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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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Les loups dans les villes

Posté par francesca7 le 18 avril 2014

 

chauffeursLa chasse ayant été suspendue depuis 1792, les loups se sont multipliés et, aussi affamés que les hommes, ils attaquent jusque dans les maisons. Pour stimuler les battues, des arrêtés sont publiés et des primes versées à chaque prise : 10 livres pour un adulte, 3 pour un louveteau. Le 10 Messidor an V, on les porte à 40 F pour un loup et une louve non pleine, 60 F pour une louve pleine et 20 F pour un louveteau. Pour toucher cette prime, il faut apporter comme preuve une tête coupée, l’oreille gauche ou les deux.

Cependant, tous les gouvernements ne se sont pas montrés sourds aux plaintes de la Vendée militaire. Au gré des hommes politiques, certaines propositions pour venir en aide aux Vendéens sont faites, comme la création de greniers, la reconstitution de l’outillage et des cheptels. Les départements accordent des primes et des encouragements.

Certains, comme un ingénieur nommé Cavoleau, propose des solutions concrètes ; il s’agirait de choisir une riche terre et de la faire régir pour le compte et aux frais de la nation : « les premiers frais de l’établissement seraient douze boeufs choisis parmi ceux appartenant à la nation, vingt belles brebis, les deux plus beaux taureaux, deux beaux étalons, quelques belles juments, quatre ou six béliers avec de belles brebis de Montagne et la plus grande espèce de cochon »… Ce cheptel s’agrandissant se perfectionnerait de son produit : « Partant de ce foyer, se propageraient de proche en proche les bonnes méthodes de cultures, les beaux types d’animaux et les grains dont l’expérience aurait démontré l’utilité. La nouveauté n’inspirerait plus de défiance parce qu’on serait rassuré par le succès »…

Ce projet n’est pas unique, certains mêmes se proposant de nationaliser les terres et d’y établir un kolkhoze avant l’heure.
En fait, il faudra attendre la prise du pouvoir par Bonaparte pour que le gouvernement prenne des mesures d’aide concrètes et à grande échelle.

Les gros bourgs ou les petites villes comme Clisson, Cholet, Mauléon sont dévastés. Les grandes villes sont pareillement touchées, notamment Nantes : « Assiégée depuis trois ans, frappée par les actes les plus atroces de la tyrannie, soumise à toutes les charges militaires, elle a vu ses négociants emprisonnés ou contraints d’aller chercher ailleurs la paix, la liberté qui conviennent à l’industrie, ses marchandises enlevées au maximum, ses vaisseaux mis en réquisition, ses capitaux perdus par l’insurrection des colonies, son commerce anéanti par la guerre maritime. »

A la famine, à la misère, aux maladies vénériennes s’ajoute un fléau nouveau : « les chauffeurs de pieds ». Des troupes de malfaiteurs composées de laboureurs affamés, d’anciens soldats se livrent au vol, au viol, à la torture, à l’assassinat.

A Frossay, comme partout ailleurs, les maires se plaignent qu’il leur soit impossible de faire la moindre police : « en dehors des bourgs, les brigands volent, pillent, assassinent toutes les nuits et souvent le jour ». Dans les Deux-Sèvres « le système de pillage et d’assassinat y prend un caractère alarmant ».

Parfois ce sont de véritables bandes de 1 500, voire même 2 000 hommes qui se constituent : alors, elles n’hésitent pas à menacer les bourgs comme Parthenay. Partout, ce sont les mêmes scènes : on pille, on lacère les papiers de l’administration. Les meuniers sont souvent visés car on les accuse d’abuser de la situation.

Face à cette situation, les populations désarmées sont la plupart du temps livrées à elles-mêmes. Certaines pour s’autodéfendre prennent les mesures qui s’imposent : en Brière, par exemple, les habitants fabriquent trois canons de bois liés de fer.

Des milices sont réquisitionnées, des gardes de nuit créées. Cependant, toutes ces mesures se révèlent insuffisantes comme s’en plaint le maire de Salartenne : « La famine ne tardera pas à faire sentir ses funestes effets dans le pays sans un meilleur ordre des choses… On ne souffre pas le cultivateur dans sa chaumière, sa fille et sa femme sont violées devant lui. On le rend témoin et quelquefois complice de cette infamie. La mort le poursuit de toutes parts et le désespoir le fait abandonner ses terres. Bientôt, ses champs seront couverts de ruine au lieu des belles moissons qu’ils produisaient autrefois. »

Pour affronter ces dangers, l’administration exhorte les Vendéens à la seconder. Cependant, elle continue à ne pas faire la distinction entre les criminels de droit commun et les rebelles politiques : « Savez-vous, citoyens, qui sont ceux qui violent vos asiles, portent une main criminelle sur vos prisonniers et vos propriétés ? Ce sont les émigrés, les prêtres qui se cachent pour méditer de nouveaux forfaits et leurs satellites… »

Elle pousse à la délation : « Arrêtez, dénoncez tous les individus qui se cachent ou qui vous sont inconnus » et menace : « Si vous ne prenez pas cette ferme résolution (…) votre sang coulera encore et nous aurons la douleur de ne pouvoir l’arrêter »…

 

Publié dans AUX SIECLES DERNIERS, FAUNE FRANCAISE, VILLAGES de FRANCE | Pas de Commentaire »

La brebis corse

Posté par francesca7 le 21 février 2014

- La brebis corse, qui permet de transmettre la longue tradition pastorale de l’île de Beauté. Sanson considérait la race corse comme  » une variété misérable du groupe des Pyrénées « . Ce qui est certain, c’est que, depuis très longtemps, le climat, la faiblesse des ressources alimentaires et le mode de vie ont modelé le type ovin Corse et expliquent les échecs des essais d’amélioration par des apports de sangs extérieurs (Mérinos, Dishley, Barbarin) au XIX ème siècle. Mais fallait-il véritablement promouvoir de tels croisements ? Boyer et Sajous rapportent qu’en 1922, la production laitière des brebis Corses était égale à celle des brebis Lacaune, nettement plus lourdes (et que leur lait était plus riche en matière grasse 79.7 contre 70.5g/l). Cette équivalence n’existe plus, mais une question reste posée pour les éleveurs de plaine qui, s’ils souhaitent augmenter leur productivité en introduisant des béliers Sardes, se voient contraints de rompre avec les systèmes pastoraux traditionnels (plein air, transhumance, etc..) 

 Standard de race … L’homogénéisation de la population a permis d’établir le standard de la race Corse, dont nous empruntons la description au Docteur Romani (revue Technique laitière n665) : 

Animaux de format réduit : la taille varie chez la brebis de 0.50 m à 0.60 m, le poids vif de 30 à 40 kg pour un poids de carcasse de 13 à 20 kg. La taille du mâle peut atteindre 0.65 m pour un poids de 50kg. 

Tête : elle est très fine avec une farce longue ; chanfrein plat ou légèrement brusqué chez la brebis, plus busqué chez le bélier ; présence d’un toupet sur le front. Les oreilles sont petites, implantées bas et portées le plus souvent horizontalement. Les cornes sont parfois absentes chez la femelles ; lorsqu’elles existent, elles sont petites, minces et aplaties. Chez le mâle, elles sont annelées, enroulées en spirales et rejetées en arrière. La couleur des muqueuses varie avec celle de la toison. Elles sont noires pour les brebis noires ou d’un rose plus ou moins soutenu si la toison est grise ou blanche. 

Corps : il est régulier avec un thorax développé en hauteur, un dos droit, une croupe étroite et un gigot bien peu développé. 
Queue : elle est longue et fine (30 à 35). Membres : ils sont remarquablement fins. Les onglons sont de couleur blanche ou brune. Mamelle : elle est développée et conformée en  » pis de chèvre « . Elle présente parfois des trayons supplémentaires. Laine : la coloration de la toison est assez variable avec des sujets tirant sur le blanc (environs 50 %), de couleur noire (environ 30 %), de couleur grise, rousse ou cendrée (environ 20 %). Les brebis entièrement blanches sont plus rares. La toison est très ouverte avec inexistence de laine sous le cou, sur les membres et sous le ventre. Elle pèse de 1kg à 1.200kg et est composée d’une laine grossière et jarreuse à brins longs qui ne peut trouver son utilisation que dans la confection de tapis et de matelas. 

 Aptitudes, Extension… La race corse se définit par un petit format, une grande rusticité et de bonnes aptitudes à la traite et à la production . Agile et bonne marcheuse, ellle vit en plein air dans des zones arides de parcours et de montagne méditerranéens. Elle est exploitée essentielllement pour la production de lait destiné à la fabrication de fromages régionaux : Niolo, Venaco, Sartène… de même qu’une spécialité devenue depuis juin 1983, produit d’appellation contrôlée : le brocciu ; une partie de la collecte est néanmoins exportée par des industriels sous forme de féta. La race corse est la seule race européenne où l’on trouve encore une très grande variation des couleurs de la toison. 

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Les Pigeons voyageurs : messagers durant les guerres

Posté par francesca7 le 1 février 2014

 
 
250px-Bundesarchiv_Bild_183-R01996,_Brieftaube_mit_FotokameraLors du siège de Paris en 1870-1871, les ballons ont permis à la capitale d’envoyer des messages en province, aux amis du dehors ; mais pour que le système de la poste aérienne fût complet, il fallait que le chemin du retour fût assuré comme celui de l’aller. C’est le bon office qu’ont rendu les pigeons voyageurs.

L’usage des pigeons messagers se perd dans la nuit des temps. Sans parler de l’arche de Noé et de la colombe au rameau béni, nous rappellerons l’histoire de la première croisade, pendant laquelle le sultan de Damas envoya aux assiégés de la ville de Tyr un pigeon annonçant à ceux-ci qu’une armée allait arriver à leur secours. Ce pigeon tomba entre les mains des croisés, qui enlevèrent le message léger attaché à la patte de l’oiseau, et le remplacèrent par un billet où ils faisaient dire au sultan de Damas que, vaincu et terrassé, il lui était impossible de venir délivrer la ville assiégée.

Cette fraude a été imitée par les Prussiens avec les pigeons du ballon leDaguerre, fait prisonnier pendant le siège de Paris. Mais les soldats de Bismarck ne furent pas aussi habiles que les croisés, qui avaient su imiter l’écriture et le style des Sarrasins. Les pigeons du Daguerre apportèrent à Paris une lettre écrite en un français ridicule ; cette épître avait, en outre, le malheur d’être signée du nom d’un personnage politique qui était à Paris auprès du gouvernement de la défense nationale. En 1849, les Vénitiens assiégés se servirent avec succès des pigeons pour donner de leurs nouvelles en Italie ; plus anciennement, en 1574, les messagers ailés avaient été utilement employés par les habitants de la ville de Leyde, investis par l’armée espagnole ; mais jamais, dans aucun temps, ils ne jouèrent un rôle aussi considérable que pendant le siège de Paris.

Plusieurs personnes revendiquent aujourd’hui le mérite d’avoir créé à Paris le service des oiseaux messagers ; nous croyons pouvoir affirmer en toute certitude que l’honneur des résultats acquis revient à M. Rampont, directeur général des postes, et aux membres de la Société colombophile l’Espérance, notamment MM. van Roosebeke et Cassiers, qui sont partis de Paris en ballon avec leurs oiseaux.

Toutefois nous devons reconnaître dans l’intérêt de la vérité que, trois semaines avant l’investissement, M. Ségalas avait songé aux pigeons voyageurs, et qu’il avait même installé soixante de ses élèves dans la tour de l’administration des télégraphes. Mais ce sont principalement les pigeons de la Société l’Espérance, dont l’existence à Paris était bien obscure et bien ignorée, qui ont fonctionné pendant la guerre.

La façon d’organiser le service était très simple : les ballons emportaient de Paris les pigeons voyageurs, que l’on remettait, à Tours, à la direction des postes et des télégraphes. Là, les hommes spéciaux, MM. van Roosebeke, Cassiers, se chargeaient de lancer les pigeons à Orléans, à Blois, le plus près possible de Paris. Ils attachaient préalablement une dépêche à une des plumes de la queue de l’oiseau voyageur.

Il y avait déjà fort longtemps, avant le siège de Paris, que des sociétés belges s’étaient préoccupées de l’élevage des pigeons voyageurs, et avant l’apparition du télégraphe électrique, plus d’un spéculateur de Paris a profité des renseignements que lui donnaient les colombes en lui apportant avec une rapidité étonnante le cours de la Bourse de Bruxelles. On ne se doutait pas alors du rôle que l’Histoire réservait à ce service de la poste généralement peu connu.

Tous les pigeons ne sont pas doués au même degré de cette faculté de revenir à leur colombier. Le pigeon voyageur est une espèce spéciale. Certains pigeons voyageurs, nés dans un colombier et emportés au loin, y sont revenus d’un seul trait, sans éducation préalable. Mais ce fait est très rare et même contesté. On dresse généralement les pigeons et on les habitue peu à peu à des voyages de plus en plus importants. On les élève dans un colombier semblable à celui que représentent nos gravures, et on leur laisse leur liberté ; ils voltigent autour du colombier, et s’éloignent parfois à une distance assez considérable de leur asile ; il est probable que dans ces promenades de chaque jour, ils apprennent à connaître les environs ; leur vue très perçante leur permet de retrouver certains points de repère qui les orientent et les mettent dans la bonne voie pour le retour.

Quand des pigeons ont ainsi vécu pendant quelque temps dans ces conditions, on les emporte dans des cages d’osier, à une dizaine de lieues de leur colombier, et on les lâche. La plupart rentrent au logis dans un espace de temps assez court. Quelques jours après, on les transporte à vingt lieues de leur colombier, puis à trente ou quarante lieues, et ainsi de suite, en augmentant les distances. On arrive ainsi à pouvoir lâcher à Bordeaux des pigeons voyageurs élevés à Paris ou à Bruxelles.

La vitesse du vol des pigeons voyageurs est très variable ; par un temps calme, ils font généralement douze ou quinze lieues à l’heure. Cette vitesse augmente ou diminue suivant qu’ils volent avec le vent, ou qu’ils sont obligés de remonter des courants aériens. Un fait très remarquable est l’influence de la direction du vent sur le retour des pigeons. Ceux-ci s’égarent presque toujours quand règnent les vents d’est. Les vents du sud et du sud-ouest sont au contraire très favorables au vol de ces messagers. Quand le temps est brumeux, quand il gèle et surtout quand la terre est couverte de neige, les pigeons voyageurs perdent leurs facultés ; on comprend combien l’hiver si rigoureux de 1870-1871 a nui à la poste aérienne.

 Trois cent soixante-cinq pigeons ont été emportés de Paris en ballon, et lancés sur Paris. Il n’en est rentré que cinquante-sept, savoir : quatre en septembre, dix-huit en octobre, dix-sept en novembre, douze en décembre, trois en janvier, trois en février. Quelques-uns d’entre eux se sont égarés pendant très longtemps ; c’est ainsi que, le 6 février 1871, on reçut à Paris un pigeon qui avait été lancé le 18 novembre 1870. Il rapporta la dépêche n° 26, tandis que celui de la veille avait apporté la dépêche n° 51. Le 28 décembre, on reçut un pigeon qui avait perdu sa dépêche et trois plumes de sa queue. Il avait été sans doute atteint par une balle prussienne. Ce fait semble prouver que plusieurs de nos messagers du siège ont été tués par l’ennemi.

Les Parisiens n’oublieront jamais la joie que leur causait la vue d’un pigeon s’arrêtant sur les toits. Quel bonheur ineffable ! disait-on, voilà des nouvelles de province. Et les commentaires marchaient leur train. Nous devons toutefois faire observer à ce sujet que les pigeons voyageurs rentrent généralement tout droit au colombier, sans s’arrêter. Il est à supposer que, pendant le siège, les pigeons du jardin des Tuileries ont obtenu souvent un succès peu mérité.

Pigeons voyageurs.jpgIl existe à Paris, dans certains quartiers, notamment du côté des Halles, du Temple, des colombiers perchés sur les toits de vieilles maisons. Avant la guerre, nul ne soupçonnait l’existence de ces petits établissements privés, qui ont contribué à assurer les communications de Paris avec la province. Nos gravures représentent le colombier de M. van Roosebeke, un des membres les plus actifs et les plus intelligents de la Société colombophile l’Espérance. On a pu tirer un parti vraiment merveilleux des pigeons voyageurs, en employant la photographie microscopique, pour faire tenir une innombrable quantité de dépêches sur une légère pellicule de collodion. Il serait utile d’encourager l’élevage de pigeons, et d’étudier un art peu connu qui a prouvé son importance par les services qu’il a rendus pendant la guerre. On parlait autrefois de construire aux pigeons du siège une volière d’honneur, mais nous paraissons avoir déjà oublié nos promesses.

« Comme les cigognes des villes du Nord, a dit avec raison M. de Saint-Victor, comme les pigeons de Venise, ils méritent de devenir, eux aussi, des oiseaux sacrés. Paris devrait recueillir les couvées de leur colombier, les abriter, les nourrir sous les toits de l’un de ses temples. Leur race serait la tradition poétique de ce grand siège, unique dans l’Histoire. »

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Les animaux malades de la peste

Posté par francesca7 le 1 février 2014

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

250px-Les_Animaux_malades_de_la_Peste

 

 Pour traiter les thèmes de la culpabilité et de la justice qui concernent l’être humain de tous les temps et qui sont incompatibles avec le monde animal, La Fontaine, s’il conserve encore cette apparence, a en fait, comme Molière et La Bruyère, observé la société de son temps qui était fortement organisée selon une hiérarchie.

La fable illustre le fonctionnement de cette société en faisant intervenir des animaux qui ont une signification symbolique très nette. Le lion, le roi des animaux, représente le roi. Il est orgueilleux de son autorité quasi divine, exerce majestueusement son «métier», aime étaler sa puissance dans de pompeuses cérémonies, méprise ses sujets qui redoutent sa colère terrible et sa cruauté impulsive, se conduit en despote, abuse de sa force au service de ses appétits.

Il est entouré d’une cour où les principaux courtisans sont le renard et le loup et que La Fontaine présente, avant La Bruyère, comme un pays de parasites «machinateurs d’impostures», où règnent la servilité et l’hypocrisie, où les rivalités entraînent des dénonciations, des calomnies, des vengeances implacables.

On assiste à un grand conseil politique dont dépend le sort du royaume dans une circonstance grave. C’est l’heure où les âmes se dévoilent. Le roi «fait un beau discours sur le bien public mais ne songe qu’au sien» (Taine). Cynisme ou naïveté? il adopte une noble attitude, mais il sait qu’il ne risque rien. Les courtisans trouvent mille arguments juridiques en sa faveur et s’entendent comme larrons pour accabler le pauvre hère sans défense qu’est l’âne. C’est la loi générale du monde : la raison du plus fort.

C’est bien des humains qu’il s’agit, et pourtant la fiction animale reste présente à nos esprits, tant le choix des personnages s’accorde avec le rôle et le langage que leur prête le poète dans cette petite pièce de théâtre en plusieurs actes où alternent récit et paroles :

- premier acte : les ravages de la peste (vers 1-14) ;

- deuxième acte : le raisonnement du lion et sa confession (vers 15-33) ;

- troisième acte : le plaidoyer du renard et la disculpation de tous les puissants (vers 34-48) ;

- quatrième acte : la confession de l’âne ( vers 49-55) ;

- cinquième acte : sa condamnation et son exécution (vers 56-62).

 

les animaux malades de la peste (Foujita)Il se déroule, comme toujours chez La Fontaine, à travers des vers de longueurs variées, coupés avec une grande liberté et marqués d’enjambements hardis, qui rendent la forme très expressive.

Un préambule qui, par son ton, son allure mystérieuse, son ambiance pesante, attire l’attention sur les ravages de la peste avant d’oser la désigner. Elle imposa sa terreur au Moyen Âge, mais sévissait encore au XVIIe siècle. L’esprit religieux en faisait un fléau que la divinité ferait subir aux humains pour les punir. « Terreur» rime de façon significative avec «fureur». Aussi, dans les premiers vers, est-elle désignée avec réticence, tant elle inspire un effroi dont l’auteur a créé l’impression par le ton, les mots mis en valeur. Le lecteur est intrigué par le mot «mal» qui est répété avant qu’il ne soit clairement identifié, et, quand il l’est, la parenthèse du vers 4 est empreinte de crainte superstitieuse (nommer le mal, c’est risquer de le faire apparaître : ainsi, on ne parlait qu’indirectement du diable). Le vers 5 marque le grand accroissement du nombre des morts par cet enrichissement de l’Achéron (à prononcer «Akéron»), qui était le fleuve qu’il fallait traverser pour atteindre les enfers, le séjour des morts. La structure de cette phrase, riche en propositions incises qui l’allongent, qui retardent la révélation essentielle, permet de mettre en valeur le mot «guerre» qui est rejeté à la fin et à la rime, qui fait de la peste une puissance ennemie, qui menace toute la «terre», qui est dotée d’une personnalité et qu’on peut combattre.

Puis, dans ce vers 7 qui est construit en chiasme et qui est devenu une sorte d’adage qu’on utilise en maintes occasions, la répétition de «tous» (renforcée ensuite par «ne [...] point», «nul», «ni [...] ni»,  «plus») rend bien l’idée du fléau auquel nul n’échappe. Le poète ménage une progression dans son tableau de ces ravages : la mort, mais pire qu’elle, le dégoût de la vie chez les survivants : l’abandon au mal, le dépérissement volontaire, l’absence d’activité, le renoncement à l’amour, cette carence étant pour le libertin auteur des “Contes”, la carence la plus grave. Ce que la situation a de dramatique est mis en relief par l’enjambement du vers 8 au vers 9, le passage d’un octosyllabe énergique à un alexandrin dont le rythme alangui rend, au contraire, la résignation qu’entraîne l’absence d’appétit qui est rendue habilement par la périphrase, «le soutien d’une mourante vie» qui éloigne le plus possible ce dernier mot qui est le plus important. Le sens de ce vers est développé dans le morceau des octosyllabes que sont les vers 10 à 15 : ils évoquent une vie normale qui est justement ici contredite. La perte par les «loups» et les «renards» de leur instinct de prédateurs est mise en valeur par l’enjambement expressif du vers 11 au vers 12. À la faim, le poète se plaît à joindre un autre instinct fondamental : l’amour. Si les tourterelles, oiseaux amoureux par excellence, y renoncent, tous les êtres le font, et cette absence a, pour lui, cette conséquence (c’est le sens de «partant», du latin «per tantum», «à cause de») : la perte de la «joie», ce trait valant plus qu’une longue description.

Le lion, c’est le roi qui, ici, tient conseil, la fiction animale s’estompant devant le tableau des moeurs contemporaines. Habitué à se prêter à ces comédies de justice où les faibles sont écrasés, il se sert d’une langue recherchée, adopte un ton ému, attristé, qui sied dans les circonstances pénibles (bien que le fléau ne soit plus dans sa bouche qu’une «infortune»), marqué de bienveillance, d’onction religieuse pour invoquer, afin de trouver une parade au fléau, la notion théologique de la réversibilité des fautes comme de l’expiation. La faute commise par tous pourrait être rachetée, ce qui serait «la guérison commune», par un volontaire qui, jouant le rôle de bouc émissaire, s’offrirait aux projectiles (les «traits») lancés par un dieu en colère. Un glissement s’opère d’un «nous» généralisant à une troisième personne : «le plus coupable» – «Peut-être il obtiendra». Il se réfère à l’Histoire qui rapporte de tels événements malheureux (c’est le sens d’«accidents») et de tels «dévouements» (consécrations aux dieux pour les apaiser). Avec une grande habileté, se soumettant hypocritement à la volonté divine, se montrant soucieux de justice, il examine d’abord son propre cas, utilisant le pluriel de majesté («nous»), refusant de s’embelllir («Ne nous flattons donc point»), de faire preuve d’«indulgence» à son égard (en fait, c’est à l’égard d’un autre, l’âne, faible et innocent, qu’il n’en aura pas). Mais il ne fait pas vraiment une confession humiliée et repentante, sa référence à ses «appétits gloutons», sur un ton d’évidence, étant  l’imposition d’emblée de sa nature de prédateur, de la nécessité de sustanter sa corpulence, qui n’ont donc pas à être mises en question. Il tire ainsi avantage du fait de s’être accusé le premier, faisant accepter, dans cet aveu dédaigneux où il trouve même l’occasion de se vanter, d’exposer sans vergogne ses méfaits (dont la nature contraste avec l’air de solennité qu’il se donne), de dresser un orgueilleux tableau de chasse, l’élimination des moutons, puis, au détour d’un changement de mètre très accentué et, de ce fait, très surprenant, entre le vers 28 et le vers 29, donc avec quelque hésitation dans l’aveu, celle du berger. Aussi le lion doit-il accepter d’être châtié, mais le vers 30 qui s’allonge est fortement coupé par des restrictions («s’il le faut» – «je pense») qui lui permettent d’étudier les réactions de l’auditoire. Le voyant se récrier, il peut alors inviter à d’autres confessions, son ton se raidissant avec «ainsi que moi». À la fin de sa déclaration, entre le vers 33 et le vers 34, on peut imaginer un silence embarrassé.

La réplique du renard est celle du courtisan par excellence que cet animal est habituellement chez La Fontaine, possédant l’art de flatter le roi dans son faible, de prendre toujours son parti, en employant un vocabulaire élogieux. Avec habileté, il justifie les actes commis par le lion, en lui trouvant trop de «scrupules» ; en feignant la forte conviction par son exclamation : «Eh bien !» ; en s’empressant obséquieusement de rejeter l’idée de «péché» par la question et la réponse martelée : «Non, non» ; en manifestant sa condescendance pour ses victimes animales dont il fait une masse indistincte et anonyme, impersonnelle, par l’absence des articles ; en voyant les moutons (victimes désignées dans la chaîne alimentaire et dont il est lui-même un égorgeur) comme «des magasins de côtelettes» (Taine), sujets d’un roi dont la fonction même, dans une société aristocratique, est d’être croqués (délicatement donc, alors que le lion disait les avoir «dévorés») ; en marquant  péjorativement, avec «ces gens-là», l’éloignement, la distance, qu’on a pour des étrangers, des gens avec lesquels on ne veut avoir rien à faire ; en accablant de son mépris le berger qui n’a, par rapport au lion, qu’un «chimérique empire», une illusion de pouvoir, sur les animaux et qui, par cet argument «juridique», mérite d’être condamné. Finalement, ayant montré beaucoup d’imagination pour se tirer de cette situation difficile, il a consacré son discours à un habile plaidoyer en faveur du lion, non sans prudence aussi, car il faut craindre la duplicité du prince et garder la mesure jusque dans la flatterie ; surtout, il a ainsi trouvé le moyen de ne pas se confesser, de faire oublier ses propres crimes. Le tour elliptique «et flatteurs d’applaudir», qui est vif, expressif, parce qu’il introduit un infinitif plus concis qu’un verbe conjugué, est demeuré dans la langue.

 

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Les Cygnes de la Seine sous Louis XIV

Posté par francesca7 le 1 février 2014

 

par

Georges Dubosc

~*~

320px-Cygne_VidyLouis XIV eut de nombreux amours, mais il aima surtout… les cygnes. La noblesse majestueuse de ce bel oiseau, glissant sur les eaux, lui plaisait et là-dessus, il aurait volontiers partagé le sentiment d’un des grands écrivains de son temps, Buffon, qui a écrit : « Le cygne plaît à tous les yeux ; il décore et il embellit les lieux qu’il fréquente. » Aussi, le Roi-Soleil voulut-il parer et animer de beaux cygnes argentés, voguant en liberté, non seulement le miroir tranquille des pièces d’eau des palais et des maisons royales, mais aussi la Seine, dans la plus grande partie de son cours, de Corbeil jusqu’à Rouen. Si l’on s’en rapporte aux Comptes des Bâtiments du Roi, il y avait plus d’un millier de cygnes, pendant tout l’été, descendant le cours du fleuve, contournant les îles, passant sous les ponts. C’était là un spectacle curieux et superbe, surtout aux approches de notre cité, où le Pont-de-Bateaux formait une barrière à leur course vagabonde.

Dès 1672, Colbert, qui ohéissait à toutes les fantaisies royales, avait été chargé de recruter cette troupe de cygnes. A cette date, il écrivait à notre ambassadeur en Danemark, Hugues de Terlon, pour lui demander d’envoyer deux ou trois cents de ces beaux cygnes blancs descendant tous les ans des mers boréales dans les îles des détroits danois. Il voudrait qu’on les mit sur un navire, dans de grandes cages et qu’on en prit soin. Terlon ne put réunir qu’une quarantaine de cygnes, qu’il envoya sur un navire de Lubeck à Rouen, puis adressa dans une voiture, accompagnée d’un commis, une centaine d’oeufs « qu’on fera couver à Versailles ». En même temps, Colbert s’informait auprès de Ribeyre, l’intendant de la Touraine, pour qu’il lui envoyât aussi, avant les grandes gelées, une centaine de cygnes du pays. Deux années se passèrent encore, pendant lesquelles on mobilisa tous les cygnes disponibles…

Enfin, en 1676, était promulguée une ordonnance de Louis XIV où est exposée très clairement la pensée du monarque, qui veut protéger les cygnes royaux contre la cupidité ou la malice des riverains et des passants.

Sa Majesté, dit l’ordonnance, ayant fait venir des cygnes des pays étrangers pour servir d’ornements sur les canaux des maisons royales et, « voulant aussy embellir la Seine, dans l’estendue, de Paris et au-dessus et au-dessous. Elle donne l’ordre de les mettre dans l’isle en face du Cours-la-Reine, l’île Maquerelle. Défense est faite d’y entrer, aux basteliers y aborder, prendre des oeufs, faire du mal, avec des filets, bâtons, à peine de 300 livres d’amende et punition corporelle, en cas de récidive. »

En suite de cette ordonnance, par lettre du 16 septembre 1676, le lieutenant-général de police La Reynie, était nommé pour faire exécuter les mesures protectrices des cygnes royaux, de préférence aux Officiers des Capitaineries du Bois de Boulogne et. de la Garenne du Louvre.

Ce quartier général, ce rendez-vous, ce port d’attache des cygnes de la Seine, grands et petits, c’était une longue île parisienne, formée au Moyen-Age de plusieurs petites îles soudées ensemble, séparées par un étroit bras d’eau, de la plaine de Grenelle et du Gros-Caillou. On l’appelait L’Ile aux Cygnes et, bien que réunie à la terre depuis 1773, elle a gardé ce nom. C’est dans le voisinage actuel du pont d’Iéna, où se trouvent encore la Manufacture des tabacs, le Dépôt des Marbres et les antiennes Ecuries de l’Empereur.

L’île aux Cygnes, sous Louis XIV, devenue le refuge inviolable de leurs flottilles, défendue aux deux bouts par des palissades, était une île… sacrée. Défense aux bate liers, voituriers d’eau, pêcheurs, d’y aborder avec bateaux ou chevaux. Défense d’y pêcher dans le voisinage, du Pont des Tuileries à Auteuil. Défense de toucher à aucuns cygnes, de leur jeter du pain. Défense de pêcher dans le petit bras. Défense de laisser approcher les chiens, sous peine d’être tués, avec amendes aux propriétaires. Défense, du mois d’avril au mois de juin, à aucun bateau de circuler dans les parages. Pour plus de sûreté, les barques étaient cadenassées au rivage. Colbert, on le voit, n’y allait pas de main morte !…

Ainsi protégés, les cygnes pullulèrent dans leur île. De là, leurs escadrilles séparées, remontaient par le pont de Charenton, jusque dans la Marne et par la Seine, poussaient par Choisy, Villeneuve-Saint-Georges, Draveil, jusqu’à Juvisy, jusque dans les petites rivières :de l’Orge et de l’Essonne. De ce côté, ils ne dépassaient pas Corbeil. En aval de Paris, ils suivaient tous les méandres de la Seine, passaient sous les ponts de Sèvre, de Saint-Cloud, de Bezons, de Meulan, de Vernon, de Mantes et de Pont-de-l’Arche. Leurs flottes, trouvaient des abris de verdure dans les longs chapelets d’îles, dans les roseaux des berges, à peine génés par les gords ou barrages des pêcheurs. La Seine, à cette époque, était du reste à peine troublée par quelques barquettes de pêcheurs, par des galiotes paisibles, par les coches d’eau, traînés par les chevaux de halage, et par les trains de bois descendant vers Rouen, en longues files.

Pour surveiller un pareil domaine aquatique, il fallait une sorte de ministre… des cygnes, un inspecteur et un conservateur des rives de la Seine. On le nomma. Ce fut, dès 1677, un sieur Ballon, ancien huissier de la chambre du roi, dont les pouvoirs furent définis par une ordonance spéciale du 18 avril 1681. Il lui fallait avoir 1′oeil sur tout ce long parcours de la Seine et sur les petites rivières, surtout sur l’Oise, l’Epte, l’Eure, l’Andelle, on trouva des cygnes égarés à Pont-Saint-Pierre et sur les étangs voisins, comme le lac d’Enghien. Partout, en tous lieux et en tout temps, il lui fallait assurer la conservation des cygnes ; empêcher qu’on ne touchât aux jeunes comme aux vieux, écarter les chiens. Pour toute cette tâche, il avait le droit de dresser procès-verbaux et contraventions.

A Ballon revenait aussi la tâche d’assurer, par de longues tournées, en bateau, la conservation des nids où les cygnes déposaient leurs gros oeufs verdâtres. Il plaçait dessous de petits pontons en bois qui, en cas de crue, empêchaient les nids d’être détruits et emportés. A certaines dates, M. le Conservateur des cygnes devait encore éjointer les jeunes cygnes, c’est-à-dire, rogner une de leurs ailes, suivant un terme de fauconnerie. Et la besogne devait être dure, quand il fallait éjointer une centaine de jeunes oiseaux.

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Les Cygnes de la Seine sous Louis XIV dans COURS d'EAU-RIVIERES de France 220px-Isle_Maquerelle_ou_des_CignesChaque saison ramenait une besogne nouvelle. A l’approche de l’hiver, quand la Seine menaçait d’être prise et commençait à charrier les glaçons, Ballon devait rentrer les cygnes royaux dans leurs quartiers d’hiver de l’Ile aux Cygnes. Sur la Seine, il lui fallait prendre les cygnes, malgré leur rude résistance, et les ramener en bateau, si la navigation n’était pas interrompue, ou en voitures, à l’Ile des Cygnes. Parfois on les hospitalisait, dans des stations intermédiaires, au château de Chatou, à Rueil ou aux Carrières-Saint-Denis, ils étaient alors nourris avec de l’avoine, dont les septiers apparaissent souvent dans les comptes. A Ballon revenait aussi le soin de surveiller les poteaux plantés le long de la Seine et où étaient placardées les ordonnances concernant les oiseaux.

A Ballon succéda, en date du 6 septembre 1689, Henri Le Venneur, garde-cygne du roi, qui demeurait à Chatou. Détail curieux : sa nomination fut proclamée au prône de l’église en même temps que les ordonnances sur la conservation des cygnes. En plus, Henri Le Venneur était exempt de toutes charges, comme syndic ou collecteur. On voulait qu’il soit tout à sa fonction !

Toute une équipe de gardes-cygnes subalternes parcourait la Seine et ses bords. Pour la plupart, c’étaient d’anciens jardiniers de Versailles : Octavien Herny et sa veuve ; Jacques Foubert, Louis Germain, Pierre et Claude Le Cochois. Tour à tour, on les rencontre en tournées, à Melun, Corbeil, au pont de Saint-Maur, à Villeneuve-Saint-Georges, à Chatou, à Saint-Cloud, à Suresne, à la Roche-Guyon, à Mantes, à Vernon. Eux-mêmes ont des aides : le batelier Ledru, qui pose les poteaux le long du fleuve en 1685 ; le charpentier Brassard, qui construisit les petits pontons, placés sous les oeufs de cygne ; les anciens soldats invalides Jacques Bobert et Paul Letellier, qui, en 1687, sur leur canot à rames, remontent l’Eure à la poursuite des cygnes ; la veuve Denis, qui fournit les livraisons d’avoine pour la nourriture des cygnes royaux.

Mais le principal inspecteur des cygnes de notre région rouennaise est Jean Frades, qui est garde de la section entre Suresne et Rouen. C’est lui qui, en 1689, court après 76 cygnes qui voguant entre Pont-de-l’Arche et Oissel, se sont échappés vers Rouen ; en 1694, il en fait reprendre une centaine, bloqués dans les glaces à Eauplet, et les ramène dans l’Ile des Cygnes à Paris ; au printemps de 1695, il parcourt toutes les berges pour assurer la conservation des oeufs.

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Colbert, au surplus, veillait lui-même sur les cygnes de la Seine, surtout à Rouen. En veut-on une preuve Le 25 décembre 1678, il écrivait maintes lettres à l’intendant de Rouen, Louis Le Blanc :

« On m’a prévenu, dit-il, que nombre de cygnes sur 1a rivière de la Seyne, pour l’ornement public, sont descendus cette rivière dans toute l’étendue de la généralité de Rouen. Comme ils sont icy conservés sous l’autorité publique et que qui que ce soit n’ose y toucher, Sa Majesté veut que vous envoyiez promptement les deux gardes de la Prévosté de l’Hôtel de l’Intendance, l’un d’un côté de la rivière et l’autre de l’autre, s’informer soigneusement des endroits où ils sont sur la rivière de Seyne, soit dans celles qui y descendent, m’ayant été dit qu’il y en avait sur celle d’Epte, et qu’on donne tous les ordres pour les reprendre et les rapporter. »

COLBERT.

220px-Cygne_nid_2 dans FAUNE FRANCAISEEn 1679, le puissant ministre s’adressa encore à l’Intendant Le Blanc pour qu’il renvoie immédiatement les cygnes pris à la Roche-Guyon. Plus tard, ce sera au successeur de Le Blanc à Rouen, à l’intendant Meliande, que Colbert fera ses recommandations touchant les cygnes : « Car le Roy veut que chacun prenne plaisir à voir un ornement de cette qualité, et le prie de veiller sur les cygnes qui sont, en cet été de 1683, arrêtés à Pont-de-l’Arche. Il lui faut, surtout, ajoute-t-il, prendre des mesures pour empescher qu’ils ne passent le Pont-de-Rouen, parce qu’ils pourraient descendre jusqu’au Havre, ces sortes d’animaux ayant une inclination naturelle pour se retrouver vers le Nord ! »

Comme on le voit, les cygnes de la Seine étaient bien gardés ! Ils se contentaient la plupart du temps de voguer le long des rives de Longboel, du Cours de la Reine et de l’île de La Mouque, alors l’île Lacroix, arrêtés par les pontons assez reserrés, qui supportaient le Pont de Bateaux. Une fois, cependant, profitant que celui-ci était ouvert, pour laisser passer quelque navire, les cygnes s’étaient enfuis rapidement vers d’autres climats.

Mais déjà les grands jours du règne s’évanouissaient. Le roi sexagénaire devenu plus retiré, ne s’intéressait plus à ces grands spectacles d’embellissement des rivières de son royaume. Peu à peu, les cygnes disparurent  des fleuves français. Valenciennes, seule, cité héroïque, qui dans les supports de ses armoiries, porte deux cygnes d’argent, en garda ainsi le souvenir. Et puis les bons Boches, les Berlinois de Frédéric II, s’avisèrent de copier les modes de Louis XIV. Ils couvrirent les eaux fétides de la Sprée, la rivière prussienne par excellence, de flotilles de cygnes… manoeuvrant comme à la parade. Ce fut la fin ; ce fut le dernier chant du cygne !

GEORGES DUBOSC

Source : DUBOSC, Georges (1854-1927) :  Les Cygnes de la Seine sous Louis XIV (1919).

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Salamandre et son histoire

Posté par francesca7 le 1 février 2014

220px-Nutrisco_et_extinguo_Salamandre_de_François_I_AzayLa salamandre, pour la définir tout de suite familièrement, est une sorte de crapaud ayant une queue. Les mœurs de cet animal ne présentent aucune propriété extraordinaire, et cependant, sur la foi de quelques observations d’une très faible portée, il s’est accumulé peu à peu autour de son nom une réputation immense, notamment celle de posséder la vertu d’éteindre le feu.

Lorsqu’on blesse ou qu’on irrite ce petit animal, il suinte de sa peau, visqueuse comme celle du crapaud, une humeur laiteuse, amère, d’une odeur forte et tout à fait repoussante. Cette propriété est fort simple, et évidemment destinée dans le plan de la nature à écarter de lui les ennemis que la paresse de sa marche ne lui permet pas de fuir. C’est là cependant ce qui est devenu le principe de toutes les fables qui se sont répandues sur le compte de la salamandre.

D’abord, il est incontestable que cette humeur est légèrement vénéneuse : elle fait périr, en effet, les insectes et les petits animaux ; mais on s’est assuré, par des expériences positives, qu’elle est sans aucune action délétère sur l’homme et sur les animaux d’une certaine taille. Cependant, chez les anciens, son poison a passé pour un des plus redoutables du monde. Pline assure qu’il suffit que la salamandre ait touché un fruit en passant pour que ce fruit se change aussitôt en un poison violent. Je croirais volontiers que dans l’empire romain on en était venu à forger une multitude de poisons que l’on rapportait à la main de la nature précisément parce qu’il y en avait un trop grand nombre qui ne sortaient que de celle des hommes.

Quoi qu’il en soit, cette mauvaise réputation de la salamandre, qui n’aurait guère le droit de régner que parmi les mouches et les autres insectes, s’est conservée dans nos campagnes. La salamandre est rangée presque partout par les paysans parmi les animaux les plus venimeux, et quand on en découvre quelqu’une on s’en débarrasse aussitôt avec une sorte d’horreur. Elle ne mérite cependant pas une réprobation plus énergique que le crapaud, car à l’égard des mœurs et de son venin elle est presque en tout pareille.

Mais cette faculté d’empoisonnement n’est que la moindre merveille de la salamandre. Sa plus fameuse propriété est d’éteindre le feu ; et l’on a vu au Moyen Age des savants qui, se fondant sur cette antipathie naturelle, prétendaient éteindre les incendies en jetant au milieu des flammes des salamandres. Ce préjugé a ses racines dans l’Antiquité. « La salamandre, dit Pline, est un animal si froid que rien qu’à toucher le feu il l’éteint comme le ferait de la glace. » Aristote enseigne à peu près la même chose, mais avec plus de réserve : « Cet animal, dit-il, à ce que l’on prétend, éteint le feu lorsqu’il y entre. »

Il y a là quelque vérité, mais il faut la bien préciser pour ne s’y point méprendre. Il est certain que si l’on met une salamandre sur quelques charbons, comme il se dégage immédiatement de son corps cette humeur laiteuse dont nous avons parlé, les charbons qui la touchent, s’ils ne sont pas trop forts et trop ardents, s’éteignent promptement ; mais cela ne tient nullement à la froideur de l’animal, car cette humeur serait toute chaude qu’elle n’éteindrait pas moins le feu sur lequel elle se répandrait, comme l’eau qui n’éteint pas moins le charbon quand elle est bouillante que quand elle est à la glace.

Mais de ce fait si simple, grâce aux exagérations de la théorie des sympathies et des antipathies, si puissante dans l’ancien état de la science, est sortie l’idée que la nature de la salamandre était antipathique à celle du feu, et de là la persuasion que la salamandre repoussant absolument le feu, cet agent ne saurait la consumer. Telle a été l’opinion vulgaire au Moyen Age ; et, pour la détruire, il a fallu que les savants de la Renaissance se livrassent à cet égard à des expériences positives.

Salamandre et son histoire dans FAUNE FRANCAISE 220px-FeuersalamanderMathiole rapporte qu’il vit une salamandre mise dans un brasier et brûlée en très peu de temps. Picrius et Amatus font des déclarations semblables. Galien, chez les anciens, avait observé la même chose, car il dit que la salamandre supporte à la vérité l’action du feu, mais qu’elle finit bientôt par y être consumée ; et il recommande même ses cendres comme un médicament utile.

Certes, une si grande autorité aurait dû mettre entrave à l’exagération ; mais le merveilleux, une fois né, s’arrête rarement avant d’être parvenu au terme de la carrière. L’incombustibilité de l’animal une fois implantée de cette manière dans les imaginations, on a oublié bien vite la pauvre petite salamandre des fossés et des caveaux humides, et l’on est allé jusqu’à donner à l’animal lui-même une organisation franchement fantastique. On lui a attribué le feu pour séjour habituel, comme l’eau aux poissons ou l’air aux papillons ; on a voulu qu’il y puisât sa nourriture ; on lui a fait souffler et vomir la flamme ; on lui a supposé des ailes pour se mouvoir plus à l’aise dans cet élément subtil ; on lui a ôté son humble figure, et on en a fait un dragon : voilà la généalogie de cette furieuse salamandre du blason de François Ier.

Il se conçoit que l’on ne se soit pas arrêté en si beau chemin. Les voyageurs, qui pouvaient prétendre avoir rencontré des salamandres aux pays lointains, n’avaient pas à se faire grand scrupule de rapporter des preuves matérielles de leur mensongère trouvaille. Aussi vit-on circuler pendant un temps, dans le commerce des curiosités naturelles, des étoffes faites avec de la laine de salamandre : on en était venu à donner de la laine à ce dragon. Cette laine, ou plutôt encore cette soie, était blanche, fine, d’une assez grande souplesse, et résistait en effet parfaitement bien à l’action du feu le plus ardent. On pouvait en faire des tissus, et, à l’aide de ces tissus, braver non pas la violence du feu, mais le danger de voir les vêtements s’enflammer au simple contact de la flamme : aussi la laine de salamandre eut-elle un moment une célébrité rare.

Le fait est que si l’on avait dû juger de l’incombustibilité de la salamandre d’après celle de cette prétendue laine, il aurait fallu regarder l’animal comme réellement doué de la propriété prodigieuse que le vulgaire lui attribuait. Mais cette substance provenait-elle réellement d’un animal ? Là était la question, et, malheureusement pour les amis du merveilleux, il s’est trouvé que la laine de salamandre était tout simplement un minéral filamenteux bien connu des naturalistes, et connu même des anciens sous le nom d’asbeste.

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Les vaches laitières en Comté

Posté par francesca7 le 25 janvier 2014

 

220px-Parsonage_Farm-_Dairy_Farming_in_Devon,_England,_1942_D10227Certaines races de vaches, dites mixtes, peuvent être élevées aussi bien pour le lait que pour la viande. 

Les races agréées par l’AOC comté sont la montbéliarde, la simmental française et les vaches des deux races métissées. Ces deux races appartiennent au rameau de races pie rouge des montagnes ; ce sont des cousines de la simmental, une race suisse devenue une grande race internationale. Races de montagne, elles possèdent toutes les deux des onglons (sabots) durs, aptes à la marche pour aller chercher la nourriture. Rustiques, elles supportent les nuits en plein air à l’alpage avec des amplitudes thermiques quotidiennes importantes : il est courant d’avoir 35 °C le jour avec du gel la nuit.

La montbéliarde est une race créée au xviiie siècle par métissage de vaches comtoises avec un troupeau amené dans la région de Montbéliard par des réfugiés religieux suisses. La sélection effectuée sur cette race à considérablement amélioré sa productivité. Dans les années 2000, elle est la seconde race laitière française avec 1 800 000 animaux et en quantité de lait produite, avec 7 600 kg de lait en moyenne par lactation, derrière la prim’holstein, la vache des produits laitiers industriels. La montbéliarde est classée première pour la production de fromages AOC ; outre le comté, elle est présente dans le Massif Central pour la production de nombreux fromages (bleu d’Auvergnesaint-nectaire…) ou dans les Alpes pour notamment les reblochon et abondance.

La simmental française est une race moins productive avec 6 400 kg de lait, mais elle possède une conformation de carcasse supérieure, permettant de mieux valoriser les veaux et les vaches de réforme à la vente vers la filière bouchère. Sa réelle mixité en fait une race très polyvalente, même si ses effectifs restent relativement faibles. (72 000 animaux en 2005)

L’élevage en stabulation toute l’année est prohibé. Le troupeau doit pâturer dès que possible. Les vaches doivent avoir au moins un hectare de prairie chacune sur l’exploitation. Elles ne peuvent être nourries avec aucun aliment transgénique. (OGM) Aucune culture d’OGM susceptible d’être utilisée dans l’affouragement ne peut avoir lieu sur l’exploitation. Les aliments fermentés (ensilage) sont interdits. La ration quotidienne des laitières doit se faire en fourrage issu de la zone d’appellation d’origine. Une dérogation peut être accordée à titre exceptionnel si la raison est justifiée. Les vaches mangent de l’herbe fraîche quand la saison le permet et du foin durant la mauvaise saison.
Le rendement en lait ne peut dépasser 4 600 kg de lait par hectare. Le sur-pâturage risquerait de modifier la flore naturelle par sélection des plantes les plus vigoureuses.

Les vaches laitières en Comté dans Bourgogne 220px-Walworth_Gate_012Dès la traite effectuée, le lait doit être refroidi au-dessous de 18 °C et apporté le plus tôt possible à l’atelier de transformation. L’idéal est après chaque traite, mais si ça n’est pas possible il peut être stocké pour n’être transporté que toutes les deux traites. Le lait est alors stocké à une température de 10 à 18 °C. Les ateliers de transformation ne peuvent collecter de lait au-delà de 25 km autour de l’atelier, sauf cas particulier ; les exploitations laitières au-delà de 25 km qui fournissaient du lait avant 1998 (date de mise en place de la mesure) peuvent encore bénéficier d’une dérogation. La liste de ces exploitations déposée auprès de l’INAO est close.

L’étonnante richesse aromatique du comté est notamment due aux conditions d’élevage : pâturage extensif à une altitude moyenne de 300 à 1 000 m(dans le massif du Jura) assurant une herbe riche et une flore très diversifiée regroupant près de 2 000 espèces, soit plus de 40 % de la flore française.

 La production mondiale de lait s’est élevée en 2007 à 679 millions de tonnes, et à 25 millions de tonnes en France. 22,2 milliards de litres de lait sont collectés et livrés à plus de 700 sites de transformation qui emploient 60 000 personnes. La plupart de ces 22,2 milliards de litres sont consommés sous une autre forme que du lait liquide, qui ne constitue que 11 % de la collecte. Le chiffre d’affaires de l’industrie laitière en France est de 23.4 milliards d’euros. Les deux tableaux ci-dessous regroupent les statistiques 2007 relatives à la production et à la transformation du lait.

Pour un éleveur, les deux caractéristiques principales qui font la qualité du lait de ses vaches sont:

  • le taux de matière azotée totale également appelé taux protéique ou TP ;
  • le taux de matière grasse également appelé taux butyreux ou TB.

Ces taux varient en fonction des races, et par exemple :

  • le lait de la Prim’Holstein (première race en France avec environ 80 % de la production) présente, en moyenne, un taux de matière grasse de 39,7 pour 1 000 et un taux de matière azotée de 31,9 pour 1 000 (habituellement en masse, soit en grammes par kg) ;
  • le lait de la Normande présente, en moyenne, un taux de matière grasse de 42,8 pour 1 000 et un taux de matière azotée de 34,5 pour 1 000.

Cette deuxième race est moins productive mais son lait plus riche est vendu plus cher et est apprécié pour la production de fromage.

Ces taux sont variables en fonction de la race, et de différents facteurs comme l’alimentation, la photopériode ou la période de lactation.

Après transformation, on vend des produits laitiers standardisés, comme le lait entier, le lait demi-écrémé et le lait écrémé.

D’abord vendu en vrac, le lait était transporté dans des cruches en fer ou laiton, puis dans des bidons de fer blanc où le marchand puisait avec une mesure pour verser ensuite le liquide dans le récipient du client. Cruches ou bidons étaient transportés, dans les pays occidentaux, dans des charrettes tirées par des chevaux, des ânes ou des chiens.

L’acheteur qui se rendait à la ferme emportait avec lui sa « boîte à lait », récipient (muni d’une poignée) d’un ou deux litres affectant à peu près la forme du gros bidon qui servait à collecter le lait dans les étables, dans laquelle était transvasée la quantité de lait désirée.

220px-Jan_Vermeer_van_Delft_021 dans FAUNE FRANCAISELe lait a ensuite été conditionné en bouteilles de verre, en bouteilles plastiques, en berlingots cartonnés, en sachets plastiques scellés et même en capsules pour les portions individuelles servies dans l’HORECA et dans les collectivités. Le lait déshydraté est conditionné en cartons ou en bâtonnets (portions individuelles). Mais, D’après Le Berre, plusieurs nutritionnistes considèrent que le lait n’est pas véritablement adapté au régime alimentaire des adultes, mais que la plupart des produits laitiers le sont. Selon eux, les protéines et le calcium du lait seraient difficilement assimilés par l’espèce humaine, car adaptés seulement au veau. Selon Jean-Marie Bourre, un autre argument mis en avant par les détracteurs veut que les produits laitiers fassent grossir, mais Jean-Marie Bourre avance des études prouvant que la consommation de produits laitiers au sein d’une alimentation équilibrée réduit les risques de diabète, d’obésité, et surtout d’hypertension, sans pour autant faire maigrir.

 

 

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Le Paon était un met au Moyen Age

Posté par francesca7 le 26 décembre 2013

 

 
220px-Peacock_served_in_full_plumage_(detail_of_BRUEGHEL_Taste,_Hearing_and_Touch)Chez nos vieux romanciers, le paon est qualifié du titre de noble oiseau, et sa chair y est regardée comme la nourriture des amants, et comme la viande des preux. Il y avait très peu de mets alors qui fussent aussi estimés.

Le paon eut tous les honneurs dans les jours brillants de la Chevalerie. Plusieurs grandes familles, parmi lesquelles celle des Montmorency, avaient placé son effigie, en cimier, sur leur heaume. Aux cours d’amour de nos provinces méridionales, la récompense que recevaient les poètes ayant remporté le prix était une couronne faite de plumes de paon, qu’une dame du tribunal portait elle-même sur leur tête.

Un de nos poètes du XIIIe siècle, voulant peindre les fripons, dit qu’ils ont autant de goût pour le mensonge, qu’un affamé en a pour la chair de paon. Enfin les rois, les princes et grands seigneurs, donnaient très peu de festins d’appareil où le paon ne parût comme le plat distingué. La coutume, dans ces sortes d’occasions d’éclat, était de le servir rôti ; mais on le servait entier avec tous ses membres, et même avec ses plumes.

Selon Platine de Crémone, auteur qui énonça les mêmes principes que ceux que Brillat-Savarin publiera deux siècles plus tard, « au lieu de plumer l’oiseau, il faut l’écorcher proprement, de manière que les plumes s’enlèvent avec la peau ; il faut lui couper les pattes, le farcir d’épices et d’herbes aromatiques, lui envelopper la tête d’un linge, et le mettre à la broche. Pendant qu’il rôtit, vous arroserez continuellement le linge avec de l’eau fraîche, pour conserver son aigrette. Enfin, quand il sera cuit, rattachez les pattes, ôtez le linge, arrangez l’aigrette, rappliquez la peau, étalez la queue, et servez ».

« Il y a des gens, ajoute Platine, qui, au lieu de rendre à l’animal, lorsqu’il est rôti, sa robe naturelle, poussent l’ostentation de magnificence jusqu’à le faire couvrir de feuilles d’or. D’autres emploient, pour réjouir les convives, un moyen plaisant. Avant que le paon soit rôti, ils lui emplissent le bec de laine imprégnée de camphre. En le plaçant sur la table, on met le feu à la laine, et l’oiseau alors semble un petit volcan qui vomit des flammes ». Au reste, ce n’étaient point les écuyers-servants qui avaient l’honneur de poser le paon sur la table. Cette cérémonie glorieuse regardait les dames ; ordinairement elle était déférée à celle d’entre elles que distinguait le plus sa naissance, son rang, ou sa beauté. Suivie d’un certain nombre d’autres femmes, accompagnée d’instruments de musique, cette reine de la fête entrait ainsi en pompe dans la salle du festin, portant en main le plat d’or ou d’argent dans lequel était l’oiseau. Le paon

Là, au bruit des fanfares, elle le portait devant le maître du logis, si ce maître était d’un rang à exiger un pareil hommage ; ou devant celui des convives qui était le plus renommé pour sa courtoisie et sa valeur. Quand le banquet se donnait après un tournoi, et que le chevalier ayant remporté le prix du combat se trouvait à la table, c’était à lui, de droit, qu’on déférait l’honneur du paon. Son talent alors consistait à dépecer l’animal avec assez d’adresse pour que toute l’assemblée pût y goûter. Le Roman de Lancelot, dans un repas qu’il suppose donné par le roi Arthus aux chevaliers de la Table-Ronde, représente le monarque découpant lui-même le paon ; et il le loue d’avoir fait si habilement ses distributions que cent cinquante convives, qui assistaient au festin, apprécièrent.

Le Paon était un met au Moyen Age dans AUX SIECLES DERNIERS 262px-Peacock_courting_peahenSouvent l’enthousiasme qu’excitait tant de gloire dans le chevalier tranchant, enflammait tout à coup son courage. Il se levait ; et, la main étendue sur l’oiseau, faisait à haute voix un vœu d’audace ou d’amour, capable d’augmenter encore l’estime qu’avait inspirée pour lui ses hauts faits. Par exemple, il jurait de porter, dans la plus prochaine bataille, le premier coup de lance aux ennemis ; de planter le premier, en l’honneur de sa mie, son étendard sur le mur d’une ville assiégée. Quant à la formule du serment, elle était conçue en ces termes : « Je voue à Dieu, à la Vierge Marie, aux dames, et au paon, de… »

Le vœu du premier preux étant achevé, on présentait successivement le plat aux autres convives, qui tous, chacun à leur tour, faisaient un serment du même genre. Mais, comme en pareille circonstance, les têtes s’échauffent aisément, et qu’alors on se pique toujours d’outrepasser ceux qui parlent avant nous, il devait résulter, de ce moment d’effervescence, les promesses les plus téméraires, et souvent les plus extravagantes. Les romanciers et les historiens en offrent des exemples nombreux. Cette cérémonie portait le nom de Vœu du paon.

Quant à cette sorte d’aliment, on y a renoncé peu à peu. En 1560, Champier marque beaucoup de surprise d’en avoir vu en Normandie, près de Lisieux, des troupeaux considérables : « On les y engraisse avec du marc de pommes, dit-il, et on les vend aux marchands de poulaillers, qui vont les vendre dans les grandes villes pour la table des gens riches ». Champier était Lyonnais, avait étudié à Orléans, et était attaché au service de François Ier. La manière dont il parle des paons, l’étonnement que lui causèrent ceux de Normandie, donnent à penser qu’on n’en mangeait déjà plus dans le Lyonnais, dans l’Orléanais, ni à la Cour. Cependant de Serres écrivait encore en 1600 que « plus exquise chair on ne peut manger ». Mais rien n’indique où de Serres avait mangé du paon.

(D’après « Histoire de la vie privée des Français depuis l’origine de la nation jusqu’à nos jours », paru en 1782)

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L’INTELLIGENCE DE L’OIE, SON CARACTÈRE ET SES VERTUS

Posté par francesca7 le 26 décembre 2013

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Pourquoi dit-on : bête comme une oie ? Rien n’est plus injuste que cette expression proverbiale. L’oie surpasse, au contraire, en intelligence la plupart des autres oiseaux domestiques ; elle ne cherche querelle à aucun d’eux, ni à personne ; elle a l’instinct éminemment sociable et docile ; elle est enfin, comme l’a dit Buffon, « dans le peuple de la basse-cour, un habitant de distinction. »

Quand on la conduit au pâturage, un seul gardien suffit pour toutes les oies du village ; le matin, il les réunit au son de son cornet, et quand il les ramène à l’heure où le jour tombe, chaque bande sait bien retrouver son logis . Une oie qu’on emporte dans un panier bien fermé, bien enveloppé, vers une nouvelle habitation, sait parfaitement s’orienter et revenir chez son ancien maître, en dépit des précautions qu’on a prises pour l’empêcher de reconnaître son chemin.

Ni le temps, ni la distance ne lui font perdre le souvenir de ce maître, de sa demeure et de ses bons procédés. Le savant docteur Sanchez raconte que, revenant d’Azof, dans l’automne de 1736, et voyageant à petites journées sur les bords du Don, il prenait gîte, chaque nuit, dans des villages de Cosaques. Tous les jours, au coucher du soleil, des troupes d’oies, arrivant des contrées septentrionales les plus éloignées où elles avaient vécu tout l’été à l’état sauvage, venaient s’abattre dans les habitations qui les avaient reçues et hébergées l’hiver précédent. Elles amenaient avec elles toute leur progéniture de l’année. « J’eus constamment ce spectacle, chaque soir, durant trois semaines, dit-il ; l’air était rempli d’une infinité d’oies, qu’on voyait se partager en bandes. Les filles et les femmes, chacune à la porte de leur maison, les regardant, se disaient : Voilà mes oies, voilà les oies d’un tel ; et chacune de ces bandes mettait, en effet, pied à terre dans la cour où elle avait passé l’hiver précédent. »

Chez l’oie, le sentiment de l’amour maternel est développé au plus haut degré. Quoiqu’elle ne doive faire qu’une ponte par an, elle en fait une seconde si ses oeufs lui sont enlevés, et parfois même une troisième. Elle couve si assidûment qu’elle en oublie le boire et le manger. « Elle conduit ses petits avec une sollicitude affectueuse, leur indique avec tendresse et empressement la nourriture de choix, les rappelle au moindre danger et montre une véritable intrépidité quand il s’agit de les défendre contre les oiseaux de proie ou contre toute agression étrangère » Parmi ces bonnes bêtes, pas de mères dénaturées, jamais de petits abandonnés, tandis que chez d’autres bipèdes, les hospices d’enfants-trouvés sont toujours insuffisants.

Nulle sentinelle n’est plus sûre et plus vigilante. Vous ne verrez jamais plusieurs oies réunies dormir toutes à la fois : il y en a toujours une qui, le cou tendu, la tête en l’air, examine, écoute, veille et jette, à la moindre apparence de danger, le cri d’alarme. Une acclamation générale y répond, et le salut de tous est assuré. On a vu des gardes nationaux s’endormir dans une guérite. Jamais une oie en faction n’a commis cette énormité. Aussi, les rondes de jour et de nuit sont-elles inconnues parmi les palmipèdes, tandis qu’elles sont indispensables pour assurer l’insomnie réglementaire de la garde civique et même des meilleures troupes !

L’oie a sur les soldats un autre avantage. Les étapes de ceux-ci ne dépassent guère sept à huit lieues par jour ; l’oie domestique, malgré la lenteur apparente de sa marche, en fait, à pied, jusqu’à douze ou quinze, et même davantage, sans avoir l’air de se presser ; c’est ce qu’atteste Salerne, dans son Histoire des Oiseaux .

Tous les naturalistes anciens et modernes ont rendu hommage à la sobriété de l’oie. « Les bonnes ménagères, disait Belon, au XVIe siècle, sachant bien que la nourriture des oies est de moult grand profit, en font une grande estime pour ce qu’elles ne font aucune dépense. » Beaucoup de profit et peu de dépense ! O Harpagon ! combien tu devais en avoir dans ta basse-cour ! O fainéants, qui dépensez beaucoup et ne produisez rien… rougissez ! et n’ayez pas la présomption de vous comparer à l’utile animal, que vous poursuivez aussi de vos sarcasmes !

L’oie est d’une propreté recherchée. Sa toilette n’est pourtant pas compliquée : une petite vésicule de graisse, placée près de la queue, suffit à lustrer tout son plumage ; mais c’est bien d’elle que l’on peut dire, avec le poète latin : Simplex munditiis ! Quelle petite-maîtresse, avec son blanc et son rouge sur les joues, son noir autour des yeux (on revient, hélas ! à ces affreux badigeonnages), avec tous ses cosmétiques, toutes ses pâtes, toutes ses odeurs et tous ses bains parfumés, enfin, avec tout son mundus muliebris, je veux dire avec tout son matériel de toilette et ses atours, approchera jamais de la blancheur irréprochable, simple, unie, virginale et surtout inodore de la robe de notre aimable oiseau ?

Ces détails de coquetterie nous conduisent naturellement à expliquer, ce que l’on entend par la petite oie. Au propre, ce sont les ailerons, le cou, le foie, enfin ce qu’on appelle en langage vulgaire les abatis. Au figuré, ce sont les rubans, les gants et les menus accessoires d’un habillement. « Que vous semble de ma petite oie ? » demande le marquis de Mascarille à Cathos et à Madelon, « la trouvez-vous congruente à l’habit ? » Et, pour répondre lui-même à sa question, il vante aux précieuses ridicules la richesse de ses plumes, l’élégance de ses rubans et de ses canons. Il les invite même à « attacher la réflexion de leur odorat » sur ses gants et jusque sur la poudre de sa perruque. Cette expression « la petite oie » avait aussi une signification dans le vocabulaire de la galanterie ; mais cette acception est tout-à-fait tombée en désuétude. Quel plus bel hommage pouvait-on rendre, cependant, à la pureté du sentiment des oies que de donner leur nom aux « faveurs légères »  par allusion, sans doute, aux gracieuses caresses que se prodiguent nos chers oiseaux dans leurs innocentes tendresses ?

L'INTELLIGENCE DE L'OIE, SON CARACTÈRE ET SES VERTUS dans FAUNE FRANCAISE 320px-OieL’oie a le coeur tendre, je viens d’en convenir ; mais il ne faut pas croire qu’elle s’abandonne pour cela aux égarements et aux entraînements instantanés des sens ! Ses moeurs sont pures. Tous ceux qui ont eu le bonheur de fréquenter les bêtes, savent qu’elle connaît la pudeur et ne s’écarte point des lois de la décence. Jamais on ne l’a vue suivre, à cet égard, les déplorables exemples des gallinacées. Ne craignez pas non plus que son heureux vainqueur célèbre impudemment ses succès, comme le coq, par ses chants de victoire ! Non ! Les amours de l’oie sont essentiellement honnêtes et discrètes. Les oies du frère Philippe pourraient-elles toutes en dire autant ?

Si l’amour est commun à tous les hommes et à toutes les bêtes, il n’en est pas de même de la reconnaissance et de l’amitié, sentiments plus élevés et qui n’appartiennent qu’aux espèces d’élite. O ma bonne oie !

Viens, reconnais la voix qui frappe ton oreille….

Oui, tu mériterais, comme Arcas, d’entendre ces paroles du Roi des rois, car tu es, comme lui, fidèle et dévouée. N’en riez pas, Messieurs : l’oie s’attache à son maître, le reconnaît, accourt au son de sa voix, lui témoigne sa joie de le revoir après quelques heures d’absence et le suit comme un chien. « Elle est capable, dit Buffon, d’un attachement personnel très-vif et très-fort, et même d’une amitié passionnée qui la fait languir et dépérir loin de celui qu’elle a choisi pour l’objet de son affection. » En veut-on un exemple ? Le voici : Le concierge du château de Ris, appartenant à M. Anisson-Duperron, avait sauvé des dangers d’un combat inégal, un jars (oie mâle), qui s’en montra profondément reconnaissant. Du plus loin qu’il apercevait son libérateur, Jacquot (c’était le nom du jars) accourait à lui, tendait son cou pour solliciter une caresse et s’en montrait joyeux dès qu’on la lui avait accordée. Le concierge, se rendant un jour aux bois d’Orangis, avait enfermé l’oiseau dans le parc. Jacquot parvint à passer par-dessus les murs, rejoignit son ami qui avait déjà parcouru plus d’un kilomètre, le suivit partie à pied, partie au vol, depuis dix heures du matin jusqu’à huit heures du soir, dans toutes les allées du bois, et dès lors ne voulut plus le quitter, l’accompagnant partout, au point d’en devenir importun, et d’aller, un jour, le rejoindre jusque dans l’église ; puis, un autre jour, dans la chambre de M. le curé où Jacquot, en retrouvant son maître, jeta un cri de joie si bruyant qu’il fit grand peur au pauvre pasteur.

« Je m’afflige, dit une notice du brave concierge, quand je pense que c’est moi qui ai rompu une si belle amitié… Le pauvre Jacquot croyait être libre dans les appartements les plus honnêtes comme dans le sien, et après plusieurs accidents de ce genre, on me l’enferma et je ne le vis plus ; mais son inquiétude a duré plus d’un an, et il en a perdu la vie de chagrin. Il est devenu sec comme un morceau de bois, et l’on m’a caché sa mort jusqu’à plus de deux mois après qu’il a été défunt… Il est mort dans la troisième année de son règne d’amitié ; il avait en tout sept ans et deux mois . »

Je pourrais citer d’autres preuves de l’intelligence et de la bonté des oies.

« Le docteur Jonathan Franklin a vu une oie d’Écosse qui suivait son maître comme le chien le plus fidèle, et qui le reconnaissait toujours, quelque travestissement qu’il prît.

Une autre oie (et le fait est plus touchant encore) se voua au service de sa pauvre vieille maîtresse, devenue aveugle, au point de la tirer par la robe avec son bec, pour la conduire sûrement partout où elle voulait aller. C’était en Allemagne. Un jour, dit Franklin, le pasteur alla rendre visite à la dame, qui était sortie ; mais il trouva la fille et lui témoigna quelque surprise de ce qu’elle laissait sa mère s’aventurer ainsi toute seule. – Ah ! Monsieur, répondit-elle, nous ne craignons rien ; ma mère n’est pas seule, puisque le jars est avec elle ! – Les dimanches, l’oiseau conduisait l’aveugle à l’église, puis se retirait dans le cimetière pour brouter l’herbe en attendant l’issue du service divin. »

Qu’on m’aille soutenir, après un tel récit,
Que ces bêtes n’ont point d’esprit  !

Mais alors, encore une fois, pourquoi dit-on bête comme une oie ? Serait-ce, par hasard, parce qu’elle se dandine un peu en marchant ? Mais le canard, plus bas sur pattes, se dandine bien davantage !….. Et puis, après tout, le dandinement de l’oie n’est pas absolument dépourvu de grâce. Le plus élégant écrivain du siècle dernier a mis au nombre des caractères qui constituent la distinction de cet oiseau « sa contenance, son port droit, sa démarche grave . »

Le dandinement appartient, parmi les hommes, à presque tous les gros personnages. Il contribue à leur donner un air d’importance et de gravité en rapport avec leurs fonctions, et peut-être ne faut-il pas chercher d’autre raison du nom de Dandin, donné par Racine à toute une dynastie de respectables magistrats :

Regarde dans ma chambre et dans ma garde-robe,
Les portraits des Dandins ; tous ont porté la robe ! .

Description de cette image, également commentée ci-aprèsPlus vous monterez les degrés de l’échelle sociale, plus vous serez frappés de la vérité de l’observation que je viens de vous soumettre. Et s’il vous est jamais arrivé de vous trouver sur le passage d’un roi très-puissant, vous avez dû remarquer qu’il ne marchait pas autrement. Je suis même persuadé qu’à sa cour, le dandinement devait être de très-bon goût, et qu’il n’était pas de courtisan, si maigre fût-il, qui ne marchât en écartant les jambes, et en portant alternativement à droite et à gauche le poids de son corps. Là, tous les gens bien pensant se dandinaient indubitablement, et la démarche sui generis, qu’on reproche chez nous aux palmipèdes, y serait restée en honneur si tous les rois avaient la même corpulence. Malheureusement, il en est des souverains comme des jours de la semaine ; ils se succèdent et ne se ressemblent pas : les uns sont gras, les autres sont maigres, en sorte que la mode la plus élégante n’a le temps de se fixer nulle part…..

Mais encore un coup, me dira-t-on, vous n’avez pas résolu la question posée en tête de ce chapitre : Pourquoi dit-on bête comme une oie ?… – Pourquoi ?… Messieurs, je l’ignore absolument, et si quelqu’un de vous le sait, il me fera plaisir de me l’apprendre.

Source : BATAILLARD, Ch. : L’Oie réhabilitée.- Caen : F. Le Blanc-Hardel, 1865.- 40 p. ; 22,5 cm.- (Extrait des Mémoires de l’Académie impériale des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen).

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Question chevaline texte de 1860 par Le Comte d’Aure

Posté par francesca7 le 26 décembre 2013

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Encore une commission chargée d’élucider la question chevaline !

Il semblerait que l’élevage du cheval en France fût une chose toute nouvelle ["En effet on n'a jamais bien élévé."]. Cependant, depuis longtemps tout a été dit sur cette question ["Non"]. Ce qui doit aujourd’hui servir de guide, c’est le souvenir de ce que l’on a fait jadis, et de ce qui a amené les changements qui ont eu lieu en France depuis deux siècles.

Quand l’ordre social, en se modifiant, a changé ses usages et ses habitudes, il a dû également influer sur la création des races chevalines employées par la haute classe de la société.

Dans les temps féodaux, le seigneur était aussi bien cultivateur qu’homme de guerre : il créait du cheval pour lui et ses vassaux ; il le fabriquait suivant son goût, ses besoins, et avait des écuyers et des pages pour son dressage. Quand la féodalité disparut, disparurent aussi les chevaux de guerre et de luxe ; l’élève du cheval resta dès lors presque uniquement dans les mains des paysans, qui continuèrent, comme par le passé, à élever des animaux qui étaient pour eux ce qu’ils sont encore aujourd’hui dans les trois quarts de la France, des instruments de travail, dont les qualités premières, pour la plupart d’entre eux, sont la sagesse et la pesanteur.

Question chevaline texte de 1860 par Le Comte d'Aure dans FAUNE FRANCAISE 220px-Rokvit1On s’aperçut bientôt de la lacune laissée dans l’élevage par ce changement politique : le destrier et le palefroi, qui du temps de la chevalerie avaient une réputation européenne ["Non !"], s’étaient abâtardis et avaient perdu leur prestige. Tous les mémoires du temps signalent ce fait, et expriment les inquiétudes du gouvernement de cette époque. On chercha donc alors les moyens de remédier au mal dont le pays était frappé.

Après bien des tâtonnements, on finit par comprendre que du moment où le cultivateur, le paysan, était devenu le seul éleveur possible, il fallait compter avec lui, et que, pour l’amener à créer le cheval tel que le luxe le désirait, il était nécessaire de lui en donner les moyens, en lui fournissant des étalons convenables, qu’il était impuissant à se procurer lui-même ; et il fallait encore se borner souvent à améliorer les animaux qui devaient rester dans ses mains des instruments de travail, dont l’avantage alors était d’avoir sur le marché une valeur plus élevée.

Il était parfaitement rationnel de comprendre que, la féodalité abattue, le grand seigneur, le grand éleveur, abandonnant ses terres pour venir à la cour, c’était à la couronne à le remplacer en ce qui concernait l’élevage et le dressage du cheval de luxe. C’est ce qui explique la création des haras royaux, des écoles d’équitation, des primes pour assurer au sol les meilleures juments, etc., etc., etc.

Les fondations qui furent faites à la fin du règne de Louis XIV et les résultats qui en découlèrent, prouvent de la façon la plus évidente que l’on était entré dans le vrai ; car nos races limousines et normandes avaient reconquis leur ancienne réputation, et les hommes représentant en France l’art équestre étaient considérés comme les plus célèbres de l’Europe. ["Il n'y a jamais eu que des rosses en France."]

Cet état de choses dura jusqu’à la révolution de 89 : comme alors on commençait à saper la royauté, on devait aussi saper les institutions qui en dépendaient. On crut, comme certaines personnes le pensent encore aujourd’hui, que les haras étaient inutiles, qu’il fallait laisser à chacun la liberté de ses oeuvres, et que les choses iraient beaucoup mieux et plus économiquement.

On sait ce qui arriva : les meilleurs reproducteurs disparurent ; les juments de tête, n’ayant plus raison d’être, furent vendues, et l’éleveur retomba, comme devant, à créer du cheval pour ses besoins, ne s’inquiétant pas autrement de la décadence imminente qui allait arriver.

Ce nouvel état de choses dura assez longtemps pour amener des résultats qui ne manquèrent pas de frapper la haute sagacité de Napoléon Ier, qui, dès 1806, reconstitua les haras, créa et subventionna des institutions équestres.

Bien que l’Angleterre nous fût fermée, quoique les bons reproducteurs fussent très-difficiles à trouver, les mesures énergiques qui furent prises, sans effacer tout le mal qui avait été fait, l’avaient beaucoup réparé.

C’est à cette organisation que nous avons dû toutes les ressources qui alimentèrent les besoins de la guerre et assurèrent le service des écuries de l’Empereur.

La puissance de cette organisation fut telle, que malgré les exigences des dernières guerres, dès 1816 les pays d’élèves regorgeaient de chevaux.

Pendant les premières années de la Restauration, le luxe employait le cheval de selle indigène, et pendant toute sa durée, les carrossiers normands conservèrent leur vogue. ["On n'était pas difficile."]

220px-Encyclopedie_volume_6-061 dans FAUNE FRANCAISELouis XVIII, comme l’Empereur et comme ses devanciers, conserva les haras et les institutions équestres ; et si ces établissements ne furent pas réintégrés, comme autrefois, dans le service du grand ­écuyer, c’est que le prince de Monbazon, titulaire de cette charge, ne rentra pas en France.

Toutefois, comme le roi comprenait toute l’utilité des haras et la nécessité de leur donner de l’importance, il en forma une administration à part et en donna la direction à des hommes haut placés, indépendants et spéciaux. ["Stupides."]

La tâche du chef de l’administration des haras devint de plus en plus difficile à cette époque ; car l’Angleterre, qui par le fait du blocus continental regorgeait de chevaux et des meilleurs, vint nous faire une concurrence fatale quand les portes de la France lui furent ouvertes.

Les chevaux de main amenés de la Grande-Bretagne portèrent un coup presque mortel à notre cheval de selle indigène, et il était impossible de mettre en doute notre infériorité en regard de la supériorité de l’Angleterre ["Vous en convenez !"]. Ce n’était pas avec les étalons pris au Danemark et au Hanovre et avec quelques chevaux orientaux, que l’on pouvait créer des animaux capables de soutenir la concurrence : beaucoup cependant étaient très-bons, mais ils étaient généralement trop petits pour le goût et les besoins du jour, et de plus ils avaient le désavantage de sortir comme autrefois de chez l’éleveur sans avoir été pratiqués, tandis que les chevaux anglais, en outre des qualités de construction et d’élégance qui les distinguaient, avaient de plus l’avantage de pouvoir être mis de suite en service. Tout venait donc concourir à développer le goût de l’anglomanie.

L’administration des haras, qui mieux que personne comprenait la nécessité de modifier l’élevage du cheval de luxe, profita, aussitôt qu’elle le put, de ce que l’Angleterre nous était ouverte, pour y aller chercher des étalons de mérite, et certes, les choix qui furent faits à cette époque prouvent la capacité de l’homme chargé de cette mission, car ce sont les étalons ramenés de 1816 à 1820 qui ont fondé la race de toutes les meilleures poulinières de nos pays d’élèves et des reproducteurs les plus utiles et les plus goûtés encore aujourd’hui. Malheureusement, une race ne se transforme pas du jour au lendemain ; il fallait plusieurs années pour pouvoir présenter sur le marché les résultats de cette transformation ; mais pendant ce temps, de nouvelles habitudes étaient prises par le commerce, et malgré les changements heureux qui s’étaient opérés dans nos races de luxe, elles restaient en souffrance.

D’un autre côté, vers la fin de la Restauration, une sorte de révolution eut lieu dans la carrosserie : elle devait réagir aussi d’une façon néfaste sur nos grandes espèces de carrossiers. Ces chevaux gigantesques, si beaux, si bien appropriés aux voitures dont on s’était servi jusqu’alors, n’avaient plus raison d’être le jour où l’on allégeait et rapetissait les équipages. De ce côté encore, c’était une transformation à opérer, pendant laquelle l’Allemagne fournissait des chevaux plus en harmonie avec la carrosserie nouvelle, et qui, de plus, avaient l’avantage d’être sages et bon marché.

On peut donc juger quelle a été la tâche des haras à cette époque et ce que seraient devenues nos races de luxe, si l’on eût laissé l’industrie chevaline livrée à elle-même. Leur mission fut de modifier les espèces pour les ramener à un type plus parfait. Une oeuvre semblable ne pouvait s’accomplir sans de grandes difficultés, ni s’improviser. Il était matériellement impossible, quand bien même les détenteurs de juments s’y fussent prêtés, ce qui était loin d’exister dans le principe, de présenter au commerce, à la deuxième ou à la troisième génération, autant de chevaux nouveau modèle qu’on en avait présenté de l’ancien, quinze ans auparavant. Un tel changement ne pouvait se faire qu’avec du temps et de la suite.

Pour faire valoir et mettre en évidence les produits de cette métamorphose, l’administration des haras avait les maisons royales et les institutions équestres pour auxiliaires. La mission de ces dernières était de répandre le goût du cheval de selle et de former des hommes d’écurie en état de donner à nos chevaux indigènes une préparation semblable à celle des chevaux qui venaient de l’étranger. Les maisons royales, plaçant la production chevaline sous l’égide de la couronne, devaient ainsi infailliblement lui rendre la vogue qu’elle avait perdue.

La révolution de 1830 vint tout remettre en question : le luxe fit place aux habitudes et aux idées mesquines d’une royauté bourgeoise ; l’aristocratie, qui aurait pu suivre l’exemple donné par la Restauration, se retira dans ses terres et mit bas son luxe : l’administration des haras, devenue une simple division du ministère du commerce, perdit de son importance, enfin toutes les institutions équestres furent supprimées. L’art équestre, ce corollaire obligé de l’élève du cheval de selle, fut complètement méconnu, et le cheval ne fut plus qu’un moyen de transport ayant d’autant plus de mérite qu’il avait moins de qualités et d’énergie.

Ces besoins bourgeois, qu’avait enfantés la révolution de juillet, ne cadraient guère avec les idées qui tendaient à répandre dans nos espèces le sang et la vigueur, et l’on conviendra que ce n’était pas le moyen d’encourager l’élevage du cheval de luxe. Toutefois, comme on pensait qu’un tel état de choses ne pouvait durer, l’administration des haras persista dans son système d’amélioration. Sous le ministère d’un homme dont la sagacité élucidait les questions qui lui étaient le plus étrangères, cette administration fit deux créations importantes et utiles : l’École des haras et les Jumenteries. La première de ces deux créations avait pour mission de faire revivre quelques traditions équestres et de faire l’instruction des jeunes gens destinés à entrer dans l’administration. La seconde avait pour but de faire naître en France un plus grand nombre de chevaux de sang et des étalons comme ils conviennent au croisement, c’est-à-dire n’ayant pas perdu, par les fatigues d’un long entraînement et par des courses prématurées, leurs qualités reproductives.

Les éleveurs de chevaux de course, en obtenant la suppression des jumenteries ont voulu faire tomber une concurrence qu’ils redoutaient, et placer l’administration des haras dans l’obligation d’acheter leurs produits, vaille que vaille.

220px-Radio_ant_profil_01L’industrie du cheval de sang a sa raison d’être, et les encouragements qu’elle reçoit en prix de course et en primes prouvent assez l’importance qu’on y attache ; mais si l’on doit acheter à un prix élevé et rémunérateur les produits utiles qu’elle présente et qui ont fait leurs preuves, une administration responsable devant le pays et les éleveurs sérieux doit refuser l’achat de chevaux étiolés, qui peuvent être vites, mais qui n’ont pas les qualités d’un reproducteur. Ces chevaux ne peuvent servir qu’à déconsidérer l’emploi du sang. Cependant, le grand grief contre l’administration des haras est le refus qu’elle fait journellement de semblables acquisitions. [« Ceci n’est pas élucidé« ]

Que l’on supprime cette administration, et que l’on offre aux éleveurs tous les produits du turff, qui sont repoussés par elle aujourd’hui, le procès du cheval de sang sera bientôt jugé, et les races communes se propageront de plus belle.

Plus que personne nous sommes partisan du sang, et c’est pour cela aussi que nous sommes partisan d’une administration des haras, parce qu’elle est plus en mesure que personne de pouvoir collectionner les types les plus beaux de l’espèce et de les mettre en outre à l’abri des spéculations particulières, qui peuvent les faire sortir du pays. Avec leurs jumenteries et les meilleurs produits achetés à l’industrie particulière, les haras pouvaient créer une source de richesses intarissables, où les éleveurs de chevaux de pur sang auraient trouvé, plus tard, d’immenses ressources. L’École des haras et les jumenteries étaient deux créations parfaitement logiques, et nous ne craignons pas de dire que c’est un tort de les avoir supprimées.

En tout état de choses, ce qu’il ne faut pas ignorer, c’est qu’annuellement plus de vingt millions sont portés à l’étranger par les marchands qui vont y chercher huit ou dix mille chevaux que le luxe demande et que la France est impuissante à fournir aujourd’hui. Il faut donc chercher à se mettre en mesure de répondre un jour à de semblables demandes, si l’on veut ramener d’une façon durable le commerce sur notre marché, et ce n’est point avec les étalons d’espèce que la France possède actuellement que l’on obtiendra jamais ce résultat.

En effet, voici la situation de l’administration des haras : sur onze ou douze cents étalons qu’elle possède pour travailler à l’amélioration de toutes les espèces, il y en a trois cent quatre-vingt-deux de pur sang anglais, arabes ou anglo-arabes, et cent cinquante-trois de demi-sang. Il faut ajouter à ceci quatre-vingts chevaux de race pure, approuvés.

Nous n’avons donc en France que six cent quinze étalons pour produire des chevaux de luxe ; ce chiffre, tout infime qu’il est, doit encore se réduire, car les étalons arabes employés dans le midi de la France ne donnent guère que des chevaux propres à la cavalerie légère, et qui n’offrent aucune ressource à la grande consommation du luxe. Si nous défalquons maintenant les chevaux de premier ordre, employés très-utilement, mais particulièrement pour créer des chevaux de course et augmenter notre famille de pur sang, nous verrons que nous avons tout au plus cinq cents étalons purs ou améliorés pour produire des chevaux comme le commerce les demande à l’Angleterre ou à l’Allemagne.

Bien que ce nombre soit inférieur à ce qu’il devrait être, il est peu probable que l’administration des haras une fois effacée, l’industrie particulière fût en état d’en offrir autant à la reproduction, et surtout d’une aussi bonne qualité.

Chacun des cinq cents étalons dont nous venons de parler peut féconder annuellement, au plus, trente juments, ce qui donne quinze mille naissances et ne présente pas plus de sept à huit mille chevaux ou juments réussis à l’âge adulte. Que l’on retire maintenant les jeunes bêtes gardées pour la reproduction et les mâles entiers qu’achètent, l’administration des haras et l’étranger, enfin les chevaux nécessaires à la remonte de l’armée, et l’on verra ce qui reste pour le commerce de luxe. Rien, ou bien peu de chose, et cependant six cent mille juments sont livrées aujourd’hui à la reproduction, et si besoin était et que l’on trouvât un intérêt à en augmenter le nombre, il pourrait s’élever encore dans des proportions considérables.

La France a toutes les conditions voulues pour ["Sauf l'instinct de l'éleveur."] devenir le grand marché de l’Europe, parce qu’elle peut créer toutes les variétés de l’espèce chevaline, et il serait grand temps de tirer parti de ses moyens, car il existe un fait incontestable, c’est que les chevaux que nous tirons d’Angleterre sont très-inférieurs à ce qu’ils étaient il y a quinze ou vingt ans. A quoi attribuer ce changement ? Est-ce à l’emploi d’étalons énervés par des courses prématurées? Est-ce parce que la demande du cheval anglais s’est généralisée dans toute l’Europe ? ["C'est à notre bêtise qui nous fait acheter les mauvais de préférence."] Nous n’en chercherons pas la cause, nous nous contenterons de constater le fait. Aujourd’hui, un cheval de selle ayant de grandes qualités est une rareté en Angleterre.

Cherchons donc, plus que jamais, à modifier le système qui nous régit actuellement, afin de ne pas rester perpétuellement tributaire de l’étranger, qui ne répond plus à nos demandes que d’une façon imparfaite. Tâchons, enfin, d’élever assez pour offrir des éléments d’amélioration dans des provinces qui, n’ayant pas de producteurs convenables, voient naître tous les ans des milliers de chevaux sans aucune valeur, qui, ne trouvant pas de débouchés, restent dans les mains de ceux qui les ont élevés, de détestables instruments de travail.

Le moyen de sortir de cette position, c’est de se procurer le nombre d’étalons de mérite suffisant pour atteindre un effectif, qu’il faut calculer, quant à présent, sur une création nouvelle de dix à douze mille chevaux par an.

L’industrie étalonnière sera-t-elle jamais en mesure de satisfaire à de pareilles exigences ? Non, certainement. Elle ne subsiste que parce qu’elle est assurée du débouché que les haras lui offrent ; elle ne consentira jamais à garder pour son propre compte, afin de les offrir à la reproduction, les étalons qu’elle a élevés. Elle ne renoncera jamais aux encouragements qu’elle reçoit de l’administration des haras. Elle n’achètera jamais, comme l’État le fait, à des prix exorbitants, les étalons qui lui paraissent utiles à l’amélioration. Si, par impossible, elle était en mesure de faire ces frais, de consentir à tous ces abandons, qu’est-ce qui la dédommagerait de tous les avantages qu’elle aurait perdus ? Serait-ce le prix élevé auquel elle coterait le saut de ses étalons ? Mais alors on verrait bientôt les détenteurs de juments renoncer à l’élevage de chevaux, qui, de prime abord, leur ferait faire des déboursés au-dessus de leurs moyens, et dont la rentrée ne reposerait que sur des éventualités fort douteuses.

En présence des faits que nous venons de signaler, nous croyons avoir prouvé l’indispensabilité d’une administration des haras. Si elle a été en butte aux attaques souvent les plus injustes, si quelquefois elle a manqué d’initiative, c’est que depuis trente ans elle n’a pas été placée dans des mains assez puissantes ["Ni assez capables."]. Mais qu’on reste bien convaincu qu’aujourd’hui rien ne peut la remplacer. Mieux que personne, elle connaît les besoins de chaque localité et peut y subvenir. Partisante tout aussi éclairée du cheval de sang qu’elle doit l’être des races qui en émanent, comme des races communes, elle fera toujours équitablement la part de chacun, parce qu’elle n’a pas de parti pris ni de système exclusif, parce qu’elle travaille dans l’intérêt de tous et connaît les besoins de chacun. Il ne faut à cette administration qu’une haute autorité qui puisse marcher d’un pas ferme vers son but, sans craindre les attaques, et qui soit assez forte pour les mépriser. S’il en était ainsi, on verrait bientôt grandir la prospérité chevaline depuis si longtemps en souffrance dans notre pays.

Pourquoi des luttes déplorables ont-elles existé sous Louis-Philippe entre les haras et les remontes ? C’est parce que ces administrations, chacune de son côté, voyant les choses à son point de vue, s’étaient faites rivales, et qu’il manquait une main ferme pour les réunir et les faire marcher d’accord.

Pourquoi ces systèmes plus ou moins erronés, mis en avant de nos jours, dont le but caché est de renverser l’administration des haras pour s’emparer de ses dépouilles ? C’est parce qu’on la croit trop faible pour se défendre.

Loin d’affaiblir cette administration, qu’on la rende forte et par l’autorité et par l’argent, et l’on pourra bientôt apprécier toute son utilité ; on verra que la création de Louis XIV, reconstituée par Napoléon Ier, était digne de l’intérêt et de la sollicitude de son successeur.

Nous avons dit qu’au moment des événements de 1830, les pays d’élèves créaient déjà quelques chevaux tout aussi remarquables que ceux ramenés d’Angleterre par les marchands ["Avec une pipe !"]. Le cheval de guerre s’était également amélioré ; il s’agissait donc de rouvrir d’autres débouchés pour remplacer ceux qui avaient disparu.

C’est alors qu’on institua les dépôts de remonte. 

220px-Horse_PlayC’était une bonne création, puisqu’on assurait ainsi un débouché régulier à la production ; mais ceci ne suffisait pas : il fallait, en outre, se servir des moyens d’action que l’on avait en main, pour forcer en quelque sorte le commerce à revenir sur notre marché. Malheureusement, l’administration de la guerre n’a pas compris, dès le principe, le service qu’elle pouvait rendre à l’industrie chevaline. Au lieu d’associer le commerce aux opérations de la remonte, ce qui le ramenait dans le pays et l’engageait à nouveau avec les éleveurs, on le repoussa en le stigmatisant : on fit de la remonte une affaire de famille, où l’achat direct fut offert comme mesure toute paternelle.

On créait ainsi, tout d’abord, un monopole ayant pour résultat de réduire l’élevage aux simples besoins de la remonte ; on arrêtait toute idée d’amélioration, car le cheval d’espèce n’est pas plus goûté dans la cavalerie qu’il n’y est utile. De cette mesure si fâcheuse pour le développement de la prospérité chevaline, il résultait des inconvénients graves pour l’administration de la guerre. Ne se trouvait-elle pas engagée moralement vis-à-vis des éleveurs, dont elle voulait seule accaparer les produits ? N’était-­elle pas forcée de faire une foule de concessions aussi préjudiciables à son budget qu’à l’organisation de la cavalerie ? Aujourd’hui encore, afin de complaire aux éleveurs et d’éloigner la concurrence, on achète tous leurs produits de trois à quatre ans ; pour que leurs écuries ne s’encombrent pas, on prend annuellement le même nombre de chevaux, que l’on en ait ou non besoin, ce qui oblige à réformer dans les régiments, des animaux en plein service que l’on remplace par des poulains incapables d’en rendre aucun, et qui sont pour les corps de détestables embarras.

C’est ainsi qu’avec des effectifs considérables en apparence, le tiers et souvent la moitié d’un régiment ne peut monter à cheval.

Par le fait même de cette coupe réglée et prématurée, on ne trouve plus dans le pays, en cas de guerre, que des chevaux de deux à trois ans ; alors, force est d’avoir recours au commerce, que l’on ne dédaigne plus, parce qu’on en a besoin.

L’administration de la guerre doit renoncer à exercer son monopole et son protectorat, ce qui ne l’empêchera pas de rendre de grands services et de conserver une salutaire influence ; il faut aujourd’hui qu’elle s’efface davantage, qu’elle se considère comme un consommateur ordinaire ayant besoin de chevaux en âge de travailler et assez préparés pour pouvoir rendre des services immédiats, qu’elle les prenne à qui les lui offre, qu’elle se borne enfin à acheter, aux conditions les plus avantageuses pour son budget et pour les besoins de la cavalerie. En agissant ainsi, elle contribuera à ramener le commerce, que sa concurrence et le jeune âge auquel elle achète les chevaux, à présent, tiendraient toujours éloigné.

Que cette nouvelle manière d’opérer ne fasse pas craindre à l’administration de la guerre de voir se tarir la source à laquelle elle puise seule aujourd’hui ; les chevaux ne lui feront jamais défaut : restant un an de plus chez l’éleveur, ils y seront utilisés, et s’ils sortent de ses mains, ce sera pour passer dans d’autres qui sauront bien les ramener en temps utile à la remonte.

Du moment où l’on cherche à augmenter la création du cheval de luxe, il faut, pour lui assurer un large débouché, former des hommes qui sachent mettre ses qualités en évidence et rendre les consommateurs capables de les utiliser et de les apprécier. C’est dire assez qu’il faut reconstituer les écoles d’équitation. C’était autrefois dans ces établissements que la jeunesse, tout en pratiquant un exercice très-salutaire à sa santé, prenait de bonne heure le goût du cheval. Elles étaient alors très-largement soutenues, parce que l’on comprenait toute leur utilité. Rien n’existe plus de ce passé ; et cependant toutes les sciences, tous les arts, tous les métiers reçoivent aujourd’hui du gouvernement un tutélaire appui. Nous avons des académies de peinture, d’architecture, de chant, de danse, de musique, des écoles d’arts et métiers, etc.; et dans ce pays si grand, si riche, il n’existe pas une académie d’équitation où l’on puisse conserver intactes les traditions d’un art si utile et en si grand honneur autrefois !

C’est l’incapacité des consommateurs et l’absence des hommes en état de mettre en valeur les chevaux distingués, qui ont favorisé cette propension vers les races communes. A quoi peut servir, en effet, l’amélioration des espèces, si en même temps on ne forme pas des hommes capables d’apprécier et d’utiliser les brillantes qualités du cheval de race ?

Source AURE,  Antoine, d’(Cte) : Question chevaline, 1860.- Paris : Imprimerie de Napoléon Chaix et Cie, [1860].- 32 p. ; 23 cm.

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