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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

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LES MARDIS GRAS DE NOS ANCETRES

Posté par francesca7 le 30 décembre 2014

 

330px-CARAN_DACHE_CONFETTIAu Carnaval vers 1856

Paul de Musset écrit en 1856 :

Le mardi gras arrivé, ces préludes ayant échauffé les têtes, le délire devient général. La bonne compagnie s’en mêle, et descend dans la rue pour se livrer au bruyant plaisir de la guerre des confettis : on appelle ainsi de petites dragées blanches, très-légères, mêlées de farine, et qu’on peut se jeter au visage sans danger. Au milieu de la journée, les calèches découvertes, où se tiennent les jeunes gens, s’accumulent dans le Corso. On puise dans les corbeilles à pleines mains, et on lance les confettis en haut, en bas, à gauche, à droite sur tout ce qui se présente. De leurs balcons, les dames ripostent et versent des paniers entiers de confettis sur les calèches où elles voient des visages de leur connaissance. En moins d’une heure, les passants, les chevaux, les voitures et le pavé de la rue sont blanchis par la grêle. La nuit seule met fin au combat.

Les confettis à la Mi-Carême 1893 à Paris

Les confettis en papier et serpentins à leurs débuts, vus par Le Journal illustré :

Tout a conspiré en faveur d’une réussite complète : le temps, qui a été d’une douceur exquise, les confettis et les serpentins, confectionnés en abondance, qui avaient donné aux belligérants des munitions. Et qui n’était belligérant ? Les dernières résistances ont été vaincus. Il y avait contre les confettis des préventions. On leur reprochait, étant quelquefois ramassés à terre, d’être souillés de la poussière du sol. C’est un reproche qu’on n’a plus à leur faire, il y en a une telle quantité qu’ils sont dépensés dans leur fraîcheur.

C’est devenu un divertissement universel. Les plus hésitants sont sortis de leur réserve, ils en ont reçu, ils en ont jeté. On a vu des messieurs très graves, des dames du meilleur monde, sans scrupule ni fausse gêne, se livrer à cet exercice, décidément entré dans nos mœurs.

Il est sans inconvénient, il n’est pas dangereux, pas salissant, et il crée cette complicité carnavalesque de tous, sans laquelle il n’est point de bon carnaval possible.

Le serpentin, d’une autre manière, plus gracieuse peut-être, a contribué à l’éclat de cette fête exceptionnelle qui comptera dans les fastes de la franche gaité parisienne. C’est un décorateur incomparable, avec ses tons fins et délicats, ses frissons légers. Il ondule, serpente, flotte, en banderoles capricieuses, et transforme les rues prosaïques en un décor de féerie. Vu de haut, à travers le gracieux tissu de ces fils entremêlés, roses, bleus, jaunes, d’un pâle si alangui, on eût dit un paysage idéal, un paysage d’hiver tout poudré de givre multicolore.

Le confetti et le serpentin ont été pour cette Mi-Carême ce que la lanterne vénitienne a été pour le 30 juin 1878.

Deux accidents de confettis en 1894

Dans son compte-rendu des fêtes de la Mi-Carême 1894 à Paris, Le Petit Journal écrit :

À six heures un quart, boulevard des Italiens, juste en face du Vaudeville, un monceau de confetti prend feu. Comment ? On ne sait. On pousse le tas dans la bouche d’égout, mais ça flambe encore. Alors, une petite panique se produit.

Les pompiers du poste de la rue de Choiseul, avertis, arrivent au pas de course. En quelques instants, tout est remis en ordre, et la foule circule comme auparavant, pleine d’entrain et de gaité.

À dix heures trois quarts, rue Auber, des passants, en lançant des confettis à un nommé Ménard, l’ont frappé involontairement à la tête. Ménard a été sérieusement blessé ; on l’a transporté au poste de l’Opéra d’où une voiture des Ambulances urbaines l’a conduit à l’hôpital Lariboisière.

Le Mardi Gras 1903 à Paris

 LES MARDIS GRAS DE NOS ANCETRES dans HUMEUR DES ANCETRES 220px-Les_confettis%2C_chanson_1895« La soirée du Mardi Gras », article dans Le Petit Journal :

Les scènes scandaleuses qui se sont produites dans la soirée de mardi, au plus fort de la bataille de confettis — scènes qui ont provoqué l’arrestation de près de quatre cents individus, — ont beaucoup ému la préfecture de police.

Il ne s’agissait pas en effet de personnages seulement trop brutaux; beaucoup étaient, de plus, malintentionnés et, sans compter les voleurs à la tire, les individus porteurs d’armes prohibées, il s’en est trouvé beaucoup qui se sont livrés sur les promeneurs, sur les femmes en particulier, à des sévices particulièrement graves.

Aussi une longue conférence a-t-elle eu lieu hier, à ce propos, à la préfecture de police, entre M. Lépine et M. Touny, directeur de la police municipale.

Malheureusement, les deux hauts fonctionnaires ont dû se contenter de décider que pour la prochaine fête — la Mi-Carême — ils enverraient se mêler à la foule un grand nombre d’agents en bourgeois auxquels des ordres seront préalablement donnés pour intervenir entre les passants et ces individus dangereux que l’on désigne, aujourd’hui, sous le nom pittoresque d’« Apaches ».

Là, en effet, peut se borner le rôle de la police. La cause initiale des désordres est le jeu de confettis; il ne peut être question d’en interdire la vente qui intéresse beaucoup le commerce.

Cependant, nous croyons savoir que, tout en reconnaissant que ce jeu ne peut être interdit dans la journée, le préfet de police examine très sérieusement la possibilité d’en diminuer les dangereux excès en le défendant dès la nuit tombée.

Dans le cas présent, l’action de la police doit se borner à arrêter les délinquants pris en flagrant délit; c’est ce qui a été fait mardi soir.

 

 

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Grotte de Napoléon près d’Ajaccio

Posté par francesca7 le 30 décembre 2014

 

 

images (8)Cette grotte tire son mérite principal des souvenirs de l’enfance de Napoléon qui y sont attachés. La tradition de ceux qui ont familièrement vécu avec ce grand homme durant son jeune âge est encore vivante à Ajaccio. Dans presque toutes les classes on trouve encore aujourd’hui des compagnons de ses jeux, et il n’en est aucun qui ne dise, avec une sorte de simplicité mêlée d’orgueil, quand on en parle : Era uno di noi ! C’était un de nous.

La maison de campagne où il fut élevé était un peu au-dessus de la ville, et la grotte est située sur la même colline et à quelque distance ; c’est là qu’il aimait souvent à se retirer, loin du bruit et de la distraction de ses compagnons. Il s’y cachait, dit-on, pour apprendre ses leçons avec plus de calme et de tranquillité ; cela peut-être, mais sans doute aussi que la nature et la position du lieu exerçaient sur son âme, qui ne se connaissait point encore, une attraction involontaire.

Pour un esprit commun tous les endroits sont bons ; il pense partout de la même façon, et les scènes qui l’environnent exercent sur lui peu d’influence. Les esprits d’un ordre supérieur ne partagent point cette sorte d’indifférence, et ils cherchent d’instinct le paysage dont l’inspiration leur convient, comme la plante cherche la lumière, l’oiseau la verdure. On pourrait dire que l’âme, lorsqu’elle commence à se développer et à grandir, se cherche elle-même un berceau qui aille à sa taille et à son habitude.

Quoi qu’il en soit de la vérité de ces réflexions que l’image de cette grotte nous remet en mémoire, jamais cachette d’enfant ne fut mieux à la mesure de celui qui l’avait choisie pour asile. Elle est formée par deux énormes blocs de granit éboulés du sommet de la montagne ; en roulant sur la pente ils sont venus choquer l’un contre l’autre en se servant mutuellement d’appui : il en résulte une espèce de voûte naturelle, à la manière d’une voûte cyclopéenne. Une extrémité est ouverte, l’autre bouchée par le talus du terrain, et dans le vide un homme se tient à l’aise.

C’est un beau spectacle que de se représenter ces rudes et pesantes masses de pierre se balançant l’une l’autre dans leur merveilleux équilibre, et suspendant leur chute pour abriter du soleil la jeune tête qui venait leur demander asile. Je n’ai jamais vu ces creux de rocher où les aiglons se tiennent en attendant que leurs ailes soient assez fortes pour s’ouvrir, mais je doute qu’il s’y trouve un caractère plus grand et plus sauvage que dans ce lieu.

La colline où se trouve la grotte est déserte et presque entièrement inculte ; elle est pleine d’aspérités et parsemée de blocs éboulés semblables à ceux-ci. Elle est tournée vers le midi, et la végétation en est presque africaine ; les plantes les plus images (9)abondantes sont des cactus à feuilles grasses et épineuses, s’élevant à huit et dix pieds de hauteur ; parmi celles-ci sont mêlés les buissons de myrtes et d’oliviers, les arbousiers avec leurs fruits rouges, et les grandes bruyères. Le silence n’est troublé que par le sifflement des merles voltigeant dans les broussailles, et par le bruit lointain de la mer roulant sur la plage.

La vue domine la ville et les vergers, et se repose sur les flots bleus du golfe ; la courbe immense de la côte est aride et sans villages, et la solitude, quand on regarde au-dessus de la ville, est aussi grande que celle du désert. En avant la pleine mer, en arrière les hautes cimes de la montagne d’Ajaccio, toute voisine des neiges éternelles du monte Rotondo. Voilà quelle est la grotte à laquelle Napoléon enfant a mis son nom, et qui , sans lui, serait encore perdue, peut-être, parmi les accidents ignorés de cette contrée rocailleuse.

(D’après un article paru en 1834)

 

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Les anciennes boutiques à un sou

Posté par francesca7 le 30 décembre 2014

 

 
 
images (7)A l’approche de la Noël 1872, le romancier et journaliste Paul Parfait, qui fut également secrétaire d’Alexandre Dumas père, vante les mérites et les bienfaits de l’existence des « boutiques à un sou », au sein desquelles pullulent les jouets intemporels et d’une légendaire simplicité, qui feront toujours le bonheur des enfants mais aussi celui des parents les moins argentés : sous sa plume nous poussons la porte de l’une d’elles afin d’apprendre ce que ces jouets d’antan recèlent et comment ils étaient confectionnés… « Ecoutons-le »

Ne méprisons aucune industrie. La plus humble a ses enseignements. Pourquoi, lorsque tant de somptueuses vitrines voudraient m’attirer, que les jouets provocants m’appellent derrière les glaces resplendissantes, m’arrêté-je de préférence devant ce modeste étalage éclairé par deux bougies dont la flamme vacille dans leur tulipe de verre ?… C’est tout d’abord que je hais les joujoux riches.

Que peuvent apprendre à nos enfants, sinon le goût malsain du luxe et de l’ostentation, quelle idée peuvent leur suggérer, sinon celle de l’argent jeté follement à de ruineux caprices, ces polichinelles qui portent dans leurs bosses la nourriture de dix familles ; ces élégants huit-ressorts qui ne roulent pas mieux qu’un simple chariot ; ces jouets, savamment compliqués, qui laissent à la mécanique toute l’œuvre intelligente de leur direction ; enfin, et surtout ces poupées vêtues de soie et de satin qui regardent insolemment les passants, la jupe retroussée et le binocle à l’œil. Combien de mères consentiraient à recevoir, si celles-ci avaient quelques pouces de plus, les poupées effrontées qu’elles n’hésitent pas à donner en société à leurs filles ?

 

La poupée de la boutique à un sou est, j’en conviens, aussi peu vêtue qu’une naturelle des îles de l’Océanie ; mais cette nudité n’a rien d’immoral : au contraire. Elle est seulement un éloquent appel à l’habileté précoce des doigts de la future « petite maman ». Quelle supériorité au point de vue de l’éducation chez cette poupée-là ! Et comme elle se met obligeamment à la portée de toutes les bourses !

— Voyez, s’égosille à crier le marchand à travers le froid et la bise, tout est à un sou la pièce, faites vot’ choix dans la vinte !

A côté de lui, une femme surveille les achats, reçoit et rend la monnaie, non sans jeter de temps à autre un coup d’œil au bambin qui donne déjà en fausset l’écho du cri paternel. De par ces humbles jouets, la famille aura le soir une somme rondelette dans sa maigre escarcelle. Est-ce que cette pensée ne vous la rend pas intéressante déjà, la boutique à un sou ?

En vérité, devant la boutique à un sou, je me demande qui peut rester indifférent. En est-il une plus originale, une plus riche même dans sa simplicité ? C’est la boutique encyclopédique ; il n’est rien, remarquez-le, qui ne s’y trouve. L’agréable y est jeté pêle-mêle avec l’utile. Ici un alphabet ou une croix de plomb pour le studieux, là une bourse pour l’économe, un sifflet pour le tapageur, des cartes pour le joueur, une cigarette de camphre pour le malade, un étui pour l’ouvrière et un miroir pour la coquette.

Quant aux jouets, vous les connaissez ; tous sont classiques. Les générations se sont transmis de l’une à l’autre, avec un singulier respect, leurs formes immuables. Tels ils ont été dans vos mains comme ils ont été dans les miennes, tels ils furent dans les mains de nos pères ; et c’est une des raisons qui font que je les aime, car je retrouve en eux comme un parfum d’autrefois, et je me souviens des joies sans mélange qu’ils ont causées à si bon compte à mon enfance.

Voici la ferblanterie et la poterie en miniature, parmi lesquelles je retrouve le vase à rebords et à anses, qui a fait de tous temps les délices de la jeunesse gauloise. Voici le singe articulé, toujours prêt à faire la culbute au sommet de son bâton ; voici l’ingénieux serpent de bois qui ondule avec tant de souplesse, et la grenouille à ressort qui saute si bien. Voici la crécelle bruyante et les maréchaux-ferrants dont les marteaux alternent si brillamment sur l’enclume, et le cavalier sans jambes, dont le cheval porte un sifflet si malhonnêtement placé.

Ces derniers joujoux sortent tous trois des fabriques de Liesse, la Liesse du pèlerinage, qui a encore la spécialité des moulins rouges et celle des baguettes de tambour à cinq francs le cent. Liesse, en vieux français, signifie joie : un nom prédestiné ! Je ne sais rien de plus flambant que les couleurs liessoises. Où les artistes du pays vont-ils chercher les tons furieux dont ils illuminent leurs produits ? Leur jaune rayonne, leur rouge flamboie, leur bleu éclate. On se persuade difficilement que le feu ne prend pas de temps à autre à leurs pinceaux.

Comprenez-vous ce bon pays qui passe son existence entière à exécuter des crécelles, des cavaliers de bois, des maréchaux-ferrants, des moulins et des baguettes de tambour ! Il n’y a pas bien longtemps que les pauvres diables, livrés à cette industrie, étaient encore à la merci d’entrepreneurs qui les payaient en nature. Ils avaient un compte perpétuellement ouvert chez le patron, et celui-ci leur fournissait, aux taux qui lui plaisait, les matières premières : bois et couleurs, et jusqu’aux objets de consommation : pain, sucre, café, savon, etc. Au jour de l’an, un menu cadeau tenait souvent lieu de règlement de compte. Ce régime du bon plaisir est heureusement changé. Maintenant les ouvriers de Liesse travaillent pour des maisons parisiennes qui les payent en argent, et se contentent de leur fournir le bois de tilleul qu’elles achètent par coupes de deux ou trois mille arbres.

Le petit poupard de carton à un sou, sans bras ni jambes, avec la tête peinte, la bouche en cœur, trois cailloux clans le ventre, et les yeux bleus, est un produit des environs de Villers-Cotterêts. Cette pauvre petite industrie, acclimatée depuis vingt-cinq ans dans le pays, y a porté dans les classes nécessiteuses un certain bien-être. Les braves poupards ! cela ne vous les fait-il pas aimer un peu ? Villers-Cotterêts ne nous les envoie pourtant que façonnés de colle et de papier gris ; c’est à Paris qu’ils reçoivent leur séduisant coloris. Quel prix ce joujou peut-il être payé à ceux qui le fabriquent ? Ce que je sais, c’est que le marchand en gros les revend à raison de six sous la douzaine aux petits détaillants. Jugez par là de ce que l’ouvrier créateur doit recevoir.

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La petite montre d’étain s’ouvrant, avec un verre bombé et les aiguilles mobiles, et qui passe trente-deux fois dans les mains de l’horloger pour rire, se vend des mêmes aux mêmes huit sous la douzaine. La montre de cuivre estampé, avec sa chaîne de coton jaune, mêlée de fils d’or, se donne encore à un sou meilleur marché. Les flambeaux de plomb ne valent pas plus de quatre sous la douzaine, et le sifflet pas plus de deux sous. Il se fabrique des mirlitons depuis trois sous la douzaine, toujours chez le marchand en gros, les devises comprises, qui s’achètent par feuilles chez les papetiers de la rue Saint-Jacques. Trois sous la douzaine, c’est encore le prix des « foi, espérance et charité » en acier, avec l’anneau qui les réunit, soit un liard pour les quatre objets ensemble.

Toutes ces petites merveilles du bon marché se font à Paris ; et il y a beaucoup de gens qui en vivent. On l’assure, au moins. Il y en a peut-être beaucoup aussi qui en meurent. La plupart n’ont pour gîte que des taudis infects ; vers les hauteurs de Romainville, il est de ces fabricants de plaisir qui remisent dans des huttes construites avec de la boue, De modestes employés cherchent encore dans la confection des joujoux à bas prix un petit supplément à leur maigre salaire. La tête dans les mains, ils poursuivent ardemment la recherche du joujou nouveau, le joujou d’actualité dont ils iront céder le droit d’exploitation à quelque marchand en renom ; et tous les soirs, en s’endormant, rêvent qu’un jouet qu’ils ont découvert leur apporte la fortune.

Nos bimbelotiers fabriquent, toujours pour la boutique à un sou, de petits porte-monnaie en papier, à élastique, fort élégants, ma foi ; des bracelets de perles, avec une médaille, de petits chandeliers ou bougeoirs en verre filé, des jeux de patience, découpés par bottes à la scie circulaire, des cartes, des cerfs-volants, des cigares ou des pipes à musique, que sais-je encore ?

Rien n’arrête ces intrépides travailleurs. Ils se font ferblantiers pour tailler des pelles, des pincettes, des écumoirs, des plats, des boîtes à lait, des cafetières ; fondeurs pour couler des médailles ou des timbales ; tisseurs pour faire au métier ces bourses longues, en coton de couleur, qui sont ornées de deux glands et de deux coulants d’acier. Du plus fin acier ? Je constate et ne garantis rien. Ils se font verriers et confiseurs en même temps, pour fabriquer à la lampe, avec des tubes de verre, ces petites bouteilles remplies d’anis, roses et blancs, qui ne sont souvent que du millet passé dans le sucre. Mais il y aurait mauvaise grâce à les chicaner là-dessus. Tout cela vaut huit sous la douzaine chez le marchand en gros, songeons-y bien !

Je n’aurai gardé d’oublier la boîte à dînette. Une boîte en carton, dont le couvercle est garni d’un verre ; autour du verre, du papier doré ; au fond de la boîte, un lit de ouate ; et, sur cette ouate, quelques ustensiles de table en fer-blanc avec deux serviettes en papier dans leur rond. Huit sous la douzaine ? Toujours ! Les fouets d’enfants, à manche entouré d’une spirale de papier doré, sont exclusivement fabriqués à Paris par des Israélites. Pourquoi ? Ah ! voilà, je n’en sais rien.

C’est un bien pénible ouvrage que la confection de l’animal en papier mâché. Mâché est ici une façon de parler. Le fait est que l’ouvrier prend de vieilles rognures de papier et les pétrit dans l’eau jusqu’à en faire une espèce de pâte, qu’il tamponne avec le pouce dans un moule informe en plâtre, dont il garnit ainsi la paroi. Le moule est en deux morceaux, un pour chaque face de la tête. Quand les deux faces sont faites, l’ouvrier les soude ; puis il trempe le tout dans un pot de peinture blanche à la colle, et, quand cette couche préalable est sèche, il tatoue l’animal à sa fantaisie, ou lui recouvre le dos d’un tout petit carré de peau de mouton avec un cordonnet rouge au cou. Qu’en penses-tu, Florian ? C’est d’un grotesque achevé. Moi, quand je les vois, ces pauvres petits moutons blancs, il me prend de terribles envies de rire — et de pleurer !

Huit sous la douzaine de seconde main ? Parbleu ! Au fait, n’est-ce pas le prix auquel nos marchands en gros livrent les menus joujoux allemands qui, eux encore, nécessitent des frais de transport ? Les joujoux allemands de la boutique à un sou sont les pantins de bois peints, les mobiliers de bois, remarquables par leur ton d’un rouge violacé, des lits, des commodes à porte mobile et à tiroir, des chaises rembourrées couvertes d’étoffes à fleurs, et puis encore des soldats à cheval, ou des quilles, ou une modeste bergerie, ou un ménage dans leur petite boîte ovale. En Allemagne, ces. boîtes se vendent, non se donnent, au prix fabuleux de trois francs ou trois francs cinquante la grosse, soit vingt-cinq à trente centimes la douzaine.

Dans le Tyrol qui fournit les joujoux de bois blanc, c’est mieux encore, ou pis que cela, si vous voulez. La poupée articulée à tête peinte, la petite poupée classique de deux à quatre pouces s’y livre à raison de 1 franc 45 centimes la grosse, juste un centime la pièce. C’est à ne pas croire. A un tel taux, on comprend que les coups de couteau sont comptés : aussi suffit-il du plus petit détail, le nez saillant, par exemple, pour augmenter la valeur de l’objet.

Vous voyez que ceux qui font ces joujoux si gais n’ont pas lieu d’avoir le cœur bien joyeux ; mais ces joujoux doivent du moins à leur excessif bon marché d’être à la portée des plus maigres bourses. Que les petits déshérités soient donc heureux de par la boutique à un sou ! Allons, faites votre choix, braves parents, ne vous gênez pas ! Si le bambin met bientôt en pièces les objets de son affection, la boutique n’est pas loin et vous pourrez les renouveler sans que l’équilibre de votre budget s’en trouve jamais fort dérangé.

Les enfants cherchent volontiers à connaître le secret de leurs joujoux ; vous pourrez leur dire ce qu’il y a de tristesses et de misères au fond de l’objet qui les amuse. Ils comprendront par là qu’il n’y a pas ici-bas de petites choses, que l’argent est chose dure à gagner, mais que le travail et la persévérance triomphent de l’impossible.

Ah ! c’est une grande moraliste que la boutique à un sou !

(D’après « Musée universel », paru en 1872)

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Les boissons lorraines

Posté par francesca7 le 28 décembre 2014

 

biere-lorraine-la-duchesse-de-lorraineLa vigne a été très tôt implantée en Lorraine. Il existait déjà des ceps sauvages avant l’occupation romaine mais c’est cette dernière qui a développé la culture de la vigne dans notre région, sur les versants abrités des vallées, surtout celle de la Moselle. Toutefois, les récoltes sont de qualité irrégulière et le vin lorrain reste souvent médiocre par rapport à ses voisins alsaciens ou bourguignons. Excepté en montagne, tous les villages ont eux aussi quelques vignes destinées à l’auto consommation. La « piquette », réservée à la consommation locale, est obtenue après une 3° pression du moût mais ce dernier peut aussi être obtenu à partir d’autres fruits que le raisin.

La bière existait déjà à l’époque gauloise mais c’est seulement à partir du XVIème siècle que la Lorraine devint réputée dans ce domaine. Les brasseries se développèrent à partir du XVIème siècle, la production était le plus souvent effectuée par des moines. Le duc Charles III (1543- 1608) finança l’installation de deux brasseries à Nancy et à Hombourg en Moselle car, non seulement cela créait du travail, mais cela donnait à ses sujets comme à l’armée ducale une boisson moins chère que le vin. Au XVIIIème siècle, de nouveaux fabricants améliorèrent les techniques de fabrication. Enfin, avec la suppression des monopoles à la Révolution, le nombre des brasseries augmenta énormément et, dès 1805, on comptait plusieurs centaines de brasseries dans toute la région (concentrées surtout dans le Nord).

La « petite bière »

est, quant à elle, une boisson que les cultivateurs produisaient eux-mêmes à partir d’orge et de houblon de jardin. Contrairement à la bière, il s’agit seulement d’une boisson infusée, sucrée, fermentée par de la levure, puis colorée à la chicorée. Elle ne titre qu’autour de 1,5° (au lieu de 5° pour la bière) donc est aussi peu alcoolisée que les boissons de ménage habituelles. C’est une boisson du quotidien.

Au XVIIIème siècle, seul le marc de raisin était distillé. L’eau de vie s’est toutefois développée et diversifiée en Lorraine au fur et à mesure que les vignobles disparaissaient. On les a en effet, remplacés par des vergers et l’abondance de fruits a conduit les propriétaires à distiller les surplus. Cet alcool, fort et presque gratuit, a connu un succès très important car on en donnait aussi bien aux enfants (même bébés !) pour les fortifier, aux hommes pour les aider à endurer les travaux de force tout au long de la journée ou aux visiteurs éventuels pour les accueillir chaleureusement. Enfin, on en buvait encore le soir avant de se coucher pour mieux dormir.

Publié dans Les spécialités, Lorraine | Pas de Commentaire »

Enfer et ronde macabre à Kernascléden

Posté par francesca7 le 28 décembre 2014

EgliseBWNous sommes en 1420, la Bretagne vit son âge d’or. Les ducs de Rohan tiennent leur rang et lancent la construction de ce qui deviendra un chef d’œuvre de l’art gothique flamboyant : la chapelle de Kernascléden.

Outre une architecture exceptionnelle, la chapelle recèle des fresques murales aussi étonnantes que dérangeantes. Frapper les esprits et assurer leur prestige, tel était le but des nobles mécènes. Mission accomplie avec «L’Enfer», une peinture murale à la fois inquiétante et drôle qui éclaire le bras sud du transept. Les damnés mijotent dans des marmites ventrues, touillés par des démons fourchus et hilares. Les paroissiens n’ont qu’à bien se tenir s’ils ne veulent être jetés dans ce bouillon infernal.

  • Seigneur ou simple laboureur, chacun se présente sur un pied d’égalité devant la mort. Tel est le message de la «Danse macabre», fresque voisine de «L’Enfer». Tout le monde passe de l’autre côté du miroir : du pape au roi, jusqu’au pauvre gueux. Malheureusement, cette symbolique gavotte du Pays Pourlet a bien failli trépasser elle aussi. Il ne reste plus que quelques «danseurs», préservés des ravages de l’humidité.

Sauver les fresques

  • Un programme de restauration a été lancé en 1996. 1,5 million de francs ont été investis sur trois ans pour sauver les fresques et la rosace du transept sud. Des travaux réalisés par les Beaux-Arts, avec le concours financier de l’Etat, la Région, le Département, et dans une moindre mesure de la commune.
  • La chapelle de Kernascléden est remarquable également pour ses fresques consacrées aux scènes de la vie de la Vierge-Marie et de Jésus. Ces dernières, qui ont beaucoup influencé le peintre Maurice Denis, conservent, quant à elles, un extraordinaire éclat.

SOURCE / http://www.bretagne.com/

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Approvisionnement de Paris en viandes aux siècles derniers

Posté par francesca7 le 28 décembre 2014

 

 

PARIS BESTIAUXAvant la Révolution de 1789, tous les animaux qui servaient à l’approvisionnement de Paris étaient abattus à l’intérieur de la ville, dans les tueries de la Croix-Rouge, de l’apport Paris, des rues des Boucheries, Montmartre, Saint-Martin, Traversine et autres. Les troupes de boeufs parcouraient les quartiers les plus fréquentés. Effarouchés par le bruit des voitures, irrités par les excitations des enfants, les attaques ou les aboiements des chiens errants, ils prenaient souvent la fuite, se précipitaient dans les magasins, dans les cours, dans les allées, y portaient l’épouvante, blessaient les personnes et y commettaient de grands dégâts. Des émanations malsaines s’exhalaient des tueries mal aérées et trop petites. Le fumier répandait une odeur insupportable. Le sang coulait dans les ruisseaux avec d’autres détritus d’animaux qui s’y putréfiaient. La fonte des suifs infectait le voisinage et était de plus un danger permanent d’incendie.

Depuis Philippe-Auguste jusqu’à Louis XVI, un grand nombre d’ordonnances et d’arrêts avaient été rendus sur cette matière. La plupart des boucheries ou tueries appartenaient à des abbayes ; les autres étaient des propriétés particulières. Delamarre en comptait 307 sous le nom d’étaux, au commencement du dix-huitième siècle. En 1788, une commission académique, composée de MM. Tillet, Darcet, Daubenton, Coulomb, Lavoisier, Laplace, et Bailly, rapporteur, exprima le voeu « que les tueries fussent éloignées de l’intérieur de Paris ».

Il s’écoula encore plus de quinze ans avant que cette sage pensée ne reçût son exécution. Après avoir rappelé ce fait dans la belle biographie de Bailly qu’il a publiée peu de temps avant sa mort, l’illustre Arago ajoute une réflexion bien triste, mais bien vraie : « Celui qui sème une pensée dans le champ des préjugés, des intérêts privés, de la routine, ne doit jamais compter sur une moisson prochaine ».

Quand la loi du 17 mars 1791 vint proclamer la liberté de toutes les industries, il y avait 230 bouchers exploitants et privilégiés. Après dix ans de commerce libre, le 30 septembre 1802, la boucherie fut de nouveau réglementée par un décret qui, successivement modifié en 1811, en 1825 et en 1829, nous a conduits au système actuel dont voici les principales dispositions :
1 – Limitation des bouchers à 400, avec un syndicat chargé de l’administration et de la discipline intérieure, sous la haute surveillance du préfet de police ;
2 – Interdiction de vendre ou d’acheter les bestiaux en dehors des marchés autorisés ;
3 – Obligation pour chaque bouclier de payer ses vendeurs par l’intermédiaire d’une caisse municipale, et de déposer, lors de son entrée en exercice, un cautionnement destiné à garantir les payements faits par cette caisse ;
4 – Obligation d’abattre dans les établissements municipaux.

Ces établissements sont au nombre de cinq, à savoir : les abattoirs de Montmartre, de Ménilmontant, de Grenelle, du Roule et de Villejuif. Par suite d’autorisations continuées aux veuves et aux enfants des bouchers, il n’a pas été possible de réduire le nombre des étaux au chiffre de 400, qui depuis longtemps est dépassé et est aujourd’hui de 501.

Les marchés autorisés sont ceux de Sceaux et de Poissy pour les bestiaux de toute sorte, de la Chapelle Saint-Denis pour les vaches grasses, et le cloître des Bernardins pour les vaches et les veaux. Tout boucher doit s’approvisionner à l’un de ces marchés. Pour le gros bétail, c’est surtout aux marchés de Sceaux, de Poissy et de la Chapelle que l’on a recours. Vendeurs et acheteurs débattent leur prix à l’amiable. Une fois d’accord sur les conditions, un inspecteur de place est appelé pour inscrire le marché ; un bon est délivré au vendeur qui va en toucher le montant à la caisse, et l’acheteur fait diriger son acquisition sur l’abattoir le plus à portée de son établissement.

Comme on a toujours un grand nombre de bestiaux à mener ainsi, on en forme des bandes qui sont codifiées à des hommes spéciaux auxquels on donne une feuille de route, après, toutefois, que chaque boucher a marqué sa marchandise afin de pouvoir la reconnaître. En général, cette marque se fait avec une force à l’aide de laquelle on coupe les poils d’un côté de la croupe de façon à former des lettres ou des chiffres particuliers.

Arrivé à la barrière, le conducteur du troupeau donne sa feuille à un employé de l’octroi, et on procède aussitôt à l’introduction des animaux. Une petite porte est ménagée à chacune des grilles désignées pour ce genre de réception. Les deux côtés de ces petites portes sont garnis de cylindres de bois qui peuvent tourner sur un axe perpendiculaire. Cette précaution a pour but d’empêcher les animaux de s’écorcher, de se froisser les chairs contre des corps durs et résistants, souvent carrés, anguleux ou pointus. Il était d’autant plus utile de prendre cette mesure, qu’en général, une fois la première bête passée, les autres veulent la suivre et toutes se pressent pour arriver de l’autre côté.

La gravure ci-contre indique la manière dont on s’y prend pour compter le bétail à la barrière. Le bouvier, qui a remis sa feuille de route à l’employé avec lequel il cause, vérifie lui-même

le nombre des bêtes qui entrent, car il est le premier intéressé à retrouver ce qui lui a été confié, attendu qu’il en est responsable.

L’employé qui tient la porte est armé d’un bâton qui peut lui servir pour se garer en cas d’accident et qui lui est d’un grand secours pour éviter les erreurs. En effet, il touche chaque bête qui passe en répétant le nombre auquel elle correspond.

Sans cette précaution, qui l’oblige à accomplir une action déterminée, il se pourrait très bien que, sur un certain nombre de sujets, sa mémoire vînt à lui faire défaut ou que les chiffres réel fussent confondus avec d’autres dans sa pensée. Au premier plan, on voit le chien du conducteur qui est occupé à masser ses craintifs prisonniers jusqu’à la fin du passage, et dans le fond du tableau, on aperçoit l’aide qui empêche les plus turbulents de monter sur les autres, en même temps qu’il pousse la bande vers la porte de contrôle. Une fois dans Paris, hommes et bêtes se dirigent vers l’abattoir désigné, toujours par des chemins déserts, le plus souvent par les boulevards extérieurs.

En général, voici la marche suivie. Les arrivages de Poissy entrent par la barrière Ménilmontant pour aller à l’abattoir du même nom ou de Popincourt, et par la barrière Rochechouart ou par celle des Martyrs pour aller à l’abattoir Montmartre. Ceux de Sceaux entrent par la barrière du Maine ou par la barrière d’Enfer. Quand ils doivent traverser la Seine, ils suivent le chemin Vert, passent à la barrière d’Enfer, franchissent le pont d’Austerlitz et avancent le long du canal Saint-Martin.

Nous vu avec quel soin on compte les animaux à la barrière. Immédiatement après ou avant leur entrée, on déclare en bloc vers quel abattoir ils sont dirigés. Là, on en constate encore le nombre, en inscrivant au compte de chaque boucher en particulier les animaux qui lui sont destinés. Après les façons d’usages, c’est-à-dire, par exemple, quand le boeuf est fait, qu’il n’en reste plus que les quatre quartiers ensemble ou détachés, des employés en prennent le poids, et autant ils trouvent de kilogrammes, autant de fois on compte de 12c,34 que le propriétaire est obligé de payer.

On n’en est pas encore arrivé à simplifier les choses de telle façon que ces droits puissent être reçus par les employés de l’octroi qui sont attachés à l’abattoir ; autrefois, il fallait aller payer à la barrière par laquelle les animaux étaient entrés. Aujourd’hui, chacun peut et doit se libérer à la barrière qui est la plus rapprochée du lieu de l’abattage. La viande, une fois sortie des abattoirs, peut être débitée à volonté, soit dans les étaux particuliers, soit dans les halles où 40 places sur 161 sont réservées aux bouchers de Paris, soit enfin à la criée. Dans ce dernier cas, la marchandise a encore de nouveaux frais à supporter.

images (3)Mais indépendamment des viandes provenant des abattoirs de Paris, il en arrive encore des quatre abattoirs de la banlieue, qui sont à Saint-Denis, aux Batignolles, à la Villette et à Belleville, et même des tueries particulières qui existent encore dans les localités qui n’ont pas rang de ville. Depuis quelque temps, les chemins de fer en apportent beaucoup aussi. Avant la loi du 10 mai 1846, ces viandes dites à la main payaient 18 centimes d’entrée par kilogramme, plus le décime ; aujourd’hui il y a près de 7 centimes de diminution. Cette différence est en faveur de forains qui peuvent entrer les morceaux de choix seulement : aussi a-t-elle déjà occasionné une certaine perturbation dans le commerce de la boucherie parisienne, qui a des tendances à abandonner les abattoirs pour se soustraire aux droits qui les frappent, sur les viandes de toutes qualités.

Il y a trois classes de bouchers :
1 – Ceux qui abattent pour leur étal et pour vendre à leurs confrères ; ce sont les chevillards.
2 – Ceux qui abattent pour leur étal seulement.
3 – Ceux qui n’abattent que rarement ou jamais, et qui viennent acheter la viande toute prête aux marchands en gros.
Les uns et les autres achètent encore assez souvent les morceaux de choix aux bouchers des campagnes qui vendent chez eux les parties inférieures. C’est surtout l’hiver que ce genre de commerce est le plus animé.

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QU’EST-CE QUE PEIGNER LA GIRAFE

Posté par francesca7 le 25 décembre 2014

 

peigner-la-giraffeLa girafe est un des animaux exotiques de première grandeur, si j’ose dire, qui est demeuré le plus longtemps mystérieux, voire carrément fabuleux pour les Français. A la fin du XVIIè siècle Furetière n’hésite pas écrire : « Girafe : animal farouche dont plusieurs auteurs font mention mais que personne n’a vu…. Mais la plupart des curieux croient que c’est un animal chimérique ».  

On imagine donc l’enthousiasme des foules lorsque la première girafe, en chair, et en os et en cou, pose pour la première fois le pied sur notre sol au XIVè siècle. Elle débarque à Marseille le 26 octobre 1826.  Envoyée en présent à Charles C par le pacha d’Egypte, Mohamed Ali. Hébergée tout l’hiver à la préfecture de Marseille, elle fut conduite à Paris à pied, en cortège, dès le printemps suivant, et pendant les quarante jours du voyage, la foule s’amassa sur le parcours dans une préfiguration de ce qui serait plus tard le public du Tour de France. La plupart des auberges où la caravane avait fait halte prirent l‘Enseigne A la girafe.

Elle atteignit Paris en triomphe le 30 Juin 1827 et quelque jours plus tard fut présentée au roi en grand pompe avant de rejoindre ses appartements au Jardin des Plantes. « La France entière – écrit le Dr P.Thévenard – s’éprend alors littéralement de la girafe ; on accourut de tous les points du pays pour la voir ; au Pont d’Austerlitz, dont la traversée était encore payante à l’époque, les recette du péage s’enflent démesurément… Bientôt, d’ailleurs, la girafe ne se contente plus d’attirer à ses pieds les foules admiratives ; elle pénètre en effigie au foyer des citoyens français, et s’y mêle intimement à leur existence quotidienne  l’on fond des plaques de cheminées à son image ; l’on tapisse les appartements de papiers peints dont elle constitue l’élément décoratif essentiel, inlassablement répété ; à ceux qui le préfèrent on propose pour suspendre au mur un tableau en perles aux tons chatoyants ; enfin, les céramistes n’entendant pas demeurer en reste, les services de table font fureur, tandis qu’il n’est pas de coiffeur à la mode qui ne possède son plat à barbe « à la girafe ».

« On rime sur elle, on la chante, elle inspire un vaudeville, et on lui adresse une invocation en chœurs et couplets, que soutient une musique originale ».

Il faut dire aussi qu’à la veille de la révolution de juillet 1830, les commentaires n’étaient pas tous délirants : « Rien n’est changé en France, il n’y a qu’une bête de plus » ironisaient d’aucuns ; La vedette donna également naissance à des MDFnYMvgWFtE5rRitc2PDDl72eJkfbmt4t8yenImKBVaiQDB_Rd1H6kmuBWtceBJcomparaisons et à des quolibets que Littré donne comme « populaires » : « Femme grand et qui a un très long cou. Il dansait avec une grande girafe » De cette époque date sans aucun doute l’expression incongrue « peigner la girafe », qui n’a pas tout de suite voulu dire comme aujourd’hui » ne rien faire », mis d’abord plus logiquement « perdre son temps à ne vaine et fastidieuse besogne ».

Je rappellerai pour terminer que la girafe mourut à Paris en janvier 1845, un peu oubliée. Elle fut néanmoins empaillée avec soin et conservée au Muséum, avant d’être transférée en 1931 au Muséum d’histoire naturelle de La Rochelle où elle trône toujours, superbe, sur le palier de l’escalier principal, faute d’avoir pu entrer dans aucune des salles.

issu du livre : « La puce à l’Oreille » aux éditions Stock 1978

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ANCIENS METIERS ; SERRURIERS

Posté par francesca7 le 25 décembre 2014

 

téléchargement (8)Le portrait que nous reproduisons orne la première page d’un petit atlas de gravures aujourd’hui fort rare. Le personnage représenté, maître Robert Davesne, s’était vraisemblablement rendu célèbre par l’élégance et la richesse de ses ouvrages de serrurerie. C’était plutôt un artiste qu’un mécanicien. Sa clientèle se composait probablement de seigneurs, et sans doute il travailla pour le roi. La dédicace de son livre semble l’indiquer. Elle est adressée à M. Bruand, architecte ordinaire des bâtiments du roi, et on y sent l’honnête reconnaissance de l’ouvrier pour le protecteur qui lui a procuré de belles « commandes. »

Nous n’avons trouvé aucun renseignement sur le caractère et la vie de cet artisan. Mais il n’est peut-être pas impossible de tirer de son livre quelque lumière. Il est probable que Davesne était riche. La fortune a dû suivre chez lui la réputation, d’autant qu’il vivait à une époque où l’on eut le goût, la manie même des jardins, et la coutume de les entourer, de les diviser par de riches balustrades. Or c’était précisément en cette sorte d’ouvrage que Davesne excellait. Sa fortune est encore prouvée par la publication de son livre.

La dédicace, dont j’ai déjà parlé, trahit le défaut d’éducation première. On y voit un homme ignorant des choses étrangères à son art, qui n’a acquis dans les relations avec sa belle clientèle qu’une bien légère idée de la littérature et du goût : « Monsieur, dit-il à Bruand, l’admirable et renommée qui vous appelle et donne le titre glorieux du plus sublime perscrutateur des choses nécessaires à la conservation et embellissement des bâtiments de Sa Majesté, me fait craindre de vous présenter ce petit ouvrage, quoique de soy trop indigne et trop rampant pour être mis au nombre de ceux qui s’offrent journellement à votre grand esprit. »

On s’attendrait, d’après le titre, à trouver dans le corps du livre des recettes, des secrets, des descriptions de pièces plus ou moins compliquées. Il n’en est rien. Le livre se compose uniquement de douze planches représentant ses serrures, des clefs, des panneaux, des grilles, des balustrades, dont le dessin a été inventé par maître Robert, qui confirme le jugement que nous avons énoncé plus haut sur son genre de mérite.

L’ornementation de quelques-unes de ces pièces est très remarquable. Leur caractère est une richesse un peu lourde, un peu massive. L’élément principal consiste en rinceaux à feuilles larges et développées. Les figures d’hommes et d’animaux n’y ont qu’une place secondaire, et fort heureusement, car l’infériorité de notre artiste, comparé à ceux de la renaissance, est surtout sensible en ce point. Il y a quelque mauvais goût, du reste, commun à tous les artistes du temps. On peut leur reprocher, par exemple, certains pots à feu et pots à fleurs qu’ils plantent ordinairement sur les grilles et qui n’ont rien d’heureux.

Tout le texte se compose de la dédicace, dont nous avons cité le commencement, d’une autre au public, conçue à peu près dans la même langue, et d’une table explicative des planches, où chaque pièce (même la plus compliquée) finit invariablement par ces mots : « Fort agréable et facile à vuider et à graver. »

Ajoutons, pour être tout à fait exact, un quatrain qui se trouve à la dernière page, sous une rampe d’escalier d’un dessin très léger, par exception, et très réussi. Voici ce quatrain. Il ne dit pas grand chose sur la vie de Davesne ; mais il témoigne de l’esprit, des habitudes et de l’orthographe de l’époque.

Quatrain sur l’ouvrage, par Claude Prieurs.
Entre tous les ouvrages que produict la nature,
Je n’en é jamais veu un qui fust parfait.
La pointe du burin é les traicts d’écriture
Ensemble n’ont forgé ce que Davesne a faict.

Profitons de l’occasion de maître Davesne pour dire quelques mots sur la corporation des maîtres serruriers à Paris. Elle datait sans doute du quinzième siècle, puisque les premiers statuts qu’on rencontre, et qui suivirent de près probablement la formation de la communauté, sont du mois de novembre 1411. Ces statuts, corrigés et augmentés, furent confirmés par Louis XIV, en 1652.

676LkXVjZn0gSV84uCiuq4eHZnQComme dans presque toutes les corporations de Paris, la surveillance des travaux du métier est confiée à quatre jurés élus par tous les maîtres pour deux années. Ce qu’il y a de particulier à ce métier, c’est que les visites des jurés y sont rares. Ils ne font que cinq inspections par an, tandis que dans certains autres métiers, notamment dans celui des tailleurs, il y avait des inspections chaque semaine.

Ce qui est particulier encore, c’est la durée de l’apprentissage, cinq ans en moyenne, et celle du compagnonnage, autres cinq ans, dix ans en tout avant d’être admis à faire son chef-d’œuvre et à demander la maîtrise. Mais ce qui malheureusement n’est pas particulier, ce qui est commun à ce métier et à presque tous les autres, c’est la disposition assez peu équitable par laquelle les fils de maîtres, et même les gendres de maîtres, sont dispensés de tout apprentissage. « Ils ne sont tenus que d’une simple expérience », disent les statuts.

Il ne faut pas croire, d’après leur nom, que les serruriers fissent surtout des serrures. Il en était déjà de cette profession comme aujourd’hui. La plupart des serrures étaient faites hors Paris ; on tirait les meilleurs de Picardie, principalement de la ville d’Eu, dont les habitants étaient presque tous voués à la serrurerie, et les plus communes du Forez.

Les quincailliers de Paris les achetaient en gros dans ces deux pays et les revendaient au détail aux ébénistes, aux serruriers, etc. Ces derniers ne faisaient eux-mêmes que les serrures commandées, ou les serrures à dix fermetures pour les coffres-forts, les caisses des négociants et des joailliers. C’était généralement une serrure de cette espèce qu’on donnait à faire, comme chef-d’œuvre, aux compagnons qui demandaient la maîtrise.

Les véritables ouvrages des serruriers étaient les pièces nécessaires aux charpentes, ancres, crampons, boulons, etc. ; les ustensiles de ménage en fer, les loquets, gonds, pivots et pièces de même genre ; mais surtout les grilles et balustrades, que le goût du temps voulait aussi riches et ornementées que possible.

Un autre ouvrage, qui devait plus tard être assez lucratif pour les artisans de ce métier, était à peine connu en France à la fin du siècle dont nous parlons : c’est l’espagnolette. On fermait les volets, les fenêtres et les contrevents avec des verrous ou même avec des serrures. L’espagnolette, qui, grâce à sa barre de fer longitudinale, a l’avantage de fermer plus également, plus complètement, nous fut apportée d’Espagne à la suite de la guerre qui mit sur le trône de ce pays Phillipe V, fils de Louis XIV. Elle devint bientôt d’un usage général. Au reste, on peut dire que l’espagnolette est ce que nous avons gagné de plus clair dans cette guerre de la succession d’Espagne, qui nous coûta si cher et nous mit assez longtemps à deux doigts de notre perte.

(D’après un article paru au XIXe siècle)

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POURQUOI MENAGER LA CHEVRE ET LE CHOU

Posté par francesca7 le 25 décembre 2014

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A vouloir plaire aux uns on s’attire souvent la colère des autres, et il est parfois difficile de ménager la chèvre et le chou :…. Dans cette curieuse locution il faut comprendre le verbe ménager, non pas dans le sens actuel d’épargner, mais dans celui qu’il avait autrefois de « conduire, diriger » – que l’anglais a conservé sous la forme quasi internationale de manager et management. Une « bonne ménagère » est étymologiquement celle qui dirige bien les affaires de sa maison. « Le fait d’un bon mesnager – dit La Boétie au XVIè siècle – c’est de bien gouverner sa maison.  » On comprend que l’on soit passé de là au sens d’économie domestique.

C’est donc « conduire la chèvre et le chou » qu’il faut entendre à l’origine de l’expression, ces deux antagonistes ancestraux, prototypes du dévoreur et du dévoré, du faible et du fort, du couple dominant-dominé qui a toujours besoin d’un arbitre, d’un gardien, d’un législateur ; le duo a donné aussi mi-chèvre, mi-chou, moitié agressif, moitié soumis, donc incertain, hésitant à pencher vers un bord ou un autre.

En tout cas il faut être habile pour faire cohabiter ces deux ennemis, ou les emmener en voyage. Une histoire fort ancienne illustre la difficulté de leur « conduite » : c’est le fameux problème du passage d’un loup, d’une chèvre et d’un chou.

Un homme doit faire traverser une rivière à ces trois « personnages », mais le pont est tellement étroit, ou la barque si frêle, qu’il ne peut en passer qu’un seul à la fois. Bien sûr il ne saurait à aucun moment laisser ensemble sans surveillance ni le loup avec la chèvre, ni la chèvre avec le chou. Il doit donc faire appel à une astuce particulière, sujet de la devinette, et vous pouvez mettre la sagacité de vos amis à l’épreuve de ce classique qui a fait la joie de nos aïeux. Solution ; on passe d’abord la chèvre, le loup et le chou restant seuls ne se feront aucun mal. On la laisse de l’autre côté et on revient « à vide » chercher le chou. Une fois celui-ci sur l’autre rive – c’est là l’astuce – on ramène la chèvre avec soi. On la laisse seule à nouveau, pendant que l’on fait traverser le loup que l’on ré-abandonne avec le chou, mais sur l’autre bord. On a alors tout le loisir, dans un aller-retour supplémentaire, d’aller recherche la chèvre, afin que les trois protagonistes se retrouvent sans dommage sur la rive opposée, en compagnie de leur habile gardien.

Cette histoire était déjà célèbre au XIIIè siècle, où savoir « passer la chèvre et le chou » était déjà une expression figurée d’habileté dans la discussion, comme en témoigne ce passage du Guillaume de Dole en 1228 :

Si lui fait lors un parlement

De paroles où il lui ment :

Pour passer les chèvres, les choux,

Sachez que il n’estoit mie fou

 

Comme on voit, la locution ne date pas des dernières neiges !

issu du livre : « La puce à l’Oreille » aux éditions Stock 1978

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Histoire d’Autel

Posté par francesca7 le 24 décembre 2014

 

Traduction Cerrida-F

images (2)Les autels existent depuis l’aube de la civilisation humaine, remontant jusqu’au paléolithique. Bien des gens encore de nos jours ne comprennent pas son utilité en dehors d’une structure religieuse et ne croient pas dresser le leur chez eux. Néanmoins, inconsciemment, nous dressons quantité d’autels sans leur donner une finalité en soi. 

Il est courant de voir des photos de famille disposées sur des étagères, tables ou pianos. Beaucoup de personnes posent des tas d’objets sentimentaux ou des collections d’objets variés sur des vitrines ou des étagères dans diverses pièces de leur maison. Il n’est pas rare de voir des étalages de collections de canettes de bière, dés à coudre, modèles réduits de voitures ou d’autres objets. Tout cela est réalisé sans que nous en ayons une intention consciente ou à dessein, excepté que «nous le VOULONS». Mais pourquoi sommes-nous amenés à agir de la sorte ? 

Carl G. Jung appelait cela la partie la plus profonde de notre Inconscient : «l’Inconscient collectif» et disait que cela relie chacun d’entre nous à chaque ancêtre et permet d’accéder à chaque événement connu du passé. Il semblerait que l’Inconscient collectif soit présent en chacun d’entre nous, nous persuadant de construire un autel personnel, juste comme nos ancêtres le faisaient. Le problème qui se pose est que nous interrompons rarement le brouhaha de nos pensées parasitant l’Inconscient Collectif et l’enseignement à en retirer. Le mur de cannettes de bière est une sorte d’autel informel dédié aux dieux Dionysos et Bacchus, tour à tour dieu de la vigne, du vin et de l’épicurisme. Les petites voitures en modèle réduit pourraient bien être un hommage inconscient à Mercure «aux pieds légers» ou à Hélios et à son chariot auréolé du Soleil. Les dés à coudre seraient les symboles des déesses tisseuses telle que la Femme Araignée, Ixchel, les trois tisseuses de la Destinée et Athéna. Les collections de dragons et de sorciers, tout ce qui y ressemble sont des tentatives inconscientes puisant dans l’ancienne magie et la connaissance mystique. Un regroupement de photos de famille peut être des réminiscences de la mort dans l’espoir de nous aider, ou bien une forme de magie sympathique pour relier la mort à la vie. Une collection de figurines de grenouilles peut être un appel de l’inconscient aux anciennes déesses de la fertilité.

 

Ce penchant pour les autels informels transcende les liens sociaux et culturels. En fait, dresser un autel est une expérience multiculturelle. Inconsciemment, les humains sont constamment en train de dresser des autels autour d’eux. Peut-être devrions-nous plus réfléchir à ce besoin, et ainsi à la manière d’améliorer nos vies quotidiennes et notre élévation spirituelle. Les archéologues ont découvert les plus anciens autels consacrés permanents sculptés au plus profond des grottes, avec des parois étroites et des chemins d’accès trompeurs pour les atteindre. La difficulté d’accès mesurait la détermination et le goût de l’effort pour arriver jusqu’à la fin du périple. Les grottes étaient des lieux hautement spirituels ne devant pas être traversés par la lumière, parce qu’ils symbolisaient l’éternelle fécondité de la Grande Déesse et l’énergie primordiale du chaudron. A l’intérieur des grottes, les sorciers pratiquaient la magie pour la chasse et des rituels de passage tels que l’Initiation.  

Les peuples et les chamans des tribus fréquentaient ces grottes secrètes lorsque leurs migrations claniques les ramenaient à ces endroits. Cependant, il est probable que les populations nomades des cultures paléolithiques emportaient aussi avec elles des figurines de la Grande Déesse lorsqu’elles migraient d’un endroit à un autre, à la recherche de nouveaux terrains de chasse et de nourriture. Ces peuples auraient construit un autel temporaire dans chaque nouveau foyer construit à l’intérieur de grottes ou sur des blocs de pierres qu’ils auraient rentrés. Ils représentaient la Déesse par d’étranges figurines de femmes aux formes généreuses, qui étaient façonnées avec un ventre, des seins et des fesses généreuses pour symboliser la Grande Mère donnant la vie à toutes choses dans ce monde. Les détails de leurs visages étaient vagues. Quelques figurines avaient leurs jambes qui se terminaient en pointe pour être plantées dans le sol ; d’autres possédaient des socles qui leur permettaient ainsi d’être posées sur une surface assez élevée. Toutes étaient assez petites, possédant une taille appropriée pour le transport. Plus tard, les statues devinrent plus sophistiquées, mais la plupart conservèrent encore une ébauche de traits faciaux, comme leurs homologues plus anciennes. 

Alors que la Déesse de Willendorf et celle de Grimaldi, Lespugue et Sireuil furent très stylisées et exagérées dans les formes corporelles, les déesses aux serpents Minoennes apparaissent mieux proportionnées. En plus d’être décorées de spirales ou de volutes (lignes ondulées), les statuettes Minoennes tenaient aussi deux serpents identifiables. Cette évolution des formes continua jusqu’à ce que nous trouvions belles et très humaines les statues d’Egypte, de Chine, du Moyen- Orient, de Grèce et de Rome. Les grottes les plus anciennes étaient décorées de peintures vives et très ressemblantes, d’animaux, d’empreintes de mains ou autres symboles tous représentant des idées abstraites spirituelles et magiques en honneur de la vie accordée et du réconfort apportés dans la mort. Plus tard lorsque les villages se sont établis et que les clans ne se déplacèrent plus de place en place, les lieux de culte construits par l’homme devinrent plus élaborés. Bien que ceux-ci soient eux-mêmes une grotte symbolique, les sols de certains d’entre eux, dans la culture minoenne sont pavés de coquillages et   sculptés grossièrement, avec des pierres très colorées, des murs peints dans des tons aussi vifs que ceux retrouvés dans les grottes mystiques et secrètes.

 

images (3)La représentation du symbolisme devient plus directe. Des décorations gravées sur les statuettes des déités retrouvées, les fabuleuses peintures sur les murs des grottes et les vestiges des lieux de culte plus récents ont renseigné les archéologues sur certains symboles et la signification que nos ancêtres leur accordaient. Les volutes représentent l’eau et le serpent sacré de la vie. Les losanges signifient la fertilité alors que le triangle, la féminité et la régénération, exactement comme la grotte elle-même. Le croissant représente le cycle lunaire et l’énergie. Le signe de la coupe gravée sur une pierre contenant de l’eau symbolisait l’eau sacrée qui s’écoulait de la Déesse de la vie. 

Des empreintes de pieds peintes sur les murs de grottes font référence à la force de guérison et la guidance de la Déesse pendant que les mains sont les symboles de Ses pouvoirs divins contre le Malin. Les yeux, les spirales et les serpents enroulés représentent la force cosmique qui est la source sans fin de l’énergie. Un X symbolise la mort et la résurrection comme le papillon et le sablier. Les archéologues ont mis en évidence deux types de lieux de culte à travers chaque âge : le permanent et le mobile. Ces derniers ressortirent de l’étude des pratiques religieuses des anciennes cultures. Le premier lieu était un site naturel, tel qu’une grotte spéciale, un bosquet d’arbres, le sommet d’une colline ou un endroit de pouvoir. Ce que nous appellerions un autel était normalement un rocher possédant une forme adéquate naturelle qui indiquait qu’on se trouvait sur un site sacré. Hormis les gravures sur les rochers ou les peintures rupestres sur les murs des grottes, le site sacré n’était en aucun cas transformé.

 

Le second type de lieu de culte indique que les civilisations plus récentes comprirent que chaque endroit pouvait devenir sacré par le seul fait d’y ériger un autel temporaire. L’autel portatif simple, consistant simplement en la présence de la statue de la Grande Déesse, était d’une grande importance depuis que les clans paléolithiques demeuraient à un emplacement pour très longtemps. Ils avaient besoin d’un endroit pour vénérer et célébrer leur magie sympathique alors qu’ils suivaient les traces des troupeaux migrateurs pour leur partie de chasse ludique.

Ces deux sortes de lieux de culte persistent après que les populations commencent leur installation permanente dans les villages. Bien que les peuples se rassemblent dans un seul endroit pour célébrer des cérémonies particulières, ces peuples aiment l’idée de posséder leur propre autel chez eux.  

Les éléments de la Terre, de l’Eau et du Feu étaient très importants pour les premières populations nomades.  Leurs vies dépendaient du feu pour la protection, la chaleur, et la lumière ; ils considéraient que la Terre  fournissait leur source de nourriture, et ils avaient conscience que leur existence dépendait d’une ressource d’eau. Beaucoup plus tard, nos ancêtres ajoutèrent l’élément Air à la liste quand ils réalisèrent que cette  substance invisible était indispensable pour respirer et que le vent apportait tempêtes et pluie. L’Esprit, le traditionnel cinquième élément, a toujours été très important, l’insaisissable pouvoir de l’Esprit liait ce qui est vivant à la mort et tenait la promesse de la résurrection. 

Aujourd’hui, nous rencontrons les mêmes symbolismes dans des lieux de vénération. Quelques religions  possèdent des autels définitifs, alors que d’autres sont devenus des plateformes érigées pour leur ministère et leur choeur. Les religions non-catholiques possèdent toujours des armoires spéciales pour leurs livres saints. Les espaces sacrés sont décorés de fleurs, de bougies, d’images et de statues de déités, de saints ou de gourous. Quelquefois l’eau bénite est conservée à la porte d’entrée et le jus de raisin ou le vin est offert aux participants. Chanter, psalmodier et prier font partie du service habituel. 

Mais que faisons-nous à la maison ou bien dans nos endroits secrets ? Les statues et les saints sont communs dans les ménages catholiques. Une croix est un symbole familier dans d’autres foyers chrétiens. Les maisons non chrétiennes possèdent des statues et des symboles de leurs déités souvent entourées par des fleurs, des  bougies et autres offrandes symboliques. Tous ces croyants créent consciemment des autels, des lieux que nous consacrons pour notre évolution et notre confort spirituels. Ceux qui ne suivent aucune église ou temple organisé ou encore prétendent ne croire en aucun dieu sont encore influencés par l’esprit de l’inconscient collectif pour dresser des autels. Inconsciemment, ils sont sujets à construction de petits et informels autels rassemblant des collections d’objets qui les attirent. Avec quelques idées et un peu d’attention, ces autels peuvent apporter de l’énergie positive dans nos vies. 

images (4)Il est nécessaire que nous comprenions combien l’intention consciente de dresser un autel crée une atmosphère positive et spirituelle qui améliore nos vies quotidiennes. La création d’un autel est un point commun à toutes les cultures et n’a pas nécessairement de relation avec la religion. Agir de la sorte signifie simplement que vous souhaitez vous relier avec la Mère primordiale de l’énergie cosmique qui soutient l’univers entier. Cette connexion peut permettre de manifester certains désirs de notre vie ou simplement pour dire «merci» à la puissance supérieure pour tout ce que vous avez déjà. Un autel peut être permanent, changeant ou temporaire en accord avec vos besoins. La base de votre démarche sera la mise en place de vos autels avec une intention consciente et la compréhension de votre action. Dresser intentionnellement un autel vous aide à vous dépasser quelque soient les tracasseries quotidiennes. Avoir votre autel vous aide à prendre de la hauteur afin de voir votre environnement et ses conditions plus clairement. Il vous aidera à clarifier ce que vous voulez et pourquoi. Bien que vous puissiez choisir les objets de votre autel inconsciemment, sans vraiment comprendre pourquoi vous avez fait ce choix, l’acte de dresser l’autel en conscience vous renseignera sur la manière de vous mettre à l’écoute de votre inconscient et de ses messages. Lorsque vous serez recentrée, l’énergie positive et la joie se déverseront dans votre vie. N’est-ce pas ce que vous désirez réellement ?

 

D.J Conway, A little book of Altar Magic

 

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