Cela se passait à la BELLE EPOQUE
Posté par francesca7 le 14 avril 2015
Après la grande dépression des années 1880, la France connaît l’apogée de sa prospérité, de sa puissance et de son prestige : un âge d’or précédant le carnage.
C’est, du moins, la vision idyllique que se font les esprits après l’hécatombe de la Grande Guerre. L’expression « Belle Époque » s’impose alors, estompant les convulsions, les contradictions et les remises en cause d’une période qui a accouché du XXe siècle.
Naissance d’un mythe
« Qui n’a pas connu la France vers 1780 n’a pas connu le plaisir de vivre », disait Talleyrand à la fin de sa vie. Quelque cent ans plus tard, les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’opinion publique, hantée par les traumatismes de la Grande Guerre et confrontée aux incertitudes du présent, se tourne à son tour vers un passé qu’elle est d’autant plus portée à idéaliser qu’elle le sait disparu à jamais avec l’hécatombe de 1914 et le franc germinal.
L’expression « Belle Époque » n’est due ni à un écrivain ni à un journaliste ; elle apparaît spontanément dès 1919 dans un climat où, « par tous ses noyaux pensants, [l'Europe] a senti qu’elle ne se reconnaissait plus, qu’elle avait cessé de se ressembler » (Paul Valéry, la Crise de l’esprit, 1919). En tant qu’expression, « Belle Époque » en dit donc plus long sur les représentations que se font alors les Français de leur passé immédiat et de leurs peurs présentes - instabilité économique, crise idéologique, incertitude politique… - que de la réalité vécue par les contemporains des années 1895-1914. Elle révèle une conception statique de la société et de ses valeurs, que les récents bouleversements de l’histoire confinent au niveau d’une mémoire recomposée. Pour ceux-là même qui l’ont vécue, la Belle Époque n’apparaît plus alors que comme un instant figé, contenant toutefois en germe les malheurs futurs.
Comme le remarque Paul Morand en 1930 : « Je me promène dans 1900 comme dans le Musée Grévin, égaré parmi des figures de cire. » Des Mémoires, des récits écrits par des témoins, surtout de la haute société, viennent alimenter dès l’après-guerre cette conscience d’une époque - et d’un monde - révolue, en tout cas pour eux : les uns participent à la construction de la légende dorée qui voudrait que la France n’ait été peuplée que de sportmen juchés sur des De Dion-Bouton et de femmes habillées par Worth et Fortuny.
À la recherche du temps perdu de Proust ne serait qu’une évocation minutieuse des rites et fastes de la mondanité ; un temps véritablement perdu où les Guermantes et les Verdurin incarnaient deux constellations inconciliables. D’autres mémorialistes accréditent la légende noire, qui n’est pas incompatible avec l’autre : celle du « stupide XIXe siècle » (Léon Daudet), avec ses pieds sales et sa naïveté hygiéniste, sa foi en la science et sa croyance en l’occultisme, ses revues militaires et ses gauloiseries. En somme, dans l’entre-deux-guerres, une mémoire sélective et euphorisante répand sur la Belle Époque son vernis uniforme, pour mieux conjurer les réalités souvent douloureuses d’une période profondément travaillée par des contradictions toujours à vif.







































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