EN CONNAITRE UN RAYON
Posté par francesca7 le 5 avril 2015
EXPRESSION
Il y a rayon et rayon. Je ne saurais expliquer les choses mieux que ne l’a fait Georges Gougenheim : « Les gâteaux de cire confectionnés par les abeilles et dont les alvéoles contiennent le miel s’appelle des rayons. Ce mot n’a rien de commun avec rayons d’une roue (d’où, par comparaison, les rayons du soleil). Rayon (de roue) est un dérivé de l’ancien français rai, qui vient du latin radius, tandis que rayon (de cire) est dérivé de l’ancien français rée, d’origine germanique » (En effet : « De nouvel miel en fresches rées », dans le Roman de Renart).
Par analogie avec la disposition des rayons dans une ruche, on a appelé rayons les planches disposées dans un placard, une armoire, une bibliothèque, le long es murs d’une chambre etc… également les planches qui,d ans une boutique, portaient les diverses sortes de marchandises que vendait le commerçant.
Quand le commerce a pris plus d’ampleur, et notamment quand se sont créés les grands magasins, chaque catégorie de marchandises ne tenait plus sur une planche, il lui fallait un espace beaucoup plus veste, c’est pourquoi les divisions spécialisées des magasins portent le nom de rayons : « rayons des jouets, rayon de la parfumerie », etc…
Il s’est par conséquent, créé aussi des vendeurs spécialisés, et mêmes des « chefs de rayon ». Ce sont eux d’abord, qui eau sens propre, connaissent leur rayon ; sont capables de se retrouver et de guider le client dans la diversité, la profusion des marchandises dont ils s’occupent ; Mais « connaître son rayon », par le sérieux et la conscience professionnelle que cela exige, entrait en résonnance avec une expression plus ancienne ; en mettre en rayon, laquelle a une origine toute différente.
« En mettre en rayon » prend sa source dans le rayon « rai » au sens de sillon d’un labour. C’est produire un effort louable et soutenu, se dépenser comme celui qui tient la charrue, ou plutôt, par l’intermédiaire d’une métaphore supplémentaire, comme le marcheur infatigable qui avale les kilomètres de bons cœur, à grands enjambées, ce que G.Esnault note pour 1829 sous la forme de labourer la grand-route : voyager à pied. L’ingambe du routier ingambe s’est transportée plus tard par plaisanterie sur le coureur cycliste qui, naturellement, en met lui aussi un rayon.
Toujours est-il qu’il s’est produit un croisement entre les deux locutions, et que « il connaît son rayon » s’est doublé de il en connaît un rayon, ou même un « sacré rayon ». Il est curieux de noter que cette expression venue du lointain des abeilles, a vu le jour par le biais des grands magasins, lesquels sont devenus, par un juste retour des choses, de véritables ruches.
Extrait de La Puce à l’Oreille de Claude Dunetton







































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