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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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Le mirliton

Posté par francesca7 le 3 août 2015

La colonne Vendôme ! Le symbole de la barbarie guerrière ! Le souvenir des guerres impériales ! Il faut la détruire. La décision est prise le 12 avril 1871.

Elle ne sera exécutée que le 16 mai 1871. Le peintre Gustave Courbet, membre du comité central de la Commune, dirige la destruction de ce qui, malgré tout, ressemble à une oeuvre d’art – mais qu’il appelle le mirliton. Un lit de fumier et de fagots a été préparé pour la recevoir au sol.

Malheureusement le lit n’est pas assez épais : elle s’écrase, et se brise en mille morceaux ! Beaucoup des débris sont jetés, on récupère ce qu’on peut – c’est-à-dire très peu – du bronze des canons d’Austerlitz… En juin, Courbet sera arrêté et emprisonné, puis rendu responsable de la destruction de la colonne. Enfin, on le contraindra à financer sa reconstruction. Il devra s’exiler en Suisse, l’État français se payant en confisquant ses oeuvres !

La nouvelle colonne Vendôme est identique à la première, mais contient fort peu de souvenirs concrets de la bataille du 2 décembre 1805.

 Vendome_column_reconstruction_1873

Dès la déchéance de l’Empire et la proclamation de la République le 4 septembre 1870, des voix s’élèvent dans Paris pour réclamer la mise à bas de la colonne Vendôme, considérée comme l’odieux symbole des malheurs de la France. « Ainsi donc, au lendemain de Sedan, un violent orage grondait contre la colonne Vendôme », écrira Jules Castagnary en 1882 dans son opuscule intitulé Gustave Courbet et la colonne Vendôme, Plaidoyer pour un ami mort. Dans ce concert de revendications, Courbet s’exprime dans les colonnes du Bulletin officiel de la municipalité de Paris : « Attendu que la colonne Vendôme est un monument dénué de toute valeur artistique, tendant à perpétuer par son expression les idées de guerre et de conquête qui étaient dans la dynastie impériale, mais que réprouve le sentiment d’une nation républicaine, [le citoyen Courbet] émet le vœu que le gouvernement de la Défense nationale veuille bien l’autoriser à déboulonner cette colonne. » Cette proposition resta sans suite. Mais le projet fut repris par la Commune qui le vota le 12 avril 1871, tout en décidant la démolition du monument qui eut lieu le 8 mai  

La place Vendôme, voulue par Louis XIV, est dessinée par Jules Hardouin-Mansart et comportait en son centre une statue équestre du Roi-Soleil. La place était baptisée place Louis le Grand. En 1792, les révolutionnaires détruisirent la statue, symbole du pouvoir royal.

C’est en 1800 qu’un décret envisage la construction d’une colonne, au chef-lieu de chaque département, et dédiée aux braves du département. À Paris, une colonne nationale sur laplace de la Concorde, dédiée à la Nation et une départementale sur la place Vendôme furent décidées le 20 mars (29 Ventôse an VIII), par Bonaparte Premier Consul. La colonne nationale ne vit jamais le jour, celle projetée sur la place des Piques (place Vendôme) eut un début d’existence : Lucien, frère de Napoléon Bonaparte et ministre de l’Intérieur, posa la première pierre du monument le 14 juillet 1800 (25 Messidor An VIII). Sans aboutir, l’idée fut reprise en 1803 par le Premier Consul qui confirma la construction d’une colonne place Vendôme « à l’instar de celle élevée à Rome, en l’honneur de Trajan », ornée de 108 figures des départements montées en spirale et surmontée de la statue de Charlemagne ». D’abord dédié à la Gloire du Peuple Français, la colonne deviendra rapidement à la gloire de Napoléon Ier. Mais la construction fut lente et il fallut attendre 1805 et la fonte de 1 200 canons pris à l’ennemi, principalement russes et autrichiens, (au total 180 tonnes) pour que le projet, relancé par Vivant Denon, avance. C’est le fondeur Jean-Baptiste Launay qui l’a réalisée. Achevée en 1810 et dédiée à la gloire des armées victorieuses, la colonne fut baptisée colonne de la Grande Armée. Une statue de Napoléon en César par le sculpteur Antoine-Denis Chaudet (1763-1810) fut placée au sommet.

En 1814, lors de l’occupation de Paris par les troupes alliées, la statue fut enlevée à l’initiative du marquis de Maubreuil et de Sosthène de La Rochefoucauld et remplacée par un drapeau blanc fleurdelisé pendant la Restauration. En 1818, elle fut fondue pour réaliser la statue équestre de Henri IV sur le Pont Neuf.

La même année le goguettier Émile Debraux composa une chanson : La Colonne, à la gloire de la colonne et de Napoléon 1er. Elle eut immédiatement un très grand succès. Cette chanson lança son auteur et connut durant longtemps la célébrité. Elle est à présent tout à fait oubliée par le public.

Sous la monarchie de Juillet, une nouvelle statue de l’empereur, en petit caporal, par Charles Émile Seurre, (aujourd’hui aux Invalides), est placée au sommet de la colonne le 28 juillet 1833, en présence de Louis-Philippe, soucieux de capter à son profit un peu de la gloire de l’Empire.

Napoléon III, estimant que cette précieuse statue était en péril au sommet de la colonne, la fit déposer et remplacer en 1863 par une copie de la première statue en empereur romain de Chaudet, réalisée par le sculpteur Auguste Dumont.

Lors de l’insurrection de la Commune de Paris, le peintre Gustave Courbet adresse une pétition au gouvernement de Défense nationale le 14 septembre 1870 demandant « à déboulonner la colonne, ou qu’il veuille bien lui-même en prendre l’initiative, en chargeant de ce soin l’administration du Musée d’artillerie, et en faisant transporter les matériaux à l’hôtel de la Monnaie ». Il n’a en fait que l’intention de la faire reconstruire aux Invalides. La Commune de Paris au pouvoir, les fins en Vendome Column A.jpgdeviennent plus radicales :

« La Commune de Paris, considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République française, la fraternité, décrète : article unique – La colonne Vendôme sera démolie. »

Le 16 mai 1871, la colonne est abattue, non sans difficulté. Les plaques de bronze sont récupérées. Après la chute de la Commune, le nouveau président de la République, le maréchal de Mac-Mahon, décide en mai 1873, de faire reconstruire la Colonne Vendôme aux frais de Gustave Courbet (soit plus de 323 000 francs selon le devis établi). Gustave Courbet obtient de payer près de 10 000 francs par an pendant 33 ans, mais meurt avant d’avoir payé la première traite.

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Et voici Badinguet

Posté par francesca7 le 1 août 2015

 

Et voici Badinguet dans FONDATEURS - PATRIMOINE 220px-Badinguet_allant_en_guerre Qui est Badinguet ? C’est un ouvrier maçon qui, en réalité, s’appelle Pinguet. Mais ses compagnons l’appellent Badinguet. Badinguet travaille au fort de Ham. Et dans ce fort réside un prisonnier illustre ou qui se prend pour tel. En effet, ce prisonnier s’appelle Charles-Louis-Napoléon Bonaparte.

Troisième fils de Louis Bonaparte – l’ancien roi de Hollande – et de Hortense de Beauharnais, donc neveu de Napoléon Ier le Grand, il est persuadé que, depuis la mort de Napoléon II, le duc de Reichstadt en 1832, son destin, c’est la France !

À deux reprises, en 1836 à Strasbourg, et en 1840 à Boulogne, il a tenté de prendre la place de Louis-Philippe, mais les deux tentatives ont sombré dans le ridicule, et lui, dans le fort de Ham.

C’est là qu’il demeure prisonnier pendant six ans avant de s’en évader en revêtant les vêtements de Pinguet, dit Badinguet, ce qui lui vaudra, jusqu’à la fin de sa vie, le surnom de l’ouvrier maçon : Badinguet !

Quelle est l’origine de ce sobriquet qu’on retrouve dans la correspondance de Gustave Flaubert et par lequel on essaya de ridiculiser l’empereur Napoléon III, l’impératrice Eugénie étant, elle, surnommée Badinguette ? C’est ce que nous allons essayer d’éclaircir…

Une légende assez généralement répandue, veut que Badinguet soit le nom de l’ouvrier maçon dont le prince Louis-Napoléon revêtit le costume lors de son évasion du fort de Ham (26 mai 1846). Il n’y a pas un mot de vrai dans cette histoire, ainsi que l’a démontré Hachet-Souplet dans un chapitre de son ouvrage intitulé Louis-Napoléon prisonnier au fort de Ham.

Dans les documents officiels relatifs à cette affaire et au procès qui s’en est suivi, on ne trouve effectivement aucune trace du soi-disant maçon Badinguet. On rencontre ce nom pour la première fois dans une caricature de Gavarni publiée par le Charivari, le 29 janvier 1840 (série des Étudiants de Paris). On y voit un étudiant qui abuse de la candeur d’une grisette en lui montrant un squelette accroché au mur et lui disant : « Tu ne la reconnais donc pas, Eugénie, l’ancienne à Badinguet ? Une belle blonde… qui aimait tant les meringues et qui faisait tant sa tête… Oui, Badinguet l’a fait monter pour 36 francs. »

D’après les frères Goncourt (Gavarni, l’Homme et l’OEuvre, 1873), Gavarni aurait forgé ce nom d’après celui d’un ami habitant les Landes, nommé Badingo. S’il est facile de faire justice de la légende de l’ouvrier maçon, il l’est beaucoup moins de comprendre par suite de quelles circonstances le nom de Badinguet, emprunté au dessin de Gavarni, est devenu le sobriquet populaire de l’empereur.

On a parlé vaguement d’un sculpteur en têtes de pipes qui aurait signé ses œuvres du nom de Badinguet. Ces pipes auraient rappelé la figure du prince-prétendant. C’est un fait qu’il s’agirait d’établir. Dans un vaudeville de Dumanoir et Brisebarre, représenté au Palais-Royal le 15 février 1841 : Madame Camus et sa demoiselle, il y a bien un personnage du nom de Badinguet, mais on ne peut trouver dans ce rôle aucune allusion applicable au prince Louis.

L’origine qui semble la plus naturelle nous est fournie par A. Morel dans son livre surNapoléon III, sa vie, ses œuvres et ses opinions, publié en 1870. Le prisonnier avait obtenu, par une faveur exceptionnelle, la permission de se livrer à l’équitation dans la cour du château de Ham. Les soldats s’amusaient de ce spectacle, et l’auteur suppose qu’ils ne se privaient pas de laisser échapper quelques lazzis à son adresse.

« Il paraît, dit-il (p. 246), qu’ils lui donnaient entre eux le nom de Badinguet : or ce mot, en picard et en wallon, signifie quelque chose d’intermédiaire entre étourdi et badaud. Louis-Napoléon montra de l’humeur, se piqua, se plaignit, renonça enfin au cheval. »

Malheureusement, il est fort douteux que cette étymologie de Badinguet soit exacte. Il n’en est fait aucune mention ni dans le Dictionnaire étymologique de la langue wallonne, de Grandgagnage (1845), ni dans le Glossaire du patois picard, de l’abbé Corblet (1851).

BadinguetteMais voici un petit fait, passé inaperçu, qui pourrait bien jeter quelque lumière sur le problème que nous cherchons à pénétrer. Dans une Lettre de Ham, publiée par la Revue de l’Empire en 1844, nous relevons le passage suivant (p. 257), au milieu d’une description du cabinet occupé par Louis-Napoléon : « Un paravent, couvert de lithographies du Charivari, forme une espèce d’hémicycle autour de la table. (…) Ici l’étude donne la main à la science comme l’esprit se récrée par les excentriques bouffonneries du crayon de Grandville et de Gavarni. »

Rappelons que le prince Louis, après sa tentative de Boulogne (6 août 1840), fut condamné à l’emprisonnement perpétuel, et interné, le 7 octobre suivant, dans la citadelle de Ham. N’est-on pas tout naturellement conduit à penser que le dessin de Gavarni, de publication récente, figurait sur le paravent, et que les gardiens du prince se sont amusés à lui appliquer un sobriquet qu’ils avaient chaque jour devant les yeux ? Ce ne peut être là une certitude, bien entendu, mais c’est assurément une hypothèse des plus acceptables.

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Les utopies de Charles Fourier

Posté par francesca7 le 29 juillet 2015

 

Peut-on imaginer une société harmonieuse, où les passions de chacun seraient totalement satisfaites – où l’insécurité, la pauvreté, endémiques en 1830, n’existeraient plus ? Vous en avez rêvé ?

Description de cette image, également commentée ci-aprèsCharles Fourier l’a fait ! Pour Fourier (1772 – 1837), Claude de Saint-Simon (1760 – 1825) qui prétend organiser la société pour favoriser l’industrie est un charlatan ! Fourier considère que les sociétés humaines sont des forêts de sentiments inexplorés, attaqués et repoussés par l’État et la religion, sentiments qu’il faut identifier comme on a pu le faire pour les végétaux. Il recense donc les passions (sensuelles, affectives, distributives) et imagine des unités de vie où les habitants sont rassemblés en fonction de leur passion dominante.

L’identification de la passion dominante permet de régler harmonieusement l’activité du groupe : les « cabalistes » qui ont la passion de l’organisation conduisent les travaux ; les « papillonnes » qui aiment le changement assurent les tâches saisonnières ou temporaires ; les « petites hordes » sont composées d’enfants chez qui on a remarqué une passion pour la manipulation d’immondices : ils vont servir d’éboueurs… Ainsi est obtenue une société qu’il qualifie de chimiquement parfaite. Chaque unité de vie, la phalange – qui remplace la famille, source de conflits et d’autorité –, compte 1 600 personnes, hommes et femmes à égalité.

BioFourier-Doc9-DecesElle est logée dans un phalanstère. C’est une sorte de palais en forme d’étoile au milieu d’un parc de 400 hectares Le logement et la nourriture y sont collectifs. Les salaires sont déterminés sur la base du capital, du travail et du talent. Tout y est réglé au préalable, jusqu’à la façon de s’habiller. La polygamie y est étendue à tous afin de ne plus contrarier les sentiments et de parvenir à une nouvelle forme de chasteté…

Le phalanstère comporte des galeries marchandes, des bibliothèques, un temple pour accueillir 1 500 personnes. 90 % des phalanstériens sont des cultivateurs ou des artisans ; les 10 % restants sont des artistes et des savants. Les enfants sont élevés en commun, l’éducation conjugue théorie et pratique, chaque membre – connaissant vingt métiers – en pratiquera cinq ou six par jour. Les disciples de Fourier tentent de réaliser l’utopie du maître : c’est un échec total. Seul le fabricant de poêles Godin (1817 – 1888) obtiendra des résultats positifs. Il crée en 1856 – à Guise dans l’Aisne – au lieu du phalanstère, le familistère. Il y institue le système coopératif. Ce familistère comporte 500 logements – familiaux et traditionnels… – au confort moderne : eau courante, toilettes, vide-ordures, luxe incroyable à l’époque.

On y trouve aussi un théâtre, des économats, des écoles, des pouponnières, une piscine, un lavoir, un parc… Le familistère, enfant de l’utopie fouriériste – qu’on peut visiter aujourd’hui à Guise – est tombé dans l’escarcelle capitaliste en l’an… 1968 !

 

La quête de Fourier est celle d’une harmonie universelle. Il présente sa théorie comme résultant d’une découverte scientifique dans le domaine passionnel, parachevant la théorie de la gravitation d’Isaac Newton dans le domaine matériel. Dans le cadre de cette théorie dite de l’Attraction passionnée, l’univers serait en relation avec les passions humaines, qu’il reflèterait. Ainsi déclare-t-il possible de s’informer sur les situations passionnelles humaines en observant notamment les animaux et les plantes terrestres, et en appliquant à ces observations un raisonnement analogique dont il donne quelques clés.

Fourier classe hommes et femmes en 810 catégories. Ces catégories correspondent à autant de passions, sous-passions, sous-sous-passions, etc., différentes. Sur cette base de 1 620 caractères qu’il appelle une phalange, il jette l’organisation des phalanstères composés, comme il se doit, d’autant de personnes.

De fait, chaque personne au sein du phalanstère œuvre selon ses affinités, tout en accordant une place particulière à l’agriculture, ainsi qu’aux arts et aux sciences.

Il pose ainsi les premières bases d’une réflexion critique portant sur la société industrielle naissante et ses défauts les plus criants. Selon lui, pour faire cesser les vices de la société civilisée, il suffit de faire confiance aux indications données par l’Attraction passionnée, cette impulsion donnée par la nature antérieurement à la réflexion et persistante malgré l’opposition du devoir, du préjugé, etc.

Charles Fourier considère ainsi que l’attirance naturelle des humains pour l’activité et la vertu est totalement entravée et pervertie par le travail, un état où l’homme s’impose à regret un supplice, et par la morale, cette mortelle ennemie de l’attraction passionnée.

Il propose donc, après mûrs calculs et réflexions, ces sociétés idéales composées d’une phalange de 1 620 individus de tous âges, nommées phalanstères, où chacun s’active dans de multiples groupes fréquentés successivement dans la journée. Les groupes principaux sont appelés des séries, constituées de gens réunis passionnément par identité de goût pour quelque fonction. L’intégration dans le groupe est réalisée en toute liberté et par choix réciproque, comme de nos jours se constituerait un orchestre amateur ambitieux.

Il faut savoir que chacun y est rétribué après répartition des dividendes annuels du phalanstère d’abord entre les séries, puis entre les groupes qui les composent. Vient ensuite la répartition entre les individus. La méthode est identique pour chaque échelle : le montant dépend du rang occupé dans le phalanstère. Ce rang est déterminé selon divers critères, appliqués à l’intérieur de trois classes : nécessité, utilité et agrément. Ce n’est pas la valeur marchande des produits qui entre en ligne de compte, mais leur capacité à susciter le désir de produire, et leur potentiel d’harmonisation du phalanstère (mécanique d’attraction et d’harmonie).

La répartition entre l’intérêt individuel et l’intérêt collectif se réalise équitablement grâce à l’existence d’intérêts croisés, du fait même de la participation de chaque individu à de nombreux groupes (effet du libre essor de la passion du changement, la papillonne). Les dividendes attribués au groupe sont ensuite répartis entre les individus qui le composent, en prenant bien soin de s’appuyer sur la cupidité en premier (accord direct), afin que la générosité (accord indirect) puisse s’exprimer ensuite. Sont ainsi constitués trois lots, 5 à 6/12e pour le travail, 4/12e pour le capital et 2 à 3/12e pour le talent (lot dont sont exclus les novices).

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Les dividendes ainsi perçus viennent en positif sur le compte de chaque individu (et non de chaque famille, les enfants étant émancipés dès l’âge de 3 ans). Sur ce compte sont inscrits en négatif le revenu minimum annuel garanti à chacun dès l’âge de trois ans révolus, et le coût des biens et services qu’il a obtenus du phalanstère au cours de l’année (costumes, repas, autres fournitures et services…). Le solde positif n’est donc distribué qu’en fin d’année, et seulement à leur majorité pour les mineurs.

Charles Fourier promeut ainsi plusieurs idées très innovantes dont la création de crèches, l’une des premières tentatives de libération de la femme. Il faut insister sur la libre et sage audace de Fourier à une époque où les femmes se trouvent en position subalterne :Les progrès sociaux, écrit-il, s’opèrent en raison des progrès des femmes vers la liberté et les décadences d’ordre social en raison du décroissement de la liberté des femmes. (Théorie des Quatre mouvements).

Fort de ses convictions, il tente de faire réaliser un phalanstère expérimental par quelques mécènes fortunés, mais n’y parvient pas de son vivant. Après sa mort, quelques tentatives de création de communautés utopiques ont bien lieu, mais à part le familistère de Godin, toutes faillissent du fait de querelles internes. De toute façon, aucune n’approche le bonheur promis par le théoricien socialiste, en raison du non-respect de ses prescriptions, sans doute trop libertaires pour l’époque de leur réalisation.

Quoi qu’il en soit, par sa réflexion sur l’organisation du travail, sur les relations entre les sexes, entre l’individu et la société…, il apparaît comme un précurseur et du socialisme et du féminisme français.

Dans le cycle de l’humanité de 80 000 ans présenté par Charles Fourier, la huitième période qu’il considère comme la première phase d’Harmonie rompt avec le système de domination au profit d’un système d’association domestique et agricole. Grâce à l’abondance générée par le libre cours laissé à la productivité naturelle des humains, le Phalanstère est un lieu de vie luxueux, et en même temps l’unité de base de la production. Il comprend un immense palais prolongé par des bâtiments ruraux, au-delà de la grande route qui limite la cour d’honneur. En Harmonie, l’industrie manufacturière est subordonnée à l’agriculture, elle-même réalisée en lien avec les cultures et passions locales. L’ensemble immobilier est ainsi placé dans un décor champêtre bigarré et entrelacé, en raison de la recherche du meilleur terroir pour chaque espèce cultivée. Charles Fourier nomme une telle organisation agricole l’ordre engrené pour le distinguer de l’ordre massif, celui de l’agriculture traditionnelle qui présente cultures et forêts en grandes masses séparées. Plus loufoque encore, certaines transformations écologiques qui devraient se réaliser : des hommes chevauchant des poissons pour se déplacer, des fontaines naturelles de limonade…

La planète est librement et constamment parcourue par de grandes bandes composées principalement de jeunes hommes et femmes, accompagnés d’adultes d’âge mûr passionnés d’aventure. Ils assurent les travaux d’ampleur exceptionnelle, et leurs passages successifs dans les phalanstères de la planète suscitent en particulier les intrigues amoureuses qui rendent la vie en harmonie digne d’être vécue. Logés au dernier étage dans les caravansérails, ils sont nourris par les phalanstériens avec les mets et préparations très gastronomiques que l’organisation en séries passionnées permet de produire en grande quantité et sans effort. Les fêtes se succèdent pendant le séjour, avec des spectacles hauts en couleur dont l’excellence est rendue possible par l’importance donnée aux arts de la scène, à la chorégraphie et à la gymnastique dans l’éducation dès le plus jeune âge. À ce sujet, il imagine même qu’à intervalles réguliers, de grands écrivains viendront au monde pour exalter la réussite de cette communauté.

Dans un phalanstère, les journées d’activité sont longues, les nuits sont courtes. Les phalanstériens ne connaissent pas la fatigue due à la monotonie des tâches, au non-respect des rythmes naturels, aux dissensions générées par l’absence de choix des compagnons de production et à la hiérarchie non fondée sur le talent. Bien au contraire, s’activer successivement dans de nombreux groupes passionnés est une joie de tous les jours, qui conduit la vieillesse à être belle et attirante. Ainsi la considération et l’affection des plus jeunes lui échoient-elles naturellement.

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Chateaubriand : un homme de plume Saint-Malo

Posté par francesca7 le 28 juillet 2015

 

220px-Chateaubriand_CondéLe Grand-Bé. C’est là que François-René de Chateaubriand (1768 – 1848), le vicomte, a désiré être enterré, debout, face à la mer. Depuis, il a reçu des milliers de visiteurs, pas toujours très romantiques – Jean-Paul Sartre, par exemple…

Le vicomte a vécu son enfance et son adolescence dans le lugubre château de Combourg, non loin de Rennes. Devenu sous-lieutenant, il a effectué un voyage en Amérique pour fuir la Révolution, avant de se rallier à l’armée du prince de Condé et d’être blessé au siège de Thionville. Il se rapproche du consulat et du consul Bonaparte avec qui il n’entretiendra jamais de bons rapports, celui-ci ne l’estimant guère, le considérant surtout vaniteux et opportuniste. Après un voyage en Orient, Chateaubriand se retire dans sa propriété de La Vallée-aux-Loups près de Sceaux. Toutes les gloires de l’Empire lui échappent et excitent en lui une jalousie qui éclate à la Restauration dans le pamphlet De Buonaparte et des Bourbons.

Nommé pair de France, il devient ministre des Affaires étrangères de Louis XVIII, après la réussite d’une expédition en Espagne où les libéraux sont vaincus grâce au duc d’Angoulême à la bataille du Trocadéro – la place qui commande l’accès à la baie de Cadix. Congédié comme un laquais – ce sont ses mots… –, il passe dans le parti libéral ! Après l’avènement de Louis-Philippe, il revient dans le camp royaliste. Accusé de complot et arrêté en 1833, il va connaître la gêne matérielle, vivant des avances de son éditeur pour lequel il écrit les Mémoires d’outre-tombe. On connaît le succès de cette oeuvre ! Elle montre assez que, si Chateaubriand ne fut pas forcément un homme de poids, il fut au moins un homme de plume…

Il débute sa carrière politique en tant que secrétaire de légation à Rome (1803-1804), avant d’être nommé dans le Valais, poste qu’il ne rejoint pas : il donne sa démission quand il apprend l’exécution du duc d’Enghien (mars 1804). À l’été 1806, il entreprend son voyage en Orient, qui le mène jusqu’à la Terre Sainte et d’où il rapporte l’Itinéraire de Paris à Jérusalem(publié en 1811).

À son retour, il publie dans le Mercure de France (juillet 1807) un virulent article où il stigmatise le despotisme de l’Empereur. Contraint de s’éloigner de Paris, il achète la Vallée-aux-Loups. En 1814, il publie deux brochures politiques qui lui ouvrent à nouveau – brièvement – la carrière politique. Il suit Louis XVIII à Gand puis est nommé ministre et pair de France (1815).

Après la publication de la Monarchie selon la Charte (1816), où il condamne la dissolution de la Chambre dite « introuvable », il est destitué et contraint de vendre la Vallée-aux-Loups. Cofondateur du journal Le Conservateur, il y collabore de 1818 à 1820 et se fait un ardent défenseur de la liberté de la presse (1824).

Ambassadeur à Berlin (1821) puis à Londres (1822), il est ministre des Affaires étrangères en 1823-1824. En 1826, il signe un contrat avec Ladvocat pour l’édition de ses Œuvres complètes. Ambassadeur à Rome (1828-1829), il refuse de se rallier au nouveau régime après la chute de Charles X et se retire de la vie politique.

Il donne la première lecture publique des Mémoires d’outre-tombe chez Juliette Récamier, en 1834. L’ouvrage est publié après sa mort (4 juillet 1848), d’abord en feuilleton dans la Presse, puis en librairie (1849-1850).

« Chateaubriand aurait pu être un grand ministre. Je l’explique non point seulement par son intelligence aiguë, mais par son sens et sa connaissance de l’histoire, et par son souci de la grandeur nationale. J’observe également combien il est rare qu’un grand artiste possède des dons politiques à ce degré ».

Charles de Gaulle cité par Philippe de Saint-Robert (op. cit., p. 28 et 29).

De plus en plus opposé aux partis conservateurs, désabusé sur l’avenir de la monarchie, il se retire des affaires, après la Révolution de 1830, quittant même la Chambre des Pairs. Il ne signale plus son existence politique que par des critiques acerbes contre le nouveau gouvernement (De la Restauration et de la Monarchie élective, 1831), par des voyages auprès de la famille déchue, et par la publication d’un Mémoire sur la captivité de la duchesse de Berry(1833), mémoire pour lequel il est poursuivi, mais acquitté. Il publie également en 1831 des Études historiques (4 vol. in-8º), résumé d’histoire universelle où il veut montrer le christianisme réformant la société. Cet ouvrage aurait dû être le frontispice d’une Histoire de France, méditée depuis longtemps mais abandonnée.

Ses dernières années se passent dans une profonde retraite, en compagnie de son épouse. Il ne quitte guère sa demeure, un appartement au rez-de-chaussée de l’Hôtel des Missions Étrangères, au 120 rue du Bac à Paris, que pour aller à l’Abbaye-aux-Bois toute proche, chez Juliette Récamier, dont il est l’ami constant et dont le salon réunit l’élite du monde littéraire.

Il reçoit de son côté de nombreuses visites, tant de la jeunesse romantique que de la jeunesse libérale, et se consacre à l’achèvement de ses mémoires commencées en 1811.

Ce vaste projet autobiographique, ces Mémoires d’outre-tombe, ne devra paraître, selon le vœu de l’auteur, que cinquante ans après sa mort.

Il en sera finalement autrement puisque, pressé par ses problèmes financiers, Chateaubriand cède les droits d’exploitation de l’ouvrage à une « Société propriétaire des Mémoires d’outre-tombe », constituée le 21 août 1836, qui exigera que l’œuvre soit publiée dès le décès de son auteur, et y pratiquera des coupes franches, afin de ne pas heurter le public, ce qui inspirera d’amers commentaires à Chateaubriand :

« La triste nécessité qui m’a toujours tenu le pied sur la gorge, m’a forcé de vendre mes Mémoires. Personne ne peut savoir ce que j’ai souffert d’avoir été obligé d’hypothéquer ma tombe [...] mon dessein était de les laisser à madame de Chateaubriand : elle les eût fait connaître à sa volonté, ou les aurait supprimés, ce que je désirerais plus que jamais aujourd’hui.
Ah ! si, avant de quitter la terre, j’avais pu trouver quelqu’un d’assez riche, d’assez confiant pour racheter les actions de la Société, et n’étant pas, comme cette Société, dans la nécessité de mettre l’ouvrage sous presse sitôt que tintera mon glas ! »

— Chateaubriand, Avant-Propos aux Mémoires d’outre-tombe, 1846

Son dernier ouvrage, une « commande » de son confesseur, sera la Vie de Rancé, une biographie de Dominique-Armand-Jean Le Boutillier de Rancé (1626-1700), abbé mondain, propriétaire du château de Véretz en Touraine, et réformateur rigoureux de la Trappe, qu’il publie en 1844. Dans cette biographie, Chateaubriand égratigne une autre personnalité de Véretz, son contemporain Paul-Louis Courier, le redoutable pamphlétaire qui avait critiqué mortellement le régime de la Restauration soutenu par le vicomte, et brocardé celui-ci dans plusieurs de ses écrits.

Chateaubriand : un homme de plume Saint-Malo dans Bretagne

En 1847, Céleste meurt : « Je dois une tendre et éternelle reconnaissance à ma femme dont l’attachement a été aussi touchant que profond et sincère. Elle a rendu ma vie plus grave, plus noble, plus honorable, en m’inspirant toujours le respect, sinon toujours la force des devoirs. »

Chateaubriand meurt à Paris le 4 juillet 1848.

Ses restes sont transportés à Saint-Malo et déposés face à la mer, selon son vœu, sur le rocher du Grand Bé, un îlot dans la rade de sa ville natale, auquel on accède à pied depuis Saint-Malo lorsque la mer s’est retirée.

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Marie-Caroline, duchesse de Berry

Posté par francesca7 le 24 juillet 2015

 

Parce qu’il ne reste plus de descendant mâle de la branche aînée des Bourbons, et que ce sont les Orléans qui risquent de monter sur le trône, Louis XVIII a décidé de marier son neveu – qui est le fils du futur Charles X –, le duc de Berry, à Marie Caroline de Naples qui appartient à la famille des Bourbons-Sicile et descend, par sa mère, de la Maison des Habsbourg ! La rencontre entre Marie-Caroline et le duc de Berry a lieu en forêt de Fontainebleau, au carrefour de la croix Saint-Herem.

Marie-Caroline, duchesse de Berry dans FONDATEURS - PATRIMOINE 220px-Berry%2C_Marie-Caroline_duchesse_de_-_1Marie-Caroline est belle. Pleine de grâce et de légèreté, elle séduit tous ceux qui l’approchent, et, ce jour de juin 1816, lorsque, délaissant tout protocole, elle court se jeter aux pieds du roi et du duc de Berry, les témoins de cette rencontre sont à la fois attendris et conquis par celle qui pourrait devenir reine de France. Le 17 juin 1816 a lieu le mariage dans la cathédrale Notre Dame. Trente-six carrosses dorés, décorés de plumes, prennent ensuite la direction des Tuileries !

C’est le bonheur. Marie-Caroline rayonne ! Elle conquiert bientôt le coeur de la France entière ! La tragédie du 13 février 1820 la jette dans l’ombre jusqu’en 1832 où elle tente de revenir sur la scène politique pour assurer l’avenir de son fils le comte de Chambord. Après avoir débarqué dans des conditions difficiles à Marseille, elle rejoint la Vendée où elle espère rallier de nombreux partisans.

Mais les temps ont changé : ils ne se manifestent guère ! Entrée dans la clandestinité, elle vit en nomade, de château en château, de ferme pauvre en grange à foin. Elle se réfugie enfin dans une soupente à Nantes où, trahie, elle est arrêtée puis conduite en détention à Blaye. Déshonorée parce que mère en 1833 d’une fille de père inconnu, elle est privée d’avenir politique. Elle meurt en 1870.

 

Marie Caroline Ferdinande Louise de Naples et de Sicileduchesse de Berry, est née à Caserte en 1798 et morte au château de Brunnsee près de Mureck en Styrie en 1870.

Épouse de Charles Ferdinand d’Artois, duc de Berry, fils de Charles X, elle est la mère du comte de Chambord Henri d’Artois, prétendant légitimiste au trône de France.

Au nom de son fils le comte de Chambord, elle tenta en vain de prendre le pouvoir en France en 1832 en qualité de « régente ».

como_à_CapriLa duchesse s’intéressa à de nombreux domaines artistiques.

Comme son époux qui présidait la Société des Amis de l’Art, la princesse fut une grande mécène, encourageant par ses multiples achats dans les Salons de nombreux peintres et favorisant la production artistique et littéraire d’un grand nombre de musiciens et d’hommes de lettres.

Elle apporta également un parrainage actif à de nombreuses manufactures ainsi qu’à beaucoup de maisons de commerce ou ateliers d’artisanat, souhaitant ainsi favoriser l’essor économique du pays.

Mais son extrême générosité – elle fut surnommée « la bonne duchesse » – est moins connue; elle se manifesta par le soutien très actif qu’elle apporta tout au long de sa vie, même en exil, à de multiples organisations et associations aussi bien qu’aux victimes de catastrophes naturelles, nécessiteux ou anciens serviteurs de la monarchie.

La vente aux enchères publiques « Noblesse Oblige » organisée par la maison Sotheby’s à Londres le 14 avril 2011 a dispersé 70 objets et souvenirs historiques lui ayant appartenu, parmi lesquels :

  • son meuble d’aquarelliste orné d’une plaque en bronze doré sertie des miniatures de la duchesse et de ses deux enfants ;
  • une plaque commémorative de son mariage en porcelaine de Sèvres (1816) ;
  • le vaisseau en argent sur son socle en bois clair offert par la ville de Bordeaux à la naissance de son fils (1820) ;
  • trois bustes en biscuit de Sèvres d’elle et de ses enfants ;
  • son dernier service à café en porcelaine de Vienne ;
  • des sièges en acajou provenant du château de Rosny.
    • Le 25 mars 2013, c’est un bureau à cylindre entièrement incrusté de fleurs de lys et portant un médaillon marqueté à son chiffre, et une paire de vases en porcelaine ornés de médaillons en « biscuit » aux profils du duc et de la duchesse (Paris, Denuelle, vers 1823), offerts par elle à son amie la comtesse Leray de Chaumont et demeurés depuis dans sa descendance, qui seront vendus par Me Fraysse et Jabot, commissaires-priseurs, à l’hôtel des ventes de Tours.

Le 18 novembre 2009, une boîte en or du maître-orfèvre parisien Morel, ornée d’une miniature de Duchesne (1770-1856) représentant la duchesse de Berry, offerte par elle le 18 juillet 1828 au vicomte du Hamel, maire de Bordeaux, en remerciement de l’accueil royal de la ville lors de sa « mission » de propagande politique précitée, qui avait été depuis conservée par les descendants sans avoir été exposée, a été vendue aux enchères à Bordeaux à un collectionneur de souvenirs historiques pour la somme de 35 980 euros, au double des estimations (reprod. dans La Gazette de l’Hôtel Drouot no 250, du 27/11/2009, p. 250 ).

 

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Il a crié Tuez-le ! Je prends tout sur moi

Posté par francesca7 le 23 juillet 2015

Il a crié Tuez-le ! Je prends tout sur moi dans AUX SIECLES DERNIERS 200px-Roi_murat Murat, né en 1767, fils de Jeanne Loubières et de Pierre Murat, aubergistes à Labastide-Fortunière – depuis, Labastide-Murat – dans le Lot-et-Garonne. Murat l’intrépide, Murat la folie à la tête de ses charges de cavalerie auxquelles rien ne résiste. Murat d’Austerlitz, d’Eylau, de Wagram, Murat de la Moskova, mais pas de Waterloo…

Murat qui, au combat, pare son cheval de la peau de panthère d’apparat, et se pare lui-même avec tant de couleurs, d’uniformes extravagants que même les ennemis se le montrent du doigt, étonnés et amusés ! Murat, le beau-frère de Napoléon qui l’a fait roi de Naples. Après la défaite de Leipzig en 1813 : il quitte la Grande Armée, rentre dans son royaume italien, commence à l’administrer. Allié à l’Autriche, il va combattre les Français en 1814 !

En 1815, lors des Cent-jours, il attend l’appel de Napoléon. Cet appel ne viendra pas. Murat manquera cruellement à Waterloo ! Louis XVIII demande au congrès de Vienne qu’un Bourbon soit rétabli sur le trône de Naples. À la suite de diverses aventures, Murat est arrêté en Calabre, le 8 octobre 1815.

C’est à Naples que les ambassadeurs décident de son sort. L’Autriche, la Prusse et la Russie optent pour la prison. L’Espagne et l’Angleterre demandent la mort. L’ambassadeur anglais ajoute : « Tuez-le, je prends tout sur moi ! »

 Le 13 octobre 1815 au matin, Joachim Murat, quarante-huit ans, prince de Pontecorvo, se rend sur les lieux où va être exécutée la sentence. Il adresse aux soldats qui l’attendent, contraints d’obéir, des paroles de compassion. Il va commander lui-même le peloton d’exécution. Dans ses mains il serre un médaillon où figure le portrait de sa femme, la reine Caroline. Les yeux ouverts, il crie « Feu ! »

Le cavalier Murat

Doté d’un puissant charisme, il est un excellent meneur d’hommes et un brillant cavalier. Ses hommes reconnaissent en lui le chef qui les guidera à la victoire. Les Cosaques, cavaliers de l’armée russe, lui vouaient une véritable admiration. Soldat d’avant-garde, il sait fixer l’ennemi et le poursuivre après sa défaite. Il fait ainsi 15 000 prisonniers en cinq jours après la prise d’Ulm en 1805, et anéantit l’orgueilleuse armée prussienne après la double victoire d’Iéna et Auerstaedt. Sabreur, il mène ses escadrons à l’assaut des troupes ennemies aux cours des charges les plus folles, remportant des succès aussi incroyables que décisifs. Ainsi, il écrase l’armée turque à Aboukir, il évite la défaite à Eylau en prenant la tête de 80 escadrons qu’il fait charger sur les troupes russes, et ordonne la charge décisive à la bataille de la Moskowa.

220px-Patria_Esercito_Re_p283Il est cependant souvent emporté par son enthousiasme, ce qui lui vaut une réputation de fonceur et d’étourdi. À la bataille d’Heilsberg, en 1807, il se jette seul avec 9 000 cavaliers et quelques fantassins contre 80 000 Russes bien retranchés. Cela en fait également un mauvais général en chef qui épuise sa cavalerie à la poursuite des Russes qui se dérobent, au début de la campagne de Russie.

Murat est également réputé pour ses tenues toutes plus extravagantes les unes que les autres qui lui valurent le surnom de « roi Franconi », du nom d’un écuyer de cirque connu dans toute l’Europe du début du xixe siècle. Cette manie traduit sa vanité, sa volonté de se distinguer des autres généraux français. Il est de fait aisément reconnaissable sur les tableaux évoquant le Premier Empire (et était réellement immédiatement identifié dans les foules et sur les champs de bataille de l’époque), notamment par le port systématique d’énormes panaches blancs sur ses chapeaux.

Le général Griois a laissé dans ses mémoires un portrait de Murat qui résume le personnage.

 

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Entre mes mains, un pareil homme aurait fait de grandes choses

Posté par francesca7 le 20 juillet 2015

 Georges_Cadoudal_1804Cadoudal ! Un élève brillant au collège Saint-Yves de Vannes où il se signale par son sens de la répartie, par son esprit vif dans un corps qui en impose. Adulte, Cadoudal est un géant qui trouve dans la chouannerie bretonne une aventure à sa mesure.

Elle lui permet de quitter son bureau poussiéreux de clerc de notaire. En 1793, à vingt-deux ans, il refuse avec éclat la conscription, se retrouve au combat, est blessé, emprisonné à Brest, puis libéré. Lors du débarquement franco-anglais de Quiberon, le 27 juin 1795, c’est lui qui commande la troupe des chouans, jusqu’au désastre.

En 1796, il accepte de faire la paix avec Hoche, mais, en 1797, il se rend en Angleterre, est nommé commandant en chef de la Basse-Bretagne par le comte d’Artois (le futur Charles X). Il lève une armée de 20 000 hommes et reprend le combat en 1799.

Février 1800 : il signe la paix, davantage par contrainte que par volonté. Quelques mois plus tard, il participe à l’organisation de l’attentat de la rue Saint-Nicaise où Bonaparte aurait dû trouver la mort : une machine infernale composée de barils de poudre installés sur une charrette explose entre la voiture du premier consul et celle de Joséphine – on compte dix morts, des dizaines de blessés ; Bonaparte est indemne et demande que sa voiture poursuive son chemin, sans se préoccuper de son épouse… Retour en Angleterre pour Cadoudal.

Louis XVIII le nomme commandant en chef des armées de l’ouest. En 1803, il revient pour enlever Bonaparte, avec Pichegru, Moreau, et quelques autres. Arrêté le 9 mars 1804 à Paris, il est jugé et condamné à mort. Avec onze de ses compagnons, il est guillotiné le 25 juin 1804. Son corps est donné aux étudiants en médecine : le chirurgien Larrey garde son squelette, et le monte sur fil de fer afin de l’utiliser pour ses cours d’anatomie. Aujourd’hui, les restes de George Cadoudal reposent à Auray, au mausolée de Kerléano.

Bonaparte qui avait eu avec lui, en 1800, une entrevue plutôt houleuse, et qui cherchait à le sauver, eut ces mots : « Entre mes mains, un pareil homme aurait fait de grandes choses ! »

Cadoudal général du Morbihan

Après le désastre de l’expédition de Quiberon, Cadoudal prend une nouvelle dimension. Il condamne l’attitude des émigrés, dans une lettre à Vauban, le 7 septembre qu’il qualifie de « monstres qui auraient dû être engloutis par la mer avant d’arriver à Quiberon ». Le 16 août 1795, au château de la Grand’ville à Grand-Champ, Cadoudal est élu général de l’Armée catholique et royale du Morbihan, lors de la réunion du Conseil royaliste. Aussitôt, Cadoudal réorganise les forces du Morbihan, celles-ci sont réparties en 12 divisions de valeur cependant inégales. Jean Rohu pour la division d’Auray, Pierre Guillemot pour la division de Bignan et Locminé, la plus importante, Brulon, la division de Vannes Jean Jan, la division de Baud, Melrand et Guémené-sur-Scorff, Pierre Robinault de Saint-Régeant, la division de Loudéac, du Chélas, la division de Gourin et du Faouët, Bonfils de Saint-Loup, la division d’Hennebont, Louis de La Haye de Silz, la division de Muzillac, Entre mes mains, un pareil homme aurait fait de grandes choses dans Bretagne 170px-Mausol%C3%A9_de_cadoudal2Lantivy du Rest, la division de Pontivy César du Bouays, la division de Ploërmel et Malestroit et de Troussier, la division de La Trinité-Porhoët. Un autre officier, Le Paige de Bar tente d’étendre la Chouannerie à la Cornouaille. Cadoudal commande personnellement la division d’Auray, Pierre-Mathurin Mercier, dit la Vendée est commandant en second de l’armée, Julien Berthelot commande la cavalerie et de Trécesson dirige l’artillerie.

L’Armée catholique et royale du Morbihan compte alors 18 000 à 20 000 hommes. Le 31 août, Cadoudal lance une proclamation dans laquelle il engage les habitants du Morbihan à ne pas payer leurs impôts à la République. Il déclare que les collecteurs d’impôts seront punis de morts et que les paysans qui payeront leurs impôts devront fournir la même somme aux Chouans.

Les Britanniques et les émigrés ne renoncent pas à leur projet d’invasion. Le 2 octobre, une flotte britannique transportant 5 580 soldats commandés par le comte d’Artois s’empare de l’Île d’Yeu. Leur intention est de débarquer cette fois-ci en Vendée et faire leur jonction avec les troupes de Charette. Mais le prince à des difficultés à entrer en contact avec lui, tergiverse et reste finalement inactif. Cadoudal envoie alors Mercier sur l’île d’Yeu afin de le convaincre de débarquer en Bretagne plutôt qu’en Vendée.

Le 22 octobre, Cadoudal ordonne la reprise générale des combats. Il donne pour consigne à ses officiers d’attaquer tous les détachements de moins de 50 hommes, de former une cavalerie, de surveiller les routes et d’intercepter les courriers des Républicains, et de punir les soldats isolés qui se livrent au pillage. Le 4 novembre, après une attaque infructueuse la veille au pont de Bodvrel, en Sérent, Cadoudal, avec 400 hommes attaque Elven défendu par un poste de 150 soldats. La surprise échoue, les Républicains se retranchent dans l’église et dans la caserne et les Chouans doivent renoncer. Ils perdent 11 hommes, les Républicains déplorent 13 morts et 28 blessés. Un émigré, de Cordehem, écrit dans une lettre après le combat:

« Cette affaire fut la dernière dans laquelle je vis le général Georges ; elle me donna une bien haute idée de sa valeur, car il se tint constamment au milieu de nous, et comme il était le seul à cheval, et très facile à reconnaître, il était le point de mire des républicains, et il est inconcevable qu’il n’ait pas péri dans cette journée. »

Sur le chemin du retour Cadoudal échappe de peu à une embuscade au château de Grand’ville à Brandivy, mais les Chouans prennent leur revanche au moulin de Toulnay à Grand-Champ.

Le 25 juin 1804, les condamnés sont transférés de la prison de Bicêtre à la Conciergerie. Le marquis de Rivière raconte dans ses mémoires :

« Le jour même de l’exécution, on vint lui annoncer qu’il pouvait obtenir sa grâce : il demanda si ses officiers l’obtiendraient aussi. On lui répondit que pour ce qui les concernaient, le chef du gouvernement croyait devoir laisser à la justice son cours. « Allons, dit-il, je subirai la peine qui m’est infligée. C’est moi qui les ai engagés à venir, et je serais un lâche de vivre s’il doivent mourir. » »

Georges Cadoudal refuse farouchement, par principe, toute idée de demande de grâce, alors que tout laisse à penser que Bonaparte était plutôt demandeur en la matière. Le conseiller d’État Réal, qui lui propose avec insistance de signer un recours en grâce, se voit répondre : « Me promettez-vous une plus belle occasion de mourir ? »

À 10 heures les douze condamnés — Georges Cadoudal, Jean Le Lan, Jean Merille, Victor Deville, Pierre-Jean Cadudal, Michel Roger, Louis Picot, Louis Ducorps, Guillaume Le Mercier, Louis-Gabriel Burban, Aimé-Augustin Joyaut et Jean-Baptiste Coster de Saint-Victor — sont conduits place de Grève. Cadoudal demande à déroger à la règle voulant que le chef de bande soit exécuté en dernier afin que ses compagnons ne puissent douter de son engagement et penser qu’il pourrait accepter une grâce de dernière minute. À 11 heures, il récite une dernière prière avec son confesseur l’abbé de Kervanan puis monte sur l’échafaud. Avant que le couperet tombe, il crie à trois reprises « Vive le roi !

Regards contemporains

« Tenez, par exemple, il a y a parmi les conjurés un homme que je regrette; c’est Georges. Celui-là est bien trempé; entre mes mains un pareil homme aurait fait de grandes choses. Je sais apprécier tout ce que vaut la fermeté de son caractère, et je lui a aurais donné une bonne direction. Je lui ai fait dire par Réal que s’il voulait s’attacher à moi, non-seulement il aurait sa grâce, mais que je lui aurais donné un régiment. Que sais-je? je l’aurais peut-être pris pour aide-de-camp. On aurait crié; mais cela m’eût été, parbleu, bien égal. Georges a tout refusé; c’est une barre de fer. Qu’y puis-je ? il subira son sort, car c’est un homme trop dangereux dans un parti; c’est une nécessité de ma position. Que je ne fasse pas d’exemples, et l’Angleterre va me jeter en France tous les vauriens de l’émigration; mais patience, patience! j’ai les bras longs, et je saurai les atteindre s’ils bougent.

170px-Chouans_en_d%C3%A9route dans FONDATEURS - PATRIMOINEMoreau n’a vu dans Georges qu’un brutal, moi j’y vois autre chose. Vous devez vous rappeler la conversation que j’eus avec lui aux Tuileries, vous étiez avec Rapp dans la pièce à côté. Je n’ai pu parvenir à le remuer. Quelques-uns de ses camarades furent émus au nom de la patrie et de la gloire, mais pour lui il resta froid. J’eus beau tâter toutes les fibres, parcourir toutes les cordes; ce fut en vain, je le trouvai constamment insensible à tout ce que je lui disais. Georges ne parut alors à mes yeux que froidement avide du pouvoir, il en demeurait toujours à vouloir commander les Vendéens. Ce fut après avoir épuisé tout moyen de conciliation que je pris le langage du premier magistrat. Je le congédiai en lui recommandant surtout d’aller vivre chez lui, tranquille et soumis, de ne pas se méprendre sur la nature de la démarche que j’avais faite vis-à-vis de lui, de ne pas attribuer à faiblesse ce qui n’était que le résultat de ma modération et de ma force: Dites-vous bien, ajoutai-je, et répétez à tous les vôtres que, tant que j’aurai les rênes de l’autorité, il n’y aura ni chance ni salut pour quiconque oserait conspirer. Je le congédiai alors, et la suite a prouvé si j’avais raison de lui recommander de se tenir tranquille. Réal m’a dit que quand Moreau et lui s’étaient trouvés en a présence avec Pichegru, ils n’avaient pu s’entendre, parce que Georges ne voulait pas agir autrement que pour les Bourbons. Eh bien, il avait un plan, mais Moreau n’en avait aucun : il voulait renverser mon pouvoir sans savoir ce qu’il mettrait à ma place. Cela n’avait pas le sens commun. »

Citation de Napoléon Ier, cité par Louis Antoine Fauvelet de Bourrienne, Mémoires

 

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La paille au nez

Posté par francesca7 le 17 juillet 2015

La paille au nez dans FONDATEURS - PATRIMOINE 200px-Jean_Auguste_Dominique_Ingres%2C_Portrait_de_Napol%C3%A9on_Bonaparte_en_premier_consulSous les arcades du Palais-Royal, depuis le 15 septembre 1795, un petit général erre, l’âme en peine. Son visage de jour en jour jaunit, pâlit, il a faim, il n’a plus rien à manger. Ses vêtements sont élimés. Il n’a plus un sou ! Il tente de se faire inviter dans les salons à la mode pour subsister. Il a des idées noires, et certains soirs, même, une dangereuse mélancolie l’envahit. Il a été radié de la liste des généraux employés par le Comité de salut public.

Pourquoi ? Parce qu’il était le protégé du frère de Robespierre. Le petit général n’est pas si petit que cela, il mesure 1,68 m. Ses ancêtres habitaient l’Italie, en Toscane. Ils sont venus s’installer en Corse, cette île devenue française en 1768. Le petit général – qui n’est autre que le petit caporal , vous l’avez deviné… – est né à Ajaccio le 15 août 1769.

C’est le deuxième des treize enfants de Charles Bonaparte, un avocat au conseil supérieur de Corse, et de Marie-Letizia Ramolino. Ils lui ont donné pour prénom : Napoléon !

Napoléon enfant est d’un tempérament plutôt sombre mais plein de fougue, il est volontiers querelleur. Il vient en France faire des études au collège d’Autun, en compagnie de son frère Joseph, leur père ayant obtenu une bourse d’enseignement.

À son arrivée à Autun, en décembre 1778, Napoléon devient vite une curiosité pour ses camarades : il ne parle presque pas français et répond par un curieux Napolioné, quand on lui demande son prénom. Il est alors surnommé « la paille au nez » ! À onze ans, il est inscrit à l’École militaire de Brienne, dans l’Aube, réservée aux enfants de la noblesse pauvre. Entré en 1784 à l’École militaire de Paris, il en sort l’année suivante.

À seize ans, il est lieutenant d’artillerie ! Il se retrouve en garnison à Valence, puis à Auxonne, en Côte-d’Or, où Monsieur Pillet lui refuse la main de sa fille Manesca : il envisage pour elle des partis plus prometteurs ! Le lieutenant Bonaparte séjourne souvent en Corse dont il aimerait devenir l’un des hommes importants, mais il se brouille avec le nationaliste Paoli.

Le 11 juin 1793, les Bonaparte doivent s’exiler précipitamment en France, leur maison est détruite par les partisans de Paoli ! Ils débarquent à Toulon où les royalistes se sont révoltés, aidés des Anglais. Sous les ordres du général Dugommier, Bonaparte fait si habilement manoeuvrer son artillerie que la manifestation est écrasée ! Les Anglais quittent la ville le 18 décembre 1793.

Bonaparte devient alors général de brigade, il a vingt-quatre ans. Rayé de son grade par les thermidoriens, il erre sous les arcades du Palais-Royal, lorsque Barras qui se rappelle Toulon pense à lui…

Napoléon fit ériger à Paris de nombreux monuments dont plusieurs à la gloire de la Grande Armée et de ses victoires. Il a fait construire après la victoire à la bataille d’Austerlitz deux arcs de triomphe après avoir déclaré à ses soldats : « Vous ne rentrerez dans vos foyers que sous des arcs de Triomphe ». Le premier à être ordonné est l’Arc de triomphe de l’Étoile en 1806 pour en faire le point de départ d’une avenue triomphale traversant le Louvre et la place de la Bastille, il ne sera achevé qu’en 1836. Le deuxième est l’Arc de triomphe du Carrousel, construit de 1806 à 1808 et situé sur la place du Carrousel, à l’ouest du Louvre. La bataille d’Austerlitz est aussi commémorée par la colonne Vendôme, anciennement appelée colonne d’Austerlitz puis colonne de la Grande Armée, construite entre 1805 et 1810. Elle est surmontée d’une statue de Napoléon.

bonaparte

L’église de la Madeleine devait être elle aussi un temple à la gloire de la Grande Armée, comme prévu en 1805. En 1812, après la campagne de Russie, Napoléon changea d’avis pour revenir au projet d’une église. Elle fut finie en 1842. Napoléon fit aussi construire de 1807 à 1825 le palais Brongniart de style corinthien pour accueillir la Bourse de Paris. Il fit aussi construire le palais d’Orsay de 1808 à 1840, où s’installe le Conseil d’État.

Napoléon fit aménager la capitale. Il fit percer les rues de Rivoli, de Castiglione et des Pyramides ainsi que numéroter les immeubles de Paris. Il ordonna la liaison entre le Louvre et lepalais des Tuileries et la finition de la cour carrée du Louvre (construction de l’aile ouest et sud) qui devient un musée. Il offrit au palais Bourbon une nouvelle façade, érigée entre 1806 et 1810. Il fit construire trois ponts (le pont des Arts (1801-1803), d’Austerlitz (1802-1806) et d’Iéna (1808-1814)) et plusieurs dizaines de fontaines comme l’éléphant de la Bastille. Il fit embellir le jardin du Luxembourg et créer le jardin des Plantes, le canal de l’Ourcq, de Saint-Martin et de Saint-Denis. Enfin, Il fit aménager le cimetière du Père-Lachaise

 

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Qui était l’enfant du Temple, mort le 8 juin 1795

Posté par francesca7 le 15 juillet 2015

 Le 13 août 1792, un petit garçon de sept ans, prénommé Louis-Charles, monte l’escalier de la grosse tour de l’enclos du Temple – qui appartenait au X e siècle, aux Templiers. Il suit ses parents Louis XVI, roi de France, et sa mère la reine Marie-Antoinette, ainsi que sa soeur Marie-Thérèse, et sa tante, Madame Élisabeth. Ils y sont prisonniers.

L’enfant, devenu roi de droit sous le nom de Louis XVII, le 21 janvier 1793, après l’exécution de son père, est séparé de sa famille le 3 juillet 1793 au soir. Sans quitter la tour-prison du Temple, il est confié au cordonnier Antoine Simon, chargé de républicaniser le petit citoyen Louis-Charles Capet.

Loin du monstre parfois décrit, Simon aidé de sa femme s’attache à l’enfant, le distrait et tente de l’instruire. Est-ce parce qu’il montre trop d’intérêt pour le jeune Louis XVII qu’il est guillotiné en 1794 ? On l’ignore.

Description de cette image, également commentée ci-aprèsLouis-Charles est alors logé sous la surveillance de quatre commissaires dans une petite pièce sombre et humide où sa santé se dégrade rapidement – il souffre de tuberculose osseuse. Le lundi 8 juin 1795, vers trois heures de l’après-midi, il rend le dernier soupir dans les bras de l’un des commissaires qui se relaient à son chevet : Lasnes. Après la mort de Louis-Charles, le bruit court qu’une substitution ayant eu lieu – peut-être avec la complicité de Simon, ce qui expliquerait son exécution – le jeune roi serait toujours vivant.

 Plus de trente Louis XVII se feront ainsi connaître au XIX e siècle, dont le fameux Nauendorff, pseudonyme d’un certain Luis Capeto, nom fantaisiste de circonstance, horloger, marié aux Açores en 1803.

Il semble cependant que Louis XVII, que ses surveillants vigilants n’ont jamais quitté d’un oeil – on venait chaque jour trois fois vérifier s’il était bien dans sa chambre, et si c’était bien lui… – est bien mort le 8 juin 1795 au Temple.

 

Le 19 avril 2000, le prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, successeur des rois de France, annonçait à la presse que les analyses génétiques effectuées sur quelques fragments de coeur confirmaient que l’enfant de dix ans mort à la prison du Temple en 1795 était bien le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Au décès de son frère aîné le prince de Dombes (1755), il devint colonel général des Suisses et Grisons (jusqu’en 1762), gouverneur du Languedoc et il hérite ses propriétés, notamment le château d’Anet où il fait de fréquents séjours et où il s’adonne à sa passion pour la chasse. Même âgé, il continuait à la suivre dans une petite voiture à roulettes.

Le 28 mars 1762, il échange avec Louis XV la principauté de Dombes contre le duché de Gisors et les terres de Gretz-Armainvilliers et de Pontcarré.

Apprécié du peuple pour sa générosité, il cède la plupart de ses propriétés – le duché d’Aumale, le comté d’Eu, la principauté d’Anet notamment – à Louis XV en 1773 pour la somme de 12 millions de livres. Mais la transaction qui n’avait pas été terminée lorsque le roi meurt, est annulée par Louis XVI. Lorsque le comte d’Eu meurt en 1775, son cousin le duc de Penthièvre hérite de tous ses biens. Il est inhumé dans l’église Saint-Jean-Baptiste de Sceaux.

Dans les journaux, cette nouvelle fut lue par certains comme la dernière page d’un beau roman qu’ils s’étaient bâti, avec, cependant, une autre fin… Le coeur du dauphin Louis XVII a été transféré dans la basilique Saint-Denis le 8 juin 2004.

Ces bruits influencèrent, au tout début du xixe siècle, le romancier Regnault-Warin. Dans les derniers volumes de son Cimetière de la Madeleine, cet auteur développa – sans y croire lui-même – un scénario de l’enlèvement du dauphin : des agents royalistes envoyés par Charette s’introduisent dans la tour, où ils apportent, au moyen d’une cachette ménagée dans un « cheval de bois », un orphelin drogué à l’opium destiné à prendre la place du vrai dauphin. Ce dernier, dissimulé dans le même objet, est ainsi libéré de sa prison. Aux termes de nombreuses péripéties, et notamment d’une tentative d’exfiltration vers l’Amérique, l’orphelin royal est repris avant de mourir de maladie.
Malgré les nombreuses invraisemblances et le triste dénouement de ce récit, la thèse de la substitution gagna ainsi un nouveau mode de diffusion.

Peu de temps après la publication de ce roman, des « faux dauphins » commencèrent à apparaître et à réunir un nombre variable de partisans autour de leurs prétentions. Les condamnations des trois premiers (Hervagault,Bruneau et un certain Hébert, connu sous le titre de « baron de Richemont ») à de lourdes peines de prison ne découragèrent pas d’autres imposteurs, dont le plus célèbre est l’horloger prussien Karl-Wilhelm Naundorff, qui eut de nombreux adeptes jusqu’à la fin du XXe siècle.

220px-Simon_Louis_XVIIDans les récits qu’ils firent de leur prétendue évasion du Temple, la plupart de ces prétendants reprenaient la trame du roman de Regnault-Warin, le cheval de bois étant quelquefois remplacé par un panier de linge sale, et Charette par le comte de Frotté, ce dernier ayant effectivement échafaudé, sans pouvoir y donner suite, des projets d’enlèvement des orphelins royaux.
Aux imposteurs plus ou moins convaincants s’ajoutent de nombreux fous (comme Dufresne, Persat et Fontolive) ou encore des personnages dont l’identification à Louis XVII a surtout été l’œuvre de tiers, le plus souvent de manière posthume : c’est notamment le cas de l’officier de marine puis architecte français Pierre Benoît (actif à Buenos Aires), du pasteur iroquois Eliézer Williams, du musicien anglais Augustus Meves, du célèbre naturaliste John James Audubon et même de Louvel (assassin du cousin de Louis XVII).

Les circonstances exactes de la mort de Louis XVII et la rumeur concernant une éventuelle évasion de la prison du Temple ont attisé la curiosité de nombreux auteurs, comme G. Lenotre, André Castelot, Alain Decaux, Georges Bordonove ou Jacques Soppelsaqui remet en scène l’aïeul français de la famille argentine Zapiola, l’officier de marine puis architecte Pierre Benoît précité

Le 23 mai 1828, Pelletan remet la relique à monseigneur de Quélen, archevêque de Paris. Durant les Trois Glorieuses, l’archevêché est pillé et le cœur « Pelletan » passe entre les mains de plusieurs personnes. En 1895, Édouard Dumont, héritier de Philippe-Gabriel Pelletan (fils du docteur) remet le cœur « Pelletan » au duc de Madrid, Charles de Bourbon (1848-1909), neveu de la Comtesse de Chambord, par l’entremise de Me Pascal et du comte Urbain de Maillé, en présence de Paul Cottin, cousin du propriétaire et donateur du cœur, Edouard Dumont. En 1909, Jacques de Bourbon, fils de Charles de Bourbon, hérite du cœur, puis sa fille Béatrice, la princesse Massimo et enfin en 1938, Princesse Marie-des-Neiges, prétendante légitimiste au trône de France. En 1975, l’urne en cristal rejoint le Mémorial de France à la Basilique Saint-Denis. En 1999-2000, l’analyse ADN établit une parenté du cœur à l’urne avec les Habsbourg. Le cœur de Louis-Charles de France est placé, en 1975, dans la crypte royale de la basilique de Saint-Denis, lieu où ont été enterrés ses parents et une grande partie des rois de France.

Des analyses génétiques par comparaison d’ADN mitochondrial, pratiquées par le professeur Jean-Jacques Cassiman de l’Université Catholique de Louvain en Belgique, et par le docteur Bernd Brinkmann de l’université allemande deMünster, sur le cœur du présumé Louis XVII, et des cheveux de Marie-Antoinette, ont démontré en 2000 qu’il appartient bien à un enfant apparenté à cette dernière, en ligne féminine. Cependant, Louis XVII a eu un frère aîné décédé en juin 1789 et dont le cœur a lui aussi été conservé. Mais ce cœur a subi, comme les autres cœurs princiers, un traitement d’embaumement (ouverture, utilisation d’aromates, bandelettes, double boîte de vermeil et de plomb) très différent de celui auquel fut soumis le cœur de Louis XVII, « soustrait » par Pelletan, simplement conservé dans l’alcool, comme une vulgaire curiosité anatomique. Donc, les deux cœurs, s’ils étaient venus à être rassemblés (ce qu’aucun document historique ne prouve), n’auraient pu être ni confondus ni échangés.

Après enquête, l’historien Philippe Delorme est convaincu que ce cœur est bien celui que le docteur Philippe-Jean Pelletan a « soustrait » sur le cadavre de l’enfant mort au Temple le 8 juin 1795. Cette conclusion réhabiliterait donc les témoignages de contemporains recueillis par l’historien Alcide de Beauchesne. L’urne funéraire contenant ce cœur a été placée, le 8 juin 2004, sous l’oraison funèbre de l’aumônier Christian-Philippe Chanut, dans la chapelle des Bourbons de la basilique Qui était l’enfant du Temple, mort le 8 juin 1795 dans FONDATEURS - PATRIMOINE 170px-GrabLudwig_XVIIde Saint-Denis, lors d’une cérémonie rassemblant des membres de différentes branches de la famille de Bourbon et diverses personnalités.

Il demeure quelques partisans de la survivance du prince. Pour le professeur Jean Tulard, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, appelé par le ministre de la Culture à donner son avis sur le dépôt du cœur de Louis « XVII », le 8 juin 2004, l’analyse de l’ADN du cœur, conjuguée avec l’enquête menée sur son origine et les péripéties de son histoire, est suffisante pour attester de la mort du prince au Temple.

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Je vais rejoindre votre père

Posté par francesca7 le 15 juillet 2015

Je vais rejoindre votre père dans FONDATEURS - PATRIMOINE 220px-Acte_de_condamnation_%C3%A0_mort_de_Marie-Antoinette_par_le_Tribunal_r%C3%A9volutionnaire_14_et_15_-_Archives_Nationales_-_AE-I-5-18-34 Trois jours après que Robespierre et Saint-Just ont décidé que désormais, jusqu’à la paix, ils gouverneraient seuls, le procès de Marie-Antoinette, trente-huit ans, commence. Elle comparaît le 14 octobre devant le tribunal révolutionnaire présidé par Herman. Elle est assistée de deux avocats : Chauveau-Lagarde et Tronçon du Coudray.

L’accusateur public Fouquier-Tinville lit l’acte d’accusation qui souligne les relations de la reine avec l’ennemi, et son rôle dans la dilapidation des deniers publics. Le procès pourrait tourner en faveur de la reine, car elle se défend avec maîtrise et habileté.

Mais le substitut du procureur, l’enragé Hébert, voyant que sa future victime pourrait lui échapper, lance contre la mère du dauphin d’immondes accusations qu’il a publiées dans son journal : la reine aurait eu des relations incestueuses avec son fils. La reine prononce alors ces mots qui demeurent à jamais émouvants dans leur simplicité, leur vérité : « J’en appelle à toutes les mères… » Les avocats de la défense interviennent : ils sont jugés trop indulgents et arrêtés en pleine audience ! À quatre heures du matin, Marie-Antoinette entend sa condamnation à mort.

Au petit jour, elle va être préparée pour l’échafaud.

Vêtue d’une robe blanche, les épaules couvertes d’un fichu blanc, elle monte dans la charrette des criminels, demeure debout, le dos tourné au cheval. Seule. Durant le parcours, son regard scrute attentivement le numéro des maisons : elle sait que dans l’une d’entre elles, un prêtre réfractaire va lui donner sa bénédiction – on lui a imposé un prêtre jureur. Elle va monter rapidement les degrés de l’échafaud. Lorsque Sanson la dirige vers la planche verticale, elle lui monte sur le pied et s’excuse aussitôt : « Monsieur, je vous demande pardon, je ne l’ai point fait exprès. » Le bourreau l’attache contre la planche et l’entend : « Ma fille, mes enfants ! Adieu ! Je vais rejoindre votre père. »

Portrait

220px-Gautier-Dagoty_-_Marie-Antoinette%2C_1775 dans FONDATEURS - PATRIMOINE« Marie-Antoinette ne peut souffrir les personnages ennuyeux. » On dit d’elle qu’elle a un bon caractère mais qu’elle est en même temps partiale. « Le trait déplaisant de son caractère est la partialité. […]. Beaucoup accusent Marie-Antoinette de légèreté. À commencer par sa propre mère. […]. Elle aime seulement à se divertir, […]. »

« Sa beauté n’est pas régulière. […]. D’aucuns lui reprochent aussi la mâchoire trop forte des Habsbourg et une poitrine trop abondante. […]. Elle est « grande, admirablement faite » avec « des bras superbes » (Mme Vigée-Lebrun). […]. « Sa peau, dit encore sa portraitiste, était si transparente qu’elle ne prenait point d’ombre. » […]. « C’était la femme de France qui marchait le mieux » (Vigée-Lebrun) […]. « On n’a jamais fait la révérence avec tant de grâce » s’émerveille Tilly. Elle salue dix personnes en se ployant une seule fois. De la tête et du regard elle donne à chacun ce qui lui revient. […]. L’intelligence n’est pas moins vive. La correspondance le montre. »

Marie-Antoinette aime le théâtre, la comédie, le jeu (pharaon, tric-trac, billard…). Elle aime la danse « On dit qu’elle ne danse pas en mesure, écrit Horace Walpole, mais alors c’est la mesure qui a tort » et la musique. Elle chasse également. Le duc de Croÿ rapporte qu’« elle monte supérieurement17. » Elle aime les toilettes, les voyages dans les différents châteaux de la Cour autour de Paris, l’aménagement intérieur et la décoration. Elle lit même si la lecture n’est pas son passe-temps préféré.

« On lui passe difficilement ses bals et ses soirées dansantes chez ses amies ou ses beaux-frères. On ne lui pardonne pas les bals masqués de l’Opéra, inconvenants, juge-t-on, pour une reine de France. Malheureusement elle en raffole, et s’y fait conduire plusieurs fois pendant le carnaval. […]. On lui reproche aussi sa passion du jeu. Tous les soirs, elle joue au Pharaon jusqu’à deux ou trois heures du matin. […]. L’opinion publique lui fait grief de ses goûts dispendieux en matière de toilettes et de réceptions. Elle aime les toilettes, c’est vrai, mais ses fournisseurs en profitent abusivement. […]. Pour les réceptions et les voyages, Marie-Antoinette manifeste parfois des exigences coûteuses. […]. La reine agit de même pour les aménagements et décorations de ses appartements. Tout doit être fait tout de suite, et sans avoir égard au coût de l’opération. […]. En décoration son goût n’est pas toujours le meilleur, mais il est parfait en musique. Musicienne elle-même – elle chante et joue de la harpe et de la flûte -, elle exerce dans cet art un intelligent mécénat. Elle protège Gluck, son ancien professeur de musique, et surtout elle réalise fort bien le caractère novateur de son art. »

S’entourant d’une petite cour d’amis vite qualifiés de favoris (la princesse de Lamballe, le duc de Lauzun, le baron de Besenval, le duc de Coigny puis la comtesse de Polignac plus enjouée et spirituelle que la princesse de Lamballe qu’elle juge trop pieuse et timorée), elle suscite les jalousies des autres courtisans surtout après avoir évincé dans sa cour les vieux aristocrates. Ses toilettes et les fêtes coûteuses qu’elle organise profitent au rayonnement de la France, notamment pour la mode et le commerce du textile, mais sont critiquées, bien qu’elles soient une « goutte d’eau » dans les dépenses générales de la cour, des administrations, ou comparées au niveau de vie de certains princes de sang ou seigneurs menant grand train. Au total, les dépenses de la cour ne représentent que 7 % du budget du royaume, soit guère plus que les règnes précédents.

« Elle tient grand couvert et reçoit trois fois par semaine à Versailles. »

Pour retrouver à Versailles ce qu’elle a connu à Vienne – une vie plus détendue en famille avec ses amis –, elle va souvent avec quelques privilégiés au Petit Trianon (construit par Louis XV sous l’impulsion de sa maîtresse, Madame de Pompadour, qui décèdera avant que celui-ci ne soit terminé, puis que Louis XVI offrit à Marie-Antoinette). Elle fait construire un village modèle, le Hameau de la Reine, où elle installe des fermiers. Dans son petit théâtre, elle joue notamment Le Barbier de Séville de Beaumarchais et tient souvent des rôles de servante devant un Louis XVI amusé. Par son désir de plaisirs simples et d’amitiés exclusives, Marie-Antoinette va vite se faire de plus en plus d’ennemis, même à la cour de Versailles.

« Les escapades de Marie-Antoinette sont aussi fréquentes. Si Marly est délaissé – le cérémonial paraissant encore plus gênant qu’à Versailles – le petit Trianon a toute la faveur de la reine. […] Enthousiaste, la baronne [d'Oberkirch] ne s’étonne pas que la reine y reste « la plus grande partie de la belle saison ». Les usages ne sont pas ici ceux de la Cour, ils imitent plutôt la simplicité de vie de la gentilhommerie. La reine « entrait dans son salon sans que le piano-forte ou les métiers de tapisserie fussent quittés par les dames, et les hommes ne suspendaient ni leur partie de billard ni celle de trictrac ». Trianon offre peu de logements. Aussi les invités dînent-ils avec la reine, passent l’après-midi, soupent puis reviennent coucher à Versailles. Le roi et les princes (sauf Madame Élisabeth) viennent en galopins. Dames d’honneur et du palais n’y sont pas davantage établies, mais, par grâce royale, peuvent y venir souper les mercredis et samedis, nommés ainsi « jours du palais ». Vivre en particulier loin de la pompe monarchique, échapper à la tyrannie de l’étiquette, abandonner les fastueux mais encombrants habits de Cour pour « une robe de percale blanche, un fichu de gaze, un chapeau de paille », fait le bonheur de Marie-Antoinette. Au hameau – auquel on a donné « à grands frais l’aspect d’un lieu bien pauvre » – la reine joue à la fermière, regarde pêcher dans le lac ou assiste à la traite des vaches19. »

« Après la mort de la Marquise [de Pompadour] (1764), l’arrivée en France de l’archiduchesse Marie-Antoinette en 1770 ranime la vie musicale à Versailles. La dauphine cultive le chant, touche le clavecin et la harpe. […]. Plus que son talent de harpiste, la protection qu’elle accorde aux musiciens « constitue son vrai mérite musical ». Négligeant peintres et écrivains, la reine met son influence au service des musiciens, attire à la Cour Gluck (1773), Piccini – le maître le plus célèbre d’Italie (1776) -, Sacchini (1781), favorise la carrière de Grétry. Très attachée à l’auteur de Richard Cœur de Lion, elle le nomme directeur de sa musique particulière (1787), lui obtient dons et pensions, accepte d’être la marraine d’une de ses filles, favorise la création de ses opéras-comiques à Versailles, Fontainebleau ou Trianon. Dès son arrivée à la Cour, le chevalier Gluck, son ancien professeur à Vienne, est comblé d’honneurs. Six mille livres de pension et autant pour chaque opéra qu’il fera jouer doivent le retenir à Versailles. »

« Marie-Antoinette suit son exemple [de Madame de Pompadour]. Dauphine, elle courait avec son mari les salles parisiennes. Reine, elle ne change pas ses habitudes. « Sa Majesté, écrit Mercy-Argenteau en 1777, est venue aux spectacles de Paris deux ou trois fois chaque semaine. » Avec ses belles-sœurs elle anime agréablement sa société intime : elle apprend à jouer et possède son théâtre à Trianon. Au printemps 1780, elle devient actrice, avec une prédilection pour les comédies à ariettes. »

« Vrai et gai. La cour de France lui doit pour une bonne part le charme riant de ses derniers feux. Se plaisant à la vie de famille et aux simples réunions amicales, elle fait aménager pour sa vie intime à Versailles, Fontainebleau, Compiègne et Saint-Cloud, des petits appartements tapissés de toiles peintes à motifs de fleurs et d’oiseaux, ornés de lambris blancs et de glaces. Ennemie du cérémonial et de l’étiquette, elle invente un nouveau style de vie et de divertissement. À Marly, par exemple, en 1788, elle établit une espèce de café, où les seigneurs et les dames vont prendre leur petit déjeuner le matin. On se met à une petite table, et chacun se fait servir ce qu’il veut. »

Les papiers personnels de Marie-Antoinette, dont sa correspondance secrète avec Hans Axel de Fersen sont conservés aux Archives nationales sous la cote 440AP. La consultation se fait uniquement sous forme de microfilms.

Le 3 octobre 1793, Marie-Antoinette comparaît devant le Tribunal révolutionnaire, mené par l’accusateur public Fouquier-Tinville. Si le procès de Louis XVI devant la Convention avait conservé quelques formes de procès équitable, ce n’est pas le cas de celui de la reine. Le dossier est monté très rapidement, il est incomplet, Fouquier-Tinville n’ayant pas réussi à retrouver toutes les pièces de celui de Louis XVI. Pour charger l’accusation, il parle de faire témoigner le dauphin contre sa mère qui est alors accusée d’inceste par Jacques-René Hébert. Il déclare que la reine et Mme Élisabeth ont eu des attouchements sur le jeune Louis XVII. Marie-Antoinette ne répond rien et un juré en fait la remarque. Marie-Antoinette se lève et répond « Si je n’ai pas répondu c’est que la nature elle-même refuse de répondre à une telle accusation faite à une mère. J’en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici ! ». Pour la dernière fois, la foule (et surtout les femmes) applaudit la reine. Une fois la séance terminée, celle-ci demande à son avocat « N’ai je pas mis trop de dignité dans ma réponse ? ». Selon Gaspard Louis Lafont d’Aussonne dans ses mémoires publiés en 1824, des personnes dans la foule dirent le matin du jugement « Marie-Antoinette s’en retirera : elle a répondu comme un ange, on ne fera que la déporter ».

On l’accuse également d’entente avec les puissances étrangères. Comme la reine nie, Herman, président du Tribunal, l’accuse d’être « l’instigatrice principale de la trahison de Louis Capet » : c’est donc bien un procès pour haute trahison. Le préambule de l’acte d’accusation déclare également : « Examen fait de toutes les pièces transmises par l’accusateur public, il en résulte qu’à l’instar des Messaline, Frédégonde et Médicis, que l’on qualifiait autrefois de reines de France et dont les noms à jamais odieux ne s’effaceront pas des fastes de l’histoire, Marie-Antoinette, veuve de Louis Capet, a été, depuis son séjour en France, le fléau et la sangsue des Français. » Il ajoute « la cause des troubles qui agitent depuis quatre ans la nation et ont fait tant de malheureuses victimes. »

Les dépositions des témoins à charge s’avèrent bien peu convaincantes. Marie-Antoinette répond qu’elle n’était « que la femme de Louis XVI, et qu’il fallait bien qu’elle se conformât à ses volontés ». Fouquier-Tinville réclame la mort et fait de l’accusée « l’ennemie déclarée de la nation française ». Les deux avocats de Marie-Antoinette, Tronçon-Ducoudray et Chauveau-Lagarde, jeunes, inexpérimentés et n’ayant pas eu connaissance du dossier, ne peuvent que lire à haute voix les quelques notes qu’ils ont eu le temps de prendre.

Quatre questions sont posées au jury :

220px-Marie-Antoinette_au_Tribunal_révolutionnaire_by_Alphonse_François « 1. Est-il constant qu’il ait existé des manœuvres et des intelligences avec les puissances étrangères et autres ennemis extérieurs de la République, lesdites manœuvres et des intelligences tendant à leur fournir des secours en argent, à leur donner l’entrée du territoire français et à leur faciliter le progrès de leurs armes ?

2. Marie-Antoinette d’Autriche (…) est-elle convaincue d’avoir coopéré à ces manœuvres et d’avoir entretenu ces intelligences ?

3. Est-il constant qu’il ait existé un complot et une conspiration tendant à allumer la guerre civile à l’intérieur de la République ?

4. Marie-Antoinette est-elle convaincue d’avoir participé à ce complot et à cette conspiration ? »

Aux quatre questions, le jury répond « oui ». Lorsque le jury rend son verdict, il n’existe aucune preuve de l’accusation de haute trahison que l’on impute à la reine. Le dossier est vide de toute pièce.

Techniquement, au vu des pièces du procès, la condamnation n’est pas basée sur des faits avérés. On apprit plus tard que la reine entretenait une correspondance avec le comte Hans Axel de Fersen où il apparaît que l’Autriche et les monarchies d’Europe se préparaient à la guerre contre la France, ainsi lit-on dans une lettre du 19 avril 1792 adressée au comte que la reine écrivait : (…) « Les ministres et les jacobins font déclarer demain au roi la guerre à la maison d’Autriche, sous prétexte que par ses traités de l’année dernière elle a manqué à celui d’alliance de cinquante-six, et qu’elle n’a pas répondu catégoriquement à la dernière dépêche. Les ministres espèrent que cette démarche fera peur et qu’on négociera dans trois semaines. Dieu veuille que cela ne soit point et qu’enfin on se venge de tous les outrages qu’on reçoit dans ce pays-ci! (…) ». La reine, captive, n’était pour autant personnellement pas en mesure d’organiser ou d’ordonner directement quelque directive militaire que ce soit. Sa correspondance avec le comte de Fersen indique néanmoins qu’elle y incite par divers courriers.

Acte de condamnation à mort de Marie-Antoinette par le Tribunal révolutionnaire, Archives nationales.

En réalité, il fallait condamner la « veuve Capet ». Robespierre a donc intégré au jury le médecin qui soignait la reine à la Conciergerie, lequel a indiqué aux autres jurés que de toute façon Marie-Antoinette était médicalement condamnée à brève échéance car elle avait de forts épanchements sanguins.

La condamnation à mort, pour haute trahison, est prononcée le 16 octobre 1793 vers 4 heures du matin.

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