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    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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Du changement à la ferme

Posté par francesca7 le 11 juillet 2013

 

Exaspération (L’) du monde paysan
face à une politique agricole
inique faite de subventions

(D’après « La Terre de Bourgogne », n° des 19 janvier et 21 février 1924)

 Du changement à la ferme dans ARTISANAT FRANCAIS ferme

En 1924, dénonçant une politique agricole se résumant en l’octroi de subventions plutôt qu’en la mise en place d’un dispositif permettant aumonde de l’agriculture de percevoir la juste rémunération de son labeur, un chroniqueur de La Terre de Bourgogne s’interroge sur une « hérésie économique qui place le paysan en dehors de l’économie générale du pays », et estime qu’à force de sacrifier éternellement celui-ci, nous ne verrons plus « que volets clos et masures en ruines » dans nos villages

Certes, nous aurions mauvaise grâce nous plaindre car nous avons nous autres, paysans, depuis longtemps déjà les honneurs de la presse et même de la tribune ! lance-t-il. Aussi pour nos étrennes n’avons nous pas été oubliés et l’année 1924 s’ouvre sous d’heureux auspices. Nous réclamions les Chambres d’Agriculture nous en sommes gratifiés ! Nous réclamions la protection de nos blés pour nous permettre une juste rémunération de notre labeur, on parle… de la suppression des droits de douane !

 Comme cadeaux de Nouvel An, ceux-ci sont d’importance et nous serions vraiment insatiables si nous n’étions pas satisfaits ! Que sont-elles ces Chambres d’Agriculture constituées selon la nouvelle loi ? Malgré les paroles de consolation de notre dévoué sénateur le Dr Chauveau et de notre distingué Directeur des Services Vétérinaires, je reste sceptique si les résultats que peuvent donner ce nouvel engin « d’administropoliticulture » qui vient de nous être lancé pour nous clore le bec ! « Acceptez cette modeste offrande ! C’est peu de chose, mais c’est mieux que rien et sans aucun doute la gent agricole avec ses qualités foncières d’ordre, de travail, de soumission, s’en contentera ! » Encaisse, paysan !

Le commerce, l’industrie ont leur chambres libres et indépendantes, mais toi « petit enfant » de la société tu incapable de te conduire seul. Tu as besoin de tuteurs ; ces tuteurs nous te les offrons : ici le politicien… Là le fonctionnaire… ! Je ne médis ni de l’un ni de l’autre, mais chacun à sa place et… Tu veux pouvoir prélever des centimes additionnels pour établir ton budget. Un budget ? Mais tu n’en as pas besoin, tu donneras ton avis, tu émettras des voeux et si tu es bien sage tu auras des subventions. Si le ministre de l’Agriculture s’était souvenu des paroles du député Vincent au banquet de Châtillon : « Ne craignez pas, M. le ministre, les organisations paysannes, libres et indépendantes, mais prenez leur avis, c’est celui du bon sens. S’il s’était souvenu de l’émotion que avait produite le vibrant appel de M. Desliens demandant pour le paysan une place au soleil… Peut-être n’aurait-il pas soutenu avec tant d’âpreté le projet qui voulait des Chambres sous la férule de l’Etat !

Pourquoi donc en France, nos parlementaires ont-ils coutume, comme le disait si justement M. Roux au dernier Congrès, de mettre au monde des monstres avec l’idée qu’il est toujours possible de les retoucher ? Pourquoi ne pas créer, de suite des êtres viables et sains ? Ce sont sans doute des secrets de la politique… et je n’y entends rien. Mais ce que je sais c’est que les Chambres d’Agriculture conçues dans le sens de la loi, ne donneront pas plus de résultats que les Comités de retour à la terre, parce que ni l’un ni l’autre n’ont de moyens d’action. Emettre des voeux n’est rien, les réaliser c’est tout. Pas de moyens pas de fin ! Cependant la cause n’est pas perdue, écoutez les appels de ceux qui ont entrepris l’ingrate tâche de défendre vos intérêts. Groupez-vous dans vos syndicats, rendez-les libres et indépendants. Venez à la Fédération qui ayant le nombre aura la force. Venez à la Coopération pour vos ventes, votre intérêt matériel en profitera et votre intérêt moral plus encore. Unis, vous prendrez un rang parmi les puissants et la justice changera d’arme.

« Pour le paysan : huit jours de prison, trois mille francs d’amende pour avoir augmenté le prix du lait de deux sous ». Pour les sucriers : non lieu. Parmi les faits reconnus exacts par l’enquête judiciaire, on a démontré que pendant que le cours du sucre était de 305 francs (raffiné à l’usine) la Société Say, par exemple, le vendait à 525 fr. 85 les 100 kg. Et ce sucre provenait de betteraves à 122 fr. 65 la tonne. « Licite » le bénéfice de plus de 200 francs par quintal. Jugez. Paysans, tant que vous resterez prostrés dans votre stérile individualisme vous serez les sacrifiés de la société.

Quelques semaines plus tard, le même chroniqueur abordait la question de l’abaissement des droits de douane. « Non, on n’osera pas ! » me disait récemment encore un agriculteur de mes amis. Je souriais, sceptique pensant en moi-même : envers nous, que n’oserait-on pas ? Les événements me donnent malheureusement raison. Après avoir essayé d’avilir le cours du blé, par des statistiques fantaisistes, notre ministre vient, malgré ses ronflants discours et ses grandes promesses, de déclencher contre les producteurs de blé une attaque brusquée. Je dis I car à la date où M. Chéron lança à la Commission ministérielle l’annonce de la miraculeuse récolte, la moisson en France n’était pas terminée.

Le 23 août, les battages sont à peine commencés ! Sur quelles données solides peut-on baser à cette époque une statistique ? L’exactitude de ma remarque est d’ailleurs confirmée par la comparaison avec les années précédentes, les statistiques de récolte n’ayant jamais été publiées avant fin septembre. Ce « croc en jambe » fut déjoué par les coopératives de vente et les syndicats qui, recommandant à leurs membres le calme, et la mise sur le marché de leur récolte par petit lot, empêcheront la spéculation d’agir et de réaliser ainsi aux dépens des producteurs et des consommateurs d’énormes bénéfices. Cette manœuvre ministérielle n’ayant pas donné de résultats, sinon de permettre à certains d’acheter du blé à 76 francs pour le vendre 100 francs ! Bénéfice licite ? Il faut tenter le grand coup. Il faut abandonner la protection du paysan français !

Mauvais remède qui fera empirer le mal ! Mais il faut l’avaler. Un décret du 7 janvier réduit de 4 à 7 francs le droit de douane sur les blés. Mes prévisions se réalisent, le blé ne baisse pas ! Paysans pas d’affolement ! Comme le dit « Liber » L’épi n’a pas sauvé le franc mais le franc sauvera peut-être l’épi. Des discours ! des promesses ! nous en sommes comblés. Les actes, eux, sont contraires aux promesses et ce qui est plus grave, contraires aux intérêts de l’agriculture, contraires aux intérêts de la France. Oui ! je le crie bien haut en sacrifiant éternellement les intérêts des paysans, vous ferez que demain, les campagnes seront un vaste désert ! Vous ferez, qu’en parcourant nos petits villages, temples sacrés de la famille française, vous ne verrez plus que volets clos et masures en ruines ; à moins que l’immigration grandissante n’en fasse une terre étrangère !

Tout se lasse… même la patience du paysan. Tout casse même son courage et il s’enfuit vers la ville où il sait trouver une vie meilleure et plus facile. Qui oserait l’en blâmer ? Il est injuste de ne prendre que le prix du pain comme étalon du prix de la vie, comme le faisait remarquer M. Roux dans un précédent article, la dépense du pain n’entre que pour une part minime dans les dépenses journalières du ménage. De plus, si l’on compare le rapport du prix du kilo de pain à celui de l’heure de travail, nous constatons avec plaisir d’ailleurs que ce rapport s’est élargi. En 1914 l’ouvrier gagnait par journée de 10 heures de travail 14 kg. 3 de pain. En 1924 l’ouvrier gagne par journée de 8 heures de travail 16 kg. 6 de pain.

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Il n’y a donc pas à prétendre que le prix du pain est prohibitif et que le paysan en est la cause. La cause elle est dans votre gaspillage ! Gent de l’assiette au beurre ! Comprimez vos dépenses ! Supprimez les fonctionnaires inutiles ! Surveillez les louches financiers qui rôdent autour de vous pour épier l’occasion de réaliser une fortune sur le malheur de la France ! Et protégez l’agriculture ! Nous serions les premiers à nous réjouir de l’abaissement des droits de douane sur le blé si les droits sur les autres matières importées baissaient dans les mêmes proportions, mais il n’en est rien !

Pourquoi continuer à croire à cette hérésie économique qui place le paysan en dehors de l’économie générale du pays ? Pourquoi toujours oublier que pour faire sortir du sol de France ces superbes blés d’or il faut que le paysan fasse appel aux produits d’importation machines et engrais, pourquoi oublier qu’il paye une main-d’œuvre susceptible de donner un demi-rendement 4 à 5 fois plus cher ?

Pour le chroniqueur de La Terre de Bourgogne, la raison de cette soi-disant vie chère ou plutôt de la diminution de la valeur réelle du moyen d’échange crève les yeux. Qui a remplacé le million de gros paysans tombés glorieusement sur les champs de bataille ? Personne ! Où sont partis tous nos jeunes gens qui ont quitté la terre ? Où partiront demain les quelques rares qui y restent si l’injustice qui frappe la classe paysanne continue ? A la ville ! Nos cités regorgent de monde. Pour permettre à cette masse de travailleurs de ne pas connaître les horreurs du chômage, il faut que nos industries marchent et pour cela il faut importer 14 milliards de matières premières.

Il faut de plus, éviter à tout prix la surproduction, d’où la nécessité de la journée de 8 heures. Il faut enfin, que le travail soit grassement rémunéré afin de permettre l’achat des denrées de première nécessité, malgré les hauts prix demandés par les trop nombreux intermédiaires. La France meurt de son déséquilibre entre sa population rurale et sa population urbaine.

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Les pruneaux de A à Z tout en Vidéo

Posté par francesca7 le 9 juillet 2013


 

La plantation des Pruneaux

Après un piquetage minutieux du terrain les jeunes scions sont plantés au cordeau dans le futur verger. Ce dernier est assimilable à un damier dans lequel les arbres seraient espacés de 6m dans le rang et 7m entre les rangs afin d’assurer leur parfait développement tout en permettant le passage des machines. Chaque arbre possède un certificat qui consacre la variété et l’état sanitaire de l’arbre. Des protections évitent à l’arbre de subir les attaques des lapins et cervidés.

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La taille des pruniers

Pour obtenir de belles prunes, il faut tailler les pruniers dès leur jeune âge pour les former (taille de formation) puis tous les ans pour pour que chaque fruit bénéficie du maximum de soleil à la belle saison (taille de fructification). C’est durant l’hiver que le pruniculteur taille ses arbres. On estime à 100 heures minimum de travail par hectare le temps passé à cette opération importante. Qu’elle soit de « formation » ou de « production », la taille est une opération délicate qui demande le plus grand soin.

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la pollinisation

Avec l’arrivée du printemps, le climat se réchauffe. C’est le moment de la floraison. Les insectes pollinisateurs vont entrer en scène. Les apiculteurs déposent leurs ruches dans les vergers pour favoriser cette étape cruciale qui conditionne la récolte future.

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L’irrigation

La correcte nourriture des arbres et des fruits passe aussi par un apport régulier en eau. L’irrigation vient parfois pallier les caprices de la nature. Des mécanismes modernes de micro aspersion et une planification des périodes d’arrosage garantissent une parfaite gestion des ressources en eau en fonction des besoins des arbres.

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La récolte des Pruneaux

  Un bon pruneau c’est d’abord une prune récoltée à pleine maturité.

La récolte se fait traditionnellement entre mi-août et mi-septembre quand la prune arrive à pleine maturité et que se produit la chute naturelle des fruits ou celle provoquée par un léger secouage de l’arbre.

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Le séchage du Pruneau

Un bon pruneau c’est d’abord une prune récoltée à pleine maturité.
La récolte se fait traditionnellement entre mi-août et mi-septembre quand la prune arrive à pleine maturité et que se produit la chute naturelle des fruits ou celle provoquée par un léger secouage de l’arbre.

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Vient ensuite le Séchage :

Après le séchage, l’opération de tri est très importante, car elle permet d’écarter les fruits fendus, blessés ou tachés et les fruits mal séchés. Cette opération s’effectue généralement à la main, sur des tapis de triage ou sur les claies de séchage avant le stockage.

Et enfin, le Stockage et l’exploitation

Les pruneaux seront stockés sur l’exploitation en attendant d’être vendus aux transformateurs chargés de leur commercialisation. Le stockage s’effectue dans des palox (caisse-palette en bois) garnis de grandes poches en polyéthylène alimentaire. Ceux-ci sont ensuite placés dans des locaux appropriés, de préférence à l’abri de la lumière, à hygrométrie et température constantes.

 

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Pruneau d’Agen et de Vitteaux

Posté par francesca7 le 9 juillet 2013

Pruneau d’Agen et de Vitteaux dans ARTISANAT FRANCAIS pruneauLe pruneau est un fruit sec provenant de prunes séchées, pour être conservées.

En France, le pruneau d’Agen (préfecture du Lot-et-Garonne en Aquitaine), protégé depuis 2002 sur l’ensemble de l’Union européenne par une indication géographique protégée (IGP), est le fruit séché d’une variété de prunier cultivé, nommé prunier d’Ente. On le consomme nature, en accompagnement de plats salés, ou dans des desserts sucrés. D’autres villes comme Brignoles, Toursou Dijon (Vitteaux) étaient connues, surtout au xixe siècle, pour leurs pruneaux.

Hubert Caillavet (1991), un ingénieur horticole travaillant à la station de recherches viticoles, d’arboriculture fruitière, près de Bordeaux, supposait que la prune d’ente « aurait été introduite d’Orient à l’époque des Croisades et fut multipliée d’abord dans les vergers du monastère bénédictin de Clairac (Lot & Garonne). Ce sont probablement les moines qui, les premiers, ont pratiqué le séchage de la prune. Cette variété était appelée autrefois prune d’Agen ou prune datte… L’appellation « d’ente » semble avoir été donnée pour la première fois en 1846, car à cette époque, on remarqua qu’il était préférable de « l’enter » (ce qui veut dire greffer en vieux français). »

Des preuves demeurent de sa culture au xve siècle. Le Dr Tarry, de la Société d’agriculture d’Agen, a publié en 1821 un article justifiant l’utilisation du terme « pruneaux d’Agen » pour cette production. En effet, l’épicentre de la production se trouve 30 à 40 km plus au nord, vers Sainte-Livrade-sur-Lot et Villeneuve-sur-Lot, mais c’est bien du port d’Agen que partaient autrefois les embarcations vers Bordeaux puis le reste dumonde.

Le pruneau était un aliment favori des marins au xviie et xviiie siècles et des colons au xixe siècle, grâce à son aptitude à conserver ses qualités de fruit au cours de longs transports, assurance contre le scorbut. La culture du prunier d’ente a été installée au xixe siècle dans le Nouveau Monde.

Cette culture, à partir de plants importés de la région d’Agen, a connu un grand succès en Californie, mais aussi en Afrique du Sud, en Australie, en Argentine et au Chili, pays devenus concurrents du pruneau d’Agen sur les marchés internationaux.

 

Un site à consulter pour plus d’informations…. 

Culture

Dans un verger de culture, les pruniers sont généralement espacés de six, sept mètres.

La récolte se fait entre le 15 août et le 20 septembre. Les fruits mûrs sont ramassés par secouage du prunier de manière manuelle ou à l’aide de vibreurs mécaniques qui font tomber les prunes sur de larges toiles tendues. On utilise aussi de grands tabliers circulaires qu’une machine drape en collerette autour du tronc de l’arbre.

La qualité du pruneau dépend pour beaucoup de la maturité de la prune. Les fruits cueillis sont lavés à l’eau douce et sont ensuite séchés naturellement au soleil, ou industriellement, au four.

Séchage 

En France, les prunes fraîches juste récoltées sont lavées, triées et calibrées par tailles. Elles sont ensuite étalées sur des claies qui sont empilées sur de grands chariots pour être envoyées dans les tunnels de séchage. Elles passent là de 20 à 24 heures dans des fours chauffés entre 70 et 80 °C jusqu’à ce que leur taux d’humidité résiduel soit ramené à 21-22 %. Ce taux d’humidité réduit permet une bonne conservation sur plusieurs années en atmosphère naturelle.

Avant commercialisation, les pruneaux sont réhydratés dans un bain à 75-80° pour remonter leur taux d’humidité à 35 % environ. Il faut généralement entre 3 et 3,5 kg de prunes d’ente fraîches pour obtenir après séchage 1 kg de pruneaux d’Agen.

Dans certains pays comme le Chili ou l’Argentine, le séchage est encore réalisé au soleil en 10 à 12 jours, à même le sol ou sur des grilles surélevées, mais cette technique est en diminution à cause de ses inconvénients sanitaires et de la difficulté d’obtenir un séchage « à point ».

Lors du séchage, les prunes subissent un changement de couleur important, dû à l’apparition de pigments bruns ayant pour origine l’oxydation des composés phénoliques. Les enzymes impliqués dans cette oxydation sont des polyphénol oxydases (PPO).

Durant le séchage, dans une première phase, la teneur en saccharose de la prune fraîche diminue rapidement, compensée par l’augmentation des concentrations des deux produits d’hydrolyse, à savoir le glucose et le fructose. Dans un deuxième temps, le glucose et le fructose sont dégradés par des réactions de Maillard mais pas le sorbitol. Celui-ci ne commence sa dégradation que durant la dernière étape où se produisent des caramélisations.

Lorsqu’on effectue un séchage débutant à 85°C puis ramené à 70°C, on observe une diminution de la concentration en composés phénoliques de 31-38 %. Le séchage détruit les anthocyanosides et une partie significative des flavonols et de l’acide ascorbique. Par contre, il y a un doublement de l’activité antioxydante.

Production 

Le pruneau bénéficie depuis 2002 d’une indication géographique protégée (IGP) délivrée par l’Union européenne sous l’appellation de « pruneau d’Agen ». La zone de production couvre six départements du Sud-Ouest : Lot-et-Garonne (65 %), Dordogne (8 %), Gironde (7 %), Tarn-et-Garonne (6 %), Gers (5 %), Lot (4 %), et pour les 5 % restant l’Aude, l’Hérault, le Gard, et la Corse.

Aujourd’hui la production mondiale de pruneaux se fait principalement en Californie (États-Unis), où la variété fut importée par Louis Pellier en 1856 (150 000 tonnes annuelles), en France (le pruneau d’Agen, 50 000 tonnes), au Chili et en Argentine.

 

LA RECOLTE DES PRUNEAUX en VIDEO / 

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Caractéristiques

Le pruneau a un poids moyen de 15 grammes. Il a un fort pouvoir antioxydant. Il est riche en fer. Il contient une forte concentration de sucres (glucose, fructose et sorbitol principalement), ce qui lui permet une longue conservation naturelle.

Le calibre est un indicateur essentiel de la qualité intrinsèque du fruit : plus la prune était riche en sucres à l’état frais, plus le pruneau est gros et souple après séchage. Le calibre s’exprime par le nombre de fruits aux 500 grammes : plus le nombre est petit, plus les fruits sont gros. Le calibre déclaré sur l’emballage est une fourchette (par exemple 33/44 : 33 à 44 fruits par 500 grammes).

Sa couleur noire est due à l’action d’enzymes. Il s’agit de polyphénol oxydases comme ceux que l’on retrouve dans les raisins secs. D’ailleurs, les deux fruits, lorsqu’on les fait sécher, prennent la même couleur noire caractéristique.

Les pruneaux sont vendus dénoyautés ou non. Leur grosseur et leur qualité sont variables. Il est préférable de choisir des pruneaux bien noirs, brillants, moelleux et charnus, non poisseux ni moisis. S’ils paraissent secs, cela peut provenir de la petitesse du calibre choisi (peu de pulpe sur le noyau) ou d’une conservation trop longue hors d’un emballage hermétique.

En raison de leur forte teneur en sorbitol, les pruneaux ont une action laxative, particulièrement efficace si les fruits ont trempé et sont consommés avant le sommeil. Le jus a des propriétés similaires.

De plus, ce fruit contient un excellent apport en potassium (600-732mg/100 g), ce qui en fait donc un excellent fruit à consommer pour les gens souffrant d’un excès de sodium dans l’organisme.

Valeur nutritionnelle

Le profil nutritionnel des pruneaux donné dans les tables de composition des aliments résulte de la compilation de résultats éparts, notamment étrangers. Ils ne tiennent pas compte du lieu de cultures et des méthodes de séchage. Or la nature du sol détermine les teneurs en certains nutriments, comme le bore. Nous donnons dans les tables suivantes5, les analyses faites sur des « pruneaux d’Agen » de la région de Villeneuve-sur-Lot, les seuls à pouvoir bénéficier de cette appellation IGP (indication géographique protégée).

Après séchage, le noyau représente environ 11 % du pruneau alors qu’il ne faisait que 7 % du fruit frais.


Pruneau
(valeur pour 100 g de pulpe de pruneaux récoltés dans la région de Villeneuve-sur-Lot en 2003, d’après Bourre et coll.5 (2007))

valeur énergétique : 959 kJ eau : 36,3 g fibres : 6-7 g sorbitol : 29,6 g
protéines : 1,96 g lipides : 0,26 g glucides : 60,6 g fructane : 300 mg

oligo-éléments

potassium : 621 mg magnésium : 30 mg phosphore : 70 mg calcium : 49 mg
sodium : 0,84 mg fer : 2,13 mg bore : 1,0 mg zinc : 0,51 mg

vitamines

vitamine C : <1 mg vitamine B1 : 0,82 mg vitamine B2 : 0,06 mg vitamine B3 : 1,13 mg
bêta-carotène: 0,47 mg vitamine B5 : 0,27 mg vitamine B6 : 0,16 mg vitamine K : 4,3 µg

acides organiques

acide quinique : 4 100 mg acide malique : 290 mg acide shikimique : 280 mg acide chlorogénique : 8 mg

La teneur en eau correspond à celle requise par la réglementation. Le degré d’hydratation du pruneau français (36,2 %), plus élevé que celui du pruneau américain (32,4 %), explique les différences de teneurs des macro-nutriments avec les tables américaines de Stacewicz-Sapuntzakis et coll 2001.

Le pruneau est un fruit riche en glucides et pauvre en lipides et protéines. Les glucides se décomposent en

Les sucres simples et amidon dans le pruneau (Bourre et coll. 2007)

glucose

fructose

saccharose

sorbitol

amidon

42,7

25,6

1,6

29,6

0,4

Le saccharose est peu abondant (1,6 % des glucides) car il est hydrolysé lors du séchage sous l’effet d’activation d’enzymes. Les pruneaux se singularisent dans le monde végétal par leur forte teneur en sorbitol (30 % des glucides), un polyollentement métabolisé par l’organisme. L’abondance de ce composé expliquerait la faiblesse de l’indice glycémique (vitesse de digestion des glucides), tout comme la présence de bore, de fibres alimentaires et de polyphénols.

Les pruneaux contiennent de faibles quantité de fructanes (0,3 %), beaucoup moins que les raisins secs (7 %) mais beaucoup plus que les pommes, les poires et les bananes. Les fructanes sont des polymères de fructose, qui passent à travers l’intestin grêle sans être digérés et se retrouvent dans le côlon où ils subissent une fermentation par le microbiote et stimulent la flore intestinale.

Les glucides du pruneau sont digérés relativement lentement. La mesure précise de cette vitesse de digestion se fait par l’indice glycémique. Plus ce paramètre est bas, plus le glucose met de temps pour passer dans le sang. Le pruneau a un indice glycémique moyen5 de 52, situé au-dessus de celui du pamplemousse (25) et en dessous de celui du miel (73).

Les pruneaux sont parmi les aliments les plus riches en fibres alimentaires (6-7 % de la chair). Ces fibres se décomposent en fibres solubles (57 % des fibres totales), riches en pectines et en fibres insolubles (43 %), composées de cellulose et hémicellulose. Les fibres sont bien connues pour faciliter le transit intestinal mais elles contribuent aussi à diminuer l’indice glycémique et à baisser le LDL-cholestérol.

Les pruneaux font partie des aliments usuels les plus riches en potassium (621 mg/100 g), un peu moins que les raisins secs, et environ autant que les châtaignes et les noix. Leur teneur en zinc et fer est aussi significative.

Composés phénoliques

Les pruneaux sont riches en polyphénols, composés intéressants pour leur pouvoir antioxydant.

Les polyphénols des pruneaux
pour 100 g, d’après Phénol-Explorer

Flavonol

3-O-rutinoside quercétol : 2,50 mg

Acides chlorogéniques

Acides hydroxycinnamiques

acide 3-O-caféylquinique : 118,59 mg
acide 3-O-p-coumarylquinique : 1,32 mg
acide 4-O-caféylquinique : 31,25 mg
acide 5-O-caféylquinique : 38,79 mg

acide caféique : 1,11 mg
acide p-coumarique : 1,11 mg

Les pruneaux sont particulièrement riches en acides chlorogéniques, en particulier dans divers isomères d’acide caféylquinique. Mais ceux-ci ne peuvent expliquer que 28 % de l’activité antioxydante ORAC (oxygen radical absorbance capacity) du pruneau8. L’activité antioxydante résiduelle dépend de composés inconnus ou en cours de détermination.

Il n’y a pas de mesure absolue de l’activité antioxydante des aliments mais diverses méthodes qui lorsqu’elles sont appliquées à des listes de produits permettent de faire des comparaisons. Ainsi, le Nutrient Data Laboratory de Beltsville donne dans sa table de 2010, le classement suivant le score ORAC :

Activité antioxydante ORAC de quelques fruits secs
total ORAC μmol TE/100 g, d’après USDA database

Produit

T-ORAC

raisins secs
dorés seedless

10 450

pruneau

8 059

datte, deglet nour

3 895

raisins secs seedless

3 406

Les pruneaux se classent parmi les fruits secs ayant la plus grande activité antioxydante. Le score ORAC remarquablement élevé des raisins dorés tient à l’utilisation de l’anhydride sulfureux SO2 qui inactive les polyphénol oxydases mais qui n’est pas sans inconvénients sur le plan toxicologique.

Utilisations

Il était un des constituants du diaprun solutif de la pharmacopée maritime occidentale au xviiie siècle .

Pour l’alimentation

Les pruneaux se consomment en dégustation comme fruit sec (très énergétique), ou cuits en compote.

Pour la consommation de bouche, on préférera les calibres de 44 fruits aux 500 grammes et plus gros (28/33, 25/30, 33/44).

On les incorpore entiers ou en morceaux dans des sauces, gâteaux (clafoutis, far breton, biscuits, muffins, puddings…), fromage blanc. On les mange également à l’apéritif, entourés d’une tranche de bacon (piquée à l’aide d’un pique-olives) et passés au four.

Les pruneaux sont également délicieux pour accompagner le lapin, la volaille et le gibier.

Le pruneau est souvent utilisé avec la viande d’agneau dans la cuisine de l’Afrique du Nord, du Proche-Orient et de l’Iran (tajine marocain par exemple).
Pour abréger le temps de cuisson, on peut tremper les pruneaux dans de l’eau, du jus ou de l’alcool.
S’ils sont trop desséchés, on peut les faire tremper dans de l’eau bouillante, puis les égoutter et éponger avant de les utiliser.

Pour faire une compote de pruneaux, le sucre ne doit être ajouté qu’en fin de cuisson, sinon le fruit ne pourra absorber l’humidité. L’amande nichée dans le noyau du pruneau contient une substance toxique : l’acide cyanhydrique. C’est pourquoi on peut consommer l’amande mais en petite quantité seulement.

On peut assez facilement dénoyauter un pruneau à la main. Il suffit de le malaxer quelques secondes pour le ramollir. On peut alors d’une simple pression extraire le noyau sans la chair.

 

Le séchage des pruneaux en vidéo / 

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Bienfaits pour la santé

Des études récentes suggèrent que les pruneaux sont les fruits les plus efficaces pour prévenir la perte osseuse et même renverser son évolution. Plusieurs expériences menées sur l’animal et l’homme ont montré les effets bénéfiques des pruneaux pour prévenir l’ostéoporose. Les rates ovariectomisées subissent une diminution de leur densité minérale osseuse sauf si elles sont nourries à forte dose avec des pruneaux. Dans une autre expérience, on laisse les rates perdre de la masse osseuse pendant 40 jours après l’ablation des ovaires puis on les nourrit à divers taux avec des pruneaux. Avec un taux de seulement 5 %, elles récupèrent leur densité minérale osseuse et inversent les désorganisations de la microarchitecture osseuse trabéculaire. Une étude clinique menée sur des femmes ménopausées a montré que les pruneaux, consommés pendant trois mois, en comparaison avec les pommes séchées, améliorent les paramètres d’ossification.

  • Facilitation du transit intestinal

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La journée d’un journaliste

Posté par francesca7 le 30 juin 2013

par Gustave Planche

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La journée d’un journaliste dans ARTISANAT FRANCAIS journaliste

Le journalisme est une royauté nouvelle, la plus jeune à coup sûr de toutes celles qui couvrent aujourd’hui l’Europe ; plus vivace et plus hardie, plus souple et plus alerte que toutes les cours et tous les cabinets qui se liguent sans pouvoir se soutenir, qui prodiguent les serments et les parjures, les protestations de franchise et les arrière-pensées sans réussir à se tromper ; elle est née le jour où la vieille royauté a reçu le premier coup, le coup mortel qui a blessé à mort, en 1789, sa légitimité de quatorze siècles.

Et cependant quoique née d’hier, elle n’a pas moins de courtisans que ses soeurs aînées. Faudrait-il en conclure qu’elle est réservée au même sort ; que l’aveuglement et l’ignorance la menacent, comme les majestés auxquelles elle succède, d’une mort prochaine et désastreuse ; qu’elle entrera comme elles dans l’oubli et le néant ? Je ne sais. Mais si nos yeux ne suffisent pas à prévoir de si loin la catastrophe qui doit dénouer sa vie, au moins pouvons-nous contempler à loisir, et dans ses plus secrets détails, cet élément de la société moderne, inconnu jusqu’à la fin du dernier siècle, que Lesage et La Bruyère n’auraient pas oublié dans les Caractères ou le Gil Blas, s’il y avait eu de leur temps une classe d’improvisateurs appelés journalistes, prêts à toute heure à prendre la parole, à faire de la colère ou de la pitié, de l’admiration ou de la sympathie, de l’indignation et du dédain, sur tous les hommes et toutes les choses qui passent devant les yeux avec une rapidité kaléidoscopique.

La journée d’un journaliste est singulière et ne ressemble à aucune autre ; elle est pleine et rapide, pensive et hâtée, distraite et concentrée, sérieuse et dissipée, mêlée de courage et d’insouciance, d’inquiétude et d’apathie, laborieuse et active au-delà de toutes les prévisions, mais parfois aussi ressemblant assez bien à l’oisiveté officielle, aux bras croisés des philosophes du dix-huitième siècle, ou des rhéteurs d’Athènes et de Rome.

A son réveil, le journaliste ne peut pas, comme les heureux du siècle, promener sa rêverie sur l’emploi de sa journée, jeter la plume au vent, comme on dit, et se demander indolemment s’il ira gagner l’appétit de son déjeuner dans une promenade à cheval, ou s’il attendra midi en promenant paresseusement ses yeux sur les feuilles humides d’un livre nouveau, sans s’imposer aucune autre tâche que celle de le trouver ennuyeux ou amusant, de le fermer et de le jeter de dépit ou de dégoût à la trentième page.

Il a son grand et son petit lever comme les majestés de Windsor ou de Vienne. Il donne audience, écoute les solliciteurs, accueille ou répudie les demandes. Il subit des tortures qui ne sont qu’à son usage, et dont l’ingratitude des lecteurs ne lui tient pas compte. C’est pour lui que la vanité, sorte d’épidémie morale qui n’a jamais exercé sur les cervelles humaines d’aussi déplorables ravages qu’aujourd’hui, réserve ses formes les plus douloureuses et les plus affligeantes. Il prête une oreille docile aux conseils d’un auteur qui déguise son orgueil et son intolérance sous le masque de la prière. « J’ai eu, dit le suppliant, d’une voix humble et douce, l’intention de renouveler la face de la littérature. Scott n’a pas compris le parti qu’on pouvait tirer du quinzième siècle. J’ai voulu montrer ce qu’il y avait d’énergique et de grand dans le moyen âge. Quant au style, je n’en parle pas. C’est une affaire à part, et qui ne fera pas question. Ivanhoé n’est pas écrit. J’ai donné à mon livre une valeur épique. » Et ne croyez pas qu’on puisse répondre à ces impertinentes suppliques, autrement que par le silence le plus impassible. N’espérez pas qu’on déroute cette arrogante hypocrisie qui relève la tête au moment où vous croyez qu’elle va fléchir le genou. Je ne sais qu’un moyen de mystifier dignement ces courtisans d’une nouvelle espèce, qui croient vous fléchir en brûlant eux-mêmes l’encens qui manque à leur divinité, c’est de les écouter jusqu’au bout. Si vous avez la maladresse de les interrompre quand ils récitent leur panégyrique, vous êtes perdu sans retour, votre matinée est dévorée.

Ou bien c’est la visite d’un candidat politique, qui n’a pas, pour siéger à la chambre, d’autres titres que son extrait de naissance, et le bulletin de ses contributions… ; dans l’embarras de trouver un moyen plausible pour émouvoir celui dont la parole doit le condamner ou l’absoudre, lui retirer ou lui donner les voix toutes-puissantes après lesquelles il soupire, il énumère timidement tous les noms recommandables qu’il a pu coudoyer dans le monde, et qui souvent n’ont jamais fait connaissance qu’avec sa mémoire.

Si vos souvenirs, précis et multipliés comme ceux de Périclès, le ramènent aux premières années de sa vie, aux apostasies de toutes sortes, à l’aide desquelles il a successivement occupé les premiers emplois sous deux ou trois gouvernements contradictoires, il vous parlera, soyez-en sûr, de son dévouement au pays, de ses principes inflexibles, de sa conscience rigoureuse et sévère. Il vous expliquera comment et pourquoi il a dû préférer le sacrifice momentané de sa fierté personnelle à l’avenir de la nation, et peut-être de l’humanité. Sous l’Empire, il s’est conservé pour les Bourbons ; sous la Restauration, il s’est maintenu pour l’avènement de la monarchie républicaine. Il n’a jamais eu devant les yeux qu’une idée grande et féconde, le bien public ; le reste, trahison ou fidélité, service ou mépris des personnes, ne mérite pas ses regards. Il ne se repent pas ; il ne cherche pas à s’excuser ; il se vante et se déifie. Sans lui, la représentation législative doit demeurer incomplète ; au besoin il vous laisse, avant de vous saluer, un programme détaillé des promesses qu’il adresse, en forme de circulaire, aux électeurs de son département.

Ici encore le silence et l’approbation de la lèvre et du regard sont la seule arme que vous puissiez opposer aux flots de son éloquence. Ne l’arrêtez pas ; prenez patience. Il faudra bien qu’il se taise. Sa parole finira par se figer dans son gosier.

Heureux, trois fois heureux, si, après avoir prêté l’oreille à ces deux candidats, vous n’avez pas à subir le début anticipé d’un héritier de Molé ou de Talma. S’il vous arrive de province un acteur à la voix creuse et sourde, muni d’une lettre de recommandation ouverte, qu’il a relue plusieurs fois en montant l’escalier, dont il a calculé avec confiance la valeur et la portée, tenez-vous bien, et gardez-vous surtout de plisser votre front, de froncer le sourcil, de serrer les lèvres, et de témoigner en aucune manière votre impatience. Ne l’éconduisez pas ; et, s’il vous propose gracieusement de vous donner, à l’instant même, un échantillon de son débit, répondez : oui, comme un homme charmé et curieux. S’il écorche et déchire en lambeaux le Misanthrope ou Andromaque, ne craignez pas de lui dire que Molière et Racine lui devront un nouveau triomphe ; autrement il ira dire partout que vous êtes vendu à son chef d’emploi, que vous touchez une prime sur les appointements de l’acteur qu’il vient doubler.

Midi sonne. A peine avez-vous le temps de regarder le ciel, de compter les nuages qui flottent à l’horizon. A l’oeuvre ! voici que la journée commence. Il faut monter sur le trépied. Feuilletez les gazettes de l’Europe. Parcourez les colonnes du Globe et du Courier, triez les injures que Wellington jette à lord Grey, gargarisez votre mémoire des scandales que les réformistes ne ménagent pas à leurs adversaires ; n’oubliez pas, dans cette lecture à la course, où les minutes sont comptées, la vanterie de la gazette impériale de Nicolas, ni les caquets jactantieux des publicistes d’Augsbourg. Préparez les entrailles de votre cerveau, déblayez les avenues qui pourraient ralentir la marche de vos pensées ; car le sacerdoce que vous avez choisi ne permet ni cesse ni repos. Ce n’est pas demain ni après-demain que vous devez parler et donner votre avis ; vous ne pouvez pas, comme les honorables du Palais-Bourbon ou du Luxembourg, attendre huit jours pour prononcer votre harangue, et consulter l’écho de votre cabinet sur l’harmonie et la sonorité de vos périodes. Si, pour parler, vous avez besoin de mettre en usage la maxime du philosophe grec, si, avant de tremper votre plume, vous récitez seulement les vingt-cinq lettres de l’alphabet, jetez votre plume, brisez-la, jetez au feu le papier qui attend votre volonté pour ranimer les haines, pour éteindre les jalousies, renouer des amitiés languissantes, rallumer les enthousiasmes attiédis. Mettez vos gants ; assurez-vous du noeud de votre cravate ; passez la main dans vos cheveux, prenez votre canne ; allez comme un oisif inutile promener votre figure aux Tuileries ou aux boulevarts : vous ne serez jamais journaliste.

gazette dans FONDATEURS - PATRIMOINESi vous n’avez pas meublé à l’avance votre mémoire de plusieurs milliers de volumes, si vous ne pouvez pas, en tournant la dernière page d’un livre, formuler un jugement précis et net, n’essayez pas, comme le font quelques intelligences rétives, qui meurent à la tâche d’épuisement et de lassitude, n’essayez pas de feuilleter la conversation de vos amis et les rayons de votre bibliothèque. N’allez pas entamer la lecture de Clarisse ou de Tom-Jones, pour commencer une comparaison laborieuse et pédantesque. La Bibliopée, qui rivalise avec les machines de Birmingham et de Manchester, vous débordera, et se raillera de vos efforts.

Avant de glisser le couteau d’ivoire entre les feuillets du premier chapitre, prenez la mesure de vos forces ; faites le recensement de vos lectures précédentes ; dressez la statistique et le dénombrement de votre pied de guerre ; relevez militairement les idées valides et vives que vous pouvez sacrifier et dépenser librement, sans concevoir aucune inquiétude pour la lutte du lendemain. Mesurez la profondeur de vos lignes de bataille ; et, si vous n’avez pas sous la main tous les parallèles, toutes les citations historiques, toutes les dates, toutes les biographies dont vous prétendez composer votre avant-garde ; si vous n’avez pas en portefeuille dans votre cerveau tous les noms illustres de villes ou de héros dont vous espérez garnir vos bastions, quittez la partie, croyez-moi, formez à loisir le plan d’un livre ou d’un poème ; écrivez pour l’Académie des Inscriptions quelque dissertation érudite ; relisez le programme des jeux floraux ; concourez pour le prix de Beaune ou de Cambrai, mais sortez de la lice où vous ne savez tenir ni la lance ni l’épée.

Une fois que vous avez mis le pied sur les marches de la tribune, vous n’avez plus à reculer ni à délibérer. Il ne s’agit plus, comme aux temps de vos études latines, de caresser amoureusement une phrase, de composer votre style comme une mosaïque, en dérobant une ligne aux Catilinaires, une épithète à la la Guerre de Jugurtha ; d’emprunter le début d’une page à Tacite, et la péroraison du Pro Milone.

Le journaliste n’a d’enseignement et de maître que ses improvisations quotidiennes. Le temps lui manque pour calculer la parure de sa pensée, pour imposer à ses idées une coquetterie invitante et lascive. Chaque fois qu’il écrit, il doit croire qu’il parle, il doit se placer face à face avec son auditoire idéal, ne pas craindre les redites et la diffusion. Demain, ce soir même n’est rien pour lui ; il faut qu’il fasse abnégation de lui-même et de sa vanité ; qu’il abdique sa personnalité d’écrivain, pour ne garder que celle de sa pensée. Peu importe, pour la tâche qu’il entreprend, qu’il manque de grâce et de pureté, pourvu qu’il porte coup, qu’il blesse ou qu’il sauve, qu’il renverse ou qu’il édifie.

Ce qui serait une profanation dans l’art littéraire, ce qui serait une folie pour une idée long-temps méditée, et qui prétendrait à la durée, à la consécration, est une nécessité, un devoir impérieux, une fois qu’on s’est dévoué à la presse quotidienne.

Dans cet abîme sans fond, où tant d’éloquences se sont enfouies sans laisser un nom qui pût les révéler à la postérité, dans ce gouffre avide qui a dévoré tant de Mirabeaux que nous ne soupçonnons pas, on a compté parfois des gloires illustres, qui ne dédaignaient pas la prodigalité et qui risquaient l’oubli, en ne tenant compte que du but qu’ils voulaient atteindre, Fielding et Châteaubriand, deux génies que l’Angleterre et la France s’envient mutuellement.

Qu’ils se consolent donc ceux que la presse épuise et moissonne, qui agissent sur les destinées du pays, qui le conseillent et le gouvernent, sans recevoir en échange les mesquines flatteries qui forment l’apanage du moindre conteur ! Qu’ils se consolent devant ces grands exemples !

Car depuis quarante ans les plus hautes et les plus durables gloires, les noms les plus imposants, ont mis leur plume au service du pays et de leur volonté. Tous les hommes d’énergie et de caractère, d’ambition et de savoir, avant de siéger dans nos assemblées, ou dans les conseils, avant de soulever et de contenir sous le vent de leur parole la foule qui ne refuse jamais son obéissance quand elle devine la supériorité, et qui se trouve ailleurs que dans la rue ou dans un salon, parmi les législateurs comme parmi les écoliers, les plus habiles ministres et les premiers orateurs des parlements de Londres et de Paris ont été journalistes.

Ne croyez-vous pas que celui-là gouverne vraiment son pays, qui tous les jours pose et soutient une thèse, interpelle sur leur conduite les cabinets de l’Europe, invoque la lettre et l’esprit des traités qu’on viole ou qu’on prétend éluder, donne aux plus sérieux enseignements une forme populaire et vive, et se place par l’indépendance publique de ses opinions et de sa vie au-dessus de tous les pouvoirs qu’il censure ; qui peuvent le contrarier, mais non pas lui imposer silence ?

Sans doute, et ce serait folie de le nier, sans doute, ce règne a comme tous les autres son aveuglement et son ivresse. Dans son ardeur de critique, dans son enthousiasme de principes, il lui arrive parfois de franchir les limites de la vérité possible et réalisable, de résoudre sur le papier, de trancher d’un trait de plume les difficultés que vingt-quatre heures de gouvernement lui montreraient comme insolubles pour quelque temps, de conseiller des manoeuvres et des négociations qui remettraient tout en question, et joueraient sur un dé la destinée des peuples.

Cela est vrai. Mais n’en peut-on dire autant de bien des harangues législatives ? Êtes-vous bien sûrs que chez les excellences, le despotisme oratoire soit plus rare que, chez les journalistes, les déclamations libérales ? Pour mon compte, vous me permettrez d’en douter.

Je ne sais d’impartiales et de sensées que les intelligences qui dépensent vingt-quatre heures par jour à délibérer sans exprimer jamais leur avis, sans jamais rencontrer ni contradiction ni puissance, qui vivent dans une contemplation éternelle, en dehors de l’espace et du temps.

Mais soyez riche, l’or vous enivre. Soyez aimé, vous devenez fat. Soyez ministre, vous devenez sourd à l’opinion publique. Soyez journaliste éloquent, vous croirez à la toute-puissance et à la souveraine sagesse de vos paroles.

C’est une triste vérité, mais qu’il faut reconnaître : il n’y a de sages que ceux qui ne sont pas ; que les sagesses qu’on rêve et qu’on ne verra jamais.

La science elle-même, la plus profonde et la plus étendue, porte à la tête comme le rum et les bonnes fortunes. En Allemagne, il y a des professeurs de chimie qui espèrent créer dans leurs creusets des corps organisés, une rose, un cheval peut-être, une femme, qui sait ? on perdrait son temps à compter les folies.

Achevons l’inventaire de la journée.

Le soir, qui, pour les oisifs eux-mêmes, est une heure de délassement et de repos ; le soir, qui clôt leur journée autour d’une table de jeu ou d’une théière, ou dans une loge aux Italiens, le soir est, pour le journaliste, l’occasion et l’heure d’une tâche nouvelle. Il faut qu’il se rende au théâtre pour écouter le nouveau chef-d’oeuvre, et cette tâche ne promet pas de s’épuiser prochainement. Si Moïse eût vécu de nos jours, je m’assure qu’il eût mis au nombre des fléaux qu’il infligeait à l’ingratitude publique, les couplets qui glapissent tous les soirs entre les murs de nos théâtres, et qu’il n’eût pas oublié non plus les mille formes poétiques ou frénétiques, que l’adultère, l’inceste et le viol prennent tous les soirs, pour distraire, à ce qu’on dit, notre satiété, pour surprendre et concentrer notre attention.

Le public bourgeois, le public sensé, le public qui a femme et enfants, ne va plus guère au théâtre que pour entendre Paganini ou madame Malibran, ou pour contempler à loisir la danse gracieuse et pudique de mademoiselle Taglioni, la pudeur grave et antique de ses attitudes, pour étudier dans cette figure italienne, si chaste et si voluptueuse à-la-fois, le secret des danses merveilleuses de Corinthe et d’Athènes. Mais de pareils bonheurs ne sont qu’une exception rare et violente dans la journée d’un journaliste. Comme il écrit jour par jour l’histoire de l’esprit et de la sottise publique, il n’a pas un moment à perdre. Il faut qu’il suive à la trace le retentissement d’une pointe, d’un quolibet, ou d’une tirade, comme le basset le gibier, ou comme le picador la mule qu’il vous a louée ; il faut qu’il assiste au partage de toutes les curées littéraires, qu’il compte les blessés et les morts, qu’il dénombre, comme fait Homère au second livre, pour les vaisseaux de la flotte grecque, toutes les idées glorieuses et pures que l’ineptie et la cupidité dérobent effrontément et flétrissent sur la scène, toutes les inventions sérieuses et recueillies, nées dans le silence et la méditation, et qui viennent expirer à la lueur de la rampe, s’imprégner d’huile et de poussière, et rendre l’âme entre un manteau de serge et une couronne de carton.

Et, pour que rien ne manque à sa joie, il a suivi les répétitions de la pièce qu’il écoute ; il sait ce qu’ont coûté les dents du jeune premier, et les cheveux de l’amoureuse. Il sait par coeur toutes les aventures de l’ingénue, toutes les querelles qui divisent le père noble et le scapin. Il a compté, sur ses doigts, avant que la toile se lève, toutes les mailles du tamis dramatique par lesquelles a dû passer le nouvel ouvrage avant d’arriver sur la scène, armé de toutes pièces, avec une cuirasse de soie, un poignard de bois, une voix enflée et creuse, un langage qui dérouterait bien d’autres sagacités, ma foi, que celle de M. Jourdain, qui ne ressemble ni aux vers ni à la prose, sorte de parole indisciplinée, qui se joue avec une égale licence des lois de la grammaire, de l’analogie des images, de la déduction logique des idées, de toutes les règles enfin dont se compose une langue. Il sait, jour par jour, comme le télégraphe, quand, pour la première fois, un livre, qui n’y songeait pas, est devenu l’objet d’une convoitise dramatique, quand il a été dépecé par deux ou par trois chasseurs de ces sortes de proie ; qui a coupé les scènes, qui a donné le dialogue, qui a brodé les tirades, qui a fourni la couleur locale, les mots historiques.

Aussi, dès que le pied de l’acteur a frappé sur les planches les trois coups solennels, dès que l’orchestre a laissé dormir en paix la symphonie de Mozart ou d’Haydn, qu’il écorche depuis vingt ans, au moment où le plaisir des badauds commence, le journaliste se résigne courageusement au supplice de ses réminiscences. Il reconnaît, dans la voix enrouée d’une duègne, dont l’accent n’est guère plus intelligible que celui d’une chatte enrhumée sur une gouttière, le premier chapitre d’un roman publié il y a quinze jours, et qui espérait échapper à cette odieuse profanation. Dans les fanfaronnades d’opéra-comique débitées par un officier mal à l’aise dans son hausse-col, et fort embarrassé dans le ceinturon de son épée, qu’il ne peut remettre au fourreau sans interrompre son débit, il retrouve une scène ingénieuse et concise destinée par son auteur aux lectures patientes.

Il n’a pas même la ressource d’une dame spirituelle qui s’ennuyait d’une sonate, et prenait son plaisir en patience. Chaque fois qu’il entre au théâtre, il y a cent contre un à parier qu’il va voir l’exécution dramatique d’un livre. Car, par une singulière application de la théorie d’Adam Smith sur la division du travail, il y a aujourd’hui deux parts bien distinctes dans la littérature, l’art et l’industrie. Les artistes trouvent une idée, la creusent, la décomposent, la reconstruisent à leur guise pour lui donner plus de valeur et de beauté. Quand ils ont achevé les dernières ciselures de leur statue, bronze ou marbre, ils lèvent le voile, et disent : « Venez voir. » La foule inattentive passe, et oublie.

Viennent ensuite quelques hardis maraudeurs qui fondent sur l’ignorance l’impunité de leur fraude. Ils fabriquent une misérable copie, qu’ils affublent de clinquant, d’oripeaux et de pierres de couleur. Ils lui mettent du fard au visage ; ils la hissent sur le théâtre, et disent : « Voilà mon ouvrage. »

Or le public encourage de ses battements de mains, de sa présence, de son rire et de ses lèvres béantes, cette piraterie littéraire. Il oublie l’art, et applaudit l’industrie. Il ne lit pas, et se contente d’aller voir l’histoire qu’on lui fait, d’écouter les passions qu’on lui récite. Si Paris, comme on le dit, rappelle la patrie de Périclès, pour dieu ! qu’on me dise où est le peuple d’Athènes ?

Si ce tableau paraissait exagéré, si l’on m’accusait d’assombrir à dessein les traits de cette esquisse, je répondrais franchement que je sais plusieurs exceptions aux généralités que je viens de montrer, mais qu’elles sont loin de suffire à prouver l’inexactitude de mon récit. Il y a sans doute en France quelques génies dramatiques que je n’ai pas besoin de nommer. Les traditions de Talma et de Molé ne sont pas absolument perdues. Messieurs Ligier, Bocage, Frédérick et Lockroy, mademoiselle Mars, madame Dorval, mademoiselle Léontine Fay, mademoiselle Jenny Vertpré, madame Albert, sont là pour répondre.

Mais il est malheureusement trop vrai, pour les journalistes surtout, placés de manière à tout voir par leurs yeux et de près, que le théâtre est arrivé à une déplorable décadence. Après les lions, sont venus les éléphants. J’imagine que nous verrions bientôt les poissons en scène, si les brochets pouvaient jouer un rôle ! Attendons ! 

Au sortir du théâtre, mon héros, puisque aussi bien j’écris la biographie d’une de ses journées, n’est pas quitte encore des exigences de sa profession. Ne croyez pas qu’en mettant le pied hors de cette espèce d’άγορά, qu’on nomme les coulisses, il puisse rentrer chez lui, et oublier dans de paisibles rêves les tumultueuses études qui ont dévoré toutes ses heures. Détrompez-vous ! Il a maintenant un autre rôle à jouer. Son épreuve quotidienne n’est pas encore achevée. Onze heures sonnent : il faut qu’il aille dans le monde pour se mêler aux causeries, aux médisances et aux calomnies ; il faut qu’il prête l’oreille au bruit imperceptible encore des réputations politiques et littéraires qui vont naître ce soir, grandir pendant trois jours, pour expirer peut-être la semaine prochaine.

Le voici qui entre dans le salon. Il a beau faire pour passer à la dérobée, saluer simplement, sans guinderie et sans manière, la maîtresse de la maison, s’asseoir, sans mot dire, près d’un ami qui l’aborde, il ne réussit pas à déguiser son arrivée. Il est bientôt entouré de prévenances et de questions, de compliments et de prières comme pourrait l’être un ministre. Quoi qu’il arrive, depuis onze heures du soir jusqu’à trois heures du matin, il faut qu’il subisse jusqu’au bout sa destinée de journaliste ; au milieu de la danse, de la walse et du galop, au plus beau morceau d’un duo, d’une symphonie ou d’une sonate, il faut qu’il accueille, le sourire sur les lèvres, toutes les apostilles qui lui arrivent, en robe de gaz et en souliers de satin, avec des fleurs dans les cheveux et des perles au cou ; il faut qu’il trouve pour toutes ces jolies suppliantes, des promesses et des protestations d’indulgence ; qu’il distribue à toutes ces têtes dont l’importunité ne lui laisse pas un instant de répit, des espérances intarissables ; et s’il lui arrive de manquer de présence d’esprit, comme je l’ai vu récemment, s’il complimente un député sur les vers d’un poète, ou le poète sur le discours d’un député, ne craignez pas qu’on rie, qu’on plisse même ses lèvres en signe de moquerie. On y met plus de réserve et de modestie. On ne s’étonne pas qu’il y ait quelque désordre dans un cerveau où les souvenirs sont entassés pêle-mêle, comme les parures dans l’arrière-boutique d’un fripier. On le ramène peu à peu à des idées plus précises. Il ne prend pas même la peine de s’excuser. Le député se rejette sur ses vers de jeunesse, le poète sur ses vues politiques ; tout s’arrange et se concilie.

C’est un rude métier, vous le voyez, et qui ne devrait tenter personne. Mais une fois qu’on a en main la parole, une fois qu’on a pris place à la tribune, on y renonce difficilement. Une fois que le clavier de la pensée s’est mis d’accord avec la gamme élevée de cette existence, on a grand’-peine, croyez-moi, à changer les habitudes de l’instrument.

Et si vous me demandez quelle moralité je prétends tirer de cette face particulière de la vie parisienne, ce que j’en pense, et ce que j’en veux conclure ; je répondrai par les paroles de l’Écriture : « Contristata est anima mea. »

images-11 dans LITTERATURE FRANCAISEEn effet je ne sais rien de plus triste et de plus amer que ce perpétuel dévouement, ce tourbillon au milieu duquel l’âme n’a pas un instant de repos. Ce que j’ai dit ne s’applique peut-être pas à plus de douze personnes à Paris. Mais qu’importe ? Notre vie est ainsi faite que ceux qui ne réalisent pas encore le portrait, aspirent à le réaliser. Sont-ils fous ? Sont-ils sages ? Je ne sais : ils suivent leur étoile ; leurs pieds sont endurcis aux ronces du sentier. Ailleurs ils trouveraient peut-être des cailloux aigus et tranchants, qui rouvriraient de nouvelles plaies. Ils ne veulent pas abandonner la récompense de l’épreuve, la puissance et l’autorité.

A vrai dire, je ne crois pas qu’il y ait au monde une manière de dépenser ses facultés plus ruineuse et plus hâtive, pas même la royauté ou le Conseil. Prenez dans le passé tel homme que vous voudrez, habile et hardi, improvisateur infatigable, penseur encyclopédique ; prenez Voltaire, Beaumarchais ou Diderot, d’Aubigné, Pascal ou Bossuet, et je défie qu’au bout de cinq ans ils n’aient pas épuisé le meilleur de leur verve et de leur éloquence.

Donc, vous tous qui enviez le sort d’un journaliste, qui le prenez innocemment pour un homme privilégié, réservé au plaisir, aux joies de vanité, plaignez-le ! Toute sa vie n’est qu’un perpétuel holocauste. Chaque jour qu’il ajoute aux jours précédents emporte une de ses plus chères illusions. Il sait bien souvent de l’histoire ce que la postérité n’apprendra pas, le prix qu’on a payé tel article d’un traité, tel succès éclatant auquel Paris croit sincèrement. Il a vu faire le génie d’un musicien, la grâce d’une danseuse ; à trente ans, il est sexagénaire.

Mais si, par impossible, on se retire à temps de ce monde d’exception, de scepticisme, de tristesse et d’incrédulité, si, après avoir fait provision de désabusement et de défiance, on rentre dans la vie ordinaire, on y apporte, croyez-moi, quelque chose d’impassible et de réfléchi, de sentencieux et de grave ; quoi qu’on fasse et qu’on tente, on ne ressaisit pas sa jeunesse évanouie. On garde au visage et au coeur les rides que la réflexion y a mises. Les cheveux ont blanchi, comme dans une nuit de jeu et de ruine, comme autrefois les cheveux d’une reine, la veille de sa mort. Alors il ne faudrait jamais dire son âge : personne ne vous croirait.                        

GUSTAVE PLANCHE.

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Enlumineur d’antan

Posté par francesca7 le 30 juin 2013

Atelier d’enluminure
Claire Guillemain (Maine-et-Loire)

 Enlumineur d'antan dans ARTISANAT FRANCAIS enlumine

En prononçant le mot « enluminure », on pense tout de suite à « lumière » ; effectivement ce terme est tiré du latin « illuminare » qui veut dire mettre en lumière, donner la lumière au texte par l’intermédiaire de l’image et de la couleur. Symboliquement l’image illumine le texte en clarifiant le sens de celui-ci ; l’or et l’argent employés vont le rehausser de leur éclat. Ce qui caractérise cet art et lui confère sa richesse, ce sont la minutie et la finesse de la réalisation dans les moindres détails.

Claire GUILLEMAIN, artiste enlumineur, s’est passionnée toute jeune par l’histoire médiévale et par le dessin. C’est donc à travers les livres d’histoire qu’elle a découvert l’enluminure et a tout d’abord essayé de recopier certains détails. Ne voulant pas en rester là, elle a cherché à découvrir ces techniques quelque peu oubliées et pour cela a intégré l’Ecole Française d’Enluminure, aujourd’hui disparue. Après deux ans de formation, elle consacra quelque temps à l’étude des techniques avec les outils et matériaux de l’époque (préparation des pigments natures, dorure à la feuille d’or, etc.). Il est nécessaire lorsque l’on pratique l’enluminure traditionnelle, de respecter ces techniques. La pratique de l’Enluminure l’a tout naturellement amenée à se pencher sur la Calligraphie ; ces deux arts étant complémentaires et indissociables, l’image mettant en valeur, le texte écrit.

UN PEU D’HISTOIRE 
L’essor du manuscrit enluminé est indissociable de la généralisation de l’usage du parchemin (peau d’animal). Le parchemin va permettre la création du « codex » (livre tel qu’il se présente de nos jours) qui remplace le rouleau de papyrus. Les feuilles plates du parchemin rendent l’utilisation du codex plus facile.

Au Moyen Age, le livre n’est pas un simple objet, il a valeur d’un signe, il porte le témoignage de la Promesse du Salut chrétien et sa valeur n’est pas moindre que celle de la croix. « La religion chrétienne est une religion du livre » Otto PACHT. Au début du Moyen Age, les livres étaient conservés sur l’autel de l’église, ce qui montre le symbole qui les caractérise.

Un des phénomènes les plus typiques de l’enluminure est la confrontation de l’écriture et de l’image qui a contribué à la naissance de la Lettrine (la lettre décorée permet de faire ressortir un passage important du texte). De la lettrine simple, les artistes du Moyen Age vont laisser courir leur imagination en créant la lettre figurée, la lettre historiée, jusqu’aux enluminures en pleine page de la période gothique. Du Ve siècle au XIIe siècle, les enluminures seront réalisées dans les monastères ; au XIIe siècle, avec le développement des universités, des ateliers laïcs voient le jour. La haute société va devenir férue de cet art, cette nouvelle clientèle va permettre à ces nouveaux artistes, les enlumineurs, de se développer et de se regrouper en corporation. La réalisation d’un livre est très coûteuse, les plus beaux manuscrits n’auraient jamais existé sans le soutien de mécènes tels que Jean de Berry, Charles V, etc.

L’âge d’or de l’enluminure en France est le XVe siècle, mais avec l’apparition de l’imprimerie, la réalisation du manuscrit enluminé est devenu très coûteux ; les oeuvres vont se raréfier jusqu’à la fin du XVIe siècle où elles disparaissent. La redécouverte de cet art merveilleux est importante pour notre époque ; sans l’enluminure nous n’aurions que très peu de traces de la vie quotidienne au Moyen Age ; on se fait par exemple une idée de l’habillement en regardant les enluminures qui représentent soit les princes, soit les gens du peuple dans leurs habits de la vie de tous les jours ou lors de cérémonies fastueuses.

atelier4 dans ARTISANAT FRANCAISLA TECHNIQUE 
La réalisation d’une enluminure se fait en respectant les règles du passé, ce qui n’exclut en rien la création personnelle. Créer en respectant les critères médiévaux nécessite une connaissance importante de l’iconographie et de la stylistique variant suivant les périodes et les régions, (ex. le costume, l’architecture).

Le parchemin (peau de veau, agneau, chèvre) préparé, est dégraissé avec du fiel de boeuf. Après esquisse au crayon sur un brouillon, on dessuie (recopie) à la mine de plomb ou au crayon sur le parchemin le modèle à exécuter. On intervient en premier par la pose de la dorure, la feuille d’or est appliquée sur un « gesso », celui-ci servant à obtenir un volume. Les couleurs sont préparées avec des pigments naturels broyés et mélangés avec des détrempes à l’oeuf et à la gomme arabique. L’application se fait en superposant les couches de couleur, du plus clair au plus foncé afin d’obtenir du volume, en dégradant à chaque nouvelle couche. Des petits pinceaux en poil de martre sont utilisés afin d’obtenir les détails les plus fins possibles.

L’activité artistique de Claire GUILLEMAIN réside autour de deux grands thèmes :

  1. La réalisation d’oeuvres :
    • Copie d’une page enluminée sur commande, création d’une enluminure à l’occasion d’une fête historique ou sur un thème particulier, calligraphie de texte enluminé, frise créée en fonction du sujet du texte.
    • Œuvres héraldiques, blasons réalisés sur parchemins pour particuliers, corporations ou villes, chartes de jumelage, menus pour fête, etc.
  2. L’enseignement et la transmission de ce savoir : il est nécessaire de transmettre ces techniques pour que la connaissance de cet art se développe.
    • Intervention en milieu scolaire (tous niveaux)
    • cours pour adultes à Nantes et Cholet
    • Stages en Maine-et-Loire, Vendée, Loire-Atlantique (déplacement pour un groupe sur toute la France)
    • Cours d’enluminure par correspondance.

POUR TOUT RENSEIGNEMENT : 
CLAIRE GUILLEMAIN – ATELIER D’ENLUMINURE
« Lala » – 49360 Maulevrier
Web www.enlumine.org

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VITRIER D’autrefois

Posté par francesca7 le 30 juin 2013


De l’Usage  des vitres
pour obturer les fenêtres

(D’après « Musée universel », paru en 1873)

 

 VITRIER D’autrefois dans ARTISANAT FRANCAIS vitre

Pendant des siècles, les maisons de nos ancêtres furent totalement privées, non seulement de carreaux, mais aussi de fenêtres, et, même alors que des baies vinrent percer peu à peu les façades de leurs habitations, il s’écoula bien des années encore avant que l’usage des vitres se généralisât

A l’époque gallo-romaine, les demeures des riches, construites dans le style romain, prenaient jour à peu près uniquement par la cour intérieure ou atrium. Ce mode excluait toute idée de croisée. Nous ne parlons pas des demeures des pauvres. Celles-là étaient de misérables huttes qui n’avaient de lumière à recevoir que par l’entrée.

Ne pas avoir de fenêtres ! Y pensez-vous ? Ignorer l’usage des vitres, ces transparentes cloisons qui nous abritent si excellemment de l’air extérieur, en laissant pénétrer jusqu’à nous cette chose délicieuse et gaie par-dessus toutes : la lumière ! Combien de temps dura cette obscurité ? On ne peut le dire au juste ; toujours est-il que les fenêtres ne commencèrent à paraître en France que vers l’époque carolingienne, et que, jusqu’au milieu du XVe siècle, les vitres furent pour nos pères un véritable objet de luxe.

On les remplaçait alors tantôt par des volets de bois, tantôt par de la toile cirée ou du papier huilé, comme en témoigne ce passage des « comptes de l’argenterie des rois de France », daté de 1454 : « Deux aunes de toile cirée dont a été fait un châssis, mis en la chambre du retrait de la dite dame reine au château de Melun. » Et cet autre : « Quatre châssis de bois à tendre le papier pour les fenêtres de la dite chambre…, et huile à les oindre pour être plus clairs. »

Un écrivain sacré, Lactance, a fait, le premier, mention des vitres au IVe siècle. Il dit quelque part que nôtre âme voit et distingue les objets par les yeux du corps « comme par des fenêtres garnies de verre ». Dans les auteurs anciens, il n’est question pour fermer les baies des croisées que de pierres blanches et diaphanes dites pierres spéculaires. Sans doute veulent-ils désigner ainsi les feuilles de talc qui sont encore très usitées au XIXe siècle, comme carreaux, dans certaines parties de la Russie.

Les Romains se servaient encore d’un autre produit naturel, une sorte de coquille nacrée, pour clore leurs rares fenêtres et garnir les châssis des litières des patriciennes et des courtisanes.

Les savants, presque réduits à de simples conjectures sur cette matière, ont vaillamment discuté jadis afin de décider si les Romains employaient ou non le verre, pour carreaux. Sans doute, ils discuteraient encore, si, par un rare à-propos, Pompéi ne se fût avisé, pour trancher la question, d’exhiber de ses ruines plusieurs carreaux de verre antique.

On peut juger suffisamment par son épaisseur, et aussi par la disposition des bulles d’air dont il est piqueté, que ce verre à vitre n’a pas été soufflé d’après la méthode actuellement en usage, mais coulé comme nous faisons pour nos glaces. Selon toute probabilité, l’ouvrier plaçait sur une pierre polie et saupoudrée de fine argile un cadre rectangulaire de la dimension désirée. Il y versait ensuite le verre fondu à l’aide d’une cuiller en bronze. Le verre s’étalant à la surface de la pierre venait s’arrêter aux parois du cadre, et l’ouvrier aplanissait cette pâte avec des palettes.

D’après un récit du moine Théophile, cité tout au long par Sauzay dans sa Verrerie, il est hors de doute que le soufflage du verre était connu en France dès le XIIIe siècle. Pourtant, au XVe siècle encore, les vitres étaient rares, comme nous l’avons déjà montré, même dans les palais des rois. En 1413, la duchesse de Berry s’étant rendue au château de Montpensier, les comptes du receveur général de l’Auvergne portent la note de châssis faits à cette occasion pour les fenêtres dudit château, afin, y est-il dit, de les clore de toiles cirées « par défaut de verrerie ».

Plus d’un siècle après, en 1567, il est fort curieux de voir l’intendant du duc de Northumberland proposer de démonter les vitres du château de Sa Seigneurie pour les mettre à l’abri du vent pendant son absence. « Et parce que dans les grands vents, dit-il, les vitres de ce château et des autres châteaux et maisons se détériorent et se perdent, il serait bon que toutes les vitres de chaque fenêtre fussent démontées et mises en sûreté lorsque Sa Seigneurie part, après avoir séjourné dans l’un des susdits châteaux et maisons, et pendant son absence ou celle des autres personnages y demeurant ; et si, à quelque moment, Sa Seigneurie ou d’autres séjournaient à quelqu’un desdits endroits, on pourrait les remettre sans qu’il en coûtât beaucoup à Sa Seigneurie, tandis qu’à présent le dégât sera très coûteux et demandera de grandes réparations. »

En Ecosse, le verre à vitre fut encore très rare pendant le XVIIe siècle. Jusqu’en 1661, le palais du roi n’eut des vitres qu’aux étages supérieurs ; les fenêtres du rez-de-chaussée étaient fermées par des volets de bois qu’on ouvrait de temps en temps pour donner de l’air.

Les premiers statuts de la communauté de vitriers de Paris datent du règne de Louis XI. Un détail curieux que Sauzay nous apprend, détail qui montre assez combien l’usage des vitres est moderne, c’est qu’à la fin du XVIIIe siècle, il existait non seulement dans les petites villes de province, mais à Paris même une corporation de châssissiers dont la profession consistait uniquement à garnir les fenêtres de morceaux de papier huilé.

Le mastic était alors d’un usage fort restreint. Beaucoup de carreaux s’encastraient encore dans un cadre de plomb, et on se contentait, pour fixer les autres dans le bois, de quelques pointes et de bandes de papier collé. Parmi les matières les plus aptes à remplacer le verre, il convient encore de nommer la corne. Longtemps elle a fourni des feuilles transparentes aux châssis de nos croisées, aussi bien qu’à ceux de nos lanternes.

A bord des vaisseaux de l’État, des feuilles de corne tenaient lieu autrefois de ces glaces épaisses par où le jour pénètre maintenant dans les faux-ponts. A certaines époques, on s’est servi aussi de parchemin tendu en manière de vitre. Au Moyen Age, les fenêtres se fermaient avec des étoffes fines enduites de cire.

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Éboueur au 20ème siècle

Posté par francesca7 le 30 juin 2013

Recyclage et mise à profit
des déchets domestiques :
une préoccupation ancienne

(D’après « Le Petit Parisien », paru en 1908)

Voici plus d’un siècle, et devant les quantités importantes de déchets domestiques abandonnées aux poubelles comme denrées négligeables, ingénieurs et médecins s’interrogent quant à la possibilité de les recycler utilement, les premiers y voyant matière à fournir l’électricité nécessaire tant aux usagers qu’aux tramways, les seconds aspirant à collecter certains débris de viande ou de légumes mal exploités, en vue de confectionner des repas pour les miséreux

On a posé récemment sur les grands boulevards des corbeilles où les passants sont invités à déposer les papiers qu’ils ont l’habitude de jeter sur la chaussée, écrit Jean Frollo, du Petit Parisien, en 1908. Jusqu’à présent, il faut constater que le succès n’a pas répondu à cet effort, mais il n’est point hors de propos d’ajouter que l’initiative de la voirie a été accueillie sans mauvaise humeur. Il en fut tout autrement au moment où les « poubelles » firent leur apparition. Les chiffonniers se crurent ruinés ; il y eut des meetings de protestation, des articles virulents dans les journaux, même une interpellation à la Chambre. Puis le silence se fit et tout rentra dans l’ordre. Aujourd’hui on n’en parle plus.

 Éboueur au 20ème siècle dans ARTISANAT FRANCAIS eboueur

Enlèvement des ordures ménagères au début du XXe siècle

 

Cependant, ces jours-ci, on a reparlé des poubelles. Les ingénieurs d’un côté, les médecins de l’autre se sont avisés de réclamer le contenu de ces boîtes. Modestes comme ils le sont, les médecins prétendent seulement pouvoir sustenter tous les miséreux de la capitale avec les déchets de notre vie domestique. Les ingénieurs ont des visées plus hautes. Dans les usines d’électricité, disent-ils, on brûle de la houille pour faire marcher les dynamos qui fabriquent de l’énergie électrique. Livrez-nous vos poubelles et à ce prix, c’est-à-dire en brûlant leur contenu dans nos usines, nous nous faisons forts de vous chauffer, de vous éclairer et de faire marcher vos tramways et votre métro, tout cela à l’électricité.

L’offre est tentante. Mais auriez-vous jamais pensé que nos poubelles renfermaient de telles richesses ? Serait-il donc vrai qu’en abandonnant nos boîtes aux chiffonniers et aux « boueux », nous nous livrons à un véritable gaspillage ? Médecins et ingénieurs sont d’accord sur ce point. Toutefois, ce reproche est-il justifié ? Je ne saurais mieux répondre à cette question, explique notre journaliste, qu’en vous racontant comment les choses se passent ailleurs, à l’étranger, à Munich, par exemple.

A Munich, l’enlèvement des ordures ménagères se fait par les soins d’une société industrielle. Tous les matins, ses voitures parcourent la ville, vident les boîtes placées devant les maisons et s’en vont avec leur chargement à Puchheim, petite localité voisine où se trouve l’usine de cette société. Une fois là, les voitures sont déchargées et leur contenu passe successivement à travers une série de passoires gigantesques à mailles de plus en plus serrées. Automatiquement et à des intervalles réguliers, ces passoires se renversent sur des « tables », espèces de larges lanières en cuir qui courent à côté. Masqués et gantés, des ouvriers et des ouvrières, revêtus d’un costume spécial, font, sur ces lanières, le tri des objets qui passent devant eux.

Tous les jours on rampasse ainsi quatre à cinq cents kilos de croûtes de pain, qu’on vend comme comestible pour les bestiaux. Les boîtes en fer-blanc sont lavées, laminées et expédiées en Hollande au prix de cinq cents francs le wagon. Dans un autre atelier annexé à cette usine, les débris de viande et de poisson, le cuir des vieilles chaussures sont transformés en une sorte de poussière qu’on vend comme engrais. Rincées et désinfectées dans un autre atelier, les bouteilles sont cédées à bon marché aux brasseries. Les chiffons et les vieux journaux sont pris par les fabriques de papier. Ce qui reste, après ce tri, est brûlé dans un four spécial. Et la chaleur qui se forme pendant la combustion de ces déchets est utilisée pour actionner une dynamo. On fabrique ainsi assez d’électricité pour faire marcher les moteurs de l’usine et pour éclairer la petite ville de Puchheim.

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Enlèvement des détritus  

 

Vous avez certainement deviné que c’est précisément cet art d’accommoder les restes, qui séduit aujourd’hui nos ingénieurs. Ils veulent bien abandonner aux chiffonniers le premier tri des poubelles. Mais ils demandent que ce qui s’entasse dans les voitures des boueux, soit brûlé et transformé en électricité, comme à Puchheim. Au reste, ce n’est pas seulement à Puchheim qu’on utilise de cette façon les ordures ménagères. A Kiel, à Wiesbaden, à Manchester, ailleurs encore, la chaleur que donne leur combustion sert d’abord à chauffer l’eau des bains publics, ensuite, quand elle est transformée en électricité, à faire marcher les tramways et à éclairer les rues.

Il semble même que plus la ville est importante, plus grand est le parti qu’on peut tirer des déchets de la vie domestique. C’est ce qui ressort du moins des calculs établis par un ingénieur allemand, M. Dittmar, qui vient d’imaginer un four perfectionné, nous apprend Jean Frollo. En y brûlant les ordures ménagères, il se fait fort de fournir, aux villes de plus de deux cent mille habitants, non seulement la totalité de la lumière électrique, mais encore la moitié de la force motrice.

Voilà ce que disent, voilà ce que nous promettent les ingénieurs. Mais à leur tour les médecins, comme je l’ai dit, poursuit le journaliste, réclament nos poubelles. Eux aussi, ils les ont inventoriée, et l’on devine ce qu’ils y ont trouvé. Cependant, tout comme les ingénieurs, ils crient au gaspillage. Pourquoi, disent-ils, jeter sous là pierre à évier les feuilles de choux qui sont tout aussi nourrissantes que les meilleurs légumes ? Pourquoi aussi dédaigner les fanes de carottes, de salsifis et de navets qui sont aussi riches en fer que les épinards, dont elles ont, du reste, la saveur délicate ?

Avec ces feuilles et ces fanes convenablement cuisinées une ménagère pourrait faire des soupes délicieuses. Qu elle mette encore dans cette soupe une tête de congre, de colin ou de tout autre gros poisson, et elle aura une sorte de bouillabaisse qu’aucun gourmet ne refuserait ! Cela se fait couramment en Bretagne et sur toute la côte : pourquoi ne pas imiter cet exemple à Paris et dans les autres grandes villes ? Après chaque repas on secoue la nappe et sans plus de cérémonie on balaie les miettes de pain : soigneusement ramassées et mises de côté, elles pourraient servir à confectionner, à la fin de la semaine, un pudding savoureux.

Mais ce qui exaspère les médecins c’est la façon dont le gaspillage s’opère aux Halles et dans les marchés publics. C’est par tombereaux, disent-ils, qu’on y enlève, tous les matins, des feuilles et des fanes de légumes, des débris de viande, des têtes de gros poissons. Et que fait-on avec ces montagnes de substances alimentaires ? De l’engrais. Mais aujourd’hui l’agriculteur ne veut plus de cet engrais, qui est mal assimilé par le sol, qui gêne la végétation et abîme les machines agricoles. Or en organisant des cuisines spéciales, une société philanthropique trouverait dans ces déchets de quoi nourrir, avec une dépense minimum, des milliers et des milliers de miséreux.

Philanthropie ou énergie électrique, tel est l’enjeu de la bataille qu’ingénieurs et médecins sont en train de se livrer autour des voitures des boueux. Entre les deux le choix est difficile. Je vous avoue cependant que pour ma part, conclut Frollo, il me plairait assez d’être chauffé et éclairé par ma poubelle.

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Les Confitures de l’époque

Posté par francesca7 le 24 juin 2013

 

 

Confitures : une denrée de luxe
devenue populaire en quelques siècles

(D’après « Le Petit Journal illustré », paru en 1920)

 

 Les Confitures de l'époque dans ARTISANAT FRANCAIS confiture

La confiture, qui est aujourd’hui le dessert populaire par excellence, écrit en 1920 le chroniqueur Ernest Laut, était autrefois un mets de luxe, le sucre étant cher : on n’en mangeait pas une once par an, car on eût considéré comme pure folie d’employer cette denrée précieuse à la conservation des fruits qui n’avaient aucune valeur marchande.

Si dans les pays de vignobles on mangeait du raisiné, si dans les villes on pouvait trouver, chez le confiseur et à des prix abordables, quelques confiseries au miel, les pâtes de fruits au sucre de canne étaient coûteuses. Rabelais, en son quatrième livre de Pantagruel, qui fut écrit vers 1550, parle des confitures.

C’est apparemment le premier de nos grands auteurs qui leur fasse cet honneur. Pantagruel, visitant l’île des Papimanes, et devisant de bonne chère, déclare que l’abondance des « confitures » sur une bonne table lui apparaît comme le complément indispensable d’un repas « resjouy ».

Et si l’hygiéniste averti qu’est Rabelais fait dire à son héros que les fruits cuits « en casserons, par quartiers, avec un peu de vin et de sucre, sont viande très salubre, tant ès malades comme ès sains ». Malheureusement, à l’époque où écrit Rabelais, cette « viande très salubre » n’est pas à la portée de toutes les bourses. Pantagruel est un grand seigneur bon vivant qui peut souffrir les plus coûteuses fantaisies ; mais les bourgeois, même aisés, ne mangent de fruits confits au sucre que dans les grandes occasions. Le saccharumne se vend que chez l’apothicaire ; c’est assez dire qu’il se vend très cher. Ce n’est pas un aliment ; ce n’est pas même un condiment ; c’est un médicament.

Cent ans après Rabelais, le sucre commença seulement à entrer dans l’alimentation ; mais il demeura très coûteux, attendu qu’il fallait le faire venir des Indes occidentales. Et la confiture ne devint un mets bourgeois et familial qu’au début du XIXe siècle, après que benjamin Delessert eut trouvé, avec l’encouragement de l’empereur, l’art d’extraire le sucre de la betterave.

Cependant, si nos lointains aïeux n’avaient pas le sucre, ils savaient tirer parti du miel et le mélanger agréablement aux fruits. La Provence, notamment, avait gardé la recette des confitures au miel que les Romains lui avaient enseignée naguère. Elle appliqua cette recette à la confiserie des prunes de Damas que les seigneurs croisés rapportèrent dans le Midi au XIIIesiècle ; et ce fut, au dire des chroniqueurs, la plus délicieuse friandise qui se pût imaginer. Aix et Apt étaient alors, en ce pays, les deux villes les plus renommés pour leurs confitures.

On sait qu’en ce temps-là, lorsque quelque dignitaire ou quelque prince entrait dans une ville, il était d’usage que la Magistrat vînt en corps l’accueillir aux portes et lui offrir les produits les plus renommés de la cité. Quand le roi allait à Reims, les échevins le recevaient en disant : « Sire, voici nos vins, nos pains d’épice au miel et nos poires de rousselet. » Quand il allait à Aix, les capitouls lui disaient : « Sire, nous vous offrons nos cœurs et nos confitures. »

Les papes d’alors, qui étaient de fins gourmets, avaient à leur service toutes sortes d’écuyers de bouche spécialisés dans la fabrication des plats, des condiments et des friandises. Le moutardier du pape n’est point un personnage de légende, non plus que « l’écuyer en confitures ». En 1403, pendant le schisme d’Avignon, c’était un confiseur d’Apt, nommé Batarelly, qui remplissait à la cour papale ce rôle.

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A Paris, dès le XVe siècle, les confitures tenaient une place importante dans les menus de la table royale. Nos aïeux, gros mangeurs de venaison et de pâtés, mangeaient, par contre, fort peu de légumes. Il est vrai de dire qu’ils ne connaissaient guère que le chou. Pour combattre l’échauffement qui résultait fatalement d’une consommation excessive de viande, de volaille et de gibier, ils n’avaient que les fruits.

Dans tous les repas d’apparat, on passait des marmelades et des confitures à la fin de chaque service. Ces confitures et ces marmelades, avec les pâtisseries diverses, composaient ce qu’on appelait ledormant, c’est-à-dire les plats qu’on mettait sur la table dès le début du repas et qui garnissaient le surtout. Ainsi, les convives avaient tout loisir de les contempler longuement et de s’en repaître la vue avec de les déguster.

Paris avait même des confiseurs en renom qui tenaient boutique et chez lesquels on allait savourer gâteaux et confitures. Parmi les vieilles rues parisiennes dont le nom ne dit rien à notre souvenir, il en est une qui consacre la mémoire d’un de ces confituriers en renom : c’est la rue Tiquetonne. Au temps du roi Charles V, en cette rue voisine de l’Hôtel de Bourgogne, rendez-vous de tous les beaux seigneurs et de toutes les gentes damoiselles, maître Roger de Quiquetonne, pâtissier-confiseur, avait sa boutique.

La compagnie la plus illustre et la plus galante y venait chaque jour déguster les produits de son art, lesquels, à ce que dit la chronique, étaient si parfaits, que le roi, voulant faire au pape et au connétable Duguesclin quelques présents savoureux, chargea maître de Quiquetonne de leur expédier un choix de ses meilleures confitures. La notoriété du confiturier devint telle, après qu’il eût reçu ce témoignage flatteur de la confiture royale, que la rue qu’il habitait prit son nom. Elle l’a gardée depuis lors, avec, toutefois, une légère altération qui transforma Quiquetonne en Tiquetonne.

Si l’on en juge par les menus qui nous sont parvenus des festins du temps passé, l’art des confituriers d’alors ne devait pas manquer de ressources. Taillevent, maître-queux de Charles VI, ne servit-il pas un jour à son maître tout un repas composé uniquement de gelées et de pâtes de fruits ? Ce cuisinier fameux faisait même entrer les fruits dans les sauces. Parmi les dix-sept sauces qui constituaient le fonds de la cuisine royale et dont il nous a laissé la liste dans sonViandier, figure une sauce aux mûres.

A Bar-le-Duc, à Apt, dans toutes les villes célèbres par la fabrication des confitures, on exploitait les recettes les plus variées. Cette dernière ville, au XVIIe siècle, était, suivant l’expression de Mme de Sévigné, « un vrai chaudron à confitures ». A Paris, les dames soucieuses d’avoir une bonne table, faisaient confectionner des confitures chez elles. Celles de Mme de Sablé étaient fort renommées. Louis XIV, que sa complexion et son alimentation prédisposaient aux inflammations d’intestin, consommait, de par l’ordre de la Faculté, force compotes, marmelades et pâtes de fruits. Toute la cour l’imitait. Les confitures n’eurent jamais plus de succès qu’en ce temps-là.

Elles prospérèrent plus encore du jour où nos colonies commencèrent à produire la canne à sucre. Mais elles demeuraient toujours d’un prix assez élevé et n’apparaissaient guère que sur la table des riches. Elles ne devaient se démocratiser qu’avec l’emploi de la betterave dans la fabrication du sucre. A partir du XIXe siècle, la confiture devint le dessert familial par excellence, à tous les foyers, celui du pauvre comme du riche. Symbole de la tranquillité des parents et de la joie des enfants, la tartine de confitures est le bon goûter dont les petits ne se lassent jamais.

Dans nos provinces, l’art des confitures est pratiqué partout : savez-vous que George Sand, en sa vieillesse, était plus fière de ses confitures que de ses romans ? A Nohant, elle manipulait magistralement la grande écumoire de cuivre ; et elle montrait, avec orgueil, soigneusement étiquetés et rangées sur des tablettes, toutes les confitures possibles et imaginables qu’elle avait faites de ses mains.

La fabrication familiale n’empêche pas l’industrie confiturière d’être prospère. Il y avait en France, avant la Première Guerre mondiale, des fabriques qui travaillaient de trois à cinq tonnes de fruits par jour. La consommation des confitures dépassait même, à ce qu’il paraît, la production des fruits, car on trouvait parfois certaines confitures d’importation qui n’avaient de confitures que le nom.

Ces marmelades étaient faites avec du fucus spinosus ou agar-agar, une sorte de colle qu’on extrait d’une algue fort commune dans les mers d’Extrême-Orient. Sucrée et colorée, cette gelose était traitée avec des essences constituées par des éthers formique, butyrique, acétique, benzoïque, oenanthique, amylvalérique, dilués dans un peu de glycérine, et qui lui donnaient vaguement le goût de prunes ou d’abricots, de groseilles ou de framboises, de pommes, de poires, de cerises ou de pêches.

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FANCHON LA VIELLEUSE

Posté par francesca7 le 22 juin 2013

FANCHON LA VIELLEUSE dans ARTISANAT FRANCAIS veille

(D’après Les célébrités de la rue, paru en 1868)

Fanchon a traversé les âges, elle est devenue légendaire et a prêté son nom à toutes les jolies filles qui, lui empruntant encore et sa vielle et son mouchoir coquet, ont animé les promenades de Paris sous le Régent, sous la première République, sous le Directoire, l’Empire et la Restauration.

Fanchon est morte ! Vive Fanchon ! Elle est le rire et la gaieté d’une génération ; nos pères se sont habitués à ses folles chansons et à l’aigre mélodie de sa vielle ; et lorsqu’elle va où va toute chose, vite on invente une autre vielleuse, moins accorte peut-être, moins bonne fille à coup sûr, débitant avec moins de malice le couplet grivois, et portant avec moins d’élégance la basquine ornée d’une dentelle en surjet, mais qui, tant bien que mal, remplace celle qui n’est plus, comme Isabelle, la bouquetière, tient aujourd’hui l’éventaire de la Margot du dix-huitième siècle.

La vraie Fanchon, celle dont se préoccupent les mémoires du temps et que les burins reproduisent, dont l’apparition est constatée par Dulaure et Bachaumont, celle qui figure dans la jolie gravure de Saint-Aubin : les Remparts de Paris, l’alerte jeune fille qui donne son nom à la gracieuse façon de porter le mouchoir noué sous le menton, qui module la plaintive romance :

Aux montagnes de la Savoie,
Je naquis de pauvres parents…

débute dans la carrière en chantant aux barrières de Paris ; elle fréquente les cabarets et fait danser le peuple et les courtauds de boutique. Le dimanche, on la trouve aux remparts ; elle va de table en table et fait la ronde en tendant la main ; des remparts, elle descend aux boulevards, elle monte aux Maisons d’Or de l’époque, et, de là, reconduite par le premier financier venu, dans un élégant vis-à-vis, elle échoue dans un boudoir capitonné et sa vertu passe de vie à trépas sur un bonheur du jour. C’est, me direz-vous, l’histoire de toutes les gotons du dix-huitième siècle. Mais attendez la fin. Vous croyez que Fanchon devient un peu marquise et oublie sa vielle ; loin de là, et c’est ce qui fait d’elle un type ; elle se frotte aux élégants, il n’y a plus de bonne fête sans elle, mais sa chanson est de la partie. Au lieu d’une robe de bure, elle porte des étoffes Pompadour, elle coud un Chantilly à sa basquine ; elle remplace, par un large ruban de soie bleue (ce même ruban qu’un historien du temps assure être un cordon du Saint-Esprit, donné à la fin d’un souper par un prince en goguette), la bride de cuir qui retient sa vielle, et la voilà devenue vielleuse de Watteau, et digne de figurer dans lesfêtes galantes.

La grande mode, après un souper fin, est de faire monter Fanchon et de lui demander des couplets, et quels couplets ! Nous voilà bien loin de la Savoie et de l’innocence de la fille des montagnes. La jeune Fanchon ne se fait pas prier, elle trempe ses lèvres dans le champagne et entonne gaiement. Elle devient indispensable : Nous aurons Fanchon se disait à cette époque, comme : Nous aurons Lambert, sous le règne illustre de la perruque.

Geoffroy, critique morose, mais qui classe une diva, parle de Fanchon dans son feuilleton du 13 pluviôse an XI :

« Fanchon joue de la vielle aux boulevards ; elle sait, à la fin d’un repas, animer la joie des convives par des chansons gaillardes ; et, ce qu’il y a de plus lucratif dans son art, elle va montrer la marmotte en ville. En un mot, c’est une artiste, ses petits talents deviennent à la mode ; l’or et l’argent lui pleuvent de tous côtés. Elle achète une terre considérable dans la Savoie, et à Paris un hôtel superbe qu’elle fait meubler magnifiquement ; elle y vit avec des officiers et des abbés, toujours la plus vertueuse fille du monde, et, ce qui n’est pas moins extraordinaire, toujours vielleuse. »

Voyez-vous l’ironique abbé, qui sait bien à quoi s’en tenir sur la vertu de Fanchon qui a sombré depuis longtemps ! Quoi qu’il en soit, la vielleuse thésaurisait et pouvait, quand elle le voudrait, renoncer à ses chansons ; il fallut qu’un amant de haute volée achetât sa charge de vielleuse ; elle se fit payer cher sa retraite ; le prix qu’elle y mit fut un petit hôtel dans le faubourg de Charonne.

On ne parle plus guère de Fanchon dans les mémoires ou journaux du temps à partir du moment où elle renonça à sa vielle. C’était une gracieuse chanteuse des rues, elle devint une triste courtisane, et je suis sûr que plus d’une fois elle regretta les remparts et sa chanson joyeuse.

Cependant si elle était fille à redemander ses chansons, elle était avant tout fille à garder les écus du financier : et la voilà peinte d’un trait.

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L’art et la manière des notaires du 15ème siècle

Posté par francesca7 le 22 juin 2013

(D’après « Revue du Midi », parue en 1902)

 

 L’art et la manière des notaires du 15ème siècle dans ARTISANAT FRANCAIS notaire

Avant la Révolution française, le nombre des notaires était grand, les actes mal payés, il fallait vivre cependant. Pour grossir un peu ou même un peu trop les revenus des grimoires on trouva des formules d’une longueur interminable, dont le moindre inconvénient fut encore le coût, puisque leur défaut de clarté devenait la source de nombreux procès.

Un curieux exemple de ces formules sans fin, où éclate surtout le besoin d’étirer la matière tant et tant qu’à la fin une copie de vingt lignes fournit la valeur d’un volume, vient des archives de l’évêché de Nîmes : c’est une transaction intervenue entre le prieur et les habitants de Goudargues en 1498.

Ceux ci étaient tenus de ne rien vendre ni acheter en fait de « chevaux, agneaux, lapins, lièvres, perdreaux, pigeons, oiseaux de chasse, poisson, œufs, fromages, poulets, poules et autres choses comestibles, sans les avoir auparavant présentés au seigneur abbé du monastère de Goudargues, lequel par lui-même ou par ses représentants voyait (videndo) s’il y avait lieu de les retenir pour la communauté au prix convenable (si ipse vellet emere). »

Les habitants ennuyés de se présenter tous les jours à la porte de l’abbaye, réclamèrent, et une transaction après plusieurs procès, intervint entre l’abbé Jean Ruben et les notables, représentant la commune. Les habitants désormais ne seront plus tenus de de porter leur produits au monastère pour les offrir (ad monstrandum), mais l’abbé devra envoyer ses serviteurs aux portes des habitants, pourtour demander ce qu’ils ont à vendre, et ceux-ci seront tenus de montrer leurs marchandises sans tromperie (sine malicia monstrare). La vente aura lieu de préférence aux serviteurs de l’abbaye, à un prix raisonnable (precio inter se amicabiliter concordare).

Ce prix à l’amiable ne devait pas tenter beaucoup les habitants, puisque la transaction porte aussitôt que ceux-ci seront tenus de ne point cacher leurs marchandises, chose pleine de malice (propris maliciis non celabunt). D’ailleurs, pour entretenir l’amiabilité, ceux qui seront surpris à ce jeu de mensonge verront confisquer leurs produits, ou leur valeur en argent au profit de l’abbé (res vendendae… confiscatae, seu eorum legitimus valor).

Cependant, avant d’arriver à la transaction, il y avait eu procès à plusieurs reprises ; pour dédommager l’abbé des frais subis par lui, en ces procès, les habitants consentent à lui payer huit salmées de blé conseigle (octo sarcinatus bladi consequalis) — ainsi appelé, parce qu’on le sème mêlé avec du seigle, consequalis étant employé pour consecalis, de secale, seigle — et, comme on n’est par riche, le blé sera livré en deux fois : la première moitié pour le 15 août, fête de l’Assomption, et la deuxième le même jour un an après.

La question est claire, simple, facile à rédiger. Etant donné que le parchemin mesure en largeur, deux pans un quart, ce qui fait environ cinquante-six centimètres, la longueur des lignes, entre les deux marges atteint 0,51 centimètre, et fournit une valeur moyenne de vingt-cinq mots. Nous croyons être dans le vrai en disant que trente lignes, soit 760 mots auraient pu suffire à la rédaction. Or le notaire a employé 75 lignes soit 1875 mots pour composer son acte, et le parchemin mesure une longueur consciencieuse de 0,70 centimètres. Nous allons analyser la fructueuse ingéniosité du scribe assermenté qui a signé cet acte.

Avant de pénétrer dans le dédale de notre grimoire, constatons qu’il est écrit en langue latine, dont la phrase est toujours plus courte que celle de la langue française. Ceci est évident pour quiconque a eu sous les yeux une traduction d’auteur latin, avec les deux texte sen regard, l’un sur le verso d’une page et l’autre sur le recto de la page suivante. Prenons par exemple une page de Virgile au hasard, nous trouvons que 23 vers de l’Enéide, d’inégale longueur et dont un bon nombre n’occupe pas toute la ligne, exigent en regard 34 lignes à caractères serrés de textes français. Malgré la concision du latin, le notaire a trouvé moyen d’allonger son texte en répétant sans cesse la même idée par quatre ou cinq mots synonymes et presque toujours inutiles, le premier excepté.

Voici d’abord l’énumération de ceux qui pourront connaître l’acte en question. Le mot universidevait suffire « que tous sachent etc. » Ce mot « tous » sera rendu par « universi et singuli tam praesentes quam futuri » — tous savoir : chacun, présent aussi bien que ceux à venir. Pour dire qu’ils auront eu connaissance de l’acte, on écrit « inspecturi, visuri, lecturi ac etiam audituri » — ceux qui examineront, liront, verront et même entendront lire. Mais ils liront quoi ? Cet acte pensez-vous. Point du tout, ils liront la suite, la teneur, de ce véritable, présent et public instrument (hujus veri proesentis et publici instrumenti seriem et tenorem).

S’agit-il de la transaction intervenue le 26 mars 1498, que l’on invoque, on dira que cette transaction a été faite convenue et passée (facta inhita et passata), et on la cite tout au long, répétant ainsi jusqu’à dix lignes absolument identiques, concernant les noms et les titres des parties, qui sont les mêmes que celles du présent acte. Pour designer les délégués de Goudargues, on dit « tous et chacun des hommes susnommés, restant et habitant à ces dits lieu, paroisse et mandement de Goudargues, tant en leur propre nom qu’au nom des autres hommes restant et habitant aux mêmes lieux, paroisse et mandement de Goudargues. »

On tient à affirmer la loyauté des contractants, qui agissent « sans violence, sans ruse, sans crainte et sans fraude, mais bien avisés et bien réfléchis » (sed bene advisati et bene consulti). Faut-il indiquer l’efficacité de l’acte, on y dit « qu’il durera, vaudra perpétuellement et que tous ensemble, aussi bien que chacun d’eux contractants en particulier, se garderont de le jamais révoquer, personne d’entre eux ne voulant discuter, faire opposition ni contredire ledit acte. » Pour le prieur, la forme est encore plus insistante.

Le R. P. s’engage « pour lui et pour ses successeurs postérieurs (sic) quel qu’ils soient, auxquels les habitants louent, approuvent, ratifient, homologuent, et confirment la transaction conclue, agréable, ferme, solide et irrévocable, concernant des choses conclues agréables, fermes et irrévocables, que les habitants veulent et consentent tenir perpétuellement ensemble sans qu’ils puissent en particulier jamais faire, dire, aller eux-mêmes ni par d’autres, contre ces choses. »

D’ailleurs ces promesses sont contractées « sous des obligations, engagements, renonciations et serments ci-dessous écrits. » On veut assurer leur exécution « mieux, plus fermement, plus sûrement et plus efficacement » (melius, firmius, tutius et efficacius). Quel sera le moyen ? Le voici : les habitants « engagent hypotèquent, déposent, soumettent, tous et entièrement et chacun des biens et droits de ladite communauté de Goudargues sans compter leurs biens propres meubles et immeubles présents et futurs. »

Et ils promettent encore « affirmant dans la parole de vérité, tous et chacun d’eux pour eux et pour les leurs que dans le passé, ils n’ont rien dit, ni fait, et que pour l’avenir ils ne diront ni feront rien contre toutes, entières, chacune, des choses dites ci-dessus ou à dire ci-dessous, et qui sont contenues dans le présent instrument », évitant ainsi tout ce qui pourrait « casser, rendre vain, ou par quelque manière que ce soit, par d’autres, annuler, annihiler ou briser ces engagements » (cassari, irritari, annullari, anichilari seu rescindi).

Ces mêmes habitants « renoncent pour eux etc., aux exception, ruse, mal, violence, crainte, fraude, erreur, injustice et contestation » (exceptionis, doli, mali, vis, metus, fraudis, erroris, lesionis, et decertationis).

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Ils renoncent encore à invoquer « le droit canonique, le droit civil, écrit et non écrit, le divin et l’humain, le nouveau et l’ancien, l’usage, la raison, la coutume, les décisions des anciens ou du lieu, soit celles déjà intervenues, soit celles à intervenir. »

L’acte notarié ne compte plus que dix lignes ; avant de finir par les formules d’usage, l’auteur a trouvé moyen d’allonger encore. Les contractants (énumérés pour la quinzième fois) promettent de « tenir, respecter, remplir et observer effectivement inviolablement et de ne rien jamais faire, dire, aller, venir par eux ou par un autre ou par plusieurs autres ni directement ni indirectement, ni par acte ni par consentement, ni par droit ni par jugement, contre les engagements tous, entiers, et chacun ci-dessus énoncés ou ci-après écrits dans le présent, véridique et public instrument. »

Enfin voici la conclusion : Acta fuerunt haec, l’acte a été passé à Goudargues, devant le baïle (dominus bajulus) du prieur seigneur du lieu. Les témoins étaient : messires Alexis et Antoine de Prat, prêtres, dudit lieu, y habitant, maître Mathieu Tardieu (Tardonii), notaire royal de Bagnols, et Simon Blisson clerc, habitant de Bagnols, greffier public, de la curie ordinaire de Goudargues, notaire apostolique et royal (apostolica et regia auctoritatibus notario). Et Simon Blisson a signé de son signe habituel « pour foi, valeur et témoignage de toutes, entières, et chacune des susdites affirmations. » Vraiment cet habile notaire pouvait signer en homme content de son œuvre.

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