PASSER L’ARME A GAUCHE, qu’est-ce donc
Posté par francesca7 le 1 février 2015
Parlant des « briffeton », des jeunes recrus poussées au désespoir par la bêtise et l’humiliation de la vie de caserne, Le Père Peinard remarque en 1889 : « Pendant les manœuvres [ils] glisseront dans leur flingot une cartouche pleine et ajusteront un des galonnés ; ou bien dégoûtés tout à fait de la cochonne d’existence qu’ils mènent, ils passeront leur arme à gauche ». Ils se suicideront.
Passer l’arme à gauche c’est en effet le repos éternel. L’expression, qui date du début du XIXè siècle, vient du maniement des armes, où la position « repos » se prenait avec le fusil au pied gauche – sans doute le même côté que l’épée au fourreau. G.Esnault cite pour 1833 : »[L’inspecteur de la charge en douze temps] nous tenait trop longtemps avant de nous faire passer l’arme à gauche … l’avant-bras me faisait mal » Il donne aussi l’expression figurée ou non, chez un soldat du premier Empire : « Il faudrait avoir le corps plus dure que le fer pour ne pas passer l’arme à gauche au bout d’une heure que l’on resterait ici ». En tout cas cette façon de parler était courant dans la troupe, et commençait à s’introduire dans le grand public en 1832, comme en témoigne ce passage de Stello d’Alfred de Vigny : « Les crânes sont les six maîtres d’armes à qui j’ai fait passer l’arme à gauche – Cela veut dire tuer, n’est-ce pas ? – Nous disons ça comme ça, reprit-il avec la même innocence ».
Le fait que l’expression soit née dans un milieu où effectivement, on meurt beaucoup, le seul même où l’on meure, pour ainsi dire, professionnellement, a dû assurer sa réussite. Il s’agit en somme, dans les deux sens, d’un terme de métier… Que « passer »= constitue une équivoque supplémentaire sur le trépas, comme le souligne P.Guiraud, n’a pu qu’arranger les choses.
Il n’empêche que le mot gauche n’a pas de veine. Comme si en remplaçant vers le XVè siècle la vieux mot « semestre » de même souche que « sinistre », il en prolongeait sa connotation de mauvais augure et de porte-malheur. « On le dit figurément de ce qui est mal fait et mal tourné – dit Furetière ; Cet homme a l’esprit gauche. « Quelle idée aussi chez les premiers représentants du peuple, d’aller s’asseoir justement du côté de la tribune qui aurait déjà effrayé un sénateur romain.
issu du livre : « La puce à l’Oreille » aux éditions Stock 1978







































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