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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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Les Bateliers ou Mariniers

Posté par francesca7 le 5 avril 2013

 Les Bateliers ou Mariniers dans ARTISANAT FRANCAIS mariniers-300x223

Très ancienne profession apparue avec la navigation sur les rivières, autant dire à l’aube de l’humanité et du commerce, elle a évolué notablement avec l’apparition des canaux qui a amené les familles entières à s’installer à bord du bateau. Très importante corporation pendant de nombreux siècles du fait de son rôle majeur dans l’approvisionnement des régions en marchandises de toutes sortes, et aussi dans le transport des voyageurs, elle est devenue, avec le développement du chemin de fer puis de la route, le fait d’un petit nombre de gens vivant d’une manière assez marginale, en étant sur terre et sur l’eau en même temps.

Au milieu du xixe siècle la nécessité de transporter loin des marchandises pour les besoins notamment de l’industrie obligea le batelier à « faire de grands voyages » et il dut (entre autres pour réduire les coûts afin d’être concurrentiel avec le chemin de fer) embarquer sa famille qui constitua du même coup la main d’œuvre.

Les voyages lents, souvent longs, ont longtemps éloigné les enfants de l’éducation, la seule alternative possible étant de les placer dans des internats.

Cette option restreignait la vie en famille. Les parents bateliers étaient généralement absents lors des fins de semaine du fait de leurs perpétuels déplacements et ne pouvaient donc pas aller chercher leurs enfants scolarisés.

L’équipage d’une péniche est généralement restreint: le batelier, son épouse (généralement batelière également), un enfant, et parfois, un matelot. N’ayant pas de mécanicien à bord, le batelier doit être capable d’assurer les petites réparations de base sur le moteur, l’installation électrique ou la robinetterie.

Les conditions de vie ont été difficiles jusqu’au milieu du xxe siècle. Jusqu’à cette époque (et même au-delà) l’électricité et l’eau courante ne sont pas présentes sur les péniches. De plus, les horaires de travail et l’entretien du bateau sont très contraignants.

Le film de Jean Vigo L’Atalante et le feuilleton télévisé L’Homme du Picardie (1968) sont deux illustrations, plus ou moins romancées, de cette profession.

Le premier est toutefois très daté, et n’a plus grand chose à voir avec le métier actuel.
Le second est très intéressant en ce sens qu’il se situe à la charnière entre la batellerie traditionnelle qui doit effectuer une mutation pour survivre, incarnée par Joseph Durtol (Christian Barbier, un de ses meilleurs rôles) et l’avenir qui passe par le grand gabarit, que personnifie le fils Durtol (Pierre Santini dans un de ses premiers rôles). Les professionnels voient dans ce feuilleton, dont ont été tirés un coffret vidéo puis un DVD, une bonne illustration de leur métier.

Le grand saint patron des mariniers et bateliers est, en France, saint Nicolas. Mais on trouve aussi, dans les régions, les cultes de saint Roch, saint Aré (ou Arigle), saint Clément, saint Thibault, sainte Philomène, sainte Honorine, saint Budoc et la sainte Marie. En Espagne, c’est saint Elme.

Après un long déclin lié à la désaffection des pouvoirs publics pour le transport fluvial, les nouveaux enjeux écologiques ont relancé l’intérêt pour le transport par les voies navigables intérieures.

La profession voit coexister actuellement des mariniers-artisans, souvent propriétaires d’une péniche automoteur et des salariés de compagnies de transport affectés au pilotage de convois fluviaux poussés. Ces convois, qui peuvent atteindre 25 000 tonnes et 23 m de large sur certaines voies, poussés par des moteurs de 3 000 ch dénotent la tendance actuelle à une spécialisation et une professionnalisation accrue.

Sur ces grosses unités, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique ou aux États-Unis, les équipes de mariniers logent sur le bateau et celui-ci navigue en continu, aidé de radars la nuit et par temps de brouillard, ce qui le rend concurrentiel pour la vitesse du transport.

Les convois font également office d’entrepôt industriel provisoire, un principe très pratiqué en Allemagne et aux Pays-Bas dans le cas du flux tendu.

Le batelier ou marinier est une profession dont le métier consiste à piloter un bateau fluvial, une péniche, pousseur ou convoi fluvial naviguant sur le réseau des voies navigables intérieures (lacs, canaux et rivières).

Très bon manœuvrier, le marinier vit généralement à bord, dans des conditions contraignantes, l’espace de vie dans ces bateaux étant généralement mesuré au profit de la cale (et donc du fret marchand).

 

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Le travail du lin en Bretagne

Posté par francesca7 le 30 mars 2013

 

« ON ME MET EN TERRE, ON ME TIRE DE TERRE,

ON ME MET DANS L’EAU, ON ME TIRE DE L’EAU

ON ME CASSE LES COTES, LES PETITES COMME LES GROSSES,

JE SERS A TABLE, LES GENS RESPECTABLES,

JE LES CONDUIS MEMES JUSQU’AU TOMBEAU,

QUI SUIS-JE ?

LE LIN, BIEN SUR ! »

Le travail du lin en Bretagne dans ARTISANAT FRANCAIS

Du 16ème au 18ème siècle, la culture du lin et du chanvre, la fabrication des toiles  et leur exportation vers l’Angleterre, l’Espagne et ses colonies d’Amérique occupent une main-d’œuvre considérable et font la richesse de toute la Bretagne.

Le travail du lin commence à la mi-juillet par l’arrachage des plants par la racine. Le lin est ensuite mis à rouir au ruisseau ou dans des cubes maçonnés. Cette opération consiste à faire tremper les plants durant une dizaine de jours afin que l’eau dissolve la gomme et agglutine les fibres. Ensuite on égrène le lin à l’aide d’un peigne en acier puis les tiges sont liées en petites hottes. L’égrenage se pratiquait parfois avant le rouissage. Les graines servent à la semence suivante ou à la fabrication de l’huile. Puis on procède à l’écouchage, qui consiste à gratter les fibres avec un morceau tranchant de verre ou de fer, pour en éliminer les impuretés. Les fibres courtes servent d’étoupe pour le calfatage des bateaux ou, mélangées à de l’huile, au bouchage des bouteilles de vin, à une époque où le bouchon de liège n’existe pas encore. Les filassiers vont ensuite, de ferme en ferme, mettre en place les filasses sur des cadres de bois. Les femmes filent au fuseau dans un champ ou près de la cheminée et parfois au rouet à main ou à pédale. Les bobines sont alors mises bout à bout et posées sur un dévidoir qui permet de confectionner les écheveaux. Ces derniers sont acheminés chez le teilleur qui confectionne la toile ;

A Merdrignac on fabrique les « Oléronnes », à Rennes les « Noyales », à Locronan les « Olonnes », dans le Léon les « Crées » et dans le Trégor, entre Saint Brieuc et Pontivy les « Bretagnes légitimes ». la culture du lin continue dans le Trégor jusqu’au années 1950 mais doit cesser, victime des prix imposés par les filatures du Nord.

lin1-300x199 dans Bretagne

 

 

Publié dans ARTISANAT FRANCAIS, Bretagne | Pas de Commentaire »

La fille d’Auberge en 1840

Posté par francesca7 le 22 mars 2013

La fille d’auberge

par

François Coquille

~ * ~

QUOI qu’on puisse dire, l’antiquité avait du bon !

Si, parmi tant d’autres inventions, les auberges étaient inconnues des anciens, c’est que chaque maison servait d’auberge. Certes, il était doux pour le voyageur, arrivant, épuisé de fatigue, dans une ville étrangère, de se voir entouré d’une foule d’amis qu’il ne se savait pas, et qui briguaient l’honneur de l’avoir pour hôte ! On l’emmenait en triomphe ; de belles esclaves lui lavaient les pieds, et lui prodiguaient les parfums les plus rares. La place d’honneur lui était réservée à table : on se fût gardé de lui demander son nom, comme d’une grave incivilité ; et quand, le lendemain, il s’éloignait sans avoir rien dépensé, le maître du logis le reconduisait hors de la ville, et, le suivant longtemps des yeux, il lui criait encore de loin : « Merci, ô étranger, merci ! »
La fille d'Auberge en 1840 dans ARTISANAT FRANCAIS auberge-234x300
Eh bien ! ce luxe d’hospitalité primitive, la civilisation a su le remplacer avantageusement par l’invention de l’auberge. Une auberge, c’est le foyer domestique de tous les étrangers ; c’est la table de tous ceux qui ont faim, le lit de tous ceux qui sont las. On court aussi, parmi nous, au-devant du voyageur ! on se le dispute, on s’empare de sa malle et de lui, – de sa malle surtout, lorsqu’elle est d’une dimension rassurante ? – Qu’il commande, et des esclaves lui apporteront, s’il le faut, un bain complet ; qu’il dise un mot, et les meilleurs vins, les mets les plus recherchés lui seront offerts. Maîtres et serviteurs s’empressent à sa voix, ils s’étudient à le contenter et à lui plaire ; ils lui sourient sans cesse, ils se montrent heureux de sa présence, ils voudraient le garder toujours…….. Mentionnons seulement deux petites formalités que ne pratiquaient pas les anciens : on lui demande son passe-port quand il arrive, et on lui présente une carte à payer quand il part.

La condition première, le complément indispensable d’une auberge, c’est la fille d’auberge. La fille ! ne lui cherchez pas d’autre nom. Vieille ou jeune, laide ou jolie, fille ou femme mariée, peu importe ! Elle a quitté jusqu’à son nom de baptême, par égard pour le voyageur : attention délicate qui épargne à celui-ci un grand travail d’esprit et de mémoire. Il peut parcourir la France entière, et s’arrêter dans cent hôtels différents ; il y aura toujours quelqu’un qui répondra à sa voix, quand, de ce ton impérieux que l’on prend hors de chez soi, il criera : La fille !

D’où vient que Paris a relégué la fille d’auberge en province, et que – le garçon – règne sans partage dans nos cafés, nos hôtels et nos restaurants ? A Dieu ne plaise que je ferme les yeux aux qualités de ce dernier. Ses cheveux, coupés ras et soigneusement rabattus sur ses tempes, sa cravate, d’une entière blancheur, comme celle d’un médecin ; sa veste ronde, ses bas et ses souliers, donnent à sa personne une distinction que je suis forcé de reconnaître. Qu’il soit moins bavard, moins lent, d’un service plus commode que la fille, j’en conviens ; qu’il conseille plus sagement, et disserte avec plus de profondeur sur le menu de la carte et les provisions de l’étalage, je le veux encore ; mais il est si froidement attentionné, si insolemment poli, si égoïstement dévoué ! son amabilité choque, ses grâces fatiguent, ses soins repoussent. Sa perfection est un composé de défauts.

La fille d’auberge, qui a des prétentions moins élevées, plaît davantage. Elle est curieuse, distraite, négligente ; elle vous laissera vous morfondre près d’un dîner qui refroidit, pour se mêler à un commérage, pour voir défiler la parade dans la rue ; mais du moins elle vous sourira au retour, elle fera attention à vous, vous serez quelque chose pour elle ; vous lui plairez ou vous lui déplairez, et, en dépit de votre orgueil et de votre aristocratie, le sentiment de sa bienveillance vous occupera, vous tiendra compagnie.

Demandez aux Anglais qui viennent s’épanouir un peu au soleil de Paris : les Anglais ne connaissent chez eux que la fille d’auberge. Le garçon est une de ces curiosités qu’ils regardent sans les comprendre. On sait ce mot naïf d’un gentleman tout jeune, et qui, n’ayant rien vu, ouvrait des yeux étonnés à l’aspect d’un garçon de restaurant.

« Gârçon, disait-il avec cet air grave d’un homme qui s’est longuement consulté sur un cas difficile ; gârçon !

– Voilà, monsieur, voilà !

Gârçon….. étiez-vous le fille ? »

C’est à la fille d’auberge surtout qu’on peut appliquer cette variante du proverbe – Dis-moi où tu sers, et je dirai qui tu es. – Entre la grosse paysanne de cabaret et cette créature si alerte et si découplée des grands hôtels et des tables d’hôte, quelles nuances diverses, quels contrastes de langage et de manières ! Elles ne se ressemblent pas ; et pourtant, comme les nymphes de Virgile, elles ne diffèrent entre elles qu’autant qu’il convient à des soeurs. 

Facies non omnibus una,
Nec diversa tamen, qualem decet esse sororum.

Voici d’abord venir la fille d’auberge de village. Ne faites pas attention à ses bras rouges, ou que ce soit pour en admirer la vigueur toute masculine. Sa figure est haute en couleurs, ses cheveux s’échappent en touffes désordonnées de dessous son bonnet, son bonnet lui-même est trop souvent posé de travers ; ni le goût ni la propreté n’ont présidé à sa toilette. Pendant tout le cours de la semaine, la fille se couvre et ne s’habille pas.

Quant à son caractère, interrogeons la maîtresse du logis. Celle-ci se fait toujours un plaisir d’énumérer les défauts de sa servante : c’est une dormeuse qu’on ne saurait réveiller à cinq heures du matin ; une étourdie qui, chargée de veiller à la cuisine, aux enfants et aux pratiques, laisse les plats brûler, les enfants crier, et les pratiques s’égosiller. De quoi n’est-elle pas capable ! ne l’a-t-on pas surprise cent fois en flagrant délit de gourmandise ? ne mange-t-elle pas – autant qu’un homme, – et sa langue mal apprise manque-t-elle jamais de réponses insolentes ? De plus, l’on sait fort bien que mademoiselle fait à l’aubergiste des avances et des agaceries.

A ce jugement sévère que la passion a dicté, opposons celui des habitués de la maison. Quoi qu’en dise l’hôtesse jalouse, si les fermiers du voisinage, si les marchands forains, si les colporteurs préfèrent son cabaret à tout autre, ce n’est pas pour elle, qui est vieille et acariâtre ; ce n’est pas pour son vin, qui ressemble à de la piquette ; c’est pour la fille. Ils l’aiment avec son gros rire, avec ses allures décidées, avec ses airs provoquants. Lorsqu’elle vient à leurs cris répétés, et qu’essuyant la table du revers de son tablier elle leur demande ce qu’il faut leur servir, ils ne s’inquiètent pas que sa personne soit négligée, que ses jupons semblent ne pas tenir à son corps, et que ses doigts menacent d’écrire en hiéroglyphes son nom sur les assiettes et les verres. Les braves gens ne regardent pas à si peu. Ce qui leur plaît dans la fille, c’est qu’elle entend la plaisanterie, qu’elle ne s’effarouche de rien, et que sa pudeur est à l’épreuve des plus gros mots. S’émancipe-t-on avec elle, on en est quitte pour une tape vigoureuse qui disloque à moitié l’épaule du coupable. Douce punition qui invite à recommencer ! Enfin ils résument toutes ses qualités dans ce mot : C’est une bonne enfant !

Et puis n’a-t-elle pas comme une autre ses beaux jours ? Quand vient le dimanche, elle fait, à grand renfort de cendres et de savon, une lessive complète de sa personne. Elle revêt le frais déshabillé, le bonnet blanc, la jupe neuve et le mouchoir de col aux couleurs éclatantes. Des souliers fins – j’entends fins par comparaison – ont remplacé les gros sabots. Dans cette chaussure légère, elle court, elle bondit, elle a des ailes ; c’est à ne plus la reconnaître. Le dimanche s’achève, et cette Cendrillon de village, un moment vêtue en princesse, retourne à ses haillons et à ses souillures ; mais elle ne laisse jamais après elle, pour se faire chercher de quelque prince amoureux, une petite, petite, toute petite pantoufle.

Suivons la fille d’auberge sur un théâtre plus digne de son génie. Elle a quitté l’obscur bouchon et l’humble cabaret pour l’hôtel le mieux achalandé d’une sous-préfecture, et sur la porte duquel brille en gros caractères cette pompeuse annonce : Ici on loge à pied et à cheval.
aubergistes-300x131 dans ARTISANAT FRANCAIS
Autour d’elle tout est bruit et mouvement ; point de repos, point de relâche : l’hôtel est un petit monde dont la face se renouvelle sans cesse. Les diligences, les bateaux à vapeur amènent, emportent des milliers d’individus de tout âge, de tout sexe, de toute condition. C’est ici que le rôle de la fille d’auberge s’élève, s’agrandit dans des proportions immenses, que son intelligence se développe, et que son activité trouve un digne aliment.

Au village, elle ne paraissait que sur le second plan, et comme perdue dans l’ombre de l’aubergiste, lequel ne dédaignait pas de s’attabler avec ses pratiques et de s’enivrer de son propre vin. Désormais la voilà seule en évidence. C’est elle que l’on connaît, c’est elle qui sert d’enseigne à l’hôtel, ou plutôt qui tient l’hôtel. L’hôte et sa femme vivent cachés dans les ténèbres de la cave, ou dans la fumée de la cuisine. Ils n’en sortent que pour courir aux halles et aux marchés. La fille brille dans la salle à manger, sur les escaliers, dans les chambres. La fille va attendre et guetter les voyageurs à la descente des voitures. – Venatur homines, dit le fabuliste. – Elle les salue de loin, elle leur fait des mines d’intelligence, elle les appelle des yeux, elle les invite du geste, elle exerce sur eux la puissance attractive du regard ; et, quand tous ces moyens indirects ne réussissent pas, elle en emploie d’autres. Elle cite le nom de son hôtel, elle en vante les agréments, la commodité, la bonne chère, le bon marché. Elle vous étourdit et vous subjugue. Elle s’empare de votre malle qu’elle fait transporter par un homme à ses ordres : elle vous ferait porter vous-même……. mais sa victoire est complète : elle part, et regagne l’hôtel, suivie des voyageurs qu’elle traîne à la remorque et qu’elle emmène en triomphe !

Alors commence la seconde partie, la partie la plus difficile de son rôle. Il faut justifier ces belles promesses dont elle a été si prodigue. Qui répondra à cent questions diverses ? qui retiendra dans sa mémoire cent ordres différents ? qui sera la carte vivante de l’hôtel ? qui dira ce qui manque et ce qui ne manque pas ? qui excusera les mets mal apprêtés ? qui suffira à tout ? qui sourira à tous ? c’est la fille ; elle court, elle se multiplie : elle écoute les uns, elle répond aux autres. Elle sert vingt pratiques à la fois : qu’est-ce, à côté d’elle, que César dictant à quatre secrétaires !

Quelques-unes de ces filles acquièrent ainsi une importance singulière, et deviennent hors de prix. Une cantatrice en renom, une danseuse à la mode n’est pas plus exigeante ni plus impérieuse. Au moindre mot, elles s’emportent en menaces : elles s’en iront ; elles ne sont pas embarrassées, Dieu merci ! de trouver une meilleure place. L’hôtel de l’Écu leur fait des offres. La Tête-Noire leur a parlé. La Poste a couru après elles. Elles ne s’en iront pas seules. Une partie des habitués les suivront.

Elles partent en effet, et, au bout de quelques années, elles ont promené leurs caprices par toute la ville.

Rien ne peut arrêter cet animal servant.

Changez d’hôtel : vous ne changez pas pour cela de fille d’auberge. Vous retrouvez partout un visage nouveau que vous connaissez, et qui vous sourit comme à un habitué. La fille est toujours fière de ceux qu’elle a servis ailleurs. Elle les reçoit comme des compatriotes sur une terre étrangère ; et tandis qu’elle leur fait les honneurs de l’hôtel, qui est, à l’entendre, le meilleur de la ville, elle fait au maître de l’établissement les honneurs de ces nouveaux venus. Elle aura bien du malheur si elle n’amène pas celui-ci à comprendre que c’est à elle seule qu’il doit leur présence.

Chaque hôtel a, d’ordinaire, une table d’hôte où se presse une population flottante d’employés, de commis, de clercs et de commis voyageurs. Ceux-là ne s’attachent qu’à la fille, ils la protègent et ils sont ses protégés. Vous les entendez de loin qui marchent à grand bruit dans la rue, et qui s’annoncent par des chants, des rires, des discussions animées… Ils envahissent la salle, ils bouleversent les tables et les chaises. Ils sont chez eux. Jeanne ! Henriette ! Adèle ! (ces messieurs, par un privilége spécial, ne l’appellent jamais que de son nom). Que fait-elle ? où peut-elle être ? la voici enfin !

On la fête, on la complimente, on l’agace. Ses mains ne peuvent suffire à la défendre. Mais le potage apparaît, et la sauve. Voilà nos galants en besogne. La fille tourne sans cesse autour d’eux : elle jouit de leur appétit, elle prévient leurs demandes. Elle s’efforce au besoin de pallier les torts du pourvoyeur ou du cuisinier. Que ne peut-elle, comme la veuve Scarron, suppléer à un plat par une histoire ! mais la veuve Scarron elle-même n’aurait pas payé de semblables raisons des convives tels que ceux-ci. Ils s’ingénient à obtenir de leur favorite quelque supplément, quelque douceur, des fruits plus beaux, un vin moins acide. Ils la prient, ils la flattent de la voix, ils la flattent de la main. N’est-elle pas maîtresse et souveraine ? si elle le voulait bien, leur table serait sans doute mieux servie. Ils auraient des primeurs, et, de temps en temps, du gibier… et elle les console, elle les apaise. Elle répond aux prières par de bonnes raisons, aux menaces et aux impatiences par des railleries, et parvient à renvoyer son monde content, sinon rassasié.

Le plus cher de ses amis, le plus zélé de ses défenseurs, le plus opiniâtre des réclamants, c’est le commis voyageur. La fille et lui sont faits pour se comprendre et s’aimer. Un instinct mystérieux les entraîne l’un vers l’autre. Le commis voyageur connaît le faible que la fille a pour lui, et l’ingrat en abuse. C’est près d’elle qu’il se console de ses échecs commerciaux ; c’est à elle qu’il débite ses plus détestables calembours, ses compliments les plus usés, ses anecdotes les plus rebattues. Il l’accapare pour son service particulier, au grand détriment des autres habitants de l’hôtel. Elle n’a des yeux que pour lui, des oreilles que pour lui, des pieds et des mains que pour lui. La chambre du commis voyageur devient le quartier général de la fille ; Hélas ! que voulez-vous qu’on puisse refuser à cet homme qui parle si bien et qui possède une telle barbe !

C’est dans les grands hôtels de Lyon, de Bordeaux, de Rouen, qu’il faut étudier le type de la fille d’auberge. C’est là qu’il acquiert toute sa perfection. Voyez : la fille s’est faite demoiselle, sa robe étroite lui dessine exactement la taille. Elle s’exprime en termes choisis. Elle a de l’aisance, de la dignité, et des bandeaux. C’est toujours, il est vrai, la même assurance de manières, la même intrépidité de regard, mais avec quelque chose de plus fin, de plus assoupli, de plus mesuré. Ses yeux sont fatigués et battus. Un observateur lui trouverait plus de décence, et non pas plus de modestie.

C’est qu’elle voit défiler sans cesse des personnages titrés, de riches négociants, des banquiers dédaigneux. Elle parle leur langue, elle s’anime de leurs sentiments, elle se forme à leurs manières et à leurs moeurs. Physionomiste consommée, un coup d’oeil lui suffit pour juger un homme et proportionner ses soins à la gratification prévue. Elle donne à sa voix une foule d’inflexions diverses. On dirait qu’elle possède un visage différent pour chaque voyageur. Elle s’étudie à vous appeler de votre titre. Vous êtes pour elle monsieur le député, monsieur le receveur général, monsieur le comte, monsieur le marquis. Vous jouissez de votre considération : vous vous complaisez à ces égards, à ces respects, à ces attentions fines…. C’est fort bien tant qu’elle vous parle ; mais derrière vous, elle vous dépouille aussitôt de tous ces titres qu’elle vous prodiguait si libéralement. Vous n’êtes plus pour elle ni receveur général, ni lord anglais, ni même député. Qu’êtes-vous donc ? un simple numéro…. le numéro de votre chambre !

Montez, dit-elle, un couvert au cinq ! – Apportez de l’eau-de-vie pour la dent du trente-six ! – Le neuf est-il sorti ? – Préparez la carte du dix.

Sur quelque route, et par quelques messageries que vous ayez voyagé, ô lecteur, voici une impression de voyage que vous avez sûrement recueillie, et où la fille d’auberge joue le rôle principal.

Clic, clac ! clic, clac ! une de ces maisons roulantes nommées diligences arrive, au milieu de la nuit, dans une ville de province. Les chevaux épuisés retrouvent un reste de vigueur ; le conducteur embouche son cornet à piston, tandis que le postillon semble vouloir réveiller du bruit de son fouet tous les échos de la cité endormie. La lourde machine s’arrête à la porte de l’hôtel le plus apparent.

« Descendez, messieurs et mesdames ; c’est ici que l’on dîne ; vous avez une demi-heure. »

Les voyageurs s’éveillent ; ils se frottent les yeux, ils se secouent, ils étendent leurs membres engourdis. Des bruits confus s’échappent des profondeurs de la voiture. « Conducteur, où sommes-nous ? – Conducteur, sommes-nous bientôt arrivés ? » En même temps, des voix flûtées répètent d’un ton engageant : « Descendez, messieurs et mesdames ; le dîner est servi. »

Alors on voit sortir de leur prison, les uns après les autres, vingt personnages différents, hommes, femmes, enfants, vieillards, affublés d’une manière grotesque, mal affermis sur leurs jambes, les yeux troublés, la figure pâle, et comme possédés du vertige de l’ivresse. Tout ce monde se laisse conduire à la salle à manger qui resplendit de mille feux ; une longue table, couverte de plats, est dressée au milieu de la salle. Plusieurs jeunes filles, à la mine éveillée, vont, viennent, et circulent avec agilité. Saisis par ce brusque passage de l’obscurité à la lumière, et du sommeil à la vie réelle, les voyageurs se croient le jouet d’un rêve ; ils hésitent, ils balancent : il faut que les filles d’auberge, les décident, les poussent, les fassent asseoir, et déplient devant eux leur serviette.

Grâce à elles, le dîner commence enfin !

Cependant les appétits s’éveillent : – la voiture creuse ; – c’est un proverbe de diligence. Les plats sont attaqués avec furie. Malheur au convive inexpérimenté qui perd un temps si précieux en longs discours, ou en vaines politesses ! Les instants s’écoulent. Le conducteur, qui a ses raisons et qu’on dirait payé pour cela, prend soin de rappeler que la demi-heure est déjà passée…. Mais, quoi ! à peine posés sur la table, les mets disparaissent comme par enchantement ! Ce poisson, auquel vous vous promettiez de revenir, disparu ! Ce poulet que vous aviez aperçu au bout de la table, cette perdrix que vous lorgniez d’un oeil de convoitise, enlevés ! Des fées agiles semblent avoir conjuré de défendre votre santé contre vous-même, et d’épargner à votre appétit de dangereuses tentations. Laissez-les faire, et vous exécuterez à la rigueur ce précepte de la médecine, – qu’il faut sortir de table ayant faim. – Et comme tout service mérite salaire, elles iront vous attendre à la porte, sollicitant de votre reconnaissance (ce n’est point celle de l’estomac !), cette modeste rétribution, vulgairement appelée pourboire. Dérision ! demander un pourboire à des gens qui n’ont pas mangé !

Comment la fille d’auberge ne sait-elle pas se contenter de ces menus profits qui lui tiennent lieu de gages, mais qui, répétés tous les jours, atteignent, au bout de l’année, un chiffre fort honnête : c’est ce que l’on a peine à concevoir. Elle ne regarde, l’ambitieuse ! que la recette brute des maîtres de l’hôtel. Les chances auxquelles ils sont exposés, les dépenses, les frais de toute sorte qu’ils ont à supporter, elle ne les calcule pas. Elle ne remarque pas qu’elle est indépendante dans sa servitude, riche dans sa pauvreté, heureuse et insouciante au milieu des soins multipliés dont elle est chargée. Elle veut commander à son tour, et après avoir servi d’enseigne à tant d’hôtels différents dont elle a fait la fortune, elle aspire à avoir une enseigne à elle. Un long noviciat ne l’a-t-il pas suffisamment préparée à ce rôle si difficile et si périlleux ? Ne connaît-elle pas toutes les ressources, toutes les ruses, tous les secrets du métier ? n’est-elle pas déjà assurée d’une clientèle. – Imprudente, qui n’a pas observé à quels retours soudains, à quelles tristes vicissitudes la popularité est sujette !

Les conseils et les représentations ne peuvent la dissuader de ce projet ; on dirait qu’elle est embarrassée de ses épargnes et que le célibat lui pèse. Quelque cuisinier en renom devient l’heureux possesseur de son argent et de sa personne, et le couple aventureux ne se donne point de repos qu’il n’ait acquis l’honneur de payer patente. Ainsi donc une nouvelle auberge, un hôtel nouveau est fondé dans la partie la plus commerçante de la ville ; une enseigne plus fastueuse, des tables plus propres, des siéges plus confortables, des plats plus gros, des chiffres plus modérés : tout est mis en usage pour attirer les chalands. Adieu, et bonne chance ! Puisse la fille d’auberge ne pas regretter les joies de sa première condition, et ne pas tomber de chute en chute au trône de quelque gargotte ignorée !

Mais détournons les yeux de cette triste perspective.

Qui le croirait ? malgré ce prodigieux talent d’être partout, de tout voir, de tout entendre et de tout retenir, malgré ses grâces et ses séductions, la fille d’auberge a une foule de détracteurs. Les voyageurs deviennent si exigeants ! Écoutez-les : suivant eux, elle entreprend de servir vingt pratiques à la fois, et elle n’en sert réellement aucune. A toutes ces voix qui l’appellent de chaque étage et de chaque escalier, elle répond invariablement :

« Oui, monsieur ! oui, on y va ! »
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Où va-t-elle ? le fait est qu’on l’attend inutilement pendant une heure, et qu’elle ne manque pas d’accourir lorsqu’on n’a plus besoin de sa présence. Après vous avoir accueilli avec un zèle si empressé, elle vous néglige, et vous condamne à un isolement complet dans votre chambre. Mais le moment de votre départ approche-t-il ; les sourires et les petits soins reparaissent. Alors, il est vrai, et par forme de compensation, elle vous accable de prévenances. « Faut-il envoyer à monsieur un commissionnaire !.. Voici les bottes de monsieur… Je vais nettoyer le manteau de monsieur… Où monsieur veut-il que l’on porte sa malle ?… Monsieur a attendu un peu hier entre le potage et le boeuf, j’en ai été bien désolée… La voiture va partir dans un quart d’heure… Monsieur désire-t-il encore quelque chose ?… J’espère que monsieur ne m’en veut pas…

Comment résister à tant d’attentions, à des excuses si pathétiques, à une éloquence si entraînante ? malgré soi, l’on se laisse fléchir, on s’attendrit, on oublie ses anciens griefs, et, en partant – l’on n’oublie pas la fille.

On l’accuse encore d’être facile à toutes les tentations, et d’offrir le type véritable de la femme libre, si longtemps et si inutilement cherchée. Mensonges et calomnies que leurs auteurs n’avouent pas, et qui ne prévaudront point contre la bonne renommée de la fille ! Mais, je vous prie, où trouverait-elle le moment d’être tentée ? Ses jours empiètent sur ses nuits ; sa vie n’est qu’une veille prolongée, et le sommeil est la plus rare de ses jouissances. Incessamment occupée des soins les plus nombreux et les plus fatigants, elle n’a pas de passions : les passions sont filles de l’oisiveté. Ses regards assurés, cette facilité à tout dire, à tout entendre et à tout permettre, prouvent invinciblement son innocence ; elle serait prude, si elle était moins sage. S’il était vrai, ce qui n’est pas vraisemblable, qu’elle eût pu succomber, ce serait une surprise qu’on lui aurait faite, et elle n’aurait été coupable que de distraction.

Au surplus, voici qui confondra ses accusateurs. Ce qui nous impose le plus impérieusement l’obligation de bien vivre, c’est l’exemple des ancêtres dont nous portons le nom, ou des prédécesseurs dont nous occupons l’héritage. Memoria majorum nos ad benè vivendum incitat. Les filles d’auberge ne connaissent peut-être pas cette maxime de Cicéron ; mais, du moins, et je me plais à le croire, elles ont sans cesse présents à la pensée le grand nom et le glorieux exemple d’une fille qui sauva la France, et qui couronna par le martyre la vie la plus chaste et la plus héroïque.

Indignes détracteurs, silence ! Jeanne d’Arc, la pucelle d’Orléans, avait été fille de cabaret.

Texte établi sur un exemplaire (BM Lisieux : 4866 ) du tome 6 des Francais peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle publiée par L. Curmer  de 1840 à 1842 en 422 livraisons et 9 vol. 

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La portière du 19ème siècle

Posté par francesca7 le 20 mars 2013

La portière

par

Henri Monnier

~ * ~

La portière du 19ème siècle dans ARTISANAT FRANCAIS la-portiere-170x300QUAND nous venons au monde, nous autres modestes enfants de Paris, peu de personnes assistent à notre arrivée : ce sont ordinairement l’accoucheur, la garde et la portière de la maison où nous avons reçu le jour. La servante, si la dame du lieu ne fait pas elle-même son ménage, va, vient ; tourne et rattourne de la cuisine à la chambre à coucher, de la chambre à coucher à la cuisine, et le mari n’est jamais là.

Toutes les formalités usitées en pareil cas une fois terminées, le sexe du petit bonhomme bien et dûment constaté, on le purifie, on l’empaquette, on le ficelle, on le reficelle, on lui brise bras et jambes pour qu’il occupe le moins de place possible dans ses langes ; puis on le présente à la maman, qui le reçoit des mains de la garde. Le docteur, dont les soins ne sont plus nécessaires, plie bagage, tire sa révérence, et la portière reprend le nouveau-né, l’inonde de caresses, l’humecte de baisers, et lui voue, à dater de ce jour, une affection des plus vives, un dévouement sans bornes.

Cette affection des plus vives, ce dévouement sans bornes, s’étendent à tous ceux et celles qu’elle accolada à leur venue dans cette vallée de larmes et de misère. Le temps, qui détruit tout, ne diminuera pas cette tendresse ; il ne fera, au contraire, que l’augmenter, que l’accroître, que l’embellir ; jamais elle ne sera payée d’ingratitude : de tout temps le Parisien aima sa portière. J’ai beaucoup aimé la mienne, vous devez avoir aimé la vôtre ; vous l’aimerez, je l’aimerai, nous l’aimerons toujours. Aussi cette haine que, dans un âge plus avancé, nous portons aux autres femmes de sa condition, bien que fort injuste, est-elle une conséquence toute naturelle de cet amour exclusif que nous conçûmes pour la première.

Le portier est plutôt l’homme à la portière, car pour être digne du titre dont il se pavane, il faudrait qu’il partageât les charges et les bénéfices de l’emploi ; et il ne les partage pas. C’est un être à part, un monsieur singulier, comme l’appelle sa compagne dans ses rares accès de gaieté, une espèce de tailleur en vieux. Autant Humann met d’élégance dans sa coupe, autant le portier se distingue par l’inexpérience, la maladresse et la pesanteur de ses ciseaux.

C’est quelquefois encore un cordonnier obscur, qui, au sein même de la capitale, s’est créé des habitudes orientales ; il ne fait rien, le sans coeur, ou si peu, qu’il vaudrait mieux cent fois qu’il restât au lit la majeure partie de la journée. Il tousse, mouche, crache et graillonne à faire tourner le boire et le manger des locataires, dont il a l’impudeur de lire le premier les journaux, puis il humera le jus d’une pipe archiculottée, le nez perdu dans les fonds d’une vieille souquenille rapiécée et rapiéceras-tu, se démettant en faveur de sa moitié de la totalité des ennuis et des tracas de l’association conjugale.

Madame, que nous appellerons la maman Desjardins, est d’une nature diamétralement opposée à celle de son triste époux ; vive, preste, alerte et proprette, elle fait tout par elle-même, porte les culottes, se moque du qu’en dira-t-on, et, depuis son mari jusqu’au locataire le plus huppé, mène à la baguette toute la maisonnée.

A seize ans elle vint du fond de la Bourgogne à Paris retrouver une soeur aînée de son papa, depuis longues années en service auprès d’un vieux garçon vicieux. Son arrivée ne causa pas à la tante un sensible plaisir, elle n’était pas fine, tant s’en fallait qu’au contraire, mais comme tant d’autres elle avait cet instinct naturel, ce gros bon sens, qui longtemps nous font pressentir à l’avance que tel ou tel individu nous sera plus ou moins nuisible ou désagréable. Elle ne tarda pas toutefois à voir ses prédictions se réaliser. Le lendemain à son déjeuner, M. Bournichon demanda à sa gouvernante des nouvelles de l’enfant, comment elle avait passé la nuit, si le séjour de la capitale semblait devoir lui convenir ; il lui adressa cent autres questions encore qui toutes prouvaient jusqu’à l’évidence que déjà la petite ne lui était pas indifférente.

Sa barbe avait été faite en se levant, ses oreilles étaient brûlantes, sa langue épaisse, son regard hébété. Il était sûr et certain que Bournichon n’était plus dans son assiette ordinaire et qu’un notable dérangement d’idées venait de s’opérer dans son imaginative. Il tourna quelque temps encore autour de la question, puis enfin l’aborda en témoignant le désir de voir immédiatement la jeune personne.

La position de la pauvre femme en cette occurrence était des plus critiques : devait-elle la faire venir, ou ne le devait-elle pas ? elle le fit. M. Bournichon se contint, et se renferma dans les limites de la bienséance ; seulement ses regards se portèrent plusieurs fois avec trop de complaisance peut-être sur la petite : au demeurant, il fut très-convenable. Le coup n’en était pas moins porté, la malheureuse tante connaissait le pèlerin, elle savait qu’il ne fallait pas le heurter, qu’il était prudent de ménager et la chèvre et le chou. Elle fit bonne contenance, elle patienta tant bien que mal ; mais une fois le déjeuner terminé, elle fit passer la fille de son bétât de frère devant elle, l’enferma dans sa chambre, endossa son tartan, prit son sac et ses socques, et le soir même elle avait fait maison nette. Petite nièce à sa tante était entrée à l’autre bout de Paris, en qualité de bonne d’enfants, chez une jeune dame dont le mari était aux colonies.

Pour jolie, la petite ne l’était pas, mais elle avait ce que nous appelons la beauté du diable, les plus belles dents du monde, beaucoup de fraîcheur, seize ans, et M. Bournichon en avait soixante-sept bien sonnés.

Depuis le jour où sa tranquillité fut compromise, la compagne du vieux garçon ne fila plus qu’un bien mauvais coton, ses digestions devinrent laborieuses, son sommeil était agité, les âmes charitables du voisinage l’entretenaient dans ses sombres pensées en lui demandant à tout bout de champ des nouvelles de la petite. Bournichon, de son côté, devenait de plus en plus exigeant. Cet état de choses ne pouvait durer longtemps, aussi ne dura-t-il pas, et un beau matin, au moment où elle y pensait le moins, elle prit congé de la compagnie.
 
Bournichon fut médiocrement affecté de la perte de sa Babet, elle lui était devenue odieuse, intolérable ; il remua ciel et terre pour connaître la demeure de la petite que la défunte avait eu bien soin de tenir cachée ; il y parvint néanmoins, la fit venir, lui proposa d’en faire sa compagne, elle accepta. Deux mois après, Bournichon s’en fut rejoindre la pauvre Babet, il laissa à sa nièce peu de chose à la vérité, mais assez encore pour tenter la cupidité du sieur Desjardins.

Peut-être le défunt valait-il mieux que sa réputation, toujours fut-il qu’en sortant de chez lui sa jeune gouvernante aurait trouvé difficilement à s’établir, le monde est si méchant ! Aussi, quand le futur se présenta, elle le prit au mot, dans le seul but de se créer une position.

Le mariage était à peine consommé, que maman Desjardins s’aperçut, mais un peu tard, de la boulette qu’elle venait de faire. Cet homme qu’elle avait paré de toutes les richesses de son imagination, tomba tout à coup à bas du piédestal qu’elle s’était plu à lui élever ; dès ce moment elle ne vit en lui que ce qu’il était réellement, un grotesque, un brutal, un cynique sans bouche ni éperons, aux lieu et place d’un lancier, d’un tambour-major qu’elle avait rêvés. Elle se prit aussitôt à le détester, et le détesta de toutes les forces de son âme.

L’histoire de ma portière n’a rien de bien extraordinaire, de bien merveilleux ; je l’ai contée parce que son histoire, comme elle me l’a mille fois répété, est la celle à toutes les autres…. de portières.

Toutes les dames commises à la garde d’une maison sont en général d’anciennes cuisinières, d’ex-femmes de charge, qui ont appris à tirer le cordon dans les longues et interminables séances qu’elles ont faites dans la loge. Un héritier qui veut épargner à la mémoire de son parent un reproche d’ingratitude, à sa bourse une modique pension viagère, mettra à la porte, sans calembour aucun, l’ex-gouvernante du défunt.

Il en est au reste du métier, de la profession, de l’état de portière, comme de tous les états, de toutes les professions, de tous les métiers en général ; tous ont leur bon et mauvais côté ; il y a dans celui-ci beaucoup de mal à se promettre, sans doute, il ne faut pas se le dissimuler ; mais aussi combien de compensations ! La portière ne règne-t-elle pas en souveraine des plus despotes sur tous les habitants de la maison, n’importe le rang, l’âge, le sexe et la classe à laquelle ils appartiendront ? Tous ne sont-ils pas soumis à ses lubies, à ses moindres caprices ? N’est-elle pas le factotum, le bras droit, le conseil du propriétaire ? N’est-ce pas elle qui perçoit les loyers, qui fait les rapports, donne et provoque les congés, qui dispose des caves, des greniers et des appartements ? Il y a à Paris deux mille maisons que je pourrais citer, que je ne citerai pas, mais dans lesquelles en dix ans on n’a pas vu une seule fois le propriétaire ; souvent même on ignore complétement s’il est homme ou femme, jamais, au grand jamais, on ne s’en est occupé.

Tout ce qui se présente à la reine de la loge ne l’aborde jamais que le chapeau à la main ou la main au chapeau. Le jour de la fête de la Vierge, sa patrone, sa demeure ne peut contenir les fleurs et les bouquets dont elle est assaillie ; au renouvellement de l’année combien de cadeaux, de douceurs de toute espèce ; c’est à n’en plus finir.

Et les fournisseurs, quel intérêt immense n’ont-il pas à se maintenir toujours au mieux avec madame Desjardins ! Si le boucher manque un seul instant, un seul, à son devoir : N’allez jamais chez c’t’ homme-là, dira-t-elle à un nouveau locataire, c’est un fichu boucher ; sa viande est gâtée, il vend à faux poids, sa femme est haute comme le temps, elle vous agonisera de sottises. A-t-elle à se plaindre du boulanger : Gardez-vous, comme de la peste, de prendre vot’ pain dans c’te maison-là, c’est des gens mal propres qu’il n’y a pas leurs pareils ; ils vous ferons manger des cris-cris. Si la fruitière a eu le malheur de traverser la rue sans la voir : Vous ferez bien de ne jamais entrer chez cette femme-là ; elle est si mauvaise qu’elle vous allongera une paire de soufflets si vous avez le malheur de marchander la moindre des choses ; ça ne pèsera pas eune once. Ainsi de suite, tout le monde aura son paquet.

Ne croyez pas que la portière n’ait pas aussi ses petits moments de distraction, elle n’est pas toute l’année à l’attache ; je me plais cependant à lui rendre cette justice, elle sort rarement, mais encore sort-elle quelquefois. Et qui la remplace ? les vieilles béguines qui habitent les étages supérieurs, qui jamais ne donnent rien, sont pour elle d’une complaisance à toute épreuve, et s’emparent du cordon. Ce sont ces femmes jaunes et décharnées, ou grasses à fendre à l’ongle, qui dans la belle saison tapissent le soir les deux côtés de la porte cochère, passent en revue les gens de la maison, les allants et les venants, et les habillent de toutes pièces.

Les desséchées sont de vieilles filles, les âmes damnées du vicaire de la paroisse, des lames à vingt tranchants, les demoiselles de la confrérie de la Vierge.

Les potelées, des veuves, des gardes-malades ou des femmes de ménage. Toutes ces dames se chauffent et s’éclairent toute l’année gratis pro Deo. Elles forment l’état-major, le conseil privé de maman Desjardins, écoutent mordicus les soporifiques lectures de romans incompréhensibles, interrompues à chaque alinéa par la demande incessante du cordon, ou les coups du marteau de la porte, qui les font toutes bondir comme de blancs agneaux sur leurs siéges. Elles épient un regard, un sourire de leur bien-aimée souveraine, qu’elles entourent des attentions les plus fines et les plus délicates.

C’est à l’obligeance de ces péronnelles que nous sommes redevables de la présence de toutes ces portières, qui dans nos fêtes, nos réjouissances publiques, à nos feux d’artifice, le jour de l’ouverture du Musée, à l’exposition des produits de l’industrie, nous coudoient, nous fatiguent, nous assomment et nous marchent autant sur les pieds. Ces femmes sont éminemment curieuses ; ce fut et ce sera toujours leur petit péché mignon. Au fond, ces femmes ne sont pas méchantes, toutes en général sont d’une assez bonne nature ; mais les flatteurs qui tous les jours parviennent à faire changer les meilleures intentions des princes et des rois, changent aussi les meilleures intentions de nos portières et nous les gâtent.

Jamais, avant d’avoir vécu à Paris, nul ne pourra se persuader combien il importe à tout homme, jaloux de son repos et de sa tranquillité, d’être bien avec sa portière. Autrement, plus de bonheur, plus de paix pour lui sur la terre, et encore, malgré toutes les précautions prises en pareil cas, un rien, une idée, un caprice, une goutte d’eau répandue, une sottise commise par votre femme de ménage, de la conduite de laquelle on vous rendra responsable, pourront vous aliéner l’estime et la considération de votre portière.

La tête haute, la conscience pure et paisible, vous chantonnez en tournant le bouton de la porte de la loge où vous espérez rencontrer un gracieux sourire ; pas du tout, au lieu du sourire gracieux, ce sera une mine atroce, une tête de griffon, comme dit mon ami Dantan, une réponse des plus sèches à votre bonsoir, et si vous ne trouvez immédiatement un coin, une place où déposer votre bougeoir, pas une main ne viendra le prendre, il vous faudra le mettre dans votre poche, si vous n’aimez mieux le remonter chez vous.

Le soir vous frapperez vainement à la porte, on connaît votre touche, on ne vous ouvrira pas, et, à moins d’une circonstance imprévue, indépendante de la volonté de maman Desjardins, vous ne pourrez rentrer que le lendemain. Vos lettres, si toutefois on veut bien les recevoir, vous seront remises quinze jours après leur arrivée ; vos billets de garde confisqués, puis on mutilera le cordon de votre sonnette ; la machine à battre les habits sera décrochée, votre carré souillé, votre paillasson prostitué, puis on dira au tailleur : Si l’on ne vous ouvre pas là-haut, c’est qu’on ne veut pas vous payer, voilà la chose.

Toute portière aime les animaux ; chaque loge possède un chien, un chat, des serins, un moineau franc et quantité de petits cochons d’Inde dont les voix aiguës attestent la présence sous l’établi, la commode ou le dessous du poêle.

Le chien semble n’avoir jamais été jeune, tant il est vieux et laid ; il est toujours fort avancé en âge. Il appartient à la race des carlins, espèce presque éteinte et dont quelques individus se trouvent encore de temps à autre chez la portière. Ce chien a quelque chose du mari de sa maîtresse ; cette ressemblance existe au moral comme au physique ; ainsi que le père Desjardins, il est maussade, sur sa bouche, graillonneur et boudeur. Comme lui, il a le nez épaté, la barbe grise, l’oeil éteint bordé de rouge, l’oreille entamée et les jambes mauvaises. Comme son maître, il est fat, important et ne tient aucun compte de leur politesse à ceux qui le viennent visiter. Son organe est tellement fêlé, que c’est tout au plus s’il est facile de l’entendre à deux pas. Egoïste comme tous les vieux garçons, il ne sort jamais dans la crainte des mauvaises charges des polissons du quartier.

Le chat est peu sédentaire, il va et vient, n’est jamais en place, assez bien vu dans quelques parties de la maison, fort mal dans d’autres ; il fournit rarement une longue carrière.

Chaque année les cages reçoivent de nouveaux locataires ; cette odeur de pipe et de ratatouille, qui constamment règne dans la loge, est en grande partie une des causes principales de l’émigration de leurs habitants.

a-portiere-185x300 dans ARTISANAT FRANCAISLes petits cochons d’Inde pullulent d’une manière effrayante ; ils se trouveraient assez bien de la loge, ils s’y plairaient bien davantage encore si tous n’étaient condamnés à être servis sur la table de leurs honorés maître et maîtresse. Jamais je n’en mangeai, mais je tiens de ma portière, qui en consomme fréquemment, que c’est un mets très-délicat et très-recherché.

Chez les garçons, la portière remplit souvent les fonctions de femme de ménage ; c’est même une des belles cordes de son arc, quand elle a le talent de la bien faire jouer : un garçon n’y regarde jamais de près, et si son heureuse étoile veut que le cher homme prenne ses déjeuners chez lui, elle trouve facilement moyen de sustenter, haut la main, elle et tous les siens, à ses frais et dépens.

Plus encore que la femme de ménage, la portière, qui va et vient à toute heure de la jour et de nuit, à l’abri de tout contrôle, a beau jeu pour faire, comme on dit, ses orges, aussi la gaillarde fait-elle danser àbelle baise-mains le bois, le charbon, et tout ce qui s’ensuit : tout généralement y passe ; il n’y a pas jusqu’aux cigares du malheureux locataire qui ne viennent se promener, quelle profanation ! sur les tristes et dégoûtantes lèvres de l’infâme Desjardins.

Puis, quand il prend envie au maître d’abandonner pour quelques jours la capitale, quelles aimables parties, quelles folles soirées, se donnent dans son appartement !

Qu’il serait agréablement surpris s’il voyait ces petits meubles, pour lesquels il a tant d’égards, qu’il traite avec tant de ménagements, à la merci de toutes les commères de sa maison, à l’aspect de ces lumignons errants çà et là de tous côtés, dans tous les coins, illuminant les chastes visages des vierges de la confrérie ; ses beaux albums, ses recueils de vignettes, si précieux, dans les mains de ces matrones humectant le pouce de la main droite à chaque feuille qu’elles passent en revue, écorchant les textes et brisant les marges à faire tomber l’éditeur Curmer en syncope.

Et ses jolies statuettes transformées en patères et recevant  les bonnets de ces dames, et ses belles faïences, qui coûtèrent tant de veilles à Bernard Palissi, donnant, pour la première fois, l’hospitalité à la crêpe, au beignet, au marron boulu !!!

Qu’il faudrait de vertu, à celui qui, rencontrant chez lui semblable compagnie, se renfermerait dans les bornes de la bienséance et de la modération ! Il agirait ainsi, que sa conduite trouverait encore de nombreux détracteurs. « Qu’avait-il tant de besoin, ce grand marabout-là, dira le lendemain, en allant au lait, mademoiselle Pétola, qui n’a point été élevée sur les genoux de madame de Genlis ; qu’avait-il tant de besoin, mame Gabiaud, de nous tomber ainsi sur les épaules, que j’en ai zévuse ma digession toute troublée, que j’en ai passé eune nuit quasiment toute blanche ? il ne sait jamais que vous faire des transes pareilles, c’t’ostrogoth-là.

MADAME GABIAUD,

Avous-vu l’air pas contente qu’il avait, mamzelle Pétola ? Nous a-t-il adressé un seul mot de politesse ; ah ! ben oui, il avait ben le temps, ma foi, il avait ben trop peur de s’compromettre ; dame ! c’est que le roi n’est p’têtre point son cousin, à c’beau muscadin ? »

Il est bien rare qu’une portière donne son approbation quand il prend envie à celui dont elle fait le ménage, de renoncer au célibat, aussi ne garde-t-elle plus aucune mesure, va-t-elle à travers choux, lorsqu’elle croit avoir découvert ce qu’elle appelle le pot aux roses. C’est aussitôt une maîtresse abandonnée, qui se livre aux fureurs du plus sombre désespoir, une lionne, que sais-je, une poule, une levrette, à laquelle on vient d’enlever ses petits. Ni les représentations des voisines, ni les devoirs que lui impose sa double qualité de femme et d’épouse, rien ne la peut calmer ; comme la justice, il faut que la douleur ait son cours. Elle ne peut se faire à cette idée, qu’une autre pourra impunément disposer de tout, dans l’appartement. Elle énumère alors tous les services qu’elle n’a pas rendus à celui qui la délaisse, c’est un fils qu’elle idolâtrait, qui vient de renier sa mère ; elle ne se rappelle plus, l’indigne, ces petits abus de confiance, ces petits emprunts quotidiens qu’elle faisait aux provisions que la famille envoyait à son fils bien-aimé, à la garde-robe que papa Desjardins avait grand soin de dénaturer au plus vite, dût la réputation d’Humann en être ébranlée, en admettant toutefois qu’elle pût jamais l’être.

Elle trimballera ses griefs de porte en porte dans la maison, les boutiques, les magasins, dans tout le voisinage, et Dieu seul sait si le pauvre jeune homme sera ménagé. Ce sera un être atroce, épouvantable, perdu de dettes et de débauches, le mariage d’un tel être une horreur, une monstruosité, une première révolution, il ne se fera pas et le propriétaire qui est la probité même se gardera bien d’y prêter les mains, sa leçon est faite en conséquence si l’on vient jamais aux informations. Ne voyons-nous pas, tous les jours, des mariages à la veille de se conclure ne pas avoir lieu par des causes que tout le monde ignore, par le seul fait d’un mot, d’un rien, d’un propos en l’air parti de la loge ?

Les portières sont tenues au courant, par les servantes, des moindres détails de l’intérieur des ménages ; aussi le meilleur conseil à donner à quiconque a le malheur de se faire servir, est de ne rien négliger, d’employer tous les moyens à sa disposition pour que la bonne soit toujours au plus mal avec la portière. Exemple : vous dites à cette dernière :

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Comment, madame Desjardins, est-ce possible ? Marguerite m’apprend que vous laissez mes journaux et mes lettres, un temps infini, sous le coussin de votre bergère ?

MADAME DESJARDINS. – Faut qu’elle soye malade vot’ domestique, si elle l’est pas elle n’en vaut guère mieux, sans ça, elle en a menti comme une arracheuse de dents qu’elle est ; v’là dix-neuf ans que je suis ici, jamais je n’ai entendu dire des choses pareilles, jamais, non jamais, comme il n’y a qu’un Dieu sur la terre pour nous éclairer.

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Je me plais à le croire, mais toujours est-il que je ne reçois pas exactement mes journaux ; non-seulement vous les lisez, dit-elle, mais encore vous les faites courir dans toute la maison.

MADAME DESJARDINS. – Et à qui que j’les fais courir, sans vous commander ?

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Vous sentez bien, madame Desjardins, que ce que je vous dis est de vous à moi ; je serais désolé que Marguerite se doutât jamais de ce qui s’est passé.

MADAME DESJARDINS. – Soyez sans crainte, c’est pas ça que j’y dirai.

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Je sais trop ce que je me dois pour jamais être mêlé dans aucun propos.

MADAME DESJARDINS. – Soyez sans crainte. D’abord il est bon de vous dire aussi que vot’ domestique est une rien du tout, qui n’avait pas, sauf vot’ respect, un jupon à s’mettre au derrière, quand elle est entrée chez vous, et Dieu merci, à l’heure qu’il est, voyez dans son armoire si c’est qu’il y manque quet’ chose ; eune reine s’rait jalouse de ce qu’elle vous a. J’ m’en moque pas mal encore, qu’elle dise c’ qu’elle voura, je ne m’abaisse pas à répondre à plus bas que moi ; d’ailleurs, comme on dit, on n’est jamais crotté que par la boue.

Puis à la bonne :

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Que vient donc de m’apprendre madame Desjardins, Marguerite, que vous jetez tout par les fenêtres, que vous répandez toutes vos eaux dans ses escaliers, que vous avez toute la nuit de la chandelle qui brûle dans votre chambre, et que vous avez toute la journée dans votre cuisine des personnes qui ne peuvent que vous faire du tort ?

MARGUERITE. – D’abord, monsieur, madame Desjardins, il est bon de vous dire que c’est une vieille infection.

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Ménagez vos termes, je vous prie, madame Desjardins est une femme respectable.

MARGUERITE. – Une vieille infamie de dire des choses qui n’est pas. C’est la chose de vouloir mette sa belle-soeur à ma place, qui lui fait dire ce qu’elle dit, c’est aussi faux tout comme elle, la vieille fausse qu’elle est.

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Ce que je vous dis là, Marguerite, c’est dans votre intérêt.

MARGUERITE. – C’est bien aussi comme ça que je l’prends, et si je v’nais jamais à vous dire c’qu’elle dit aussi sus votre compte à vous, et sus madame, et sus tout l’ monde de chez vous !…

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Je ne veux rien savoir.

MARGUERITE. – Que madame est une ci… que madame est une ça…

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – En voilà assez.

MARGUERITE. – C’est que si on me pousse à parler, c’est que je n’suis pas gênée de parler aussi, voyez-vous.

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – J’en suis bien persuadé, mais c’est inutile.

MARGUERITE. – C’est pourtant pas juste, que vous l’avez écoutée c’te vieille bique là, que vous ne voulez pas m’écouter tout de même.

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Parce que je ne déteste rien tant au monde que les propos, et je vous serai obligé de ne pas lui dire de qui vous tenez tout cela.

MARGUERITE. – Parbleu ! il n’y pas de crainte à avoir de ce côté-là, soyez-en sûr. Une vieille horreur, qui dit qu’elle ne sait pas comment qu’vous pouvez entrer vot’ chapeau sur vot’ tête !

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – J’ai toujours méprisé tous les propos.

MARGUERITE. – Ça n’empêche pas que si madame le savait, elle ne le prendrait pas comme vous.

LE MAÎTRE DE LA BONNE. – Je vous demande une chose, une seule : c’est de ne point me mettre dans tout cela.

MARGUERITE. – Je le veux bien, mais j’y dirai pas moins ce que j’ai à y dire.

Aussitôt commencent les hostilités, on s’évite, on se boude, on se fait de mauvais tours, puis quand les parties semblent vouloir se rapprocher, vous les éloignez de plus belle.

Quand la portière a des demoiselles, elles sont exposées à plus d’un danger. Par la raison qu’on a vu des rois épouser des bergères, de même on a vu maint fils de propriétaire épouser la fille du portier. Ce sont ordinairement de petites personnes pleines de vanité et très-ambitieuses. Admises chez la plupart des locataires, elles puisent dans un monde plus relevé que celui dans lequel elles sont nées, des idées de luxe et de grandeur qui leur préparent souvent de grands chagrins et qui plus tard leur font regarder leurs parents comme bien peu de chose.

a-porteDès leurs premiers ans, elles voyagent perpétuellement de la loge aux appartements et des appartements à la loge. On les fait monter pour exercer aux soins maternels la jeune mariée dont l’hymen fructifiera ; on les fait monter pour les associer aux jeux des enfants d’une classe plus heureuse. Elles sont à même d’établir une incessante comparaison entre la soupente natale et le salon, entre le luxe et la misère, entre le travail et l’oisiveté. Bientôt l’atmosphère enfumée de la loge ne convient plus à la délicatesse, à la sensibilité de leur chétif individu. L’aiguille et la couture sont dédaignées ; on se destine au théâtre, où se promènent bien des princesses qui jadis ont tiré le cordon. Mais si quelques filles de portière s’élèvent au-dessus de la sphère paternelle, un grand nombre descend au-dessous, c’est bien bas !

Une portière qui aimerait son art, qui l’exercerait avec amour et dignité, pourrait rendre d’immenses services à la société ; mais à quoi bon ? on ne lui en aurait aucune obligation, et l’habitude ferait dire d’elle ce qu’on dit des autres : la race des portières est une vilaine engeance.

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Source : Texte établi sur un exemplaire (BM Lisieux : 4866 ) du tome 3 des Francais peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle publiée par L. Curmer  de 1840 à 1842 en 422 livraisons et 9 vol. 

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La Modiste du 19ème siècle

Posté par francesca7 le 20 mars 2013

La modiste

par

Maria d’Anspach

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La Modiste du 19ème siècle dans ARTISANAT FRANCAIS mode1Il est dix heures : Paris s’éveille, les magasins sont ouverts. Quelques promeneurs longent le boulevard pour respirer l’air du matin et secouer l’engourdissement du sommeil ; des commis se rendent à leurs bureaux ; des femmes d’extérieur modeste, des jeunes gens en habit du matin vont au bain ou en reviennent ; de diligents célibataires entrent dans les cafés pour déjeuner et lire leurs journaux. Si, parmi tous ces individus d’aspect différent, vous voyez passer une jeune fille à la tournure dégagée et libre, qui marche vite, est mise avec plus de coquetterie que de bon goût, jette un coup d’oeil curieux sur tout ce qui l’entoure, et prête, chemin faisant, l’oreille aux galants propos des jeunes gens qui la suivent ou s’arrêtent sur son passage ; – c’est la modiste. Suivez-la vous-même un instant, et vous la verrez se rendre à un magasin où les demoiselles de vente l’ont déjà devancée pour faire leur brillant étalage.
 
L’étalage, cette chose si futile et si simple en apparence, est pourtant une spécialité qui exige autant de savoir que de bon goût : il donne au magasin ce cachet d’élégance qui éblouit et attire. L’art ici vous fait deviner bien plus qu’il ne vous montre ; on dirait d’un livre dont le titre éveille la curiosité. Il faut que d’une disposition savante ressortent la forme et la couleur des ravissants chapeaux apportés de l’atelier si frais et si jolis qu’on croirait qu’ils se sont faits sans être touchés. Regardez : l’étoffe n’est pas froissée, le ruban n’a pas un pli, le brillant du satin n’a rien perdu de son lustre. Eh bien ! mettez ce vert à côté de ce bleu, et vous verrez quel horrible contraste choquera vos yeux. Combinez les nuances, variez les tons : que le vert, le blanc le rose, le bleu, habilement rapprochés, se fondent dans un ensemble harmonieux. Placez à côté du noeud qui s’attache à la modeste capote de poult de soie, la riche plume qui orne l’élégant chapeau de velours épinglé. Ces coquilles de dentelle et ces marabouts vaporeux ressortiront mieux à côté de l’humble bruyère et de cette touffe de violettes ; la fleur aimée de Rousseau se penche avec plus de grâce auprès de l’aigrette orgueilleuse, et les grappes de perles de ce turban pendront comme des gouttes de rosée au-dessus des fleurs de l’aubépine à demi cachées sous les barbes flottantes de ce léger bonnet de blonde. – Prestigieux effet du grand art de l’étalage !
 
Un autre talent de la demoiselle de vente est de mettre au premier rang les choses destinées à éblouir, et de cacher, comme un trésor, les parures créées d’hier que les petites curieuses des autres maisons ne manqueraient pas de copier. Car ici, comme dans beaucoup d’autres professions, la jalousie revêt différentes formes pour s’approprier le succès ou les inventions d’une maison rivale. Quelquefois une demoiselle se glisse incognito dans un établissement plus en réputation pour y acheter des modèles. Cette sorte de contrebande n’est pas sans quelque danger pour celle qui la fait : un accueil peu flatteur, voire une expulsion honteuse sont souvent les seuls résultats de cette audacieuse tentative.

La demoiselle de vente a besoin aussi, pour satisfaire aux exigences de son art, d’un tact et d’une finesse admirables. Vous la prendriez pour un conseiller désintéressé, quand elle s’empresse d’offrir à une jolie blonde des couleurs pâles, et sait persuader à sa cliente qu’il est de son intérêt de prendre ce chapeau qui demain l’aurait fort embarrassée ; car, encore un rayon de soleil, et il serait fané. Grâce aux mille séductions de sa faconde commerciale, les formes vieillies, les couleurs passées de mode, disparaissent ainsi des armoires où elles gisaient abandonnées, et c’est toujours comme en lui faisant violence qu’on l’en débarrasse.

Les demoiselles de vente sont prises, en général, parmi les plus expérimentées et les plus capables de représenter dignement une maîtresse de maison : c’est le bataillon d’élite.

Mais revenons à la jeune fille que nous avons aperçue tout à l’heure. Mademoiselle Julia entre dans le magasin. C’est une petit brune à l’air mutin : elle est frisée comme une femme qui va au bal, porte une robe de soie rayée, un cachemire français, des bottines vernies et des gants noirs. Elle est à la fois en négligé et en toilette. Sa robe est faite en peignoir, et son cou s’entoure d’une chaîne d’or d’une grosseur remarquable ; son col garni de dentelle est fixé sur sa poitrine par une énorme broche à laquelle est attachée une seconde petite chaîne qui suspend une cassolette. Mademoiselle Julia a quelquefois des attaques de nerfs, des migraines, des spasmes qui se calment à l’aide des sels renfermés dans cette cassolette. Car n’allez pas croire, avec ses malignes compagnes, que c’est pour faire voir toutes ses richesses qu’elle se charge ainsi d’un magasin d’orfèvrerie. – Or, mademoiselle Julia gagne trente francs par mois.

Julia monte dans l’atelier où se trouvent réunies douze ou quinze jeunes filles qui causent entre elles en formant plusieurs groupes ; car ce que disent celles-ci ne doit pas être entendu par celles-là. Ce sont les apprêteuses, ainsi appelées parce que leur tâche est de préparer les éléments de travail pour la première demoiselle. La plus habile d’entre elles prend le titre de seconde.

Au dernier échelon de la hiérarchie des modistes se trouvent les trotteuses. – Ce sont de pauvres petites filles, qui font, chargées d’un énorme carton, les commissions de la maison, et paient ainsi leur apprentissage par une sorte de domesticité.

L’arrivée de la nouvelle venue suspend les conversations. « Vous venez bien tard, Julia, dit la première demoiselle ; la patronne se fâchera. – Est-ce ma faute, si je ne puis m’éveiller plus tôt, répond-elle dédaigneusement… Bonjour, Mariette ; tu n’es jamais en retard, toi : je ne sais comment tu fais. – Oh ! pour Mariette, c’est bien différent, reprend une autre, elle est comme l’alouette ; dès que le jour paraît, elle chante et travaille. – Aussi, j’ai déjà quelques pratiques, et ce matin j’ai fait un chapeau pour la fille de ma propriétaire ; je l’ai fait tout entier, j’y gagne dix francs ! – Pauvre Mariette ! dit Julia d’un ton de pitié insultante. – Quel air de protection ! Est-ce parce que ma robe, au lieu d’être de soie comme la vôtre, n’est qu’en mousseline de laine à deux francs l’aune ? j’aime autant, ma chère, être pauvre comme je le suis que riche comme vous l’êtes. » Julia, sans répondre, ôte tranquillement son châle et son chapeau, qu’elle suspend à un clou sur la muraille, en compagnie des châles et des chapeaux des autres demoiselles : en sorte que l’on pourrait se croire chez un loueur de costumes en temps de carnaval, ou chez une marchande à la toilette. Tout le monde est arrivé. C’est le moment du déjeuner que l’on trouve toujours mauvais, mais que l’on n’a guère le temps de critiquer ; car ces demoiselles viennent presque aussitôt s’asseoir en deux files autour d’un long comptoir, sur de hauts tabourets, la première demoiselle à leur tête.

mode11 dans ARTISANAT FRANCAISDisons un mot de la première demoiselle. Elle est ordinairement la moins jeune et la plus prétentieuse ; elle commande en souveraine, parle volontiers de son talent, et gagne de 800 à 3,000 francs. Plus elle est payée, plus elle hausse son propre mérite. Elle se croit réellement artiste ; car si elle emprunte au peintre ses modèles, le peintre, à son tour, ne lui prend-il pas les siens pour embellir ses tableaux ? Ne riez pas de son enthousiasme ; la modiste aime son état. En effet, quel plus agréable travail que d’avoir sans cesse entre les mains, sous les yeux, le velours, la soie, des fleurs et des plumes ? Aussi, que de rêves n’ont pas fait faire ces gracieux chapeaux à la jeune fille qui se pique les doigts et se fatigue en se hâtant, parce que dans une heure votre caprice de coquetterie aura changé. Ce qui l’ennuie surtout, c’est de corriger. Parce qu’elle n’aura pas réussi à rendre jeune une vieille, jolie une laide, on maudit son oeuvre. « Je voulais un chapeau comme celui de madame de…, et celui-ci ne lui ressemble en rien. » Observez que madame de… a vingt ans, qu’elle est jolie, et que celle qui parle en a cinquante bien comptés. Que de patience il faut, que de sang-froid surtout pour ne pas répondre à cette femme : « Mais, madame, je ne puis changer vos traits, moi, ni rendre à votre teint ce qu’il a perdu. » La modiste se tait : elle se rappelle à propos que cette femme achète le droit d’être ridicule impunément. Il faut que vous sachiez en revanche qu’être belle et distinguée, c’est une recommandation aux yeux de la modiste. On se surpassera alors, car cette jolie tête parera votre chapeau comme elle en sera parée. Mais malheur à la femme assez mal avisée pour oser se livrer à la critique des oeuvres de la modiste ; on défait avec rage, et refait en dépit du bon goût ce qui va être trouvé charmant à force de ridicule. Pour quelques-unes, c’est une profanation de leur donner ce qui est bien ; elles trouvent mieux le bizarre et l’extravagant. Celles-là tendent à l’originalité.

L’heure du travail a sonné ; la première demoiselle distribue à chacune de ses élèves la tâche de la journée. L’ouvrage terminé, elle le reprend pour y mettre la dernière main, le façonne, l’embellit, et lui donne ce je ne sais quoi qui constitue la perfection. « Voilà, Julia, un chapeau pour vous ; c’est une tête de soixante numéros. – Ah ! quelle horreur ! ce ne peut être que pour une Allemande : grosse tête, grands pieds, grandes mains… Total : jolie femme de Carlsruhe. » En disant cela, elle jette un regard malicieux à une grosse blonde placée vis-à-vis d’elle. Thomassine est Allemande et ne sait pas un mot de français. Elle regarde avec étonnement ses camarades qui rient aux éclats. « C’est mal, mademoiselle Julia, de vous moquer d’une étrangère, reprend à son tour Betzi, grande Anglaise à l’air timide et modeste, ce qui ne l’empêche point de montrer ses épaules nues, selon la coutume des beautés d’outre-mer. – Qui vous dit, mademoiselle, que j’ai attaqué quelqu’un ici ? Eh ! mon Dieu, si je voulais faire un portrait, je n’aurais peut-être pas besoin d’aller chercher bien loin l’original. Je pourrais vous dire, par exemple, que les Anglaises s’habillent comme des mannequins, marchent comme des soldats qui ont les jambes trop longues, et qu’on aimerait la fraîcheur et l’éclat de leur teint, si on ne savait le prix du blanc et du rouge. – A propos de blanc et de rouge, reprend une petite brune à l’air espiègle, n’avez-vous pas remarqué hier notre patronne ? toute la journée elle était pâle comme le clair de lune, et le soir elle avait les plus jolies couleurs du monde ; qu’en pensez-vous ? – Vous êtes toutes des médisantes, répond vivement la première demoiselle ; au moins, puisque vous voulez parler, parlez plus bas. – Comme elle est triste depuis quelques jours, poursuit une toute jeune fille à l’air candide. Est-ce que sa maison tomberait ? – Vous êtes bien sotte, ma pauvre enfant ; vous apercevez-vous que nous ayons moins à faire ? – Est-ce qu’elle tromperait son mari ? demanda Julia. – Fi ! mademoiselle ; un mari à qui elle doit tout. – En ce cas, c’est à d’autres qu’elle paie. »

Ce mot excite une hilarité générale à laquelle la première demoiselle ne peut s’empêcher de prendre part. « N’avez-vous pas remarqué, mesdemoiselles, continue une blonde à l’air réfléchi, que toutes les marchandes de mode ont une histoire pareille ? C’est toujours une demoiselle assez jolie qui sait travailler passablement, se fait courtiser d’abord, et finit par se faire épouser, ou à peu près, par un homme riche qui l’établit ; alors elle prend sa revanche. Elle commande, fait travailler les autres, et travaille elle-même toute la journée… à sa toilette. Ne faut-il pas que madame représente, lorsque par hasard elle daigne paraître en personne dans le magasin ? Quant à l’atelier, elle y est suffisamment représentée par la première demoiselle ; aussi ne s’y montre-t-elle guère que de loin en loin. Habituellement madame ne quitte pas sa chambre à coucher, où elle ne reçoit que quelques élus, qui ont leurs petites entrées. Le soir, elle va se désennuyer des affaires au bal ou au spectacle. Pauvre femme ! Il est vrai que quelquefois, par compensation, elle montre une sollicitude toute maternelle à l’endroit de la vertu de ses employées, auxquelles elle accorde le logement, par une mesure qui profite en même temps à la morale et à sa caisse. Les bonnes moeurs des demoiselles sont d’un excellent rapport pour certaines maisons : dans ces vertueux établissements, les veilles laborieuses se prolongent fort avant dans la nuit. »

En ce moment entre une demoiselle de vente. – Il faut un turban pour une soirée chez le ministre, un bonnet pour un dîner chez l’ambassadeur, une coiffure pour un bal à la cour. – Tout cela va être fait par la première demoiselle ; elle prend sur ses genoux une tête à poupée. Ce n’est plus le turban juif qu’il faut, ce n’est plus le turc ou l’arabe : ils sont trop connus ; il faut qu’elle innove. Alors vous voyez se métamorphoser sous ses doigts tout ce qu’elle touche, selon son inspiration et sa volonté. Le petit bout de ruban devient un noeud coquet, un morceau de gaze fera le soir naître bien des jalousies féminines, et bien des hommes seront aimables près de la femme au merveilleux turban, qui, sans ce faible auxiliaire, serait peut-être restée inaperçue. La première demoiselle sait cela. Elle sait aussi que l’on demande : Où avez-vous fait faire ce turban ? je n’ai jamais rien vu d’aussi joli ; ma marchande de modes ne saurait m’en faire un pareil, je veux la changer pour la vôtre. – Son orgueil est doucement caressé à l’idée que peut-être on saura qu’elle est l’auteur de ce chef-d’oeuvre ; elle puise un nouveau courage dans l’espoir d’une réputation de talent distingué, puis avant de se séparer de ce qu’elle vient d’achever, elle l’essaie. Pourquoi n’est-ce pas pour moi ! dit-elle tout bas ! » Elle le donne ensuite à emporter en poussant un gros soupir ; car il ne lui est pas permis, à elle, de porter des choses aussi luxueuses.

Cependant la première demoiselle n’est pas toujours également heureuse dans ses créations, mais toutes les femmes ne se montrent pas non plus aussi difficiles… « Quand je vois de jolies choses, dit Mariette, je regrette toujours de ne pas être née riche. Oh ! pourquoi ne sommes-nous plus au temps où les seigneurs aimaient tant les modistes, et se plaisaient à en faire de grandes dames ? Elles se mariaient ensuite. Nos seigneurs, à nous, sont des dandys qui viennent nous regarder à travers les glaces du magasin, nous écrivent de fort belles lettres, mais ne nous épousent pas. Tenez, c’était autrefois le bon temps, les hommes avaient plus d’esprit, plus d’amabilité… et plus d’argent…. »

Ce dernier trait soulève parmi quelques-unes un murmure d’improbation, louable sans doute ; mais peut-être le sentiment qui l’a fait naître est-il plus excusable, au fond, qu’il ne le paraît d’abord. Et, en effet, il ne faut pas trop en vouloir à la modiste si elle montre, en général, un zèle trop peu dissimulé pour le culte du veau d’or. La fortune et la mode sont deux divinités également capricieuses et qui se donnent la main. A la fois prêtresse et oracle de la magicienne aux goûts fantasques, aux bizarres créations, comment la modiste serait-elle plus stable qu’elle, et comment ne briguerait-elle pas ses faveurs la première, quand elle voit ses élus se disputer les oripeaux brillants qui donnent un éclat irrésistible à la beauté et voilent la laideur ? N’est-ce pas la mode encore dont le prestige créateur fait deviner une grâce partout où sa présence se révèle, qui grandit et fascine par de séduisantes visions l’imagination des poëtes ? Chaque femme devient alors pour l’homme un ange, quelque chose d’idéal et de parfumé qui émeut doucement son âme, et qu’il adore en lui-même. Et pour une femme, plaire est plus qu’un désir, c’est un penchant, une idée fixe, le besoin de toute sa vie. La nature l’a faite ainsi : enfant, elle s’essaie à paraître belle, elle aime à se parer de ses plus beaux habits, et sourit ingénument au miroir qui réfléchit son image gracieuse. A mesure que l’instinct féminin se développe, elle épèle avec plus de facilité chaque page de ce grand livre de la coquetterie, dont l’amour lui révèlera plus tard les secrets les plus merveilleux. Il n’est donc pas étonnant que la modiste aime le luxe ; car elle est plus à portée que personne d’en apprécier tous les avantages, et elle manifeste, dans la même proportion, une horreur prononcée pour la pauvreté. Faible créature, touchant également à la misère et à l’opulence, c’est un écueil bien grand que les futilités brillantes dont elle est entourée ; les privations usent sa moralité. Elle consume la moitié de sa vie à désirer, et gaspille l’autre à saisir le plaisir sous quelque forme qu’il se présente.

Et si vous remontez plus haut dans la vie de la modiste, vous y trouverez encore bien d’autres raisons de la plaindre et peut-être de l’excuser. Qu’est-ce, en effet, sous le point de vue moral, que la modiste ? une pauvre fille éloignée de sa famille, quand toutefois elle en a une ; ou bien une jeune orpheline trop bien élevée pour être une simple ouvrière, et trop peu instruite pour devenir une sous-maîtresse ; ou enfin quelque fille d’artisan, dont la dureté la rebute, et dont la grossièreté contraste péniblement avec l’élégance et la politesse des personnes avec lesquelles ses occupations la mettent en rapport journellement. Dites donc à la pauvre enfant de brider son imagination, d’étouffer ses désirs et d’éteindre les bouffées d’ambition qui lui montent au coeur à la vue des riens éblouissants qu’elle façonne elle-même, et qui resplendissent à ses yeux tout le long du jour.

Que si vous me demandez encore comment et pourquoi elle est devenue ce qu’elle est, je vous répondrai qu’elle est devenue modiste, comme vous êtes peut-être vous-même devenu artiste, comme on devient aujourd’hui homme de lettres, – faute de mieux, parce que cela est commode, n’engage pas l’avenir, et que c’est parfois un moyen d’arriver à quelque chose, quand on ne meurt pas en chemin de désespoir et de misère. Ce n’est pas une profession, un état, comme disent les grands parents et les négociants ; mais c’est une position assez avantageuse pour attendre, pour épier la fortune et la saisir au passage. On est en évidence, ou du moins on croit l’être, et qui sait ? les banquiers, les mylords, et les princes russes visitent quelquefois les ateliers de modes aussi bien que les ateliers de peinture, et s’ils achètent un tableau dans ceux-ci, ils font souvent choix d’une jolie femme dans ceux-là.

La modiste a, parmi beaucoup d’autres inclinations, l’amour inné de tout ce qui est beau et distingué. Le comme il faut est sa manie, son thème éternel, sa religion ; la seule chose sur laquelle elle se montre véritablement inflexible et d’une susceptibilité désespérante. Doutez de son talent, de sa vertu, de sa beauté même, c’est une injure, une injustice peut-être, qu’elle excusera pourvu que vous la reconnaissiez, d’ailleurs, pour une femme comme il faut. Ce titre-là, elle y tient comme un Rohan à son blason ; c’est sa noblesse à elle, et elle n’hésiterait pas, s’il le fallait, à défendre ses droits par tous les moyens qui sont en son pouvoir. La modiste est donc avant tout, de gré ou de force, à tort ou à raison, une femme comme il faut. Cette expression compose à peu près tout son vocabulaire fashionable : elle ne porte que les choses les plus comme il faut, ne fréquente que les jeunes gens comme il faut, et estime singulièrement l’air comme il faut ; et, si vous m’en croyez, vous ne la contrarierez pas trop sur la légitimité de ses prétentions. Sa reconnaissance peut, sous ce rapport, la mener fort loin avec vous… ne fût-ce qu’au Ranelagh.

Ici nous sommes forcé d’établir, dans l’espère que nous avons choisie, des classifications nécessaires à l’intelligence de ce que nous venons de dire. Nous n’entendons parler que de la modiste parisienne, telle que le progrès nous l’a faite, et telle qu’elle existe en deçà de la rive droite de la Seine, et dans les régions élevées du monde élégant. La modiste de province n’est qu’une pâle copie de la modiste de Paris, et la modiste des bas quartiers de la capitale se confond avec le grisette, cette plante indigène du pays latin, enracinée dans la terre classique, qui croît et meurt enlacée au bras de l’étudiant.

mode-2La différence qui existe entre la grisette et la modiste ne saurait être contestée ; bien qu’un élégant écrivain ait malheureusement confondu ces deux types également intéressants. Cette erreur a soulevé de part et d’autre de vives réclamations ; grisettes et modistes ont crié à l’hérésie, et l’on ne peut s’empêcher de déplorer sincèrement ce désaccord entre les deux pivots intelligents de la fashion. Au point de vue de l’art, la question se résout évidemment en faveur de notre modèle : la grisette n’est qu’une ouvrière ; la modiste est un artiste, et nous devons ajouter qu’elle en a même le désordre et l’insouciance dans ses habitudes, comme dans son intérieur. La grisette appartient plus particulièrement à la classe des couturières. C’est cette jeune fille au sourire provoquant, à la jupe courte et retroussée, qui court le nez au vent, coiffée d’un simple bonnet, sur le pavé glissant d’outre-Seine, ou le long des trottoirs encombrés des rues marchandes ; qui travaille tout le long du jour dans un atelier sous la direction d’une maîtresse ouvrière, ou va, pour son propre compte, à la journée, taillant et cousant à domicile les robes de la portière, ou remettant à neuf les hardes des petits ménages. Quel rapport, je vous le demande, entre ce travail grossier, purement manuel, et les ouvrages élégants échappés de l’imagination et de la main industrieuse de la modiste ? Quelle ressemblance entre cette bonne fille, si accorte, si pauvre et si gaie, contente de peu, contente de rien, et ces jolies habitantes de nos riches magasins que vous rencontrez, sans les reconnaître, en manchon de martre et en chapeau de velours ? celles-là, certes, ne sont pas contentes de peu, elles ne sont souvent contentes de rien. Vous figurez-vous, au milieu d’un de ces élégants salons de modes, l’inséparable compagnon de la grisette, l’Étudiant, le vrai et primitif habitant de la rue de La Harpe ou de Sorbonne, la casquette sur l’oreille, la pipe à la bouche, et les mains veuves de gants qu’il a oublié de mettre ou d’acheter ?

Il faut le dire, malgré les efforts et le prestige d’un admirable talent, les jolis anachorètes blancs et roses de la rue Vivienne resteront toujours dans le souvenir des habitants de ce brillant quartier, comme un beau rêve, comme une poétique vision qu’on regrette ou qu’on aime sans y croire.

Quant à la marchande de modes, cette puissance occulte qui règne despotiquement sur la plus gracieuse et la plus capricieuse moitié du genre humain, c’est une physionomie à part, le type d’une classe non encore décrite par les physiologistes. Cette espèce bâtarde participe essentiellement de la simple modiste par ses antécédents, et de la femme élégante par ses allures et ses habitudes nouvelles. Elle exagère, en général, tous les défauts de ses jolies subordonnées, et elle en a depuis longtemps perdu les grâces faciles et l’heureuse inexpérience ; elle affectionne les grands airs, les pantoufles brodées, les peignoirs de mousseline et le far niente ; mais elle abhorre la morte saison. La morte saison est l’abomination de la marchande de modes et la joie de la modiste. Tandis que la première voit avec regret les femmes élégantes, ses meilleures clientes, émigrer pour la campagne ou pour les eaux, la seconde se réjouit, chôme, lit des romans, prend du travail à son aise et des congés le plus qu’elle peut ; c’est aussi pour elle le temps des voyages en province, des visites à la famille, des pérégrinations à Londres, à Vienne, à Saint-Pétersbourg…

En attendant, vous qui les avez suivies avec nous jusqu’ici, veuillez bien les suivre encore jusque chez elles…. Il est dix heures du soir ; la première demoiselle donne le signal du départ, toutes se hâtent de sortir ; elles ont soif d’air pur et de liberté. Le repos ou le plaisir les rappellent, celles-ci dans un appartement confortable, celles-là dans une mansarde, cette autre dans sa famille. Julia s’arrête au second étage d’une maison de belle apparence ; Mariette s’en retourne sous la sauve-garde de sa mère ; Pauline a pour une heure de chemin, à travers des rues fangeuses, avant d’avoir regagné son modeste garni.

Elles vont ainsi dans la vie chacune par un chemin différent. La plus enviée aujourd’hui sera peut-être la plus pauvre demain, tandis que l’autre aura oublié ses jours de souffrance en s’éveillant un beau matin petite bourgeoise, ou même grande dame ; d’autres finissent on ne sait comment. Ce sont de pauvres filles ballottées par le vent de l’adversité, qui meurent en laissant de riants souvenirs à plus d’un homme grave maintenant. – L’infortunée qui donna follement sa jeunesse au plaisir n’a pas d’amis. Celui qui rêve encore d’elle, comme d’un plaisir passé, ne l’aperçoit plus que semblable à une ombre vaporeuse qui s’évanouit derrière des préjugés et des ambitions de toute espèce.

Source : Texte établi sur un exemplaire (BM Lisieux : 4866 ) du tome 3 des Francais peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du XIXe siècle publiée par L. Curmer  de 1840 à 1842 en 422 livraisons et 9 vol. 

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Les Portefaix

Posté par francesca7 le 19 mars 2013

 

         Le marché d’Arras était l’un des plus prestigieux du royaume. La quantité de grains apportée chaque semaine Les Portefaix dans ARTISANAT FRANCAIS portefaix-225x300représentait 5 000 à 7 000 hectolitres. Réorganisé en 1722, le marché aux grains employait une armée de bouteurs, inspecteurs, mesureurs et aussi les portefaix.

   Le portefaix était un personnage essentiel du marché aux grains. Il devait pour exercer sa charge, obtenir l’approbation du Maire et des  Échevins. Il joignait à sa demande un certificat de bonne vie et moeurs et la somme de 90 livres (en 1786). Il devait également être agréé bourgeois d’Arras, sa requête en réception lui en coûtant 12 livres.

    Vêtu d’une  ample vareuse, libérant les mouvements, le portefaix était coiffé d’un chapeau caractéristique, très emboîtant, couvrant bien la nuque, appelé « coltin ». Un sac de jute placé sur le cou et les épaules achevait sa protection lorsqu’il transportait ses lourdes charges ( les sacs de grains pesant de 80 à 100kilos )

    De nombreux Dainvillois y étaient employés sur le marché d’Arras ( on en dénombre 80 en 1780). Ces derniers avaient le monopole du transport des grains, de la charrette des vendeurs jusqu’aux « pacus » de la Grand-place et, après achat du « pacus » aux entrepôts, caves voisines et même jusqu’au port ( Quai du rivage). De là, des péniches emmenaient le grain vers le reste de la France, les Pays -Bas autrichiens, l’Angleterre, etc…

    Tous les deux ans, Dainville, au mois de mai, fête ses portefaix. José Ambre, célèbre patoisant de la Commune a même écrit une chanson  en leur honneur.

a-point dans ARTISANAT FRANCAIS

Plus tard, le mot docker, contraction de l’anglais dockworker (littéralement, « ouvrier du quai »), est attesté pour la première fois en français à la fin du XIXe siècle et s’est peu à peu répandu dans la majorité des ports du monde au cours du xxe siècle avec la mondialisation des échanges et la suprématie économique du monde anglo-saxon. Toutefois, le terme débardeur, moins usité de nos jours en Europe, s’est maintenu plus largement au Québec.

À Marseille entre autres, le terme de portefaix était utilisé pour désigner la corporation qui œuvrait sur le Vieux Port pendant la marine à voile qui n’avait pas seulement un rôle de déchargement ou de chargement de la marchandise mais aussi une spécialisation dans connaissance de la qualité du produit manipulé, les portefaix représentaient aussi les intérêt du négociant « Maitre Portefaix » et avaient aussi le rôle d’acheminer la marchandises dans les magasins..

Le terme aconier, parfois écris acconier (ou l’anglicisme stevedore), recouvre des notions proches mais néanmoins différentes d’un point de vue juridique. De fait, l’aconier est l’entrepreneur dont le métier consiste à préparer matériellement et juridiquement les opérations de réception, de déplacement et d’entreposage de marchandises transportées par voie maritime et est donc l’employeur des débardeurs.

Histoire

Les dockers ont souvent donné l’image de « gros bras », ce qui était souvent mérité par le passé, où nombre de marchandises étaient transportés dans des sacs, à dos d’homme. Seules les marchandises très volumineuses, ou en vrac, étaient chargées par des grues. Les dockers empruntaient la coupée pour monter à bord du navire et déchargeaient leur cargaison des cales.

Pendant la deuxième moitié du 20e siècle, la modernisation du transport maritime a radicalement changé la profession. Les navires restent maintenant à quai une journée, voire deux, contre de nombreux jours auparavant. L’automatisation (par exemple avec les conteneurs) accélère les mouvements et a obligé les dockers à acquérir plus de compétences. Ils doivent pouvoir manœuvrer une grue ou un chariot élévateur, saisir des conteneurs, etc.

La profession a également changé durant les vingt dernières années : les dockers travaillaient en tant qu’ouvriers professionnels intermittents journaliers à employeurs multiples, mais sont dorénavant des ouvriers professionnels mensualisés dans une entreprise de manutention ou un groupement d’entreprises, complétés par des ouvriers dockers occasionnels en cas de grande affluence des navires (Loi du 9 juin 1992). Dans la quasi totalité des ports du monde, les ouvriers dockers ont toujours été représentés par des syndicats professionnels puissants avec un fort taux de syndicalisation.

musique-notes-00009La Chanson des Portefaix   musique-notes-000091

Amèn’ech’ sac ed grain,

Mets-me le sur mes reins,

T’y r’prinds point à tros fos

Ch’est du premier cop

Qu’in l’met sur sin dos,

Amen’ech’sac ed grain,

Mets me le sur mes reins,

Et, n’ravise point au poids,

Un bon Dainvillois

Jamais i quéra!

Portefaix, jamais fatigué, bon fieu d’Dainville,

Te décarqu’des sacs ed’ grain,

Avec entrain,

Portefaix, jamais fatigué, bon fieu d’Dainville,

A chaqu’sac te gagn’ tin pain,

Et pis t’n'héring,

Portefaix, jamais fatigué, bon fieu d’Dainville,

Tant que l’terre don’ra du blé,

T’iras oeuvrer,

Portefaix, jamais fatigué, bon fieu d’Dainville,

Tout l’journée, carquer décarquer, jamais s’arrêter,

Ohé!

Portefaix, jamais fatigué, bon fieu d’Dainville,

Tous les soirs te vas chiffler,

Au cabaret,

Portefaix, jamais fatigué, bon fieu d’Dainville,

Eun’grand choppe ed jus d’houblon,

Du beau, du bon,

Portefaix, jamais fatigué, bon fieu d’Dainville,

Quand et’ pinte al’s'ra finie,

T’iras au lit,

Portefaix, jamais fatigué, bon fieu d’Dainville,

Dins les draps, à t’tiot’ dintellière, te diras tout fier:

J’t'as querre!

Amèn’ ech’ sac ed grain,

Mets-me le sur les reins,

T’y r’prinds point à tros fos

Ch’est du premier cop

Qu’in l’met sur sin dos.

Amèn’ ech sac ed grain,

Mets-me le sur mes reins,

Et, n’ravise point au poids,

Un bon Dainvillois

Jamais i quéra!

Non, jamais i quéra!

Saint fiacre, ch’est l’saint patron des jardinniers,

Des bergers l’saint patron, si te l’sais point, ch’est Saint Druon

Pour les tailleurs de pierre, i-a Saint pierre

Et in appelle comme cha ch’ti des grain’tiers, Saint Nicolas,

Ch’ti qui est boulanger fête Honoré

Ch’ti qui est toudis saoul ira prier Saint Arnould,

Nous, portefaix, in n’a un bon,

Ch’est Saint Christophe, not’ saint patron!

fais donc eun’tiot’prière à Saint Christophe,

I-a foqu’liqui t’aid’ra à éviter les catastrophes,

Ch’est li vraimint l’meilleux des saints patrons,

Grâce à li tout va bien, grâce à li tout tourn’ toudis rond,

Un saint patron comm’cha qu’tous les soirs, au cabaret, les portefaix,

Crient: « Tavernier, r’mets un canon,

A la santé d’not’ saint patron! »

( au début)

José Ambre ,  le 26 décembre 1999- issu du site http://www.chez-ulsanne.com

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Les Pionniers du Livradois

Posté par francesca7 le 19 mars 2013

 

LE PAYSAN ET LA MACHINE EN LIVRADOIS

par Lucien GAGHON

Les Pionniers du Livradois dans ARTISANAT FRANCAIS agricultureRésumé. — En Livradois, sur 10 ou 15 très petites fermes, au départ de l’évolution décrite (début du siècle dernier), une ou deux se trouvent aujourd’hui remembrées et agrandies aux meilleures dimensions possibles (10 à 15 hectares de prés ou de champs), équipées et outillées. Mais pourquoi ces trop rares fermes modernisées s’ essoufflent-elles à leur tour, sans tracteur, sans camionnette, sans silos pour l’ensilage en vert, ? Posée pour une petite unité physique, la grande question du paysan et de la machine appelle des éclaircissements qui soient, si possible, de signification universelle. Inspiré par les 3 volumes qu’un professeur d’histoire, B. Charbonneau, vient de consacrer à Z’Etat, nous avons tenté de montrer comment et pourquoi le petit polyculteur- éleveur du Livradois est victime du Léviathan moderne : l’Etat.

 Nous devons l’idée de cet article à l’un des grands maîtres de La géographie agraire, notre ami Daniel Faucher. Daniel Faucher élabore dans le cadre universel un ouvrage sur le paysan et la machine. Comparativement, le champ de notre étude est minuscule : un plateau cristallin d’un millier et demi de kilomètres -carrés de superficie et qui ne porte plus guère que 30 milliers de paysans après en avoir porté 90 et 100 mille vers 1850, il y a seulement un siècle 1. Mais peut-être n’est-il pas impossible, avec un cadre si petit, d’approcher quelques problèmes de portée générale : la ville et lia campagne, le citadin et le rural, l’ouvrier et le paysan, la machine qui vient de la ville et le paysan qui l’utilise sur son exploitation.

 

Réf. 1 L. Gachon, Récentes déprises et reprises humaines sur les massifs anciens du centre de la France. L’exemple du Livradois. R. G. A.. 1952, II, pp. 265-290.

 

ALIRE : Les plus belles fermes-ateliers en Livradois.

La paire de bœufs ou le tracteur.

Insuffisances de l’outillage privé.

Insuffisances de l’équipement public.

L’équipement en moulins.

Le Livradois, corps rural sans organisation économique ni force politique.

Conclusion.

 

SOURCE : Gachon Lucien. Le paysan et la machine en Livradois. In: Revue de géographie alpine. 1953, Tome 41 N°3. pp. 423-441. doi : 10.3406/rga.1953.1104
url :http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rga_0035-1121_1953_num_41_3_1104

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Le Morvan, un pays de Forêts à travailler

Posté par francesca7 le 16 mars 2013

 

Le Morvan, un pays de Forêts à travailler dans ARTISANAT FRANCAIS foret

Ligne frontalière fictive tendue de Liernais à Précy sous Thil, la porte imaginaire de la belle et vaste forêt du Morvan prépare le voyageur à un changement rapide de paysages. Les bois gagnent leur bataille sur les prairies, charmes, chênes, tilleuls, érables champêtres coiffent progressivement les montagnes, quelquefois de mauvaise grâce avec les conifères, souvent nouveaux venus, épicéas, douglas et sapins qui, d’années en années, s’imposent régulièrement un peu plus ;

Sorbiers et bourdaines, sureaux à grappes et aubépines se partagent le sous-bois parfois égayé par les touches jaunes des genêts ou à l’automne, par les grains roses vifs des fusains. Cornouillers et ronciers distribuent généreusement leurs baies appréciées tandis qu’une belle variété de fougères s’étale langoureusement sous la fraîcheur disputant de temps à autre le terrain aux belles digitales pourpres dressées fièrement sur leurs longues tiges.

 

Forêt de calme et de paix abritant jalousement ses pierres de légendes, tâchant d’oublier l’époque, pas si lointaine, où l’homme la saignait à blanc. Au 18ème siècle, 30 000 hectares étaient annuellement abattus et 180 000 stères expédiés à Paris par voie d’eau. Toute une population vivait de cette exploitation interne. En 1737, on dénombrait 2 600 voituriers d’eau qui accompagnaient la production sur l’Yonne et la Seine en mars et avril. En 1840, 800 000 stères quittèrent la région. Des étangs, des lacs comme «Les Settons »furent créés pour augmenter par les lâchers d’eau le débit des rivières. Ponts et moulins en pâtissaient bien souvent et nombreuses furent les prairies dévastées par des stockages abusifs. 

coupeur-de-bois-2-248x300 dans MorvanQue d’hommes travaillaient pour ce commerce ! Bûcherons et mouleux à l’abattage, débardeurs aidés de boeufs et ânes, de trait, marqueurs qui frappaient l’empreinte du destinataire sur chaque bûche. L’organisation des trains de flottage s’effectuait à Clamecey, Château-Chinon se chargeant de la grande foire au bois de la Toussaints ; 18 à 20 jours de voyage attendaient les troncs jetés à l’eau avant d’atteindre la capitale.

Mais la forêt créa maintes autres professions. Fendeurs travaillant à débiter le bois ; les fendeurs en gros fendaient les merrains, planches servant à la confection des tonneaux, les fendeurs en petit fendaient les lattes, les tuiles de bois (bardeaux), tout cela dans des arbres d’au moins sept années. La femme du fendeur était bien souvent contrebandière d’allumettes qu’elle fabriquait avec un savant mélange de soufre et de phosphore, allumettes réputées bien meilleures que celles de la Régie. Les cercliers travaillaient châtaigniers, coudriers et cornouillers pour terminer la confection des tonneaux. Bien connu, le menuisier fabriquait aussi tout un assortiment d’outils agricoles.

Pour la vente, les « grosses » de 12 douzaines de sabots du sabotier se composaient d’un tiers de sabots pour femmes, un tiers pour hommes et un tiers pour enfants. Rouvray voyait œuvrer les armuriers experts dans la fabrication d’arquebuses, arbalètes puis crosses de fusils en noyer et en érable. Le tourneur sélectionnait poirier, charme et sorbier pour tailler les vis de pressoirs. Les écorcheurs ou leveurs, souvent des femmes détachaient l’écorce des jeunes chênes destinée aux tanneries, aidés par les taqueurs qui frappaient la tige si l’écorce résistait. Un centre important existait autrefois à Saulieu. Certaines écorces servaient à la teinture, mais en 1753, on faillit interdire de « teindre les toiles au noir » en raison de la consommation excessive de chênes. D’autres écorces, « arcelots », servaient à la confection de toitures.

Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, les scieurs de long furent embauchés afin de découper les mauvais chênes en traverses pour le chemin de fer. Les galvachers assurèrent le lourds transport de ces traverses jusqu’aux chantiers, ou le débardage des troncs (à ne pas confondre avec les rouliers qui livraient très loin des chargements moins lourds). Plus tard, aidé par l’arrivée du charbon, le chemin de fer allait mettre un terme au ravage de la forêt et, hélas, de tout un mode de vie.

Creusant le bois rond à la tarière, le boisselier fabriquait ainsi des conduites d’eau, activité complémentaire à la création de mesures. Enfin, venaient les cendriers fournisseurs de potasse pour les usines ou de cendres pour la lessive et les engrais. Les coupeur-de-bois-1-300x223charbonniers transformant le petit bois en charbon de vois pour le maréchal-ferrant par exemple, et le salpêtrier soutenu par le Roi soucieux d’être alimenté en salpêtre pour la poudre à canon. Dans les forêts de Précy sous Thil, Saulieu et La Roche en Brenil, on produisait du fer sans laver le minerai dans des bas fourneaux d’un mètre cinquante à deux mètres de haut et d’un diamètre de quarante centimètres environ.

Au 14ème siècle, les hauts fourneaux apparurent, engloutissant 40 stères de bois pour faire une tonne de fonte, 60 tonnes pour une tonne der fer. En 1834, Saulieu possédait une usine métallurgique, deux forges et six usines de terre grossière.

Aujourd’hui, la forêt a retrouvé une vie plus calme. Bien sûr, certaines menaces subsistent, les plantations de remplacement n’ont pas toujours été fidèles aux traditions et bien des sangliers doivent regretter le temps où les chênes surpassaient en nombre les conifères à la croissance si rapide. Perchée sur une branche, la buse variable    surveille le sol à la recherche de rongeurs, couleuvres ou vipères, imprudemment démasqués. Rapace le plus connu et le plus répandu, la buse partage les lieux avec le milan royal, son cousin le milan noir qui quittera le pays pour l’Afrique à la fin de l’été et le faucon crécerelle aux ailes fines. Bien d ‘autres espèces encore sillonnent le ciel de la région sous l’œil attentif des chevreuils et des lièvres, mais ils seront moins couramment rencontrés au fil des promenades. Il est toujours on de rappeler que la plupart des hôtes de la forêt sont protégés depuis 1976, l’accès même de certains sites étant interdit en période de nidification.

Terminons ce chapitre sur la forêt par une information à l’intention des enfants. Chaque année, à l’approche de Noël, des sapins sont installés dans les maisons, décorés et participent à cette ambiance chaleureuse des fêtes de fin d’année. Plus d’un million de ces sapins, qui pour la plupart sont en fait des épicéas, viennent de la région de Saulieu, Précy sous Thil et Liernais. Alors maintenant, vous ne pourrez plus vous empêcher, au moins une fois l’an, d’avoir une pensée émue pour ce sympathique petit coin de Côte d’Or.

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Les colporteurs en tous genres

Posté par francesca7 le 6 mars 2013

 

En se rendant à l’école à pied, jusqu’aux années 1950-1960, les enfants de ma région du Morvan (21) pouvaient rencontrer, écouter et regarder à l’œuvre, les Artisans du village. Par les portes ouvertes des ateliers, s’échappaient dès l’aube, toutes sortes de bruits et d’odeurs ; le charbon de la forge, la corne brûlée, le tintement de l’enclume, la scie ou la varlope du charron…. 

Parmi eux, le Colporteur 

(D’après une rédaction de ML.T , en classe de CM2,

Le mardi 20 décembre 1910) 

Les colporteurs en tous genres dans ARTISANAT FRANCAIS colportuer-225x300« A chaque instant on voit des petits marchands ambulants. Le colporteur a une petite caisse en bandoulière. Elle s’ouvre au moyen de petits tiroirs ou de portes. Il tient un bâton ferré pour se défendre contre les chiens qui aboient quand il passe ou contre ceux qui voudraient le dévaliser. 

Quand il entre dans les maisons, si on ne le revoie pas immédiatement, il sort chaque tiroir à petits compartiments. On y voit une foule d’articles ; des objets de piété, des chapelets, des livres, des lunettes, du fil, des aiguilles, de la laine, du coton, des colliers, des bagues, des broches fantaisie, des peignes, des savonnettes, des brosses, des cadres, des crayons, du papier à lettres, des couteaux, des chaînes, des ciseaux, des lacets…

Parfois on ne voudrait pas lui acheter, mais en voyant ses menus articles, on se décide tout de même pour un couteau, une paire de lunettes ou de la mercerie.

Son métier est très dur, il ne gagne guère. Le colporteur voyage par tous les temps, souvent par des chemins pénibles. Il ne mange pas à l’auberge, mais sur la route ou dans une grange, quelque fois chez les gens qu’il visite. En paiement, il donne des marchandises. » 

(autre aperçu, d’après Tableau de Paris, paru en 1782)

Les mouchards font surtout la guerre aux colporteurs, espèce d’hommes qui font trafic des seuls bons livres qu’on puisse encore lire en France, et conséquemment prohibés. On les maltraite horriblement ; tous les limiers de la police poursuivent ces malheureux qui ignorent ce qu’ils vendent, et qui cacheraient la bible sous leurs manteaux, si le lieutenant de police s’avisait de défendre la bible. On les met à la Bastille pour de futiles brochures qui seront oubliées le lendemain, quelquefois au carcan.


Les gens en place se vengent ainsi des petites satires que leur élévation enfante nécessairement. On n’a point encore vu de ministres dédaigner ces traits obscurs, se rendre invulnérables d’après la franchise de leurs opérations, et songer que la louange sera muette, tant que la critique ne pourra librement élever sa voix. Qu’ils punissent donc la flatterie qui les assiège, puisqu’ils ont tant peur du libelle qui contient toujours quelques bonnes vérités : d’ailleurs, le public est là pour juger le détracteur ; et toute satire injuste n’a jamais circulé quinze jours sans être frappée de mépris.

Souvent les préposés de la police, chargés d’arrêter ces pamphlets, en font le commerce en grand, les distribuent à des personnes choisies, et gagnent à eux seuls plus que trente colporteurs. Les ministres se trompent réciproquement quand ils sont attaqués de cette manière ; l’un rit de la grêle qui vient de fondre sur l’autre, et favorise sous main ce qu’il paraît poursuivre avec chaleur. L’histoire de la correspondance du chancelier Maupeou (ce livre qui, après l’avoir ridiculisé, l’a enfin débusqué) mettrait dans un jour curieux les ruses obliques, et les bons tours que se jouent les ambitieux dans le chemin du pouvoir et de la fortune.

On n’imprime plus à Paris, en fait de politique et d’histoire, que des satires et des mensonges. L’étranger a pris en pitié tout ce qui émane de la capitale sur ces matières ; les autres objets commencent à s’en ressentir, parce que les entraves données à la pensée, se manifestent jusque dans colport-224x300 dans ARTISANAT FRANCAISles livres de pur agrément. Les presses de Paris ne devraient plus servir que pour les affiches, les billets de mariages et les billets d’enterrements ; les almanachs sont déjà un objet trop relevé, et l’inquisition les épluche et les examine.

Quand je vois un livre revêtu de l’autorité du gouvernement, je parie, sans l’ouvrir, que ce livre contient des mensonges politiques. Le prince peut bien dire, ce morceau de papier vaudra mille francs ; mais il ne peut pas dire, que cette erreur devienne vérité, ou bien que cette vérité ne soit plus qu’une erreur. Il le dira, mais il ne contraindra jamais les esprits à l’adopter.

Ce qui est admirable dans l’imprimerie, c’est que ces beaux ouvrages, qui font l’honneur de l’esprit humain, ne se commandent point, ne se paient point : au contraire, c’est la liberté naturelle d’un esprit généreux, qui se développe malgré les dangers, et qui fait un présent à l’humanité, en dépit des tyrans : voilà ce qui rend l’homme de lettres si recommandable, et ce qui lui assure la reconnaissance des siècles futurs.

Ces pauvres colporteurs, qui font circuler les plus rares productions du génie, sans savoir lire, qui servent à leur insu la liberté publique pour gagner un morceau de pain, portent toute la mauvaise humeur des hommes en place, qui s’attaquent rarement à l’auteur, dans la crainte de soulever contre eux le cri public, et de paraître odieux

 

 le Statut du Colporteur en PDF    fichier pdf statut du colporteur

 

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Moyens de communications de 1889

Posté par francesca7 le 5 mars 2013

Moyens de communications de 1889 dans ARTISANAT FRANCAIS communication-lhotel-300x178Hôtel de la Gare de Précy sous Thil

A la fin du 19ème siècle, pour se déplacer sur les routes empierrées, on marche beaucoup à pied, ainsi qu’en voiture à deux ou quatre roues, bâchée de cuir et tirée par un âne ou un cheval qui trotte volontiers. Le chemin de fer apparaît également dans la région de notre Bourgogne (21)

LE TACOT

« le 19 novembre 1989, M. le Maire soumet à l’assemblée un dossier relatif à une enquête sur le nombre et l’emplacement des stations à établir sur la ligne de tramway projetée entre Semur en Auxois et Saulieu.

Le conseil,

Considérant (…) que la commune sera située à une distance d’au moins 5 km des plus proches stations et haltes projetées, c’est-à-dire à la même distance que la gare de La Roche en Brenil. Cependant que les affaires commerciales ne peuvent que gagner à la création de nouveaux débouchés pour les produits de la localité et que les stations de Montlay en Auxois, de Bierre les Semur, de Précy sous Thil   surtout pourront faciliter les transports pour Saulieu et Semur en Auxois.

Est d’avis que, eu égard à l’avantage que la commune de Dompierre peut retirer de la construction du tramway projeté, le nombre de stations paraît suffisant et les emplacements proposés pour ces stations, aussi bien choisis que possible… »

Ce « tacot » à voie étroite sera construit et fonctionnera jusqu’aux années 1930. Il permettra, entre autres choses, à quelques élèves de Dompierre de se rendre au « Cours Supérieur » de Saulieu, chaque semaine.

Après la guerre de 1914-1918, la bicyclette se répand. Ah ! quelle formidable invention que le vélo, peut-être la plus belle ! 

Le cycliste se déplace vite et loin avec sa seule force musculaire. Quand on a un vélo, plus question de rater une foire, un marché, une fête, un bal….

 

Autre révolution à cette époque, la première voiture automobile arrive à Dompierre en 1920 suivie, quelques années plus tard, par les motocyclettes pétaradantes. La « civilisation lente », comme l’écrit Henri Vincenot, notre littéraire régional, accélère son rythme ancestral pour aboutir au TGV qui traverse notre commune depuis 1981.

Le T.G.V

Commencé en 1976, la double voie où circule  actuellement notre fierté nationale, le Train à Grande Vitesse, partage la commune de Dompierre en deux parties inégales. Le tracé, orienté Nord-Nord-Ouest Sud-Sud-Est, passe à proximité des habitations de Genouilly et de Dompierre, les voies de communications coupées ont été rétablies, voire améliorées, par des ouvrages d’art (point, passages pour bestiaux et pour animaux sauvages). La commune a aussi bénéficié d’un remembrement car nombre de parcelles ont été démantelées, amputées par l’emprise importante de voies. Cela a fait grincer quelques dents, comme toujours et partout… Depuis 1981, les rames orange du TGV filent à 270 km/h au milieu de nos vaches qui ne lèvent même plus la tête, craignant pour leurs vertèbres cervicales. Ce bruit de roulement métallique brutalement crescendo et pareillement decrescendo semble être entré dans les mœurs.

 

communication-gare-300x201 dans VILLAGES de FRANCELES ROUTES

Dompierre a la charge d’un réseau de routes et chemins vicinaux important dû à l’étendue du territoire communal et à la dispersion de l’habitat.

En août 1929, « le conseil municipal reconnaît la nécessité du goudronnage des chaussées, rendu indispensable par suite de la circulation automobile intense qui existe actuellement, mais constate, avec regret, la situation lamentable qui est faite  aux conducteurs de voitures hippomobiles, pour circuler sur les routes avec leurs attelage.

Demande instamment :

  1. Que des pistes empierrées et cylindrées soient créées sur les côté des routes actuellement goudronnées ;
  2. Que ces pistes soient créées sur les routes non encore goudronnées préalablement au goudronnage de celles-ci ;
  3. Que les parties de routes traversant des villages, des remblais ou des tranchées, ne présentant pas une largeur suffisante pour la création d’une piste hippomobile, ne soient goudronnées que sur le milieu… »

L’ELECTRICITE

En 1924, la commune décide de s’associer au projet de « constitution d’un syndicat intercommunal ayant pour objet l’installation d’une distribution d’énergie électrique. »

Il faudra attendre le 18 novembre 1929 pour que les premières ampoules électriques déjà installées dans le village s’éclairent…

 

LE TELEPHONE

 Dès 1901, la commune de Dompierre a la possibilité d’avoir une cabine publique, mais le conseil municipal recule devant le coût d’une telle installation.

communication-fin-300x267

Il faudra attendre le 7 décembre 1913 pour que la décision de se rattacher au réseau téléphonique départemental soit prise. La commune s’engage alors à participer au financement de la ligne et de la cabine, à rétribuer un gérant et un porteur de télégrammes, mais…

Le 12 mars 1922, « le conseil vote le principe de faire installer le téléphone au chef-lieu de la commune et à Genouilly.

Ce sera chose faite :

-          En 1923, à Dompierre en Morvan,

-          En 1946, à Genouilly, quelques années et pétitions plus tard,

-          En 1959, à Courcelotte,

-          En 1969, à Jadron.

Issu de cent ans de vie rurale à Dompierre en Morvan (21) d’A.MONIN

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