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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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AVOIR DU PAIN SUR LA PLANCHE

Posté par francesca7 le 14 juillet 2015

 

EXPRESSION FRANCAISE

L’expression laisse prévoir une tâche un peu longuette à laquelle il vaut mieux s’atteler tout de suite si l’on veut espérer en voir le bout. Autrefois c’était la notion d ‘abondance qui dominait, l’idée d’être « paré pour l’avenir ».

Le Père Peinard écrivait en 1897 à propos d’un révolutionnaire espagnol sur le point d’être exécuté : « A huit heures, il cassa la croûte, aussi joyeusement que s’il avait eu un demi-siècle de vie sur la planche ».

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Lionel Poilâne, le célèbre boulanger parisien à qui rien de ce qui touche à la miche n’est étranger, m’a aimablement communiqué l’information suivante : « Les paysans avaient l’habitude de faire à l’avance une assez grande quantité de pain qu’ils rangeaient sur une planche fixée aux solives du plafond au moyen de montants de bois. Tant qu’ils avaient ainsi du pain cuit, ils disaient qu’ils avaient du pain sur la planche, expression qui a été prise au figuré et s’est appliquée à toute personne ayant de quoi vivre sans qu’elle ait besoin de travailler, puis par extension, à avoir du travail en réserve ».

C’est là en effet l’explication traditionnelle, et sans doute la réalité de base de l’expression.

Cependant, le passage de « provision abondantes » au travail qui attend n’est pas clair ; même avec « du pain sur la planche » les paysans avaient besoin de travailler. Il faut tenir compte du fait que l’on disait aussi, dès le XVIIIè sicèle, « manger le pain du roi », soit pour être dans l’armée, soit pour être en prison, où effectivement la boule de pain constituait la base du régime alimentaire ; Les Anglais disent encore pour être en prison : « to be a host of the Queen (être l’hôte de la reine).

G Esnault cite pour 1828 :

  »planche au pain – banc des accusés », parce que le tribunal délivre des « rations de pain ». Avoir du pian sur la planche c’est donc aussi être condamné à une longue réclusion, et plus précisément sans doute à une longue peine de travaux forcés, dit « travaux publics ». C’est donc dans ce contexte que Le Père Peinard, encore, fait en 1899 une variation sur le thème ; il cite le cas de légionnaires punis, se faisant exprès condamner à mort par le conseil de guerre pour être délivrés radicalement de leurs peines, « Joubert fichait un bouton à la tête d’un gradé pour être, lui aussi, condamné à mort ; J’ai fait ce que je voulais, expliquait-il, en me fusionnant on me libérera… A quoi me servirait de vivre ? 

L’espoir m’est pour toujours interdit ; j’ai 60 ans de travaux publics sur la planche, mieux vaut en finir de suite. « 

Joubert fut gracié de la mort – mais non de ses soixante ans de martyre.

Il est plus « normal » en effet que la locution nous soit venue par ces intermédiaires que directement du monde des paysans-boulangers.

 

Un peut d’Histoire :

POILANE-21-669x1024Lionel Poilâne : Au début des années 1930, son père, Pierre-Léon Poilâne, avait créé une boulangerie au 8 rue du Cherche-Midi à Paris, où il vendait son fameux « pain Poilâne ». Au sortir de la seconde Guerre mondiale, la mie de pain blanche était préférée car considérée comme plus « propre ». Pierre ne voulait pas céder à la mode de l’époque et décida d’utiliser de la farine issue de blé moulu par de la pierre, comme autrefois, et non par un cylindre, afin de faire un pain bien plus riche en nutriments.

Lionel est le dernier d’une fratrie de trois. Sa sœur aînée s’appelle Madeleine et son frère aîné Max.

Lionel et Max ont grandi dans la boutique rue du Cherche-Midi puis celle ouverte boulevard de Grenelle, et quittant les bancs de l’école très tôt, ont vite mis la main à la pâte (à pain). Ils ont tous les deux été formés par leur père qui les a sensibilisés au goût du vrai pain. Le Saint-Germain-des-Prés des années 1960 a fait le reste.

Lionel s’est efforcé de développer la petite entreprise familiale. Son succès et la notoriété croissante de ses pains, en particulier dans le monde anglo-saxon et en Asie, lui ont permis de constituer un solide réseau de distribution, de faire construire, dans les années 1980, une Manufacture à Bièvres, en région parisienne, et de s’implanter à Londres.

Au moment de sa disparition avec son épouse Iréna à la suite d’un accident d’hélicoptère qui s’abîme en mer près de l’île des Rimains, au large de Cancale, en Bretagne, le 31 octobre 2002, Lionel Poilâne était devenu une personnalité du Tout-Paris.

Il a été fait chevalier de l’ordre national du Mérite en 1993.

C’est sa fille aînée, Apollonia, qui a repris la direction de l’entreprise.

 

Extrait de : La Puce à l’Oreille de Claude Dunetton 

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La planche à billets

Posté par francesca7 le 4 juillet 2015

800px-RunningtheMachine-LincAdminComment transformer les biens du clergé en métal précieux qui permettra à l’État de rembourser ses créanciers ?

Les députés décident de créer un billet portant l’indication d’une valeur garantie sur les biens du clergé. Garantie, c’est-à-dire assignée. D’où le nom d’assignat donné au billet lui-même. Le procédé est simple: les particuliers qui possèdent de l’or ou de l’argent échangent ces métaux précieux contre des billets en papier qui leur rapportent un intérêt de 5 %, et leur donnent la possibilité d’acquérir ensuite des biens d’église. Il est prévu de n’émettre qu’un nombre limité d’assignats afin de garantir leur valeur.

Ils doivent même être brûlés lorsqu’ils auront servi à l’achat des biens d’église ! Mais l’État se garde bien de procéder à cette incinération. Au contraire, la planche à billets fonctionne de plus en plus, créant une inflation galopante. L’assignat qui est devenu la monnaie en vigueur baisse vertigineusement et entraîne un énorme désordre dans la vie quotidienne et le petit commerce. En 1796, la planche à billets est solennellement détruite. L’assignat ne vaut plus rien ou presque.

« Planche à billets » est une expression populaire pour désigner la création de monnaie. Elle fait référence aux processus de production de monnaie physique, mais en pratique il s’agit aujourd’hui plus d’écriture comptable. L’expression est souvent employée avec une connotation péjorative.

La capacité des États et des banques centrales à créer massivement de la monnaie ex-nihilo est un outil économique puissant, qui peut contribuer à stimuler l’économie, mais peut également la déstabiliser durablement.

Les États ont fréquemment abusé de la création monétaire, par exemple pour financer des guerres coûteuses, avec souvent des conséquences graves sur l’économie notamment des crises hyperinflationnistes. La crainte de ces abus a conduit la plupart des États à interdire la création de monnaie par la banque centrale pour satisfaire les besoins publics : cette disposition est par exemple inscrite dans la Constitution allemande ou les traités de l’Union européenne (article 101 du traité CE repris par l’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne (TFUE) issu de la signature du Traité de Lisbonne en 2007). Les déficits publics doivent donc être financés par emprunts - très majoritairement obligataires – auprès d’organismes privés, aux taux d’intérêt proposés par le marché.

La « planche à billets » n’a pas pour autant disparu. Si certains courants radicaux (libertarianisme, partisans de l’étalon or…) souhaiteraient interdire ou drastiquement limiter la création de monnaie, ou la confier à des acteurs non politiques, la plupart des économistes s’accordent à considérer qu’une création de monnaie contrôlée, accompagnée d’une inflation raisonnable, font partie du fonctionnement normal d’une économie.

Certains économistes notamment keynésiens considèrent que la création massive de monnaie peut être un moyen de répondre aux dépressions économiques graves et que le risque d’inflation est soit surévalué, soit un moindre mal.

Dans le but d’éviter une aggravation de la crise des subprimes de 2007-2008, elle a massivement fonctionné aux États-Unis, sous la forme d’une politique d’assouplissement quantitatif. En Europe, pour faire face à la crise de l’endettement de certains pays de l’Union monétaire européenne, la Banque centrale européenne (BCE) a elle-même dérogé à cette interdiction par décision du 10 mai 2010. Dans ces circonstances, afin de justifier ces dérogations, le terme « méthode non conventionnelle » a été utilisé.

Dans le secteur privé – L’État n’a pas le monopole de créations monétaires excessives. Elles peuvent être pratiquées aussi bien par le secteur privé et aboutir aux mêmes dysfonctionnements. Par les crédits qu’elles accordent au delà de la base monétaire (monnaie de banque centrale) dont elles disposent les banques commerciales créent de la monnaie. Cette création peut être excessive et source d’inflation et de surendettement. La crise des subprimes en est une illustration. Les banques américaines ont multiplié les crédits immobiliers qu’elles accordaient à des emprunteurs. Entre 2000 et 2006 leurs encours ont plus que doublé. Les prix de l’immobilier ont alors augmenté de 171 % entre 1997 et 2007 créant de ce fait une bulle immobilière. L’éclatement de cette bulle et l’insolvabilité des endettés ont déclenché une crise financière entraînant une crise économique mondiale. La responsabilité de la banque centrale américaine (Fed) ne saurait être éludée puisqu’elle est responsable de la gestion quantitative des crédits, notamment par la fixation des taux d’intérêt (banque centrale).

La création monétaire par le secteur privé peut également être dommageable si l’utilisation de la monnaie créée est source d’instabilité. Il en est ainsi lorsque les banques privées procurent des fonds qui servent aux opérateurs financiers à spéculer avec effet de levier. Cette pratique peut être à l’origine de gains ou de pertes très importants. En cas de pertes des retombées et des effets de contagion peuvent se transmettre aux banques et porter atteinte à la sphère économique réelle

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IL N’Y A PAS DE SOT METIER

Posté par francesca7 le 27 juin 2015

 

 

77A la fin du XIXe siècle, Privat d’Anglemont écrit la monographie de quelques métiers bizarres, mais réellement existants, dont la plupart des Parisiens ne soupçonnent alors sûrement pas l’existence. Du fabricant d’asticots àl’employé aux yeux de bouillon, en passant par le loueur de viandes ou le marchand de contremarques judiciaires, c’est un voyage pittoresque auquel il nous convie.

Ne vous est-il point arrivé, en vous promenant dans Paris, un jour de fête, par exemple, de vous demander comment toute cette population peut faire pour vivre ? demande Privat d’Anglemont à ses lecteurs. Puis, vous livrant mentalement aux douceurs de la statistique, cette science si chère aux flâneurs et aux savants si vous avez calculé combien la grande cité contient de maçons, de rentiers, de charcutiers, d’avocats, de charpentiers, de médecins, de bijoutiers, de forts de la halle, de banquiers, en un mot d’hommes exerçant au grand jour, par devant la société et la loi, des professions avouées et inscrites dans le dictionnaire de l’Académie, n’avez-vous pas toujours trouvé des masses énormes de gens auxquels vous ne pouviez assigner aucun état, aucun emploi, aucune industrie ?

Eh bien ! tous ces gens-là composent la grande famille des existences problématiques, que l’on évalue à soixante-dix mille ; c’est-à-dire que chaque matin il y a à Paris soixante-dix mille personnes de tout âge qui ne savent ni comment elles mangeront, ni où elles se coucheront. Et cependant tout ce monde-là finit par manger ou à peu près. Comment font-elles ? C’est leur secret, secret souvent terrible, que divulguent les tribunaux. Privat d’Anglemont nous entraîne dans un curieux périple au cœur de la frange pauvre, laborieuse, intelligente, qui à su se créer une industrie honnête répondant aux divers besoins du public. Nous n’en retiendrons ici quelques-uns.

Le fabricant d’asticots
— Que fait M. Salin ? demandai-je.
— Oh il n’est pas au bureau de l’Assistance publique (être au bureau est une honte pour un homme, dans les quartiers de travailleurs). C’est un homme qui gagne joliment sa vie : il est fabricant d’asticots.

Cette industrie nous parut exorbitante, écrit Privat d’Anglemont. Le fabricant d’asticots dépassait de cent coudées notre imagination. Nous craignions de n’avoir pas bien entendu, mais certainement nous ne comprenions pas. Il nous fallut une explication.

— Fabricant d’asticots, dis-je avec surprise.
— Mais oui. Vous savez bien, ces petits vers qui servent à pêcher.
— Je sais. Mais, comment les fabrique-t-il ?
— Ah ! voilà. Ce n’est peut-être pas très propre, cet état-là, mais on y gagne sa vie. Il y a à Paris plus de deux mille pêcheurs a la ligne, beaucoup de gamins et pas mal de bourgeois établis ou retirés des affaires. Le père Salin a fait connaissance avec ceux-ci sur le bord de l’eau. Il leur fait des asticots pour amorcer toute l’année. Pour cela il a loué tout le haut de la maison, un ancien pigeonnier. II y met macérer des charognes de chiens et de chats que lui fournissent les chiffonniers. Quand c’est en putréfaction, les vers s’y mettent ; le père Salin les recueille dans des boîtes de fer-blanc qu’on nomme calottées, et il les vend jusqu’à quarante sous la calottée.

Vous voyez que ce n’est pas bien malin à fabriquer. Mais dame ! il faut un fier odorat pour faire ce métier-là ! Tout le monde ne le pourrait pas. Aussi ses journées sont-elles très bonnes au commencement de la saison Il ne gagne jamais moins de dix à quinze francs par jour, et tout le reste de l’année sept à huit. Mais il n’a pas d’ordre, ça aime trop à lever le coude.

— Cependant, lorsque les eaux sont hautes on ne pêche guère ; il doit souvent chômer pendant l’hiver ?
— Au contraire, c’est son meilleur temps, parce qu’alors il élève des vers pour les rossignols, ce qui est un excellent métier dont il a presque le monopole.

C’est propre, c’est facile, cela rapporte beaucoup. Il suffit de prendre de la recoupe (petit son), qu’on mêle avec de la farine et de vieux morceaux de bouchons, on les laisse couver dans de vieux bas de laine, et les asticots rouges naissent tout seuls. Cela se vend dix sous le cent. Généralement, les amateurs de rossignols sont de vieilles femmes riches et des bourgeois qui ont des métiers tranquilles : les bouquinistes, les relieurs, les tailleurs à façon. Tous ces gens-là paient bien et comptant : il suffit donc d’avoir une dizaine de pratiques possédant chacune trois ou quatre oiseaux pour vivre bien à son aise et payer une femme de ménage. S’il n’aimait pas tant la boisson, le père Salin pourrait être propriétaire tout comme un autre, mais il mourra à l’hôpital, il est trop artiste.

Employé aux yeux de bouillon
Je vais vous dire maintenant ce qu’on fait des os, écrit Privat d’Anglemont : avant d’arriver chez le marchand de noir animal, le tabletier ou le fabricant de boutons, ils sont cuits deux ou trois fois. D’abord le boucher les vend quatre sous la livre, sous le nom de réjouissance, aux bourgeois et aux grands restaurants, pour faire des consommés ; ceux-ci les cèdent au rabais aux traiteurs de quatrième ordre, qui en font des potages gras pour les abonnés ; enfin ces derniers les repassent aux gargotiers, qui en composent une espèce d’eau chaude, qu’ils colorent à grand renfort de carottes, d’oignons brûlés, de caramel et de toutes sortes d’ingrédients.

Or, comme ces ingrédients ne peuvent donner ce que recherchent les amateurs, c’est-à-dire des yeux au bouillon, un spéculateur habile a inventé l’employé aux yeux de bouillon. Voici à peu près comme cela se pratique : un homme prend une cuillerée d’huile de poisson dans sa bouche, au moment où doivent arriver les pratiques, à l’heure de l’ordinaire, et, serrant les lèvres en soufflant avec force, il lance une espèce de brouillard qui, en tombant dans la marmite, forme les yeux qui charment tant les consommateurs. Un habile employé aux yeux de bouillon est un homme très recherché dans les établissements de ce genre.

— Mais cela doit avoir un goût détestable ?
— Eh ! mon Dieu ! le goût ne se développe que par la pratique. Comment voulez-vous que des gens habitués aux arlequins de la mère Maillard deviennent des gourmets ? L’eau-de-vie, d’ailleurs, leur a brûlé le palais.

Le loueur de viandes
Heureusement, ajoutai-je, les viandes que nous voyons pendues aux vitres de toutes ces gargotes me semblent belles et bonnes.

— Ces viandes ne sont là que pour le coup d’œil.
— Comment pour le coup d’œil ?
— Oui ; ces quartiers de bœuf, de mouton et de veau pendus aux vitres des marchands de soupe, ne leur appartiennent pas : ce sont des viandes louées.
— Des viandes louées ! De qui, et pourquoi ?
— Pour servir de montre, pour achalander la boutique. Ces gens-là vendent le plat de viande six sols au plus, trois sols au moins ; ils ne peuvent donc employer que de basses viandes. Et que voyez-vous chez eux ? de magnifiques filets, de superbes gigots, de succulentes entrecôtes. S’ils donnaient cela à leurs pratiques, ils se ruineraient. Ils s’entendent donc avec des bouchers qui, moyennant redevance, consentent à leur louer quelquefois même, des animaux entiers. Le loueur les reprend quand il en a besoin.
— C’est encore une industrie qui m’était inconnue. Je ne soupçonnais pas le loueur de viandes.

IL N’Y A PAS DE SOT METIER dans ARTISANAT FRANCAIS 220px-Grandville_Cent_Proverbes_page105Marchand de contremarques judiciaires
M. Auguste est un ancien clerc de province. Il est venu à Paris sans sou ni maille ; il a été marchand de contremarques à la porte des théâtres du boulevard, où il a connu beaucoup de flâneurs et de petits rentiers, gens désœuvrés qui ne savent jamais comment franchir l’abîme immense qui sépare le déjeuner du dîner, la lecture du journal de l’ouverture des théâtres. Un jour qu’il se promenait dans le palais, il vit beaucoup de ces bons citadins qui stationnaient à la queue du public des tribunaux et qui faisaient mille gentillesses aux gardes municipaux pour les attendrir et tâcher de pénétrer dans le sanctuaire de la justice.

M. Auguste, qui est un homme à expédient, vit là une source de fortune. Il avait une idée. Dès ce moment il passa ses journées à courir dans les corridors du palais, accostant toutes les personnes qu’il voyait sortir des cabinets de messieurs les magistrats instructeurs. Il se proposait pour conduire les témoins à la caisse afin d’y toucher les deux francs que la justice alloue à tous ceux qui viennent la renseigner.

Lorsque le témoin avait reçu son argent, et qu’après avoir offert soit un canon de vin, soit une demi-tasse à M. Auguste, il voulait le quitter pour vaquer à ses affaires, celui-ci l’apitoyait en lui contant quelque histoire bien larmoyante, bien pathétique ; il savait encore se faire donner quelques sous pour sa peine. D’autrefois le témoin dédaignait la rétribution ; alors M. Auguste changeait sa batterie ; il inventait un autre conte, il implorait sa pitié ; il lui demandait son assignation en lui disant qu’il était père d’une nombreuse famille. On lui abandonnait facilement ce morceau de papier inutile. C’est en collectionnant toutes ces citations et assignations que M. Auguste a fondé le magasin qui le fait vivre.

Aujourd’hui M. Auguste vit comme un chanoine ; il est devenu une autorité dans le bas peuple du palais ; il gagne beaucoup d’argent. Il loue des citations en témoignage aux curieux pour les faire entrer aux Cours d’assises et aux Chambres correctionnelles, les jours de procès curieux.

Les gardes municipaux qui sont de planton aux portes des tribunaux ont pour consigne de ne laisser passer que les personnes assignées. Ils ne lisent jamais les assignations ; il suffit donc qu’on se présente hardiment avec un papier timbré pour qu’ils vous laissent passer, car du moment qu’on a le papier, la consigne est sauve. M. Auguste avait observé cela ; aussi a-t-il su en profiter.

Il sait par cœur la liste des affaires à juger ; il connaît les jours où les premiers sujets du barreau et de la magistrature debout doivent prendre la parole et ces jours-là, dès sept heures du matin, il est à son poste avec sa liasse de citations et d’assignations périmées. Il les loue ordinairement un franc pour la séance. On le connaît ; il a ses habitués ; on ne paie qu’après qu’on est placé ; mais on est obligé de laisser en nantissement 5 francs, qu’il ne remet qu’après la restitution de son papier.

— Et vous gagnez beaucoup d’argent à ce métier-là ? lui demandai-je.
— C’est selon les procès ; celui de Laroncière m’a rapporté jusqu’à 100 francs par jour ; j’étais obligé d’envoyer un de mes clercs dans la salle, pour redemander mes assignations. J’ai loué la même citation jusqu’à dix fois en une séance. Soufflard n’a pas mal donné ; la bande de Poil-de-Vache était bonne, mais ne valait pas les Habits noirs.
— Et les affaires politiques ?
— Cela dépend des personnages. Les complots m’ont laissé d’ailleurs d’excellents souvenirs ; les procès de presse furent d’un assez joli rapport. Les cris séditieux valaient moins. Quant aux crimes, aux infanticides, aux faux, aux vols de confiance, c’est chanceux.
— D’après ce que je vois, en lisant les détails d’un assassinat vous savez combien il vous rapportera.
— Il y a crime et crime ; c’est la position de l’accusé qui fait tout. S’il est jeune et féroce, il devient intéressant, c’est très bon. Si c’est un homme qui a simplement tué sa femme ou un passant dans la rue, ça ne vaut absolument rien. Les maris jaloux et farouches amènent des dames.

Mais parlez-moi de ces gaillards qui coupent leur maîtresse en morceaux ! qui l’attendent le soir dans une allée, la poignardent et tirent un coup de pistolet à leur rival à la bonne heure ! c’est du nanan ! Ils ont un public à eux, on les lorgne, on leur envoie des albums pour y écrire deux mots ; ils posent devant un parterre de femmes ; s’ils sont tant soit peu jolis garçons et que l’affaire prenne plusieurs audiences, la seconde journée double ma recette. Si le jugement se prononce la nuit, je suis obligé de donner des contremarques.

582La nuit est très propice aux drames judiciaires, le beau sexe s’y crée des fantômes. C’est si intéressant, un scélérat passionné qui égorge proprement la femme qu’il aime ! il y a de quoi en rêver quinze jours. On envie le sort de la victime, on voudrait être aimé ainsi une fois, rien que pour en essayer. Ah ! Lacenaire ! nous ne trouverons malheureusement pas de sitôt son pareil. Il faisait des vers, Monsieur ! s’écria M. Auguste, d’un air moitié d’admiration et moitié de regret. Il était galant, intéressant, il s’exprimait bien. Encore deux affaires comme la sienne, et je me retirais dans mes terres.

Ah ! si le huis-clos n’existait pas pour certains attentats ! quelle source de fortune ! je serais millionnaire. Tout le monde en veut : C’est le fruit défendu.

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LE METIER DES CRIEURS DE RUE

Posté par francesca7 le 25 juin 2015

 

134393008866Il existe une nomenclature fort curieuse, en vers anciens, des cris de Paris au XIIIe siècle ; c’est un monument remarquable, qui nous donne d’une manière assez exacte la mesure du commerce et l’existence des petits métiers les plus communs à cette époque

Paris, alors renfermé dans la clôture de Philippe-Auguste en 1211, occupait en superficie un emplacement de 700 arpens ; sous Louis XVI on en comptait 9 000. Les rues étaient étroites et boueuses, pavées encore en peu d’endroits, et obstruées à tous les instants par des porcs et autres animaux que les habitant laissaient errer au hasard pour chercher leur nourriture.

A ce premier ennui ajoutez celui d’entendre à toute heure du jour ces clameurs de toutes sortes, les cris des marchands et les bruits de tambour à chaque proclamation ou cri solennel des crieurs du roi et de la ville, et vous aurez le tableau animé, remuant et criard de cette ville au XIIIe siècle.

Nous donnerons quelques passages du Dict des cris de Paris de Guillaume de Villeneuve, avec un aperçu historique des diverses denrées et marchandises les moins connues et les plus curieuses. On verra que, sauf quelques uns d’entre eux qui ont disparu pour faire place à un plus grand nombre d’autres, ces cris sont encore à peu près les mêmes aujourd’hui ; seulement, on remarquera que plus d’une espèce de marchandise qui se vendait alors en détail dans les rues par de pauvres gens, se débite en gros aujourd’hui, dans des boutiques et magasins, par de riches négociants.

Un noviau dit ici nous treuve
Guillaume de la Villeneuve,
Puisque povretez le justise.
Or vous dirai en quele guise
Et en quele manière vont
Cels qui denrées à vendre ont,
Et qui pensent de lor preu fere
Que jà ne finirout de brère
Parmi Paris jusqu’à la nuit.
Ne cuidez vous qu’il lor anuit
Que jà ne seront à sejor.
Oiez qu’on crie au point du jor :
– Seignor, quar vous alez baingnier
Et estuver sans deslaier,
Li baing sont chaut, c’est sans mentir.

images« Puisque la misère l’y oblige, Guillaume de la Villeneuve trouve un nouveau dit à nous raconter. Je vais vous dire de quelle manière agissent les marchands pour faire leur profit, à tel point qu’ils ne cessent de brailler dans Paris jusqu’au soir ; ne croyez pas qu’ils en soient las et qu’ils pensent à cesser. Entendez ces cris dès le point du jour : Seigneur, allez vous baigner sans tarder ; les bains sont chauds, c’est sans mentir. »

C’étaient les barbiers qui, à Paris, autrefois, tenaient les bains ou étuves ; ils étaient réunis aux chirurgiens, et ne formaient qu’une confrérie sous la bannière de saint Côme et saint Damien. Les étuves ou bains étaient fort communs à Paris ; c’était un usage que ses habitants tenaient des Romains. Sous le roi Henri Ier, au XIe siècle, il est fait mention d’étuves situées à la pointe de la Cité ; en 1383, Charles VI renouvela les statuts des barbiers, et leur défendit de travailler les dimanches et les grandes fêtes de l’année.

On compte jusqu’à six rues, ruelles ou culs-de-sac qui reçurent le nom d’estuves à cause des bains qui s’y trouvaient placés. Il paraît au reste que, malgré toutes les précautions dont on usait à la réception des maîtres barbiers-baigneurs-étuvistes pour ne choisir que des gens de bonnes mœurs, et malgré la défense qui leur était faite d’aller travailler dans les étuves, ces endroits ne jouissaient pas, au moyen âge, d’une excellente réputation.

Une ordonnance du mois de novembre 1510 voulut que toutes ces maisons fussent fermées en cas de contagion. Leur nombre s’accrut de telle sorte, qu’au dire de Sauval, on ne pouvait faire un pas dans Paris sans en rencontrer ; on cessa d’y aller vers la fin du XVIIe siècle.

Puis après orrez retentir
De cels qui les fres harens crient.
Or, au vivet li autres dient :
Sor et blanc, harenc fres poudrén
Harenc nostre vendre voudré.
Menuise vive orrez crier,
Et puis aletes de la mer.

« Vous entendiez après les cris de ceux qui crient les harengs frais ou la vive, le hareng saur, le hareng blanc, frais et saupoudré. Vous vendrai-je de notre hareng ? Entendez-vous crier la menue vive et les alètes de la mer ? »

Le commerce du poisson salé ne commença qu’au XIIe siècle, par les soins de la Hanse parisienne, ou corps des marchands ; et parmi ces poissons, les harengs furent les premiers qu’on vit paraître aux halles : ils venaient de Rouen par la Seine, mais Calais prétend être la première ville qui ait connu et pratiqué la pêche du hareng.

C’est Louis IX qui, en 1254, divisa la vente du poisson en frais, salé, et saur ; cette distinction subsista jusqu’à Philippe de Valois, en 1345. Alors on ne connaissait pas encore l’art de saler le hareng comme aujourd’hui : celui qui le trouva fut un nommé Buckelz, mort à Biervliet, dans la Flandre hollandaise, en 1347 suivant les uns, en 1447 suivant les autres. A Paris, les femmes qui vendaient cette sorte de poisson avaient le nom de harengères, et demeuraient sur le Petit-Pont ; le poète Villon, qui écrivait au XVe siècle, fait une mention particulière de leur talent à dire des injures.

On ne sait trop si l’alète était un poisson ou un oiseau.

Oisons, pijons et char salée ;
Char fresche moult bien conraée,
Et de l’aillie à grant planté.

« Oisons, pigeons et chair salée ; chair fraîche et bien parée, et de l’aillée en grande quantité. »

Le-marchand-de-verresLes Gaulois envoyaient à Rome de nombreux troupeaux d’oies, dont les Romains faisaient grand cas ; dans la suite les Francs les gardèrent, et longtemps en France ce fut la volaille la plus estimée, même chez les rois, puisque Charlemagne recommande, dans ses Capitulaires, d’en tenir ses maisons de campagne abondamment fournies. A Paris, les rôtisseurs n’avaient guère que des oies ; de là leur vint le nom d’oyers, qu’ils portèrent longtemps dans leurs statuts.

On sait qu’à cette époque les gens de la même profession étaient logés dans le même quartier et occupaient les mêmes rues : les rôtisseurs, ou plutôt les oyers, donnèrent leur nom à la rue qu’ils habitaient, et ce fut la rue aux Ouës ; mais par la suite on oublia cette étymologie, et on s’habitua à dire la rue aux Ours, nom qu’elle porte encore aujourd’hui. Une ordonnance du prévôt de Paris, en date du 22 juin 1522, donna la permission aux maîtres poulaillers et rôtisseurs de faire nourrir leurs oisons dans les rues de Verberie, des Fontaines, et autres aux environs, comme étant des lieux vagues et champêtres.

L’aillie ou l’aillée était une sauce que le menu peuple aimait beaucoup, et dont on faisait un bon débit dans les rues. C’était un mélange d’ail, d’amandes et de mie de pain pilés ensemble et détrempés avec un peu de bouillon. On la conservait comme la moutarde ; les habitants des provinces méridionales l’affectionnaient surtout. On en faisait aussi avec du verjus, témoin ce vers de cette même pièce :

Verjus de grain à faire aillée.
Or au miel (Diex vous doinst santé !)
Et puis aprez, pois chaus pilez
Et feves chaudes par delez.

« Voici du miel (que Dieu vous tienne en santé !) Puis après : pois chauds pilés, et fèveschaudes tout auprès. »

De tout temps, en France, le miel fut recherché : à certaines époques on en donnait comme un régal dans les monastères, et Louis le Débonnaire et Charles le Chauve firent divers présents de cette nature aux religieux de Saint-Germain et de Saint-Denis. Avant que le sucre ne fût devenu aussi commun, le miel en tenait lieu pour confire les fruits ; souvent même on le préférait au sucre dans les pâtisseries.

Charlemagne, en ses Capitulaires, rappelle à ses métayers de récolter des pois dans leurs jardins. La manière la plus généralement goûtée de les servir était de les faire cuire avec du cochon. Les moines de Saint-Victor parvinrent à donner à ce plat un degré de bonté remarquable ; je ne sais pas même si un amateur ne s’avisa pas de publier un commentaire sur les meilleures manières de les accommoder.

Les fèves se vendaient à l’égal des pois, et l’on petit lire dans les poésies du XVIe siècle que les élégants de l’époque faisaient usage d’eau de fève pour se blanchir le teint.

Aoust de pesches,
poires de chaillon et nois fresches ;
Primes ai pommes de rouviau,
Et d’Auvergne le blanduriau.

Pêches d’août,
poires de chaillou et noix fraîches.
J’ai les premières pommes de rouviau
et du blandureau d’Auvergne.

Pendant longtemps on ne vendit à Paris que des pêches de vigne ; les plus estimées étaient celles de Corbeil ; voici ce que Louis XIII en écrivait vers 1613 : « La meilleure pêche est celle de Corbeil, qui a la chair sèche et solide, tenant aucunement au noyau. » Montreuil devint plus tard aussi renommé pour ses pêches.

C’est à la Grèce que nous devons les poires : celles qu’on criait dans les rues au XIIIe siècle, sous le nom de chaillou, étaient ainsi appelées parce qu’elles venaient de Caillaux en Bourgogne ; on les mangeait cuites ou confites. Les pommes de rouviau (calville rouge) et le blandureau d’Auvergne (calville blanc), telles étaient les pommes qu’on vendait le plus communément au XIIIe siècle ; trois siècles plus tard, on citait les pommes de paradis, et lecapendu ou courtpendu, sorte de pomme que les femmes enfermaient dans leurs armoires pour parfumer leurs robes.

Avec les pommes et les prunelles, les bourgeois et les marchands faisient une boisson que l’auteur du Journal de Paris, sous Charles VI, appelle prunelle oudépense. Pour donner une idée de l’horrible disette qui désolait Paris en 1420, il dit que « ceulx qui en hyver avoient faict leurs buvaiges comme despenses de pommes ou de prunelles, jetterent au printemps ces fruits dans la rue pour que les porcs de sainct Anthoine s’en nourissent ; mais les pauvres gens, errant en grand nombre par les rues, disputoient ces restes aux cochons, et les mangeoient avidement. »

En Provence on assaisonnait les mets avec l’huile ; celle qu’on tirait des olives était la plus estimée ; mais comme elle ne pouvait suffire à la consommation qui s’en faisait par tout le royaume, les provinces, auxquelles sa cherté l’interdisait, y suppléaient et y suppléent encore par des huiles extraites de certaines graines ou fruits huileux que produisent quelques parties de leur territoire. Legrand d’Aussy remarque que dans le Bourbonnais, dans l’Auvergne, la Saintonge, le Limousin, la Bourgogne, le Lyonnais, et autres, le peuple se sert pour salades et pour fritures d’huile de noix ; celle qu’on criait au XIIIe siècle, dans les rues de Paris, servait non seulement pour les aliments, mais encore pour l’éclairage des lampes.

Il est curieux d’observer que les lampes dont on se servait à cette époque ressemblent à celles appelées Creziou, et qu’emploient les habitants des provinces méridionales : au lieu du coton pour la mèche, on y plaçait la moelle d’un certain petit jonc ; il y a même un vers de cette pièce où un crieur dit :

J’ai jonc paré pour mettre en lampe.
Vinaigre qui est bons et biaux.
Vinaigre de moustarde i a.
Diex ! a il point de lie la ?
Vinaigre qui est bel et bon.
Voilà vinaigre de moutarde.
Pour Dieu ! N’y a-t-il pas ici de lie (de vin)
à vendre ?

Le vinaigre, c’est-à-dire le vin aigri, était en usage avant le XIIIe siècle : on en connaissait de diverses espèces. Depuis longtemps la moutarde de Dijon est renommée : Champier, qui vivait sous François Ier, c’est-à-dire au XVIe siècle, nous apprend qu’elle s’envoyait sèche et en pastilles. Quand on voulait s’en servir, on délayait une de ces pastilles dans du vinaigre : c’était ce vinaigre qu’on appelait vinaigre de moutarde. Les vinaigriers allaient par les rues, demandant s’il y avait de la lie de vin à vendre ; car ils s’en servaient pour la composition de leurs vinaigres.

Chaus pastés, i a chaus gastiaus,
Chaudes oublies renforcies.
Galetes chaudes, eschaudez.
Roinsolles, ça denrées aux dez.
Les flaons chaus pas nes oublie.
L’autre crie gastiaus rastis.
Je les aporte toz fetis.
Cha des tartes et siminiaus.

Voilà des pâtés chauds, des gâteaux
tout chauds,
de chaudes oublies renforcées,
galettes chaudes, échaudés,
rinsolles, gâteaux à jouer aux dés.
N’oubliez pas les flans tout chauds.
Un autre crie : gâteaux razis.
Je vous les apporte tout faits,
ainsi que des tartes chaudes et des simeniaus.

Les cabaretiers qui donnaient à manger chez eux vendaient ordinairement de la pâtisserie ; ils envoyaient leurs garçons crier et débiter leurs marchandises dans les rues : il y en avait de chauds et de froids. Dans les pâtés chauds on renfermait quelque bonne pièce de viande de boucherie, de gros et menu gibier, de la volaille ou du poisson.

images (1)Les oublies renforcées étaient ce que nous appelons aujourd’hui des gauffres ; les galettes chaudes sont celles que nous connaissons encore. Les eschaudez qu’on trouve désignés dans une charte du XIIIe siècle, sous la périphrase de Panes qui dicuntur eschaudati (pains qu’on appelle eschaudés), étaient ainsi nommés parce qu’on les faisait lever en jetant dessus de l’eau chaude : c’était moins une friandise qu’une nourriture économique et commune, puisque saint Louis permit aux boulangers, par grande exception, de cuire les dimanches des échaudés pour les pauvres gens.

Les rissoles, ou roinssolles, comme disaient les crieurs du XIIIe siècle, étaient une espèce d’échaudé ou de galette faite avec de la graisse ou du beurre, mais rissolée dans la poêle ; plus tard on y joignit de la viande hachée. La duchesse de Montpensier en parle dans ses Mémoires ; l’auteur des Cris de Paris dit que ces gâteaux sont des denrées aux dez, parce qu’après souper, le soir, les artisans, les écoliers et autres personnes soumises à des règlements, ne pouvaient jouer que ces friandises aux jeux de hasard.

Les flaons ou flans, dont parle le vers suivant, sont très anciens en France : le poète Fortunat en parle ; il raconte que sainte Ragonde, pour se mortifier, en faisait faire dont elle ne mangeait que l’enveloppe grossière, faite en pâte de seigle ou d’avoine. Quant aux simeniaus, c’était une sorte de pâtisserie connue sous ce nom en Picardie.

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SUR LES TRACES DE LA charrue

Posté par francesca7 le 25 avril 2015

 

Detail_of_Les_tres_riches_heures_-_MarchInstrument agricole pour labourer, qui travaille d’une manière dissymétrique en rejetant et en retournant la terre d’un seul côté.

Apparue au début de notre ère, la charrue s’est répandue dans la moitié nord de l’Europe à partir du milieu du Moyen Âge. Toujours munie d’un soc et d’un versoir, la charrue à traction animale comporte aussi parfois un coutre et un avant-train. Aujourd’hui, la plupart des appareils de labour sont soit des charrues à soc et à versoir, soit des charrues à disques, mais il existe aussi des machines à bêcher rotatives aux pièces travaillantes commandées par la prise de force.

Structure des charrues à socs.

Une charrue à socs comprend toujours un corps, monté sur un bâti, lui-même constitué principalement par l’age, l’étançon, et par les systèmes d’attelage, de réglage et de sécurité.

Un corps de charrue comporte des pièces travaillantes principales (le soc et le versoir), fixées sur un sep souvent complété par des pièces limitant l’usure, comme le contre-sep et le talon. Il comporte aussi souvent une pièce travaillante complémentaire, le coutre, généralement fixé directement au bâti, qui tranche verticalement la bande de terre à retourner ; cette pièce a la forme d’un couteau droit, ou parfois d’un disque plat, solidaire du bâti ou du soc. À défaut de coutre, c’est le bord d’attaque du versoir qui travaille.

Le soc est une lame d’acier triangulaire ou trapézoïdale qui découpe la bande de terre horizontalement et par-dessous. Son arête coupante est oblique par rapport à la direction d’avancement. Son plan est oblique par rapport au fond de raie horizontal.

Le versoir est une large lame métallique prolongeant le soc vers l’arrière et courbée vers l’extérieur. Il soulève la bande de terre découpée par le coutre et par le soc, la pousse latéralement en la disloquant et la retourne (de 90 à 180o) dans le sillon en l’appuyant plus ou moins sur la bande de terre précédente. Le versoir est formé de trois couches d’acier superposées (acier triplex) pour résister à la fois à l’usure, à la déformation et aux chocs. Les versoirs sont plus ou moins longs, hauts, et courbés. Leurs formes multiples s’adaptent plus ou moins bien aux différents types de sol et à l’humidité de la terre au moment du labour : il s’agit soit de portions de cylindre, soit de formes gauches hélicoïdales dans leur partie arrière, se terminant parfois par une prolonge ou queue de versoir, qui accompagne la bande de terre dans son retournement.

Certaines charrues sont équipées d’une rasette, petit corps de charrue placé en avant du corps principal, qui découpe une bande superficielle de terre (portant végétation et fumier) et retourne le tout dans le sillon précédent. Sur les charrues récentes, la rasette est parfois réduite à un déflecteur placé à l’arrière du versoir.

SUR LES TRACES DE LA charrue dans ARTISANAT FRANCAISDivers systèmes de sécurité évitent les ruptures et les déformations des pièces travaillantes et des bâtis. Les plus simples étaient constitués, autrefois, par des boulons de cisaillement à remplacer en cas de rupture ou par des systèmes à ressorts nécessitant un arrêt et une marche arrière pour revenir en position de travail. Mais l’accroissement des dimensions des charrues et des vitesses de labour a conduit à adopter des systèmes libérant les corps vers l’arrière en cas de rencontre d’un obstacle et les ramenant en position de travail dès que l’obstacle est franchi, sans que le tracteur s’arrête (sécurités non-stop). Ces sécurités sont purement mécaniques (ressorts de rappel très puissants), ou oléopneumatiques (vérin hydraulique maintenant chaque étançon en position de travail, relié à un accumulateur sous pression, jouant le rôle d’un ressort de rappel).

Les réglages des charrues sont multiples et ils font intervenir simultanément le tracteur et la charrue : une charrue donnée est pratiquement associée à un tracteur réglé d’une certaine façon (en particulier l’écartement entre les roues). Les principaux réglages portent sur la largeur et la profondeur du travail d’une part, sur les positions angulaires de la charrue (aplomb, talonnage, dévers) d’autre part. L’effort de traction et le résultat du travail (retournement, enfouissement, émiettement…) en dépendent.

Les grandes charrues, polysocs, sont munies de dispositifs de contrôle automatique complémentaires pour l’alignement, la mise en terre progressive, la motricité des roues des chariots porteurs, etc. Des microprocesseurs contrôlent parfois le fonctionnement de ces automatismes. On parle, abusivement, de « labour assisté par ordinateur ».

Différents types de charrues à soc.

On classe les charrues à soc selon le nombre de corps, le type de labour effectué et le mode d’attelage au tracteur. On distingue ainsi : les charrues à un seul corps, dites monosocs, et les charrues à plusieurs corps (de 2 à 18), dites polysocs ; les charrues alignées sur le tracteur qui travaille toujours avec une roue dans la raie précédente (cas le plus fréquent) et les charrues déportées permettant au tracteur de se déplacer sur la partie non labourée ; les charrues traînées, portées ou semi-portées ; les charrues pour labour en planche, versant la terre d’un seul côté (presque toujours à droite) et les charrues pour labour à plat permettant de verser la terre d’un côté, puis de l’autre, et donc de labourer à l’aller et au retour, en empruntant le sillon précédent et en versant toujours la terre du même côté. Elles comportent souvent deux séries de corps opposés, symétriques par rapport à un plan passant par l’axe de l’age ; une série de corps est dans le sol et laboure tandis que l’autre ne travaille pas. On passe de l’une à l’autre série par une rotation de 180o, ou plus rarement de 90o, autour d’un arbre parallèle à l’age (fusée). Ces charrues sont réversibles à 180o(charrues demi-tour) ou réversibles à 90o (charrues quart de tour).

 

Le retournement des charrues réversibles, réalisé autrefois, manuellement ou mécaniquement, s’effectue aujourd’hui par des vérins hydrauliques pilotés par des distributeurs hydrauliques agissant (par leviers ou crémaillères) sur des pignons solidaires de la fusée de retournement.

Les charrues vigneronnes comportent deux corps de charrues disposés symétriquement sur un cadre, afin de verser la terre soit vers les rangs de vigne (chaussage), soit vers la zone située entre les rangs (déchaussage) ; d’autres charrues vigneronnes, dites décavaillonneuses, ont un corps qui s’efface au voisinage des ceps, piloté par un palpeur.

Les charrues fossoyeuses, de très grandes dimensions, sont utilisées pour creuser ou entretenir des fossés.

Les charrues défonceuses sont de lourdes charrues à un ou deux corps travaillant à plus de 50 cm de profondeur.

220px-Vierscharige_wentelploeg dans AUX SIECLES DERNIERSLes charrues-taupes comportent en arrière du corps une pièce de forme oblongue attachée par une chaîne. Dans la terre humide, cet « obus » moule une sorte de galerie qui a pour but de faciliter l’écoulement des eaux en excès : cette technique de drainage, peu efficace, a pratiquement disparu.

Charrues à disque.

Un disque de labour est une sorte de calotte sphérique de 0,60 à 1 m de diamètre, munie d’un bord tranchant, qui effectue un travail voisin de celui d’un corps de charrue à soc. Le plan de cette calotte fait un angle d’environ 45o avec la direction d’avancement (angle d’attaque) et de 20 à 25o avec le sol (angle d’entrure). Cette disposition provoque la découpe d’une bande de terre (de section elliptique) qui remonte du fait de la rotation du disque, l’émiettement de cette bande et un certain retournement de la terre éventuellement complété par un déflecteur appelé improprement versoir de disque.

Les charrues à disque, moins courantes que les charrues à soc, effectuent un labour plus grossier mais présentent un certain intérêt dans les sols usants et caillouteux.

Les dispositions (portées, semi-portées, traînées, réversibles…) sont les mêmes que pour les charrues à soc. Une roue stabilisatrice inclinée en sens inverse des disques compense les poussées de la terre et maintient la charrue en ligne.

SOURCE Aubineau – ENCYCLOPEDIQUE

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LE REVEIL ECONOMIQUE DE LA France

Posté par francesca7 le 18 avril 2015

 

imagesUn net accroissement de population (malgré épidémies et famines) coïncide alors avec un bouleversement considérable de la vie agricole traditionnelle. Les petites tenures se multiplient au bénéfice des cellules familiales et villageoises ; les seigneurs attirent des « hôtes », qui jouiront d’une condition non servile, d’un terrain, et d’une maison pour lesquels ils versent une modique redevance. La vie de relation renaît : hommes, marchandises et idées (→  cathares, vaudois) circulent intensément sur des routes terrestres et fluviales en pleine rénovation ; une classe de financiers, de négociants se crée ; les foires deviennent les rendez-vous périodiques des professionnels de la marchandise. On assiste à la naissance d’agglomérations nouvelles (bourgs, faubourgs). Dans ce milieu urbain se développe une bourgeoisie de plus en plus puissante, ayant le sens de la solidarité et avide d’autonomie militante et d’émancipation (communes).

Le progrès se manifeste aussi dans la transmission du savoir (Abélard, Anselme) et dans la formation des maîtres autour des cathédrales et dans les monastères : c’est la « Renaissance du xiie siècle ». L’Antiquité resurgit dans l’art de raisonner et aussi dans l’architecture et la décoration, qui trouvent leur épanouissement avec l’art roman, puis, à partir de 1140, avec l’art gothique.

1180-1223 : règne du fils de Louis VII, Philippe II Auguste, qui affirme la puissance de la monarchie capétienne et lui donne son caractère national. Il fait preuve, dans sa lutte contre la puissance des Plantagenêts, d’une inflexible volonté. Sa politique annexionniste suscite contre la France la coalition de l’Angleterre, de la Flandre et de l’Empire, que Philippe Auguste et son fils brisent aux batailles de La Roche-aux-Moines et de Bouvines (1214), provoquant le premier sursaut d’un véritable sentiment national. L’appellation de roi de France (rex Franciae)commence à supplanter celle de roi des Francs (rex Francorum) : le pays prend consistance, au moins politique. Perfectionnement de l’administration locale (baillis et sénéchaux).

1223-1226 : règne de Louis VIII, qui soumet le Languedoc (son successeur héritera d’une partie du comté de Toulouse [traité de Paris en 1229], le reste échéant en 1249 à son frère puis, de là, au domaine royal en 1271).

1226-1270 : règne de Louis IX, ou Saint Louis. Blanche de Castilleassure d’abord la régence et réprime les troubles suscités par les féodaux. Louis IX apparaît comme le garant de la justice, de la paix et de l’ordre chrétien ; il sera le dernier roi chevalier (7e et 8e croisade).

1270-1285 : règne de Philippe III le Hardi, qui s’illustre surtout par l’inféodation de la politique royale aux ambitions méditerranéennes de son oncle Charles d’Anjou (→  maisons d’Anjou). Progrès de l’administration royale avec l’émergence, au sein du Conseil du roi (→  Curia regis) d’un Parlement et d’une Chambre des comptes.

1285-1314 : règne de Philippe IV le Bel. Le conflit franco-anglais se rallume ; s’il acquiert le Barrois et le Lyonnais (1301), le roi ne peut mettre la main sur la Flandre (→ échec de Courtrai, 1302). Une monarchie résolument nationale s’affermit, qui s’appuie sur le droit romain, joue de l’effacement de l’Empire et contribue à celui du Saint-Siège (conflit avec Boniface VIII). À partir de 1302, le roi réunit par intermittences des assemblées d’états, prémices des futurs états généraux.

1314-1328 : après le court règne de Louis X le Hutin (1314-1316), la couronne passe à un fils posthume de ce dernier, Jean Ier, qui ne règne que quelques jours (1316). C’est alors qu’on décide d’écarter les femmes du trône de France pour permettre la transmission de la couronne à un frère de Louis X, Philippe V le Long (1316-1322), puis à un autre frère, Charles IV le Bel(1322-1328) ; ces rois ne laissant que des filles, le trône revient à un Valois, Philippe VI.

 

Pour en savoir plus, voir les articles Capétienschevaleriecroisades.

 

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La seconde révolution industrielle

Posté par francesca7 le 14 avril 2015

 

1c3a8re-rev« En revenant de l’Expo ».

Avec ses 48 millions de visiteurs, son palais de l’Électricité et de l’Automobile, avec la première ligne du Métropolitain et le Cinéorama, l’Exposition universelle de Paris, inaugurée le 14 avril 1900 par le président Loubet, apparaît comme l’événement fondateur de la Belle Époque : un pays - la France et son empire -, un régime - la République  -, contemplent et célèbrent leur propre gloire, manifestent leur rayonnement dans le monde et attestent un dynamisme économique retrouvé après la « grande dépression » (1870-1895).

Aussi, à côté de l’image emblématique du rentier thésaurisant ses francs or, s’affirme celle d’un capitalisme d’entrepreneurs audacieux. La reprise de l’investissement génère des taux de croissance inégalés, en particulier dans les secteurs industriels novateurs. Elle provoque également la recomposition de l’ensemble de l’appareil de production, même si plus de la moitié des salariés travaillent encore dans des entreprises de moins de cinq employés.

Certes, il reste encore de beaux jours aux bricoleurs de génie avant qu’ils ne soient relégués à la gloire improbable du concours Lépine (créé en 1901). Le tissu morcelé de l’industrie en petits ateliers favorise d’ailleurs la mise au point et la fabrication de ces produits de luxe que sont l’automobile et l’aéroplane. Mais, désormais, accompagnant l’idéologie scientiste, les mutations techniques sont soumises à une évaluation scientifique qui permet la promotion de la figure de l’ingénieur.

L’effervescence technologique.

• En moins de trente ans, la France passe de l’âge du fer, du charbon et de la vapeur à celui de l’acier, du pétrole et de l’électricité. Si la machine à vapeur est le symbole de la première révolution industrielle, le moteur à combustion interne (Daimler, 1889 ; Diesel, 1893) et la dynamo sont ceux de la seconde. Car la prospérité retrouvée est liée à de spectaculaires innovations technologiques qui feront dire à Péguy, en 1913, que « le monde a moins changé depuis Jésus-Christ qu’il n’a changé depuis trente ans » (l’Argent). De ce point de vue, la Belle Époque est pionnière : premier moteur à explosion, première automobile, premier film, premier aéroplane, premier essai de TSF, premier réseau électrique… De sorte que des commodités largement répandues après guerre sont, en 1900, des prodiges qui émerveillent les Français. Mais ce sont des prodiges auxquels ils n’ont pas tous accès ; l’éclairage domestique est encore largement tributaire de la bougie, du pétrole et, au mieux, du gaz. L’Exposition universelle de 1900 voit sans doute l’illumination par l’électricité de la tour Eiffel, et Paris devient la Ville Lumière ; c’est toutefois plus une prouesse technique que la preuve des bienfaits dispensés à tous par la « fée électricité ».

La France « d’avant l’orage »

• Électrique, l’atmosphère politique et sociale de la Belle Époque l’est également. Politiquement close en 1899, l’affaire Dreyfus l’est juridiquement en 1906, mais elle a provoqué une profonde redistribution, voire une fixation durable des comportements idéologiques et des doctrines au tournant du siècle : deux France se trouvent clairement face à face, et pour longtemps. À droite, l’affaire marque l’acte de naissance d’un parti nationaliste, autour des ligues et de l’Action française (créée en 1899), fort d’une doctrine - élaborée conjointement par Maurras et Barrès - qui mêle exécration de la démocratie et antisémitisme, enracinement dans « le culte de la terre et des morts » et exaltation des ardeurs bellicistes. À gauche, des regroupements s’opèrent également, concrétisés par la création de deux grands partis : le Parti républicain radical et radical-socialiste (1901) et la SFIO (1905). Dénonçant l’« alliance du sabre et du goupillon », le Bloc des gauches vote les lois sur les associations (1901) et sur la séparation des Églises et de l’État (1905). Lutte contre le « parti noir » à gauche, antisémitisme à droite : l’exacerbation des passions militantes trouvera bientôt un exutoire dans l’exaltation belliciste.

Vers une culture de masse.

téléchargement• À côté des couches sociales traditionnelles - bourgeois, ouvriers, paysans -, dont les conditions de vie demeurent peu ou prou semblables à ce qu’elles furent dans les décennies antérieures, des couches nouvelles se consolident : cadres d’entreprise, fonctionnaires de l’instruction publique et des PTT (les deux seules administrations ouvertes aux femmes…), commerçants de détail. Ils constituent peu à peu l’ossature d’une société urbaine qui impose ses styles de vie. Si les valeurs de la bourgeoisie, liées au travail, à l’épargne et à la famille - le thème nataliste est alors une obsession -, demeurent prégnantes, les dépenses ostentatoires se font plus nombreuses, en particulier celles liées au développement des loisirs.

Du caf’ conc’ où l’on chante - et l’on chante beaucoup - au music-hall où s’exhibent des nudités plus ou moins chastes - Ô Colette ! Ô Polaire ! -, en passant par le théâtre de boulevard, les lieux de spectacle connaissent un développement considérable ; leur succès n’est pas sans lien avec la niaiserie ou la polissonnerie mises en scène et qui accréditeront la part sulfureuse du mythe. Par ailleurs, les moyens de transport dits modernes permettent l’accès à des loisirs nouveaux, mais surtout à des loisirs de masse. Le « train de plaisir » puis l’auto entraînent avec eux un développement certain du tourisme : Michelin publie son premier guide en 1900, l’Office national du tourisme est créé en 1910. Bien avant les congés payés (1936), les vacances pénètrent jusque dans la petite bourgeoisie. Dans les milieux moins favorisés, l’usage de la bicyclette, qui devient autant un moyen de locomotion populaire qu’un sport, s’accompagne d’une large promotion à la fois commerciale et idéologique, ce dont témoigne le succès immédiat du Tour de France, créé en 1903. Le discours hygiéniste, qui recoupe aussi bien l’idéologie républicaine que celle de l’extrême droite, rencontre les moyens matériels de sa promotion : les thèmes de la santé par le sport, de la chasse aux miasmes, de l’aération, accompagnent l’essor de la pratique sportive -  et, avec elle, d’une presse spécialisée - et constituent un trait culturel original de la Belle Époque.

L’avènement du cinéma et celui de la presse populaire en sont deux autres. Comique avec Max Linder, fantaisiste avec Méliès, mélodramatique avec Zecca, ce « divertissement forain », en se sédentarisant rapidement, devient un phénomène culturel de masse. Sous l’impulsion de Pathé et de Gaumont, c’est bien déjà le cinéma moderne qui commence, tel le Fantômas de Louis Feuillade (1913), à « allonger son ombre immense sur le monde et sur Paris ». Belle, l’époque l’est aussi pour la presse, qui connaît un véritable âge d’or - qu’elle ne retrouvera plus après 1914. On sait le rôle de l’Aurore dans l’affaire Dreyfus : de fait, la presse constitue un vecteur d’opinion plus puissant que jamais. Modestes par leurs titres, le Petit Parisien et le Petit Journal fournissent chacun quotidiennement à plus d’un million de lecteurs des nouvelles rapides, « à l’américaine ». Reporter-détective, le journaliste de la Belle Époque, c’est Rouletabille et c’est Fandor. Mais la véritable originalité réside dans la multiplication des titres spécialisés : instruction primaire oblige, la presse enfantine est la mieux servie, et on assiste à la naissance des journaux imagés - on ne dit pas encore « bande dessinée » - qui proposent les aventures des Pieds Nickelés dans l’Épatant(1908), tandis que les adultes lisent le Vélo ou son concurrent, l’Auto-Vélo, qui est à l’origine du Tour de France.

De l’Art nouveau à l’avant-garde

S’il est un domaine où la Belle Époque coïncide avec le mythe qu’elle a inspiré, c’est incontestablement celui de l’art. Dans les quelques années qui séparent l’Exposition universelle et la guerre se produit un brassage esthétique exceptionnel, qui touche tous les domaines de la création et en redistribue profondément les enjeux. Au tournant du siècle, l’Art nouveau, qui est un phénomène européen, s’impose comme la réponse radicalement nouvelle à l’industrialisation et aux formes traditionnelles en matière d’art décoratif et d’architecture. Les meubles de Majorelle, les verres de Gallé, les bijoux de Lalique, les affiches 2-g-meuble-chemineede Mucha, expriment la revendication de la volupté dans les formes végétales et les féminités serpentines : il s’agit de faire plier la matière, d’exalter une nature stylisée dans les objets manufacturés. Considéré comme l’expression du progrès dans l’art, l’Art nouveau se voit en quelque sorte consacré dès 1900 par la commande passée à Hector Guimard par la très officielle Compagnie du métropolitain.

Mais, au moment où l’Art nouveau s’officialise et où les impressionnistes se voient enfin reconnus, l’art moderne se construit dans l’exaltation du rythme, du mouvement, de la déconstruction des formes et des perspectives. « À la fin tu es las du monde ancien », proclame Apollinaire dans Alcools(1913) : l’irruption du concret, les pulsations et les saccades du monde moderne investissent largement le champ de la création. Au Salon d’automne de 1905, les « fauves » (Matisse, Derain, Vlaminck) radicalisent le message de Gauguin, et les cubistes (Braque, Picasso, Gris) tirent les conséquences des leçons de Cézanne. L’art nègre impressionne Picasso, qui peint les Demoiselles d’Avignon (1907). Debussy trouve la formule musicale pour se libérer du drame wagnérien (Pelléas et Mélisande, 1902) ; les Ballets russes renouvellent l’idée de spectacle total. L’année 1913 représente, de ce point de vue, un moment de grâce : Proust publie Du côté de chez Swann (à compte d’auteur !), Apollinaire Alcools ; Braque expose la Femme à la guitare ; Stravinski crée le Sacre du printemps. Il s’agit là d’une avant-garde dont le ressort, brisé en août 1914, ne sera retendu qu’après la guerre. Mais le XXe siècle est né.

Retour au mythe

Si la capacité de survie d’une époque se mesure aux images qu’elle suscite rétrospectivement dans la mémoire collective, la Belle Époque est, de toutes les périodes courtes - à peine vingt ans -, celle qui provoque aujourd’hui encore une intense nostalgie quand elle n’est pas une référence pour notre propre fin de siècle.

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A l’EPOQUE OU ON FAISAIT LE BEURRE

Posté par francesca7 le 7 avril 2015

 

 

220px-04.23-AntVollon-MndOfButterMatière grasse solide fabriquée à partir de la crème extraite du lait de vache.

Depuis le décret du 25 mars 1924, « la dénomination «beurre», avec ou sans qualificatif, est réservée au produit exclusivement obtenu par barattage, soit de la crème, soit du lait ou de ses sous-produits, et contenant au moins 82 % de matière grasse butyrique, au plus 16 % d’eau et 2 % de matière sèche non grasse ». Le décret du 30 décembre 1988 a précisé les dénominations de vente, le traitement des crèmes et la composition des beurres et de certaines spécialités laitières. En matière de technologie, seuls les traitements physiques sont autorisés.

La couleur plus ou moins jaune du beurre est déterminée par la présence de pigments caroténoïdes provenant de l’herbe et des fourrages verts ; elle varie donc selon les régions et la période de l’année. Les industriels peuvent cependant utiliser certains colorants naturels, notamment le rocou extrait de la pulpe d’un arbuste originaire d’Amérique du Sud, afin de régulariser la couleur du beurre.

La consistance du beurre est liée à la composition de la matière grasse, plus précisément aux proportions relatives des différents acides gras constitutifs, les triglycérides. Depuis quelques années, la technologie de cristallisation fractionnée permet de modifier les caractéristiques rhéologiques du beurre par incorporation de fractions grasses présentant des points de fusion variables. On peut obtenir ainsi des beurres dits « frigo-tartinables », c’est-à-dire utilisables dès la sortie du réfrigérateur.

Le goût du beurre est lié à toute une série de composés, parmi lesquels le diacétyle est reconnu comme l’un des plus importants : cette substance donne en effet au beurre son « goût de noisette » si apprécié. La lipolyse (rancissement) et l’oxydation peuvent être favorisées par des problèmes de fabrication ou de conservation.

D’un point de vue nutritionnel, le beurre est un aliment très calorique, moins cependant que l’huile. C’est une source importante de vitamine A.

Fabrication.

Le beurre est fabriqué à partir de la crème, séparée du lait écrémé par centrifugation et pasteurisée à 90oC pendant quelques secondes. Dans le procédé traditionnel, la crème subit ensuite une maturation qui assure une transformation biologique (acidification et aromatisation) et physique (cristallisation). Cependant, cette méthode de fabrication ne représente plus que 10 % de la production nationale. Elle a été remplacée par le procédé continu, dit du « Nizo », qui permet l’utilisation de crèmes douces, non maturées, l’ensemencement en levains lactiques intervenant en fin de fabrication. On procède ensuite à l’opération essentielle, le barattage. Un brassage intensif de la crème provoque une agglomération des globules gras et une inversion de phase, c’est-à-dire que l’on passe d’une émulsion « huile dans eau » (crème) à une émulsion « eau dans huile » A l’EPOQUE OU ON FAISAIT LE BEURRE dans ARTISANAT FRANCAIS 220px-MakingButter1499(beurre). Les grains de beurre formés sont séparés du babeurre, puis lavés et malaxés afin d’obtenir une masse homogène. Aujourd’hui, toutes ces opérations sont réalisées très rapidement dans un butyrateur en continu, à la sortie duquel le ruban de beurre est découpé immédiatement et empaqueté.

Économie.

La France est le premier producteur européen de beurre avec 450 000 t fabriquées en 1999, soit 25 % de la production européenne et 7 % de la production mondiale. Elle en est aussi le premier consommateur au monde avec 8,3 kg par habitant et par an, suivie d’autres pays comme la Nouvelle-Zélande (8,1 kg), le Danemark, l’Allemagne, la Grande-Bretagne. En revanche, les États-Unis, l’Espagne ou le Brésil en consomment moins de 2 kg par an et par habitant.

Le beurre est également une matière première industrielle, en particulier sous la forme de matière grasse laitière anhydre (MGLA ou huile de beurre) qui est du beurre concentré contenant plus de 99,8 % de matière grasse.

Source REMEUF

 

 

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LA CONDITION DES METAYERS

Posté par francesca7 le 3 avril 2015

 

12_r0vqoMétayer. Personnage typique des régions pauvres à la fin de l’Ancien Régime, le métayer est celui qui exploite un bien rural concédé par un bailleur, avec partage, en principe par moitié, des frais et des revenus.

Dès l’apparition du métayage vers le XIIIe siècle, et jusqu’au XVIe siècle, les rapports du métayer avec son bailleur sont équilibrés. Puis ils ne cessent de se dégrader, particulièrement au XVIIe siècle, au bénéfice des fermiers généraux.

 

Ainsi, en 1567, dans la Gâtine poitevine, étudiée par Louis Merle, le laboureur Jehan Girault et son fils prennent à bail la métairie de Landroye. Le bailleur est un marchand ayant pris à ferme la seigneurie de Landroye du seigneur de Fontaines. Il fournit seul le capital (bâtiments, biens fonciers, instruments aratoires et bestiaux), les preneurs apportant leur force de travail. Cette association entraîne le partage des « fruits » produits par le bien. Le métayer doit ainsi à son bailleur environ la moitié de la production, année commune, de seigle et d’avoine, plus une petite somme d’argent pour le nourrain (ce qui est indivisible). Il doit également une foule de petites redevances, survivances du système seigneurial du cens en nature et de la corvée : porcs, moutons, chapons, poulets, oisons, fromages, foin et bois, le tout portable au domicile urbain du bailleur, ainsi que des prestations en travail (des charroies) et même les rentes seigneuriales.

 

Ce contrat est typique du système qui se met en place à l’époque moderne. Dès le XVe siècle, en effet, afin d’accroître ses revenus, la noblesse procède au remembrement de ses seigneuries, reconstituant des exploitations d’un seul tenant à partir des tenures paysannes pour les confier à des métayers. Or les principaux bénéficiaires du système sont les fermiers généraux, auxquels recourent les seigneurs fonciers pour la mise en valeur de leur patrimoine.

 

La relation qui s’instaure alors entre « maître » et métayer est pire que celle, distendue, liant le seigneur foncier à ses tenanciers. Le sort du métayer se rapproche en fait de celui de l’ouvrier agricole. Il est évoqué par l’écrivain périgourdin Eugène Le Roy (1836-1907) à travers le personnage du père de Jacquou le Croquant, Martissou, un métayer qui, sous la Restauration, abat d’un coup de fusil le régisseur inique du maître. Cependant, si, en 1905, tous les participants du Ve congrès national des syndicats agricoles de Périgueux soulignent que le métayer est un paysan peu enclin au progrès, ils s’accordent à trouver dans le métayage « le plus précieux instrument de paix sociale ».

 

Le métayage est un type de bail rural dans lequel un propriétaire, le bailleur, confie à un métayer le soin de cultiver une terre en échange d’une partie de la récolte. C’est donc l’association d’un propriétaire qui apporte le capital, et d’un métayer qui propose son travail. Le bailleur souvent intervient directement dans la gestion de l’exploitation (le choix des productions etc.), mais c’est le métayer qui gère au quotidien. Le terme de « métayage » vient étymologiquement de « moitié » signifiant un partage par moitié des produits, mais cela peut être différent selon les traditions du lieu et de l’époque, et la négociation lors de la conclusion du contrat (en France, aujourd’hui, la loi limite la part du bailleur au maximum au tiers).

Le métayer paie généralement son propriétaire avec l’argent obtenu de la vente de ses produits. S’il lui remet directement ces derniers avant de les vendre, on parle plutôt de colonat partiaire. Le bailleur partage donc avec son métayer les aléas de récolte, contrairement au fermier.

Autrefois majoritaire, ce type de bail a toutefois régressé jusqu’à devenir marginal. L’analyse économique a montré que cette formule est inférieure à celle du fermage, dans l’hypothèse des rendements décroissants. En effet, le métayer ne touche que la moitié du produit d’un éventuel supplément de travail, ce qui fait qu’il n’a pas intérêt à produire un effort supplémentaire qui lui coûte 10 dès que le produit supplémentaire descend en dessous de 20. Dans exactement les mêmes conditions mais avec un bail à ferme, il est dans l’intérêt du fermier de produire cet effort supplémentaire, et il est en mesure de proposer plus à son propriétaire pour obtenir le bail, ce qui fait que le propriétaire y gagne, lui aussi ; en outre, le propriétaire touche un revenu fixe ce qui peut être plus avantageux que le revenu aléatoire du métayage.

Cependant la formule a quelques avantages pour le propriétaire. Olivier de Serres la recommandait parce qu’il l’estimait plus commode que la gestion directe d’une main-d’œuvre salariée, et plus rentable que le fermage parce qu’un fermier, prenant plus de risques, doit offrir un loyer inférieur. En outre, en période d’inflation, la valeur relative d’un fermage fixe baisse, alors qu’un revenu de métayage, en nature ou proportionnel aux ventes, maintient son pouvoir d’achat. Enfin le système fiscal intervient. Si, comme dans la France d’Ancien Régime, le propriétaire (noble ou Église) bénéficie d’exonérations dont ne profite pas le fermier (roturier), cela rend le métayage plus avantageux.

En France contemporaine, tout métayer peut à volonté faire transformer son métayage en fermage, sans que le propriétaire puisse s’y opposer.

Ce contrat porte de nombreux noms différents selon la région, qu’on retrouve dans les actes.

 Photographie de 3 métayers, Frank Tengle, Bud Fields et Floyd Burroughs en Alabama, été 1936, par Walker Evans.

À la fin du xixe siècle, les terres exploitées selon un contrat de métayage ne représentent plus en France que 7 % du total des terres ; dans certains départements, il représente plus de 40 % (Allier, Landes, Lot-et-Garonne, Dordogne).

En Sarthe, on parle de bail à moitié, et la proportion obtenue par le propriétaire est de la moitié. Ce bail existait aussi bien chez les laboureurs que chez des bordagers. Il est constaté que le bail à moitié tend à se raréfier à la fin du xviie siècle, et que le bail à ferme se généralise au xviiie siècle.

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L’ancêtre de la GENDARMERIE

Posté par francesca7 le 1 avril 2015

L’ancêtre de la GENDARMERIE dans ARTISANAT FRANCAIS 220px-Mar%C3%A9chauss%C3%A9e_1786La maréchaussée, corps de troupes, ancêtre de la gendarmerie nationale.

Elle apparaît au Moyen Âge et trouve son origine, vers le milieu du XIIIe siècle, dans l’établissement du tribunal de la connétablie, une juridiction « de robe courte » associant police et justice. Commandant en chef de l’armée royale, le connétable exerce sa juridiction sur les hommes d’armes qui lui sont subordonnés. Cependant, accaparé par la conduite des opérations militaires, il délègue ses attributions judiciaires à certains de ses officiers et de ses maréchaux, avant la création de prévôts provinciaux ou de prévôts des maréchaux, chargés de rechercher les délinquants militaires et de les livrer au tribunal de la connétablie. Toutefois, à partir du règne de François Ier, apparaissent des brigades d’archers de la maréchaussée, installées dans les petites villes et les bourgs du royaume ; elles sont intégrées au sein de compagnies aux ordres du prévôt des maréchaux de la province. De 1555 à 1661, plusieurs ordonnances précisent les tâches de cette maréchaussée : outre sa fonction de police militaire, elle est chargée de la sécurité des routes et du « plat pays », c’est-à-dire des campagnes. Les flagrants délits et les « cas prévôtaux » (rixes, meurtres et vols à main armée) sont alors du ressort des tribunaux du prévôt des maréchaux. 

En dépit de réorganisations successives, la maréchaussée manque d’efficacité. Les archers ne sont pas des soldats, et ne l’ont jamais été. Les charges sont vénales ; le plus souvent, elles sont achetées par des bourgeois et transmises à leur fils. Il est encore possible de faire appel à des remplaçants. Aussi, l’édit de mars 1720 introduit-il un changement majeur qui « militarise » la maréchaussée. La vénalité est supprimée. Les compagnies aux ordres des prévôts sont réparties par brigades de 5 ou 6 cavaliers, qui sont progressivement recrutés parmi d’anciens soldats. Ces cavaliers des maréchaux finissent par avoir accès aux Invalides, et leurs officiers peuvent recevoir la croix de Saint-Louis. Dans sa politique d’affectation des postes, le ministère de la Guerre favorise un brassage qui associe « gens du cru », connaissant patois et usages locaux, à des hommes venant d’autres provinces, et qui sont moins sensibles aux influences locales. À la veille de la Révolution, la maréchaussée, qui compte quelque 4 500 hommes, finit par acquérir une réputation d’efficacité très appréciée des populations. En 1789, les compagnies et les brigades sont regroupées dans le cadre d’une gendarmerie nationale, et le décret du 17 avril 1799 confirme la mission qui a été celle de la maréchaussée, et qui consiste à « assurer dans la République le maintien de l’ordre et l’exécution des lois ».

Les hommes de la Maréchaussée sont obligatoirement d’anciens militaires. L’ordonnance de 1778 les oblige à souscrire un engagement d’une durée de seize ans. Par ailleurs, ce texte assimile la hiérarchie de la Maréchaussée à celle de la cavalerie, qui se substitue à celle héritée du Moyen Âge : le maréchal des logis remplace l’exempt, et le cavalier l’archer. Une brigade, commandée par un maréchal des logis ou un brigadier, compte quatre hommes, le chef de brigade compris. Chaque brigade doit avoir des contacts hebdomadaires avec ses voisines en un lieu ou un autre, et des tournées de deux cavaliers doivent être effectuées chaque jour. La maréchaussée doit surveiller tout particulièrement les rassemblements : foires et marchés, fêtes locales, etc.

La loi du 16 février 1791 marque la véritable naissance de la Gendarmerie telle qu’elle fonctionne actuellement. La loi du 28 germinal an VI (17 avril 1798) précise que « le corps de la Gendarmerie nationale est une force instituée pour assurer dans l’intérieur de la République le maintien de l’ordre et l’exécution des lois ». L’Armée est organisée en 25 divisions, 50 escadrons, 100 compagnies et 2 000 brigades. Les missions de la Gendarmerie sont de deux ordres :

  • les missions de police administrative, destinées à prévenir les troubles (surveillance générale, lutte contre le vagabondage, missions d’assistance, escorte des convois, maintien de l’ordre lors des marchés, foires, fêtes et rassemblements divers) ;
  • les missions de police judiciaire, destinées à réprimer les faits n’ayant pu être empêchés (constatation des crimes et délits, établissement de procès-verbaux, réception des plaintes et des témoignages, arrestation des criminels).

220px-Gendarmes_501585_fh000019La participation de la 32e division de gendarmerie à cheval à la bataille de Hondschoote le 8 septembre 1793 consacre la qualité de soldats de ses membres qui inscrivent cette première victoire au drapeau de la Gendarmerie.

Le Consulat et l’Empire voient la Gendarmerie se renforcer de façon significative. Celle-ci est, pour la première fois, placée sous l’autorité d’une inspection générale de la Gendarmerie, indépendante du ministère de la Guerre et dirigée par un premier inspecteur général en la personne du maréchal Bon Adrien Jeannot de Moncey, nommé en 1801. Ses effectifs sont augmentés. Son rôle est essentiel dans la lutte contre le brigandage et l’insoumission. Elle participe à de nombreuses batailles, notamment dans le cadre de la guerre d’Espagne. Ses actions d’éclat ont fait l’objet d’inscriptions sur ses emblèmes.

 

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