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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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La Police du 18ème siècle

Posté par francesca7 le 1 novembre 2013

La Police du 18ème siècle dans ARTISANAT FRANCAIS naval_recruits_police_-_paris_loc
(D’après Tableau de Paris, paru en 1782)

 

C’est une masse de corruption, que la police divise et partage en deux : de l’une, elle en fait des espions, des mouchards ; de l’autre, des satellites, des exempts, qu’elle lâche ensuite contre les filous, les escrocs, les voleurs, etc., à peu près comme le chasseur ameute les chiens contre les renards et les loups.

Les espions ont d’autres espions à leurs trousses, qui les surveillent, et qui voient s’ils font leur devoir. Tous s’accusent réciproquement, et se dévorent entre eux pour le gain le plus vil. C’est de cette épouvantable lie que naît l’ordre public. On les traite rigoureusement, quand ils abusent l’oeil du magistrat. Tel est l’ordre admirable qui règne dans Paris. Un homme soupçonné ou désigné est éclairé de si près, que ses moindres démarches sont connues, jusqu’au moment qu’il convient de l’arrêter. Le signalement qu’on fait de l’homme, est un véritable portrait auquel il est impossible de se méprendre ; et l’art de décrire ainsi la figure avec la parole, est poussé si loin, que le meilleur écrivain, en y réfléchissant beaucoup, n’y saurait rien ajouter, ni se servir d’autres expressions.

Les Thésées de la police courent toutes les nuits pour purger la ville de brigands ; et l’on peut dire que les lions, les ours, les tigres sont enchaînés par l’ordre politique. Il y a ensuite les espions de cour, les espions de ville, les espions de lit, les espions de rue, les espions de filles, les espions de beaux esprits ; on les appelle tous du nom de mouchards, nom de famille du premier espion de la cour de France. Les hommes de qualité font aujourd’hui le métier d’espions ; la plupart s’appellent M. le baron, M. le comte, M. le marquis.

Il fut un temps, sous Louis XV, où les espions étaient si multipliés, qu’il était défendu à des amis qui se réunissaient ensemble, d’épancher mutuellement leurs coeurs sur des intérêts qui les affectaient vivement. L’inquisition ministérielle avait mis ses sentinelles à la porte de toutes les salles, et des écouteurs dans tous les cabinets ; on punissait, comme des complots dangereux, des confidences naïves, faites par des amis à des amis, et destinées à mourir dans le lieu même qui les avait reçues.

Ces recherches odieuses empoisonnaient la vie sociale, privaient les hommes des plaisirs les plus innocents, et transformaient les citoyens en ennemis qui tremblaient de s’ouvrir l’un à l’autre. Tout homme attaché à la police, sous quelque dénomination que ce puisse être, n’est plus admis dans la bonne société, et l’on a raison. Le quart des domestiques servent d’espions, et les secrets des familles, que l’on croit les plus cachés, parviennent à la connaissance des intéressés.

Les ministres ont leurs espions à eux, séparément de ceux de la police, et les soudoyent : ce sont les plus dangereux de tous, parce qu’ils sont moins suspects que les autres, et qu’il est plus difficile de les reconnaître. Les ministres savent par ce moyen tout ce qu’on dit d’eux ; mais ils n’en profitent guère. Ils sont plus attentifs à ruiner leurs ennemis, à barrer leurs adversaires, qu’à tirer un sage parti des libres et naïfs avertissements que la multitude leur envoie ; car on s’explique toujours assez librement sur le compte des ministres : on ne porte véritablement de respect qu’à la personne des princes.

Mais les secrets des cours n’échappent point par les espions ; ils s’échappent à l’aide de certaines gens, sur qui l’on n’a aucune défiance ; ainsi les vaisseaux les mieux construits font eau par une fente imperceptible, qu’on ne saurait découvrir. Ce qui intéresse dans les cours, et surtout dans la nôtre, c’est qu’il y a un degré d’obscurité, répandu sur les opérations. On veut pénétrer ce qui se cache ; on cherche à savoir jusqu’à ce qu’on connaisse ; c’est ainsi que la machine la plus ingénieuse ne conserve son plus haut prix que jusqu’à ce qu’on ait vu les ressorts qui la mettent en action. Nous ne nous attachons fortement qu’à ce qui ne se laisse pénétrer qu’avec peine. Avec le temps, les choses les plus mystérieuses prennent un caractère de publicité. La langue redira infailliblement ce que l’oeil a vu, et même ce qu’il aura soupçonné. 

220px-Trait%C3%A9_de_la_Police_par_Nicolas_de_La_Mare dans ARTISANAT FRANCAIS

Un lieutenant de police est devenu un ministre important, quoiqu’il n’en porte pas le nom ; il a une influence secrète et prodigieuse ; il sait tant de choses, qu’il peut faire beaucoup de mal ou beaucoup de bien, parce qu’il a en main une multitude de fils qu’il peut embrouiller ou débrouiller à son gré : il frappe ou il sauve ; il répand les ténèbres ou la lumière : son autorité est aussi délicate qu’étendue.

On connaît ses fonctions ; mais on ne sait peut-être pas qu’il s’occupe encore à dérober à la justice ordinaire une foule de jeunes gens de famille, qui dans l’effervescence des passions, font des vols, des escroqueries ou des bassesses ; il les enlève à la flétrissure publique : la honte en rejaillirait sur une famille entière et innocente ; il fait un acte d’humanité, en épargnant à des pères malheureux l’opprobre dont ils allaient être couverts : car nos préjugés, sous ce point de vue, sont bien injustes et bien cruels. Le libertin est enfermé ou exilé, et ne passe point par la main du bourreau : ainsi la police arrache aux tribunaux des coupables qui mériteraient d’être punis ; mais comme ces jeunes gens sont soustraits à la société, qu’ils n’y rentrent que quand leurs fautes sont expiées et qu’ils sont corrigés, la société n’a point à se plaindre de cette indulgence.

On fera seulement la remarque, qu’il n’y a guère de pendus que dans la classe de la populace : le voleur de la lie du peuple, sans famille, sans appui, sans protections, excite d’autant moins la pitié, qu’on s’est montré indulgent pour d’autres. On enlève tous les mois, sans beaucoup de façons, et sur le simple ordre d’un commissaire, trois à quatre cents femmes publiques ; on met les unes à Bicêtre, pour les guérir, les autres à l’hôpital, pour les corriger. Celles qui ont quelqu’argent, se tirent d’affaire. On voit passer toutes ces créatures, un certain jour du mois, devant le juge de police, seul juge en cette matière ; elles lui font une révérence ou lui disent des injures ; et il ne fait que répéter gravement, à l’hôpital, à l’hôpital.

Cette partie de notre législation est très vicieuse, parce qu’elle est très arbitraire : en effet, le secrétaire du lieutenant de police détermine seul l’emprisonnement et sa durée, plus ou moins longue. Les plaintes sont ordinairement portées par les gens du guet ; et il est bien étonnant qu’un seul homme dispose ainsi de la liberté d’un si grand nombre d’individus.

L’opprobre dans lequel ils sont tombés, ne justifie pas cette violence ; il serait facile de suivre une partie de la procédure usitée dans les cas criminels, puisqu’il s’agit de la perte de la liberté ; des filles innocentes, et que la timidité empêchait de répondre, se sont quelquefois trouvées confondues avec ces malheureuses.

Le lieutenant de police exerce de même un empire despotique sur les mouchards qui sont trouvés en contravention, ou qui ont fait de faux rapports : pour ceux-là, c’est une portion si vile et si lâche, que l’autorité à laquelle ils se sont vendus, a nécessairement un droit absolu sur leurs personnes.

Il n’en est pas de même de ceux qui sont arrêtés au nom de la police ; ils ont pu commettre des fautes légères ; ils ont pu avoir des ennemis dans cette foule d’exempts, d’espions et de satellites, que l’on croit sur leur parole. L’œil du magistrat peut être incessamment déçu, et l’on devrait remettre à un examen plus sérieux la punition de ces délits ; mais Bicêtre engloutit une foule d’hommes qui s’y pervertissent encore, et qui en sortent plus méchants qu’ils n’y étaient entrés. Avilis à leurs propres yeux, ils se précipitent ensuite dans les plus grands désordres.

Je le répète, cette partie de notre législation est dans un chaos affreux : elle ressemble presque à celle qui détermine l’enlèvement des pauvres ; mais on ne songe seulement pas à remédier à ces lois abusives, qui se sont formées sous l’œil des tribunaux légitimes, sans qu’on puisse en connaître la validité, la sanction, ni l’origine. Il y a des moments où la police se relâche incroyablement ; et c’est après quelques accidents célèbres qu’elle reprend sa vigueur. On cache et l’on étouffe tous les délits scandaleux, et tous les meurtres qui peuvent porter l’effroi et attester l’invigilance des préposés à la sûreté de la capitale. On enterre par ordre de la police les suicides, après la descente et le procès-verbal d’un commissaire ; et l’on fait sagement : si l’on en publiait la liste, elle serait effrayante.

330px-Bundesarchiv_Bild_183-B10816%2C_Frankreich%2C_Paris%2C_JudenverfolgungLes accidents qui arrivent sur le pavé de Paris, ou par les voitures publiques, ou par la chute des tuiles, ou dans les bâtiments, sont de même ensevelis dans le silence. Si l’on tenait registre fidèle de toutes ces calamités particulières, l’épouvante ferait regarder avec horreur cette ville superbe. C’est à l’hôtel-Dieu, c’est à la Morne, que l’on aperçoit les nombreuses et déplorables victimes des travaux publics, et d’une trop nombreuse population. Au reste, c’est un terrible et difficile emploi, que de contenir tant d’hommes livrés à la disette, tandis qu’ils voient les autres nager dans l’abondance ; de contraindre, dis-je, autour de nos palais, de nos demeures brillantes, tant de malheureux, pâles et défaits, qui ressemblent à des spectres ; tandis que l’or, l’argent, les diamants remplissent l’intérieur de ces mêmes demeures, et qu’ils sont violemment tentés d’y porter la main, pour apaiser le besoin qui les tue. L’extravagance et la dissipation du luxe diminuent peut-être à leurs yeux la honte et l’injustice du vol.

Une audience du lieutenant de police est fort divertissante : on lui fait toutes sortes de plaintes et de demandes ; on l’approche, on lui dit un mot à l’oreille ; il répond par une phrase banale ; il prend des placets dans trois anti-chambres ; les mains du secrétaire ou du commis peuvent à peine les contenir. La populace occupe la dernière salle, et l’appelle en tremblant, monseigneur. Ce dernier rang est promptement expédié. Si ce magistrat voulait communiquer au philosophe tout ce qu’il sait, tout ce qu’il apprend, tout ce qu’il voit, et lui faire part de certaines choses secrètes, dont lui seul est à peu près bien instruit, il n’y aurait rien de si curieux et de si instructif sous la plume du philosophe : le philosophe étonnerait tous ses confrères.

Mais ce magistrat est comme le grand pénitencier ; il entend tout, ne rapporte rien, et n’est pas étonné de certains délits au même degré que le serait un autre homme. à force de voir les ruses de la friponnerie, les crimes du vice, les trahisons secrètes, et toute la fange impure des actions humaines, ce magistrat a nécessairement un peu de peine à croire à la probité et à la vertu des honnêtes gens. Il est dans un état perpétuel de défiance ; et, au fond, il doit posséder ce caractère-là ; car il ne doit rien croire d’impossible, après les leçons extraordinaires qu’il a reçues des hommes et des évènements, et sa charge lui commande un doute continu et sévère.

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LES BOUCHERS du 18ème siècle

Posté par francesca7 le 1 novembre 2013

(D’après Tableau de Paris, paru en 1782)
LES BOUCHERS du 18ème siècle dans ARTISANAT FRANCAIS 12-alimenticarni_bovinetaccuino_sanitatis_casanatense_418-275x300

Les boucheries ne sont pas hors de la ville, ni dans les extrémités ; elles sont au milieu. Le sang ruisselle dans les rues, il se caille sous vos pieds, et vos souliers en sont rougis. En passant, vous êtes tout-à-coup frappé de mugissements plaintifs.

Un jeune boeuf est terrassé, et sa tête armée est liée avec des cordes contre la terre ; une lourde massue lui brise le crâne, un large couteau lui fait au gosier une plaie profonde ; son sang qui fume, coule à gros bouillons avec sa vie. Mais ses douloureux gémissements, ses muscles qui tremblent et s’agitent par de terribles convulsions, ses débattements, ses abois, les derniers efforts qu’il fait pour s’arracher à une mort inévitable, tout annonce la violence de ses angoisses et les souffrances de son agonie. Voyez son coeur à nu qui palpite affreusement, ses yeux qui deviennent obscurs et languissants. Oh, qui peut les contempler, qui peut ouïr les soupirs amers de cette créature immolée à l’homme !

Des bras ensanglantés se plongent dans ses entrailles fumantes, un soufflet gonfle l’animal expiré, et lui donne une forme hideuse ; ses membres partagés sous le couperet vont être distribués en morceaux, et l’animal est tout à la fois enseigne et marchandise. Quelquefois le boeuf, étourdi du coup et non terrassé, brise ses liens, et furieux s’échappe de l’antre du trépas ; il fuit ses bourreaux, et frappe tous ceux qu’il rencontre, comme les ministres ou les complices de sa mort ; il répand la terreur, et l’on fuit devant l’animal qui la veille était venu à la boucherie d’un pas docile et lent.

Des femmes, des enfants qui se trouvent sur son passage, sont blessés ; et les bouchers qui courent après la victime échappée, sont aussi dangereux dans leur course brutale que l’animal que guident la douleur et la rage. Ces bouchers sont des hommes dont la figure porte une empreinte féroce et sanguinaire, les bras nus, le col gonflé, l’oeil rouge, les jambes sales, le tablier ensanglanté ; un bâton noueux et massif arme leurs mains pesantes et toujours prêtes à des rixes dont elles sont avides. On les punit plus sévèrement que dans d’autres professions, pour réprimer leur férocité ; et l’expérience prouve qu’on a raison.

Le sang qu’ils répandent, semble allumer leurs visages et leurs tempéraments. Une luxure grossière et furieuse les distingue, et il y a des rues près des boucheries, d’où s’exhale une odeur cadavéreuse, où de viles prostituées, assises sur des bornes en plein midi, affichent publiquement leur débauche. Elle n’est pas attrayante : ces femelles mouchetées, fardées, objets monstrueux et dégoûtants, toujours massives et épaisses, ont le regard plus dur que celui des taureaux ; et ce sont des beautés agréables à ces hommes de sang, qui vont chercher la volupté dans les bras de ces Pasiphaé.

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L’IMPRIMERIE EN EUROPE AUX XVe ET XVIe SIÈCLES

Posté par francesca7 le 1 novembre 2013


Les premières productions typographiques

et les premiers imprimeurs.

~*~

En dehors de l’intérêt que présente cet opuscule à tous ceux qui s’intéressent aux débuts de l’imprimerie, il offre une particularité curieuse qui réside dans sa confection même.

Depuis plus de quatre siècles la composition typographique a toujours été exécutée à la main. Ce qui faisait dire souvent à ceux qui ont discouru des choses de l’imprimerie que la typographie, en ce qui concerne spécialement la composition, était restée dans les limites que lui avaient assignées Gutenberg, Fust et Schœffer.
L'IMPRIMERIE EN EUROPE AUX XVe ET XVIe SIÈCLES dans Alpes Haute Provence yriarte02
Il était réservé au XIXe siècle – et les tentatives premières qui remontent presque au début de ce siècle se sont formulées plus nettement et ont abouti à de sérieux résultats dans ces vingt dernières années de donner une formule nouvelle à la composition typographique.

Jusqu’à cette heure le progrès le plus réel qui ait été réalisé dans la composition mécanique semble dû à la Linotype (machine qui compose, espace, justifie, fond et distribue), dont l’idée première appartient à James C. Cléphane, typographe à Washington et qui a été perfectionnée à la suite d’incessantes et patientes recherches par Mergenthaler.

La Linotype, véritable merveille de mécanisme, est appelée dans un prochain avenir à prendre dans l’imprimerie la place importante que lui assignent, dans notre siècle de vapeur et d’électricité, la rapidité de travail qu’elle donne et l’économie de temps et d’argent qu’elle permet de réaliser.

L’Imprimerie en Europe aux XVe et XVIe siècles a été, sauf les premières pages, entièrement composé par la Linotype, et la composition a été exécutée par un seul ouvrier en une journée de 10 heures.

C’est l’un des premiers travaux qui aient été exécutés en France, à l’aide de la Linotype. Les imperfections matérielles qu’on pourra rencontrer dans cet ouvrage sont inséparables des premiers essais. Mais déjà les résultats s’améliorent et sont de nature à satisfaire les esprits les plus rebelles.

En publiant ces notes chronologiques, nous devions au lecteur quelques éclaircissements sur la confection matérielle du volume et dégager ce point spécial qu’un ouvrage relatant les labeurs accomplis patiemment et péniblement par la main des ancêtres typographiques, il y a quatre siècles et plus, est aujourd’hui mis à jour presque automatiquement, grâce aux combinaisons ingénieuses et multiples d’une machine à composer.

AVANT-PROPOS
Le relevé chronologique des premières productions de la typographie en Europe et des noms des imprimeurs qui, les premiers, ont exercé l’art d’imprimer depuis Gutenberg (XVe siècle) jusqu’à la fin du XVIe siècle, nous semble devoir offrir quelqu’intérêt aux érudits et aux amateurs bibliographes.

Des monographies spéciales à certains pays ont été publiées et contiennent des indications plus ou moins étendues sur les origines de l’imprimerie dans telle ou telle partie de l’Europe, dans telle ou telle ville.

Mais nous ne pensons pas qu’un travail d’ensemble présentant les noms des premiers typographes en Europe et les titres des premiers ouvrages qui virent le jour du XVe au XVIe siècle ait été publié jusqu’ici.

Nous aidant des renseignements divers empruntés aux historiens de l’imprimerie, aux bibliographes, aux manuels et catalogues les plus complets, nous avons dressé un relevé aussi précis que possible, nous attachant à la reproduction fidèle des titres des ouvrages, dans leur orthographie souvent bizarre, complétant ces indications sommaires par des notes intéressantes touchant l’histoire de l’imprimerie.

Nous souhaitons que l’aridité apparente de ce travail qui nous a demandé de patientes recherches soit excusée et que ce modeste essai soit accueilli avec une indulgente faveur.
L. D.

FRANCE
________

220px-Buchdruck-15-jahrhundert_1 dans Ariège
ABBEVILLE (Somme), 1486.

L’imprimerie est exercée dans cette ville dès cette date. Jehan Dupré, l’illustre typographe parisien qui imprimait le « Missale » de 1481 confie à un artisan d’Abbeville, Pierre Gérard, les caractères et le matériel nécessaires a l’établissement d’une imprimerie considérable. Premier livre imprimé la « Somme rurale», complétée par Jeban Boutillier.

AGDE (Hérault), 1510.

Le premier livre paru dans cette ville, « Breviarium ad usum beatissimi protomartyris Agathi Diocaesis patroni », a été imprimé par Jehan Belon, qui avait également des presses à Valence en Dauphiné, sa patrie.

AGEN (Lot-et-Garonne), 1545.

On attribue l’introduction de l’imprimerie dans cette ville et l’impression du premier ouvrage à Antoine Reboul, qui fit paraître à cette date un ouvrage du célèbre César Frégose, devenu évêque d’Agen en 1550 : « Canti XI de le Lodi de la S. Lucretia Gonzaga di Gazuolo », etc.

AIX (Bouches-du-Rhône), 1552.

Le premier livre imprimé est un « Règlement des advocats, procureurs et greffiers et des troubles de cour », etc., par François Guérin. L’imprimeur est probablement Pierre Rest, ou Roux, bien que des privilèges aient été accordés en 1539 et 1545, aux libraires d’Aix, par François Ier, et que l’imprimeur de Lyon, Antoine Vincent, ait obtenu la permission pour trois ans (1536-39) d’imprimer les Ordonnances du pays de Provence.

ALBI (Tarn), 1529.

Le premier livre imprimé à cette date dans la quatrième des cités de l’ancienne Aquitaine est : « Sensuyt la vie et légende de madame saincte Febronie, vierge et martyre ». Le présent livre faict imprimer par Pierres Rossignol, marchât et bourgioys Dalby.

ALENÇON (Orne), 1530.

Le premier livre connu, « Sommaire de toute médecine et chirurgie », par Jean Gouevrot, vicomte du Perche, sort des presses de maistre Simon du Bois. A la fin du XVIe siècle et pendant tout le XVIIIe, une famille d’un nom très connu, les Malassis, fournit de nombreux imprimeurs à Alençon.

ANGERS (Maine-et-Loire), 1476.

C’est la cinquième ville de France dans laquelle ait pénétré l’imprimerie. Le premier ouvrage imprimé est la « Rhetorica nova » de Cicéron, qui dispute la priorité au « Coustumier d’Anjou », le plus ancien Coutumier français que l’on connaisse. La « Rhétorique » porte à la fin : « Audegani per Johanem de Turre atque Morelli impressores. »

ANGOULÈME (Charente), 1491.

Tous les bibliographes font remonter à cette date l’introduction de l’imprimerie dans cette ville par la publication de cet ouvrage : « Auctores octo Continentes libros videlicet », etc. etc. Le nom de l’imprimeur est inconnu. Au XVIe siècle, il faut citer parmi les imprimeurs la famille des Minières.

Lire la suite… »

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l’ancêtre des journaux imprimés

Posté par francesca7 le 1 novembre 2013


 

À la une de cette plaquette gothique de 1498 et conservée par la bibliothèque Mazarine : l’épitaphe de Charles VIII mort d’une blessure idiote.

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 Yann Sordet, le directeur de la bibliothèque Mazarine, à Paris, tourne avec délicatesse les pages de la plaquette gothique ; en fait, un véritable magazine imprimé, vieux d’un demi-millénaire. Un ancêtre du Point en quelque sorte ! Il explique : « Ces plaquettes gothiques ont commencé à être imprimées en France vers 1490. Composées de quatre et six feuilles, elles relatent des faits d’actualité : une entrée royale dans Paris, une bataille, l’apparition d’une comète dans le ciel. Mais elles proposent également des versions abrégées de poésies médiévales ou de romans de chevalerie. »

La plaquette qu’il a spécialement sortie pour nous date de mai 1498. Le lecteur peut y lire – en français ! – l’épitaphe du malheureux Charles VIII qui se fracasse accidentellement le crâne contre le linteau d’une porte du château d’Amboise. Il trouve également un article décrivant l’arrivée à Paris de son successeur Louis XII, après son sacre à Reims. Il ne manquerait plus que des gravures de Nabilla en petite tenue pour compléter l’ensemble… « Ces plaquettes étaient tirées à plusieurs centaines d’exemplaires et vendues dans la rue. Ce sont devenus aujourd’hui des documents rarissimes. Celle-ci est attribuée à Pierre Lecaron, un petit imprimeur parisien. » Un trésor habituellement caché aux yeux du public…, mais à découvrir sur Le Point.fr.

REGARDEZ l’un des premiers journaux imprimés 

 

 

 

 

 

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Etre maître Braconnier

Posté par francesca7 le 20 octobre 2013

Etre maître Braconnier dans ARTISANAT FRANCAIS 220px-Alexis_Mauflastre_-_Retour_de_chasse_ou_Les_braconniers_bretonsLe braconnage désigne la chasse ou la pêche illégale.
Il se définit donc par rapport à la législation, et relativement à la règlementation qui l’applique ; concernant le permis de chasse ou pêche, les dates et lieux de chasse autorisées, et les listes d’espèces autorisées à la chasse/pêche (avec des tailles et âge à respecter le cas échéant).

La portée des effets du braconnage diffère selon qu’il concerne les espèces dites sédentaires, ou grandes migratrices (dans ce dernier cas, le braconnage dans une région ou un pays peut affecter la survie de la population de l’espèce dans un autre pays, ainsi que les services écosystémiques qu’elle rend). Avec des variations selon les lieux et les époques, il existe une large gamme de raisons au braconnage ; de l’alimentation de survie à la vente commerciale de poisson (dont civelle), viande, viande de brousse, peaux, corne, ivoire, carapaces ou trophées (dans ces derniers cas, les cadavres sont souvent simplement laissés sur place). La fragmentation forestière et le développement des réseaux routiers et de nouveaux moyens de transport (avion, hélicoptères, bateaux motorisés, quads) ont augmenté les surfaces braconnées, l’accès aux zones protégées et parfois l’ampleur du braconnage.

À l’origine, selon le Littré, le mot « braconnier » désignait celui qui dirige les chiens (braques).

Au xxe siècle, une partie du braconnage s’est internationalisé, et il est devenu plus technologique (pour le transport, la recherche de l’animal, l’armement, la revente, etc.). À une certaine époque, seule la noblesse anglaise possédait le droit de chasser avec des Lévriers. Les gens de condition inférieure ont alors croisé des Lévriers avec des chiens de travail pour créer le Lurcher. C’est le chien de braconnier par excellence.

images-41 dans ARTISANAT FRANCAISLe roman de Garin-le-Loherain, qui date du douzième siècle, nous montre le roi Pépin créant un maître-braconnier. A coup sûr, cette nomination serait plaisante si l’on supposait au mot braconnier le sens défavorable qui s’y attache aujourd’hui.

Il faut donc savoir que, dans l’origine, ce nom fut donné simplement aux valets qui soignaient, pour la chasse au chien d’arrêt, les chiens braques, si connus pour la finesse de leur odorat. Tout grand chasseur avait des braconniers dans ses équipages comme il avait des fauconniers, des loutriers, des louvetiers et des perdrisseurs.

Les braconniers abusèrent-ils des facilités qui leur étaient offertes de chasser à leur profit sur les terres du maître ? Les premiers chasseurs clandestins jugèrent-ils que l’usage du chien braque leur pouvait être d’un précieux usage ? Toujours est-il que le mot braconnier, détourné de son sens primitif, ne s’applique plus qu’aux chasseurs de contrebande, gens sans aveu, qui trouvent dans le vol déguisé du gibier de coupables moyens d’existence.

Si le braconnier pris au XIXe siècle en flagrant défit est ordinairement quitte pour quelques jours de prison, la législation ancienne m’en usait pas avec autant de douceur à son égard.

« Ceux qui chasseront aux grosses bêtes, dit une ordonnance du roi François Ier, et icelles prendront, pour la première foys seront condamnés à l’amende de 250 livres tournois ; ceux qui n’auront pas de quoy payer seront battus de verges jusqu’à effusion du sang ; la seconde foys seront battus de verges autour des forests et garennes où ils auront délinqué, et bannis, sur peine de la hart, de quinze lieues alentour des dites forests et garennes ; la tierce foys seront mis aux galères, ou battus de verges et bannis perpétuellement de nostre royaulme et leurs biens confisquez. »

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Le Travail des enfants aux Forges.

Posté par francesca7 le 12 octobre 2013


Fichier: HURRIER Cobden 1853.jpg

Les enfants sont également mis à contribution. Par un courrier du 19 décembre 1837, M. le ministre du Commerce demande la création de commissions d’arrondissement pour connaître la condition des enfants occupés dans les fabriques ; cette enquête est menée à l’aide d’un questionnaire en 10 points :

  1. Depuis quel âge les enfants sont-ils reçus dans les fabriques ?
  2. Quels sont les salaires qui leur sont attribués ?
  3. Quelle économie résulte, pour le fabricant, de la substitution des enfants à des ouvriers adultes ?
  4. Quelle est la durée de leur travail ?
  5. Sont-il s soumis à des travaux de nuit ?
  6. Les enfants des deux sexes sont-ils confondus dans les mêmes métiers ?
  7. Appartiennent-ils le plus souvent aux ouvriers eux-mêmes occupés dans les fabriques et dans quelle proportion ?
  8. Quel est leur degré d’instruction ? Suivent-ils les écoles ? les suivent-ils le jour, le soir ou le dimanche ?
  9. Quel est l’état de la moralité des enfants ?
  10. Sont-ils l’objet de mauvais traitements de la part des maîtres ou de ceux qui les emploient ?

Le Travail des enfants aux Forges. dans ARTISANAT FRANCAIS 320px-Laval-sepia_07.2001

Dans une lettre adressée au maire de Précy sous Thil, M. de Nansouty expose la situation en ces termes (ADCO – 10 M 10) :

« Forge de Maisonneuve, le 22 janvier 1838

Monsieur le Maire,

Mon fils, sachant l’intérêt que j’apporte, malheureusement presque en pure perte, aux choses qui ont rapport aux enfants employés dans nos forges et à leur progrès religieux et moral, a attendu mon retour pour me communiquer la lettre qui vous a été adressé à leur sujet le 18 Xè (décembre) dernier par M. le sous-préfet et m’a chargé d’y répondre.

L’ayant donc consulté et les employés sur les questions matérielle, j’ai l’honneur de vous transmettre la réponse aux divers chefs de cette lettre en ce qui regarde les enfants employés dans notre fabrique.

  1. On y reçoit les enfants à l’âge de 12 ou 13 ans et dorénavant autant qu’il se pourra après leur première communion.
  2. Le salaire des premières années de ces enfants est de 15 francs et selon qu’ils sont bons ouvriers et que leurs forces augmentent, ce salaire croît en proportion ainsi dans cette première condition un enfant de 16 ans peut avoir 20 ou 25 F ; 18, 30 ou 35  F ; à 20 ans cela peut aller à 40 F.
  3. Par le genre de travail de notre fabrique, c’est moins par économie que l’on emploi des enfants que parce que le travail qu’on leur donne (en majeur partie le redressement du fer) est plus approprié à leur taille où celle des hommes faits ne conviendrait pas et avec beaucoup de fatigue ne feraient pas aussi bien soit par taille trop grande ou défaut de l’agilité et de la légèreté de l’enfance pour les autres travaux accessoires.
  4. La durée de leur temps de travail est de 12 heures sur quoi il n’y a de travail réel que de 7 à 9 heures.
  5. Alternativement, ils ont une semaine de travail de jour et une semaine de travail de nuit.
  6. Les garçons seuls sont admis à l’atelier.
  7. Ils appartiennent le plus souvent aux ouvriers employés à la forge comme fils ou frères. Les deux tiers sont de cette classe et sur l’autre tiers, une bonne moitié se compose d’enfants trouvés (au sujet desquels je ferai plus bas une remarque). Si par cette proportion l’on entend celle des enfants (par rapport) aux ouvriers adultes, nos deux forges de Rosey et Maisonneuve se compensant, les enfants en forment à peu près moitié ; Maisonneuve a plus d’adultes et moins d’enfants, Rosey a plus d’enfants et moins d’adultes ; chacune selon la nature du travail de l’usine.
  8. Leur instruction dans l’état actuel ne peut être que faible et demeurer à ce qu’ils en apportent en entrant à l’usine, le travail empêchant presque toute suite à ce qu’un enfant de la campagne en peut posséder à 12 ans si les parents y ont mis quelque zèle, c’est-à-dire un peu de lecture et presque point d’écriture. Si les parents ont été pauvres ou négligents, elle est nulle et reste nulle car le travail étant d’une semaine, de 6 heures du matin à 6 heures du soir, le repas et le sommeil occupent la soirée et la nuit.

Si le travail est de nuit, il est plus fatigant, le repas en rentrant et le repos jusqu’à trois heures environ occupent ( ?) le temps où les écoles sont ouvertes. Quelques enfants avides d’apprendre ont essayé de suivre l’école la semaine de nuit, ils n’ont pu y résister longtemps. Ils n’apprenaient pas et ne se reposaient pas. Il faudrait une salle d’école et un maître consacrant ( ?) une heure et demie chaque soir avant d’entrer en tournée et autant à la suite pour ceux sortant de tournée, c’est à dire du travail. Cela a été essayé dette année durant quelques mois, à Rosey où le nombre d’enfants et même d’ouvriers et la bonne volonté du maître d’école à se rendre sur les lieux et à la forge même a facilité la chose. Si les enfants n’ont point fait leur première communion, la difficulté est extrême pour leur exactitude nécessaire aux instructions ; le travail en souffre et les compagnons des enfants qui s’absentent en sont surchargés. (Un enfant de 7 ans, fort à la vérité, vient en ce moment de remplacer un frère, trois fois par semaine  pendant les deux heures de catéchisme). Il serait donc bien à propos que non seulement le maître d’école mais encore M. le curé, le dimanche, emploient ( ?) ces heures consacrées à l’instruction. Le curé, trouvant les enfants avec l’habitude de s’assembler le dimanche, continuerait une instruction forcément trop superficielle pour les matières morales et religieuses à la portée des enfants et qu’ils oublient trop vite. Cette réflexion et ce désir mènent  naturellement à déplorer que les heures de travail et de repos privent également – facile de pouvoir avoir, le dimanche, à l’heure de la sortie et de la rentrée au travail, le sacrifice divin – les ouvriers adultes comme les enfants de toute espèce de prière et d’office religieux à moins d’un zèle rare et que l’on ne peut guère attendre d’ouvriers fatigués. Ils vivent ainsi sans culte et sans Dieu, devenant machines comme leurs mécaniques selon la remarque de l’auteur du Paupérisme. Que l’on me pardonne cette digression. La moralité des enfants et des ouvriers, leurs économies, en devant diminuer l’influence trop proche du cabaret, y gagneraient beaucoup.

  1. La moralité des enfants sans être ce que l’on désignerait ainsi que celle des adultes dont les discours influent sur les enfants qui les entourent au travail, est loin d’être nulle. Elle offre pour ainsi dire une moyenne. Un peu d’aide profiterait ( ?) beaucoup et quelques enfants ont offert des traits à remarquer.
  2. La nécessité force à placer les enfants sous l’autorité des chefs de four et maîtres ouvriers dont la grossièreté abuse quelque fois de sa force ; on ne peut pas dire cependant que cela aille jusqu’aux traitements absolument mauvais. Cet article est d’ailleurs l’objet de la surveillance des employés ; par exemple il y a peu, qu’ici, un maître fut mois à l’amende pour avoir corrigé un enfant en lui versant ( ? illisible) au lieu d’au sur le corps. Un autre, à Rosey, en encouru 14 F d’amende, c’est à dire un tiers ou un quart de  son gage mensuel pour en avoir frappé un jusqu’à le rendre malade un jour ou deux. Une femme ou une mère réclamerait des punitions plus fortes, les employés les jugent suffisantes. L’autorité peut décider ;

A Maisonneuve, le nombre des enfants employés à l’usine est de 16.

coaltub dans Bourgogne

A Rosey, le 25.

Généralement, ils sont gais, forts et bien portants et si les parents les nourrissent bien comme le permet le gage même le plus faible, ils ne se plaignent ni n’ont l’air de supporter un travail au-dessus de leurs forces. Généralement leur travail paraît leur plaire. Mais qui penserait ( ?) à une plainte contre l’avidité des nourrices à qui sont confiés les enfants trouvés. J’ai commencé à m’entendre à ce sujet avec M. le Préposé à leur soin résidant à Saulieu, mais la difficulté est grande pour s’opposer à l’abus. Je crois le gage de 15 F par mois suffisant pour entretenir (avec économie) un enfant de 12 à 16 ans placé en sus dans une famille établie et quelque peu nombreuse. Lorsque le gage croît et arrive à 25 F par exemple, il doit être possible de mettre quelque chose à la Caisse d’Epargne pour le jeune homme quoiqu’encore enfant et soumis à la puissance paternelle ou bien de son nourricier ; presque toujours celui-ci abuse et traite l’enfant comme un bétail qui lui rapport et sur lequel il fait le plus de gain possible. Ile nourrit parce qu’il lui faut bien des jours pour rapporter son mois mais il le vêt et le raccommode le moins qu’il peut.

320px-Mill_Children_in_Macon_2 dans HUMEUR DES ANCETRESEn ce moment, à Rosey un enfant trouvé, modèle de labeur et d’intelligence, âgé de 18 ans, petit et délicat, gagne jusqu’à 30 F par mois. Le nourricier le laisse en haillons prétendant que l’enfant mange ses trente francs et lui coût au-dessus. Et à côté de ce modèle d’activité, l’enfant, modèle de désintéressement, refuse de quitter celui qui l’a nourri petit et l’a pris comme enfant et préfère lui abandonner son gain plutôt que d’économiser ailleurs.

En vous priant, Monsieur le maire d’excuser cette lettre trop longue et qui me laisse pourtant encore le désir de vous entretenir ainsi que M. le sous-préfet, je vous prie de recevoir l’expression de ma plus haute considération.

 

 

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Le 1er service postal en Bourgogne

Posté par francesca7 le 12 octobre 2013

 

  Jean Focard (1689-1769) habitant d’Aisy sous Thil en Cote d’Or, nous apprend qu’en « l’an 1734, on fit un grand chemin au finage d’Aisy de Vitteaux tirant à Rouvray. L’an 1735, on continua d’y travailler toujours. Tous ces ouvrages-là font beaucoup de peine au petit peuple ».

Il s’agit de remplacer l’ancienne route romaine de Dijon à Paris (vert) au parcours accidenté et infestée de brigands tapis notamment dans les forêts de Saint Seine l’Abbaye par un itinéraire moins périlleux (rose) reliant le chemin de la diligence à Rouvray passant par Précy sous Thil, Vitteaux, Sombernon…

 

Le 1er service postal en Bourgogne dans ARTISANAT FRANCAIS maschine_zum_ubersetzen_der_diligencen_auf_eisenbahnwaggons

 Cette heureuse initiative est due à Marc-Antoine Chartraire, compte de Montigny, Charigny et (surtout) de Bierre fort intéressé par un nouveau grand chemin carrossable pour se rendre de Dijon à son château de Bierre les Semur.

En ce début de siècle des lumières, la situation est des plus lamentables ; Marc-Antoine dont nous reparlerons met plusieurs jours pour aller à Dijon, Point d’aisy n’a plus de pont : Le Serein   est traversé à gué, par bac ou sur des planches jetées sur quelques grosses pierres provenant probablement du vieux pont romain qui, faute d’entretien, s’est écroulé et n’a jamais été reconstruit. En cas de crue importante, il faut passer par Vic pour franchir la rivière !

Ainsi, entre 1734 et 1743, Marc-Antoine ordonne l’aménagement de sa route et comme celle-ci est royale, il fait appel à la corvée royale pour tous ces travaux ! En financier avisé, il achète, à Précy, les terrains bordant ce nouveau chemin et y installe d’abord une hôtellerie avec relais de poste ; le relais de Maison-Neuve.

Jean Focard écrit encore qu’en « l’an 1742, le 20 mars, on a commencé la levée dudit point de Précy. Il y avait 120 ouvriers de bras avec des brouettes à bras pour faire ladite levée. L’an 1743 l’on a construit une maison appelée la Maison-Neuve, au proche de Précy pour la grande poste qui a commencé à passer le premier juillet de l’an 1743. La poste était de quatre chelles avec trois chevaux à chaque chelle et deux courriers à cheval par chelle dont elle continuera par chaque semaine ».

Autrement dit, se met en place un service postal constitué de quatre chaises de poste attelées chacune de trois chevaux, chaque chaise étant conduit par deux cavaliers.

Fichier: FrenchRoyalPost1829.jpg

 

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L’institutrice

Posté par francesca7 le 8 octobre 2013


par

Louise Colet

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Description de cette image, également commentée ci-après

Louise Colet


DANS l’institutrice nous ne comprendrons pas la maîtresse de pension, type fort distinct de celui que nous allons analyser. La maîtresse de pension a presque toujours de quarante à soixante ans : elle est plutôt l’administrateur que le professeur de l’établissement qu’elle dirige. Elle en soigne les revenus mieux que les études ; et il est plus utile et plus productif pour elle d’être une bonne ménagère qu’une femme instruite. Pour la surveillance des leçons, elle s’en repose sur les sous-maîtresses à ses gages ; pour les leçons, sur les maîtres du dehors. L’instruction, les talents d’agrément, seraient donc pour la maîtresse de pension des superfluités véritables, souvent même elle se dispense de mettre l’orthographe. Comme il est parfaitement inutile qu’un directeur de théâtre soit un auteur dramatique, il n’est pas nécessaire qu’une maîtresse de pension soit une femme savante ou une femme d’esprit. Les exemples en font foi. Mais passons à l’institutrice spécialement consacrée à faire l’éducation des jeunes filles qui ne quittent pas leur famille.

Pour nous garder d’être systématique, soit dans nos critiques soit dans nos éloges, nous diviserons en trois fractions ce type d’institutrice, qui, examiné d’une manière absolue, nous porterait à de fausses appréciations. Il y a, selon nous, l’institutrice de vocation, l’institutrice ambitieuse, et l’institutrice par dévouement. Toutes les institutrices du monde ont de vingt-cinq à trente-cinq ans : jamais moins, rarement plus.

Jusqu’à vingt-cinq ans, l’institutrice de vocation est sous-maîtresse dans la pension où elle a été élevée. Presque toujours c’est la fille de ces petits marchands ou de ces minces bourgeois parisiens qui disent à leurs enfants, lorsqu’ils ont atteint l’âge de raison : « Travaillez comme nous avons travaillé nous-mêmes. » Alors l’institutrice de vocation se consacre à l’enseignement, comme elle se ferait lingère, modiste, ou demoiselle de comptoir.


Elle est dans la nécessité de se choisir un état, et son instinct la pousse à devenir institutrice. Elle sait juste assez de grammaire, de géographie, d’histoire, de piano, de dessin, de mots estropiés d’anglais et d’italien pour se présenter avec assurance aux mères insouciantes qui confient aveuglément à une étrangère la direction de l’esprit et du coeur de leurs filles. Avec ces teintures superficielles de toutes choses, l’institutrice de vocation se dit en état de faire une éducation complète. Convaincue naïvement de ce qu’elle vaut, sans orgueil comme sans modestie, elle étale hardiment son savoir universel ; on y croit, on en essaie, bientôt on en doute : l’élève n’apprend rien, mais l’institutrice de vocation se retranche sur le peu d‘aptitude ou d’application de son écolière ; elle propose des maîtres étrangers pour stimuler l’élève indolente ou étourdie. D’abord deux leçons par semaine, et seulement pour les arts d’agrément, suffiront, dit-elle. Mais bientôt la mère, enchantée des progrès inattendus de sa fille, accorde des maîtres tous les jours, non-seulement pour les arts d’agrément, mais encore pour les langues, pour l’histoire, pour tout ce que l’institutrice proteste toujours connaître à fond. Dès lors elle n’est plus qu’une surveillante en réalité fort inutile, mais dont on ne pourrait se passer, car l’institutrice de vocation se prête à tout ; elle excelle dans les ouvrages à l’aiguille, fait des bourses et des bonnets grecs pour monsieur, des collerettes et des chiffons pour madame, ajuste les robes de bal pour mademoiselle, la coiffe au besoin, brode à la veillée un meuble de tapisserie pour le salon, fait la lecture, écrit les billets d’invitation, règle les comptes, surveille les domestiques, se multiplie, devient une espèce de factotum, et n’a plus que le titre d’institutrice. 

En général, l’institutrice de vocation se place dans les familles à fortune aisée, mais peu brillante ; elle coopère aux calmes distractions de ces intérieurs placides rarement troublés par les passions, où règne l’ordre, la propreté, la parcimonie, où l’on reçoit régulièrement à dîner les vieux parents et les vieux amis une fois par semaine, aréopage appelé à juger

 hebdomadairement les succès de l’élève, que l’institutrice fait valoir avec une minutieuse complaisance. Dans ces réunions intimes, l’institutrice est un personnage important : elle accompagne la romance, joue par monts et par vaux la contredanse, organise les charades, sert le thé et coupe la brioche. Dans ses heures de solitude, l’institutrice de vocation relit scrupuleusement quelque traité d’éducation ; elle s’en acquitte par routine comme un prêtre lit son bréviaire ; elle se tient ainsi en haleine dans l’exercice de ses devoirs, et remplit son esprit de sentences de pédagogues, semences fort stériles qui ne font germer que l’ennui dans les jeunes têtes où elle les jette à tout propos.

En somme, c’est une assez bonne créature que l’institutrice de vocation. Elle est sans esprit, sans imagination, mais possède une certaine rectitude de jugement, qui la fait assez adroitement naviguer dans les flots de familles diverses, parmi lesquelles elle passe d’année en année. Elle suit son petit bon homme de sillon sans broncher aux écueils. Elle a une sorte de droiture de coeur qui n’est pas exempte de finesse, mais où la probité domine ; un peu par calcul peut-être, car l’institutrice de vocation, ayant embrassé l’enseignement comme un état, se conduit avec régularité pour ne pas manquer de place.

L’institutrice de vocation a des moeurs ; elle ne se compromet jamais avec les fils de la maison, les frères ou les cousins de son élève ; mais elle accepte de préférence les bonnes grâces des vieux oncles célibataires. Alors elle rêve modestement un mariage raisonnable ; mais elle le rêve honnêtement, sans intrigues préalablement coupables.

L’institutrice de vocation est en général petite, d’un demi-embonpoint, d’une figure sans distinction, fraîche et avenante. Elle a dans sa mise plus de propreté que d’élégance ; elle affectionne la couleur marron pour l’hiver, le rose pour l’été ; elle n’achète jamais plus de deux robes et de deux chapeaux par an ; elle a un esprit parfait d’économie, même un peu d’avarice, passion innée qui grandit à mesure qu’elle vieillit. Elle place à la caisse d’épargne tous ses émoluments, et ne donne à ses parents que

 les rognures des cadeaux qu’elle reçoit pour sa fête et au premier de l’an. Après trente-cinq ans, l’institutrice de vocation qui a fait son petit pécule se marie avec quelque employé des postes ou d’un ministère. Elle devient alors une docte ménagère, une mère pédante et rigide, si elle a des enfants. Ou quand elle a pris son parti de rester vieille fille, elle achète un fonds de pensionnat, comme on achète une étude de notaire avec une clientèle toute faite, et s’y prélasse le reste de ses jours. Alors son plaisir est de faire bonne chère, d’avoir un caniche et un perroquet, de tourmenter ses pensionnaires, de torturer ses sous-maîtresses, s’exerçant à infliger à son tour ces milliers d’infimes persécutions dont elle a été longtemps victime.

Avez-vous vu dans quelque élégante pension à la mode, ou dans une des royales maisons de la Légion-d’Honneur, à Saint-Denis, par exemple ; avez-vous vu une des ces pâles demoiselles, rêveuses, ennuyées, dégoûtées de la vie à vingt ans, se promenant seule dans une sombre allée de ces jardins où près d’elle d’autres allées sont si bruyantes et si animées par les jeux de ses heureuses compagnes ? Cette grande demoiselle pâle et triste, triste de dépit et non de douleur, c’est le type naissant de l’institutrice ambitieuse.

Fille de quelque général, ou de quelque fournisseur de l’empire ruiné par la restauration ; parfois enfant mystérieux d’un haut personnage et d’une grande dame, elle n’a pu donner à son père que le titre d’oncle, à sa mère que celui de tante. Elle a vu son enfance entourée d’un luxe imprudent. Pour elle, toutes les prodigalités du grand monde ont été introduites dans l’enceinte d’une pension. En naissant elle a eu des parures et des bijoux, une femme de chambre, esclave soumise à tous ses caprices les plus tyranniques. Enfant elle a été nourrie de bonbons et de confitures, selon son vouloir ; on alterait ainsi sa santé avant qu’elle fût fortifiée. Plus tard, même régime pour son esprit : au lieu des livres de saine poésie, de pure morale, les romans à passions factices sont venus fausser son coeur avant qu’il ne se fût éveillé.

Ainsi a grandi l’enfant loin de toute famille, gâtée, empoisonnée par le luxe, qui corrompt tout, même l’âme virginale d’une jeune fille ; par le luxe qui lui a donné inconsidérément de l’or pour enchaîner à ses fantaisies des subalternes complaisants. Et, lorsqu’à dix-huit ans, la pauvre fille déjà blasée sur ces jouissances de toilettes, de fêtes, de distractions mondaines, que ses compagnes ne voient qu’en rêve ; lorsqu’à dix-huit ans elle croit toucher enfin à cet empire d’élégance et de domination frivole que tout lui a fait présager, visites mystérieuses de parents millionnaires qui viennent chaque mois la demander au parloir, chuchoteries des autres pensionnaires sur les grands événements qui la concernent ; eh bien ! lorsqu’elle attend que ce monde où son esprit romanesque lui assigne une si haute place s’ouvre pour elle, un jour la pauvre fille est sèchement appelée par la maîtresse de pension, qui jusqu’alors l’avait traitée avec des égards obséquieux : on lui annonce tout à coup, durement, sans préparation, que ceux qui payaient sa pension sont morts ou ruinés, et qu’elle doit songer à se pourvoir d’un état dans le monde ; on ajoute, en forme de consolation, que ses talents lui seront une ressource qu’elle ne doit pas négliger.

A ce coup inattendu, à ce congé cruel, la jeune fille pâle, pâlit plus encore ; mais elle se souvient de situations semblables à la sienne dans les romans qu’elle a lus ; elle se pose en héroïne, elle se roidit contre le malheur et s’éloigne d’un oeil sec, sans donner un regret à cet asile de l’insouciance et de la jeunesse, où elle n’a pas vécu en paix, elle qui n’a pas eu d’enfance, pas de rêves de jeunes filles, pas de fraîches espérances ; mais des vanités, des ambitions dévorantes qui se voient tout à coup si misérablement avortées.

Le monde s’ouvre à elle, elle l’embrasse avidement ; elle est seule, sans fortune, sans protection : mais elle est libre, elle a un esprit aventureux que rien n’effraie, elle a des grâces affectées qui séduisent toujours dans un monde de suprême affectation, elle a cette beauté maladive qui va à sa destinée, qui doit l’aider à en triompher, pense-t-elle, en lui attirant cet intérêt qu’inspirent les airs de langueur indéfinissables.

Dans cette société brillante et pervertie, où hier encore elle se disait : « Je serai reine ! » elle connaît les plus riches et les plus puissants : longtemps elle a été leur égale, elle n’ira pas aujourd’hui mendier leur aumône ; mais elle se présentera à eux comme une soeur dépouillée qu’ils ne doivent pas laisser voir dans son dénûment à ceux qui ne sont pas des leurs. Elle est accueillie, recherchée, on s’arrache la victime, jeune, belle, mystérieuse ; c’est bientôt un être exceptionnel : elle est fière, elle n’accepte rien comme don, mais comme échange. Elle devient demoiselle de compagnie dans quelque grande maison, mais sur un pied d’égalité. C’est un être pétri d’élégance, d’idées creuses, de dehors gracieux, de câlineries de chatte, un mélange de hauteur et de souplesse, une petite créature qui fait parfois fureur, qui devient par aventure une femme à la mode, une chose dont, comme un meuble nouveau, une maîtresse de maison pare son salon avec vanité. Elle chante brillamment avec des airs de tête passionnés, un peu en actrice ; elle en a tous les instincts vaniteux, désordonnés ; mais elle les musèle hypocritement, elle doit tenir son rang dans le monde, et voilà ce qui l’empêche de se livrer au théâtre, vocation bien décidée de cette nature maniérée. Elle parle à tous une poésie mystique admirablement fastidieuse ; elle cite Byron en anglais, Kloopstok en allemand ; elle se pose devant tous comme vivant d’idéalités ; tandis que son esprit ulcéré par les mécomptes, recherche avec ardeur le positif du luxe, le réel des jouissances mondaines.

Habile par intuition, elle dirige ses plans d’attaque contre les natures malléables, les héritiers présomptifs d’un grand nom et d’une grand fortune, écoliers encore imberbes, que la demoiselle pâle enlace de ses séductions de couleuvre ; ou bien elle s’attaque à ses connaisseurs émérites en beauté qui ont traversé l’empire en aimant par convention deux ou trois femmes alors citées, ces admirateurs consacrés du beau sexe, qui font des folies de sang-froid, avec préméditation, pour faire croire à un reste de jeunesse. Mais lorsqu’elle échoue dans ce noviciat d’intrigues, comprenant à vingt-cinq ans qu’elle a perdu la magie de son prisme de victime, de demoiselle de compagnie romanesque et brillante, elle se transforme en institutrice ambitieuse.

Il lui faut alors une grande maison, d’où l’esprit de famille soit exclu, où le monde ait fait invasion complète, où les enfants soient gardés près de leurs parents, non pour qu’on y développe avec plus de sollicitude leur esprit et leur coeur, mais pour qu’on les dresse en naissant à ces airs stéréotypés, à ces manières conventionnelles que la nature n’indique pas et dont on fait le suprême bon ton.

L’institutrice ambitieuse cherche de préférence une élève qui n’ait plus sa mère, et qu’elle puisse former sans autre contrôle que la surveillance paternelle, qu’elle métamorphose en attentions qui lui sont personnelles. Chez un père veuf, l’institutrice ambitieuse trône en souveraine, devient maîtresse de maison, en usurpe l’autorité, en dépasse les tyrannies, et finit parfois par en acquérir la consécration.

L'institutrice dans ARTISANAT FRANCAIS images-31-166x300L’institutrice ambitieuse est trop occupée d’elle-même pour s’occuper sérieusement de son élève : tout ce qu’elle exige d’elle, ce sont des dehors séduisants, un maintien qui lui fasse honneur dans un salon. Si l’écolière est docile, l’institutrice récompense ces grâces naissantes qui découlent d’elle par des complaisances qui annulent l’autorité paternelle et qui plus tard annuleront l’autorité conjugale. Ainsi posée, elle a une extrême recherche dans sa mise, et veut être citée comme un modèle de goût, comme un résumé d’élégance. Elle est prodigue ; car son ambition lui fait voir toujours une fortune assurée en perspective. A quoi lui serviraient ses épargnes ? l’intrigue y suppléera.
madame, elle devient une de ces intrigantes problématiques que le beau monde accueille, qu’il protège, et dont il se sert comme auxiliaire dans l’exploitation de tous les vices occultes et musqués, dont l’expérience lui donne si bien l’entendement ; c’est alors que l’institutrice ambitieuse devient joueuse forcenée.

L’examen de la nature humaine nous offre toujours un côté ridicule ou odieux, mais aussi un côté touchant dont la consolante analyse adoucit l’amertume du moraliste et fait succéder à des peintures railleuses ou mordantes, le tableau réel de nobles et pures vérités. Ainsi nous arrivons avec bonheur à l’institutrice par dévouement, jeune martyre, vertu sublime et cachée, que les ridicules de l’institutrice de vocation et l’esprit d’intrigue de l’institutrice ambitieuse, font trop souvent méconnaître. L’institutrice par dévouement est souvent une jeune fille insouciante et heureuse au sein de sa famille, ignorante de ses talents et de son esprit, et qui ne pense pas qu’ils pourront lui aider un jour à combattre la mauvaise fortune. Ame pure et tendre, toute prête à se dévouer au premier appel, et à sauver par son sacrifice ceux qu’elle aime de la misère et du malheur ; elle, si bien faite pour goûter les joies de la famille, pour les faire naître par sa présence, elle quitte courageusement le toit paternel où elle a été si naturellement heureuse, si doucement aimée ; elle pressent tout ce qu’elle souffrira dans une maison étrangère ; elle répète tout bas ces vers du Dante :

                Tu proverai siccome sa di sale
Lo pane altrui, e com’ è duro calle
Lo scendere e ‘l salir per l’altrui scale
(1).

 

Mais elle se résigne. Être utile, voilà sa destinée, destinée sévère, où l’imagination doit s’éteindre, où le coeur doit être étouffé ; mais où la conscience puise de saintes consolations dans la certitude d’avoir bien fait.

On choisit toujours pour l’institutrice par dévouement, ou elle cherche elle-même avec soin, une famille honorablement placée dans le monde et rigoureusement honnête, imposant par ses bonnes moeurs, par la considération de la fortune et du rang, par tous les dehors qui donnent ou attirent l’estime ; mais la position ne change point les individus, et souvent dans ces familles si bien famées, il se rencontre des natures difficiles, des âmes froides ou irritables, dont le contact est une souffrance de chaque jour pour l’institutrice par dévouement. En général les grandes et nobles familles où elle est admise ont l’esprit de régularité et d’orgueil de leur caste, elles offrent une hospitalité polie, mais glaciale, à cette pauvre enfant qui aurait besoin de retrouver une seconde famille dans cette famille étrangère, et d’être consolée par une bienveillante affection de la perte de toutes ces tendresses qui entourèrent son enfance. Dans le nouvel état que le malheur lui a fait, elle est traitée avec considération, elle s’attire le respect par le soin scrupuleux qu’elle met à remplir tous ses devoirs ; on lui adresse régulièrement des éloges, on lui donne, à des époques fixes de l’année, des cadeaux élégants, preuves d’une satisfaction réelle, mais est-ce tout pour cette âme, si noble, si aimante et si jeune encore, quoique le malheur l’ait vieillie prématurément ? Est-ce tout qu’une position honorablement acquise par son travail et qui lui permet de secourir sa famille indigente ? A ces avantages positifs ne devrait-il pas se joindre pour ce coeur si tristement éprouvé, quelque consolante amitié qui l’empêchât de se souvenir qu’elle n’est qu’une étrangère dans cette riche famille à laquelle elle a voué sa jeunesse, son esprit, ses talents, souvent même son coeur, et qui ne lui donne en échange de tous ces jeunes trésors, qu’une existence confortable, mais décolorée, que de l’or et pas une heure de douce intimité.

 


Mais lorsque passé trente-cinq ans elle n’a pu s’enrichir par quelque riche mariage habilement et forcément amené, en désespoir de cause elle se décide à se faire chanoinesse ; chaperonnée du titre de 

L’institutrice par dévouement accepte son sort tel que la Providence le lui a fait ; elle a la résignation des âmes sensibles et fières qui pouvaient espérer beaucoup de la vie et qui n’y trouvant que des déceptions, se résignent sans se plaindre. Son coeur ne se dessèche pas, son imagination ne s’éteint point ; mais elle refoule en elle-même tous ses désirs sans espoir, toutes ses illusions qui tombent et meurent une à une dans la sphère où elle vit. Elle est belle, aimante, enthousiaste, pleine de coeur et d’intelligence, elle aurait aimé, elle se serait attiré l’amour au sein de sa famille ; mais dans cette famille étrangère où le malheur l’a jetée, qui l’aimera, qui se dévouera à l’aimer d’amour. Est-ce le frère de son élève ? ce jeune homme ardent, passionné, qui commence la vie et qui éprouve, comme à son insu, pour la jeune et belle institutrice un intérêt tout-puissant. Mon Dieu ! elle a bien compris à son regard, à sa parole, à ses douces et involontaires attentions pour elle, que lui du moins ne la traitait pas comme un être inférieur, comme une étrangère qu’on emploie et qu’on paie. Mais la pauvre enfant n’ose se livrer à cette pensée, à cet espoir, elle a trop d’orgueil pour vouloir d’un amour qui ne serait qu’un mystère, qu’une intrigue cachée ; elle sent qu’elle est digne d’être aimée avec bonheur et courageusement, et cet amour tremblant de jeune homme qu’un regard de sa mère fait pâlir, qui s’épouvante d’une réprimande, qui cède à de vaniteuses réflexions de rang et de fortune, souvent faites avec cruauté devant elle, et dont elle saisit tristement le sens ; cet amour qui d’abord fut, pour sa vie monotone et grave, une suave espérance, devient une sorte d’humiliation dont son âme est froissée.

telechargement-41 dans LITTERATURE FRANCAISEQue de luttes dans cette pauvre âme sans appui, qui s’effraie de ses rêves, qui les combat et qui ne parvient à les vaincre qu’à force de souffrance et de dévouement ! Que de fois sa tâche lui paraissant trop rude, elle fut tentée de fuir cette maison où elle est utile, où ses talents sont appréciés ; mais où l’on ne donnerait pas une larme à son absence ! Que de fois se souvenant des baisers de sa mère, de la tendresse de son père, elle a pensé à revenir vers eux, en s’écriant : « Vivons, aimons et souffrons en famille, l’isolement de la jeunesse est impossible à mon coeur ! » Mais la même voix qui lui dicta son sacrifice a étouffé ce cri de l’âme, elle s’est souvenue de l’indigence qu’elle avait adoucie, du bien-être qu’elle répandait chaque jour sur les siens, en travaillant, en s’immolant sans relâche, et, fortifiée par la lutte, elle la continue malgré ses blessures.

– Est-il rien de plus douloureux, de plus saint que le spectacle de cette jeune femme ! Elle perd sa beauté dans les veilles laborieuses de l’étude, dans des douleurs muettes et souvent raillées par ceux qui les causent. Elle plie son esprit, vif, élevé, profond, aux étroites règles d’un enseignement formulé ; elle fait descendre son imagination poétique et hardie, à l’intelligence naissante d’un enfant ; sa passion pour les arts n’est plus qu’une science utile dont elle doit enseigner les éléments, mais oublier les inspirations ; enfin cette âme passionnée et tendre qui rêva tous les sentiments, qui les eût tous ressentis si elle avait pu s’ouvrir au monde, heureuse et confiante ; cette âme fermée à toute jouissance par une main de fer, par celle de la nécessité, s’isole, s’assombrit et finit par perdre sa foi dans le bonheur dont elle était digne et qu’elle n’a pas trouvé.

Lorsque l’institutrice par dévouement ne meurt pas à la peine après dix ans de labeurs, de souffrance et de résignation ; après les dix plus belles années de sa vie si tristement dépouillées de joies de famille, des illusions du coeur, de l’amour, de l’enthousiasme, de toutes ces brûlantes visions si hâtivement dissipées pour elle ; après ces dix années de jeunesse fanée dans l’isolement de l’âme le plus cruel de tous, si l’institutrice par dévouement a encore quelques débris de sa famille, elle revient auprès d’un vieux père dont elle est l’honneur, ou d’une mère infirme qu’elle console par sa tendresse, qu’elle distrait par son esprit, ou bien encore auprès d’une jeune soeur mariée dont elle soigne et élève les enfants avec amour. Goûtant ainsi en se dévouant encore un simulacre de ces joies maternelles dont la réalité lui fut refusée, elle ne rougit point d’être vieille fille, car elle a su aimer, et sans son dévouement, la plus céleste des vertus humaines, elle serait épouse et mère : le ridicule n’atteint pas les vies qui sont sublimes par leurs actes.

Aussi, loin de chercher à se marier à quarante ans, sachant ce qu’elle a valu, ce qu’elle aurait mérité, elle ne songe pas à arranger sa vie selon le monde, elle la laisse couler au gré de la Providence, et souvent la Providence lui envoie des joies compensatrices pour les joies de sa jeunesse perdue.

Nous avons dessiné les portraits des divers caractères d’institutrice ; en terminant cet article nous éloignons notre pensée de l’institutrice peu digne de ces nobles fonctions. Mais nous voulons rappeler à l’estime et à l’admiration publiques, ce modèle de l’institutrice parfaite, cette femme rare et par l’esprit et par le coeur, qui vient de retracer dans un livre échappé ce semble à l’âme et à la plume de Fénelon, tous les devoirs, toutes les qualités dont elle-même avait été le touchant  exemple. Mademoiselle Sauvan est l’auteur de ce livre que l’Académie française a couronné et qui a une sorte de fraternité de grâce et de sagesse éclairée avec l’Éducation des Filles ; – une femme seule pouvait deviner toutes ces qualités exquises qui sont nécessaires dans l’institutrice, pour agir sur les jeunes âmes confiées à ses soins. Il y a dans notre article assez de critiques, assez de traits qui paraîtront frondeurs, pour qu’on nous pardonne de le terminer par un éloge.

Madame LOUISE COLET.


(1) Tu sauras combien le pain d’autrui a d’amertume, et combien il est dur de monter et de descendre l’escalier étranger.

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Être porteur de journeaux

Posté par francesca7 le 8 octobre 2013

 Être porteur de journeaux dans ARTISANAT FRANCAIS telechargement-31

Les gens imaginent que c’est un métier de jeunes, d’étudiants ou de gens peu qualifiés. Ils auraient un choc s’ils nous voyaient. Dans mon équipe, il y a un journaliste au chômage, un ex-architecte dont le cabinet a fait faillite, une secrétaire de direction, un ancien agent d’assurances… Tous ont la cinquantaine, comme moi ­ la moyenne d’âge est de 42 ans. Tous sont surqualifiés. Mais n’arrivent pas à retrouver du travail dans leur branche. On est trop vieux pour le marché. Pour livrer des journaux la nuit, il faut savoir lire, compter et avoir le permis de conduire. J’ai une maîtrise de biologie et un Capes. Après mes études, j’ai enseigné en collège pendant cinq ans. Puis je me suis arrêtée pour élever mes trois enfants. A 48 ans, j’ai dû chercher du travail en urgence. Le salaire de mon mari ne suffisait plus, les enfants étaient grands et on ne touchait plus les allocations. C’était en cours d’année scolaire, impossible de réintégrer l’Education nationale. J’ai fait les petites annonces. Après plusieurs échecs (j’étais trop vieille pour les gardes d’enfants, ou pour les cours à domicile), je suis tombée sur ce job de porteur. Mettre des journaux dans des boîtes aux lettres de 3 h 30 à 7 h 30 du matin. Pas sorcier. Et ça me permettait d’être de retour à la maison pour réveiller mes enfants. Je me suis dit : « Allons-y pour quelques semaines, au pire quelques mois. En attendant mieux. »

«Cela fait cinq ans que je livre les quotidiens la nuit. Je me suis formée à l’informatique, j’ai postulé à de nombreux jobs. Mais l’âge, toujours, est un obstacle. Je sais maintenant que je finirai ma carrière ici. Mais je ne suis pas la plus à plaindre. A mi-temps, avec mon demi-smic, j’ai assez pour compléter le salaire de mon mari. D’autres sont obligés de cumuler deux mi-temps. Et la plupart ont carrément un plein temps en plus. Ils font la sieste le midi dans leur voiture, tellement ils sont crevés.

«Quand on est porteur, on est détraqué du sommeil. Je me couche vers 22 h 30, me lève à 2 heures du matin, me recouche vers 8 h 30 et m’astreins à me lever au plus tard vers 11 heures. Ça demande une discipline de fer. En vacances ou le dimanche, impossible de retrouver un rythme normal. C’est un travail d’homme. A cause de la nuit, du côté «décalé» socialement, du risque d’agressions. Dans ma boîte, sur cent personnes, on n’est que six femmes.

«Il y a quand même des bons côtés. D’abord, une incroyable solidarité. Les coups tordus, les pousse-toi de là que je m’y mette, ça n’existe pas. Entre gens de la nuit, on se serre les coudes. Et puis, la nuit, il y a une liberté qu’on n’a pas le jour. Mes deux cents journaux, je les livre dans l’ordre qui me plaît, sans patron sur le dos. C’est un travail qui occupe peu l’esprit, on peut penser à ce qu’on veut. Je regarde les étoiles, je rêve. Ma zone de livraison, dans le centre de Paris, est plutôt agréable. Chaque jour, au lever du soleil, les couleurs des façades sont différentes. C’est féerique, et on est les seuls à profiter du spectacle.

«Je me suis habituée à cette vie. Le seul qui ne s’y fait pas, c’est mon dernier fils. Il avait 16 ans quand j’ai commencé le portage, et il en a déduit que les études étaient inutiles. Depuis, il refuse de travailler. A 21 ans, il a raté son bac deux fois. Quand je lui fais la morale, il répond : « Maman, toi t’as fait des études et ça t’a servi à rien. »».

article de MILLOT Ondine paru sur http://www.liberation.fr

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Narrant la journée d’une porteuse de journaux, une journaliste de l’Intransigeant nous révèle en 1925 la rudesse et le pittoresque de ce petit métier, exigeant de celle qui l’exerçait d’arpenter des rues qu’elle connaissait par cœur et de donner inlassablement de la voix pour attirer l’attention des lecteurs – (D’après « L’Intransigeant », paru en 1925)

« Mais non, c’est pas mauvais. Si je vends mon cent de première, j’aurai gagné 8fr.65. Si je vends mon cent de troisième, j’aurai fait mes 6 francs. Bien souvent, en même temps que ma troisième d’Intran, j’arrive à écouler un cent de Paris-Soir. Une vingtaine de francs dans mon après-midi. Je ne me plains pas. Mais il faut du courage. »

Elle ne manque pas de courage, la vieille femme qui me crie ces choses à l’oreille, écrit Nancy Geroge, du journal l’Intransigeant. La cour de l’Intran bruit d’un travail forcené. Le papier sort. Les autos partent. Les cyclistes chargés d’idées, de faits à répandre dans Paris. C’est la première. Nous, les camelots, hommes et femmes, nous attendons, pressés, à la file, notre cent ou plusieurs, selon notre clientèle. Nous sommes les truchements de cette expansion. Par notre infime canal, la pensée pénètre les replis de la ville immense, par nous, le rythme du vaste monde imprègne les existences les plus humbles et les plus cachées.

La vieille avec qui je travaille aujourd’hui reçoit et paie 11fr.35 son cent quotidien, ce qui forme un paquet assez lourd. A son autre bras est enfilée l’anse d’un cabas plein de choses assez mystérieuses, il y a un quignon de pain qui sort un peu.

A l’entrée du métro Sentier – ô miracle du cœur, élévation dans la misère –, ma vieille abandonne pour deux sous pièce, dix feuilles à une vieille plus vieille encore, au terme de l’âge et de l’infortune, chenue, voûtée et qui la guette pour en recevoir ce bienfait. La misérable va chevroter sonIntran jusqu’au soir. Si elle parvient à gagner ces vingt sous, c’est son dîner et son lit à l’asile, afin de ne pas mourir et sans autre espérance. Regardez bien les vieilles qui vendent les journaux au portail du métro, à l’entrée des théâtres.

Nous nous engouffrons dans le sépulcre qui nous assomme de son odeur, et, tout en dévalant l’escalier, j’observe que ma vieille halète un peu, déjetée par son fardeau dont à grand’ peine elle consent à me confier une part.

Elle parle, heureuse de parler. Sa voix, qu’elle force, dans le grondement qui nous emporte aux entrailles de Paris, me détaille ses luttes de vieille veuve, seule dans la vie, et son emphysème. Nous remontons au jour place Martin Nadaud et, tout de suite, une autre expression de Paris nous surprend. La hâte est moins féroce, moins brutal le commerce. Dirait-on pas que devant la mairie du 20e les arbres sont plus frais que ceux des boulevards ?

La vieille va déjà, de son pas lourd et cependant vivace. Elle m’explique que, depuis huit ans qu’elle fait sa tournée, elle a ses habitués. D’aucuns paient le mardi, d’autres le samedi, quelques-uns tous les jours, elle sait tout ça : pas besoin de carnet.

L’Intran – tous les dix pas elle crie son cri, d’un timbre rauque qui lui tire la bouche au coin. Les tenancières de petits cafés, le cordonnier, la mercière et de vieux concierges trouvant leur porte sur rue, ou leur fenêtre, tendent la main par-dessus des pots de lilas. L’Intran – elle crie, elle marche, fatiguée mais infatigable, et parfois se retrempe au sourire d’un enfant qui, sur l’ordre de sa mère, tend sa petite main serrant quatre sous.

Rue de Bagnolet, enfin, nous trouvons un moment de repos dans un débit où la porteuse prend son café, debout devant le zinc. A la façon amène dont on la sert et dont on l’interpelle, j’aperçois tout à coup le secret de sa vaillance, et celui des vies besogneuses. L’habitude sur elles étend son calme, égrène ses intervalles. Il y a une harmonie à prendre tous les jours, recrue de la même fatigue, au même débit, son café servi par le même garçon, avec le même sourire à l’identique brocart. Une consolation… une musique intérieure.

Au delà de la Barrière, les verts lavés et tendres de la campagne s’étagent jusqu’au bord du ciel. Des nuages rapides y courent, nous présageant un caprice du temps. Et le long de la rue de la Py, au bout de laquelle les arbres de la rue Belgrand font perspective ; dans les sinuosités de la rue Pelleport, à ruisseau central, où quelque vieil hôtel est caché par les arbres de son jardin, décelé par un portail aux deux boules de pierre ; rue Ramus dont les portes entrebaîllées nous dévoilent des espaces inattendus, filée de poireaux, têtes de salades, bouffée de senteur rurale, nous cheminons.

La vieille envoie son cri, qui résonne dans la rue tranquille. Elle distribue ses feuilles, roule parfois l’une d’elles en tampon dans l’orifice d’une boîte aux lettres, rite ordinaire avec la calme assurance d’une qui gagne sa vie, en accomplissant une fonction sociale.

C’est fini, le cent est vendu, sauf dix journaux qui lui restent sur le bras. Ces « bouillons » lui font de la peine. Par l’avenue du Père Lachaise, nous regagnons la mairie du 20e. La vieille se tait. Une pluie s’abat sur les marronniers, avec le bruit doux d’un papier qu’on froisse, de la cheminée du four crématoire s’élèvent des tourbillons d’une symbolique fumée.

La porteuse s’engouffre dans le métro. Elle sera tout juste à cinq heures dans la cour de l’Intran, pour la troisième, la sportive sur papier porteur qu’elle paie 14 francs le cent. De retour place Martin Nadaud, par le métro encore, elle va, jusqu’à la nuit, chanter aux citadins leur chanson vespérale : L’Intran

Moi, je suis bien lasse : je ne vendrai pas la troisième, je quitte la vieille pour venir vous conter son travail.

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Le Huchier au Moyen-âge

Posté par francesca7 le 8 octobre 2013

Fabrication des meubles

Par 
Eugène Viollet-le-Duc

Les huchiers, au XIIIe siècle, fabriquaient des portes, des fenêtres, des volets, des coffres, bahuts, armoires, bancs. Cet art équivalait à celui de menuisier. Défense leur était faite de prendre des ouvriers tâcherons. Ils étaient compris dans la classe des charpentiers, c’est qu’en effet les meubles, à cette époque, aussi bien que la menuiserie, étaient taillés et assemblés comme de la charpenterie fine. Les bois étaient toujours employés de fil, assemblés à tenons et mortaises, chevillés en bois ou en fer. Les collages n’étaient employés que pour les panneaux, les applications de marqueterie, de peaux ou de toiles peintes ; quant aux moulures et à la sculpture, elles étaient taillées en plein bois, et non point appliquées.

Pour éviter les longueurs et rendre nos descriptions des moyens de fabrication plus vives et plus claires, nous nous supposons introduits dans un atelier de menuiserie en meubles, d’un huchier, vers la fin du XIIIe siècle, et nous rendons compte du travail des ouvriers.

Le Huchier au Moyen-âge dans ARTISANAT FRANCAIS telechargement2

Fig. 1 et 2

Jacques le huchier nous fit voir d’abord, derrière son atelier, une assez grande pièce remplie de bois de chêne refendu, disposé là pour sécher, en nous faisant observer qu’il n’emploie que du merrain emmagasiné depuis plusieurs années, en ayant le soin de remplacer le vieux par du neuf, afin de conserver toujours la même provision. De ces bois, les uns sont carrés comme du chevron plus ou moins gros, les autres sont refendus en planches d’un à deux pouces d’épaisseur pour les encadrements et panneaux.

Quand il a quelque ouvrage de choix à exécuter, Jacques nous dit qu’il soumet les panneaux à l’action de la fumée pendant plusieurs semaines, en les suspendant au-dessus de l’âtre de la cheminée. Jacques n’a et ne peut avoir qu’un apprenti ; son fils et son neveu complètent l’atelier. Ils sont donc trois ouvriers ; lui, Jacques, ordonne, s’occupe de ses bois dont il a grand soin, va chez les seigneurs ou les bourgeois pour prendre les commandes, et travaille aussi de ses mains ; c’est un habile homme. Il nous montra un banc à barre, servant de coffre (fig. 1), et dont toutes les pièces, terminées, étaient prêtes à être assemblées. « Vous voyez, nous dit Jacques, les quatre montants principaux, ceux du dossier A plus élevés que ceux du devant B pour recevoir la barre C. Je fais toujours mes assemblages de barres à doubles tenons D avec embrèvement, car j’ai remarqué que ces barres sont sujettes à se désassembler ; je les renforce à l’assemblage, cela perd un peu de bois, mais les personnes à qui je les fournis ne me les renvoient jamais pour être réparés. On s’appuie sur ces barres ; les valets peu soigneux tirent dessus pour reculer ou avancer les bancs, et si elles ne sont pas solidement assemblées et chevillées, elles ont bientôt quitté les montants. Deux tenons valent mieux qu’un, car ils sont tous deux serrés par les doubles mortaises. Vous voyez aussi que je donne de la force à mes bois là où je suis obligé de pratiquer des mortaises, puisque celles-ci affaiblissent les pièces. Maintenant, nos seigneurs ne veulent plus de ces meubles massifs comme ceux que l’on faisait autrefois ; ils veulent être commodément assis, se plaignent quand ils trouvent sous leur main des arêtes vives.

Il faut nous soumettre à ces exigences, et, sans nuire à la solidité, je diminue autant que je puis la force du bois entre les assemblages, soit par des adoucis, des chanfreins ou quelques colonnettes. Remarquez cet appui E, comme il permet de poser le bras sans fatigue, et comme je l’assemble par de bons doubles tenons pour réunir le grand montant A au petit B. Devant mon banc, j’ai une suite de panneaux F serrés entre deux traverses et des montants. J’en fais autant par derrière ; puis, sur les côtés, j’ai des joues H qui portent les tasseaux I recevant le couvercle K qui sert de siège. Le bord des joues L affleure la tablette à charnières. Ces charnières (fig. 2) sont forgées avec soin ; on les pose avec des clous rivés sur le coffre, et les bords du fer sont fraisés pour ne point accrocher les habits des personnes qui s’asseoient. C’est une précaution assez inutile, car personne ne s’assied sur un banc sans coussins. J’ai vu un temps, qui n’est pas très-éloigné, où les couvercles des bancs servant de coffres étaient ferrés avec des pentures saillantes sur le dessus du couvercle ; mais on ne veut plus de ces lourdes ferrures sur les meubles ; déjà on nous demande de les dissimuler autant que possible, et on arrivera à nous demander de les supprimer entièrement. — Vous regardez ces sculptures qui décorent les montants et la barre. C’est mon neveu qui les exécute, et j’espère en faire un imagier ; d’ici à quelque temps il entrera en apprentissage chez l’imagier Belot, l’un des meilleurs de Paris et que je vous engage à visiter.

Tous les jours on nous demande de la sculpture sur les meubles, et on ne veut plus entendre parler de ces incrustations d’ivoire, d’étain, de cuivre ou d’argent que l’on aimait beaucoup jadis. Cependant les seigneurs et les bourgeois riches qui exigent de la sculpture sur les bois des meubles les plus ordinaires n’y mettent pas un prix raisonnable, et nous sommes obligés ou de travailler pour rien, ou de nous contenter d’une exécution grossière. Puis les imagiers prétendent que nous empiétons sur leurs privilèges, et si nous avons recours à eux, ils se font si bien payer, qu’il ne nous reste pas de quoi payer le bois. » Jacques nous fit voir alors dans un coin de son atelier une assez grande armoire prête à être livrée. Sur notre observation que ce meuble paraissait être de forme ancienne, bien qu’il fût neuf, Jacques nous dit qu’il était destiné à l’abbaye de ***, qu’il devait renfermer des reliquaires et vases sacrés, que l’abbé avait exigé que ce meuble fût couvert de peintures et dorures afin de s’accorder avec l’ancien mobilier du sacraire, exécuté il y a plus d’un siècle. « J’ai eu grand’peine, continua le huchier, à faire cette armoire, on ne veut plus de ces meubles dont la fabrication exige beaucoup de temps et de soin ; aujourd’hui on est pressé, et personne ne consent à attendre un meuble pendant un an, car il n’a pas fallu moins de temps pour terminer celui-ci ; encore, les peintures ne sont-elles pas achevées ; le peintre imagier de l’abbé a plus d’ouvrage qu’il n’en peut faire.

Voyez comme ces faces de volets sont unies ; on croirait voir du marbre poli. Mon grand-père a fait beaucoup de ces meubles peints et dorés pour les églises et les appartements des seigneurs, et c’est à lui que je dois de savoir les fabriquer. Les volets sont composés d’ais parfaitement secs, collés ensemble sur leur rive avec de la colle de fromage ; il faut beaucoup de peine et de soin pour la bien assembler . Ces ais tiennent ainsi entre eux, sans grains-d’orge, par la seule force de la colle ; car les grains-d’orge ont l’inconvénient de paraître toujours à la surface du panneau et les font fendre le long des joints. Quand tous les ais d’un panneau sont bien collés et secs, il faut racler sa surface avec un fer tranchant, mais peu à peu ; autrement on éraille le fil du bois, et on n’obtient pas une surface unie. Après cela, on tend sur les panneaux une peau de cheval, d’âne ou de vache, non encore tannée, mais bien macérée et dépouillée de son poil ; la peau est collée au panneau avec cette même colle de fromage. Ceci fait, il faut laisser sécher doucement, sous presse, et ne point se hâter de toucher aux panneaux, car si la peau n’est pas parfaitement desséchée, elle fait coffiner les panneaux.

images-1 dans ARTISANAT FRANCAISEn été, il faut compter un mois au moins pour que ces apprêts soient secs et en état d’être employés. Alors, dans un lieu frais mais non humide, on passe, sur la peau ainsi tendue sur les ais, trois couches de plâtre bien broyé, que l’on fait chauffer dans de l’eau avec de la colle de peau ; entre chaque couche, il faut laisser s’écouler un temps assez long pour que le plâtre sèche parfaitement. Après quoi, on racle doucement la surface et on la dresse avec un fer plat et tranchant ; ce travail exige une main exercée, car si l’ouvrier appuie sur un point plus que sur un autre, il se produit des bosses et des dépressions ; il faut recommencer l’opération ; encore ne réussit-elle jamais comme la première fois. Les couches de plâtre applanies au fer, il faut les polir avec de la prêle jusqu’à ce que la surface devienne brillante comme du marbre. Ceci terminé, on passe sur le plâtre une première couche de peinture bien broyée avec de l’huile de lin, puis une seconde. C’est sur ce fond que l’imagier trace et peint les figures ou les ornements, qu’il applique les feuilles d’or ou d’argent, au moyen d’une colle faite de clair de blanc d’œuf battu sans eau ; s’il veut brunir l’or ainsi appliqué et lui donner un certain relief, ce qui est fort plaisant aux yeux, il superpose jusqu’à trois feuilles d’or battu, en ayant le soin de coller chacune d’elles ; puis, quand l’ouvrage est bien ferme, mais non encore complètement desséché, il brunit doucement l’or ou l’argent avec une pierre d’agate polie et arrondie en forme de dent de loup. Il rehausse sa peinture et cerne la dorure par un trait de couleur brune détrempée dans un vernis composé d’huile de lin et de gomme laque que l’on a fait cuire à un feu doux. S’il veut donner du brillant à la peinture, il passe sur toute sa surface une couche de ce même vernis fait avec le plus grand soin dans un pot neuf et bien propre. Quant aux parties sculptées du meuble sur lesquelles on ne peut tendre de la peau, on se contente de passer les couches de plâtre sur le bois, puis on répare avec de petits outils de fer et on polit avec de la prêle, comme je viens de le dire tout à l’heure. Ces meubles sont fort beaux, très-riches, brillants et propres ; ils décorent mieux les salles et les chambres que nos meubles de bois sculpté, souvent grossièrement peints ; mais cela est passé de mode aujourd’hui, et on n’emploie plus guère ce genre de fabrication que chez les écriniers, pour les litières, pour les selles de chevaux, les écus et quelques petits coffres de voyage. »

Jacques nous fit voir ensuite une huche d’une dimension énorme, telle qu’un âne eût pu y être enfermé. Sur ce que nous étions ébahis de voir pareille huche, Jacques nous dit : « Vous vous émerveillez, messieurs, mais on nous demande aujourd’hui des huches de cette taille ; nos seigneurs et même nos bourgeois et bourgeoises ne trouvent jamais les huches assez grandes pour serrer leurs besognes. Levez le couvercle, et vous trouverez en dedans plusieurs coffres faits pour la place. Si la huche est bien travaillée, les coffres le sont mieux encore. Vous allez me demander comment on peut sortir ces coffres ? Or remarquez que le devant de la huche est divisé en deux ventaux, retenus par une feuillure, un loqueteau et le moraillon attaché au couvercle ; ouvrant les ventaux, vous tirez les coffres à votre plaisir.

Lire la suite ici…. 

 

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