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    La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. Pour l'heure, c'est le plus beau pays du Monde, le plus gracieux, le plus spirituel, le plus agréable à vivre. En dépit de ses défauts, le peuple français a des réserves inépuisables de vigueur, d'astuce et de générosité. j'écris cela en toute connaissance de la déprime qui périodiquement enténèbre nos compatriotes. Ils ont une pente à l'autodénigrement, une autre au nihilisme. Je suis français au naturel et j'en tire autant de fierté que de volupté. J'ai pour ce vieux pays l'amour du preux pour sa gente dame, du soudard pour la servante d'auberge, de l'érudit pour ses grimoires, du paysan pour son enclos, du bourgeois pour ses rentes, du croyant des hautes époques pour les reliques de son saint patron... J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au coeur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur...

    Dictionnaire amoureux de la France - Denis Tillinac.

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Jardins Fruitiers de Laquenexy

Posté par francesca7 le 27 juillet 2014

                  

téléchargementEn 2004, lors du centenaire du site, le Département de la Moselle décide de donner un nouvel élan au site désormais baptisé « Jardins Fruitiers de Laquenexy ».

Aujourd’hui, les Jardins Fruitiers de Laquenexy accueillent désormais au sein de leur verger conservatoire une vingtaine de jardins thématiques répondant au nom gourmand du « Jardin des Saveurs », un jardin contemporain au cœur d’un patrimoine arboricole. Le Conseil Général souhaite avec ce projet, promouvoir un important savoir-faire mosellan, arboricole et horticole. Ici, en effet, point de patrimoine architectural à mettre en valeur, point de bâtiment à qui s’associer, mais plutôt un patrimoine arboricole à faire fructifier.

Dès 2008, le label « Jardin Remarquable » décerné par le Ministère de la Culture et de la Communication est venu encourager les efforts entrepris à la création de ces jardins.

Afin de permettre aux visiteurs qui souhaitent poursuivre cette expérience, le restaurant des jardins, La Pomme Bleue, propose une cuisine de saison qui mêle cuisine traditionnelle et modernité. Il a fait son entrée en 2009 dans le guide Michelin, inscription confirmée en 2012.

Tout  commence en 1904 par la culture de la vigne…

A l’aube du XXe siècle, la Moselle est une terre viticole d’importance, le phylloxéra qui a fait son apparition, décime le vignoble. Le gouvernement d’Alsace-Lorraine acquiert 7 hectares à Laquenexy pour y installer un Institut Viticole, destiné à aider les viticulteurs à reconstruire leurs vignobles, en testant des plants américains résistants à la maladie. C’est à Laquenexy que fut entrepris le travail de sélection de l’Auxerrois devenu le cépage traditionnel de la région.

Après la première guerre mondiale, la Direction de l’Agriculture Française reconnaît la nécessité de l’institut. La Station encourage les petits propriétaires. Le Ministère de l’Agriculture n’étant plus en mesure de subvenir aux dépenses, le Département de la Moselle en reprend l’exploitation le 1er septembre 1935.

En 1946, il est décidé de limiter la production des plants de vigne aux besoins du Département. La Station de Laquenexy décide alors de s’orienter vers l’arboriculture fruitière et la fraisiculture. On crée de toutes pièces un verger comportemental comportant 1600 arbres fruitiers et 500 arbustes à petits fruits. Le but est de mettre en valeur des variétés commerciales et les porte-greffes les mieux adaptés aux conditions régionales de sol et de climat.

Dans les années 80, le Département de la Moselle souhaite que le Centre soit le support technique pour la relance de la culture fruitière en Lorraine. Le Centre a pour ambition de devenir « la vitrine de la culture fruitière » régionale face aux pays voisins.

En 1990, le Centre Départemental d’Expérimentation Fruitière de Laquenexy est le premier expérimentateur de la pomme pour le Nord-est de la France et la première station à tester les différentes espèces fruitières, en particulier le mirabellier. En 1996, il se donne pour tâche de soutenir la création de vergers à vocation économique et de promouvoir le patrimoine pomologique en créant un espace fruitier où sont cultivées les espèces traditionnelles. Des vergers de collections sont alors créés. Le centre s’ouvre d’avantage au grand public et aux associations arboricoles de la Moselle afin de développer le patrimoine fruitier par la pédagogie et la vulgarisation.

Après la tempête du 26 décembre 1999, le Département mettra en place un plan afin de permettre de replanter les vergers endommagés avec des espèces traditionnelles. Ce sont ainsi près de 70 000 arbres qui sont offerts.

Publié dans FLORE FRANCAISE, Moselle | Pas de Commentaire »

le père spirituel des moines

Posté par francesca7 le 26 juillet 2014

 

moine-abbec’est l’Abbé : L’abbé étant le père spirituel et matériel des moines. Il a tout loisir de faire appliquer la Règle comme il l’entend. La non-observance de certains principes, les facilités accordées aux moines sur le plan matériel (confort. nourriture) sont ainsi utilisées par les abbés pour faire acte de résistance face à l’autorité du pape. Les papes interviennent avec vigueur pour appliquer la réforme, qui donne naissance à de nouveaux ordres plus stricts comme celui des cisterciens.

L’archevêque de Rouen, Eudes Rigaud, en visite épiscopale au Mont en 1256 et 1263. note l’absence des statuts de Grégoire IX, le pape qui oblige les monastères à se réunir en congrégation au sein d’une province ecclésiastique. Cette marque d’indépendance pourrait être excusée si l’abbaye était bien tenue. Mais l’abbé est accusé d’être d’une brutalité inadmissible avec ses moines et de dilapider les biens de l’abbaye pour marier ses nièces. L infirmier, dit-on, sert «en gras» tous ceux qui se présentent. Et la vie clans les prieurés s’éloigne chaque jour de la Règle: on mange de la viande, on dort dans de molles couches, et des femmes parfois viennent manger au prieuré avec les moines! Les usages de 1258 visant à corriger ces dérives n’empêcheront pas le déclin du monastère. Pendant la guerre de Cent Ans, la nouvelle charge de l’abbé. désigné par le roi comme Capitaine du Mont. introduira encore un peu plus de temporel dans un lieu essentiellement tourné vers l’ascèse et la contemplation.

Le temps liturgique rythme l’année, la semaine, la journée. Sept offices, auxquels viennent s’ajouter les messes solennelles et privées, se succèdent toutes les trois heures, de l’aube au coucher des moines (prime, tierce, sexte. none, vêpres, complies), puis une fois au milieu de la nuit (matines). Un horaire qui sauva la vie des moines quand le mur nord de la nef s’écroula en pleine nuit sur leur dortoir vide. en 1103 ! 

Le temps se mesure à la romaine, selon la position du soleil, les premières horloges n’apparaissant qu’au XVe siècle. Le lever de l’astre marque la première heure, et son coucher la douzième. La durée des heures évolue donc au fil des saisons, l’horaire d’été faisant une place à une sieste réparatrice. Les nuits plus courtes ne laissent en effet pas le temps de se recoucher entre matines et prime à l’aube.

 

 

Publié dans HUMEUR DES ANCETRES | Pas de Commentaire »

Histoire du département du Cher

Posté par francesca7 le 26 juillet 2014

 

(Région Centre)

1300171-CherLe département du Cher a été formé de la plus grande partie de l’ancienne province du Berry ; son histoire est donc celle de cette province, et naturellement elle remonte à celle des Bituriges, qui lui ont donné son nom. Les Bituriges étaient l’une des plus anciennes et des plus puissantes tribus gauloises ; ils habitaient sur les bords du Cher (Carus) et obéissaient s à un roi qui résidait à Avaricum (Bourges).

Au VIIe siècle avant J.-C., à l’époque où Tarquin l’Ancien régnait à Rome, ils avaient la souveraine puissance sur le pays des Celtes. Leur roi Ambigat, vieillard que recommandaient ses vertus et ses richesses, voyant que son peuple était devenu trop considérable, et que le sol, malgré sa fertilité proverbiale, menaçait de devenir insuffisant, engagea Sigovèse et Bellovèse, ses neveux, jeunes guerriers ennemis du repos, à aller chercher un autre séjour dans les contrées que les dieux leur indiqueraient par les augures, leur permettant d’emmener avec eux autant d’hommes qu’ils voudraient, afin que nulle nation ne pût repousser les nouveaux venus. Bellovèse s’établit dans cette partie de l’Italie que les Romains appelèrent dans la suite la Gaule cisalpine, et Sigovèse dans là Norique, pays qui forme aujourd’hui la Bohême et la Bavière. Les Bituriges envoyèrent dans la suite de nouvelles colonies en Italie, et il est probable que leur chant de guerre se fit entendre jusque sur le bords du Tibre, lorsque les Gaulois, conduits par Brennus, vinrent, en 390, brûler Rome naissante.

Quelques siècles plus tard, lorsque César voulut passer dans les Gaules, il prit avec lui des Gaulois cisalpins et les ramena dans leur ancienne patrie. Ces braves soldats l’aidèrent à vaincre Vercingétorix, que le général romain poursuivit à travers le pays des Arvernes, et jusque dans celui des Bituriges, où il forma le siège d’Avaricum. César lui-même, dans le septième livre de ses Commentaires, fait voir par la manière dont il décrit ce siège combien il fut meurtrier. La ville fut enfin prise et ruinée par les Romains. La plupart des Bituriges quittèrent le pays, qui était dévasté, et allèrent. s’établir dans d’autres contrées.

Les traces de la civilisation naissante de ces temps reculés sont très rares aujourd’hui dans la département ; quelques tombelles ou tumuli, aux environs de Bourges, aux lieux dits : la Butte-Barral, la Butte-des-Prés-Fichaux et celle des Vignes-du-Château ; les menhirs ou pierres levées de Graçay, que l’on nomme dans le pays les Pierres folles ; quelques tumuli à Pierrefitte, dont le nom lui-même est l’indice de monuments mégalithiques, tels sont les seuls témoins muets de ces temps éloignés. Les Bituriges avaient vaillamment résisté à l’invasion romaine ; ils succombèrent et restèrent fidèlement soumis à leurs vainqueurs. Sous la domination romaine, leur pays fit partie de l’Aquitaine, et, sous Auguste, leur ville, qui avait été rebâtie et s’était considérablement agrandie, fut la métropole de cette province et servit constamment de résidence au préfet romain ; c’est alors que cette capitale perdit son nom d’Avaricum ; elle obtint le droit de cité, accordé aux villes privilégiées, et fut désignée sous le nom civitas Biturigensium, puis simplement de Bituriges. Lors de la division de l’Aquitaine en trois parties, sous Honorius, le Berry forma la première Aquitaine, et Bourges en fut toujours la capitale. C’est à peu près vers le milieu du IIIe siècle que le christianisme fut prêché dans le pays qui nous occupe ; son premier apôtre fut, dit-on, saint Ursin ; il fut favorablement accueilli par la population, et le sénateur Léocadius lui donna une des salles de son palais pour établir une église.

vue, cathédrale de Bourges de nuitLa période gallo-romaine a laissé quelques traces dans le département du Cher ; la vieille enceinte de Bourges est encore visible, et cette ville dut, ainsi que les grandes cités de l’empire posséder un cirque, des naumachies, des palais et des portes triomphales. Le cirque occupait l’emplacement de l’ancien couvent des Ursulines, et l’on voit encore dans les caves de cet établissement les restes des loges qui renfermaient les animaux féroces. On trouve aux environs de Bourges les ruines d’un aqueduc souterrain qui, probablement, conduisait les eaux de quelque source éloignée à la ville.

A Alichamps, lieu autrefois considérable, où venaient se croiser trois voies romaines, des fouilles ont fait découvrir des inscriptions, des colonnes miliaires, des vases, etc. A Drevant, sur le Cher, on montre l’emplacement d’un théâtre : on y a trouvé, en outre, des fragments de statues, des tombeaux, des pierres sculptées, des chambres pavées ou revêtues de marbre. A Alléan, près de Bau-, on voit encore les vestiges d’un camp ; à Maubranches, à Soye, à Celle-sur-Cher, on a trouvé des inscriptions, des poteries. Mais nous nous garderons bien d’attribuer à Vercingétorix les restes d’un vieux camp que l’on rencontre entre Maubranches et Nohant ; l’antiquaire doit être très sobre de ces pompeuses attributions, basées sur des témoignages trop légers, et dont la fragilité n’a servi que trop souvent à battre en brèche la science qu’il chérit.

Lors de la chute de l’empire romain et de l’invasion des barbares, les plaines de la fertile et plantureuse Aquitaine tombèrent au pouvoir des Wisigoths ;. Euric, leur roi, en rit la conquête vers l’an 475 ; ce ne fut pas sans résistance de la part des Bituriges, car il n’entra. dans leur capitale qu’après avoir échoué dans un premier siège. Mais les Wisigoths se rendirent bientôt odieux aux populations chrétiennes de la première Aquitaine par les persécutions de toute nature qu’ils leur firent endurer ; ils étaient ariens, c’est-à-dire qu’ils niaient la divinité de Jésus-Christ ; ils dévastèrent donc les églises et les monastères, en haine des chrétiens.

Aussi, lorsque Clovis eut, en 511, battu et tué Alaric Il, fils d’Euric, à la bataille de Vouillé, les évêques des villes d’Aquitaine ouvrirent-ils avec empressement les portes de leurs cités à ce prince, qui venait de reconnaître le Dieu de Clotilde et d’être baptisé par l’archevêque de Reims saint Remi. Dans les partages que firent entre eux les descendants de Clovis, le pays qui nous occupe fit toujours partie du royaume d’Orléans, et il fut gouverné par un comte qui résidait à Bourges. Les ducs d’Aquitaine s’en emparèrent vers la fin de la première race ; mais ils en furent chassés par Charles Martel . Bourges s’étant de nouveau déclarée pour les Aquitains et leur duc Waïfre, qui lui avait donné Cunibert pour comte, Pépin accourut et, après un siège de peu de durée, s’empara de la ville, la ruina et jeta Cunibert dans un cloître. Charlemagne établit dans le Berry des gouverneurs ou comtes, qui, dans la suite, rendirent leur gouvernement héréditaire, comme la plupart de ceux des autres grandes villes.

Le premier de ces comtes de Berry ou de Bourges fut Humbert, nommé en 778. Depuis cette époque jusqu’en 926, on en compte dix-huit, parmi lesquels on cite Gérard, qui régnait dès l’an 838. Dépouillé de son comté par Charles le Chauve en 867, il fut momentanément remplacé par Egfried ; mais ses hommes mirent le feu à la maison où était le nouveau comte, lui coupèrent la tète et jetèrent son corps dans les flammes. Gérard rentra ainsi en possession de son comté, malgré la volonté royale, frappée alors d’impuissance par la turbulence des comtes et les invasions incessantes des Normands. Il était encore comte de Bourges en 872, époque à laquelle il fut remplacé dans sa dignité par le duc Boson, beau-frère de Charles le Chauve et grand chambellan de Louis le Bègue, roi d’Aquitaine.

Louis le Bègue ayant succédé à son père, Charles le Chauve, au trône de France, Boson crut le moment favorable pour se déclarer indépendant ; mais il fut renversé, en 878, par Bernard Ier marquis de Septimanie. Celui-ci, parent de cet Egrried tué par Gérard en 867, réclama son héritage ; il fut appuyé par le comte du Maine et Gozlin, évêque de Paris, son oncle, et parvint à s’emparer du comté de Bourges. Mais bientôt il en chassa l’évêque Frotaire, s’empara des biens de l’Église et exigea des habitants un serment de fidélité contraire à celui qu’il devait lui-même au roi ; aussi fut-il excommunié par le concile de Troyes et attaqué, en 879, par une armée que Louis le Bègue avait donnée à Boson, son oncle, rentré en grâce auprès de lui. Boson, maître de Bourges, le fut bientôt de tout le pays. Dans la suite, il fit la paix avec Bernard et lui donna un fief.

A sa mort, arrivée en 886, il eut pour successeur Guillaume Ier le pieux qui était déjà comte d’Auvergne. Guillaume II, qui succéda à ce dernier, fut souvent en guerre avec la roi Raoul ; ce dernier lui enleva même son comté et le lui rendit en 927, après l’avoir forcé à lui rendre hommage. Après la mort de Guillaume Il, arrivée en 926, .le roi Raoul supprima le titre de comte de Berry, donna la propriété de Bourges au vicomte de cette ville et décida qu’à l’avenir ce vicomte, le seigneur de Bourbon, le prince de Déols et les autres barons du Berry relèveraient immédiatement de la couronne.

Geoffroy, dit Papabas, que quelques historiens font fils de Guillaume II, fut le premier vicomte de Bourges. C’est pendant son gouvernement que la France fut envahie et dévastée par les Hongrois, dont les contemporains nous ont fait un portrait si effroyable que le souvenir s’en est conservé dans la tradition de l’Ogre, terreur de notre enfance. Geoffroy eut trois successeurs du même nom que lui : Geoffroy II, dit Bosebebas ; Geoffroy III, le Noble ; Geoffroy IV, le Meschin ; tous prirent part aux grands événements qui signalèrent l’enfantement de la monarchie capétienne.

Étienne, fils de Geoffroy IV, était vicomte de Bourges en 1061 et mourut sans postérité. Eudes Herpin ou Arpin lui succéda dans la vicomté de Bourges ; il avait épousé Mahaud de Sully, fille et héritière d’Étienne ; d’ailleurs, il prétendait lui-même descendre de Guillaume Ier, le Pieux. Ce sixième et dernier vicomte de Bourges vivait en 1090, lors de la ferveur des premières croisades. En 1101, se disposant à partir pour la terre sainte avec le duc d’Aquitaine, il vendit au roi Philippe Ier sa vicomté pour soixante mille sous d’or. Il se distingua pendant la croisade, fut pris à la bataille de Rama, le 27 mai 1102, et eut beaucoup de peine à se racheter. Enfin il revint en France et se fit moine dans la célèbre abbaye de Cluny, fondée par Guillaume Ier environ 180 ans auparavant ; il n’y mourut qu’en 1109 et y fut enterré. Le Berry fut la première province réunie au domaine de la couronne.

A l’époque où la vicomté de Bourges rentrait ainsi au domaine royal, sa juridiction ne s’étendait pas sur tout le Berry ; les possesseurs des grands fiefs du pays s’étaient rendus indépendants, et l’on avait vu s’élever les seigneurs de Sancerre, de Montfaucon, de Charenton, de Germigny, de Vierzon, de Mehun, etc. Les maîtres de ces fiefs, suzerains eux mêmes d’un grand nombre de vassaux, couvrirent le pays d’un réseau de forteresses, destinées à la fois à protéger les campagnes et à les maintenir dans l’obéissance. Les rois, devenus maîtres du Berry, durent forcer ces fiers barons à rentrer dans le devoir et à leur prêter hommage.

En 1140, le diocèse de Bourges fut violemment troublé à la mort de l’archevêque Albéric. Dès le temps de Charlemagne, les évêques de Bourges avaient pris le titre d’archevêques et de primats d’Aquitaine, ce qui leur donnait des droits sur les quatre archevêchés de Bordeaux, d’Auch, de Narbonne et de Toulouse. Les chanoines du grand chapitre, dont l’institution remontait à Charlemagne, ayant demandé au roi la permission d’élire un nouvel archevêque, celui-ci les y autorisa, à condition qu’ils ne nommeraient pas Pierre de La Châtre, neveu du chancelier de l’Église romaine ; mais le pape Innocent II investit lui-même ce prélat du pallium, prétendant qu’il fallait « accoutumer ce jeune homme (le roi de France) à ne pas prendre la licence de se mêler ainsi des choses de l’Église. »

images (19)Louis VII, furieux, jura que, tant qu’il porterait la couronne, Pierre ne posséderait l’église de Bourges ni autre en son royaume. Il ordonna la confiscation du temporel de l’archevêché et mit garnison dans le château de Saint-Palais et dans plusieurs autres places. Pierre de La Châtre, à son retour de Rome, se vit donc refuser l’entrée de Bourges par les gens du roi et fut obligé de se retirer sur les terres que possédait en Berry le vieux comte de Champagne Thibaut, grand ami du clergé et brouillé alors avec le roi. Le pape, de son côté, fulmina une bulle contre Louis le Jeune et mit en interdit tous les lieux habités par ce prince, qui, de même que son aïeul Philippe Ier, ne put, trois ans durant, mettre le pied dans une ville ou dans une bourgade sans que le service divin y fût à l’instant suspendu.

Louis VII, pour se venger, dévasta la Champagne, prit d’assaut la forte place de Vitry et l’incendia ; plus de treize cents personnes qui s’étaient retirées dans la principale église périrent alors dans les flammes. Cependant, après trois ans de résistance, le roi se soumit et rétablit lui-même Pierre de La Châtre dans son siège. Depuis ce temps, ils vécurent en bonne intelligence, et le roi abolit même en sa faveur une coutume des temps barbares, qui permettait de piller la maison de l’archevêque après sa mort et d’en emporter les meubles. Les guerres suscitées entre Louis VII et Henri Il d’Angleterre, à la suite de la répudiation d’Éléonore de Guyenne, eurent des suites sanglantes pour les pays du Cher, qui alors limitaient les possessions françaises et anglaises. Les citadelles furent souvent prises et reprises, les villes et les villages livrés aux flammes, les campagnes ravagées. Des bandes de pillards, connues sous les noms de cottereaux, routiers, brabançons, parcouraient le pays, dévastant et tuant sans pitié. Les seigneurs du Berry, effrayés, prirent les armes pour les repousser et les mirent complètement en déroute près de Dun-le-Roi, en juillet 1183. Au XIVe siècle, les combats recommencèrent avec les Anglais. Le Prince Noir, fils d’Édouard III, ’traversa le Berry, brûla les faubourgs de Bourges. Mais le duc Jean, dont nous allons parler, aidé par le comte de Sancerre et Du Guesclin, les chassa du pays.

Le Berry, rentré sous le gouvernement royal, demeura pour toujours partie intégrante de la France ; les rois le firent administrer par des baillis, des prévôts et des gouverneurs ; Bourges conserva cependant quelques privilèges de son ancienne juridiction municipale jusqu’en 1474, époque à laquelle le Berry fut assigné comme apanage par le roi Jean à son troisième fils, Jean, après avoir été érigé en duché-pairie. Il y eut alors à Bourges deux juridictions : celle du duc, qui était exercée par son sénéchal et ses autres officiers, et celle du roi, qui était représentée par le bailli de Saint-Pierre-le-Moutiers, qualifié juge des exemptions du Berry, et qui siégeait pour cela à Sancoins. Les causes d’exemption concernaient les cas royaux et les procès des principales églises et monastères du diocèse de Bourges.

Jean Ier, duc de Berry, était né en 1340. Ce jeune prince s’était trouvé à la désastreuse bataille de .Poitiers, n’y avait pas été fait prisonnier, mais avait été donné en otage pour son père. Il resta neuf ans en Angleterre et n’en revint qu’en 1365, après la mort du roi Jean. Pendant tout le cours du règne de Charles V, son frère, il combattit les Anglais en Guyenne comme lieutenant du brave Du Guesclin. Sous Charles VI, il fut gouverneur du Languedoc, et il exerça de grandes vexations dans cette province et dans quelques autres qui n’étaient pas de son apanage ; mais il ménagea toujours le Berry comme son patrimoine et y rit même beaucoup de bien en le dotant de grands établissements et de bâtiments considérables. C’est à lui que la ville de Bourges fut redevable d’une Sainte-Chapelle, bâtie, dit-on, sur le modèle de celle de Paris, et d’un palais magnifique dont il ne reste plus de, traces. Pendant les premiers accès de la terrible maladie de Charles VI, son neveu, il gouverna absolument le royaume.

Lorsque la funeste rivalité des Armagnacs et des Bourguignons eut éclaté au commencement du XVe siècle, le haut Berry, qui compose le département du Cher, fut le théâtre de grands événements. Jean, duc de Berry, alors fort âgé, ayant pris parti pour le duc d’Orléans, concentra à Bourges toutes ses forces militaires, et tint garnison dans toutes les places fortes du pays. Alors Jean sans Peur, duc de Bourgogne, sous prétexte de faire respecter l’autorité royale, amena l’infortuné Charles VI à la tête d’une armée considérable pour soumettre le duché.

Après avoir pris les villes de Montfaucon et de Dun-le-Roi, les châteaux de Beaugy, de Fontenay et plusieurs autres, il arriva devant Bourges en juin 1412 et en fit le siège, qui dura jusqu’au mois d’octobre suivant. Alors les deux partis s’accordèrent, au grand déplaisir des Anglais, qui comptaient profiter de cette triste rivalité pour s’emparer de la province. Le duc Jean étant mort sans enfants mâles en 1416, le Berry retourna à la couronne, mais non pour longtemps ; Charles VI le donna d’abord au troisième de ses fils et ensuite au quatrième, qui fut depuis le roi Charles VII. Ce prince fit de Bourges son séjour ordinaire et conserva même, étant dauphin, le Berry, qui fut son asile et le centre de ses possessions. A la mort de son père, en 1422, le roi de Bourges, comme l’appelaient par dérision les Anglais, se mit en devoir de recouvrer l’héritage de ses aïeux. Les barons du Berry demeurèrent, en cette occasion, loyalement dans son parti et contribuèrent puissamment au rétablissement de son autorité.

Charles VII affectionna toujours le Berry et y mourut en 1461, au château de Mehun-sur-Yèvre, sa résidence favorite, des soucis que lui causait la mauvaise conduite de son fils, le dauphin Louis. L’année même de sa mort, il l’avait donné le Berry en apanage à son second fils Charles. Ce prince, qui, à l’avènement de Louis XI, avait à peine seize ans, était d’une grande faiblesse de caractère ; il s’ennuyait à la cour de son frère, sérieuse et économe, de laquelle avaient disparu les somptueux banquets, les bals et les tournois qui, au temps du roi Charles VII, répandaient la richesse et la joie dans les campagnes du Berry ; il se laissa entraîner dans la révolte que les princes et seigneurs ourdirent contre Louis XI, sous prétexte du bien public.

Louis déploya beaucoup d’activité dans ce moment critique et vint lui-même en Berry à la tète d’une vingtaine de mille hommes ; il soumit successivement les villes et les châteaux du pays, mais il échoua devant Bourges et ne put s’emparer de la Grosse-Tour. On sait comment se termina cette ligue du Bien publie les traités de Saint-Maur et Conflans, qui, en 1465, suivirent la bataille de Montlhéry, satisfirent momentanément l’ambition et la rapacité des seigneurs. Charles reçut un autre apanage, et le Berry rentra encore une fois aux mains de la royauté, à laquelle il fut fidèle. Louis XI constitua cependant cette province tour à tour en apanage pour François son troisième fils, qui mourut jeune, et pour sa seconde fille, Jeanne, qu’il avait mariée à Louis d’Orléans. Lorsque ce dernier parvint à la couronne sous le nom de Louis XII, en 1498, il répudia Jeanne et dut lui restituer son domaine du Berry, où elle se retira, pratiquant les bonnes œuvres et répandant autour d’elle les bienfaits de la charité la plus sincère ; elle mourut en 1504, après avoir fondé l’ordre des religieuses Annonciades. Elle fut dans la suite béatifiée sous le nom de sainte Jeanne de Valois. Elle était petite, contrefaite, niais d’une grande douceur de caractère et d’une éducation aussi solide que variée.

Après la mort de cette princesse, le duché de Berry étant encore retourné à la couronne, le roi François Ier en donna l’usufruit, l’an 1527, à sa soeur Marguerite de Valois, épouse de Philibert-Emmanuel de Savoie, et qui mourut en 1574. Cette femme célèbre, l’un des plus beaux esprits de son siècle, et que son frère chérissait et qualifiait de Marguerite des Marguerites, fut la protectrice de Calvin, qui étudiait alors dans la célèbre université que le saint roi Louis IX avait créée à Bourges. A l’aide de la faveur dont il jouissait, il essaya, avec succès, de répandre ses idées réformatrices dans le village d’Asnières et dans la petite ville de Lignières ; enhardi bientôt par le succès, il s’avança jusqu’à Sancerre et essaya de gagner à la cause dont il se faisait l’apôtre les habitants de cette importante cité ; cette fois, le clergé s’émut, de vives remontrances furent faites aux magistrats, et bientôt il fallut que Calvin quittât la province ; il laissait derrière lui des germes nombreux de sa doctrine.

Ce ne fut qu’en 1561 que, pour la première fois, un prêche fut ouvert à Bourges ; les protestants n’y étaient pas encore les plus forts ; en mai 1561, lorsque le massacre de Vassy eut donné le funèbre signal de ces guerres civiles, dites de religion, les calvinistes, réunis en nombre dans les villes voisines, marchèrent sur Bourges, sous la conduite du comte de Montgomery s’emparèrent de la ville et la saccagèrent. Alors furent commises bien des profanations sacrilèges ; les églises et les monastères furent pillés, on dispersa les prêtres et les moines, et, lorsque les victimes humaines vinrent à manquer, les fanatiques s’en prirent aux tombeaux : les cendres de saint Ursin, l’apôtre du Berry, furent jetées au vent, ainsi que celles de sainte Jeanne de France.

Maîtres de Bourges, les calvinistes se répandirent dans les campagnes, ravageant les prieurés et les monastères, pillant les églises et incendiant les châteaux de la noblesse catholique. Il fallut que le duc de Guise en personne et le maréchal de Saint-André accourussent protéger le haut Berry. Bourges fut assiégée, tint quinze jours et se rendit. Rappelé sur les bords de la Loire, le duc de Guise abandonna le pays, et bientôt la guerre civile recommença avec toutes ses misères et ses excès.

images (20)Le Berry et plus particulièrement les pays qui composent le département du Cher se partagèrent en deux camps : Bourges fut le centre des catholiques, Sancerre devint la principale place d’armes des protestants. Cette guerre impie dura pendant les règnes de Charles IX et de Henri III (de 1560 à 1589). La Saint-Barthélemy eut, en août 1572, un funeste retentissement à Bourges ; malgré les efforts des catholiques les plus modérés, de grands massacres eurent lieu ; mais, proportion gardée, ils ne furent pas aussi multipliés que ceux qui avaient ensanglanté Paris. Quelques victimes purent s’échapper ; entre autres les jurisconsultes Hugues Doneau et François Hotman, qui parvinrent à gagner Genève.

Dès l’an 1568, et à l’imitation de la ville de Péronne et des autres villes du nord de la France, une ligue catholique s’était formée à Bourges pour défendre la religion catholique ; l’archevêque en fut le chef. Dès que la but de cette association fui connu, de toutes parts les communes et les bourgs du Berry voulurent s’y associer ; cependant quelques-uns restèrent fidèles aux prêches calvinistes ; d’autres furent tenus dans l’indécision par la conduite irrésolue et cauteleuse de Henri III. Mais lorsque ce malheureux prince fut tombé, en 1589, sous le couteau de Jacques Clément, le Berry se partagea en deux camps bien distincts : le sire de La Châtre, gouverneur de la province, tint pour la Ligue, ainsi que les villes de Bourges, de Dun-le-Roi, de Mehun-sur-Yèvre et de Vierzon ; tandis que le comte de La Grange-Montigny, les seigneurs de Gamaches, d’Arquian, de Marcilly et autres prirent le parti de Henri IV, ainsi que les villes de Sancerre et d’Issoudun, où ils se fortifièrent.

Pendant cinq années, le pays fut complètement ravagé ; les barons assouvirent les uns contre les autres leurs haines réciproques, détruisant les récoltes des fiefs de leurs rivaux, brûlaient les villages et ruinant les châteaux. C’est surtout de cette époque que date la destruction des forteresses féodales dont les ruines couronnent d’une manière si pittoresque les coltines, ou qui se cachent au fond des plaines, mirant leurs débris moussus et couverts de lierre dans les eaux qui jadis en défendaient les approches. Le jeune duc de Guise, fils du Balafré, vint en 1591 chercher un asile dans le Berry, après s’être échappé de prison ; le baron de La Châtre le reçut magnifiquement, et sa présence, qui dura plus d’un mois, servit à fortifier son parti.

Cependant l’archevêque Regnault, que l’on avait forcé de jurer fidélité à la Ligue, était parvenu à s’évader ; il rejoignit Henri IV, lui fit sa soumission, et ses sages conseils contribuèrent puissamment à faire rentrer le roi dans le giron de l’Église catholique. Ce fut entre ses mains qu’en 1594 Henri IV fit son abjuration à Saint-Denis. Cet événement dut nécessairement modifier la position des partis dans les pays qui composent le département du Cher, et la plupart des barons se soumirent individuellement à Henri IV. Le sire de La Châtre, qui était à la fois gouverneur de Bourges et d’Orléans pour la Ligue, traita avec le roi et lui remit les clefs de ces villes, moyennant huit cent quatre-vingt-dix-huit mille neuf cents livres.

Sous la sage administration de ce prince, le Berry jouit d’un repos dont il avait bien besoin. Henri IV affecta les revenus de cette province à l’entretien de Louise de Lorraine, veuve de Henri III. A la mort de cette princesse, en 1601, le Berry fit de nouveau retour à la couronne, et le roi en donna le gouvernement à Henri de Bourbon, prince de Condé. Le sage et intègre Sully contribua, à cette époque, à cicatriser les plaies de la guerre civile dans ce beau pays ; il y possédait les terres de Mont-Rond, de Montfaucon et d’Henrichemont ; il fit accorder quelques indemnités à ceux des habitants des campagnes qui avaient le plus souffert.

Les troubles de la minorité de Louis XIII devaient replonger le Berry dans l’anarchie. La reine mère, Marie de Médicis, avant fait arrêter Condé au Louvre, une certaine agitation se manifesta dans la province où ce prince était fort aimé. Le sire de La Grange-Montigny, le vieux capitaine ligueur, que l’on venait de récompenser en lui donnant le bâton de maréchal, fut chargé de reprendre successivement, à la tête d’une armée royale, les places qui tenaient pour le prince ; il en vint à bout presque sans coup férir ; cependant la Grosse-Tour de Bourges, qui avait bonne garnison dévouée au prince de Condé, résista d’abord ; mais ce fut en vain ; le Berry resta définitivement dans l’obéissance royale.

Après quelques années d’une prospérité que rien ne vint troubler, sous la sévère administration de Richelieu, ce pays vit, sous la Fronde, se renouveler ces cruelles alternatives de misère et de désolation que la guerre civile faisait peser sur lui. Le grand Condé, ancien élève du collège de Bourges, avait succédé à son père dans le gouvernement du Berry ; il devint suspect à la reine mère Anne d’Autriche, et à Mazarin, qui, au nom de Louis XIV, enfant, régnait sur la France ; il fallut l’arrêter. Les troupes royales entrèrent à cette occasion dans la province, pour y tenir en respect la noblesse, à cause de son attachement à la maison de Bourbon. Il se forma alors deux partis qui se tinrent en échec dans le pays. Le prince de Condé, à sa sortie de prison, chercha à ressaisir son gouvernement ; il leva des troupes dans quelques cantons du Berry ; n’ayant pu détacher Bourges du parti du roi, il établit ses ligues depuis le château de Mont-Rond, dont il avait fait sa place d’armes, jusqu’à Sancerre. La guerre, qui du reste ne se fit que par surprises et escarmouches, ne dura que quelques mois ; force resta à l’autorité royale.

C’est alors que furent détruites les forteresses féodales qui étaient restées debout après les guerres de religion ; les châteaux de Mont-Rond, de Beaugy furent démantelés ; la Grosse-Tour de Bourges, l’orgueil de celte vieille cité, fut rasée et ses matériaux employés à la construction d’un hôpital Sous l’administration éclairée de Colbert, les campagnes du Cher redevinrent calmes et prospères mais les habitants eurent plus d’une fois à gémir des taxes et des impôts extraordinaires que nécessitaient les grandes guerres de Louis XIV.

Colbert avait acquis dans le pays les terres de Lignières, de Bois-sire-Aimé et de Châteauneuf. Louis XIV et les rois qui lui succédèrent donnèrent plusieurs fois le Berry en apanage à des princes de la famille royale ; mais cette province n’eut aucun rapport avec ces différents princes apanagistes, qui n’en portèrent que le nom ; elle fat administrée jusqu’en 1789 par des gouverneurs royaux. Bien qu’ils changeassent trop souvent pour le bonheur et la tranquillité des campagnes, cependant rien d’important ne signala leur administration. Louis XVI, qui méditait d’utiles réformes, choisit, en 1778, cette paisible province pour y faire l’essai d’une administration provinciale, qui fut appliquée en grand à toutes les provinces de la France en 1787. La direction des affaires de la contrée fut confiée à une assemblée provinciale, composée de quarante huit membres, douze de la noblesse, douze du clergé et vingt-quatre du tiers état. Sous cette administration d’essai, d’utiles réformes, que la marche des idées avait rendues nécessaires, furent entreprises. En 1790, un nouveau changement eut lieu, et les administrations provinciales furent remplacées par les administrations départementales.

Le département du Cher fut alors formé du haut Berry (690 410 hectares) et de quelques portions du Bourbonnais (29 333 hectares). Pendant la Révolution, il fut entraîné dans le mouvement général ; cependant les anciennes populations du Berry, fidèles et religieuses, ne se laissèrent pas gagner aux excès qui signalèrent cette époque de notre histoire ; il y eut bien, en 1196, une tentative de chouannerie ; Phélippeaux et quelques royalistes cherchèrent à soulever les départements du Centre, la Loiret, l’Indre, la Nièvre et le Cher ; mais le Directoire envoya sur les lieux les généraux Desanfants et Chezin, (lui eurent bientôt rétabli la tranquillité. Avec elle, le département du Cher vit, pendant le Consulat et l’Empire, son antique prospérité renaître ; quelques grands travaux d’utilité publique furent entrepris, et pour la première fois des voies de communication s’ouvrirent au centre de ces contrées, que quelque temps auparavant Mirabeau avait qualifiées de Sibérie de la France.

A la suite des désastres de 1814 et de 1815, les armées étrangères pénètrent en France ; le département du Cher fut préservé des maux de l’invasion par sa position centrale. C’est sur son territoire que furent licenciés en partie les débris de cette armée héroïque qui avait parcouru l’Europe avec ses aigles victorieuses. Le département du Cher n’eut heureusement pas à souffrir de la guerre de 1870-1871 ses forges, ses fonderies contribuèrent pour une large part à la défense nationale, et les mobiles du Cher se signalèrent par leur bravoure au combat de Toury et à la défense de Paris.

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Chapelle de Saint-Lubin-de-l’Epine

Posté par francesca7 le 26 juillet 2014

à Louviers (Eure) : entre
légende et pèlerinage

 

image00850A l’orée de la forêt de Louviers, frileusement blottie dans un pli de terrain, s’élève la ferme de Saint-Lubin. L’attention du voyageur n’est pas sollicitée par l’aspect extérieur des constructions, quoique les murs de l’enclos soient solidement construits et que les bâtiments aux charpentes apparentes, aux toits couverts de tuiles, diffèrent des métairies normandes. Là, cependant, existait avant la Révolution le prieuré de Saint-Lubin-de-l’Epine ou de l’Epinay, fondé dans le courant du XIIe siècle, comme dépendance du prieuré de Lierru, par Raoul de Tancarville, gui donna au célèbre Guillaume d’Evreux, son ami, une portion des landes qui avoisinaient la forêt de Louviers pour y fonder une maison de son ordre.

Les bâtiments du monastère sont transformés en granges, et la chapelle, elle-même, n’est plus qu’un vaste grenier où s’entassent les récoltes du fermier. Il méritait cependant une destination moins vulgaire le petit sanctuaire de Saint-Lubin que des mains pieuses ont élevé, restauré, agrandi jusqu’à tracer sur le sol un plan cruciforme. Le portail a été élevé dans les premières années du XVIe siècle et le chevet ou chœur a été édifié à la même époque par Jean de Challenge, prieur de Lierru. Le XVIIe siècle a ajouté deux ailes à la partie centrale et primitive (XIIe siècle) et complété la symétrie du plan.

Une forte épine blanche ombrage de ses rameaux le portail qui disparaît sous cette végétation luxuriante. C’est l’arbre vénéré de Saint-Lubin. Une petite porte tracée en anse de panier donne accès dans le sanctuaire. L’ornementation en est sobre : on n’y voit ni choux, ni crochets ; seule, une large gorge dans laquelle courre une branche de feuillage et de fruits encadre l’ouverture. Au-dessus, une baie à meneaux flamboyants troue le tympan et éclaire l’édicule qui ne reçoit plus de lumière que des fenêtres du chevet, découpées en lobes cordiformes. A l’intérieur, le polygone du chevet est fortement accusé par les nervures prismatiques des voûtes descendant d’une clef sculptée aux armes des Challenge dont l’écu décore également les supports des statues de la Sainte Vierge et de saint Lubin. Un autel rustique formé d’une table de pierre soutenue par deux colonnettes à facettes, à arêtes hélicoïdales, est le seul mobilier que la tourmente révolutionnaire ait respecté. Les statues de saint Laurent et de saint Gordon, enlevées à la décoration des chapelles du transept y sont déposées ainsi que le reliquaire de saint Lubin. Buste moderne, d’une polychromie barbare et d’une conception bizarre, car pour l’affecter à l’usage de reliquaire, un trou ovoïde a été ouvert au sommet du frontal et la cavité a été recouverte d’un verre qui laisse voir un fragment d’os incinéré.

Tous les hagiographes font naître Lubin ou Léobin (Leobinus) au diocèse de Poitiers sous le règne de Clovis (2e moitié du Ve siècle). Ils montrent le jeune pâtre dévoré du désir de s’instruire faisant écrire, par un moine, les lettres de l’alphabet sur sa ceinture, afin de pouvoir apprendre à lire en gardant ses troupeaux. L’amour de l’étude fit bientôt admettre Lubin dans le monastère de Nouaillé qu’il quitta pour se rendre au couvent de l’île Barbe, près de Lyon. Cette abbaye ayant été envahie par les fils de Clovis, conquérants de la Bourgogne, Lubin resta seul dans l’île. Les barbares voulurent qu’il leur révélât la cachette des trésors de la communauté, mais Lubin s’y étant refusé fut mis à la torture et laissé pour mort.

Miraculeusement rendu à la santé, Lubin vint se placer sous la discipline de saint Avit, et, à la mort de ce saint, choisit un ermitage, à la solitude de la charbonnière, dans la forêt de Montmirail. Sa réputation de sainteté s’étendit aux alentours ; ses prières arrêtèrent un ouragan qui désolait la campagne et éteignirent un incendie qui détruisait la forêt. Les auteurs de la Vie des Saints attribuent encore à saint Lubin d’autres miracles, parmi lesquels l’extinction de l’incendie d’une forêt dans les environs de Paris, la résurrection d’une jeune fille de Châteaudun et la guérison de saint Calétic qui devait lui succéder à l’évêché de Chartres. Car saint Lubin, après avoir été quelques années abbé de Brou, se rendit à Arles avec saint Aubin pour visiter saint Césaire et fut, à son retour, élu évêque de Chartres, l’an 544. Il mourut en 557, après avoir assisté à plusieurs conciles.

Ce que n’ont écrit ni le Père Géry, ni Godescart, ni Henry de Riencey dans la Vie des Saints, c’est la légende, toute locale, que racontent les paysans des environs de Louviers, et qui affirme que saint Lubin vivait dans un ermitage de la forêt. Un jour il se rendit au marché de la ville pour acheter du poisson, le seul mets qu’il ajoutait aux racines dont se composaient ses repas. A son retour, étant très fatigué, il s’endormit au pied d’une épine et son sommeil dura sept années. Lorsqu’il se réveilla, il trouva les poissons contenus dans son panier aussi frais qu’ils étaient avant son sommeil. C’est en mémoire de ce miracle et pour en louer Dieu que saint Lubin aurait fondé la petite communauté de l’Epine dont la chapelle jouirait depuis lors d’une grande vénération.

Jadis on venait de fort loin en pèlerinage au modeste sanctuaire. Un saint qui, pendant sept années, avait dormi sur la terre à la face des étoiles, sans être atteint ni de douleurs ni de rhumatismes, devait bien guérir les mortels qui en étaient affligés ?… Mais saint Lubin n’est pas seulement un guérisseur de sciatiques et le pèlerinage qui a lieu, chaque année, à son ermitage contient bien d’autres enseignements. C’est au mois de mars que s’accomplit cette dévotion, lorsque le soleil fait monter la sève et gonfler les bourgeons aux branches des arbres et que les brises tièdes, chassant les frimas, ramènent les chants d’oiseaux et les nids dans les buissons. Tout Louviers se rend à Saint-Lubin.

C’est la première assemblée de l’année, aussi des environs sont accourus de nombreux pèlerins. La route dont les lacets se déroulent au flanc du coteau est des plus pittoresques. Les promeneurs s’arrêtent et stationnent pour jouir du magnifique panorama de la vallée de l’Eure. Les vieillards plaisantent et se gaudissent devant les boutiques où se débitent des figues et des raisins secs, tandis que les jeunes gens aguichent les jeunes filles, flirtent et essaient de se faire accepter pour danser, toute la saison, aux assemblées des villages voisins. Les couples arrivent ainsi en discutant les clauses d’un doux contrat d’amour à la ferme de Saint-Lubin. Pour cette cérémonie, les gerbes qui encombraient la chapelle ont été transportées dans les celliers voisins. Les fourrages, les pailles ont été entassés dans les greniers. Les murs jadis ornés de peintures, et aujourd’hui couverts de moisissures, disparaissent sous les branchages des sapins fauchés dans la forêt. La foule des pèlerins peut accomplir ses dévotions jusqu’au moment où un orchestre champêtre fera entendre les premières mesures de danses lancées par des instruments disparates.

60b-2Pour trouver le sens caché de la légende de saint Lubin, constatons tout d’abord, d’après les fouilles faites par l’abbé Cochet en 1870 et les explorations archéologiques menées avec méthode à la fin du XIXe siècle dans les forêts de Bord et de Louviers, que le vaste plateau de Tostes, dont les pentes boisées se mirent dans la Seine ou descendent jusqu’aux rivières de l’Eure et de l’Iton, était couvert de constructions romaines. Les conquérants des Gaules avaient établi sur ce point d’importantes factoreries et leurs villas incendiées, lors des invasions du Ve siècle, ont été restaurées et habitées par les Francs, contemporains du moine Lubin.

N’est-il pas admissible que cet ermite qui, pendant sa vie, jouissait déjà d’une grande réputation de sainteté, n’ait vu sa mémoire vénérée tout d’abord aux confins d’une forêt au centre de laquelle venaient de s’établir les envahisseurs nouvellement convertis au christianisme ? Son nom même a remplacé celui de divinités du paganisme car il se trouve dans la chapelle de l’Epine une statue d’évêque – celle de saint Lubin sans nul doute – taillée dans une branche d’arbre. L’icône apparaît ainsi que l’amadryade antique. La tête mitrée et les mains soutenant la dalmatique ont été taillées par le ciseau du sculpteur tandis que les autres parties de l’image se perdent et se fondent dans l’écorce rugueuse de l’arbre qui a été conservée.

La légende qui fait dormir le saint pendant sept années à l’abri d’une aubépine, cet arbrisseau dont les blanches fleurs ouvrent leurs corolles aux premiers sourires du printemps ; la fête qui se célèbre lorsque le clair soleil caresse la terre et que les prés se constellent de primevères et de pâquerettes sont les symboles de la résurrection et du réveil de la nature. N’est-ce pas là le secret des mystères qui se célébraient, dans les nuits d’Eleusis, à la lueur des torches, par tout ce peuple de laboureurs et de bergers, fils pieux de la Grèce ?

La dévotion à saint Lubin a substitué les pratiques chrétiennes au culte des faux dieux. La primitive chapelle élevée par les Francs sur l’emplacement du sacellum antique a été pillée et brûlée par les Normands. Leurs hordes saccagèrent tout le pays compris entre Pont-de-l’Arche et Chartres, et c’est après la conversion au christianisme des pirates du Nord, et leur installation définitive en Neustrie, que la mémoire de saint Lubin, toujours vénérée par les populations de la vallée de l’Eure, fut de nouveau honorée dans le sanctuaire construit par Guillaume d’Evreux dans les landes voisines de Louviers. Telle paraît être la vérité tirée de la légende de saint Lubin.

 

(D’après « La Normandie littéraire » paru en 1895)

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Sur la route de la Roche de Solutré

Posté par francesca7 le 24 juillet 2014

 

 

téléchargementL’oiseau-bête faramine volait de la butte de la roche de Solutré à la butte de la roche de Vergisson. Dans cette dernière commune, il planait et tombait sur un cabri, une chèvre, un agneau. L’oiseau faisait tellement de bruit avec ses ailes que, depuis la fontaine au Ladre jusqu’à la pierre Cale, les animaux s’enfuyaient. Le pays était terrifié. On réunit donc un  jour les chasseurs du village qui, armés de fusils, partirent à la roche. La bête, perchée, s’envola et l’un des chasseurs tira et la blessa. Le monstre tombé était encore menaçant et on dut l’achever en faisant feu directement dans le bec géant, ce que l’on ne réussit que lorsque la bête faramine fut acculée contre la roche puis le monstre fut plumé et brûlé sur la place publique.

Légende mâconnaise du 18ème siècle, écrite par l’abbé Ducrost publiée pour la première fois dans les Annales de l’Académie de Mâcon en 1888. Le titre local « Peteu de Vergisson » est le nom patois du « roitelet », petit passereau qui affectionne les endroits à végétation dense au sol : « repteu, peteu ou encore p’teu ».

Journal de Saône-et-Loire, N°261 du 23 septembre 1895, d’après Les Annales de l’Académie de Mâcon en 1888, par L’Abbé DUCROST :

Au ciel dès que cet oiseau point
D’où vient que le soleil s’éclipsa ?
Ce monstre ne serait-il point
La Bête de l’Apocalypse ?
Tremblez, fuyez, Vergissonnais !
Avec raisons vous frissonnez :
Au ciel que l’éclair illumine,
Voici la bête pharamine.

 

Le vieux savant qui se promène
Tenant en main son manuscrit
Se croit bien seul dans son domaine :
Dans l’air, la Bête a fait son cri,
Et cet animal amphibie
Sur le cahier fait, cadédis !
Ce qu’une hirondelle jadis
Fit dans les yeux du vieux Tobie.

 

Sur la route de la Roche de Solutré dans Côte d'Or BF-3

Quand la patrie est en danger
Ses fils savent mourir pour elle :
Tes fils, épousant ta querelle,
O Vergisson, vont te venger…
Dans la nuit propice aux grands coups
Ils arrivent l’un après l’autre :
Quand le soleil luit sur le plateau
Pas un ne manque au rendez-vous.

 

 

 

 

 

 

 

BF-4 dans LEGENDES-SUPERSTITIONS

« Braves chasseurs », leur dit le maire
Quand il les voit tous réunit,
« C’t'usiau-là n’est pos un’chimère,
« On en parle tant qu’à Cluny :
« Vous ai du plomb dans v’tes gibernes,
« Vous ai du coeur sous v’tes tetons,
« Et, quand ça s’rait l’hydre de Lerne,
« Astujord’hi nous l’abattons. »

 

 

 

 

 

 Où courent-ils, tous ces grands coeurs ?

Est-ce à la mort ? à la victoire ?
En tous les cas c’est à la gloire :
Ils reviendront morts ou vainqueurs…
Ils vont, déchirants aux bouchures
Leur culotte et même leur peau ;
Et plus d’un dans cette aventure
Perd son sabot ou son chapeau.

Les bons chasseurs ont vu la Bête,
Mais la Bête aussi les a vus :
A les combattre elle s’apprête,
Elle pousse des cris aigus.
La troupe aussitôt se rassemble,
Tous les héros sont sur les lieux
Et pas un seul d’entre eux ne tremble…
Que va-t-il se passer, grands dieux ?

Mais les chasseurs de Vergisson

Ne sont pas des couyons, ma chère :
Sans un émoi, sans un frisson
L’un d’eux fait feu sur l’adversaire ;
L’oiseau crie, atteint en plein vol,
Et de Tramayes à Serrières
Quand il s’écroula sur le sol
Chacun sentit trembler la terre.

BF-8Le bec ouvert, l’oeil en furie,
On voit contre eux l’oiseau bondir :
C’est une effroyable tuerie,
Car il faut vaincre ou bien mourir…
Homère, il me manque ta lyre
Pour chanter ce combat fameux !…
Mais enfin l’animal expire,
Et le soleil lui, radieux.

A l’aide de grands « pots » de benne,
Joyeux, chantant sous le ciel bleu,
Quatre hommes portent avec peine
La dépouille du noir Peteu…
Et vous, femmes de Vergisson,
Arrachez-lui plume après plume :
Et, pour le bucler sans façon,
Allons ! que le bûcher s’allume !

 

BF-10Mais quand on eut plumé la Bête,
Le monstre jadis triomphant,
Il n’étit pas, foi de poète,
Gros comme le poing d’un enfant ;
Et cette bête épouvantable
Qui fit trembler les environs
(La chose est à peine croyable)
Ne pesait pas un quarteron.

 

 

 

 

 

 

Sources : http://membres.multimania.fr/vouivredetremontagne/article_de_robert_michelin.htm
               http://www.vergisson.fr/

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Apprentissages des métiers du Moyen Âge

Posté par francesca7 le 24 juillet 2014

 

 

Triboulet_gravure_de_J._A._Beauce_et_Rouget_385x500La période du Moyen Âge ne cesse de nous étonner par l’incroyable variété de ses activités artisanales et commerciales régies par des codes et des statuts ( le mot artisan vient de l’italien « arte » qui suppose un tour de main). Les savoir-faire ancestraux des métiers, transmis par l’apprentissage, se perpétuent et s’affinent au fil des siècles dans tous les domaines de la vie des hommes et des femmes de cette époque.   

L’industrie textile

La production de la laine et autres tissus est la plus importante activité urbaine du Moyen Âge, toutes les  cités possèdent leurs draperies. Après la tonte, les femmes battent la laine sur des claies pour éliminer les impuretés, puis la plongent dans des bains successifs pour en ôter le suint, ensuite intervient le cardage (on place la laine entre deux petites planches de bois rectangulaires dotées de poignées et de dents) et le filage, activités souvent rurales, sources de revenus pour le foyer paysan. La toison ( prête à être filée à la   quenouille) est transformée en fil grâce à un délicat système de rotation suscité par le poids du fuseau. La bobine de fil constituée, le tissage peut commencer. IL débute par l’ourdissage, les fils de chaîne sont tendus sur un cadre de bois appelé battant.     

                      

Les métiers à tisser verticaux limitent la taille des pièces, ce n’est qu’au XI e siècle que se développent les métiers horizontaux qui permettent d’accroître la dimension des pièces tissées. Avec ce système, la création de motifs devient possible grâce à la navette que deux hommes se renvoient de chaque côté du métier. A ce stade le drap de laine est grisâtre, rêche et irrégulier ( il s’utilise pour les couvertures des chevaux ou à l’usage des pauvres et se nomme « couette ou queute »). Il doit subir encore différentes opérations : lavé plusieurs fois, gratté au chardon pour le faire feutrer et retirer les nœuds encore présents, c’est le travail des lisseurs ou pareurs, puis ils sont foulés aux pieds par les foulons dans des cuves ou l’eau est mélangée à du sable ou de la lie de vin afin d’en expurger l’huile restante ( Les foulons sont une corporation d’ouvriers mal payés aux conditions de travail exécrables). Les draps de laine peuvent ensuite être vendus au naturel ou colorés.

 

Les teinturiers, appelés « ongles bleus » piétinent les draps dans des bains de colorants, de mordants et d’alun. Le pastel appelé « guède ou waide » en Picardie donne un bleu très prisé faisant la fortune des villes qui le produisent ( Amiens Toulouse). Le bois du brésil donne la couleur rose, la guaude le jaune et le vert, le brou de noix le noir et le Kermès ou cochenille, le rouge. Une fois teint le tissu est à nouveau rasé pour obtenir un meilleur moelleux. Les drapiers Parisiens fabriquent la « biffe » une étoffe renommée. Les marchands entrepreneurs font ainsi travailler cinq métiers différents : les tisserands (tissant également le lin et le chanvre) les tondeurs, les foulons, les teinturiers et les tailleurs. En fin de Moyen Âge apparaissent les tissus mixtes : la futaine qui mêle coton et lin, la « saye » laine et lin, et le feutre laine et poils d’animaux (lapin ou castor). 

Le principal marché de l’habillement est celui des tailleurs de robes, des merciers et des chapeliers. Les brodeurs et brodeuses pratiquent la  »peinture » à l’aiguille tandis que les tapissiers créent les superbes tentures de laine des demeures seigneuriales du Moyen Âge. 

Les métiers intellectuels et artistiques au Moyen Âge

La plupart des enseignants sont des clercs, l’éducation étant contrôlée par l’église. En fin de Moyen Âge sont nommés des maîtres et maîtresses d’écoles laïques Dans les villes universitaires, la profession de libraires ou  »stationnaires » apparaît au XIII e siècle, qui fait travailler les parcheminiers, les scribes ou copistes produisant des ouvrages destinés aux professeurs et étudiants. Une clientèle constituée de riches aristocrates et de membres du haut clergé leur commande de beaux manuscrits enluminés. Les premiers imprimeurs voient le jour au XV e siècle dans les grandes villes de France.

 

Si les médecins du Moyen Âge (ayant suivi des cours à la faculté) se contentent d’observer les malades et de leur prescrire quelque potion commandée chez l’apothicaire, les barbiers-chirurgiens, formés par apprentissage, rasent leurs malades, pratiquent des saignées et des lavements, posent des ventouses. 

Quant aux arracheurs de dents, ils soulagent définitivement les patients à l’aide de grosses tenailles, sur la voie publique à la vue et aux oreilles de tout le monde (certains embauchent même des musiciens pour couvrir les cris des malheureux !) 

Apprentissages des métiers du Moyen Âge dans ARTISANAT FRANCAIS 250px-JuglarLes ménestrels ou « ménétriers » sont, sous Louis IX, regroupés en une corporation qui comprend toute une hiérarchie de maîtres et d’apprentis mais ces gens du spectacle que sont aussi les jongleurs conteurs et musiciens, sont mal payés et peu reconnus. Ils sont répertoriés dans la  »rue aux jongleurs » devenue au XV e siècle rue des Ménétriers à Paris (Beaubourg). 

Le métier le plus prestigieux et le plus lucratif du Moyen Âge est sans aucun doute celui de l’orfèvre acquis au terme d’un long apprentissage de huit ou dix ans. Les lapidaires, cristalliers ou pierriers taillent les pierres précieuses ( rubis émeraude, diamant, cristal de roche..) que les orfèvres montent sur les bijoux et sur la vaisselle d’or et d’argent. A cette activité de joaillerie s’ajoute la création des productions monétaires (atelier de frappe des monnaies royales). Puissants et honorés ils dominent toutes les autres professions artistiques. 

Au Moyen Âge les artisans qui œuvrent de leurs mains sont regroupés dans les arts « mécaniques » relégués à un rang inférieur aux arts « libéraux » comme le droit, la médecine ou la théologie car à l’époque, (sauf exceptions) les talents de l’esprit sont seuls reconnus comme dignes et valorisants.. 

Les peintres, les enlumineurs les sculpteurs les imagiers, les verriers, apprennent leur métier au cours d’un apprentissage mais ceux-ci, malgré leur habileté, sont rarement distingués. Pourtant les « tailleurs d’images »en os, buis ou ivoire jouissent de prestige car ils façonnent pour les rois et les riches des bas-reliefs, des tombes, des gisants des statues de pierre. Les effigies de bois sont laissées aux menuisiers ou aux « huchiers ». Les peintres-imagiers font les peintures murales, les panneaux de bois et les enluminures, ils dessinent également les patrons destinés aux vitraux. Les verriers appliquent ces dessins à la craie détrempée sur de grandes tables de la taille du vitrail prévu, précisent leur croquis à la « sinopia » et disposent dessus les plaques de verre de couleur, avant de les sertir de plomb. 

Apprentissage, valets et compagnons

Entre douze et seize ans les apprentis sont placés par leurs parents chez un maître par lequel ils sont logés, nourris et liés par un contrat devant notaire. Pour ces années de formation qui durent entre deux et douze ans suivant la discipline recherchée, le maître (qui exige parfois un droit d’entrée aux parents pour couvrir ses frais) engage sa conscience professionnelle. Durant ces années il prend valeur de père tandis que le jeune garçon promet de travailler sans rechigner, et de demeurer avec son maître jusqu’à la fin de son contrat, au terme duquel il doit fournir les preuves de sa compétence. Lorsque l’entente est bonne il n’est pas rare de voir un maître léguer ses biens ou ses outils à son apprenti. 

Peu de jeunes gens ont ensuite la possibilité de s’installer dans leur propre atelier et continuent de travailler comme salariés par celui qui les a formés: ce sont les valets et les servantes. Les salariés appelés valets compagnons ou garçons peuvent être embauchés à durée variable d’un jour, d’une semaine ou d’un an. 

Les compagnons se regroupent pour lutter contre les abus des maîtres, ils s’organisent en confréries dont la vocation est l’entraide en cas de maladies ou de décès. Les situations de conflits peuvent amener les valets à faire grève ou boycotter une ville en décidant un départ collectif (comme les compagnons pelletiers qui quittèrent Strasbourg en 1423 pour aller travailler à Haguenau). Parfois ces revendications entrainent des révoltes (les écarts de richesse entre patrons et salariés ne faisant que croître), mais celles-ci sont réprimés par la force et se terminent dans des bains de sang. 

Le monde des métiers du Moyen Âge n’est pas sans évoquer des échos contemporains : la hiérarchie au sein du travail, la répartition des tâches entre hommes et femmes, les inégalités des salaires et des horaires de travail, tous ces sujets sont très actuels. 

L’étonnante dispersion des qualifications, la spécialisation des talents multiples déclinés à l’infini, le goût du travail bien fait ne sont pas de simples mythes dus aux admirateurs des cathédrales car les bâtisseurs de ces fières églises, les maîtres verriers, les imagiers et tous ceux qui restèrent dans l’ombre, étaient véritablement passionnés par leur métier. Il y eut bien sûr toujours des exclus (ouvriers non qualifiés chômeurs mendiants, invalides) mais les documents médiévaux laissent transparaître une humanité omniprésente loin de l’anonymat de l’ère des machines.

Sources et illustrations : Les métiers du Moyen Âge, de Sophie Cassagnes-Brousquet, Editions Ouest-France, Avril 2010.

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Histoire des Vosges

Posté par francesca7 le 23 juillet 2014

 

(Région Lorraine)

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La contrée qui est bornée à l’est par le revers occidental des Vosges et au sud par les monts Faucilles et une partie du plateau de Langres était habitée jadis par une population que César désigne sous le nom de Leuces (Leuci). Comme pour la plupart des peuples de l’ancienne Gaule, l’histoire ne commence pour les Leuces que du jour où ils se trouvent en contact avec les Romains. Ces conquérants, qui rencontrèrent sur le sol gaulois de si redoutables adversaires, n’eurent avec les Leuces que des rapports pacifiques.

Lorsque César, se disposant à marcher contre Arioviste et les Suèves, veut rassurer son armée épouvantée, il cite les Leuces parmi les peuples amis de Rome, et qui ont promis de fournir des vivres durant la campagne. C’est que les Leuces étaient des premiers menacés par cette formidable invasion germanique dont les Suèves étaient l’avant-garde ; ils ne virent dans César que le sauveur de la Gaule. César, d’ailleurs, eut soin d’entretenir leurs dispositions sympathiques.

On voit dans ses Commentaires que la conquête romaine ne pesa -pas durement sur leur pays ; dans un passage où il énumère les populations gauloises traitées avec le plus de faveur et qui conservèrent de grandes franchises après la réduction du pays en provinces, il cite en première ligne les Leuces. Rome, qui témoignait ainsi sa reconnaissance à un peuple ami, avait su apprécier aussi ses qualités guerrières ; Lucain vante l’habileté des Leuces à manier la fronde.

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Dans la division de l’empire en provinces, les Leuces furent compris dans la Belgique première. Le pays des Vosges eut sa part des misères qui signalèrent la dissolution de l’empire ; au commencement du Ve siècle, lors de la grande invasion des barbares, il fut désolé par les Vandales, qui pénétrèrent jusque dans la vallée qui donne naissance à la Moselle et ruinèrent un château et une ville qui s’élevaient sur l’emplacement d’Épinal. Un peu plus tard, la domination des Francs, qui étaient aussi de rudes conquérants, s’étendit sur la Gaule, et le pays des Vosges fit partie du royaume de Clovis et, après sa mort, du royaume d’Austrasie, dont il forma la limite méridionale ; au delà des monts Faucilles commençait le royaume des Bourguignons.

Au milieu des troubles et des violences dont la période mérovingienne présente le triste spectacle l’histoire du département des Vosges est presque tout entière dans les légendes pieuses et dans les récits des chroniqueurs sur la fondation de quelques monastères, dont les plus célèbres furent Saint-Dié et Remiremont. Dans ces temps malheureux, on ne trouvait un peu de calme et de sécurité que dans la vie monastique.

Lorsque Charlemagne, voulant organiser l’empire, établit la division administrative en comtés et légations, le pays qui répondait à peu près au département des Vosges forma trois comtés désignés sous les noms suivants : comitatus Calvomontensis (entre la Moselle et la Meurthe), comitatus Segentensis (vers Mirecourt), comitatus Vosagus (au sud du précédent). Charlemagne et son fils Louis le Débonnaire avaient une prédilection marquée pour ce pays aux vastes et sombres forêts ; ils y venaient souvent en automne pour leurs grandes chasses impériales.

Dans le démembrement de I’empire carlovingien consacré par le traité de Verdun, le pays des Vosges fit partie des États de Lothaire ler, et échut ensuite à son fils Lothaire Il ; le royaume de ce prince, qui comprenait les pays situés entre la Meuse, l’Escaut et le Rhin, était appelé la France de Lothaire (Lotharingia), d’où est venu le nom de Lorraine. Pendant un demi-siècle, la possession de ces contrées fut un continuel sujet de guerre entre les tristes successeurs de Charlemagne, princes dégénérés, mais que le souvenir du grand empereur animait d’une insatiable ambition.

Lorsque, au commencement du Xe siècle, la Lorraine fut rattachée à l’empire germanique et divisée ensuite en duchés, le pays des Vosges fit partie du duché de Lorraine mosellane ou haute Lorraine, « qui eut pour premier duc, dit M. Gérard Gley, Frédéric de Bar, beau-frère de Hugues Capet, en 959, et qui appartenait en grande partie à des seigneurs ecclésiastiques ou laïques, dont l’autorité était presque sans bornes. » (Géographie physique et historique des Vosges). Les longues luttes des petits-fils de Charlemagne, et plus tard des rois de France et des empereurs d’Allemagne, pour la possession de la Lorraine favorisèrent l’indépendance des seigneurs, qui ne laissèrent aux ducs de Lorraine qu’une autorité restreinte et des domaines fort limités.

C’est ainsi que le pays des Vosges se couvrit de ces forteresses féodales dont les vestiges subsistent encore en beaucoup d’endroits. Ce serait une longue et fastidieuse histoire que celle des démêlés et des guerres de tous ces petits tyrans féodaux entre eux et de leurs révoltes contre les ducs de Lorraine.

Nous ne ferons pas davantage l’énumération des monastères et des églises qui furent fondés alors dans le pays des Vosges par les seigneurs. Remarquons seulement que plusieurs de ces monastères donnèrent naissance à des villes, que dans ces temps de barbarie les terres ecclésiastiques étaient ordinairement plus respectées que les autres, et qu’ainsi les habitations se groupèrent autour des églises et des monastères. Telle fut l’origine d’Épinal, de Saint-Dié, de Remiremont, etc.

Mais ces villes, qui relevaient de la féodalité ecclésiastique ou laïque, grandirent en population et en importance, et il vint un temps où leurs habitants se trouvèrent assez forts pour se soustraire à la sujétion féodale. C’est au XIIIe siècle, du temps du due Ferry III, que la liberté bourgeoise s’établit dans le pays des Vosges, et que les villes y reçurent, comme dans presque toute la Lorraine, ce que l’on appelait la charte ou la loi de Beaumont ; Beaumont était une petite ville de Champagne, bâtie par un archevêque de Reims, qui avait attiré les habitants en leur accordant une constitution municipale d’après laquelle s’organisèrent un peu plus tard un grand nombre de villes.

Avec la liberté on vit renaître le commerce et l’industrie ; mais combien la sécurité manquait encore à ceux qui s’aventuraient hors des murs de leur ville ! On voit au XIVe siècle des marchands de Neufchâteau arrêtés sur la grande route et saisis, comme le serait une propriété, par des créanciers de leur seigneur. Une autre misère de cette époque était ces compagnies de pillards et de brigands qui se formaient à la faveur de la guerre entre la France et l’Angleterre, et dont les ravages s’étendirent jusqu’au pied des Vosges ; Neufchâteau fut horriblement dévasté par eux en 1371.

Au siècle suivant, le pays eut à souffrir de la guerre cruelle dans laquelle les maisons d’Anjou et de Vaudemont se disputèrent le duché de Lorraine. Le duc Charles le Hardi avait marié Isabelle, sa fille et son héritière, à René d’Anjou, qui avait hérité déjà du comté de Bar. René trouva un compétiteur dans Antoine de Vaudemont, d’une branche cadette de la famille ducale. Les prétentions de Vaudemont étaient appuyées par le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, et par les Anglais.

Mais une grande partie de la noblesse lorraine tenait pour René, qui avait reçu, en outre, quelques renforts français sous le commandement du fameux Barbazan et de Baudricourt, le capitaine de Vaucouleurs. Antoine de Vaudemont avait une armée composée surtout d’aventuriers anglais et de seigneurs bourguignons. Les deux rivaux se trouvèrent en présence près de Bulnéville (2 juillet 1431).

L’armée de Vaudemont avait l’avantage du terrain ; Barbazan conseillait à René de couper les vivres à l’ennemi pour le forcer à déloger ; mais les jeunes seigneurs lorrains et allemands qui entouraient René, comptant sur la supériorité du nombre, demandèrent le combat à grands cris. Barbazan fut tué dès le commencement de l’action ; sa mort mit le désordre dans l’armée ; l’artillerie de Vaudemont et ses archers décidèrent la victoire. René, tombé aux mains des Bourguignons fut emmené captif à Dijon.

hoteldepA la captivité de René se rattache un épisode digne d’être mentionné ici. Après la bataille de Bulgnéville, la femme du prisonnier, Isabelle, vint implorer le secours de Charles VII ; la duchesse était accompagnée d’une de ses amies d’enfance, gracieuse jeune fille, dont la vue fit une vive impression sur le coeur de Charles VII ; c’était Agnès Sorel, « une des plus belles femmes que je vis oncques, dit un contemporain, et qui fit en sa qualité beaucoup de bien au royaulme. » Les maîtresses de nos rois n’ont pas souvent mérité pareil éloge.

Les hostilités ne s’arrêtèrent pas après la bataille de Bulgnéville. Pendant plusieurs années, Antoine de Vaudemont ravagea le pays avec ses bandes d’aventuriers ; Mirecourt fut pillé en 1438. La même année, Charles VII envoya des troupes au secours de René, son beau-frère, avec Lahire et Xaintrailles.

Ce fut un surcroît de malheur que l’arrivée de ces prétendus auxiliaires, qui pillaient également amis et ennemis. Enfin, la paix fut rétablie entre Vaudemont et René, qui consentit au mariage de sa fille avec le fils de son rival. Ce traité devait plus tard rendre la Lorraine au descendant de l’antique famille ducale ; mais la guerre avait cruellement pesé sur le pays vosgien, et d’ailleurs la tranquillité ne fut pas de longue durée pour ses habitants.

René Il de Vaudemont venait de succéder à Nicolas d’Anjou ; aussitôt Charles le Téméraire, l’ambitieux due de Bourgogne, envahit la Lorraine, se rend maître des Vosges et des villes voisines. Charmes, Mirecourt, Épinal et Saint-Dié sont forcés, Bruyères est saccagé, Neufchâteau et Remiremont sont obligés de se rendre. Mais la chasse de Granson, comme dit Comines, et le désastre de Morat marquèrent le terme des prospérités de la maison de Bourgogne, et le pays des. Vosges retourna avec le reste de la Lorraine sous l’autorité de René Il et de ses successeurs.

C’est dans les montagnes des Vosges que le duc Charles IV chercha un asile, lorsque ses imprudentes provocations fournirent à Richelieu un motif pour envahir la Lorraine. C’est à Épinal qu’il signa une première abdication. C’est à Mirecourt qu’il se retira lorsque Nancy fut occupé par une garnison française, et qu’il signa en 1634 une seconde abdication ; c’est encore parles Vosges qu’il rentra dans son duché, l’année suivante, à la tête d’une armée. C’est que le pays des Vosges était comme la citadelle de la Lorraine ; c’était un sol favorable à une guerre de partisans, comme Charles IV était réduit à la faire.

Mais, pendant que ce prince singulier balançait ainsi la fortune du grand ministre de Louis XIII, le pays se ressentait douloureusement de tous les maux de la guerre. Des soldats féroces pillaient et brûlaient les églises et les monastères, maltraitaient les religieuses et ouvraient le ventre des prisonniers pour chercher l’or qu’ils pouvaient avoir avalé. Aux excès de la cruauté humaine se joignirent la famine et la peste, qui dépeuplèrent des villages entiers.

Il faut arriver jusqu’au règne de Léopold, que le traité de Ryswick (1697) remit en possession de la Lorraine, pour voir la fin des calamités de ce pays. Quelques années plus tard, les combinaisons de la politique européenne donnèrent à la Lorraine un souverain étranger, Stanislas Leczinski.

On sait combien fut brillant le règne de ce prince ; mais n’oublions pas que les magnificences de Lunéville étaient coûteuses et que les impôts pesèrent lourdement sur la population des compagnes. Néanmoins, de sages mesures signalèrent aussi le règne de Stanislas ; c’est ainsi qu’après la famine de 1741 des greniers d’abondance furent établis à Épinal, Saint-Dié, Mirecourt, Neufchâteau, etc. En 1766, à la mort de Stanislas, le pays des Vosges suivit le sort du reste de la Lorraine, qui devint province française. Compris dans le grand gouvernement de Lorraine-Barrois, il était divisé alors en neuf bailliages : ceux d’Épinal, de Saint-Dié, de Bruyères, de Remiremont, de Darney, de Mirecourt, de Châtel, de Charmes et de Neufchâteau, relevant de la cour souveraine de Nancy, qui fut érigée en parlement par Louis XVI.

Le décret de 1790 qui divisa la France en départements établit le département des Vosges et lui donna pour chef-lieu Épinal. Les habitants d’un pays qui souffrait depuis des siècles des abus de la féodalité ecclésiastique ne pouvaient accueillir qu’avec sympathie et comme une ère réparatrice la Révolution. Si la condition nouvelle imposée à la Lorraine au XVIe siècle excita des regrets chez une population attachée à sa vieille dynastie, ils durent s’effacer alors devant un sentiment nouveau.

Jusqu’alors, les Vosgiens ne connaissaient la France que par des invasions militaires et des exactions financières ; ils comprirent, mieux que les édits royaux de Louis XV, qu’ils n’avaient pas à se plaindre de leur destinée, qui les ramenait après tant de siècles dans la grande famille française.

Histoire des Vosges dans Vosges 300px-Battle_of_Montereau_by_LangloisSignalé pour son patriotisme en 1792, le département des Vosges fut la premier, en 1800, à acquitter la plus forte partie de ses contributions ; le gouvernement consulaire, pour reconnaître ce patriotique empressement, décréta que la place Royale à Paris prendrait le nom de place des Vosges ; elle conserva ce nom jusqu’à la Restauration, pour le reprendre en 1848, le perdit sous le second Empire et le recouvra après 1870.

En 1814, ces braves populations montrèrent combien elles étaient françaises de cœur. Les armées coalisées marchaient sur la France ; Blücher arrivait par le nord de la Lorraine et Schwarzenberg par le haut Rhin ; les deux armées devaient se réunir sur la haute Meuse. Une partie du corps de Schwarzenberg fut arrêtée quelque temps dans les Vosges par une héroïque résistance ; et, quelques mois plus tard, lorsque, après la bataille de Montereau, l’armée autrichienne fit un mouvement de recul, ce fut encore dans les Vosges qu’elle éprouva le plus de pertes.

Peut-être l’étranger n’eût-il pas franchi la frontière, si Napoléon eût compris plus tôt que, dans cette lutte suprême, il fallait s’abandonner à cet énergique patriotisme des masses, dont les Vosgiens donnèrent alors un si bel exemple.

Le département des Vosges eut beaucoup à souffrir pendant la guerre de 1870-1871. Un des premiers envahis, il fut le dernier évacué et à la signature de la paix il perdit un canton entier, celui de Schirmeck, comprenant les communes de : Schirmeck, Barembach, La Broque, Grandfontaine, Natzviller, Neuviller-la-Roche, Rothau, Russ, Waldersbach, Wildersbach, Wisches, et la partie septentrionale du canton de Saales, c’est-à-dire les communes de Saales, de Bourg-Bruche, de Colroy-la-Roche, de Plaine, de Saint-Blaise-la-Roche, de Saulxures et de Ranrupt ; en tout, 18 communes, et une population d’environ 22 000 habitants. L’invasion et l’occupation étrangère lui avaient coûté 8 millions 785 723 fr. 85.

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Lac d’Annecy : retour à l’état pur

Posté par francesca7 le 23 juillet 2014

 

68 ans pour restaurer un écosystème par Patrice van Eersel, Martine Castello

C’était à la fin du printemps dernier. Il faisait encore frais, mais la marche m’avait chauffé le sang et l’eau était si belle que je n’ai pu résister. Je me suis déshabillé derrière un buisson et en trente secondes, je fendais le lac. Il était très froid, mais j’ai pensé :  » Délicieusement glacé ! » – avec l’âge j’apprécie de plus en plus ce genre de bain.

220px-Cygne-lacannecyJ’ai nagé sur une centaine de mètres. C’est en me retournant que l’expérience est devenue fantastique. Le massif de la Tournette encore enneigé se détachait, tout proche, sur le ciel bleu, dominant le village de Talloires. Brusquement, la sensation de faire partie de ce paysage grandiose m’a envahi. Le lac me portait et la montagne s’offrait à moi ! J’ai aboyé de reconnaissance et, la peau brûlante, j’ai plongé. L’eau était d’une transparence fantastique. On voyait les rayons de soleil descendre jusqu’à dix ou douze mètres. On aurait dit du cristal. En retournant vers la berge, j’ai nagé la bouche ouverte, pour mordre l’eau de plaisir.

 

On m’avait bien dit qu’après une longue période de dégradation, le lac d’Annecy était redevenu pur, et même le plus pur d’Europe. Ce que j’ignorais, c’est le travail colossal qu’il avait fallu fournir pour retrouver cette vitalité. Pas moins de soixante-huit années de résistance et d’efforts acharnés – et le travail n’est pas fini ! Aujourd’hui, le « lac bleu » a retrouvé son nom et sert de modèle à la réhabilitation de tous les lacs d’Europe. Même les Russes responsables du lac Baïkal – la plus grande étendue d’eau douce du monde, tragiquement polluée par les usines de cellulose et de ciment – sont venus voir comment les Annéciens avaient fait. Bref, l’histoire de la résurrection du lac d’Annecy vaut la peine d’être contée. Elle nous éclaire sur la complexité des écosystèmes et l’ouverture qu’exige leur compréhension ; sur la nécessité d’une politique à très long terme si l’on veut retrouver les équilibres perdus ; mais d’abord, sur la puissance des clairvoyants têtus.

 

1943-1957 : les pionniers, clairvoyants et têtus 

Tout commence en 1943, quand un médecin d’Annecy, Paul Servettaz, alerte ses concitoyens : les eaux usées de la ville ont commencé à tuer le lac. Pour attirer l’attention, il plonge devant la foule, dans une crique particulièrement sale, pour aller symboliquement boucher une sortie d’égout. Sa démonstration est scientifique, il s’en explique en conférence : bien qu’alimentées par plusieurs petites rivières et par une puissante source sous-lacustre, les eaux du lac, qui se renouvellent tous les quatre ans environ, ont de plus en plus de mal à absorber les rejets des riverains. Le docteur Servettaz, qui a un flair de pionnier, s’en est rendu compte avant les autres – tous les lacs du monde vont peu à peu connaître le même sort. Dans les années 1940, si les eaux usées de la ville d’Annecy sont pathogènes, c’est moins en raison de poisons industriels (métaux lourds, hydrocarbures, acides, solvants) ou agricoles (engrais azotés, pesticides), encore rares dans la région à l’époque, qu’à cause des substances charriées par les rejets domestiques (détergents, phosphates, matières organiques). Ces substances dopent certaines algues qui finissent au fond du lac, où elles sont décomposées par des bactéries grandes consommatrices de l’oxygène dissous dans l’eau, ce qui asphyxie peu à peu la plupart des autres espèces vivantes. Ce chaos biologique, « l’eutrophisation », se solde par des envasements, dont les riverains souffrent de la puanteur. 

 

1957-2001 : une politique à très long terme pour purifier le lac 

Au milieu du XXe siècle, la conscience écologique n’est pas encore née. La globalité des interactions entre les humains et le reste de la nature échappe à la plupart. A l’époque, on voit les choses sous l’angle sanitaire. C’est nécessaire : tous les égouts aboutissent dans le lac ! Il faudra néanmoins quatorze ans pour que les efforts du docteur Servettaz et de ses amis finissent par convaincre les autorités de huit des onze communes du pourtour du lac de créer, en 1957, le Syndicat intercommunal du Lac d'Annecy : retour à l'état pur dans LACS DE FRANCElac d’Annecy (Sila).  Sa première tâche sera de planifier une ceinture de collecteurs pour capter les eaux usées et les traiter, avant de les déverser dans le Fier, affluent du Rhône, en aval du lac, à Cran-Gévrier, dans les faubourgs d’Annecy. Comme le raconte Pierre Bruyère, actuel président du syndicat, « la tâche n’était pas facile. Il fallait faire accepter aux riverains une forte taxe d’assainissement pour réaliser ces travaux, alors estimés à l’équivalent de 350 millions de nos euros. » Une fortune pour l’époque. Gérée par un syndicat de communes – quel privé aurait pu jouer ce rôle ? 

En 1961, s’ouvre le gigantesque chantier des premiers collecteurs, sur les 38 km de rives. Il ne s’achèvera qu’en 1976, après quinze ans de travaux – et trente-trois ans après le cri d’alarme du docteur Servettaz. Peu à peu, toute la région va entrer dans le processus – car, bien sûr, même les ruisseaux éloignés finissent dans le lac. Depuis 2001, 113 communes, soit une population de plus de 250 000 habitants, sont reliées au réseau d’assainissement collectif. Près de treize millions de mètres cubes d’eaux usées sont désormais traités et rejetés chaque année loin du lac après avoir traversé 1350 km de collecteurs, 81 stations de pompage et 7 usines de dépollution. Ces dernières sont reliées depuis 2002 à une usine de « valorisation énergétique » qui transforme leurs boues pour produire de l’électricité et alimenter le réseau urbain de chauffage et d’eau chaude. 

L’effort a payé. La baignade est redevenue sans danger et l’on vient de loin pour jouir d’une eau si claire. « La transparence est la meilleure mesure de la pureté d’un lac, se réjouit Pierre Bruyère, la nôtre était de trois mètres en 1957 ; elle est de quatorze mètres aujourd’hui ! » Le lac d’Annecy est désormais considéré comme l’un des lacs habités les plus purs du monde – ce que devrait bientôt reconnaître la Convention pour la protection du patrimoine mondial de l’Unesco. Une réputation qui lui vaut de fréquentes visites d’experts internationaux. Sa régénération sert par exemple de feuille de route à celles du lac du Bourget et du Léman, dont la qualité des eaux reste très en deçà de la sienne.

 

Années 2000 : les exigences de la  complexité écologique  

Seulement voilà : l’affaire n’est pas réglée pour autant. Un lac n’est pas qu’une entité minérale, c’est un être vivant. Pur chimiquement, celui d’Annecy n’a cependant pas retrouvé sa biodiversité originelle. Celle-ci demeure fragile, à la merci du moindre déséquilibre chimique, thermique ou biologique. Un certain nombre de riverains et de groupes de pression ne veulent pas l’admettre, mais l’évidence s’impose au tournant des années 1990-2000 : une nouvelle étape doit être franchie, sur le terrain, mais d’abord dans les esprits. 

 L’alliance des scientifiques et des pêcheurs à la ligne a joué un rôle clé dans cette prise de conscience. Mené par la station d’hydrobiologie lacustre de l’Institut national de recherche agronomique de Thonon-les-Bains, le suivi scientifique du lac a commencé en 1966. Une recherche d’abord fondée sur la surveillance des paramètres physico-chimiques (taux d’oxygène, d’azote, de phosphore…), mais aussi, et de plus en plus à partir de 1992, des indicateurs de vivacité du phytoplancton, du zooplancton, de la faune et de la flore dans l’eau et sur les rives. Un gros travail qui exige, une quinzaine de fois par an, le prélèvement de milliers d’échantillons aux différentes profondeurs – le « grand lac », au nord, descend à 65 mètres. Or l’ensemble de ces données va confirmer ce que les pêcheurs – groupe de pression important – clament de leur côté depuis longtemps : en 1980, dans les eaux du lac (certes de plus en plus transparentes), on ne trouvait quasiment plus de corégone, ni de brochet, ni de lotte, ni de truite lacustre, ni d’omble chevalier… En quelques années, le détournement et le traitement des égouts a heureusement ralenti puis même stoppé cette chute de la biodiversité et les poissons sont peu à peu réapparus. Mais pas tous et leur situation demeure délicate. 

un « green deal » pour le XXIe siècle

 C’est une déconvenue pour les Annéciens et leurs voisins, qui étaient persuadés que la vie naturelle et sauvage du lac était en quelque sorte garantie par la création, en 1974, de la réserve protégée dite du « Bout du lac », à l’extrême opposé d’Annecy, 220px-Lacannecy dans LACS DE FRANCEdans une zone où pousse, depuis des millénaires, une vaste roselière, étendue de roseaux, scirpes et nénuphars. Cette fois, ce ne sont plus les pollueurs – domestiques, industriels ou agricoles – qui sont mis en cause, mais les travaux publics, l’urbanisation et le tourisme – tous ceux qui, comme nous, viennent de partout pour se baigner dans le lac bleu ! En un siècle, la stabilisation du niveau de l’eau (par les barrages en amont), l’endiguement des berges, la création de pontons et de ports ont réduit la superficie des roselières de 110 hectares à moins de 10 – avec un pic de dégradation entre 1950 et 1980. « Or les roselières, explique Damien Zanella, écologue responsable du milieu naturel au Sila, jouent un rôle fondamental dans l’écosystème du lac. Les poissons y frayent ou s’y mettent à l’abri. Elles servent aussi de niche aux oiseaux, aux batraciens et à de très nombreux insectes, comme les libellules et les éphémères, qui vivent dans ces étendues de transition entre la terre et l’eau. »  

La superficie des roselières est aujourd’hui stabilisée et elles sont à nouveau habitées par des colverts, foulques, grèbes, cygnes et autres castors. Mais leur état écologique demeure préoccupant. En collaboration avec le Conservatoire des espaces naturels de Haute-Savoie (Asters), le Sila tente de redynamiser ces zones sauvages. Différentes techniques de génie végétal sont sur le point d’y être expérimentées : protection physique par des « pieux jointifs », retalutage des berges, plantations diverses, en collaboration avec le lycée agricole de Poisy…

Dans l’idéal, il faudrait agrandir cette réserve. Cela aurait un double avantage : outre la protection qu’elles assurent aux espèces, les roselières, situées en amont, joueraient le rôle de filtre pour tout le lac, à la manière d’une version géante des systèmes de phyto-épuration dont s’équipent aujourd’hui les maisons vertes. Un projet d’extension du « Bout du lac » a été lancé au début des années 2000, défendu par l’opposition municipale d’Annecy et la plupart des associations écologistes. Mais leur action risque d’être freinée par un amendement, voté en 2005 sous la pression des promoteurs, qui modifie la loi gérant le littoral des lacs de montagne et autorise une réduction des espaces protégés et des « coupures vertes » entre les communes… 

En soixante-huit ans, la situation a énormément évolué et le lac d’Annecy va beaucoup mieux. Mais il n’est pas encore totalement ressuscité. Des combats décisifs se déroulent en ce moment même, qui décideront de son sort à long terme. 

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LES SECRETS DE LA CATHÉDRALE DE CHARTRES

Posté par francesca7 le 23 juillet 2014

 

 

Un Labyrinthe

labyrinthe-chartres-S.Compoint

« Celui-ci ne comporte qu’une seule entrée et une seule sortie. Ce n’est finalement qu’un seul chemin parcourant des circonvolutions. Aucun risque de s’y perdre, en tous cas pas dans l’espace.

En fait, c’est un escalier qui monte dans l’esprit. C’est une mise en rythme qui nous permet d’être au diapason de l’édifice. Si vous prenez deux diapasons de tailles différentes, vous en faites vibrer un et vous approchez l’autre. Il restera immobile. En revanche, si vous faites d’expérience avec deux diapasons identiques, ils se mettront à l’unisson. C’est exactement ce que nous cherchons depuis le début de notre voyage, entendre la musique des sphères. Être rectifié et porté vers le haut à la quête de la lumière.

Lors de notre cheminement dans le labyrinthe, à l’image du chemin initiatique, nos premiers pas nous conduisent quasiment au centre, en vue de la rose. Comme pour nous montrer la source, alors que nous, profanes, cherchons la fin. (…)

Accepter que le temps, l’espace et la matière n’aient pas aussi d’importance que nous leur donnons : telle est la leçon de ce labyrinthe.

Expérimentation:
Le plus important dans l’expérience est le rythme. Une fois entré, face à l’orient, le pas doit être régulier. Vous pouvez sentir des oscillations. Dès l’instant où on a commencé le mouvement, on ne s’arrête qu’au milieu. Si des obstacles sont sur votre chemin, vous pouvez les contourner. En le faisant, soyez attentif à garder le rythme. Si ces obstacles sont infranchissables, marquez le rythme sur place en oscillant légèrement d’une jambe sur l’autre.Au bout d’un moment, nous ne marchons plus sur le chemin. Nous sommes ce chemin. C’est ce que l’on appelle le mouvement immobile.

Le profane marche et l’initié démarche. (Dé marche)

Les anciens nous disaient qu’à certains moments de l’année, des taches violettes projetées par les vitraux apparaissent à des endroits remarquables au sol. C’est le moment où la porte entre les mondes s’ouvre. Le centre de ce labyrinthe est l’endroit de la cathédrale où nous en ressentons le plus les effets. »

Extrait du livre de Patrick BURENSTEINAS :
« CHARTRES, Cathédrale alchimique et maçonnique » (Editions Trajectoire)

 

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Histoire du département de la Saône-et-Loire

Posté par francesca7 le 21 juillet 2014

 

(Région Bourgogne)

200px-Clocher_de_clunyLes Éduens, puissante tribu de la Gaule centrale, occupaient, avant l’invasion romaine, la plus grande partie du territoire dont a été formé le département de Saône-et-Loire. C’est comme allié des Éduens, et appelé par eux, pour les aider dans une guerre qu’ils soutenaient contre les Séquanais, que César franchit les Alpes.

L’occupation romaine ne rencontra donc d’abord dans la contrée aucune résistance et n’y souleva aucune opposition. Bibracte (dont on crut jusqu’en 1851 qu’il s’agissait d’Autun), la vieille capitale du pays, fut adoptée par les soldats de César comme une seconde patrie ; mais cette union, qui reposait sur un malentendu, ne fut pas de longue durée ; lorsque les Éduens virent se changer en conquête définitive une occupation qu’ils n’avaient acceptée que comme un secours momentané, leur esprit national se réveilla et les sympathies anciennes firent bientôt place à une hostilité mal déguisée.

De leur côté, les conquérants, pour entraver l’organisation de la révolte, changèrent à diverses reprises les divisions administratives de la province. Une levée de boucliers répondit à ces mesures vexatoires ; les esclaves gladiateurs destinés aux cirques de Rome se réunirent sous un chef acclamé par eux, le vaillant Sacrovir ; la population presque entière se joignit à eux, et les Éduens tentèrent, mais trop tard, de réparer la faute qu’ils avaient commise en appelant l’étranger dans leur patrie. Cette tentative échoua comme celle de Vercingétorix dans l’Arvernie ; les dernières forces de la race celtique s’y épuisèrent, et la volonté des Éduens n’eut même plus à intervenir dans le choix des maîtres qui se disputèrent leur territoire.

Quand le colosse romain commença à vaciller sur ses bases, quand les possessions de l’empire énervé purent être attaquées impunément, la Saône fut franchie tour à tour par les hordes barbares qui, des rives du Rhin ou du sommet des Alpes, se ruaient dans les plaines de l’ouest et du midi.

Attila, avec ses Huns, passa comme une avalanche. Les lourds Bourguignons s’arrêtèrent au bord du fleuve, et jusqu’à la venue des Francs le pays fut possédé par deux maîtres à la fois, les Bourguignons et les Romains. Les nouvelles divisions territoriales qu’entraîna la conquête de Clovis, les partages de son héritage, plus tard la constitution des grands fiefs donnèrent naissance à un royaume, puis à un duché de Bourgogne, dont fit presque toujours partie le département de Saône-et-Loire, mais dont l’histoire trouvera sa place plus spéciale dans notre notice sur Dijon et la Côte-d’Or.

L’importance des villes détermina d’abord la division administrative du pays en pagi ou cantons, qui devinrent autant de comtés plus ou moins indépendants quand prévalut, sous la seconde race, l’organisation féodale dans la France entière, et ne furent réunis à la couronne que successivement et beaucoup plus tard. L’Autunois, le Mâconnais, le Châlonnais et le Charolais eurent donc chacun pendant longtemps une existence particulière, dont se compose l’ensemble des annales du département.

L’Autunois tira son nom de la ville d’Autun, autrefois Bibracte, l’ancienne capitale des Éduens. Cette tribu, par haine des Allobroges et des Arvernes, s’allia étroitement avec les Romains ; aussi eut-elle des citoyens admis dans le sénat avant toutes les autres peuplades gauloises.

La foi chrétienne fut apportée clans cette contrée dès le IIe siècle par saint Andoche, prêtre, et saint Thirse, diacre, qui, malgré la protection d’un riche habitant de Saulieu nommé Faustus, souffrirent le martyre à leur retour à Autun ; en même temps qu’un marchand du nom de Félix qui leur avait donné asile. Tetricus, général romain, s’étant fait reconnaître empereur, entraîna les Éduens dans son parti. Claude vint le combattre, ravagea les campagnes, incendia et pilla les villes.

Constance et Constantin réparèrent ces désastres ; le pays fut tranquille et prospère jusqu’à l’invasion des barbares. Les rapides progrès du christianisme dans l’Autunois et l’influence de l’évêque dans la capitale donnèrent de bonne heure une prépondérance marquée au pouvoir clérical. Sur quatre bailliages dont la province était composée, un seul, celui de Bourbon-Lancy devint une baronnie de quelque importance.

Le Mâconnais (pagus Matisconensis) des Éduens eut sous les Romains les mêmes destinées que l’Autunois. Sa position sur les bords de la Saône en faisait un centre d’approvisionnement ; on y fabriquait aussi des instruments de guerre. Sous la seconde race, le Mâconnais est possédé par des comtes qui rendent leurs domaines héréditaires, et arrivent par leurs alliances jusqu’a la couronne ducale de Bourgogne. C’était un comte du Mâconnais, cet Othon-Guillaume auquel le roi Robert fut obligé de disputer devant un concile et par les armes les deux Bourgognes et le comté de Nevers.

Sa descendance resta en possession du comté jusqu’en 1245, époque a laquelle il fut cédé à saint Louis par la comtesse Alix. A l’exception d’une courte période pendant laquelle Charles VII l’aliéna à Philippe le Bon, le Mâconnais est demeuré depuis annexé au domaine royal ; depuis saint Louis, il relevait du parlement de Paris, et les privilèges municipaux accordés par ce prince aux habitants des villes furent maintenus jusqu’à la Révolution de 1789.

Le pouvoir épiscopal profita moins encore de l’extinction des comtes du Mâconnais que de l’importance acquise par la puissante abbaye de Cluny. Le convent fournit un grand nombre de prélats au siège de Mâcon ; aussi fut-il occupé, le plus souvent, par des personnages d’un grand nom et d’une haute position dont l’influence fut souveraine sur les destinées de la province.

Le Châlonnais était aussi compris dans le pays des Éduens ; il en est question, ainsi que de sa capitale Cabillonum, Châlon ; dans César, Strabon et Ptolémée. C’était un poste important des légions romaines ; une large chaussée fut construite pour relier Autun à la Saône. La tradition populaire donne les environs de Châlon pour théâtre à l’apparition de la croix miraculeuse autour de laquelle Constantin put lire : « Tu vaincras par ce signe : » In hoc signo vinces.

Après avoir été traversé et ravagé par Attila, le Châlonnais devint le centre de la première monarchie burgonde. Châlon était la capitale du roi Gontran, et Clovis II y convoqua une assemblée nationale. La position du pays, qui le désigna dès les premières invasions comme le passage le plus favorable de l’est au centre de la France et du nord au midi, ne lui permit d’échapper à aucun des envahissements que nos pères eurent a subir. Après les Romains, les Germains, les Helvètes, les Huns et les Bourguignons, vinrent les Sarrasins, et après eux les Normands.

200px-Mont_beuvray4Jamais terre ne fut foulée par tant d’ennemis différents ; et comme si ce n’eût point encore été assez, après tant d’assauts, de devenir le théâtre des luttes entre les maisons de France et de Bourgogne, il fallut encore que le Châlonnais payât tribut aux guerres de religion et à toutes nos discordes civiles. Le premier comte héréditaire du Châlonnais fut Théodoric Ier ; c’est seulement en 1247 que, par suite d’échange, le comté échut à la maison de Bourgogne ; il y est resté jusqu la réunion du duché à la France.

Le premier apôtre du Châlonnais fut saint Marcel, prêtre attaché a saint Potin et venu de Lyon avec lui ; il souffrit le martyre en 161, sous le règne de Vérus. Pendant la période féodale, le pouvoir de l’évêque sur le Châlonnais fut plus nominal que réel ; les comtes se laissaient investir par eux de leur titre, mais sans renoncer a agir ensuite au gré de leur caprice ou selon leur intérêt ; les ducs de Bourgogne et les rois de France, trop haut placés pour recevoir l’investiture du comté des mains de l’évêque de Châlon, leur laissèrent en réalité un cercle d’action plus libre et moins restreint. Il est juste d’ajouter que le pays ne s’en trouva pas plus mal.

Les Ambarri et les Brannovii occupaient le Charolais et vivaient dans une étroite alliance avec les Éduens ; sous les Romains et les Bourguignons, leurs destinées furent communes. L’administration franque constitua le Charolais en comté, qui sous la première race dépendit du comté d’Autun, et de celui de Châlon sous la seconde.

Au XIIIe siècle, Hugues IV, duc de Bourgogne, ayant acquis le comté de Châlon et ses dépendances, le donna en apanage à son second fils Jean, qui épousa l’héritière de Bourbon. Une seule fille naquit de cette union : on la maria à Robert, comte de Clermont, fils de saint Louis ; ce prince et trois générations de ses descendants possédèrent donc le Charolais, mais comme fief relevant du duché de Bourgogne.

En 1390, Philippe le Hardi le racheta moyennant 60 000 francs d’or. Il demeura plus d’un siècle dans la maison ducale, et l’estime qu’elle faisait de cette possession est attestée par le titre de comte du Charolais que portaient ordinairement les fils aînés des ducs de Bourgogne. A la mort de Charles le Téméraire, en 1477, le Charolais fut compris dans les dépouilles de l’ennemi vaincu que Louis XI réunit a la France.

Ses successeurs, Charles VIII et Louis XII, restituèrent ce comté aux héritiers de Marie de Bourgogne ; il fut donc rendu, en 1493, à Philippe d’Autriche, père de Charles-Quint, et resta dans la maison d’Espagne jusqu’en 1684, mais cette fois comme fief de la couronne de France, à la charge de foi et hommage, et soumis à la juridiction française. Le prétexte dont on usa pour mettre fin à cet état de choses mérite d’être rapporté.

En dehors des grands événements qui décidèrent de ses destinées, les régions qui composent le département de Saône-et-Loire eurent leur part dans toutes les épreuves que traversa la France : sans avoir été marqué par des luttes aussi violentes que dans d’autres localités, l’établissement des communes l’agita au XIIIe siècle.

Au XIVe le pays fut décimé par la peste noire ; treize familles seulement survécurent à Verdun-en-Châlonnais. Ce fut ensuite l’invasion des Anglais sous la conduite du Prince Noir, et, quelques années plus tard, les brigandages des Écorcheurs. Du Guesclin, en 1366, les avait décidés à le suivre en Espagne dans l’espoir d’un riche butin ; mais ils revinrent quelques années après et ravagèrent tout le Mâconnais.

Nous les retrouvons, en 1438, en compagnie de la peste et de la famine, dévastant le Charolais et les environs de Paray-le-Monial, sous la conduite du fameux Antoine de Chabannes ; il fallut, pour en délivrer la contrée, que le comte de Fribourg, gouverneur de la Bourgogne, convoquât la noblesse à une sorte de croisade ; les prisonniers mêmes ne furent point épargnés.

La guerre civile entre les Armagnacs et les Bourguignons, les luttes qui précédèrent la réunion du duché a la France eurent presque continuellement pour théâtre ces contrées douées d’une telle vitalité que quelques années de paix leur rendaient une prospérité relative.

Les discussions religieuses agitaient sourdement la France depuis plusieurs années, lorsque le massacre de Vassy fit éclater la guerre civile. La noblesse de Bourgogne était peu favorable aux protestants, mais ils avaient de nombreux adhérents dans les villes. En 1562, un fameux capitaine calviniste nommé Ponsenac parcourut la Bresse et le Mâconnais à la tête d’une troupe de six à sept mille hommes, saccageant, pillant, brûlant les couvents et les églises. Le capitaine d’Entraigues et deux de ses lieutenants, Jean-Jacques et Misery étaient maîtres d’une partie de la province, quand leur marche fut arrêtée par le maréchal de Tavannes. Quelques années plus tard, en 1567, 1570 et 1576, c’est contre les Suisses et les reîtres des Deux-Ponts qu’il faut se défendre ; ces derniers avaient traversé la Loire a Marcigny, au nombre de 25 000 environ.

L’anarchie régna en Bourgogne pendant tout le temps de la Ligue, et même après l’abjuration de Henri IV et la bataille de Fontaine-Française ; en 1593, un article du traité de Folembray accordait au duc de Mayenne la ville de Chalons comme place de sûreté.

Sous Louis XIII, la révolte de Gaston d’Orléans, frère du roi, appela les Impériaux en Bourgogne ; la courageuse et patriotique résistance des habitants fit obstacle aux funestes progrès de l’invasion, qui échoua définitivement devant l’héroïsme de Saint-Jean-de-Losne. Le pays se ressentit peu des agitations de la Fronde ; quelques communes seulement eurent à subir les exactions de soldats indisciplinés et d’une bande de rebelles qui ne compta jamais plus de 500 hommes et que commandait un aventurier du nom de Poussin de Longepierre.

Les règnes suivants ne furent signalés que par d’utiles travaux et de magnifiques améliorations (1789). Le grand Condé, ayant fait sa paix avec la cour de Saint-Germain, réclama du roi d’Espagne des sommes considérables, prix de ses services pendant la guerre contre la France ; pour rentrer dans cette créance, il saisit le Charolais : une procédure s’ensuivit comme s’il se fût agi de la dette d’un marchand, ou tout au moins d’une seigneurie ordinaire ; on plaida, et un arrêt intervint qui adjugea le comté à la maison de Condé. C’est seulement en 1761 qu’il fut racheté par Louis XIV et réuni au domaine royal.

En 1814, à la chute du premier Empire, le département fut traversé par les troupes autrichiennes. Châlon, qui n’avait qu’une garnison de 200 hommes, n’en résista pas moins au général Bubna, et l’ennemi ne s’en rendit maître qu’après un vif combat soutenu, le 4 février, parles habitants. Sa vengeance s’exerça sur Autun qui fut durement traitée, et sur le château de Martigny-sous-Saint-Symphorien qui fut incendié.

220px-Autun_porte_Saint-AndréEn 1870, la situation pouvait paraître plus périlleuse. Autun couvrant l’important établissement du Creusot, dont le matériel et les puissantes ressources devaient être un objectif pour les envahisseurs victorieux ; ils firent, en effet, dans les premiers jours de décembre, quelques démonstrations hostiles ; mais Garibaldi y avait alors son quartier général, où des forces imposantes avaient été réunies, pour appuyer les opérations de l’armée de l’Est, commandée par le général Bourbaki ; l’ennemi s’en tint donc à quelques reconnaissances autour de la ville, et prit sa direction vers le département de l’Yonne et la Loire. Les pertes éprouvées par le département montèrent seulement à 30 292 francs 27 centimes.

La Révolution de 1789, qui donna à la France unité et liberté, avait été accueillie par le département de Saône-et-Loire avec le plus grand enthousiasme. Les habitants sont restés fidèles au culte de leurs principes. En 1792, comme en 1814 et en 1870, la patrie menacée ne trouva dans aucune province de plus dévoués défenseurs. Le sentiment de la nationalité est aussi fortement empreint chez le citoyen des villes que dans la population des campagnes. Les développements de l’industrie et du commerce, le soin des intérêts privés n’ont altéré ni comprimé dans ce département les élans généreux, les aspirations enthousiastes qui caractérisent les fortes races et les grands peuples.

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