq et d’un chien censés se nourrir du cadavre. Le courant Ligure ramena la barque jusqu’au rivage de l’actuel Saint-Tropez, autrefois appelé Héraclès. Les moines de l’Abbaye de Saint-Victor de Marseille, propriétaires au XIe siècle de la presqu’île, et de toutes les terres adjacentes, trouvèrent la barque, cachèrent le corps du saint martyr et élevèrent une chapelle qu’ils baptisèrent « Ecclesia Sancti Torpetis ». Torpes devint finalement Tropez. On raconte que le coq s’arrêta dans un champ de lin à quelques kilomètres de là. Le coq au lin donna le village Cogolin. Et le chien : Grimaud (chien en vieux français). La tête de Torpetius est encore conservée et vénérée à Pise.

80px-Blason_ville_fr_Gaillac-Toulza_(Haute-Garonne).svgLE COQ – Un symbole héraldique

Le coq est un meuble d’armoiries que l’on rencontre fréquemment.

Représentations : On dit du Coq, armé de ses griffes, barbé de sa barbe, becqué de son bec, crêté de sa crête, membré de ses jambes, lorsqu’ils sont d’un autre émail que son corps. On nomme aussi Coq chantant, celui qui a le bec ouvert et semble chanter ; hardi, celui qui a la patte dextre levée.

Le coq est représenté de profil, la tête levée, la queue retroussée, dont les plumes retombent en portions spirales et circulaires.

Un dragon à tête de coq est appelé basilic. Les ailes du basilic sont préférentiellement formées de plumes, et non membraneuses comme celles du dragon.

D’argent au basilic de sable, couronné, becqué et armé d’or, lampassé, ailé et dardé de gueules, qui est de Kazan.

 D’argent au coq hardi au naturel, soutenu de la date 1693 de sable, au chef d’azur semé de fleurs de lys d’or. Un coq :

•             crêté d’or symboliserait la garde et la vigilance.

•             sur une branche d’amandier ou de mûrier, symboliserait la diligence.

•             d’or sur champ d’azur symboliserait l’empressement à jouir de la faveur du prince.

•             échiqueté, sur une terrasse de pourpre, symboliserait la générosité après la bataille.

Des coqs symboliseraient la bravoure et la hardiesse. Des coqs combattants symboliseraient une guerre obstinée.

 

 

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Lorsque l’éclipse de lune faisait peur

Posté par francesca7 le 30 octobre 2014

 

  

Le matin du 21 décembre 2010 connut une éclipse totale de lune, l’astre des légendes les plus singulières se trouvant alors plongé dans l’ombre de la terre. Jadis inexpliqué, plus tard savamment mis à profit, ce phénomène inspira longtemps quelque terreur, voire « pétrifia » les hommes…

Dans son Uranographie, Francoeur explique que l’histoire est pleine des exemples de l’effroi causé par les éclipses, et des dangers que produisent l’ignorance et la superstition. Nicias avait résolu de quitter la Sicile avec son armée ; effrayé par une éclipse de lune et voulant temporiser plusieurs jours, pour s’assurer si l’astre n’avait rien perdu après cet événement, il manqua ainsi l’occasion de la retraite ; son armée fut détruite, Nicias périt, et ce malheur commença la ruine d’Athènes.

 téléchargement

Disque illustrant l’éclipse totale
de lune du 6 octobre 1530
(Extrait de « Astronomicum caesareum », 1540)

 

Souvent on a vu des hommes adroits tirer parti de la frayeur du peuple pour l’amener à remplir leurs desseins. Et Fracoeur d’ajouter que Christophe Colomb, réduit à faire subsister ses soldats des dons volontaires d’une nation sauvage et indigente, était prêt à voir tarir cette ressource et à périr de faim ; il annonce qu’il va priver le monde de la lumière de la lune. L’éclipse commence, et la terreur s’empare des Indiens, qui reviennent apporter aux pieds de Colomb les tributs accoutumés.

Drusus apaisa une sédition dans son armée en prédisant une éclipse de lune. Pline rapporte que Sulpicius Gallus, au IIe siècle av. J.-C., fut le premier romain qui expliqua au vulgaire la raison des éclipses de soleil et de lune. Il fut consul avec Marcus Marcellus en 166 av. J.-C. ; mais il n’était que tribun militaire lorsque la veille de la victoire que Paul Emile remporta sur Persée, son général le fit paraître devant l’armée assemblée, pour lui annoncer l’éclipse qui venait d’arriver, et la délivrer de l’alarme qu’elle aurait pu en concevoir. Il composa bientôt après un volume sur ce sujet.

images (3)Parmi les Grecs, Thalès de Milet dirigea le premier ses recherches sur ce phénomène, et la quatrième année de la 48e olympiade, il prédit l’éclipse de soleil qui eut lieu sous le règne d’Alyatte, le 28 juin 585 av. J.-C. Après eux, Hipparque dressa des tables du cours de ces deux astres pour six cents ans : mois, heures, jours, situations respectives des lieux, aspects du ciel selon les diverses nations, tout y est compris, tout a été vérifié par le temps ; on croirait l’astronome admis au conseil de la nature. « Génies vastes et plus qu’humains, d’avoir ainsi surpris la loi de ces deux grandes divinités, et affranchi d’effroi la malheureuse espèce humaine, qui tremblait en voyant dans chaque éclipse l’annonce de quelque grand crime, ou craignait la mort des astres, ou qui attribuait à des enchantements celles de la lune, et venait à son secours en faisant un bruit discordant », écrit Pline. Périclès, Agatocles, roi de Syracuse, Dion, roi de Sicile, ont failli être victimes de l’ignorance de leurs soldats. Alexandre, près d’Arbelles, est réduit à user de toute son adresse pour calmer la terreur qu’une éclipse avait jetée parmi ses troupes.

Combien de fables établies d’après l’opinion que les éclipses sont l’effet du courroux céleste, qui se venge des iniquités de l’homme en le privant de la lumière ! Tantôt Diane va trouver Endymion dans les montagnes de Carie ; tantôt les magiciennes de Thessalie font descendre la lune sur les herbes qu’elles destinent aux enchantements. Ici c’est un dragon qui dévore l’astre et qu’on cherche à épouvanter par des cris ; là Dieu tient le soleil enfermé dans un tuyau, et nous ôte, ou nous rend la vue de cet astre à l’aide d’un volet, etc. Le progrès des sciences a fait reconnaître le ridicule de ces opinions et de ces craintes, depuis qu’on a vu qu’il était possible de calculer par les Tables astronomiques, et de prévoir longtemps d’avance, l’instant où la colère du ciel devait éclater. Cependant naguère encore, l’épouvante a causé le revers des armées de Louis XIV près de Barcelone, lors de l’éclipse totale de 1706.

 

(D’après « Histoire naturelle de Pline », et « Uranographie
ou Traité élémentaire d’astronomie » 3e édition, paru en 1821)

 

Publié dans AUX SIECLES DERNIERS, FONDATEURS - PATRIMOINE | Pas de Commentaire »

A la mort de Vauban

Posté par francesca7 le 25 août 2014

DERNIERS JOURS ET MORT DE VAUBAN.

 

téléchargement (16)Ce fut en 1707, que Vauban publia et présenta au Roi le livre de la Dîme royale. Le grand homme était déjà vu, par la cour et l’entourage du monarque, d’un œil jaloux et défiant. Il passait presque pour un réformateur dangereux. Il avait à plusieurs reprises émis certaines idées de réforme qui avaient vivement déplu. Il avait demandé la conscription par le tirage au sort, l’uniformité des poids et mesures, la rédaction et réunion en un seul livre des différentes coutumes, pour en faire la loi commune à tous ; ce n’était ni plus ni moins, comme on le voit, que le résumé de tous les grands progrès qu’a réalisés la Révolution de 89.

Le ministre Louvois avait voulu le détourner de cette voie, qu’il considérait comme funeste et dangereuse pour « l’ordre moral » du temps; et dans un moment d’irritation, il avait osé écrire à celui qui portait le nom de Vauban, une étrange lettre dont voici un passage :

« … Quant au mémoire que je vous renvoie, lui écrivait le ministre de la guerre, afin que vous puissiez le supprimer aussi bien que la minute, que vous en avez faite, je vous dirai que si vous n’étiez pas plus habile en fortification que le contenu en votre mémoire donne lieu de croire que vous l’êtes sur les matières dont il traite, vous ne seriez pas digne de servir le roi de Narsingue, qui, de son vivant, eut un ingénieur qui ne savait ni lire, ni écrire, ni dessiner. S’il m’était permis d’écrire, sur une pareille matière, je vous ferais honte d’avoir pensé ce que vous avez mis par écrit; et comme je ne vous ai jamais vu vous tromper aussi lourdement qu’il parait que vous l’avez fait par ce mémoire, j’ai jugé que l’air de Bazoches vous avait bouché l’esprit, et qu’il était à propos de ne vous y guère laisser demeurer. »

On pouvait prévoir, dès lors, l’accueil qui attendait le livre de la Dîme royale. Il fut accueilli, en haut lieu, par un immense cri de colère et d’indignation. Contrôleurs généraux, intendants de province, officiers de finances, leurs commis, leurs secrétaires, leurs protégés, enfin toute cette armée de déprédateurs dont le nombre, suivant l’expression du vieux maréchal a « était suffisant pour remplir les galères du roi,» tout cela se voyait dévoilé et ruiné par l’apparition de ce livre vengeur.

« Ce ne fut pas merveille, ajoute Saint-Simon, si le roi investi, prévenu par les nombreux intéressés reçut très mal le maréchal lorsqu’il lui présenta son livre. Dès ce moment ses services, sa capacité militaire, unique en son genre, ses vertus disparurent aux yeux de Louis. Il ne vit plus en lui qu’un insensé pour l’amour du bien public, un criminel qui attentait à l’autorité de ses ministres, et par conséquent à la sienne. »

Par ordonnance du 14 février 1707, le livre de la Dîme royale fut saisi, confisqué et condamné au pilori, et à être brûlé de la main du bourreau.

téléchargement (17)Le malheureux maréchal, dit Saint-Simon, porté dans tous les cœurs français, ne put survivre aux bonnes grâces de son maître, pour qui il avait tout fait, et mourut, peu de mois après, ne voyant personne, consumé de douleur et d’une affliction que rien ne put adoucir, et à laquelle le roi fut insensible jusqu’à ne pas faire semblant s’apercevoir qu’il eût perdu un serviteur si utile et si illustre. Il n’en fut pas moins, célébré par toute l’Europe et par les ennemis mêmes, ni moins regretté en France de tout ce qui n’était pas financier ou suppôt de financier.

Telle fut la fin triste et cruelle du grand Vauban, de celui qui  personnifie, nous, pouvons le dire, la gloire la plus pure de notre histoire nationale. Victime de l’ingratitude, de la vanité et de la sottise de Louis XIV, il est mort, comme dit Saint-Simon « porté dans le cœur du peuple » qui ne séparera jamais de l’admiration qu’il a conservée pour le grand homme, la reconnaissance qu’il porte à celui qui fut le premier et restera, l’un des plus ardents défenseurs de ses droits et de ses libertés.

 

SOURCE : texte signé : EM. G.   Almanach Historique et Statistique de l’Yonne- édition de l’année 1874- 

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VAUBAN et la dîme royale

Posté par francesca7 le 25 août 2014


- VAUBAN, ÉCONOMISTE. -

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Avant de parler des ouvrages si étonnants et si considérables, qui ont valu à Vauban d’être, nommé le précurseur des idées modernes, le premier des économistes français et le plus honnête homme du royaume, il est bon de donner en quelques mots, et par de simples et courtes citations, une idée de ce qu’était la France sous le règne si vanté de celui qu’on a appelé le grand roi.

Voici une ordonnance, en date du 24 mai, qui suffit à établir comment le souverain tout puissant entendait l’exercice de la liberté de la pensée et de la liberté religieuse.

« Louis, etc …..

« Ordonnons, voulons et nous plait que, si aucun de nos sujets de l’un ou de l’autre sexe qui auront fait abjuration, et qui, venant à tomber malades, refuseront de recevoir les sacrements de l’Eglise, leur procès leur sera fait et parfait, et, en cas qu’ils recouvrent la santé, les hommes condamnés aux galères avec confiscation de biens, et les femmes et filles à l’amende honorable avec confiscation, et à être enfermées. Et en cas qu’ils en décèdent, que le procès sera fait aux cadavres et leurs biens confisqués.

« Car tel est notre plaisir.      « LOUIS. »

Il n’y a pas, croyons-nous, de commentaires à ajouter. Passons à un autre ordre d’idées, et voyons dans quel état vivait, ou plutôt mourait tous les jours, le peuple qui avait le bonheur d’être gouverné par le grand roi.

Voici d’abord ce que Vauban lui-même écrivait en l’an de grâce 1698 :

« La vie errante que je mène depuis quarante ans et plus m’ayant donné occasion de voir plusieurs fois et plusieurs façons la plus grande partie des provinces de ce royaume…. j’ai souvent eu occasion de donner carrière à mes réflexions et de remarquer le bon et le mauvais des pays…

… Il est certain que le mal est poussé à l’excès, et que, si on n’y remédie, le peuple tombera dans une extrémité dont il ne se relèvera jamais, les grands chemins de la campagne et les rues des villes et des bourgs étant pleines de mendiants que la faim et la nudité chassent de chez eux.

« Par toutes les recherches que j’ai pu faire depuis plusieurs années que je m’y applique, j’ai fort bien remarqué que, dans ces derniers temps, près de la dixième partie du peuple est réduite à la mendicité, et mendie effectivement ; que, des neuf autres parties, Il y en a cinq qui ne sont pas en état de faire l’aumône à celle-là parce qu’eux-mêmes sont réduits, à très peu de chose près, à cette malheureuse condition; que des quatre autres parties qui restent, les trois autres sont fort malaisées et embarrassées de dettes et de procès ; et que, dans la dixième, où je mets tous les gens d’épée, de robes, ecclésiastiques et laïques, toute la noblesse haute, la noblesse distinguée et les gens en charge militaire et civile, les bons marchands, les bourgeois rentés et les plus accommodés, on ne peut pas compter sur cent mille familles et je ne croirais pas mentir quand je dirais qu’il n’y en a pas dix mille, petites ou grandes, qu’on puisse dire fort à leur aise; et qui en ôterait les gens d’affaires, leurs alliés et adhérents couverts et découverts et ceux que le roi soutient par ses bienfaits, quelques marchands, etc…., je m’assure que le reste serait en petit nombre. »

Est-ce à dire que par la sensibilité de son âme, et à cause de celle amour insensée qu’il ressentait pour le peuple, et que lui reprocha si brutalement l’amant des Montespan et des Maintenon, est-ce à dire que Vauban s’exagérait les malheurs et la misère du peuple ? Pour ceux qui le penseraient nous prenons dans une pièce officielle, judiciaire du temps, un arrêt du conseil du roi, rendu contre le fermier général Temple, en l’année  1700, les ligues suivantes :

« …Il y a beaucoup de gens en Bourgogne qui ne consomment aucuns sels… La pauvreté où ils sont de n’avoir pas de quoi acheter non pas du blé ni de l’orge, mais de l’avoine pour vivre, les oblige à se nourrir d’herbe et même de périr de faim… »

Et ce passage d’un sermon de Massillon prononcé devant cette Cour, dans le cœur de laquelle la dépravation, l’amour du luxe et des plaisirs ne laissait, aucune place aux sentiments de compassion et d’humanité, devant cette Cour qui restait froide et inattentive en entendant les paroles qu’on va lire, et qui ne comprenait pas qu’elles s’élevaient non comme un cri de pitié, mais comme un cri de justice et de vengeance.

« Les villes et les campagnes sont frappées de calamités. Les hommes créés à l’image de Dieu, et rachetés de son sang broutent l’herbe comme des animaux, et dans leur nécessité extrême vont chercher, à travers les champs, une nourriture que la terre n’a pas faite pour l’homme, et qui devient pour eux une nourriture de mort. »

On en était venu, dit M. Etienne Flandin, dans le travail si remarquable et si complet, qu’il a publié sur Vauban, et que nous avons plus d’une fois consulté pour cette notice, on en était venu, en effet, dans les provinces, à faire du pain avec des fougères triturées, et réduites en pâte. Bientôt l’on traita de même l’asphodèle, la racine d’arum, le chiendent, le chou-navet, Les pauvres gens du plat pays se mirent à ronger l’écorce des arbres.

Les grandes routes n’étaient couvertes que de mendiants. Plus d’une fois on se vit dans la triste nécessité de les repousser à coups de fusil. Et pourtant suivant la parole de Louis XIV à Madame de Maintenon : « un roi fait l’aumône en dépensant beaucoup. »

Rappelons  enfin ces lignes de La Bruyère qui a défini ainsi le paysan français, tel qu’on le rencontrait à la fin du XVIIè siècle, toujours sous la grande monarchie :

« On voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés par le soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent avec une opiniâtreté invincible; ils ont comme une voix articulée, et, quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine ; et en effet, ils sont des hommes ; ils se retirent la nuit dans des tanières où ils vivent de pain noir, d’eau et de racines ; ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu’ils ont semé. »

Tel était le lamentable état de choses, auquel Vauban voulut porter remède, par l’établissement d’un impôt unique, destiné à remplacer tous les autres. Voyons, en quelques mots en quoi consistait, et comment se percevait l’impôt, à l’époque où paru le livre de la Dîme royale.

Le premier et le plus ancien des impôts était celui de la taille. Suivant les provinces, la taille était réelle ou personnelle. Dans le premier cas, elle se basait sur l’estimation des terrains ; dans le second, elle portait sur tous les biens de la personne; de toute façon, elle était absolument arbitraire, essentiellement variable. « La taille, dit Vauban, est devenue arbitraire, corruptible, et en toute manière accablante à un point qui ne se peut exprimer. La taille réelle est moins sujette à corruption, il faut l’avouer, mais elle n’en est pas exempte, soit par le défaut des arpenteurs, ou par celui des estimateurs qui peuvent être corrompus, intéressés ou ignorants. »

Le recouvrement de cet impôt se faisait de la façon la plus odieuse. Le collecteur était suivi de garnisaires et d’huissiers dont le pays était inondé, et qui dépouillaient impitoyablement les pauvres gens.

On ne respectait rien dans ces misérables intérieurs; ni le linge, ni le lit, ni dans le pauvre mobilier, les objets les plus nécessaires à l’existence et aux besoins de tous les jours. « Il est même assez ordinaire, nous dit Vauban, de pousser les exécutions jusqu’à dépendre les portes des maisons, après avoir vendu ce qui était dedans; et on a vu démolir des maisons pour en tirer les poutres, les solives et les planches, qui ont été vendues cinq ou six fois moins qu’elles ne valaient en déduction de la taille. »

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La taille, bien entendu, ne frappait que les biens de roture et les roturiers.            

Voilà pourtant ce qui se passait dans  ces temps à jamais maudits, dans ce siècle qu’on a surnommé le grand siècle, sous le règne tant célébré de ce monarque qu’on a presque déifié, du fameux et trois fois illustre Roi-Soleil !

Le second des impôts était celui des aides. Il frappait les denrées, le vin, la bière, les liqueurs. Il était perçu par toute une armée de recors et d’employés, qui jour et nuit, vexaient et traquaient le menu peuple. « On est forcé, dit Vauban, de leur ouvrir la porte autant de fois qu’ils le souhaitent, et si un malheureux, pour la subsistance de sa famille, d’un muid de cidre ou de poiré en fait trois, en y ajoutant les deux tiers d’eau, comme il se pratique très souvent, il est en risque non seulement de tout perdre, mais encore de payer une grosse amende, et il est bien heureux quand il en est quitte pour payer l’eau qu’il boit. »

 Venait le troisième impôt, celui de la gabelle, ou impôt sur le sel, dont les ordonnances royales rendaient la consommation obligatoire. Chaque personne, âgée de sept ans, était tenue d’acheter, chaque année, sept livres de sel au grenier du roi, pour le seul usage du pot et salière. C’était ce qu’on appelait du nom comique, s’il n’était odieux, de sel du devoir. Il ne pouvait servir aux grosses salaisons, qui nécessitaient de nouvelles acquisitions.

Il y avait encore un quatrième impôt, celui des douanes intérieures qui frappait les produits et marchandises, d’une façon tellement exagérée et vexatoire, qu’on avait, pour ainsi dire, renoncé à les faire circuler.

« On a trouvé, dit Vauban, tant d’inventions pour surprendre les gens et pouvoir confisquer les marchandises, que le propriétaire et le paysan aiment mieux laisser périr leurs denrées chez eux que de les transporter avec tant de risques et si peu de profit. De sorte qu’il y a des denrées qui sont à très grand marché sur le lieu, et qui se vendraient chèrement et se débiteraient très bien à dix, vingt et trente lieues de là, où elles sont nécessaires, qu’on laisse perdre parce qu’on n’ose se hasarder de les transporter. »

C’est en présence de cet état de choses que se trouvait Vauban, vers la fin dit XVIIIè siècle, lorsque déjà vieux, après quarante années de combats et de gloire, couvert de blessures, il voulut consacrer les derniers jours d’une vie déjà si belle et si illustre à la défense des opprimés, de ceux qui souffrent, des pauvres gens; et rarement leur cause fut défendue avec autant de hardiesse et de chaleur d’âme.

La Dîme royale supprime d’ un seul coup taille, aides, douanes, gabelle, etc., etc… « tous ces impôts que le système féodal avait accumulé sur les populations rurales en faveur des nobles et des prêtres oisifs. »

Elle fait disparaître en même temps le privilège injuste et barbare qui permettait aux classes dites supérieures de ne pas contribuer aux charges de l’Etat.

Vauban demande que toutes les personnes qui habitent le Royaume supportent les charges publiques, en proportion de leurs revenus, sans distinction de classes. Il réclame l’égalité de tous les Français devant l’impôt, en proposant de créer une Dîme royale.

L’impôt unique proposé par Vauban repose sur une double base:

1.         La propriété foncière et immobilière. On lève un dixième, quinzième ou vingtième des revenus, suivant les lieux et les circonstances ;

2.         On prélève une certaine somme sur les revenus du commerce et de l’industrie.

Puis, viennent quelques impôts complémentaires, tels que ceux que Vauban propose d’établir sur les titres de noblesse, sur la dorure des habits, sur les pierreries, sur les objets de luxe, etc., etc…

La conclusion est que l’adoption du système proposé diminuerait de plus de moitié les charges qui pesaient sur le peuple, et que les revenus de l’État se trouveraient considérablement augmentés.

Ce simple aperçu peut donner une idée du progrès immense que Vauban tenta de faire accomplir à une société, dont les classes dirigeantes d’alors ne purent ou ne voulurent pas le comprendre.

Chaque ligne de son livre admirable porte l’empreinte d’un amour profond de la vérité, de la justice, de l’humanité. Et en terminant cet aperçu trop incomplet, mais que nous ne saurions développer sans sortir de notre cadre, nous ne pouvons résister au désir de citer ces lignes si belles et si touchantes que Vauban a écrites en tête de son livre :

« Je me sens encore obligé d’honneur et de conscience de représenter à Sa Majesté qu’il m’a paru que de tout temps on n’avait pas eu assez d’égard en France pour le menu peuple, et qu’on en avait fait trop peu de cas; aussi c’est la partie la plus ruinée et la plus misérable du royaume; c’est elle, cependant, qui est la plus considérable par son nombre et par les services réels et effectifs qu’elle lui rend car c’est elle qui porte toutes les charges, qui a toujours le plus souffert, et qui souffre encore le plus; et c’est sur elle aussi que tombe toute la diminution des hommes qui arrive dans le royaume. Voici ce que l’application que je me suis donnée pour apprendre jusqu’où cela pourrait aller, m’en a découvert.

C’est la partie basse du peuple qui, par son travail et son commerce, et par ce qu’elle paye au roi l’enrichit et tout son royaume; c’est elle qui fournit tous les soldats et matelots de ses armées de terre et de mer, et grand nombre d’officiers, tous les marchands et les petits officiers de judicature ; c’est elle qui exerce et qui remplit tous les arts et métiers; c’est  elle qui fait tout le commerce et les manufactures de ce royaume, qui fournit tous les laboureurs, vignerons et manœuvriers de la campagne, qui garde et nourrit les bestiaux, qui sème les blés et les recueille; qui façonne les vignes et fait le vin; et pour achever de le dire en peu de mots, c’est elle qui fait tous les gros et menus ouvrages de la campagne et des villes.

Voilà en quoi consiste cette partie du peuple si utile, et si méprisée qui a tant souffert, et qui souffre tant de l’heure que j’écris ceci. Un peut espérer que l’établissement de la Dîme royale pourra réparer tout cela en moins de quinze années de temps, et remettre le royaume dans une abondance parfaite d’hommes et de biens ; car quand les peuples ne seront pas si oppressés, ils se marieront plus hardiment, ils se vêtiront et se nourriront mieux ; leurs enfants seront plus robustes et mieux élevés; ils prendront un plus grand soin de leurs affaires; enfin ils travailleront avec plus de force et de courage, quand ils verront que la principale partie du profit qu’ils y feront leur demeurera. »

Pour penser ces choses, au temps de Vauban, il fallait une grande intelligence et un grand cœur. Il fallait un courage, peut-être plus grand encore pour les écrire. Ce qui en advint, en fournit la preuve.

 SOURCE : texte signé : EM. G.   Almanach Historique et Statistique de l’Yonne- édition de l’année 1874- 

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LE MARÉCHAL VAUBAN

Posté par francesca7 le 25 août 2014

 

 
 

 

SA NAISSANCE. SA FAMILLE.

Vauban, avec sa cicatrice ronde sur la joue gauche due à un coup de mousquet reçu lors du siège de Douai[1]. Tableau attribué à Hyacinthe Rigaud.Sébastien Le Prestre de Vauban naquit à Saint-Léger-de-Fourcheret, arrondissement d’Avallon (Yonne), le 15 mai de l’an 1633. Sa famille, du nom de Le Prestre était d’origine nivernaise, et possédait dans la paroisse de Bazoches, en Morvan nivernais, la petite seigneurie de Vauban, dont elle avait pris le nom. Voici, tel qu’il existe sur les registres de la commune, le texte de l’acte de baptême de ce grand homme :

« Le quinzième mai mil six cent trente trois, a esté baptisé Sébastien, fils d’Albin Le Prestre escuyer, et de dame Edmée Corminolt. Le parrain a été maistre Sébastien Clavin, prestre, curé de Cordois; la marraine Judith d’Ehain ; en présence de Georges Bierry. Signé : Clavin, Bierry et Orillard, curé. »

Le père de Vauban, qui n’était qu’un cadet, s’était ruiné dans le service, où il avait laissé le peu de fortune qu’il avait: et la situation très modeste de sa femme n’était pas de nature à modifier cet état de choses. Il y a quelques années, la maison qui vit naître Sébastien Le Prestre était encore à peu près telle qu’elle fût au XVIIe siècle. Elle est aujourd’hui transformée en grange par de regrettables travaux de maçonnerie qui lui ont enlevé tout caractère d’ancienneté. Elle fait face à une petite cour, et se trouve vers l’extrémité de la rue que suit le chemin de Quarré-les-Tombes.. Tel est le berceau de celui qui, plus tard, aimait à se dire le plus pauvre gentilhomme de France. On comprend que, dans de pareilles conditions, l’instruction qu’il reçut fut loin d’être brillante. Elle se borna à quelques notions d’arithmétique, de géométrie, ou plutôt d arpentage. Et c’est avec ce léger bagage, que le jeune Sébastien, ayant atteint sa dix-septième année, et obéissant à je ne sais quelle impulsion secrète et impérieuse, quitta un beau matin sa famille et son pays, traversa à pied une partie de la France et alla prendre du service dans le régiment de Condé qui se trouvait en ce moment sur la frontière des Pays  Bas.

 

CAMPAGNES ET TRAVAUX MILITAIRES

 

illus_bazoches023On était, à cette époque, au beau milieu des troubles de la Fronde. Le prince de Condé, déjà chef d’une faction puissante, négociait, avec l’Espagne, cette fameuse alliance, qui devait en faire, pour la couronne de France, un rebelle si redoutable. C’est dans ce parti que Vauban fit ses premières armes. Il se distingua fort dans l’exécution des fortifications de Clermont en Argonne, et, dès lors, sentit se révéler en lui ces immenses talents, qui devaient en faire un jour le plus célèbre ingénieur que les armées françaises aient produit jusqu’à présent, et que les étrangers nous envient encore, sans avoir pu l’égaler. Dans cette même année (1652), il prit une part active au  de Sainte-Menehould et s’y distingua par une action d’éclat, en passant une rivière à la nage, sous le feu de  l’ennemi. C’est de ce jour que commence, pour Vauban, cette célébrité qui ne fit que grandir sans cesse, pendant sa vie, comme après sa mort, et a fait, de son nom, l’un des plus glorieux des annales militaires.

L’année suivante, en 1653, après avoir brillamment servi, et reçu sa première blessure, dans la campagne qui s’était engagée, il tomba dans une embuscade de l’armée royale, et fut fait prisonnier. Voici en quels termes, un historien fort estimé, M. Camille Rousset rend compte de cet incident, qui, en même temps qu’il montra toute la fière énergie de cette âme d’élite, prouva en quelle haute estime le jeune volontaire de la Fronde était tenu par ses adversaires

« Un jour que Vauban était parti avec trois de ses camarades, ils tombèrent inopinément dans une patrouille de l’armée royale. Ses camarades déjà pris et lui tout prêt de l’être il trouva moyen de se jeter dans un chemin creux, et quand les royaux qui le poursuivaient s’y furent engagés à la file, tout à coup il tourna la tête, les arrêta court, et, tenant en joue leur chef, qui était un lieutenant du régiment de Sainte-Maure, il fit sa capitulation, à savoir qu’il ne serait ni maltraité, ni dépouillé, ni même démonté, de sorte qu’il entra dans le camp royal à cheval, en complet équipage et avec tous les honneurs de là guerre.

L’aventure fit du bruit ; on sut bientôt que le cavalier si avisé n’était autre que le hardi nageur de Saïnte-Menehould. Spirituel et brave, un soldat a deux fois sa réputation faite …»

Mandé par Mazarin, auprès de qui sa réputation était déjà parvenue, Vauban eut avec le cardinal un long entretien, à la suite duquel il fut engagé au service du roi, et envoyé, sous les ordres du plus célèbre ingénieur du temps, le chevalier de Clerville, au second  de Sainte-Menehould, qui fut reprise par les troupes royales, et dont Vauban fut chargé de faire réparer les fortifications.

Les travaux qu’il exécuta, à cette époque, le mirent d’emblée au premier rang des ingénieurs militaires. Dans les années suivantes, il dirigea les s de Stenay, Clermont, Landrecy, Condé, Saint-Guillain et Valenciennes. Dangereusement blessé, devant cette dernière ville, et à Stenay, il n’en continua pas moins de servir et, peu de temps après, il recevait, au  de Montmédy, trois blessures qui mirent ses jours en danger. «  Comme la gazette en parla, dit Fontenelle dans son Eloge de Vauban, on apprit dans son pays ce qu’il était devenu ; car, depuis six ans, qu’il en était parti, il n’y était point retourné et n’avait écrit à personne, et ce fut là la seule manière dont il donna de ses nouvelles. »

Ces brillants succès, qui furent accueillis dans toute la France par un sentiment de surprise et d’admiration, valurent à Vauban le commandement en chef dans les attaques des places de Graveline, d’Ypres, et d’Oudenarde. Il fut occupé, après la paix des Pyrénées, à démolir ou à construire des places, puis, dans la guerre de 1667, il eut la conduite de tous les sièges, que le roi fit en personne, reçut, au  de Donav, un coup de mousquet à la joue, dont il porta toujours la marque glorieuse, que l’habile sculpteur à qui l’on doit la statue de Vauban, à Avallon, a voulu reproduire dans le bronze. En 1668, nous trouvons Vauban occupé à fortifier les places de la Franche Comté, de Flandre et d’Artois. Il est nommé gouverneur de la citadelle de Lille qu’il venait de construire; puis emploie les courts loisirs que lui laisse le traité de paix d’ Aix-la-Chapelle, à achever les fortifications de Flandre, d’Artois, de Provence, de Roussillon et va même jusqu’en Piémont, avec Louvois, pour donner au duc de Savoie des plans et des dessins pour Verue, Verceil et Turin.

Survint la guerre de 1672. Elle ne fut pour Vauban qu’une suite d’actions d’éclat, ou de triomphes dus à son incomparable science d’ingénieur. Le plus célèbre de tous les s qu’il dirigea est incontestablement celui de Maëstricht, en 1673. Ce fut là, dit Fontenelle, qu’il commença à se servir d’une Méthode singulière pour l’attaque des places, qu’il avait imaginée par une longue suite de réflexions et qu’il a depuis toujours pratiquée. Il fit changer de face à cette partie si importante de la guerre. Les fameuses parallèles et les places d’armes parurent au jour. Depuis ce temps, il a toujours inventé sur ce sujet, tantôt les cavaliers de tranchée, tantôt les batteries à ricochet, et il avait porté son art à une telle perfection que, le plus souvent, ce qu’on n’aurait jamais osé espérer devant les places les mieux défendues, il ne perdait pas plus de monde que les assiégés.

« C’était là, ajoute l’auteur que nous venons de citer, c’était là son but principal, la conservation des hommes. Non seulement l’intérêt de la guerre, mais son humanité naturelle les lui rendait chers. Il leur sacrifiait toujours l’éclat d’une conquête plus prompte, et une gloire assez capable de séduire ; et, ce qui est encore plus difficile, quelquefois, il résistait en leur faveur à l’impatience des généraux, et s’exposait aux redoutables discours du courtisan oisif. »

  On ne saurait faire un plus grand éloge de celui qui a été un homme de guerre illustre entre tous. Et ces témoignages de l’histoire donneront toujours à la grandeur de Vauban, un caractère et une élévation tels, que si l’on peut dire que si elle n’a pas encore été atteinte, elle ne sera certainement jamais dépassée.

 Pendant la durée de la paix de Nimègue, Vauban fit le fameux port de Dunkerque, qui est considéré comme son chef d’œuvre, fortifia Strasbourg et Casai, et accomplit d’immenses travaux pour la navigation intérieure.

En 1688, la guerre s’étant rallumée, il fait les sièges de Philisbourg, de Manheim et de Frankendal, prend la place de Mons, en 1691, et l’année suivante devant Namur, conduit le siége de telle sorte, dit un historien du temps, « qu’il prit la place en trente jours de tranchée ouverte, et n’y perdit que 800 hommes, quoiqu’il s’y fut fait cinq actions de vigueur très  considérables ».

Comment suivre, dans les quelques lignes d’une notice biographique, cette existence si remplie, dont chaque jour se compte, pour ainsi dire, par une page glorieuse dans l’histoire ? Mentionnons encore le siége de Charleroy en 1693, la défense de la Basse-Bretagne en 1694 et 1695, le  d’Ath, en 1697, et enfin, le dernier  qu’il conduisit, en 1703, celui du Vieux Brissach, place considérable, qui fut réduite à capituler au bout de treize jours et demi de tranchée ouverte, et qui ne coûta pas 300 hommes.

C’est dans le cours de cette même année que Vauban avait été élevé, contre son gré, à la dignité de maréchal de France. « Ce titre, dit Fontenelle, produisit les inconvénients qu’il avait prévus. Il demeura deux ans inutile, ne pouvant être employé avec des généraux du même rang, et faisant naître des embarras contraires au bien du service. Je l’ai souvent entendu s’en plaindre; il protestait que pour l’intérêt de l’Etat, il aurait foulé aux pieds la dignité avec joie.

En ce qui touche les travaux militaires de Vauban, il nous reste à parier de ses écrits sur l’art de la guerre et des fortifications. L’œuvre qu’il a laissée est immense, admirable ; c’est une création complète en ce qui concerne les travaux d’art, l’attaque et la défense des places fortes, la discipline militaire, les campements, etc… Nous n’avons ni la compétence, ni la place nécessaire pour analyser et nous étendre davantage sur ces travaux, qui, par leur méthode et leur clarté, séduisent et attachent les esprits même les plus étrangers à cette science. Qu’il nous soit permis cependant d’insister quelque peu sur un Mémoire présenté au roi par Vauban, mémoire auquel nos derniers désastres ne donnent que malheureusement trop d’actualité.

Il est intitulé : « L’importance dont Paris est à la France  et le soin que l’on doit prendre de sa conservation. »

Vauban demande que l’on fortifie Paris, par l’exécution de travaux de défense et d’approvisionnements, tels que cette ville devienne imprenable en cas d’invasion. « Paris capitale de la France, dit-il est le vrai cœur du royaume, la mère commune des Français, et l’abrégé de la France, par qui tous les peuples de ce grand Etat subsistent, et de qui le royaume ne saurait se passer sans déchoir considérablement de sa grandeur. »

Ne dirait-on  pas que ces lignes ont été écrites de nos jours, pour servir de leçon à certains gens ? Mais continuons :

LE MARÉCHAL VAUBAN dans FONDATEURS - PATRIMOINE 170px-Conduite_des_sieges« On ne saurait, ajoute-t-il, avoir trop d’égards pour Paris, ni trop prendre de précautions pour le conserver, d’autant plus que si l’ennemi avait forcé nos frontières, battu et dissipé nos armées, et enfin pénétré le dedans du royaume ce qui est très difficile, je l’avoue, mais non pas impossible, il ne faut pas douter qu’il ne fît tous ses efforts pour se rendre maître de cette capitale, ou du moins la ruiner de fond en comble. L’usage des bombes s’est rendu si familier et si terrible dans ces derniers temps, que l’on peut le considérer comme un moyen très sûr pour la réduire à tout ce que l’ennemi voudra avec une armée assez médiocre, toutes les fois qu’il ne sera question que de se mettre à portée de la bombarder. Or, il est très visible que ce malheur serait l’un des plus grands qui peut jamais arriver à ce royaume, et que, quelque-chose que l’on fût faire pour le rétablir, il ne s’en relèverait de longtemps et peut-être jamais.

J’avoue que le zèle de la patrie et le bien de l’Etat m’y a fait souvent songer. »

 N’y a-t-il pas dans ces lignes écrites, il y a plus de deux siècles et demi, et que l’on dirait d’hier, dans ces lignes qu’on ne peut lire aujourd’hui sans une poignante émotion, n’y a-t-il pas là comme une intuition de l’avenir, comme de secrets pressentiments, qui seuls peuvent expliquer, au milieu des grandeurs et des triomphes, les tristesses et les anxiétés qui tourmentaient l’âme du grand patriote?

En même- temps qu’il trace les plans destinés à pourvoir à la sûreté de la grande ville, à la garnir de munitions de guerre et de magasins de poudre, Vauban songe à la création de cases et magasins à blé. Pour lui, l’utilité de ces établissements ne se fait pas sentir seulement pour les temps de guerre; elle existe aussi et surtout, pour les temps de paix. Ici, comme dans toutes les œuvres de Vauban, nous retrouvons la marque de sa constante sollicitude pour les pauvres. L’auteur de la Dîme royale et de tant de projets de réforme, inspirés par un profond amour du peuple, se révèle tout entier dans ces quelques ligues :

Ces précautions (emmagasinage de blé, de légumes et d avoine) seraient d’autant plus utiles que, dans les chères années, le peuple à qui l’on pourrait vendre de ces grains à un prix modique s’en trouverait soulagé, et qu’aux environs de Paris, à quarante lieues à la ronde, et le long des rivières navigables, les blés s’y vendraient toujours à un prix raisonnable, dans le temps que la grande abondance les fait donner à vil prix, à cause des remplacements à faire dans les magasins ; ainsi les fermiers seraient mieux en état de payer leurs maîtres qui perdraient moins sur leurs fermes, et le pauvre peuple se trouverait soulagé dans ses misères. »

Cette pensée si touchante, qui vient d’une façon si simple et si spontanée sous la plume de l’homme de guerre, dans le cours même d’un travail où il semblerait devoir être complètement absorbé par un ordre d’idées bien différent, cette pensée nous sert de transition toute naturelle pour passer de Vauban, grand général et grand ingénieur à Vauban, grand économiste et grand réformateur.

SOURCE : texte signé : EM. G.   Almanach Historique et Statistique de l’Yonne- édition de l’année 1874- 

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Nostradamus : l’autre facette

Posté par francesca7 le 23 août 2014

 

La  prophétie sibylline de NOSTRADAMUS est un tabernacle contenant un joyau inestimable, la manifestation de la puissance de l’esprit. Elle ne pouvait pas être clairement révélée, ni totalement cachée. Pour y pénétrer un grand respect et une profonde humilité sont nécessaires face à l’immense étendue de cette oeuvre qui depuis près de cinq siècles ne cesse de passionner le monde tout en éprouvant la sagacité des exégètes. La malice du Médecin de Salon et les nombreux pièges tout le long de son texte n’ont pas permis de rapidement comprendre le sens du message caché. Et c’est seulement petit à petit que le voile se découvre, comme l’avait prédit lui-même Michel de Nostredame.

Les quatrains ne sont évidemment pas rangés en ordre chronologique, ce qui aurait été un fil conducteur trop facile nous permettant de feuilleter le déroulement de notre histoire. 

   << Ayant voulu taire et délaisser pour cause de l’injure, et non seulement du temps présent, mais aussi de la plus grande part du futur, de mettre par escrit, pource que les règnes, sectes, et régions feront changes si opposites; voire au respect du present diamètralement, que si je venois à reserer ce qu’à l’advenir sera ceux du regne, secte, religion, et foy, trouveroient si mal accoordant à leur fantasie auriculaire, qu’ils viendroyent à damner ce que par les siècles advenir on cognoistra estre veu et apperceu. >> 

   <<  J’ai composé Livres de prophéties contenant chacun cent quatrains astronomiques de prophéties, lesquelles j’ai un peu voulu rabouter obscurément ...>>

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Michel de Nostredame, autrement nommé Nostradamus, est surtout connu pour son astrologie et ses prédictions. Et pourtant…humaniste de la Renaissance, ouvert aux idées de la Réforme, il a côtoyé de grands personnages tels son ami Rabelais, Catherine de Médicis, Charles IX dont il fut « médecin ordinaire » et bien d’autres encore. Mais au départ, il a su s’intéresser à la médecine, la pharmacie en réussissant à combattre le pire mal de son temps : la peste.

De la Médecine et la Pharmacie….

Michel de Nostredame est né mi décembre 1503 à Saint Rémy de Provence. Il est issu d’une famille de juifs chassés du royaume par Philippe Le Bel au début du 16è siècle qui sont ensuite accueillis par le pape Clément V aux alentours d’Avignon, dans des carrières, des rues closes. Seule contrainte : ils devaient porter un bonnet jaune lorsqu’ils sortaient.

Poursuivant de brillantes études où il écrit couramment le latin et le grec, il est inscrit à l’université de Montpellier et reçu « bachelier en médecine » en 1525. Etant juif, il s’est converti au catholicisme pour accéder à l’université et choisit pour nom de baptême Nostradamus qui s’est transformé en Michel de NostreDame. Dans sa maison de Salon, la même qu’il occupe jusqu’à sa mort, au pied du château de l’Empéri, au dessus de son bureau, est accroché un manuscrit jauni par le temps, daté d’octobre 1529 « moi, Michel de Nostredame, de la maison de Provence, de la ville de Saint Rémy, du diocèse d’Avignon, suis venu étudier à l’université de Montpellier, dont je jure d’observer les statuts, droits et privilèges présents et à venir. J’ai payé les droits d’inscription et je choisis Antoine Romier comme maître d’études ».

A cette époque, la peste sévit dans tout le sud de la France. Il parcourt tous les chemins de Provence et du Sud Ouest pour combattre cette maladie, ayant appris les rudiments de pharmacie et après que l’un de ses aïeux lui ai transmis son savoir sur la botanique, la vertu des plantes et les préparations.

Dans son « traité des Fardements et Confitures », il commence par faire une description très détaillée de ce mal bubonique ou pulmonaire. Pour combattre ce fléau, il fait un mélange d’œufs et de plantes.

Il invente un vinaigre d’aromates aux qualités antiseptiques et élabore une « poudre souveraine » contre les contagions. Conseillant les règles d’hygiène simples et prônant le principe de « plutôt prévenir que guérir », il suggère alors de nettoyer les maisons au vinaigre, de répandre des essences de plantes, de laisser une torche allumée dans les pièces et surtout de se couvrir le nez et la bouche.

Quelques années plus tard, la peste frappe à nouveau dans les villes de Salon et d’Aix. Et le voilà repartit sur les routes…jusqu’à Lyon. Il prépare une « poudre excellente qui chasse les odeurs pestilentielles ». Sa recette est composée de sciure de cyprès, d’iris de Florence, de clous de girofle, de musc, d’ambre gris, d’aloès et de roses incarnadines. Elle fait fureur pendant cette période de maladie contagieuse où plus d’un se jette par la fenêtre, où plus d’un péri devant ce fléau.

… en passant par les produits de santé et de beauté …

Son dévouement lors de la peste le rend célèbre. Au fur et à mesure, les dames font appel à lui : il élabore la « pommade d’une souveraine odeur », de « l’huile pour emblanchir la face », des « onguents pour faire venir les cheveux comme un filet d’or » ….bref, des recettes qui rapportent des sous et le succès.

Nostradamus : l’autre facette dans FONDATEURS - PATRIMOINE 220px-MichelnostradamusIl épouse à Noël 1547, dans sa ville, Anne Ponsard…qui lui donne 7 ou 8 enfants. Puis jusqu’en 1549, il s’exile en Italie pour approfondir ses connaissances en alchimie végétale. À Milan, il découvre un apothicaire spécialisé dans ce domaine, qui l’initie aux confitures guérisseuses. De retour à Salon, Michel de NostreDame expérimente ces confitures médicamenteuses et en 1552, il publie le résultat de ses recherches sous le titre  » traité des Fardements et Confitures « .

Dans ses confitures, il ajoute des épices, invente des procédés pour bonifier et parfumer le vin, prépare des vinaigres et des moutardes aux aromates, qu’il vend.

Puis constatant que les dames ont une nouvelle envie : devenir blonde, il s’enrichit avec sa potion qui permet « d’avoir sous les 3 ou 4 jours, le poil blond et roux comme or de ducat ». Il va plus loin, il pense aux hommes qui veulent plaire à la jeunesse et aux femmes inquiètes de la virilité de leur partenaire. Il crée un remède « l’huile de repopulation » réputée jusqu’en Italie.

…Jusqu’à ses confitures

Son fameux ouvrage est intitulé : « Excellent et moult utile Opuscule à touts nécessaire, qui désirent avoir cognoissance de plusieurs exquises Receptes, divisé en deux parties. La première tracite de diverses façons de Fardemens et Senteurs pour illustrer et embellir la face. La seconde nous montre la façon et manière, de faire confitures de plusieurs sortes, tant en miel, que sucre, et vin cuit, le tout mis par chapitres, comme est fait ample mention en la Table. Nouvellement composé par maîtrre Michel de Nostredame docteur en Médicine de la ville de Salon de Craux en Provence, et de nouveau mis en lumière » (en vieux françois).

Les confitures, le sirop et le sucre sont la base de médicaments importants dans la médecine médiévale européenne. Dans le chapitre II, il explique comment « confire la chaire de gourdes que l’on nomme cougourde ou carabasse qui est une confiture réfrigérante qui rafraîchit et est de bon goût ». Il termine ce chapitre par une indication nettement médicale comme cette confiture qui « est bonne pour manger, en fait que concerne médecine réfrigérante et par la facilité d’elle en manger pour mitiger la chaleur exubérante du cœur et du foie », sans oublier celle à base d’écorces de buglosse qui permet de rajeunir.

Cet ouvrage composé de 31 chapitres nous offre diverses recettes tout à fait réalisables pour les amateurs de nos jours. Coing, griotte, rhubarbe, orange, poire, courge et autres fruits et légumes sont accommodés avec du sucre et du miel, et relevés par des épices tels le gingembre, la cannelle ou le clou de girofle.

images (6)Parmi les recettes, Michel de Nostre Dame pense aussi « à celles dont la froideur de la matrice rend impropres à concevoir et à satisfaire les légitimes appétits » où il mélange 1kg de miel des montagnes et 300g de gingembre frais, il épluche le gingembre et le coupe en bâtonnets fins, le lave plusieurs fois, le dépose dans une casserole pleine d’eau et le fait bouillir 10 mn, l’égoutte et recommence l’opération 2 fois pendant 10 mns puis 1 dernière fois pendant 20 mns. Il le laisse égoutter toute la nuit. Le lendemain, dans une casserole à fond épais, il fait bouillir le gingembre avec le miel pendant 15 mns, recommence la même opération le lendemain puis le surlendemain, enfin il met cette préparation dans des pots et conseille de manger une cuillerée quand les ardeurs manquent.

L’autre recette « pour renouveler et affermir les ardeurs amoureuses » est réalisée à partir de laitues, de tiges d’artichauts et d’angélique.

A côté de ce traité, il publie son premier Almanach en 1550 à Lyon, avec des conseils de santé et  …des prévisions de météo…

Pour aller plus loin

- Catherine, Nostradamus et le Triangle Noir – Claude Mossé. Alphée, 2010.

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Les femmes de François Ier

Posté par francesca7 le 23 août 2014

 

téléchargement (4)Mère, sœur, épouses, maîtresses, nombreuses sont les femmes qui ont entouré d’une même adoration François Ier, roi magnifique en sa cour comme un sultan dans son Harem, lui consacrant leur vie entière. Il accepta leur don comme un dû, en enfant gâté par la fortune. Louise de Savoie, Marguerite de Navarre, Anne de Pisseleu, Claude de France et surtout Françoise de Châteaubriant, toutes femmes d’exceptions d’un règne flamboyant et mouvementé.

En dehors de sa haute stature, François Ier était un homme raffiné, intelligent et superficiel, amateur d’art, excellent cavalier, appréciant le luxe et surtout les jolies femmes. Autour de lui papillonnent en permanence un groupe de jeunes et charmantes personnes qu’il appelait affectueusement sa « petite Bande ». Cela ne l’empêche pas de s’occuper des affaires de l’état et de guerroyer, récoltant des lauriers à Marignan. Malgré son mariage avec la fille d’Anne de Bretagne, une question le préoccupait beaucoup : cette convention qui fit de la Bretagne un état libre de se séparer à tout moment de la France, risquait de lui faire perdre de nombreuses et riches baronnies.

François Ier et la question bretonne

La plupart de ces fiefs bretons se trouvaient appartenir au seigneur Jean de Laval, que François s’empressa d’inviter à la cour, ainsi que sa charmante épouse, cousine d’Anne de Bretagne. Il s’agit de Françoise de Foix née en 1475 et fiancée à l’âge de 11 ans au riche sieur de Laval- Chateaubriand. Dès son jeune âge l’exquise jeune fille était prometteuse par son caractère affirmé, son teint lisse, ses proportions harmonieuses et la beauté de ses cheveux noirs. Jean l’épousera donc en 1509 et vivra heureux dans son comté de Bretagne avec sa belle. Jusqu’à ce que François Ier entende parler de Françoise.

Le jeune roi est impatient de rencontrer cette jolie dame dont la renommée est parvenue à la cour, mais Jean de Laval qui connaît le penchant du roi pour les femmes, se rendra seul à son invitation, arguant de la nature farouche de Françoise. Cela ne fit qu’attiser la curiosité du roi, qui insista à plusieurs reprises et finit par exiger sa venue. Jean de Laval tentant alors une ultime stratégie, dite de la bague, écrivit devant le roi une lettre pour demander à son épouse de se rendre à la cour, joignant une bague qui signifiait au destinataire de ne pas tenir compte du courrier lorsqu’il contiendrait ladite bague. Cette tentative désespérée du mari sera éventée par un valet du roi qui ôtera la bague du courrier, et l’inévitable se produit. Françoise se rend à la cour, et est aussitôt présentée au roi qui tombe immédiatement sous le charme.

Il lui fera une cour pleine de courtoisie à laquelle la belle ne sera pas insensible : « Entrer dans le lit du roi comporte bien des avantages » se dit-t-elle. Rapidement, car François aimait les affaires rondement menées, elle devient sa maîtresse, se faisant une farouche ennemie de Louise de Savoie, influente mère du roi. Pour adoucir la jalousie du mari trompé, François lui offrira le commandement d’une compagnie d’ordonnances, et nommera le frère de son aimée gouverneur de Milan.

Françoise de Châteaubriant, favorite royale

En prévision d’un affrontement qu’il juge inévitable avec le très puissant Charles Quint, François 1er tente de s’allier en 1520 à Henri VIII d’Angleterre.

Dans ce but, il choisira un lieu neutre ou français et anglais pourront négocier une entente. Influencé par la belle Françoise, il fera ériger des tentes somptueuses décorées de tapisseries et meubles précieux, où se dérouleront des fêtes magnifiques destinées à éblouir Henry VIII. C’est le camp du drap d’or, opération si coûteuse qu’elle videra les caisses de l’Etat et aura pour conséquence de produire l’effet inverse de celui escompté : Henri, humilié et furieux, rentrera en Angleterre et s’alliera à Charles Quint.

Louise de Savoie, très en colère, imputera bien sûr cet échec à la maîtresse du roi et lui mènera une guerre sans merci, l’accusant d’être la maîtresse de Bonnivet, amiral du roi, ce qui était vrai. Mais le roi, aveuglé, n’en tiendra pas compte. Au cours d’une fête bien arrosée un invité lancera à la tête de François un tison enflammé mettant sa vie en danger. Il finira par se remettre et cet accident inspirera une mode qui allait caractériser l’homme du XVIe  siècle : les boucles du roi furent coupées, il dut se laisser pousser la barbe pour cacher les cicatrices de ses brûlures. Tous les hommes du royaume et d’Europe adopteront ce nouveau style.

En 1526 François Ier, qui se lance à la conquête de l’Italie, sera battu à Pavie et fait prisonnier par Charles Quint, au grand désespoir de Françoise. Louise de Savoie, sa grande ennemie, sera nommée régente, ne lui laissant pas d’autre choix que de plier bagages pour rejoindre la Bretagne où son mari lui fit sans doute bon accueil. Il s’établira une correspondance assidue et très poétique entre les deux amants, qui adoucira les longs mois de captivité du roi en Espagne. La reine Claude étant décédée discrètement en 1524, François Ier acceptera à des fins politiques d’épouser Eléonore, sœur de Charles Quint, qui tombe aussitôt amoureuse de ce roi si séduisant.

Le temps des rivales

Les femmes de François Ier dans FONDATEURS - PATRIMOINE 220px-Richard_Parkes_Bonington_003Une forte rançon avait été exigée pour sa libération et le roi promet de s’y soumettre. Il sera libéré en 1526 et regagne la France, acclamé par son peuple.

En Bretagne, où la nouvelle est parvenue, Françoise attend un signe de son bien-aimé, qui ne viendra pas, et pour cause. Elle se rendra à la cour pour y trouver une terrible rivale en la personne d’Anne de Pisseleu, duchesse d’Etampes, belle jeune fille blonde de 18 ans, avec laquelle il lui faudra lutter pour conserver son titre de favorite royale. Une haine farouche opposera les deux femmes, à la plus grande joie des courtisans qui se délecteront de cette rivalité. Le roi, qui adorait sa nouvelle maîtresse, mais aimait encore Françoise, se trouvait très ennuyé par cette situation, usant de sa diplomatie pour apaiser les deux favorites, en vain.

Dépité par la faiblesse du roi, blessée dans son orgueil, Françoise quitte la cour et regagne sa Bretagne. Anne, la favorite victorieuse, ne comptant pas en rester là, exigera du roi la restitution des bijoux offerts à Françoise sur lesquels étaient gravées de belles devises.

Déjouant la mesquinerie de sa rivale, la favorite déchue fit fondre les bijoux, et rapporter ceux-ci au roi sous forme de lingots d’or. Ce dernier peu rancunier et amusé par ce geste, fit renvoyer les lingots et l’affaire se retourna contre la favorite jalouse.

Le roi ayant eu en 1532 d’importantes affaires à régler en Bretagne, s’installera à Châteaubriant pour six semaines au grand bonheur de Françoise, peut-être moins de celui de son mari. En son honneur seront donnés de nombreuses fêtes, tournois, chasses et banquets. Mais le roi, ses affaires terminées, regagnera la cour où l’attend Anne de Pisseleu avec l’impatience que l’on devine. Françoise ne devait jamais revoir François Ier. Suivirent néanmoins plusieurs années de correspondance entre ces deux êtres qui décidément s’appréciaient beaucoup.

Jean de Laval, que le roi avait comblé d’honneur, s’entendra fort bien avec celui-ci sur les questions d’ordre politique mais qu’en fut-il des relations de ce mari bafoué avec son épouse ? Par vengeance, il aurait exercé des sévices sur cette femme qui l’avait trompé.

S’agit-il de malsaines rumeurs ? Le mystère demeure sur la mort brutale de Françoise en 1537. Le bruit courut que son époux, fou de jalousie l’aurait assassinée. Mais l’opinion publique, avide d’histoires sombres et tragiques, a-t-elle colporté des faits sans fondement ? Sans doute ne le saura-t-on jamais.

Bibliographie

- Les femmes de François Ier de Christiane Gil. Pygmalion, 2005.

- François Ier : Le Roi-Chevalier de Georges Bordonove. Pygmalion, 2006.

- Journal de la mère de François Ier : 1459-1522 de Louise De savoie. Paleo, 2006.

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Les Favoris des Seigneurs

Posté par francesca7 le 13 août 2014

 

La majorité des membres du premier groupe des mignons ne purent pas obtenir de charges et de postes importants, une partie disparait lors du grand duel en 1578, d’autres sont disgraciés. Enfin, certains anciens compagnons du roi ont eu plus de chance et vécurent au temps d’Henri IV, puis de Louis XIII à des postes respectables. Voici donc pour chacun d’eux, leur petit curriculum vitae.

Louis de Bérenger, seigneur du Guast, 1540-1575

Originaire du Dauphiné, gentilhomme de la chambre en 1570 fut également commandant du régiment des gardes françaises. Agent particulier du roi et assurant un filtre d’accès au souverain, il l’a suivi en Pologne en 1574 et fut employé pour contrecarrer la politique de Monsieur. Le Guast est délégué auprès de Bussy (ancien compagnon royal passé chez Monsieur) pour le rechercher. Lorsque Monsieur prend la fuite en septembre 1575, Le Guast fut missionné pour fermer les routes et les ports. Marguerite de Navarre l’accuse d’avoir rapporté au roi ses relations avec Bussy. Suite à une querelle avec un gentilhomme de Montmorency qui le qualifie d’orgueilleux et de créature du roi, il meurt début novembre 1575, assassiné à coups de dague et d’épée vers 22h, dans sa maison rue Saint Honoré, soit il lisait de la poésie, soit il se faisait manucurer. Le Guast, dans son agonie, a reconnu le baron de Vitteaux, client de Monsieur. Le roi offre des funérailles solennelles dans l’église St Germain l’Auxerrois, paroisse royale !

d3c098158282b9a5833cb4b669811ef74b6ee024_209x300_Q75Henri Hébrard de Saint Sulpice, 1553-1576

Originaire du Haut Quercy d’une famille qui a reçu presque toutes les distinctions possibles. Il fut d’abord au service de Monsieur, avant que ce dernier ne quitte la cour en 1575. Saint Sulpice accède auprès du roi soutenu par son père Jean Conseiller d’Etat et les Guise comme protecteur jusqu’à devenir capitaine de chevau-légers en 1575. Après s’être fait traité « de ne pas être gentilhomme » par un officier de la maison de Monsieur, il est tué à coup de dague dans la cour du château de Blois en 1576 et meurt dans les bras de son père. La cour condamnant cet assassinat, le duc de Mayenne est bien décidé à faire punir le meurtrier, dont l’effigie sera décapitée en juin 1577. Pour services rendus, le roi commande une épitaphe.

Jacques de Levis, comte de Caylus, 1554-1578

Originaire du Rouergue, cousin de Saint Sulpice, n’a que dix-huit ans lorsqu’il rencontre le roi. Capitaine de cent chevau-légers en 1575, il reçoit dix-neuf coups lors du fameux duel, et meurt après trente trois jours d’agonie. Le roi lui rend visite deux fois par jour et interdit toute circulation dans la rue Saint Antoine pour éviter tout bruit au malade. Pour Henri III, ce fut un choc, Caylus étant son préféré. Le roi est affaibli et n’a plus de volonté. Lors des funérailles le défunt est exposé à visage découvert, le roi oblige la cour à assister au convoi et lui-même prend le deuil (chose jamais vu envers un sujet).

Les Favoris des Seigneurs dans FONDATEURS - PATRIMOINE 170px-Louis_de_MaugironLouis de Maugiron, 1560-1578

Originaire de Vienne, d’une famille servant de rempart en province contre les huguenots, appartient au départ à Monsieur. Le roi l’attire et lui offre le poste de Chambellan des affaires, poste le plus élevé de la maison du roi, dès 1576 (il n’a que seize ans).Lors du duel des mignons, il meurt aussitôt.

Philibert d’Aure de Gramont, comte de Guiche, 1552-1580

Oiginaire d’un prestigieux lignage en Béarn. Obtenant la charge de capitaine des gendarmes, puis le poste de gentilhomme de la chambre, il est surtout utilisé comme représentant du roi dans les terres de Navarre et devient maire de Bayonne. Il participe indirectement à la querelle des favoris contre les mignons de Monsieur en début 1578, puis est rattaché au Conseil des Affaires en 1578. Enfin il meurt au siège de la Fère en 1580.

Gaspard de Schomberg, 1540-1599

De lignage allemand, au service du duc de Guise, rencontre le roi lors de joutes où les deux hommes tombent en même temps (le roi se luxant l’épaule, Schomberg blessé au visage). Chambellan ordinaire en 1571, il accompagne le roi en Pologne en 1573 lui servant d’ambassadeur et de diplomate. Grand maréchal des Reîtres, il participe à la réconciliation entre Guise et Epernon, puis en 1589 à celle entre Navarre et Henri III. Négociateur hors pair, il a élaboré une partie de l’édit de Nantes et en revenant de la réconciliation entre Epernon et Sully, il meurt d’une crise cardiaque en 1599 à 59 ans. Son frère Georges né en 1555 le rejoint en 1569 et se met au service du roi. Il meurt immédiatement lors du duel des mignons en 1578.

François d’Aydie-Ribérac, 1550-1578

Originaire du Béarn, au service de Monsieur, est appelé par le roi. Ne l’accompagnant pas en Pologne, il ne sera que gentilhomme ordinaire de la chambre en 1576. Participant au duel de 1578, il meurt le lendemain.

Guy d’Arces, baron de Livarot, 1555-1581

135px-Artus%2C_Thomas-Les_Hermaphrodites%2C_1605 dans FONDATEURS - PATRIMOINEOriginaire du Dauphiné, cousin germain de Maugiron, intègre la maison de Monsieur en 1576 qu’il quitte définitivement en 1577, attiré par le roi. Nommé chambellan fin 1576, puis gentilhomme de la chambre en 1578, il est maitre de camp de l’infanterie à sa mort en 1581. C’est l’un des deux mignons a avoir réchappé au duel, au bout de six semaines de maladie.

Charles de Balsac, baron d’Entragues, dit Entraguet, 1547-1599

Issu d’une famille de Haute Auvergne, enfant d’honneur des enfants de France en 1549, puis guidon, il est le premier compagnon du roi dès 1571. Il l’accompagne dans ses aventures amoureuses, devient capitaine des gendarmes, conseiller d’Etat en 1583, lieutenant général de duchés, chevalier de Saint Esprit en 1595. Lors du duel des mignons, il s’en sort avec une égratignure au bras !

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Madame de Sévigné

Posté par francesca7 le 13 août 2014

 

(D’après un article paru au XIXe siècle)

220px-Marquise_de_SévignéIl s’opère en ce moment une espèce de restauration littéraire qui reporte le goût des esprits vers les monuments de la littérature du dix-septième siècle. Molière, Racine et Corneille sont ressuscités sur la scène française ; l’industrie de la librairie n’essaye de se relever que par la réimpression et l’illustration des chefs-d’oeuvre du siècle de Louis XIV. On ne pouvait oublier les Lettres de Mme de Sévigné, qui sont, avec les Mémoires du duc de Saint-Simon, les plus fidèles et les plus spirituels représentants de la langue, des mœurs, des principaux événements, des préoccupations intimes et journalières de ce grand siècle.

On a beaucoup agité la question de savoir si Mme de Sévigné avait écrit avec la pensée que ses lettres seraient publiées. Nous ne le croyons pas ; mais évidemment elle songeait, en les écrivant, à l’effet qu’elles devaient produire hors du cercle de l’intimité auquel elles s’adressaient. Elle dit quelque part : « Est-il, possible que mes lettres vous soient agréables au point que vous me le dites ? Je ne les sens point telles en sortant de mes mains, je crois qu’elles le deviennent en passant par les vôtres ; enfin, c’est un grand bonheur que vous les aimiez ; vous en êtes accablée de manière que vous seriez fort à plaindre si cela était autrement. M. de Coulanges est bien en peine de savoir laquelle de vos madames y prend goût ; nous trouvons que c’est un bon signe pour elle ; car mon style est si négligé qu’il faut avoir un esprit naturel et du monde pour pouvoir s’en accommoder. »

 

Elle dit ailleurs : « Vous savez que je n’ai qu’un trait de plume, ainsi mes lettres sont fort négligées ; mais c’est mon style, et peut-être qu’il fera autant d’effet qu’un autre plus ajusté… Mes lettres sont écrites d’un trait ; vous savez que je ne reprends guère que pour faire plus mal… Si vous trouvez mille fautes dans cette lettre, excusez-les, car le moyen de la relire ? »

Ces aveux et tout ce semblant de modestie suffisent pour montrer que Mme de Sévigné, en écrivant ses lettres, se préoccupait beaucoup de l’effet qu’elles produiraient, ce qui ne leur enlève pas leur charme exquis de grâce, de vivacité, de naturel ; l’art ne nuit jamais.

Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, est née le 5 février 1626, à Paris. Ayant perdu sa mère dans l’âge le plus tendre, elle fut élevée par l’abbé de Coulanges, dont elle a immortalisé le nom sous le titre du Bien Bon. Ses premières années se passèrent à quatre lieues de Paris, dans le joli village de Sucy ; Ménage et Chapelain, qui venaient souvent chez son aïeul, Coulanges le financier, cultivèrent son esprit.

Elle avait une taille élégante, des cheveux blonds, une fraîcheur éblouissante, une expression de figure vive et spirituelle. A peine âgée de dix-huit ans, elle épousa, le 1er août 1644, Henri de Sévigné, maréchal de camp. Le marquis vivait peu avec sa femme, se livrait à de folles dépenses et à la débauche ; en 1651, il fut tué en duel. Veuve à un âge si peu avancé, Mme de Sévigné renonça à renouer de nouveaux liens, et se consacra tout entière à l’éducation de son fils et de sa fille. En 1654, après avoir réparé le désordre de ses affaires, elle parut dans le monde, et fit les délices de l’hôtel de Rambouillet, dont son esprit délicat lui fit éviter le mauvais goût et le ridicule.

Mme de Sévigné eut de nombreux et illustres prétendants à son amour ; mais elle ne voulait que des amis, elle en eut beaucoup. Elle fut liée avec le surintendant Fouquet, et eut la gloire de partager avec la Fontaine et Pélisson le courage de rester fidèle à un ami, en dépit de la disgrâce de Louis XIV. La grande passion de Mme de Sévigné fut pour sa fille, Mme de Grignan, dont l’éloignement de sa mère nous a valu la plus nombreuse partie de ces lettres si naïves et si spirituelles, si pleines d’abandon et d’originalité. Son fils était indigne d’une telle mère par la légèreté et le désordre de sa vie. On a souvent reproché à Mme de Sévigné de mettre de l’affectation dans l’expression de ses sentiments pour sa fille, on est même allé jusqu’à les mettre en doute.

La mort de Mme de Sévigné est la meilleure réponse à cet injurieux soupçon. Vers la fin de mai 1694, elle fit son dernier voyage en Provence, à Grignan. Au mois d’octobre 1695, Mme de Grignan fut atteinte d’une grave maladie ; sa mère, qui était encore auprès d’elle, en fut très accablée : elle lui prodigua les soins les plus assidus et les plus touchants ; elle se relevait les nuits pour aller voir si sa fille dormait, et s’oubliait ainsi elle-même pour ne songer qu’à l’état de Mme de Grignan. Excédée enfin de fatigues, elle tomba malade, le 6 avril 1696, d’une fièvre continue, qui l’emporta le quatorzième jour, à l’âge de soixante-dix ans et deux mois.

Madame de Sévigné dans FONDATEURS - PATRIMOINE 220px-Castle-Rochers-Sevigne1Elle expira calme et résignée. Dans la vie privée, elle était simple et bonne, naturelle et obligeante : elle a vécu avec les personnages les plus distingués du siècle de Louis XIV. On a beaucoup reproché à Mme de Sévigné de ne pas aimer Racine ; on lui a même fait dire une phrase qui lui est généralement attribuée : « Racine passera comme le café. » Mme de Sévigné n’a jamais écrit ce jugement, il ne se trouve dans aucune de ses lettres.

C’est en 1696 que ces lettres célèbres commencèrent à être connues par la publication des Mémoires de Bussy-Rabutin, son cousin, qui en avait inséré plusieurs. Successivement, tous ceux qui en possédaient les publièrent. L’édition la plus complète et la plus fidèle, qui reproduit le véritable texte de Mme de Sévigné, a paru en 1818 ; elle a été faite par M. de Monmerqué.

 

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