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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

  • a bientot

UN PAUVRE HERE

Posté par francesca7 le 31 mai 2015

 

EXPRESSION FRANCAISE

Dans la même série des parias (du « tamoul parayan ! homme de la dernière caste des Indiens, qui est un objet de mépris et d’exécration ») « le pauvre hère » a sa place assurée.

Quittez les bois, vous ferez bien,

Vos pareils y sont misérables,

Cancres, hères et pauvres diables

 

1617095880_smalldit le gros chien de La Fontaine au loup maigre et affamé.

Deux hypothèses sont en présence pour ce hère unique. Traditionnellement on le fait venir de l’allemand Herr, « seigneur » employé par dérision, mais pour Bloch et Wartburg « il n’est pas impossible qu’il se rattache plutôt à haire » et ce serait alors un pèlerin, un moine mendiant ou autre pénitent de choc portant la « haire ».

Un usage bien oublié que cette chemise en crin ou poil de chèvre, appelée aussi cilice, mise à même la peau pour se faire mal, pour se torturer, s’écorcher l’épiderme en marchant, dans la plus pure tradition masochiste appelée gaiement « esprit de mortification »…. Certains y ajoutaient même les clous pour être bien sûrs de leur effet. Saint Louis, monarque passablement réactionnaire et confit en dévotion, était friand de ces plaisirs – d’où son grade posthume : « En l’abeïe du Lis sont les heres que Saint Loys portait, une faite à la manière de garde-corps longue jusque desouz la ceinture, et l’autre faite à la manière de ceinture »….

Pourtant, la haire était un objet décrié depuis longtemps et le symbole de l’hypocrisie religieuse de celui qui « en fait trop ». Molière a repris cette notion-là dans Tartuffe : « Laurent donnez-moi ma haire avec ma discipline » mais la plaisanterie comme le personnage étaient traditionnels depuis des siècles. En 1225, alors que Saint Louis était encore un gamin, le Roman de la Rose présente Papelardie, l’hypocrite, la bigote, la fausse marmiteuse toujours occupée :

De fere Deu prieres faintes

et d’apeler et sainz et sainttes

fu par samblant ententive

don tot a bones ovres faire,

et si avoit vestue haire.

 

En tout cas c’est bien dans le sens de pèlerin, de moine errant et faux dévot, que Rabelais emploie le mot. Il défend l’entrée de son abbaye de Thélème à beaucoup de gens, mais en tout premier lieu il est écrit sur la porte :

 

Cy n’entrez pas, hypocrite, bigot

Ny Ostrogots, precurseurs des magots

Haires, cagotz, caffars empantouflez

Geux mitouflez, frapars escorniflez

Befflez, enflez, fagoteurs de tabus, etc…

(Gargantua, chap. XXII)

Il est vrai qu’il emploie aussi ailleurs, « pauvre haire » pour désigner un pénis. Panurge ayant manqué d’ être rôti à la broche par les Turcs raconte : « Un jeune Tudesque … regardoit mon pauvre haire esmouché, comme il s’estoit retiré au feu ; car il ne me alloit que jusques sur les genouls » (Pantagruel, chap.II). A moins que justement son zizi, avec son capuchon, ne lui fasse penser à un moine…

Enfin le pauvre hère est un minable. A la même époque Bonaventure Des Pétriers parle d’un « renard qu’il avait fait nourrir petit ; et lui avait-on fait couper la queue, et pour cela l’appelait-on le hère ».

Remarque pratique, qui peut rendre service à certains : « Here, est aussi un jeu de cartes, où l’on ne donne qu’une carte à chaque personne. On la peut changer contre son voisin et celui à qui la plus basse carte demeure perd le coup. Le here est le jeu des pères de famille, parce qu’ils y font jouer jusqu’aux plus petits enfants » (Furetière).

 

Extrait de La Puce à l’Oreille de Claude Dunetton 

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ETRE RAVI AU SEPTIEME CIEL

Posté par francesca7 le 29 mai 2015

Expression française

téléchargementLes Anciens avaient organisé l’univers à leur convenance ou plutôt du mieux qui’ls avaient pu. Ils avaient placé la Terre au centre du monde, et le reste autour, avec une logique parfaitement simple dont il faut bien reconnaitre que tout concourait à l’étayer, les textes religieux comme l’observation directe.

Pour le mouvement des astres et le logement des dieux ils avaient inventé un système de sphères de cristal, absolument transparents et concentriques, qui tournaient autour de la Terre harmonieusement, chacune portant sa planète dans une joyeuse et discrète musique sidérale.

Chaque sphère était un ciel. Il y avait donc sept ciels, superposés un par planète, dans l’ordre exact de leurs distances ; le ciel de la Lune, d’abord, la plus près, le ciel de Mercure, de Vénus, puis celui du Soleil. « Le Soleil est de trois épicycles, c’est à dire ciels ou estages, au-dessus de la Lune », explique A.Paré. Venaient ensuite le ciel de Mars, de Jupiter et de Saturne. Au-delà était une dernière sphère, plus solide, qui portai toutes les étoiles ensemble, et qu’on appelait le firmament ou bien encore empyrée.

Derrière cet ultime écran se tenait Dieu, en majesté, coiffant l’ensemble depuis qu’il avait séparé par cette enveloppe, le premier jour de Sa création, les eaux d’en bas d’avec les eaux d’en haut.

Etre ravi au ciel, c’est littéralement être arraché au sol, soit par la main divine comme le fut saint Paul, soit dans un immense transport de joie. On pouvait monter plus ou moins haut naturellement, selon l’intensité du plaisir. On a beaucoup parlé d’abord d’être « ravi au troisième ciel  », parce que c’est celui de Vénus, la déesse de l’Amour :

Il est ravy trop plus hault qu’aux tiers cieulx

et prend pour soy toujours la chose aux mieulx

 

dit Alain Chartier au XVè siècle. Depuis il y a eu de l’escalade et la jouissance extrême vous transporte carrément au septième ciel.

Ah ! c’était bien confortable, cette Terre logée au chaud, tranquille, protégée au milieu de ses globes rassurants, comme une matrice, avec Dieu tout autour, noyant le tout dans sa grande pisse, les « eaux d’en haut »… On peut juger si Copernic le chanoine et après lui Kepler et Galilée firent une fâcheuse impression au XVIè siècle, avec leur théorie nouvelle ; On comprend que ces astronomes qui venaient mettre en morceaux ces jolies sphères de cristal millénaires aient été reçus comme des bœufs dans un magasin de porcelaine.

On n’en voulait pas de leur système d’orbites mathématiques, dans lequel la Terre n’était plus le centre de rien, tournant toute seule sur elle-même comme une vieille folle courant après son soleil perdu dans les immensités galactiques. Ce fut de l’humanité le premier veuvage, ce firmament réduit en miettes, en étoiles froides du diable vauvert.

 Il faut comprendre les anciens : il ne leur restait que la lune pour pleurer… Alors ils gardèrent dans le langage des cieux, tout de même au pluriel, et ce septième ciel des ravissements.

 

Extrait de La Puce à l’Oreille de Claude Dunetton 

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AVOIR DE L’ASCENDANT, FAIT PARTIE DES CROYANCES

Posté par francesca7 le 24 mai 2015

 EXPRESSION FRANCAISE

 

images (3)Les croyances et superstitions diverses ont longtemps constitué le fond culturel des peuples sous toutes les latitudes. Non seulement la France, mais l’Europe occidentale a vécu, et dans certains domaines vit encore, sur une base culturelle héritée des mœurs et des usages de l’Empire romain.

AVOIR DE L’ASCENDANT : De toutes les croyances antiques l’astrologie est certainement la plus universelle et la plus vivace. Peu ou prou, les gens aiment à penser que les étoiles leur font personnellement de l’œil, et attribuent volontiers à leur influence les événements heureux ou déplaisants de leur existence.

L’important en la matière est l’étoile qui préside à la naissance, c’est à dire « qui monte sur l’horizon au premier instant d e la naissance d’un homme ou d’une femme ». C’est cela l’astre ascendant, du latin ascendere, monter, et dont tout dépend, selon la foi des astrologues qui calculent à partir de lui le thème de la nativité. Si l’étoile est bonne, tant mieux, sinon le pauvre bébé est un malotru – c’est à dire étymologiquement mal  ostru, né sous un mauvais astre.

Naturellement l’astre en question peut avoir des influences particulières ; Scarron, écrivant à une amie très chère à laquelle il précise : « Vostre Cul doit être un des beaux Culs de France », s’exclame :

Que les Hommes n’ont pas pareille Destinée

Et que vous estes née

Sou un Astre puissant et favorable aux Culs

Tandis que le vostre est, près de ceux des Princesses,

Assis sue sur deux Fesses.

Le nostre n’est assis que sur deux os pointus !

 

De cet ascendant littéral on est passé très vite à des influences moins célestes. « Ascendant – dit Furetière – se dit en discours ordinaire d’une supériorité qu’un homme a sur l’esprit d’un autre, qui provient d’une cause inconnue. Pour gagner vôtre Rapporteur, employez un tel de ses amis ; il a un grand ascendant sur son esprit ».

 

Extrait de La Puce à l’Oreille de Claude Dunetton

 

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ETRE AU BOUT DU ROULEAU, d’où cela vient-il

Posté par francesca7 le 22 mai 2015

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L’image est de Laurent Chaté (www.la-roue-tourne.fr )

« Les Anciens donnaient à leurs livres la figure de petites colonnes ou rouleaux. Vossius dit qu’on collait plusieurs feuilles les unes au bout des autres ; quand elles étaient remplies d’un côté seulement on les roulait toutes ensemble, en commençant par la dernière, qu’on appelait umbilius et à laquelle on attachait un bâton d’ivoire, ou de buis, afin de tenir tout le rouleau en état. On collait à l’autre extrémité un morceau de parchemin pour couvrir le rouleau et pour le conserver ».

Ces rouleaux des Anciens décrits par Furetière, ont donné ces choses bizarres qui tiennent quelquefois dans les squares les statues d’écrivains célèbres…

Ils  se sont conservés aussi, en descendant tout le Moyen Age, sous la forme de   »feuille roulée portant un écrit » et sous le nom de role ou roole, jusqu’à la fin du XVIIIè siècle notamment pour les registres administratifs, les pièces des procès et aussi les listes de personnes. Ces roule-listes (avec lesquels on peut faire l’appel des noms à ont donné à tour de rôle ; selon l’ordre porté sur la liste ; on est payé, interrogé, etc… « à tour de rôle ».

Ils ont donné aussi les listes en double pour les vérifications, les contre-rooles, qui s’appliquaient d’abord aux listes de soldats d’une compagnie – les capitaines ayant tendance à se faire livrer la solde pour des troupiers morts depuis longtemps, ou totalement imaginaires. Ces contre-rooles ont donné les contra-rooleurs, puis les contrôleurs, car on finit toujours par mettre son nez partout…

Très tôt aussi le role a été « ce que doit réciter un acteur dans une pièce de théâtre » – sens qu’il a conservé après qu’on eut inventé les souffleurs, les trous de mémoire, etc…

Ch. Sorel, décrivant la rapacité d’un avocat, joue sur les deux sens de « rôle », expliquant que lorsque cet homme de loi avait une dépense à faire, « il songeoit auparavant combien il estoit necessaire qu’il fist de roolles, et falloit qu’il les emplist après, quand c’eust esté d’une chanson« .

Lorsque la feuille était de petite taille on l’appelait un rollet. Le mot se trouve pour la première fois dans les vers de Jean de Meung qui apparemment aimait beaucoup les olives ( (l’olivier a toujours été un arbre d’une haute charge symbolique, de paix, de pureté, de force, etc) :

Si pendant a l’olive escrites

en un rolet letres petites,

qui dient a ceus qui les lisent,

qui sonz l’olive en l’ombre gisent

« Ci queurt la fonteine de vie

par desouz l’olive feuillie

qui porte le fruit de salu »

(Roman de la Rose, 1280)

 

Le mot prit également par la suite le sens de « petit rôle de théâtre », avant l’invention de la « panne ».

Etre au bout du rouleau, de son rouleau, c’est donc indifféremment, comme on veut l’entendre, au bout de ses arguments ou à la fin de son rôle. En général cela revient au même ; il faut quitter la scène ou le parloir, après avoir épuisé toutes ses chances, de plaire ou de convaincre… « Voilà comme il faut dire quand on est au bout de son rollet », disait Tabarin lorsque Mondor était à bout d’arguments….

Il est possible, et même probable, que l’on ait par la suite déplacé l’image pour la reporter sur un rouleau « bobine » celui sur lequel les Parques tissent le fil de note existence, donnant ainsi au bout de rouleau le sens funeste que l’on connaît.

Un renforcement de ce sens d’épuisement, de fin de course s’est également produit à l’apparition des premiers gramophones, qui utilisaient non pas des disques, mais des rouleaux à musiques.

Pour moi, il m’est agréable de terminer ce chapitre en empruntant ces vers de Paul Scarron à la fin d’une sienne épître :

Ayez donc pour moi la bonté

D’excuser la stérilité

D’in très-mauvais faiseur d’Epictre,

Et me laissez prendre le tiltre

De votre obeïssant vallet :

Je suis au bout de mon rollet.

 

Extrait de La Puce à l’Oreille de Claude Dunetton – Je vends ce livre ici : http://bibliothequecder.unblog.fr/2014/09/11/la-puce-a-loreille-de-cl-duneton/

 

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PASSER A TABAC

Posté par francesca7 le 12 mai 2015

 

EXPRESSION FRANCAISE

images (8)La chose étant pour beaucoup de nos concitoyens entrée dans les mœurs, j’espère qu’on ne verra aucun inconvénient à ce que je classe l’expression « passer à tabac » au chapitre des us et coutumes.

C’est en 1560 que Jean Nico, ambassadeur de France à Lisbonne, envoya à Catherine de Médicis une plante exotique que l’on croyait médicinale et que l’on appela d’abord « herbe à Nicot » ou « herbe à la Reine », puis du nom portugais pétun et dès la fin du XVIè siècle tabac, emprunté de l’espagnol tabaco, « emprunté lui-même – dit Bloch et Warthurg – de la langue des Arouaks d’Haïti où tabaco ne signifie toutefois pas « tabac », mais désigne ou bien un tuyau recourbé servant à l’inhalation de la fumée de tabac ou bien une sorte de cigare fabriqué par ces sauvages ».

Avec quatre cents ans de recul on peut trouver que le petit présent de Nicot n’tait pas vraiment un cadeau, mais il eut du succès.

« Il n’est rien d’égal au tabac ; c’est la passion des honnêtes gens ; et qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre ». Fortes paroles. On les doit, non comme on pourrait le croire à une agence publicité en délire, mais à Molière, au début de son Dom Juan (1665). Il continue : « Ne voyez-vous pas bien dès qu’on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d’en donner à droite et à gauche, partout où l’on se trouve ? On n’attend même pas qu’on en demande, et l’on court au-devant du souhait des gens : tant il est vrai que le tabac inspire des sentiments d’honneur et de vertu à tous ceux qui en prennent ».

En réalité cette étrange tirade ne prend quelque drôlerie que si l’on sait qu’elle est à double sens et qu’au XVIIè siècle donner du tabac voulait dire ; se battre… « On est ravi d’en donner à droit et à gauche » oui,… des coups de poings. Il faut comprendre en effet que ce tabac que l’on offrait à son voisin ne se présentait pas alors sous forme de cigarette, mais d’une dose de tabac à priser tendue sur le dos de la main, jusque sous le nez de l’heureux bénéficiaire ; Le geste fait à la fois l’image et la blague ; dans les deux cas on chatouille le nez du prochain.

Le sens a bécu jusqu’au siècle dernier : « Si tu m’échauffes la bile je te foutrai du tabac pour la semaine », dit un furieux en 1833 – autrement dit « tu auras ta raison ».

Cela dit il n’est pas facile d’évaluer avec exactitude le croisement qui a dû se produire entre le tabac « coups » et le verbe occitan tabasser, « secouer, molester » et le substantif tabust, « tapage, vacarme, querelle » etc. lequel est à l’origine d e l’expression maritime un coup de tabac (dès 1864) : un coup de mauvais temps, une tempête soudaine qui secoue et met à mal le bateau. Rabelais avait déjà emprunté ces occitanismes dans les « fagoteurs de tabus », déjà cité, et la dernière phrase du chapitre V de Gargantua : « Ne m’en tabustez plus l’entendement ».

Que le coup de tabac des marins ait pu passer du vacarme de l’orage au « tonnerre » d’applaudissement qui salue « avec fracas » une représentation théâtrale particulièrement réussie, une pièce ou un acteur qui fait un tabac, c’est hautement probable, sinon à peu près certain. (Il faut remarquer que par ailleurs un grand nombre de termes techniques de la machinerie d’un théâtre sont directement empruntés au vocabulaire de la marine).

Dans quelle mesure ces formes ont-elles influencé le glissement de « donner du tabac » à « passer à tabac » ?

Si l’on a beaucoup prisé par le passé on a aussi beaucoup chiqué. La chique forme une boule qui gonfle la joue, comme un abcès, ou comme un gnon ! Victor Hugo notait lui-même :  » Au XVIIè siècle, se battre, c’était « se donner du tabac » ; au XIXè siècle c’est « se chiquer la gueule ». Ces expressions sont certainement de la même farine (et si l’on songe qu’il s’agit de poudre à priser ; du même tabac).

images (9)Se chiquer est devenu plus tard « se chicorer ». Faut-il penser qu’outre le jeu de mots la couleur y est pour quelque chose ? Dans ce genre de violence les boursouflures font à la victime une tête  » comme un chou-fleur » – à la couleur près évidemment, car un visage couvert d’ecchymoses prend en quelques heures une teinte brun roussâtre caractéristique… une couleur tabac. Les Anglais ont chez eux la formule beaten black and blue, « Battu en blanc et bleu », pour évoquer ces ravages. Est-ce que passer quelqu’un à tabac, c’est aussi lui « en donner » à un tel point que sa peau en gardera le hâle ?…

Gaston Esnault signale effectivement en 1870, chez les voyous et les policiers (les uns ne vont pas sans les autres), l’alternative occasionnelle « passer au tabac ». En tout cas Le Père Peinard, signale en 1898 qu’au cours des manifestations les partisans de Déroulède « indiquaient à la flicaille alliée les bons bougres à sucrer et à passer à tabac ».

Comme disent les linguistes, l’usage a prévalu.

Extrait de La Puce à l’Oreille de Claude Dunetton 

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UN HOMME DE PAILLE

Posté par francesca7 le 12 mai 2015

 

EXPRESSION FRANCAISE

La paille, opposée au grain, et même au foin, a toujours été le symbole du déchet, du rebut, des choses de peu de valeur. Déjà au XIIè siècle un texte fustigeant les couards dit :

Ils s’enfuiront, sur qui que la perte aille

[Ils] n’auront de gent vaillant une paille.

 

l'homme-de-pailleUn homme de paille a d’abord été pendant longtemps à la fois un pauvre et un pauvre type. « …. Afin que vous ne pensiez point que je sois un homme de paille, sachez que j’ai fait acquisition en ma patrie, d’une maison qui vaut dix mile écus », dit un personnage Sorel (XVIIè).

Il a été aussi un mannequin, appelé aussi parfois « homme de foin » ; ainsi Rabelais parle d’une bataille de foin, c’est à dire entre mannequins : « Voyant frère Jan ces furieuses Andouilles ainsi marcher dehoyt, dist à Pantagruel : Ce sera icy une belle bataille de foin, à ce que je voy ».

Autrefois les jeunes filles dont l’amoureux ne donnait aucune suite à ses engagements fabriquaient, paraît-il un mannequin de paille et le brûlaient devant leur porte le jour de la Saint Valentin.

Cependant, depuis des temps immémoriaux, la paille a joué un rôle symbolique important dans les relations humaines – je dirai un rôle juridique. Pour un transfert, une donation, une vente, un partage, les anciens Germains et les hommes du Moyen Age offraient et recevaient un fétu en signe d’accord, reprenant par là une vieille tradition romaine ; l’expression rompre la paille signifiait autrefois « annuler un accord, radier une convention ».

Il est probable qu’il s’est produit un croisement entre l’idée du pantin et la coutume des transactions liée à la paille pour donner l’homme de paille, le prête-nom, le fantoche un peu méprisable, mis en avant pour la galerie et les documents officiels par un puissant anonyme qui détient le pouvoir et les capitaux. L’image est d’autant plus facile que l’on pense à la fois à la souplesse d’un mannequin et à l’inconsistance du faible que l’on peut briser « comme un fétu ».

L’anglais dit dans le même sens et par une évolution identique : a man of straw. Le développement international de cette langue risque donc d ‘assurer une belle et durable carrière à l’expression, au moment où le domaine des opérations financières de grande envergure devient le royaume des prête-noms.

Tout évolue ; Les hommes de paille, aujourd’hui, font beaucoup de blé.

Extrait de La Puce à l’Oreille de Claude Dunetton 

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FAIRE LE MARIOLE

Posté par francesca7 le 12 mai 2015

 

images (7)EXPRESSION FRANCAISE :

Le mot mariol est un mot compliqué, en ce sens qu’l pourrait être double. D’abord un mariol est un malin, un astucieux personnage, qui viendrait, au XVIè siècle, de l’italien mariolo, « filou ». En 1878 Eugène Boutimy présente comme « mariol » un typographe « malin, difficile à tromper. Se dit encore d’un ouvrier très capable ».

Il semble que ce ne soit pas le même qui fait le mariol, c’est à dire le joli cœur, l’intéressant, le godelureau. Celui-là est encore plus ancien, venant d’un vieux mot, mariole, diminutif de Marion, lui-même diminutif de Marie. Au XIIIè siècle c’est un « terme de mépris pour désigner la Vierge Marie » (Godefroy).

Un personnage du Gautier de Colney parle avec suspicion des adorateurs de la Vierge :

 

Quant un hom croit que li grant Deus

Fust nez de cele mariole ;

 

De là le sens de « petite image ou figure de la Vierge Marie, et par extension toutes autres petites figure de Saints » (Godefroy). Au XIVè siècle, Eustache Deschamps, contre la superstition, refuse de :

… croie en tant de marioles

De babouins, et de fioles

Que trop de fois idolâtrons ;

 

Au XVè siècle, les marioles se seraient croisées, si j’ose dire (avoir une marotte), avec les marjolets (ou mariolets), jeunes élégants freluquets, « compagnons de la Marjolaine » c’est-à-dire ceux qui, selon un mot d’un auteur de l’époque, allaient donner des sérénades et «la nuit resveiller les pots de marjoleine » sur les balcons de leurs belles. Collerye parle d’eux et de leurs confrères :

Jeunes coquars, marjollez, cuydereaulx

Jangleurs, jongleurs, détracteurs, flatereaulx

Sont esleves et bien entrenuz

Au temps qui court.

L’histoire ne dit pas comment ces mariolets abandonnèrent la langue, laissant les marioles seuls sur la place… Je crois que la mariole « rusé » y est pour quelque chose. Et puis les « jeunes élégants » meurent de siècle en siècle remplacés par d’autres. Le XVIIè siècle a eu ses Muguets, le XVIIIè les Merveilleux, les Incroyables, le XIXè les Dandys, les Gandins. Nous avons eu les Zazous, il n’y pas si longtemps. Ce n’est sûrement pas fini. Heureusement !

 

Extrait de La Puce à l’Oreille de Claude Dunetton 

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ETRE REDUIT A LA PORTION CONGRUE

Posté par francesca7 le 6 mai 2015

EXPRESSION :

u16785897Après quelques décennies de relative abondance, du moins dans ce coin de planète que nous disons occidental, la vieille notion de portion congrue semble ça et là vouloir refaire surface. Elle n’a jamais cessé de présider à la répartition des richesses à l’échelle du globe.

Dans le langage ecclésiastique – explique Littré – portion congrue, pension annuelle que le gros décimateur payait au curé pour sa subsistance ». Qui diable était donc ce « gros décimateur » ? Eh bien le patron du curé d’autrefois, l’ecclésiastique à qui revenait le bénéfice de la cure. On sait que sous l’Ancien Régime le titulaire d’une paroisse ne s’occupait pas nécessairement de ses ouailles. S’il était quelque peut dignitaire, ou bien en vue dans le monde, il employait un prêtre subalterne et précunieux sur lequel il se déchargeait des affaires courantes de la foi, offices et menus sacrements, pendant que lui-même vaquait à des besognes moins pieuses ou des lieux infiniment plus réjouissants.

Toutefois, cet absent récoltait scrupuleusement la dime (dixième des récoltes des paysans) dont il reversait une part sous forme de pension alimentaire à son modeste travailleur du goupillon. « Les portions congrues se taxent aux Curez au Grand Conseil à 200 livres, et au Parlement, à 300 livres, suivant deux diverses déclarations qui y ont été vérifiées. Au-delà de la Loire on n’adjuge que 200 livres, en deçà jusqu’à  300 livres ». Si on en croit Furetière il semble bien que les salaires aient toujours été un peu plus bas « au-delà de la Loire » sans doute à cause du soleil…

En tout cas cette portion congrue, calculée au plus « juste », faisait des desservants de nombreuses paroisses de malheureux smicards en soutanes râpées. Cela explique peut-être qu’à la Révolution tant de petits prêtes se soient désolidarisés de leurs prélats, et aient embrassé la cause des sans-culottes et des partageux. Au fait « congru » du latin congruus, veut dire « convenable »…. Comme qui dirait suffisant.

Extrait de La Puce à l’Oreille de Claude Dunetton

 

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LA CROIX ET LA BANNIERE

Posté par francesca7 le 20 avril 2015

EXPRESSION : 

images (4)Il est bien naturel que celle qui fut si longtemps pour la quasi-totalité de la France notre mère l’Eglise ait donné à la langue commune quelques tournures de son tonneau. Moteur intellectuel et mobilisatrice de la pensée occidentale pendant tant de siècles, on est même surpris qu’elle n’en ait pas laissé au moins autant que les jeux de cartes, de quilles et de trou-madame… C’est que l’Eglise, pendant tout ce temps, parlait latin. Toutefois je n’ai retenu que les locutions qui se rattachent à l’institution ecclésiastique elle-même, classant ailleurs celles qui sont issues directement de la Bible.

La croix et la bannière : Voltaire expliquait ainsi l’origine des processions : « Les petits peuples furent très longtemps sans avoir de temples. Ils portaient leurs dieux dans leur coffres, dans des tabernacles […] C’est probablement de ces dieux portatifs que vint la coutume des processions, car il semble qu’on ne se serait pas avisé d’ôté un dieu de sa place, dans son temple, pour le promener dans la ville, et cette violence eût pu paraître un sacrilège, si l’ancien usage de porter son Dieu sur un chariot ou sur un brancard n’avait pas été dès longtemps établi ».

Il faut croire que nous avons définitivement coupé les ponts avec nos ancêtres nomades, car on ne voit plus beaucoup en France de ces longues processions de fidèles, conduites en grande pompe vers un sanctuaire de plein air, la croix en tête, par deux ou trois prêtres en habits étincelants, suivis d’enfants de chœur en tuniques, psalmodiant des cantiques sous un beau soleil de printemps. Autre époque ; les dieux sont installés.

Autrefois ce cérémonial ne s’appliquait pas uniquement aux divinités en voyage, mais aussi aux grands de ce monde, particulièrement chatouilleux sur le chapitre de l’accueil et de la conduite. Les prélats, les hauts dignitaires de l’Eglise et de l’Etat ne consentaient à se déplacer qu’à la condition d’être reçus avec la même dignité que les sacrées reliques. Il était d’usage de les accueillir aux portes des villes avec la croix, emblème spirituel, et aussi la bannière symbolisant le pouvoir temporel. « La bannière et le pavillon différent du drapeau et de l’étendard par la façon dont l’étoffe est disposée – précise Gougenheim ».

L’étoffe de la bannière est fixée par en haut de façon à tomber verticalement. Elle n’ a  plus rien de militaire et est surtout un emblème religieux orné d’inscription et de figures ». Un texte du XIVè siècle fait allusion à la coutume ; « Jehan, le vigile de l’ascension notre Seigneur y portat un confanon ou bannière de l’église de Landriscourt aux processions, et croix, en la compagnie du curé et des gens d’icelle ville ».

De là l’expression qui est restée : « On dit en ce sens qu’il faut avoir la croix et la bannière, la croix et l’eau bénite, pour avoir quelqu’un ; pour dire qu’on a de la peine à en jouir » explique Furetière, sans arrière-pensée d’ailleurs ; C’est que les anciens étaient tatillons sur le protocole. « Lorsque le cardinal de Richelieu traita du mariage d’Henriette de France et de Charles 1er avec les ambassadeurs d’Angleterre, l’affaire fut sur le point d’être promue pour deux ou trois pas de plus que les ambassadeurs exigeaient auprès d’une porte, et le cardial se mit au lit pour trancher toute difficulté », raconte aussi Voltaire. Il ajoute : « A mesure que les pays sont barbares, ou que les cours sont faibles, le cérémonial est plus en vogue ». Intéressante remarque.

Extrait de La Puce à l’Oreille de Claude Dunetton 

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NAVIGUER DE CONSERVE

Posté par francesca7 le 20 avril 2015

EXPRESSION MARINES : 

basque_norbert_biencourt_1965_3Le monde de la marine a tendance à rester entre soi. Pour spéciale et riche que soit la langue de la navigation, elle ne semble pas avoir donné à la langue commune un très gros bouquet d’expressions. Il faut dire aussi que la majeure partie des côtes de France, à l’exception des côtes normandes et picardes, ne sont pas traditionnellement de langue française. Pendant des siècles les gens de mer ont parlé occitan, catalan, basque, breton évidemment et même flamand tout au nord de notre littoral. Ceci explique peut-être en partie cela… Un certain nombre de termes empruntés directement à l’occitan ou au néerlandais ont d’ailleurs vraisemblablement été introduits par le truchement des marchands plutôt que par les matelots eux-mêmes.

NAVIGUER EN CONSERVE : Bien sûr on peut voyager de conserve avec des amis, ou à la rigueur visiter de même un manoir hanté… Mais le mot « conserve » est tellement lié à notre époque aux boîtes de petits pois, et autres fruits et légumes, que les gens hésitent. L’image des sardines à l’huile leur reste en travers de l’élocution. On se replie donc sur l’expression moins drôlette et mieux accordée ; aller de concert quelque part.

« De concert » est plus engageant, plus ‘musical » dirais-je, avec son sous-entendu de bonne entente et de concertation – ce qui est du reste son sens véritable et ancien : « pleurer tout franchement et de concert, à la vue l’un de l’autre, sans autre embarras que l’essuyer ses larmes », disait La Bruyère.

Pourtant « aller de conserve » ensemble, a eu un sens précis dans la navigation dès le XVIè siècle, la grande époque des pirates. « Conserve, en terme de Marine – dit Furetière – se dit des vaisseaux qui vont en mer de compagnie pour se défendre, s’escorter et se secourir les uns les autres. Il est posté dix vaisseaux qui vont de conserve. On dit aussi dans le même sens. Aller de flotte, ou bailler cap à un autre vaisseau, ou à la flotte. Les navires chargés de marchandises de prix sont obligés de marcher en flotte, de faire conserve, de faire cap et de s’attendre les uns les autres ; et ne doivent point partir qu’ls ne soient du moins quatre. Ils doivent élire entre eux un vice-Amiral et faire serment de s’entre-secourir, suivant les ordonnances de la Marine ».

Il s’agit donc de l’instinct de « conservation ». Par parenthèse les « conserves »= alimentaires constituent bien le sens premier du mot ; le vieux bonhomme ménagier du XIVè siècle indique à son épouse : « Mettez les noix boulir en miel, et illec [là ] les laissiez en conserve… » S’il était plus sûr pour les bateaux marchands de faire voile ensemble, il est toujours prudent d’être  » de conserve » pour traverser le Sahara, faire une escapade à skis ou explorer un gouffre. Mais il est plus normal d’aller boire de concert au café du coin.

Extrait de La Puce à l’Oreille de Claude Dunetton 

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