• BONJOUR A TOUS ET

    bienvenue (2)

     CHEZ FRANCESCA 

  • UN FORUM discussion

    http://devantsoi.forumgratuit.org/

    ............ ICI ............
    http://devantsoi.forumgratuit.org/

  • téléchargement (4)

  • Ma PAGE FACEBOOK

    facebook image-inde

    https://www.
    facebook.com/francoise.salaun.750

  • DECOUVERTES !

    petit 7

  • BELLE VISITE A VOUS

    aniv1

    PETITS COINS DE PATRIMOINE QUI SERONT MIS EN LUMIERE AU DETOUR DE NOTRE REGION DE FRANCE...

  • Cathédrale St-Etienne-Auxerre

    St-Etienne Cathédral, Auxerre

    « La restauration est une opération qui doit garder un caractère exceptionnel. Elle a pour but de conserver et de révéler les valeurs esthétiques et historiques du monument et se fonde sur le respect de la substance ancienne et de documents authentiques. Elle s’arrête là où commence l’hypothèse, sur le plan des reconstitutions conjecturales, tout travail de complément reconnu indispensable pour raisons esthétiques ou techniques relève de la composition architecturale et portera la marque de notre temps. » citation Charte de Venise, art. 9, ICOMOS, 196.

  • M

    JE SUIS ORIGINAIRE MOI-MEME DE LA BOURGOGNE....

  • FRANCE EN IMAGES

    G

    « Un monument restauré traduit les connaissances, les ambitions, les goûts, non seulement du maître d’oeuvre mais aussi du maître d’ouvrage : c’est le vrai révélateur de l’appréhension des édifices par une génération donnée, qui leur permet de reconnaître pour sien un édifice centenaire. » citation de Françoise Bercé.

  • amis

  • Méta

  • amis

  • Architecture Française

    5

  • Artisanat Français

    1

  • A

  • amour-coeur-00040

  • montagne

    Tout devient patrimoine : l'architecture, les villes, le paysage, les bâtiments industriels, les équilibres écologiques, le code génétique.

  • 180px-Hlézard1

  • Patrimoine Français

    3

    Citation sur la France.
    !!!!
    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

  • a bientot

ESCARGOT DE BOURGOGNE

Posté par francesca7 le 1 septembre 2013

      ESCARGOT DE BOURGOGNE dans Bourgogne helix_pomatia_002

En France quatre espèces sont ordinairement consommées sous le nom d’escargot :

  • Le petit-gris (Helix aspersa aspersa), avec des recettes plus diverses et souvent locales, une taille de 28 à 35 mm pour un poids adulte de 7 à 15 g. Présent dans les pays méditerranéens (Europe et Afrique du Nord) et la façade atlantique française.
  • Le gros-gris (Helix aspersa maxima), taille de 40 à 45 mm pour un poids adulte de 20 à 30 g, présent en Afrique du Nord.
  • Le véritable escargot de Bourgogne (Helix pomatia), traditionnellement préparé en coquille, au beurre persillé. Taille de 40 à 55 mm pour un poids adulte de 25 à 45 g. Répartition géographique naturelle :Europe centrale
  • Helix lucorum, importé des Balkans ou de Turquie, souvent vendu, à tort, comme escargot de Bourgogne.
  • On donne parfois le nom d’escargot de mer au bigorneau, mollusque marin d’apparence voisine.

On consomme aussi les œufs d’escargot sous la forme de caviar.

L’élevage (héliciculture) donne des résultats acceptables dans les conditions économiques actuelles. Il concerne principalement Helix aspersa. Le lieu où s’élèvent les escargots est appelé une escargotière, mais c’est aussi le nom du plat spécifique, creusé de petites cavités pour mettre les escargots au four et les servir.

Les textes réglementaires de la Communauté européenne ne considèrent pas l’escargot terrestre comme un mollusque. Il ne rentre pas non plus dans la définition juridique de viande.

Les escargots issus d’élevage ne sont jamais toxiques car leur alimentation est contrôlée. Les escargots dans un milieu pollué peuvent fixer dans leurs chairs des métaux lourds, le jeûne ne permet pas à l’escargot de relarguer ces métaux. Un jeûne de 32h est suffisant pour que l’intestin de l’escargot soit complètement vidé.

En Afrique on consomme certains escargots géants, en particulier l’achatine (Achatina fulica) très prisée depuis la Guinée jusqu’en Angola et dont le ramassage intensif menace certaines populations. On encourage dans ces pays l’« achatiniculture », sous forme de mini élevages. En revanche, cette espèce doit être gérée avec précautions car dans d’autres régions l’achatine peut se révéler invasive et elle est vecteur de Angiostrongylus cantonensis, le ver rond responsable de la méningo-encéphalite éosinophilique chez les humains.

Les escargots peuvent pour partie refléter la qualité de leur environnement en accumulant dans leur chair ou dans leur coquille certains polluants ou toxiques présents dans leur milieu. Leur mucus les protège des agressions extérieures, bactériennes et fongiques notamment. Il contribue à leur régulation thermique. Comme ce mucus est riche en acide sialique, la cible du virus grippal, la question a été posée de leur capacité à abriter une partie du cycle du virus grippal. Certaines espèces sont inféodées à un milieu particulier (roselière , boisements (pour l’Hélice des bois par exemple), etc. ce qui leur confère aussi une valeur d’indicateur.

Les escargots terrestres sont très sensibles aux paramètres thermohygrométriques et semblent également sensibles à la pollution lumineuse qui peut dérégler leur système chronobiologique et perturber les phases d’estivation (photo ci-contre) ou d’hibernation.

Les escargots ont disparu d’une grande partie des territoires agricoles cultivés à cause des pesticides. Le réseau bocager leur permet de mieux survivre, et il est permis d’espérer que les bandes enherbées rendues récemment obligatoires sur certaines surfaces en Europe puissent augmenter leurs chances de survie dans les milieux cultivés.

L’escargot de Bourgogne (Helix pomatia), est une espèce d’escargot de la famille des Helicidae, et du genre Helix. Il est le plus consommé en France, préparé en coquille et au beurre persillé. Rare et protégé en France et d’élevage économiquement non rentable, il provient du ramassage naturel des pays de l’Est. Escargot de Bourgogne, aussi appelé « gros blanc », plus rarement escargot de Champagne.

Sa coquille mesure 30-45 mm par 30-50 mm pour un poids adulte de 25 à 45 g. Elle est blanche à légèrement brune souvent avec une bande brune indistincte. Le péristomecest blanc

La tête porte le mufle et quatre tentacules : deux petits, dirigés vers le bas, explorent le sol alors que les deux autres, terminés par les « yeux », sont dressés.

La bouche est arquée ; la lèvre supérieure festonnée recouvre une mâchoire en forme de petite lame dure et fixe. À l’intérieur se trouve la langue râpeuse. Trois orifices sont visibles : – l’orifice de reproduction et de ponte situé à droite de la tête ; – l’orifice respiratoire et l’anus, tous deux situés à la jointure de la coquille et du pied.

Escargot à la coquille brun rouxIl pond en mai ou juin, 2 à 8 semaines après l’accouplement dans des trous creusés dans le sol. Il arrive également que l’escargot ponde une douzaine d’œufs supplémentaires en août ou septembre selon les régions. En Europe Centrale la ponte à lieu de mai à septembre.

Il a besoin d’une litière de 7 à 8 cm de profondeur pour pondre 40 à 80 œufs de 3 mm. Le sol ne doit être ni trop sec ni trop humide. Dans les sols argileux durs, le taux de reproduction diminue car l’escargot ne peut pas enterrer ses œufs et les nouveau-nés ont du mal à en sortir. Un sol composé de 30 % de matières organiques ainsi qu’une température de 21 °C et un taux d’humidité de 80 % constituent les conditions idéales.

Les escargots perdent un poids substantiel après la ponte. Environ un tiers ne s’en remettent pas.

Les œufs sont recouverts d’un mélange de bave et de terre qui permet de les conserver humides.

Les petits éclosent 3 à 4 semaines après la ponte, selon les conditions de température et d’humidité.

Il est actif du printemps jusqu’au premier froid puis il creuse un trou profond (jusqu’à 30 cm) et ferme sa coquille pour hiberner tout l’hiver.

Il atteint la maturité sexuel entre 2 et 5 ans.

Dans la nature, il vit 7 à 8 ans en moyenne et peut atteindre l’âge de 35 ans en captivité.

Espèce protégée

Depuis 1979 en France, certaines espèces d’escargots, en particulier Helix pomatia, font l’objet d’une protection spéciale prévoyant l’interdiction du ramassage pendant la période de reproduction, du 1er avril au 30 juin inclus. Durant les autres mois de l’année, le ramassage de l’escargot de Bourgogne est autorisé, à l’exception des sujets dont le diamètre est inférieur à trois centimètres.

L’escargot de Bourgogne est généralement considéré par les amateurs comme un gout plus marqué et à la chair plus ferme que le petit-gris.

L’escargot de Bourgogne est un mets traditionnel de la gastronomie française, en particulier dans les cuisines bourguignonne et champenoise.

Son élevage est difficile et il est importé de Hongrie, Pologne, Roumanie, Tchéquie, Bosnie-Herzégovine à partir de ramassage dans la nature. Contrairement à une idée répandue, son ramassage ne s’effectue pas en Grèce mais il y a des transformateurs qui importent le produit brut.

Ce prélèvement naturel en fait un aliment à risque par la capacité des escargots à fixer les contaminent.

 

Publié dans Bourgogne, FAUNE FRANCAISE | Pas de Commentaire »

Les pies-grièches à tête rousse

Posté par francesca7 le 1 septembre 2013


En sud-Morvan

Les pies-grièches à tête rousse dans Bourgogne 320px-lanius_senator

Elles arrivent fin avril et repartent fin août. Un court séjour chez nous en Morvan, juste le temps pour le couple de construire un nid constitué, entre autres, de tiges sèches et de racines, le plus souvent situé sur la partie terminale d’une longue branche, et d’élever ses quatre à six petits nés mi-juin avant de reprendre en famille son envol pour l’Afrique équatoriale. C’est que la pie-grièche à t^te rousse aime la chaleur. Pas la peine, donc d’espérer la rencontrer dans le Haut-Morvan. Trop froid, trop humide. Et trop boisé.

« la pie-grièche à tête rousse fréquente chez nous essentiellement les vergers et les bocages assez denses avec des alignements d’arbres et des vieux chênes au milieu des prairies pâturées où elles peuvent nicher et trouver des perchoirs pour guetter leurs proies, gros insectes principalement ou même petits campagnols que certaines accrochent aux fils barbelés pour les dépecer ou les garder en réserve pour plus tard » explique Cécile Détroit, ornithologue à la Société d’histoire naturel d’Autun (SHNA). C’est donc sur les bordures du Morvan où les températures sont plus clémentes et les paysages plus ouverts que l’on a le plus de chance d’observer ce passereau au bec de rapace, à tête rousse comme son nom l’indique, avec un large masque noir autour des yeux et un dos plutôt sombre qui contraste avec un ventre très clair.

« La Bourgogne est une région privilégiée pour cette espèce qui est en déclin en France » indique Cécile Détroit. Depuis 1981, la pie-grièche à tête rousse bénéficie de mesures de protection. Cependant, la fragmentation  des milieux bocagers qui isolent les populations, la disparition des arbres isolés qui la prive de ses sites de nidification et de ses postes de chasse ainsi que l’utilisation de produits phytosanitaires qui éliminent ses proies sont autant de menaces pour l’espèce.

La Pie-grièche à tête rousse bénéficie d’une protection totale sur le territoire français depuis l’arrêté ministériel du 17 avril 1981 relatif aux oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire. Il est donc interdit de la détruire, la mutiler, la capturer ou l’enlever, de la perturber intentionnellement ou de la naturaliser, ainsi que de détruire ou enlever les œufs et les nids, et de détruire, altérer ou dégrader son milieu. Qu’elle soit vivante ou morte, il est aussi interdit de la transporter, colporter, de l’utiliser, de la détenir, de la vendre ou de l’acheter.

Un plan national de sauvegarde est en cours d’écriture pour déterminer les actions à mettre en œuvre pour la conservation de l’espèce. En Bourgogne, l’Epob (étude et protection des oiseaux en Bourgogne à coordonner la rédaction d’un plan régional d’action auquel la SHNA participe avec la responsabilité des études sur le Morvan. « L’objectif est de dresser un inventaire des populations, améliorer les connaissances sur les densités, détecter les milieux favorables et proposer des actions » explique Cécile. « Il s’agit de passer le secteur au peigne fin. Nous lançons une invitation à tous les naturalistes, et plus généralement à tous ceux qui aiment la nature, à participer à ce week-end. On n’a pas besoin de connaissances particulières ; chaque équipe est constituée d’un spécialiste qui dirige l’observation ».

Une merveilleuse occasion de découvrir la nature morvandelle et de partager d’intenses moments.

Contact : shna.cecile@orange.fr

 

Publié dans Bourgogne, FAUNE FRANCAISE | Pas de Commentaire »

Demoiselles à 4 ailes

Posté par francesca7 le 18 août 2013

Demoiselles à 4 ailes dans FAUNE FRANCAISE libellule_4taches_f2-300x167 

Vous voyez voler de tous côtés ces beaux insectes à quatre ailes de gaze, si connus sous le nom de Demoiselles. Leur appétit carnassier contraste singulièrement avec la forme élégante et gracieuse qui leur a mérité ce nom.

Avec quelle ardeur elles poursuivent dans les airs la proie ailée qui rarement peut leur échapper ; portées sur leurs ailes rapides, elles parcourent en un clin d’œil un espace considérable, et saisissent au vol la mouche qu’elles dévorent sans s’arrêter. Tout en elles est approprié à cette vie de rapine ; leurs ailes sont d’une grandeur démesurée, et leurs pieds sont courts et robustes, leurs mandibules sont très fortes, et leurs yeux, plus grands que ceux d’aucun autre insecte, leur permettent de voir dans toutes les directions.

Elles font parties de l’ordre des névroptères, dont elles sont le type ; leurs antennes sont en forme d’alène, composées de sept articles au plus, dont le dernier plus effilé dépasse à peine la tête ; leurs mandibules et leurs mâchoires sont entièrement couvertes par le labre et la lèvre ; elles ont trois petits yeux lisses les deux gros yeux à réseau, et leurs tarses ont trois articles.

On les partage en trois genres : les libellules, les aeshnes et les agrions. Les libellules et les aeshnes ne diffèrent guère que par la forme de l’abdomen, qui est court et aplati chez les premières, et, au contraire, cylindrique, grêle et allongé chez celles-ci. On remarque aussi une certaine différence dans les nervures des ailes, dont les antérieures présentent, près de leur base, chez les libellules seulement, une cellule triangulaire bien remarquable avec la pointe dirigée en arrière. Leurs larves ne diffèrent que par leur forme plus ou moins allongée ; elles ont toutes l’abdomen terminé par cinq lames dures et pointues.

Les agrions, au contraire, se distinguent bien par l’écartement des yeux, par leurs ailes plus étroites, plus faibles, qui sont rapprochées et appliquées les unes contre les autres au lieu d’être étalées. Leurs larves diffèrent aussi beaucoup ; ce sont celles que vous voyez plus effilées et plus délicates ; elles sont vertes et leur corps est toujours terminé par trois lames en nageoire, ce qui leur permet de nager dans l’eau et de se mouvoir avec un peu plus d’agilité. En donnant quelques coups de filet dans les marais, nous allons avoir toutes ces larves en quantité. Elles sont vraiment bien remarquables par la forme singulière de la pièce qui remplace la lèvre inférieure ; cette pièce, que Réaumur nommait la Mentonnière, recouvre, comme un masque, tout le dessous de la tête ; elle est allongée, un peu plus large en avant où elle porte deux crochets mobiles, et s’articule en arrière sur un pédicule presque aussi long et mobile qui leur permet de s’avancer beaucoup. La larve, dont les mouvements sont trop lents pour lui permettre de poursuivre sa proie, se sert de cette pièce pour atteindre le petit insecte qui passe à sa portée. Cette longue palette se déploie subitement comme un ressort qui se détend ; elle saisit la proie avec ses tenailles ou crochets, et la rapporte contre les mâchoires.

Une autre singularité de ces larves, c’est leur manière de respirer. Elle font entrer une grande quantité d’eau dans leur intestin, qui est garni à l’intérieur de douze rangées de petites taches noires, symétriques, composées de petits tubes respiratoires ; puis quand cette eau est épuisée de l’air qu’elle contient, elles la lancent avec force, et se procurent ainsi un moyen de changer de lieu, à la manière des pièces d’artifices ou d’artillerie, qui reculent par l’effet de l’inflammation de la poudre.

Publié dans FAUNE FRANCAISE | Pas de Commentaire »

le langage et la raison des animaux

Posté par francesca7 le 17 août 2013


le langage et la raison des animaux dans FAUNE FRANCAISE corbeau2x-300x240Le sujet d’une émission raisonnée chez l’animal n’est point nouveau. Dans l’antiquité, on croyait à leur âme : ainsi de Platon et Flavius Josèphe qui ont cru au langage et à la raison des bêtes. Saint Basile lui-même dit dans son Homélie du Paradis terrestre, dont il fait une belle description, qu’il était peuplé de bêtes qui s’entendaient entre elles et qui parlaient sensément.

Nous pourrions citer bien d’autres auteurs, mais cela nous mènerait trop loin. Dupont de Nemours a cherché à comprendre et à traduire la langue de quelques animaux et surtout le chant des oiseaux ; et, bien que ses opinions soient hasardées, elles doivent du moins fixer l’attention sur une foule de faits curieux, car il est certain que les animaux, vivant en société ou en famille, doivent avoir quelques moyens de s’entendre et de se communiquer leurs idées.

C’est, selon cet observateur curieux, une erreur de croire que les oiseaux répètent toujours le même son. II assure que le croassement des corbeaux ne comprend pas moins de vingt-cinq mots différents, que voici :

Cra, cré, cro, cron, cronon.
Grass. gress, gross, gronss, grononess.
Crac, crea, crae, crona, groness.
Crao, creo, croe, crone, gronass.
Craon, creo, croo, crono, gronoss.

« Si nous pensons, ajoute Dupont, qu’avec nos dix chiffres arabes, qui sont dix lettres, dix mots, en les combinant deux à deux, trois à trois, quatre à quatre, on forme les chiffres diplomatiques de 100, de 1000, de 10000 caractères, et si on les combinait de cinq à cinq, on en ferait un chiffre de 100000 caractères, ou de plus de mots que n’en a aucune langue connue, on aura moins de peine à comprendre que les corbeaux puissent se communiquer leurs idées. Leurs vingt-cinq mots suffisent bien pour exprimer là, droite, armé, froid, chaud, partir, je t’aime, moi de même, un nid, et une dizaine d’autres avis qu’ils ont à se donner, selon leurs besoins. »


A propos du chant des oiseaux, Dupont continue ainsi : « Cette énergique accentuation du discours tient à la surabondance de l’amour. Les oiseaux ne peuvent trouver cette force énorme dans leurs muscles, si frêles, que par un excès de vie dont les éléments donnent à leur amour une extrême ardeur. En pareil cas, il ne suffit pas d’aimer, il faut ajouter à la pensée même par les intonations et le rythme. C’est ce qui fait nos poètes et ce qui rend nos oiseaux musiciens. »
Le chien n’emploie que des voyelles, et quelquefois, mais seulement dans la colère, les deux consonnes g et z. Le chat emploie les mêmes voyelles que le chien, et de plus six consonnes, m, n, g, r, v, f. Les araignées emploient deux voyelles et deux consonnes, puisqu’elles prononcent les mots tak et tok.

Le coq parle la langue de ses poules, mais, de plus, il chante sa vaillance et sa gloire. Le chardonneret, la linotte, la fauvette, chantent leurs amours. Le pinson chante son amour et son amour-propre ; le serin, son amour et son talent réel. Le mâle alouette chante un hymne sur les beautés de la nature, et déploie toute sa vigueur lorsqu’il fend les airs et s’élève aux yeux de la femelle qui l’admire. L’hirondelle, toute tendresse, toute affection, chante rarement seule, mais en duo, trio, en quatuor, en sextuor, en autant de parties qu’il y a de membres dans la famille sa gamme n’a que peu d’étendue et pourtant ce petit concert est plein de charmes.

Le rossignol a trois chansons : celle de l’amour suppliant, d’abord langoureuse, puis mêlée d’accents d’impatience très vive, qui se termine par des sons filés, respectueux, qui vont au cœur. Dans cette chanson, la femelle fait la partie en interrompant le couplet par des sons très doux, auquel succède un oui timide et plein d’expression. Elle fuit alors, mais les deux amants voltigent de branche en branche, le mâle chante avec éclat très peu de paroles rapides, coupées, suspendues par des poursuites qu’on prendrait pour de la colère : aimable colère !… C’est sa seconde chanson, à laquelle la femelle répond par des mots plus courts encore : Ami, mon ami.

Enfin on travaille au nid : c’est une affaire trop grande, on ne chante plus. Le dialogue continue, mais il n’est que parlé, et on y distingue à peine le sexe de ces interlocuteurs. C’est après la ponte que, perché sur une jeune branche voisine de celle qui porte sa famille, un peu au-dessus d’elle, battant la mesure par le petit mouvement qu’il imprime au rameau, et quelquefois par un léger mouvement des ailes, il distrait sa compagne des soins pénibles de l’incubation par les charmes d’une harmonie indicible.

Les deux couplets suivants rappelleront peut-être les vers de Du Bartas, qui essaya par des onomatopées bizarres de figurer le chant de l’alouette : du moins ceux-ci rendent en partie ce qu’en musique on appelle motif : c’est tout ce qu’il était possible de faire.

Dors, dors, dors, dors, ma douce amie,
Amie, amie,
Si belle et si chérie ;
Dors en aimant,
Dors en couvant,
Ma belle amie,
Nos jolis enfants,
Nos jolis, jolis, jolis, jolis, jolis,
Si jolis, si jolis, si jolis
Petits enfants.
(Un silence)Mon amie,
Ma belle amie,
A l’amour,
A l’amour ils doivent la vie.
A tes soins ils devront le jour.
Dors, dors, dors, dors, ma douce amie,
Auprès de toi veille l’amour,
L’amour,
Auprès de toi veille l’amour.

Le rossignol cherche la solitude. Cependant on ne trouve point cet oiseau dans l’intérieur des grandes forêts, ni surtout dans les montagnes couvertes de sapins. Cet oiseau sédentaire se tient dans les-bosquets ou sur la lisière des bois.

Un observateur s’est assuré que la sphère remploie par la voix du rossignol n’avait pas moins d’un tiers de lieue de diamètre, lorsque l’air était calme, et Beichstein est parvenu à rendre assez exactement, par les combinaisons de nos lettres, l’effet produit par le rossignol. Beichstein recommande de les siffler et d’essayer de prononcer en sifflant les sons indiqués par les lettres.

Voici la chanson du rossignol dans la langue de ces oiseaux. C’est vraisemblablement l’original rossignolier dont Dupont nous a donné la traduction en français.

Tiouou, tiouou, tiouou, tiouou,
Shpetiou tokoua,
Tio, tio, tio, tio,
Kououtio, kououtio, kououtio, kououtio,
Tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii,
Kouorortiou, Tskoua pipistkouisi,
Tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tsirrhading !
Tsisi si tosi si si si si si si si,
Tsorre tsosrre tsorse tsorrchi ;Tsatn, tsatn, tsatn, tsatn, tsatn, tsatn, tsatn,tsi.
Dlo dlo dlo dla dlo dlo dlo dlo dlo
Kouioo trrrrrrrrtzt.
Lu lu lu ly ly ly lil li li li
Kouio didl li loulybi.
Ila guour guour, koui kouio !
Kouio, kououi kououi kououikoui koui koui koui
Ghi, ghi, ghi.
Gholl gholl gholl gholl ghia hududoi.
Koui koui horr ha dia dia dillhi !
Hets, hets, hets, hets, hets, hets, hets, hets, hets,
hets, hets, hets, hets, hets, hets.
Touarrho hostehoi.
Kouia kouia kouia kouia kouia kouia kouia kouiati ;
Koui koui koui io io io io io io io koui
Lu lyle lolo didi io kouia.
Higuai guai guay guai guai guai guai guai kouior tsio tsiopi.

Jeunes lecteurs, chantez, égayez-vous en accompagnant les oiseaux qui s’ébattent au printemps.

Publié dans FAUNE FRANCAISE, LEGENDES-SUPERSTITIONS | Pas de Commentaire »

Chauve-souris de nos ancêtres

Posté par francesca7 le 30 juillet 2013

Chauve-souris : animal entouré de
superstitions et croyances

(D’après « Revue du traditionnisme français et étranger », paru en 1906)

Désignée dans le Bas Languedoc par le nom de rate-pennade, la chauve-souris, sur laquelle les enfants, inconscients de son singulier mode de vie, s’amusent à capturer, fait l’objet de plusieurs superstitions, dont celle de se prendre dans les cheveux sans qu’on puisse l’y déloger…

Chauve-souris de nos ancêtres dans FAUNE FRANCAISE chauvesouris

C’était un soir du mois d’août. Le soleil disparaissait à l’horizon ; la vesprée s’annonçait délicieuse. Le seul des portes et le devant des maisons s’étaient rapidement garnis de jeunes et vieilles villageoises à qui il tardait de faire la causette, et surtout de prendre le frais après ure journée dont la chaleur avait été accablante.

On s’interpellait d’un bout de la rue à l’autre. Traînant leurs chaises de paille derrière elles, telle jeune fille rejoignait un groupe voisin où devaient être son amoureux ou ses amies, tette femme allait se joindre à d’autres femmes parmi lesquelles se trouvait celle qui savait le plus de nouvelles du jour et savait le mieux les raconter.

Les enfants, dont j’étais, explique Paul Redonnel — qui nous livre ce récit se déroulant dans le Bas-Languedoc —, plus séduits par le jeu et plus désireux de courir que d’ couter, s’amusaient aux « olivettes », à « l’enfer », au « loup », passant avec une rapidité excessive d’un jeu à un autre, par quoi s’explique ce besoin ardent de vivre.

Soudain l’un de nous se mit à crier : « Une rate-pennade ! une rate-pennade ! », nom occitan francisé de la chauve-souris.

Nous nous mîmes à crier comme lui : « Une rate-pennade ! une rate-pennade ! ».

Des jeunes gens nous entendant piailler étaient vite entrés chez eux et en sortaient avec de grandes perches au haut desquelles ils avaient noué un chiffon quelconque. Postés à chaque extrémité de la rue comme s’ils échangeaient des signaux télégraphiques, ils se mirent à agiter dans le sens de la largeur, la perche perfide contre laquelle vint bientôt se heurter le pauvre animal nocturne.

Il paraît que la chauve-souris prend pour un oiseau le morceau de drap qu’on agite et qu’elle se précipite sur cette proie inespérée et meurtrière. A la vérité, maladroite dans son vol, elle vient s empêtrer dans le chiffon, dont une secousse de la perche la fait choir sur le sol. « Ça y est ! ça y est ! » crièrent tous les enfants en se précipitant sur la pauvre bête palpitante mais pour la regarder seulement, car aucun de nous n’aurait osé la saisir.

Un des jeunes gens, pour faire une farce, l’ayant prise, alla la déposer sur le cou d’une jeune fille que la peur fit s’évanouir, ce qui troubla un instant la joie de tout le monde. Heureusement, la syncope dura peu et la fin de la soirée se passa en plaisanteries de toutes sortes.

Ma grand-mère qui était une excellente conteuse et qui, malgré ses quatre-vingt huit ans sonnés, avait conservé son intelligence supérieure, sa lucidité d’esprit et un timbre de voix qui eût fait envie et bien des jeunes filles, m’avait appelé au milieu de tout ce brouhaha, poursuit notre narrateur.

On connaissait toutes les qualités de mon aïeule. En m’entendant appeler de la sorte, mes petits camarades, enfançons et enfançonnes, m’avaient suivi ; et en outre, sentant qu’elles allaient apprendre une belle histoire, des femmes et des jeunes filles avaient fait comme les enfants. En une minute, ma grand-mère fut entourée d’un cercle d’auditeurs respectueux, sympathiques et silencieux.

— Vous venez de tuer une chauve-souris, dit ma grand-mère, et vous avez, mes enfants, battu des mains quand cette pauvre bote est tombée par terre. Savez-vous que c’est une vilaine action et que vous êtes de mauvais cœurs ?

Nous ouvrions tout grands nos yeux et nous ne pouvions en croire nos oreilles.

— Comment, une rate-pennade n’était pas un animal qu’il fallait exterminer, comme la vipère, comme le serpent, comme le ver de terre ?

— Elle sort le soir, voilà son grand crime, continua mon aïeule ; or si elle sort le soir. c’est qu’elle nourrit ses petits et qu’elle ne trouve pas dans te réduit qui lui sort d’abri, une proie suffisante. On la hait parce qu’elle habite d’ordinaire les ruines. Qu’est-ce que vous voulez qu’elle vienne faire dans les maisons proprement tenues ?

Elle n’aurait pas de quoi manger, ni ses petits ! On la craint parce qu’on la croit coupable de boire le sang. Cela a peut être lieu dans d’autres pays que le notre et où ces sortes de mammifères sont appelés des vampires : car, en notre France, les chauves-souris sont exclusivement insectivores ; elles ne mandent que des insectes dont nous sommes heureux d’être débarrassés et qui sont nuisibles aux récoltes. A ce titre, la chauve-souris a droit à notre reconnaissance : il ne faut pas lui prouver notre gratitude en la tuant.

D’ailleurs ce n’est pas le seul grief qu’on lui fasse. On l’accuse aussi de trahir. La Fontaine dont vous avez appris par cœur les fables, en a écrit une sur elle : elle y tient un rôle blâmable, malgré la comparaison que vous puissiez établir entre elle et le sage, mais ta Fontaine calomnie souvent les bêtes qu’il a entendues parler.

— Pauvre chauve-souris ! poursuivit ma grand-mère en jetant un coup d’œil sur ses auditeurs étonnés et attentifs.

— Mais, madame. fit une petite fille moins timide que ses compagnes, on m’a dit que si la rate-pennade s’accrochait à ma tête, on ne pourrait lui faire lâcher prise qu’en coupant mes cheveux.

— Il faudrait, répondit mon aïeule, que ta mère fût bien maladroite pour ne pas dégager la chauve-souris plus ennuyée que toi de sa mésaventure. Ce serait pourtant plus facile que de débrouiller un écheveau de fil.

— Alors, si cela m’arrivait ?

— Eh bien ! si cela t’arrivait, tu n’aurais pas peur ; tu ne perdrais pas ta belle chevelure et on rendrait la liberté à la chauve-souris. La tuer, comme vous avez fait ce soir, en outre d’un meurtre inutile et lâche, ajouta la conteuse en s’adressant particulièrement aux mères de famille, c’est agir contre vos intérêts ; c’est, de plus, condamner à mort d’autres chauves-souris qui attendront inutilement leur mère dont l’aile les berçait tout à l’heure.

— Que dites-vous là ! fit remarquer respectueusement une auditrice cependant que notre jeune imagination voyait toute l’horreur du meurtre commis, et assistait au désespoir des petits abandonnés, demandant plaintivement leur mère aux échos des ruines.

— Il est vrai que vous ne savez pas que la chauve-souris agit, toute proportion gardée, envers sa progéniture, comme la meilleure des mamans envers ses enfants.

Oui, mes amis, reprit mon aïeule. La chauve-souris berce ses petits. Si vous me portiez la pauvre bête que tous avez tuée, je vous montrerais de quelle façon.

— Tenez, madame, la voilà, dit l’un de nous, que l’histoire de grand-mère avait guéri de sa répulsion pour la pauvre bête, et qui la lui tendit.

Alors grand-mère nous expliqua que, de ta petite griffe située à l’extrémité de la membrane qui lui sert d’aile, la rate-pennade s’accroche à l’interstice d’une corniche ou à la fente d’une poutre ; dans l’autre membrane repliée, elle a mis ses petits, et elle se balance rythmiquement, en leur chantant dans la langue que les petits comprennent, une chanson pour les endormir.

Quelquefois, elle s’élance vers un autre point, lorsqu’elle pense que la place choisie n’est pas propice, et elle reprend sa chanson et son bercement jusqu’à ce que le sommeil les ait gagnés : alors, elle les dépose tout doucement dans leur trou, et elle va chasser les insectes crépuscules dont elle se nourrit. C’est le seul instant qu’elle ait de libre, car elle ne remue point de la journée qui est pour elle la nuit.

— Nous ne tuerons plus de chauve-souris, dit un des jeunes gens qui s’étaient approchés.

— Il ne faut plus en tuer, dit ma grand-mère ; je ne vous demande pas de les aimer, si vous avez quelque répugnance pour elles ; mais respectez leur existence.

Nous les rendons coupables d’un préjugé qui nous regarde ; ne commettons plus l’infamie de les châtier d’une renommée qu’elles n’ont rien fait pour obtenir et guérissons-nous de nos superstitions, de toutes nos superstitions, conclut Paul Redonnel.

Publié dans FAUNE FRANCAISE, LEGENDES-SUPERSTITIONS | Pas de Commentaire »

Procès d’animaux

Posté par francesca7 le 30 juillet 2013

Excommunications contre les Animaux  

(D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1833)

 Procès d'animaux dans FAUNE FRANCAISE images-21

Il fut un temps en France où des tribunaux prononçaient des condamnations contre des animaux prévenus de certains délits, et où l’autorité ecclésiastique lançait les foudres de l’excommunication contre des insectes nuisibles

Cet usage de la justice divine et humaine a paru si monstrueux aux générations nouvelles, qu’elles n’ont point voulu d’abord y ajouter foi ; mais des documents authentiques ne permettent plus de conserver aucun doute. Ainsi, plusieurs manuscrits conservés à la Bibliothèque royale ou possédés par des savants, contiennent les dispositifs de ces jugements, et jusqu’aux mémoires de frais et dépenses faits pour l’exécution des sentences prononcées.

Pendant une assez longue période du Moyen Age, la pensée de soumettre à l’action de la justice tous les faits condamnables, de quelque être qu’ils provinssent, loin d’être ridicule, a été généralement répandue.

Chassanée, célèbre jurisconsulte du XVIe siècle, a composé plusieurs conseils ; et dans le premier, après avoir examiné les moyens de citer en justice certains animaux, il recherche qui peut légalement les défendre, et devant quel juge ils doivent être amenés.

L’extrait suivant donne, avec l’indication des écrivains qui sont nos autorités, l’époque des procès et jugements prononcés dans les affaires les plus singulières, le nom des animaux, le motif qui les a fait traduire en justice, ainsi que la date de plusieurs anathèmes ecclésiastiques.

1120. – Mulots et chenilles excommuniés par l’évêque de Laon. (Sainte-Foix) 1586. – Truie mutilée à la jambe, à la tête, et pendue, pour avoir déchiré et tué un enfant, suivant sentence du Juge de Falaise. (Statistique de Falaise)

1594. – Porc pendu pour avoir meurtri et tué un enfant, en la paroisse de Roumaigne, vicomté de Mortaing. (Sentence manuscrite)

1474. – Coq condamné à être brûlé, par sentence du magistrat de Bâle, pour avoir fait un oeuf (Promenade à Bâle)

1488. – Becmares (sorte de charançons) : les grands-vicaires d’Autun mandent aux curés des paroisses environnantes de leur enjoindre, pendant les offices et les processions, de cesser leurs ravages et de les excommunier. (Chassanée)

1499. – Taureau condamnés à la potence, par jugement du bailliage de l’abbaye de Beaupré (Beauvais), pour avoir, en fureur, occis un jeune garçon. (DD. Durand et Martenne)

Commencement du XVIe siècle. – Sentence de l’Official contre les becmares et les sauterelles qui désolaient le territoire de Millière (Cotentin). (Théoph. Rainaud)

1554. – Sangsues excommuniées par l’évoque de Lauzanne, parce qu’elles détruiraient les Poissons. (Aldrovande)

1585. – Le grand-vicaire de Valence fait citer les chenilles devant lui, leur donne un procureur pour se défendre, et finalement les condamne à quitter le diocèse. (Chorier)

1690. – En Auvergne, le juge d’un canton nomme aux chenilles un curateur ; la cause est contradictoirement plaidée. Il leur est enjoint de se retirer dans un petit terrain (indiqué par l’arrêt) pour y finir leur misérable vie. (Description de la France)

Un relevé de ces jugements, présenté à la Société royale des Antiquaires par M. Berriat Saint-Prix, en élève le nombre à près de quatre-vingt-dix, dont trente-sept appartiennent au XVIIe siècle ; et un seul a été rendu dans le siècle suivant, en 1741, contre une vache.

POUR EN SAVOIR PLUS :
Vous pouvez retrouver un dossier complet sur les procès engagés
contre les animaux dans le numéro 4 de notre revue La France pittoresque

Publié dans FAUNE FRANCAISE, HUMEUR DES ANCETRES | Pas de Commentaire »

Loup, chant du coq, lion, cheval et la colombe

Posté par francesca7 le 30 juillet 2013

 (Préjugés des Anciens sur le)

(D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1842)

Loup, chant du coq, lion, cheval et la colombe dans FAUNE FRANCAISE images-20

LE REGARD DU LOUP
Les Anciens croyaient que lorsqu’un loup jetait les yeux sur un homme avant que celui-ci eût aperçu l’animal, l’homme perdait la voix. Pline donne cette opinion comme reçue communément en Italie. « En Italie, dit-il, le regard des loups, à ce que l’on croit, est dangereux ; il enlève la voix à l’homme qui est vu le premier. » Virgile fait allusion à cette croyance dans une de ses églogues : « La voix échappe à Moeris : les loups ont aperçu Moeris les premiers. »

C’est de là aussi qu’est dérivé le proverbe Lupus in fabula (le loup dans la conversation), qui s’est conservé parmi nous, et qui s’applique lorsque, la personne dont on parlait survenant, il se fait silence tout à coup. Cette propriété malfaisante du loup, comme il a été facile de s’en assurer bien des fois, ne lui est nullement inhérente, et dépend simplement de la frayeur ordinaire éprouvée par celui qui, à l’improviste, se voit fixé par un animal de cette espèce.

LE CHANT DU COQ ET LE LION
On s’est imaginé que le chant du coq mettait en fuite le lion. Pline le dit expressément. Il prétend même que pour se garantir des lions et des panthères, il suffit de se frotter avec du bouillon de coq, surtout quand on a eu la précaution d’y mettre de l’ail.

Il n’y aurait rien d’absurde à croire qu’il existe quelque antipathie de nature entre ces deux espèces, mais le fait ne paraît pas confirmé par l’expérience. Les lions nourris dans les ménageries ne manifestent aucune frayeur quand retentit près d’eux la voix du coq. Il est vrai qu’ils s’y sont peut-être accoutumés ; et il ne serait pas impossible que des lions habitués à la vie du désert aient pris peur en entendant pour la première fois ce cri retentissant et véritablement belliqueux. Ce serait un effet de surprise et comme un éblouissement de l’oreille.

Quoi qu’il en soit, la prétendue terreur qu’il a la vertu d’inspirer au lion est devenue un des titres de gloire de notre oiseau national. Nos ancêtres se plaisaient à le représenter debout sur un lion, et, dans cette position courageuse, entonnant aux oreilles de son ennemi humilié sa triomphante fanfare. Cette image s’est perpétuée jusqu’à nous, et le Coq hardi est encore, dans quelques-unes de nos provinces, une des enseignes ordinaires des cabarets et des auberges. Je crois que les lions auraient le droit de se plaindre, comme dans la fable, du rôle peu honorable qui leur est donné dans cette peinture. Camerarius, dans ses Symboles, rapporte du moins à ce sujet un fait positif, et que l’on pourrait regarder comme une représaille de l’espèce lionne. « De notre temps, dit cet auteur, au palais du sérénissime prince de Bavière, un des lions, par un bond prodigieux, sauta dans la cour d’une maison voisine ; et là, ne s’effrayant ni du chant ni des clameurs des coqs, il les dévora bel et bien ainsi que plusieurs poules. »

LE CHEVAL ET LA COLOMBE ONT-ILS DU FIEL ?
Les Anciens se sont imaginé que le cheval n’avait point de fiel, et c’est une opinion qui règne encore chez beaucoup de gens, même chez les maréchaux peu instruits. Si l’on devait mesurer la force d’une opinion sur l’autorité de ceux qui l’ont soutenue, il faudrait respecter celle-ci, car elle est appuyée par Aristote. Le témoignage de Pline est également en sa faveur.

Il serait assurément bien extraordinaire, la bile étant un agent aussi essentiel de la digestion, qu’un animal d’un degré d’organisation aussi élevé que le cheval pût s’en passer. Si elle n’est pas nécessaire à celui-ci, elle ne devrait pas l’être aux autres davantage ; et la nature, en leur donnant l’appareil qui sécrète la bile et la conduit dans la cavité digestive, se serait livrée à une construction superflue, ce qui serait contraire à son économie habituelle : aussi la dissection anatomique prouve-t-elle que le fait en question n’est point exact.

On voit même que l’erreur avait été relevée dans les anciens temps ; car Absyrte, qui vivait sous le règne de Constantin, dit positivement dans ses Hippiatriques que le fiel a une place déterminée dans le foie du cheval. Cet animal, en effet, possède une vésicule de fiel comme tous les autres mammifères : seulement cette vésicule est moins développée et moins apparente que celle du boeuf et des autres ruminants, et c’est là ce qui a sans doute donné naissance au préjugé.

Il règne sur la colombe un préjugé semblable, et plus répandu encore. Ce préjugé n’a point, comme le précédent, l’avantage d’avoir été soutenu par Aristote et par Pline, car ces deux naturalistes affirment précisément le contraire ; et Galien se moque de ceux qui prétendent que le pigeon n’a point de fiel. Ce qui a sans doute contribué à étendre cette croyance, c’est que quelques écrivains ecclésiastiques, plus curieux de morale que d’histoire naturelle, n’ont point dédaigné de la ramasser pour en faire au peuple un sujet de leçon. Saint Augustin, saint Cyprien, saint Isidore, font l’éloge de la colombe comme n’ayant point de fiel. Mais cela ne doit point s’entendre à la lettre, ou tout au moins cela s’applique, non point à nos pigeons, mais à la colombe mystique, image du Saint-Esprit.

Publié dans FAUNE FRANCAISE, LEGENDES-SUPERSTITIONS | Pas de Commentaire »

Le cimetière animalier

Posté par francesca7 le 29 juin 2013

plus ancien (Le) cimetière animalier
au monde voit le jour à Asnières

(D’après « La Revue contemporaine », paru en 1900)

Parmi les idées qui germaient en 1900 dans la conscience humaine, il en était une dont la portée était très haute et très intéressante, en tout état d’opinion sur la matière ; c’était celle d’une bienveillance envers les animaux, impliquant un devoir de protection, de pitié, de justice, de douceur, de reconnaissance : ainsi naquit le premier cimetière animalier au monde

A Paris, fin 1900, vient de se produire un fait décisif en faveur de cette conception moderne des rapports de l’homme et de l’animal ; il s’est fondé à Asnières, c’est-à-dire à quelques minutes de la capitale, un cimetière pour chiens et autres animaux domestiques. Les promoteurs sont deux journalistes français, Marguerite Durand, directrice du grand journal quotidien La Fronde, et Georges Harmois, directeur de la revue de droit L’Avocat. Si le projet était hardi, l’idée était belle et il est permis de dire que nos confrères ont fait acte de progrès, écrit la même année Berthe Vercler dans la Revue contemporaine.

Que l’on se place au point de vue hygiène ou sentiment, tout leur donne raison et la presse du monde entier a donné son approbation à la Nécropole Canine d’Asnières, ajoute-t-elle. Au point de vue sentiment, ils ont estimé que le brave chien qui nous aide, qui nous sert et qui nous défend, qui souvent a à son actif le sauvetage d’une vie humaine, a droit dans notre civilisation moderne, de ne pas être jeté à la voirie comme une vile ordure !

 Le cimetière animalier dans FAUNE FRANCAISE cimetiere

Entrée du Cimetière des chiens à Asnières, au début du XXe siècle

Au point de vue hygiène il n’y avait jusqu’à ces derniers temps aucun moyen de se débarrasser d’un animal mort sans courir les risques d’une contravention, la loi interdisant de jeter à l’eau ou à la voirie les cadavres d’animaux et ordonnant de les enfouir, alors que les propriétaires de jardins sont à Paris des plus rares. A la vérité, poursuit notre journaliste, on allait jeter les chiens soit dans les fossés des fortifications, soit à la rivière, au risque d’une contravention ; la plupart enterraient leurs chiens dans la cave, sans s’inquiéter le moindrement de l’hygiène.

Aujourd’hui les animaux morts seront enfouis à la nécropole canine ; conformément à la loi du 21 juin 1898, sur le Code Rural, à cent mètres des habitations et de telle sorte que chaque enfouissement soit recouvert d’une couche de terre ayant un mètre d’épaisseur. Franchement cela ne vaut-il pas mieux que de transformer sa cave en cimetière, s’interroge Berthe Vercler.

L’ouverture du Cimetière pour chiens et autres animaux domestiques a coïncidé avec l’ouverture de l’Exposition Universelle, fait-elle encore remarquer — quoique moins retentissante, elle ne manqua pas d’intéresser les hygiénistes et les nombreux amis des bêtes. Celte nécropole d’un nouveau genre, est située, ainsi que nous l’avons dit plus haut, dans l’île des chiens (ancienne île des ravageurs) à Asnières.

Elle comporte un quartier pour les chiens, un autre pour les chats, un troisième pour les oiseaux, un quatrième pour les animaux divers. L’aménagement est une merveille d’installation et de bon goût ; on est à se demander si la baguette d’une fée ne l’a pas tracé et voulu, écrit encore la chroniqueuse de la Revue contemporaine. Une façade de grilles et de portiques annonce l’entrée de la nécropole, qui constitue bien certainement, le monument le plus gracieux d’Asnières.

Elle en sera bientôt aussi la plus populaire, Car les habitants du pays estiment que ce cimetière, placé loin de leurs maisons et au milieu de la Seine, ne peut avoir pour l’hygiène aucun inconvénient et développera au contraire, pour le plus grand avantage de la commune, le commerce et l’industrie. Déjà, dans la nécropole canine s’élèvent un assez grand nombre de monuments également remarquables par leur style architectural et par les inscriptions que l’on y voit gravées.

Ce ne sont pas toujours des simples paroles d’adieu et de regrets : « A notre ami Gribouille fidèle jusqu’à la mort ». « A la mémoire de ma chère Emma, fidèle compagne et seule amie de ma vie errante et désolée. Elle me sauva la vie en mai 1891 », etc. Il y a sur ces stèles funèbres, des pensées de philosophes : Plus on voit les gens, plus on aime les bêtes (Chamfort). L’homme n’est qu’un animal pensant (Pascal), etc. En sorte qu’une visite au cimetière des chiens n’émeut pas seulement le cœur ; elle invite à la méditation.

Cette nécropole, tout comme le Père-Lachaise, aura ses monuments historiques. Le premier existe déjà ; c’est celui du chien Barry, le courageux Saint-Bernard qui, selon son épitaphe, « sauva la vie à quarante personnes ». Une souscription est ouverte pour ériger un tombeau au chien de guerre Moustache, qui se fit particulièrement distinguer pendant là campagne d’Italie. Quand Moustache fut blessé au champ d’honneur, il fut soigné avec sollicitude et l’armée lui rendit les honneurs à sa mort. Après un tel exemple, il aurait été étrange que les civils n’admettent pas pour les pauvres bêtes la possibilité d’une nécropole pour elles, conclut notre journaliste.

Note : en 1987, et cependant que la société propriétaire décide de la fermeture du cimetière, la ville d’Asnières se porte acquéreur afin de le maintenir en activité. La même année, il est classé à l’inventaire des monuments historiques pour « intérêt à la fois pittoresque, artistique, historique et légendaire ».

Publié dans FAUNE FRANCAISE | Pas de Commentaire »

LE SCORPION LANGUEDOCIEN

Posté par francesca7 le 27 juin 2013

LE SCORPION LANGUEDOCIEN 
LA FAMILLE

 

La science des livres est une médiocre ressource dans les problèmes de la vie ; à la riche bibliothèque est ici préférable l’assidu colloque avec les faits. En bien des cas, il est excellent d’ignorer ; l’esprit garde sa liberté d’investigation et ne s’égare pas en des voies sans issue, suggérées par la lecture. Encore une fois, je viens d’en faire l’expérience.

Un mémoire d’anatomie, oeuvre d’un maître cependant, m’avait appris que le Scorpion languedocien a charge de famille en septembre. Ah ! que j’aurais mieux fait de ne pas le consulter ! C’est bien avant cette époque, sous mon climat du moins ; et, comme l’éducation est de brève durée, je n’aurais rien vu si j’avais attendu le mois de septembre. Une troisième année de surveillance s’imposait, fastidieuse, d’attente, pour assister enfin au spectacle que je prévoyais de haut intérêt. Sans des circonstances exceptionnelles, je laissais passer la fugace occasion, je perdais un an, et peut-être, même j’abandonnais la question.

LE SCORPION LANGUEDOCIEN dans FAUNE FRANCAISE scorpion

Oui, l’ignorance peut avoir du bon ; loin des chemins battus le nouveau se rencontre. Un de nos plus illustres maîtres, qui ne se doutait guère de la leçon donnée, me l’avait appris autrefois. A l’improviste, un jour sonnait à ma porte Pasteur, celui-là même qui devait acquérir bientôt célébrité si grande. Son nom m’était connu. J’avais lu, du savant, le beau travail sur la dissymétrie de l’acide tartrique ; j’avais suivi avec le plus vif intérêt ses recherches sur la génération des Infusoires.

Chaque époque a sa lubie scientifique ; nous avons aujourd’hui le transformisme, on avait alors la génération spontanée. Avec ses ballons stériles ou féconds à volonté, avec ses expériences superbes de rigueur et de simplicité, Pasteur ruinait pour toujours l’insanité qui, d’un conflit chimique au sein de la pourriture, prétendait voir surgir la vie.

Au courant de ce litige, si victorieusement élucidé, je fis de mon mieux accueil à l’illustre visiteur. Le savant venait à moi tout le premier pour certains renseignements. Je devais cet insigne honneur à ma qualité de confrère en physique et chimie. Ah ! le petit, l’obscur confrère.

La tournée de Pasteur dans la région avignonnaise avait pour objet la sériciculture. Depuis quelques années, les magnaneries étaient en désarroi, ravagées par des fléaux inconnus. Les vers, sans motifs appréciables, tombaient en déliquescence putride, se durcissaient en pralines de plâtre. Le paysan atterré voyait disparaître une de ses principales récoltes ; après bien des soins et des frais, il fallait jeter les chambrées au fumier.

Quelques paroles s’échangent sur le mal qui sévit ; et, sans autre préambule :

« Je désirerais voir des cocons, fait mon visiteur ; je n’en ai jamais vu, je ne les connais que de nom. Pourriez-vous m’en procurer ?

— Rien de plus facile. Mon propriétaire fait précisément le commerce des cocons, et nous sommes porte à porte. Veuillez m’attendre un instant, et je reviens avec ce que vous désirez. »

En quatre pas, je cours chez le voisin, où je me bourre les poches de cocons. A mon retour, je les présente au savant. Il en prend un, le tourne, le retourne entre les doigts ; curieusement il l’examine comme nous le ferions d’un objet singulier venu de l’autre bout du monde. Il l’agite devant l’oreille.

« Cela sonne, dit-il tout surpris, il y a quelque chose là-dedans ?

— Mais oui.

— Et quoi donc ?

— La chrysalide.

— Comment, la chrysalide ?

— Je veux dire l’espèce de momie en laquelle se change la chenille avant de devenir papillon.

— Et dans tout cocon il y a une de ces choses-là ?

— Évidemment, c’est pour la sauvegarde de la chrysalide que la chenille a filé.

— Ah ! »

Et, sans plus, les cocons passèrent dans la poche du savant, qui devait s’instruire à loisir de cette grande nouveauté, la chrysalide. Cette magnifique assurance me frappa. Ignorant chenille, cocon, chrysalide, métamorphose, Pasteur venait régénérer le ver à soie. Les antiques gymnastes se présentaient nus au combat. Génial lutteur contre le fléau des magnaneries, lui pareillement accourait à la bataille tout nu, c’est-à-dire dépourvu des plus simples notions sur l’insecte à tirer de péril. J’étais abasourdi ; mieux que cela, j’étais émerveillé.

Je le fus moins de ce qui suivit. Une autre question préoccupait alors Pasteur, celle de l’amélioration des vins par le chauffage. En un brusque changement de causerie :

« Montrez-moi votre cave », fit-il.

Lui montrer ma cave, ma cave à moi, chétif, qui naguère, avec mon dérisoire traitement de professeur, ne pouvais me permettre la dépense d’un peu de vin, et me fabriquais une sorte de piquette en mettant fermenter dans une jarre une poignée de cassonade et des pommes râpées ! Ma cave ! Montrer ma cave ! Pourquoi pas mes tonneaux, mes bouteilles poudreuses, étiquetées suivant l’âge et le cru ! Ma cave !

Tout confus, j’esquivais la demande, je cherchais à détourner la conversation. Mais lui, tenace :

« Montrez-moi votre cave, je vous prie ».

A telle insistance, nul moyen de résister. Du doigt, je désigne dans un coin de la cuisine une chaise sans paille, et sur cette chaise une dame-Jeanne d’une douzaine de litres.

« Ma cave, la voilà, monsieur.

— Votre cave, cela ?

— Je n’en ai pas d’autre.

— C’est tout ?

— Hélas ! oui, c’est tout.

— Ah ! »

Pas un mot de plus ; rien autre de la part du savant. Pasteur, cela se voyait, ne connaissait pas ce mets aux fortes épices que le populaire nomme la vache enragée . Si ma cave, la vieille chaise et la dame-jeanne sonnant creux, se taisait sur les ferments à combattre par le chauffage, elle parlait éloquemment d’une autre chose que mon illustre visiteur parut ne pas comprendre. Un microbe lui échappait et des plus terribles, celui de la mauvaise fortune étranglant le bon vouloir.

Malgré la malencontreuse intervention de la cave, je n’en suis pas moins frappé de sa sereine assurance. Il ne sait rien de la transformation des insectes ; pour la première fois il vient de voir un cocon et d’apprendre que dans ce cocon il y a quelque chose, ébauche du papillon futur ; il ignore ce que sait le moindre écolier de nos campagnes méridionales, et ce novice, dont les naïves demandes me surprennent tant, va révolutionner l’hygiène des magnaneries ; il révolutionnera de même la médecine et l’hygiène générale.

Son arme est l’idée, insoucieuse des détails et planant sur l’ensemble. Que lui importent métamorphoses, larves, nymphes, cocons, pupes, chrysalides, et les milles petits secrets de l’entomologie ! En son problème, peut-être convient-il d’ignorer tout cela. Les idées conservent mieux leur indépendance et leur audacieuse envolée ; les mouvements seront plus libres, affranchis des lisières du connu.

languedoc dans LITTERATURE FRANCAISEEncouragé par le magnifique exemple des cocons sonnant aux oreilles étonnées de Pasteur, je me suis fait une loi d’adopter la méthode ignorante dans mes recherches sur les instincts. Je lis très peu. Au lieu de feuilleter des livres, dispendieux moyen qui n’est pas à ma portée, au lieu de consulter autrui, je me mets en opiniâtre tête-à-tête avec mon sujet jusqu’à ce que je parvienne à le faire parler. Je ne sais rien. Tant mieux, mes interrogations ne seront que plus libres, aujourd’hui dans un sens, demain dans le sens opposé, suivant les éclaircies obtenues. Et si, par hasard, j’ouvre un livre, j’ai le soin de laisser dans mon esprit une case largement ouverte au doute, tant le sol que je défriche se hérisse de folles herbes et de ronciers.

Faute d’avoir pris cette précaution, voici que j’ai failli perdre une année. Sur la foi de mes lectures, je n’attendais pas avant septembre la famille du Scorpion languedocien, et je l’obtiens à l’improviste en juillet. Cet écart entre la date réelle et la date prévue, je le mets sur le compte de la différence de climat : j’observe en Provence, et mon informateur, Léon Dufour, observait en Espagne. Malgré la haute autorité du maître, j’aurais dû me tenir sur mes gardes. Ne l’ayant pas fait, je manquais l’occasion si, de fortune, le vulgaire Scorpion noir ne m’avait renseigné. Ah ! que Pasteur avait raison d’ignorer la chrysalide !

Le Scorpion vulgaire, plus petit et bien moins remuant que l’autre, était élevé, comme terme de comparaison, en de modestes bocaux tenus sur la table de mon cabinet de travail. Peu encombrants et d’examen facile, les humbles appareils étaient visités tous les jours. Chaque matin, avant de me mettre à noircir de prose quelques feuillets de mon registre, je ne manquais pas de soulever le morceau de carton donné pour abri à mes pensionnaires, et de m’informer des événements de la nuit. Telles visites quotidiennes étaient peu praticables dans la grande cage vitrée, dont les nombreuses cases exigeaient un bouleversement pour être visitées une à une, puis remises, méthodiquement en état. Avec mes bocaux à Scorpions noirs, la revue était l’affaire d’un instant.

Bien m’advint d’avoir toujours sous les yeux pareille succursale. Le 22 juillet, vers les six heures du matin, relevant l’abri de carton, je trouve dessous une mère avec ses petits groupés sur l’échine en une sorte de mantelet blanc. J’eus là un de ces moments de douce satisfaction qui de loin en loin dédommagent l’observateur. Pour la première fois j’avais sous les yeux le superbe spectacle de la Scorpione vêtue de ses petits. La parturition était toute récente ; elle avait dû se faire pendant la nuit, car la veille la mère était nue.

D’autres succès m’attendaient : le lendemain, une seconde mère est blanchie de sa marmaille ; le surlendemain, deux autres à la fois le sont aussi. Total, quatre. C’est plus que n’en souhaitait mon ambition. Avec quatre familles de Scorpions et quelques journées tranquilles, on peut trouver des douceurs à la vie.

D’autant plus que la chance me comble de ses faveurs. Dès la première trouvaille dans les bocaux, je songe à la cage vitrée ; je me demande si le Scorpion languedocien ne serait pas aussi précoce que le noir. Allons vite nous informer.

Les vingt-cinq tuiles sont retournées. Magnifique succès ! Je sens courir dans mes vieilles veines une de ces chaleureuses ondées familières à l’enthousiasme de mes vingt ans. Sous trois du total des tessons, je trouve la mère chargée de sa famille. L’une a des petits déjà grandelets, âgés d’une semaine environ, comme devait me l’apprendre la suite des observations ; les deux autres ont enfanté récemment, dans le cours de la nuit même, ainsi que l’affirment certains résidus jalousement gardés sous la panse. Nous allons voir tantôt ce que représentent ces résidus.

Juillet s’achève, août et septembre passent, et plus rien n’est résulté qui vienne augmenter ma collection. L’époque de la famille, pour l’un et pour l’autre Scorpion, est donc la seconde quinzaine de juillet. A partir de là tout est fini. Cependant, parmi les hôtes de la cage vitrée, des femelles me restent, aussi bedonnantes que celles dont j’ai obtenu le part. Je comptais sur elles pour un accroissement de population, toutes les apparences m’y autorisaient. L’hiver est venu, et nulle d’elles n’a répondu à mon attente. Les affaires, qui semblaient prochaines, sont différées à l’année suivante : nouvelle preuve d’une longue gestation, bien singulière dans le cas d’un animal d’ordre inférieur.

Dans les récipients de médiocre étendue, qui rendent plus aisés les scrupules de l’observation, je transvase isolément chaque mère et son produit. A l’heure matinale de ma visite, les accouchées de la nuit ont encore sous l’abri du ventre une partie des petits. Du bout d’une paille écartant la mère, je découvre, dans l’amas des jeunes non encore hissés sur le dos maternel, des objets qui bouleversent de fond en comble le peu qu’à ce sujet les livres m’ont appris. Les Scorpions, dit-on, sont vivipares. L’expression savante manque d’exactitude ; les jeunes ne viennent pas directement au jour avec la configuration qui nous est familière.

Et cela doit être. Comment voulez-vous que des pinces tendues, des pattes étalées, des queues recroquevillées puissent s’engager dans les défilés maternels ? Jamais l’encombrant animalcule ne franchirait les étroites voies. Forcément il doit venir au monde empaqueté et sobre d’espace.

Les résidus trouvés sous les mères me montrent, en effet, des oeufs, de véritables oeufs, pareils, de guère s’en faut, à ceux que l’anatomie extrait des ovaires à une époque de gestation avancée. L’animalcule, économiquement condensé en grain de riz, a la queue appliquée le long du ventre, les pinces rabattues sur la poitrine, les pattes serrées contre les flancs, de façon que la petite masse ovalaire, de glissement doux, ne laisse la moindre saillie. Sur le front, des points d’un noir intense indiquent les yeux. La bestiole flotte dans une goutte d’humeur hyaline, pour le moment son monde, son atmosphère, que délimite une pellicule d’exquise délicatesse.

Ces objets-là sont réellement des oeufs. Il y en avait au début de trente à quarante dans la portée du Scorpion languedocien, un peu moins dans celle du Scorpion noir. Trop tard intervenu dans la gésine nocturne, j’assiste à la fin. Le peu qui reste suffit d’ailleurs à ma conviction. Le Scorpion est en réalité ovipare ; seulement ses oeufs sont d’éclosion très rapide, et la libération des jeunes suit de bien près la ponte.

Or, comment se fait-elle, cette libération ? J’ai l’insigne privilège d’en être témoin. Je vois la mère qui, de la pointe des mandibules, saisit délicatement, lacère, arrache et puis déglutit la membrane de l’oeuf. Elle dépouille le nouveau-né avec les soins méticuleux, les tendresses de la brebis et de la chatte quand elles mangent les enveloppes foetales. Pas de blessure sur ces chairs à peine formées, pas d’entorse, malgré la grossièreté de l’outil.

Je ne reviens pas de ma surprise : le Scorpion a initié les vivants aux actes d’une maternité voisine de la nôtre. Aux temps lointains de la flore houillère, lorsque parut le premier Scorpion, déjà se préparaient les tendresses de l’enfantement. L’oeuf, l’équivalent de la graine au long sommeil, l’oeuf tel que le possédaient alors le reptile et le poisson, et tel que devaient le posséder plus tard l’oiseau et la presque totalité des insectes, était le contemporain d’un organisme infiniment plus délicat, préludant à la viviparité des animaux supérieurs. L’incubation du germe n’avait pas lieu au dehors, au sein du menaçant conflit des choses ; elle s’accomplissait dans les flancs de la mère.

Les progrès de la vie ne connaissent pas les étapes graduelles, du médiocre au meilleur, du meilleur à l’excellent ; ils s’élancent par bonds, en tels cas avec des avances, en tels autres avec des reculs. L’Océan a ses flux et reflux. La vie, autre Océan, plus insondable que celui des eaux, a eu pareillement les siens. En aura-t-elle d’autres ? Qui pourrait dire oui ? Qui pourrait dire non ?

Si la brebis ne s’en mêlait en déglutissant les enveloppes cueillies des lèvres, jamais, l’agneau ne parviendrait à se dépêtrer de ses langes. De même le petit Scorpion réclame le concours maternel. J’en vois qui, englués de viscosité, se remuent vaguement dans le sac ovarique à demi déchiré, et ne peuvent se libérer. Il faut qu’un coup de dent de la mère achève la délivrance. Il est douteux même que le jeune contribue à la rupture. Sa faiblesse ne peut rien contre cette autre faiblesse, le sac natal, aussi fin que la tunique interne d’une écaille d’oignon.

Le poussin a sur le bout du bec un durillon temporaire, qui lui sert à piocher, à rompre la coquille. Lui, condensé en grain de riz pour économiser l’espace, attend inerte le secours du dehors. La mère doit tout faire. Elle y travaille si bien que les accessoires de la parturition disparaissent en plein, même les rares oeufs inféconds entraînés avec les autres dans le flux général. Pas un débris ne reste des loques inutiles, maintenant ; le tout est rentré dans l’estomac de la mère, et le point du sol qui a reçu la ponte est d’une netteté parfaite.

Voici donc les jeunes minutieusement épluchés, nets et libres. Ils sont blancs. Leur longueur, du front au bout de la queue, mesure neuf millimètres chez le Scorpion languedocien, et quatre chez le noir. A mesure que la toilette libératrice est terminée, ils montent, maintenant l’un, maintenant l’autre, sur l’échine maternelle, en se hissant sans grande hâte le long des pinces que la Scorpionne maintient couchées à terre afin de faciliter l’escalade. Étroitement groupés l’un contre l’autre, emmêlés au hasard, ils forment sur le dos de la mère nappe continue. A la faveur de leurs griffettes, ils ont assez solide installation. On éprouve quelque difficulté à les balayer du bout d’un pinceau sans brutaliser quelque peu les débiles créatures. En cet état, monture et charge ne bougent ; c’est le moment d’expérimenter.

La Scorpionne vêtue de ses petits assemblés en mantelet de mousseline blanche est spectacle digne d’attention. Elle se tient immobile, la queue hautement convolutée. Si j’approche de la famille un fétu de paille, à l’instant elle lève les deux pinces dans une attitude courroucée, rarement prise lorsqu’il s’agit de sa propre défense. Les deux poings se dressent en posture de boxe, les tenailles s’ouvrent toutes grandes, prêtes à la riposte. La queue rarement est brandie ; sa brusque détente commotionnerait l’échine et ferait peut-être choir une partie de la charge. La menace des poings suffit, hardie, soudaine, imposante.

Ma curiosité n’en tient compte. Je fais choir l’un des petits et le mets en face de la mère, à un travers de doigt de distance. Celle-ci n’a pas l’air de se préoccuper de l’accident ; immobile elle était, immobile elle reste. Pourquoi s’émouvoir de cette chute ? Le précipité saura bien se tirer d’affaire tout seul. Il gesticule, s’agite ; puis, trouvant à sa portée l’une des pinces maternelles, il y grimpe assez prestement et regagne l’amas de ses frères. Il se remet en selle, mais sans déployer, de bien s’en faut, l’agilité des fils de la Lycose, écuyers versés dans la haute voltige.

L’épreuve est reprise plus en grand. Cette fois je fais choir une partie de la charge ; les petits sont éparpillés, non bien loin. Il y a un moment d’hésitation assez prolongé. Tandis que la marmaille erre sans trop savoir où aller, la mère s’inquiète enfin de l’état des choses. De ses deux bras — j’appelle de ce nom les palpes à pinces, — de ses bras assemblés en demi-cercle, elle ratisse, elle écume le sable pour amener devers elle les égarés. Cela se fait gauchement, à la grossière, sans nul souci d’écrasement. La poule, d’un tendre cri d’appel, fait rentrer au giron les poussins écartés ; la Scorpionne rassemble sa famille d’un coup de râteau. Tout le monde est sauf néanmoins. Aussitôt en contact avec la mère, on grimpe, on reforme le groupe dorsal.

En ce groupe sont admis les étrangers non moins bien que les fils légitimes. Si du balai d’un pinceau je déloge en totalité ou en partie la famille d’une mère, et si je la mets à la portée d’une seconde, elle-même chargée de la sienne, celle-ci rassemble les petits par brassées comme elle l’aurait fait de ses propres fils, et se laisse, bénévole, escalader par les nouveaux venus. On dirait qu’elle les adopte, si l’expression n’était pas trop ambitieuse. D’adoption, il n’y en a pas. C’est l’enténèbrement de la Lycose, incapable de distinguer entre sa famille réelle et la famille d’autrui, et accueillant tout ce qui grouille à proximité de ses pattes.

Je m’attendais à des promenades pareilles à celles de la Lycose, qu’il n’est pas rare de rencontrer courant la garrigue avec son monceau de marmaille sur le dos. La Scorpionne ne connaît pas ces délassements. Une fois mère, de quelque temps elle ne sort plus de chez elle, même le soir, à l’heure des ébats des autres. Barricadée dans sa cellule, insoucieuse du manger, elle surveille l’éducation des petits.

Les débiles créatures ont, en effet, une délicate épreuve à subir : elles doivent naître, pourrait-on dire, une seconde fois. Elles s’y préparent par l’immobilité et par un travail intime non sans analogie avec celui qui de la larve conduit à l’insecte parfait. Malgré leur tournure assez correcte de Scorpion, les jeunes ont les traits quelque peu vagues et comme aperçus à travers une buée. On leur soupçonne une sorte de blouse infantile dont ils doivent se dépouiller pour devenir sveltes et acquérir configuration nette.

Huit jours passés dans l’immobilité sur le dos de la mère sont nécessaires à ce travail. Alors s’accomplit une excoriation que j’hésite à dénommer du terme de mue, tant elle diffère des mues véritables, subies plus tard à diverses reprises. Pour ces dernières, la peau se fend sur le thorax, et par cette fissure unique l’animal émerge en laissant une défroque aride, pareille de forme au Scorpion qui vient de la dépouiller. Le moule vide conserve l’exacte configuration de la bête moulée.

Actuellement, c’est tout autre chose. Je mets sur une lame de verre quelques jeunes en voie d’excoriation. Ils sont immobiles, très éprouvés, paraît-il, presque défaillants. La peau se rompt sans lignes de fracture spéciales ; elle se déchire à la fois devant, derrière, de côté ; les pattes sortent de leurs guêtres, les pinces quittent leurs gantelets, la queue sort de son fourreau. De partout à la fois, la dépouille tombe en loques. C’est un écorchement sans ordre et par lambeaux. Cela fait, les écorchés ont aspect normal de Scorpion, ils ont acquis de plus la prestesse. Bien que toujours, de teinte pâle, ils sont alertes, prompts à mettre pied à terre pour jouer et courir à proximité de la mère. Le plus frappant de ce progrès, c’est la brusque croissance. Les jeunes du Scorpion languedocien mesuraient neuf millimètres de longueur, ils en mesurent maintenant quatorze. Ceux du Scorpion noir sont passés de la dimension quatre millimètres à la dimension six et sept. La longueur augmente de la moitié, ce qui triple à peu près le volume.

Surpris de cette brusque croissance, on se demande quelle en est l’origine, car les petits n’ont pris aucune nourriture. Le poids n’a pas augmenté ; il a, au contraire, diminué, vu le rejet d’une dépouille. Le volume croit, mais non la masse. C’est donc ici une dilatation jusqu’à un certain point comparable à celle des corps bruts travaillés par la chaleur. Une intime modification se fait, qui groupe les molécules vivantes en assemblage plus spacieux, et le volume augmente sans l’apport de nouveaux matériaux. Qui, doué d’une belle patience et convenablement outillé, suivrait les rapides mutations de cette architecture, ferait, je le pense, récolte de quelque valeur. Dans ma pénurie, je livre le problème à d’autres.

Les dépouilles de l’excoriation sont des lanières blanches, des loques satinées qui, loin de choir à terre, font prise sur le dos de la Scorpionne, vers la base des pattes surtout, et s’y enchevêtrent en un moelleux tapis sur lequel reposent les récents écorchés. La monture a maintenant une housse favorable à la station des remuants cavaliers. Faut-il descendre, faut-il remonter, la couche de guenilles, devenue solide harnais, donne des appuis pour les rapides évolutions.

Lorsque, d’un léger coup de pinceau, je culbute la famille, il est réjouissant de voir avec quelle promptitude les désarçonnés se remettent en selle. Les franges de la housse sont saisies, la queue fait levier, et d’un élan le cavalier est en place. Ce curieux tapis, vrai filet d’abordage qui permet facile escalade, persiste, sans dislocations, une semaine à peu près, c’est-à-dire jusqu’à l’émancipation. Alors il se détache spontanément, soit en bloc, soit en détail, et rien n’en reste quand les petits sont disséminés à la ronde.

Cependant la coloration s’annonce ; le ventre et la queue se teintent d’aurore, les pinces prennent le doux éclat de l’ambre translucide. La jeunesse embellit tout. Ils sont en vérité superbes, les petits Scorpions languedociens. S’ils restaient ainsi, s’ils ne portaient, bientôt menaçant, un alambic à venin, ils seraient gracieuses créatures que l’on prendrait plaisir à élever. Bientôt s’éveillent en eux les velléités d’émancipation. Volontiers ils descendent du dos maternel pour folâtrer joyeusement dans le voisinage. S’ils s’écartent trop, la mère les admoneste, les rassemble en promenant sur le sable le râteau de ses bras.

En des moments de sieste, le spectacle de la Scorpionne et de ses petits vaut presque celui de la poule et de ses poussins au repos. La plupart sont à terre, serrés contre la mère ; quelques-uns stationnent sur la housse blanche, délicieux coussin. Il s’en trouve qui escaladent la queue maternelle, se campent sur le haut de la volute et de ce point culminant semblent prendre plaisir à regarder la foule. De nouveaux acrobates surviennent qui les délogent et leur succèdent. Chacun veut avoir sa part des curiosités du belvédère.

Le gros de la famille est autour de la mère ; il y a là un continuel grouillement de marmaille qui s’insinue sous le ventre et s’y blottit, laissant au dehors le front où scintillent les points noirs oculaires. Les plus remuants préfèrent les pattes maternelles, pour eux appareil de gymnase ; ils s’y livrent à des exercices de trapèze. Puis, à loisir, la troupe remonte sur l’échine, prend place, se stabilise, et plus rien ne bouge, ni mère ni petits.

Cette période qui mûrit et prépare l’émancipation dure une semaine, juste ce que dure le singulier travail qui, sans nourriture, triple le volume. En tout, la famille reste sur le dos maternel une quinzaine de jours. La Lycose porte ses petits des six et des sept mois, toujours agiles et remuants, quoique non alimentés. Ceux de la Scorpionne, que mangent-ils, du moins après la mue qui leur a donné prestesse et vie nouvelle ? La mère les invite-t-elle à ses repas, leur réserve-t-elle ce qu’il y a de plus tendre dans ses réfections ? Elle n’invite personne, elle ne réserve rien.

Je lui sers un Criquet, choisi parmi le menu gibier qui me semble convenir à la délicatesse des fils. Tandis qu’elle grignote le morceau, sans aucune préoccupation de son entourage, l’un des petits, accouru de l’échine, s’avance sur le front, se penche et s’informe de ce qui se passe. Il touche aux mâchoires d’un bout de la patte ; brusquement il recule, effrayé. Il s’en va, et c’est prudent. Le gouffre en travail de trituration, loin de lui réserver une bouchée, le happerait peut-être et l’engloutirait sans autrement y prendre garde.

Un second s’est suspendu, à l’arrière du Criquet dont la mère ronge l’avant. Il mordille, il tiraille, désireux d’une parcelle. Sa persévérance n’aboutit pas ; la pièce est trop dure.

J’en ai assez vu : l’appétit s’éveille ; les jeunes accepteraient volontiers de la nourriture si la mère avait le moindre souci de leur en offrir, surtout proportionnée à leur faiblesse d’estomac ; mais elle mange pour elle-même, et c’est tout.livre1

Que vous faut-il, ô mes jolis Scorpionnets qui m’avez valu de délicieux moments ? Vous voulez vous en aller et chercher au loin des vivres, des bestioles de rien. Je le vois à votre inquiet vagabondage. Vous fuyez la mère, qui de son côté ne vous connaît plus. Vous êtes assez forts ; l’heure est venue de se disperser.

Si j’avais au juste le minime gibier à votre convenance, et s’il me restait assez de loisir pour vous le procurer, j’aimerais à continuer votre éducation, non parmi les tuiles de la cage natale, en société des vieux. Je connais leur intolérance. Les ogres vous mangeraient, mes petits. Vos mères mêmes ne vous épargneraient pas. Pour elles désormais vous êtes des étrangers. L’an prochain, à l’époque des noces, elles vous mangeraient, les jalouses. Il faut s’en aller, la prudence le veut.

Où vous loger et comment vous nourrir ? Le mieux est de se quitter, non sans quelque regret de ma part. Un de ces jours, je vous apporterai et vous disséminerai dans votre territoire, la pente rocailleuse où le soleil est si chaud. Vous y trouverez des confrères qui, grandelets à peine comme vous, vivent déjà solitaires sous leur petite pierre, parfois pas plus large que l’ongle ; vous y apprendrez, mieux que chez moi, la rude lutte pour la vie.

 

source : Souvenirs entomologiques, Jean-Henri FABRE, 1905, IXème Série, Chapitre 22. 

Publié dans FAUNE FRANCAISE, LITTERATURE FRANCAISE | Pas de Commentaire »

L’histoire du Poulet de Bresse

Posté par francesca7 le 27 juin 2013

                                                                                                                                                                                                                                                                                        L'histoire du Poulet de Bresse  dans FAUNE FRANCAISE bresse

               1. Les origines. — C’est certainement depuis une époque très reculée que la volaille a été élevée en Bresse. La qualité qui a dû s’affirmer très vite a provoqué un engouement pour cet élevage et l’importance a progressé rapidement. La date la plus ancienne qu’on ait pu recueillir concernant la volaille de Bresse est celle du 12 novembre 1591 dans les registres municipaux de la ville de Bourg-en-Bresse.

« Le peuple fut, ce jour là, si joyeux du départ des Romains que, par reconnaissance pour le marquis de Treffort, le Conseil vota qu’il lui serait fait présent de deux douzaines de chapons gras ».
Donc en 1591, la pratique du chaponnage et celle de l’engraissement étaient déjà très bien connues.
Postérieurement à cette date, les mentions relatives aux chapons sont nombreuses dans les archives de la ville et dans les anciens baux où ils étaient imposés comme réserves au profit des bailleurs.

A partir du XVIIIe siècle, les redevances en chapons et poulardes se multiplient et, à la fin du XVIIIe siècle, ils figurent sur tous les baux, ce qui prouve que l’engraissement de la volaille s’était généralisé.

C’est vers cette époque que date, en effet, la généralisation de la réputation des chapons et poulardes de Bresse. A ce moment, la culture du maïs s’est répandue au lieu d’être réservée aux « verchères », c’est à dire aux terrains attenants à l’habitation. C’est aussi à ce moment que Brillat-Savarin accorde sa préférence aux poulardes de Bresse qu’il appelle les « poulardes fines » en déplorant que « c’est grand dommage qu’elles soient rares à Paris ».

Dans la première moitié du XIXe siècle, la volaille de Bresse, tout en se développant, semble n’avoir eu qu’un rayonnement modeste. Avant l’époque des chemins de fer, les transports ne permettaient guère d’expédier des volailles au delà des principales villes de la région et Paris les connaissaient peu. Les rôtisseurs de la capitale se fournissaient en chapons et poulardes du Mans.

A noter que, pendant cette période, il y eut des introductions de races asiatiques (Brahma, Schanghaï, Cochinchinoises) qui firent beaucoup de mal à la pureté de la race.

Le développement des voies ferrées, la prospérité économique du second empire, tirèrent de l’ombre cette production, précieuse entre toutes, pour la renommée de notre pays. On a trop oublié les encouragements multiples qui furent prodigués à cette époque à l’agriculture, époque du « paternalisme agricole » où les pouvoirs publics distribuaient, par l’intermédiaire des Comices, des récompenses aux bons agriculteurs.

2. Concours du 23 décembre 1862. — En 1862, date capitale dans l’histoire qui nous occupe, fut créé le Comice Agricole de l’arrondissement de Bourg, avec trois présidents d’honneur dont le Comte Le Hon, député de la circonscription.
Une des premières tâches du Comice fut l’organisation d’un concours de volailles qui se tint à Bourg le mardi 23 décembre 1862. Cette date est à retenir. C’est grâce à la propagande qui lui succéda qui la volaille de Bresse fut mieux connue, que sa renommée se répandit dans Paris et dans les grandes villes. Les deux plus belles pièces avaient été offertes par le Comte Le Hon, au nom du Comice de la ville, à Napoléon III. Des articles élogieux dans les grands journaux, notamment dans le Constitutionnel, répandirent les mérites du chapon et de la poularde de Bresse. Enfin, grâce aux chemins de fer, les transports devenaient possibles.

poulet dans Les spécialités

Depuis, chaque année, aux environs de Noël, le concours de Bourg, (note : et aujourd’hui Louhans et Pont-de-Vaux) réunit les plus belles volailles du monde.

3. Développement des concours et marchés (1864-1900). — Les concours se répandirent rapidement. Il y en eut à Lyon, à Paris. En 1864, sur l’initiative du Comte Le Hon, une exposition de volailles eut lieu à Paris, au Palais de l’Industrie. Un lot de chapons de la Flèche et un lot de poulardes de Bresse se disputèrent le premier prix. Après un examen qui dura deux heures, dans lequel M. de Kergolay vint soutenir La Flèche et le Comte Le Hon défendit la poularde de Bresse, ce fut la poularde qui l’emporta. L’obtenteur du lot présenté était M. Gergondet, de Saint-Etienne du Bois.
M. de Kergolay fit appel de la décision rendue en convoquant le jury à une dégustation solennelle des volailles exposées. Le Moniteur du 25 décembre 1864 rend compte des débats de la Cour, composée de MM. Volowski, De Kergolay, Anselme Petetin, Compte de Bouille, Comte Le Hon. Après un dîner, qui se termina a minuit à l’hôtel du Louvre, l’arrêt constata la victoire de la Bresse. La volaille de Bresse avait conquis Paris.
Le développement, dans la seconde moitié du XIXe siècle, progressa régulièrement pour s’épanouir vers la fin. Vers 1893, on crée, en effet, des marchés de volailles pour les environs de Bourg et beaucoup d’entre eux deviennent à leur tour des centres de commerce. De nombreux textes montrent, à cette époque, le prodigieux essor qu’ont pris soudainement la production et le commerce de volaille.
Mais tout progrès ne va pas sa rançon. Au fur et à mesure que la réputation de la volaille de Bresse s’affermissait, la demande augmentait et, n’étant pas suivie au rythme de la production, la fraude se multipliait. Enfin, pour des motifs, les uns louables, les autres sordides, des croisements furent essayés et des races étrangères introduites. Les résultats furent des plus néfastes.
Il fallait réagir pour défendre une aussi précieuse production. C’est une nouvelle phase qui s’ouvre et qui va être étudiée : le développement des organismes professionnels.

4 — La Fédération Avicole — Devant les exagérations de certains éléments du commerce, les éleveurs fondèrent des syndicats professionnels. Ce furent les Syndicats Avicoles, groupés le 13 juillet 1933 en Fédération Avicole. Il en fut créé, non pas par un village, mais par un lieu de marché, et, à chaque jour de marché, un représentant du syndicat était sur place pour régler les litiges.

Il y a lieu, pour faire œuvre de justice, de souligner l’œuvre accomplie à ce sujet par le syndicat agricole de Bourg. C’est sur son initiative et son impulsion que furent créés syndicats et fédération. A noter que ces organismes se donnaient pour tâche de défendre la volaille de Bresse dans son aire d’origine. Ils ne séparaient pas le standard de race des conditions du milieu.
Afin d’authentifier la volaille de race pure, les producteurs créèrent une bague en aluminium qui était serrée au dessus du tarse de la volaille vivante. Un endroit du marché fut dès lors réservé aux volailles « standard » ayant le droit de porter la bague.

L’idée en avait été donnée au repars qui avait succédé au concours de volailles de Pont-de-Vaux, en 1930. M. Benoît Perrat, restaurateur à Vonnas, membre du jury, suggéra l’idée pour protéger les volailles de Bresse contre la fraude, de les marquer d’un plomb officiel. S’appuyant sur un précédent déjà acquis, M. Perrat cita en exemple ce qui était réalisé en Hongrie dans un cas analogue. En 1931, à l’Assemblée Générale du syndicat agricole de Bourg, Benoît Perrat renouvela son exposé et emporta l’adhésion des intéressés.

Le conflit avec le commerce tourna à l’état aïgu, car bien entendu les producteurs ne baguaient que des volailles à pattes bleues. Les commerçants refusèrent de reconnaître la bague des producteurs, alléguant que beaucoup de poulets étaient bagués, qui ne le méritaient pas à cause de leur conformation défectueuse. Aussi, souvent ils « boycottèrent » les poulets bagués. Ils utilisaient du reste déjà un scellé spécial — très ingénieux — apposé à la volaille morte et pouvant suivre le sujet jusque sur la table du consommateur. Ce scellé est en aluminium et se compose d’une lancette et de deux pastilles. La lancette est engagée sous la peau ; la pointe est rabattue sur la pastille intérieure ; la pastille extérieure sous la précédente et le tout scellé à l’aide d’un coup de poinçon. A leurs yeux, seul leur scellé authentifiait la volaille de Bresse.

Bien entendu, les producteurs protestèrent contre cette méthode et en fait il était vendu beaucoup plus de fausses poulets de Bresse portant le scellé que de volailles authentiques. Devant cette situation qui devenait intenable, la Fédération avicole décida de porter la question devant la justice. Un procès fut intenté, qui eût son dénouement le 22 décembre 1936, lorsque le jugement fut rendu. Cette date est, on va le voir, une des « grandes dates » de l’histoire de la volaille de Bresse.

LE PROCÈS DE DÉLIMITATION ET SA CONCLUSION

A — Les origines et les bases du procès. — Ce procès fut intenté par la Fédération des Syndicats avicoles de l’Ain contre M. Perraud Alphonse, cultivateur au hameau de France, commune de Meillonnas. La commune de Meillonnas est située sur la bordure occidentale du Jura (Revermont), à 15 kilomètres au nord est de Bourg. Au point de vue agricole, elle comprend deux parties : une située en plaine (Bresse) et l’autre constituée par une montagne. Le hameau de France est situé dans la partie montagneuse constituée par un terrain complètement différent des terrains de Bresse. M. Perraud qui venait de la commune de Peronnas située en Bresse près de Bourg avait amené ses volailles au hameau de France et continuait à les élever selon les méthodes de Bresse. Bien entendu, ses volailles étaient vendues sous l’appellation « Bresse »

Disons tout de suite que le procès n’impliquait de la part de la Fédération aucune hostilité spéciale contre M. Perraud. Mais elle saisit cette occasion pour faire définir par voie de justice les conditions de l’appellation d’origine contrôlée « Bresse ».
La demande était basée sur la loi du 1er août 1905 relative à la répression des fraudes.

B — L’expertise et le jugement. C’est donc la détermination des caractères que doit présenter une volaille d’origine pour avoir droit l’appellation « de Bresse » qui était demandée. Le tribunal de Bourg, saisi de cette affaire, ordonna une expertise et nomma pour remplir cette mission :

– MME Briset-Michaudet, agriculteur à Saint-Germain du Bois (Saône et Loire) ;
– Forgeot, directeur des Services Vétérinaires du Rhône, à Lyon ;
– Duc Louis, directeur des Services Agricoles de l’Ain, à Bourg.

L’expertise fut très longue, très soignée, et donna lieu à une étude approfondie. Un premier rapport fut déposé mais jugé insuffisant par le tribunal qui, le 17 juillet 1936, à la demande de la Fédération Avicole, réclama un complément d’expertise. Dans leur premier rapport, les experts, avaient ainsi été un peu hésitants au sujet des « pattes bleues ». Dans leur rapport complémentaire, ils sont au contraire formels. Les couleurs autres que le bleu indiquent un sang étranger à la race bressane. Le jugement définitif a été rendu le 22 décembre 1936. Le jugement est maintenant définitif et en vertu de l’article 7 de la loi du 6 mai 1919, s’applique maintenant à tous.   

Publié dans FAUNE FRANCAISE, Les spécialités | Pas de Commentaire »

1...678910
 

leprintempsdesconsciences |
Lechocdescultures |
Change Ton Monde |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | C'est LE REVE
| Détachement Terre Antilles ...
| ATELIER RELAIS DU TARN ET G...